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GiFT or 




-PITÎÎ FfUlUlitiUX 



^\^lC^ r. 



GRAMMAIRE 



DES 



LANGUES ROMANES 



J 



MAÇON, IMPRIMERIE PROTAT FRÈRES 



•GRAMMAIRE 

DES 



LANGUES ROMANES 

PAR 

W. MEYER-LÛBKE 
• • •« 

Professeur à l'Université de Vienne 



TRADUCTION FRANÇAISE 

PAR 

Eugène RABIET 
Professeur à l'Université de Fribourg (Suisse) 



Ogni naovo avanzamento ridonda in / 

nuovo onore dei maestri che ci hanno $ 1 f 

aperto e spianato la via ardua e buona. / 
G. J. AscoLi. 



TOME PREMIER : PHONÉTIQUE 



PARIS 
E. WELTER, ÉDITEUR 

59, RUE BONAPARTE, 59 
1890 

Leipzig : WELTER & Co, Kœnigsstrasse , 8 






av ' 



'o 



A MESSIEURS 

GASTON PARIS et ADOLPHE TOBLER 

HOMMAGE respectueux ET RECONNAISSANT 
DE LEUR ÉLÈVE 



4:m9oG 



AVANT-PROPOS 



Si Ton tient compte des progrès considérables faits par la 
philologie romane depuis que Dœz a donné la dernière édition 
« augmentée et améliorée » de son chef-d'œuvre, la tentative 
d'une nouvelle grammaire romane répondant à Tétat actuel de 
la science ne risque guère de passer pour prématurée. Il est vrai 
que la matière à étudier, particulièrement celle que nous four- 
nissent les dialectes, est encore très inégale et très défectueuse ; 
mais Texploitation de tous les dialectes occupera encore les 
recherches de plus d'une génération, et c'est déjà servir la science 
que d'indiquer les plus grandes lacunes. Tout ce que j'ai pu 
atteindre, je l'ai utilisé sans toutefois avoir pu produire toutes 
les particularités. Etant donné le grand éparpillement des 
ouvrages qui traitent de ces matières, bien des travaux ont dû 
m'échapper; il en est d'autres que je n'ai pu me procurer ici où 
je n'ai guère eu à ma disposition que les ressources de ma 
bibliothèque particulière. Ainsi, la Revue des langues romanes et 
les premiers volumes de la Romania ne m'ont été que rarement 
accessibles; je n'ai pas encore pu prendre connaissance de la 
Revue des Patois de M. Qédat, etc. Je le regrette d'autant plus 
que j'ai fait de l'étude des dialectes parlés actuellement le point 
capital de mon travail et que je n'ai accordé aux textes du 
Moyen-Age qu'une valeur relative. Je suis toujours persuadé 
que les anciens textes français, italiens, etc., renferment à côté 
de graphies étymologiques beaucoup de fautes de copistes et de 
métathèses orthographiques, dont on devrait beaucoup plus 
tenir compte qu'on ne le fait généralement lorsqu'il s'agit 



VIII AVANT-PROPOS 

d'étudier la phonétique de ces textes. Mais, en ce qui me 
concerne, le manque d'espace était une raison qui m'empêchait 
de motiver mes doutes pour chaque cas particulier. 

A cause de la grande abondance de la matière qui fait 
l'objet de ce travail, je devais naturellement laisser de côté tout 
ce qui n'est qu'accessoire. Partout où le fait était d'importance, 
j'ai cité le nom des savants dont j'adoptais les opinions, ou du 
moins j'espère l'avoir fait; par contre, au sujet des opinions que 
je ne partageais pas, j'ai cru bon de ne rappeler que les plus 
importantes et de n'entreprendre que rarement une réfutation 
particulière. Lorsque j'ai emprunté un exemple à quelque 
travail sur un texte du Moyen-Age, je me suis contenté de 
donner le texte sans renvoi, attendu que des indications plus 
précises se trouvent dans le travail spécial entrepris sur ce texte. 
On trouvera à la page xi et sqq. un index des ouvrages utilisés 
et dont le titre n'est pas donné tout au long dans la suite de 
l'ouvrage. 

Au sujet de la terminologie phonétique, j'ai innové le moins 
possible et j'ai gardé la plus grande simplicité dans la transcrip- 
tion des sons. Tant que les divers systèmes phonétiques seront 
aussi différents l'un de l'autre, comme c'est le cas aujourd'hui, 
le mieux pour l'auteur d'une grammaire historique et compa- 
rative sera de rester fidèle aux anciennes notations, bien qu'elles 
ne soient pas toujours d'une rigoureuse exactitude, parce que 
ce sont seulement elles qui pourront être comprises de tous. 
Malheureusement, dans la transcription des formes des divers 
dialectes, je n'ai pu aboutir à être conséquent, car les données 
que me fournissaient mes sources n'oflfraient souvent qu'une 
demi-darté. Mais, partout où j'ai pu le faire, je me suis servi 
d'une orthographe phonétique. 

Je prie le lecteur de biffer le renvoi au chapitre VI qui se trouve 
à la fin de la Remarque de la page 8. A l'origine, j'avais conçu 
le projet de donner comme conclusion à ce volume un aperçu 
général sur le développement phonétique des principales langues 
romanes, sans tenir compte des dialectes, mais en serrant de 
près la chronologie des formes. J'y aurais ajouté, d'une part une 
étude sur la prononciation moderne, d'autre part une étude sur 
le créole. Mais, afin de ne pas trop grossir le volume, et aussi 



AVANT-PROPOS IX 

parce qu'une telle histoire de la langue est intimement liée à la 
morphologie, ce chapitre trouvera sa place dans le second 
>^olume; quant à la « phonétique romane », elle sera donnée 
bientôt, je Tespère, par un auteur qui est beaucoup mieux 
préparé que moi. 

L'index des mots et celui des matières n'ont pas la prétention 
d'être complets; toutefois je pense qu'ils renferment tout ce qui 
est de quelque importante. Il faut chercher les mots dialectaux 
sous la forme correspondante de la langue littéraire ; de même, 
c'est dans la liste des mots français et espagnols qu'il faut 
chercher les formes provençales et portugaises équivalentes. Ce 
qui se trouve dans l'index des termes du latin vulgaire n'a géné- 
ralement pas été répété dans l'index des termes des autres 
langues. Quant au latin, je n'ai guère indiqué que les mots pour 
lesquels la quantité de la voyelle est déterminée par le roman. 

J'ai fait entrer dans l'Index étymologique tous les mots pour 
lesquels il a été donné une autre explication que dans la troi- 
sième édition du Dictionnaire de Diez ou ceux qui ne se trouvent 
pas dans Diez. 

léna, septembre 1889. 

W. MEYER-LÛBKE. 



Ce n'est pas à moi qu'il convient d'apprécier l'ouvrage dont j'ai 
entrepris la traduction. Il m'est du moins permis d'exprimer ici à 
M. W. Meyer-Lûbke mes sentiments de vive reconnaissance, et 
c'est pour moi un devoir de déclarer que mon travail a été revu 
par lui avec le plus grand soin, minutieusement corrigé et sou- 
vent complété. Cette précieuse collaboration sera une garantie 
pour les lecteurs français ainsi qu'une décharge pour le traduc- 
teur. Je me permets aussi d'exprimer ma profonde gratitude à 
M. Gaston Paris, qui a bien voulu s'intéresser à mon travail et 
me communiquer, en vue d'un errata , les notes écrites par lui à 
la marge de son exemplaire. Dans les circonstances présentes, ce 



X AVANT-PROPOS 

témoignage de bienveillance m'a vivement touché. Enfin, je 
remercie M. le D' Bos, qui a lu les épreuves et m'a adressé 
d'excellentes rectifications, et aussi M. Pépouey et M. Bédier, 
qui m'ont permis d'user largement de leur collaboration. 

Eugène RABIET, 
Fribourg (Suisse), juin 1890. 



LISTE DES ABRÉVIATIONS 
ET DES OUVRAGES UTILISÉS 



a.-esp. = ancien espagnol. 

a.-franç. = ancien français. 

a.-h.-allem. == ancien haut- 
allemand. 

a.-îtal. = ancien italien. 

a. -mil. = ancien milanais. 

a.-napol. = ancien napolitain. 

a.-nor. = ancien norois. 

a.-prov. = ancien provençal. 

a.-valaq. = ancien valaque. 

a.-vénit. = ancien vénitien. 

abnizz. = Abruzzes : Finamore, 
Vocabuîario delV uso abrwj^^^ese^ 
Lanciano, 1880; Tradi:^ioni 
populari abru^:^iy 1885. 

Abr. Ult. = Abruzze ulté- 
rieure. 

alban. = albanais. 

albertv^ = Albertville : Bra- 
CHET, Dictionnaire du patois 
jat^^yarJ, Albertville, 1883. 

albig. = albigetois, langue par- 
lée à Albi. 

algh. = Alghero : Guarnerio, 
// dialetto catalano ^Alghero. 
Arch. Glott. IX, p. 261; 
MoROSi, Miscell. fil. ling. 
rom. 312-332. 

ampezz. = Ampezzo. 



andal. == andalous : ScHU- 
CHARDT, Zeitschr. V, 302. 

angl. = anglais. 

apul. = apulien. 

arét. = arétin : B. Bianchi, 
// dialetto e la etnografia di 
Città di Castello, 1887. 

astur. = asturien : Munthe, 
Anteckningar om Folkmalet i 
en trakt of vestra Asturien, 
1887. 

auvergn. = auvergnat. 

avign. = avignonnais. 

b. -auvergn. = bas-auvergnat, 
b.-eng. = bas-engadin. 
b.-lat. = bas-latin, 
b.-limous. = bas-limousin, 
bagn. = bagnard : J. Cornu, 
Phonologie du bagnard , Rom. 

VI, 369-427- 

barcel. = barcelonais. 

basq. = basaue. 

béarn. = béarnais : Lespy, 

Grammaire béarnaise , Paris, 

1880. 
bell. = Belluno. 
bergam. = bergamasque : Tira- 

BoscHi, Vocabolario dei dial. 

Berg.j 1867. 



XII LISTE DES ABRÉVIATiONS ET DES OUVRAGES UTILISÉS 



berrich. = berrichon : Tal- 
BERT, Du dialecte blaisois, 
Paris, 1874. 

Bessin : Joret, Essai sur k patois 
normand du Bessin, Paris, 
1881. 

bog. = Santa-Fé-de-Bogota : 
CuERVO, Apuntaciones criticas 
sobre el îenguaje bogotanOy 
1885. 

bolon. = bolonais : Coronedi- 
Berti, Vocab. Bol, y 1877. 

bord. = bordelais. 

bourg. = bourguignon. 

Bregaglia : Redolfi, die Laut- 
vernàhnisse des bergellischen 
Dialekts, Zeitschr., Vm, p. 
161. 

bret. = breton. 

brianç. = briançonnais : J. A. 
Chabrand et a. de Rochas 
d'Aiglun, Pat. des Alpes cot- 
/z^wéi, Grenoble-Paris, 1877. 

calabr. = calabrais : Sœrbo, 
Sul dialetto calabro, Firenze, 
i88j. 

campid. = campidanien : 
G. Hoffmann, Die log, und 
campid. Mundart, Diss. Strass- 
burg, 1885. 

campoD. = Campobasso 
D OviDio, Fonetica del dialetto 
di Campobasso Arch. Glott. 
IV, 145-184. 

cast. = castillan. 

cat. = catalan. 

celt. = celtique. 

champ. = champenois : Tar- 
BÈ, Recherches sur l'histoire du 
langage et des patois de Cham- 
pagne, Reims, 185 1, 2 vol. 

com. = Côme : P. Monti, 
Foc. d. dialetti délia citià di 
Como, 1845. 

crémon. = crémonais. 



dauph. = dauphinois, 
dign. = Dignano. 
doml. = Domleschg. 

émil. = émilien. 
eng. = engadin. 
esp. = espagnol. 

ferr. = ferrarais. 

florent. = florentin. 

franc-comt. = franc-comtois : 
Dartois, Coup d'œil spécial 
sur les batois de la Franche- 
Comté, Acad. des se. b.-lettr. 
et arts de Besançon, 1850, 
p. 139-292. 

franc. = français. 

franc, mod. = français mo- 
derne. 

frib. = fribourgeois : Hàfelïn, 
Jahrbuch XV. 

frioul. = frioulan : Pirona, 
Vocabulario Friulano, Vene- 
zia, 187 1. 

galic. =: galicien : Saco y Arce, 
Gratnatica Gallega, 1868. 

gallur. = gallurien. 

gasc. =5 gascon : A. Luchaire, 
Etudes sur les idimnes pyrénéens 
de la r^ion française, Paris, 

^879. . 

gaul. == gaulois. 

gén. = génois : AscoLi, Arch. 

Glott. II ; Olivieri, £)/;(. gen. 

ital., 185 1. 
Giudicaria : Th. Gartner, Das 

Judikarische, 1882. 
Greden -= Th. Gartner, Die 

gredner Mundart, Linz, 1879. 

h.-auvergn. = haut-auvergnat, 
h.-limous. -- haut-limousin, 
hag. = hagais. 

istr. =^ istrique : Miklosisch, 
Beitràge T^ur Lautlehre d. ru- 
mun. Dialecte, Wien 188 1-3. 



LISTE DES ABRÉVIATIONS ET DES OUVRAGES UTILISÉS XIII 

Fonetica del dialetto modemo 
délia Ctttà diMilano, 1884. 

mir. = Miranda : J. Leite de 
Vasconcellos, dialecto mi- 
randeTi, 1882. 

modén. = modénais. 

Montferrat : Ferraro, Gloss, 
manferr. 1881. 

Montpellier : Mushacke, Ge- 
schichtlkhe Enttvickelung , der 
Mundart von Montpellier ^ 
Franz. Stud. IV, 5. 

morv. = morvandeau : De 
Chambure, Gloss. du Morvan^ 
Paris- Au tun, 1878. 



ital. r— italien. 

Jujurieux : Philipon, Ix patois 
de Jujurieux (Bas-Bugey), 
Ann. soc. d'émul. de l'Ain, 
1884-5. 

lat. = latin. 

lecc. = Lecce : Morosi, Voca- 
lisnio del dialetto leccese^ Arch. 
Glott. rV, 117- 144. 

léon. -= léonais : Gessner, Ûber 
dus Altleonische , 1868. 

liég. = liégeois : A. Horning, 
Zur Kunde des Neuwallonis- 
cheti^ Zeitschr. IX, 480-496. 

limous. = limousin : Chabà- 
NEAU, Grammaire limousine^ 
tirage à part de la Rev. lang. 
rom., Paris, 1876. 

logoud. = logoudorien, v. 
campid. 

lomb. = lombard. 

lorr. =^ lorrain : A. Horning, 
Die Ostfran:(psischen GrenT^- 
dialekte :(wischen MetT^ und 
Belforty Heilbronn, 1887, 
Franz. Stud. V, 4; Adam, 
Les patois lorrains y Nancy- 
Paris, 1881; This, Die 
Mundart des Kantons Fal- 
kenberg , Diss . Strassburg , 
1887; Haillant, Essai sur 
un patois vosgien. Dictionnaire, 
Epinal, 1886. 

lucq. = lucquois. 

m.-h.-allem. = moyen-haut- 
allemand. 

niacéd.= macédonien : G.Wei- 
gand, Die Sprache der Olympo- 
fValachen y Leipzig , 1888. 

majorq. == majorquin : Amen- 
gual, Gramatica de la Un- 
gua mail. 1872. 

mant. = mantouan. 

mil. = milanais : C. Salvioni, 



napol. = napolitain. 

narb. = Narbonne. 

neuch. = neuchâtelois : Hafe- 
LiN, Zeitschr. vergl. Sprachf. 
XXI. 

nivern. = nîvernais. 

nontr. = Nontron : Chaba- 
NEAU, Gramm. limous. y v. 
limous. 

norm. = normand : Joret, 
Mélanges de phonétique nor- 
maruky Paris, 1884; Des carac- 
tères et de l'extension du patois 
normandy Paris, 1883 ; Fleu- 
ry, Essai sur le patois nortnand 
de la Haguey Paris, i88é. 

ombr. = ombrien, 
osq. = osque. 

parm. = parmesan. 

pic. == picard. 

piém. = piémontais : AscoLi, 
Arch. Glott. II; — Sant- 
Albino, Di^i- piem.y 1839. 

pis. = pisan. 

plais. = Plaisance. 

poitev. = poitevin : Gôrlich, 
Die sûdwestlichen Dialekte der 
Langue d'oïly Franz. Stud. III, 
2. 



XIV LISTE DES ABRÈVUTIONS ET DES OUVRAGES UTILISÉS 



portugais. 
: provençal. 

• Reggio d'Emilia. 
rhéto-roman. 



port, 
prov. 

rhét. 

rom. = roman. 

romagn. = romagnol : Mussa- 
FiA, Darstellung der romagno- 
lischm Mundart, 1873 • 

roum. = roumain. 

rov. = Rovigno. 

saintong. = saintongeais : Jo- 
NAiN, Dictionnaire du patois 
saintongeais , Royan-Niort- 
Paris, 1869; GoRLiCH, Franz. 

stud. m, 2. 

sard. = sarde : Spano, Ortogra- 
fia Sarddy 1840; Vocabolario 
sardo-italianOy 1852. 

savoy. = savoyard. 

sic. = sicilien : Schneegans, 
Laute und Lautenuncklung des 
siTiilianischen Dialekts, Diss. 
Strassburg, 1887. 

sienn. = siennoîs : Hirsch, 
Laut und Formenkhre des Dia- 
kkts von Siena , Zeitschr. IX, 

6513 etX p. 56 et 411. 
berg : Th. Gartner, Sul:^- 
berger Wôrter^ 1884. 

tarent. = tarentin : Morosi, 

Arch. Glott. rV. 
Teramo : Savini, // dialetto di 

Teramo, Firenze, 1882. 
tess. = tessinois : Salvioni, 



Saggi intorno ai diaktti di 
alcune vallate alV estremita 
settentrianale del Logo Magiore, 
Arch. Glott. IX, p. 188. 

tosc. =: toscan. 

T. et Tourn. = Tournaîsis : 
d'Herbomez, Etude sur le 
dialecte du Tournaisis au xiii* 
siècle y Tournai 1881. 

valais. = valaisan. 
valaa . = valaque. 
Val âoana : Nigra, Arch. Glott. 

m. 

Vaud (cant.) = canton de 
Vaud : A. Odin, Phonologie 
des patois du canton de Vaudy 
Halle, 1886. 

vaud.=vaudois : RôsiGER,Nie«- 
Hengstetty Greifswald, 1883. 

Veglia : Ive, Arch. Glott. El. 

véron. = véronais. 

vionn. = Vionnaz : J. Gillié- 
RON , Patois de la commune de 
Fionna:^ TBas-Valais) , 1880, 
Bibl. de r Ecole des Hautes- 
Etudes, XL. 

wall. = wallon : Grandga- 
GNAGE, Dictionn. étym. de la 
langue wallonne, Liège, 1845- 
1880, 2 vol.; Sigart, Gloss. 
itym. montois, 1868; Alten 
BURG, Versuch einer Darstel- 
lung derwallonischen Mundart, 
1880-1881. 



Amis. = Amis et Amiles und 
Jourdains de Blainvie, éd. K. 
HoFMANN, Erlangen, 1852. 

Aiol. = Aiol, edd. J. Noraiand 
et G. Raynaud, Paris, 1877 ; 
Soc. des anc. textes fran- 
çais. 

Alex. = El libro d'Alejandro, 
éd. ToMAS Antonio Sanchez. 



G>leccion de poesias castel- 

lanas anteriores al siglo XV. 
Alise. = AliscanSy edd. Gues- 

sard et de Montaiglon, Paris, 

1870. 
Aniel. = Li dis dou vrai aniel, 

éd. A. ToBLER, Leipzig, 

1881. 
Aucassin. = Aucassin und Nico- 



LISTE DES ABRÉVIATIONS ET DES OUVRAGES UTIUSÉS XV 



ktCy éd. H. SucHiER, Pader- 
bom, 1881 (2« édit., y 
1889). 

B. O. = Bocados de arOy éd. 
Knust. 

Barb. Méon. = Fabliaux et 
contes publiés par Barba^aity 
nouvelle édition ùar Méon, 
Paris, 1808, 4 vol. 

Baud. de Sebourg. = Li Romans 
de Bauduin de SebourCy Valen- 
cîennes, 1841, 2 vol. 

Ben. = Benoît de Sainte-More : 
Chroniaue des ducs de Norman- 
die y éd. F. Michel, 1836, 
3 vol; collect. des doc. inéd. 
de THist. de France. — 
Benoit de Sainte-More et le 
Roman de Troie y éd. Joljr, 
Paris, 1869-70, 2 vol. Π
H. Stock. Rom. Stud. VI. 

Berceo éd. Sanchez; coleccion 
de poesias cast. t. H. 

Ber. Trist. = Tristan de 
Beroul. The poetical romances 
of Tristan y éd. F. Michel, 
Londres, 183 5-1839, 3 vol. 

Boèce. = Poème sur BoecCy éd. 
K. Bartsch, Chrestom. prov. 
col. I sqg. 

Bonv. = Ed. J. Bekker. Cf. 
A. MussAHA, Darstellung des 
Altmailàndischm nach Bonve- 
siny 1868. 

Brut. = Der Mûnchener Brut 
edd. K. HoFMANN und K. 
VoLLMôLLER, Halle, 1877. 

C. Luc. = El conde Lucanory 
éd. A. Keller. 

Cal. Dim. = Calila e Dimnay 
éd. Gayangos. 

Cant. d. Cant. = Cantique des 
Cantiques. Paraphrase des 
Hohen LiedeSy éd. Stengel, 
Marburg, 1881; Ausgab. u. 



Abhandl. aus dem Gebiete 
der rom. Philologie, L 

Car. = Carité, v. Rendus. 

Caza. = El libro de la Cas^ay 
éd. Baist. 

Chardri. = Chardry*s Josapha^^y 
Set Dormanz^ et Petit Plety éd. 
J. KocH Heilbronn, 1879. 
Altfranz. Bibliothek, L 

Charlem. ^ Charlemagne , 
Karls des Grossen Reise nach 
Jérusalem und Constantinopely 
éd. Koschwitz, Heilbronn, 
1880; Altfranz. Bibliothek, 

n. 

Chev. II esp. = Li Chevaliers 

as deus esùéeSy éd. W. Foers- 

ter, Halle, 1877. 
Chron. imp. = Cronica degli 

imperadoriy éd. Ceruti ; 

Arch. Glott. ni, 147-243. 
Chron. pis. = V. Hist pis. 
Chrys. = // Crisostomo. Arch. 

Glott. vm. 

Qd. = Poema del Cidy éd. 

Vollmôller, I, Halle, 1879. 
Cod. Vor. = Codicele Voroneteany 

éd. G. Sbiera, Cernant, 1885 • 
Comp. = Comput, v. Phil. de 

Thaon. 
Cont. ant. cav. = Conti di 

antichi cavalier i y éd. Fan- 

FANI. 

Cour. Loois = Le couronnement 
de LouiSy Chansons de geste 
des XI* et xii« siècles, éd. 
JoNCKBLOET, La Haye, 1834. 

Dan. = Daniel MoschoùoliteSy 

éd. F. Miklosisch; Wiener 

Denschriften XXXH. 
Déesse d'amour = Venus la 

déesse d'amory éd. W. Foers- 

TER, Bonn, 1882. 
Dial. an. rat. Dialogus animae 

conquerentis et rationis conso- 



XVI LISTE DES ABRÉVIATIONS ET DES OUVRAGES UTILISÉS 



lantisy éd. F. Bonnardot, 

Rom. V, 269-332. 
Donat. prov. = Die beiden àltes- 

ien provenTial. Gramtnaiiken 

« Lu Dcmatx^ prœnsal » und 

« Las rasas de Trobar » y éd. 

Stengel, Marburg, 1878. 
Durmart. = Li Rotnans de Dur- 

tnart le Galois, éd. Stengel, 

Tubingen, 1873. 

Enx. = El libro de exemplos^ éd. 
A. Morel-Fatio, Rom. VII, 
481-526. 

Et. de Fougères = Le livre des 
manières^ par Etienne de Fou-- 
gères, éd. Talbert, Paris, 
1878. Cf. Kehr. Diss. Bonn, 
1884. 

Exempl. = Recueil d'exemples 
en a.'italieny éd. J. Ulrich, 
Rom. XIII, 27-59. 

Ezech. = Ezéchiel. Altburgun- 
dische Ueberset^ung der Predi- 
gten Gregors ûber E:{echiel, éd. 
K. HoFMANN, Abhandl. der 
k. bayer. AkademiederWiss. 
I. Cl., XVI. B., I. Abth. 
(tiré à part, Munich, i88i\ 
Cf. F. Corssen, Lautlehre der 
alifran^i. Ueberset:(ung d. Pre- 
âigt Greg. ûber ET^ech, Diss. 
Bonn, 1883. 

FI. Bl. = Flor et Blancheflor, 
éd. du Méril, Paris, 1856. 
Bibl. elzév. 

Floovent. = Floovant, edd. 
Michel ANT et Guessard, Pa- 
ris, 1858; Ane. poètes de la 
France, t. I. 

Fra Giacomino = Die Dichtun- 
gen Fra Giacomino' s , éd. Mus- 
SAFiA, 1864. 

-G. de Palerne = Guillaunte de 



Palerne, éd. Michelant, Pa- 
ris, 1876, Soc. des anc. textes. 

Gir. Rouss. = Le roman en vers 
de,.. Girart de Roussillon, éd. 
MiGNARD, Paris-Dijon, 1858. 
Cf. BKEUEKySprachliche Unter- 
suchung desG.de Rossillon hgg. 
von Mignardy Diss. Bonn, 
1884. 

Graz. = // diario del Gra:^iani 
Arch. Stor. Ital. XVI. 

Gring. = Gringore^ edd. Hèri- 
CAULT et de Montaiglon, 
Paris, 1858, Bibl. elzév., 
letn. 

Guerre de Metz = La guerre 
de Mel:(^y éd. E. de Bouteil- 
LiER, Paris, 1875. 

Hist. pis. = Istorie pisane^ 
Arch. Stor. Ital. I, 6. 

Huon = Huon de Bordeaux^ 
edd. Guessard et Grand- 
maison, Paris, 1860; anc. 
poètes de la France, IV. 

Ivain = Lowenritter, éd. Foers- 
TER, Halle, 1887. 

J. le March. == Jean le Mar- 
chant, Le livre des miracles de 
N.-D. de Chartres. Cf. Kapp, 
Diss. Bonn, 1885. 

Jonas = Jofuisfragment y éd. 

KoscHwiTz, Les plus anciens 

monuments de la langue 

française, Heilbronn (3* 

édit.). 
Jos. = Josaphat, v. Chardri. 
Joufr. =JoufroiSy edd. K. Hof- 

mann u. F. MuNCKER, Halle, 

1880. 
Jourd. = Jourdain de Blain- 

vie, V. Amis. 
J. Ruiz = Libro de canfares de 

Juan Rui^y éd. Sanchez. 



LISTE DES ABRÉVIATIONS ET DES OUVRAGES UTILISÉS XVII 



Kav. = Kavalliotis, éd. Mik- 
LOSiscH, V. Dan. 

Livr. Man. = Livre des Ma- 
nières, V. Et. de Fougères. 

Livr. Rois et IV L. Rois. Les 
quatre livres des Rois y éd. 
Leroux de Lincy, Paris, 
1841. Cf. ScHLôssER, Die 
Lautverhàltnisse der IV Livres 
desRoiSy Diss. Bonn, 1886. 

M. S.-Michel = Le roman du 
Mont Saint-Michel, éd. F. 
Michel. Cf. Huber, Archiv. 
de Herrig, lxxvi. 

Marg. Oingt. = Œuvres de 
Marguerite d'Oyngt, éd. Phi- 
LiPON, Lyon, 1877. Cf. Za- 
CHER, Beitràge s^um lyoner Dia- 
lekt, Diss. Bonn, 1884. 

Marie de France = Die Lais der 
Marie de France , éd. K. 
Warnke, Halle, 1885. 

Mis. = Miserere, v. Rendus. 

Mistero = O mistero dos très 
postures, éd. C. Michaelis, 
Arch. de Herrig, lxiv. 

Mousquet = Chronique de Phi- 
lippe Mousques, éd. de Reif- 
FENB^RG , Bruxelles , 1 840, 
2 vol. 



Orth. Gall. = Orthographia gal- 
lica, éd. J. Stûrzinger, Heil- 
bronn. Altfranz. Bibliothek, 

vm. 

P. p. = Petit Plet, V. Chardri. 
Panf. = // Panfilo in antico 

Veneiiano edito da A Tobler, 

Arch. Glott. X, p. 177. 
Phil. de Thaon = Der Compu- 

tus des Philipp von Thaun, éd. 

E. Mall. Strassburg, 1873. 
Phil. de ViçneuUes = Das 

Tagebuch Phil von Vigneulles, 



éd. MicHELANT. Stuttgard, 
1832; Bibl. des lit. Vereins. 

Poème Moral éd. W. Cloetta, 
Erlangen, i88é; extr. des 
Roman. Forschungen, III, i. 

Prior. = Priorat de Besançon, 
trad. rimée de Végèce. Cf. 
F. Wendelborn, Sprachliche 
Untersuchung der Keitne der 
Végèce-Verstfication des Prior. 
V. Besançon, Diss. Bonn, 
1887. 

Psaut. de Cambr. = Psaut. de 
Cambridge. 

Psaut. d'Oxf. = Psautier d'Ox- 
ford, éd. F. Michel. Cf. 
Harseim , Vocalismus und 
Consonantismus im Oxforder 
Psalter, Rom. Stud. IV, 273- 
328. 

Psaut. lorr. = Lothringischer 
Psalter des XlV.Jahrhunderts, 
éd. F. Apfelstedt, Heil- 
bronn, 1881; Altfranz. Bi- 
bliothek, IV. — Les ren- 
vois sont faits à Tédit. de 
F. BoNNARDOT, Le Psautier 
de Meti, I, 1884 (texte); 
Bibl. franc, du Moyen-Age, 
t. m. J B. 

Rain. B. = Rainaldo di Buccio, 
éd. MuRATORi. Ant. VI. 



Reimpredigt éd. Suchier, Halle, 
1879; Bibliotheca norman- 
nica, L 

Ren. Mont. = Renaud de Mon- 
tauban... éd. H. Michelant, 
Stuttgart, 1862 ; Bibl. des lit. 
Vereins. 

Rendus = Li Rotnans de Carite 
et Miserere du Remlus de Moi- 
liens, éd. Van Hamel, Paris, 
i88s,2voL; Bibl. de l'Ecole 
prat. des Hautes Etudes, 
LXI et LXII. 



XVin USTE DES ABRÉVIATIONS m DES OUVRAGES UTIUsàs 



Res. = O cancianeiro gérai de 
Resende^ éd. Kausler. 

Rich. = Richaix U biaus, ed 
W. Foerster, Wien, 1874. 

Rim. gen. = Rime gencvesi dei 
secolt XIII et XIV, ed. Lago- 
maggiore, Arch. Glott. H, 
161-312. 

Roi. = Lu chanson de Roland^ 
ed. Th. Mûller, Gôttingen, 
1878 (2* édît.V 

Rose = Roman de la Rose. 

Rou = Maistre Wace's Roman 
de Rou et des Ducs de Norman- 
die ^ ed. Andresen, Heil- 
bronn, 1877-79, ^ vol. 
3 part. 

Ruteoeuf = Œuvres complètes 
de Rutebeufy ed. A. Jubinal, 
nouv. édit. Paris, 1874-5, 
in-8°, 3 vol. Cf. Metzke. 
Arch. de Herrig, LXTV, 
LXV. 

Rusio = La Mascalgio di Lo- 
ren:(p R. 

S. Alexis = La vie de saint 
Alexis, edd. G. Paris et 
L. Pannier, Paris, 1872. 

S. Auban = LaviedeS, Auban, 
ed. Atkinson. 

S. Bernard = Li Sermon de 
saint Bernarty ed. W. Foers^ 
ter, Erlangen, 1885. 



S. Brendan = Le Voyage de 
saint Brendan, ed. Suchier. 
Roman. Stud. I, 553-589. 
Cf. Hammer, Zeitschr. XI. 

S. D. = Set Dormanz, v. 
Chardri. 

S. Grégoire = Li Diâloge Gré- 
goire h Pape, ed. W. Foers- 
ter, Halle-Paris, 1876, 1. 

Sept Sages = Die catalanische 
metrische Version der sieben 
Weisen Meister, ed. Mussafia. 
Wien, 1876, extr. des Mém. 
de l'Acad. de Vienne, t. 
XXV. 

s** Eulalie = Eulaliasequen^i, 
ed. KoscHWiTz. Les plus 
anc. mon. de la langue 
française. 

s*' Juliane = La vie de 5** Ju- 
liane, ed. Feiutzen. 

Tes. Pov. = Tesoro dei poveri, 

ed. Mazzoni Toselli. 
Théâtre franc. = Ancien théâtre 

français, ed.ViOLLET-LE-Duc. 

Paris, 1854-57, 10 vol. Bibl. 

elzév. 

Vegèce = v. Priorat. 

Visio Filib. = La vision de 

Filiberto, ed. O. de Toledo. 

Zeitschr. H, 40-70. 

Wace = V. Rou. 



Baist, Die Spanische Sprache, 
Grundriss cle Grôber, I, 689- 

7IS- 

Biondelli, Saggio sui diaktti 

gallo-italici, 1853. 

Caix, Stttdi di etimologia italiana 
e romanT^a, 1878; Le Origini 
délia lingua poetica italiana, 
1880. 



Cornu, Die Portugiesische Spra- 
che, Grundriss f, 715-804. 

D'Ovidio, Die Italienische Spra- 
che, Grundriss I, 489-560. 

Favre, Parabole de l'enfant pro- 
digue en divers dialectes et 
patois de la Frana, Niort-Pa- 
ris. 



LISTE DES ABRÉVIATIONS ET DES OUVRAGES UTILISÉS XIX 



Gartner, Râtorotnanische Gram- 
matiky Heilbronn, 1853. 

LûCKiNG, Die àltesten frauTpsiS'' 
chen Mundarteriy Berlin, 1877. 

C. MiCHAELis, Studien :(ur roma- 

nischen Wortschôpfungy 1876. 
Mistral, Lou trésor dou Feli- 

brige , Aix- Avignon-Paris , 

1878. 
MussAHA, Beitrag :(ur Kunde der 

norditalienischm Mundarten. 

1873. 



Neumann, Zur Laut-und Fle- 
xionslehre des Altfran'^^sischm^ 
Heilbron, 1878. 

SucHiER, Die franzpsische und 
proven^alische Sprache^ Grun- 
driss I, p. 

Thurot, De la prononciation 
française depuis le commence- 
ment du XVI* siàle d'après les 
témoignages des grammairiens, 
Paris, 1081, 2 vol. 

Tiktin, Studien Tiur rumànischen 
Philologie, 1885. 



COUP D*CEIL SUR LE SYSTÈME GRAPHIQUE 

Voyelles. — Le point sous une voyelle indique qu'elle est 
fermée; le signe c également souscrit indique une voyelle 
ouverte; le circonflexe sur une voyelle indique une nasale. 
L'accent aigu marque l'accent tonique principal; le grave 
marque Taccent secondaire; { désigne un son réduit analogue 
à Ve muet français; 1 et u sont des semi-voyelles. 

Consonnes. — L'accent aigu placé à la droite ou au dessus 
d'une consonne indique qu'elle est mouillée ; r, d, /, A, etc. ; 
ty g sont des palatales ; s est une continue sourde, ;f une con- 
tinue sonore ; 1, ^ sont les dento-palatales et ^, à les interden- 
tales correspondantes; h est une fricative vélaire sourde,; une 
fricative vélaire sonore; Itiû indiquent une / et une n vélaires. 
[Dans un certain nombre de mots appartenant aux langues 
littéraires, on s'est quelquefois servi d'une orthographe pho- 
nétique lorsque l'orthographe traditionnelle aurait prêté à la 
confusion. Cette dernière a été généralement restituée dans 
les tables et les index N. du Trad.] 



INTRODUCTION 



I. L'étude scientifique du langage a un double objet; elle 
doit poner d'abord sur la forme du mot et ensuite sur son sens, 
c'est-à-dire sur ce qu'il représente non comme produit physio- 
logique du son rendu par l'air à travers les organes vocaux, 
mais comme intermédiaire de rapports psychologiques avec 
d'autres hommes. On ne peut, il est vrai, séparer complète- 
ment ces deux études; néanmoins, chacune d'elles occupe la 
première place dans une des deux branches de la science. 
Les éléments constitutifs du mot sont, avant tout, les 
sons; c'est pourquoi on place la phonétique à la base des 
études grammaticales. Au point de vue du développement et 
de la transformation des sons d'une langue, la signification 
du mot est à peu près indifférente puisqu'il ne s'agit, en 
phonétique, que d'un développement physiologique. Néan- 
moins, il ne &udrait pas ne tenir aucun compte du sens d'un 
mot pour l'étude de sa forme; le sens peut souvent troubler 
le développement phonétique régulier. En regard du latin u 
dans nûruSy nûptiUy les langues romanes offrent le représentant 
du latin ô : roum. norày eng. no7i:(ay ital. ntioray nç^^^Cy franc, noce^ 
esp. nueray port, nçra; il y a eu confusion entre ces deux mots 
et novim le fiancé, novia la fiancée, ou bien encore nurus a été 
influencé par sçcrus. Au latin frigidus répondent l'italien freddOy 
V engidin f raid et le français /md dont la voyelle suppose ï; vrai- 
semblablement, il y a eu confusion entre frîgidus et rtgidus. De 
plus, la signification que le mot a dans la proposition a souvent 
une grande influence sur sa forme extérieure, v. chap. IV. 

Metir, Grammaire. l. 



'•'•. : ;•• ?.'•: •••''::..: /•'•. •. ." introduction S i . 

(2) A la phonétique se rattache Tétude des flexions. Celle-ci 
décompose les mots non en leurs sons isolés, mais en deux 
parties, dont Tune, le thème, porte l'idée et dont l'autre, la 
désinence, exprime les rapports du mot avec les autres mots 
de la proposition : am-o patr-em, Am^ patr^ éveillent d'une 
manière générale, le premier, l'idée d'une action, le second, 
l'idée d'un être ; o indique que la personne qui parle accomplit 
dans le présent l'action exprimée par am, et em marque que 
l'être est atteint par l'action. Voilà donc en quoi on peut dire 
que l'étude des flexions porte sur le sens du mot. Les dési- 
nences sont néanmoins soumises aux changements phonétiques 
dans la même mesure que les autres éléments du mot. En 
effet, en phonétique, il reste indifférent que l'w de patrem ait 
une tout autre signification que celle de amem; donc, dans 
la mesure où l'étude des flexions formera une partie essentielle 
de la phonétique, elle montrera comment les éléments flexion- 
nels se sont modifiés phonétiquement. Mais l'influence du 
sens sur le développement de la forme, que nous avons déjà 
constatée pour le mot isolé, nous la retrouvons, et à un bien 
plus haut degré, dans l'étude des flexions. Dans amo et 
ama-b-amy o et am expriment les mêmes rapports : l'idée de 
l'action est rattachée à la personne qui parle; et, comme le 
langage tend à donner à des fonctions semblables la même 
expression, Vo du présent a pénétré dans l'imparÉiit, d'où 
l'italien amo^ amavo au lieu de amo^ amava. L'étude des flexions 
porte donc, en définitive, sur les troubles que le développement 
phonétique subit dans les désinences de flexion par suite de la 
signification fonctionnelle. 

L'étude de la formation des mots est étroitement liée à l'étude 
des flexions : can-ere joint à l'idée du chant celle de l'action 
de chanter; can-tor^ celle de la personne qui fait l'action; 
cant'USy celle de la chose chantée ou du chant; cant-abilis^ 
celle d'une qualité, etc. L'idée est ici d'une importance encore 
plus grande que dans la flexion; l'élément psychologique et 
par conséquent subjectif, bref l'élément conscient l'emporte 
sur le principe instinctif inconscient. Tandis que les désinences 
verbales s'attachent à peu près sans exception à chaque verbe, 
on ne peut pas, par exemple, former de n'importe quel verbe 



§ I. BUT DE LA GRAMMAIRE 3 

un substantif en -mentum. C'est avec un certain arbitraire que 
le sentiment individuel ou général juge de ce qui est permis 
et de ce qui ne l'est pas. L'étude des suffixes a peu de rapports (3) 
avec la phonétique ; si à la place de pullkenum, on trouve en 
italien, en provençal et en français pullicinum (ital. pulcittOy 
prov. potisi, a.-franç. pausin)^ on dira que le maintien de e qui, 
dans ces langues, serait la règle, n'a pas eu lieu, et que in s'est 
introduit parce que -inum est un suffixe très répandu alors 
que -enum est très rare. Les changements phonétiques amenés 
par l'union de la racine et du suffixe sont également très peu 
importants; la difficulté consiste dans la fonction, la signification 
des suffixes. 

Ainsi la formation des mots conduit directement à la syntaxe, 
c'est-à-dire à l'étude des rapports des mots entre eux. La flexion 
nous indique que dans atno patrem le second mot dépend du 
premier, la syntaxe nous dit quelle est la' nature de cette 
dépendance. La flexion expose donc le &it du rapport et la 
syntaxe en explique le comment. Au chapitre IV, il sera 
expliqué dans quelle mesure les rapports syntaxiques influent 
à leur tour sur les éléments phonétiques du mot. G)mme 
dernière partie de la grammaire, il y aurait à nommer l'étude 
de la signification. La syntaxe en traite, il est vrai, dans une 
large mesure; elle étudie la signification des prépositions, des 
conjonctions, des adverbes, bref, de tous les mots qui n'ont 
pas une valeur propre, mais expriment uniquement les rapports 
d'autres classes de mots entre eux. Il reste encore les chan- 
gements de signification dans le verbe, le substantif et l'adjectif. 
On passe de là tout naturellement à la représentation de la 
vie des mots, à l'étude de leur naissance et de leur mort. Par 
là même que totus prit de plus en plus au pluriel le sens de 
omnis^ celui-ci devint superflu; le premier se grava dans les 
mémoires tandis que le second disparut, d'où roum. tôt y eng. 
tuotty ital. tuttOy franc, tout^ esp. todo dans le sens du latin 
omnis qui n'a laissé de traces que dans l'ital. <^ni. Les recherches 
sur ce point sont rendues difficiles par ce fait que les influences 
extérieures les plus diverses ont souvent eu une action décisive 
sur la signification du mot. Villa désigne par opposition à 
civitas la « propriété rurale »; encore aujourd'hui la villa 



4 INTRODUCTION §1.2. 

(4) nationale à Naples et la villa Borghese à Rome sont de grands 
jardins. Sous les climats plus rigoureux du Nord, dans la Haute- 
Italie et en France, l'idée de « construction » commence à 
apparaître : villa signifie « maison de campagne ». En France, 
lorsque les villes qui s'étendaient devant les portes furent 
englobées dans les constructions croissantes et que les terrains 
attenants furent recouverts de maisons, le nom de ville resta, 
mais l'idée qui y était attachée changea; le mot ville désigna 
les nouveaux quartiers, et, comme ces nouveaux quartiers 
formèrent la plus grande partie du territoire, il désigna bientôt 
l'ensemble; l'appellation de cité resta à l'ancienne partie qui 
de tout temps avait porté ce nom, mais qui fut complètement 
dépossédée de sa situation prépondérante. L'extension géogra- 
phique des mots est étroitement liée à leur signification et à 
leur histoire ; mais la science ne pourra s'occuper de ce point 
que lorsque le vocabulaire des dialectes sera plus connu qu'il 
ne l'est actuellement. 

Pour l'étude de la signification des mots en roman, il y a lieu 
de renvoyer à A. Darmesteter, La vie des mots étudiée dans leurs 
significations^ Paris, 1886, L. ^aineaku, Incercare asupra semasiokgiei 
îimbei romdney Bucure^U, 1887. 

2. La philologie romane a pour but d'exposer comment le 
vocabulaire latin s'est modifié, pour la forme et le sens des 
mots, dans les différents pays où l'on a parlé roman. Quelques 
pays sont sortis du domaine de la Romania que les Romains 
avaient conquis et civilisé; ce sont l'Afrique, la Grande- 
Bretagne, la Germanie, la Pannonie et l'Illyrie. Dans l'albanais, 
qui est le représentant actuel de l'ancien illyrien, la masse des 
éléments latins est si considérable que, pour l'étude des langues 
romanes, on ne peut les laisser complètement de côté. Les 
emprunts du kymrique et du germanique au latin sont de 
moindre importance pour le développement linguistique pure- 
ment roman. Quant au basque, le triage des emprunts latins 
n'est pas encore fait d'une manière suffisamment précise pour 
qu'on puisse, à l'heure actuelle, porter un jugement sur eux. 
Enfin , il faut laisser de côté la question de savoir si la langue 
berbère a pris quelque chose au latin. Sur les côtes de Dalmatie, 
(s) dans l'île de Veglia, il y avait encore, au commencement de 



' s 2. 3- LE LATIN VULGAIRE 3 

notre siècle, un reste de roman, fortement influencé toute- 
fois par le vénitien; il est resté un certain nombre de mots 
dans les dialectes slaves de la région. Du xii* au xiv* siècle, 
on parla français en Angleterre; la variété linguistique qui 
s'y développa est ce qu'on appelle Tanglo-normand ; mais, 
à cause d'événements politiques défavorables aux Romans, la 
langue germanique est redevenue dominante dans ce pays 
depuis le xiv* siècle; toutefois son vocabulaire n'a pas été 
médiocrement enrichi par l'apport d'éléments français. Le 
moyen haut-allemand et le moyen bas-allemand ont, eux aussi, 
par suite de leur contact avec les parlers romans, et plus encore 
à cause de la dépendance presque complète de leurs littératures 
vis-à-vis de la littérature française, emprunté un nombre 
considérable de mots français. Une utilisation systématique 
de toutes ces sources indirectes du roman est en dehors du 
cadre d'une grammaire romane; les éléments latins du 
kymrique et de l'anglo-saxon sont importants pour la connais- 
sance du latin vulgaire; ils peuvent à l'occasion servir pour 
déterminer la date des transformations phonétiques; mais 
pour la période linguistique romane proprement dite, ils 
n'entrent pas en considération. Les modifications qu'ont subies 
les mots français sur les lèvres anglaises intéressent plus 
l'histoire linguistique de l'anglais que celle du français. Elles 
ne trouveront place ici qu'en tant qu'il sera possible d'éclaircir 
avec leur secours des points obscurs de la phonétique anglo- 
normande. Il en est de même des éléments français du moyen 
haut-allemand et du moyen bas-allemand. 

Les recueils de matériaux à citer sont à peu près : P. Budmani, 
Duhrovàchi DifaUkatyZ^grébu, 1883. Guterbock, Die lot, Lehnwôrter 
im Aîtirischen, Kônigsberg Dissert. 1880, v. là-dessus Schuchabdt, 
Rev. celtique, V, 489 sqq. Franz, Die romanischen ElemenU im 
Alihochàeutschen, Strassburg, 1883. A. Pogatscher, Zur Lautïehre 
der griechischen, laieinischeti und romanischen LehnworU im Altengîischen, 
Strassburg, 1888. D. Behrens, Beitràge ^ur Geschichte der fran- 
lôsischen Sprachen in Engîand I. Franz. Stud. V, 2. A. Sturmfels, 
Der Altfran^ôsische Vokalismus im MitteJengUs£hen, Anglia VIII, 
201-^3. 

3 . Dans ce qui précède, une distinction a été établie entre la 
période linguistique proprement romane et le latin vulgaire. (6) 



6 INTRODUCTION § 3 . 

 côté de la langue latine écrite» fixée dans ses formes pendant 
des siècles, il y avait à Rome la langue de la conversation, 
employée par les lettrés et particulièrement par le peuple, 
laquelle, avec le temps et l'extension du parler latin, s'éloigna 
de plus en plus de la langue écrite. Les différences locales, 
peut-être minimes à l'origine, s'accrurent lorsque l'empire 
romain s'écroula, que les relations cessèrent d'être réciproques 
et qu'à la place d'un empire homogène il y eut des états isolés 
et indépendants les uns des autres. C'est ce qui arriva vers 
l'an 600, et c'est à cette date que commencent les nations 
romanes. Mais si l'on cherche à placer à cette même époque 
l'origine du développement linguistique roman, par opposition 
au latin vulgaire, on est arrêté par l'ignorance presque complète 
où l'on est de la langue populaire de cette époque. Et même 
sans cette difficulté, le choix de cette époque serait purement 
arbitraire puisque les idées de nationalité et de langue ne sont 
pas du tout identiques. Si nous comprenons sous le nom de 
latin vulgaire gaulois, par opposition au français, un dévelop- 
pement que le latin a pris en Gaule encore sous l'empire, 
nous voulons désigner quelque chose d'essentiellement différent 
du latin, mais non du français. La différence entre le latin vul- 
gaire gaulois et l'ancien français est au fond la même qu'entre 
l'ancien français et le français moderne. L'expression de latin 
vulgaire, en tant qu'elle s'applique à quelque chose de différent 
du roman, ne sera employée que dans deux cas : d'abord 
comme désignation du latin vulgaire dans les contrées où ne 
s'est pas développée une nation romane, c'est-à-dire en Afrique, 
en Bretagne et en Germanie; en second lieu, pour les phéno- 
mènes qui ne peuvent pas s'expliquer par les lois phonétiques 
des langues romanes isolées, et qui, par l'accord de toutes 
les formes romanes, sont attestés comme datant d'avant la 
séparation. Le lat. quinque est en roum. cinct^ eng. cink\ 
ital. cinquCy esp. cinco^ fi-anç. cinq. En faisant abstraction du 
roumain, qu devait partout apparaître sous la forme ky cf. lat. 
qui y eng. W, ital. chiy esp. franc, qui. Donc, kinque au lieu de 
quinque a dû exister déjà en latin vulgaire. On en a aussi 
la preuve par les inscriptions, v. g. C. L L. X. 7172; on 
(7) trouve également cinquaginta CL L. X. 5939. La combinaison 



§ 3* 4- ^^ LATIN VULGAIRE 7 

ié est courante dans beaucoup de langues romanes, mais le 
latin ié apparaît partout remplacé par f lat. quietuSy roum. 
incet^ eng. quaidy ital. chetOy esp. quedOy franc, coi; donc il devait 
déjà y avoir en latin vulgaire quetuSy cf. Qi4eta C. /. L. VIII, 
8128, quescet X, 550. Mais des formes s'écartant ainsi du 
latin écrit ne doivent être regardées comme établies avec 
certitude que lorsque cet écart est expliqué; il n'est permis 
de poser un type quetus du latin vulgaire que lorsqu'il est prouvé 
que tout iè accentué devient é. Pour le latin vulgaire kinquCy on 
dira que, c'est par dissimilation que le premier^yw a perdu son 
élément labial, etc. 

Le travail le plus imporuat et le meilleur sur le lat. vulg. est 
encore H. Schuchardt, Der 'Vohalismus des Vulgàrlatein, 3 vol. 
Leipzig 1866-69. Sont aussi d'une importance capitale Grôber, 
SprachquelUn und Wortquellen des îateinischen Wôrterbuches, Arch. lat. 
lex. I, 36-67; Vulgàrlaieinische Substrate romaniscber Wôrter, 204 sqq. 
Une esquisse de la phonétique et de la morphologie du latin 
vulgaire, mais dont les limites sont beaucoup plus étendues qu'ici , 
se trouve dans le Grundriss, I, 350-382. On ne peut être assez 
prévenu contre Tabus qui consiste à mettre sur le compte du latin 
vulgaire tout ce qu'on ne peut pas expliquer sur le champ. 

4. D'après Diez, on distingue six langues romanes : le rou- 
main, l'italien, le provençal, le français, l'espagnol et le por- 
tugais. Les raisons de cette distinction sont en partie du domaine 
de la littérature, en partie du domaine de l'histoire politique. 
C'est uniquement à cause de leur importance littéraire au 
Moyen-Age que le provençal et aussi, dans le GrundrisSy le 
catalan, ont leur place propre ; c'est uniquement à son indépen- 
dance politique que le roumain doit la sienne. Le rhéto-roman, 
ne jouant ni rôle politique, ni rôle littéraire, n'a été traité 
que tout à Êiit accessoirement par Diez. Et cependant les Rhètes, 
dans le canton des Grisons, conservent une autonomie beau- 
coup plus grande que, par exemple, les Français du Sud. 
Tandis que ceux-ci reconnaissent le français comme langue 
littéraire et qu'ils y subordonnent tout naturellement leur 
dialecte, les habitants de l'Engadine ont leur langue littéraire 
propre qui, loin d'être sacrifiée à l'italien, se tient sur le même (8) 
rang que lui, et c'est dans cette langue qu'ils lisent leurs 
journaux, etc. En tenant compte de ce point de vue, nous 



8 INTRODUCTION §4-5- 

regarderons donc comme langues littéraires romanes : le 

ROUMAIN, le RHÈTiaUE, TlTALIEN, TaNCIEN PROVENÇAL, le FRAN- 
ÇAIS, Tespagnol et le portugais. Parmi elles, le provençal se 
rapproche particulièrement du français, et le portugais de 
l'espagnol ; de telle sorte que, dans la suite, là où il n'y aura 
pas de développements phonétiques divergents, les exemples 
français serviront en même temps pour le provençal et les 
exemples espagnols pour le portugais. — Diez n'a tenu aucun 
compte du développement qu'a eu le roman en dehors de 
l'Europe : l'espagnol en Afrique, dans les Indes, dans l'Amé- 
rique du Sud et dans l'Amérique centrale; le portugais aux 
îles du Cap-Vert, dans les Indes et dans l'Amérique centrale; 
le français à Alger et au Canada. Nous devons, sur ce point, 
autant qu'il est possible d'en juger jusqu'ici, distinguer deux 
degrés différents : le roman dans la bouche des colons et celui 
que parlent les indigènes, approprié à leur système linguistique 
et pénétré par lui de bien des manières, c'est-à-dire le créole. 

Ascou a établi un groupe linguistique roman de plus qui forme 
à lui seul un tout , aussi bien que le français, l'italien, etc. : c'est le 
franco-provençal, Arch. Glott., III, 61-70. C'est avec le même 
droit qu'on pourrait aussi séparer le gascon, le wallon et les 
dialectes de la côte Est de l'Italie. Ascoli a en vue les patois dans 
lesquels a libre est conservé, excepté après les palatales : rar mais 
kyer (§ 262). Abstraction faite de ce point, les patois savoyards, 
qu'il comprend dans le franco-provençal, diffèrent de ceux de la 
Suisse française et de la France du Sud-Est , dans les phénomènes 
les plus importants du vocalisme et même du consonnantisme. 
SucHiER, au lieu de franco-provençal, adopte le terme de moyen- 
rhodanien (mittel rhonisch), qui n'est pas très juste, attendu que 
le domaine de tout le Haut-Rhône présente ce même caractère 
linguistique. Je préfère l'expression de français du sud-est. — 
ScHUCHARDT a, dès 1869, indiqué l'importance du créole : 
Vok.^ III, 36 d'après Teza, Il Diaîetto Curassese, Politecnico 
XXI, 342 sqq. Plus tard, lui et d'autres sont revenus sur cette 
question, mais tout travail général fait encore défaut. Cf. chap. VI. 

(9) 5 . Les langues littéraires romanes sont sorties , à des époques 
très diverses, de la langue populaire d'une contrée, d'une ville 
qui, par suite de sa prépondérance politique ou littéraire, a 
eu la prééminence sur toutes les autres. Mais, à côté, se sont 
partout conservés les parlers des autres contrées qui se trou- 



§ 5- LES LANGUES LITTÉRAIRES ROMANES 9 

vaient auparavant sur le même pied que celui qui a eu la 
primauté; pour le linguiste, .ils sont tout aussi importants 
que la langue littéraire. Aussi, depuis longtemps, dans chaque 
domaine de langue littéraire, on a distingué différentes sub- 
divisions qui sont caractérisées par certains traits linguis- 
tiques. Les nouvelles recherches ont de plus en plus démontré 
qu'une subdivision de ce genre, si utile qu'elle soit au point 
de vue pratique, ne peut échapper au reproche d'être arbitraire 
et de manquer de base scientifique. Comme caractères d'un 
dialecte, on donne toujours au moins deux phénomènes pho- 
nétiques; mais il devient de plus en plus évident que rarement, 
ou peut être jamais, deux changements phonétiques n'ont les 
mêmes limites. On avait autrefois l'habitude de regarder 
comme picardes les contrées de la France du Nord dans 
lesquelles le c latin reste guttural devant a, devient c devant e 
et où « se change en w ; au contraire, comme françaises, celles 
où apparaît, il est vrai, w, mais où l'on a ai, tse pour ca ce 
latins ; et, comme normandes, celles où se présentent «, ca^ tse. 
Mais, plus tard, on s'est aperçu qu'une grande partie de la 
Normandie appartient au domaine ca ce. Nous avons donc trois 
régions : la première caractérisée par ca tse «, la seconde par 
ka ce ei Cl la troisième par ka ce oî. Si l'on voulait donner le 
normand comme étant la région de «, on se trouverait alors 
en conflit avec les patois du Sud-Ouest qui conservent aussi 
ei. Si nous regardons la coïncidence des trois derniers caractères 
comme formant quelque chose d'essentiel, 'nous sommes 
obligés de reconnaître que chacun d'eux a pour lui-même 
beaucoup plus d'extension, et, tant que nous ne pourrons 
pas prouver que ces trois caractères, par suite d'une nécessité 
intrinsèque, se réunissent ensemble dans un espace déterminé, 
leur groupement sera arbitraire; c'est avec le même droit 
qu'on pourrait établir un groupe dialectal en se basant sur 
ka U ei. Partout où dominent des relations mutuelles, on 
trouve une transition graduelle entre un patois et l'autre. Si 
nous nous éloignons dans toutes les directions d'un point 
central pris à volonté, avec un nombre déterminé de traits 
phonétiques, nous constaterons que, peu à peu, chacun de 
ces traits disparaît pour Élire place à un^autre, jusqu'à ce qu'enfin (lo) 



10 INTRODUCTION § 5. 

nous atteignions un autre point qui n*a plus rien de commun 
avec le point de départ. En faisant la comparaison des deux, 
nous verrons une différence absolue; mais de transition brusque, 
de divergence soudaine, il n'y en pas plus que, par exemple, 
dans le passage du latin au roman. On ne trouve des contrastes 
et des limites nettement tranchées que dans les régions où 
tout rappon mutuel fait défaut, et dans celles où, par suite de 
mouvements de peuples, des groupes linguistiques étrangers 
l'un à l'autre et très éloignés originairement ont été brusque- 
ment mis en présence. Seulement, même dans ce damier cas, 
il se produit, tantôt plus rapidement, tantôt moins, une 
atténuation progressive des différences. C'est ce que nous 
montrent avec évidence les îlots linguistiques. Au x* siècle, 
des colons piémontais ont été transplantés en Sicile; encore 
actuellement, ils ont conservé leur dialecte à S. Fratello, 
Nicosia, Sperlinga, Piazza Armerina, Aidone, Novara. Sur 
tous ces points, et sunout à Novara, se montre l'immixtion 
du sicilien, non seulement dans le vocabulaire, mais aussi 
dans les phénomènes phonétiques. Ainsi // y passe à dd rù^da^ 
peddy itodda (lat. Stella); nd k nn : cammanner, maun (lat. 
mundus)y prufauna (lat. profunda); e atone, dans les cas où il 
reste, passe à i : rispaunni (lat. respondere)y vainnir (lat. vendere). 
Ce sont là des phénomènes qui appartiennent tous à la Sicile 
et non à l'Italie du Nord. Du reste, il y a encore à noter une 
opposition remarquable entre le gallo-italien et le sicilien ; dans 
la même région, on trouve aussi / initiale et / après les consonnes 
traitées comme // ; 4^na, pardu, tandis que / intervocalique 
persiste : aula (lat. guld) ; entre voyelles, on n'y trouve dd que 
pour //. Il faut donc que, à l'époque où l'influence sicilienne 
s'exerçait, /- ait été prononcée fortement, comme //, tandis 
que / intervocalique était identique à 1'/ sicilienne. Comme / 
était assimilée à //, elle passa avec // à (U, bien que le sicilien 
n'ait dd que pour //. Ce que nous observons ici pour deux 
dialectes très différents à l'origine, nous devons le supposer 
aussi pour ceux qui sont étroitement apparentés : tout chan- 
gement phonétique se propage en dehors d'un certain point de 
départ; il élargit son domaine, mais, en outre, il s'écarte 
souvent des conditions auxquelles il était soumis à l'origine. 



§ 6. LES PARLERS ROMANS II 

Sur la question de savoir jusqu'à quel point on peut parler de (ii) 
dialectes et de frontières dialectales. Cf. P. Meyer, Rom. IV, 294- 
296; V, 504-505, et Asœu, Arch. Glott., II, 385-395; Grôber, 
Grundriss, 415-419; Schuchardt, Vok.^ III, 32-54. 

6. Comme la réunion en groupes particuliers des nombreuses 
différences linguistiques subordonnées à une langue littéraire, 
et ne trouvant pas d'expression dans cette langue littéraire, 
présente de grands avantages pratiques, il est bon de la 
conserver provisoirement. Ce sont les limites politiques 
anciennes ou actuelles qui servent à établir ce groupement; 
mais il ne £iut jamais oublier que ce n'est qu'un expédient 
plus ou moins arbitraire. Ainsi, par exemple, il ne Êiut pas 
regarder le picard comme une langue homogène parlée dans 
toute l'ancienne Picardie, mais comme un ensemble de par- 
ticularités linguistiques qui se rencontrent dans cette province, 
et dont chacune peut, ou ne pas embrasser tout le domaine 
picard, ou franchir ses limites. 

Si nous commençons par l'Est, nous rencontrons d'abord 
le ROUMAIN avec le macédonien et l'isTRiauE. Le macédonien 
montre en bien des points les traits les plus anciens ; l'istrique 
se rapproche du transylvanien; mais il a subi une forte 
influence slave, même dans son système phonétique : te après 
les consonnes y devient lye comme en slave, v. g. flyer (lat. 
ferruni). Le moldave et le transylvanien montrent, à l'égard 
du valaque représenté par la langue écrite actuelle, quelques 
divergences qui leur assurent, en partie, une place à pan. — 
L'ancien roman qui a été parlé sur les côtes de la Dalmatie 
n'est plus conservé que dans les restes de la langue de l'île de 
Veglia, dans le golfe d'Istrie, langue morte, elle aussi; les élé- 
ments latins de I'albanais peuvent, jusqu'à un certain point, 
servir de compensation à cette perte. — Le domaine rhétique se 
subdivise en trois grands groupes, le frioulan à l'Est, le ladin 
à l'Ouest, et, entre les deux, les patois du Centre qu'on peut 
comprendre sous le nom de tyrolien. Tandis qu'au Centre 
et à l'Est, l'italien sert de langue écrite, à l'Ouest, le ladin, 
par suite de son indépendance politique, a suscité une litté- 
rature propre et la conserve encore de nos jours. La première (12) 
place doit être donnée au haut-engadin qui offre le dévelop- 



12 INTRODUCTION § 6. 

pement littéraire le plus considérable; le roumanché, dans la 
vallée du Rhin, a été beaucoup moins cultivé. La Vallée de 
Munster, rattachée politiquement à la Suisse et limitée d'un 
côté par la Basse-Engadine, de l'autre par un territoire dont la 
langue actuelle est l'allemand, paraît avoir beaucoup de 
phénomènes phonétiques communs avec le Tyrol, v. par 
exemple, § 535. A une époque plus reculée, le rhétique 
régnait sur un espace bien plus vaste qu'actuellement : au 
Nord, il s'étendait en descendant le Rhin jusque vers le 
Vorarlberg; au Sud, il occupait une partie considérable du 
territoire vénitien, et il a même laissé quelques traces dans 
l'île de Chioggia. Il est également facile de reconnaître la couche 
rhétique dans le canton du Tessin, malgré la forte influence 
lombarde à laquelle elle a été soumise, cf. § 413. La pénétration 
du tyrolien par des éléments lombards et vénitiens est plus 
forte que dans les autres groupes. 

L'Italie est géographiquement divisée en deux parties : la 
région du Pô qui englobe Gênes et s'étend, vers l'Ouest, 
jusqu'au Var, et, vers l'Est, jusqu'à l'Esino; le reste de la 
péninsule, qui comprend tous les dialectes parlés au Sud de la 
chaîne des Apennins, auxquels on joint ceux de la Sicile. La 
première région est celle du groupe dialectal qu'on peut appeler 
du nom de haut-italien; la seconde comprend le groupe 
ITALIEN. Une place à part est assignée au sarde, et, en parti- 
culier, à la langue de la partie centrale de l'île, le logoudorien 
ainsi qu'à celle de la partie méridionale, le campidanien. Un 
caractère de haute antiquité est attesté pour les deux par la 
séparation de ^ et ï latins : telu, mais pilu (§ 68), et, pour le 
premier, par la conservation des gutturales devant e : ki:(u (lat. 
cilium). Au Nord, le gallurien paraît étroitement apparenté 
avec le corse, mais on manque de renseignements certains sur 
les deux. — Au type siqlien, qui comprend presque toute 
l'île, se rattache le calabrais du Sud, tandis que le calabrais 
du Nord, particulièrement dans son vocalisme, est très rap- 
proché, non seulement du napolitain, mais même d'un petit 
groupe sicilien dont le représentant est le dialecte de Noto 
auquel se rattache la langue parlée à Modica, Avolo, etc. Le 
napolitain embrasse toute la province de Naples et de Béné- 



§ 6. LES PARLERS ROMANS I3 

vent, et, de plus, la Molise. C'est à lui que se joint le 
groupe des abruzzes, qui se subdivise en de nombreux- (i)) 
rameaux, et qui, surtout dans le vocalisme, présente des 
phénomènes très particuliers; on y trouve, de même que 
dans le tarentin du Sud, bien des traits communs avec 
Talbano-roumain. Viennent ensuite les dialectes de l'Italie cen- 
trale, I'aquilèen, l'oMBRiEN et le ROMAIN, qui forment là transition 
avec le toscan. Ce dernier, par son représentant le plus illustre, 
le FLORENTIN, Sert de base à la langue écrite, tandis que I'aré- 
TiN montre déjà dans son vocalisme, surtout par é venant de à 
(§ 228), les caractères fondamentaux des parlers de l'Italie du 
Nord. Parmi ceux-ci, le vénitien est étroitement apparenté 
au toscan par la conservation de «, par la diphthongue ie uo 
(§ 132, 183), par // (/) provenant de et (§ 461), etc. Ce 
dialecte, qui, ainsi qu'il a déjà été remarqué, agrandit de plus 
en plus son domaine aux dépens du rhétique, joint, vers la 
région du Pô, I'émilien qui comprend Mantoue et s'étend 
des deux côtés du fleuve. Padoue et Vérone appartiennent 
aujourd'hui au domaine vénitien, mais ie et uo font défaut au 
véronais, de même qu'aux autres parlers de la Haute-Italie. 
L'émilien, le lombard avec Milan et Bergame comme 
centres, le génois et le piémontais sont réunis sous le nom 
de GALLO-ITALIEN, attendu que leur système phonétique 
présente avec les patois firançais toute une série de concor- 
dances, en particulier û provenant de « (§ 47, 52) et les 
voyelles nasales. Les colonies établies en Sicile et dont il a 
déjà été parlé (§5) ont une origine gallo-italienne et même 
piémontaise. 

Dans la France du Sud, le rapport entre la langue écrite et 
les pa toi » n'est pas absolument le même q-ue dans les autres 
contrées. La langue des troubadours n'est homogène que 
juste en tant que les voyelles sont les mêmes dans tout le 
domaine provençal, et que cette langue n'est pas tout à fait un 
mélange de formes empruntées à des dialectes différents. ^ . ^ 
Mais nos manuscrits écrivent et mèmt les premiers auteurs ^'^'^* 
des recueils de chansons écrivaient, selon leur pays d'origine, 
fait ou fachy causa ou chama^ pan ou /», fida ou fi^^a; aucun 
de ces patois n'est arrivé à dominer tous les autres. La limite 
/AcJLdUr 



14 INTRODUCTION § 6. 

du côté de la France du Nord est à peu près la suivante : la 
ligne de démarcation part de Tembouchure de la Gironde et 
va droit à l'Est jusqu'à Lussac; de là elle se dirige vers le 
(14) Nord jusqu'à Jourdain sur la Vienne; puis elle court de nou- 
veau vers l'Est jusqu'à Montluçon, prend ensuite la direction 
du Sud-Est et atteint, à la frontière Sud du département de 
l'Isère, la' chaîne des Alpes qui sert de limite du côté de 
l'Italie. Le critérium est fourni sur ce domaine par le dévelop- 
pement de l'a en syllabe ouverte. Le gascon présente des 
caractères tout à fait particuliers, à tel point qu'il est qualifié 
de langue étrangère dans les Leys d'AmorSy H, 388; il se 
rapproche de l'espagnol par plus d'un point, particulièrement 
par h provenant de / (§ 408). A l'Est, la transition s'opère 
peu à peu avec le catalan dans le Roussillon. Ce dernier 
parler, qui n'est qu'un dialecte provençal transporté en Espagne 
au VIII* siècle, pénétra de plus en plus vers le Sud pendant 
la lutte des rois d'Aragon contre les Arabes. Il embrasse : en 
France, la plus grande partie du département des Pyrénées- 
Orientales; en Espagne, les provinces de Catalogne et de 
Valence, les Baléares et les Pityuses ; enfin il y a une colonie 
catalane à Alghero en Sardaigne. Au catalan se r attach e ? en "iAJ';'* 
France, le languedocien avec Montpellier, puis vient le pro- 
vençal sur la rive gauche du Rhône ; les patois septentrionaux 
de la région du Sud, I'auvergnat, le rouergat et surtout le 
LIMOUSIN, à l'Ouest, présentent, dans leur consonnantisme, de 
nombreux traits communs avec le français (§435). 

Les dialectes du Sud-Est se séparent du français du Nord ; 
ils embrassent le Lyonnais, le Sud de la Franche-Comté et la 
Suisse française dont les subdivisions dialectales correspondent 
assez exactement aux subdivisions cantonales de Neuchatel, 
de Fribourg, de Vaud et du Valais. A ce dernier parler se 
rattache le savoyard qui s'étend en partie sur le versant 
méridional des Alpes. Ces patois se distinguent du français, 
principalement par la conser\^ation de a libre ailleurs qu'après 
les palatales (§ 262). Le français écrit est sorti du dialecte de 
I'Ile-de-France auquel se rattachent : à l'Est, le groupe cham- 
penois-bourguignon et le lorrain; au Nord, le wallon, qui 
présente des caractères très particuliers. Ces deux derniers 



•R. 



r 



$ 6. LES PARLERS ROMANS I5 

dialeaes conservent encore aujourd'hui s devant les consonnes 
(S 468). Le PICARD et le normand appartiennent, par leur 
riche littérature du Moyen- Age, aux parlers les plus importants 
du Nord de la France. Du normand Vest détaché I'anglo- (15) 
NORMAND, déjà cité, qui, de bonne heure, à cause de ses 
relations littéraires avec le français du Centre, et, à la suite de 
rétablissement de colons venus d'autres contrées que la 
Normandie, montre dans son système phonétique des traits 
étrangers au normand. Ainsi, tandis que ( du latin vulgaire 
demeure en normand sous la forme «, on trouve dans Tanglo- 
normand postérieur, dans le moyen-anglais, et encore dans 
la langue actuelle, des exemples de oi : exploit^ coy^ poise, deploy 
à côté de display^ convoy à côté de œnvey. Enfin, restent les 
dialectes de l'Ouest : le breton qui peut être regardé aussi 
comme le représentant de I'Anjou et du Maine, et le poitevin 
qui, avec le saintongeais, se rapproche déjà beaucoup du 
provençal. 

Il y a encore à nommer quelques îlots linguistiques. A 
Celle di S. Vito (province de la Capitanate, Italie), on parle 
un dialecte provençal. Plus importante est la langue des 
Vaudois, qui s'étendait autrefois bien au delà des Alpes 
Cottiennes, mais qui a été à peu près complètement refoulée 
par le piémontais et ne vit plus que dans un coin du Wurtem- 
berg, en plein territoire allemand. 

Les rapports des dialectes de la péninsule ibérique sont très 
peu connus. Le groupe asturo-galicien concorde tellement 
dans ses traits essentiels avec le portugais qu'il doit être traité 
avec lui. L'aragonais paraît servir de transition au catalan. 
Au Sud, I'andalous n'est qu'un développement du castillan 
qui a obtenu le rang de langue écrite. Enfin, en Portugal, 
on peut distinguer : le portugais du Sud qui s'étend au midi 
de Mondego; le portugais du Nord, entre le Douro et le 
Minho; le dialecte de Miranda qui possède en commun avec 
l'espagnol la diphthongue ie uo^ et le parler insulaire des Açores. 

Des renseignements plus détaillés sur les limites tant extérieures 
qu'intérieures des langues romanes sont donnés dans le Grundriss 
par Grôber, 419-428, et Suchier, 561-571. Cf. aussi C. Tmis, 
Die deuisch-franiôsische Spracljgrenxe in Lothringen^ Strassburg, 1887 ; 



I lé INTRODUCTION §7-8. 

I Die deiUsch-franxpsisc})e SptachgTen:(e itn Elsass^ Strassbuig, 1888. — 

Les rapports compliqués du rhétique ont été clairement expliqués 

! pour la première fois par Ascou, Arch. Glott., I. Ascou traite 

des patois italiques, en général, dans VJtalia diakttah, Arch. 

I Glott. VIII, 98-128; cf. aussi Grundriss, 550-560; sur le portugais, 

I Làte de VasconcelloSy Rev. Lus. I, 192-194. 

! 
I 
I (16) 7. La marche du développement des différentes langues 

romanes est très inégale. Tandis que, pour les unes, il n'y a 
I qu'une différence à peine appréciable entre les formes et les 

sons des monuments primitife et ceux de l'époque actuelle, 
d'autres présentent un abîme entre ces deux époques. Ce sont 
les dialectes de la Gaule qui montrent la divergence la plus 
considérable. L'ancien français diffère si essentiellement du 
! FRANÇAIS MODERNE, qu'ou a pris l'habitude de le traiter comme 

I une langue à part. Dans son second volume, Diez a partout séparé 

j l'ancien français du français moderne. Il y a des grammaires 

spéciales de l'ancien français, etc. La limite entre les deux périodes 
est fixée approximativement à l'an 1500. Il arrive aussi qu'on 
appelle du nom d'ancien français la langue qui va des origines 
au XIV* siècle inclusivement, et du nom de moyen français la 
langue des xv* et xvi* siècles. On comprend sous le nom 
d'ANCiEN PROVENÇAL la période linguistique dans laquelle le 
provençal a servi de langue littéraire, c'est-à-dire l'époque qui 
s'étend jusqu'à la fin du xiv* siècle. Les différences entre 
l'ancien italien et l'italien moderne, l'ancien espagnol et l'espa- 
gnol moderne, etc., sont si peu importantes, qu'il n'est ni néces- 
saire, ni possible de les marquer. En général, on comprend sous 
le nom d'ancien italien, etc., des formes appartenant aux pre- 
miers siècles du développement littéraire et inconnues à la 
langue écrite actuelle. 

8. Les SOURCES d'où dérivent nos renseignements sur l'his- 
toire des langues romanes se divisent en sources écrites et 
orales, directes et indirectes. Les sources orales sont les langues 
parlées actuellement par leJVomans; les sources écrites directes, 
tout ce qui a été écrit en langue romane. Ainsi qu'il a déjà 
été remarqué, ces témoignages écrits ne commencent qu'à 
partir du ix* siècle et deviennent un peu plus riches à partir 



§ 8. LE BAS-LATIK l^ 

des X' et xi« siècles. Ainsi, pour les premiers temps, nous 
nous trouverions réduits à de pures hypothèses, si le latin ne 
venait à notre secours. Cest environ depuis le commencement 
du VII* siècle que les chartes, les lois, les vies de saints, etc., 
témoignent d'une ignorance de plus en plus complète des 
formes btines. Une grande confusion apparaît dans la déclinaison 
et la conjugaison. Des innovations se montrent aussi dans 
Tonhographe : on confond les lettres, on les supprime, on (17) 
en ajoute, ou bien on les remplace les unes par les autres. 
La formation des mots et la syntaxe ne s'écartent pas moins 
des règles antérieures. Si grossier et si irrégulier que paraisse 
au premier abord ce bas-latin, on peut cependant y recon- 
naître sans grande difficulté les caractères fondamentaux du 
développement linguistique roman. Le fonds n'est autre chose 
que le dialecte roman de l'écrivain, émaillé, dans une mesure 
plus ou moins large, de réminiscences des formes du latin 
correct. Les chanes sont importantes pour la connaissance des 
langues romanes en tant qu'elles nous montrent des trans- 
formations phonétiques appartenant à une époque beaucoup 
plus reculée que celle des monuments réellement romans, 
et qu'elles nous permettent de jeter un coup d'œil approxi- 
matif sur l'état de chacune des langues romanes du vu' au 
X* siècle. Mais il feut employer de grandes précautions pour 
s'en servir et les utiliser. Chaque « Êiute » ne représente pas 
immédiatement un Élit linguistique. Ainsi, dans les derniers 
mots de la phrase per terminas et lapidis fixiSy Pard. m, il ne 
faut pas voir un emploi de l'ablatif pour l'accusatif, mais une 
influence de la terminaison d'un mot sur le mot suivant. 
Dans factas opéras pignorasy Mon. Hist. Patr. I, 79, ann. 892, 
Vs des deux premiers mots s'est fourvoyée dans le troisième. 
Au contraire, si le ^ de la troisième personne du singulier 
persiste régulièrement dans les chartes de la France du Nord, 
tandis qu'il tombe très fréquemment dans celles de la France 
du Sud et de l'Italie, ce feit reflète assez exactement les rap- 
ports postérieurs : ital., prov. awa, a.-franç. aitnet. Abstraction 
faite des fautes de copistes qui ne prouvent rien, on peut 
diviser les irrégularités en trois classes : les £ûts proprement 
romans, comme la chute du / mentionnée plus haut; les com- 

McTEK, Grammaire. a 



l8 INTRODUCTION § 8. 

bînaisons de constructions latines et romanes comme per legibus 
Zeumer, 9, 23 = lat. legibus + rom. per leges; les interversions 
de constructions ou de graphies comme per ante nupciiSy Lex. 
Rom. Ut., 73, 5 : l'écrivain sait que, dans le latin correct, on 
met, dans certains cas, l'ablatif après les prépositions, mais 
il ne sait pas au juste quand, et il le met à tort. On trouve 
aussi amtilitery Zeumer, 15, 21, au lieu de osHlitery parce que 
au et Oy s'étant confondus dans la prononciation, sont employés 
l'un pour l'autre dans l'écriture. Il n'y a pas de règle générale 
qui permette de décider pour chaque cas auquel de ces phé- 
(18) nomènes on a affaire. C'est seulement en tenant compte 
du lieu d'origine, du plus ou moins grand nombre de fautes, 
des circonstances particulières dans lesquelles le document a 
été écrit, qu'on peut porter un jugement définitif. Pour 
l'époque où les textes romans sont nombreux, le bas-latin 
ne peut guère présenter qu'un intérêt lexicographique. C'est 
pour le vocabulaire et la syntaxe qu'on peut en tirer le plus 
de profit; l'intérêt qu'il présente est beaucoup moindre pour 
la flexion et la phonétique. 

Il ne peut être question dans une grammaire romane d'utiliser 
ces sources d'une manière complète; encore moins est-il possible 
d'exposer les raisons pour lesquelles certaines formes sont considérées 
comme des fautes de copistes et, par conséquent, n'entrent pas en 
ligne de compte. Il n'y a pas jusqu'à présent de recherches satisfai- 
santes sur ce point, on ne peut regarder que comme utiles provi- 
soirement les travaux faits jusqu'ici. 

PoTT, Dos Laiein im Ûbergang :(um Romanischen, Zeitschr. f. Alter- 
tumswiss. i8s3, 481-499; 1854, 219-231, 233-238; Romanisclie 
EUmente in der Lex salica^ Zeitschr. f. d. Wissenschaft d. Spr. III, 
II 3-1 65; Pîattlateinisch und Romanisch, Zeitschr. vergl. Sprachf. 

I, 309-350, 385-412; Romanische EltmmU in den langobardischen 
Gesetien, ibid. XII, 161-206; XIII, 24-48, 81-105, 321-364; H. 
d'Arbois de Jubainville, La déclinaison latine à Vipoqtte mérovingienne, 
Paris, 1872; F. Bluhme, Die Gens Langobardorum, 2. Heft, ihre 
Sprache, Bonn, 1874 ; Stunkel, Verhâltnis der Sfrache der lex romana 
uticensis xfir schuJgerechten Latinitàt, Fleckeisens Jahrb. Suppl. VIII, 
585-645 (v. Schuchardt, Zeitschr. I, 1 11-125) et Zeitschr. V, 41-50; 
Geyer, Beitrâge \ur Kenntnis des gallischen LateinSy Arch. Lat. Lex. 

II, 25-47 ; K. SiTTL, Zur Beurieilung des sogenannten Mittellaieins, 
Arch. Lat. Lex. II, 550-580; M. Buck, Die ràtoromanischen Urkunden 
des VIIL — X. Jahrhunderts, Zeitschr. XI, 107- 117. Les inscriptions, 



I^V 



§ 8-10. LE VOCABULAIRE ROMAN I9 

les grammairiens, etc., nous fournissent des témoignages directs et 
indireas pour la langue populaire à l'époque où le latin était encore 
la langue familière des gens instruits ; mais leur exposition et leur 
discussion critique sont en dehors du cadre du présent ouvrage. Sur 
ces sources et la manière de les utiliser, cf. GrundrisSy p. JS^-SS^- 

9. Les renseignements que Ton peut tirer des éléments (19) 
GERMANIQUES pour l'histoire de la phonétique romane sont 
peu considérables. Le nom de Karl a été rendu célèbre, en 
France, par Charles Martel, au commencement du viii^ siècle. 
Sa consonne initiale est traitée comme v. g. celle du latin 
campus : CharleSy champ. Au contraire, dans les mots introduits 
postérieurement, le h persiste : a.-franç. cane=^ a.-b.-all. hane. 
Il ne feut cependant pas en conclure qu'au viu* siècle c devant 
a fût encore une gutturale explosive ; k pouvait très bien avoir 
déjà atteint le degré t\ Du moment que le k germanique suivi 
de a se rapprochait légèrement plus de ce dernier phonème 
que du k devant latin ou français, il devait nécessairement 
lui être assimilé. Du reste, il est bien rare que nous puissions 
connaître la date précise de l'introduction d'un mot germanique 
dans les langues romanes. Tandis qu'A latine a disparu en 
roman sans laisser de traces, h germanique persiste en ancien 
français (§ 18), d'où il suit qu'A latine s'était déjà assourdie 
à l'époque où furent empruntés les plus anciens mots germa- 
niques ayant h initiale. Il est vrai que nous avons des témoi- 
gnages encore plus anciens de cet assourdissement (§ 403). 
Ce qui est plus important, c'est le changement de ki germa- 
nique en ci dans le français (§ 18), parce qu'on peut en 
conclure avec sûreté que, dans la France du Nord, ci latin a 
été prononcé dès une très haute époque tsi et non ci. Ainsi 
se dégagent l 'un et l' a utre résultat^ mais moins toutefois qu'on 
ne pourrait le supposer au premier abord. 

10. Le VOCABULAIRE roman est très mélangé. Le latin en 
forme la masse fondamentale; mais il est, dans une mesure 
plus ou moins large, pénétré d'éléments empruntés aux peuples 
qui ont vécu dans les pays romans avant les Romains et les 
Romans, ou à côté d'eux. C'est le germanique qui a fourni 
l'apport le plus considérable, puis, immédiatement après, le 



20 INTRODUCTION § 10. II. 

grec. Les éléments arabes sont limités en tout à la péninsule 
ibérique et à la Sicile. Ce qui est resté du celtique en Gaule, 
de l'italique en Italie, de l'ibérique en Espagne et du dacique 
en Roumanie, se réduit à peu de chose. En revanche, le 
roumain est fortement mêlé de slave en Valachie et en Istrie, 
(20) de hongrois en Transylvanie et de grec en Macédoine. La 
séparation de ces éléments étrangers au roman et l'histoire de 
leur introduction, de leur développement et de leur rapport 
avec l'élément latin, bien loin d'être achevées, ne sont encore, 
à l'heure actuelle, qu'à peine ébauchées. 

Pour les éléments arabes de Tespagnol, cf. : L. de Eguilar y 
Yanguas, Glosario eiimologico de las palabras espanolas de origen orien- 
tal. Granada 1886. Pour les éléments étrangers du roumain : 
A. DE CiHAC, Dictionnaire d'itymohgie dacoromane^ II, Frankfurt 
a. M. 1879; Çaineanû, Elemente Turcesti in limba romand, Bukarest 
188s. Pour la phonétique : Miklosich, Beitràge Vok. III, 16-31 ; 
TiKTiN, Zeitschr. XII, 237-241. 

II. Le vocabulaire latin. — Le vocabulaire latin, tel que 
nous le connaissons par les œuvres littéraires qui nous ont été 
conservées, est relativement pauvre, surtout si nous le com- 
parons V. g. avec le vocabulaire grec. De plus, il ne dérive 
pas d'une source unique ; la famille des dialectes sabelliques , 
l'étrusque, le grec et le gaulois lui ont fourni beaucoup de 
mots auxquels il a si complètement donné droit de cité qu'on 
n'en découvre qu'à peine l'origine étrangère. Mais, dans le 
cours des siècles, une grande partie de ce fonds s'est perdu. 
A côté d'une masse de mots communs aux langues romanes, 
il y en a qui sont isolés dans chacune d'elles; beaucoup même 
n'ont pas encore été retrouvés jusqu'ici. Tels sont, v. g., pour 
s'en tenir aux substantifs simples : abdomeny aedeSy amnis^ amer y 
aper, an^ bellum^ crus, ensis^ equus^ fasy genUy habetuiy hietnSy 
hircuSy igniSy imbery juSy lirUy malay \fiariSy oSy osculutriy plagUy 
puer y rupesy ruSy specuSy viry viSy etc. En outre, il faut mettre à 
part les mots qui survivent dans des dérivés; esp. aba:^ = 
*abaceuSy roum. urechiCy eng. uralky ital. orecchioy franc, oreilky 
esp. oreja = auriculUy roum. genunchiuy ital. ginocchioy franc. 
genouy esp. hinojo ^= genuculurriy etc. Néanmoins, le vocabulaire 
des langues romanes ne peut être taxé de pauvreté; au con- 



s II. MOTS INDIGÈNES ET MOTS SAVANTS 21 

traire, plus d'une de ces langues dispose d'une grande richesse 
qui provient surtout du fonds romain. En effet, le fonds 
primitif a été accru, en partie par de nombreuses dérivations, 
en partie par des emprunts toujours renouvelés au latin écrit 
qui, comme langue savante, continuait de vivre d'une manière 
plus ou moins apparente à côté de la langue vulgaire. A 
partir du moment où le latin devint langue littéraire, il se 
produisit une divergence, insensible au début, mais croissante 
de jour en jour, entre la langue de la classe populaire et (21) 
celle de la classe lettrée. La littérature gêna la langue dans 
son libre développement. Elle donna aux mots qui auraient 
succombé dans la lutte pour l'existence une puissance de 
résistance plus grande. Elle fixa la forme verbale et s'opposa 
ainsi aux changements phonétiques. Le lettré s'attacha le plus 
possible à la langue écrite, tandis que l'illettré continua de 
parler la langue à laquelle il était habitué. Mais, comme il y 
avait entre l'un et l'autre des rapports constants, il s'opéra 
un rapprochement dans leur langage, et, en particulier, des 
façons de parler du premier passèrent dans la langue du second. 
Déjà de très bonne heure, on disait en latin vulgaire maclay 
mais on continuait d'écrire maculay et celui qui voulait raffiner 
prononçait macula en trois syllabes. Comme ce mot a une 
double signification, « maille » et « tache », la seconde s'em- 
ployant métaphoriquement au sens moral, on comprend 
aisément que le second emploi de macula dût être firéquent 
dans la littérature et dans la langue des lettrés, et que le pre- 
mier, au contraire, appartint beaucoup plus au peuple. C'est 
pourquoi l'on trouve en roman macUiy la maille, à côté de macla 
macula y la tache; ital. maglia-macchiay macola, esp. malla-man- 
cbay port, malba-magoa. Voici un autre exemple : n latine est 
tombée de bonne heure devant j; au lieu de consul y le peuple 
disait cosul. Mais l'écriture et la prononciation des lettrés, qui s'y 
conformait, gardèrent intacte l'n dans bien des cas, en grande 
partie pour des raisons étymologiques, v. g. dans les participes 
des verbes en nd : ptndoy pensus. Le verbe pensarCy lat. vulg. ptsare 
dérivé de pensum signifie « peser ». Puis, par métaphore, il passa 
au sens moral de « supputer, examiner quelque chose » (stai 
ptnsata diu belli sententia, Curt. m, 14, 5), et signifia ensuite 



22 INTRODUCTION § II. 

« réfléchir sur, penser ». Ce sens appartient avant tout à la 
langue savante; la langue populaire possédait déjà le verbe 
C(^itare (a. -franc, cuidier) et elle n'avait pas aussi souvent besoin 
d'exprimer cette idée. Pensare a ensuite pénétré dans la langue 
romane avant l'an looo, avec sa forme et son sens littéraires : 
ital. pensare, franc, penser, esp., port, pensar. En roumain, on ne 
trouve que pesare : pàsà, A mesure que la langue populaire, en 
avançant dans son développement, éloigna, pour la forme et le 
sens des mots, son vocabulaire de celui de la langue écrite, il 
(22) dut arriver que des éléments du second passèrent dans le pre- 
mier. On a donné différents noms à ces éléments. On les a 
appelés : mots savants par opposition aux mots populaires, mots 
empruntés par opposition aux mots indigènes, mots du latin 
littéraire par opposition à ceux du latin populaire. Les diffé- 
rentes formes sous lesquelles un seul et même mot apparaît ainsi 
en roman sont appelées doublets. Les termes de mots indigènes 
et de mots du latin littéraire ou mots savants serviront dans le 
présent ouvrage à noter ces catégories. La dernière expression 
est plus exacte que celle de mots empruntés parce qu'elle 
indique immédiatement d'où vient l'emprunt, et par quelle voie 
les éléments étrangers en question sont arrivés dans la langue. 
On peut distinguer, dans la formation du vocabulaire, diffé- 
rentes périodes et différentes classes de mots savants. La pre- 
mière période va jusqu'à l'an 600 environ; c'est celle pendant 
laquelle le latin littéraire était encore une langue parlée dans 
le cercle de plus en plus restreint des lettrés. C'est là qu'il faut 
placer en particulier l'origine des mots en -ulus, -ula, au lieu 
de 'lus y la, qui se trouvent dans les langues romanes. Le roumain 
lui-même fait partie de cette première couche. Déjà en latin 
vulgaire, ab av, devant les voyelles, étaient devenus au : gauta, 
ital. goto/ îranç. joue; faula le conte, ital. fola; taula la table, 
ital. tola, franc, tôle, etc. (§ 27). Mais on trouve, à côié,favulus, 
roum. fagur, ital. fiavo (de favolo, favlo, flavo) ; ital. jiaba, lorr. 
flave, franc, fable; ital. stabbio, franc, étable, esp. establo, etc., 
qui remontent au latin littéraire favula, fabula, stabulum. 
Toutefois, ces mots doivent avoir été introduits de très bonne 
heure dans la langue populaire comme le montrent l'existence 
de fagur et le changement de v en g dans le roumain, et celui 



s II. MOTS INDIGÈNES ET MOTS SAVANTS 23 

de / en ^ en italien. On trouve aussi, l'un à côté de l'autre, en 
roumain : mtqchiu = musclus et mascur = masculus; ital. niaS" 
chio et tnascoh; roum. unghie = ungla et lif^ur = *lingulum 
(au lieu de lingulà). Une deuxième période devrait être placée 
au VIII* siècle environ, à l'époque où, sous l'impulsion de 
Charlemagne, les études classiques refleurirent, et où, à la cour 
et dans les écoles, on se remit à parler une langue qui, pour 
la forme et le vocabulaire, s'appuyait le plus possible sur les 
écrivains antérieurs. On sait jusqu'à quel point les œuvres d'un 
Eginhard et d'autres écrivains de ce temps sont émaillées de (23) 
tournures empruntées aux auteurs qu'on lisait alors. Quand 
les Germains apprenaient et parlaient le latin à la cour de 
Charlemagne, les Romans, qui pouvaient encore bien sentir 
que leur langue familière se tenait toujours près du latin, 
devaient essayer de l'améliorer en quelque manière en rap- 
prochant du latin les formes qui s'en écartaient, et en employant 
beaucoup de mots latins même dans les rapports de la vie 
quotidienne. C'est à la forme savante Karolus tnagnus que 
remonte l'a.-français Charte magne, Charte mainey car, exception 
faite du sarde tnannu et des composés tammagnuSy esp. tatnanOy 
port, tatnanho etpermagnuSy a.-franç. parmainT^y magnus a disparu 
de bonne heure du roman et a été remplacé ç^lt grandis. — 
Au XII* siècle commence en France ce qu'on peut appeler 
la littérature de traductions qui débute par des textes ecclé- 
siastiques : elle introduit dans la langue littéraire savante beau- 
coup de latinismes, soit qu'en réalité les idées, surtout les idées " 
abstraites, manquassent à la langue populaire, soit aussi à cause 
de l'inexpérience du traducteur et pour sa plus grande commo- 
dité. Avec les progrès de la culture classique, l'élément latin 
prend de l'extension. La latinisation du roman arrive à son apo- 
gée à l'époque de l'humanisme , où l'on voit en Italie la langue 
vulgaire courir un moment le risque d'être supplantée par le 
latin dans la Uttérature. Alors, non seulement on s'empara d'une 
foule de termes latins, mais même les mots usités de toute 
antiquité, les mots indigènes, furent ramenés au type latin , soit 
seulement dans la littérature, soit même dans la prononciation. 
Depuis le xvii* siècle , le nombre des mots empruntés au latin 
littéraire ne dut plus s'accroître et un grand nombre d'entre eux, 



24 INTRODUCTION § II. 

qui n'appartenaient qu'au roman littéraire, disparurent. Du 
reste, la situation des différentes langues romanes par rapport à 
cet élément étranger est diverse. Cest en français que l'immix- 
tion du latin paraît être le plus considérable. On peut en voir la 
raison dans ce fait que c'est le français qui s'est le plus éloigné 
du latin, tandis que, par exemple, l'italien s'en rapproche telle- 
ment que les mots savants, empruntés même tardivement, ne 
sont pas reconnaissables comme tels au premier abord. Tandis 
que V. g. le français chaste se dénonce immédiatement comme 
étranger par son s et son e, l'italien casto ne va contre aucune 
règle phonétique. Le latin september est en a. -français settembre 
(24) d'où l'on a fait plus tard, par imiution du latin, septembre. Au 
contraire, en italien, encore actuellement, le groupe pt n'existe 
pas dans la prononciation, settembre est la seule forme possible. 
Tout mot introduit même récemment et contenant les groupes 
et y pt présente l'assimilation ;^la constate même dans des 
expressions telles que diphtangus : dittangOy etc. En Espagne, 
Juan de Mena, dans la première moitié du xv* siècle, compte 
comme l'écrivain qui a le plus puisé dans le latin; après lui 
viennent surtout les classiques du xvii* siècle comme Gongora, 
Calderon, etc. Le roumain occupe une place à part. Depuis la 
chute de l'empire romain, il s'est tourné vers l'Orient et lui 
a emprunté sa civilisation. C'est seulement le réveil du sentiment 
national au xix* siècle qui mit de nouveau les Roumains en 
rapport avec les peuples occidentaux de même race et avec leur 
passé romain. Il en résulta pour la langue une recherche de 
latinisation exagérée dont la plus haute expression se manifesta 
dans un ouvrage qui ne tenait aucun compte des éléments non 
latins et les remplaçait par des emprunts au vocabulaire latin : 
il s'agit du Dictionariulu limbei romAne de Laurianû et Mas- 
simù, Bukarest 187 1. En réalité, ce qui a pénétré dans la langue 
populaire se réduit à peu de chose : deux ou trois expressions 
ecclésiastiques d'une époque plus ancienne telles que relighie, 
testament^ biblie^ ou des vocables scientifiques comme scorpie^ 
aroriy puis coroanà à côté de cununày etc. 

Cest l'ÉGLiSE qui a fait passer dans le vocabulaire roman la quan- 
tité la plus considérable de mots du latin littéraire. Comme elle a 
conservé pendant très longtemps, et qu'elle conserve en grande 



§ II. MOTS INDIGÈNES ET MOTS SAVANTS : l'ÈGLISE 2) 

partie encore aujourd'hui le latin dans ses rapports avec la classe 
populaire, les mots dont elle se servait le plus fréquemment péné- 
trèrent sous une forme plus ou moins latine dans la langue du 
peuple. Il est vrai que Deus montre partout un traitement régulier 
des voyelles : roum. Dumne:(euy ital. DiOy franc. Dieu^ esp. Dios; 
mais Deus n'est pas un mot d'origine chrétienne, il est païen, 
et, à l'époque où le christianisme devint religion d'état, il avait 
déjà revêtu sa forme romane Dçus. Au contraire, diabolus est en 
italien diavolOy en français diable^ en espagnol diablo, en portugais 
diabo^ alors que, d'après les lois de la langue vulgaire, di aurait 
dû passer à ^, cf. diurnus, ital. giorno^ etc. (§ 407), et abo à 
ûtt, cf. parabolUyparaula^ ital. parola, etc. (§ 27). On peut en 
donner une double explication : lorsque diabolus pénétra du 
grec en latin par l'intermédiaire de l'église, le changement de 
di en / pouvait déjà être accompli. De plus, diabolus était le (2s) 
terme de la langue ecclésiastique; la langue populaire l'évitait 
le plus possible et le remplaçait par des expressions plus vagues 
telles que adversariuSy a.-ital. awersiert^ a.-franç. aversier; ou 
bien daemoniumy ital. dimonioy esp. demonio ou d'autres expres- 
sions. — Le christianisme fit de virgo une sorte de nom propre 
qui ne fut en usage que dans la langue ecclésiastique ; on avait 
d'autres termes pour rendre la même idée. Il en résulta qu'il 
conserva sa voyelle latine : a.-franç. virgene^ esp. virgeriy port. 
virgem. Seul, l'italien vergine présente une forme correcte. C'est 
aussi en italien seulement que angélus montre le groupe ng 
traité comme v. g. dzns plangere; toutes les autres langues de 
la famille possèdent le mot sous une forme plus voisine du 
latin : franc, ange^ esp. anjely port. anjo. Imago désigne spéciale- 
ment l'image des saints, et montre par sa forme qu'il est sorti de 
la langue de l'église : ital. immaginCy franc, image, esp. imagen, cf. 
le suffixe italien aggine, le {r^nqsLÎs plantain et l'espagnol llanten de 
plantaginem. Spiritus le Saint-Esprit (dans sa signification primi- 
tive ce mot était remplacé par anhelitus ou par le dérivé postver- 
bal de anhelare : ital. a&na, firanç. haleine^ esp. aneldd) se dénonce 
comme mot d'église dans l'espagnol espiritu par la conservation 
de l'f atone, du t et de !'«, et dans le français esprit par Vs et l'ac- 
cent. Toutefois, ce mot est d'une date notablement plus récente 
que les précédents. Les premiers, du moins pour la finale en 



26 INTRODUCTION § II. 12. 

espagnol, et, pour l'accent en français, sont conformes au voca- 
bulaire des mots indigènes. Ce n'est plus le cas pour spiritus. Il 
doit avoir été introduit après l'action de la loi (§338) en vertu de 
laquelle tous les proparoxytons perdirent la syllabe atone médiale, 
de telle sorte que la langue n'eut plus que des paroxytons. 

Immédiatement après l'église, le droit a dû introduire dans 
le vocabulaire roman une quantité considérable de mots du 
latin littéraire. Sa langue fut longtemps le latin, et c'est préci- 
sément dans les rapports officiels que les vieilles formules 
traditionnelles demeurent particulièrement vivaces. Ainsi fami- 
lia est l'expression d'une conception juridique, et, en fait, ses 
représentants romans apparaissent comme des formes savantes : 
franc, famille au lieu de *fameilhy esp. familia au lieu de 
*hameja. L'italien da:(iOy la douane, se dénonce cpmme un lati- 
nisme parce qu'il a :(i au lieu de ;(:ç, et parce qu'il repose sur 
(26) le nominatif latin. Le français juste est irrégulier à cause de son 
s et de sa terminaison , etc. Dans quelle mesure et de quelle 
manière la littérature de traductions a-t-elle contribué à l'intro- 
duction des mots savants , dans quelle mesure y ont contribué 
les sciences, c'est ce qui ne peut être recherché ici. 

12. Pour résoudre la question de savoir si un mot est popu- 
laire ou savant, il faut tenir compte, en première ligne, du 
traitement phonétique. Toutefois, cette seule considération ne 
suffit pas, puisque souvent, pour formuler une loi phonétique, 
il faut avoir décidé si un mot donné appartient oui ou non au 
fonds primitif. Il vaut mieux, par d'autres raisons extrinsèques 
et intrinsèques , montrer d'abord que vraisemblablement l'idée 
qu'exprime ce mot, ou bien s'était perdue dans le peuple, ou 
bien était exprimée autrement. Ainsi- l'a.-français disait maisniee 
au lieu de famille , cuidier au lieu de penser ; en a,-espagnol , 
cuidaty asmar (aestimare^ étaient employés au lieu du moderne 
pensar. Il va de soi que ce sont seulement les mots du latin 
littéraire qui entrent en ligne de compte. Rattacher le mot 
« savant » français double à la forme du « latin populaire » 
dublum implique contradiction. La connaissance du vocabulaire 
latin en usage à une époque postérieure, v. g. sous Charlemagne 
ou au xiii' siècle, peut contribuer à l'établissement du lexique 



§ 12. 15. MOTS SAVANTS 27 

roman; malheureusement, sur ce point, les travaux prélimi- 
naires nécessaires font encore défaut. Ce qui peut parfois Élire 
douter si un mot latin est d'origine populaire en roman, c'est ce 
Élit qu'on le trouve aussi en allemand sans l'intermédiaire d'une 
forme romane : tel est le cas pour familia cité plus haut. 

13. Les problèmes qui se rattachent à l'étude des mots 
savants du roman sont nombreux; on ne peut pas exiger 
d'une phonétique romane qu'elle les soulève tous. Une seule 
question importante pour la phonologie doit être traitée ici. 
Le français chaste a l'initiale parÉiitement régulière; mais, par 
contre, ce mot se dénonce comme savant par son s et son e. On 
pourrait Élire le raisonnement suivant : A l'époque où castus a 
été introduit, s devant les consonnes et u final avaient déjà 
disparu , tandis que c devant a avait encore sa valeur latine. 
C'est postérieurement que c devant a est devenu s dans tout le (27) 
vocabulaire de l'époque, et, par conséquent, dans *caste : chaste. 
Quelque légitime que soit, dans bien des circonstances, une 
semblable déduction, elle n'est pas juste pour le cas actuel. 
Nous savons d'autre part que le changement de ca en sa et la 
chute de la voyelle finale ont précédé de quelques siècles l'affai- 
blissement de Vs. Ainsi, par exemple, un mot tel que castus y 
introduit vers l'an 1000, serait devenu *castey cate. Chaste 
s'explique de la manière suivante. Le mot a Jpassé de bonne 
heure dans la langue et a panicipé au changement de ka en ia. 
Nous le rencontrons déjà au xii* siècle, dans des textes ayant 
certainement pour auteurs des écrivains savants, par exemple 
dans le Comput de Philippe de Thaon (v. 1695). Il doit pro- 
venir d'une époque où ca se maintenait encore, ou bien dans 
laquelle les écrivains savants avaient encore tellement conscience 
de l'équivalence du latin ca et du français cha^ qu'en faisant 
passer un mot du latin dans la langue populaire, ils y réalisaient 
eux-mêmes le changement phonétique. La loi concernant les 
voyelles finales avait déjà exercé son action; comme dans bien 
des cas u final latin était représenté par e, on le conserva dans 
chastus en transformant ce mot en chaste y non en *chast. Pen- 
dant toute la période de l'a. -français, chaste paraît être resté 
savant, l'expression populaire pour rendre cette idée est sage. 



28 INTRODUCTION § I3. I4. 

Chaste n'était employé que par des gens sachant le latin, ce qui 
explique pourquoi Vs persista après l'époque où elle s'était 
affaiblie dans les mots indigènes. Pour porter un jugement sur 
la forme phonétique des mots savants , il ne faut jamais oublier 
que leur introduction est toujours soumise à un certain arbi- 
traire. Un lettré voulait-il donner à un mot qu'il empruntait au 
latin une certaine apparence populaire, il y arrivait en effec- 
tuant le changement phonétique qui lui sautait le plus aux yeux. 
C'est le cas v. g. pour chapitre qui est à moitié populaire dans 
sa désinence et qui l'est complètement dans son initiale , mais 
qui, par ailleurs, a gardé complètement la forme latine. C'est 
la conservation de Va qui permet de reconnaître que le chan- 
gement de r en ^ est artificiel. En même temps que le c se 
palatalise, Va toiu^tre libre s'affaiblit en e : caballus-cheval; 

T(\^ alofB, tandis que tout c initial suivi de a (avec de très rares 
exceptions : cage y § 410) passait à r, tous les a ne passaient 
pas à ^ (a en syllabe fermée persistait après è : château). Il 
en résulta que le premier phénomène attirait l'attention et que 

(28) le second, moins général, n'était pas remarqué. Cet arbitraire, 
qui a sa cause dans une connaissance insuffisante des lois pho- 
nétiques, se retrouve de nouveau dans les tentatives de latini- 
sation de l'époque de la Renaissance. Le français otroyer a été 
maintenu intact dans sa désinence; mais, dans le radical, 
il a subi l'influence de l'orthographe latine de auctoricare : 
octroyer, etc. ; puis l'orthographe a réagi sur la prononciation, de 
telle sorte que , actuellement , le r, indûment introduit, se fait 
sentir dans la prononciation. Des cas analogues, où la graphie a 
influencé la prononciation, sont nombreux, sunout pour des 
mots qui, primitivement, n'appartenaient qu'à la langue savante; 
tels sont fabliau, givre. 

14. Dans le passage d'un mot savant dans la langue popu- 
laire, il s'accomplit souvent des transformations phonétiques qui 
sont également dignes d'intérêt. Certaines combinaisons de 
consonnes latines ont disparu dans les langues romanes : ainsi 
en italien, en espagnol et en portugais cl, pi, bl, fl à l'initiale; 
en espagnol et médial. Aussi, quand la langue littéraire*" * 
emprunte un mot tel que v. g. splendere, les lettrés conservent 



§ 14- IS- MOTS SAVANTS 2^ 

bien pi et s'efforcent d'arriver à prononcer cette articulation qui 
leur est étrangère. Aussitôt que le mot pénètre dans le peuple, 
il doit subir une transformation , non la transformation régulière 
de pi en pi (car on n'a plus conscience que c'est pi qui répond 
au latin />/), mais celle de pi en pr puisque r est la consonne la 
plus voisine de / et que pr est un groupe très répandu. En fait, 
on lit habituellement dans les anciennes poésies italiennes 
risprendtre, sprendore^ et, encore actuellement, la plupart des 
dialectes changent en r VI seconde consonne des groupes ini- 
tiaux dans les mots savants, cf. par exemple sic. brunni (Jbland)^ 
obricari (obligaré), pranetUy disciprina^ crimmtiy crissi (eclipsis)^ 
milan, sprendô {splendor)^ decrinà (declinaré) ; de même en por- 
tugais pratOy praça^ cravo (clavus)^ cris (eclipsis)^ cristel (clys- 
ter) y etc., cf. § 422. En espagnol et est devenu ch^ plus tard c 
dans les mots savants est devenu 1 : fruito. Actuellement la 
langue des lettrés conserve : caractère indirectOy respectOy etc., 
mais on trouve en andalous caraite^ indereito, respeuto, bogot. 
caraiter^ direuto^ efeutOy etc. 

1 5 . Enfin, pour distinguer les mots savants, il est important de 
connaître la prononciation du latin dans les pays romans. Déjà 
de bonne heure, et, encore actuellement, en Italie, e latin soit (29) 
long, soit bref, est prononcé f; en France, on le prononçait fermé 
jusqu'au xvi* siècle, puis e commença à s'introduire, cf. Sylvius 
(153 1) : « Syllabam el nonnunquam voce latinorum proferimus, 
ut crudelis cruel , quomodo gabriel , aliquando autem ore magis 
hianti, ut elle, E etiam ante r, s, t, jc, et quasdam alias conso- 
nantes, in omnibus apud Latinos vocem non habet eandem. 
Nativum enim sonum iis pater es a sum et textuSy pronuntia- 
tione quorundam retinet. In erro, autenty genteSy docety eXy nimis 
exertum, et, ut sic dicam, dilutum. » Plus tard { est général, 
Dumarsais (175 1) : « Comme notre e ouvert commun au milieu 
des mots, lorsqu'il est suivi d'une consonne avec laquelle il ne 
fait qu'une même syllabe , caelebsy tnely per, patreniy etc. Ve est 
fermé, quand il finit le mot : marCy pâtre. Dans nos provinces 
au delà de la Loire, on prononce Ve final latin comme e ouvert. » 
La même prononciation est en usage en portugais. Il en résulte 
que des mots savants ont f au lieu Iteu du latin ç; ainsi ital. 



30 INTRODUCTION § I5-I7. 

sperOy cfdoy prittiavera^ rtdûy remo; le Donat provençal 48 exige 
aussi ver y béarn. primebere, tandis que la rime montre ç. 

Recueils de doublets; pour le français : Brachet, Dictionnaire des 
doublets ou doubles formes de la langue française^ Paris, 1868, suppl. 
1871 ; pour le portugais : Coelho, Rom., II, 281-294; pour l'espa- 
gnol : C. MiCHAELis, Studien x^ir romanischen WortsMpfungy Leipzig, 
1876 (renfenne aussi des additions à Brachet et Coelho); pour 
l'italien : Canello, Arch. Glott., III, 285-419, cf. Tobler, Zeitschr., 
IV, 182-184. 

16. Les éléments grecs du roman sont difficiles à séparer 
des éléments latins parce que leur introduction a eu lieu prin- 
cipalement de très bonne heure, dès l'époque romaine. Un petit 
nombre seulement, autant du moins qu'on peut en juger 
actuellement, est dû aux croisades et aux relations commer- 
ciales avec l'Orient au Moyen-Age. En tous cas , les formes 
romanes s'appuient quelquefois sur des formes du grec moderne. 
Ainsi l'italien, espagnol endivia et le français endive s'expliquent 
non par le latin intybus^ mais par le m. -grec ëvotôa : en grec vt 
passe toujours à vS. L'italien trota présente un traitement anor- 

(30) mal de et -y mais si l'on suppose comme forme fondamentale non 

le latin trmtay mais le m. -grec Tpco/tri^, l'italien /m/a, trota est . ^ k 
parfliitement régulier (cf. § 4fj). L'italien ganascia de yviOoç ** 
s'appuie sur une prononciation spirante du 6 ; :qo = Oeïoç doit 
être expliqué de la même manière ; on a de plus tar. eanTp = 
y.av6oç, can^irro = >cav6t3a, tandis que l'espagnol tio repose sur 
l'ancienne prononciation de th. L'italien faldy le français falot et 
l'espagnol farol se dénoncent par l'accent comme des emprunts 
au m.-grec (papcç. Le français émeri et l'italien stneriglio s'appuient 
sur la forme moderne usitée à Naxos de l'ancien cp-upiç (j\Ls,pir 
L'introduction des mots grecs présente une série de change- 
ments phonétiques, qui, bien qu'ils aient eu lieu surtout dans 
la période du latin vulgaire, méritent cependant d'être men- 
tionnés ici. 

17. Le latin populaire ne possédait aucun son répondant à 
l'u grec; en outre, dans la bouche des Grecs de l'Italie du Sud 
avec qui les Romains avaient été de très bonne heure en contact, 
l'u avait le son u. Il devint donc de règle de donner comme 



§17. ÉLÉMENTS GRECS : VOYELLES 3I 

équivalent à Tu grec, !'«, cf. gubernatOTy burrus^ etc. Lorsque, à 
l'époque des Scipions, et, de nouveau, vers la fin de la 
République, les relations de Rome et d'Athènes devinrent de 
plus en plus fréquentes, les Romains lettrés s'attachèrent à 
rendre le plus exactement possible les mots grecs, soit dans 
récriture, soit dans la prononciation ; c'est alors qu'on employa 
Y y prononcé û. Mais le peuple conserva comme avant son u. 
C'est pourquoi nous trouvons en roman un nombre assez 
considérable de mots d'origine grecque ayant un o alors qu'on 
les trouve en latin seulement avec}', ou tout au plus, quelquefois, 
dans des gloses, avec ^ : buxida = TCu^fôa, ital. bustUy franc, boîte; 
borsa ^up^a, grotta xpuirTa, esp. codeso xyTiao^, ital. l(m:^o Xjy$, 
mosiacchio^ [jL'jaraxisv, cotc^na x-jSwviov, a.-ital. niartorio^ niartore 
jxapTup, etc. Il est important de remarquer que u est prononcé 
ouvert. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement qu'apparaît 
u roman : esp. gruta à côté d'un plus ancien grota (le français 
grotte est un emprunt à l'italien), esp. murta de murtilla (§ \S9). ^ 

On trouve aussi i à la place du grec u : ou bien cet i est le 
représentant de y du latin des livres, v. g. franc, martyr^ ital. 
lira y citisOy discolo, etc., ou bien les mots en question ont passé 
du latin littéraire écrit dans le latin vulgaire, et alors leur y est (31) 
l'équivalent d'un i latin : ital. cima = cyma^ giro =gyruSy 
amido = amylum (malgré amulum Caton). Comme jusqu'au 
vni* siècle l'u grec avait la valeur de J, ^, on ne peut décider si les 
cas assez nombreux de u=f sont à mettre sur le même pied que 
ceux mentionnés précédemment de u = f , ou bien si ce sont 
des emprunts plus récents où se révèle la prononciation du bas- 
grec. On doit admettre la première hypothèse pour l'italien 
cecerOy franc, cigtity cicinus, xuxvoç et l'italien gessOy puisque le 
traitement des palatales témoigne en faveur d'un emprunt 
ancien; il faut reconnaître la seconde pour l'italien gheTi^p 
aiYuxTtoç, gheppio «Iyu^io;. — Un traitement tout particulier de u 
est à remarquer dans «(^urj, lat. vulg. aplua^ apluva^ ital. acctugUy 
esp. anchoUy port, anchovay etc. L'histoire de ce mot est loin 
d'être claire. Le français anchois est un emprunt récent; d'ailleurs 
les différents aspects de la voyelle tonique ne peuvent s'accor- 
der que si l'on suppose à l'origine ^; le c remonte à pi, le g et 
le V de l'italien (sic. anciovd) à v. 



32 INTRODUCTION §17. 

L'o grec était fermé et, par conséquent, avait un son plus voi- 
sin du latin ô respect, û que du latin ô. Aussi, on trouve déjà en 
latin u dans amurca^ purpura^ et en roman ç : torno, cçlpOy gçlfo, 
bçrrOy bçtro (P66pov), doga^ grçngo. Dans d'autres cas, il y a 
hésitation : à côté de l'italien du Sud purpu (polypus)y on a le 
français pieuvre; la première forme suppose (?, la seconde ç; de 
même ital. stuoloy çrfanOy esp. huerfanOy ital. scuola, etc. Plus 
surprenant encore est le roman u pour s et w du grec : roum. 
urmày esp. usma à côté de l'italien ortna^ h^^i^; esp. T^umo^ 



;o)|j.sç. 



L'r, grec était à une haute époque f ; cette prononciation peut 
être considérée comme générale, même pour les premiers siècles 
de l'ère chrétienne. Par conséquent, I'tj de è>cxAr|(j{a est traité 
comme ç latin, c'est-à-dire è^ cf. en particulier franc, église^ 
prov. glieisa. Comme dans ce mot le développement des 
consonnes paraît tout à fait régulier, il n'y a aucune raison de 
le regarder comme un emprunt. Il faut attribuer à une époque 
plus basse les mots qui présentent Vi du grec moderne, tels que 
ital., esp., port, acidia; la conservation de c et de di montre 
aussi qu'on a affaire à une forme savante empruntée urdive- 
ment; de même sienn., romagn., prov. botiga. On trouve le 
degré intermédiaire entre { et i, c'est-à-dire f dans [jiijXov, melum, 
ital. tn^loy roum. mer y eng. mail; sepia^ ital. s^ppia^ sic. 
(32) siaiUy etc., lat. cera^ ital. r^m, etc.; il faut remarquer toutefois 
que ces deux derniers mots, et peut être aussi melum sont très 
anciens en latin. S'ils dataient d'une époque où la différence 
entre le latin ^ = ^ et le latin è=^ç n'existait pas encore et où ê 
et ë avaient le même timbre , I'yj grec aurait dû être assimilé à è 
et passer plus tard comme lui à ç. L'espagnol nema^ vîjjxa, appar- 
tient à la langue savante. 

Parmi les diphtongues grecques, il n'y a que aj qui ait un 
correspondant en ancien latin, d'où -nauffiç est devenu pausa qui 
se développe dans la suite comme aurum. Postérieurement, sur 
beaucoup de points, au est devenu o, puis au a été traité comme 
le latin vulgaire au, xaDp.a, ital. caltna (§ ^94). On ne trouve 1^ i ^ / 
gy que dans xiXeujixa, lat. vulg. clusma^ port, chusmay churnut, 
d'où l'italien ciurma, l'espagnol chunna et le français chiourme. 
At est devenu a anciennement : crapula ; l'italien paggiOy iraiâiov 



§ 17- ÉLÉMENTS GRECS : CONSONNES 33 

remonte à cause de son accent et du traitement de di à un type 

latin très ancien, *pâdiumy dont le manque dans la littérature 
latine est un pur accident. Il en est de même pour aÎT/oçy esp. 

ascOy atoxpov, ital. aschtro. — Ot passe ào^, lat. ç cf. cimiterOy 
xoipir^Ti^ptoVy d'où cemiteriony mot savant qui assimile sa dési- 
nence à celle des autres mots latins apparentés. Dans parochus 

parochia = icapotxoç icapotxCa qui apparaissent déjà dans le latin 
ecclésiastique et qui ont pénétré de là en roman par voie savante, 
et n'est pas représenté par o, mais il y a eu confusion avec 
îîapoxoç, lat. parochus. 

Parmi les consonnes, les aspirées 9, x> ^ ^^^ besoin d'une 
explication. Conformément à la prononciation grecque la plus 
ancienne phy khy thy elles sont rendues en ancien latin par p, 
ky t : purpura = icopç^ipa, apua = i<fÙT^; caerefolium = 
xaipéçuXXov; tus = 6uoç. Plus tard, dans l'écriture, l'orthographe 
avec h se maintient; mais, dans la prononciation, ç devient 
l'équivalent de 1'/ latine. Toutefois, la langue vulgaire conserva 
l'usage ancien : colpo x6Xaçoç, calare xaXav, tallo OaXXoç, spitamo 
cKi'ia\K-fi. Il est remarquable de trouver dans quelques cas / au 
lieu du grec ic ; ital., esp., port, golfoy franc, gouffre x6Xi:oç, 
qui montre cependant, pour l'initiale et la voyelle tonique, le 
traitement ordinaire des mots grecs; de même ital. esp. trofea, 
franc, [trophée. Ce dernier mot est une forme savante tout à 
Élit récente, et doit probablement sa prononciation à une 

. graphie fautive (réminiscence de crcpéçw, crcpéçoç?) comme (33) 
l'anglais author. Le premier cause plus de difficulté. Il est à 
supposer qu'il a passé de la langue des lettrés dans le peuple 
à une époque où déjà ceux-là rendaient le 9 grec par /. Puis, 
comme dans une série de mots grecs la langue vulgaire présen- 
tait un p en regard de 1'/ de la langue des lettrés, lorsqu'elle 
reçut de celle-ci le grec xiXicoç, elle le rendit par colfusy croyant 
de bonne foi cette prononciation plus exacte. — Des mots tels 
que l'italien fosforo sont d'une date beaucoup plus récente. 
C'est pourquoi il ne faut pas voir dans l'apulien posperu 
l'équivalent populaire de ^eSa^opoç; au contraire, dans ce 
dialecte, sf a passé à spy puis le groupe initial a été assimilé 
au groupe intérieur. La prononciation fautive de l'italien 
bosforoy franc. Bosphore est encore due aux savants qui, en intro- 

MiTU, Gnmmaire, ) 



34 INTRODUCTIÔÎÎ § 17. 

duisant ce mot, l'ont rattaché à çipw; la graphie bosphorus se 
trouve déjà dans Properce ni, 9, 60. Sont à remarquer : vénit. 
folpy vegl. fualp^ romagn. fulp, tarent, vurpu de polypus. — On 
trouve encore des exemples romans de p dans l'italien Giuseppe^ 
:^ampognay esp. :^ampohay et le français tromper de triumphare. Ph 
intérieur est traité comme / latine dans un petit nombre de 
mots peu anciens (v. § 447). L'italien sione en regard de œCçwv est 
difficile à expliquer, et on ne comprend la chute complète du ç 
ni avec son ancienne, ni avec sa nouvelle prononciation. 

Le X grec devant a, (?, u est rendu par un g latin. Le g devait 
représenter la ténue par opposition avec le c qui éuit légèrement 
aspiré; lat. vulg. gubernare^ xuôepvav, de même xapi[jLapo<;, ital. 
gamberOy esp. gambarOy franc, jamblcy xapuéçuXXov, ital. garofano, 
franc, girofle^ x6Xxoç golfOy xwôtdç gobbiOy franc, goujon^ xpuxra, 
ital. grottay x6v8u gondola y etc. Mais, en regard de ces exemples, 
on en trouve d'autres où il y a la sourde même en roman : 
ital. colla colle x6XXa, esp. corma xopi^éç, etc. Il en est de même 
pour X : burrus icuppéç, buxida icuÇt8a, ital. busta, et peut-être 
ital. batassare xaTàaaetv. Par contre, on n'a pas d'exemples du 
changement de t grec en d latin et roman (stradiotto s'appuie 
surstrada^y de sorte que l'on peut supposer que la prononciation 
était identique pour ces deux phonèmes. — Les gutturales devant 
e, I, dans les mots savants d'une époque postérieure, sont assimi- 
lées aux gutturales latines, c'est-à-dire rendues en italien par ^, 
en français par j, en espagnol par ^. 'Au contraire, les mots popu- 
laires d'une date postérieure à la palatalisation du latin ce y ci 
conservent la gutturale : ital. scheggia (T^(3ia, à côté de sc^i de 
fî4) même cbiccOy franc, chiche (§ 409), ital. giusquiamOy dans lequel 
la représentation de u par ui est due à l'influence de la gutturale. 
Dans l'italien scojattolOy franc, écureuil ffx(oupoç, la combinaison 
iur étrangère au latin a été changée en uir respect, urj. Dans l'ita- 
lien pistacchio xtoraxtov, petacchio xéxaxvov, mostacchio *ii.u(rcaxtov, 
la conservation de la désinence a été favorisée par le suffixe 
italien correspondant. Pour le phonème sonore, il y a peut-être 
à remarquer l'italien gheppio à côté de genia. Il est naturel que 
les plus anciens emprunts, comme xévtpev centruniy présentent 1^ 'sJL 
latin. L'italien ciro x^^poç est un emprunt de date très récente; 
il en est de même de cirindorUy cirindonia x'jp(ou Sûpa. 



§ 17* ÉLÉMENTS GRECS I ACCÊNT 35 

Reste enfin (. Il n'est pas Êicile d'indiquer d'une manière 
exacte quelle était la valeur phonique du signe ( dans le grec 
ancien. Il est représenté par ss dans les mots empruntés de très 
bonne heure : massa \iiJia. Mais, plus tard, il doit s'être beau- 
coup rapproché de djy cf. ^idosuSy ital. geloso, firanç. jaloux^ 
ÇCÇjtpov ital. giuggiola^ franc, jujube ^ ÇiffCôept, ital. gengiavo^ 
franc, gingembre^ bapti:^arey ital. battegiarCy esp. bateaty a.-franç. 
batoyer. 

n arriva aussi que dans le passage du grec au latin, l'accen- 
tuation des mots subit des changements. On peut poser comme 
règle fondamentale que dans les mots populaires l'accent grec 
a persisté, excepté quand il était sur la dernière syllabe : les 
oxytons ont suivi la loi d'accentuation latine : tapinus Taxeiv6ç, 
spâsmus (nca<7[jL6ç, ital. spasimo^ paràbula icapat6oXi^, ital. parola^ 
franc, parole^ tallus OaXXdç ; par conséquent, l'espagnol goldre 
de xopÛTSç n'est pas régulier. Les proparoxytons à voyelle 
grecque pénultième longue conservent leur accent : éremus 
SpiQIxoç, ital. ermOy a.-franç, erme^ esp. yermo, blâsfetnus pXacçijjjLoç, 
ital. biasimOy (irânç. blâme^ butyrum ^ouTupcv, ital. burrOy prov. 
buirCj franc beurrty sélinum déXtvov, ital. sidanoy OujjiaXXoç, ital. 
temob; de même les paroxytons ayant la syllabe tonique brève : 
ptisàna ircicàvij, ital. tisana. Les emprunts les plus anciens sont 
accentués à la manière latine, ainsi taléntum de tiXaviov, cetera 
et les mots savants tels que abissu^ a6u9!7o;, ital. abissOy colera 
XcXépa, ital. colkray elogium AXoy^a, ital. eh^iOy franc, ih^e^ etc. 
De même papyrus^ sard. pavilu, esp. pabiloy port, pavioy vénit. 
paverOy ei^. pavail'\ toutefois, ce qui parait extraordinaire 
dans ce|[^exempl^ c'est la présence presque générale de / au 
lieu de r et le double correspondant de u. Le français papier ^ 
esp. port, papdy milan, palpé sont, comme le montre le py de 
date plus récente. Les mots en la, io montrent quelque hésita- 
tion : ou bien ils conservent leur accent, v. g. sofiay ou bien ils (35) 
sont assimilés aux nombreuses formations latines en -^ ia. Il en 
est ainsi non seulement des formes anciennes telles que plàtea 
icXxreta, ital. pia:(piay franc, place, ôleum èXa{a, mais aussi de 
ecclésia èxxXT)9{a, ital. chiesay franc, église^ biblia Pt6X(a. L'expli- 
cation pour prisbiteTy firanç. pritre^ ital. prête est un peu diffé- 
rente : xperfitepoç reçoit immédiatement en latin la flexion 



36 INTRODUCTION § I7. 18. 

presbyterus, i, 0^ um^ Oy puis là-dessus, se fonne un nouveau 
nominatif en ter comme ârbiter qui est alors accentué sur 
l'antépénultième. Dans ra.-fi:ançais provoire apparaît l'accen- 
tuation grecque, ou plutôt l'accentuation propre à l'accusatif. 
On a dans idolum erS(D>/ov, ital. idolo, a.-franç. idele, un mot 
savant qui a conservé quand même l'accent grec : il y a eu 
évidemment dans ce cas confusion avec le suffixe latin -^ilus. 
Il faut encore regarder comme mot savant ekmosyna, ital. litnô- 
sinUy franc, aumâne. De ^àvrjXoç est venu le latin savant fasélus^ 
d'où, avec changement de suffixe, faseolus^ ital. fagiuoli. — 
D'après ce qui précède, camia = xop<i>v(ç peut être un emprunt 
fait par le roman au moyen-grec, comme falà, p. 30. 

Tout travail préliminaire sur les mots grecs du roman hit encore 
défaut. La petite liste de Diez Gramm. I, 52-55, doit être en partie 
restreinte, en partie augmentée considérablement. Pour l'époque 
latine, on a le bon travail de F. O. Wbisb, Die griechischm Wôrtar 
itn Latein, Leipzig 1882. La valeur de F. Zambaldi, U parole 
Greche ddT uso itaHano^ Torino 1883, est moins considérable. Parmi 
les mots que Diez a assignés au grec, on doit rejeter les suivants : 
port, anco qui se rattache à atway afatoc agio^ paX>iCciv hal%are (le mot 
italien est un dérivé de &i/^a, proprement ceinture — lat. Mteus — ), 
P^pov hàUnOf pdp6opoc hourUy pptôtv hrio^ Ppoviv( hrontolare^ OùXoxoc 
taUga^ XàicaOov lapa (qui appartient à la même famille que lapin\ 
|Mi>xav moquer y otooc osier^ icoXo^eiv peUar^ n^toXov poêle (se rattache i 
\ païïium $ 2to), axdtjrusiv T^appare, Tpap[(iorca treggea^ ^pàiTciv fratta^ 
fî&i^foja. 

18. Après les éléments grecs, ce sont les éléments GERMANiauES 
qui occupent la place la plus importante dans le lexique roman. 
Ils se trouvent dispersés sur toute l'étendue du domaine; il n'y a 
que le roumain qui ne les connaisse pas, à l'exception peut-être 
de nastur (nœud, bouton), dans le cas où ce mot serait apparenté 
à l'italien nastro, et où tous deux se rattacheraient à l'allemand 
nesteL II n'est pas absolument impossible qu'à l'époque où les 
Goths occupaient les Balkans, un mot de leur langue se soit 
(36) égaré en Roumanie, mais ce fait est extraordinaire tant qu'il 
restera isolé. Les mots germaniques que possèdent la Sardaigne 
et la Sicile ne leur sont venus que tardivement, par l'intermé- 
diaire de l'italien. Quant aux problèmes que susciteraient la répar- 
tition des mots germaniques entre les différents peuples romans 



§ l8. ÉLÉMENTS GERMANiaUES 37 

et la détennination des races germaniques qui les ont fournis , 
il va de soi qu'on ne peut les aborder qu'étant donné le chemin 
parcouru par ces mots. Mais il reste à rechercher ce que sont 
devenus les phonèmes qui n'avaient pas d'équivalent en roman. 
Parmi les voyelles, il n'y a à considérer que les combinaisons ai, 
tu. La première, en syllabe accentuée aussi bien qu'en syllabe 
atone, se réduit toujours en italien à un simple a : waidanjan : 
guadagnarty waid : guado^ braitma : guaragno y ieina : ;(ana. Ai 
roman est traité autrement en italien (v. § 299). Laidoy ladio^ 
qui se rattachent à l'allemand laid y sont donc venus de France 
en Italie; il en est de même de aghirane qui est le provençal 
aigran et ne vient pas directement de l'a.-h.-allemand heiger. 
Zaino à côté de :^ana doit être d'origine récente. En France , a 
apparaît bien aussi comme le représentant de aï, mais seulement 
dans les mots les plus anciens, c'est-à-dire dans les noms propres, 
et, de plus, dans afre^ germ. aibbar^ hante = haim^ haste de 
haifstSy gagner, drageon : *draibjOy s'avachir : waiïqan. Par contre, 
à une époque plus récente appartiennent laid = laid, souhait qui 
se rattache i l'a.-nor. heit, et guaif, germ. *waif (bien perdu) , 
qui , à ce qu'il semble , est purement normand et appartient i 
la langue du droit maritime. En outre, en regard de l'a.-fran- 
ç3Î\s frarous y le provençal yraWïV se rattache à l'a.-h.-allemand 
freidi'y à côté du français Rambauty Henri, le provençal a Raim- 
haut y AimeriCy cf. encore Aimes ; et, i côté de l'a.-français 
hairany gairty dont l'i s'explique par le g, on trouve en proven- 
çal aigrony gaigre, de sorte qu'une différence paraît exister 
sur ce point entre le provençal et le français du Nord , ou 
entre le franc et le gothique. — Pour I'espagnol, l'a est 
également assuré par lastar de laisty guadanary guanir = *imm- 
jan. Au contraire , on trouve laido qui est plus récent et qui a 
été peut-être emprunté par l'intermédiaire du fiançais. 

Pour iu il n'y a qu'un exemple : skiuhany d'où a.-fi:anç. 
eschevir, ital. schivare avec » = t;. Sur treuwa fiunç. trive, ital. 
tr^uayV. %^^s\. UUy 

Parmi les consonnes, le w surtout donne lieu à des observa- 
tions. Au moment où les Romains et les Germains commen- 
cèrent d'être en contact , le v latin était très voisin du w germa- 
nique, l'un et l'autre étaient un phonème bilabial; par suite, (37) 



38 INTRODUCTION § l8. 

le V latin persista dans les mots empruntés : wein de vinum , 
weiher de vivarium^ wicke de vicia ^ etc. Plus tard, le v latin 
devint labio-dental , et les Gennains le rendirent par/: veilchen I 

de viola, vers de versus; kàfig de cavea, etc. Ce changement 
était déjà accompli lorsque les mots germaniques pénétrèrent en ^ i 

roman; ce qui répondit alors au tu ou peut-être à Vu, G^éttit Cc' '•> | 
non plus le v, mais la fricative labiale qui suit les gutturales qu, | 

gu. De ce que les Romans ne pouvaient prononcer le tu ou V^ < 

qu'en combinaison avec l'explosive gutturale, il en résulta ' 

naturellement qu'en essayant de reproduire le u germanique, j|a a^^ itA^'^^M 
partie postérieure de la langue se rapprochait du voile du palais | 

Ron-^culomcnt pour produire l'émission de «, mais qu'elle fer- 
mait complètement le canal vocal et produisait une explosive. 
Comme u était sonore , cette explosive était aussi une sonore. i 

On a donc : ixsX.guerra, guisa, guarire, guanto, guancia, ghindare 
de *guindarey etc.; franc, guerre, guise, gare, garder, guère, 
gagner, etc. ; esp. guahir, guardar, guarir, guerra,guisa, etc. Sur 
un traitement parallèle de v latin et de u, v. § 41e. 

Il n'est guère admissible que w germanique ait pu devenir :{; 
dans les exemples dtés par Mackel, p. 184, a.-franç. gile, g^pir, 
prov. giîa i. côté des formes ordinaires guiU, guerpir, guiîa, on a 
affaire, comme souvent en a. -franc, et en prov., à g ayant devant i 
une valeur gutturale. Dans le français moderne givre, serpent, usité 
comme terme de blason, on trouve l'influence de cette fausse graphie 
sur la prononciation ($13). 

Ce gu roman n'existe pas dans les contrées qui ont subi le 
plus fortement l'immixtion germanique : w germanique persiste 
avec la valeur de w dans le Nord et l'Est de la France, c'est-à- 
dire en Picardie : tvardé, tvati (^gâter), etc., dans la région 1 
wallonne : wà (franc, gant), wa:(p, r^tveri (guéri), etc., en 
Lorraine : wada (garder), v/es (a.-h.-all. v/efsd), tueti (gâteau), et 
aussi dans la Franche-Comté , v. g. aux Fourgs ; toutefois , il ne 
s'étend pas au delà du Morvan du côté de l'Ouest. On trouve 
aussi la conservation du w dans la Suisse française, v. g. dans 
le canton de Vaud : ytrdà, ueri, etc. (il y a cependant déjà 
pénétration du français sur ce point) , puis dans le Valais , en 
Savoie et dans le Piémont. Le milanais s'accorde avec l'italien , 
toutefois w doit être lombard attendu qu'il apparaît dans le 



§ l8. ÉLÉMENTS GERMANiaUES 39 

Tessin sous la forme v (vardéy vadan4)y et qu'il ne peut provenir 
du rhétique , puisque le rhétique occidental y répond avee g. po^ 
On retrouve de nouveau dans le Tyrol : vadahary vera; dans le 
Frioul : t^riy uardâ^ uére et wariy wardà, wire^ et aussi dans le (38) 
vénitien : vadagnary vardar^ vera y visa Paol., vardado à côté de 
guardâ''Gr^y etc. ÇVa^. tïM|. 

Dans les fonnes correspondantes que nous rencontrons dans 
ritalie du Sud , v. g. à Campobasso : uari , wçrra , ou à Messine : 
mrdariy à Noto vardari^ verray vastUy vastari^ on n*a affaire qu'à une 
chute secondaire du ^ , cf. S 4ï 5 • ^ ^^ ^t de même de uare (franc. 
guerre)^ yçre (franc, guère) qu'on trouve dans l'Armagnac. Qjiand w 
apparaît dans le français littéraire, il y a ou bien dissimilation comme 
dans w^îte, vagve, ou bien emprunt récent : vacarme 'ouest, etc. Pour 
la Savoie, cf. Giluéron, Rev. Pat.îG.-R., II, 176-180. 

Vh germanique n'avait pas non plus d'équivalent en roman 
puisque Vh latine s'était af&iblie longtemps auparavant. A l'ini- 
tiale, devant les voyelles, les dialectes du Sud l'ont laissé'tom- 
ber; seul le français du Nord accepta ce phonème étranger et 
le conserva assez longtemps. Mais dès 1669 Lartigaut écrit : 
« Le propre éfèt de Vh au comancemant du mot et uniquemant 
d'anpêcher l'élizion de la voyéle précédante...., (A) anpèche la 
lièzon », et ainsi de suite. Toutefois, le Nord-Est a encore 
conservé ce phonème, h existe dans le wallon et le lorrain. 
Nous avons donc :»a.-franç. halherc (Jjalsberg)y hanche (Jhankd)y 
hardir (hardjan), heltne (helm), herde {herdd)y hache {hapid)y 
honte (Jhauni^a^y huese {hosd)y etc., mais : prov. ausberCy ancay 
ardify elmcy apchay anta, ital. : anca, arditOy elmOy acciay anta, uosa. 
Quand ces mots passent en espagnol, leur h est assimilée à Vh 
espagnole provenant d'/; s'ils pénètrent en portugais, alors 
(cf. § 22) on y trouve Vf : a.-esp. fachay faraute, fardidoy fanta, 
port. mod. fachay farpay mais esp. araldo, arpay albergafy etc. 
Sont dignes de remarque le h. -italien garbo = herb et l'italien 
gufo = hûvo. H devant les consonnes présente des traitements 
différents. Dans la plus ancienne couche de la France du Nord, 
hly hr passe à fly fr : flanc = hlankay freux = hrôky flou = hldOy 
frimas de hrîniy de là les noms propres Flobert = Hlodoberhty 
Flovent = HlodovinCy etc. Dans l'intérieur du groupe hny et, plus 
tard, du groupe hry un a s'est développé : hanap de hnapy harangue 



40 INTRODUCTION § l8. 

de hring, norm. harausse = hross. Enfin, dans la couche la 
plus récente, h tombe sans laisser de traces : lot = hlaut-s; 
nique de hnikkan, arramir de bramjan^ d'où des noms propres 
comme Lmisy Lohier. Pour les autres langues, on n'a pas de 
(39) témoignages certains, puisque l'italien yiafi^ peut venir du fran- 
çais, de même que l'espagnol bte; à harangue se rattachent l'ita- 
lien aringa et l'espagnol arenga. — A l'intérieur du mot, h 
germanique n'est pas une simple aspirée, mais une spirante 
sourde gutturale (non palatale). En italien et en provençal, où 
il manque un phonème exactement équivalent, elle devient 
une explosive sourde gutturale : prov. gequivy ital. gecchire :^ 
Jehan, ital. smacco = smahi, taccola = taha, teuhire = J^han , 
taccagno= tahu; cf. aussi esp. tacano. On est surpris de trouver 
une explosive sonore dans l'italien bagordare, prov. bagordar (il 
est vrai que l'histoire de ce mot n'est pas claire), et dans l'italien 
agai:{are. Mais, dans le français du nord, où h initiale persiste, 
on trouve aussi h intacte à l'intérieur du mot : jehir, mehain , 
tehir. Dans des mots plus récents, h s'est perdue sans laisser de 
traces : spekan, ital. spiare, franc, espier, etc. Devant les con- 
sonnes, à l'intérieur du mot, h est tout simplement assimilée 
au c latin, par conséquent ht est traité comme et latin, cf. ital. 
schiettOy slihty schiatta, slaht, a.-franç. gaite, wahta. L'italien 
guaitare, guatare est donc bien comme laidoy ladio un emprunt 
au français ou au provençal. Enfin h finale se trouve dans l'ita- 
lien guercioy esp. guerchOy a.-prov. guer, du germanique dwerh. 
Le c de l'italien et de l'espagfnol pourrait être l'équivalent 
d'une B germanique ; en provençal la chute de Vh devant Ys de 
flexion (Nom. sing. Ace. plur. guers) doit être très ancienne. 

Si camisia est d'origine germanique et répond au h. -ail. moderne 
hemd, son admission doit s'être faite de très bonne heure. Des formes 
telles que Clovis ont leur origine dans la tradition littéraire; cf. 
P. Rap^a, Origini ddV epqpea francese 137 sqq., les formes de 
Ta.-français elme osberc 1 côté de hdme haU?erc proviennent directe- 
ment de la France du Sud, G. Paris, Rom., XVn, 425-429. 

K germanique répond au c latin devant a, (?, « : en français, 
il est traité devant e^i, a comme c latin devant a ; on a donc : 
cttevre (kokur), cote (kotté), icume (scum), etc., mais : Charles y 
choisir {kausjan), échanson (skanl^'o)y eschernir (jkernjan), eschiele 



$ l8. ÉLÉMENTS GERMANIQ.UES 4I 

(jkelld)y échine (skind)y déchirer (skerran), anche (ancd)^ blanche^ 
riche (riJa)^ etc. Des mots comme écak Çskat)^ ^Çi^ify houquer 
sont d'une date plus récente. Une prononciation palatale du k 
dans la combinaison sh parait être attestée en lombard par les 
formes italiennes schiuma^ schiena^ schiavino. Kn est traité comme 
hn : hnif, franc, canifs ganivet. — G répond au A, cf. ital. (40) 
ghiera (jgtr)y franc, jardin (gi^rda), gerbe (jgarbd)^ geude (gil- 
da^y etc. Par conséquent, les formes italiennes giardinOy giga et 
même aussi geldra et bargello doivent être considérées comme 
des emprunts au français, il en est de même de l'espagnol 
jardin y giga^ giron. 

Dans la série des dentales, f et ^f sont inconnus au roman. A 
la place de f on trouve toujours t; il faut donc, comme du reste 
le montre le passage à d dans la permutation des consonnes 
(Lautverschiebung) de l'ancien haut-allemand, que le th germa- 
nique ait été plus voisin de l'aspirée que de la spirante telle, 
qu'elle existe actuellement en anglais. On a donc fiudisk ital. 
tedescOy esp. tudescOy a.-franç. tiais^ fairsan franc, tarir y feihan itah 
tecchircy franc. teWr, etc. Cependant Y h de l'espagnol brahoUy 
brafanera pourrait provenir directement de brada et non de 
brado. G)nformément à ce qui précède, le â germanique inté- 
rieur est rendu par d : guado ^ vaâ. Pour des traces de la pro- 
nonciation spirante v. toutefois § 557. 

Reste enfin le groupe initial sL En germanique, il s'est déve- 
loppé postérieurement en il qui a été tout d'abord transcrit par 
sel et peut-être aussi prononcé de même. Les plus anciens 
emprunts &its par le roman montrent aussi scly tandis que ceux 
qui sont plus récents présentent sL Le français élingucy comme 
le prouve la voyelle tonique, n'a été emprunté que très tardi- 
vement à l'anglais sling; l'italien slitta est aussi tout à fait récent. 
Mais on trouve en regard : a.-franç. escloy prov. esclau (slag et 
slavo)y a.-franç. esclenche (slink)y esclier (slitan); ital. schiettOy 
prov. esckt (slik); ital. schiatta, prov. escla^y franc, esclate 
(slaht); ital. schippire (slipan). On se demande si l'insertion du c 
s'est produite dans la bouche des Romans ou dans celle des 
Germains. En latin vulgaire si devient stly sel (§ 403); par contre, 
aucune langue romane n'évite le groupe si qui apparaît souvent, 
surtout à l'initiale; et, même à l'intérieur du mot, sel passe en 



42 INTRODUCTION § l8. I9. 

français à si : meskr de *misclare. Les mots cités plus haut 
devraient donc, dans cette hypothèse, avoir été reçus de très 
bonne heure, mais c'est impossible v. g. pour le français esclate^ à 
cause du traitement du groupe ht. Il Êiut donc admettre que le 
développement de si en sel n'est pas roman, mais germanique. 
Enfin, pour ce qui concerne l'accentuation, ces mots se 
conforment en tout à la loi romane. Ceux qui se composent 
simplement d'un thème et d'une désinence de flexion portent 
l'accent sur le thème. S'il se trouve un suffixe entre ces deux 
éléments, c'est lui qui reçoit l'accent, donc germ. falda, ital. 
fâlddy z.'fnnq. fahky germ. balhoy a.-franç. balcy etc., mais krebi:^^ 
(41) a.-franç. escrevisse; felisCy a.-franç. falisty bridel a.-franç. bri- 
dély etc. Dans le cas où le suffixe germanique répond à un suffixe 
btin atone, l'accentuation germanique peut persister; ainsi la 
plupart des mots en -Ha sont assimilés aux formes latines en 
ulus ula : fwahila ital. toaglia, franc, touailley ^asiela franc, trâle^ 
nastUUy ital. nastro, etc.; c'est ainsi que s'expliquent àlîna franc. 
aune, bràhsima franc, brime , ledig franc, lige, hauni^, franc. 
honte y etc. 

Dernières recherches sur ce sujet : W. Waltemath , Die fràn- 
kischen ElemtnU in der franiôsischm Sprache^ Diss. Strassburg, 1885. 
E. Mackel, Diâ germanischen Eîemente in der franiôsischen und pro^ 
venidischm Sprache^ Franz. Stud., VI, i. M. Goldschmidt, Zur 
Kriiïk der aligermanischen Eîemente im Spanischen^ Diss. Bonn, 1887. 
Cf. Litteraturbl. , 1888, coll. 302-306. Sur le rapport lexicogra- 
phique de rélément roman et germain dans les Grisons, il faut encore 
consuher Ascoli, Arch. Glott., VII, 556-573. 

19. Une tentative chère de tout temps à ceux qui se sont 
intéressés à l'histoire du roman a été de rechercher ce que les 
populations antérieures aux Romains en Italie avaient conservé 
de leur personnalité linguistique en adoptant la langue latine. 
La difficulté de cette recherche est singulièrement augmentée 
par le fait que nous ne connaissons que peu de chose, ou même 
rien du tout, des langues en question. C'est au chapitre V qu'on 
abordera la question de savoir dans quelle mesure le système 
phonétique reflète des influences ethnologiques de ce genre. 
Présentement, nous n'avons à nous occuper que du vocabulaire. 
Il en est bien peu resté, moins même qu'on ne le croirait au 



§ 19* ÉLÉMENTS ITALiaUES 43 

premier abord. Il est vrai que les recherches étymologiques 
n'ont donné jusqu'ici pour les dialectes que de faibles résultats ; 
on y trouve beaucoup de choses complètement obscures à 
rheure actuelle, bien des éléments qui sont étrangers au latin 
et souvent aussi au germanique. D'abord les anoens dialectes 
iTALiauES ont fourni quelque chose au parler de Rome. On 
rencontre de temps en temps dans le lexique latin des doublets 
dont l'un est romain et l'autre sabellique (il 6ut comprendre 
sous ce mot un groupe dialectal composé de l'ombrien, du sabin 
et de l'osque). Ainsi, tous les mots présentant / entre voyelles 
ne sont pas de pure origine latine, v. g. rufus (au lieu de rôbus 
qu'on trouve aussi), scrofUy et, en outre, sulfur (à côté de sulpur). 
On rencontre, particulièrement en italien, un petit nombre (42) 
d'expressions se rapportant principalement à la vie des champs, 
qui présentent/ au lieu de b entre voyelles; on peut regarder 
comme assuré qu'elles appartiennent au fonds sabellique. Ce 
sont les suivantes : sifilare à côté de sibilare : « sifilare quod nos 
vilitatem verbi vitantes sibilare dicimus » (Nonius 531, 2), 
ital. :(ufolare, franc, siffler y chiffler^ wall. hûfli^ norm. sûfç^ 
esp. chiflar; ital. bifolco Çbubulctis); ital. scoffina^ esp. escofina 
Çscobina); ital. scarafaggio {scaral^m) dont la désinence *ajo 
et l'initiale scara pour scar ne sont pas latines, mais osques, 
ital. tafano (tabanus)^ bufalo Çbubulus), profanda {praebendd)^ 
tartufo (tuber)y taffiare (tabularé). Bafer épais, qui se rencontre 
dans des gloses, est également sabellique, on trouve ce mot dans 
l'italien du Hord.baffoy baffa jambon, crémon. baffa double 
menton, et peut-être dans l'italien baffi moustache. Tufo par 
son u et son /se dénonce aussi comme sabellique. Enfin, le 
terme désignant le soufre ne peut pas être romain puisque ce 
produit ne se rencontrait pas dans le Latium; sulpur et sulfur 
appartiennent à des dialectes diSérents. Les deux mots se sont 
conservés en roman : eng. suolper^ prov. solpre^ champ, s^pru 
employé conmie adjectif dans un sens figuré « sensible » à côté 
de sfru qui garde son sens propre « soufre », etc. On trouve 
en regard : ital. 7(plfOy firanç. soufre ^ esp. ai^ufre^ port, euxafre^ 
alban. sk'ufur. D reste douteux si des mots tels que l'italien a ufoy 
caffoy refe sont à citer ici. 

Par contre, il est curieux d'observer que, tandis que dans la 



44 INTRODUCTION § I9. 20. 

langue littéraire le sabellique grunnire a supplanté le latin pur 
grundircy ce dernier est resté dans le provençal grandir^ a.-ftanç. 
grandir^ franc, mod. gronder. 

Comparez, sur cette série, le bel article d*Ascou, D'un fiUnu italico, 
diverso dal romano, che si awerta nd campo neo-latino^ Arch. Glott. 
X. 1.17. 

Autre est la condition d*un mot tel que Titalien piota^ frib. 
pyotUy d^nph. plotUy formes qui remontent i planta. Déjà, depuis 
longtemps, on Ta rapproché de plotuSy qui a les pieds plats, 
signalé comme ombrien par Festus 239, et rattaché iplota par 
le moyen de semiplotia qui est également ombrien. Mais la forme 
fondamentale du roman ne peut pas être l'ombrien plota^ ainsi 
que le prouve la conservation du t (§ 433); elle ne peut être 
que le latin * planta. Ainsi, on peut affirmer pour le latin 
l'existence d'un mot du roman qui, par hasard, n'est attesté 
(43) qu'en ombrien. De même, à l'ombrien vaçetom répond un type 
latin vôcitnm de vocare (yacaré) assuré par l'italien vnoto et le 
français vide. 

20. Pour les éléments celtiques, on n'a pas la ressource 
d'un critérium phonétique correspondant à la présence d'/ 
au lieu de b dans les mots d'origine italique. Parmi eux, il y 
en a un petit nombre qui se trouvent déjà de bonne heure en 
latin et qui, pour cela, ont eu une difïusion assez considérable ; 
d'autres, peut-être aussi anciens, doivent à un pur hasard de 
n'avoir pas été transmis jusqu'à nous par les écrivains romains; 
mais il s'en £iut de beaucoup que tous les termes employés par 
les écrivains latins soient aussi romans et soient devenus réel- 
lement populaires. Par contre, il y en a d'autres qu'on trouve 
originairement restreints à l'ancienne Celtique, à la Gaule et à 
la Haute-Italie, et qui, sous leur forme romane, sont sortis de 
leur domaine primitif. Il est curieux de relever quelques cas 
où il semble que des mots latins aient été influencés par un 
mot celtique voisin comme sens et comme forme : le français 
orteil parait devoir sa signification et son au celtique ordiga, 
doigt de pied, conservé dans les Gloses de Cassel 3S> le latin 
articnlnSy ital. artigliOy esp. artejo^ port, artelho signifient griffe, 
jointure. Il est toutefois très douteux que le provençal glaive ^ 



§ 20. ÉLÉMENTS CELTIQ.UES 45 

à côté de ^i^i, soit une contamination du latin gladius due o^^ 
celtique gladevo. Aucun mot d'origine celtique ne paraît avoir 
pénétré jusqu'en Roumanie; on ny trouve même pas les 
formes telles que v. g. alauddy beccuSy bennUy etc. qui sont cepen- 
dant connues de tout ou de presque tout le domaine roman. Et, 
quelque envie qu'on ait de rattacher le roumain mare au celtique 
mar qui a le même sens, on se trouve arrêté par les mêmes 
considérations que pour l'assimilation du roumain nastur au 
germanique nastila (§ i8). 

n Êiut remarquer le nombre relativement considérable de 
noms communs géographiques d'origine celtique : ital. bro- À,k^^^^^' 

glto, etc.; esp., prov. combat a.-franç. combcy piém. conbay ^^^^^^ 
com. gomba la vallée, d'où l'adjectif espagnol comboy port. 
comboy prov. comb sinueux; ital., prov. landay franc, lande-y \ ^^ ' 

a.-franc. ririy cours d'eau ; savoy. «5, mt vallée; l'italien rouay rv^» J"\^^ ' 
esp. rocdy franc. rochCy qui ne peut pas être latin, doit appartenir '^V^^>^) 
au celtique, bien que jusqu'ici ce mot n'ait pas encore été 
rencontré dans les dialectes néo-celtiques. L'italien camminOy 
esp. caminOy franc, chemin y peut aussi être mentionné ici de (44) 
même que *bodinay franc, borne et le provençal crau pierre. La 
flore présente toute une série de noms celtiques comme betullUy 
rom. betullum (cf. § 545), dont le suffixe étranger au latin a 
été en quelques endroits supplanté par d'autres : tessin. bidelya. 
(Le provençal moderne et catalan bes qui a la même signi* 
fication ne peut pas être rattaché à un simple celtique *bedum 
puisque la forme celtique fondamentale est betv-). On trouve 
encore : prov. vernUy franc, vemey esp. berrOy prov. sescUy a.-franc. 
seschcy esp. jisca roseau, frioul., ital. du Nord bar buisson, 
frioul. bruscy prov. brusca branche, ital. frusco rameau, h.-ital. 
viscla verge. Aux termes celtiques ruraux sont empruntés : 
ital. benna, franc, benney carruSy et cantus, camba pon. cambuy et t 
cambita franc, jantty franc, w^fttqpetit-lait, franc, ruchcy prov., 
h.-ital. ruscay franc. marnCy esp. mar^y prov.rm, a.-franç. raky \ \ 
franc, mod. rayon y et carruca franc, charrue y d'où l'on peut 
conclure que soc peut bien être celtique, probablement aussi 
ital. brenno son, port., prov. gavehy esp.gavillay franc, javelky 
vidubiumy prov. fe(rf (d'où franc. besoche)y franc. vougCy ital., 
prov. sqga corde, franc, dame y claie; surtout les termes ayant 



4^ INTRODUCTION § 20. 

rapport à la bière et à sa préparation : ital. urvigia^ franc. 
cervoisey esp. cerves^a; a.-fianç. bras malt et lie, îtal. lia levure. 
Des semailles épaisses, une bçUe végétation, un terrain gras sont 
caractérisés par l'adjectif celtique *dlûtOy roman druto^ franc. drUy 
gén. druo; crodius, ital. du Nord croio, prov. croi est Tépithète 
d'un sol dur. C'est de la Gaule que sont venus le vertragusy 
îtal. veltrOy franc. vieutrCy qui, d'après son origine est encore 
appelé, ou bien segusiuSy ital. segugiOy esp. sabueso, a.-franç. seuSy 
ou bien gallicuSy esp. galgo; le palefroi : paraveredus, ital. palla- 
frenoy a.-franç. pakfrein, et aussi quelques parties du costume telles 
que bracay ital. brachcy franc, brayesy gunnay ital. gantuiy a.-franç. 
gamy peut-être sagum et viriay ital. viera bracelet, bulga franc. 
bauge; un certain nombre d'armes : (rznç. javelot y javeliney qui, 
sous leur forme française, ont passé en Iulie : giavelottOy giavelinay 
et en Espagne : jabalina; enfin le français matras. On ne peut 
discuter ici la question de savoir si arnaiSy d'où l'italien amesey 
désignait primitivement l'équipement miliuire ou bien l'outil 
du laboureur. Les mineurs celtes ont aussi conservé quelques 
(45) expressions de leur métier telles que minay ital., esp. wi«a, 
franc, miney lausay dalle, piém., esp. losa, prov. lausa. L'espa- 
gnol grenUy franc, grenan a rapport à la manière gauloise de 
porter la chevelure ou la barbe; l'espagnol sarnUy franc, dartre 
s'applique à des maladies que les Romains ne paraissent pas 
avoir connues, mais qu'ils avaient vues en Gaule pour la 
première fois. Parmi les parties du corps, en dehors de gambay 
jambe, proprement la courbure, on peut encore donner comme 
d'origine celtique : l'espagnol, portug. garray ital. garrettOy franc. 
jarret y et le terme désignant le creux du jarret qu'on peut 
reconnaître dans la première partie du bagnard tsarateire 
(v. § 422). Il reste enfin à citer quelques verbes : franc, briser y 
broisety esp. desleiry ital. guidarey a.-franç. guiery franc, brairey 
h.-ital. basire; les mots abstraits prov. aiby gén. aiboy port, eiva, 
ital. briOy a.-franç. bri; deux ou trois adjectife comme esp. 
br(K(nay le thème du franc, petity de l'esp. meninOy enfin l'a.-franç. 
maint. Il est curieux qu'un terme relatif à la vie féodale, vasalloy 
doive son origine aux Celtes. Il faut mettre à part les mots qui 
n'ont passé qu'à une basse époque du breton dans le français 
moderne, comme mine dans le sens de physionomie, quaiy 



$ 20. 21. èLÉMENTS CELTiatJES ET IBÈRiaUES 47 

bijou y goéland y gourmette. Camus y bien qu'il soit celtique, ne 
peut pas avoir passé en français avant le x' siècle puisqu'il a 
conservé son c devant a; enfin truand n'a été emprunté qu'à 
l'époque romane. 

R. Thurmeysen dans son excellent ouvrage : Keltoromanisches, 
Halle 1884, a entrepris le triage des mots donnés comme celtiques 
dans le Dictionnaire de Diez. Cf. là-dessus Schuchardt, Littera- 
turbl., 1885, coll. iia-114. 

21. Il est encore plus difficile de déterminer ce que le voca- 
bulaire espagnol doit aux anciens Ibères, par la raison que le 
basque actuel, de même que l'ancien ibérique, nous sont encore 
beaucoup moins connus que le celtique. Parmi les mots qui 
sont donnés comme basques par Diez, Wôrterb. Il b, il y 
en a beaucoup de romans ou d'obscurs actuellement quant 
à l'origine, et, là où il est réellement possible d'éublir une 
comparaison sûre, il n'est pas rare que l'emprunt soit du côté 
du basque. Nous pouvons toutefois donner avec assez de vrai- 
semblance comme ibériques les mots suivants : esp., port. 
pàramo, lande, déjà C. /. L. H, 2660, esp., pon. nava, plaine, 
basq. nava^ cf. Navarra^ esp. vega^ port, veiga, plaine, esp. 
arroyOy port. arroiOy b.-lat. arrogium^ ruisseau, dont arrugia, 
galerie de mine, qu'on rencontre dans Pline, ital. roggia, conduit, (46) 
canal d'irrigation, diffère trop pour le genre et le sens pour que 
les deux formes puissent être réunies. L'espagnol, catal., prov. du 
Sud, artiga, champ nouvellement défriché, basq. articua, l'espa- 
gnol legamOy boue, carrasca, chaparra^ quejigOy mots désignant 
différentes essences de chêne, pi:^array ardoise, guijo^ gui- 
jarrOy caillou, brisa^ qu'on trouve déjà dans ColumeUe, marc 
(cf. plus haut lia; il est vrai qu'il paraît aussi se rencontrer à l'Est 
du domaine roman : alban., macéd. berst)y becerray génisse, 
cor:^Oy chevreuil, garduruty belette, podencOy caniche, perrOy chien, 
mantecay beurre, garulhy grappe dépouillée, gamarrOy sous- 
pied, narriay nœud, layay proprement un instrument aratoire, 
tapiay hutte en torchis, isquierdo, sont, soit à cause de leur 
signification, soit à cause de leur forme et aussi à cause de leur 
extension géographique, des mots qu'on doit reconnaître comme 
disant partie du vocabulaire antérieur aux Romains. On pour- 
rait y joindre quelques mots basques tout à faits récents. 



48 INTRODUCTION § 22. 23. 

22. En ce qui concerne le RHÉTiauE, Tétat de la science 
n'est pas meilleur. Les dialectes parlés dans les Alpes offrent 
une série de mots qui proviennent, sans aucun doute, de quelque 
langue antérieure à la conquête romaine, mais sur laquelle 
on ne peut rien dire. C'est à elle qu'appaniennent v. g. le 
rhétique tauna, ital. tana, prov. tanOy franc, tan-iére (différent de 
taisniire, terrier de blaireau); le h. -italien balnuiy prov. baumOy 
franc, du Sud-Est barme^ a.-franç. balme^ ^balma^ la grotte; 
l'espagnol mansOy ital. mam^o^ roum. wm:ç, alban. mentz^j *man- 
diunty le jeune taureau ; le lombard piOy tyrol. plofy la char- 
rue, etc.. On n'est pas mieux renseigné sur l'élément dacique 
du roumain : on retrouve aussi en albanais des mots tels que 
codrû colline, mal rive, baltà lac, brad sapin; mais bien loin de 
les regarder comme des emprunts faits à cette langue, on doit 
les considérer comme daciques , avec d'autant plus d'assurance 
qu'ils expriment des idées qui sont souvent rendues dans les 
autres contrées par des mots étrangers au latin. 

Cf. G. Meyer, Gnmdrissy p. 805. Hasdeu dans son Etymohgicum 
magnum Eomamae va beaucoup trop loin dans les étymologies 
dadques. 

23. D'une très grande importance est l'échange des mots 
entre les différentes langues romanes. Il n'est aucune d'entre 
elles, pas même le roumain malgré son isolement, qui n'ait 

7^8^^ beaucoup emprunté aux autres, soit directement, soit indirec- 
tement. J'appelle emprunt direct celui qui a lieu aux frontières 
linguistiques à cause des rapports réciproques et par suite du 
Élit que les populations limitrophes parlent plus ou moins les 
deux langues, emprunt qui se présente comme plus ou moins 
accidentel et inconscient. L'emprunt indirect est celui qui est 
dû à l'influence littéraire ou politique d'un centre linguistique 
sur un autre. Le premier est de beaucoup le plus intéressant. 
Le passage d'un mot d'un parler dans un autre peut se faire de 
trois manières différentes. Ou bien le mot nouveau est trans- 
formé d'après les lois phonétiques en vigueur dans le dialecte 
qui l'a reçu : le normand poke (a.-nor. pohî) est devenu dans 
le français du Centre poche^ de même qu'un normand vàke cor- 
respond à un français vache. Ces faits n'ont aucun intérêt pour 



s 23- EMPRUNTS ROMANS 49 

la phonétique, et même il est difficile de les constater là où 
ils ont eu lieu, et on ne pourrait le faire qu'en recourant à des 
critères extrinsèques. Il peut arriver, en second lieu, que le mot 
reçu conserve sa forme étrangère et ne prenne part qu'aux 
changements phonétiques qui se produisent après son intro- 
duction : le provençal ausberc est arrivé dans la France du Nord 
lorsqu'on y prononçait encore chausUy et il y passa à osberc 
comme chausa passa à chose. Nous avons déjà constaté le même 
&it (§ II) pour les mots du latin littéraire. Enfin le cas le plus 
important est celui de I'importation. Le français convoi passa 
dans la Haute-Italie sous sa forme convoi, et, de là, en Toscane. 
Alors, comme aux régions frontières un i correspond à un /' 
toscan, V. g. voi = voglio, convoi devient convqglio. Ou bien 
encore comme ch initial de l'espagnol répond souvent à cl du 
catalan, l'espagnol chopo {pôpulus) est transformé en clop en 
catalan. L'espagnol z^mto/a est, malgré son genre féminin, le 
même mot que le français d\vantc^e\ seulement, en passant en 
espagnol, la forme française a changé la voyelle de la première 
syllabe d'après le parallélisme : franc, -ment (pron. ma) = esp. 
-mente, franc, venter = esp. ventear, franc, penser = esp. pensar, 
etc. Il Êiut renoncer à s'étendre ici sur le côté matériel de 
ces emprunts. Il suffira de remarquer que les expressions relatives 
à la navigation ont souvent une forme génoise, ainsi ital. prua, 
franc, proue de prora, ital. ciurma de xéXeu^iJta, ital. poccia 
de *puppia; ou napolitaine, ainsi ital. ammainare, franc, amener, 
de invaginare, napol. mmainâr. Des termes militaires ont sou- 
vent passé d'une langue dans une autre : l'italien bastia est (48) 
un emprunt au français, le français bastion un emprunt à l'italien. 
— Parmi les particularités phonétiques, il suffit de rappeler 
que l'italien ki est rendu pari français : cocchio= coche, nicchia 
= niche. 

Par analogie avec le phénomène paléographique connu sous le 
nom d*m i m ¥ CiMOii orthographique , on a l'habitude de parler d'une ^ 
« interversion verbale », expression dont on évitera de se ser\'ir ici 
uniquement à cause de sa lourdeur. Th. Gartner, Gramm. 34 a 
introduit le mot « Ùberentaûsserung » , formation qui est peu en 
harmonie avec le sentiment de la langue allemande. Diez, Wôrterh. 
I pioppOy p. 249, se sert de « Rùckbildung ». 

Mbtcr, Grammaire. . 



50 INTRODUCTION § 24. 

24. Enfin, les langues romanes ont créé un grand nombre de 
mots et de thèmes qui, à leur tour, sont devenus parfois très 
féconds. Je fois abstraction des termes tels que gas formé de 
toutes pièces par le physicien van Helmont. Les actions, les mou- 
vements qui produisent un bruit particulièrement caractérisé , 
sont souvent désignés par une combinaison de sons qui imite 
en quelque manière ce bruit. Un de ces thèmes les plus impor- 
tants dus à une onomatopée est picy formé peut-être avec rémi- 
niscence de picuSy picdy et exprimant l'idée de piquer. Ce thème 
se distingue du latin par l'intensité de l'articulation du k qui 
persiste en français et en espagnol, et qui est fortement articulé 
en italien, cf. ital. piccOy franc, pic y esp. pico, ital. piccare, 
prov., esp. piccaty fianç. piquer, ital. picchiarCy franc, picoter , 
esp. picarUy etc. ; et encore ital. piccolOy petit. — Sont égale- 
ment dus à une onomatopée l'ital. ba-dare, a.-firanç. te-er, tenir 
la bouche grande ouverte, regarder bouche béante, ital. badi- 
gliare, franc, bâiller et, en outre, l'ital. baire, franc, ébahir. Au 
contraire, le thème baby ital. babbea, babbanOy nigaud, prov. 
babau, sot, etc. apparaît déjà en latin dans babulus, baburra, 
babiger; il en est de même du thème bamb, lat. bambolio, ital. 
bamboy bimboy esp. bambay etc. N'apparaissent qu'en roman l'ita- 
lien bavdy esp., port. babUy bave, fîranç. baver y bavard; et aussi 
l'italien beffa, esp. befa, a.-franç. beffey esp., prov. bafay raille- 
rie; l'italien borbottarey a.-franç. borbeter; l'italien buffarty esp. 
bufar, franc, bouffer. On trouve déjà ici ou français et non u à 
côté de l'italien, espagnol w, parce que le type fondamental 
n'est pas un thème latin ou germanique avec ù. Sont encore 
purement romans l'italien ciarlarey esp. charrar; l'italien cioc- 
(49) ciarey esp. chotary téter; l'italien chiacchieray esp. chachara; l'ita- 
lien fanfanoy esp. farfante. La nombreuse femille de mots qui se 
rattachent à un thème garg et désignent le gosier paraît aussi 
avoir pour origine l'imitation du bruit produit par cet organe 
(le latin gurges pourrait cependant être en jeu); tels sont : ital. 
gargattay esp. gargantay esp. gàrgaray ital. gargagliarey ital. 
gargoky prow.gargary franc, jargorty cf. Diez Wôrterb. I, M. B, 
62. On peut encore citer : ital. micia, esp. micha, roum. mutsû, 
a.-franç. mite; ital. ninnOy esp. nihOy catal. nen, gallur. neno; ital. 
pappare, manger de la bouillie, sard. papaiy manger, ital. pappo, 



§ 24. ONOMATOPÉE 5I 

gésier, napol. paparo, oie; esp. pata, griffe, franc, pataudy 
pattin; ital. piare^ esp. piar^ franc, piailler; ital. pisciare; ital. 
tartagliarcy esp. tartajeary bégayer; esp. chasco^ tic. S'il ny a 
rien à tirer de ces éléments pour la phonétique , on doit leur 
assigner une place d'autant plus importante dans la formation 
des mots. 



(50) CHAPITRE I 

VOYELLES 



25. Les modifications des voyelles sont dues en première 
ligne à l'accent. Le sojt des atones est la plupart du temps tout 
différent de celui des TONiauES. Celles-ci, à cause de Teffort 
plus grand avec lequel on les articule, s'allongent, se redoublent, 
se diphtonguent; celles-là sont sujettes à s'affaiblir en sons 
incolores et finalement à disparaître. — Parmi les voyelles 
toniques, il faut distinguer les libres et les entravées, c'est-à- 
dire celles que suit une seule consonne et celles que suit un 
groupe, cf. franc, aimer = amâre à côté de part = partent. 
En seconde ligne seulement vient l'influence des consonnes 
environnantes. Ce sont surtout les nasales qui modifient la 
nuance de la voyelle qui les précède; l'influence des autres 
sonnantes et des continues est moins considérable; celle des 
explosives est presque nulle , aussi longtemps du moins qu'elles 
restent explosives. Par contre, la vocalisation des gutturales 
en I et des labiales en u trouble très fréquemment le déve- 
loppement régulier des voyelles. L'influence des consonnes 
précédentes, particulièrement des palatales et des labiales, 
quelquefois des nasales et des gutturales, sans être très impor- 
tante, ne doit cependant pas être laissée de côté. Enfin le sort de 
la tonique dépend encore du nombre des syllabes atones qui la 
suivent et de la qualité des voyelles atones qu'elles renferment. 
Les voyelles des proparoxytons latins ont abouti dans chaque 
langue à d'autres résultats que celles des paroxytons. Les mono- 
SYLLLABES, qui sont des oxytons, prennent aussi une place à part. 



§25. 26. MODIFICATIONS DES VOYELLES LATINES 53 

Enfin il feut tenir compte de certaines circonstances : ainsi, par 
exemple, en français, 'presque toutes les syllabes posttoniques (5O 
tombent, et, par conséquent, la plupart des mots deviennent 
oxytons, puis, à leur tour, les consonnes finales disparaissant sou- 
vent, ces oxytons, qui se trouvent avoir pour finale une voyelle, 
subissent des transformations particulières, cf. aimer à côté de 
pire. Un i posttoniqjue, plus rarement un u ou un a, influent 
de différentes manières sur la nuance de la voyelle tonique. 
Enfin, une place à part doit être 6ite aux voyelles en hiatus, 
soit latin, soit roman. 

Pour les voyelles atones, il y a à tenir compte de leur place 
AVANT ou APRÈS l'accent. Les secoudes se subdivisent en 
voyelles hnales, lesquelles sont libres si elles terminent le mot 
et entravées si elles sont suivies d'une consonne, et en voyelles 
POSTTONiauES , nom par lequel on désigne, à mise dg -sa 
brièveté, la voyelle médiale atone des proparoxytons. De la 
même manière, avant l'accent, il feut distinguer : les vçyelles 
initiales, c'est-à-dire celles qui se trouvent dans la première 
syllabe, et les voyelles protoniques , c'est-à-dire celles qui sont 
dans la seconde syllabe des mots accentués sur la troisième. Ce 
qui détermine la nuance des voyelles atones , ce sont en pre- 
mière ligne les consonnes environnantes, puis, bien au dessous, 
les voyelles accentuées ou finales dont l'influence est surtout 
sensible sur la voyelle posttonique ; dans certaines conditions 
déterminées, il peut y avoir réduction de la voyelle à f ou dispa- 
rition complète. Jusqu'ici, on n'a pas constaté que la différence 
de quantité ait eu une influence quelconque sur le sort des 
voyelles atones. 

Voyelles latines. 

26. Le latin possédait originairement cinq voyelles qui pou- 
vaient être longues ou brèves : àà; ëê;tî; ôô; ûû.Lc nombre 
des consonnes suivantes n'avait aucune influence sur la quan- 
tité : léctus tictum; cèlla stêlla; ctstus trîstis; dùcis lûcis; cornu 
ôrnaty etc. Les voyelles longues et brèves restaient également 
distinctes en syllabe atone : vtcînus^ lîcêre; dètlnère rëttnére; 
rôbustuSy mônûmëntuniy etc. Il n'y a qu'une seule règle assurée, 
c'est que, dans les mots vraiment latins, la voyelle est brève 



Ai. 



«A^ r > • 



54 CHAPITRE I : VOCALISME § 26. 

devant ss et longue devant s. Mais, dans le cours des siècles, il 
y eut des changements. Une différence qualitative s'attacha à 
la différence quantitative ; les voyelles toniques longues devinrent 
fermées, les brèves ouvertes : ^>f, ^>f, *>?, i>/, ^>P, 
(52) ô>(7, tt>ff. û>u- Il n'y a que à et à qui paraissent avoir eu 
le même timbre. Plus tard, toutes les voyelles toniques furent 
allongées devant gn; mais ces nouvelles longues conservèrent 
leur nuance primitive; ainsi, v. g. dîgnus Itgnum passèrent à 
dîgnus lignum avec {, Plus tard encore, la différence quantitative 
disparut; lectus^ t^tum, cella, sîçlla, Ifgis, Içgis ne différencièrent 
leurs voyelles toniques que par la nuance et non par la durée 
du son. Toutes les langues romanes partent de cet état^qui 
peut être considéré comme étant celui du latin vulgaire. Nous 
avons donc le système vocalique suivant : 

Latin vulgaire. Latin classique. 
/ = î 

i == î 
f = ê 

{ = ê 

V = û 

Q = ô 

Ç = ô 

a = à^ à 

A une très haute époque j et ç se sont confondus ; puis, un 
peu plus tard, ^ et q. On trouve encore partiellement les 
deux derniers sons séparés en roman; les deux premiers, 
abstraction feite du sarde, sont partout confondus en un son 
unique qui peut être désigné par ^ et qui, selon les contrées, 
se rapproche davantage tantôt de t, tantôt de e. 

Les témoignages des grammairiens anciens pour la différence de 
i et de ê, de ô et de ô sont dans Schuchardt 1 , 461 ; II, 146 ; III, 
151; III, 212; et Seelmann, 211. Sur dignus^ cf. Zeitschr. vergl. 
Sprachf., XXX, 33S-337, cf. SEIGNVM Museo itolian^^^di antichità 
dass. II, 48 S- W. FôRSTER étudie la quantité des syllabes faroiées, w\ 
Rhein. Muséum XXXIII, 291-299. C'est là-dessus que s'appuie 
A. Marx , Hûlfshûchkin fur die Aussprache der latdnischen Vckak in 
posiiiomîangen Silben, Berlin 1883, mais cet ouvrage renferme beau- 
coup de fautes ; de nombreuses corrections sont faites par Grôber, 
Stésirate. 



I 



§ 27-29. VOYELLES LATINES 55 

27. Des diphtongues latines aey «?, au^ les deux premières 
sont devenues de bonne heure des monophtongues, et sont 
représentées dans le roman tantôt par f, tantôt par ç. Mais (S3) 
il est impossible d'établir la qualité de chaque mot pour le 
latin vulgaire, attendu que les différentes langues romanes ne 
sont pas toujours d'accord : en regard du français foiriy eng. 
faiuy esp. henOy qui paraissent remonter à f , on a l'italien Jieno 

qui représente f »^(cf. § «^). Le latin littéraire au correspond ^ fî'^ 
tantôt au latin vulgaire au qui présente des physionomies 
diverses dans les différents rameaux romans, tantôt au latin 
vulgaire ç; c'est cette dernière valeur qu'on trouve dans cauda^ 
faucesy auhy caudex. G)mme dans cts mots le témoignage des 
langues de la famille atteste ô de toute antiquité, le changement 
ne doit donc pas être mis sur le compte du latin vulgaire roman, 
mais est du fait du latin écrit. Un nouveau son au est résulté 
des combinaisons aviy avu : auca^ aucelluSy *flautaty gauta^ amauty 
paraula^ etc. 

Havet, Mém. soc. ling. IV, 234 ; Thurneysen, Zeitschr. vergl. 
Sprachf. XXVUI, 157-159. 

28. On trouve souvent en latin devant les labiales une 
hésitation entre ï et w : quadrivium et quadruvium^ decitnus^et 
decumuSy aurifex et aurufex. La règle en roman est i . Il n'y a 
d'exception que pour quadruvium^ où , sous l'influence de 
quattrç = quattuor, le son labial a eu le dessus : milan, karobbiy 
gén. karog^u. Dans la succession de sons i + labiale + uL il y 
a eu transposition en latin vulgaire : stupila^ ital. stoppia^ rhét. 
stuvlay a.-franç. estoubk, tstoule, d'où franc, mod. éteule^ piém. 
strobia; stumilus^ frioul. stompli, milan., bolon. sîombal. Le 
passage de î — u iû — f est douteux dans gén. fubbia^ vénit., 
tyvol, fiuba y frioul. fiubCy romagn. fiobay car, pour ce mot, le 
passage de i k u est postérieur à celui qu'on trouve dans les 
formes à désinence accentuée du verbe affiubar, franc, affubler. 
Sur nubilus — nibuluSy v. § 58. 

MussAFiA, Beitrag $7, 3. 

29. En syllabe atone, la différence quantitative des voyelles 
s'efface ; de plus, ^ et ^ se confondent dans le son ^ , de même 
que ÔQX, ô dans le son ç. Il ne reste donc que (ï, f, /, /, (?,(*,«. 



56 CHAPITRE I : VOCALISME. § 29. 

Puis ç et /, () et tf ailleurs qu'à la finale s'assimilent encore plus 
tôt qu'ils ce l'ont fait sous l'accent. A la finale, une simplifi- 
cation encore plus grande s'opéra dans le développement parti- 
culier de chaque langue romane. Au persiste excepté quand il y 
a un « dans la syllabe suivante ; dans ce dernier cas, il perd son 
(54) élément labial : agustus, ascultOy agurium, acupo^ fait qui, en 
dehors de nombreuses formes épigraphiques citées par Schu- 
chardt, H, 306, est attesté par Terentianus Maurus, 470 sqq., 
Keil, VI, 339, qui donne comme longue la première syllabe de 
aurunty auspices, et comme brève celle de Aurunci, aut ubi (il en 
est de même pour aut âge). Les formes romanes rendent le 
même témoignage : ital., esp. agosto, a.-franç. aaust; ital. ascol- 
tarCy esp. ascuchar, a. -franc, ascolter; ital. sciagura, esp. agûero, 
a. -franc, eur; roum. apucâ, — Les voyelles posttoniques tombent 
en latin vulgaire devant / : vetlus, etc. (cf. § 403); il en est de 
même entre /, r d'une part et p, m, d de l'autre : caldus, cal-- 
muSy colpuSy ermuSy virais, et dans domnus, mot pour lequel on 
a déjà le témoignage de Plaute (cf. § 325). Devant s initiale 
entravée, il se développa, à partir du 11* siècle environ, une 
voyelle palatale ç qui est ordinairement représentée dans les 
inscriptions par i : isperabi , C. /. L. X, 8189 (Pouzzoles), 
ispirito, IX, 9082 (Bénévent), Ismaragdus, XII, 1971 (Vienne), 
on trouve cependant aussi e : espiritum, IX, 6408 (Campoma- 
rini), explendidos 259 (Genosa ann. 39S)- Cette prosthèse a lieu 
surtout au commencement de la phrase, et, dans l'intérieur, 
après les mots terminés par une consonne : ispata, illas ispatas, 
mais illa spata. Elle a disparu dans quelques-unes des langues 
romanes ; mais, dans les autres, elle est restée attachée au mot 
quelle que fût sa place dans la phrase. 

Nombreux exemples dans Schuchardt, II, 338 sqq. 



30. 31. 



I SE CONSERVE 



S7 



VOYELLES TONIQUES 



I. I du Latin vulgaire = ï du Latin littéraire. 

30. Vf est la plus résistante de toutes les voyelles. On peut 
poser comme règle générale qu'il est resté sans changements en 
roman. Parmi les langues littéraires, il n'y a d'exception qu'en 
français, devant les nasales, et, en roumain, après les gutturales. 
Dans les dialectes, on trouve une série de changements en partie 
spontanés, en partie conditionnels. Aux premiers, appartient le 
dédoublement de / en fï , et; aux seconds, le passage de / k e 
devant les palatales, à û, « devant les consonnes labiales, et son 
af&iblissement en { devant des groupes de consonnes. Avec un 
u final primaire ou résultant de la vocalisation d'une con- 
sonne, i forme la diphtongue tu qui se développe ensuite en 
ieu, ou bien consonnantifie son élément labial : 1/, ou bien 
perd l'i, ou bien s'accentue sur le second élément : i«. 







a) 


I se conserve. 






31- 












Lat. 


aui 


SIC 


-ILLIC 


-HIC 


DIC 


Roum. 


— 


a^i 


— 


ici 


Ki 


Eng. 


k'i 


si 


— 


— 




Ital. 


chi 


si 


// 


qui 


di 


Franc. 


qui 


si 


— 


ici 


dis 


Esp. 


qui 


si 


alli 


aqu{ 


di. 


Lat. 


-ITU 


-ITA 


LITUS 


-ITIS 


-ITE 


Roum. 


'it 


'ità 


— 


-i/t 


-iti 


Engad. 


-iu 


-ida 


— 


"it 


-1 


Ital. 


-ito 


-ita 


lido 


'ite 


'ite 


Franc. 


-1 


'ie 


— 


— 


— 


Esp. 


"ido 


-ida 


— 


-iV 


-id. 



(55) 



S8 




CHAPITRE 


1 : VOCALISME 


§31. 


Lat. 


VITE 


LITE 


NIDU 


FIDAT 


AMICU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


vin 


— 


ahif 


fida 


amik' 


Ital. 


vite 


lite 


nido 


fida 


amico 


Franc. 


vis 


— 


nid 


fi' 


ami 


Esp. 


vid 


lia 


nido 


fia 


amigo. 


Lat. 


ANTICU 


SPICU 


AMICA 


SPICA 


MICA 


Roum. 


— 


spic 


— 


— 


mica 


Eng. 


— 


spik' 


amia 


spia 


— 


Ital. 


antico 


spigo 


arnica 


.^P*g<* 


mica 


Franc. 


antif 


ipi 


amie 


— 


mie 


Esp. 


antigo 


— 


amiga 


espiga 


miga. 


Lat. 


INTRICAT 


FRIGUS 


FATIGA 


RIPA 


-*PIPA 


Roum. 


— 


frig 


— 


S 41 


— 


Eng. 


— 


— 


fadia 


riva 


pipa 


ItaL 


intriga 


— 


fatiga 


riva 


piva 


Franc. 


trie 


— 


— 


rive 


ipipe) 


Esp. 


intriga 


— 


fadiga 


riba 


pipa. 


(56) Lat. 


STIPAT 


RISU 


OCCISU 


MISI 


WISA 


Roum. 


— 


§41 


ucis 


— 


— 


Eng. 


— 


— 


— 


— 


guisa 


Ital. 


stiva 


riso 


ucciso 


misi 


guisa 


Franc. 


— 


ris 


ocis 


mis 


guise 


Esp. 


estiva 


riso 


— 


— 


guisa. 


Lat. 


RADICE 


TRILICE 


-IVA 


LIXIVA 


MIRAT 


Roum. 


— 


— 


-ie 


le^ie 


mira > 


Eng. 


ris 


tarl'is 


-iva 


alsiva 


mira 


Ital. 


radice 


trilice 


-iva 


lisciva 


mira 


Franc. 


rai:^ 


treillis 


-ive 


lessive 


mire 


Esp. 


raiz^ 


terlix^ 


-iva 


lejia 


mira. 


Lat. 


SUSPIRAT 


-IRE 


FILU 


-ILE 


VILE 


Roum. 


suspinà 


-i 


fir 


— 


— 


Eng. 


suspira 


'ir 


fil 


•il 


vil 


Ital. 


sospira 


"ire 


filo 


•ile 


vile 


Franc. 


soupir 


"ir 


fil 


•il 


vil 


Esp. 


suspira 


--ir 


Ulo 


•il 


vil. 



§31. 




I SE 


CONSERVE 






Lat. 


LIMU 


LIMA 


RIMA 


VIMEN 


VINU 


Roum. 


itn 


— 


— 


— 


vin 


Eng. 


— 


l'ima 


rima 


— 


vin 


Ital. 


limo 


lima 


rima 


vime 


vino 


Franc. 


(limon) 


lime 


rime 


prov. vim 


§33 


Esp. 


limo 


lima 


rima 


mimbre 


vino. 


Lat. 


CLmu 


LINU 


-INU 


-INA 


TINA 


Roum. 


-chin 


in 


"in 


-inà 


— 


Eng. 


inclin 


rin 


-in 


ina 


— 


Ital. 


china 


lino 


-ino 


-ina 


tina 


Franc. 


§33 


§33 


§33 


'ine 


tine 


Esp. 





lino 


-ino 


'ina 


tina. 


Lat. 


FINE 


RIDERE 


FRIGERE 


-IGINE 


FILIU 


Roum. 


— 


§41 


frige 


— 


— 


Eng. 


fin 


rir 


— 


— 


fiV 


Ital. 


fine 


ridere 


friggere 


"iggine 


figlio 


Franc. 


§33 


rire 


frire 


§33 


fils 


Esp. 


fine 


(reir 


freir) 


-in 


hijo. 


Lat. 


*PILIAT 


HLIA 


-ILIA 


SCRINIU 


-INEU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


pil'a 


fil'a 


-il'a 


serin 


-in 


Ital. 


piglia 


figlia 


-iglia 


scrigno 


-igno 


Franc. 


pille 


fille 


-ille 


§33 


§33 


Esp. 


pilla 


hija 


-ija 


escriho 


-ino. 


Lat. 


LINEA 


TINEA 


VINEA 


SIMIA 


TIBIA 


Roum. 


— 


— 


vie 


— 


— 


Eng. 


linj^a 


tina 


vina 


— 


— 


Ital. 


ligna 


tigna 


vigna 


scimmia 


— 


Franc. 


ligne 


tigne 


vigne 


§33 


tige 


Esp. 


lina 


tina 


vina 





— 


Lat. 


Liau 


-ICIU 


FASTIDIU 


TITIO 


-ICLU 


Roum. 


H 


— 


— 


atità 


— 


Eng. 


nt 


'il 


— 


— 


-il' 


Ital. 


liccio 


-iccio 


— 


ti^iio 


-icchio 


Franc. 


lice 


"is 


— 


atise 


-il 


Esp. 


li:(ps 


-iio 


hastio 


tizp 


-ijo. 



59 



(57) 



fS») 



60 




CHAPITRE 


I : VOCALISME 


>§3. 


Lat. 


VILLA 


MILLE 


FAVILLA 


LENTISCU 


Hl&ISCU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


— 


tnilli 


— 


— 


— 


Ital. 


villa 


mille 


favilla 


lentischio 


tnalva- 
vischio 


Franc. 


ville 


mil 


— 


— 


guimauve 


Esp. 


villa 


mil 


— 


lentisco 


malvavisco 


Lat. 


TRISTE 


HISPIDU 


aumauE 


PRINCEPS 


SCRIPTU 


Roum. 


— 


— 


cinci 


— 


(scris) 


Eng. 


trist 


— 


cink' 


(prin^ 


scrit 


Ital. 


triste 


ispido 


cinque 


prince 


scritto 


Franc. 


(triste) 


hisde 


§33 


§33 


écrit 


Esp. 


triste 


— 


ciîKO 


(principe) 


escrito. 


Lat. 


VICTU 


*FICTU 


CRIBRU 


LIBRA 


PIU 


Roum. 


vipt 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


— 


— 


crivel 


— 


— 


Ital. 


vitto 


fitto 


— 


libbra 


pio 


Franc. 


— 


fit 


crible 


livre 


§38 


Esp. 


— 


hito 


cribo 


libra 


pio. 






Lat. 


*RIU 


-*IU 








Roum. 


— 


— 








Eng. 


— 


— 








Ital. 


rio 


-w 








Franc. 


— 


— 








Esp. 


rio 


-w 





Le latin vulgaire nw, -iu répond au latin classique rivuSy 
-ivus (§ 403). La quantité et la qualité de i dans anguilla reste r^^ 
douteuse^: l'italien anguilla et le français moderne anguille 
peuvent être des mots savants, le frioulan an^ile parle pour î et 
le béarnais anele pour ï. On peut supposer l'existence d'un 
masculin *anguillus avec le sens d' « orvet » d'après vionn. àvé, 
morv. làvio, albertv. làviu. Lentiscus et hibiscus ne sont pas 
absolument certains, car les formes espagnoles peuvent être 
savantes, et les formes italiennes, d'après le § 80, peuvent remon- 
ter à t. Il en est de même pour l'italien fischia = fistulat. Au 



§ 31- 3^- CHANGEMENTS SPONTANÉS DE I 6l 

lombard, wénhien falliva àtfavilla se rattache le ssxâiQ faddi^ ^ 
tandis que le portugais faisca et le frioulan fallisk'e remontent à 
*fallisca- pour falliva y on trouve, à côté, des formes curieuses 
ayant une autre voyelle, ainsi : port, fagulha^ piém. falospa, 
farosca, bell. flûspa, mant. falûstra à côté de piém. falispa, 
ferrar., modén., regg.yi/w/raqui remontent à /; enfin le napoli- 
tain fatlla a échangé le suffixe rare illa contre le fréquent ella. 
D'autres formes, en plus grand nombre, sont citées dans TArch. 
Glott., n, 341-343 et dans M. B., 54. Pour l'espagnol mr,/mr, 
V. la conjugaison. 

b) Cliangeiiieiits spontanés. 

32. Dans le RHÈTiauE occroENTAL, / passe à ei par l'intermé- 
diaire de ». L'étape la plus ancienne est conservée dans le 
h.-engadin : fikl defilum, où ik est sorti de ii (cf. § 298); on 
trouve ei à Oberhalbstein : feil, veiver, durmeir; ci à Tiefen- 
kasten : ffily vfiver^ durmeir ; enfin ek\ à Bergun : fçkl, vegvefy 
durmekr. A Stalla, le changement paraît être conditionnel : dik' 
= dico, mais 2® pers. sing. deist, 3® dei. A Unterhalbstein, ei a 
passé à oi : vignoir, nutroir, toina (cf. § 71). — Aux frontières 
Est du domaine rhétique , nous retrouvons e à Rovigno , ei à 
DiGNANO, à quoi correspond ei, aiy e à Veglia, cf. rov. calsena 
(ital. calcina), T^é (ital. gire), fel; dign. tzeima, calseina, vignei, 
marei (ital. tnariid), veiro, etc.; vegl. faila, ulaiv, catnpanail, 
spaira, marait, naid, vaigna, feil, feina, dormer, mel (niiUè)^ (59) 
redre, lebra, rec : on trouve donc e devant des groupes de 
consonnes et devant r. — On rencontre aussi des phénomènes 
phonétiques apparentés aux précédents sur la côte orientale 
DE l'Italie, dans la Terra di Bari depuis Molfetta jusque dans 
l'intérieur des Abruzzes, à l'exception toutefois d'une partie de 
la Molise. Ei apparaît à Trani : preinie, veita ; à Martina Franca : 
veil, deise; à Canosa di Puglia : fateig; à Putignano : seyi (ital. 
scire), demmi (ital. dimmt), pretni, Cepri (ital. Cipro); ai à 
Molfetta : cammaino , vailo, saia, siffraia (ital. soffrire); oi à 
Bitonto : v'coin, ioie, s'froie, à Andria : proitn, soi, catoiv, à 
Modugno : metioie (ital. venirè), fatoi. 



62 CHAPITRE I : VOCALISME §33. 



0) Changements oonditionnels. 

i) Influence d'un phonème suivant. 

33. Nasale. Dans le français moderne, î devient è; l'ortho- 
graphe conserve en général la graphie étymologique. Dans tous 
les textes de l'a.-ftançais, m assonne avec forai; mais, au com- 
mencement du XVI* siècle, la prononciation actuelle paraît déjà 
avoir été en usage. Palsgrave (iS3o)> il est vrai, n'en dit rien, 
mais il écrit poussein 204 (a.-franç. pousin^ § ii6)i Sylvius 
(15 31) Élit seulement remarquer que in est nasal sans indiquer 
la nuance de Vi; au contraire, Gauchie (1570) s'exprime caté- 
goriquement : « / nihil a Latinorum prolatione et usu distat, 
nisi quod cum m aut n in syllaba ei videatur efFerre. » Th. de 
Bèze écrit hin^fin pour hamus^fameSy ce qui prouve l'identité des 
deux sons t et ê\ tous les témoignages postérieurs ne font que 
confirmer ces Êiits. Donc les exemples cités pour le français au 
§ 31 : viriy enclin y lin, -in^fin^ -in, écrin, singe, cinq y prince, 
doivent être prononcés vë, àklë, le, -?, etc. Des patois con- 
servent / malgré la nasalisation, v. g. à Faulquemont, w% molV, 
metV, Par contre, i se conserve intact dans ina parce que la 
nasalisation à'i ne s'est introduite qu'à une époque où n 
intervocalique n'avait plus d'influence nasalisante dans le fran- 
çais du Centre. Toutefois, les patois qui nasalisent dans tous les 
cas la voyelle suivie d'une nasale, ou qui ont admis ê avant % 
l'époque de la dénasalisation offrent èm respect, ene pour ina , 
cf. pour l'Ouest : famaine : balaine, J. le Marchant 28, 17 et 
(60) actuellement dans le Bessin : çpene, famene; dans le Maine : ven 
(vigne), eicA (échine) ; à Biaise : potren (poitrine), veh. De même 
dans tout l'Est, à Seraing : spèn, tën, farën ; lorr. pçn, ca(en ; à 
Délémont : famene; à Neuchâtel : l'fma (lime). Bercy (Reims) 
va même encore plus loin : enià (raisin), molà, va, epàne, etc. 
A Vionnaz on trouve ai, excepté après les palatales : vf(e, 
krç(ë. — On rencontre aussi en Italie le passage de j à f devant 
les nasales, en émilien, cf. romagn. lema, prem, fen, spen, 
inatena, etc., bolon., moàén. prema, mais à Mirandola on trouve 
déjà i; vers le Nord ena s'étend jusqu'à Pavie; on rencontre en 



§ 33- 34- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE I 63 

outre dans cette région ei provenant de mww, plais, damatîein. On 
trouve aussi attestés pour l'a.-milanais fiorentenna , vercellmna , 
pour Busto Arsizio quattreriy visen^ moren, scritureruiy pour Val S. 
Martino (Bergame), matetuiy hôT^ena^ enfin pour le crémonais viu- 
lèn, bambèn. — Une troisième zone se rencontre dans la Rhètie 
DE l'Est, et non seulement là où apparaît e au lieu de i (§ 32), 
mais devant m à Dissentis et dans les communes catholiques 
de la vallée du Rhin qui en dépendent, et aussi devant n à Dom- 
leschg, etc., jusqu'à Stalla, cf. roumanche l'ema^ empreins enta- 
dem (lat. imtis); doml. veh (vinum). — Une forme intermé- 
diaire entre in et e apparaît à S. Fratello : fièy diëy pedegrie, etc. 

Sur le français gaîne de Ta.-français ga-ine, lat. vagina et autres, 
V. S 598. 
« 
34. Palatale. Quand un i est suivi immédiatement d'un 
autre iVd'un y ou d'une consonne palatale, il peut devenir e 
par dissimilation. Voici l'explication de ce feit : les voyelles 
purement palatales, quand elles sont suivies d'un son palatal, 
ont une tendance à se confondre avec lui; mais, dans l'effort 
fait pour arriver à une prononciation exacte, il se produit non 
pas un rapprochement plus intime, mais un éloignement des 
deux points d'articulation voisins. — Le phénomène se ren- 
contre tout d'abord, mais seulement pour Yi en hiatus à 
Lecce : d:(ei (ital. ;(«') à côté de d:{iu; set à côté de stUy suff. 
-ei plur. de -iu. Il n'apparaît que devant B Qt y ùl S. Fratello : 
bu^eha Çvensica)^ amiey. Il &ut aussi citer nidwald. Mareya, 
Kumpaneya. — On le trouve sur une échelle beaucoup plus 
vaste à Loco (Tessin) : Marejay fe^ ificus)^ de^ {dico)y fade^a, 
spe^dy vefiy veseà. — Puis sur le sol français au Nord-Est, v. g. 
dans le wallon (à Seraing) : v^A (ytned)yfey (JiUa)^ et vçy (villa y 
§ S4S), partie, fém. -çy' (-iVa) de iya (§ 433), vçy (viîd)y vfsey 
(vessicd)y etc. Il en est de même en lorrain, d'une part à Metz et 
dans les environs, d'autre part sur le versant oriental des Vosges (61) 
dans le bassin supérieur de la Bruche , tandis que dans la région 
intermédiaire, du côté du Sud, l'î a persisté. On retrouve le 
phénomène en question dans le Morvan : feillcy veigne; à Vau- 
demont (Bresse) : meye (mica) y feille. De même, aux Fourgs, 
certdreuille y itreuille (ôye) doivent être interprétés de la même 



64 CHAPITRE I : VOCALISME § 34-3 7- 

manière. Enfin, il existe aussi dans l'Ouest : /tf // à Saint-Maixent 
et à Saintes. 

35. LABIALE. Le passage de / tonique à u (respect, û, § 47) 
sous l'influence d'une labiale n'est pas un phénomène bien fré- 
quent. Au contraire, il est souvent attesté pour i atone (§ 363), 
d'où, pour un grand nombre d'exemples qui seraient à citer ici, 
il y a lieu de se demander si, dans le premier cas, Vu n'est pas 
dû à l'influence d'un u en syllabe atone, ainsi v. g. pour 
l'engadin et tyrolien prûm, prum qui peut avoir été influencé 
par primarius. Le passage de iv à ûv est sûr à Fribourg : 
rûvay tardûva et ensuite tardûy d:(àd:(ûva (qui se rencontre 
aussi dans le canton de Vaud), crûblyUy puis avec u : arruve. 
— A Val Soana : sûmya, lûpya (de lippus). — Au contraire, 
l'italien T^ufola, vén. sulnUy gallur. asubia^ a.-franç. suhle, 
norm. syûfy morv. iûl, wall. hûjie, frib. sûblya, remontent au 
latin sûbolat à côté de sibilat, — Lusû = *lixivutn s'étend sur 
un très grand espace : on le trouve dans le Morvan, dans le 
Doubs, en Champagne, dans le Jura, aux Fourgs, dans le can- 
ton de Vaud. Il reste encore à rechercher si luvre Dial. an. rat. 
I, I, vit dans les patois modernes. 

36. R. Jusqu'à présent, ce n'est que dans la Giudicaria que 
e devant r au lieu de i a été constaté dans les infinitifs comme 
durméfyfiuréry et dans buter ^ ital. butirro. — Il n'est pas sûr que 
les formes de Neuviller (Lorraine) : rer (ridere)^ der^ ekrer soient 
à citer ici. C'est le contraire pour le moldave prier ^ grier^ tnier 
de apriliSy grtluSy mirory roum. gréer hrier. 

37. Devant les vélaires, i persiste; cependant il se développe 
parfois une voyelle de liaison qui, de temps en temps, attire 
l'accent. Ainsi, en provençal, il passe à irf, ial. Des exemples 
de ce fait ne sont pas rares dans les textes à partir du xiv*^ siècle, 
V. g. dans Sainte Agnès et dans le poème de la Guerre des Albi- 
geois, où, (v. 592) aquiel an cargat = aqui l'an cargat est par- 
ticulièrement intéressant ; de même dans la Guerre de Navarre : 
siel = sil 743, auT^iel tnessatge 1374, niel 2366, dans Daurel et 
Béton, etc. Actuellement, nous trouvons en Béarn piele (pile)y 
infin. pialâ. De même, dans le Limousin : vialoy fiai, dans le 
Périgord, en Auvergne, à Montpellier -iel : viela^ abriely miely 



§38. CHANGEAŒNTS CONDITIONNELS DE I 6$ 

et aussi vialla, rouerg. : fiai, nobiol; à Colognac, on trouve viflo ^^^j 
nmsvialâ. 

38. /m se comporte de la même manière, soit que u provienne 
de l comme dans la France du Nord, soit qu'il provienne de 
V comme en provençal, soit enfin qu'il soit dû à une désinence 
latine en u comme c'est le cas en rhétique. Dans le provençal, 
iu passe d'abord à ieu qu'on rencontre dans des chartes de 
Montpellier à panir du xiii* siècle : lieura, viens , estieu, caitieu; 
c'est aussi ce qu'on trouve à Bessières (Haute-Garonne) : lieuras, 
et à Marseille : fieu (filos), sutieu. De im peut sortir eu, ôû, v. g. 
à Nontron : rôû (rivus), vôû (yilis), abrôû (aprilis), lôûra (librd), 
vôûre (yiverè), mais devant l'accent silà. Si, par contre, on trouve 
aussi vi, ri, abri, on a probablement a&ire à d'anciens accu- 
satif singuliers : riu est devenu ri, tandis que rius a passé à 
rieus. Ieu peut encore aboutir à iau, io, h.-limous. viore, lu 
persiste rarement en provençal : béam. arriu, biu, hiu avec un 
u fortement réduit; il y a eu déplacement d'accent dans le 
rouergat riû, biû, lesiû, astiû, on trouve le même fait en 
Périgord et dans le Bas-Limousin. Pour le français du Centre, — ^ 
ieu provenant de iu est aussi attesté par essieu = axilis (cf. essil, 
Gir. de Ross., bourg, esi, berrich. esit, esilli, Seraing Mons 
asi, etc.). Pour la même raison, pius passe à pieus et se confond 
par conséquent avec -eus de -osus. Le même phénomène apparaît 
à l'Ouest, en Bretagne : fiels Aire, T. 17, 22, 26, à l'Est, aux 
Fourgs : fieu, d'où eu (5?) à Besançon, eau (oT) en Morvan. 
Telle est aussi l'origine de formes telles que vie (vil) M. S. 
Michel 2614, viel Aiol 979, avielli Chev. Il esp. 4120, etc. 
qui ne présentent pas une réfraction vocalique de i en ie devant 
/, mais ont pris Ye de ieu. La flexion viens (Nomin.), vil (Ace.) a 
été ramenée à vieus, vieL — En Picardie, on rencontre ieu et iu 
l'un à côté de l'autre, selon les régions. Dans les chartes du 
Vermandois de la première moitié du xiii^ siècle, ieu est rare ; le 
Rendus de Moiliens feit rimer ensemble iu (de ils, ivs), ius de (us 
(caelos) et çus (jocus) : Car. Gifius : gius (jocos), sius (sequis) 242 
chius, pius : ententius : Dius, mius, de plus 2 10 : tnieus, tieus (talis) : 
Dieus; mais non pas ius avec els. Il semble donc qu'il peut 
réduire à i le son ie remontant à f, g, mais non ie reposant sur 
e. A l'heure actuelle, un traitement uniforme n'a pas encore 

MiYU, Grammaire S 



66 CHAPITRE I : VOCALISME § 38-42. 

été réalisé sur toute l'étendue du domaine : on rencontre ym 
dans certaines localités et yû dans les autres. 
(63) Dans le RHÈTiauE ocaDENTAL, on trouve tu de itus^ d'où dans 
le roumanche et l'engadin im, eu : udieu^ marieu^ ô à Muntogna : 
durmô; iau^ et, de là, îa à Oberhalbstein : ardia^ nia (nidus). Sur 
«/provenant de j« v. § 555. — H reste encore à citer avrieu 
de aprilis à S. Fratello. 

39. Enfin, devant plusieurs consonkes, un i peut s'abréger 
et passer à e respea. f . Ainsi en est-il en romagnol : tnell (mille), 
spell (ital. spilld), vella, skrett, vest (ital. vistd), sufF. -estUy 
stesp;a (ital. sti:^a). — De même dans la Rhétie ocaDENTALE : 
en roumanche et à Niederhalbstein, Bergûn : meli^feF; enfin, 
dans le français du Sud-Est : à Vionnaz irjWg (crible) , mçts^y 
fçdf (fille), v^la (ville), d:(fftçdç (gallina) et même dr^ (franc. 
dire), dans le canton de Vaud v^la, tn^tsf, d^e ou dre, /f/'g, vçny^, 
etc., à Jujurieux vêla, baeda, sosesa (franc, saucisse), dre, saleva. 

2) Influence d*un phonème {/.recèdent. 

40. Nasale. Dans les dialectes français, mi, ni deviennent à 
la finale ml, nî; à la Hague le Êdt se produit à la finale amt,fint, 
vent, et à l'intérieur du mot : kemï;(^; de même dans l'Est : Faul- 
quemont (mte (ami), frœmV, vçnV, drqmV (infin. et partie); 
Champlitte revent; bourg, fmt, iemï:(e, rêvent, drcemî; bagnard 
drumî, fumt, ni, vçnï. 

On peut voir par les exemples suivants que d'autres régions, 
connaissant également les voyelles nasales, montrent le même 
phénomène : portugais mim, ninho (nh conformément au § 441). 

41. Gutturale et Palatale. En roumain i passe à î 
après r : rîu, rtd, rîm, rima, ripa, strie (mais v. g. frig) et après 
/ dans atit; en moldave et en A.-VALAauE aussi après / et j : 
ràfinà, slujîm; en moldave après s : silà; en macédonien après 
iç : d:(îsirà (dixerunt) tsîtsile = valaq. tità. — Cf. encore Vionnaz 
vçsiè, p. 62. 

42. LABIALE. A Villa S. Maria (Abruzzes), il se développe 
un u entre une consonne labiale et un / : fuiye (filia),famuiye, 
puiye. — A Gdtanisetta, ui de i paraît être amené par un u 



§ 4^-44- PARTICULARITÉS DE I 67 

précédent : fudduitUy vuluiri, curruiva; on trouve cependant 
aussi ngna duicu^ facuissiru. — A Faulquemont ei provenant de 
I (S 34) passe à œ : ftf^ fixy (JiHus^ a), mœ (jnicd). 

43. MODinCATIONS PRODUITES DANS LES OXYTONS. / final 

accentué devient ouvert à la Hague : epi^ hrebi^ jadf, vie^ partie, 
-^* = iacum; mais vi (^vivus) est influencé par le féminin, i = (64) 
itum et ire. A Saales (Lorraine), on trouve e : fe (Jilius)y infin. 
-€ (mais Wr), fermé (formica). — Bergame : de (dies), se (sic), 
ke (ital. quf), le; romagn. dé, acsé, qui, aie. — A Intragna, 
LosoNE, Lavertezo, toute voyelle finale est nasalisée : sintift, 
de même tafaû (tagliarè), videiû (vederè), fyoh (Jiore), pHiôû, kûû. 

d) PartioTilarités. 

44. A la place d'un i latin apparaît, tantôt sur tout le domaine 
roman, tantôt sur un espace restreint, ^ ou ^ dans quelques 
cas particuliers qui sont à étudier séparément. A côté de 
l'espagnol, port. friOy provenant d'un ancien /rwfo de frigidus, 
on trouve l'italien /rdifo, rhét. /re^, prov./r^wf, firanç. /r(7w? qui 
exigent /fï^/dttj. La divergence paraît être amenée par rïgidus qui 
est très voisin de sens et de forme. 

D'OviDio, Gruttdriss 508.^ 

A côté du provençal yeuse = {lice qui a pénétré dans le 
firançais du Nord, apparaît l'italien elce qui peut avoir été amené 
pSLxfelcey selce. 

D'OviDio , Grundriss 507. 

L'italien carfruiy firanç. cariney esp. caréna , port, querena, 
crena ne doivent pas être rattachés directement au latin carina; 
il est également difficile de ramener toutes les formes à un type 
fondamental unique. Vraisemblablement ce mot, comme 
d'autres expressions relatives à la marine (§ 23), est sorti d'une 
ville maritime. On pourrait alors se demander si 1 suivi de n 
passe à e sur quelque point de l'Adriatique ou de la Méditerranée 
qu'on pourrait assigner comme origine du terme en question. 
On ne peut pas songer à Gênes puisque le mot y apparaît sous 
la forme caina. — L'italien fégato, prov., rhét. fetge, firanç. 
foiCy piém. fedik' exigent *f(catuSy undis que l'espagnol higado, 
port, flgado supposent *ficatUy et que le vénitien figây roum. 



68 CHAPITRE I : VOCALISME § 44-4^- 

ficât remontent à,ftcàtu. Le changement de / en ^ est subordonné 
au déplacement de l'accent. — L'italien Ifnio, esp. lienTia corde, 
limio toile, lînteum sont influencés par Ifntus flexible, *lfnteus. 
— Si l'italien segoh se rattache à sica^ il a modifié sa voyelle 
d'après sïdlis, roum. secere. — L'italien varice = vîtice s'appuie 
sur vetro. — En regard de l'italien ghiro, berrich. lire = gltrCy 
on a le français loir, bergam. gler, tess. gfra, alban. ger qui 
supposent glîre (cf. strtgis et strlgis). 
(6s) Le portugais escreve = scribit provient de escrevir. — Le por- 
tugais pega = pîca a peut-être été mis en rapport avec pegar 
poisser, pesi poix. — Le portugais lesma de Umax est difficile à 
expliquer. Un diminutif *lisfninha devrait passer à lesminha 
iy- î^^^)\ c'est peut-être là l'origine de 1'^. L'italien m^:io de 
mîtis et l'espagnol esteva^ ital. stegola de stiva attendent encore 
une explication satisfaisante. 

MussAFiA, Bdtrag III, i, dérive stegola de hasticuk. 
Enfin il reste encore à expliquer ie du français moderne pro- 
venant de l'a.-français i dans cierge^ vierge, le sufifixe 'Orne; même 
difficulté pour le normand abieme = aUmey et pour desierre (dest- 
derat) dans J. le Marchant qui, du reste, connaît aussi vierge. 

2. y du Latin vulgaire = U du Latin littéraire. 

45 . Le sort de Vu offre beaucoup d'analogie avec celui de 1'/. 
On trouve aussi u conservé dans la plus grande partie du 
domaine roman. Là où i se diphtongue en ei, on trouve aussi 
ou provenant de <^; le traitement de u devant les nasales est 
aussi parallèle à celui de i. Dans toute la France, en Piémont, 
à Gênes, en Lombardie et dans la Rhétie occidentale, 4^ passe à 
û, qui continue de se développer en i ou œ. U atone se confond 
en général avec û; ce n'est que dans le domaine de Vu que ûu 
passe partiellement à i«, iû qui, ensuite, présente le même 
développement que iu provenant de f + w (§ 38). 



BRUTU 



46. 




a) n se oonBerve. 




Lat. 


TU 


-UTU -UTA 


MUTU 


Roum. 


tu 


'Ut 'Utà 


mut 



§4«- 




y SE 


CONSERVE 




i 


Frioul. 


tu 


-ut 


'uda 


mut 


brutt 


Ital. 


tu 


'UtO 


-uta 


muto 


brutto 


Esp. 


tu 


-udo 


'uda 


mudo 


bruto. 


Lat. 


ALUTA 


RUTA 


MUTAT 


CRUDU 


NUDU 


Roum. 


— 


rutà 


muta 


crud 


— 


Frioul. 


— 


— 


mude 


crud 


nud 


Ital. 


alluda 


ruta 


muda 


crudo 


nudo 


Esp. 


luda 


ruda 


muda 


crue 


nudo. 


Lat. 


SUDAT 


BRUCU 


sucu 


FESTUCA 


LACTUCA 


Roum. 


asud 


— 


usuc 


festucà 


làptucà 


Frioul. 


— 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


suda 


hruco 


SI^O 


fistuga 


lattuga 


Esp. 


suda 


brugo 


sugo 


— 


lechuga. 


Lat. 


TORTUCA 


RUGA 


SUGAT 


CUPA 


FUSU 


Roum. 


— 


— 


sugà 


(cupa) 


fus 


Frioul. 


— 


— 


suye 


cube 


fus 


Ital. 


tartaruga 


ruga 


sugd 


— 


fuso 


Esp. 


tortuga 


arruga 


suga 


cuba 


huso. 


Lat. 


usu 


ACCUSAT 


LUCE 


NUBE 


UVA 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Frioul. 


us 


akuse 


lus 


— 


ue 


Ital. 


uso 


accusa 


luce 


— 


uva 


Esp. 


uso 


acusa 


lui 


nube 


uva. 


Lat. 


MURU 


DURU 


PURU 


MATURU 


JURAT 


Roum. 





— 


— 


— 


jura 


Frioul. 


mur 


dur 


pur 


madur 


d:(ure 


Ital. 


muro 


duro 


puro 


maturo 


giura 


Esp. 


muro 


duro 


puro 


maduro 


jura. 


Lat. 


MURE 


CULU 


MULU 


MULA 


PALUDE 


Roum. 


— 


cur 


— 


— 


padure 


Frioul. 


— 


kul 


mul 


mule 


palud 


Ital. 


— 


culo , 


mulo 


mula 


padule 


Esp. 


mur 


culo 


mulo 


mula 


paul. 



69 



(66) 



70 




CHAPITRE ] 


[ : VOCALISME 


s 46 


Lat. 


-ULE 


UNU 


UNA 


LUNA 


LACUNA 


Roum. 


— 


un 


— 


lunà 


— 


Frioul. 


•ul 


un 


une 


lune 


— 


Ital. 


'Ule 


uno 


una 


luna 


laguna 


Esp. 


— 


un 


una 


luna 


laguna. 


Lat. 


FUNE 


FUMU 


PLUMA 


FLUMEN 


LUMEN 


Roum. 


funie 


fum 


— 


— 


lume 


Frioul. 


— 


fum 


plume 


flum 


lum 


Ital. 


fune 


fumo 


piuma 


fiume 


lume 


Esp. 


— 


huma 


— 


— 


lumbre. 


(67) Lat. 


-UMEN 


PUTIDU 


JUDICE 


DUCERE 


SUCIDU 


Roum. 


'Ume 


— 


jude 


duce 


— 


Frioul. 


-um 


— 


d:(udis 


adusi 


— 


Ital. 


'urm 


— 


giudice 


ducere 


sudicio 


Esp. 


'Umhre 


pudio 


(JueK) 


(ducir) 


sucio 


Lat. 


Lucrou 


PUUCE 


JUNIU 


JULIU 


LUCIU 


Roum. 


— 


purece 


(Junte) 


O'ulie) 


— 


Frioul. 


— 


puits 


ds^uà 


lui 


luts 


Ital. 


lucido 


pulce 


giugno 


luglio 


luccio 


Esp. 


lucio 


pulga 


(junio) 


(julid) 


(lucid). 


Lat. 


SUBULA 


ACUCULA 


JUSTU 


BUSTU 


GUSTU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


• Frioul. 


subie 


guk'e 


— 


bust 


gust 


Ital. 


subbia 


guglia 


giusto 


busto 


gusto 


Esp. 


— 


aguja 


justo 


busto 


gusto. 


Lat. 


RUSCU 


FRUCTU 


NULLU 


SURSUM 


JUXTA 


Roum. 


— 


— . 


— 


— 


— 


Frioul. 


brusc 


frutt 


— 


su 


— 


Ital. 


brusco 


frutto 


nullo 


suso 


giusta 


Esp. 


brusco 


frucho 


nulh 


suso 


justa 


Lat. FUSTE MUSCLU BUTYRU MURODU 


Roum. fust 


miqchiu — 


— 




Frioul. — 


muskli — 


— 




Ital. fuste muschio burro murcido 


Esp. — 


— 




murcio. 



§46-48. CHANGEMENTS SPONTANÉS DE V ?! 

On ne peut décider si le roumain cupà doit être placé ici ou au 
§ 118. D'autres exemples à citer sont encore : ital. inchiudere, 
tartufo (cf. § 19, p. 43), esp. atusa du latin obtusus lequel a 
la signification de tansus^ attendu que tundere et tondere se sont 
confondus (§ 184). A l'italien murcidOy cf. piém. mûrs. 

V) Ghangements spontanés. 

47. U passe à û dans trois régions complètement indépen- 
dantes l'une de l'autre. En premier lieu en Portugal , d'après 
la Rev. Lus. I, 32; toutefois, on n'a pas jusqu'à présent de ren- 
seignements exacts sur l'étendue du phénomène. En second 

lieu en France, à l'exception de la région wallonne et du Haut- (68) 
Valais (Val d'Hérens et Val d'Anniviers) ; dans la Haute- 
Italie jusqu'au lac de Garde; à Malcesina sur la rive gauche 
du lac, à Mantoue et à Mirandola (les autres dialectes émi- 
liens conservent l'i*); dans la Rhétie ocaoENTALE et cen- 
trale. Enfin, en troisième lieu, sur la côte sud de l'Italie. 
Des trois langues littéraires du domaine de r«, l'une, l'engadin, 
se sert de toute antiquité du signe û de l'alphabet allemand 
pour la transcription du son qui manque à l'alphabet latin ; les 
deux autres, au contraire, le français et le provençal, ont con- 
servé Vu étymologique, et alors, pour représenter le son «, elles 
se servent de ou de w, ou bien elles ne le distinguent pas de 
Vu: On manque de toute base extrinsèque sûre pour déterminer 
la date du passage de u à,û. 

48. Histoire de Vu en français. Les exemples cités au § 46 
se présentent sous la forme suivante : 



A.-prov. tû 
A.-franç. tû 


ût 
ût 


ûda 
ûde 


mût 
mût 


brut 
brut. 


A.-prov. rûda 
A.-franc. rude 


mûda 
mûde 


crût 
crût 


nût 
nût 


sû:(a 
sûde. 


A.-prov. sue 
A.-franç. essuie 


festûk 
festu 


lacûge 
laitue 


tartûga 
tortue 


rûga 
rue. 


A.-prov. kûba 
A.-franç. cuve 


jûs 
fus 


ûs 
ûs 


akûsa 
acûse 


mûda 
mue. 



72 




CHAPITRE I 


: VOCALISME 


s 


A.-prov. ûva 
A.-franç. *«^ 




mûr 
mûr 




dur 
dur 




pur 
pur 


madûr 
meûr. 


A.-prov. ^ûra 
A. -franc, ^ûre 




kûl 
M 




mûl 
mûl 




un 
un 


ûna 
une. 


A.-prov. ûna 
A.-franç. lune 




fûn 
fûn 




fûm 
fûm 




pluma 
plume 


flûm 
flûn. 




A, 
A, 


-prov. 
-franc. 


-ûm 
-un 




buire 
bure. 





L'hypothèse que u ait été prononcé û déjà à une haute 
(69) époque s'appuie sur les observations suivantes. En a.-français, u^ 
et ^, (? sont partout (à part une seule exception qui va être 
immédiatement mentionnée) séparés l'un de l'autre, même 
devant les nasales; u^ n'assonne qu'avec lui-même. Or |*, (? 
entravé a la valeur de 1*, et même, si l'on veut préciser 
davantage en tenant compte de la prononciation actuelle, celle 
de u. Par conséquent, u^ latin devait avoir une autre nuance voca- 
lique, et comme il ne peut pas avoir eu celle de f«, il ne reste 
que le son ayant la valeur moderne de û. Il avait en tout cas 
' cette qualité lorsque la nasalisation fut arrivée à son terme. De 
même que /, u présente à une nasale suivante une forte résis- 
tance , un û fermé est impossible avec la formation française des 
nasales, on aurait dû avoir ô de même qu'on a eu ^ de î (§ 33). 
Nous voyons en effet que là où -m passe i en y un passe à on 
(S S?)' Mais, comme un a en français la valeur deœ, il s'ensuit 
qu'au XV* siècle il était prononcé un. La démonstration peut 
être poussée plus loin. 

Si le changement deuenû avait eu lieu dans la période pour 
laquelle nous possédons des monuments écrits , il se serait cer- 
tainement manifesté dans l'écriture comme c'est le cas pour le 
changement de et en oi^àeue en eu, etc. Donc, dès une époque 
pré-littéraire, u était prononcé en Gaule û\ on lisait de même u 
latin ailleurs qu'à la syllabe finale atone devant m. Alors, 
comme le signe u était devenu impossible pour représenter Vu 
français, et que Vu français répondait étymologiquement tantôt 
à un (? tantôt à un w, on choisit Vo qui avait, lui aussi, deux 
valeurs (p et (?), comme e {ci. § 72). De très bonne heure ou 
sorti de ç se confondit avec w (§ 121), et, par là, on eut la facilité 



s 48. CHANGEMENTS SPONTANÉS DE U 73 

de distinguer également dans récriture (?, (t de w comme de ç 
en se servant de la graphie ou. Et alors, ce fait que le latin u était 
aussi lu û explique pourquoi déjà d'anciens mots savants comme 
humble^ lat. humilis rendent Vu par un w, et, en outre, pourquoi 
les grammairiens provençaux ne font aucune remarque sur la 
valeur de ce son. Comme ils donnaient à Vu latin et à leur u 
la valeur de «, ils n'avaient aucune raison de s'expliquer sur sa 
prononciation. 

Si la haute antiquité de u est ainsi attestée, il ne s'ensuit 
cependant en aucune manière que l'origine de ce son ait été 
contemporaine dans toute l'étendue de la France. Au contraire, 
il a y des faits importants qui tendent à faire admettre que ce 
changement phonétique s'est étendu peu à peu en rayonnant 
autour de certains centres. Au Moyen- Age, dans les manuscrits (70) 
ANGLO-NORMANDS, U et Ç, OU ne sont pas, il s'en faut de beau- 
coup, distingués avec autant d'exactitude que dans le reste de la 
France; ils présentent généralement l'orthographe avec u dans 
des mots tels que amur, dulurus,furine, empereur ^ raisun, etc. Et, 
ce qui prouve que le son de ç était très voisin de celui de «, c'est 
que p et 4^ sont associés à la rime, cf. déjà S. Brendan luurs : 
mûrs 1679, d^^^ ' ^^^^ 1383, niûrs : flurs 1699. Mais les textes 
de cette région se divisent en deux classes : les uns, appartenant 
plutôt au Sud, ne font rimer Vu répondant à û qu'avec lui-même 
et ne le remplacent par aucun autre son; les autres, appartenant 
plutôt au Nord, ne séparent, ni dans l'écriture, ni à la rime, û de Oy 
ou. On remarque la même différence pour les mots français des 
textes du moyen-anglais. Il serait important de connaître 
quelle était , dans ces textes , la valeur phonique"de u. On ne 
pourra résoudre ce problème que lorsque l'histoire du voca- 
lisme des dialectes anglais en question sera Êiite. Provisoirement 
cependant, on peut regarder comme la plus près de la vérité cette 
hypothèse qu'un son qui se développe untôt en 4^, untôt en eu, 
tu, iù n'était pas un û, mais un u fermé. Cette scission selon les con- 
trées tend aussi à faire admettre qu'on n'a pas eu au delà du détroit 
le fait du passage àe û k u qui se serait ensuite développé de 
diverses manières, mais que plutôt u y aurait été apporté. La 
valeur phonique de u serait ainsi suffisamment attestée pour le 
normand du xi* siècle. Il est vrai que dans le patois normand 



74 CHAPITRE I : VOCALISME § 48. 49. 

actuel, on trouve partout û; ce son s'y serait introduit, en venant 
de TEst, à une époque qu'il n'est plus possible de déterminer à 
cause de l'absence de monuments. Cet û normand est plus 
palatal et tient plus de 1'* que Vu du français du Centre : 
devant ce dernier, les gutturales sont traitées comme devant o; 
devant le premier, elles le sont comme devant i. Au français cul, 
cuivre, cure, etc. répond le normand k*ûl, kuivre, Kûre, etc., 
(cf. § 410.) Cette différence d'articulation tend bien à prouver 
que Vu n'est pas partout sorti de 1* à la même époque et de la 
même manière , mais qu'il s'est propagé d'un groupe linguis- 
tique à l'autre. Dans Vu français, les deux éléments, vélaire et 
palatal, se sont très intimement fondus, tandis que dans Vu nor- 
mand l'élément palatal, qui est le plus récent, prédomine sur 
l'élément vélaire qui est le plus ancien. Ce Êiit prouve bien que 
(71) là iî est originaire, tandis qu'ici il est importé et n'a pas été 
rendu bien exactement. 

Sur Vu dans l'anglo-norm., cf. Behrens, Franz. Stud. V, 1 17-123 ; 
SucHiER, Litteraturbl., x888, col. 176. Exemples de û : dans Stur- 
ziNGER, Orth. GalL 46, et dans Suchier, 5. Aûhan 5. 

49. Entre Vu provençal et Vu du français du nord, il 
paraît aussi exister une certaine différence. Le latin pûlice donne 
ici puce, là piûtTi. D ne peut être question d'un passage direct de 
u ùi i (il est même douteux que ce Ëiit se produise dans le 
développement linguistique général); le degré qui précède i 
est plutôt M lequel devant i respect, u passe à i (v. d'autres 
exemples, § 60). Au contraire, dans le français du Nord, ûl 
passe à tt. Ce résultat différent peut s'expliquer de plusieurs 
manières. Ce qu'il y a de plus simple, c'est de supposer qu'à 
l'époque où ul passa à ui. Vu avait encore la valeur de u dans 
le Nord, et celle de û dans le Sud. On peut alors en conclure 
que dans le Sud i est plus ancienne que dans le Nord, ou 
bien que i est de même date dans les deux régions et que û 
est plus ancien dans le Sud. Enfin il y a une troisième hypo- . 
thèse : Vu du français du Nord est plus vélaire que Vu du fran- 
çais du Sud et il a absorbé Vi. On ne peut donc tirer des Êdts en 
question aucun moyen de dater le passage de u à w. — Pour 
déterminer l'ancienneté de l'iif provençal, il y a encore à tenir 
compte de ce Ëiit important que le catalan ne connaît pas il mais 



§49-5^- CHANGEMENTS SPONTANÉS DE U 75 

conserve u. Il pourrait venir à l'esprit que cet u fût sorti de u, 
mais on ne peut s'y arrêter si l'on songe que û n'aurait pu 
manquer de laisser quelques traces ; pulice a donné pusa qui 
ne peut être qu'un développement catalan de puisa (v. § 476), 
de sorte qu'on ne peut rien en tirer. Ce qu'il y a de plus vrai- 
semblable, c'est donc que le provençal, à l'époque de la sépa- 
ration du catalan, ne possédait pas encore û. 

50. La question du traitement de Vu entravé en France est 
encore particulièrement difficile. A côté des réguliers juge^ juin, 
merluSy fruity fût, sus, nul, jusque et des mots bûche, ruche qui 
ne sont pas d'origine latine, on trouve jonc, goût, on^e, jçste, 
jçsque, moule. Il n'y a pas à tenir compte de mots savants tels 
que juste, rustre-, en outre, il faut faire abstraction de fruit, 
puisque Vu peut être dû dans ce cas à 1'/ (cf. § S i et a.-franç. 

luite = lifcta, § 128). Il reste par conséquent : sus qui a déjà en (72) 
latin un u libre, susum, non sursum ; nul qui peut, ou bien avoir 
tiré son û de ne-un ou ne-ul, ou bien avoir déjà simplifié // en 
/ avant que u fût devenu û (§ S4S);/«i?«^ qui, en tout cas, ne 
prouve rien (§ 5 1); Gtfût sur lequel il n'y a pas à revenir. Mais, 
en regard, on trouve six exemples avec ç, dont deux présentent 
exactement la même combinaison phonique que fût. D'où il 
parait résulter que la plus ancienne couche de mots latins a 
changé u entravé non en û, mais en ^, tandis que ceux qui ont 
été empruntés plus récemment, de même que les mots germa- 
niques et celtiques, présentent û. 

51. Pour la détermination de la nature de Vu français, il reste 
encore à parler d'un point important. A la forme gréco-latine 
sciurus, lat. vulg. isk^irus, répond àureuil; de *ag^iru (§ 128) 
est sorti eâr; de de-usque est venu, ou bien par l'intermédiaire 
de diusque : dusque, ou bien par l'intermédiaire de dyusque 
(cf. dyumuni) josque. fy et ^i primitifs, à l'intérieur du mot, 
passent donc à û, ce qui a lieu encore plus facilement pour t^i 
de fructus. La question est seulement de savoir pourquoi ici 
comme dans truite, a.-franç. luite ayant ûi de ci respect, i^i, 
Vi persiste. La raison en est que t étant palatal et tenant de i 
conserve 1*/, tandis qu'au contraire r palatale, à supposer qu'elle 
se fût rencontrée en firançais, est devenue identique à r 



76 CHAPITRE I" : VOCALISME §52. 53. 

dentale, et, par conséquent, ne pouvait faire obsucle à une 
réduction complète de ûi à û. Cf. encore § 261 sur durare. 

52. Dans la Haute-Italie, les Êiits sont beaucoup plus simples, 
autant du moins qu'on peut en juger quant à présent. U entravé 
y passe aussi à u, cf. milan, gûsty vûndeSy suc (exsuctus). Cepen- 
dant u paraît aussi persister quelquefois ici devant n entravée : 
piém. undesy j^unk. Il est curieux de remarquer que dans cette 
région, à l'italien schiuma (cf. § 18, p. 41) répond skûnuiy tandis 
qu'à l'italien Muso répond eus. Il en résulte qu'à l'époque où / 
passa ^jyû existait déjà : klû a passé à èû par l'intermédiaire de 
kyûy mais ce 6it ne s'était pas encore produit lors de l'importation 
du germanique sku : skunuiy shyuma, skuma. On s'étonne de ren- 
contrer le piémontais, lomb., gén. kurty algh. kultk côté de l'ita- 
lien cortOy franc, court. — Le RHÉTiauE suit le lombard et se sépare 
avec lui du français pour le traitement de u entravé qui devient 
aussi û : strûCy frûCy fûsty gûst, busty ûndiiy muskaly roumanche 
risti (rusticus)y etc., en regard de qiioifrusta est bien un emprunt 

(73) italien; on y trouve aussi, au moins dans le Tyrol, kûrt. Les 
gutturales sont traitées devant û comme devant fl et ^ (§ 413), 
cependant, on ne peut rien en conclure puisque la palatalisation 
est récente. Par contre, il est curieux de remarquer que dans 
les mots empruntés postérieurement à l'allemand, et à moitié 
assimilés, le changement est accompli : wassersic (wassersucht)y 
mal:(iâ (^un:(ucht) avec i provenant d'un plus ancien û. Comme 
le rhétique possède un son répondant à l'i* suisse-allemand, il 
s'ensuit que le passage deu k û ne peut pas être très ancien. 

53. Si maintenant nous recherchons le sort ultérieur de cet û, 
particulièrement en ce qui concerne ses changements spontanés, 
nous constatons qu'il peut se développer dans trois directions. Le 
cas le plus rare est le retour a t^. Il est certain pour Loco et 
Losone (Tessin) qui sont en plein domaine de Vil. A Loco, on 
trouve parallèlement e au lieu de œ (§ 214). Ce dialecte éprouve 
donc une certaine répugnance pour les voyelles mixtes ou plu- 
tôt pour les articulations palatales. Nous avons déjà constaté 
que sur ce point i devant les palatales y passe à e (§ 34); k y 
persiste aussi dans une mesure beaucoup plus grande que dans 
les contrées environnantes (§ 413). Par conséquent, les voyelles 



§ 53- 54- CHANGEMENTS SPONTANÉS DE U 77 

palatales œ^ û uq sont pas restées , mais se sont simplifiées de 
différentes manières : Vu en perdant totalement son élément pala- 
tal , Vœ en se dégageant de l'élément labial. On trouve aussi ces 
mêmes phénomènes, c'est-à-dire uetei Mesocco. On rencontre 
aussi dans d'autres contrées du domaine rhètique u complète- 
ment fermé au lieu de û : dans la vallée du Noce, à Roveredo, 
Vigo, Val Passa et Greden, puis en pays lombard, à Bormio et à 
Val Imagna, abstraction feite des régions qui s'étendent à l'Est 
d'Ampezzo où domine partout u. Sur ce point, où se rencontrent 
Vu du rhétique occidental et du lombard et Vu du rhétique 
oriental et du vénitien, Vu doit être considéré comme importé 
du Sud et de l'Est. — On se demande si dans Vu des frontières 
Sud-Est et Nord-Est de la France, on a aussi un retour à un 
ancien u ou la conservation du son latin. On doit admettre la 
seconde hypothèse pour le Valais, parce que dans les localités de 
Nax et de Vex très voisines du domaine de Vu y on trouve (?, et (74) 
que, à ce qu'il semble, / y passe à e, Biel est isolé avec l'u Qui), 
stu (cestut)y niôy apersu, ^t. — La question est plus difficile 
pour le WALLON attendu qu'en regard de fistUy sau^ situVy veyu 
(franc. vu)y m'nu (yenu)y nuy noly etc., û se rencontre dans pu 
(j>lus)y bu (franc. bu)y stû participe de es (esse)y et, en outre, par- 
tout où un i est en jeu :frû (Jruii)y lûre (luire) y dure (ducere). 
Enfin, comme on a ti proclitique à côté de tu enclitique, il y a 
lieu de se demander si le second n'a pas emprunté sa voyelle à 
lu. — Si « est primitif, il reste à expliquer les cas de û. Si les 
exemples cités sont les seuls à produire, il n'y a proprement 
que bûy estûy pu qui &ssent difficulté. Toutefois, pu s'explique 
comme mot atone (§ 363); à côté de bûy on rencontre bevuy ce 
qui donne à croire que le premier est français. Il ne reste donc 
que stû; il est possible que fû de fui ait influencé le participe? 
HORNING, Zeitschr. XI, 265 dit qu'on pourrait expliquer Vu wallon 

de même que Vu lorrain ($ 6x) par une régression de û, mais il avoue 

lui*même que cette explication est à peine satisfaisante. 

54. On trouve sur une assez grande étendue la réduction de 
û a I, laquelle se produit quand l'articulation des lèvres n'a pas 
lieu. Elle apparaît dans tout l'Ouest du canton des Grisons 
jusqu'à Bergûn inclusivement. Cet i secondaire a ensuite le 
même sort que l'i primaire (§ 32), ainsi : roumanche ma:^iray 



78 CHAPITRE I : VOCALISME § S4"5^ 

Tiefenkasten ma^giray Bergûn maxegra\ enfin , en engadin, 
dans la région de i>igi on trouve fna:(tlgra. Cet 1 ne paraît 
pas être très ancien puisque Luci Gabriel (1648) écrit encore 
quelquefois « dans son Testament : scûrs (pbscurus), mût^fûm 
à côté defimma, ûn^ ûna, cependant il met presque toujours i. 
A Dissentis, û a continué de se développer jusqu'à e, et cela non 
seulement devant m (§ 33), mais encore dans pâli {palude)^ 
pellià (Jmlia)y per (jmrè). Toutefois, ce phénomène exige encore 
des recherches plus précises. — Le même Êiit se rencontre 
aussi dans le Montferrat : kaniso (^calugine)^ ki (culus)y kundicy 
drii (ital. hruscd)^ diri (durare)^ à Casai Cermelli, à Malesco 
(Tessin) : ki (culd), mil (mulo)yfimy dir, -idÇ^-uto^y sU^ etc. Sur 
le territoire français, û passe à i en Lorraine, et particulièrement 
dans la vallée supérieure de la Sarre, v. g. mih (mur), dib, 
(75) ptfedi {perdu)y j^ir ÇjuTe)^ etc. Tandis qu'ici Ton rencontre i 
dans tout un groupe de localités voisines les unes des autres, 
on le trouve quelquefois isolé en plein domaine de l'a, comme 
V. g. à Jarménil dans la vallée supérieure de la Moselle, à 
Vexaincourt dans le bassin de la Meurthe , et même à l'Ouest 
de la Moselle, à Circourt. 

5 5 . Le passage spontané de ti à â? est plus restreint et n'a été 
constaté jusqu'à présent qu'en France. Il paraît se rencontrer 
principalement en Picardie et en Bourgogne. Les premiers 
témoignages pour le Picard se rencontrent déjà dans Déesse 
d'Amour io*= nature : meure : honeure. Il m'est impossible de 
dire quelle est actuellement l'extension de ce phénomène en 
Picardie; à Arras û domine. Mais on trouve œ : en rouchi, 
mœr, sœr^ sœ^ plonn, boiœ, km, etc. ; dans les Ardennes : venœ, 
perdœ; plus à l'Est, dans quelques communes isolées de la 
Lorraine comme Domgermain, Pierre-le-Treiche sur la rive 
gauche de la Moselle; et surtout dans la partie bourgui- 
gnonne du Morvan : sœ (sabucus) , dœr, vœe , iœte (chuté) , 
i^œk, etc.; à Auve : partie, en -ûj, sœkr, tyœi (tuer), à côté de quoi 
on est étonné de trouver bûre (franc, beurre) et jûne (jejunus). 

56. Le sort de v sur la côte Sud-Est de l'Italie est semblable 
à celui de /. A Ruvo on trouve yu qui est l'étape la plus 
ancienne : dispyaiyutey sentyute, nesyune, venyute. Cette forme 



5 $6. 57* CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE U 79 

fondamentale a continué de se développer de différentes 
manières. Dans le Sud, à Matera , Vu de tu tend à s'assimiler 
à Vi et devient û : pirdiût^ niùd (nullo)^ piûVy ankiûn, iwn, 
viniût. On trouve aussi le changement de yuenœ, tui Trani : 
figoetty ngokeune; en au à Molfetta : avaut, natauray noiaun^ 
tau y etc.; en oàPutignano : pirdoty brot, an. — La manière 
d'interpréter Voi de Veglia reste douteuse : moiry planoiray foisy 
join (unus)y joituiy lottuiy floimy potoity etc. ; il y a lieu d'h^iter 
entre le développement oUy (w, oi ou bien juy euy eày où, oi. Ou 
à Rovigno et à Dignano parle en £iveur du premier : nauday 
pioumay vtiAoUy fortautuiy mouvy etc. — Enfin, en Sicile u passe 
dialectalement à uo : nuodduy uartitnuy cruoduy suosu. 

e) Ghangomeiits oonditûmnelB. (76) 

I. Influence d'un phonème précédent. 

57. Nasale. De même que î a passé k èy û z passé à & 
ouven dans le français moderne, et à la même époque. Il est 
vrai que nous n'avons de ce dernier Ëiit que des témoignages 
postérieurs. Giuchie (1570) s'exprime ainsi : « U purum et sim- 
plicem sonum gignit respondetque germanico duobus apiculis 
notato sic ûbel ut vertUy fAUy bossuy chacuity empruntCy lundi. » 
Duez (1639) : « Les lettres utn et un en une seule syllabe 
sonnent comme l'allemand ûr^y un peu obscurément. » 
D*Aisy (1674) • ^ Un 2, toujours le son confus et Vu sonne 
e» », et ainsi de suite. Mais il serait inexaa d'en conclure que 

6 soit postérieur d'un siècle à ^. Ce dernier son se confondit 
avec l'ancien f provenant de ««, ain (§ 89), le premier, au 
contraire, était un phonème tout nouveau, et dont, par consé- 
quent, on n'eut conscience que relativement tard. Le premier 
degré de nasalisation de â, û ouvert, est aussi voisin de à que 
î ouvert l'est de f ; il est difficile d'admettre que l'un de ces 
sons se soit produit beaucoup plus tard que l'autre. Toujours 
est-il que f peut être un peu plus ancien; comme le son f 
existait déjà dans la langue, le passage de ! à ^ était plus facile 
et a pu se produire plus tôt. 

n est même possible que ce soit lui qui ait entraîné le passage 



8o CHAPITRE I : VOCALISME S S 7- 5 8. 

de û ouvert à œ. Nous avons donc œ : iàkœ^ okœ^ léèdi; par contre, 
ûm^ ûme persistent de la même manière que ine^ ime (§ 33), 
et pour le même motif; il n'y a que jeune (jejuna) qui ait pris 
la voyelle du masculin. Dans les parlera français, le développe- 
ment de ûrif Une est tout à fait parallèle à celui de m, ine : Bessin 
Icene^ cène, plceme^ fosme; Maine Icetie^ prœne^ pkeme; Anjou Icene^ 
prcene ; Seraing ten, prœity mais hom, plom; Lorraine, avec absence 
d'articulation des lèvres, fn, pyçm (lin, fim sont obscurs dans 
l'Est où, en dehors de ces cas, û persiste); bourg, yb/ûwi, lœh\ 
Bercy plcem, prœn; canton de Vaud dehe, valais, delte, J, nyon; 
bagn. 0, fém. una, etc. Sur una, dans le fribourgeois, le patois 
du canton de Vaud, etc., v. encore § 596. — En italien, on 
trouve parallèlement dans I'èmilien : romagn. fiam, lom, 
font j fan, fortona; bolon. km, fiom, louna, fortouna, qualcoun, 
cf. les rimes bruna : buona, une : buno, ciascuno : bano Tes. 
pov. 240; Bobbio on, ona; le même Êiit se rencontre à Pavie 
et encore plus loin. — Enfin en RHÈTiauE, où ô a passé à /, 
(77) cet i secondaire devant les nasales est traité comme Vi pri- 
maire : fem a une extension beaucoup plus grande que en, ena 
(v. S 33). Dans la vallée de la Gadera, il n'y a qu'une nasale 
finale qui puisse faire passer ûiiœ : fœm, lœm, :(aiœn, mais lûna, 
pluma, c'est-à-<lire que les conditions sont les mêmes que dans 
le français du Centre; mais à Enneberg, on trouve brama, plama, 
de même que hm,fam (Junis). — ûina de ûna est extraordinaire, 
Val Soana : tribûina, ialûina. 

58. Labiale. Il s'agit ici avant tout de m. Dans le catalan, 
le FRANÇAIS DU SuD-EST et daus une portion du domaine pro- 
vençal qui reste à déterminer avec plus de précision , uma et 
parfois aussi umus deviennent ama, 'pm, cf. cat. plama, brama, 
flom, am (humidus); rouerg. pluma; vaud. pluma; dauph. pluma; 
neuch. pyôme, prôme (*pruma au lieu depruna); canton de Vaud 
pl'aôma, praoma, valais, pfama. — En èmilien if passe aussi à a 
devant v, b : romagn. ova, sabit, lav = ital. lupo. L'engadin 
iuver, ital. savero, port, saura = lat. sûber est un fait isolé. 
Partout, du reste, i pour û devant les labiales est fréquent : 
njvolum pour nubila appartient à la France du Sud et à la Haute 
Italie : prov. mod. nival, ni'uu; piém. nivul; Monaco nivure; 



§ ^S'6l, CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE U 8l 

frioul. niul (mais engad. nâvel); vénit. niola. Le même &it 

se présente en lombard : milan. nivoUiy sibbi; Pavie sibi, i 

:çt/b/, trifola^ nivol; tess. tartifu. i 

39. Devant U. En wallon u suivi de r passe à ^ ; dj?r, f«â?f, 
verdqsr, mauçr (sur p au lieu de (fy cf. § 61). Ce Êiit n'est pas 
étranger aux dialectes lorrains : dyqs, dyqsr (durus) à Montreux, 
^CBr (juro) dans le voisinage de Metz, de même àdqsr, mejcgr 
(matura). On pourrait supposer que ce n'est pas u, mais û qui 
a passé à û?; on aurait là un motif sérieux de croire que la pro- 
nonciation û a existé autrefois en wallon. Mais la forme lorraine 
dyasr tend à faire admettre que le changement est indépendant 
de l'élément palatal de û et qu'au contraire, dans ce cas, il 
cherche plutôt à s'en détacher. L'un de ces dialectes a fourni au 
xvi« siècle cer au lieu de ûr à la langue littéraire. Jean Lefèvre 
dit dans son Dictionnaire des rimes françaises (Dijon, 1572, 
Paris, 1588) que dur , futur ^ obscur, pur, mur, sur, as^ur riment 
avec û et (S. Â la place de l'a.-français bure de bûtyrum, on a, 
dans le français moderne, beurre qu'il Êiut regarder comme 
une forme dialectale. — A Neuchatel aussi, où, du reste, 
û persiste, on trouve u devant r : naturç, mu (murus), ^ur; (78) 
de même à Fribourg : d:(uru, pa^ra à côté de mû (murus), 
A Briançon , ûl passe à ûur par l'intermédiaire de ûr : kûur, 
mûur. Entre û et r entravé, il se développe un e en engadin : 
mûr, plur. mûers, ûerla, in!(ûeri;a. 

60. On trouve aussi / devant les vélaires en provençal : 
albig., rouerg. kiuly miol; Montpellier miola, heu, cf. miolàts 
Milhau 1023 à côté de muolas 1023, hnègtpiu^. Il en est de 
même devant u dans le RHÉTiauE occidental où utu passe à iu 
par l'intermédiaire de ûtu, et cela non seulement dans les 
contrées où û passe aussi dans d'autres cas à t , mais même en 
engadin où û persiste. Cet iu continue de se développer comme 
l'ancien iu (§ 38). Aux phénomènes provençaux se rattachent 
les feits qu'on trouve dans le dialecte du Tessin : kHy, (culus), 
niu (nubilus) de kûl, kûl, kûu, nûvolf nûoly nûu. 

Cf. encore $ 196 ûhS, et $ 283 aùgua. Sur le roumain nour (nubi- 

61. U devant les voyelles, i ° . — En wallon, en messin et dans 

ICiTlR, Grammain. $ 



82 CHAPITRE I : VCXIALISME §6l. 62. 

les patois des Vosges, uta passe à oWy ûj non seulement là où u 
persiste (§ 53)> mais aussi dans les régions appartenant à Vû\ 
cf. wall. krow (crudd)^ -ow (ri^td), sow (sudaf)^ etc. De uta est 
sorti d'abord ûva par Tintermédiaire de «a, c'est-à-dire qu'il 
s'est développé entre û et a la consonne ayant la même articu- 
lation organique que Vu et même que l'élément labial de Vu. 
Par suite de ce renforcement de l'élément labial, c'est-à-dire 
de l'articulation des lèvres, quand il s'agit d'émettre l'tt, la 
langue, par une espèce d'assimilation, ne prend plus la position 
de Vi nécessaire pour la production de l'û, mais une position 
analogue à celle des lèvres, celle de Vu. Un ancien ûva est traité 
de même : cawes (franc, cuves), etewes (= étuves seulement par 
suite d'une mauvaise graphie ou d'une mauvaise lecture) dans 
Ph. de VigneuUe. Le changement de uw en ow répond à 
celui de ii en ^' (§ 32). — Vu de maturus paraît aussi avoir 
suivi le même développement en wallon : de tnaur est sorti 
nuwoTy d'où mawor : cet devant r ne pouvait plus passer à œ. 
— Enfin la France du Sud-Est présente u en hiatus : Taren- 
taise verrua = verruca, maura, ekudla, ruina, suau = sudore; 
bagn. varuyty tsfruye. 

Cf. Altenburg, 2, 16 sqq.; Horning, Franz. Stud. V, 481 ; This, 
27 ; Horning, Zeitschr. XI, 264 sqq. 

2®. — A Bayonne una passe à ibe par l'intermédiaire de ûa : 
libe = luna, pribe. Aux Fourgs, rio du français rue, tsarieu = 
(79) carruca, varieu = verruca présentent un développement ana- 
logue. Cet eu doit être regardé comme équivalent à g : * ûia, 
ûie, ui(, i(. — A Bergame, uva passe à «a et de là à cea. 

62. En LORRAm ûi se réduit à û. Les graphies nuis (nudos) 
Guerre de Metz 257 h,feruit 269, bui (Jbustuni) 292 c, etc., ver- 
tuit batuire dans Dial. an. rat., Yzop., etc. témoignent de l'équi- 
valence de û et ûi; il en est de même des rimes telles que nue : 
apue Joufr. 1 1 54. Ces feits sont d'accord avec les dialectes actuels 
de la*Lorraine qui ont tous û simple, et dont aucun ne connaît 
ûi, V. g. kddûr, frû, lu, bru, fur (.fiigere), petû (pertuis), etc. 
On trouve la même réduction en anglo-normand; Vu réduit 
de ûi y peut passer à u tout comme l'ancien û : /u:( ; destruit 
Gaimar 1947, tûtes : destrutes Edw. 4467; il est vrai que ç pour- 



§ 62-64. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE U 83 

rait s'appuyer sur w, tel est le cas pour owit Woll. Ch. 4, s> 

CodnoT 1277. Chardri fait rimer ûi avec û final et avec û suivi 

de r P. P. I, 297, jamais ûit avec ût. De très bonne heure, chez 

les poètes qui riment avec précision comme Beroul, uis (ostium) 

passe aussi kûs :Vs 3i absorbé Vi. — Dans le français du Centre 

ui persiste, mais l'accent se déplace et on a ul : suis, conduire; il 

en est de même pour ui provenant de p -h / (§ 190) aujourd'hui, 

huit. Mais on trouve lui, luire, nuire, cuir, bruit, nuit, puits, 

huile : il semble qu'on soit en présence d'un traitement différent 

dû à la consonne suivante ou piécédente. Vu est assimilé à la 

labiale dans vide , trémie à côté de quoi on trouve , il est vrai , 

muid, muire; htte est à expliquer d'après lutter. En a.-français 

on trouve en général ûi dans les assonnances en û : Charl. 185, 

202, 203, etc., on le rencontre aussi dans les séries en i : acom- 

pli : lui Jourd. 2567, conquis : puis Ren. nouv, 1009, Chardri 

estuide : Guide S. D. 52, etc. Aniel XXIV., Chev. Il esp. XLm. 

— Il faut remarquer le passage de ûi à ui à Possesse : suit', lui, 

brui. 

Pour Tanglo-normand, cf. St'rzinger, Orth. GalL 46. 

63. On trouve un abrègement de la voyelle devant un groupe 
de consonnes dans pœt = *puttus, putidus, qui appartient à 
tout l'Est de la France, à la Lorraine, à la Champagne, à la 
Franche-Comté, à la Bourgogne, etc. En outre on rencontre 
dans le canton de Vaud : d:(sd:(p (Juge); à Jujurieux : mêla 
(mula), lyena, plema, tatera (toiture), mesera, dreva (drue); 
puis en bolonais et romagnol : mott (mutus), sobi (ital. subbia), 
inco^ (incudine) et les formes savantes astoiia,fido:(ia, mino:(ia, 
pol^a (pulice), noll, sott (asciutto), loss (Jusso), poi:^a, ago^, (80) 
moscul, oral (urlo) etc.; à Bergame : ^cest, rcesca, robœst, bœst, 
brœtt, tœt, agnœsdei, cf. pœitane, lœttàr, œmel, sœbet, stoedia. Les 
mêmes faits se présentent à Crema. 

2. Influence d'un phonème précédent. 

64. Nasale. De même que ni passe à ni, de même nû passe 
à wfi à la Hague : nÛ (nullus), mû (murus), partie, venu, venue. 
Dans l'Est, où apparaît toujours î, û n'a pas été constaté jusqu'à 
présent. 



84 CHAPITRE I : VOCALISME § ^S"^?- 

65. Palatale. lu devient i en roumain : inchide (includit)^ 
inghite (ingluttit\ cependant le changement pourrait appartenir 
originairement à la syllabe atone; on rencontre dans le Tessin 
fim (Jlumen); dans le piémontais pi (jnà), on peut aussi avoir 
affaire à l'absence de l'accent. — En français, pi passe à û?, à 
Jujurieux : iœr Çsecurus)^ vyœ (tw), krce^ iœ (^su et sureau) y 
konyœ, mœ (maturu$)y mais sètû^ etc.; à la Hague : mœ (maturus), 
SŒy alœre (mais verdure) \ Haut-Maine : vœ^ sœr. 

66. Dans les oxytons û passe à û? en BADiOTiauE (Tyrol), 
cf. les participes orœ (*voîutus)y podxy odxy en outre to, plce^ iœ 
(ital. giii)y SŒy à côté de bûs^ eu (de cul), dûtt (tutto), cûrt (§ 52) ; 
il est vrai qu'on a aussi crû (crudus), agû. C'est ici qu'il Êiut 
citer aussi pla:(Uy vindu, vuAu, kressu, cru à côté de mûry lûna, 
lus à Poschiavo. Mais on est étonné d'y rencontrer nud, uga. 
En ROMAGNOL, U final passe à à moitié ouven, pig, sô, virtç. 

d) Partionlaritte. 

67. Â côté des représentants réguliers de a dans sucidus, on 
trouve encore l'italien soi:iio, franc, sourge, esp. soisi qui sup- 
posent une forme sçcidus ou s^cidus. On peut supposer que 
sucidus sale, a été influencé par si^, s^is, de même que spurcus 
l'a été ^zr porcus (§ 146). L'italien IçrdOy prov. Içri, franc, lourd 
avec (f au lieu de est difficile à expliquer. Il est douteux que 
l'espagnol, port, lerdo pesant se rattache aux formes précédentes, 
puisque le mot portugais serait un emprunt Êiit à l'espagnol et 
qu'il faudrait encore supposer un troisième type : Içridus. 

Un mot difficile est le français aiguilky de acucuUiy d'où on 
aurait eu directement ^ûVe, en regard de l'italien agulha, esp. 
aguillcy prov. agulha ; telle est aussi la forme du mot en a.-fran- 
çais, cf. aguilk : Puille FI. Bl. 18 19 B. L'existence d'un suffixe 
fréquent il'e à côté de l'unique ûVe et la parenté de sens avec 
(81) aiguiser ont déterminé le développement de aiguille, tandis que 
nulle part ailleurs un i n'est sorti de /'. 

Telle est Texplication de Grober, Miscell. di fil. e ling. 39, 
cf. FôRSTHR et SucHiER, Zeitschr. III, 515, 626. 

Dans le portugais lagoa, lyonn. lona (lacuna), le rare una a été 



§ 67-69' ? DU LATIN VULGAIKE 85 

remplacé par le plus fréquent ana. — Dans Ta.-français alcum^ 
chascueny unus a été confondu avec bomo de même que dans 
Ta.-génois ognomo Arch. Glott. X, 159. — On est étonné de 
rencontrer en ROUMAm soc de sabicus attendu qu'en général au 
persiste en roumain (§ 23 1). — Enfin l'espagnol sahueso Duero 
ne présente pas u traité comme p; mais ui de usù urj y a passé à 
àe, ué. — L'italien pçmice, firanç. ponce y esp. pomesi à côté du 
latin pûtnex reste encore inexpliqué. 

3. E du Latin vulgaire = £, ï du Latin littéraire. 



68. Ainsi qu'il a déjà été remarqué au § 26, il n'y a en roman 
aucune différence entre f et I du latin littéraire : le son dans 
lequel tous deux se sont réunis est un e fermé. Il n'y a que les 
deux principaux parlers de la Sardaigne, le logoudorien et le 
campidanien qui maintiennent les différences qualitatives du 
latin littéraire et rendent î par f, ^ par ^; le dialecte septen- 
trional de Gallura se conforme à l'usage général du roman. Nous 
avons donc : 



Campid. 

Log. 

Gallur. 


me 
me 
me 


ai^edu 
agedu 
a^iedu 


arena 
arena 
arena 


seu 
seu 
seu 


veru 
veru 
veru. 


Campid. 

Log. 

Gallur. 


telu 
telu 
telu 


nii 
nie 
nebi 


piii 

pighe 

pe^i 


pilu 
pilu 
pelu 


pira 
pira 
pera. 


Campid. 

Log. 

Gallur. 


sidi 

sidis 

seddi 


fridu 

friddu 

freddu 


pisi 

piske 

pesu 


sikku 
sikku 
sekku 


trinta 
trinta 
trenta. 


Campid. 
Log. 

Gallur. 


birdi 
bidru 
vetru 


pibiri 
pibere 
pebaru 


'M'M^ 


'iscu 
'iscu 
'escu 


•III 



Sur une différence entre ^ et f due à la voyelle suivante, 
v.§8i. 

69. Abstraction faite du sarde, les autres langues romanes, 
au sujet du traitement de e^ se divisent en trois groupes. Vç per- 



(82) 



86 CHAPITRE I : VOCALISME §69.70. 

siste dans le rhétique oriental , l'italien , le français du Sud , et 
rhispano-portugais. Il passe à i en sicilien, en calabrais, en 
apulien, à Lecce et à Amesana marittima; ce phénomène ne 
se produit déjà plus à Tarente et à Senise (Basilicate). Enfin 
e libre, plus rarement e entravé, devient et dans le français du 
Nord et du Sud-Est, en piémontais, en génois et dans Témilien 
méridional, en outre dans le rhétique occidental et central, 
enfin à Veglia , en roumain et sur la côte Sud-Est de l'Italie, 
depuis Molfetta jusque dans l'intérieur des Abruzzes. Cet ci 
s'est ensuite développé en a/, oi^ oç^ oa^ plus rarement en e ou i. 
E est soumis dans une large mesure à l'influence des sons envi- 
ronnants, particulièrement des voyelles atones suivantes. 

70. L'histoire de ç peut être réprésentée par le tableau sui- 
vant : 



Lat. 


ME 


TE 


SE 


auiD 


TRES 


Roum. 


— 


— 


— 


ce 


tret 


Eng. 


me 


te 


se 


k'e 


trais 


Ital. 


m^ 


H 


sç 


chç 


trç 


A.-franç. 


met 


tei 


sei 


queid 


treis 


Esp. 


me 


te 


se 


que 


très 


Sicil. 


mi 


ti 


si 


ki 


tri. 


Lat. 


ACETU 


SECRETU 


-ETU 


*aUETU 


CITO 


Roum. 


— 


secret 


-et 


incet 


— 


Eng. 


aiaid 


— 


-ait 


quait 


— 


Ital. 


ac^to 


segrçto 


-^to 


chçto 


cçtto 


A.-franç. § 105 


— 


-eit 


queit 


— 


Esp. 


— 


— 


-edo 


quedo 


cedo 


Sicil. 


acitu 


— 


'itu 


kitu 


— 


Lat. 


RETE 


*PARETE 


-ETIS 


SITI 


CRETA 


Roum. 


— 


parete 


-etî 


sete 


S 83 


Eng. 


arait 


parait 


-ais 


sait 


— 


Ital. 


rçte 


parçte 


-ete 


sçte 


crçta 


A.-franç 


. reit 


pareit 


-q 


seit 


creie 


Esp. 


red 


pared 


-edes 


sed 


greda 


Sicil. 


riti 


— 


'iti 


siti 


crita. 



§70. 




E DU LATIN VULGAIRE 


87 


Lat. 


META 


MONETA 


SHTA 


CREDIT 


MERCEDE 


Roum. 


— 


— 


— 


crede 


— 


Eng. 


tnaida 


munaida 


saida 


craia 


— 


Ital. 


mçta 


monçta 


sçta 


crçde 


mercçde 


A.-franç 


. meie 


momie 


seie 


creit 


S los 


Esp. 


gai. meda moneda 


seda 


cre 


merced 


Sicil. 


— 


munita 


sita 


cridi 


— 


Lat. 


VIDET 


FIDE 


THECA 


PLICAT 


FRICAT 


Roum. 


vede 


— 


s 83 


§83 


S 83 


Eng. 


vaia 


fi 


taiia 


plaiia 


— 


Ital. 


vçde 


fçde 


— 


§105 


fi^a 


A.-franç 


. veit 


feit 


teie 


pleie 


freie 


Esp. 


ve 


fi 


— 


llega 


frega 


Sicil. 


vidi 


fidi 


— 


kika 


frika. 


Lat. 


STRIGA 


RIGAT 


LIGAT 


RECIPIT 


PIPER 


Roum. 


— 


— 


S 83 


— 


— 


Eng. 


{stria) 


— 


— 


artaiva 


paiver 


Ital. 


strega 


— 


lega 


ricçve 


pçpe 


A.-franç. 


, — 


— 


leie ' 


§105 


peivre 


Esp. 


— 


r^a 


— 


recebe 


pebre 


Sicil. 


striga 


— 


liga 


ricivi 


pipi. 


Lat. 


PRESU 


PESU 


TEStJ 


MESE 


PAGESE 


Roum. 


— 


S io8 


— 


— 


— 


Eng. 


praisa 


— 


— 


mais 


— 


Ital. 


prcso 


p^o 


tçso 


m^se 


pa^e 


A.-franc. 


. — 


peis 


— 


meis 


§105 


Esp. 


preso 


peso 


teso 


mes 


§ 105 


Sicil. 


prisu 


pisu 


tisu 


misi 


paisi. 


Lit. 


-ESE 


MESA 


TESA 


FECIT 


BERBECE 


Roum. 


-es 


§83 


— 


fece 


berbece 


Eng. 


-ais 


tnaisa 


— 


— 


r^Y^Mrbeis 


Ital. 


-çse 


m^sa 


tçsa 


fece 


(berbice) 


A.-franç. 


-eis 


nuise 


teise 


pTOv.fet:^ {brebis) 


Esp. 


-« 


tnesa 


— 


port. /^ 


— 


Sicil. 


'isi 


— 


— 


fici 


— 



(83) 



(84) 



88 




CHAPITRE 


I : VOCALISME 


\ 


Lat. 


LICET 


PICE 


VICE 


LEGE 


REGE 


Roum. 


— 


— 


— 


lege 


— 


Eng. 


— 


pais 


— 


alaii 


araiè 


Ital. 


kce 


P(ce 


vçce 


kgge 


rç 


A.-franç. 


leist 


pek 


vei^ 


Ui 


rei 


Esp. 


— 


M 


VOi 


ley 


rey 


Sicil. 


— 


piii 


viéi 


mi 


ri. 


Lat. 


-EBAT 


SEBU 


DEBET 


QBU 


BIBIT 


Roum. 


— 


seu 


— 


— 


s 108 


Eng. 


-aiva 


saif 


«Sud» 


— 


baiva 


Ital. 


-çua 


s^o 


d(ve 


— 


bçve 


A.-franç, 


, -^ie 


S 103 


deit 


— 


beit 


Esp. 


-ea 


sebo 


debe 


cebo 


bebe 


Sicil. 


"ia 


sivu 


divi 


èivu 


bivi. 


Lat. 


NIVE 


VERU 


-ERE 


SERA 


CERA 


Roum. 


S 104 


S 108 


S 83 


s 83 


— 


Eng. 


naif 


vair 


-air 


saira 


taira 


Ital. 


nçue 


vçro 


■^e 


sçra 


cçra 


A.-franç 


.neif 


veir 


-ftr 


seir 


S 105 


Esp. 


(nievé) 


vero 


-et 


sera- 


cera 


Sicil. 


nivi 


viru 


'tri 


sira 


tira. 


Lat. 


SPERAT 


PIRA 


VELU 


-ELE 


CELAT 


Roum. 


— 


S 83 


— 


_ 


— 


Eng. 


— 




vail 


»- 


— 


Ital. 


{spçra) 


pçra 


vçlo 


^le 


(c(la) 


A.-franç. espeire 


peire 


veil 


-eil 


aile 


Esp. 


espéra 


pera 


vélo 


-€/ 


— 


SicU. 


— 


pira 


vilu 


-m 


— 


Lat. 


CANDELA 


MUSTELA 


TELA 


PILU 


STILU 


Roum. 


S 83 


— 


— 


§ 108 


— 


Eng. 


k'andaila 


mûstaila 


taila 


pail 


— 


Ital. 


cand^la 


— 


tfla 


P^h 


stçlo 


A.-franç 


. candeile 


mosteik 


telle 


peil 


— 


Esp. 


— 


— 


tela 


pelo 


— 


Sicil. 


cannila 


— 


tila 


pilu 


— 



§70. 



§70. 




E DU LATIN VULGAIRE 


89 


Lat. 


FRENU 


PLENU 


RENES 


ARENA 


AVENA (8S) 


Roum. 


§94 


§94 


§94 


— 


— 


Eng. 


frain 


plain 


— 


— 


avaina 


Ital. 


frm 


§ 105 


rçne 


rfna 


vçna 


A.-fianç. fràn 


plein 


rein 


areine 


aveine 


Esp. 


freno 


lleno 


— 


arena 


avena 


Sicil. 


— 


pinu 


rini 


rina 


— 


Lat. 


CATENA 


*STRENA 


VENA 


MINUS 


SINU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


Vadaina 


— 


vainâ 


main 


sain 


Ital. 


catçna 


strçnna 


vçna 


' mçno 


sçno 


A.-franç 


. chaeine 


estreine 


veine 


meins 


sein 


Esp. 


cadena 


strena 


vena 


mens 


seno 


SicU. 


catina 


strina 


vina 


minu 


— 


Lat. 


CINERE 


MINAT 


MINA 


RACEMU 


REMU 


Roum. 


§94 


§94 


— 


— 


— 


Eng. 


èendra 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


cçnere 


m^na 


mçna 


(racimolo) rçmo 


A.-franç. 


, cendre 


meine 


— 


§ 105 


— 


Esp. 


— 


mena 


almena 


— 


remo 


Sicil. 


— 


mina 


— 


— 


rimu. 


Lat. 


SEMEN 


FIMUS 


TIMET 


aaNU 


SEMITA 


Roum. 


— 


— 


terne 


— 


— 


Eng. 


§99 


— 


§99 


— 


§99 


Ital. 


sçme 


— 


tçme 


c(cero 


s^mita 


A.-franç, 


, — 


ifiens) 


teint 


§105 


sente 


Esp. 


semé 


(Jnenda) 


terne 


— 


senda 


Sicil. 


sitni 


— 


timi 


— 


— 


Lat. 


RIGIDU 


FRIGIDU 


DIGITU 


VIDUA 


FEMINA 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


— 


fraid 


daint 


vaidgua 


§99 


Ital. 


— 


freddo 


{dite) 


vedova 


femmina 


A.-fianç 


. reide 


freide 


deit 


vedve 


femme 


Esp. 


recio 


§44 


dedo 


§ 102 


hembra 


SicU. 


rij^j^idu 


friddu 


ditu 


vidua 


fimmina. 



90 




CHATITRE 


I : VOCALISME 


§7- 


(86) Lat. 


TREDEa 


SEDEQ 


NITIDU 


FILICE 


QLIU 


Roum. 


— 


— 


neted 


fereu 


— 


Eng. 


tredes 


seides 


nTcie ^idi 


feWs 


— 


Ital. 


trfdici 


sçdici 


nçtto 


felce 


S 84 


A.-franç 


. treize 


sei^e 


net 


— 


s 105 


Esp. 


trece 


— 


neto 


— 


ujo 


Sicil. 


tridiéi 


sidici 


nitidu 


filici 


tiggyu. 


Lat. 


CONSILIU 


MILIU 


MIRABILIA 


TILIA 


INVIDIA 


Roum. 


— 


meiu 


— 


teiu 


— 


Eng. 


cusaiV 


mail' 


s 8s 


— 


— 


Ital. 


§84 


s 84 


s 84 


§84 


tnvçggia 


A.-franç, 


► conseV 


mer 


merveh 


ter 


eveie 


Esp. 


consejo 


S 84 


maravella 


— 


— 


Sicil. 


kussiggyu 


miggyu 


maraviggya tiggyu 


— 


Lat. 


CORRIGIÂ 


FERIA 


VIRIA 


vmu 


VICIA 


Roum. 


curea 


— 


— 


§ 108 


— 


Eng. 


— 


— 


— 


z«^^ 


— 


Ital. 


coreggia 


(fiera) 


(vierà) 


vçKKO 


v(ccia 


A.-franç. 


, cureie 


feire 


— 


*vei 


vece 


Esp. 


correa 


— 


— 


VCTp 


ve^a 


Sicil. 


curria 


— 


— 


— 


vi^ia. 


Lat. 


-ITIA 


CEREVISI^ 


L -ICLO 


SITLA 


STRIGILE 


Roum. 


§83 


— 


-echiu 


— 


— 


Eng. 


etsa 


— 


§85 


S 85 


S 8s 


Ital. 


^la 


— 


•^chio 


sçcchia 


strçgghia 


A.-franç, 


. -esse 


cerveise 


-d' 


sel'e 


s 84 


Esp. 


-e^^a 


cerve^a 


-ejo 


seja 


— 


Sicil. 


'ilia 


— 


'ikkyu 


sikkya 


striggya. 


Lat. 


PESILE 


FLEBILE 


VÏTTA 


SAGITTA 


NIGRU 


Roum. 


— 


— 


— 


§ 106 


negru 


Eng. 


— 


flaivel 


— 


— 


ner 


Ital. 


pçsole 


§ los 


vetta 


saetta 


nero 


A.-franç. pesU 


fleivle 


— 


saette 


neir 


Esp. 


— 


— 


veta 


saeta 


negro 


Sicil. 


— 


— 


vitta 


saitta 


niuru. 



^^ 



§70- 




E DU LATIN VULGAIRE 


91 


Lat. 


VITRU 


PULLITRU 


JUNIPERU 


CICER 


LITTERA 


Roum. 


— 


— 


d-^uneapim 


: — 


— 


Eng. 


vaider 


(puleder) 


j^naiver 


— 


— 


Ital. 


vetro 


poll^ro 


gmpro 


cece 


kttera 


A.-franç. 


vedre 


— 


geneivre 


ceire 


lettre 


Esp. 


vedro 


— 


enebro 


— 


letra 


Sicil. 


vitru 


pudditru 


jiniparu 


ciciru 


littra. 


Lat. 


MITTIT 


siccu 


CIPPU 


MISSU 


SPISSU 


Roum. 


trimet 


sec 


— 


— 


— 


Eng. 


metta 


sek' 


tepp 


mess 


spess 


Ital. 


mette 


sçcco 


cçppo 


m^so 


spesso 


A.-franç, 


met 


sec 


cep 


mes 


espes 


Esp. 


mete 


seco . 


upo 


meso 


espeso 


Sicil. 


mitti 


sikku 


cippa 


Çmisu) 


spissu. 


Lat. 


STELLA 


-ILLU 


ILLE 


PINNA 


TECTU 


Roum. 


§104 


— 


ul 


— 


— 


Eng. 


staila 


-e 


tel 


— 


tett 


Ital. 


Stella 


-çUo 


^li 


penna 


tçtto 


A.-franç 


. esteile 


-el 


el 


penne 


teit 


Esp. 


estrella 


-ello 


el 


pena 


techo 


Sicil 


stiddu 


'iddu 


iddu 


pinna 


— 


Lat. 


BENEDICTU STRICTU 


IPSE 


METIPSIMU 


r RIXA 


Roum. 


— 


— 


§94 


— 


— 


Eng. 


— 


strett 


seii 


— 


— 


Ital. 


bened^tto 


strçtto 


çsse 


medçsimo 


rçssa 


A.-franç, 


. benedeit 


estreit 


es 


medesme 


— 


Esp. 


— 


estrecho 


— 


mismo 


port, reixa 


Sicil. 


binidittu 


strittu 


issu 


— 


rissa. 


Lat. 


CRESCIT 


PISCE 


ISTE 


PISTAT 


CRISTA 


Roum. 


crépie 


pe^te 


acest 


— 


s 83 


Eng. 


kraisa 


pei 


— 


— 


kraista 


Ital. 


crçsce 


p^ce 


fStO 


pçsta 


crçsta 


A.-franç 


. creist 


— 


est 


peste 


creste 


Esp. 


crece 


M 


este 


— 


cresta 


Sicil. 


kriiî 


piii 


isti 


pi^ta 


krista. 



(87) 



92 




CHAPITRE I : VOCALISME 


§7 


(88) Lat. 


CRISPU 


ESCA 


VISCU 


MAGISTER 


CAPISTRU 


Roum. 


— 


§83 


§ 108 


maiestru 


capestru 


Eng. 


— 


ask'a 


— 


— 


k'avaister 


Ital. 


crçspo 


çsca 


vçsco 


maestro 


— 


A.-franç. crfsp 


çsche 


p. 89 


maître 


chevçstre 


Esp. 


crespo 


hisca 


2LT2i%.besquemaestro 


cabestro 


Sicil. 


— 


iska 


visku 


maistru 


capistru. 


Lat. 


QRCAT 


VIRGA 


VIRGO 


HIRPEX 


VIRDIS 


Roum. 


S 83 


s 83 


vergura 


— 


verde 


Eng. 


cerca 


— 


— 


ierpi 


verd 


Ital. 


c^rca 


Wga 


Wgine 


çrpke 


vçrde 


A.-franç. cfrche 


vçrge 


§67 


herse 


vçrt 


Esp. 


cerca 


verga 


p. 25 


— 


verde 


Sicil. 


iirka 


virga 


vir^ini 


— 


virdù 


Lat. 


HRMU 


SILVA 


LIMBU 


MINTA 


VENDERE 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


§94 


Eng. 


ferm 


selva 


— 


— 


vender 


Ital. 


fçrmo 


sçlva 


l^bo 


mçnta 


vçndere 


A.-franç. fçrm 


— 


— 


mite 


vèdre 


Esp. 


p. 89 


selva 


— 


menta 


vender 


Sicil. 


firmu 


silva 


limmu 


minta 


vtnntrt. 


Lat. 


FINDERE 


TRIGINTA VmCERE FINGERE 


LINGUA 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


' fender 


trenta 


vainèer 


— 


§117 


Ital. 


fçndert 


trçnta 


§95 


§95 


§95 


A.-franç. fèdre 


trète 


vèhtre 


fèhdre 


lègue 


Esp. 


hende 


trenta 


vence 


— 


lengua 


Sicil. 


finniri 


trinta 


vinii 


finci 


lingua. 






Lat. 


REGNU 


LIGNU 








Roum. 


-— . 


lemn 








Eng. 


— 


lenn 








Ital. 


rçgno 


Içgno 








A.-franç. (règne) 


kne 








Esp. 


reino 


Imo 








Sicil. 


(regnu) 


lihu 





§ 70. 71- ? DU LATIN VULGAIRE 93 

D'autres exemples à citer sont encore lat. vix : roum. abie , (89) 
roumanche vess, a.-esp. abes; lat. anetum : ital. aneto, esp. 
eneldo; lat. sedeSy port. ^/, sienn. x^; lat. situs : ital. 50o; lat. 
hères : a.-franç. eir; lat. vulg. alenat Çhalenat) : ital. akna, 
franc, haleine; suffixe ital. -çtto, firanç. ^/; lat. apotheca : ital. 
hott^a\ ital. satorçggia, pul^gia^ retneggia, empio; esp. mancebo; 
port. mj«a (insidia)y esp. ^ewdt? (singulo); roum. i«rd/e, rou- 
manche bulieuy&tc. Il y a encore quelques remarques de détail 
à faire sur le^obleau précédent. On trouve le suffixe -€/ dans 
l'espagnol fiff\peme aiguille de la balance) du latin fidelis ; au 
gai. meda esApparenté l'espagnol medano. Les formes roumaines 
ot et piper ne sont pas mentionnées parce qu'aucune des deux 
ne vient directement du latin; la première est empruntée 
au slave et la seconde au grec. Le roum. cib = cibus est 
étonnant. — Viscus etfirtnus sont cités ici parce que la plupart 
des formes romanes supposent / . Il est vrai que le français gui 
parait remonter à iy mais il est aussi irrégulier pour l'ini- 
tiale; cf. port. Ariège besk^ champ, voh; l'italien viscido est 
savant, cf. le roumain vefted. — En face àt ferma etc., appa- 
raît l'espagnol firme j firmes qui semble encore confirmé par 
la graphie FiRMUS, fréquente dans les inscriptions latines, 
C. /. Z.., rV, 175 ; VI, 1058. Mais la question est encore dou- 
teuse puisque l'espagnol yîrm^ à cause de son /ne peut pas être 
un mot primitif. — A côté de benedictuSy dktus est aussi attesté 
par l'italien dettOy a.-esp. decho^ decha, valais, det, wall. deit; en 
regard , le français dit et l'espagnol dicho sont des formations 
nouvelles. 

On s'explique diffidlement et de ç en portugais : ttiga manteiga 
taUiga (qui à cause de / ne peut pas être ancien), veiga^ ieima. 

a) Développements postérieurs spontanés de ei. 

71. Tandis que ç et i provenant de ç n'ont plus changé, a a 
eu les destinées les plus diverses. Autant qu'on peut en juger 
quant à présent, il persiste sans changements dans la Haute- 
Italie, mais, d'après les dictionnaires, on ne peut voir si l'on a 
affaire à (i ou à 0. Donc : 



94 CHAPITRE I : VOCALISME §71.72. 

Piém. seia pdver peis seira -« teila 

Gén. — peivie pei:(U seia -€i teia 

Bolon. seida — peis § 105 -ei teila 

Mais il Élut remarquer les formes bolonaises bever^ creder et 
paver, 
(90) L'extension géographique de ei a besoin de recherches plus 
précises. Du côté du Nord-Ouest, « pénètre encore dans le 
domaine occupé par le français du Sud. Â Val Soana, qui se 
sépare complètement du rameau italien par la conservation des 
consonnes finales, apparaissent comme dans d'autres cas les 
caractères du vocalisme piémontais : fe|, 5^/, peis. vejra^ -€|, 
teilay etc. ; en Savoie, v. g. à Bonneville (Faucigny) on trouve 
reiy avei, recevei (cependant 2iussipovaf) , mais ce fait paraît être 
isolé. Plus au Sud , Nice et Sospello ont partout ei tandis que 
Menton et Monaco présentent e. A TEst, ei comprend Alexan- 
drie, Bobbio, laisse Pavie en dehors, mais pénètre dans la mon- 
tagne, de sorte qu'on n'en trouve plus de traces à Parme, à 
Reggio d'Emilia et dans les localités situées complètement en 
plaine comme Guastalla et Poviglio. Les limites extrêmes de la 
diphthongaison paraissent être au Sud Correggio, Carpi, Cento; 
mais Crevalcore est en dehors. Ei paraît dépasser à peine 
Bologne; à Imola apparaît déjà ç qui appartient aussi à la 
Romagne. Enfin la limite de ei entre la Lombardie et le Piémont 
semble formée par la Sesia. Tandis qu'ici ei libre persiste donc 
sans changement, il s'est développé en ai chez les Gallo-italiens 
de Sicile originaires de cette contrée (Novare ?) : avair^ arsaira, 
irai (tres)y aS^ai, lequel son s'est réduit à a devant les con- 
sonnes : tala sara (seta)y tsara (cera)^ sav^ maj^ (mese), aratna. 

72. Dans la France du Nord, le plus ancien monument, les 
Serments de Strasbourg, ofiire 1 : savir, miy quid, podir^ dift à 
côté de dreit. Ce n'est pas à un j véritable qu'on a afiaire dans 
ce texte, mais à une transcription inexacte de ç ou ci qui se 
rencontre fréquemment aussi dans les chartes mérovingiennes. 
Pour les trois sons ^ , ç ou /, çiy on ne disposait que de deux 
signes : e qi i l'un représentant avant tout /, l'autre f. Pour 
transcrire le son ç en suivant l'orthographe étymologique, e et 
i restèrent en usage. Si l'on voulait n'employer qu'un seul signe 



§72. DÉVELOPPEMENTS SPONTANÉS DE El 95 

pour le son Çj i s'en rapprochait au moins autant sinon plus 
puisque ç est moins éloigné de i que de f. Dreit est une 
forme curieuse. Cette graphie divergente ne traduit pas une 
différence fondamentale, mais i remplace la spirante palatale et 
ç est représenté par e pour éviter la contraction avec 1'/ suivant ; 
on a là un cas de dissimilation orthographique. Donc il ne 
faut pas regarder savir dreit comme équivalant à saveir dreit y (91) 
mais comme équivalant à savçr drçht ou saveir dreiht. La Can- 
tilène de sainte Eulalie ne connaît que ei : sostendreiet^ concreidre ; 
de même Jonas : haveir^ saveiety fereiet. De bonne heure ce son 
a passé à oi dans le Nord-Est et dans le Centre , il en a été de 
même de ei en syllabe atone provenant de ^ + 1 (§ 356). Les 
plus anciens exemples sont noieds (necatos) Jonas 56, Soifridus 
Meuse 1078, Gall. christ. XIH, instr. 562, FantoiSy Meurthe-et- 
Moselle 1096, ibid. instr. 566. Pour se rendre compte de ce 
changement, il faut remarquer qu'il se présente sur beaucoup de 
points (cf. V. g. §§ 32, 77, 78), mais qu'en roman il est restreint 
aux sons ci ci venant de e, tandis que le son provenant de ^ + i 
se développe toujours en ç. En outre, le français nous montre 
que l'accent ne peut jouer ici aucun rôle : soissante à côté de 
six, poitrine à côté de pi:(^. Par suite du phénomène de dissimi- 
lation qui se produit entre les deux éléments, ci passe à {i. Ei 
difière de ai non seulement en ce que le canal vocal est plus 
resserré pour la première partie de la diphthongue, mais sur- 
tout en ce que le rétrécissement a lieu au voile du palais. 
Par là est rendu possible le passage i d (a vélaire) et enfin, 
avec dissimilation encore plus forte, à p. Ce dernier degré 
se présente dans bruellçis : cçrs Aiol 5294, aloit Jourdain 
255 dans une tirade en p, Chrétien de Troies ne sépare plus 
à la rime ci provenant de ci et ci. Puis, si pour l'émission du 
second élément de la diphthongue, la langue ne remonte 
pas complètement, ^ passe à ^ qui, dans le cours du 
xni* siècle, a donné, avec déplacement de l'accent, q( : voire 
(veruni). Tournay 1207, moies Meurthe 1269 N. E. XVIII, 
130; estoet Laon Bibl. Ec. Ch. 2, H, 238, boais moais Oissery, 
ibid. 306, tous ces exemples provenant des années 1256-1262. 
Ce déplacement d'accent est propre à l'Est et au Centre, mais 
est étranger à la Picardie et à la région wallonne , d'où résulte 



96 CHAPITRE I : VOCALISME §72, 

ce Élit que les poètes picards du xiii^ siècle ne font jamais 
rimer ai avec e. Dans TIle-de-France, Rutebeuf sépare toujours 
les deux sons tandis que l'auteur du Roman de Renard , celui 
du Roman de la Rose, Gautier de Coincy, Christine de Pisan, 
Villon, etc., font rimer ai et ai : métrai : otroi Ren, 4101; 
délai : roi 19131 ; tnoi : enfartnai Rose I, 282; soi : sai I, 
310, etc. Il est difficile d'accorder avec ces faits la remarque 
de Palsgrave : Oi in the frenche tonge hath II diverse soundes, 
for sometyme it is sounded lyke as we sounde oy in thèse 
wordes « a boye, a froyse, coye », and suche lyke, and some- 
(92) tyme they sounde the i of oy almost lyke an a. The generall 
soundyng of oi is suche in frenche as I hâve shewed by example 
in our tong, so that thèse wordes oyndre joyndre poyndre tnoytie 
moyen roy moy loy be sounded with them lyke as we wolde 
sounde them in our tonge. » Donc Palsgrave prononce oi à la 
finale et devant les nasales; mais à l'initiale devant les consonnes, 
il prononce of^^iW est d'accord sur ce point avec Erasme, 
tandis que H. Estienne blâme moi. Il y a donc dans les rimes 
citées plus haut un trait dialectal. Meigret et tous ceux qui 
l'ont suivi exigent (Jf , c'est-à-dire (^, ailleurs que devant les 
nasales. A Paris u( continue ensuite de se développer en m- 
Déjà H. Etienne, en 1582, écrit : « Il ne faut pas moins éviter 
de prononcer moas foas troas poas comme le menu peuple pari- 
sien. » Th. de Bôze, en 1584, dit aussi : Corruptissime vero 
Parisiensium vulgus Dores icXateiaÇovraç imitati pro voirre sive 
ut alii scribunt verre (vitrum), foirre (palea ferracea) scribunt 
et pronuntiant voarre etfoarre itidemque pro trois (très), troas 
et tras, » Mais, dans le Dialogue H, 311, H. Estienne donne oa 
comme appartenant aussi à la prononciation de la cour : 
« quelques courtisans qui ont si bien appris de dire ainsin à 
Paris, au lieu de ainsi, qu'ils ne s'en peuvent garder : non plus 
que de dire troas moas, qui est aussi de la prononciation 
parisienne. » Pour des mots isolés, oa est attesté pour une 
époque encore plus ancienne. Il est vrai que la rimé carre :poirre 
chez Villon ne prouve rien (v. § 258), mais déjà R. Estienne 
écrit en 1549 poale. Oa ne s'implanta que très lentement : 
Buffier, en 1709, le blâme; La Lande, en 1730, se prononce 
décidément en sa faveur. Il y a toutefois des hésitations dans 



§73- DÉVELOPPEMENTS SPONTANÉS DE El 97 

tout le cours du xviii* siècle, particulièrement à la finale ; dans 
roi loiy f se maintient tandis que a est plus tôt accepté devant r 
et s. Domergue, en 1805, bannit complètement oCy mais 
La Fayette dans un discours de 1830 aurait encore prononcé «f, 
et Dupuis, en 1836, veut que Ton conserve cette prononciation 
dans les syllabes atones. Il n'en reste plus de traces aujourd'hui, 
excepté dans les- patois. Tout l'Est, le Nord de la Franche- 
Comté, la Marne et, en outre, l'Anjou à l'Ouest ont conservé 
l'ancienne prononciation. A ce qu'il semble, il n'y a que Paris, 
ses environs immédiats et les patois fortement influencés par la 
langue littéraire, qui aient avancé jusqu'à uà. 

Dans des conditions encore mal définies , uç passe à ^ . Dans 
l'Elégie de l'an 1288 écrite en caractères hébraïques, on trouve 
et comme troisième personne du singulier de l'imparfait. 
D'après Peletier (1549) la réduction aurait lieu après i : « Nous 
prononçons priet^ criet, itudiet et toutes tierces personnes de (9^) 
l'imparfait indicatif venant des infinitife en iety et toutefois 
nous écrivons priait ^ étudiait : ne nous est permis d'en user 
autrement. » Mais cette règle est loin d'être suffisante; cf. franc. 
mod. monnaie, taie y raicy claiCy saie y -aie à côté de soie^ voie y lam- 
proie. Il semble qu'ici la mode arbitraire de la cour ait prévalu. 
H. Estienne, en 1578, place les formes en e dans la bouche de 
son Philausone et dit en propres termes qu'elles sont en usage 
à la cour. Déjà au commencement du xvi' siècle, e au lieu de oç 
avait pris de l'extension. Guillaume des Autels (i 548) et Pasquier 
(1372) s'élevèrent contre cette prononciation; ils n'admettaient 
que reinCy les imparfaits et les conditionnels en et. Palliot (1608) 
se plaint qu'on dise ra. Maupas (1625) mentionne droit y froid y 
estroity croître y croire y sois y soit prononcés avec f , mais loi y foi y 
roiy troisy mois y croisey boire prononcés uniquement avec oe. Patru 
(1674), I^^ 1^ Touche (1696), Buffier (1709) recommandent f 
pour l'usage familier et of pour le discours relevé. Il y avait 
encore hésitation jusqu'à ces derniers temps pour des mots isolés 
tels que roide ; dans connaîtrCy ç s'est introduit à la place d'un 
ancien q + i. Toute la discussion pour ou contre le dévelop- 
pement of — e exige encore des recherches minutieuses. 

Ulbrich, Zur GeschichU des fram^ôsischen Diphtongen oi^ Zeitschr. 
III, 385-394; Ph. Rossmann, Fran^àsisches 01, Rom. Forsch. I, 145- 

Mrm, Gfammatrt. 7 



98 CHAPITRE I : VOCALISH4E § 72-74. 

178 ; G. Paris, Rom. XI, 6o4<6o9; Weigelt, Franiôsisches ai aus et 
ouf Grund hteinischer Urhundm des XIL Jahrbunderts, Zeitschr. XI, 
85-106. Ce dernier dte des exemples encore plus anciens que ceux 
qui sont mentionnés plus haut, mais ils sont douteux. Hoya Silva 107 1 
serait Haye a.-h.-all. Hac\ dans ce cas c*est une faute de copiste 
puisque ai ne devient pas 01; TroieuJj Troicul, Troùd 1093, 1096, 
1 106 = Trieux est identifié avec tricolum^ triceolum (D. C), ce qui est 
impossible : Troiad est une faute d'écriture ou de leaure pour 
Troietd qui, s'il répond réellement à Trieux actuel, suppose *torcuJos. 
— Sur le développement et — oi diverses théories ont été proposées. 
ScHUCHARDT, Vok. 1, 466, Ceutralbl. 1877, col. 1 25 3 , Zeitschr. IV, 123 
parle simplement d'une dissimilation : ei -ai -oi; de même Lucking 
204. — Ulbrich 389 pose : pu, pa, ç-gr, pt^, çcè^ o( enfin ni. Il y 
a bien des objections à faire sur ce développement. De même que ûi 
passe non à ui^ mais à j^f, aœ ne devait pas non plus donner oœ; 
ensuite le passage de œ à ^ est inconnu au français. De plus, il n'y a en 
(9^) sa'^faveur aucun motif concluant. Au lieu de ioif on trouve bien dans le 

Mistëre de la Passion 1 1 247 seuf^ 1 1 S90 soeufau lieu de jot/, mais cet oqs 
(ae au lieu de ^ sous l'influence d'une labiale) n'a pas d'autre significa- 
tion que f(ffz=ifive $ 270. Il faut admettre comme un simple pos- 
tulat qu'à l'époque du Roman de la Rose oi ne pouvait pas encore 
être 0^. Les exemples qui sont donnés de la confusion de oi et de eu 
ue sont en grande partie des fautes de co^nstes ; Noitun de Neptunus 
ne remonte pas à ^Neutun, mais est influencé par noit (noctem), 
VernoU et Vemeuiî présentent un échange de suffixe, etc. — 
G. Paris, s'appuyant sur noieds dans Jonas, admet que le changement 
a eu lieu tout d'abord en syllabe atone. — Cf. encore § 107 pour la 
théorie de Horning. 

73. (H persiste, ainsi qu'il a été dit, dans le Nord-Est, 
cf. liég. voi^ manoir en picard il est réduit à (?, cf. parole : estaile 
Adam de la Halle 308, veor^ sot^ prosie Chev. II esp. XXDC, 
d'où les monuments picards du xra* siècle ne font jamais rimer 
oi et e. Actuellement on trouve v. g. à Arras : paro, frOy dOy to 
mais ftoar\ à Gimbrai : dw, tro^ drola (droit-là); en rouchi :/?, 
tro, do y fro. Il en est de même pour provenant de (? + 1 : 
encore : glore^ B. Condet 32, 109; S. Grég. Rom. Vm, 39, 
Gregore : ore 131. 

74. Dans la Frakce de TOuest, ei persiste d'abord à partir du 
Tréport; Beauvais, et, au Sud de Paris, Chevreuse, Etampes, 
Chartres ne connaissent pas oi; il en est de même de toute la 
Normandie, du Maine, de la Touraine, de l'Anjou et du Poitou. 



§ 74- 75- DÉVELOPPEMENTS SPONTANÉS DE El 99 

On rencontre toujours ei dans les anciens textes originaires de 
la Normandie. Cet ei continue ensuite de se développer en ç par 
l'intermédiaire de p, cf. Bessin crere, vu {yidei)y nçr^ ptr, ou 
en ç : Montjean (Mayenne) frçy vçy sç (caderé), sç ; ei se maintient 
V. g. à Louvigné (Ille-et- Vilaine) : /^V, neir^ ftejUypei (jnlutn); à 
la Hague : mtiSy kreire^ mei, beire, peivrey peis, frei à côté de fe 
et du curieux mot seu (sitis). La simple graphie avec e se ren- 
contre déjà à partir de la seconde moitié du xiii^ siècle dans 
des chartes du Nord-Ouest, mélangée avec oi qui, actuellement, 
pénètre de plus en plus par l'Est. Dans le Livre des Manières ci 
et fi sont encore séparés; mais dans des chartes de Bretagne, 
d'Anjou etc., on écrit habituellement ai y ae à partir du xiu« siècle. 
Dans la Vie poitevine de sainte Githerine, l'orthographe habi- 
tuelle est eiy excepté devant r, où l'on trouve presque toujours e. 
J. le Marchant écrit -eiU, tneitrey preistrey mots dans lesquels ei a 
la valeur de f. 

75 . Il Êiut regarder comme une fusion particulière des formes (9s) 
normande et française Voie des textes de l'Ouest. Il est vrai qu'en 
n'a af&ire qu'à une simple métathèse dans doloere pour ddeoire 
G. Guiart I, 3620, auro-er pour aure^nr dans GuiU. Marchant 
où oi ne provient pas de ç mais de (? + h et même dans benoietey 
maîoiete de beneoitey maleoite Mén. H, 424, 407, ainsi que dans 
d'autres cas. On peut aussi expliquer de la même manière 
voier de veoir H. A. LXIV, 178, 150; choiet dans le Tristan de 
Béroul 2044 et choier 1052; mais il n'en est plus de même de 
voier = verum Rou 449 C, savoier, troieSy avour Mém. ant. Norm. 
XVI, 957 (ànn. 1281), de sorte que l'explication des exemples 
du français e — oi correspondants reste douteuse. Autant qu'on 
peut l'af&rmer avec les renseignements actuels, toutes ces formes 
n'apparaissent que dans l'Ouest, c'est-à-dire seulement dans 
la région où e passe à ei, non à oi; elles sont également 
absentes des monuments plus anciens de cette région. Il faut 
donc les regarder comme résultant de la confusion de oi et de 
e, laquelle reposerait sur une prononciation imitant Vof du 
français du Centre. Soaity vouir, choair qu'on trouve dans J. le 
Marchant servent de confirmation à cette hypothèse. 

Cf. A. ToBLER, Zeitschr. vergl. Sprachf. XXIII, 416 sqq. où sont 
donnés des exemples de métathèse ; Gôruch, Franz. Stud. V, 362 ; 



100 CHAPITRE I : VOCALISME S7S-76- 

HuBER, H. A. LXXIV, 147- IS7 où Ton trouve de nombreux 
exemples et leur explication. 

76. Une troisième région française est caractérisée par le 
passage de et à fi f respect, aiy a, d, 0. Elle comprend tout l'Est, 
depuis la Savoie, où ei français va rejoindre ci piémontais, jusqu'à 
la Lorraine. La plus ancienne forme s'est rarement conservée : 
bagn. aveiy moteiya (musteld), seiya (jsetd)^ dei (digitus)y pcivro; 
Blonay (canton de Vaud) dans le corps de la proposition : lefrei 
fevràiy mais k fevrei frai; à l'intérieur du mot dans la Haute- 
Gruyère : cràyOy pàizpy tàila^fàivra mais pràyfà {fef)y ià (sepes); 
au bord du lac de Neuchâtel : aveiy meiy treiy savei, — Ailleurs, 
ei a passé à a, ainsi sur la rive droite du Rhône et dans la partie 
Nord-Ouest du canton de Vaud : avày tàhy dày tsandàky nà et 
dans une partie du canton de Neuchâtel; à e dans la Basse- 
Gruyère et à Neuchâtel, puis dans une tout autre région, à 
Rive-de-Gier : rçy trÇy drçy nç (noir), mais féminin neiri, à Auve : 
de {débet) y set (sit) à côté de craire, dais. On trouve enfin un 
développement postérieur de f en û? à Chézard (Neuchâtel) : tœly 
tœSy trœy pœvre. — Ai est bien plus fréquent , on le trouve dans 
une partie de la Savoie, à Vionnaz : etaiUiy dçuaiy praii^a, sayay 
paivr^y à Ormont, Pays d'Enhaut, d'où provient a dans le reste 
(96) du canton de Vaud, à Fribourg (on trouve encore ai à Paroisse, 
Neuchâtel, Jujurieux), puis v. g. aux Fourgs : say fray na 
(niger)y devay mais ici aussi on trouve à l'intérieur du mot le 
degré antérieur : paivruy naire (nigra); de même dans la 
Bresse : ma (mensis), èdrayfay sava à côté de bàre. En Lorraine, 
a tt apparaissent l'un à côté de l'autre excepté après les 
labiales. O appartient plutôt aux patois du Nord, a à ceux du 
Sud ; toutefois, il arrive souvent que la même localité présente 
a dans un mot et dans un autre. On peut donc en conclure 
directement que l'on est en présence de deux groupes dialectaux 
qui se croisent dans cette région, et qu'à l'heure actuelle, 
aucun d'eux n'est encore parvenu à dominer l'autre. On pour- 
rait regarder Vo comme venant de a; à Cugy et à Haute-Broye , 
a provenant de ç passe à à y d'où aurait pu facilement se 
développer 0, Deux ordres de dits parlent contre cette hypo- 
thèse : l'absence de à en Lorraine et les mélanges mention- 
nés précédemment. Vo remonte plutôt à oi et il en est sorti 



§ 76. 77- DÉVELOPPEMENTS SPONTANÉS DE El ICI 

comme a de ai : donc la perte de Télément palatal est un fait 
commun à toute la Lorraine ; mais le point de départ est dans le 
Sud ai y dans le Nord ot , en quoi le français du Nord se rattache 
au messin et au wallon. On trouve, en effet, dans ces deux régions 
û?, et à la finale œi : Faulquemont dœfy krœry vœfy dœiy scei; Seraing 
nue, pcefy sœ, vœ^ trce^ etc. Le point de départ pour le lorrain 
du Nord, le wallon et aussi pour le picard et le français du 
Centre est oi d'où est sorti, ou bien t^, ou bien, avec fusion 
des deux éléments, û?, ou bien, avec perte du second, p. Il y a 
lieu de croire qu'à l'époque ou ai respect, œ s'étendit, en par- 
tant du Nord et de Metz, sur des contrées qui ne connaissaient 
pas o|, (By mais seulement p, ce dernier son prit la place de oiy 
œ. C'est de cette manière que s'expliquent le mieux les faits 
lorrains. Pour le picard, cette explication ne peut convenir. — 
La réduction de w à (? est déjà attestée dans des monuments 
du Moyen-Age; cf. les rimes \ vot : hot Prior. 9264 : hht 
1073 1, ^^wr> ^î'^j motdy doent 1255 Luxembourg N. E. XVm, 
46, demoroenty seroent 1270 Meuse ibid. 32, etc. Plus au Sud, 
on la rencontre encore à Plancher-les-Mines : vovCy no y kyoe 
(cleta^y croCy menoCy soe à côté de toie (teca), epo, roc (raie) motore 
(ntusielà)y tiandorCy detrossCy mais poi (pilufn)y soi, sdle (seille)y 
roi y noigôy moidre (minor) à côté de sedre (cineré). 

77. La diphthongue ei paraît avoir été commune autrefois à 
tout le domaine RHÉTiaus bien que les conditions de sa produc- 
tion n'aient peut-être pas été partout les mêmes. Mais aujour- (97) 
d'hui, elle ne s'est conservée que sporadiquement à Dissentis, 
Waltensbourg, Ilanz, Tiefenkasten , à Val Bregaglia, dans le 
Tyrol, à Vigo et Val Passa, puis à Comelico, à Erto, sur les 
bords du Tagliamento et de la Meduna, sur le versant méri- 
dional des Alpes camiques (à Tolmezzo), à Gemona, puis à 
Val Leventina et à Mesolcina. Elle persiste encore à Poschiavo 
devant d : seidy deit — savéy nefy avéna, pel; et à Livinallungo en 
syllabe finale : tneiy crei, a:^iy seiy aussi neiger y peivery mais sarCy 
cradUy vanay saday k'ama{a. Dans le Frioul, le Tyrol et aussi à 
Domleschg et à Schams, ei se réduit à ^ ou f ; l'f du Tessin peut 
donc remonter à ci rhétique. Dans la Giudicaria la réduction 
n'a lieu que devant r : içray vçray fr, à la finale : d^, par{y rfy 



102 ŒAPITRE I : VOCALISME § 77 • 78. 

pfy df, devant/ : nef^ et à rantépénultième : pivar^ véduf; mais 
en dehors de ces cas on a f :fiday kHruiy vina^ tHUy iûy pUypti; on 
trouve aussi ailleurs e devant certaines consonnes. A Schweinin- 
gen et à Bergûn, on rencontre une consonnantification toute 
particulière de l'i : sekt = seit^ it^la (stelld), segra, peks^ nekfy 
-eir, sekf. Le même phénomène existe pour ei secondaire men-' 
tionné au § 32 : durmekr, A Schweiningen, i paraît être restreint 
aux oxytons : vekfy fémin. mtç, il n'en est pas de même à 
Samaden : vik/, vigva. Cf. encore § 298. Le développement 
postérieur ordinaire de ei est ai. Il apparaît à Tavetsch , puis 
dans toute l'Engadine et la vallée de Munster ; à Greden et à 
r Abbaye en syllabe finale; on trouve cependant ici sàrray avanruiy 
crada. A Brigels (en plein domaine de (t) on trouve ci : ngif, 
pçisy sçity stçila, Clauzetto (Frioul) est tout à fait isolé avec la : 
siaty slafy niafy tria; il en est de même de Fomi Avoltri et 
Collina (Frioul) avec lo : sioty niofy pios y siofy trio y dont les 
degrés de développement peuvent très bien être «*, j7, //, ^. Ces 
dernières ramifications rejoignent Vi de Pola, Peroi, Dignano, 
Rovigno : cridiy vulir, tihy sirOy virOy miSy pily etc. et les côtes 
de la Dalmatie où i paraît aussi se renconter, v. Arch. Glott. I, 
434 Rem. 2. 

78. Tandis qu'à Veglia avec ai et a les choses ne présentent 
aucune complication : vaihy pairay maisay kairuiy raid y sara, 
satay m, -are y les Abruzzes font voir des développements très 
divergents. Ei qui est la forme fondamentale persiste à Ceri- 
gnola : affeisCy vuleie à côté de maie y taie; à Francavilla : veite 
(j^v{dere)y seire; à Montenerodomo : feicCy seira; à Villa Santa 
Maria : seire, localités qui sont toutes situées dans les Abruzzes. 
Ai est aussi habituel à Bitonto : sapaive, taike ailleurs qu'à la 
(98) syllabe antépénultième : fem^n^y faievçnç; à Altamura : affaisey 
taie; à Andria : tajy aveivay velaie. Il en est ainsi dans toute la 
Terra di Bari et, en outre, à Gessopalena, Palena et Bucchia- 
nico. On trouve ensuite oi à Agnone : voir (verufn)y avoi à côté 
de sapaite; enfin à Castelli (Abr. Ult. I) : rOy avoie (imparf.), 
davorey et à côté : faummeney auss, aussay vennautt (vendetta)y 
enfin avd {habere), — On peut en dernier lieu se demander si 
{ provenant de ^ à Teramo : fçmmçnçy Ifggfy s'appuie sur un 
ancien «, comme p de a (^flçr{) s'appuie sur ou. 



s 78-80. 



CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E 



103 



la à Veglîa est obscur : niar, viad^ miaSy sidp (se^nd)^ tiak (Jeguld)^ 
viardy trianta, viassa (vece), mots dont, en tout cas, le dernier est un 
emprunt, comme le prouve s au lieu de k. Dans sidp et les suivants, p 
entravé a passé à ^ et a suivi le même développement que lui, ce qui 
n'a pas eu lieu dans /arme (Jirmet), 



V) Changements conditionnels. 

I. Influence d'un phonème suivant. 

79. Sous Tinfluence d'un i, i suivant, plus rarement d'un «, 
Uy ç passe à /. Le premier phénomène, c'est-à-dire l'inflexion 
(Umiaut) de ç en i causée par un i suivant, est des plus répan- 
dus : on le constate dans toute l'Italie du Nord et du Sud, en 
France , en Espagne et en Portugal. Les cas à examiner sont la 
r* et la 2* personne du singulier de l'imparfait, le nominatif 
pluriel de la 2* déclinaison latine, vigintiy et aussi, en Italie, 
Yi secondaire provenant de es y as (^ 309)« D suffira de citer à 
l'appui pour les verbes : feci et presi, et pour la déclinaison : 
illi. L'étude des formes apportera un plus grand nombre 
d'exemples, cf. aussi § 318 sqq. 



Lat. 


VIGINTI 


FEQ 


PRESI 


-ISTI 


ILLI 


CREDK 


Roum. 


— 


fea 


— 


— 


ei 


cres^ 


Eng. 


vainV 




— 


— 


éP 


craidast 


Ital. 


venti 


feci 


presi 


-esti 


egli 


credi 


Napol. 


vindç 


fici 


prisi 


'isti 


m 


kriti 


Milan. 


vints 


fise 


prise 


-is 


iyi 


krii 


Franc. 


vint 


fis 


pris 


<s 


il 


crois 


Prov. 


vint 


fis 


pris 


"ist 


il 


crei 


Esq. 


vdnte 


hi:(e' 


prise 


'iste 


— 


crées 


Port. 


vinte 


fi\ 


— 


-esU 


— 


crées. 



En espagnol et en portugais, un -/ ne peut pas exercer 
d'action par delà plusieurs consonnes comme le montrent 
l'espagnol veinte et le portugais --este de -isti. Au contraire, les 
formes moldaves sont à citer ici : trti = trd de triSy îI, isty cil. 

80. Un i en hiatus roman n'est une cause d'inflexion en 
ITALIEN que dans le groupe ski ' fischia^ mischiay vischioy ischio 
(aesculum)y mais on trouve déjà à Sienne meschia. En espagnol. 



(99) 



104 CHAPITRE I : VOCALISME § 80-82. 

en PORTUGAIS et en provençal, le phénomène a lieu encore en 
dehors du cas mentionné pour l'italien : esp. jibia, limpio^ 
vendimiay vidriOy ciriOj port, siba^ limpo, vendinuiy vidrOy ciriOy 
rijOy piso de *pesîlum; mais il ne se produit pas avec a final : 
semeay femeay d'où nedeo d'après nedea. I atone exerce ici aussi 
une influence analogue dans les mots savants dividay di^^ima 
(de f) ; prov. ciriy vendimiay gasc. dibi (debeo). 

Si. E passe à i quand la syllabe suivante renferme un u ou 
un 1; au contraire, quand cette syllabe renferme un a, un e ou 
un Oy il persiste dans l'Italie du Sud , v. g. à Alatri , Brindisi , 
dans les Abruzzes , à Campobasso et à Naples. Entre la région 
centrale, dont fait partie la Toscane, qui conserve toujours ç, 
et la région de i qui est celle du Sud, il paraît exister une 
région intermédiaire où l'on trouve / dans certaines conditions. 
Il est nécessaire de faire encore des recherches pour savoir si 
autrefois en Ombrie i était ainsi amené par u final ou seule- 
ment par i. Cf. Alatri : cite (acetum) , pinu , arberit^ , 2*^ pers. 
sing. cridiy i" pers. sîng. credoy pir^y plur. pera-y biviy i" pers. 
sing. bevoy y personne sing. bev^\ firm^y fernuiy etc.; Teramo : 
piky nir^ mais le^gÇjfet^; a.-napol. credo cridiy mese misiy acitOy 
plinuy minuy pepty etc. La finale des neutres exerce la même 
influence que Vo : masc. kistey fém. kesidy neutr. kest^. Il est 
à remarquer que le sarde se comporte de la même manière : 
kpta à côté de vçl^u ; il en est de même dans les cas où l'on a 
{ en latin vulgaire : k^rvu Çacerbus), fém. kervay bfne (bene)y 
mais bçni Çyenis^y bçnnçru (generu). Ce phénomène se ren- 
contre aussi dans la Terra di Bari, la Basilicate, à Otrante, etc. 
où les diphtongaisons mentionnées au § 78 apparaissent pour 
-a, -Oy -e. Campobasso semble offrir i provenant de ç devant u 
et iy ç devant (?, et ei devant a : ditCy deitUy trey trejja. 

Des exemples tels que a.-port. hescha (bfsiià) à côté de hischo ne 
sont pas encore clairement établis, Rom. XI, 8a, puisque rh3rpothèse 
qu'en portugais é — u soit autrefois devenu 1 se heurte à de grandes 
difficultés , et puisqu'il n'est pas prouvé du tout que hestia ait un ^ , 
V. S ISO. 

82. Les cas d'inflexion causés par u sont rares. Le portugais 
lingua s'explique d'après le § 95, l'espagnol mingua est influencé 
par minguary en a.-espagnol le mot se présente encore sous la 



§ 82. 83. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE £ IO5 

forme mengua (Cond. Luc. 368 b, B. Prov. 26, 28, etc.). Mais (^00) 
il faut mentionner le portugais isto neutre à côté de esto mascu- 
lin. La forme du masculin est formée sous l'influence des 
autres masculins en a, isiu remonte directement à istu[d] et doit 
sa voyelle à des combinaisons telles que istu es vero et autres 
analogues. Ce feit explique pourquoi il n'y a que les pronoms 
qui possèdent cette forme avec i, 

83 . Vç en ROUMAIN est très étroitement soumis à l'influence 
des voyelles finales. L'ancien f, de même que ie (§ 150) quand 
il est suivi d'une syllabe renfermant a, e ou o^ subit une réfrac- 
tion et devient eUy iea. Toutefois, cette réfraction n'a pas lieu 
devant les nasales (§ 94); la nasale suspend donc l'action de a, e. 
Encore aujourd'hui , cet ea est accentué en macédonien sur le 
premier élément quand il se trouve à l'initiale : éastây éarbà, éadà^ 
eapày et aussi véaklà; en dehors de ce cas en macédonien, et tou- 
jours dans les autres dialectes, on trouve eâ qui a passé à iâ en 
moldave et partiellement en macédonien , dès une époque pré- 
littéraire. Des monuments tels que le Psautier de Dosofteiu 
présentent toujours ia. Dans l'écriture cyrillienne le même signe 
sert pour ea et pour e long ; dans l'écriture latine on trouve 
tantôt ea tantôt e. Ea s'est conservé devant a, abstraction Êdte de 
certains changements secondaires dus à l'influence d'une con- 
sonne suivante ou précédente (§ 104, 106, 108 sqq.). Devant 
e il persiste aussi maintenant encore en macédonien, cf. easte 
cité plus haut, en outre kerduy 3* pers. sing. hearde^ herbu y 
3* pers. sing. hearbe. Le même résultat est attesté pour le valaque 
par ce Êiit qu'après les labiales, i — e passe à a, de même que i 
— a; cet d suppose un plus ancien ea. Après que cette loi a 
eu exercé son action, ea — e s'est simplifié en e — ^. Ces 
phénomènes se sont produits dans la période préhistorique. Les 
exemples de ija des plus anciens monuments roumains ne sont 
pas autre chose qu'une graphie étymologique. Les premiers 
exemples de graphie phonétique se rencontrent dans des chartes 
moldaves et valaques du xvii* siècle. Ce qui contribue à établir 
la difiërence de e et eay c'est ce fait que Dosofteiu (1673), dans 
son Psautier rimé, sépare ces deux sons : clasul : ciasul 63, i, 
sdial'd : ndvald 11, fala : sprqineald 31, teamà : sama 64, 



I06 CHAPITRE I : VOCALISME § 83. 

23, etc. ; les autres écrits moldaves du xvii« siècle font la même 
distinction entre f=e,ie actuel, et ^ = ea, ja = ia^ ou ^ = e, 
{ = iCy mais ja = ea, ia. Puisque e sorti de ea est sévèrement 
(ici) distingué de l'ancien Çy il doit donc avoir eu la valeur de ( qu'il 
possède encore aujourd'hui dans l'Ouest (Hongrie, Grisons, 
Banat, Bukowine, Istrie et Moldavie occidentale) tandis que dans 
l'Est il s'est porté à ç. En Moldavie et en Istrie ea suivi de a a 
aussi passé à ç. L'orthographe étymologique a été combattue 
systématiquement par le grammairien Vàcàrescùl (1787). — 
En dernier lieu, demandons-nous encore comment il faut 
comprendre cette réfraction. Faut-il admettre que le change- 
ment de e en ftï ait été amené par a, e ou empêché par î, «? Je 
pencherais pour la seconde hypothèse. Il est vrai qu'une réfrac- 
tion de e en ea sous l'influence d'un a suivant est possible; 
mais qu'un e suivant ait la même propriété, le fait est beaucoup 
plus douteux. Au contraire, si nous admettons éi comme pre- 
mier développement roumain , ce degré, sous l'influence d'un i 
et par conséquent d'un u suivant, préservé de toute altération 
postérieure, aurait été ramené de très bonne heure à f, tandis 
que là où il n'y avait aucun obstacle, ^|, par l'intermédiaire de 
ejp a passé à éa (cf. là-dessus § 78), plus tard eâ. — Nous obte- 
nons donc : creastày jneapàn (juniperus), searày teacà, teamày 
-easày eatày deasa^ dreaptà, neagrày seacày leagà, etc., mais crestey 
jnepmiy terne ^ -ese^ -tte, dese; et, en outre, mese (tnensae)^ pesé, 
ver(ey sagete, pêne. — Pour le macédonien ia, cf. vTtiJLviaTÇa 
(dimniatd) Kav. 92, Ptapyxa 180, xjji'.aaaa Dan. 27, Xtajjive i, 
criaiJLiJLivva 4, etc. ; de même en moldave déjà chez Dosofteiu : 
liage I, 2, sediâ 4, liagia 6, viarde 12, criante 14, etc. Pour 
l'istrique : câmesfy fftfy crf^tÇy s{r{y cr^de, Iftnne, crf^te, etc. La 
preuve qu'il y a eu ici aussi à l'origine ea se tire de tsaptir 
(pectine^y tatsà (jacere)y cf. § 419; on pourrait cependant se con- 
tenter d'admettre le développement de & en f par l'intermé- 
diaire de (ey sans recourir à eây iây iéy éy puisque, d'ailleurs, en 
istrique, â est tout à fait rebelle à l'influence d'un i précédent. 
Le changement de ia en e serait anormal. 

Les phénomènes très compliqués de Vf en roumain ont été expli- 
qués , après une série d'autres travaux antérieurs , par Tiktin dans 
ses excellentes Studien :(ur rumânischen Philologie I, 1884 et Zeitschr. 



$83-85. CHANGEMEtnS CONDITIOKNELS DE E IO7 

XI, 56-^» ob, p. 59, k développement de f en m est conçu autre- 
ment. On n*a pas encore d'explication pour le macédonien ny€n de 
md à cAté de Biare de /s/. 

84. E DEVANT LES PALATALES. Ccst pcut être îcî qu'il aunùt 
fellu citer les exemples étudiés au § 79. On trouve i en ita- 
lien devant f, li, et, en outre, au moins devant f dans des dia- (102) 
lectes FRANÇAIS, V. g. en lyonnais, à Sainte-Croix (cant. de 
Vaud), en picard, et devant n en espagnol et en portugais. 

1. — Italien : camiglia ^ famiglia , cigUUy consigliOy striglia^ 
tigliOy etc. Veglia de vigilat a dû être influencé par vegghia. — 
Figna,gramignay ludgnoloy mignolo. 

2. — Lyon : avilli (abeille)^ villiy camillij bottilliy titille^ etc. 

3. — Sainte-Croix : awTg, kr^biP^, oriP^ tandis que dans les 
autres cas, ^, devant des groupes de consonnes, perd l'accent 

(S 590- 

4. — n m'est impossible de dire sur quels points de la France 

du Nord on trouve actuellement i pour ef, mais cf. des rimes 
telles qae filles : orilles Rendus Car. 21, 8; orille : mille Mis. 
121,9. 

5 . — Hispano-portugais tinUy tinha. 

Cornu, Rom. Xm, 284, incline à croire qu'en espagnol ily passe 
aussi à f)*, et il s'appuie sur le portugais mijo miïho mïîium. Mais il a 
contre lui l'espagnol consejOy port, conseïho^ cqa^ sdha^ scmeja^ senuHha^ 
esp. code/a t car on ne peut guère expliquer Ve des deux premiers 
exemples par une influence dissimilante de Vs (Schuchardt, ibid. 
285, Rem. 2), étant donné l'espagnol vasija avec i après 5, et les 
exemples de -^a après des consonnes autres que s, Neumann, Zeitschr. 
Vin, 259 sqq., Litteraturbl. 1885, col. 306, croit qu'en français 17* 
occasionne également l'inflexion. l/Lsàs famille exprime une idée juri- 
dique étrangère à la langue populaire Qe terme usité en a. -franc, est 
maisniee), oil de cilium s'explique d'après le § 105, mil est plus récent 
que millet et en est formé ; à côté de tille formé sur tilleul^ on a teile, 
Neumann regarde conseil, etc., comme influencé par conseiller, mais 
c'est justement en syllabe atone que et passe à iT (J 562), ainsi étrille 
est formé de étriller, mais cf. etrûelle appartenant au patois de la Hague. 

85. En PORTUGAIS, e devant tous les phonèmes palataux (fi, /', 
1, Q passe à a : tenho (de tfneo par l'intermédiaire de tçào, § 162), 
abelha, vefoy tnexo sont prononcés tuAu, abal'Uy vai^Uy tnaiu, ou 
vaincu y maism il en est de même pour ei secondaire : seixo 
(saxum) = saiu ou saiiu. L'ancien son e persiste à Beira Alta. 



I08 CHAPITRE I : VOCALISME §83.86. 

On trouve un degré intermédiaire, ff , à Porto Mirana : abçU'a. 
orçîl'a, sirçifa (stelld)^ aqu^iVas, — On est étonné de rencontrer 
igrai^a^ ecclesia (§ 17, p. 32); vraisemblablement le suffixe p^a 
qu'on trouvait dans ce seul mot a été supplanté par a^a (env(ja, 
cervejay etc.). Le haut-engadin connaît aussi ce phénomène : 
mûraval'a^ stral'a. 

Cf. GoNÇALVESiViANNA, Rom. XII, 76 sqq. 

(103) 86. Dans le français du Centre, le changement de et en oi 
devant /' n'a pas lieu : soleil, vermeil, conseil , merveille, etc. Il y 
a lieu de se demander si conseil, dans le plus ancien français, 
doit être lu consel* ou conseil'. Dans le Roland , on trouve dans 
des laisses en ei : conseil, v. 78, 2750, 34S4, 3761, 3793, mer- 
veilt 571, vermeil:;^ 999, soldl:^ 1002. G)mme le Roland ne 
renferme aucune laisse en e, mais distingue les laisses en ^ — e 
de celles en ci — ç, et que dans aucune d'elles n'apparaît un 
mot en eVe, on doit conclure en faveur de la prononciation eiV. 
Ce fait est aussi confirmé par la rime merveilt : poeit Comp. 
1073 et par cil de ciei4', puisqu'autrement on aurait eu cier. 
Mais avant que ei passât à oi dans le français du Centre, l'i de 
la diphtongue ei avait été absorbé par /', et eil* avait passé à el'. 
Il n'en a pas été de même dans l'Est : les textes champenois, 
bourguignons et lorrains du Moyen- Age, de même que les 
parlers actuels de ce groupe de provinces présentent consoil, 
soloil, vermeil, etc. Ainsi en est-il du manuscrit A de Chrétien 
de Troies, de Joufrois, du Psautier lorrain, etc., et du lorrain 
actuel bçtçy, kçngy (corneille^', de même en bourguignon. Par 
contre, on rencontre déjà à Seraing orey, botey, — Les forines 
qu'on trouve rimant dans la guerre de Metz : merveille : tra- 
vaille 97, conseille : travaille 192, cf. mureille 29, ne sont pas 
du domaine de la langue littéraire; mais, dans cette contrée, çl' 
a passé à fl de même qu'en général ç entravé (§ 112) ; il faut 
donc lire merval'e, etc. On ne peut tirer aucune conclusion sur 
la prononciation ancienne d'après des rimes telles que apparei:^ : 
prei:^ Benoît, Troie 22527, consei^^ : segrei^^ 6955, puisque Vi 
peut être ici le dernier reste de /' assourdie devant ;ç, ou que ei 
peut déjà avoir la valeur de (, cf. merveille : elle Benoît Chron. 
15410. 
Dans les autres domaines de ei, le génois conserve e devant 



§ 86-89. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E IO9 

^ ' K^i (fk^O > y Êiut donc lire consd(Oy ore^a^ les formes écrites 
conseioy ortia dans les anciens textes de ce dialecte. 

87. C'est seulement en roumanche que eic passe à ec : leg 
(prononç. lec^ legem)^ reè^ mais eng. alaicy raie. 

88. E DfevANT LES NASALES. Il y a deux cas à distinguer : ou 
bien e conserve sa qualité de voyelle orale, mais devient i devant 
la nasale. L'abaissement du voile du palais, nécessaire pour 
Tarriculation des nasales, cause un rétrécissement du canal 
vocal dans la région du palais mou. Il en résulte qu'une voyelle 
précédant une nasale est facilement prononcée avec un canal 
vocal plus resserré, c'est-à-dire qu'on a i au lieu de Çy et, de 
même, ç au lieu de f . Ou bien e devient nasal et la nasalisation 
entraîne ensuite avec elle des changements de timbre. L'influence (104) 
de r« est en partie autre de celle de Ym ; de plus, il y a une 
diflférence entre les nasales fermées et libres. Néanmoins il est 
préférable de traiter ensemble les différents cas. 

89. En français, ç devant une nasale libre passe à ^ et devant 
une nasale entravée à 5 de même que ( : setUy pleitiy pleinCy 
peinCy veinôy halettity arènCy etc., mots qui sont prononcés se y pie y 
plçnCy etc. Dans la première moitié du xvi* siècle, la prononcia- 
tion actuelle n'est pas encore générale. Il est vrai que R. Estienne 
remarque expressément que airiy «n, m ont la même valeur. 
Mais H. Estienne, tout en exigeant le même son pour ein et 
m, met ain à pan. Th. de Bèze place ain et ein sur le même rang 
et dit que tous deux renferment la diphtongue grecque ei. Il en 
est de même de Ramus qui dans peinCy peindrey craindre recon- 
naît un son double (i. Les mêmes vues sont partagées par les 
grammairiens du xvii« siècle; Mourgues (1685), Hindret (1687), 
Dangeau (1694) disent expressément que rin, ainy in sont com- 
plètement identiques. Cependant il pourrait se rencontrer ici des 
diflférences dialectales puisque v. g. déjà le poème de S. Brendan 
86 s Élit rimer chaeines et semaines et que le Brut traite de même 
sans aucune hésitation ein et ain. — La diphtongue ne doit pas 
avoir été tout à fait la même devant n que devant d'autres 
consonnes, puisqu'elle n'a pas passé à oi. Comme { n'a été 
nasalisé que tardivement (§33), ce n'est pas à et qu'on peut 



IIO CHAPITRE I : VOCALISME §89.90. 

avoir affaire, mais seulement à ei, çni donne naturellement le 
même résultat : teiiie^ aujourd'hui teh (teigne) de tinea. La 
diphtongue oi n'apparaît que dans/rfn, avoine^ mots originaires 
de la Bourgogne qui envoyait ces deux produits à Paris, et 
dans mains y moindre. Quelque facile qu'il semble d'expliquer 
ces quatre exemples d'après le § 92, on en est cependant 
empêché par mine y peine y veine qu'il n'est guère possible de 
regarder comme mots savants. Du reste, Marot, I, 153, feit 
encore rimer estendre et mendrey ce qui est blâmé par Vaugelas : 
« une infinité de gens disent mains pour dire moins y et, 

par conséquent, neantmains pour neantmoins ce qui est 

insupportable. » L'hésitatidn pour ce mot entre tfè et è peut 
être en corrélation avec celle qui existe entre. î^ et f (§ 72). — 
Devant une nasale entravée, e passe aussi à a dans des cas où, 
par suite de la chute d'une voyelle, la rencontre immédiate 
(105) de la nasale avec -une consonne n'a eu lieu qu'en français; 
ainsi dans feminUy femnUy fânUy femme. Ce n'est que rarement 
que l'on rencontre une orthographe phonétique comme dans 
languCy sangle; généralement en a été conservé. Dans les forma- 
tions populaires en -anUy Va se trouve dans l'écriture, mais 
il provient d'une confusion avec -antia. Partout ailleurs on 
trouve donc gendre y ensemble y cendre y vendre y temple y etc. Le 
français moderne gemme est un mot savant remplaçant la forme 
régulière de l'a.-français/flw^; il en est de même pour étrenne 
(cf. § 118.) Mais f est conservé devant les palatales du latin 
vulgaire : dans feindre et les autres verbes en -oindre = lat. 
"ingère, vaincre, et aussi dans leurs participes, feint; de même 
dans geindre = gemere, dont il sera parlé dans l'étude de 
la conjugaison, et dans cintrer = cincturare qui, par là, forme 
une opposition remarquable avec l'italien centinare (v. § 95). 
On ne s'explique pas bien tiandre Qingere^y detiandre (extingere) 
à côté de peindre (pat. des Fourgs). 

90. Les faits sont beaucoup plus complexes dans les dialectes 
que dans le français du Centre. Les anciens textes normands et 
PICARDS distinguent soigneusement ^ et 5 dans l'écriture comme 
à la rime. Il n'y a que devant mbl où les anciens monuments, 
de même que le patois actuel, montrent partout a : ensamhky 



$ 90. 91- CHANGEMENTS CONDITIONKELS DE £ III 

sambU, trambU, example. On trouve, en outre, tamps (tetnpus)^ 
jamme (gemma) : il semble que m exerce une autre influence 
que n. Il est vrai que femina conserve son e. Toutes les autres 
exceptions, ou bien sont dues à l'influence du français du 
Centre, ou bien rentrent dans le domaine de la morphologie, 
Dans l'Ouest et le Sud-Ouest, à Gt e sont également distincts 
à l'origine. Mais déjà à partir du milieu du xn^ siècle, à au 
lieu de ê s'introduit dans l'Ouest sous l'influence du parler de 
la capitale. Si l'on voit femina écrit aussi avec a en Normandie, 
en Bretagne, en Anjou, à Tours, en Berry, et des poètes comme 
Etienne de Fougère et J. le Marchant le faire rimer sans hésita- 
tion avec dame y il faut peut être en conclure à une influence de 
ce dernier mot. 

Cf. P. Meyer, Mém. soc. ling. I, 244-276; H. Haase» Dos 
VerbàJiniss der pïkardischen und waUonrUschen DenkmaUr des MitUM- 
iers in Ba^ ouf a und e vor gedéktem rty Diss. Halle 1880; Suchier 
Rdmpr. 69 sqq. 

91. Tandis que le wallon suit le picard, en LORRAm e entravé 
passe ko : to (tempus)^ w, Içg Qingua)yfi^\ à Ban de la Roche (106) 
on trouve ta, etc., ou tç^ mais par (prendre) , màra^ tàr. Il 
reste encore à rechercher jusqu'où s'étend vers le Sud , cf. à 
Sometan : pddr (pendre)^ ta y vâdr, fàdr, lâgç^ sovdy mais tç^r 
(jenerum)y ^idr (tninor manque). est inconnu aux dialectes 
neuchâtelois. Du côté du Sud-Ouest, il se trouve encore à 
Tannois près de Bar-le-Duc : r^^tr^ sçdr (cinere)^ tr^bly gfly trçLt 
(trente), etc., à côté de par y tàr. Par contre, dans le messin, 
de même que dans le français du Centre, à a supplanté ëy il 
reste cependant /(Wt, sçm. Pour expliquer ce changement, il y 
a à tenir compte de deux ordres de faits : en premier lieu , en 
ne peut pas passer à par l'intermédiaire de 5, puisqu'il ne 
se confond jamais avec an; en second lieu, la voyelle est géné- 
ralement devenue orale, tandis que à reste nasal. Considérons 
d'abord les cas isolés : par y wwzr, tar de *prenrey *minrey *tenruy 
à Tannois par y tàr avec voyelle nasale, de même à Sornetan. 
Il paraît se dégager de ces feits que ce n'est qu'à la finale et 
devant les consonnes et non devant les sonantes qu'il y a pas- 
sage à la voyelle orale, et que la qualité de la voyelle est en 
rapport étroit avec la nasalisation, e nasal passe à g. nasal, il se 



112 CHAPITRE I : VOCALISME §91. 

dénasalise et l'on z ^^ dy o; c'est pour cette raison que l'on 
trouve aussi en messin som^fomy mais partout ailleurs S. Quant 
au chemin suivi par e pour aboutir à (i, il me paraît être le 
même que celui de ei à oi en passant par çlî (§ 72). Ei pour 
aboutir à oi ne se trouve pas ou ne se trouve qu'à peine en contact 
avec ai. Ce qu'il y a de commun entre ^ et rf , c'est la combi- 
naison de ç avec un second élément, nasal dans un cas, palatal 
dans l'autre. Dans le premier cas, le point d'articulation de e se 
rapproche de plus en plus de la place où se produit la transpo- 
sition des organes vocaux nécessaire pour produire la nasalité, 
Ve devient une voyelle vélaire. Quand la limite de ce dévelop- 
pement est atteinte, il reste deux voies à suivre : ou bien la 
nasalité se fond dans la voyelle vélaire , a nasal devient a oral 
qui se développe ensuite en 0, ou bien (t nasal est dissimilé en 
à. Un degré antérieur de çl nasal me parait se présenter dans 
le mot toèdre du patois de Sornetan. Enfin le fait que generum 
ne rime généralement pas avec tenerumy cf. ger en Lorraine, 
semble montrer l'influence de la palatale. — L'Ouest connaît 
aussi provenant de e : poitev. tô (tempus), doy sô (sine)^ omport'ç. 
Cf. HoRNiNG. Zeitschr. XI, 542-551. Horning admet que i a 
passé à Ô en^ premier lieu après les consonnes labiales et que ç a été 
(107) ensuite étendu à d'autres cas par le fait de Tanalogie. On pourrait, 

il est vrai, alléguer en faveur de cette explication la présence de 
îingua sous la forme îaingue dans le Psaut. lorr. et sous la forme 
I^ à Tannois (dans les Vosges et le Jura, on trouve Içg), Mais il 
est difficile d'accorder à un seul exemple une telle puissance 
démonstrative. Utigua est un cas particulier (cf. $ 340) : justement 
dans TEst u est resté assez longtemps ($ 501), il ne faudrait donc 
pas accorder plus d'importance qu'il ne convient à une forme qui se 
trouve dans des conditions particulières. En outre, singularis avec 
ingu atone présente aussi un traitement spécial. En regard, nous 
trouvons déjà dans l'Yzopet et dans Végèce oi après des consonnes 
autres que les labiales, comme dans toinU Qincta), De plus, il est 
surprenant que minor ne soit pas traité d'après la règle de Horning, 
mais que sa voyelle dépende de la consonne suivante. Il reste à 
faire une dernière remarque : l'auteur de la traduction de Végèce 
fait rimer empaindre (impangere) et maindre 9258, empainU, empeint 
et mainte 7124, etc. ; il y a deux rimes inexaaes avec jointes 9270, 
9472 ; il écrit toujours ai, ei et non oi. On est donc obligé de recon- 
naître qu'ici la labiale n'a pas exercé d'influence. — Les anciennes 
graphies oin ne parlent pas en faveur d'une prononciation Ôî. Elles 
s'expliquent par ce fait que d a suivi un développement parallèle 



s 91-94. CHANGEMENTS CX>NDITIONN£LS DE E II3 

à celui de ^ et a abouti à çn ; oin et ain sont deux manières d'ortho- 
graphier ce son. 

92. En LORRAIN ( devant n libre passe à e^ après les labiales il 
passe à. UÇ ' awon^ ptforiy fyç, muo (minus) ou avan, pan y fon , 
mm mais pyë {plmuni)^ dm {haleine) ^ sf. Le bourguignon va 
encore plus loin; il traite IV devant n comme devant les autres 
consonnes et ofire ploin^ plaine. Il s'ensuit donc qu'en bourgui- 
gnon î était possible à l'origine : plena passait donc non à pleine 
comme en français, mais à, pleine y mot dans lequel ei nasal a 
continué de se développer comme ei oral. 

93 . Dans la France du Sud-Est qui appartient au domaine de 
ai y la diphtongaison manque très souvent devant n, cf. Jujurieux : 
plèy avèna à côté de etaloy cant. de Vaud. : avçnOy vçna respect. 
aima^ vèna, régions qui ont partout ailleurs a, ai^ àj bagn. : 
avçndy pçna à côté de i qui est l'ordinaire; cependant quelques 
patois du canton de Vaud, particulièrement ceux de l'Est, 
montrent ici aussi le représentant de ai. Â Fribourg, où f passe 
à aiy d apparaît devant n : arfina, v^na^ etc.; cf. encore § 98. 

94. En ROUMAm, f et ; passent à i dans les proparoxytons (108) 
devant n^ nf, nf : cinày cine^ mine y alina, tinàfy vinere, vînat, 
vinde, stingCy limbày limpede, vindecày stringey insu de ipse. Nous 
avons vu au § 83 qu'en roumain ( a tout d'abord donné ei 
lequel, selon la voyelle suivante, est devenu e ou a, ea. Devant 

les nasales, 1 ne s'est pas dégradé en i?, au contraire il s'est assi- 
milé Vç. Ce phénomène est relativement récent : tandis que 
devant un ancien (lat.) \ les dentales sont palatalisées (§ 419), 
devant un i nouveau elles persistent; dans les anciens monu- 
ments e est encore souvent écrit après les labiales : G>d. Vor. 
tnpengey menciura, menUy mentiy sfentiy vendeca, veînriy ventifory etc.; 
V. d'autres exemples dans Cuvinte I, 415, Princip. 373 (les 
rares cas où l'on trouve e après d'autres consonnes doivent 
être des fautes de copistes). Mais Dosofteiu, Coresi, etc. ont 
toujours i. Donc, après les labiales, e est resté un peu plus long- 
temps; V. là-dessus § 106. Cet 1, à l'initiale, passe quelquefois 
à u : umbluy umpluy unflu (il semble donc que ce passage doive 
avoir lieu devant nasale -{- labiale + /?); cf. encore unghiu 
Çangulus)y curund (vite) = currenda'. 

Mbter, Gmmmairt. 8 



114 CHATITRE I : VOCALISME § 95-97- 

95 . En ITALIEN, f passe à / devant n suivie d'une gutturale ou 
d'une palatale : fingerCy pingerây quinciy cinghia^ cominicay Hnguay 
tinca. Il y a lieu de remarquer centina qui ne remonte pas à 
cinct- comme le français cintre y mais à cinU. Ce changement 
phonétique est spécifiquement florentin, déjà i Sienne on dit 
fengere, tencUy etc., il en est de même dans l'Italie centrale et 
septentrionale. — Le même phénomène apparaît en portugais : 
linguUyfingiry tinca y pintay cinta, ingua. 

96. En RHÉTiauE, çetf devant n entravée se confondent et per- 
sistent avec la valeur de e en roumanche; en engadin cet Cy 
excepté devant nd, passe à aiy d'où a à Greden et à l'Abbaye, o 
à Enneberg : 



Lat. 


VENDERE 


-INGERE 


TEMPORA 


TEMPUS 


ARGENTUM 


Eng. 


vender 


tainier 


— 


(temp) 


daint 


Greden 


vander 


ntaû^er 


— 


tamp 


armant 


Enneb. 


v{ne 


frôû^e 


tompla 


tomp 


aiipnt. 



Pour le passage de a ko devant une nasale entravée, cf. § 91. 
La divergence produite par nd est difficile à expliquer : la 
quantité de e doit avoir été dans ce cas difiérente dès l'origine , 
(109) vraisemblablement e s'est abrégé. Une difiërence analogue 
paraît avoir beaucoup plus d'extension, cf. à Ceppomorelli 
(Novare) -end mais mointy -o/n:(a, -oint. — Ce n'est qu'aux 
régions limitrophes qu'on trouve i : Tessin dint, vint y int, 
itrin^y ^ndru. Sur le frioulan i provenant de en% cf. § 162. A 
Milan où en général ^ entravé passe à f , ^ persiste devant n 
entravée : Içn^iuiy strçnt. 

97. En ÉMiLiEN et en partie aussi en piémontais, une 
nasale entravée exige la diphtongue : bolon. teimpy :^einty meint, 
leingua mais lemby beiny inteint à côté de intendefy vender y prendety 
de même à Budrio, S. Giovanni in Persiceto, puis à Modène, 
Poviglio, Plaisance, Busseto. E est réduit à f à Ardea (Plaisance), 
et élargi en ai à Fiorano (Modène) : maint containty d'où an à 
Modigliano (Florence) : tamp y mant (à côté de -end). — En 
piémontais on trouve ei à Murazzano (Cuneo), Aoste, Melezet, 
Sale Castelnuovo, et de là ai à Vico Canavese, oi à Ceppomorelli 
(Novare) : mointy indijeroint, prasoinT^a à côté de -end. Enfin à 



s 97"Ï02. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E II 5 

S. Fratello on a mainte daint, stain, vain (vende), pains y 
vainixer, fain^er. 

98. Dans le domaine haut-italien de ei, la diphtongue manque 
aussi généralement devant n, cf. piém. velen, Un, pien, vena, 
gén. sm, kena {catend), remu (mais «n, § 105) ; on a parallèlement 
à S. Fratello a, velè, à Val Soana/y^ii, feû, rem, ce qui rejoint 
le traitement qu'on trouve dans le français du Sud-Est (§ 98). 

99. Tandis qu'en roumanche et est toléré devant n : plein , il 
ne se trouve pas devant m ; sem, tenta, femna, eng, sent, semda, 
femna. Dans le patois du Nidwald , ei n'apparait que devant les 
nasales : plein, caderia, Domlechg : sarain, plain, cadaiia. De 
même qu'ici | joint à n donne A, de même | est absorbé par Vu 
à Greden : avaina, fafi, plah, etc. 

100. Une / ou une r entrave souvent la production de la 
diphtongue, ainsi franc-<omt. hrçr, «fr, Içr, xju{r, htel, tfl; les 
dialectes lorrains connaissent aussi ce fait. Il est à remarquer 
qu'on trouve a dans cette position au lieu de : krar, ehar 
{asseoir) à Gérardmer : ici l'influence répressive de r ne s'est fait 
sentir que sur le degré ai. — Dans l'Ouest on trouve quelque 
chose de semblable : à côté de ei on rencontre à la Hague (no) 
v{le, t{U, et(le. — Il en est de même en roumanche : sera, ver, per, 

-er, Ura, ner à côté de ei; dans la Giudicaria : iera, -er, vera, per 
à côté de formes ayant i. — Vç qu'on trouve à Uriménil au lieu 
deç permet de croire que / est vélaire : pçle, tçle, etçle, sçlè à côté 
de i^nçf, tçt, etc.; le fait est certain pour ia dans la Creuse : 
sandialo, tialo, eitialo. — Tout diflérent est ei pour er à Non- 
tron : set, kfei; il y a ici un allongement compensatoire ana- 
logue à celui dont il est parlé au § loi. 

loi. 5 finale ou suivie d'une consonne, dans les cas où elle 
s'assourdit, développe devant elle un i dans plusieurs patois 
provençaux, v. g. à Nontron/r«ï(?, ei, eime, met, pet, à Grenoble 
mei, pei (cf. 468 et 563). 

102. £ en hiatus roman est généralement conservé dans les 
domaines de ^ : esp. arcea, deseo, correo, mea, de même devant 
i : veinte, reina, etc. Mais eu passe à id : viûda. Dans navio le 
suffixe io a supplanté eo, porfio est formé de porfiàr, lia de liâr; 



Il6 CHAPITRE I : VOCALISME §102-104. 

'igua de -{fica n'est pas complètement populaire. — Le portu- 
gais présente i dans viuda^ eiOy à côté de et dans teia, alheio^freiOy 
cheio. La différence entre cio et alheio est difficile à expliquer si 
l'on ne veut pas admettre que le premier a subi l'influence de 
ciôso. Il y a à remarquer à Alatri sdrçija (strîgd) à côté de curija 
(carrigià). Du reste e-a dans le domaine de ei est souvent traité 
autrement que ç devant les consonnes : à Faulquemont la 
diphtongue ai persiste : rai (jis^^ ^^l> py^i iplicai). Dans le 
Sud-Est où, en général, apparaît ai^ eta ne donne que eya^ 
d'où ia dans le centre du canton de Vaud et à Ormont : fija, 
griyay miya, muniya^ de même à Fribourg : muniyay etc., aux 
Fourgs : muniOy à Val Soana : mûnea, créa à côté de « qui est la 
règle dans les autres cas. — Ou bien ei passe à ; , ainsi dans 
l'Ouest à La Hague : v{e (*viderey via) y sfe. La voyelle ouverte 
se trouve aussi ailleurs, v. g. milan. t{ya, mfyy t(y. — Dans le 
RHÉTiauE occroENTAL eu est traité comme iu (§ 38, p. 66) : 
aiiuj boliuj vieua. 

103 . En français, ^ joint à u pa5se à iu : siu^ tiuUy riule de sebunty 
tegula^ reguUiy qui, par métathèse, devient ensuite ui : firanç. mod. 
suif y tuik. Par contre, et donne simplement eu : a.-franç. crueuSy 
franc, mod. eux y ceux y cheveux y feutre. U y a aussi ici des diffé- 
rences de date : eu remonte à el tandis que iu remonte à eiu. — 
Ainsi paraît s'expliquer en outre pouli (dial.) pouliot de pulejum 

(m) par l'intermédiaire de puleiiuy puleiiy tandis que l^e se développe 
en le^y leihy lei. Sur le développement postérieur de ieu dans 
les patois, v. § 38, p. 65-66. Basoche de basçlca et arroche de 
*atrelpcey atrçplice sont encore obscurs. — Par suite de la loi des 
finales du français moderne, il n'y a presque plus de différence 
entre oie ti oi; mais au xvi* et au xvu® siècle on hésitait entre 
oee eiofye; Peletier (1549) dit que le second était aussi en usage, 
Du Val (1604) et Lanoue (1696) exigent oeyCy tandis que Baïf 
(1574) ^^ Martin (1632) maintiennent o(e. 

104. La question en ROUMAm est particulièrement difficile. 
A côté de l'ancien hiatus, il s'en forme un nouveau par la 
chute de i, Vy //, /. Le produit de^ + a est eây celui de f + a : 
ieâ : tnedy rea, cureày gréa, fca, ia (de liea)y dca, stea, suff. -«i, 
fea (sella)y steay etc. Nous avons vu que ç dans le roumain 



§ 104- 105. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E II7 

primitif a passé à eiy d*où Ton a maintenant aussi devant a : 
e, a, ày plus tard eà; de même n««, nn^ (§ 311), ««flwâ, nûw, 
ftta. Quand ces formes se joignent à l'article a, il se développe 
entre celui-<i et Va final un u (écrit c) : steà mais j/Aioa, d'où 
Ton a formé sur le modèle de noao (noua) : noaoa (nova illd)y 
une forme sans article steao. Cf. encore ^ww — :(ia (Jiw). On 
pourrait voir dans Vu le dernier reste de // de illa qui se serait 
conservé immédiatement après a, puis aurait été transporté 
à d'autres cas. Ce qui (ait difficulté, c'est que de *aquiere est 
sorti directement *aci-eay aci-a, puis aci-(hâ. 

La question du rapport de sttà à stéHa a été soulevée bien des fois, 
cf. MussAFiA, Z. ram. Vokalism. p. 134; Schuchardt, Cuv. B2tr. 
I. Suppl. XXXVII; MuuLOSiCH, Vok. Il, 53 ; Lambrior, Rom. X, 
369; CiHAC. Litteraturbl. 1882, col. iio-iii ; Tikhn, Stud. I, 91- 
96. Uobjection principale que ce dernier fait aux autres, et en dernier 
lieu à Mussafia, à savoir que mça aurait dû passer A mià par l'intermé- 
diaire de *miea doit être écartée puisque la forme du latin vtdgaire est 
non pas *m^ mais *ni{a (§ 284). TnniN trouve étrange que le chan- 
gement de f en «a soit plus anden que la chute de // ; je ne vois pas 
pourquoi. Il n'y a aucune difficulté à supposer que c'est *steuà ou 
sted qui a passé à steaà. Dans steaà, on n'a pas une chute postérieure 
de à final ; mais de même que fààta passe à fatà et {arà-a à (aray de 
même sUaà devient sUa en passant par sieaa. Je ne peux pas non 
plus admettre avec lui la série nrvn», nef, »«, ned (cf. $ 3 1 1 .) 

2. Influence d'un phonème précédent. (na) 

105 . Palatale. Ici aussi nous pouvons constater des influences 
différentes, tantôt l'assimilation, tantôt la dissimilation. Cette 
dernière apparaît en toscan où i^ passe à if : bieta {blltum -{- 
Âfto), cf. a.-napol. bletCy pifruiy pifuCy pi^a^ fiçuole^ nocchifrOy 
ghiera^fifraj compila. 

Dans tout le domaine du français du Nord, ei après les 
palatales passe à i par l'intermédiaire de iei : cire^ plaisir y a.franç. 
taisify civCy ancisy Marg. Oîngt 73, 23, luisir^ raisitiy aisily merciy 
cil y pais y cinty recivre lyonn., norm., en outre cisne\ marquis est ' 
une formation composite de *marchis et *marqueis. En regard, 
le français moderne cine est un mot de la langue littéraire; 
reçoit est formé sur boit y doit y etc.; anceis (plus fréquent que 
ancis) l'est sur sordeis; disoity etc. sur vendoit. Le Sud-Est prend 
aussi part à ce développement, cf. bagn. a^ (acetuni). 



Il8 CHAPITRE I : VCXIALISME § IO5-IO7. 

Après/ du latin vulgaire on a i en provençal : paiSj maistre 
(à côté de sajeUCy majestre). Pais, en particulier, est aussi très 
répandu en Italie, même dans le Sud : pajoise à Bitonto remonte 
directement à paise (§ 32). L'espagnol et portugais pais doit 
être un emprunt fait au français. 

Les dialectes gallo-italiens, à l'exception du piémontais, se 
comportent comme le français du Nord : milan. :(ila (cerd), tanasia 
(tanacetd)^ impir (impiété)^ maister mais piè; au contraire à Pavie 
pym, Aintf gén. pin, saittUy maistre^ ninte (mais leiga = plicat), 
montferr. Wya, plais, bita = ^bl^ta, tess. èirUy pais y maister ^ 
Faidy en outre sira {sera), romagn. ^im, piv^ pyin^ mir. :^ivul 
(cephalus^ Ainsi s'explique aussi mudayinay *tnedaglina au lieu 
de -€na qu'on attendrait d'après le § 33, bolon. bita^ pais y piga^ 
pitif sira ; il y a cependant lieu de remarquer qu'ici aussi if pro- 
venant de { passe à î (§ 175). On s'étonne de trouver le véni- 
tien sira Exemp. 260. 

106. En ROUMAIN, i^, dont l'origine a été expliquée au 
§ 83, passe à a après les palatales; comme ^ devient dans ce 
cas â , il y a aussi entre ea et aa h degré àâ. De même, iea se 
développe en ta. On a donc âapày abà^ sà^atà, data. Le moldave 
restreint ce développement à a, 5 final, tandis que eâ final et 
eâ à l'intérieur du mot devant e, i, deviennent â : slujascà mais 
slujâste. E roumain passe à à en valaque après les palatales 
dès le commencement de la période littéraire, fàr, iaptCy d'où, 

(113) dans le valaque occidental, :(«; en moldave on ne trouve tari 
qu'au commencement du xix* siècle. Gjmme ce changement 
est étroitement lié à l'histoire de { et que les exemples sont 
beaucoup plus nombreux pour { que pour ^, je renvoie l'étude 
de ce point au § 164. 

107. Labiale. Dans la France de l'Est, le traitement de f 
après les labiales n'est pas le même qu'après les autres consonnes, 
particulièrement en wallon devant les nasales et en lorrain dans 
tous les cas, et cela aussi bien dans le domaine de a que dans 
celui de (§ 76); mais le phénomène en question ne s'étend 
pas au Sud du Ballon d'Alsace. Vç devient V140 respect, vue si 
une consonne suit, vu si la voyelle est elle-même finale. On a 
donc ijor (yitrurn)^ puçB (pird) et aussi p^ (j>ilf^)y mais u 



§107- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E II9 

(video)j fu (yicem)^ au (habere). Cet état de choses, assez bien 
conservé sur le versant Est des Vosges, est troublé sur le 
versant Ouest par des croisements : c'est tantôt «, tantôt uOy 
U{ qui s'est généralisé. La différence entre e après les labiales 
et les consonnes autres que les labiales est ancienne , Ezéchiel 
et Saint Bernard écrivent oi dans le dernier cas, m^, c« dans le 
premier, v. g. Ezéch. mues ii, 35, moes 11, 38, buevres^ 91, 37; 
S. Bem. pœnte 9, 13, moes m, 20, poes 127, ^S^fœns 62, 18; 
Psautier moinnes 79, i, amoinne 134, 7, moinrai 26, 6. Com- 
ment faut-il expliquer ces formes ? Le point de départ commun 
est 6i (cf. S 76). Une diphtongue pure, c'est-à-dire une com- 
binaison de deux voyelles prononcées avec une égale intensité, 
est, sinon impossible, du moins rare, et de courte durée : en 
général, l'un des deux éléments est réduit. Mais lequel des 
deux? Cela dépend de la plénitude de chacun et des sons 
environnants. Tandis qu'en général dans l'Est oi passe à of, 
puis à û? ou à 0, Vo s'est si étroitement assimilé à une consonne 
labiale précédente qu'il a perdu son intensité propre : voe 
devient vçi, vue. Puis, par suite d'une nouvelle assimilation, 
on a eu (^, et enfin, en finale directe uu, u. Il est vrai que ce 
point de vue n'est pas absolument certain. Ainsi que la 
remarque en a déjà été faite j uo se rencontre aussi dans l'an- 
cien domaine de a : c'est donc dans les cas où Vç est précédé 
d'une labiale que l'invasion des formes du Nord devrait d'abord 
avoir eu lieu, ce qui est possible en soi, mais ne peut pas être 
prouvé. On constate (§ 270) que la diphtongue ai a une ten- 
dance marquée à devenir uai, V^ après les labiales. D'après (lu) 
cela, on pourrait supposer qu'à l'époque où ^ n'était arrivé qu'à 
ai et n'avait pas encore atteint a, l'influence de la labiale sur 
ai s'était fait sentir sur le domaine voisin du domaine de (?|, 
vue : mais alors uai aurait dû passer à ua^ ce qu'on ne trouve 
nulle part. Par conséquent, la première hypothèse reste : en 
• Lorraine, le domaine de oi et celui de ai se joignent. Avant 
que oiy jqui s'étend sur Metz, eût prévalu, voi avait passé à vui 
qui continua aussi de s'étendre. Il reste encore à déterminer 
l'extension de vu^ dans le domaine oriental de f , cf. de (débet) 
craire à côté de fuç, oir (prononciation douteuse) à Auve. Du 
reste, l'Ouest connaît un phénomène analogue : fufre^ pu^ne^ 



120 CHAPITRE I : VOCALISME § IO7-IIO. 

muèrCy vcere à côté de det, te à Saint-Maixent, sçr à côté vuffy av^r 
dans la Charente, avaëypuvaë à côté de vuli^ pui, vali à la Hague. 
Cf. ScHUCHARDT, Zdtschr. vergl. Sprachf. XX, 226 ; Horning, 
Franz. Stud. V, 462-465. 

On trouve aussi dans les dialectes RHÉTiauES ^ influencé 
par les labiales, v. g. à Bormio : bœr^ bœfy <xtt {hahtri)^ 
sœrty pritnœira (primaverd) à côté de podçr^ pçl; il est vrai qu'on 
rencontre veir (verufn)^ veira. — Enfin il Eut citer le piémontais, 
lomb. tyrol. fomna d^femina. 

108. Dans le ROUMAm du Nord, e après les labiales passe à 
ày et ea passe à a par l'intermédiaire de àa. Devant les nasales, 
où, en général, ç passe à f, les anciens textes conservent encore 
dans ce cas ^ (v. § 94). La labiale a donc d'abord retardé le 
changement de ^ en t , mais ensuite, en union avec la nasale, 
elle a contribué au passage à i. Le macédonien et l'istrique 
conservent «, i : fety vinUy mais on en a en valaque : par (jnluSy 
pirus)y fat y vàrSy vase y invàt, vàduvày adevàfy fatày varày vargày 
masày camofày nevastày vargày invatày etc. ; vlnày vînty ftriy etc. 
Les mots slaves ou turcs d'introduction récente ne prennent 
pas part à ce développement v. g. cafeà. Par contre, en moldave, 
la labialisation les a également atteints ; elle est donc de date 
plus récente. Elle ne peut pas non plus être très ancienne en 
valaque puisqu'elle est postérieure au changement de ei en e 
respect, jpi (§ 83) et que, ainsi que la remarque en a été faite, 
les parlers du Sud ne la connaissent pss. 

Cf. TiKTiN, Convorbiri literare XIII, 295 sqq., Studien I, 57, où 
le rapport entre le latin vena et le roumain vînà est conçu autrement. 
(115) TiKTiN suppose vànà comme degré intermédiaire; ce n'est qu'après 

la période de labiasilation que Vn aurait donné aux voyelles précé- 
dentes une prononciation fermée. Mais alors les formes des anciens 
textes restent inexpliquées. 

109. Influence de R, En roumain, ç après r est traité comme 
après les labiales : amàràsCy pradày cura {corrigid)y ratày fririy 
strîngy etc. Des exceptions telles que ^rq {credo)y cresCy etc. sont 
expliquées dans l'étude des formes. 

1 10. £ ENTRAVÉ. Dans les contrées où ç libre n'est pas diphton- 
gue, ç entravé a de tout point le même sort; au contraire, là où ç 



§110. III. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E 121 

libre passe à «, ç entravé se comporte tout autrement. En général 
la diphtongue n'apparaît pas, ou, au moins, elle suit un déve- 
loppement particulier. Sur ce point, les règles générales sont 
troublées par des règles spéciales dans une mesure encore plus 
large qu'on ne le voit généralement, puis c'est tantôt le premier, 
tantôt le second élément du groupe consonnantique qui peut 
influer sur le développement de k voyelle. Il est donc pré- 
férable de distinguer ici non les groupes phoniques, mais les 
groupes linguistiques. 

III. L'histoire de ç entravé en français est des plus simples. 
On trouve d'abord ç : envece, -ece, vece^ cep^ crespe^ creste^ meesme, 
crestmy baptesme^ esche , lettre ^ mettre ^ vette^ soette^ net ^ sec ^ verre ^ 
j«(e, tre:(ey tonerre^ selve^ verge, verd, cerchcy cest, cel, -e/' de -fîT, 
conseil (§ 86); fendre y etc. (§ 89); enveie, teity creistre, estreit, 
deity reidy feire, cerveisey armeise, formes qui toutes doivent leur i 
à la gutturale ou à 1'/. Ei se développe ensuite comme ei ancien. 
Au contraire, ç devient au xii* siècle f , il rime avec ç ancien; déjà 
le Saint Brendan , Gormont et le Brut ne font plus de difiérence 
entre eux. Il est vrai que Philippe de Thaon les sépare encore. 
C'est devant st, rn, que la confusion s'est produite le plus tôt, 
.cf. prest (avec ç § 29) : est S. Brend. 725 , 1 139 c^m : v^rne 869 ; 
elle a eu lieu un peu plus tard devant / recet : entremet Wace 
Brut 7057 vales : yvers Amis 53. Il y a lieu de faire une obser- 
vation spéciale sur épais , convoite, étoile, poèk, et aussi sur déchet, 
aplet. A côté de espes on trouve l'a.-français espois dont se sert 
encore Scarron pour rimer avec bois (v. Littré) d'où peut-être 
aussi le français moderne épais (à l'a.-français espes correspon- 
drait *épes). De spissus a été formé un substantif *spissea, 
a. -franc, espoisse, et un verbe *spissiat : espoisse dont la voyelle a 
été transportée à l'adjectif (pour des cas semblables, v. § 546). 
A coveite est apparenté le provençal cobeita; vraisemblablement (116) 
la forme fondamentale n'est pas cupiditat, mais *cupçdietat. Etoile 
remonte à st^la (§ 54S); poêle de pçsik, de même que l'objet 
qu'il désigne, est originaire de la France de l'Est; aplet est un 
terme maritime provenant de la Normandie. Déchet reste dou- 
teux de même que complot et frotter. 

Je ne puis partager les idées de Neumann, Zeitschr. VIII, 259 sqq. 
Sur tapiSf cf. $118, em*ie est un mot savant introduit par les traduc- 



122 CHAPITRE I : VOCALISME §111-113. 

teurs. La quantité de Vi de camsia est incertaine, on a vraisemblable- 
ment en rhétique et en roumain -{sia au lieu du primitif tsia qui 
n'est pas d'origine latine. Il y a du reste à remarquer : fdise A côté 
de faîoise^ glise à côté de glaise, alise A côté de ^ à Auve, tamis de 
*tamoix supposé par le breton iamoa^^ cf. ladin iameis, fnoul. ternes, 
peut-être aussi iu à côté de «v ($ 510). Sur la date de la confusion de 
ç entravé et de f, cf. Suchier, Zeitschr. III, 138-142. — Coveite est 
expliqué par Lûcking, p. 67 Rem. 

112. Dans l'EsT, ç passe aussi à aiy puis tantôt à a, tantôt 
à 0. Les monuments du Moyen-Age offrent de nombreux 
exemples de ces deux sons : plage N E. XVIII, 159, Nancy 1274, 
plogarie etdaterie {debitorid) 170, Metz 1276, aquaste^ datre 134, 
Metz 1270, reiquaste 149, Toul 1270 ou 1296, sau^ic (16) 176, 
Metz 1276^ plage et atre (alter) 189, Metz 1278, etc. Le Psau- 
tier écrit e, ai, a, il en est de même de la traduction de Végèce 
où l'on trouve autre : tnatre 149, formes dans lesquelles on peut 
lire aussi bien a que o, tandis que asme {aestimat) : pasme 2428 
debatre : tnatre 3526 parlent en iaveur de a; mais, en regard, on 
trouve de nouveau )îa:fe : aproche 9228. Dans le commentaire sur 
Ezéchiel, on rencontre généralement a/, a, et dans les écrits 
bourguignons comme Floovent et Girart de Rossillon a. Il y a 
lieu de parler encore des cas nombreux de métathèses ortho- 
graphiques : moiblCy noible, joir, choises, loi (loup), nevoit Psaut. 
44, recloise Ph. Vign., etc. Dans les dialectes vivants on trouve 
tantôt 0, tantôt a, v. g. dans le Morvan : -ctte, anosse, forme, 
mole, soise, loiie, noi^; grôle {gracilis) prouve que cet remonte 
à un plus ancien ai. Le même &it existe dans le bassin supérieur 
de la Moselle, et aussi sporadiquement en Lorraine. Mais, par 
contre, les patois des environs de Metz, et, en partie aussi, ceux 
du versant Est des Vosges présentent a. De même que pour e 
libre, nous devons supposer ici aussi deux centres : l'un, celui 

(117) du Sud-Est (Bourgogne) dans lequel e entravé, de même que 
e libre, passe à oi et plus tard à 0, l'autre, comprenant Metz, 
dans lequel ç, par suite d'un abrègement, passe à {, puis à à très 
ouvert, puis enfin à a. 

HoRNiNG est d*un autre avis, Franz. Stud. V, 462-46$. 

1 13 . Les patois RHÉTiauEs et ceux de la Haute-Italie abrègent 
aussi ç devant des groupes de consonnes et le font ensuite 



§ 113. 114- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E I23 

passer à f , œ, o, a. Le toscan et le parler de Lecce limitent ce 
développement au groupe çstr : mofstrOy minfstray capçstro^ 
catifstrOy balçstra^ lecc. wflw, riàu^ menesa. Mais on trouve ensuite 
romagn. : Stella, /f:(, urecUy trçbby urçbsy ebul, Ifbar; milan. : 
siflla^ m(tty questy tenUy vfnna; Pavie : 'f(?!a, -ftta, Ifk; Tessin : 
vfrdy nçty vçskufy sedy dfd; ce dans la Giudicaria : krcesar, pœs, tœt^ 
frœty sœlva, fanœyy prœst (§ 292), zussipœB (Jncem) et trcedas, à 
Pontremoli : quœly vatidceta^ à Bussetto et à Plaisance : vindœtto; 
à Ceppomorelli (Novare) : vandottUy/omnay podoss, komnatosSy à 
quoi se joint Vo de S. Fratello : stodda, maravoggyay tro:(p;ay ltrott\ 
enfin a à Buchenstein et à Badia : bak^ massay stallUy tatty et à 
Vignola (Modène) : istass. — Dans le catalan d'Alghero Ve 
^ est aussi plus ouvert dans les syllabes fermées que dans les 
syllabes ouvertes : prçSy varçnuiy frçmay vel'; à Majorque, on 
retrouve de nouveau ce : scepyfœrnty -cesCy nœty etc. 
Pour le majorquîn, cf. Brekke, Rom. XVII, 89-95. 

114. Modifications de e dans les mots devenus oxytons. 
En provençal on ne trouve H qu'en finale directe \ feiy queiy 
fttcrcet y Tcty tnet. 

Dans le Bessin, ei passe à f à Tintérieur du mot (§ 74), et à ^ 
à la finale : d?, avçy r^, tÇy mç (mensis), trç etc. 

A Montjean (Mayenne), ei en finale directe passe à a par 
l'intermédiaire de fi, ai y de même que Vç provenant de a 
(S 226) : nuiy tay ka; le même fait se produit à Louvigné-de- 
Bais : ka, pa (picetn)y wa, to, sava, sa (sitini). A S. Fratello la 
voyelle des oxytons est abrégée comme en italien , f passe à 
(cf. § 113), fo (/idem)yfoi,fo = ital. fn (fect)y parf. 2« conju- 
gaison -w: = ital. ^; voiy vo (vide)y icOy ital. di chy corres- 
pondant à r^K à Ceppomorelli. Dans la Giudicaria -( passe à { 
tandis que dans l'intérieur du mot il passe à i : a%^y parf y rf , pfy 
ntfy de. On trouve le même fait en Lombardie et dans l'Emilie : 
milan, trfy infin. -f, romagn. ntfy /f, rf. On rencontre parallèle- 
lement l'absence de la diphtongue à Val Soana : m^, te. En 
moldave ea passe à e : stÇy sedf, etc., puis à à après f, /, y, r : 
màfày curàtay taià, rà. 



124 CHAPITRE I : VOCALISME S ^^5- 

(ii8) o) Changement sporadique de ^ en f et ;. 

115. En italien, e dans les mots savants est prononcé ç 
(§ 15). Il est à remarquer que beaucoup de ces mots pré- 
sentent la diphtongue te, non en toscan, mais en a. -vénitien : 
prociederty riede Arch. Glott. ni, 249, et cela si fréquemment, 
que cette graphie ne peut être le résultat d'une erreur de 
copiste. De même, dans le domaine de l'i, les mots assez nom- 
breux empruntés à la langue littéraire présentent f respect, te 
(là où apparaît la diphtongue) : sic. menu (a.-sic. minu), veru 
(a.-sic. viruy encore aujourd'hui ditnmiru)^ trenta (a.-sic. 
trintd)y etc., Schneegans 34 sqq. ; calabr. davieru, serienu, spieruy 
riegula, secrietUy etc. Pour le vénitien, on est forcé de supposer 
que ces mots ne viennent directement ni du latin ni du toscan, 
mais qu'ils ont été empruntés à un dialecte (peut-être le lom- 
bard) qui répond au vénitien te par un simple e. En Gilabre, etc., 
la loi de développement te — u mais f — a z aussi été appli- 
quée aux mots empruntés. — Par contre, les formes italiennes 
fiera, viera de feria^ viria s'expliquent par une épenthèse de |. 
En PORTUGAIS, ç passe à f si la voyelle atone suivante est un e\ 
mais ç persiste si la voyelle est om a : dçvOy dçvUy dfves, àçue^ 
dfvem; recçboy recçhUy recçbesy recçbcy recfbem et encore descer, pare- 
cer, fnescefy tandis que ver conserve son ^ . Mais, en regard, on 
trouve : çlk f//a, ^se çssa, çste fsta, et en outre : ourçlo ourçla^ 
camçlo camçlay lisb. tnfda à côté de mçda qu'on rencontre dans 
le Nord. Pour ce dernier groupe on a affaire à une influence 
de la série en ç : nçvo nçva (v. § 186). Le premier n'est pas clair. 
Le galicien crfto {creditum) est aussi étonnant tandis que chfga 
s'explique comme l'espagnol lliega. 

GoNÇALVES ViANNA, Rom. XII, 74 cToit dcvoir attribuer A IV le 
pouvoir de changer fen^\ on pourrait encore citer à l'appui de cette 
hypothèse nfue, cçrce ; mais le suffixe -çte, rtde et tr^e font difficulté. 

Il reste encore une série de cas de nature diverse dont 
l'explication est du domaine de la morphologie. Dans plusieurs 
mots (llîis a supplanté {llus : ital. camello, franc, chameau : 
>ta[jLY)Xoç (mais sic. gammiddu); ital. suggellOy franc, sceau : 
sigillum (mais esp. sello); ital. vagflla : vacilla, esp. cadillo : 



§ 115- II 6. CHANGEMENT SPORADIQ.UE DE E 125 

catçlla^ etc. Le latin dexter a entraîné la modification de sinister 
en sinexter, esp. siniestrOy a.-franç. sertfstre; IfggerCy IfttOy italien 
lettera. — L'espagnol nievCy port. nfvCy gasc. de TAriège nçu, (119) 
Couseran neu, pis. nieve, tosc. nfve à côté de n^, l'espagnol 
^i«^o (^tensus^y llieggay siembra (seminat^y sien (germ. sinn^ 
s'expliquent par le Êiit que dans les formes à désinence accen- 
tuée des verbes correspondants , Ye était le même que celui de 
venir acertar 3® pers. sing. viene acierta. — L'italien disio disiarty 
esp. deseoy port. desqOy cat. desicy a.-franç. deseier remontent à 
disediâre disedium au lieu de disidiuniy de même que le français 
demi repose sur dimfdium. — A côté du régulier ital. t^ttOy on a 
sic. tfttUy tosc. dial. tfttOy frioul. tiett (Arch. Glott. IV, 344), 
béarn. tieit, lorr. tçity Psaut. Ezéch. Phil. Vign. et encore 
aujourd'hui à Metz, limous. tiet d'après l^ty liet (lectumy — 
L'a.-français)feWe, lat. fÇjybilis à côté du plus fréquent /(wWe, 
particulièrement dans des textes normands et anglo-normands , 
les formes actuelles du Dessin : fiebe et de la Hague : fieibVy 
enfin endiebky qu'on trouve deux fois dans les IV Livres des 
Rois, ne doivent pas être comparés à l'italien fiçvole qui 
s'explique d'après le § 105, mais suivent une loi phonétique 
particulière au normand. — L'italien insieme et l'a.-espagnol 
ensiemo ont été influencés par semel. — Il est difficile d'expliquer 
l'espagnol JiemOy hienda^ a.-franç. fienSy fiente du latin flntus; 
l'italien rptUy esp. ariesta de arista; l'espagnol yesca de esca; 
l'a.-français aviere à côté de arvoire de arbitrium; le français 
moderne genièvre en regard de l'a.-français régulier gineivre, 
genoivre (dans le rhétique central on a aussi des exemples de 
d:(iniévr Arch. Glott. I, 327); l'italien çrpicey mais rhétique 
ierpiy franc, frse : sur fs au lieu de éSy 2* pers. sing. du verbe 
substantif, v. chap. IV. A Campobasso et à Alatri, les représen- 
tants de velare présentent f dans les formes accentuées sur le 
thème, peut-être par influence de gelure. Il n'est pas certain que 
l'italien rç^i^Uy Lecce rf^p^a, repose sur rçtia. 

Sur nieuif Baist 696 est d'un autre avis, il voit plutôt dans ce 

mot la forme ntve appartenant aux dialectes du Nord (cf. § 418). 

Mais les formes gasconnes restent inexpliquées. 

116. Passage sporadique de e à i. Le suffixe rare -enus est 
souvent supplanté par le plus fréquent -inus : prov. veri, a.-franç. 



126 CHAPITRE I : VOCALISME §116.117. 

velitif milan, vem^ esp. venin = venenum; îtal., esp. pergamino, 
franc, parchemin = pergamenum ; ital. pulcino, prov. /w/j/, franc. 
poussin=pullicenum (rhét. pulsein) ; ital. posolino=^postilena. Il est 
difficile de décider si Ta.-français dj/ri«^ (^str(nd) doit être cité 
ici, ou s'il n'a pas plutôt subi l'influence de primus prima. On 
trouve aussi -imus au lieu de -émus, ital. racimolOy esp. racimOy 
port. raj^itnOj franc, ramw de racemus (cf. cependant § 105). Dans 
Titalien berbice^ franc. fcreWj, -i^ (cervic-y etc.) s'est introduit 
à la place de -f^. Dans l'italien mantile^ le suffixe habituel -t& 
(120) a remplacé l'exceptionnel -e/^. L'espagnol tapi:(^y franc. /a/>/j sup- 
pose une prononciation particulière au bas-grec. — L'italien nimo 
s'appuie sur nissuno, mais on a aussi en roumain nimenea; diritto 
repose également sur diri:(p;are tandis que profitto est un mot 
emprunté au français. — L'espagnol conmigOy etc., a été influencé 
par mi; hisca (= esca^y obispOy mismOy mais a.-esp. mesmOy 
Enx. 15, C. Luc. 376 a, 363 b. Cal. Dim. 16 b, 23 b, et encore 
l'andalous et asturîen, Domingo y marisma sont difficiles à 
expliquer; tilde est mi-savant. — Le français essil a été influencé 
par le verbe essilier; volille IV L. Rois 240, remasilles 421, 
lentille présentent un changement de suffixe : ilia au lieu de 
icula-y 'ime ne provient pas de -çsimu; la graphie -isme est de 
date récente, mais cette désinence a été empruntée à des mots 
savants tels que septinUy etc., et elle s'est ensuite imposée aussi 
à meesme : metsme déjà dans le Roland et le Psaut. d'Oxford. 
On trouve en portugais rim (rin\ tandis que l'espagnol splin 
est un emprunt Eût à l'anglais (spleen^. On rencontre en por- 
tugais cisa de abcissa avec i au lieu de ^ et i au lieu de ss à cause 
de la forme du parÊiit. L'italien ditOy l'asturien didu et le catalan 
dit restent obscurs. 

Dans Tespagnol «wwo, etc., Baist 696 veut voir une influence 
de Ys, sans dire pourquoi aquesU, maestre et beaucoup d'autres mots 
conservent IV. L'explication du français -isme est donnée par KôRrrz 
dans S vor Konson. 7 sqq, A. Horning 22 Rem. i a une autre 
opinion moins vrdsemblable. 

117. Passage de ^ à îe. i. — A Putignano (Bari), dans des 
conditions encore mal définies, ^ passe à ie : kyessay jeM (illd)y 
vinniett'y fiemmin'y vier' (vero^y avievini (avevan6)y riej (rex\ 
mais keddi (/Jt4ellt)y jeddi (eglt)y freddiy feii. 



§ Iiy. Il8. O DU LATIN VULGAIRE I27 

2. En ROUMAIN, e commençant un mot ou une syllabe passe 
èi te : tel (tlle\ iâ (illd)^ iascà (jscd)y chie-ie de chia-e (clavem). — 
Dans le roumain de l'Ouest, e présente aussi la diphtongaison 
après les dentales, les labiales et les sonantes : dies (denstis)^ 
fém. diasa, berbieCyfiety lieg, etc. 



4. O du Latin vulgaire = Ô, U du Latin littéraire. 

1x8. De même que ^ et ï du latin littéraire, ô etû sont iden- 
tiques en roman au point de vue de la qualité du son : ils se 
sont confondus en ç. Le sarde qui distinguait e et ï, distingue 
aussi ô tt û; pour le second point au sarde se joignent encore 
I'albanais et le roumain. Cf. le tableau suivant : 



Lat. 


NUMERO 


f BUCCA 


FUNDU 


FURCA 


FURNU 


Roum. 


numer 


bucà 


fund 


furcà 


— 


Alb. 


numçr 


buki 


funt 


furki 


M 


Sard. 


numeru 


buka 


fundu 


furca 


furru 


Lat. 


GUTTA 


PUTEU 


CUBETU PULPA 


STUPPA 


Roum. 


gutà 


put 


§130 


pulpà 


stupà 


Alb. 


g^H 


pus 


kut 


pulpi 


stupi 


Sard. 


gutta 


puttu 


kuidu 


pulpa 


stuppa 






Lat. 


TURPE 


TURMA 








Roum. 


— 


turma 








Alb. 


turp 


turm^ 








Sard. 


— 


truma 




mais 












Lat. 


-GRE 


POMA 


-ONE 


NODU 


SOLE 


Roum. 


-oare 


poamà 


§i3S 


nod 


soare 


Alb. 


-er 


pente 


'ua 


neje 


— 


Sard. 


-are 


§130 


-^me 


nodu 


sole 




Lat. 


POPLU voa 


î FLORE 






Roum. plop 


boau 


floare 






Alb. 


pfep 


— 


— 






Sard 


— 


boge 


fiore. 





(121) 



Sur le roumain o provenant de », v. § 131. 



(122) 



128 CHAPITRE I : VOCALISME §119- 

119. Le développement de ç du latin vulgaire offre dans ses 
premières étapes une assez grande ressemblance avec celui de ç; 
nous trouvons p, «, au répartis de la même manière que f , /, et 
et dans les mêmes conditions (§ 69 sqq.). Mais les destinées ulté- 
rieures, en particulier les transformations de ou, sont en grande 
partie tout autres que celles de et. Le tableau suivant ne montre 
que les commencements du développement. 



Lat. NOS 


SUM 


TOTUS 


VOTUM 


COTE 


Engad. nus 


sum 


(tuott) 


vut 


kut 


Ital. nçi 


sçno 


§ 127 


vçto 


cçte 


A.-franç. nous 


— 


m 


vout 


COUTi 


Esp. nos 


soy 


todo 


boda 


— 


Sicil. nus 


sunu 


tuttu 


vutu 


— 


Lat. LUTU 


PUTAT 


NODU 


PRODE 


RODIT 


Engad. lut 


— 


nuf 


prus 


rua 


Ital. Içto 


pQta 


nçdo 


prçde 


rode 


A.-franç. — 


— 


nout 


prout 


— 


Esp. lodo 


poda 


nodo 


prol 


roe 


Sicil. lutu 


puta 


— 


— 


rudi. 


Lat. JUGU 


DOGA 


FUGA 


LUPU 


LUPA 


Engad. }uf 


duva 


— 


luf 


luva 


Ital. giçgo 


dçga 


îm 


— 


Içva 


A.-franç. ;m< 


douve 


— 


louf 


louve 


Esp. S 147 


— 


— • 


lopo 


loba 


Sicil. juvu 


duga 


— 


lupu 


lupa. 


Lat. sposu 


TOSU 


-osu 


-OSA 


VOCE 


Engad. spus 


tusa 


-1^ 


-usa 


vui 


Ital. § 146 


tçso 


-ifSO 


-Qsa 


VQce' 


A.-franç. espoùs 


tous 


-ous 


-ouse 


vçii 


Esp. esposo 


toso 


H>SO 


-osa 


V07i 


Sicil. spusu 


— 


-usu 


-usa 


vuci. 


Lat. CRUCE 


NUCE 


FUGIT 


CUBAT 


JUVAT 


Engad. krui 


nui 


Ma 


kuva 


— 


Ital. crçce 


nçce 


§147 


cçva 


giçva 


A.-franç. cm:(^ 


nçtK 


foit 


couve 


— 


Esp. § 147 


§146 


§147 


— 


— 


Sicil. kruli 


nuèi 


— 


kuva 


juva. 



s 119- 




g DU LATIN VULGAIRE 


129 


Lat. 


UBI 


HORA 


MORU 


FLORE 


-ORE 


Engad. 


— 


ura 


mura 


fiur 


-ur 


Ital. 


çn)t 


çra 


mçro 


fiçre 


-çre 


A.-franç. 


ou 


oure 


moure 


flour 


-our 


Esp. 


— 


ora 


tnora 


fior 


-or 


Sicil. 


duvi 


ura 


— 


turi 


-uri. 


Lat. 


CODA 


SOLU 


SOLE 


GULA 


DONU 


Engad. 


cua 


sul 


— 


gula 


S 138 


Ital. 


cçda 


sçlo 


sçle 


gçla 


dçno 


A.-franç, 


. coude 


soûl 


— 


goule 


don 


Esp. 


cola 


solo 


sol 


gola 


don 


Sicil. 


kuda 


sulu 


suli 


gula 


dunu. 


Lat. 


CORONA 


-ONE 


POMU 


NOMEN 


CUBITU 


Engad. 


— 


-un 


§ 130 


— 


cumbet 


Ital. 


corçna 


-ont 


porno 


fiçme 


gçmito 


A.-franç 


.cor ont 


-on 


ponte 


nom 


code 


Esp. 


corona 


-on 


porno 


nombre 


coda 


Sicil. 


kuruna 


-uni 


pumu 


— 


guvitu. 


Lat. 


JUVENI 


CUCUMA 


CUCUMEB 


L RUMICE 


DUBITAT 


Engad. 


i;uven 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


giçvane 


CQComa 


cocQtnero 


rçmice 


dçtta 


A.-franç 


. jçvne 


— 


— 


ronce 


dote 


Esp. 


jovm 


— 


cohombro 


• — 


— 


Sicil. 


guvini 


cuncuma 


cucummaru — 


dubbitu. 


Lat. 


CUTICA 


MULIER 


CULEU 


FURIA 


FORIA 


Engad. 


cud^a 


— 


— 


— 


fuira 


Ital. 


cçtica 


mçglie 


cçglio 


fm 


— 


A.-franç 


. — 


— 


cçil 


— 


foire 


Esp. 


— 


— 


cojo 


— 


— 


Sicil. 


cuti 


— 


— 


furia 


— 


Lat. 


CUNEU 


RUBIA 


PUTEU * 


SINGLUTTIAT DUCTIAT 


Engad. 


huoiii 


— 


puots 


sangluot 


duût 


Ital. 


cçgno 


rçbbia 


Pm> 


sit^hiçxKfl dçccia 


A.-fran^ 


;. coin 


rouge 


S 146 


— 


dçii 


Esp. 


§128 


roya 


Pmp 


sollo^^a 


— 


Sicil. 


cuiiu 


ruèèa 


putsu 


— 


duica. 



(12?) 



I3Ô CHAPITRE I : VOCALISME §119- 

Lat. ANGUSTIA VERECUNDIA CALUMNIA FUTUIT UTRE 

Engad. angiMla verguofia — — — 

Ital. angçscia vergçgna calçgnia fçtte çtre 

A.-franç. angçisse vergogne chalçnge fçtte — 

Esp. congoja § 341^ caloha hode odre 

Sicil. angustia vrigoha. kalunnia futti — 



Lat. 


SUPRA 


DUPLU 


COPLA 


ROBUR 


CUMULAT 


Engad. 


sura 


dubel 


— 


ruver 


— 


Ital. 


sçpra 


dçppio 


cçppia 


rovere 


combla 


A.-franç 


. sçvre 


dçbk 


cçple 


rçvre 


comble 


Esp. 


sobra 


doble 


cobla 


roble 


— 


Sicil. 


supra 


duppîu 


— 


ruvulu 


— 


(124) Lat. 


-UCLU 


GLUTTU 


GUTTA 


MUCCU 


STUPPA 


Engad. 


'UOl 


— 


guetta 


— 


stuppa 


Ital. 


-çcchio 


ghiçtto 


gçtta 


mçccolo 


stoppa 


A.-franç 


. -oui 


glçtt 


gçte 


mçche 


estope 


Esp. 


-ojo 


— 


gota 


moco 


estopa 


Sicil. 


-ukkyu 


— 


gutta 


mukku 


stuppa. 


Lat. 


RUSSU 


TURRE 


SUBURRA 


OLLA 


PULLUS 


Engad. 


— 


tuor 


— 


— 


— 


Ital. 


rosso 


tçrre 


lavçrra 


— 


polla 


A.-franç 


— 


tçrr 


— 


ouk 


— 


Esp. 


rojo 


torre 


sahorra 


olla 


polla 


Sicil. 


russu 


turri 


savurra 


— 


puddu. 


Lat. 


SATULLU 


CUNNU 


SUMMA 


CONDUCTU RUCCA 


Engad. 


saduol 


— 


— 


— 


buok'a 


Ital. 


satçllo 


cçnno 


somma 


condçtto 


bocca 


A.-franç. sadçl 


con 


som 


condçit 


boche 


Esp. 


— 


cono 


somo 


§128 


boca 


Sicil. 


— 


kunnu 


summa 


kunnuttu 


vukka. 


Lat. 


RUPTA 


SUBTU 


LUSCU 


TUSCU 


MUSTU 


Engad. 


— 


suot 


— 


— 


muost 


Ital. 


rçtta 


sotto 


Içsco 


tçsco 


mçsto 


A.-franç. 


rçte 


^OK 


lois 


— 


mçst 


Esp. 


rota 


— 


— 


tosco 


mosto 


Sicil. 


rutta 


suUu 


lusku 


— 


— 



s 119- 




DU LATIN VULGAIRE 


1 


Lat. 


CRUSTA 


TURTA 


CURTU 


FURCA 


TURPE 


Engad. 


kruosta 


tuorta 


kuort 


fuork'a 


tuorp 


Ital. 


CTQSta 


tçrta 


cçrto 


força . 


tçrpe 


A.-franç, 


crçste 


tçrte 


cçrt 


fçrche 


— 


Esp. 


crosta 


torta 


corto 


horca 


iorpe 


Sicil. 


krusta 


turta 


kurtu 


furka 


— 


Lat. 


GURGE 


ALBURNU 


DIURNU 


TURTURA 


CORTE 


Engad. 


— 


— 


— 


— 


cuort 


Ital. 


gorgo 


albçrno 


giçmo 


tçrtola 


cçrte 


A.-franç. § 146 


aubçrn 


jçrn 


tçrtre 


cçrt 


Esp. 


— 


alborno 


— 


tortola 


cortes 


Sicil. 


gurgu 


— 


— 


turtura 


kurti. 


Lat. 


FORMA 


ORNAT 


ORDINE 


ASCULTA 


MULTU 


Engad. 


fuortna 


uorna 


uorden 


— 


— 


Ital. 


fçrma 


çrna 


çrdine 


scçlia 


ntçlto 


A.-franç. fçrme 


Qrne 


çrne 


escçlta 


moît 


Esp. 


horma 


orna 


— 


S 128 


— 


Sicil. 


furma 


— 


— 


ascuta 


tnultu. 


Lat. 


SULCU 


FULGUR 


VULPE 


SULPHUR 


PULVER 


Engad. 


— 


— 


golp 


suolper 


puolvra 


Ital. 


sqIco 


fçlgore 


gçlpe 


Kplfo 


pçlvere 


A.-franç 


— 


fçidre 


— 


sçifre 


pçldre 


Esp. 


§147 


— 


golpe 


S 147 


polvo 


Sicil. 


surku 


— 


gurpi 


surfaru 


purvuli 


Lat. 


CULPA 


CULMEN 


PULPA 


PULSAT 


SUNT 


Engad. 


cuolpa 


cuoltn 


puolpa 


— 


son 


Ital. 


cçlpa 


cçlmo 


pQlpa 


pçlsa 


sçno 


A.-franç 


.cçipe 


cçlme 


pçlpe 


pçîse 


sçnt 


Esp. 


— 


§ 147 


— 


— 


son 


Sicil. 


— 


kurmu 


— 


purpa 


sunu. 


Lat. 


UNDA 


TRUNCU 


RUNCAT 


PLUMBU 


TUMBA 


Engad. 


uonda 


— 


ruonk 


plom 


— 


Ital. 


çnda 


trçnco 


r^a 


piçmbo 


tomba 


A.-franç 


. onde 


tronc 


— 


plom 


tombe 


Esp. 


onda 


tronco 


— 


plomo 


— 


Sicil. 


unna 


trunku 


runka 


kyummu 


— 



131 



(125) 



132 




CHAPITRE 1 


: VOCALISME 


Lat. 


UNDECI 


COLLOCAT 


ROSTRU 


CONSTi 


Engad. 


(ûndes) 


— 


— 


kuosta 


Ital. 


(undicî) 


cçrica 


§ 141 


cçsta 


A.-franç 


on^e 


cçiche 


— 


cçste 


Esp. 


onu 


— 


rosto 


Costa 


Sicil. 


unniti 


kurka 


— 


kusta 



§ 119. 120. 



SQTSO 



sursu. 



L'a.-français Pentecouste peut être à sa place ici d'après le § 17, 
p. 32, il pourrait aussi avoir été influencé ^zx couste. A l'italien 
sçrsOy cf. lecc, cal. sursu^ bolon. sours. Ce n'est qu'en France 
qu'on trouve çrKta = a.-franç. ourde. Il est difficile d'expliquer 
colostrum pour lequel se rencontre aussi la graphie colustrum. 
C'est à cette dernière forme que se rattache l'espagnol calostro^ 
port, cçstra. Mais, en regard, apparaissent l'asturien kuliestru et le 
(126) roumain coreastà qui supposent col(strum. La qualité de Vu reste 
douteuse dans lamhrusca. L'italien abrostinOy abrostolo^ abrosco et 
le bressan lambroche témoignent en faveur de (^; le français 
lamhruche et l'espagnol lambruscay en faveur de y. Toutefois cts 
dernières formes peuvent être des mots savants. 

a) DéYelQppemeat postérieur spontané de ou. 

120. Primitivement les limites de ou et de ei coïncidaient 
assez exactement, sinon tout à fait ; mais l'espace occupé par la 
diphtongue labiale est devenu beaucoup plus restreint que 
celui occupé par la diphtongue dentale. D'abord, à peu près 
partout où y a passé à w (§ 45), ou paraît s'être introduit à la 
place laissée vide, c'est-à-dire avoir passé à w. La qualité de la 
voyelle n'est pas tout à fait la même partout : ainsi l'on prétend 
que Vu du lombard oriental , du piémontais et du génois serait 
moins fermé que Vu toscan répondant à û latin. Mais, pour la 
Toscane elle-même, on n'a pas encore de renseignements suffi- 
sants. Il reste encore à rechercher sur quelle étendue ou s'est con- 
servé dans la Haute-Italie puisque la graphie ou peut également 
bien représenter u là où la graphie u représente le son û ; cette 
diphtongue paraît exister encore aujourd'hui à partir de Parme, 
à Correggio et dans le bolonais, cf. bolon. fiour^ -tour y tandis 
que plus au Nord on ne trouve qu'une monophtongue. Mais 
l'existence antérieure de ou dans cette région est attestée non 



§ 120. 121. DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DE OU I33 

seulement par le parallélisme avec ^, qui, il est vrai, n'est pas par- 
faitement concluant, mais par le développement qu'on trouve à 
S. Fratello, localité dans laquelle u ancien persiste et çu passe, 
non pas à «, mais à au, en suivant un développement parallèle à 
celui de « (§ 7 ^) • ^^^ O^^^y ^^^^)» 4^'^^^^ y raula (robur), manj^a- 
raura (mangiatojd), autr (pire), aula (jgold), nau^ (noce) etc. 
Cet au peut ensuite perdre son élément labial devant les 
nasales (§ 138). 

121. Dans la France du Nord, les Serments de même que 
les anciennes chartes mérovingiennes en latin écrivent u : 
amuTy dunat parallèlement à i pour ei (§ 72). On trouve ou dans 
S**" Eulalie : belle:(pur 2 à côté de nos 27, dans Jonas : correcious 3, 
ulor 4, lor 4. Cet ou, qui a pour unique origine ç libre, devient 
œ en passant par œu dans le groupe wallon-picard, dans le fran- 
çais du Centre et dans la Champagne occidentale. On rencontre 
aussi le même fait dans la vallée supérieure de la Meurthe et à 
Saales dans la vallée de la Bruche, où, actuellement, il est com- 
plètement isolé, puisque tous les dialectes lorrains environnants 
présentent u (§ 122). Le changement de ou en œu s'explique de 
la manière suivante : pour articuler un w, la racine de la (127) 
langue est plus élevée que pour articuler un o\ elle se rapproche 
davantage du voile du palais, et le point de rétrécissement du 
canal vocal se porte un peu plus en avant. Si la voyelle est for- 
mée avec le même rétrécissement, mais sans déplacement, il se 
produit un œ ouvert qui, dans l'absence d'un autre signe, est 
représenté par e. Donc, dans le passage de çu à œu œ, il ne se 
produit qu'une accommodation partielle des deux éléments, tan- 
dis que dans le passage de ou à ^, elle est complète. Le domaine 
de œ est restreint, mais, comme il est celui de la langue littéraire, 
œ s'introduit de plus en plus à la place de u dans des mots isolés 
appartenant aux dialectes. On ne peut déterminer avec préci- 
sion la date du changement phonétique. Des rimes telles que 
eus (illos) : oiseus Rendus de Moilliens Car. 194, teus (taies): 
orgueilleus Chev. Il esp. 10093, 1^ montrent comme accompli; 
les chartes du Vermandois et de Tournay datant du xni« siècle, 
écrivent déjà généralement eu. Des exemples encore plus anciens 
sont conservés dans le Doomsday-book avec les noms de lieu : 
Froisseleuu, Visdekuu, Leuet, dans lesquels entre le mot lupus. 



134 CHAPITRE I : VOCALISME §121-123. 

Devant une labiale suivie de r, /, ou persiste : rouvre^ doubky 
oitouvrCy couple; par conséquent * peuple ^ peuplier est étonnant. 
Cf. G. Paris, Rôm. X, 36-62. Parmi les cas exceptionnels où 
Ton trouve ou au lieu de eu, loup (et par conséquent lotrue) et Joug 
s'expliquent d'après le $ 317; nous et où sont des formes atones; 
avoue, doue, époux, labour, amour, jaloux ont été influencés par avouer, 
douer, épouser (cf. ital. spçT^o, § 146), amoureux, labourer, jalousie, 
Toulouse est provençal ; proue, à cause de la chute de r, est génois 
(S 45 5) y ^^t '^"'^ remonte, comme le prouve la conservation du /, 
non à tçtus, mais à tottus, ou est donc justifié ($ 141). Inversement, 
olla donne ici eule puisque // éuit déjà devenue / à une époque anté- 
rieure aux monuments écrits (§ 545). 

Ailleurs aussi ç s'est développé en eu : à Val Soana : kreus, 
neuSy eurUyfyeur (Jlor^y sarteur^ veuSy -eus y Bpeus; dans la France 
DU Sud-Est (§ 124); à Erto (Tyrol) : kreus, leuf^ eus (vox). 
Cf. aussi § 126. — On peut encore mentionner ici les formes 
catalanes : kreu^ veu, deu de cruce, krou (§ S^O» ^^^-y ^^^^ '^" 
quelles un ou provenant de p -j- w s'est développé exactement 
comme l'ancienne diphtongue. La valeur de cet eu est actuelle- 
lement œ. 

122. Par contre, dans la France de I'Est ou persiste d'abord, 
puis il passe à u : lorr. ia/ri, nu (nœud)y mul (fnarà)^ ku, su 

(128) {sudore)y ur^ etc. Plus important est û au lieu de p à Montreux- 
le-Château et à Craponne (Lyon) ; mais l'état linguistique de 
ces localités est trop peu connu pour qu'on puisse expliquer ce 
phénomène. U est vrai que le lyonnais lui-même n'est pas bien 
clair. A côté de u qui est la règle, on trouve : nevûy sufF. 
-i/ = osutriy -atoremy -uri = atoriam. Une double explication est 
possible : ou bien w est la transformation lyonnaise d'un 
français û?, ou bien -eûr de -atoremy et -euri de -atoriam ont 
donné û et ce suffixe a ensuite supplanté u de -oremy -osutn. — 
Le patois de Jujurieux rejoint le français du Centre : pleurOy 
-e« = -oretUy -osutn, nyeu (nodum), lyeu (illorunC). — Au dans la 
Meuse : gauly law^ (Joup^y kaw^ (coup), fnyaw^ (meilleur) y paw^y 
est un autre développement de ouy déjà rencontré au § 120, et 
dont il sera encore question au § 124 et sqq. 

123. La France de l'Ouest est d'accord avec l'Est pour le 
résultat final du développement de p : on trouve maintenant u 



§ 123- 124- DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DE OU 135 

dans tout TOuest. Mais, au Moyen-Age, on rencontre dans les 
textes normands o ctouk côté du plus rare u; dans les textes du 
Sud-Ouest, domine tout à Êiit et ne cède la place à la graphie ou 
que vers la fin du xin« siècle et dans le cours du xiv*. Il y a 
encore à remarquer qu'en général o reste plus long devant r que 
devant j, et que dans des chartes d'Anjou la graphie oo apparaît 
deux ou trois fois : successoorSy vendoor^ plusoors. En s'appuyant là- 
dessus, on pourrait supposer qu'il faut aussi admettre ici la série 
Çy çuy Uy et supposer que la diphtongaison a eu lieu plus tard que 
dans le Centre et dans l'Est. Ce fait est possible, mais n'est pas 
vraisemblable. D'abord ç entravé présente ici les mêmes chan- 
gements que fermé, seulement dans ce cas on ne constate pas 
de diphtongaison dans l'Ouest. A cela s'ajoute ensuite la diffé- 
rence de date pour le développement de p, selon qu'il était 
suivi de X ou de r; r peut entraver la production de la diphtongue 
(cf. § 140), mais ç conserve sa nuance vocalique. On pourrait 
alors supposer que r maintint pendant quelque temps p, mais que 
finalement l'élargissement en au se produisit, et que ce son fut 
ensuite ramené à une monophtongue. Il est beaucoup plus 
simple d'admettre un changement direct de ç en (^, changement 
qui eut lieu plus tardivement devant r que devant s. Il est 
difficile de dire avec certitude si cet ç qui a passé à u remonte 
lui-même à, ou ou reflète directement le latin vulgaire ç; toutefois, 
il est fort possible qu'en réalité la diphtongaison française de ç (129) 
en ou n'ait pas pénétré dans l'Ouest et moins encore dans le 
Sud-Ouest, mais que dans cette région, de même que dans le 
provençal qui lui est contigu, ç soit resté monophtongue. 

124. La France du Sud-Est, particulièrement les patois de 
• la Suisse, s'écartent beaucoup du français de l'Est : le dévelop- 
pement de ç est à peu près parallèle à celui de ç. Le point de 
départ doit être çu qui passe d'abord à çUy puis à du, auy aOy d 
qu'on trouve dans la plus grande partie du canton de Vaud, à 
a qu'on rencontre à Fribourg, ou à au qui apparaît sur un point 
de l'Ouest et dans la partie orientale du canton de Vaud, et 
enfin i êû Qt œ dans la vallée du Rhône. Il reste encore à 
rechercher si d?, eii que l'on constate dans l'Ouest du canton de 
Vaud provient des dialectes français voisins. Vç de Vallorbe, 
à la limite Nord-Ouest de la région, rejoint le lyonnais u. A 



136 CHAPITRE I : VOCALISME § I24. I25. 

Neuchâtel, Yœ peut être dû à l'influence de la langue littéraire 
qui s'exerça profondément sur ce point. A Paroisse, dans la 
partie Sud du canton, on trouve ai avec e fortement réduit dont 
le degré antérieur doit être âo. 



Lat. 


HORA FLORE 


GAUDIOSU MELIORE 


NEPOTE 


Paroisse 


- Jy<^ 


d:^oyaë 


mel'aè 


— 


Fribourg 


ara fl'a 


d^oya 


meVa 


neva 


Cant.Vaud âra hl'â 


d:(pyd 


mel'd 


nevà 


Ormont 


aura fau 


d:(pyau 


mel'au 


nevau 


Blonay 


aura hraû 


d^^oyaû 


meVaû 


nevaû 


Vionnaz 


eura — 


d:(pyœ 


— 


— 


Bagnard 


eûra Bleu 


dT^oyeû 


meleû 


— 


Vallorbe 


ara Mq 


d^oyô 


meVo 


nevQ, 




Lat. 


ILLORU 


JUGU 






Paroisse 


laè 


— 






Fribourg 


la 


dia 






Cint.Vaud là 


did 






Ormont 


lau 


d:(au 






Blonay 


laû 


dT^aû 






Vionnaz 


lœ 


— 






Bagnard 


leû 


— 






Vallorbe 


iQ 


d^. 





(130) Il y a à remarquer à Vionnaz la différence qui existe entre lœ 
et leuva^ -œ et -e»:ja, et aussi geula^ formes où on voit la mono- 
phtongaison déjà réalisée en finale directe. Le même fait existe 
dans la Gruyère où, en regard de nevày etc., on rencontre aoray 
praorOy epaosay etc. — Vu qu'on trouve au Locle doit probable- 
ment être regardé comme une variante de œ : ûra, h'alûy kalûy 
^oyûy etc. 

125. On ne peut pas dire avec certitude si, à une certaine 
époque, dans tout le domaine rhétique, ç a passé à ou^ comme 
C a passé à ei; ce qui semble confirmer cette hypothèse, c'est le 
fait qu'actuellement la diphtongue apparaît à peu près dans les 
mêmes régions que ei. Il est vrai que cette coïncidence n'appa- 
raît pas dans tout le domaine ; dans l'Ouest, la diphtongue n'est 
conservée qu'à Tiefenkasten : vçus, krçuSy lçuf\ au Centre, elle 



§ 125-127. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE O I37 

Test à Vigo, Val Passa, Linivallungo, dans la région arrosée par 
le Tagliamento et la Meduna, mais elle ne Test pas à Comelico 
(il a déjà été remarqué au § 121 qu'à Erto on avait fu); on la 
trouve enfin à Tolmezzo, mais non à Gelmona. La consonnan- 
tification du second élément se rencontre à Schweiningen et à 
Bergûn : kroki, lokfy ogra, dans TEngadine : krukiy lukfy ugra, etc. 
Dans la vallée du Rhin et de Tlnn , à l'Abbaye et à Enneberg 
l'ancienne diphtongue a abouti à u, partout ailleurs à 0. On 
trouve donc : firioul. koda, kroiy ora, lof, vos, etc., en général 
avec un ouvert, ce qui parle peut-être en faveur d'un ancien 
ou. Afa, io répond aussi ûa, ùo provenant de p(f, t^Uy 1^ : kruas, 
kruos, luafy luofy vuaiy vuo's. Enfin, à Rovigo et à Dignano, on 
rencontre u : krià, dulur, ura, sul. 

126. Â Veglia, se diphtongue en au en passant par ou y 
de même que e s'était diphtongue en ai en passant par «, v. g. 
gaula y aura, fiaur, sudaur, avaraus, pre:(auny etc.; les dialectes 
des Abruzzes connaissent aussi au; à Bitonto : dç^t:(eiaunfy 
kaum^y anaurç (à côté de siAur^ fém.); à Altamura : sfatsiautuiy 
maulaun (à côté de anovy kroruty siiiura) ; à Andria : vilakkyauney 
sfatsiaun (hrùruiy siAeur), etc., de même à Palena, etc.; eu ou 
plutôt om apparaît à Agnone : senœûray atskeHnôy dekœûrCy perse- 
kutœûre; œ à Trani : BeVcmey krœnay anœre (peut-être la graphie 
oe a-t-elle une autre signification?). 

b) Changements conditionnels. (13O 

I. Influence d'un phonème précédent. 

127. Sous l'influence de f, /, «, u suivant, ç est infléchi 
en u de même que ^ l'est en i. Les cas sont ici moins nom- 
breux, on n'a à relever pour montrer cette influence de Vi que 
le nominatif pluriel de la 2® déclinaison, et, en italien, les 
formes de la 2* personne du singulier. Le domaine où apparaît 
ce phénomène coïncide exactement avec celui où ^ passe à i. 



Lat. 


-osi 


TOTTI 


COGNOSCIS 


COGNOVI 


Napol. 


-usi 


Q^^H) 


kanui( 


— 


Milan. 


'US 


Qati) 


k^nui 


— 


Franc. 


— 


tûit 


— 


conui 


Prov. 


— 


tûit 


— 


— 



138 CHAPITRE I : VOCALISME § I27-I29. 

Ici, aussi, Tétude de la déclinaison fera connaître les cas par- 
ticuliers. Pour la première personne du parfait en napolitain et 
en provençal, les exemples me manquent. 

C*«st à tort qu'on rapporte généralement ici Titalien tutto : 
l'inflexion dans le toscan serait aussi extraordinaire que la géné- 
ralisation, à une époque ancienne, de la voyelle du nominatif pluriel 
masculin. La différence entre fiur = fiori et /m/, tûc dans la Haute- 
Italie montre qu'on est en présence de cas différents. C'est par sa 
position atone qu'il faut expliquer Vu, cf. chap. IV. 

128. Dans la péninsule ibèriciue, on trouve, de même que 
pour e (§ 80), l'inflexion de ç devant i roman : esp. ruvio, turbio, 
ludio = lutidusy lluvia ; devant i provenant de t et de / (§§ 462 
et 483) : truchUy duchOy lucha, cuida, puches^ buitrCy muy et muchoy 
ascucha; devant h provenant de nj (non devant n provenant de 
nn : cono) : uwa, punOy grunOy escalunUy redruha. Sur cigûehay 
agûerOy vergûenUy nastuerT^o formes dérivant de cigûina lat. 
ciconiay etc., v. § 341. Le même fait existe en portugais devant 
fl ; caramunhay testemunhOy punhOy unhay grunhoy cunho à côté 
de conhOy conhUy vergonhUy cegonhUy de sorte que peut-être à 
l'origine u était dû à la présence d'un final, cf. aussi iudo 
neutr. à côté de todOy toda; devant i : chuvUy muitOy abutrty 
duvidUy outubre = octobriuSy ruivo, ruçOy cuidUy etc. — En émilien, 
-torius passe à -tur. — Enfin, il faut attribuer à l'influence de 
l'i le Élit qu'à Val Soana -ariuSy -oria passent à -^ir, -eiri par 
l'intermédiaire de -euriy -euria, La France du Nord présente 
un traitement analogue dans ëur de *aguiro, aguriunty truite de 
tr^btUy cf. esp. truchUy port, truta, ital. trçita de trçita. 

(132) 129. Dans I'Italie du Sud, ç persiste quand la syllabe suivante 
renferme un a, un ^ ou un (? ; il passe à u devant i, u. Encore 
sur ce point il y a concordance complète avec le traitement de 
* ^. On a donc, v. g. à Alatri : nud^y dunCy vocCy plur. vtiâiy 
-W5g, fém. -osUy plur. -mjz, H)sey lavorç i" pers. sing., lavuri 
2* pers.; nocCy nuciy pote {pitd)y putiy funn^ (Jundd)y torrÇy turriy 
docey duciy romp^y rumpiy etc.; a.-napol. : autorey auturiy humorey 
humuriy caponey piçuni; fumusuy conosse y pers. sing., canussi 
2® pers., ascoltUy bouUy correy agustOy cursOy mustOy giovene plur. 
giuvetUy etc. De môme aussi en sarde : cru (bord), sçmnuy cçrUy 
mais cçncay cçre, cçrve (corbis). Pour le roumain, conformément 



§ 129- 130. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE O I39 

au § ii8, il n'y a que le latin ô qui entre en considération, ô 
n'en difière pas. Devant a, e atones dans la syllabe suivante, 
cet passe à oa\ devant i, u, il persiste en qualité d'o ; -os, 
"Oasà, -oarcy lor^ nody noîy boace (vocetn)^ etc. On trouvera des 
exemples plus nombreux au § 184. 

W. Fœrster, Cliges LVIII, veut établir pour le français une 
difTérence analogue, attendu qu'on trouve dans les chartes et les 
manuscrits champenois -eus, neveu, preu, veu, etc., mais sole : gok 
Ivain 141 3 à côté degoîe : oîe Ivain 3361, et, en outre, toujours coe, 
noe, soe. Mais cette hypothèse restera douteuse tant qu'il ne sera pas 
prouvé par les patois encore vivants que la France du Nord connaît 
ce phénomène de la voyelle tonique influencée par la posttonique. Il 
serait plus conforme aux tendances du développement linguistique 
français d'admettre que la voyelle des oxytons suit un autre 
développement que la voyelle accentuée des paroxytons. Il est aussi 
possible qu'on ait affaire à une orthographe arbitraire qui s'abstenait 
d'écrire neue pour éviter l'amphibologie; çle est dans le français du 
Centre etdoy et non ouïe, comme semble le croire Fœrster § 120 
Rem. ; rien n'empêche donc de lire seule, geule, eule dans les exemples 
d'Ivain cités plus haut. 

130. Devant les labiales, on trouve g au lieu de ç sur un 
grand espace ; ce Êiit est le résultat d'une dissîmilation analogue 
à celle de / passant à { dont il a été parlé au § 34. Le latin 
vulgaire çvum est assuré par l'engadin œfy ital. ucvOy a.-franç. 
uefy esp. huevo; colçbra l'est par le sarde colorUy a.-franç. cçluevrCy 
esp. culebra; cçpreum l'est par le français cuivre. Ce sont les seuls 
exemples qui appartiennent à une grande partie du domaine 
roman ; juvenis présente des formes avec ç et d'autres avec g : 
ital. giçviney bolon. d:(puveny sic. j^uviniy esp. joven à côté de 
l'italien gigvine, a.-franç./«g/n^. La règle est au lieu de u devant 
les labiales en roumain : roiby coty (ubt)y nour (nubilus), bour 
Çbubalus) (ces deux mots sont le développement des formes 
plus anciennes nuoTy buor)y macéd. roatneg à côté du valaque (133) 
rumegy toamnày joane à côté du valaque june. Vu s'explique ici 
comme dans numery par l'influence des formes à désinence 
accentuée, puisque dans une position atone u est justifié (§ 3S3)« 
O provenant de p et de p suivi d'une m persiste également : /wn, 
domuy tandis que devant n passe à w (§ 133); nume de nomen 
à côté de pom s'explique comme numer mentionné plus haut. 
L'engadin conserve aussi ç devant m : /ww, nomy om tandis que 



140 ^ CHAPITRE I : VOCALISME §130-133. 

dans les autres cas on trouve u (§ 137). Enfin à Val Soana, 
çv passe à ev par l'intermédiaire de euv (§ 121) : Bkevay deva^ etc. 
Sur le latin vulgaire plçvere = pluere^ v. Tétude de la conju- 
gaison. — La nasale labiale exerce une influence assimilante 
en sarde : lumine Çnomen), pumu. 

131. Les vÉLAiRES exercent rarement une influence sur Vç\ avec 
la voyelle de même organe qu'elles, elles forment la diphtongue ouy 
u. Cet ou se développe dans la France du Sud-Est comme ou prove- 
nant de Q libre (§ 124), v. g. cant. Vaud : dao (dulce)ypao (^pullu^y 
d-^enao'y cubitu donne aussi le même résultat : haodo. Toutefois 
il se produit aussi sur ce point des phénomènes de dissimilation 
dans la France du Nord-Est. Dans les textes écrits en a.-picard, 
et aussi en grande partie dans les textes wallons, (5f et oU passent 
à au : caup (cçlpus § 16), vauraiy et, conformément à ce &it, on 
trouve encore aujourd'hui à Mons : kauy à Uriménil et à Filière : 
nufu de multutHy en bressan faudra (Julgur)y paudra (franc. 
poudre)y saudâr, mautoriy etc. — C'est û qui apparaît dans 
la vallée de la Gaderîa : dûâCy sûtty tnû^e à côté de olpy solpety 
holrriy kolpa; l y passe à /', i\ ce dernier son avec u produit û. 
Cf. encore § 142. 

132. Devant les nasales, le traitement de g est beaucoup 
plus simple que celui de ç. Dans le français du Centre, la 
diphtongue n'apparaît pas; g devant les nasales libres comme 
devant les nasales entravées passe à ô, d'où, après la dénasalisa- 
tion, à g : norriy raisotty nombrCy ponce, pomme (prononc. no, rç^ôy 
nôbre, pôSy pgm). On est étonné de trouver en regard des formes 
précédentes gloume (ciglume, lat. gluma ou glûma?) qui ne peut 
être regardé que comme un mot savant. En a.-français gn 
assonne avec n'importe quel autre p, mais comme la nasalité 
n'altérait pas la qualité de la voyelle, on ne peut pas en con- 
clure que la voyelle fût encore orale. Par contre, + n passe à 
oin qui ne se développe en oè qu'avec l'autre in : point, coing y 
oindre, joindre, etc. 

133. Dans l'Ouest, devant les nasales passe à ou, u. Telle 
est la graphie des chartes et des manuscrits du Moyen-Age, 

fi34) cf. num Anjou M. XX, 12; mesuns XXII, 4, raisun XXIII, 21 ; 



s ISS'^ïSS- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE O I4I 

felun TouT^ne 26, lecun 2, larun 28, etc.; l'état est le même 
encore aujourd'hui, v. g. à la Hague : um, pum, sum, tunty etc. 
A Paris aussi cette prononciation domina pendant longtemps : 
Palsgrave, Meigret, Delamotte, Chifflet et Duez indiquent 
tous û; elle commence à être donnée comme un provincia- 
lisme par d'Allais (1681) et Dangeau (1694). ^^ anglo- 
normand ô passe à oun^ toutefois comme d'un autre côté 
on y trouve aussi g remplacé depuis le xii« siècle par la graphie 
ou importée du français du Centre, il ne feut pas voir dans oun 
un changement phonétique correspondant à celui de an en aun 
(S 24S)« Dans le passage de çnt à ont y angl. ount (amount), et de çnih 
à çmb cBtnh (encumber), il y a un développement phonétique non 
pas français, mais anglais. Le Sud-Ouest présente un autre déve- 
loppement : il fait passer dkà, cf. poit. : toisà, ràpây sa; Deux- 
Sèvres : này bà. Dans la même région ë passe à ô par l'intermé- 
diaire de à (§ 91). Le chemin inverse que semble suivre ô, sans 
se rencontrer avec l'autre nasale, n'est pas complètement clair. 
Peut-être feut-il partir de ou nasal qui se serait ensuite changé 
en au par dissimilation de la même manière que ol (§ 132), puis 
il y aurait eu réduction de au nasal à à. Il faut du reste attendre 
des renseignements exacts sur le timbre de cet à pour pouvoir 
trancher la question. L'Est est en partie d'accord avec l'Ouest 
en ce qu'il présente u devant n, w, cf. nivern. kum, um, pum^ 
sunfy dun4; on y trouve de même a : Domgermain (Lorraine) : 
gasà, này sa = sont, fà (Jonds^y cf. àtû Çhonteux^ 

Dans des formes telles que ordanne : Diane y Benoît, Troie 7637, 

caîenge Roi. 3592, 3008 dame de domina, Va provient de la syllabe 

atone, v. § 369. 

134. Tandis que le passage de nasal ào oral dans le français litté- 
raire n'entraîne avec lui qu'un changement de qualité peu impor- 
tant, l'EsT offre un abrègement aussi complet que possible de 
la voyelle, et, à la suite de cet abrègement, la réduction de (? à ^ 
qui revêt diverses nuances, tantôt f, tantôt «, cf. d^n (donai)y 
pem, paiçn; il en est de même dans la région du Sud-Est (en 
dehors de Fribourg et de Neuchâtel), cant. Vaud hor^nUy per- 
s(na. Cf. là-dessus § 596. 

135. En ROUMAIN, p et p devant n «*, m* passent à u : bun, 
sunày kununày pune^ pàun (pavone)y tàtune, hàrbunCy gutuiuy 



142 CHAPITRE I : VOCALISME § ISS-IjS. 

(cot(meus)y cumpàr, cumpàt, etc. Mais le fait n*a pas lieu devant 
(135) tnn auquel cas s'exerce la loi exposée au § 130 : toamnày 
dornUy etc. Cet w, de même que Vu ancien (§ 65) quand il est 
en contact avec ï, se combine avec lui pour former un i simple ; 
tel est le cas pour le suffixe -ine = -iane : rusinCy mortàcinày etc. 
Le passage de î^n, un à tn est obscur : adinc, mantnCy macéd. 
linduna (hirundiné) y frtnd'^ày frîntCy valaque plàminîy gutiiu 
(-ônem^y rie, macéd. rinye = ital. rogna. 

136. En ITALIEN, suivi de n et d'une palatale passe à u : 
sugnUy pugnOy ungerCy pungerCy unghiay lungo d'après lungiy fungiy 
mungere. Le même fait se produit en outre devant que : dunquêy 
mais il n'a pas lieu dans troncOy roncOy co no. Ici aussi, on trouve 
déjà à Sienne : àngiarCy onca; il en est de même dans tout le 
Nord de la péninsule, abstraction feite des régions où tout ç 
devient u. Le portugais n'est plus d'accord sur ce point avec 
l'italien comme il l'était pour le traitement de ^ (§ 95), excepté 
dans les cas mentionnés au § 128; mais cf. hngOy en regard de 
quoi fungo est certainement un mot savant, pontOy etc. — Il y a 
lieu de remarquer le béarnais û devant n palatale : ûAe (ungere)y 
pûhy pûnt (punctum)y et devant ng : ûngle; Ariège : ûnglOy pûnt, 
\ûne. 

137. En RHÈTiauE, çn s'écarte fréquemment de p, même dans 
les régions où ç passe à u. Ainsi, dans une partie de la vallée 
de Domleschg un passe à fun, tandis qu'inversement, là où ou 
persiste, on ne présente aucune trace de diphtongaison. En 
général, un est la règle pour l'Ouest du domaine rhétique et la 
vallée de Munster, on pour l'Est. Mais, devant une nasale 
entravée, on rencontre fif dans l'Engadine : rVspuçndery ratuçnd 
(cf. § I43)> à Greden : shuçndefy puçnt, fruçnty en Garnie et 
dans le Frioul : riipuindiy puinty frinty formes dans lesquelles ui 
et i remontent à ue d'après le § 162. 

138. AS. Fratello, au persiste devant les nasales entravées 
(tandis que dans les autres cas ç entravé ne passe pas à 
auy § 143) ; mais, devant une nasale libre, l'élément labial dispa- 
raît : faun (fundus)y maun, tauny palaunuiy bastày ra^y karbày 
kam, naniy man:(aAa Çmenxpgna)y uamra (vomer). 



s 1 39-141. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE O I43 

139. iî exige souvent devant lui o au lieu de u (cf. § 123); 
en outre, dans la Giudicarîa, on trouve : orUy fyor, or y lors tandis 
que dans les autres cas passe à m, même devant / ; kul^ i^gutUy 
de sone que le développement de n'est pas parallèle à celui 
de e (§ 100). — On ne s'explique pas bien clairement le chan- 
gement de p en w devant r entravée dans la vallée de la Gadera : 
fûrk'Uy fur, kurty sûrd; feut-il admettre le développement ue, ui, 
M? Cf. aussi § 131. — En général, dans la France du Sud-Est, 
ç final subit une réfraction vocalique devant r primitivement 
entravée : à Blonay d^ua (jour), ua, tua mais forise, etc. Cf. 
encore a.-franç. tuernmt Ezéch., etc., et § 143. 

140. Dans la vallée de la Gadera, oxyton passe à u tandis (136) 
qu'il se conserve s'il est paroxyton : -ur, -us, -un, su (solus) 

mais korona, -ora, -osa, skroa. Pôpo de pôpulus montre que ce 
n'est pas la qualité de la voyelle finale qui est en jeu. — A Val 
Soana, eu oxyton perd son élément labial : ve de votum. — En por- 
tugais, ç devient ouvert dans les monosyllabes, : nçs, vçs, nç:^, z^, 
sçl. En italien, ç subit le même traitement en finale directe : nf, 
pr^y et devant les voyelles : fçia, mçia, mais -tçio, etc. 

141. Pour ç ENTRAVÉ OU trouve en Roumanie, en Italie, en. 
Espagne et dans la France du Sud le même traitement que pour 
ç libre (cf. en particulier bolon. soulk, fourka), il n'y a que 
rçstro et mçstro qui, en italien, soient rçstro, tnçstro (cf. § 113). 
Par contre, dans la France du Nord et en Rhétie, l'histoire du 
développement de ç n'est pas aussi simple. Dans la France du 
Nord ç entravé passe à «, qui'est écrit ou, mais qui n'est jamais 
prononcé avec la valeur d'une diphtongue ; cet u n'a pas non 
plus passé à eu, mais il s'est conservé jusqu'à présent avec sa 
valeur. On a donc : tout, tour, tourne, cour, four, jour, coûte, 
moût, etc. Le bourguignon distingue de même (? = p entravé de 
u= Q libre : elàtor, to!(or, etnor, tote à côté de -u = osus, etc. 
Combiné avec Vi provenant de c, ç produit pî qui, à l'origine, est 
difiérent de ci provenant de ei (§ 72) et de au + i (§ 289), 
mais qui a ensuite passé à ci, cf. Ren. Mont. 164 crois : oi, 
Mainet nois : mois, Gaufrey nais : François, et s'est développé 
comme les autres oi; il a passé à f dans connaître. On trouve donc 
angoisse, noix, croix, foire, a.-franç. froisse, goitre, reformé sur 
goitron (gutturionem). 



144 CHAPITRE I : VOCALISME 

Cf. G. Paris, Rom. X, 36-62. Exceptionnellement, ç entravé 
passe à g? dans ailleurs, peut-être par assimilation à leur (ilîac-ubi) ; 
forme, ordre, orner sont des formes savantes qui remplacent les anciens 
mots fournie, oume; sanglot a le suffixe ot au lieu de oui. Le fran- 
çais moderne fleuve de fluvius présente une irrégularité particulière. 
La conservation du v montre que c'est un mot savant ; Ta.-français 
était fluive defluvie (§ 340) avec un son ui tellement différent de celui 
provenant de v -|- t (S 62) et de p + * (S ^^9) qu'il a pu devenir ue, 
eu. 

142. Dans la France de l'Est, entravé se diphtongue aussi 
en au qui se développe ensuite en ç. Le parallélisme avec ç 
(§ 112) et le § 144 montrent qu'il n'y a pas eu passage direct 

(137) de p à p. Nous avons donc en lorrain : Btçp, tçH^y àçt, tç (turris) 
h g (purs)y gçt, hç (sourd)^ sçpy etc. De même en Morvan : jpr, 
tOy kor. Ce n'est que devant / qu'apparaît u : cçltrum passe à 
*koutrey kut par l'intermédiaire de koitrCy de même pour ehkut^ 
pur (jmlvis)y mu. Cette différence pourrait s'expliquer par le fait 
que ou provenant de çl est plus ancien que ou remontant à 0. Ce 
n'est que lorsque *koutre avait déjà passé à kutre que kçrt s'est 
changé en kourt^ kuort. — O suivi de / se développe ici comme 
ç suivi de J (§ 191). Il est à remarquer que dans la France du 
Sud-Est, V. g. à Vallorbe, à la diphtongue issue de libre 
(§ 124) répond p, mais qu'à ç entravé répond u : çra — kur. 

143. Fréquemment ç entravé présente un traitement corres- 
pondant à celui de ç libre du latin vulgaire, c'est-à-dire qu'il 
passe à tfe, ûo; tel est le cas pour la France de l'Ouest, à 
la Hague : rnûel (grenouille), bui^y rui^ amuç, sucrd, fu^rk, kuftre 
(coudre), mufle (musculus), tufs (tussis), uçrme. Ce fait n'a lieu 
que devant r aux Fourgs : tuot, kuot, fuo. En outre, en rhétique, 
on trouve ufouuç: bû^k'a, mu^k'a/fûfrny pu^lver, vu^lp, u^nda, 
inguça, etc. Le second élément paraît avoir sa valeur pleine 
dans la vallée de Munster : pluôtn, suât, etc. Du reste f entravé 
devient uomo dans les mêmes conditions que q libre, ainsi v. g. 
dans le parler de la Giudicaria : kart, sort, orna, torbul à côté de 
kup, niguta, lui, etc. — Enfin nous trouvons encore la diphtongue 
à S. Fratello : kruoita, puorvr, ruot, stuopa, tuoss, tuoc (tçcco), 
fuorma. 



$ I44'I4^- CHANGEMENT SPORADiaUE DE O I45 

2. Influence d*un phonème précédent. 

144. En LORRAIN, au provenant de ç (§ 142) se transforme 
en uo après les labiales et les gutturales : kuar, buoB (bourse)^ 
fuohy buoc, — AS. Lourenço de Sande (Interamna), il se déve- 
lope un u après les labiales puçço^ fuontCy muonte, pw>çay puotro. 
On peut encore mentionner Ta.-français peur de pavore avec û 
à cause de l'influence du v, et le portugais suçr qui doit son p 
au lieu de p à l'influence dissimilante de Vu. 

0) Changement sporadique de p en p, «. 

145. Les remarques faites sur ^ au § 115 s'appliquent aussi 
aux mots savants de l'italien et des patois qui en dépendent. On 
a donc : toscan devçtOy tnçbile^ ngbilCy glçria^ vittçria^ flçrido^ 
rçridoy decçrOy dçte et beaucoup d'autres exemples, de même 
calabr. divuotUy en outre luoru (ital. lord) qui, à cause de uOy se 
dénonce comme un emprunt fait au toscan et romain; nçme en 
toscan et en portugais à côté de nçme est mi-savant; cf. encore (138) 
ital. du Sud (calabr. apul. sic.) nomiy nome au lieu de numiy 
nume. De même, l'explication la plus simple pour l'a.-français 
iestemçiney gloire, noble, le roumanche glier^a, nieble et l'engadin 
gloria, nœbla, est de regarder ces mots comme savants. On 
s'étonne de trouver la diphtongaison en rhétique, toutefois elle 
s'explique comme le vénitien ie provenant de ^ (§ 115). 

146. Nous rencontrons ici aussi une série d'exemples de 
nature très diverse offrant p qui provient de p; ces phénomènes 
ont une extension plus ou moins considérable , et chacun d'eux 
exige une explication particulière. Déjà en latin vulgaire on 
trouve nçra au lieu de nurus d'après soror, socra et novia (fiancée) ; 
nçptia au lieu de nuptia d'après novius, novia, d'où roum. norà, 
ital. nuorUy prov. nçra, esp. nuera, ital. nç7i:^e, franc, ngce, tandis 
que le roumain nuntà (§ 13 s) est incertain et que le sarde nunta 
conserve la forme classique. — C'est également par une influence 
assimilante d'un mot voisin de sens que s'expliquent le sicilien, 
ital. du Sud ^prni* (d'après nçtte) et l'italien spçrco (d'après /v^co). 
— Le feit que devant l'accent p et p se sont confondus (§ 3S3) 



146 CHAPITRE I : VOCALISME § I46. 

explique que dans un grand nombre de cas, des formes verbales 
à désinence accentuée et des dérivations présentent p au lieu de ç : 
ainsi ital. sçffre^ a.-franç. sueffre^ cf. pffrCy ital. nçverOy sçsta^ 
spQSOy esp. cueltna^ duena, muestrUy huella, cuelga^ et aussi ni^; 
sur ces formes, de même que sur l'italien scuotere^ le roumain 
scoate et le sarde tscotere à côté de Ta.-français escçrrôy prov. 
escçdre, v. la conjugaison. En portugais on dit aussi -gso, -çsos, 
çsa sur le modèle de nçvo, nçvoSy nçva. 

Le changement de p en p dans les proparoxytons est particulier 
au florentin : il est de date récente et ne paraît pas être soumis 
à des règles très rigoureuses : Jçlagdy tgnacay çmero, et cependant : 
gçmitOy cocçmero, fçlgore, cçtica, tçrtora. La première catégorie 
n*est pas uniquement composée de mots vraiment populaires à 
Florence; fçlaga ne ^est pas à cause de sa signification; à côté 
de çmero on a spallUy pour tgnacay il y a à tenir compte de into- 
nacare. Mais il semble bien que devant des consonnes redou- 
blées à l'antépénultième, ç remplace ç : sçffiUy mçccolOy nçccioloy 
bçssoloy etc. 

D'Ovroio, Grundriss, 516-518, propose en partie d'autres explica- 
tions et apporte encore d'autres exemples. 

Sur cette question de g au lieu de p, il y a encore bien des 
points obscurs ou douteux. A côté de Ta.-français mçty prov. 
mçty on trouve Ta.-français mgty franc, mod. moty l'italien mgtto 
et le portugais tngte; ces deux dernières formes sont empruntées 
au français. Le portugais brocha vient aussi du français brochcy il 
n'a donc aucun rapport avec bucula dont dérive l'italien bgrchia 
(139) avec g. * Cgtulus de cas y cotis est attesté par l'italien cgtano, milan. 
kœdeny frioul. kueduL — Ce n'est peut-être qu'accidentellement 
que le portugais atngra et l'italien mgra de môra coïncident; le 
premier pourrait s'expliquer comme gsa et le second pourrait 
être influencé par tngro de maurus, — Les représentants de 
tnuria sont obscurs : roum. more y ital. tngiay a.-franç. muirCy 
esp. muera à côté du roumain mura. Le sicilien salamoria et le 
bolonais salamuria ne sont pas populaires, ainsi que le démontre 
la conservation de la; le roumain more ne provient peut-être que 
du verbe; l'italien mgia est régulier (§ 140); l'espagnol muera 
se rattache à mçria; il ne reste donc que le français muire qui 
semble exiger mgria. — L'italien ggrgiay le français gorge et le 



§ 146. 147- CHANGEMENT SPORADICIUE DE O I47 

français /wiVj attendent encore une explication. — Il reste enfin 
les formes françaises difficiles à expliquer : pr, emor^ Içr dont le 
rapport avec hora est indubitable. C'est à elles qu'est apparenté 
le provençal ara. Le français g ne peut remonter qu'à au^ et non 
à p du latin vulgaire; la forme fondamentale doit donc être aora 
de ad'haram. On peut mettre sur le même pied que le provençal 
ara provenant de *aoray anta de *aunta (franc, honte, germ. 
haunifd). Sur cette chute supposée du J à une époque ancienne, 
v. chap. rV. 

Grôber s'élève avec raison. Arch. Ut. Lex. III, 140 contre hàhora 
(SucHiER, Zeitschr. I, 431). C'est Cornu qui a proposé ad horam, 
Rom. VI, 381. Contre l'hypothèse de Grôber qu'il faille reconnaître 
l'influence de hgdUj il y a à faire valoir ce fait que l'a du provençal reste 
inexpliqué, et qu'en français nous devrions trouver, non le représen- 
tant de au, mais celui de p. — On n'a pas mentionné l'italien bçsco, le 
provençal bçsc, l'a. -français buis^ huissony buissây qui ne peuvent avoir 
aucune relation avec buxum puisque le traitement de la voyelle et la 
transformation de x en se sont contraires aux lois phonétiques. De 
buxum dérivent l'italien bçssoy bçssolo^ dont le premier peut avoir 
emprunté l'p du second, et le provençal fcpw, a.-franç. boiSy esp. boj. 
Le français bûche et l'espagnol buscar ne peuvent être mis en regard de 
buxum à cause de leurs voyelles divergentes. Sur l'espagnol ctiemo^ 
V. chap. IV. 

147. Le latin vulgaire ustiutn offre un v à la place de ç : ital. 
uscio, franc, huis y a.-esp. U7;p; toute explication fait encore 
défaut. L'italien giu, giusOy a.-franç. ;«5, a.-esp. enjuso sont 
formés d'après suso\ le français moderne sur Test peut-être 
d'après jus (cf. cependant § 149). Le latin undecim est repré- 
senté tantôt par des formes avec ç : franc. onTiCy esp. once y 
tantôt par des formes avec «; ital. undiciy cette dernière formée 
sur une. Les formes italiennes cuciOy mucchio ont un u qui 
leur vient de cucirey ammucchiarey celui de coruccio provient (140) 
de corrucciarey à moins que le mot ne soit d'origine française. 
On s'explique difficilement l'italien ligustay tess. ligûstay 
lyonn. lûsta de locusta à côté du napolitain ragostay a.-franç. 
laoustey bagn. Igta, port. l(^osta qui supposent locysta. — Il faut 
regarder comme mots savants le français étudCy dilugey humbUy 
malgré l'accentuation régulière (cf. du reste a.-franç. omhle : 
comble S. Grég. 1777), l'espagnol et portugais cru^y l'espagnol 
pulpa, surcoy le portugais suko (le terme populaire en portugais 



148 CHAPITRE I : VOCALISME § 147- I48. 

est regd)^ yugo (port, populaire canga)^ l'espagnol bulto. Sont 
inexpliqués l'espagnol nuncay junco (mais franco^ doncas), cumbre, 
le portugais cume où il faut peut-être reconnaître Tinfluence de 
17 (cf. § 128), le portugais chumbo à côté de l'espagnol /^/(ww (et 
port, lombo), le portugais curto (cf. cependant § 52), curvOy 
custUy surdOy urso (esp. oso^ cf. port, tardo), l'espagnol diula (le 
portugais duvida s'explique comme divida), nudo de nodus. — 
L'espagnol conusco s'est réglé sur comigo. — Dans l'italien pagura 
de pavorôy a. -franc, posture à côté de l'italien pastoia^ il y a eu 
échange de suffixe; de même, l'a. -provençal melhura a été assi- 
milé aux formes des verbes en -uràre accentuées sur la désinence. 
C'est également aux formes verbales à désinence accentuée que 
luitCy l^tat (cf. redoit de redûctus) doit son û. Cuide est assimilé 
à cçidier à cause du parallélisme vuidey voidier (vgcitat : vçcitare) ; 
l'alternance ui : oi trouble aussi la conjugaison de stt^iare; estoie, 
estoier passent à estuk ; de là aussi le substantif étui. — Les cas 
où l'on trouve en roumain u au lieu de : cugety urditty culcy 
s'expliquent d'après cugetây urdinây culcà ; curte est étonnant : il 
dérive peut-être du grec xoiipty;. — Lutra a donné naissance à 
des doublets. D'abord le sicilien itridy s'il ne remonte pas à 
èvvuîp(ç avec une prononciation de l'u appartenant au bas- 
grec, montre néanmoins dans sa voyelle une influence du mot 
grec. Puis l'espagnol lutra, nutria et le français loutrey sont, 
comme le témoigne le f, des mots savants; l'italien et portugais 
lountra suppose ^; il en est de même du frioulan, vénitien et 
ferrarais lodre , lodra ; au contraire, le lombard et génois lâdria 
s'appuie sur û; du reste, le maintien du / devenu d au lieu de sa 
chute complète est aussi un fait irrégulier. Le provençal luirUy 
loira de lutria et le berrichon loure paraissent être populaires. — 
C'est au parfait que l'italien /u^^e, le français /«îV et l'espagnol 
huye doivent leur u. 

148. Quelques cas où l'on trouve ou en portugais méritent 
encore une explication à part, ce sont : louçay loucOy choupOypoupa. 
Dans le premier de ces quatre mots , il faut peut-être voir une 
(14 î) influence de lousa ; les trois autres ont ce fait de commun qu'on 
y constate l'allongement d'une syllabe brève du latin vulgaire : 
àli^ — alûcay ûpi^pa — upùpUy pçplus — pçplus. La diphtongue 
peut tenir à ce fait. 



§ 149- ISO- Ç ^^ LATIN VULGAIRE I49 

149. Tout initial devient uo en roumain : waûà (jflld)y 
tel est aussi le cas pour g ancien : uoniy uopty uou. — Dans 
l'intérieur de la Sicile, ç se diphtongue en uo : vuoci, suoli. — 
En français, eu provenant de p et de p est quelquefois réduit 
à « : on trouve sur peut-être sous l'influence de sus y fur dans 
au fur et à mesure à cause de l'absence de l'accent et de la rime, 
prudhomme et mure, à côté d'un ancien meurey qui paraît s'être 
confondu avec meure, mure = matura. 



5. £ du Latin vulgaire = £ du Latin littéraire. 

150. Pour exposer l'histoire de ( du latin vulgaire, il feut 
tout d'abord distinguer deux zones : Tune dans laquelle f se 
diphtongue en ie, l'autre dans laquelle il se conserve comme 
monophtongue. La seconde comprend le piémontais, le génois 
jusqu'à Macerata inclusivement, le lombard, une partie de la 
Haute-Italie, la Sardaigne naturellement, une grande partie de 
la Sicile et enfin le Portugal. Dans la première, les conditions 
dans lesquelles se produit la diphtongaison sont très diverses; 
c'est en espagnol qu'elle paraît avoir le plus d'extension, puis 
viennent le rhétique, le roumain, le napolitain, le français, l'ita- 
lien et enfin le provençal. Cette diphtongue peut ensuite subir 
les développements les plus divers : i( passe à ^ ou à ii, ^, «, i ie; 
passe à w, /f , /. En roumain, le second élément de la diphtongue 
s'est confondu de bonne heure avec ^, et a subi les mêmes 
transformations que l'ancien f, c'est-à-dire : 5, a, ^ (§ 83 sqq.). 
— Enfin dans le domaine de Ye la voyelle est tantôt f tantôt f , 
selon les régions ou selon les phonèmes environnants. 

Pour pouvoir dominer autant que possible l'ensemble de ces 
phénomènes divergents et établir une division fondée sur le 
développement historique, il faut tout d'abord admettre que la 
distinction entre ie et e est du Êiit du latin vulgaire, et rechercher 
les conditions dans lesquelles se produit l'un ou l'autre de ces 
sons. Alors apparaît immédiatement un domaine où le premier 
développement de e est indépendant de la qualité des phonèmes 
suivants. A ce domaine appartiennent le roumain, le rhétique (142) 
occidental, le sicilien, l'italien, le gallo-italien, le français, le 



150 CHAPITRE I : VOCALISME § ISO. 

provençal, Tespagnol et le portugais. Il y a aussi sur ce point 
des exceptions assez peu importantes, du reste, par ce fait qu'en 
roumain, en réthique oriental et en provençal, les nasales 
donnent à Ye une nuance particulière. Le nombre des consonnes 
suivantes est d'une importance considérable : les groupes de 
consonnes empêchent la production de la diphtongue en italien 
et en français. 



Lat. 


METU 


VETUS 


VETAT 


METIT 


PEDE 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Frioul. 


— 


vieri 


— 


— 


pid 


Ital. 


— 


vieio 


vieto 


miete 


piede 


Franc. 


— 


vie:^ 


viede 


— 


piet 


Esp. 


miedo 


viedro 


vieda 


— 


pied 


Sicil. 


— 


— 


— 


meti 


pedi 


Milan. 


— 


— 


— 


— 


pe 


Prov. 


— 


— 


vcda 


met 


Pft 


Port. 


mfto 


vedro 


veda 


— 


pe. 


Lat. 


SRDET 


DEDIT 


REDIT 


PRECAT 


NEGAT 


Roum. 


siede 


diede 


— 


— 


— 


Frioul. 


— 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


siede 


diede 


riede 


priega 


niega 


Franc. 


siet 


'iet 


— 


prieie 


niek 


Esp. 


siede 


— 


— 


priega 


niega 


Sicil. 


sedi 


dedi 


— 


preja 


nega 


Milan. 


— 


— 


— 


prega 


nega 


Prov. 


Sft 


'{t 


— 


pTfga 


neia 


Port. 


se 


— 


— 


— 


nega. 


Lat. 


NEPOS 


CREPAT 


DECEM 


LEGIT 


LEVAT 


Roum. 


— 


criepà 


diece 


— 


liea 


Frioul. 


— 


— 


dis 


— 


jeve 


Ital. 


nievo 


criepa 


diece 


kgg^ 


lieva 


Franc. 


nies 


crieve 


dieis 


lieit 


lieve 


Esp. 


— 


crieba 


dies^ 


Iet 


lleva 


Sicil. 


— 


crêpa 


deci 


leggi 


leva 


Milan. 


— 


creppa 


des 


leggia 


leva 


Prov. 


neps 


creba 


d^K 


— 


leva 


Port. 


— 


— 


dR 


le 


leva. 



Si50. 




E DU 


LATIN VULGAIRE 




151 


Lat. 


LEVE 


BREVE 


PEJUS 


SERU 


FERU 


(143) 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


fiera 




Frioul. 


— 


— 


pies 


sir 


— 




Ital. 


lieve 


brieve 


peggio 


siero 


fiero 




Franc. 


ikf 


brief 


pis 


— 


fier 




Esp. 


lieve 


— 


— 


§ 182 


fiero 




Sicîl. 


leui^ 


brevi 


peèèu 


seru 


féru 




Milan. 


— 


— 


pegè 


— 


— 




Prov. 


lieu 


brieu 


peè 


— 


fer 




Port. 


levé 


brève 




S 182 


fero. 




Lat. 


PERIT 


PERIT 


HERI 


ERAT 


FEL 




Roum. 


piere 


— 


ieri 


— 


fiere 




Frioul. 


— 


— 


jir 


jere 


fil 




Ital. 


— 


fiede 


ieri 


era 


fiele 




Franc. 


piert 


fiert 


ier 


iere 


fiel 




Esp. 


— 


hiere 


ayer 


era 


hiel 




Sicil. 


— 


feri 


— 


era 


feli 




Milan. 


■ — 


fera 


yer 


era 


fel 




Prov. 


— 


fer 


er 


era 


fil 




Port. 


— 


fere 


— 


era 


fel. 




Lat. 


MEL 


GELAT 


TREMIT 


PREMIT 


GEMIT 




Roum. 


miere 


gier 


triemura 


— 


gieme 




Frioul. 


mil 


— 


trime 


prim 


gim 




Ital. 


mieh 


giela 


trieme 


prieme 


gieme 




Franc. 


miel 


giele 


triemt 


priemt 


giemt 




Esp. 


ipetfrf\\c\ 


gela 


triema 


prieme 


— 




Sicil. 


meli 


gela 


— 


premi 


— 




Milan. 


mel 


gela 


trente 


— 


— 




Prov. 


mel 


— 


— 


— 


geme 




Port. 


mel 


gea 


trente 


prente 


— 




Lat. 


TENIT 


VENIT 


BENE 


PETRA 


RETRO 




Roum. 


tine 


vine 


bine 


pietrà 


— 




Frioul. 


ten 


ven 


ben 


piere 


— 




Ital. 


tiene 


viene 


bçne 


pietrà 


drieto 




Franc. 


tient 


vient 


bien 


piedre 


riedre 




Esp. 


tiene 


viene 


bien 


piedra 


— 


(144) 


Sicil. 


teni 


veni 


béni 


petra 


— 





IS2 




CHAPITRE 


I : VOCALISAΠ


§13 


Milan. 


tene 


vene 


bett 


preya 


adree 


Prov. 


ten 


ven 


ben 


peira 


rieire 


Port. 


tem 


betn 


vem 


pedra 


— 


Lat. 


FEBRE 


TENEBRA 


TEPIDU 


TREPIDU 


LEVITU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Frioul. 


fiere 


— 


tivid 


iriepad 


— 


Ital. 


fibbre 


— 


tepido 


trçpido 


lievito 


Franc. 


fièvre 


teniebles 


tiède 


— 


— 


Esp. 


hiebre 


tinieblas 


tievio 


— 


lUbdo 


Sicil. 


febbri 


— 


tepidu 


— 


levitu 


Milan. 


fever 


— 


ieved 


— 


— 


Prov. 


fieure 


— 


tebe 


— 


— 


Port. 


febre 


treva 


tibio 


— 


Uvedo. 


Lat. 


LEPORE 


NEBULA 


MERULA 


HEDERA 


GENERU 


Roum. 


iepure 


niegura 


mierlà 


iederà 


— 


Frioul. 


yeur 


— 


tnierli 


— 


d^inar 


Ital. 


lièvre 


rtfbbia 


ntfrlo 


— 


gfnero 


Franc. 


lièvre 


— 


merle 


ierre 


gendre 


Esp. 


liebre 


niebla 


mierlo 


— 


yerno 


Sicil. 


lebbra 


neggya 


merru 


areddara 


yennaru 


Milan. 


— 


nebbia 


tnerla 


— 


èener 


Prov. 


lieura 


nieula 


— 


— 


§ 162 


Port. 


lebre^ 


nevoa 


melro 


hera 


genro. 


Lat. 


VENERIS DIES VETULU 


EBULU 


EauA 


SEauiT 


Roum. 


§94 


vechiu 


— 


iepa 


— 


Frioul. 


vinars 


vieli 


jeul 


— 


— 


Ital. 


venerdi 


vfcchio 


(bbio 


— 


segue 


Franc. 


vendredi 


viel 


ieble 


iewe 


siewe 


Esp. 


viernes 


viqo 


— 


yegua 


siegue 


Sicil. 


vennari 


vekkyu 


— 


— 


segui 


Milan. 


venerdi 


vecè 


— 


— 


— 


Prov. 


§162 


viel 


— 


— 


— 


Port. 


— 


velho 


— 


egua 


segue. 


(145) Lat. 


MELIUS 


TENEAT 


MEREAT 


MEDIUS 


FERRU 


Roum. 


— 


— 


— 


miei 


fier 


Frioul. 


miey 


tinge 


— 


mieii 


fierr 


Ital. 


mfglio 


tfnga 


— 


ftlfl^O 


ffrro 



§150. 




E DU 1 


LATIN VULGAIRE 


IS 


Franc. 


mids 


tithe 


mieire 


miei 


ftr 


Esp. 


— 


tenga 


— 


(medio) 


hierro 


Sicil. 


meggyu 


tenga 


— 


tnen:(u 


ferru 


Milan. 


mey 


tenga 


— 


tne^l 


ferr 


Prov. 


miels 


teha 


— 


miei 


f{r 


Port. 


— 


tenha 


— 


mm 


ferro. 


Lat. 


TERRA 


BELLU 


-ELLU 


PECTUS 


PECTINE 


Roum. 


titra 


biel 


-W 


piept 


piepten 


Frioul. 


tierre 


biell 


-iell 


— 


pietin 


Ital. 


tçrra 


bçllo 


-çllo 


Pftto 


pettine 


Franc. 


tfrre 


bfl 


¥ 


peits 


peigne 


Esp. 


tierra 


— 


-iello 


peito 


peine 


Sicil. 


terra 


bellu 


-ellu 


pettu 


pettini 


Milan. 


terra 


Ml 


-ell 


peèè 


peUen 


Prov. 


t(rra 


bfl 


^11 


piec 


pieéen 


Port. 


terra 





-fllo 


peito 


pentem. 


Lat. 


-FECTU 


LECTU 


SEPTE 


SEX 


VESPERA 


Roum. 


— 


— 


siepte 


sies 


— 


Frioul. 


— 


yett 


siett 


sis 


— 


Ital. 


'fîtto 


l(tto 


sçtte 


siei 


vfspera 


Franc. 


••feit 


kit 


set 


seis 


vfspre 


Esp. 


'heito 


leito 


siete 


seis 


viespera 


Sicil. 


-fetiu 


lettu 


setti 


sei 


vespiri 


Milan. 


— 


m 


set 


ses 


vesper 


Prov. 


-Jiec 


liée 


set 


seis 


vespre 


Port. 


'feito 


leito 


sete 


seis 


vesper a. 


Lat. 


VESPA 


FESTA 


TESTA 


DEXTER 


GENESTRA 


Roum. 


— 


— 


tiestà 


— 


— 


Frioul. 


iespe 


fieste 


— 


éestre 


— 


Ital. 


vfspa 


fçsta 


t(sta 


dçstro 


ginestra 


Franc. 


guespe 


fçste 


tçste 


destre 


gen{st 


Esp. 


abispa 


hiesta 


tiesta 


diestro 


hiniestra 


Sicil. 


vespa 


festa 


testa 


destro 


yinestra 


Milan. 


vespa 


festa 


testa 


— 


— 


Prov. 


vespa 


festa 


testa 


destre 


— 


Port. 


vespa 


festa 


testa 


destro 


giesta. 



(146) 



IS4 




CHAPITRE 


I : VOCALISME 


§150. 


Lat. 


HERBA 


FERVET 


CERVU 


CERTU 


PERDIT 


Roum. 


ierbà 


fierbe 


— 


— 


pierde 


Frioul. 


ierbe 


— 


— 


ciert 


pierdi 


Ital. 


frba 


fçrbe 


cfrvo 


cfrto 


Pfrde 


Franc. 


frbe 


— 


cfrf 


c(rt 


Pfrt 


Esp. 


yerba 


hierbe 


ciervo 


cierto 


pUrde 


Sicil. 


erba 


fervi 


cervu 


tertu 


perdi 


Milan. 


erba 


— 


— 


tert 


perde 


Prov. 


erba 


— 


cerb 


— 


pert 


Port. 


herva 


ferve 


cervo 


— 


perde. 


Lat. 


PERNÂ 


VERSU 


MEMBRU 


SEMPER 


CENTU 


Roum. 


— 


— • 


— 


— 


— 


Frioul. 


— 


viers 


membri 


§ 162 


§162 


Ital. 


p(rna 


vçrso 


mftnbro 


sftnpre 


cçnto 


Franc. 


pçrne 


vçrs 


§162 


§162 


§ 162 


Esp. 


pierna 


vierso 


miembro 


siempre 


ciento 


Sicil. 


perna 


versu 


membru 


sempri 


ientu 


Milan. 


— 


vers 


S 162 


§ 162 


§162 


Prov. 


— 


vers 


§ 162 


S 162 


S 162 


Port. 


— 


vers 


§162 


§ 162 


§ 162. 




Lat. 


VENTU 


DENTE 


MENTE 






Roum. 


§162 


§ 162 


§ 162 






Frioul. 


§162 


§162 


§162 






Ital. 


vçnto 


dente 


§180 






Franc. 


§162 


§162 


§162 






Esp. 


viento 


diente 


miente 






Sicil. 


ventu 


denti 


menti 






Milan. 


§ 162 


S 162 


§162 






Prov. 


S 162 


§162 


S 162 






Port. 


§162 


§162 


§162. 





(147) Dans des cas isolés, ç apparaît à la place de te. L'italien bene 
(ombr. biene^^ le roumain bine à côté de ^ine^ et le français bë à 
côté de bien sont les formes atones de l'adverbe, cf. bë adv. byà 
subst. en Champagne. On explique de même par l'absence 
d'accentuation, l'italien, esp. era^ a.-franç. ère à côté de l'a.-fran- 
çais iere provenant de ërat. L'italien legge peut tenir son ( de 
Ifggerey à l'infinitif un f antépénultième semble ne pas se diphton- 



s 150. 151. E DU LATIN VULGAIRE ISS 

guer, cf. Verterdiy pecora en regard de quoi licvito paraît avoir 
emprunté k à lirve. Ve paraît être bref dans lenSy lendis à cause 
de l'italien Undine^ vénit. ^enderuiy bolon. yenderuiy esp. liendray 
malgré le calabrais lindinây campob. linene. Bestia n'est pas clair; 
l'irlandais beist et le kymrique bwyst témoignent en faveur de ^, 
f est attesté par l'italien besitUy l'a.-français bçstCy le wallon bUstCj 
l'italien bfscio et par les formes indiquées p. 166. 

iSi. n y a encore une remarque à faire au sujet de la répar- 
tition de e et de i^ telle qu'elle apparaît dans ce premier coup 
d'œil. Dans l'Italie du Sud, les conditions dont il est parlé au 
S IS2 prédominent généralement, toutefois la diphtongue 
paraît manquer complètement à Tito Lésina, dans la province de 
Bénévent (on trouve toutefois à Bénévent tietupt) et au Sud de 
Lecce au cap S. Maria di Leuca. Au contraire, dans d'autres 
régions on constate que la diphtongue a beaucoup plus d'exten- 
sion, tel est le cas à S. Giovanni Rotondo : ciartay ciartiy priagu, 
succiassey -matity mais tempu et -end pour le gérondif et le parti- 
cipe présent. On trouve à Canosa di Puglia : limby succisSy vindy 
mais nomin. plur. certCy i" pers. sing. veé^; à Bitonto : tiemp 
msàs pers'y de plus amples recherches sont donc encore néces- 
saires dans cette région. — Au Sud et au Sud-Est de la Toscane, 
en Ombrie et à Ascoli, e entravé se diphtongue aussi, mais 
comme en florentin, indépendamment de la voyelle'suivante : 
viengOy tiempOy tierra. Au Nord, le padouan rejoint le frioulan : 
viersay piersUy priegOy brievCy et est en opposition avec le véro- 
nais qui, de même que le lombard, échappe à la diphtongaison; 
dans le Tyrol les tendances les plus diverses paraissent se croiser. 
— Dans le français du Sud-Est, les conditions sont les mêmes 
que dans le français du Nord, seulement la diphtongaison n'a 
pas lieu dans les monosyllabes latins : mely fely devant les muettes 
suivies de r, et devant ^; Ye se développe ensuite comme ^, 
cf. cant. de Vaud maiy laivrUy maidio (tnedicus)y frib. nuiy lavra 
tandis que le latin pede devient pii. Le fribourgeois M ne permet 
guère de remonter à *nierf de nervtiSy mais autorise plutôt à 
supposer *nerviiiSy esp. nerbiOy prov. nervi. Sex a donné régu- 
lièrement sieis (§ 1S4) d'où kis dont la diphtongue est ensuite (148) 
traitée comme et ancien. — La France du Sud-Ouest, particu- 
lièrement le Poitou et la Saintonge, qui sont d'accord avec le 



156 CHAPITRE I : VOCALISME § 151. I52. 

Nord pour le traitement de a libre (§ 6, p. 13 sqq.) ne con- 
naissent pas Uy mais seulement e, même pour le traitement 
de a après les palatales; ils sont donc d'accord sur ce point 
avec le provençal dont ils sont limitrophes. Cest le § 158 
qui permet de conclure que ce phénomène n'est pas une 
réduction de te k e. — le a passé aussi de l'Espagne dans les 
vallées supérieures du Gers : yere (erat)y enhier {infernum) à 
Gedre. On a déjà remarqué au § 6, p. 15 que les dialectes voi- 
sins des frontières du Portugal, v. g. celui de Miranda, pré- 
sentent aussi ky et qu'inversement le galicien offre e. — Enfin le 
wallon diphtongue aussi Yç entravé comme l'espagnol et le rou- 
main ties (testd)y fifs^ bifSyfinifSy etc. 

a) Changements conditionnels de ; , te. 

I. Influence d'un phonème précédent. 

152. Les destinées de f dépendent de la voyelle que renferme 
la syllabe suivante : devant «, i, Ve passe à te respect. #, devant a, 
e, Oy il garde sa valeur d'f . Le nombre des consonnes suivantes 
est indifférent. Ce traitement se rencontre en napolitain, en 
APULiEN, et aussi plus au Nord jusqu'à Alatri, à Campobasso, 
dans les Abruzzes, sans que les limites exactes puissent encore 
être indiquées à l'heure actuelle, à Modica, à Noto, à Avolo 
(Sicile) et aussi dans la Rhètie occidentale. Il est vrai que ié 
apparaît à Lecce, à Campobasso et dans la Rhétie occidentale, fe 
en Calabre et aussi à Naples, ç à Alatri, ia à Nicastro, S. Pietro 
Apostolo, ii à Tarente et i à Martina Franca. Cf. lecc. : era, yeriy 
meretUy tniereti, meretUy leu (Jevo), liei^ lea^ tieniy tenCy tenenu, 
pedey piediy miedekuy miedeciy terrUy erme (yermis)y iertniy servuy 
sierviy servey estu Ç*vestd)y iestiy estey dentey -enduy nieddu (anellus), 
nieddiy pedde, pieddiy testUy tiestUy liettUy -mientUy etc. ; — calabr. : 
s{tte, ffhy dfcey prlegUy prlegiy prega^ mkdikuy predihiy vkntUy tktnpUy 
vkkyUypçtrUy vfkya; remarquez nçntey etc.; — Alatri : mel^, pçkurUy 
mft^ (met6)y mti, mçtey preâUy sçr^ (seru)y yel^ (gelu)y pçâe^ pçâiy 
kgî (fc^^)> l^h nt^rd^y merdiy pellUy spnprey eruay fista, settey 
dfntey dpttiy skupçrtÇy skupçrtiy UrT^y ter^ay vçkyty vçkya. De même, 
roumanche : kr (J)ert)y pkra (pereat) à côté de veder (veteretn)y 



§ 152-154- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E I57 

fdj desUy tient, yester (exterus), mietSy anciet (inceptuni), i = -ellus (149) 
(§ 171), mais -els (^llos), -eHUy uffiern, disiert à côté de esters 
(exteros^y esterUy ntetsUy ancettUy serp, terms (sur tierniy vierm, ^erm 
V. la flexion), terra, temps, setyfestUy dserta, etc. A côté de ié, on 
trouve fe à Muntogna et à Domleschg, et même dans cette dernière 
région on rencontre i devant r : uvirn, ufirtiy etc.; en engadin, 
on trouve un e simple : d^y fr, etc., qui, à Bregaglia, a continué 
de se développer en ei : diV, deis, feil, veider; il y a à remarquer 
Tierf dont Yn atteste un ancien ie. Dans le Tyrol, on trouve, 
Tun à côté de l'autre, ie et e lombard : ie à Greden, Val Passa, 
Buchenstein, e à Enneberg et à Badia. Aux frontières du Sud- 
Ouest, en présence du lombard, ie n'est resté qu'à Onsernone 
(Tessin) : ti^mpy mi^dru, aviçrty ani^ly liçc, miets mais m^dT^a, 
ved^ldy vega; ici aussi on trouve la réduction à i au lieu de iV- 
Ce qui prouve que le degré qui précédait i est non pas iç mais 
içy c'est d'abord la présence de iéy et ensuite l'existence de 
formes telles que k'impy vyint (tempuSy ventus) qui ne peuvent 
venir que de tiémp, vient. 

153. Palatale. La rencontre d'un f et d'une palatale sui- 
vante donne lieu aux phénomènes les plus hétérogènes. En 
effet, Vi peut amener la réfraction de Ve précédent en ie, mais 
il peut aussi, inversement, en exerçant une influence dissimilante, 
empêcher la production de ie : dans le premier cas, i forme 
alors avec ie la triphtongue iei, qui, à son tour, peut se simpli- 
fier de plusieurs manières : en ie, en ei ou en i. 

154. On rencontre le premier processus sur toute l'étendue 
de la France. En français et en provençal un ç entravé origi- 
nairement produit la diphtongue si l'une des deux consonnes 
suivantes passe à i; en outre, en provençal la diphtongue est 
encore produite par un ç libre suivi de j. On trouve donc : 
rouerg. liée, despieè, sifiSy biel (vetlus)y piçiy ier (^heri); nontr. 
liç, deipi^y siei, miei (melius^y viel'; narb. mieSp (média); land. 
rit y Hs; gasc. Feit dont 1'/' suppose ie (cf. anere = *annarîa); 
brianç. sieiiy tieiiery despieiè, mieil'; ce traitement est commun au 
catalan où iei est devenu i (§ 237). Nous devons aussi admettre 
pour le français du Nord /««>;(, miei, etc., dont le sort ultérieur 
est exposé au § 1 57 et sqq. Ce qui prouve qu'il faut poser comme 



158 CHAPITRE I : VOCALISME § 154. 155. 

étapes du développement phonétique non pas pectus > piec- 
tus > piei^y mais /«:(, pieiTi^ c'est l'exemple de septem qui n'a 
(iSo) jamais été siept. Il est difficile d'expliquer le français nice de 
nesciuSy ipice de specieSy l'a.-français Grice Graecia^ et aussi nike^ 
piàty tiers. Dans *nfptiay e est suivi de la même combinaison de 
consonnes que p dans nçptia (§ 146), et cependant ce dernier 
ne présente aucune trace de diphtongaison; il est donc à 
supposer que, pour le premier, le masculin nies est en jeu. Au 
contraire, pour les trois premiers cas, il semble que devant k* 
palatal, non seulement e se réfracte en te, mais qu'un i se 
développe du â^, fait qui, du reste, est étonnant en regard de 
l'a.-français /ace de faciès. Devant /'simple dznspetia (non devant 
/ redoublé *nottia de twptid)^ même précédé de r, la diphton- 
gaison aurait eu lieu sans développement de i. 

Sont d*un autre avis sur ces cas, Grôber, Mîscell. fil. rom. 46 et 
Zeitschr. XI, 287; AscoLi, Arch. Glott. X, 84, 269, qui, avec 
HoRNiNG, Lat. C 22, attribue la diphtongue de nUuy pièce, tiers à 
l'influence de Vi sans s'expliquer ni sur la manière dont il faut com- 
prendre cette influence ni sur la différence de traitement de rtfptia et 
de nçptia. 

Enfin dans ebrius Y( suivi d'une explosive + r est diphtongue, 
et l'i, comme c'est toujours le cas pour ri (§ 519), se fond dans 
la voyelle tonique : iebriuy *ieibrUy ivre. Il en est de même pour 
le suffixe -^ium dans cimetirey empire^ maestirey avoltire^ matirey 
mestire : dire Rose I, 1 10. Tous ces mots se dénoncent comme des 
emprunts mi-savants par la conservation de Ve final; mais leur 
introduction est si ancienne que leur ^ a pu passer à te. Sont 
encore plus anciens chantier et moutier dont la désinence a été 
assimilée à ier provenant de arius; cimetière et matière sont plus 
récents, mais présentent la même assimilation de suffixe ; matière 
est une forme tout à fait récente. Par contre, l'a.-français est 
mestier remonte à est ministeriy comme le montre l'italien mes- 
tieri. Ce phénomène paraît aussi se rencontrer dans le rhétique 
central : Greden pries, liet, licier, spiedl (en regard de quoi vedl 
est étonnant), mies (melius), pià, hiesa, mais v. gyfdta, set. 

155. On rencontre le second cas à Lecce où ie passe à e 
quand un y se trouve dans la syllabe suivante : ekyu (vetulus^, 
spekyuy sempyuy superkyu, megyu, etc. Par contre, dans les mêmes 



$ 155- 15^- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE £ I59 

circonstances, k diphtongaison de { n'a pas lieu (cf. les exemples 
du S 185). Les dialectes de l'Italie du Sud, dans lesquels le pre- 
mier élément de la diphtongue est accentué (fe), ne connaissent 
pas cette dissimilation : calabr. vkkyu. Il a donc dû exister ici 
anciennement une forme telle que viékyUy qui n'est devenue 
vekyu que par le fait d'une dissimilation postérieure. — Le 
ROUMAIN vecbiu s'explique aussi de la même manière. 

156. En ESPAGNOL, un i immédiatement suivant empêche le (151) 
développement de la diphtongue : lechoy pecho^ despecho^ provecho^ 
seisy set (iaft), greyy peitUy maderdy ten de */e«, */wt, espejoy eje 
(exit)y en regard de quoi înejo a été influencé par viedro. — E 
persiste également quand il se trouve en hiatus devant un i sui- 
vant : />r«( {pretiufn)y en regard de quoi preces (jpreces) est un mot 
savant (cf. die^ et le doublet prieces). On a aussi nerviOy soberbiOy 
pemioy d'où penw. Mais si l'hiatus est de date récente, il se 
développe le son te qui passe ensuite à i : tepidus : tievio (cf. tebio 
Alex. 1125, 153 1), tivio et la conjugaison. De même -elluSy 
par l'intermédiaire de -iellOy passe à -ielo (§ 545) qui se rencontre 
dans les anciens textes et encore aujourd'hui en asturierl, mais 
qui a passé à ih en castillan : capiello Gd 1581, ensicllan 1585, 
skias 3 583 , castiello 28, castiella Berceo D. 1 50, etc., mais aujour- 
d'hui siUUy castilloy cilla. Ces cas où îi — j passe à i prouvent 
avec certitude que lecho ne remonte pas à lititOy mais à IdtOy et 
que, par conséquent, devant / la diphtongaison n'a pas eu lieu. 
Cette hypothèse est encore attestée parles faits suivants. Le latin 
servire se conjuge de la manière suivante : sirvOy sirveSy subj. 
sirvay etc. On attendrait serviOy siervesy siervty subj. servia. le a 
d'abord été transporté à toutes les formes à désinence accentuée : 
sierviOy sierviay d'où phonétiquement sirviOy sirviay et ensuite sir- 
veSy sirvCy enfin l'j a disparu comme dans tous les autres verbes. 
Mais vente donne régulièrement venjOy puis vengo : ici il n'y a 
pas eu d'influence de la 2* pers. sing. sur la première, par 
conséquent Ve régulier pouvait rester. Parallèlement, on trouve 
en portugais ^ à la place de f quand il y a un | dans la syllabe 
suivante : gmioy gpniay meio = m^iumy peky esp(lho, t^rtno de 
termhoy sub^ba, nçrvOy tçrço. Sur d'autres cas où l'on trouve c 
au lieu de f, v. la formation des mots. Par contre, i apparaît 



l60 CHAPITRE I : VOCALISME §156-158. 

dans tibiOy diT^inuiy pirtiga de t^bio, etc. (§ 80), sans qu'on en voie 
exactement la raison. On peut encore mentionner ici canaherla 
= canna ferula parce que c'est aussi la dissimilation qui explique 
la présence de e au lieu de ie. 

Cf. J. Cornu, Rom. XIII, 286, où il y a bien des remarques 
déplacées. 

157. En FRANÇAIS ie + i passe à i dans une zone qui s'étend 
à rOuest jusqu'à Bernay et Orléans, au Sud jusqu'à Nevers et 
Autun, à l'Est jusqu'à Joinville et Reims : six^ lit, dépit^ pi:(^, 
tistrCy confit^ profit ^ dix, prie, lirty nie, mi, nice, cf. encore pigne 
Brut 3905, en regard de quoi le français moderne peigne est 
refait sur les formes du verbe accentuées sur la désinence. 

(152) Tandis qu'on peut regarder avec certitude ici comme le point 
de départ du développement propre au français du Centre et 
au picard (cf. § 154), on trouve dans l'Ouest et dans l'Est ei 
respect, if, dont le rapport avec fi est beaucoup moins clair, et 
qui méritent encore un examen approfondi. Il faut remarquer 
aussi que le degré iei n'est plus conservé nulle part; dans le 
Roland fi ne rime pas avec /; les autres monuments primitife 
ne permettent de tirer aucune conclusion. 

158. Dans le Sud-ouest ei apparaît dans le Sud du Cotentin, 
en Bretagne, dans l'Ille-et-Vilaine, le Maine, l'Anjou, le Poitou 
et la Touraine. La partie méridionale de ce domaine ne connaît 
pas je provenant de ç (v. § 151), on pourrait donc croire que 
fi y existe de toute antiquité et qu'il a pénétré de là dans le 
Nord. Mais le fait suivant va à l'encontre de cette supposition. 
Cette région a en commun avec le provençal f au lieu de ie, or, 
justement en provençal ei passe à iei. On devrait alors supposer 
que, dans une zone située entre le français et le provençal, e a 
persisté comme en provençal tandis que, contrairement à ce qui 
s'est produit dans ces deux domaines linguistiques, fi ne se 
diphtongue pas en iei, hypothèse qui doit être écartée à priori. 
Il vaudrait mieux admettre que c'est sous l'influence des dialectes 
du Sud que e a supplanté ie, puisque cet f , ainsi que cela a lieu 
dans les cas analogues, a étendu ses limites et s'est aussi substi- 
tué à la diphtongue iei. L'histoire de ie provenant de ta (§ 261) 
et celle de ci (§ 190) parlent en Éiveur de cette hypothèse. 



s 159. 160. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E 161 

159. Au NoRD-OuEST on trouve ie dans le Nord du Cotentîn, 
dans le Bocage, aux environs de Caen, dans le Bessin, à la 
Hague, au Val de Saire et dans les îles anglo-normandes. Dans la 
Normandie orientale, Vi provenant du Centre a pénétré jusqu'à 
la Touques. L'accent porte sur la première ou sur la seconde 
partie de la diphtongue, selon lej régions; il semble que la 
forme primitive soit ki qui s'est ensuite simplifié en k et s'est 
plus tard changé en grande partie en ié. On a donc v. g. dans 
le Bessin : dii (dtcetn)y medi (fnidt)^ sié (sex), liiy piérCy etc.; à la 
Hague : ifei, ski^ Iki^ etc.; au Val de Saire : (Ufy sify //{, etc. A la 
Hague, en regard de depki^ on est étonné de trouver ûe dans sûere 
(sequerè), lucre (Jegerè)^ et dans vues (vetlus ou vêtus?) et mues 
(tnelius). Il ne peut guère être question d'un changement spon- 
tané au sujet de cette transformation extraordinaire de ki; il (153) 
semble plutôt que le phénomène soit dû pour les deux derniers 
exemples à la labiale précédente, et pour les deux premiers à la 
labiale suivante; lûere est formé d'après sûere à cause de l'équi- 
valence de ski (^sequii) et de Iki (Jegii). 

Sur les limites de ie et de i, cf. P. Schulzke, BeUmUs ^ -\- i und 
p + I in der normannischm Mundart, Diss. Halle 1879 ; v. là-dessus 
JoRET, Rom. X, 258 et Mélanges de phonétique normande 55-57; 
XXIV-XXVI; HuBER, A. H. LXXVI, 178-201. 

160. On trouve aussi dans l'EsT (i provenant de d; le wallon, 
le lorrain et une partie de la Franche-G)mté sont dans ce cas : 
ce sont, en grande partie, les mêmes régions que celles où ( 
libre passe à fe, i (§ 178). Seulement à Metz, à part un petit 
nombre d'exceptions, Vi du Centre s'est introduit partout; les 
textes anciens présentent aussi presque sans exception /. Ce n'est 
qu'isolément qu'on rencontre dans Phil. de VigneuUes enmey 
13, parmey 32, 47, etc.; mais d'après enemey 68, amey 69, on 
peut condure qu'il prononçait enmi, parmi, en dépit de son 
orthographe archaïque. Mais 6ut-il admettre que cet fi remonte 
à un plus ancien ki, ou bien qu'on a ici une région où e entravé 
suivi d'une palatale ne se diphtongue pas? L'ancien tfi passe 
ici comme partout à i (§ 105); toutefois ce fait n'est pas abso- 
lument probant parce que la plus ancienne forme de ei, si le 
premier élément se diphtonguait, était i{i. L'J de Sei lat. sex, 
lorr. m ne suppose pas la présence d'un ancien /, mais s'est 

lima, Grammtttn, il 



léa Chapitre i : vocalisme § 160-162. 

assimilée à i finale; ^sfquere, sicat ne présentent jamais d'I. 
Le wallon sihy dih à côté de le (lectus) pourrait parler en faveur 
de ici : de *sieisy dieis seraient venus sidi^ dieBy puis, de même 
que d'un ancien te, sihy dihy tandis que lectuniy par l'intermé- 
diaire de lieity kity aurait donné plus tard Içt, Iç. Mais un coup 
d'oeil jeté sur le développement de oct et ox montre que cette 
série est inadmissible, cf. ût de «iV, çit — octo à côté de hoh 
venant de koise = œxa. En outre, dans cette région, le déve- 
loppement de f en fe qui est devenu i est assuré (§ 175); à plus 
forte raison ici aurait donné non pas ^, mais i. Il vaut mieux 
admettre que nous nous trouvons dans l'Est en présence d'une 
région où, contrairement au reste de la France, f devant les 
palatales ne passe pas à le, mais, par l'intermédiaire de fi, à ^ et 
enfin à ^. — En bourguignon fi passe à f ou à a, ainsi à Bour- 
berain : /5r, et à oy à la fin du mot : /oy, pay. 
Cf. HoRNiNG, Franz. Stud. V, 449, Rem. 3. 

161. Dans les régions de f, une palatale suivante change f 
en # : Giudicaria ^ïVf^a, ^(Z, H (-f^), ^^ pçit^ Sulzberg d'ç^o 

(154) Ç*eccl{sid)y ayçriy tçbiy fradei, ou en i dans la Haute-Engadine et 
en partie dans le patois du Nidwald : ving (venio), signer^ mily 
mikry vily prit et ellum — il (plur. els) dans Bifirun tandis que 
le parler actuel laisse s'introduire f . 

162. Devant les nasales, en provençal, en bourguignon 
et en partie dans le français du Sud-Est, ^ apparaît au lieu de 
f respect, ie : a.-prov. Af, r#, g^; firib. i/f, /|, bè tandis que dans 
les autres cas on rencontre la diphtongue ie. Le même fait appa- 
raît devant « entravée (cf. § 89 sqq.). En frioulan f passe à i 
dans les deux cas : ^«rwr, vinar, ^itnuly timpy sinty etc., en 
regard de quoi tenar et premi entrent à peine en considération, 
tandis que ben s'explique comme l'italien bfne (p. 154). Comme ç 
dans la même position ne passe pas à 1, on ne peut pas admettre 
l'hypothèse que tçmpus soit devenu t^mp et de là timp comme en 
roumain (§ 94) et on ne peut pas regarder comme forme fonda- 
mentale tiemp. — Tandis qu'en outre ie persiste sans change- 
ment en français devant les nasales : byèy ryëy on trouve dans 
l'Est et dans l'Ouest le changement déjà constaté pour ë et è 
entravés : Rive-de-Gier tsô (tempus)y ryôy iyô (^inseme[)y poitev. 



§ l62. 16$. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE £ l6^ 

byày etc. — Le milanais aussi a c^ty d^ty r^nd^ etc., en regard 
dQfçstUy pecy stflla. Enfin le portugais exige toujours # devant les 
nasales. 

163. Devant les vélaires, f, te persiste sans aucun change- 
ment. Toutefois les dialectes provençaux offrent la diphtongue 
ici conmie devant i : à côté du rouergat n{u (nfoe § 115), Ipiy 
grpiy tfunty on trouve : bas-auv. fciïû?, haut-auv. belieu. Dans la 
France du Nord et en Rhétie, cet ieu continue de se développer 
comme ieu provenant de f + « (§ 38). On a donc v. g. Toum, 
tnials ni, s, XDC, 20, qu'il £iut lire miauSy bress. viaUy miauy 
comme fiau (Jiliu). Inversement, à Arras, ieu est réduit à yû : 
myûy vyû. El ou eu provenant de el entravé n'apparaît à peu près 
plus dans la France du Nord. Les manuscrits normands et anglo- 
normands offirent encore euy mais de bonne heure il se déve- 
loppe entre l'f et Vi ou Vu le son furtif a; beals se rencontre 
déjà dans le Psautier d'Oxford ; iau passe ensuite à eàuy iàu : le 
premier développement se rencontre surtout dans le Sud-Ouest 
et dans l'Ouest , et le second dans l'Est et le Nord-Est. Au 
Centre les deux orthographes apparaissent , mais eau a fini par 
l'emporter. Toutefois il est possible que la différence ait été 
purement graphique puisque les formes françaises tuyauy préau de 
pra-yauy fléau àefla-yauy boyau attestent la présence de iau et que 
les chartes parisiennes du xiv* siècle, de même que le parler 
actuel des environs de la capitale, témoignent aussi en feveur de (155) 
I. La forme yaw se trouve maintenant dans la Mayenne, yo en 
Anjou, et, dans l'Est, à Jujurieux; au Nord-Est on rencontre ea de 
même que a pour ai; on a aussi ya à Bourberain et en bourgui- 
gnon. Ai (c'est-à-dire f ?) du Morvan et des Ardennes, iai des 
Fourgs ne sont aussi sortis que d'un plus ancien a. — A Paris, 
Erasme exige eau, Meigret et Peletier eao, Ramus et les suivants 
(6; toutefois d'après Peletier, Th. de Bèze et Dumas, io est plu- 
tôt parisien; Saint-Lien (1581) regarde comme la prononcia- 
tion de la cour, et c'est elle qui règne à l'exclusion de toutes 
les autres depuis le xvni* siècle. — Du reste, l'histoire de ell en 
France est très compliquée parce que presque pour chaque mot 
il y a eu des doublets dont l'un reposait sur ell et l'autre sur ellsy 
dont l'un, par conséquent, présentait le changement de / en ly «, 
tandis que l'autre conservait /, ou la laissait tomber plus tard. 



164 CHAPITRE I : VOCALISME § 163-166. 

Ainsi, V, g., en normand à côté du singulier en c, il y a un 
pluriel en ia^ et on y trouve non seulement sio^ vio = cieily vieily 
mais aussi byo^ pyo de bellus^ pelliL II semblerait donc que ell à 
la fin de la phrase a passé à ç, qu'il a donné eu^ ieUy iau, io 
devant une consonne suivante, mais que devant j on a eu iaus, 
iaSy ta. Cette question se mêle si étroitement à Thistoire de la 
flexion qu'elle ne peut être traitée qu'avec elle. 

Sur la représentation de d dans les plus anciens manuscrits fran- 
çais, cf. FoERSTER, Zeitschr. I, 165-167, quant aux patois modernes, 
V. Ch. Joret, Extension 1 1 1 ; J. Gilliéron, Rom. XII, 400 ; Rev. 
Pat. G.-R. I, 33-48. 

Le bas-engadin ofire aussi eau : uéeauSy vdeaus, kasteauSy etc. 
2. Influence d'un phonème précédent. 

164. La réduction de ieà,e après les palatales a lieu en rou- 
main : gemy cer, cerby cer, serby tarrày etc., d'où il résulte que iea 
passe aussi à ia : nuiâ (novelld)yfiarày piairày etc., eteaia : ceapa 
prononc. èapà; Lecce : ientUy tervuy âefaluy atedduy leluy sen-- 
nerUy etc. Pour le français, cf. § 260. En italien la réduction n'a 
lieu qu'après g : gcloy gemCy mais cieloy cieco. 

165. On trouve aussi après J? la réduction en italien : rue 
(rficit)y crepay prega, grève, trenuiy dretOy prête, et en roumain : 
prêt; le phénomène a encore lieu en roumain après n : innée. 
Après la réduction, e, ea peut être rendu guttural sous l'influence 

(is6) d'une r précédente et passer à ra, *râa, ra :pràd {praedor), prada, 
cràpy ràu; toutefois ce phénomène ne se produit pas avec plus 
de régularité que pour i. 

C'est à tort que Bâist, 697, admet ce phénomène pour l'espagnol; 
presto, tre^e ont un p ; sur ^eiç, v. § 1 56. A côté de gresca on a griescOy 
gfiesgOy le premier mot est formé de grescdr. Il ne reste donc que 
brève à côté de grkgo , grieto et beaucoup d'autres. 

166. L'influence des labiales sur § entravé est tout à fait 
isolée; elle se rencontre v. g. à Gérardmer : vu4 (vermis)y evuiy 
devuéTy pueii {perticd) ; dans le Pas-de-Calais : foete (Jesta) à 
côté de tête. Cf. là-dessus § 280. On peut aussi mentionner ici 
les formes roumaines crunty junc, june de cruentus, etc. 



s 167-169. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE E l6S 

167. E entravé conserve en italien, en français et en portu- 
gais la valeur qu'il avait en latin vulgaire. Mais dans la France 
DE l'Est il passe à ç, ainsi à Metz : /^r, ivfr, t(ty pet {perdre)^ p^ 
ip^à6)y j( (Jer)i trevff Qravers); toutefois, le Êiit n'a pas lieu 
devant // (§ 171). Le passage de e à (y ('tst lié au changement 
de quantité : ë par suite de l'allongement devient (. Tel est 
peut-être le sens qu'il 6ut donner avec Horning à beeste des 
Serm. de saint Bernard, ainsi qu'à enfeir Psaut. lorr. 48, 14. Du 
côté de la Franche-Comté apparaît f, cependant on trouve 
encore aux Fourgs : çtre^ prciCy fn^trOy apr^; de même dans le 
Nord, à Seraing : pe^ fc, formes qui présentent e et non ( ou c. 
— Les Ëdts sont les mêmes dans la giudicaria que dans la 
France de l'Est : bçl, p^l, etc., mais -fia. 

168. En ROUMANCHE, f, dans les cas où il ne devient pas te 
(§ 152), subit une réfraction vocalîque et passe à ea : siarp. 
tiarra, sediala^ siaty fiasta, miatsay etc.; on trouve aussi i^ en 
engadin excepté devant s (§ 170) : vierrriy iienty infierUy tandis 
qu'à Soglio on ne trouve que a tout à fait ouvert [: bàlly fasSj 
màsàllay tàrrUy sàt etc. 

L'Italie connaît aussi cette réfraction vocalique; on la trouve : 
au Sud, à Castelli (Abr. Ult. I) geanty vedeanu (vedendo), meanty 
eak (eccd)y beally mutneant; à S. Eusanîo del Sangro : niyandCy 
tambcy balle y mats^y akkey et au Nord, à Castelletto sul Ticino : 
teampy skeartSy lea (let)y meanty et à Porto S. Giorgio : a, tàmpOy 
tàrray bàlhy vanko Çvenio) à côté de certOy successo, 

169. Combinaisons avec R. On trouve très fréquemment à 
ou a devant r entravée : en RHÈTiauE, Greden : dâviàrty iàrba ; 
frioul. : nfiarn, itiarniy fiarr; Buchenstein : pierdey tierray fierity (157) 
mais letty fenestray etc.; — en français, dans les villages situés 

sur le versant oriental des Vosges : tyÇy tyçfy yfrby pyfd et aussi 
Jyay fyar (Jermé) etc., aux Fourgs : tarmouy tarOy morv. : farnUy 
vardy infary tarrCy /ar, bourg. : tarrey garrey arbe, anfar, etc.; en 
provençal, à Toulon : tearroy peardrCy vear et tunearra, et encore 
dans d'autres patois; dans la France du Sud-Est, à Lyon : parii 
(pertica)y tfar, «ar, desary far y et aussi vard (viridis)y mais serra, 
guerray terra, au Val de Travers (Neuchâtel) /ar, tarrOy arba, 
var, etc. On est étonné de rencontrer ^ provenant de f devant r 



l66 CHAPITRE I : VOCALISME §169-171. 

dans les patois rhètiques, à Bregaglia : vcrm, inv^m à côté de 
/fr, set^ Val d'Ampezzo : p^rde^ t^rrUy tandis qu'ailleurs f per- 
siste. — Enfin, on peut encore mentionner ici les curieuses 
formes du Lodefç4 (Jerrum)y afçi (infernuni), vgé (yermis) dans 
lesquelles on ne peut guère voir l'influence de la consonne 
labiale à cause de nçé; on y trouve aussi, en regard, terra, erba, 

170. Combinaisons avec S. Dans la France du Sud-Est, ç 
devant s passe à ci qui persiste au Val de Travers, dans la partie 
Est du canton de Vaud et à Vionnaz , passe à î dans le Centre 
et le Nord-Est du canton de Vaud , à Neuchâtel , Fribourg et 
dans le bagnard, et à ç dans le reste du canton de Vaud, dans 
les dialectes neuchâtelois de la montagne et à Jujurieux. 

Lat. WESPA VESPERU TESTA FESTA FENESTRA BESTIA 

Vionnaz weipa veipre teita feita feneitra beita 

Cant . de Vaud . mipa — tita 

Fribourg — vipru ti^a 

Neuchâtel w^pa v^pr^ Uta 

Jujurieux w^pa vçprç t^ta 

On trouve aussi dans la Meuse : îty Hte, fite, prit {prêtre). A 
Vionnaz on rencontre ître, bo ipr^ (Jbonu vesperu) à cause d'une 
forte accentuation : ftrg mais teitè, ipr^ mais veipri. 

Il y a encore à citer des formes de la partie orientale du 
département de la Creuse : H^tyo, fenietro, fietOy ietfy viepra, 
prietf mais preito {prçstOy § 295 ) : f passe à { long ouvert qui se 
réfracte ensuite en i(. 

Enfin, en engadin, f devant st passe non à ie mais à ei : eister, 
adeistrUy reisty feista, /neistrUy et, parallèlement, on trouve à 
Bormio non f, mais ^ : festa, Bregaglia veit, teita ou veisty teista, 

(158) 171. Combinaisons avec L. Il y a une distinction à faire entre 
{lia et çllum, ellus. Ellum et fllus offrent dans la Suisse fran- 
çaise et en roumanche un traitement particulier. Le résultat est 
le même que pour ç devant s entravée (§ 170), cant. Vaud : 
peiy bei respect, /jç, H^piy W, neuch., frib. : W, etc., Meuse : W, 
fiaiy wopi. Dans ille et paxillum, ill est traité de la même manière 
que elly capillos ne se rencontre pas, met suit un développement 
particulier. Il est à remarquer que follis montre aussi le même 



fita 


finitra 


bita 


Ma 


fini^ra 


bi^a 


fita 


fen^^a 


bçta 


fita 


finitra 


bita. 



s I7I-I73. RAPPORT DE E ET DE lE 167 

traitement que f + s entravée, ce qui n*a pas lieu pour molerCy 
pollicem (§ 209). Pd remonte donc probablement à pdsy forme 
qui représente le nominatif singulier et l'accusatif pluriel, d'où 
pesy peij pei. Sur mf/, v. § 238; sur i7&, v. la flexion. — Dans 
TOberland, à Domleschg, W, utsi, vadi mais pialy plur. 
bialtSy etc., et, en outre, nul vallée du Blénio bil exigent une 
autre explication. Le groupe // s'est d'abord réduit à ^(5 545), 
f a passé à i^ (v. § 152), puis ici ^ continué de se développer 
en i^y ijy *. — Pour l'histoire postérieure de -ellus il y a lieu de 
renvoyer au § 161 ; l'histoire de -ella est obscurcie par le fait que 
fréquemment des formes du masculin ont troublé le dévelop- 
pement régulier. On trouve très souvent une réfraction voca- 
lique en ealla, alla, v. g. dans le français de l'Est, lorr. bal^ 
novaly saly formes dans lesquelles a se développe ensuite comme 
a provenant de ^ ; bol y ncvoly sol (cf. § 112). La Franche-Comté 
et la Bourgogne connaissent aussi cet a et rejoignent ainsi le 
français du Sud-Est : Jujurieux, neuch., frib., cant. Vaud, 
valais. baUy baies. — Il faut aussi citer les formes du rhétique 
occidental : roumanche biallUy Trins béalla. On peut se deman- 
der si cet a (p) repose aussi sur ea et si par conséquent là aussi 
il y a eu développement d'un son furtif entre la palatale et la 
vélaire, ou bien plutôt s'il n'y a pas eu changement phonétique 
direct et passage de la voyelle palatale suivie de i vélaire à la 
voyelle vélaire. Ce dernier phénomène paraît plus vraisemblable, 
car, dans une région où eau passe à iaUy ioy * beala aurait conti- 
nué de se développer en jala. 

172. Un ( OXYTON passe souvent à ^; cf. Val di Sole endriy la 
llzg}iQers4yf({(Jerrufn)y if(, ivi. La diphtongue ie subit aussi sou- 
vent un autre traitement quand elle vient à se trouver en finale 
directe (cf. §§ 175 et 178), cant.Vaud : fyàr mais /«V, mkÇmilieu); 
Paresse ifyeUy (ém.fîra. Sur une grande étendue de la France du 
Sud-Est, pede passe à pyâ par l'intermédiaire de pied (§ 266). 

b) Bapport de e et de ie. (159) 

173. Il n'est pas Êicile de déterminer quel rapport existait 
entre ie tt e dans le roman primitif. Nous avons vu plus haut 
(§151 sqq.) que les conditions dans lesquelles apparaît ie sont 



l68 CHAPITRE I : VOCALISME §I73« 

très diverses; en outre, il est indubiuble (v. §§ 179 et 260) 
qu'un ancien k peut conditionnellement redevenir e. En anglo- 
normand, ce retour de ie à ^ (§ 260) se produit même d'une 
manière générale. Il y a alors lieu de se demander tout d'abord 
si une réduction analogue ne s'est déjà pas produite dans les 
régions où nous ne trouvons plus que e^ c'est-à-dire dans la 
Haute-Italie, sur le territoire provençal, en Sicile et en Portugal. 
En d'autres termes, ie appartient-il au latin vulgaire ou bien ne 
s'est-il développé qu'après la séparation des différentes langues 
romanes? On pourrait faire valoir en faveur de la seconde 
hypothèse les Êiits suivants. On a vu d'après les §§ 151 et 154, 
qu'en France, à des époques très diverses, t s'était réfracté en 
ie*y d'après le § 156, qu'en Espagne pectus ne s'était jamais 
prononcé piecttis comme le roumain pUpt pourrait le faire 
supposer; d'après le § 94, qu'en Roumanie tempus n'a jamais 
eu la valeur de tiemp malgré l'espagnol tiempOy frioul. timp. On 
pourrait alors dire que c'est seulement e libre qui est devenu ie 
en latin vulgaire ; mais alors c'est avouer que la réfraction de f 
entravé dans les différents domaines est un fait qui s'est produit 
isolément et individuellement dans chacun de ces domaines. Si 
l'on accepte cette conclusion, il n'y a dès lors aucune raison 
de ne pas l'appliquer aussi à ç libre. Donc, a priori^ on peut 
tout aussi bien admettre qu'en Portugal, etc., e n'a jamais 
produit icy que de supposer que Vç actuel est une réduction de ie. 
Si maintenant nous étudions chaque région en particulier, 
nous trouvons tout d'abord en Sicile des Êiits extrêmement 
remarquables. En général f y a persisté; mais il est remplacé 
par ie lorsqu'on donne au mot une prononciation emphatique. 
Cet ie s'est simplifié en / v. g. à Caltanisetta, mais, pour peu 
que l'intonation emphatique augmente, on trouve ié. En général 
la diphtongue est inconnue à la langue des villes et des lettrés, 
mais non au langage du bas peuple et des populations rurales. 
Dans ce cas, la diphtongue se produit sans aucun rapport avec 
la voyelle suivante. Il faut donc distinguer en Sicile deux zones : 
l'une qui se rattache à la péninsule italienne et l'autre qui, 
pour le moment, paraît tout à fait isolée. On ne saurait dire 
avec certitude si, dans cette seconde zone, la diphtongue est de 
date ancienne ou récente puisque pour la langue populaire 



s 173. 174. RAPPORT DE E ET DE lE 169 

on n'a aucun monument écrit remontant à une époque reculée. (160) 
Ce qui permet de supposer qu'elle est relativement jeune, 
c'est le fait qu'elle n'a pas encore pu aboutir à l'emporter tout 
à fait. A côté d'une forme sicilienne populaire yfertt, on rencontre 
l'italien lixtémre fiero; mais le terme sicilien relevé est féru. 
Or, on s'explique difficilement que féru ait pu se maintenir 
depuis des siècles en 6ce des deux termes qui cherchaient à le 
supplanter. Comme c'est justement dans la langue des villes 
que l'italien littéraire fait des progrès (cf. v. g. § 436), l'intro- 
duction de fiero aurait donc été facilitée par le terme sicilien 
populaire )feri* si celui-ci était ancien. Au contraire, si l'on admet 
que l'emphatique yfer« est récent, on comprend facilement que 
féru se maintienne encore dans la bouche des lettrés et dans la 
langue littéraire de la Sicile. 

Cf. ScHNEEGANS, p. 17-23, quî, du rcstc, émet l'hypothèse que 
fieru est ancien. 

174. Dans la Haute-Italie, le milanais et piémontais yer de 
heri pourrait parler en faveur de l'existence de î^ à une haute 
époque. Mais, isolément, cette forme prouve peu : Vi peut 
être prothétique ou peut avoir été amené par l'i final, comme 
V. g. celui de l'italien ^m àQfçria. Il n'y a aucun autre exemple 
sûr en &veur de k ; le génois recède et le piémontais arcede ne 
remontent pas directement au latin requaerere^ mais au toscan 
richiedtre et sont formés au moyen d'une méuthèse sur le modèle 
de tosc. chiesa = piém. gén. èesa. Nous voyons aussi en génois 
pien passer à piû (§105) et niente à ninte : donc ici te passe non 
à e, mais à /. On ne peut tirer de la langue parlée à S. Fratello 
aucun témoignage en faveur de l'ancienneté de te en Piémont 
tant qu'on ne connaîtra pas exactement l'origine de cette 
colonie. Le traitement de a prouve qu'elle appartient à un 
domaine qui est apparenté de près au français du Sud-Est et au 
savoyard (§ 264). La diphtongue apparaît aussi ici sous la forme 
ie et seulement dans les cas où e était libre : fieu (Jel)^ mierit, 
krie^a (*eccl{sia), vie, dieS^ pieura {pecord), frieva (Jebris), 4i^^ra 
(ederd)y piei (pedes) mais sîng. p(. Tober (tepidus) est étonnant, 
il semble que la forme fondamentale soit tfbid et non tiebid ou 
tfbid (§ 113). Pour e entravé, on trouve donc teita, kerv, véR^ 
on a aussi tinnir (tener). 



170 CHAPITRE I : VOCALISAIE § I75-I77. 

175 . En ROMAGNOL, la diphtongue n'existe plus actuellement; 
(161) elle a été remplacée tantôt par z, tantôt par ^, d'où, à la finale, f : 

pe (cf. § 114). Un ancien ic a aussi passé à i (§ 105). Origi- 
nairement f libre a aussi produit icy même à l'antépénultième. 
La diphtongue est ensuite devenue c devant une dentale suivie 
de r : m^r (metere), pr^ (j^trà), bolon. preda; devant / ; tn^l 
et devant r dans le seul mot scr. Partout ailleurs, on trouve i : 
diSy dri(drietd)y intity livar^ tsivalygriVy pigura, tisa (ecclesid), etc. 
Le degré intermédiaire est certainement iiy d'où est sorti, par 
assimilation, «, 1. Il est bien difficile de décider pourquoi, 
dans les exemples cités en premier lieu, c'est ^ qui persiste et 
i qui disparaît. Peut-être entre metere et tnedar y a-t-il eu une 
forme intermédiaire mi^dry m^r? Sçr et mçl doivent leur traite- 
ment particulier à leur qualité de monosyllabes. En outre, on 
est étonné de trouver virman (bolon. virom), mirul à côté de 
gvcran (jovernd)y n^rby tscrt. Il n'y aurait aucune difficulté à 
supposer ici des formes fondamentales telles que nierboy viermtn 
(cf. § 257). On devrait alors admettre que c'est à la suite de la 
loi en vertu de laquelle tout k final a passé à ^, qu'a eu lieu la 
fermeture complète de la syllabe : donc nier-bOy n^rby mais vier- 
mariy vir-man. 

176. L'existence ancienne de te est encore moins vraisem- 
blable en PORTUGAIS que dans le lombard-piémontais. A l'espa- 
gnol llevUy c'est-à-dire lievay répond ici IfvUy sans qu'on ait le 
plus léger indice pour supposer que la prononciation te ait pu 
autrefois exister. Tibio (§ 156) est également contraire à cette 
supposition (cf. § 181). Les faits sont les mêmes en provençal. 
Dans cette région ie s'est produit sous l'influence d'une palatale, 
il persiste encore actuellement. Il est donc difficile d'admettre 
qu'à une époque plus ancienne § libre ait produit une diphtongue 
qui, ensuite, aurait été réduite à f; on le peut d'autant moins 
que le catalan n'offre aucun exemple de «r, tandis que dans 
d'autres cas (§ 49) il reproduit un état phonétique antérieur du 
provençal. 

177. DÉVELOPPEMENT POSTÉRIEUR DE iâ. Il a déjà été remarqué 
au § 150 que la diphtongue issue de f se présentait sous trois 
formes : fe, ié et de là i; il n'a pas été question de la qualité 



s 177. 178. RAPPORT DE E ET DE lE I7I 

de Ye (f ou c) pour la seconde forme de la diphtongue. On 
peut maintenant se demander quel rapport existe entre fe et iV, 
et comment s*est produite la simplification de la diphtongue 
en 1. La première de ces deux questions est étroitement liée 
avec la recherche de l'origine de i^ et de w et peut être 
renvoyée au Chapitre V. Quant à la seconde, il convient de (162) 
produire tout d'abord les faits qui doivent servir à la résoudre. 

178. La réduction de jd a i se rencontre dans la France de 
l'Est. Dans le Nord-Est la diphtongue se présente sous trois 
formes : i, yCy yœ. La dernière, qui appartient au dialecte 
messin, n'est qu'une transformation particulière deye. On trouve 
î dans le Nord : à Seraing et dans la région wallonne, cf. bire : 
dire Watriquet XII, 102, et encore plus à l'Ouest, cf. congie : 
Marie Déesse d'Amour 310, puis au Sud : en Franche-Comté et 
à Lyon. Parmi les dialectes proprement lorrains, ceux de l'autre 
versant des Vosges, dans le bassin de la Bruche, ne présentent 
ye qu'en syllabe fermée; en syllabe ouverte on y trouve i : pyer^ 
lyefy fyeh (Jier)y et aussi mye (fnief)^ mais vi (yetus)y pi (pedé), 
— On trouve toujours )^« dans la haute région de la Sarre et de la 
Moselle, et i dans le reste de la Lorraine, dans les Ârdennes, 
dans la Bresse, à Champagney, à Plancher-les-Mines, etc. — 
On ne peut expliquer le rapport de ye et de i qu'en supposant 
que yç a d'abord passé à yCy puis, par assimilation, à yi, i. Cette 
manière de voir est basée sur les faits mentionnés précédem- 
ment : la voyelle tonique venant à être finale du mot est allon- 
gée, et devient par conséquent plus fermée. Ce développement 
doit être assez ancien puisqu'on trouve déjà dans la Guerre 
de Metz : brifment 260 c, livres 206 e, trives c, etc.; Dial. an. 
rat. : jetiry chify brify side, chir^ biity grisy etc. 

En lyonnais, on ne rencontre pas i devant une r soit primaire, 
soit secondaire ifiar (Jerus et/e/), w/ar, siar (franc, cieï) à côté 
de pi (pede)y pira (petra). Ce Êiit prouve aussi qu'on n'est pas 
en présence d'un développement de fe en / ; *pleray dans ce cas, 
aurait aussi bien passé à piara que fier a passé àfiar. La suite 
du développement de ces formes est ici aussi : fier piérUy fier 
piirUy fiàr piérUy enfin pira. On ne peut tirer aucune objection 
du fait que le traducteur de Végèce fait rimer pie (jpedem) avec 



172 CHAPITRE I : VOCALISME § I78. I79. 

mie (mica) et l'auteur de VYzopci pièces avec nices 251. Nous ne 
savons pas quelles étaient les exigences de la rime pour les 
poètes qui se servaient de ces dialectes : il est possible qu'ils 
aient prononcé pi : miç avec un g presque muet. — A l'appui de 
l'explication proposée plus haut du passage de i^ à /, on peut 
encore apporter ce fait que dans le Dessin (Normandie) le pluriel 
de pu est pty et celui de sulyé^ suit. Comme l'j, en s'assourdis- 
sant, allonge et ferme les voyelles finales, pifs a passé à pi^s puis 
(163) à pi. — En frioulan aussi, ié devient i, mais seulement dans les 
monosyllabes : sir y mil y fil y pidy dis y sis y grijy vint y timpy etc.; 
les polysyllabes sont traités différemment : yeve (leva) y yeul 
(ebulum)y vieri (veterem)y pieriy miediy fiestey etc. L'assimilation 
est due ici à une prononciation aiguë de 1'^. — La réparti- 
tion de ii et de ie (non pas de 1) est tout autre en vénitien. 
Tandis qu'à l'intérieur du mot la règle est ii et qu'on trouve 
même ^e à l'initiale : j^eriy j^evohy à la finale l'accent est reculé : 
sity pie. Il est à remarquer que le frioulan a une tendance à feire 
porter l'accent sur la finale et le vénitien sur la pénultième ; dans 
le premier, la fin des mots et des phrases est prononcée avec plus 
d'intensité, c'est le contraire pour le second. Il en résulte qu'en 
frioulan pie passe à piiy pi et qu'en vénitien sié devient sic. — 
En asturien, on trouve également yé à la pénultième et à 
l'ultième quand le mot porte l'accent de la phrase, mais ia 
quand il est atone, dia:^y pia, piats. (A Menton apparaissent aussi 
sie et diés en regard l'un de l'autre.) 

On rencontre à Veglia une dégradation de ii libre qui n'a 
pas encore été constatée ailleurs : fiâly siady siap, puis insiarra 
(serra)yfiary pialy bialy diastra,fiastay diantyfenalmianty vianty etc. 
Les intermédiaires sont peut-être fe, la. Mais, dans le voisinage 
d'un phonème vélaire ou palatal, on trouve i :prik (preco)y diky 
pi (piet)y plur. pich; de même dans les formes moins anciennes 
cily piasivy ligy enfin dans pitrUy lipro. Le même phénomène se 
produit en outre dans le Sud de l'Italie, à Nicastro (Calabre) : 
priagUy piacuruy viagnuy ciartiy dispiattiy tiampi. 

179. Il paraît y avoir eu une réduction de ie à ^ en toscan : 
dans les cas où la langue littéraire conserve encore aujourd'hui 
iey la langue vulgaire aurait déjà depuis longtemps exclusivement 
f . Il est vrai que des recherches plus précises sur ce point sont 



s 179. 180. PASSAGE ISOLÉ DE E A E I73 

encore nécessaires. Tandis que de nos jours plusieurs écrivains 
introduisent (? à la place de uo dans la langue écrite, te persiste. 
On peut alors se demander si le développement de te est plus 
lent à se produire que celui de uOy ou si, comme en rou- 
main (§ 164), la réduction n'a eu lieu qu'après certaines con- 
sonnes, ou enfin s'il y a eu vraiment réduction, et si e n'a 
pas été importé du Nord ou de l'Est. — En anglo-normand, le 
passage de ieke s'est réellement produit. La graphie ee n'est pas 
rare dans ce dialecte : vemt Comp. 2169, 2183, pee:(^ Charlem. 
238; le redoublement de la voyelle doit bien être un indice de 
la longue puisque e provenant de a est aussi noté quelquefois de (164) 
la même manière : degree:(^ Charlem. 346. Mais déjà les plus 
anciens manuscrits, tels que le Roland d'Oxford, offrent à chaque 
page des exemples de e pour ie; pierCy miere au lieu de pèrty nUrCy 
qui sont également firéqûents en anglo-normand, doivent être 
regardés comme des métathèses orthographiques. 

On trouve des exemples de ie au lieu de e provenant de a dans 
Sturzinger, Orth, GalL 38, qui donne aussi d'autres renvois. 

n faut expliquer tout autrement le vénitien ^evalo = ebulunty 
j^eri = heriy etc., et l'italien du Sud-Est gebli Rusio 147, gerva 
33,119, gerti = esp. yerto 403 où e a passé à ky jCy et où / a été 
traité comme un / primaire. 

0) Passage isolé de ; & d'autres voyelles. 

180. Cas isolés du passage de ; à ^. En italien, il faut 
d'abord citer le groupe ment : -m^te, -m^tOy dormçntey ram- 
mçntOy etc.; nmte se trouve aussi à Alatri. Entre les deux 
nasales la voyelle devient plus aiguë : m^to est l'étape anté- 
rieure à mnto. ArchitettOy cutrettolay caretto ont été assimilés aux 
diminutifs en -^tto; restent obscurs : mbbia à côté de fbbiOy 
khbrUy cic^chiay çlkra. — En espagnol, on rencontre également 
-ffientôy a.-esp., astur. tnientrey mientey mais mente v. g. déjà dans 
la Visio Filib. 58, 12, où l'on trouve cependant aussi estercol. 
n y a hésitation pour les substantifs en -mentum : les formations 
nouvelles offrent -^ientOy tandis que tarmentOy alimentOy momento 
et, en outre, convento et contenta (le terme de l'a.-espagnol est 



174 CHAPITRE I : VOCALISME § ^^O. 

apagado) sont évidemment des mots savants. Mais il est difficile 
de regarder comme tels osamenta, cornamentay vestimenta^ 
jumenta et tormenta (tempête). On est tenté d'y voir les dernières 
traces de l'action d'une loi en vertu de laquelle f persistait 
devant a et se diphtonguait devant «, t? (v. § 152). Mais, si 
l'on admet cette hypothèse, comment expliquer que tous les 
autres substantife en -a présentent id ? La seule réponse à donner 
est la suivante. En espagnol, e et i finals se sont confondus 
de bonne heure et ont exercé la même influence. Ainsi petra 
devait donner au singulier p{dra^ mais au pluriel piedre. Tou- 
tefois, comme tous les autres substantifs avaient la même 
voyelle au singulier et au pluriel, il se produisit une assimi- 
lation en faveur de ie parce que ie était un son beaucoup plus 
fréquent que f , lequel ne se présentait que devant -a. Seulement 
(165) les neutres en -a, qui, à l'origine, ne connaissaient pas de 
pluriel en -e, et qui, à cause de leur sens collectif, s'étaient éloi- 
gnés des formes correspondantes du singulier, conservèrent leur 
ancienne forme. On trouve peut-être encore un reste de cet 
état dans pertiga à côté d'un ancien piertegUy mais il y a lieu 
de croire que c'est sous l'influence de ie que piertega a passé à 
pkrtiga lequel est devenu ensuite pertiga (v. § 156). — On 
dérive l'espagnol quenuiy port, qmima de crëmat; il est vrai que 
si le sens ne Êiit aucune difficulté, il n'en est pas de même de 
la forme, puisque la chute de Vr est irrégulière dans les deux 
langues, et que la diphtongue ei n'aurait pas dû se produire 
en portugais. Ve espagnol et Yei portugais peuvent tous deux 
remonter à ai : une forme telle que caimare pourrait donc être 
regardée comme satis&isante, et l'on pourrait voir cette forme 
dans le grec moyen et moderne xai>6(; = xau[j.6(;. L'âge des 
formes grecques n'est pas connu, mais elles doivent remonter 
loin. KXaï[ji.a provient d'une époque où le futur xXai^aa) existait 
encore; c'est là-dessus qu'a été formé *xaï[jLa, xaïjxéç d'où 
proviennent peut-être les formes espagnoles tandis que le plus 
ancien xaî5[jLa esp. calma avait pris une autre signification. — 
Un changement de suffixe a eu lieu dans l'espagnol maderay 
caderay enterOy tnenester. — Sur le portugais ccray de Sfrray tnfdo 
(crainte) à côté de m^do à S. Antâo, v(spay bçspay cf. la formation 
des mots. 



§ l8l. 182. PASSAGE ISOLÉ DE E A I, O, A I75 

181. Qs isolés du passage de ; à /. Dans I'italien risica^ Vi 
est dû à Tinfluence de risicare; profittOy rispitto et Tancien dispitto 
sont des emprunts français. Les formes espagnoles nispera, 
ristrUy vispera (yiespera Berceo D. 129, viespra Caza 51, 21, 
astur. briespa)^ avispUy prisco {persicusy astur. piesku) semblent 
attester un passage de te k i devant spy sk; toutefois il est 
étonnant de voir la diphtongue persister devant st. On trouve 
en outre siglo de sieglo (Qd 144S, Berceo Mil. 2, etc.). — Le 
PORTUGAIS silha (selle) est un emprunt fait à l'espagnol; dans 
le sens de sangle, ce mot se rattache peut-être à cingula, 
Pedinte tient son i de pedir et a influencé faminto (dans lequel 
on attendrait -entd) qui lui est apparenté au point de vue du 
sens. Enfin pirtigo et pirtiga sont à rapprocher des exemples 
cités au § 156; ils montrent que ^ et f ont été complètement 
assimilés en portugais et que le portugais tibio ne parle pas en 
6veur de *tiepido. 

182. Enfin, il reste encore à citer quelques cas où Ton trouve 
et a au lieu de ç et ^. L'espagnol suerOy le portugais soro et le 
sarde soru à côté de l'italien siero représentent peut-être un 
ancien doublet du latin seru répondant au grec op6ç. Vo des 
formes verbales atones a passé dans parm. romoly regg. romely (166) 
plais, romla à côté de l'émilien, lombard oriental remet (son) 
substantif verbal de remolare. 

MussAFiA, Bàtrag^^. 

L'a.-firançais talanty le provençal talariy Ta.-italien talanto à 
côté de talent y etc., reproduisent le grec TaXavTov. Il en est de 
même pour l'espagnol canastrOy le provençal moderne hanasto 
et le roumanche kanastra qui ne sont autres que le grec 
xàvaorpa. L'espagnol lagartOy le sarde du Nord tilikerta (er 
provenant de ar, § 256), le roumanche lugarty puis le berga- 
masque Ugurty le bolonais ligur et le vénitien ligoro montrent 
le remplacement du sufiSxe -erda par -ardy -ord antérieurement 
à la palatalisation. — L'espagnol taladrOy le portugais tradoy le 
provençal taraire et le roumanche tarader s'appuient non sur 
le latin teretruniy mais sur le gallurien tarairon, — Il reste 
encore à expliquer l'espagnol sargUy franc, sargey d'où l'italien 
sargia en regard de sêrica. 



176 



CHAPITRE I : VOCALISME S ^83. 184. 



4. O du Latin vulgaire = Ô du Latin littéraire. 



183. De même que pour f, on rencontre aussi pour p une 
zone dans laquelle apparaît la diphtongue et une autre dans 
laquelle la voyelle reste simple. La Sardaigne, une partie de la 
Sicile et de l'Italie centrale, le Portugal et la Roumanie ne 
présentent aucune trace d'un degré uo. Dans les autres pays 
romans ç donne comme résultat uOy ue ou œ. On trouve en 
général ce dans les dialectes gallo-italiens, dans le français du 
Nord et partiellement en rhétique ; ue en Espagne, en Calabre 
et dans le Frioul ; uâ dans l'Italie centrale. De même que pour 
ie, l'accentuation de uo est sujette à une certaine hésitation, 
elle varie entre ûo et uâ. En outre, on rencontre également 
tantôt p, tantôt ç ; en roumain, l'assimilation de p avec p est 
complète. Les conditions dans lesquelles se produit ou ne se 
produit pas la diphtongaison sont aussi très diverses. Les 
problèmes qui se ratuchent à l'histoire de l'p ne sont pas 
absolument les mêmes que ceux auxquels donne lieu l'histoire 
de l'f , par conséquent l'ordre à suivre pour l'étude de ces deux 
voyelles n'est pas identique. Le sort de l'p est exposé d'une 
manière générale dans le tableau suivant. 



184. 












Lat. 


ROTA 


*POTET 


LOCU 


FOCU 


JOCU 


Roum. 


roatà 


poate 


loc 


foc 


joc 


Frioul. 


ruede 


po 


lug 


/«? 


<kug 


Eng. 


(rôudd) 


po 


lœ 


fœ 


èœ 


(167) Ital. 


ruota 


pub 


luogo 


fuoco 


giuoco 


Milan. 


roda 


po 


lœg 


foig 


M 


Prov. 


rçda. 


P9 


§197 


s 197 


§197 


A.-franç. 


ruede 


puet 


§196 


§196 


§196 


Esp. 


rueda 


puede 


luego 


fuego 


juego 


Port. 


rçda 


pçde 


Içgo 


fogo 


jogo. 


Lat. 


cocu 


JOCAT 


ROGAT 


OPUS 


TROPAT 


Roum. 


— 


joacà 


roagà 


op 


— 


Frioul. 


— 


d^iueya 


— 


— 


— 


Eng. 


— 


gœva 


rceva 


— 





§184. 




Ç DU LATIN VULGAIRE 




Ital. 


cuoco 


giuoca 


ruoga 


uopo 


iruova 


Milan. 


kœg 


§220 


rœga 


— 


— 


Prov. 


§197 


è9g(^ 


rçga 


çps 


trçba 


A.-franç. § 196 


jueet 


ruevet 


ues 


trueve 


Esp. 


— 


juega 


ruega 


huebos 


trueva 


Port. 


— 


m 


rçga 


— 


trçva. 


Lat. 


*coaT 


KOCET 


PROBA 


NOVU 


NOVA 


Roum. 


cou 


— 


— 


nou 


noaà 


Frioul. 


kuei 


nos 


— 


Auf 


nova 


Eng. 


— 


— 


— 


nouf 


nouva 


Ital. 


cuoce 


nuoce 


pruova 


nuovo 


nuova 


Milan. 


kœsa 


nœsa 


prœva 


nœf 


naeva 


Prov. 


kots 


nots 


prçva 


nçu 


nçva 


A.-franç 


. *cueist 


*nueist 


prueve 


nuef 


nueve 


Esp. 


cuece 


— 


prueba 


nuevo 


nueva 


Port. 


c(K(e 


— 


prçva 


nçvo 


nçva. 


Lat. 


NOVE 


BOVF 


OVE 


COR 


SOROR 


Roum. 


noue 


bou 


oak 


— 


soarà 


Frioul. 


nuf 


bb 


— 


hur 


sur 


Eng. 


nauf 


bouf 


— 


kour 


sour 


Ital. 


fwve 


§279 


— 


cuore 


suora 


Milan. 


wzf 


bœ 


— 


kœr 


— ' 


Prov. 


npu 


bçu 


— 


kçr 


— 


A.-franç 


• fitief 


buef 


— 


cuei 


— 


Esp. 


nueve 


buey 


— 


cuer 


— 


Port. 


nçve 


boi 


— 


— 


— 


Lat. 


FORIS 


MORIT 


TORU 


FORU 


SOLU 


Roum. 


foarà 


more 


— 


— 


— 


Frioul 


fur 


mur 


— 


— 


— 


Eng. 


(fora) 


mour 


— 


— 


— 


Ital. 


fuori 


muore 


— 


— 


suolo 


Milan. 


— 


mœr 


— 


— 


sœl 


Prov. 


fçras 


mçr 


— 


— 


sçl 


A.-franç. fuers 


muert 


— 


fuer 


sud 


Esp. 


fuera 


muere 


tuero 


fuero 


suelo 


Port. 


içras 


mçre 


toro 


fçro 


so 













177 



(I6S) 



178 



CHATITRE I : VOCALISME 



184. 



Lat. 


STOLU 


-GLU 


MOMA 


SCOLA 


VOLAT 


Roum. 


— 


-or 


moarà 


— 


sboarà 


Friouh 


— 


-ul 


muele 


skuela 


— 


Eng. 


— 


-oui 


moula 


skoula 


— 


Ital. 


stuolo 


-uolo 


§219 


scuola 


vola 


Milan. 


— 


-œ 


mœle 


skœla 


— 


Prov. 


— 


-çl 


mçla 


shçla 


vçla 


A.-firanç 


. — 


-uel 


muele 


§219 


§219 


Esp. 


— 


-uelo 


muela 


— 


— 


Port. 


— 


-0 


mç 


— 


vça. 


Lat. 


DOLET 


MOLIT 


SOLET 


VOLET 


HOMO 


Roum. 


dore 


— 


— * 


vore 


om 


Frioul. 


dul 


— 


sul 


vul 


om 


Eng. 


doul 


moul 


soûl 


voul 


om 


Ital. 


duole 


— 


suole 


vuole 


uomo 


Milan. 


dœr 


— 


sœr 


vœr 


om 


Prov. 


dçl 


— 


sçl 


vçl 


cm 


A.-franç 


.dudt 


muelt 


sudt 


vueit 


uem 


Esp. 


duele 


muele 


suele 


vuel 


S 201 


Port. 


dçe 


mçe 


sçe 


— 


^homcm* 


Lat. 


DOMU 


SONU 


BONU 


BONA 


TONAT 


Roum. 


— 


§ 202 


§ 202 


§ 202 


— 


Frioul. 


— 


son 


bon 


buine 


tuine 


Eng. 


— 


sun 


bun 


buna 


tuna 


Ital. 


duamo 


suono 


buono 


huona 


tuona 


(169) Milan 


— 


50 


bô 


buna 


truna 


Prov. 


— 


sç 


bç 


bçna 


trçna 


A.-franç. 


— 


§219 


buen 


buene 


§219 


Esp. 


— 


sueno 


bueno 


buena 


truena 


Port. 


— 


sont 


bom 


boa 


m. 


Lat. 


*coPRrr 


OPERA 


COLOBRA 


SOCERU 


SOCERA 


Roum. 


— 


— 


— 


socru 


soacrà 


Frioul. 


— 


vore 


— 


— 


— 


Eng. 


— 


ovra 


— 


sœr 


sœra 


Ital. 


cuopre 


çpera 


— 


suocero 


suocera 


Milan. 


— 


drœva 


— 


— 


— 


Prov. 


kçbre 


çvra 


kolçbra 


sçgre 


sçgra 



Si84. 




O DU LATIN VULGAIRE 




A.-franç 


. ouvre 


uevre 


coluevre 


suevre 


suevre 


Esp. 


cuebre 


huebra 


§217 


suegro 


suegra 


Port. 


cobre 


obra 


cobra 


sçgro 


sçgra. 


Lat. 


POPLU 


VOCITU 


COFINU 


TORULU 


MOVITA 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Frioul. 


— 


vmit 


— 


— 


— 


Eng. 


pavel 


vœd 


— 


— 


— 


Ital. 


pçpolo 


vuoto 


cçfano 


tuorlo 


— 


Milan. 


— 


vced 


— 


— 


— 


Prov. 


pçbh 


vueid 


— 


— 


— 


A.-franç. pueple 


vueid 


{coffre) 


— . 


muete 


Esp. 


pueblo 


— 


cuebano 


— 


muebda 


Port. 


povo 


— 


— 


— 


— 


Lat. 


DOMITU 


COMITE 


LOLIU 


SPOLIAT 


FOLIU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


foie 


Frioul. 


— 


— 


uey 


— 


fuey 


Eng. 


— 


— 


— 


(spola) 


fœl 


Ital. 


— 


cçnte 


giçglio 


spçglia 


fçgïio 


Milan. 


— 


kont 


ley 


— 


fœl 


Prov. 


domta 


honte 


— 


despueîa 


fuel 


A.-franç 


. domte 


conte 


— 


despuele 


fuel 


Esp. 


duenâo 


cuente 


luello 


— 


hoja 


Port. 


— 


conte 


jçia 


despolha 


folha. 


Lat. 


OLIU 


MOLLIAT 


CORIU 


MORIAT 


TROJA 


Roum. 


— 


moaia 


— 


moarà 


"^ 


Frioul. 


ueli 


— 


— 


— 


— * 


Eng. 


œli 


— 


Mœr 


— 


— 


Ital. 


olio 


nu^lia 


CU(^0 


muoja 


troia 


Milan. 


œli 


nueya 


hœr 


moera 


trosya 


Prov. 


ueli 


mola 


hueir 


tnueira 


trueia 


A.-franç 


. uelie 


mçla 


cueir 


mueire 


trueie 


Esp. 


olio 


moja 


cuero 


— 


' — 


Port. 


(pied) 


molha 


couro 


— 


— 


Lat. 


PODIU 


HODIE 


MODIU 


FOVEA 


OCLU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


ochiu 


Frioul. 


— 


uey 


— 


foibe 


vuli 


Eng. 


— 


oa^ 


— 


foppa 


el 



179 



(170) 



i8o 


CHAPITRE 


I : VOCALISME 


su 


Ital. pgggio 


mi 


mçggio 


fçggia 


çcchio 


Milan. /W5^ 


inkœ 


mœj^ 


f(^a 


ω 


Prov. puei 


uei 


muei 


— 


uei 


A.-franç. puei 


uei 


muet 


— 


uei 


Esp. paya 


hoy 


moyo 


hoya 


qjo 


Port. poio 


hojt 


moio 


fojo 


çlho. 


Lat. MOLLE 


COU.P. 


FOLLE 


COLLU 


POLLICE 


Roum. moak 


— 


foale 


— 


— 


Frioul. muell 


hull 


— 


kuell 


— 


Eng. — 


— 


foll 


— 


pollai 


Ital. mçlle 


Cçllt 


fçlle 


cçlla 


pçllice 


Milan, mçll 


kgll 


fçll 


kçll 


pôles 


Prov. mçl 


kçl 


M 


kçl 


polse 


A.-franç. mçi 





fçl 


col 


polse 


Esp. muelle 





fuelle 


cuello 


.. — 


Port. ww/fe 





folk 


cçllo 


— 


Lat. GROSSU 


ossu 


FOSSA 


PORRU 


FLOCCU 


Roum. gros 


os 


— 


por 


— 


Frioul. gruess 


uess 


fuesse 


— 


— 


Eng. grosss 


œss 


fossa 


— 


— 


Ital. ^rpjjo 


çsso 


fçssa 


pçrro 


fiçCCO 


(171) Milan, grçss 


çss 


fçssa 


— 


— 


Prov. ^rpj 


Çs 


fçssa 


pçr 


— 


A.-franç. ^rpj 


Çs 


Jçsse 


— 


— 


Esp. grueso 


hueso 


fuesa 


puerro 


lluecco 


Port. ^r(?w(7 


çsso 


fçssa 


pçrro 


chçco 


Lat. ocTO 


COCTU 


NOCTE 


COXA 


HOSTE 


Roum. opt 


copt 


nopte 


copsà 


oste 


Frioul. vott 


kuett 


Aott 


kuesse 


— 


Eng. oac 


— 


noatt 


— 


— 


Ital. p^^(7 


cçtto 


nçtte 


cçscia 


çste 


Milan, vott 


Cçtt 


nçtt 


— 


— 


Prov. «^ïV 


kueit 


nueit 


kueissa 


ost 


A.-franc. «eïï 


cueit 


nueit 


cueissa 


DSt 


Esp. § 188 


§188 


§188 


— 


hueste 


Port. oito 


coito 


noite 


— 


çste. 



Si84. 



O DU LATm VULGAIRE 



l8l 



Lat. 


POST 


COSTA 


POSTU 


NOSTRU 


HOSPITE 


Roum. 


poi 


coastà 


post 


nostru 


— 


FriouL 


pus 


kueste 


puest 


iiestri 


— 


Eng. 


— 


koste 


pœst 


noss 


— 


Ital. 


poi 


cçsta 


pçsto 


nçstro 


çste 


Milan. 


poi 


coste 


post 


nost 


— 


Prov. 


pas 


kçsta 


pçst 


nçstre 


çste 


A. -franc. — 


cçste 


pçst 


nçstre 


çst 


Esp. 


pues 


cuesta 


puesta 


nuestro 


huesped 


Port. 


pos 


cçsta 


pçsto 


nçstro 


hçspede. 


Lat. 


FORTE 


HORTU 


MORTA 


CORDA 


ORDEU 


Roum. 


foarte 


— 


moarte 


coardà 


OTK 


Frioul. 


foart 


— 


muart 


koarde 


uardi 


Eng. 


fort 


— 


moart 


korda 


— 


Ital. 


fçrte 


çrto 


mçrte 


cçrda 


ÇTKP 


Milan. 


fort 


— 


mort 


— 


— 


Prov. 


fçrt 


çrt 


mçrt 


kçrda 


çrdt 


A.-franç. fçrt 


çrt 


mçrt 


cçrde 


Çrge 


Esp. 


fuerte 


huerto 


muerte 


cuerda 


-^ 


Port. 


fçrte 


hçrto 


mçrte 


cçrda 


— 


Lat. 


CORPUS 


CORVU 


PORCU 


CORNU 


MORSU 


Roum. 


corp 


corb 


porc 


corn 


— 


Frioul. 


kuarp 


— 


puark 


kuarn 


smuars 


Eng. 


korp 


korf 


puerk 


korn 


mors 


Ital. 


cçrpo 


cçrvo 


pçrco 


cçrno 


mçrso 


Milan. 


corp 


— 


— 


korna 


— 


Prov. 


kçrp 


hçrb 


pçrk 


kçr 


mçrs 


A.-franç. kçrp 


cçrb 


pçrc 


cçrn 


mçrs 


Esp. 


cuerpo 


cuervo 


puerco 


cuemo 


mueso 


Port. 


cçrpo 


cçrvo 


pçrco 


cçrno 


mçssu. 


Lat. 


ORFANU 


ORGANU 


DOMNU 


SOMNU LONGU CONCA 


Roum. 


— 


— 


domn 


somn lung 


— 


Frioul. 


uarfen 


— 


— 


somn lung 


konke 


Eng. 


orfen 


— 


duonna 


sœn lung 


— 


Ital. 


çrfano 


çrgano 


dçnna 


sçnno lungo 


cçnca 


Milan. 


— 


— 


donna 


son — 


— 


Prov. 


— 


..^ 


§369 


somme long 


-i-. 



(172) 



l82 CHAPITRE I : VOCALISME § 184. 185. 

A. -franc. — çrguene § 369 somme lonc — 

Esp. huerfano huergano dueno sudio lungo cuenca 
Port. orfào orgào dom somno longo concha 

Il y a lîeu d'examiner spécialement les mots qui renferment 
les combinaisons ont^ ond^ et aussi les représentants de hoc. Il 
sembk qu'il faille admettre déjà pour le latin vulgaire çndy 
monte, mais pçnte^ frçntCy fgntCy cf. : esp. monte à côté de puente^ 
frerlfe, fuentc'y sic. muntiy ponti^fontiy maisfrunti; calabr. munie 
{tt frunte)y pontes Alatri pçntCy mçnte; frioul. puint, mont. En 
regard de ces formes on trouve en italien : mçntey pçntCy frçntey 
fçntCy en outre, ital. cçntrUy frioul. kuintriy esp. cuentrUy sic. 
kontra; ital. bigçnciay frioul. kuintSy ital. conciOy frioul. kuintse. 
Il semble donc qu'en italien ç suivi de n entravée soit remplacé 
par ç. Pour ond le cas est' différent : toutes les formes romanes 
ont ç à l'exception du sarde qui ofifre u. 



Lat. 


ABSCONDIT 


RRSPONDET 


TONDET 


FRONDE 


Ital. 


nascçnde 


respçnde 


tçnde 


frçnde 


Esp. 


esconde 


responde 


(tundè) 


fronda 


Sard. 


— 


respundit 


tundit 


frun:(a 


Sicil. 


— 


rispunni 


tunni 


frunda. 



(173) En toute hypothèse, le frioulan skuindiy rispuindiy fruind à 
côté de frond est très curieux. — IlloCy eccehoc apparaissent en 
• italien et en espagnol avec p, en français avec ue : ital. ciby perd y 
esp. pero de perd (§ 603), prov. açOy mais a.-franç. ilucc Cant. d. 
Cant., avœc Roi. 3625 , iloec 3632 ; on trouve aussi de très bonne 
heure avec Alise. 5845, G. de Paleme 9588, IV Livr. Rois 208, 
porec Alise. 7197, ileques S. Martin 11, 19, etc., et aussi iluc TV 
Livr. Rois 947, Sainte Juliane, 1008. Mais, en regard, on trouve 
CTp déjà dans Sainte Eulalie 21, co Jonas, verso 3, 4, 7, poro 
Sainte Eulalie 11, 20, et plus tard çouy ce. Les formes avec du 
français s'expliquent par le fait qu'elles ne portent pas d'accent; 
l'absence de la diphtongaison est due , en italien , à ce que les 
mots en question sont oxytons, en espagnol, à un changement 
d'accent. Sur les cas assez nombreux où l'on trouve au lieu de 
uOy V. § 219. 

185. Les remarques faites au § 151 sur l'extension géogra- 
phique de î^ et f s'appliquent aussi, jusqu'à un certain point, à 



$185. 9 ^^ LATIN VULGAIRE 183 

celle de w et p; toutefois uo semble circonscrit entre des limites 
plus étroites que ie; ainsi, il manque complètement à S. 
Giovanni Rotondo, à Canosa di Puglia : korCy tome (homo)y fore 
(Joras)y pots (posso), mais iuntsûk, bûrUy sun (sanno), Bitonto : 
puerè^y luek^ à côté de forty kour. Toutefois on manque encore 
pour ce point de documents suffisants. Les formes correspon- 
dantes dans l'Italie centrale sont kuorpo, gruossu, JuassUy 
suonnOy etc., et à Padoue : tuar Qogliere)^ tnuorto, kuarpo, 
gruossOy etc. Dans le Tyrol on rencontre l'un à côté de l'autre : 
œ lombard (§ 213), iw, ue rhétique (de l'Ouest) et simple : 
ûo à Agordino, Val di Zoldo fioky ûofy brûo à côté de luôky 
duôiba; uOy ue sur la rive gauche du Noce, dans la vallée de la 
Gadera, à Ampezzo et à Buchenstein; œ sur la rive droite du 
Noce, etc. Plus à l'Est, à Bacchiglione et dans la vallée de la 
Livenza, la diphtongue manque complètement. — Il est diffi- 
cile de dire si dans le français du Sud-Est le mot cor occupe une 
place à part de même que mely puisque le français coeur s'est 
introduit partout. Dans le Sud-Ouest de la France, les chartes 
les plus anciennes présentent déjà oe, ue. — Enfin , dans l'Est 
du Portugal où apparaît la diphtongaison, comme à Miranda, 
on trouve en général uo et non l'espagnol ue. Sur le wallon, 
V. § 207. 

Le PROVENÇAL demande encore une étude spéciale. En géné- 
ral l'ancienne langue ne connaît la diphtongue que devant une 
palatale (§ 189); en dehors de ce cas on trouve seulement g, (174) 
« o lare, » selon l'expression des anciens grammairiens. Mais, 
déjà dans une charte limousine de l'an 125 1, on rencontre uop 
Thomas I, 2, 175, et aujourd'hui, la diphtongaison de g libre 
et de ^ entravé se trouve sur un vaste territoire v. g. Rouergue : 
pruoboy eskuolOy ruodoy uorne^/uoly tnuoly puork, kuostUy uoSy etc.; 
Quejrras : vuostey muort ; Embrun : vuostey muorty fuorsCy mais 
hialy buano'y Veynes : vuostre, kuontrey muorty respuenso; enfin, 
dans. l'Est de la Creuse : bug (bosc)y kuçtOy gruÇy uoiOyfuoTy buordoy 
tnuory puorto. On trouve aussi «a, Avignon : kuary muary pua- 
des y vuastrCy buan; Toulon : puary nuastOy puartOy fuasso; Tou- 
louse : kuar, muary buariy vuastrCy fuasso; dauph. puant, muart, 
kuary suar. En outre, ue apparaît à Marseille : kuery demuero 
(S 220), fuerOy puedoHy suenOy vuely brue/io; Serres : muert, suen. 



184 CHAPITRE I : VOCALISME §185. 186. 

kumtrCy kuel; Gap : kuely buenCy huentrCy muerty vueste; Brian- 
çon : kuestOy kmrpy kuely kuerSy duer (deuil), esfuerSy uert, muely 
muerdrCy fuent et respuendre. Cest seulement lorsqu'on aura 
déterminé avec précision la répartition géographique de p, uOy 
uUy ue qu*on pourra résoudre la question de Tâge de la diph- 
thongue. La rareté de la diphtongue à une époque ancienne et 
le silence des grammairiens pourraient parler en feveur d'une 
date relativement récente. 

a) Changemeiits oonditioiULelB de p, uo. 

I. Influence d'un phonème suivant. 

186. Uo est soumis à l'influence des voyelles finales dans 
les régions où f subit cette influence : là où ^ remplace i^y on 
rencontre aussi p; il n'y a d'exception qu'en portugais où l'on 
trouve p bien que { persiste. A ii répond u6 respect. «/, à fe 
répond ûe. Cf. Lecce : buenuy bueniy honay boney muevi (tnuovt) 
mais I" pers. sing. ntûUy 3* moCy kuecu (cuocd) subst., koku verbe, 
2® pers. sing. kueiiy y koUy kore plur. kueriy soru (joror)y <mu 
mais Aemtnaro (glomer), muedu (nwdus)y et, en outre, avec e pro- 
venant de ue (§ 205) neu (novu)y nei à côté de nova, kku {giuoco) 
subst. à côté de iokuy 2® pers. sing. iekiy y iokUy etc.; — calabr. : 
bûonuy yûokuy nàovuy fiichu, mûorUy sûorUykûorpUy pùortu à côté 
de bonUy tnorCy rotUy korCy solUy portUy fortCy pontOy etc.; — Alatri : 
sçè^y sçcerUy bçnçy sçm^y fçkçy nçv^y bçnay sçruiy mçlay vçvi (boves)y 
sing. vçvçy èPky SQK èÇ^, k^Piy P*y*, pçntiy igstç à côté de 
pçntÇy tçstUy etc.; — roumanche : bien à côté de buna et bunSy 
(175) lantsiely niefy pievely hr (coriuni), lieugy lokSy fieuky rieug, mais 
nof (rwvetn)y Mierriy kornSy yerfeny or/nUy tnierty kierpy korpSy Dans 
ce dernier parler on trouve aussi la diphtongue devant i et u 
provenant de i : diertna (^dorfniat)y glierija (glorid)y pliev^a 
(j>lçvia)y felya (Jolia)y velya (ital. voglid), baseAs; veult (volet) de 
vieulty etc. — Enfin, en portugais, on trouve : pgrco à côté de 
pçrcUy çvOy guoSy pçrtOy pprtaSy ppria, mais subst. pçrto; de même : 
nçvoy nçva, cçrpOy h^to, mais -adgr, hpmen; en outre toujours g 
devant i : suffixe -^l. Mais on trouve p devant 1 ; cçmOy cgnuiy 
cçtnasy cçtna de com^d^y com^d]fiy etc. ; tçrçOy tçrçay etc. Sur les 
l'étude de la flexion et de la formation des mots. 



s 187-190. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE Ç, UO 185 

187. Campobasso mérite d'être étudié à part. On y trouve 
aussi u(f quand la syllabe suivante renferme un i ou un u, mais ç 
quand elle renferme un a, un ^ ou un (? ; sçra^ yçm^y tnçv^y kçrcy 
vçvçy et ç devant plusieurs consonnes et à l'antépénultième : 
sçrçmay mçvçnçy sçà^rUy siçmeke, yçttç (pcto), nçttôy etc. Pour expli- 
quer ce Élit il Êiut supposer que uo s'est produit dans les mêmes 
conditions qu'en italien et que cet uo a passé à ç devant a, e, o et 
a persisté devant w, i. — Les formes qu'on trouve à Teramo 
sont obscures : vovfy dam^y yokç plur. vuvç, yuke^ mais uoss^y 
kuardçy uottç. 

188. Devant les palatales ch, /, y y la diphtongue manque 
en espagnol : ochOy nochy corchoy torchUy ojoy cojUy mojCy hofUy 
despojay hoiy poyOy joyOy moyo; ncvio s'explique aussi de la même 
Êiçon. Conformément au § 156, il faut aussi supposer ici noitây 
noche ce que confirme Vh de hojay ci, § 408; *nueitey nueche 
aurait persisté, cf. buey. On trouve parallèlement en portugais 
ç : nçitty hçjCy etc. A Miranda ci continue de se développer en 
ui : nuitty uitOy but, suho de même que le portugais sçnho'y mais 
on trouve aussi oii^y lonj^Cy fçyas. Cet ui, de même que les 
autres çiy ui (§ 67) a passé è, ue en asturien : gueco, fuecUy tueyer 
(tollere)y gueyy duecho Berceo Mil. 149, etc. 

189. En FRANÇAIS et en provençal un ç soumis à l'influence 
d'un I suivant subit une réfraction vocalique ; mais en français 
la triphtongue hypothétique Oei produite par cette réfraction 
est devenue ûiy de même que ici s'est réduit à t, cf. hui dans des 
assonances en û du Voyage de Charlemagne 670. Oitante 99 
présente le développement régulier de cette diphthongue en 
syllabe atone. Ce son ûi est confirmé par l'orthographe des 
manuscrits qui écrivent sans exception : ui, u. Il persiste encore 
dans le français moderne huity nuity nuirty cuissty puitSy etc.; vide 
provient de vuide (§ 62). — Les formes fondamentales qu'il faut 
admettre pour tout le domaine provençal sont : nûeity ûeity 
kûtissôy fnûei,fûeily etc., qui tantôt se sont conservées, tantôt se (176) 
sont transformées (§ 193). — A Greden il y a également eu 
diphtongaison : nûet ûety kàesayfûeiay uedly excepté devant /, r j 
entravées où p a persisté. 

190. Le firançais ptimiûfoi ou uej, à côté du développement 



l86 CHAPITRE I : VOCALISME § 190. 

en ui qui a pénétré du Centre dans le parler messin , a encore 
abouti dans les dialectes à d'autres résultats. — L'Anjou, le Poi- 
tou, la Bretagne et le Sud de la Normandie montrent comme 
résultat final tantôt ^, tantôt œ qui apparaît avec la graphie ai 
dans les plus anciens textes. Ainsi Ton trouve oit dans les chartes 
originaires de la Bretagne, Rohan 1288, S. Auban 1283, etc.; 
ouiet Fougères 1248, oet Nantes 1298, œict Bouquen 1298, 
Rohan 13 18, peise Rohan 1309. Pour l'Anjou oi est seul attesté, 
pour le Maine oi, oe, ouei. Il est vrai qu'on trouve partout, en 
regard, «1, qui, en sa qualité de développement du français litté- 
raire, n'entre pas en considération. La prédominance de la gra- 
phie ai et le résultat de ocu qui aboutit uniquement à (w, plus 
tard à eu, mais jamais à ieu confirme l'hypothèse d'après laquelle 
la forme fondamentale serait Hei. On ne peut hésiter qu'entre 
uai et oiy c'est-à-dire sur la présence ou l'absence de la diphtongue. 
Il est difficile d'adopter une décision sur ce point, car uoi devait 
se réduire de bonne heure à oi; ai devait ensuite passer à âe puis 
à œ dans le Sud du domaine, et à 0^ puis à ( dans le Nord. Une 
étape oéi est complètement exclue par le poitevin œ, et est rendue 
peu vraisemblable pour la Bretagne à cause des graphies qu'on 
y rencontre. Oei n'apparaît que relativement tard et prouve 
seulement que la seconde partie de la diphtongue était iden- 
tique à f représenté par ei. Dans cette région, nous ne pouvons 
donc atteindre que l'étape oi, et jamais ue ni Oei, et, comme le 
manque absolu de la diphtongue n'est pas vraisemblable, il 
reste l'hypothèse d'après laquelle un ancien uoi se serait réduit 
à oi dès une époque pré-littéraire (cf. § 158). 

Dans le Nord et I'Ouest de la Normandie qui font partie 
du domaine où d devient ie, ié, ç + i passe d'abord à uei 
qui se change tantôt en yœ par l'intermédiaire de ûœi, tantôt 
en i ou en ié par l'intermédiaire de ici : il en résulte donc que 
les produits de f -h i et de p + i sont devenus absolument 
identiques. Ainsi, l'on trouve dans le Roman du Mont S. Michel 
des rimes telles que milie : lie 3519, dans la Vie poitev. de 
sainte Catherine ennud : lei, dans Etienne de Fougères peis, 
pleie, meire et aussi me, mère, tree. Cf. encore la Hague : niei = 
franc, nuit et ëmiei = enmi, pieise = puisse et pieis = pis. Ce 
qui prouve que ici est la réduction d'un plus ancien ûei, ce 



s 190-192. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE O, UO 187 

sont les formes suivantes : lire = luirCy pi = puits^ pli = pluie. (Mi) 
On trouve, en r^ard, fikil (Jolid) et nûere (nocere)^ dont le 
second s'explique comme lOere (légère)^ § 159, tandis que le 
premier doit la conservation de Yû à la labiale précédente. 

Le traitement de (i + i en nonnand a été traité dans les ouvrages 
mentionnés au 5 1 59. 

191. Pour TEst, il Êiut partir de ci qui a donné 0, «1, 1^, œ. 
Sont propres au wallon hûr^ kût, p&s^ va (franc, vide) à côté 
de «I (hodie), koh (coxà)^ foy^ may^ apoie : desploie déjà dans 
Watriquet XII, 30, etc.; donc p en hiatus persiste; dans les 
oxytons de date ancienne, il passe à p, m; devant les consonnes 
<? et I se fondent pour produire le son û (cf. là-dessus § 128). 
On ne peut guère expliquer ces Êitts en partant de uei ou Oei, 
on y arriverait plus aisément en supposant uoi; toutefois, il 
n'y a aucune raison convaincante de ne pas prendre pour point 
de dépan oi. Le messin ût, kûr^ vûd, etc., paraît être d'accord 
avec le wallon, mais on y trouve aussi oj^dû, puis kœby kœi 
de coxa avec lequel concorde œB^ œi de *ustium (§ 147). Vœ 
de ces derniers mots est sorti d'un û (§ 63), lequel s'explique 
lui-même par une influence du français du Centre (v. § 190). 
En Lorraine, et, en partie, en Franche-Comté, œ est le 
résultat auquel aboutit ç -^ i : lorr. tw?, œt, kœr, vœ^ etc.; 
l'étape antérieure est œi : vcei, pcei. Kyœ de *kœi présente une 
curieuse métathèse. On rencontre aussi e qui montre l'absence 
de l'articulation labiale : re^ ker^ ved respect, kfi, etc. On ne 
voit pas clairement quel est, à Auve, le rapport de ui à pi : pui, 
anuiy bruiy lui y mtnui, kuis et us (ustium). 

192. Dans le français du Sud-Est, il feut regarder comme 
forme fondamentale uéi dont Ve se développe comme ci ancien 
(S 7^9 P- ïoo) > °^^s cet uei doit être sorti de ci par réfraction 
vocalique. On ne peut admettre qu'il ait pu sonner autrefois 
Uei. C'est dans les mots correspondants au français cuire^ cuit, 
puis que le développement se manifeste avec le plus de clarté : 
Vionnaz fcwiVg, koai, poai (puis); bagn. kasyre^ pœiy canton de 
Vaud kuaire respect, kuàre^ kufrey kuère, vua^ vu{ de octOy puai 
= puisy etc.; frib. kuç (cuir)y vuç (hui)y etc. C'est ici qu'il 
Êiut citer les formes de Jujurieux koUy poaiy koaiiey ua. Le 



l88 CHAPITRE I : VOCALISME § 192-194. 

traitement de nocte est obscur : Vionnaz «f, bagn. ni de ni 
(S 4o)> cant. de Vaud, frib., Jujurieux nf ; il en est de même 
de kusse à Vionnaz et du bagnard kuie de coxa; octo paraît aussi 
souvent irrégulier. 

(178) 193. De même que ç simple, ç suivi d'une palatale se 
présente en provençal sous différentes formes qui, presque 
toutes, se laissent ramener à û^'; il n'y a que ntU^ puiy kuérç 
qui, à Gilhoc, ne peuvent s'expliquer avec cette hypothèse. 
Mais on trouve ûe dans des chartes de Montpellier, jusque 
vers le milieu du xiv* siècle et encore aujourd'hui en rouergat : 
kûer, ûely kûe^ ««, etc.; de même à Marseille : mûCy kûe, pâe^ 
nue, à Briançon : adûeiy kûel, kûery kûtioy fûeily à Carpentras : 
nûiy kûéy à Bordeaux : piieiy à Nontron : «e, hûtty ûdy kûeisOy etc. 
A partir du milieu du xiv* siècle, on trouve ûo dans les chartes 
de Montpellier. Il semble donc que l'élément labial de Yû se 
soit assimilé Ve. De même, io en Languedoc : mioày pioèy nioiy 
Gignac : pioiy nioiy yofi (longé) ne remonte pas à un ancien iioiy 
mais est sorti de ûei par l'intermédiaire de ûai. Ou bien uei peut 
aussi passer à œi qui s'est conservé dans l'est de la Creuse, mais 
a passé ailleurs à et : dans l'ouest de la Creuse, à Toulouse, 
dans l'Ariège, l'Hérault, à Narbonne, dans la Bigorre, l'Arma- 
gnac, le Médoc et le Haut-Limousin. La Haute-Auvergne 
connaît aussi ai qui passe à œ dans la Basse-Auvergne et la 
Drôme; ei passe à e dans le Haut-Limousin, à Cahors et à 
Albi. le se rencontre isolément à Colognac : nies y iesy fiel y mieiy 
où il provient de Oeiy ûe comme io provient de iîo. Par consé- 
quent, sur une grande partie du domaine provençal, les résultats 
de f + I et de p + i se sont confondus. — Enfin c'est à œi 
que remontent les formes béarnaises et catalanes; cf. béarn. 
noeity moiy œity kœky oey, oerdiy etc. En catalan, pi passe (direc- 
tement ou par l'intermédiaire de oeî) à pi, ui; de même à 
Alghero : uly vuly pru^Uy buity muify vujy nuity d'où, à Barcelone, 
nit. Il faut encore remarquer que ce ne sont pas seulement 
*morio et dormio qui offrent le produit de p + f, ainsi qu'on 
le verra dans l'étude des formes, mais que presque partout 
porcus z^pûerk et lot^e : lûeh sont aussi dans ce cas. 

194. En RHÉTiauE aussi ci présente en grande partie un 



§ 194- I9S* CHANGEMENTS CONDITIONNELS DEC, UO iS^ 

traitement particulier, cf. roumanche ier^ ved, el, fely felày ddàs 
OU kir y vidy il, fit, fila, dila. Il £iut encore mentionner feriA, 
beseà et mmtsiha. En outre, htaissa de œxa à côté de pleivia 
est digne d'attention. Ce qui est certain, c'est que la diph- 
tongue est due à la présence de l'i; toute la question est de 
savoir si l'étape antérieure à ^ est «^' qu'on trouve dans huaissa 
ou Oei. Fûly ûty etc., à Stalla, pourraient parler en Êiveur de iUi\ 
mais comme par son vocalisme et encore par d'autres traits le 
parler de Stalla se rattache à l'engadin où ç passe à œ aussi (179) 
bien devant les palatales que dans les cas ordinaires, on ne doit 
lui accorder aucune force probante. Si l'on admet tfei, ici 
comme point de dépan, ce qui serait conforme au passage de 
ûe k icy on est étonné de trouver autre chose que i comme 
résultat de la réduction, et de voir que 1 apparaît justement 
dans la partie Est du domaine roumanche où ç persiste géné- 
ralement. Ce dernier Élit prouve qu'il n'y a aucune connexité 
entre la diphtongaison de ç devant u (§ 199) et celle qui se 
produit devant les palatales, et que ces deux phénomènes sont 
tout à Élit indépendants l'un de l'autre. Si nous admettons 
comme formes fondamentales kutissa, fuela, la conservation 
de 1'^ s'explique dans le premier mot par la présence de la 
gutturale, tandis que dans les autres cas ue a été réduit à e qui, 
en se fermant, a passé à ù Cette hypothèse est confirmée par 
le Êdt que butella passe à heUiy bila par l'intermédiaire de bu-ehy 
sans jamais admettre la présence d'un û. 

Cf. AscoLi, Arch. Glott. I, 29, qui, du reste, admet entre uei et 
4 une étape intermédiaire iei, 

La réfraction n'a pas eu lieu dans oày noly ots : l'élément 
palatal se fond ici avec les consonnes et n'exerce pas d'influence 
sur la voyelle. 

195 . Ainsi qu'on a pu le voir par les exemples des paragraphes 
précédents, Vç en présence des différents phonèmes palataux ne 
se comporte pas d'une manière uniforme. Ainsi, il demeure 
intact en français devant t : onl, yeux (§ 196), feuilUy etc., et 
devant A : loingy besaing. Au contraire, dans la plupart des autres 
langues romanes, f, à produisent le même effet que ;V, etc. Il y a 
encore à ajouter que beaucoup de parlers du nord de la France 
s'écartent sur ce point de la langue littéraire. Ainsi, v. g. le* 



190 CHAPITRE I : vcx:alisme § 195. 196. 

traducteur anglo-normand des Livres des Rois écrit : duil, duilk, 
suily futile, orguilx^y besuinx^y luin:^. On peut discuter la question 
de savoir si cet ui doit être lu ûi ou bien pj; mais, ce qui est 
certain, c'est qu'il ne peut pas du tout répondre à Vue du Centre. 
Les patois normands actuels, ainsi qu'on est en droit de s'y 
attendre, sont d'accord avec l'a.-normand : Dessin fyœky Guer- 
neseyfyety yel = oeil. 

196. DEVANT LES vÉLAiRES. En France et dans la Rhétie 
occidentale, un ç libre joint à un « provenant de I, v, ou de la 
désinence latine, produit de nouvelles combinaisons dont les 
destinées sont très importantes. D'abord, dans le français du 
(180) Nord, ueu passe à ku par l'intermédiaire de ûeu : yeux, pieuvre, 
lieUy a.-franç. vieut de "^ volet, dieut, sieut, quieut; cf. encore vyœ 
à Montjean. Si, en regard de ces exemples, focus et jocus ont 
donné feu et jeu, c'est probablement parce que la consonne 
labiale dans un cas et la palatale dans l'autre ont entravé le 
développement de û, i, |. Dans les différents dialectes, les &its 
sont beaucoup plus complexes. Là où apparaît le passage de 
ieu à iu (§ 38), on rencontre aussi celui de lieu à liu. Cette 
réduction n'est pas seulement picarde, cf. fu : vertu Sainte 
Juliane 595, liu : Damlediu 640, mais anglo-normande : liu, 
fuyju àdXis les Livres des Rois, //«dans S. Brendan. En normand, 
à côté de Ieu, on trouve aussi lue qui provient de lieu par une 
sorte de métathèse (Jûet) grâce à laquelle on obtint la combi- 
naison recherchée ûei (v. § 190). La rime lue : prue Vie pôitev. 
de sainte Catherine 2191 ne permet de tirer aucune conclusion 
par rapport à la prononciation. *tjeu s'est aussi transformé en 
iou. Dans les manuscrits anglo-normands, dans Etienne de 
Fougères, dans la Vie de saint Martin de Tours, etc., on ren- 
contre veolt, deolt, seolt; comme les mêmes textes présentent 
aussi fneol:(, tneoi, mio^, mieu^ de melius, il en résulte que la 
forme fondamentale commune est ieu. Cet iou, eau apparaît 
développé en eau dans les sermons écrits en poitevin : deaus, 
veaut qui se présente dans la langue actuelle sous la forme va, 
Vieu de locus prend aussi part à ce développement comme le 
prouve leouc Deux-Sèvres 13 12; en outre, à Viane, buef passe à 
bueu et de là à beau; on a aussi neo à côté de beof, neof La 
réduction de f^ à ^ est un phénomène normand, cf. Benoit 



$ 196-199- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE Ç, UO I9I 

dois: cheveus Chron. H, 953, 2759; eus 19706; gms : ceus 
22838. — Le Nord connaît aussi un développement analogue, 
mais seulement pour ol : dioit^ miaurre à Tournay. On rencontre 
tau en Champagne : viaut, diauty etc., de sorte que sur ce point 
le résultat est le même que celui de d (§ 163). — Par contre, ç 
combiné avec une / suivante donne simplement (w, d'où, plus 
tard, (w, u : paucCy moudre, coudre, fou, etc. 

197. Pour le PROVENÇAL, il y a à examiner -ocu et -ovu; bove 
suit le même développement que --ovu, mais twve s'en écarte. 
Abstraction faite du béarnais et du catalan, la forme fondamen- 
tale est partout ûoc, ûou, ainsi dans Daurel et le rouergat 
actuel /«(?i, lûok; bûau, nHou, ûou mais nçu, i Montpellier ûouy 
bûou. On trouve ûe à partir du xrv* siècle : Marseille fûe, lue, (181) 
^ûe (et aussi lûego = locat, ^ûego), sûegro, Briançon fûek. On 
rencontre également io : lioc Montpellier 1584 et actuellement 

à G)lognac \ jwk, ipk, liok; à Gilhoc : bioia; en Languedoc : 
fioky liok, biou; à Albi : biou, iou; dans les Bouches-du-Rhône : 
fio, lio, iouy biou (nou) ; à Carpentras : lio,fio; à. Nontron : fio, 
liOy ^io, niouy biou (nou) ; de même chez les Vaudois de Burset : 
flok, Itoky biûy niii (nou). Mais dans l'Ouest cet He passe aussi 
à « ou à û?, ^ (cf. S 193) : Landes maritimes bûk, ûu de même 
que hûlb, nuit; Médoc beu; Haut-Limousin^, le. Par contre, 
le béarnais atteint ue, oi par l'intermédiaire de uo : hoi, soç, 
soçre, boeu, oeu (sur le résultat de novus, v. § 200). Le catalan 
ne révèle aucune trace de diphtongaison : fok, hk, nou, bou. 

198. Dans le français du Sud-Est, il faut partir de fuek, 
luéky j^uik qui se développent parallèlement à ié provenant de 
-^atUy -iacu : bagn. luâ ; Vionnaz, Ormont loâ ; cant. de Vaud, 
frib., neuch. èûyfuà côté du neuchâtelois J^«^, /«^; Vallée i((r, 
fœ; Jujurieux^; Fourgs /«, ^û, etc. -^ O se combine avec 
une i suivante entravée pour passer à ou qui se confond ensuite 
avec ou provenant de ç (§ 122) : cant. de Vaud mddrey pâd^p ' 
respect, mœdrey posdspy maudrey paud^^py etc. 

199. En RHÈTiauE, foci4Sy locus, jocus ne présentent un trai- 
tement particulier qu'aux frontières occidentales, dans le 
domaine de ûe. En général, le résultat paraît être le même que 
celui de iu, ûu (v. §§ 38 et 60) : fiuk, feukyfiek, fia, fi y selon les 



192 CHAPITRE I : VOCALISME § I99-202. 

localités, de telle sorte qu'il semble bien qu'on doive partir de 
fûeukyfieuk. Stalla seul fait exception, /wi y apparaît avec un «, 
comme les formes renfermant p + ï" (§ 194). Devant f, on 
trouve eu en roumanche et œ en engadin même quand la 
dernière syllabe du mot se termine par a ou pair : roumanche 
iieuiddy mieuiiay avieuiSy en outre vieuity mieuit; i a donc causé 
la réfraction d'un ç précédent. Le passage direct àe çu i eu 
serait possible (cf. § i2i); mais comme on rencontre ieu et 
aussi iauy iuy il vaut mieux admettre que çu a passé à eu par 
Tintermédiaire de ûeuy ieu. On pourrait maintenant se demander 
si originairement çltu (§ 186) n'a pas passé régulièrement à idty 
ieuh tandis que çlta donnait eulta et si, dans la suite, il n'y a 
pas eu confusion entre ces formes. Ce n'est que par des 
recherches précises sur le lieu d'origine de ces développements 
qu'on pourra résoudre le problème. 

200. O DEVANT LES LABIALES oflFre en gascon un traitement 
particulier, il passe à a : béam. plabe {*plçvere)y prahcy esprabe, 
nava et ensuite nau (noims)^ nau (noveni), prabà (jpravaré). Ainsi, 

(182) ctvicla passe à auele^ auïe par l'intermédiaire de avtïe. Nabe (cou- 
teau) doit aussi être cité ici et représente une forme *nçva tirée 
de nôvacula. 

201. Devant m, la diphtongaison paraît manquer en espa- 
gnol : doma (mais duendd)^ estomagOy bromOy romOy comOy conte , 
bombre. Toutefois, il n'y a d'assuré que le dernier exemple, car 
les premiers peuvent être des mots savants; comOy à côté de 
l'ancien cueme peut s'expliquer comme une forme atone, et corne 
de cômedity comie se rapporte peut-être au § 188. Ici aussi on 
trouve dialectalement ue : uemne Filib. 61, 12. Coma n'apparaît 
pas seulement dans l'italien chioma où io pour iuo serait régu- 
lier (S 206), mais encore dans toute la France du Sud-Est sous 
la forme koma, toujours sans diphtongaison, et aussi dans le 
portugais cçma. L'absence d'un second exemple présentant la 
combinaison phonique -çnui empêche de proposer une explica- 
tion définitive de la non-diphtongaison. 

202. Devant les nasales, p passe à ç sur un vaste espace et 
est traité comme lui (v. § 132 sqq.). Il faut encore ajouter qu'en 
frioulan -on passe d'abord régulièrement à -ueriy mais ensuite à 



s 202-207. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE O, UO I93 

-uifiy cf. buiney muini et les exemples de ç devant une n entravée 
(§ 184). — L'asturien avec bono^ fonte ^ ponte s'écarte donc de 
l'espagnol pour se joindre au rhéto-roumain. 

203 . En italien, la diphtongue manque à I'antépènultième : 
cçfanOy pppolOy limçsinay cçsimOy rimprçmray stçmacOy mçnacOy 
mçdanOy t^lierCy vçmitOy etc.; mais on trouve en wèmûtn puomlo y 
tuor. — Stiora , ntwra ont influencé suocera qui , à son tour, a 
influencé suocero. — C'est aussi de cette manière qu'il faut 
expliquer kristâfuy pâpuly kâfu à S. Fratello. 

204. En italien, ç final accentué est influencé par cette accen- 
tuation : mby perày ciày pçi (mais puoi à Pérouse) ; quant à puày 
il doit sa diphtongue à la forme dissyllabique puote et à puoi. En 
engadîn, po de pot[et] pourrait être expliqué de la même manière. 
Le même phénomène existe naturellement aussi en romagnol : 
&p et à S. Fratello : bUy d'où aussi /w, va. 

2. Influence d'un phonème précédent. (1S3) 

205 . A Lecce, les labiales et les gutturales maintiennent la 
diphtongue ue qui, dans les autres cas, se réduit à ^ ; kueriy 
kueru, muei (muovt)y buenUy kueciy kuekuy pueiy mueduy mais ueli 
(vuolt)y delùy reuy trenUy ieki (giuochi). Il faut remarquer iencu = 
ju[vyncus. — En outre, eçlus passe à ulu : lattarulUy petsuluy 
piAulUy etc. ; il faut prendre pour point de dépzxi yûo et admettre 
que Yy a entravé le développement postérieur en ûCy ué qui se 
produit dans les autres cas. 

206. En italien, iuo passe à uo : ghiomo (gl^us^y piovey 
ghiom {glôbus)y viola à côté de vivuolay chioma; piuoloy vaiuolo 
formés de ^piOy vaio et du suffixe -uolo n'ont donc rien que de 
régulier. — De même, uo est réduit à o après un groupe formé 
d'une consonne et d'une r : grogOy prova (mais vénit. pruava). 

207. Tandis que ç entravé persiste avec sa valeur de ç en 
italien, en provençal et dans le français littéraire, il passe à m, 
de même que ç provenant de a«, dans tout l'EsT, et partielle- 
ment aussi dans I'Ouest, v. g. à Montjean, S. Aigneau, dans les 
Deux-Sèvres (où utre est remarquable) ; au xvi* siècle cet u 
pénètre même dans le parler de Paris, cf. parole : saole Viol. 

MiTift, Grammaire. i) 



194 CHAPITRE I : VCKALISME § 207. 2o8. 

159, G. de Palerne 979. Ronsard fait rimer chouse et espause; 
H. Estienne blâme chouse dans la langue des « courtisans »; 
Tabourot condamne également chousCygrous^ répons. Le triomphe 
de dans cts mots s'est étendu aussi à arroser qui a fini par sup- 
planter arrouser. Par contre, la rime agenoille : moilù G. de 
Palerne 7209, Cliges 4294, permet encore une autre inter- 
I prétation : IV des formes à désinence accentuée a pu passer 

dans les formes à désinence atone. Il Ëiut aussi expliquer de la 
même manière reproche : boche Cliges 1002, aproche : hoche Ivain 
881, etc., cf., en regard, aproece Chev. Il esp. 10320, repruece 
Psaut. de Cambridge 1305, Marie de France Lanv. 166, formes 
qui doivent leur diphtongue à pruef. Encore aujourd'hui on 
entend dans le dialecte parisien rouche^ aprouche qu'on trouve 
fréquemment dans des chanes de Paris ; cf. encore reprouche : 
touche Théâtre Franc. El, 138, bouche : descouche El, 73, tost : 
aoust n, 10. Le même phénomène existe aussi dans des monu- 
ments appartenant à l'Est comme l'Yzopet, Girart de Rossillon, 
Ph. de VigneuUes; toutefois, reproiche qu'on rencontre dans 
l'Yzopet et G. de Ross, doit être regardé comme présentant 
simplement une métathèse orthographique. — Par contre, en 
wallon, ç paraît persister aussi bien devant s que devant / 
entravée et devant une explosive double, tandis que dans les 
autres cas on rencontre ué : grçSy tnçly pgs (^pouce)y klok mais 
(184) fuér, fuis (Jorce)y muer y muet y puéty kuén {corne)y hués (côté)y 
mûtué (^multUy tostti)y etc. 

208. devant r entravée devient, dans le français du Sud- 
Est, tantôt p, tantôt Ma, «5, uày oUy etc. Le premier développe- 
ment apparaît dans une partie du canton de Vaud et à Fribourg. 
Quand r s'assourdit, çr et quelquefois uar passent dans une 
partie des dialectes à i, tid. Dans tout le domaine, kçrda a passé à 
kôrday hçrdUy puis kçurdUy koardUy etc. Le Valais en est resté sim- 
plement à ç. 



Lat. 


CORDA 


CORNA 


MORTE 


M0T.F.RE 


La Côte 


korda 


korna 


ma 


mâdre 


Vallée 


kuàrda 


kuàrna 


muà 


muâdre 


Lavaux 


kuàrda 


kuârna 


muà 


muàdre 


Blonay 


kuàrda 


kuàrna 


mtid 


muâdre 



§208-2II. RAPPORT DE UO A U£, <£ I95 

Plus au Nord, aux Fourgs, on trouve aussi : puatOy buane^ 
mua y etc. — En frioulan, ua a aussi remplacé ue : fuart^ 
muariiy kuarry uarfy duar, etc. — Dans les contrées citées au 
S 207, f et r ont exercé une influence conservatrice : ç y persiste 
et n'y passe pas à m. 

209. O devant s entravée. Dans ce cas aussi p est la règle 
pour l'Est de la France et pour Val Soana : Vionnaz kutUy gru, 
grusa; de même dans le canton de Vaud, à Fribourg, Neucliâ- 
tel et à Lyon. On y trouve aussi kuy fu de kolsy fols y mais 
moadrCy poase de moltrey pollice. On obtient donc fSy osy d, oUy u, 
Besançon ofiBre le même développement : vûetCy kûCy osiiùc à côté 
de po($ {porc) y floç (alors) y moi (mort), 

210. Devant n entravée o est général en français, en proven- 
çal et en italien. Pour les deux premières langues, v. § 132 sqq., 
pour la troisième, v. § 184 et les exemples suivants : cçnte, 
CQntay brontoUiy brçniOy cçticay cçmpUy rçmboy frçmbay sçgno. 

b) Bapport de uo à i^, œ. 

211. Le passage de p à up, de quelque manière qu'on doive 
l'interpréter, est, en tout cas, plus Éicile à expliquer que celui 
de «0 à «e. Il est Êicile de montrer que ue remonte à un plus 
ancien uo. Dans la Cantilène de S*^ Eulalie on trouve encore 
exclusivement uo : buona i, ruofvet 24, suon 15; il en est de 
même pour le Roland, le Comput, le Voyage de Charlemagne 
et pour quelques textes anglo-normands d'une époque posté- 
rieure ; il est vrai que dans ce dernier cas «<? ne doit être regardé 
que comme une tradition orthographique. En second lieu , le 
développement ud>ue résulte encore de l'opposition qui existe (185) 
entre le français comUy hommty moudre d'une pan, etfrientey 
mieudre de l'autre. Pour les premiers exemples la série de déve- 
loppement est la suivante : comitey *cuomitey *cuôtey comte; molerty 
muolerty muolrey moire; dans les seconds on a : fremitay friemitay 
friete; melioty mieïory mielre. Comme dans le dernier cas la 
première panie de la diphtongue est restée, elle aurait aussi 
persisté dans le premier si la seconde partie avait été un e. En 
efiet, cornes passe aussi à cuens par l'intermédiaire de cwmes^ 



196 CHAPITRE I : VOCALISME §211. 

cuemeSy et * volet à vueit par l'intermédiaire de vuolety vuelet. Il 
n'est pas vraisemblable que ç se soit réfracté dans un cas direc- 
tement en uo et dans un autre en «e; il ne reste donc qu'une 
seule hypothèse, c'est que uo soit une forme antérieure de ue. 
Quant à l'espagnol, il est vrai que des chartes écrites en a.-astu- 
rien, dans Munoz 73, présentent une ou deux fois la graphie 
uo; mais on ne peut rien en conclure puisque la prononcia- 
tion uo existe encore aujourd'hui dans les Asturies. On a beau- 
coup plus de raisons d'alléguer l'espagnol cuemo de quomodo : 
nous avons là réellement un cas où ue est sorti d'un plus 
ancien uo. — On peut maintenant se demander si uç passe 
directement à ué par l'intermédiaire de «a, ou s'il faut admettre 
la série de développement tiOy «g, «f, ué. Dans Munoz 266, on 
trouve une ou deux fois ua, mais l'interprétation de cette gra- 
phie est facultative; par contre, pus y cumo, pustOy pudety fure^ 
trubo dans le Mistero ne peuvent s'expliquer que par ûo ou 
ûey on ne peut guère songer à «rf et pas du tout à «^. Le 
calabrais présenterait donc un état plus ancien que le parler de 
Lecce. Les témoignages les plus anciens en Ëiveur de ue en 
français sont : Buenvaslethy SeptmueleSy Rainbuedcourt dans le 
Doomsday-book (de l'an 1086), en espagnol': fuero Muiioz 
31 (ann. 9SS)> dsteruelos 58 (ann. loii). L'accentuation «^est 
attestée pour le français par des rimes telles que queivre : beivre 
S. Brendan 1427, Minerve : trueve Troie 26015, quierent : moerent 
Brut 9764. La graphie uo persiste sunout après q; quor qui 
assonne en f dans S. Auban 104, et le fréquent requor =^ requaero 
468, 872, 1084, 1219 montrent de quelle manière on doit 
l'interpréter. A côté de ue on trouve aussi oe : c'est à peu près 
la seule graphie usitée dans le Roland d'Oxford; foers apparaît 
déjà dans Jonas ; on trouve aussi oe dans la plupart des monu- 
ments originaires de l'Ouest. Fréquemment, v. g. dans le 
Psautier d'Oxford, on rencontre oe au lieu de «^ à l'initiale pour 
que le lecteur ne donne pas à un m la valeur d'un Vy ainsi dans 
oei/reSy œs (ou hues), oem (ou huent) ; les manuscrits de Chrétien 
de Troies présentent en partie la même particularité. Assez 
fréquemment, et, cette fois, ailleurs qu'à l'initiale, on trouve œ 
dans des chartes du Sud de la Normandie, de Tours, de Chartres, 
(186) du Poitou, de la Saintonge, et habituellement en Angleterre 



§211. RAPPORT DE UO A UE, Œ I97 

de 1266 à 1428. A partir du commencement du xiii** siècle on 
rencontre aussi eu v. g. dans la Vie de Saint Martin de Tours ; cet 
eu remplace complètement «e, oe vers la fin du xiv* siècle. C'est 
uniquement devanl / que eo persiste dans le Livre des Manières 
et dans la Vie de Saint Martin, mais c'est là un cas particulier 
(v. § 196). Par contre, en Angleterre, la graphie eo est très 
usitée depuis le milieu du xn*' siècle, cf. beos Voyage de Char- 
lemagne 316, 317, 427, pureoc 718, eom 789, heoms 803, qî4eors 
n8, peot S. Brendan 15, etc., deol Roland 929; il en est de 
même dans la Normandie continentale : seor Chron. 2787 ; mais, 
à côté de la graphie eo apparaît aussi, à partir du commencement 
du xiii'^ siècle, la graphie eu. Il faut maintenant se demander 
quelle est l'interprétation à donner à cet «e : a-t-il la valeur 
de ue ou de ûe} Le dernier développement œ ne donne lieu à 
aucune conclusion : physiologiquement, œ peut aussi bien pro- 
venir de ué que de ûé. Néanmoins il y a un point à considérer. 
En examinant l'orthographe, on voit que c'est eu qui est choisi 
pour rendre le son œ. On peut alors se demander quelle en 
est la raison. Ce n'est certainement pas l'influence du fait que 
ç était rendu par eu puisque ce feit n'existe que dans une région 
restreinte tandis que ç est représenté par eu dans un domaine 
très étendu. Dans les parlers actuels entre û^ et œ on trouve la 
diphtongue eûy c'est-à-dire qu'il a eu réellement une métathèse : 
la voyelle principale persiste, mais la voyelle réduite qui la pré- 
cédait passe après elle. Il y a des exemples de métathèses sem- 
blables de voyelles en hiatus au § 386 ainsi que dans les graphies 
suivantes : hueom IV Livr. Rois 263, oeuvre G. de Palerne 
161 1, etc., moeurent Aucassin 6, 31. Puis, comme en français 
ci passe à u4y i^iais jamais à «w, on doit peut-être en conclure 
que cet ue issu de ç sonnait en réalité ûé. Cette hypothèse est 
encore confirmée par le traitement de pf (§ 196 sqq.) et de 
ci (§ 190 sqq.). Il est difficile d'expliquer dans cette hypothèse 
la graphie oe et surtout la graphie oue : pouety oues, etc., ms. Q 
du Rendus, nouef Chev. U esp. 5444, ouefBest. 1272. Comme 
le son û était rendu par le signe «, il va de soi que ûe pouvait 
aussi être représenté par ue; mais on ne peut guère admettre 
que oe ait pu être choisi pour représenter ûe. Pour expliquer 
cette difficulté, il Êiut se rappeler que c'est particulièrement 



198 CHAPITRE I : VOCALISME §211.212. 

en normand, et plus encore en anglo-normand, qu'on ren- 
contre œ. Nous avons vu au § 48 que vraisemblablement dans 
(187) cette région u n'avait été supplanté que tardivement par l'û 
venu de l'Ouest : comme on prononçait encore Uy m ti oe sq 
conservèrent. On ne peut guère expliquer autrement la gra- 
phie poiet pour puet M. S. Michel 2867. — Ûe peut encore 
aboutir à œ par une autre voie, c'est-à-dire par une assimilation 
du second élément au premier. On a alors ûœ : la Hague bûœ^ 
fÛŒy mûœhy d'où iœ : Uriménil yœ (ovuni)^ byXy nyXy nyœfy myœly 
pyœ (jK>5Surn)y fyœ (forts) et eiyœl (scutelld) de ecûel : ce dernier 
mot montre que le changement est relativement récent. — En 
outre ûe peut passer à û : Pkncher-les-Mines bû (bove)y iu 
(sarar)y brûy ûTy rue (rota)y mûky û (pvum)y tandis que ç -\- i 
passe ici à œ. Il est difficile de déterminer si l'on a afeire à une 
assimilation : ûey ûŒy ûûy ou bien si l'on a eu directement tUy û. 
Ce qui parlerait en Éiveur de la seconde hypothèse, c'est le fait 
que dans l'Ouest du domaine, à Sometan, on trouve aussi ûe : 
ûCy nû(fy bûey pues (pouce), rue d'où, à Montagne de Dieux : 
^^> ^Hy et, en outre, wj/g, prive, 

L*explicatîon de l'espagnol cmmo de cuomo est due à Cornu, 
Rom. XIII, 299. — W. Fœrster, Die Schicksale des lateinischen ô im 
Franiôsischefty Rom. Stud. III, 174-190; M. Strauch, Lateinisches ô 
in der nofmanmschen Mundart, Diss. Hall. 1881. Témoignages en 
faveur de ûé dans Tobler, Anieî XXIV ; Bœhmer , Rom. Stud. I, 
601 ; Fœrster m, 176 ; sur les graphies anglo-normandes v. Stur- 
ZINGER, Orih. Gall, 45 sqq. — O. Ortenblad, Etudes sur U dévekp- 
pement des voyelles labiales toniques du latin dans le vieux français du 
XII^ siècle^ Upsala 1885. Ce dernier est d'accord avec G. Paris, 
Rom. VII, 132, en faveur de \tiy tandis que W. Thomsen, Rom. V, 
74, Ascou, Lett. Glott. 24, Fœrster, Zeitschr. V, 590, CligeslAV, 
admettent iie, 

212. Le développement de ç dans le français du Sud-Est est 
obscur, principalement parce que le nombre des formes sur 
lesquelles on peut s'appuyer est très peu considérable. A Fri- 
bourg et dans une partie du canton de Vaud, ç s'est complètement 
confondu avec q comme dans le français du Nord. Mais, sur 
les frontières Ouest du domaine et à la pointe occidentale du 
lac de Genève, on trouve œy û provenant de p à côté de auy Çy 
œ provenant de p. Le développement de ç dans cette région 



§ 212. 213- RAPPORT DE UO A UE, Œ I99 

pourrait donc être aussi le suivant : *iieyû^œ ou bien *ûeuy *cûy 
auy etc. Cf. cant. de Vaud, frib. : maolay maûlay mâla, baOy 
naOy etc., mais. Vallée : niœla, bœy nœ, prœvUy Sainte-Croix : 
tnûlay bûy nùy pràva. Le degré eu se trouve à Vionnaz : neuvay (i88) 
meûdr^y preûvCy etc.; on trouve le même état dans le bagnard. 
Mais, dans le Nord-Ouest du domaine, la diphtongue paraît 
manquer complètement : lyonn. rox, sorre (soror)y novOy nu 
(navem)y buy tîsu de -ou; Jujurieux nw, nuva, feliuUiy pruvOy 
uvrUy deduy bUy defuy rova. 

213. Dans la France du Nord ue aurait donc passé iiiulêi oùu 
cède la place à û. On doit par conséquent s'attendre à trouver aussi 
ùe respect, œ dans les autres domaines de Vu. C'est en eflfet la 
règle pour les parlers de la Haute-Italie : le piémontais, le génois 
et le milanais. Les conditions dans lesquelles se produit œ sont 
tout à feit les mêmes qu'en italien (cf. § 184), néanmoins on 
y rencontre quelquefois œ en regard de l'italien ç : piém. nœfy 
piosvCy prœvdy ra^Uy mœd; gén. stœmagu (mais piém. stomf)y 
rœdy etc.; milan, tnœlay gén. mœa (piém. mola), piém. brœdi 
(gén. brodu). On trouve aussi œ devant / comme en français : 
piém. œty tueit, kœssa {coxa)y œiy pœi, dcerrriy gén. tœkgUy d:(çe^^a 
(jovia)y œbbiu. Mais devant les nasales o persiste partout : fé, 
sôy ont. Vœ peut en outre devenir e si l'articulation labiale 
disparaît, ainsi à Monaco. — En milanais, outre cet ûj, on en 
trouve encore un second qui apparaît devant s entravée : par- 
pœsty malmœsty nœsty vœst, grœi, dœs; en outre d^ns gœpp qui 
est aussi piémontais et génois (à côté de :^embu) et pourrait 
toutefois remonter à *gobbius'y enfin vœlta est obscur. Cet œ 
disparaît de plus en plus à Milan même, peut-être n'y a-t-il 
jamais été vraiment populaire et appartient-il seulement aux 
campagnes environnantes. En outre, ç devant les palatales 
paraît aussi avoir passé à œ dans sœ ya (jum ego)y œggUy œri = 
oriuniy indœya (inductile), rœit (ructum) : peut-être faut-il voir 
là des importations. — La diphtongue apparaît sous une autre 
forme à Lodi : fug (fuoco),fura (Joras), u}i (oculos)y vuya, etc. 
En général, Crema et Crémone ne connaissent plus ce phéno- 
mène. Jusqu'à plus ample connaissance du dialecte de Lodi, on 
peut faire abstraction de cet a et se demander si œ est directe- 
ment sorti de ç ou s'il a été précédé de iie. Les monuments 



200 CHAPITRE I : VOCALISME §213.214. 

anciens ne fournissent aucun moyen de solution; ils écrivent 
sans exception o dont la valeur n'est pas bien déterminée, 
mais qui ne peut certainement être ni uo^ ni ue et, selon toute 
vraisemblance, ne représente que o ou œ. Il est impossible que 
œ ne se soit produit qu'après le xiv« siècle, parce que o prove- 
nant de au se serait confondu avec lui. Nous devons admettre 
(189) œ déjà pour les commencements de la littérature dans la Haute- 
Italie, c'est-à-dire pour le xii* et le xiii* siècle. Mais cet œ a-t-il 
été précédé lui-même par î?e ? Il est difficile de le prouver, et 
même la question est très douteuse, attendu que d'autre part 
on ne peut pas établir que f ait donné le, et qu'au contraire, 
on a beaucoup de raisons de croire que la diphtongaison de f 
ne s'est pas produite. Le changement en question doit plutôt 
être interprété de la manière suivante : quand il s'agit d'articuler 
l'p, le canal vocal, tout en conservant la même largeur, s'allonge, 
ce qui produit la palatalisation de Vo. 

La présence de la diphtongue à S. Fratello ne peut guère 
être acceptée comme témoignage de l'existence ancienne de uo 
dans cette région : uovy nucvy buola^ stwla^ duok Quogo)y kuoj^y 
suogify kuoify pruopriuy uoky uott, kuolUy fuo^ (Joglio), etc. — 
Le ROMAGNOL ne connaît ni œ ni «o, mais seulement o tout à 
Élit ou à moitié fermé ; le premier apparaît devant les nasales et 
les gutturales : pw, Içg; le second dans/>r(?a, sorUy -oly -w, tnovary 
dxpbiay etc., ashmàety pont y sonity morbiy porky volt y risolvary 
skorgUy korpy etc. Toutefois, on trouve un o moyen dans bol y 
koty ocy dj^pkuly tt uu ouvert dans skçyy îçya, dçyUy bç. On n'a 
pas de preuve certaine que ces différents o soient tous sortis de 
uOy toutefois cette hypothèse reste possible. 

214. Dans le Tessin, on rencontre aussi œ provenant de p, 
et, ainsi qu'on l'a déjà constaté à Monaco, cet œ passe à e à Loco 
et à Malesco ; à Ronca, sur le lac Majeur, le résultat est w, g. 
Les conditions dans lesquelles se produit œ sont les mêmes 
qu'en rhétique : nosWy nowa; à daprew répond l'italien apruavo; 
kor plur. Mû^. Une palatale cause le changement d'un o précé- 
dent en Œy quelle que soit la voyelle suivante : drœmy Ihxcay 
mœyay vœyay tœ (togliere), mœr; Vç subit aussi cette influence : kuy 
arvœra (^roburia)y lœr (*colurid)y bedœla (betulld)yfavœhy kœfi. On 
pourrait être tenté de s'appuyer sur ces dernières formes pour 



§214-216. RAPPORT DE UO A UE, Œ 201 

faire remonter i, ûéy uéVœ qu'on trouve dans le Tessin, et de 
citer à l'appui l'espagnol aguerOy fagueno (§ 128); mais il est 
évident que cet œ peut aussi bien provenir de ôi que de ûéy ué. 

215. En rhétique il y a à distinguer quatre degrés de déve- 
loppement : ue qui apparaît sans condition dans l'Est du domaine 
(S 184); te dû à un tt final qui est la réduction d'un plus ancien 
ue dans les régions où û passe à.i;œ qu'on trouve dans les mêmes 
conditions là où û persiste ; dans le Centre du canton des Gri- 
sons entre fe qui appartient à l'Oberland et œ qui est engadin. 

Oe respect, e, i qui apparaît devant les palatales est indépendant (190) 
des phénomènes précédents. le est sorti d'un plus ancien «e, de 
même que / est sorti de w (§ 54, p. 77); on ne peut guère 
prouver que cette diphtongue ait été autrefois accentuée sur le 
second élément (ué). On est étonné de trouver ofzu Centre des 
Grisons; on y trouve aussi flck (§ 199). Il est possible que 
l'analogie se soit exercée sur la flexion : *i^(sing.), ofs (plur); 
tes (sing.), os (plur.) et ait amené l'emploi de ofy os pour le 
singulier. L'engadin œ est aussi sorti de ûe; cette étape anté- 
rieure se trouve encore dans Lûci Capa (161 3) devant r entra- 
vée : chûerpy ûerty tnemûergiay mûerSy spûerty mûersay spuerta. 
Mais, déjà à cette époque ailleurs que devant r entravée, et, plus 
tard, même dans cette position, ûe a passé à œ par une assimila- 
tion réciproque des deux éléments de la diphtongue. Il arrive 
même que œ continue de se développer jusquà e : Leventina 
beiy ketTy veidy inkeiy kely kern mais leugy neu. 
Cf. Ascou, Arch. Glott. I, 183, Rem. 

Au § 185 il a déjà été remarqué que ces différentes formes se 
rencontraient l'une à côté de l'autre en tyrolien. En général, le 
domaine de ô et celui de û se recouvrent ; il n'y a qu'à Val Passa 
et à Bormio où l'on trouve œ à côté de w, toutefois ici u a pris 
la place d'un plus ancien û. 

216. Le VÉNITIEN présente un développement particulier de 
UO dans sioky liogOy dioly riosUy niora, niosety nim^ioly tioTy fasioiy 
dans la Vie de S^^ Catherine en a.-véronais diolandosey cioksse. 
On rencontre aussi en frioulan : iiostriy noi^^isy My Miy siorhy 
AuVy et, en outre, kayostrey liok. Toutefois, les conditions dans 



202 CHAPITRE I : VOCALISME §2l6-2l8. 

lesquelles paraît cet i ne sont pas encore bien définies. L'arétin 
connaît aussi liogOy sionOy niovOy tioni. 

217. Réduction de «e à ^. En espagnol m est réduit à f, sans 
que la loi de cette réduction ait encore pu être formulée : frente 
(fruente]. Ruiz 978, Enx. 55), serbUy cukbra (culuebra Enx. 2), 
estera y lleco (à côté de flueco); la même réduction a aussi lieu 
pour ue ayant une autre origine : enerOy almedano à côté de almue- 
danUy arab. mueddiriy et curueha à côté de curehUy combrue:^a et 
combre^ay formes dont Tétymologie est douteuse. Il n'est pas sûr 
que cerdo soit à rapprocher de sordidas et lerdo de Içrdus (§ 67). — 
A Val Soana la réduction deueie est la règle, toutefois la diph- 
tongue persiste dans lin^uely fasuel à côté depeirel, cafjely dans suir 
(joror) à côté de fer, dans kuel à côté de seUiy dans enkué Çhodie) 
à côté de di^é (dies jovis) ; la règle est observée dans melay seliy 
eliy te (ruolo)y ne, nevay &, /er, e (çvuni)y resUy keire (cuocerè)y 
pyevre (piovere\ nerUy etc. Par contre, m entravé qui n'apparaît 
guère que devant une palatale précédant un ouxxnu final du 

(19O mot s'est généralement conservé : fuély ueîy muerty puerky uety 
on trouve toutefois perte (^portae)y besçriy ger (^giprno § 146), et, 
en outre, pyet (^peduclum). — En anglo-normand e a remplacé 
. ue d'assez bonne heure; le Psautier d'Oxford écrit déjà ilecy 
presme; Adgar velty selty Langtoft nef y neif; on rencontre aussi 
des métathèses orthographiques : cheot S. Brendan 11 5 6, seop 
Orth. Gall. 10 (cf. ibid. 43). On est étonné de trouver u au 
lieu de tie : uvreïV Livr. Rois 274; estut 194, 211, etc., espur 
247, jufnes 453, truved 91, put 62, 76. — Cf. encore le français 
avec et le § 204. 

218. Passage DEuOy uek u. En frioulan, ue dans les mono- 
syllabes passe à û : nul (plet^ mais plur. nueliny vuly duly puSy 
kury fur y fa^uly etc. Muggia, Pordenone et d'autres régions 
présentent ou : ouf y fouky koury qui doit être considéré comme 
un développement postérieur de u. — A Veglia, libre 
passe à u par l'intermédiaire de ûo : bule (yuol)y kury fuky buHy 
dapUy duly :(ue Q'ovia^y et aussi surkoy kurko; mais on trouve 
dans les autres cas ua : fuayay plimyay duarmuy uassey kuastey 
vart. Nicastro ofire aussi ua (cf. ta provenant de f, § 178) : 
buana^ tuarti^ suaffriy pua:^7;py sciuaccu. 



§219- PARTICULARITÉS DE p 2O3 

0) Fartioalarités. 

219. Dans un grand nombre de cas on rencontre ç au lieu 
de uo qui serait la règle. Bien des mots où apparaît cette 
exception doivent être regardés comnte savants : ital. tomo^ 
mokiy ianOy nota^ modoy bçve à côté de bhe. Il en est de même 
pour les représentants de rçsa : a.-franç. rçsCy esp. rosa, à côté 
du piémontais et génois rœsa. Giove est plus douteux, toutefois, 
la position atone de Vç peut être la raison pour laquelle la 
diphtongue ne s*est pas produite dans giovedi. L'italien nove et 
nav au lieu de nuoVy à S. Fratello, sont obscurs tandis que nuove 
à Pérouse, le milanais, piém. nœf et le vénitien niove sont 
réguliers. De même, ngme dans l'Italie du Sud et la Sicile, et 
inuem à Greden ne peuvent pas être des mots indigènes. Sont 
plus difficiles à expliquer l'italien vçla^ a.-franç. vçk rimant 
avec parçle Ivain 157, etc., en outre dçl : Pçl Comp. 40, Aiçl : 
fol Ph. Mousquet 695, tandis que dans la rime roe : joe Perc. 
9069 Vo est fermé, rçe : jçe. Si, pour expliquer l'absence de 
diphtongaison, on admet l'influence des formes à désinence 
accentuée, il y a lieu de se demander pourquoi on trouve ç et 
non ç. La généralisation des formes en p a dû avoir lieu à une 
époque où l'on prononçait encore vglare. Il pourrait aussi se 
faire que la flexion *vuçlat — vçlare ait été uniformisée en v^lat 
— volare. Le français horoy ouy bon, en outre dame, et l'a.-espa- 
gnol conde à côté de cuendcy pos à côté de pues s'expliquent (192) 
comme formes atones (v. Chap. IV). 

Âscou, Ârch. Glott. X, 88 voit dans tnodoy hrodo un traitement 
spécial de od, toutefois hrodo se rattache mieux au % 206; il croit 
reconnaître dans hove une influence dissimilante des deux labiales ; 
il explique Gkve^ nove comme Schuchardt, Litteraturbl. 1887, 
col. 18, qui y voit, ainsi que dans chioma, mola, rosa, piém. Jeoma, 
tttoîa, roda, soîa, skola, franc, rouey rose, école, sole, esp. coma, rosa, 
les derniers restes d'un état qui subsiste encore dans Tltalie du Sud 
(y' S 1^5)- ^A^s la question reste douteuse. Le français roue 
est formé nouvellement sur rouer, cf. ruede O. P. 76, 17, ruée 
Mousquet 5975, rœi à Auve et dans d'autres dialectes. Ecole et sole 
sont des mots savants de même que les correspondants espagnols et 
portugais (remarquez la conservation de 1'/ dans le portugais sola, 
escold) ; il en est certainement de même pour rosa ; sur cotna, v, le 

S 201. 



204 CHAPITRE I : VOCALISME" § 220. 

220. On ne s'explique pas très clairement non plus le pas- 
sage de p à p,'4^. L'italien pçsto à côté de pçsta a été influencé 
par pQfiOy sçnno l'a été par s(^no. A côté de demâraty a.-franç. 
demuerCy prov. demçra^ on trouve le provençal demprUy l'a.-fran- 
çais demçrCy l'italien dimçra et le sicilien dimura ; les deux formes 
devuere et devçre sont attestées en a.-français par un grand 
nombre de rimes, ital. divçra. Lsl double qualité de la voyelle 
doit dépendre de la place différente occupée par l'accent : ou 
bien *démçrai a dû passer à dem^at sous l'influence de *fn^aty 
ou bien l'accent s'est simplement reporté du préfixe sur le 
thème, d'où dem^rat. L'italien a formé fçra sur dimçra^ divçra. 
Le portugais dçna (domina) pour un plus ancien dçna a emprunté 
Vç de dçn. Le florentin çrgano est obscur en regard du siennois 
çrgano; il en est de même du sarde et ital. du Sud grussu en 
regard du sicilien et italien grçsso; du calabrais survu^ lecc. 
survia à côté du sicilien ^^orbu^ bolon. sorbely àts formes de 
Lecco dussuy fursCy itzl. fçrse etfçrse; de Campobasso, calabr., 
sic. atturrere. 

Des exemples de demore, dévore en a.-français sont donnés par 
ToBLER, Gôtt. Anz. 1872, p. 887. 

Enfin l'espagnol cubro^ nuce est formé de cubrify nueir; l'ita- 
lien spugna est originaire du Sud et remonte probablement à 
spçngia (§ 17, p. 32); lungo tient son u de lunge = lat. longe ^ 
mot qui soulève lui-même une question assez difficile. A côté 
de lungi on trouve : prov. lûeAy a.-franç. /(w, esp. luenCy rou- 
manche luni à côté de lieungy leunga, eng. lœns mais lung. Le 
(193) roumanche et l'a.-espagnol lumgo d'une part et l'étymologie de 
l'autre permettent de poser Içngus et non pas IçnguSy et 
parallèlement Içnge et non pas longe. Ce n'est donc qu'en latin 
vulgaire ou dans les rameaux isolés du roman que s'est pro- 
duite la divergence du développement de longe. C'est de Içt^e 
qu'il fcut partir pour expliquer l'a.-français lôhy loin puis 
loir^y l'espagnol luene et vergûen:^a (§ 128), le roumanche luns^ 
l'italien lungi (§136), et, en outre, le provençal loiii'y c'est aussi 
ci qui a donné ûi (v. § 128) : la différence entre le français du 
Nord et le firançais du Sud s'explique par le fait que dans le 
Nord la voyelle est nasalisée. Il reste encore l'engadin dont Vœ 
s'explique peut-être par oi\ le fait que la finale verbale -ungere 



§ 220-222. A LATIN 205 

se présente non sous la forme -cen^ery mais sous la forme unger 
s'explique de différentes manières. Comme l^nge est attesté pour 
le latin vulgaire, on est obligé de recourir à l'influence du 
groupe palatal pour expliquer le changement de qualité de Vo. 
— Dans le milanais ^uka = jocaty Vu provient de l'infinitif. 

7. A latin. 

221. Tandis que pour les autres voyelles la différence quan- 
titative ancienne correspond à une différence dans la nuance 
vocalique, à et fl ont conservé la même qualité. Néanmoins, 
même pour l'a, on peut constater quelques traces du phéno- 
mène qui a scindé si complètement les autres voyelles : Va dans 
les monosyllabes est plus grave , plus vélaire que dans les poly- 
syllabes. Par conséquent, dans les contrées où Va de dare^ datus 
passe à Cy on trouve celui de daty da conservé ou même tout à 
feit obscurci en o. Ce fait ne peut s'expliquer que si l'on sup- 
pose qu'au moment où datus y dàrCy etc., étaient allongés en 
dàtuSy dàrCy dàt, dà restèrent brefe ; cf. encore aujourd'hui l'ita- 
lien dà à côté de data. Donc : 



Lat. 


STA 


STAT 


DA 


DAT 


JA 


FAC 


Roum. 


stà 


stà 


dà 


dà 


— 


fa 


Eng. 


sto 


sto 


.do 


do 


go 


fo 


Greden 


sta 


sta 


da 


da 


— 





Arét. 


sta 


sta 


da 


da 


èa 


> 


Romagn. 


sta 


sta 


da 


da 


d:(a 


/« 


Franc. 


esta 


esta 


— 


— 


ja 


— 



Il Êiut encore citer o (habet)y vOy foy enko (in ca\s(ïQ à Gignac, 
ilo (franc. cela)y fo, peiô (franc, pieçd) en picard, d'où, dans les 
environs d'Arras uOy «f, eûy œ. En outre, on trouve stoi (stat), (194) 
voiy doiy joi à Veglia, etc. Dans le normand moderne pas devient 
également/». Il y a donc lieu de se demander dans quelle mesure 
des mots devenus monosyllabes en roman changent leur a en 0, 
Cf. encore § 228. 

222. Les destinées de a libre sont très diverses. En roumain, 
dans le RHÈTiauE oriental et en partie dans le RHÉTiauE occi- 
dental, en ITALIEN, en provençal et dans la péninsule ibé- 



206 CHAPITRE I : VOCALISME §222.223. 

RiauE, a libre est en général conservé. Mais, dans le français du 
Nord, il passe ordinairement à e, excepté devant les gutturales; 
ce changement a plus d'extension encore en engadin et en 
ÉMILIEN, il en a moins en pièmontais, et encore moins dans le 
FRANÇAIS DU SuD-EsT. Les dialectcs de la cote Sud de l'Italie 
présentent aussi sur ce point de leur vocalisme une nouvelle 
analogie avec le français du Nord; il en est de même du por- 
tugais. Cet f, qui doit être regardé comme la première étape 
de la transformation de a, subit ensuite les développements les 
plus divers. 







a) A 


se oonserve. 






223 


|. 










Lat. 


DA 


STA 


JA 


DAT 


STAT 


Roum. 


§ 221 


§221 


— 


§ 221 


§ 221 


Frioul. 


da 


sta 


d^a 


da 


sta 


Ital. 


da 


sta 


già 


da 


sta 


Prov. 


da 


esta 


ja 


da 


esta 


Esp. 


da 


esta 


ya 


da 


esta. 


Lat. 


gratu 


-ATU 


LATU 


PRATU 


LATUS 


Roum. 


— 


-at 


— 


prat 


ht 


Frioul. 


— 


-ad 


— 


prad 


lai 


Ital. 


grato 


HltO 


— 


prato 


lato 


Prov. 


grat 


Hit 


lat 


prat 


lati 


Esp. 


grado 


-ado 


— 


prado 


lado. 


Lat. 


-ATOR 


-ATA 


STRATA 


SPATA 


PRATA 


Roum. 


-at 


-atà 


— 


spatà 


— 


Frioul. 


-adri 


-ode 


strade 


spade 


— 


Ital. 


— 


-ata 


strada 


spada 


— 


Prov. 


•^ire 


'Oda 


estrada 


espada 


prada 


Esp. 


— 


-ada 


estrada 


espada 


— 


(195) Lat. 


AESTATE 


AETATE 


CRATE 


SATIS 


-ATIS 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


-ait 


Frioul. 


stad 


etad 


grade 


— 


-ais 


Ital. 


State 


età 


grada 


assai 


-ate 


Prov. 


estât 


edat 


— 


sat^i 


•at^ 


Esp. 


— 


edad 


grada 


assa:( 


-odes. 



§223- 




A SE 


CONSERVE 




207 


Lat. 


GRADU 


VADU 


ACU 


LACU 


EBRIACU 


Roum. 


— 


vad 


— 


— 


— 


Frioul. 


— 


vad 


— 


lag 


— 


Ital. 


grado 


guado 


ago 


lago 


briago 


Prov. 


grat 


guat 


ac 


lac 


enibriac 


Esp. 


— 


port, vao 


— 


lago 


— 


Lat. 


BACA 


BRACA 


PACAT 


ILLAC 


-AC 


Roum. 


— 


— 


— 


la 


— 


Frioul. 




braga 


paya 


la 


ca 


Ital. 


baga 


braga 


paga 


là 


quà 


Prov. 


baga 


braga 


paga 


lai 


— 


Esp. 


baga 


braga 


paga 


alla 


acà. 


Lat. 


CAPUT 


RAPA 


SAPA 


NAPU 


NASU 


Roum. 


cap 


— 


— 


nap 


nas 


Frioul. 


hw 


rav 


— 


— 


nos 


Ital. 


capo 


râpa 


sapa 


— 


naso 


Prov. 


cap 


raba 


saba 


— 


nas 


Esp. 


cabo 


— 


saba 


nabo 


— 


Lat. 


CASA 


RASU 


MASU 


PACE 


-ACE 


Roum. 


casa 


ras 


— 


pace 


— 


Frioul. 


hise 


ras 


mas 


pas 


-as 


Ital. 


casa 


raso 


maso 


pace 


-ace 


Prov. 


casa 


ras 


mas 


pati 


Hltl 


Esp. 


casa 


raso 


— 


M 


-a^. 


Lat. 


FABA 


-ABAT 


CLAVE 


NAVE 


CLAVU 


Roum. 


— 


-à 


§278 


— 


— 


Frioul. 


fave 


-ave 


klaf 


naf 


(claud) 


lui. 


fava 


Hiva 


chiave 


nave 


§274 


Prov. 


faba 


-aba 


clau 


nau 




Esp. 


baba 


-aba 


llave 


nave 


— 


Lat. 


OCTAVU 


FAVU 


RARU 


CARU 


CLARU 


Roum. 


— 


M 


— 


— 


— 


Frioul. 


— 




rar 


Mar 


klar 


Ital. 


ottavo 


favo 


rado 


caro 


chiaro 


Prov. 


— 


— 


rar 


car 


clar 


Esp. 


ochavo 


(favo) 


raro 


caro 


claro. 



(196) 



208 



CHAPITRE I : VOCALISME 



§223. 



Lat. 


-ARE 


PALU 


aUALE 


ALA 


SCALA 


Roum. 


-â 


par 


care 


— 


scarà 


Frioul. 


-a 


pal 


kal 


aie 


sMe 


Ital. 


Hire 


palo 


quale 


ala 


scala 


Prov. 


-ar 


pal 


quai 


ala 


escala 


Esp. 


-ar 


palo 


cual 


ala 


escala. 


Lat. 


-AI.F 


HAMU 


RAMU 


AMAT 


-AMEN 


Roum. 


-ar 


— 


ram 


— 


-aw 


Frioul. 


-al 


am 


ram 


ame 


-am 


Ital. 


--aie 


amo 


ramo 


ama 


-ame 


Prov. 


-al 


am 


ram 


ama 


-am 


Esp. 


-al 


— 


ramo 


ama 


-ambre. 


Lat. 


MANU 


PANE 


CANE 


LANA 


RANA 


Roum. 


§244 


§244 


§ 244 


— 


— 


Frioul. 


man 


pan 


%an 


lane 


rane 


Ital. 


mano 


pane 


cane 


lana 


rana 


Prov. 


ma 


pa 


ca 


lana 


— 


Esp. 


man 


pan 


— 


lana 


rana. 


Lat. 


MAJU 


-AGINE 


TALIAT 


PALEA 


-ALIA 


Roum. 


— 


— 


taià 


paiu 


-aie 


Frioul. 


mai 


-am 


taie 


paie 


-aie 


Ital. 


maggio 


-aggim 


taglia 


paglia 


Higlia 


Prov. 


mai 


— 


talha 


palha 


-alha 


Esp. 


mayo 


§239 


taja 


paja 


-aja. 


Lat. 


VALEAT 


*BANEU 


-ANEU 


-ANEA 


SABIU 


Roum. 


— 


baie 


-aiu 


-aie 


— 


Frioul. 


— 


bail 


-ah 


-aiie 


— 


Ital. 


vaglia 


bagno 


. 'C^no 


-agna 


saggio 


Prov. 


valha 


banh 


-anh 


-anha 


sabi 


E^). 


valga 


bano 


-ano 


-ana 


sabio. 


(197) Lat. 


RABIE 


CAVEA 


BRACIU 


RADIU 


EXAGIU 


Roum. 


— 


— 


— 


ra^à 


— 


Frioul. 


rabie 


kebe 


brats 


rai 


— 


Ital. 


rabbia 


gabbia 


braccio 


raggio 


saggio 


Prov. 


ratge 


— 


brat:^ 


rai 


essai 


Esp. 


— 


— 


bra:(p 


raya 


ensayo. 



§223. 




A SE 


; CONSERVE 




2( 


Lat. 


PALATIU 


MINAQA 


-ACLU 


PATRE 


CABALLU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


cal 


Frîoul. 


— 


ntanatse 


-ali 


pari 


hwal 


Ital. 


palaT^Tio 


minaccia 


Huchio 


padre 


cavallo 


Prov. 


palatTi 


manat^ia 


-alh 


paire 


caval 


Esp. 


palacio 


ammaxfl 


-ajo 


padre 


caballo. 


Lat. 


ANNU 


CARRU 


CATTU 


PASSU 


ASPRU 


Roum. 


an 


car 


— 


pas 


asprû 


Frioul. 


ann 


Mr 


èatt 


pass 


— 


Ital. 


anno 


carro 


gatto 


passo 


aspro 


Franc. 


an 


char 


chat 


pas 


âpre 


Esp. 


ano 


carro 


gatto 


passo 


aspro. 


Lat. 


VASTU 


PARTE 


ARCU 


ARBOR 


ARMA 


Roum. 


— 


part 


arc 


arbur 


arma 


FriouL 


uast 


part 


ark 


arbul 


arme 


Ital. 


guasto 


parte 


arco 


albero 


arma 


Fraiiç. 


guâte 


part 


arc 


arbre 


arme 


Esp. 


vasto 


parte 


arco 


arbol 


arma. 


Lat. 


UKLVK 


ALTRU 


CALDU 


FALSU 


ALNU 


Roum. 


malbà 


ait 


cald 


fais 


— 


Frioul. 


malve 


altri 


Md 


fais 


— 


Ital. 


malva 


altro 


caldo 


falso 


alno 


Franc. 


§251 


§2Si 


§251 


§2Si 


§231 


Esp. 


malva 


§2S3 


caldo 


falso 


alno. 


Lat. 


CANTAT 


ANTE 


-ANTIA 


AMBO 


CAMBIAT 


Roum. 


§244 


§244 


§ 244 


§244 


§244 


Frîoul. 


htnte 


nant 


-antse 


— 


— 


Ital. 


canta 


an:(i 


-an^^a 


amen- 


cambia 


Franc. 


chante 


§232 


Hince 


am- 


change 


Esp. 


canta 


antes 


-an^a 


amos 


cambir. 


Lat. 


SANCTU 


FACTU 


LACTE METAXA RAPTU LABRU 


Roum. 


§244 


fapt lapta metasà — 


— 


Frioul. 


sant 


fatt i 


latt 


— — 


lavri 


Ital. 


santo 


fatto i 


latte metassa ratio 


labbro 


Franc. 


§232 


§232 ! 


\ 232 


— — 


— 


Esp. 


santo 


§239 : 


§239 S 


239 rato 


labro. 


Mim, 


Gnnmair*. 








14 



(198) 



210 CHAPITRE I : VOCALISME §223.224. 

Le portugais seiva n'est pas le représentant de sapa, mais de 
sapia. Les mots roumains mestec (masticd) et fermée (^farmacd) 
sont expliqués dans l'étude des formes; il en est de même 
des cas tels que spatà plur. spete. — Les mots français maigre, 
aigre, aigle demandent une explication particulière. Comme, 
à quelques rares exeptions près, les parlers lorrains présentent 
non pas a mais f dans ces formes, il faut en conclure que 
ai ne doit pas être considéré comme une diphtongue, mais 
comme un véritable f (v. § 236). On doit supposer que le 
latin vulgaire acrum est devenu fgru comme patrem pçdre, 
labrum Ifbru. Les deux dernières formes continuent de se déve- 
lopper enpfdrey Içure, d'oixpçrey Içvre; la première, au contraire, 
conserve l'explosive : mfg-re, et, par conséquent, ne change 
pas f en ç. Cf. encore § 275 aqua. 

b) Ohangements spontanés de a. 

224. Tout a, soit libre, soit entravé, se réfracte en ûx, iea à 
S. Cattarina (Sicile) : pieatri, mieatri, eacqua, pteasti, mirkeatu, 
keasUy musikeanti. — On trouve parallèlement à S. Fratello a, 
âa : amàr, fâva, ddâit (latte), fà:(, quàttr, Mnte (planta), part, 
gràsSy 'àa = -aie, -^to, dduntàà (lontano), ràam, etc. Ailleurs on 
rencontre un assourdissement de a en ua, uo, 0, d; ainsi à 
Caltanisetta et S. Cataldo (Sicile) : in:(urtuata, appi^uava, 
minnicuava, suppurtuava, stuatu, fuatta, piligrinuannu , suapi, 
puani, puaita, soardi, etc.; — à Veglia où Ton trouve en géné- 
ral ua, uo, mais surtout u devant r, et devant i : anduar, 
destinuat, bokkuale, shuole, kuosa, juolb, kuorne, puosta, sessuanta, 
suang, swnty fur, destinur, levur, stoi (sto), faite, voita (ital. 
gaita), etc. — Dans la Haute-Italie occidentale, Ormea (Cuneo) 
présente ao : saanta, pellegrinaoj^, ndao (partie, fém.), leleraoi 
(partie, plur.), maoi, faoèu, aoci (altrt), taontu, saoce (ital. 
sappia), paok, dalmao^u. — Tandis qu'on trouve la réfraction 
dans les régions précédentes, une partie de la France du Sud- 
Est assourdit Va en d, ainsi, dans le canton de Vaud et dans le 
Sud du canton de Fribourg : dlo, rdvo,prd, -dj^o, bdrbo,frdno, etc., 
puis, plus au Sud-Ouest, on a 0, v. g. lyonn. : pro, infin. 
(199) et partie. -0, klo, pare, abra (arbre), atra (dtre), amoblo, lar^, 
lar (lard), barma, lassi, plassi, passa (passe), sassi (chine), pata 



§ 224. 225- CHANGEMENT DE A LIBRE EN E 2II 

(j>dte)j pôle (pdlé)y etc.; a ne persiste que devant les nasales 
(§ 247)- 

0) GliangemeiLt de a libre en e. 

225 . Le passage de a à e est un des caractères les plus impor- 
tants par lesquels le français du Nord se distingue du provençal ; 
il ne dépasse pas les limites indiquées à la page 66. Cest 
seulement à l'Est que les limites entre le français du Sud-Est 
qui conserve Va et le français du Nord ne sont pas très bien 
connues. A Sornetan, dans le Jura bernois, Va persiste, mais il 
y a lieu de se demander si dans les vallées supérieures de la 
Moselle et au Sud du Ballon d'Alsace il n'y a pas eu retour de 
eia par l'intermédiaire de f , fait qui a réellement eu lieu dans 
l'Ouest (§ 226). Tye de clavis semble parler en faveur de cette 
hypothèse : y aurait conservé Ve et l'aurait empêché de retour- 
ner à a. L'hypothèse inverse, à savoir que tya aurait passé à tyç à 
cause de l'influence du y est exclue par ce fait que le change- 
ment de a en e après ty provenant de cl ne se rencontre pas 
(v. § 262). Il n'est guère possible de déterminer la date du 
passage de a à e : les Serments écrivent salvar, mais déjà 
Sainte Eulalie et Jonas ont régulièrement e, de même tous 
les monuments suivants. Philippe de Thaon fait bien rimer 
dans son Comput César et guardar 775, vertat et soustrairai 
3483 ; mais c'est pour les besoins de la rime qu'il a hasardé 
ces latinismes. Une limite inférieure de ce changement est 
donnée par le traitement de ei (§ 249) et une limite supé- 
rieure par les emprunts germaniques. C'est vers le vu* siècle que 
ê gothique est devenu a dans le franc, cf. Dado (ann. 632) du 
gothique Dêda. Dans les emprunts les plus anciens, cet à franc 
est traité comme Va latin, cf. a-franç. herCy franc hàra^ tandis 
que Vi gothique répond à l'f du latin vulgaire, a.-franç. bière, 
goth. bêra. Le traitement de a libre devant les gutturales et les 
nasales fournit aussi un moyen de dater le phénomène d'une 
façon approximative. La palatalisation du r a évidéïhent eu lieu 
avant le passage de aiie : acu2i donné non pas er, ei, mais acy ai 
avant que at fût devenu et y mais dans la diphtongue ai, a a suivi 
un développement particulier (v. § 235). Sur a devant les 
nasales, v. § 246. Par conséquent les exemples du § 223 sont (200) 



212 CHAPITRE I : VOCALISME §^25. 

à peu près depuis le vu* siècle grety -ety prety let^iy edre, -afe, etc. 
Cet e est différent de celui qui doit son origine à ^ entravé 
(§ I II) et à f (§ 167) ; mais il rime avec Ve primitivement accen- 
tué ou atone des mots latins v. g. secrées : regardées Chev. Il 
esp. 2269, clere : matere 10503, avoutere : comere Benoît Chron. 
8795, truvi : tempore Comp. 75 1, tempore : verti 2379. Sur erent : 
trestumerent Comp. 1185 v. Chap. IV; sur Dç : apeli Comp. 
431 V. § 223. Il reste maintenant à rechercher quelle était la 
valeur de cet e. Entre a et e, tel qu'il est prononcé actuellement 
en syllabe ouverte, le premier degré de développement est 5; 
mais il doit être exclu pour Ta.-français puisque e provenant de 
a^ abstraction faite de certains cas déterminés, ne rime pas avec 
5, { provenant de ai (§235). Il reste donc f, c'est-à-dire le son 
qui représente en français l'f entravé du latin vulgaire, et le 
degré immédiatement suivant, c'est-à-dire ^. Mais il faut remar- 
quer que ces sons f, ^ de l'a.-français remontent à ^, ^ du latin 
vulgaire, tandis que Ve sorti de a s'appuie sur â; il faudrait 
donc supposer pour l'a.-français f , ( ce qui s'accorde assez bien 
avec la graphie par ee qu'on rencontre quelquefois : peer Jonas 
28, chieef S" Eulalie 22. A partir du xvii* siècle, ce son s'est 
scindé en ^ et ^ , ^ apparaissant en finale directe et ( devant 
les consonnes, cf. franc, mod. aimer ^ c'est-à-dire {tni à côté de 
atnery c'est-à-dire aw^r, au lieu qu'en a.-firançais aimer et amer 
étaient toujours associés à la rime. On peut alors se demander si 
c'est à cause de sa position à la fin du mot que { est devenu ^, 
ou bien si c'est à cause de l'influence abrégeante d'une consonne 
suivante que ç sl passé à f . En d'autres termes, faut-il admettre 
pour l'a.-français amçr ou am^r} Le développement qui s'est 
produit au xvii* siècle n'apporte aucune lumière sur la question. 
Mais, d'autre part, on peut s'appuyer sur trois faits pour se 
décider en Êiveur de ç. On a d'abord la différence entre eau 
(aquà) plus anciennement {<ve et pieu (palus) plus ancienne- 
ment pci (§ 223). En second lieu, on peut invoquer le groupe 
ère, mentionné plus haut, ayant e de a. Ere est une forme 
atone, elle a donc la valeur de çre (§ 332), tandis que la forme 
accentuée érat a passé à iere. Mais la différence primitive a dis- 
paru de bonne heure et çre a été employé au lieu de la forme 
accentuée : toutefois on ne peut guère admettre que la valeur 



§ 225- 226. CHANGEMENT DE A LIBRE EN E 213 

de Ye ait changé avec ce nouvel emploi. Enfin il feut tenir 
compte de ce Êiit que Ve provenant de a rime avec celui des 
mots latins, lequel, ainsi qu'on l'a déjà dit (p. 29), devait être 

un e fermé. 

La question relative aux différentes espèces d'« en a.-français a été (201) 
touchée bien souvent. C'est G. Paris, S. Alexis 42, qui a découvert 
que Ye provenant de a est différent de celui provenant de ê et de ë. 
Puis E. BoHMER, Rom. Stud. I, 599, et A. Darmesteter ont 
reconnu, en môme temps et chacun de leur côté^ la différence entre 
ê et i. Mais, tandis que le fait de la distinction est bien établi, on est 
loin d'être d'accord sur la qualité de chacun de ces trois sons. D'après 
G. Paris, Rom. VII, 123-126, IV était ouvert, l'ancien l fermé, et Vc 
provenant de a était un son intermédiaire. LtiCKiNG p. 91 et 
KoscHwrrz, Ùberlieferung und Sprache der Chanson du voyage de 
Charlemagne, p. 21, sont du même avis. Bôhmer regardait Ve sorti 
de a comme le plus ouvert. Ten Brink, Douer und Klang p. 24, 
reconnaît ^, # et f ; c'est l'opinion admise ici. Suchier, Zeitschr. III, 
137 sqq., est aussi du même avis, seulement il croit qu'il faut 
admettre entre l'ancien ç et Ye provenant de a une différence 
quantitative. O. Ulbrich, Zeitschr. II, 530, voit dans Ye provenant 
de a un son a qui conserve encore quelque chose de son origine, en 
ce qu'il commence par être ouvert et laisse déjà prévoir qu'il aboutira 

â un son fermé il doit avoir été très voisin de la combinaison ^ », 

Mais ne semble-t-il pas qu'il aurait dû se confondre dans ce cas 
avec ai} — On trouve une indication générale des travaux relatifs à 
cette question et une analyse précise de chacun d'eux dans 
A. Edstrôm, Studier ôfver uppkomsten och utvecklingen af Fomfranskans 
E-Ljud i hctonad stafaelse, Upsala 1883. — Les mots où l'on trouve 
a conservé sont ou bien des formes savantes comme cave, caver, ou 
bien des doublets dus â l'analogie de formes à désinence accentuée 
comme lave au lieu de levé à côté de laver \ c'est ainsi qu'il faut 
expliquer chalt, valt, etc., mal à côté de l'a. -français nul est dû à 
l'influence de mak^ir. N. Nathan, Das suffixe -alis im Fran^ôsischen, 
Diss. Strassburg 1887, a montré en détail que le sufBxe -al est 
savant et que c'est grâce à des traductions de textes latins qu'il a 
supplanté le plus ancien -e/ dans la langue littéraire et a passé de là 
dans la langue du peuple. 

226. Quant au sort ultérieur de ^, il se conserve en finale 
directe ; à Tintérieur du mot, devant les consonnes, il passe à 
{ à partir du xvii* siècle. Dès 1625, Maupas enseigne que e est 
ouvert devant r, d, /, r, j, /, x : tfl, etc. Il en est de même 
des grammairiens suivants. Cette indication s'applique naturel- 
lement à Ve de fer, sec^ etc. Peletier indique la double pro- (202) 



214 CHAPITRE I : VOCALISME § 226. 

nonciation fik et fil^ty civ^ et civfty cepy clff et ck. A côté de 
n^ existe la 2* personne du pluriel du futur ayant un e long 
et ouvert : (s, Restaud lui-même (1730) blâme encore cette 
prononciation. Le xiii* siècle nous fournit des exemples du 
passage de ^ à f devant r dans les rimes suivantes mfre : arrière 
Ph. de Remî, amer : fer Déesse d'Amour, 18, enfer : trépasser 
Alex. IV, 154, parler : par l'air ^ aller : air J. Marot. Au 
xvi** siècle, on trouve déjà fwfr, awfr, etc., mais -çr à l'infinitif 
avec IV encore prononcée. Maupas exige ménager^ vacher^ -^ 
(infin.), mais çr dans les autres cas. Il peut donc se faire que 
e soit justifié après les palatales et à l'infinitif des verbes dont le 
thème se terminait par une palatale et qu'il ait passé ensuite 
à tous les verbes. Vaugelas distingue déjà très soigneusement 
■f de -fr. En exigeant luçre^ Meigret (1542) montre dans son 
parler l'influence des dialectes de l'Est. Joubert (1579) et Saint 
Liens prononcent f; Baif (1574) hésite. Toutefois, l'incertitude 
règne encore pendant tout le xvn* siècle. Voltaire, dans son 
Commentaire sur la Mort de Pompée, H, 2, 131, est le pre- 
mier à regarder pçre et tfrre comme tout à &it équivalents. 
L'Ouest présente les mêmes faits. Depuis le xin* siècle ei et ç 
riment en anglo-normand; un peu plus tard eli provenant de 
(llus et el provenant de alis se confondent; pour Chaucer, ces 
deux suffixes sonnent f/. 

V. des détails plus précis dans Suchier, Zeitschr. III, 1 39, Litte- 
raturbl. 1882, col. 15 sqq. 

L'anglo-normand ne fait que continuer ce qui avait été com- 
mencé sur le continent : Etienne de Fougères qui appartient 
à la Normandie du Sud écrit souvent, dans le dernier quart du 
xii* siècle, ei au lieu de ^, graphie dans laquelle il faut voir f ou ei. 
On trouve le même feit dans le manuscrit du Roman du Mont 
S. Michel. Eyfi sont devenus actuellement a/, aie à la Hague, 
à Guernesey et dans le Sud du Cotentin, a à Houlme et au 
Val de Saire, et même au Val de Saire. On trouve aussi a 
plus au Sud, à Montjean (Mayenne) : parlà^ ëtày etc.; de 
même à Montmorillon (Vienne) ; et, ce qui prouve que cet a 
est secondaire, c'est que ç du latin vulgaire a aussi abouti à a : 
ha = quid. On trouve le degré f , ^ à S. Maixent : desidçe^ gardée 
(cf. aprff, mais mèl(,fors4, lu{i, § 239). Enfin, à Louvigné-de- 



§ 226. 227* CHANGEMENT DE A LIBRE EN £ 21 5 

Bais { paraît avoir passé à ^ par Tintermédiaire de ai oi : blo^y 
infin. part. -^, sqly dq^^ etc., de même ^/(jw. La Vienne, les 
Deux-Sèvres et la Vendée ont en général conservé f . 

Ch. Joret, Mélanges 12-16, a montré que Va normand ne repré- (203) 
sente pas directement Va latin, mais est sorti de e. 

Par contre, dans l'Est, ç paraît avoir persisté plus longtemps ; 
on le trouve encore aujourd'hui souvent conservé devant r : 
Seraing, lorr. mçry per, morv. /rçr, mp-, per. En Lorraine, on 
rencontre souvent ei avec un i, tantôt fortement, tantôt faible- 
ment accentué : r^*, mogrei^ -ej, etc.; le même &it existe 
encore en Champagne, v. g. à Possesse. Il faut également voir 
dans cet ei un développement de l'ancien ç et non une étape 
antérieure. On le trouve déjà dans les manuscrits et les chartes 
du xiii« siècle, et, non seulement en Lorraine, mais aussi en 
Flandre, en Hainaut, à Gimbrai, Saint-Qaentin, Tournay, 
Saint-Omer, en Vermandois et dans le Nord de la Picardie ; 
mais il n'apparaît plus dans l'Artois et le Ponthieu. Il pénètre 
de là dans le moyen haut-allemand et dans le moyen bas- 
allemand : lameir Tristan 11998, moraliteit 8012, valeie Parté- 
nopeus 76, 5. On manque de renseignements précis sur l'état 
actuel. — Cet ei peut ensuite passer à (i et de là à çie en 
Lorraine, à Raville, à fl|, a à Ramonchamp, Ventron, Rupt, 
S. Amé et plus au Sud (§ 225). — E suit un développement 
particulier à Courtisols : pœire = père^ alœ partie, en outre 
aprœs = après i on a donc le développement suivant : f, f, œ. 

227. Dans le domaine RHÈTiauE, e appartient surtout au 
Centre et à une partie de l'Ouest. Il apparaît, en partant de 
l'Ouest, à Val Bregaglia, Bergûn, Stalla, dans la Haute- 
Engadine, à Sus, Schleins, Val Passa, à l'Abbaye, Enneberg, 
Buchenstein et Erto. La qualité de cet e hésite entre f, {y fy à. 
Le son f, qui apparaît v. g. en Engadine, est relativement 
récent : Griti C^S^o) écrit toujours Oôy Bifrun et les écrivains 
plus récents, tantôt Od, tantôt e. On trouve donc en engadin 
-eday stedy Htedy sely ela, -er, nef y klefy peiy kg ; ainsi qu'on le 
voit, Ve apparaît aussi devant «, ce qui constitue une différence 
entre l'engadin et le français, cf. ledar. — Ve n'a encore guère 
pénétré dans les contrées isolées : à Cividale, il n'apparaît que 
dans les mots oxytons : stàat, mais non dans les paroxytons : 



2l6 CHAPITRE I : VOCALISME § 227. 228. 

Stade. Vf final en rhétique redevient a à Val Passa et à Greden 
(§ 233). LV du rhétique supplantant a s'est avancé dans la plaine 
lombarde; il n'a pas pénétré, il est vrai, dans les villes; mais il 
se rencontre en qualité de « contadinesco » dans les environs de 
Milan et encore dans des localités voisines de Bormio et dans 
la vallée de la Livigna. 

Cf. H. MoRF, Gôtt. gel. Anz. 1885, p. 854. 

(204) 228. En Italie, abstraction faite des cas mentionnés au § 223, 
il y a à distinguer deux zones de Ve : la zone de I'Émilie et la 
zone des Abruzzes. La première commence à Reggio d'Emilia 
(Guastalla est en dehors) et comprend Modène (à l'exception 
du Nord : Mirandola et la région montagneuse de Sestola), 
Bologne (à l'exception de la ville), Cento, Codigoro, Ravenne, 
Forli, la partie de la Toscane située sur le versant oriental des 
Appenins (Firenzuola, Palazzuolo, etc.), Pesaro Urbino, 
Arezzo et Castello en Ombrie; il faut encore citer Porto 
S. Giorgio (Ascoli Piceno) qui est complètement isolé. On a 
donc V. g. dans l'arétin : kantçrCy kçvUy fire^ -f/a, kfiu, (Sono ; en 
romagnol : ^, çua^ mçly nedy tçvula^ infin. -^ partie, -f, fdiï, etc., 
tnçgra. Tandis que asiruiy machina passent à esna^ mesna^ à 
l'italien -angine répond ici -asna : le doublement des consonnes 
est donc plus ancien que le passage de a à ^. On peut encore 
citer ici eaa qu'on trouve à Vigevano : riveoUy deaa (daré)y 
streody heaty guadaneoUy etc. — Dans les Abruzzes, les faits 
sont encore assez obscurs. Il semble que Va devenu oxyton dans 
les infinitifs en -4 = are et les substantifs en a = atem persiste 
(cf. là-dessus § 221); ainsi nous avons à Pratola Peligna : 
sfukevcy desperetCy kieuve (clave\ mais infin. vennekâ; à Ortona 
a Mare : eme (amOy amas), -ete = atum^ petrCy 2*^ pers. plur. -ety 
mais infin. en a, etc. A Agnone, a libre a « un suono lungo che 
comincia con ^ e va insensibilmente a finir ma ». Par contre, 
on trouve à Cerignola : heip^y -eit^. Aux points extrêmes du 
domaine, du côté du Sud, appartiennent Cerreto Sannita : -fm, 
'{ta y 'inOy mèmQ piku 3* pers. sing. parf., infin. en -4, Canosa 
di Puglia : evCy etc., infin. en -«, mais -ar, -assey Gsternino et 
Trani. En dehors de <?, on trouve encore d'autres voyelles : eu 
à Modugno (Bari) : vilteudey despereuutey nkeupey queuuky infin. 
en -euue à côté de stotey foy sopey arrevotey à Bitonto : kieuHy 



§228-231. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 217 

sbregtAeuty maltratteut, seupCy steu (infin.) ; d à Lanciano : -âte^ 
'âjoy stâv^y bâlty mais èetày infin. en -4. La réciproque de ces 
différents développements, c'est-à-dire le passage de eu à o qu'on 
trouve à Modugno, est obscure à cause de l'insuffisance des 
documents. Il est étonnant jusqu'à un certain point que sur 
un espace aussi restreint, a ait abouti d'une part à e par l'inter- 
médiaire de 5, d'autre part à o, eu par l'intermédiaire de à. Il 
est vrai qu'on pourrait comparer ces phénomènes avec ceux 
observés à Veglia (§ 223) dont le vocalisme, ainsi que pour 
d'autres cas, est d'accord avec celui des Abruzzes. — Tout à 
fait au Sud, a passe à à : Tarente kantàre^ kàpCy kyàmCy 
kyàge, etc. 

229. Enfin il y a aussi en Portugal des régions où e prend (20s) 
la place de a libre, v. g. à Pena-Lobo (Beira-Baixa) : burecOy 
aguilheda; à Sernache do Bomjardin : giedUy carreda; à Oleiros : 
felicidedây citede; à Alpedrinho : bate^edOy aguilheda (Leite de 
Vasconcellos D. B. 12). 

d) Changements oonditionnels. 

Influence d'un phonème suivant. 

230. Au sujet des transformations subies par a soit libre, 
soit entravé sous l'influence des palatales, il y a trois cas à 
distinguer. Ou bien la palatale persiste et communique à Va 
sa nuance vocalique. Ou bien elle se résout en i et forme avec 
Va la diphtongue romane ai qui tantôt persiste, tantôt passe 
à f, f, iy ou à a, ou bien à uai après les labiales, ou bien à i 
après les palatales. Enfin, en troisième lieu, il peut y avoir à 
considérer l'inflexion de Va sous l'influence d'un i désinentiel 
séparé de lui par des consonnes. 

231. Le premier des trois cas est le plus rare. On trouve e 
au lieu de a devant les palatales dans le Tessin : leâ (lactée feèy 
hfi (cané)y greh (^granum)y assej (ital. assai)y -^ = atiy -atey etc.; 
à BoRMio : brecy streCy keàiy gressa, re:ixa; à Val Leventina : 
brecy Ici (lacus)y leèy nés (nasus)y nés (nasceré). A Bregaglia a 
libre passe à à; devant les palatales il passe à ç : tnàry làfy itàt 
mais leky pega. Il convient de parler aussi de l'inflexion produite 



2l8 CHAPITRE I : VOCALISME §231.232. 

dans ces régions par la présence d'une s entravée. Autant qu'on 
peut en juger quant à présent, ce phénomène n'a lieu que là 
où s entravée passe à 1 (§ 468); ce n'est donc pas à Vsy ni 
même à son « épaississement » dental qu'il Êiut attribuer le 
changement de a en e, mais à la présence d'une i plus palatale. 
On trouve donc : ^est^ eip, mesM^ pesta, pesqua à Scanfis et à Zuz, 
pà'shuly kàskay pàsqua, pàstar à Bregaglia ; neser à Surselv et déjà 
dans Barlaam et Josaphat : fetsch (^facia), subj. fetschy à Val 
Leventina : brû, ness (nasct); il est vrai qu'on y rencontre aussi 
nés (nasus). Sur les résultats fournis par S. Fratello, v. plus bas. 
Dans une tout autre région il faut mentionner la Hague : 
gkise (^glace\ pleiky feise. • — Un autre domaine où a devant les 
palatales passe à e est celui de S. Fratello : tegy (jalio), P^ycty 
(206) kampeiuiy ple{ (piace), nés, beS^y tei (tali)y nui (rnanf), -et (ait), tenc 
(tantt)y tnengy FrentsUy pnisfreikay pestUy kresty eipUy abbesta. — Il 
reste enfin à nommer Veglia où l'inflexion se rencontre aussi 
devant les gutturales : lik Qac)^ tik (tacè)y iriky puis biss {bacid)y 
kUy da lies (Jatus^y anincs {inan:(t)y prim^ (j>randium); devant 
une syllabe terminée originairement par un a on trouve e : rets 
(ra7i:^à)y grets (^graxid)* — Il est difficile de dire si mine^z^ 
appartenant au parler de Lecce (= ital. minaccid) est à citer ici. 

232. Sur le sol français, les phénomènes à étudier ici sont 
ceux que présentent le suffixe très répandu -aige au lieu de -agey 
et a suivi d'une consonne + 1 . Le premier fait se rencontre dans 
tout l'Est et le Nord, bien que se présentant plus rarement dans 
les chartes de la Picardie que dans celles de la Lorraine et de la 
Bourgogne. A côté de la graphie habituelle aige on rencontre 
aussi ege Chev. Il esp. 6379, ae^e dans Baudouin de Sebourg. 
Aige apparaît aussi dans les chartes parisiennes du xiv* et du 
XV* siècle, et même plus à l'Ouest en Anjou et dans le Maine. 
Il n'est pas non plus inconnu au domaine provençal; il existe 
dans les Mystères provenant de la région des Alpes et, en outre, 
V. g. dans le dialecte de Remoulin. — Il n'est pas encore pos- 
sible actuellement d'indiquer sur quelle étendue apparaît cette 
forme du suffixe ; Arras ne paraît avoir que -as ; par contre aige 
se rencontre en wallon, dans les patois lorrains et bourgui- 
gnons, dans une 4)anie du canton de Neuchâtel et dans le 
Maine et l'Anjou. On doit alors se demander si ai n'est qu'une 



§ 232. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 219 

simple représentation graphique du son f , ou bien s'il représente 
réellement la diphtongue ai. La première hypothèse s'appuie 
sur le fait suivant. En lorrain, ai français devient a, v. g. pais 
s'y présente sous la forme pas. Si Vai de Ta. -français -aige avait 
été le même que celui de pais, on aurait dû avoir nécessairement 
en lorrain -âge; mais il n'en est pas ainsi, et nous trouvons au 
contraire en lorrain -ege, ainsi qu'il a été remarqué. La pala- 
tale sonore J^ ou :^ a donc causé l'inflexion de Va en {. En géné- 
ral a persiste devant les consonnes palatales. Il passe à ai 
devant s sonore : baise, v. § 479, et devant n, /," quand ces deux 
consonnes sont immédiatement en contact avec une autre con- 
sonne : -aAe de -anea, mais -ains de -aneus, bains, mais encore 
au xvi« siècle bagner, saint de sanctu, sàfit, de même ains, mais 
-ance, plaindre, mais subj. plange, ailt subj. à! aller. Dans le 
Roland on trouve encore constamment cumpanT^ dans des laisses 
en 5 (§ 285, etc.); on prononçait donc encore à cette époque 
àA;(. Voici de quelle manière il faut expliquer ce passage. La 
consonne palatale, devant une dentale suivante, devient elle- (207) 
même une simple dentale, puis cette partiç de l'articulation 
palatale est compensée d'une certaine manière en ce que la 
palatalisation afiecte la voyelle : au lieu d'une voyelle pure, on 
obtient une voyelle palatalisée. Il se produit un fait analogue, 
sur un vaste domaine, pour Ftt A commençant la syllabe. Dans 
le Roland, il est vrai, Hiille n'apparaît que dans des laisses en a, 
et, dans le Centre, -aie est toujours resté. Mais aussi bien 
l'Ouest que l'Est présentent le changement de -aii en '(fe. Le 
passage deaà, f dans ce cas n'a lieu dans les Livres des Rois que 
devant l'accent. Des monuments normands et anglo-normands 
d'une époque postérieure le montrent aussi sous l'accent; il en 
est de même des monuments lorrains et bourguignons, cf. mer- 
veille : travaille Guerre de Metz 93 d. Le résultat actuel -fl, ey 
est d'accord avec ces faits. Cette prononciation a passé aussi des 
patois au parler du Centre dans le cours du xrv' siècle. Eustache 
Deschamps fait rimer conseille et travaille, Alain Chartier iraveille 
et merveille; mais les grammairiens du xvi' et du xvii*^ siècle ne 
soupçonnent à peu près pas ce fait. Ce qui vient d'être dit 
s'applique aussi à -aAe. Il y a toutefois une différence à observer. 
Dans le Roland -aigne assonnç avçc aine^ aime comme le montre 



\ 



220 CHAPITRE I : VOCALISME §232. 233. 

la première laisse : EspaignCyfraindrey aimety c'est-à-dire tspàihe : 
fràidre : àimet. Mais, de très bonne heure, la nasalisation a dis- 
paru dans les premiers exemples et, avec elle, l'i ; EspanCy tandis 
qu'elle a persisté plus longtemps dans les autres , de sorte que 
ai y a passé à e. Dans l'Est, l'Ouest et une partie du Nord aru 
(ou àiiie}^ continue de se développer en (hty cf. compaigne : 
enseigne Qiev. El esp. Tel est le cas pour la plupart des monu- 
ments des XII* et xin*' siècles originaires de ces contrées; 
ce qui y correspond actuellement, c'est en qu'on trouve dans le 
Maine, le Poitou, la Lorraine, le Morvan, etc. Pour le Centre 
on trouve aussi Bretaigne : enseigne dans Villon, Bretaigne : 
retiegne dans Rutebeuf et dans les grammairiens du xvi* et du 
XVII* siècle. L'extension territoriale de fA est plus considérable 
que celle de (t. Aujourd'hui (A a complètement disparu de la 
langue littéraire, abstraction faite du cas tout à fait étonnant dans 
son isolement de araignCy araignée , baigner doit son ai à bain y 
plaigne doit le sien à plaindre -y saigner a été influencé par 
*signare; sur châtaigne y v. § 283. — Plancher-les-Mines pré- 
sente un développement postérieur de eA tout à fait particulier 
dans mâtiAy farié. 

(208) 23 3 . La diphtongue romane ai s'est produite très diversement 
dans chaque domaine. Mais, comme il s'agit ici d'exposer 
l'histoire des sons latins et non de rechercher l'origine des sons 
romans, la diphtongue ai ne doit entrer en considération que si 
elle a subi des changements ultérieurs. C'est pourquoi ni le 
roumain ni l'italien n'offrent matière à quelque remarque. 
Tout ce qu'il y a à dire, c'est que, dans toute la Haute-Italie, 
ai roman, quelle que soit son origine, passe à 5, ^, cf. gén. 
frà (Jradre)y vàgu (yalic6)y sarvàgu {selvaticus)^ nage (jiaticas)y 
àguay etc., formes auxquelles correspond l'a.-génois frairey 
salvaigOy aiguay etc.; a.-vénit. me (mat)y assey i" pers. sing. fut. 
metteréy sepa (^saipay sapiam) déjà dans Fra Paolino; Dante 
reproche aux Padouans de prononcer bonté. On trouve encore : 
Vie de Sainte Catherine en a.-véronais -û^, ai\ milan, asséy se 
(ital. sat)y canté (cantatis) déjà dans Rescapé, pleo de *plaito 
(placituni) Bonvesin, a.-véron.j/je (*spae ital. spade^y ebiay piém. 
asse Chrys. 27, 40, etc., romagn. geba (^caivay cavea)y era (area^ 
Arét. I" pers. fut. et parf. -rf, se {sat)y etc. 



s 23 4« 235- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 221 

234. En RHÉTiauE, ai passe aussi à e : roumanche -er, -era 
de HiriuSy -a, trer^ tra^ gltra^ etc., eng. mt (mat)^ mer (jnajor)^ 
pledy Ma {bajula)^ etc. Il en est de même en Tyrol, mais plus 
dans le Frioul, cf. ai = habeOy rai y shiipie (cavea^, laip 
(alveu)y etc. Sur -ariuSy -a, v. § 522. 

233. En FRANÇAIS il y a à tenir compte des dialectes et du 
nombre des sons suivants. Une place à part doit être faite à 
-^rius qui a passé de bonne heure à -fr par l'intermédiaire de 
-air et est ensuite devenu -ier comme l'ancien ^r, v. § 522. Parmi 
les autres cas, il faut tout d'abord citer ai final de la i^* pers. 
sing. du parfeit et du futur et les formes ai Qjabed)^ sai, dans 
lesquelles ai a passé à ^ et rime avec ç provenant de a, cf. dire : 
raviser Amis 3327, Durmart 37Si> Chev. Il esp. xxxv, etc. 
Au XVII' siècle les grammairiens hésitent entre ci ou ci (Meigret) 
et c (Peletier), tandis que pour vraiy gai, etc. ils ne connaissent 
que la prononciation f et qu'aujourd'hui encore le parfait ftn^ 
est généralement distingué de l'imparfait fm{. Du reste, § appa- 
raît de très bonne heure en Normandie et en Angleterre, et 
d'abord devant les groupes de consonnes : fresle (greskty tnesnil) 
Doomsday-book, pestre : teste Comput, termes : termes S. Bren- 
dan 891; puis, en hiatus, dans S. Brendan maneie : esmaie 124 (209) 
et devant une consonne simple : pes Psaut. d'Oxf. c, 12, meis 
Ç 18. Les autres dialectes conservent ai plus longtemps; raiet se 
trouve dans des laisses en -a du Roland ; dans Amis ai rime seu- 
lement avec lui-même. Le Rendus de Moiliens évite encore com- 
plètement de Édre rimer ai et e dans le Roman de Carité ; mais, 
dans le Miserere, cette observance est moins stricte. Jourdain 
place ai dans des laisses en a et en ^, etc. Mais, au xvi' siècle, ^ 
est déjà général, il est vrai que la graphie étymologique s'est 
presque partout conservée excepté dans les cas où l'origine du 
son n'est plus aperçue comme dans aguety a.-franç. aguait; 
on trouve aussi l'inverse : aîche de esca. L'Ouest se comporte 
à peu près comme le Centre : Etienne de Fougères et le 
Roman du Mont S. Michel ne font rimer ai suivi d'un groupe 
de consonnes qu'avec f, tandis que dans les autres cas il règne 
une hésitation entre la prononciation fi par une diphtongue, et 
celle par une monophtongue. 



222 CHAPITRE I : VOCALISME § 236-238. 

236. Mais dans l'Est ai persiste à la finale; devant des con- 
sonnes il passe en lorrain à a, en wallon à f , cf. lorr. pyajy majy 
far, la (lait), pa (j>aîx)y fran (frine), brame (brime), ra, pyar 
(plaire) y etc., wall. mai, vrd, mais /fr, fr, fç (Jait)yfrfny etc. 
Plus au Sud on trouve encore a v. g. à Champlitte fare, en 
Morvan ma, pa, etc., dans la Bresse ma. Les exemples de ce 
fait sont assez anciens : reparent Guerre de Metz 35 a, lassent 
65 f, rasim 67 d, maxon 29 b, aitre : batre 268 à côté de aitre : 
paistre 276. On n'a pas encore déterminé les limites de cet a du 
côté du Nord; -ai final et a paraissent aussi être associés à la 
rime dans les monuments picards, v. Chev. Il esp. xxxiii. A 
l'Est de la chaîne des Vosges, f s'est introduit à Metz sous 
l'influence du parler de Paris. — Dans l'Est / intervocalique s'est 
aussi réduit iiy : atay z passé à eye. Mais il semble que le y n'a 
apparu ici que lorsque Va était déjà devenu f, de sorte que le 
point de départ du développement postérieur est p. Cet p 
persiste en Lorraine au Nord de la Meurthe et dans la région 
wallonne; ailleurs il devient ai, et même oi à Ventron et au 
Puy (Doubs). 

Sur oi provenant de ûj, v. § 279. 

237. Il existe en provençal la même différence qu'en fran- 
çais entre l'ancien et le nouvel ai : le latin vulgaire -a/ i" pers. 
sing. parf. a abouti à -p : c'est ce qu'on trouve dans une charte 
d'Albi de 121 1, Rev. lang. rom. III, 7, etc.; arius sl passé à 
fir d'où iei dans le Tam-et-Garonne, à Toulouse, etc., et i en 
catalan. Mais, en regard, le suffixe -arius présente encore un 
autre développement en ia : cavalia Milhau 55, 69, tesauria 72, 

(210) premia 271, taulia 1495, intias 2171, etc. Le plus récent ai 
persiste généralement; il faut probablement lire ai àzx\sgrayessOy 
frayessoy laye, maye. Le passage à (i est attesté pour l'Ariège : 
freiiey leit, netie^ pour la vallée de la Drôme : meirCy freire, pour 
Die : meirey peissey neisse et aussi pour d'autres contrées. Par 
contre, en catalan, la monophtongaison s'est produite déjà au 
Moyen- Age ifety let, besayfery etc., à côté icfaityfayrey etc., dans 
les Sept Sages; actuellement on ne trouve que e. 

238. Dans la France du Sud-Est, e est de nouveau la règle 
comme dans le Nord : cant. Vaud wf, /f, /f, gam^, vçrçy 



§ 238. 239- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 223 

/^f, etc. Ce n*est qu'au Sud qu'on rencontre * : wi, fiy firty 
garni dans le Valais; on y remarque aussi pire^ mire, qui sont des 
emprunts au provençal pairCy tnaire, à côté de pare, marty frarty 
lare. — De ariu est aussi sorti à une très haute époque fiV qui 
a suivi en partie le même développement que ^ (§ 76) : tel est le 
cas pour la plus grande partie du canton de Vaud, pour les 
cantons de Fribourg, de Neuchâtel, du Valais, etc. On ren- 
contre un développement divergent à la Côte avec 1, à Vallorbe 
avec ^ et à Vallée avec ^; on trouve également dans cette 
dernière localité : pçurty Içure (liber), ds^pifvre respect, pèvrey 
lèvre, dfpièure. En outre, uei présente dans tous les cas la même 
transformation : kuire, vui respect, kuçre, vuf, kuére, vue; enfin, 
il en est de même de Vç de mel, rétro, lepore, mais celui de lectus 
se compone différemment. Comme dans tous les cas ce dernier 
mot a existé autrefois sous la forme lieit (v. § 154), il ne reste 
donc pour les autres que (i lequel, ou bien persiste jusqu'à ce 
que fi devienne (i, ou bien se développe en ici, i à la frontière 
Ouest du domaine avant le passage de ci à {i. On ne voit pas 
bien dans quel rappon sont ^ et 2 avec ces Êiits. Pour com- 
prendre le développement de piper, etc., on doit supposer que 
pçivre a passé à ppvre à une époque où ci persistait encore dans 
les autres cas; r(ire de rétro est peut-être un mot importé du 
provençal. 

239. Dans la péninsule iBËRiauE, le portugais présente le 
degré et pour un plus ancien ai\ à Lisbonne cet et a fait retour 
à ai (§ 85); ai récemment produit persiste dans toute l'éten- 
due du Portugal. Dans les deux cas l'espagnol ne connaît que 
e : pon. leigo, -et, feito, leite, eixo, -^ira, beijo, raiva, caibo, caibro, 
caitnbo, esfaimo, etc.; esp. lego, -e, hecho, lèche, eje, -erc? (déjà en 
978, Munoz 47), beso,fresno (déjà en 780, Yepes m, 17), quepo, (211) 
sepa. Les intermédiaires QnxxQ factum et hecho sont : faityo, feityo, 
feico. 

W. Thomsen, Mém. soc. ling. III, 111, n» 3 veut tirer dirette- 
mtïiX hecho à^ fatum ta supposant que Va a été infléchi sous l'influence 
du r\ s'il en est ainsi, il aurait fallu dter le mot au $ 232. Gonçalves 
ViANNA, Rom. XII, 44 s'appuie sur la graphie unique fecto pour 
conclure que l'a s'était palatalisé devant et avant la vocalisation du c» 
n est impossible d'admettre aucune de ces deux opinions. Fecto doit être 
regardé comme une faute de copie ou de lecture, ou bien comme une 



224 CHAPITRE I : VOCALISME § ^39. 24O. 

graphie moitié étymologique, moitié phonétique. Si l'on admet avec 
Thomsen que le f exerce Tinfluence mentionnée plus haut dMnâéchir 
un a précédent, on devrait aussi trouver l'inflexion devant d'autres 
consonnes palatales. La forme fei =z ha^ citée par les lexiques n'est 
pas castillane. 

240. On trouve a infléchi sous l'influence d'un i final dans 
des régions très différentes l'une de l'autre : dans la Haute- 
Italie, à Veglia, dans les Abruzzes. C'est dans le Tessin que 
ce phénomène est le plus étendu (ou plutôt le mieux étu- 
dié). / final (= lat. i, es, as) passe dans le thème à Varallo 
(Sesia) : fe/ plur. fei/, gat gaity grass graisSy devant les nasales : 
han km, pyan pyeriy katnp hemp. Ce n'est que devant les nasales 
qu'on trouve le même fait à Veglia et en génois : kalkattiy 
èertain. A Val Maggia l'inflexion de a en f au pluriel de tous 
les substantiÉs masculins est la règle : marlaw plur. marsçwy tnar 
tnffy kârik keriky frassan fressan; il en est de même pour les 
substantife féminins de la 3* déclinaison : val vely et pour la 
2* personne du sing. des verbes. Il est difficile d'expliquer pour- 
quoi la qualité de la voyelle infléchie n'est pas la même dans les 
verbes et dans les noms. Cet f ou f passe ensuite à i dans les 
mêmes conditions que ç (§ 79) : tintiy grindy hmpy byink. On 
peut encore rappeler que dans le Tessin un i conservé produit 
l'inflexion : erbi (alveus)y aUsi (ital. adagio)y ipevi (firanç. épave). 
Dans altri VI est aussi palatalisée : *<j/Î, eity et, de là, ek à 
Intragna. A Veglia le résultat est i : anincs (inan:(t)y skirp 
(scarpe)y mirte (martis dies)y tierts (tardi)y et, dans les Abruzzes, 
Cy te : pessey evetre (altri) à Pratola Peligna, kyelle (caldt)y -ijete 
(== 'att)y myengi (mangi) à Roccasalunga, myescnky fryetey 
quyente à Montenerodomo, Jirhy quittai à Archi. Ailleurs l'in- 
(21a) flexion ne se produit que devant la combinaison n + 1 ou « + 
consonne + i : a.-vénit. fenti, daventiy entiy formes auxquelles il 
faut encore ajouter sento de sanctns; Val Soana quentiy kotentiy 
grentiy pyetiki (pianca)y byenki (bianca)y lavenRi (lavanca) où il y 
a lieu d'hésiter pour savoir si c'est à / ou à ^ qu'il feut attribuer 
l'inflexion. TenCy tenti comme pluriel de tanto est très répandu ; 
on le trouve à Aoste, Palazzo, Canavese, Piverone. — On ren- 
contre aussi dans les Abruzzes l'inflexion restreinte au cas 
mentionné plus haut : Terano kindçy pinn^y mnj. Cf. encore 
§3i8sqq. 



s 241. 242. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 223 

241. L'influence des nasales s'exerce dans les directions les 
plus diverses, c'est-à-dire qu'un a suivi de n peut passer k o ou 
bien, au contraire, à ^. Le chemin suivi par a dépend de la nature 
particulière de l'articulation de l'n; si elle est plutôt palatale, 
on trouve f , si elle est plutôt vélaire, on trouve o. Il y a aussi 
à distinguer entre n libre et n entravée. On peut dire d'une 
manière générale que c'est la voyelle sourde ou vélaire qui a le 
plus d'extension, elle apparaît en provençal, en rhétique et en 
roumain; on trouve la voyelle claire ou palatale dans la France 
du Nord et la Haute-Italie. Pour n entravée il y a à distinguer 
de nouveau si le second élément du groupe est une dentale ou 
une palatale. 

242. On trouve le premier degré du passage de a à une 
voyelle plus vélaire dans le RHÉTiauE ocaoENTAL : roumanche 
sauuy paufiy maun; de même à Domleschg et dans la vallée de 
Munster. Cet au a ensuite continué de se développer en eu 
dans la Haute-Engadine, où, toutefois, la graphie historique est 
encore conservée actuellement ; cet ^ a ensuite passé à e dans 
pem (cf. § 299). Telle est aussi la manière d'expliquer e provenant 
de a devant n à Bregaglia : les intermédiaires sont aw, eu. Il est 
difficile de dire si hen^peny domen qu'on rencontre à Busto Ârsizio 
et à Côme sont à citer ici. D'autre part cet aw, dans le domaine 
qui nous occupe, passe kou k Dissentis, et à (? à Trins. Dans la 
Rhétie centrale, v. g. à Greden, où a passe à ^, an persiste, 
V. g. man, latuiy ram, tlanuiy etc., ce qui permet de conclure à 
une prononciation plus vélaire de l'a. On trouve ensuite o à 
Vigevano (Pavie) : quaondy vilon^ scombi^ adnoriy tonta; à à 
Saronno : pàn^ tânty grande tndn, dnka, etc.; en outre, àau à 
S. Fratello : sàauruiy duntoauruiy dàauna, etc., mais -àà, tâanto, etc. 
Novara (Sicile) va plus loin avec sentu, quennu, grenni, peni 
{pane)y femiy formes dans lesquelles e remonte à auy eu. Pour 

en revenir encore une fois à la région des Grisons, il reste à (213) 
remarquer que dans les imprimés engadins ain et aun sont 
associés à la rime, maun: vain Tobie 593, pardauuaunts : 
apruuamains 473, etc., ce qui ne peut être considéré que 
comme une rime défectueuse. O s'est introduit de meilleure 
heure devant m : roumanche klama, fom, rom, et aussi devant n 
entravée : plantay ont, phnier, saint, *(mma d'où olma (§ 326), 

Mim, Grawnimn. 1$ 



22é CHAPITRB I : VOCALISME § 242-244. 

-ûAy mais saung, maunka^ tandis que l'engadin conserve Va 
devant w, nd (à moins que cet a ne soit un retour) ; par contre, 
ant ne passe pas à àmt par l'intermédiaire de aunt^ àunt, mais à 
âint parce que Vn est ici maintenue par le t et que la succession 
phonique un n'est pas supportée. Dans le bas-engadin an, ant 
est devenu aun, aunt qu'on trouve dans les plus anciens monu- 
ments, puis a fait retour à an, ant, tandis que dans les autres 
cas d'« entravée et, toujours devant w, on trouve la réduction à 
la monophtongue 0. — Dans les dialectes émiliens et dans les 
Âbruzzes où a passe ie, a devant les nasales persiste tel quel ou 
s'avance seulement à à, v. g. romagn. : kàn, gràn, màn, fàm, 
rànty etc. 

Sur le bas-engadin, cf. Ascou, Arch. Glott. I, 228 sqq. 

243 . En a.-provençal, a devant les nasales est « estreit », c'est- 
à-dire fermé et par conséquent grave et vélaire, cf. Donat prov. 
45 a « in a;; estreit » : abas (v. § 303), degas i, decanus, cas i. 
canis, gras i. granum, uilas i. uilicus uel indoctus, etc. Actuelle- 
ment cet a vélaire est devenu en Limousin, dans la Dordogne, 
le Lot, l'Aveyron, la Corrèze, le Gmtal, la Haute-Loire, le 
Rouergue, etc., c'est-à-dire dans toute la Provence du Nord, 
cf. Limous. mOy po, plo; rouerg. lion, kombro, tonto, komp, hnOy 
ploy ho, on, pan, plonto, cfon, etc. Gilhoc distingue démo et lano. 
Mais le Sud et l'Ouest du domaine provençal ont conservé a : 
béam. /w, arram, tan, kamp, etc., tel est le cas pour Montpel- 
lier, Marseille et Menton. 

Daos le limousin mo plur. ma il faut voir une influence de raçp 
plur. m^a. 

244. En ROUMAIN, on trouve i (a guttural fermé) devant n 
simple et devant n et m entravées. Un ancien exemple est xijjLÔa 
XoYYou (ann. 1013) dans Cedrenus H, 457. V. encore Itnà, mtn, 
ctn, -Aiu de Hineus, strtmb, stmbàtà, imU, inthlu, tnger, blindy 
'4nd, ctndyfrtngy etc.; schimb et ghinda doivent leur 1 à la con- 
traction : les formes originaires doivent être schîimby ghyîndà. 

(2x4) La conservation de Va dans an reste inexpliquée. La question 
de savoir si à apparaît devant mm est douteuse. On pourrait 
alléguer en faveur de l'affirmative la i'* pers. parf. en -am = ital. 
amma etfàràmà si ce mot venait de fragmen, frammen (§ 460). 
Les renseignements fournis sur l'istrique ne sont pas clairs; on 



$244-246. CHANGEIŒKTS CONDITIONNBLS DE A 227 

trouve l'un à côté de Tautre inkç (ital. anchè)y kanif^ kant; 
andydy gRruk, plante et plfn^^e^ rentse {inafi^t)^ sçnds^e. Le macé- 
donien parait se comporter comme le valaque. 

245. Tandis que dans les cas énumérés jusqu'à présent, aussi 
bien n libre que n entravée exigent avant elles un a vélaire, en 
ANGLO-'NORMAND aUy u'apparaisseut que devant n entravée : 
quaunty graundy -aunce, etc. Les manuscrits du xn* siècle ne 
connaissent pas encore cet au que l'orthographe anglaise actuelle 
n'a pas complètement abandonné. Les plus anciens exemples 
datés de cette graphie sont de l'an 1266 : Fraunce^ Irlaundây 
creaunce. Elle est assez fréquente dans le ms. O des poésies de 
Chardri écrit au milieu du xni* siècle. Plus tard, Palsgrave 
s'exprime ainsi : « If m orn folowe nexte after a in a frenche 
worde, ail in one syllabe, than a shall be sounded lyke this 
diphtong au, and something in the noose. » Il ne Êiit d'excep- 
tion que pour les combinaisons tnpy ng, ne. Th. de Bèze et les 
autres s'expriment de la même manière. Peletier dit que 
Normaundy Nauntes, le MaunSygraund sont usités en Normandie, 
en Bretagne, en Anjou et dans le Maine. D'où actuellement 
aussi cirS(y grod, grô^ à S. Maixent, tô dans les Deux-Sèvres. — 
On trouve aussi Jdans la France de l'EsT, depuis Liège jusqu'au 
Geer : iô, moi, plôl et exceptionnellement aussi pd dé pane tandis 
que granutUy etc., feit ici^r^. En outre, on rencontre en wallon 
-oA de -a«m dans une région qui ne coïncide pas complètement 
avec la précédente. — Enfin ô au lieu de à entravé paraît être 
la règle pour le domaine lorrain situé entre la Meurthe et la 
Moselle. 

Sur l'anglo-noraiand cf. StOrzingbr, Orth. GaîL XXXVIII, sqq.; 
sur le wallon, WnjiOTTE, Rev. Pat. G.-R. I, 26 sqq.; sur le lorrain, 
Adam, Lt$ patois lorrains^ Nancy-Paris, 1881, p. 1$. 

246. Si, maintenant, nous passons aux régions dans lesquelles 
a devant les nasales est palatalisé, nous rencontrons d'abord la 
France du Nord : patrie mairiy aim, -aine, aimcy mais plante, etc. 
Le son représenté dans ces exemples par ai doit avoir été 
différent de celui dont il a été parlé au § 235 sqq., puisqu'il 
devient en lorrain non pas a mais f. En outre, tandis que cai 
passe à cbi (§ 259)^ chien persiste absolument comme chief. (215) 
Enfin Sainte Eulalie écrit mamt pour nuinet a.-firanç. maint, 



228 CHAPITRE I : VOCALISME § 246. 247. 

tandis que pour ai cette graphie ne se présente jamais. Tout 
cela rend vraisemblable l'explication suivante. Un a libre avait 
un timbre aussi clair devant les nasales que devant les autres 
consonnes. Mais dans une des premières étapes de son passage 
à f, il s'est nasalisé et palatalisé. On eut main et de là m^n à 
une époque où fait sonnait encore comme une diphtongue. 
La graphie ae de sainte Eulalie exprimerait donc, comme cela a 
souvent lieu dans l'orthographe latine, le son f. Plus tard ae 
fut remplacé par ai dans l'écriture, soit parce que l'ancien ai 
était déjà devenu ( dans des cas isolés, soit parce qu'on voulait 
rendre le son fiirtif palatal qui se développe facilement entre 
une voyelle nasale et une n dentale. En tout cas, on ne peut 
pas admettre une palatalisation directe de Va puisque l'absence 
de cette palatalisation devant n entravée resterait inexpliquée. 
Le développement postérieur de f est étroitement lié à l'histoire 
des nasales. La nuance vocalique hésite selon les lieux et les 
époques entre f et ç. Le passage de la voyelle nasale à une 
voyelle orale a en partie pour conséquence l'allongement : ène 
est prononcé {ne par Poisson (1609), tandis que H. Estienne 
blâme cette prononciation. Maupas (1625) admet Içne^ sçne^ 
Saint Liens (is8o), au contraire, tient pour ç. Sur la confusion 
qui se produit entre ^ et an, v. § 89. Parmi les patois, on peut 
citer jàin^ etràjn à la Hague et dans le Poitou, foiy pài à Arras. 
Il est possible que dans les deux derniers exemples la voyelle 
sourde dépende des consonnes précédentes, je n'oserais, tou- 
tefois, l'affirmer. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est le |. 
On pourrait voir dans ces formes la plus ancienne étape du 
développement, mais on pourrait tout aussi bien être trompé 
par l'apparence que pour Va étudié au § 226, et c'est justement 
dans la même région que se présente ce phénomène. On doit 
encore être mis en garde par le fait qu'à Arras -^ persiste tandis 
que fine y passe à f§i, et ainsi à çtsfi. Il paraît donc en résulter 
que 2, î s'est ici développé en àj, êi en passant par ^*, î|, c'est-à- 
dire qu'une consonne palatale se combine avec l'élément nasal 
après les voyelles palatales, mais non après les voyelles vélaires. 

247. Si déjà en français Vn a pour influence, non de palata- 
liser l'a, mais plutôt de le maintenir à un de ses premiers 
développements, elle doit avoir, à plus forte raison, cette 



§ 247-249- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 229 

influence conservatrice dans les dialectes de la France du Sud- 
Est dans lesquels, en général, a passe à t? (§ 224) : lyonn. pan^ (216) 
mariy cambay planUy gratnOy etc. Mais on trouve déjà à Rive-de- 
Gier : mariy son^ fom^ iomp. De même, les cantons de Fribourg 
et de Vaud où, en général, a passe à d : grày pas y gràna, etc., 
conservent toujours Ya pur. Par conséquent, on est étonné de 
trouver/)?, grè (grand) à Château-Ville-Vieille (Alpes Cottiennes). 

248. N entravée produit souvent une influence palatalisante, 
particulièrement quand elle est suivie d'une consonne palatale. 
Mè^é appanient à l'Est et au Nord de la France, men^ar, min^ar 
à une grande partie du provençal et du catalan. Dans la Guerre 
de Metz, écrite en lorrain, on lit : estraingCy echaingCy chainge 19, 
lainge 256, etc., et on trouve actuellement pyei, trëi^ grii^ etc.; 
à Bourberain : pySy byes, brei, etc.; aux Fourgs : plètsCy fred^ey 
brïtse. On rencontre le même fait sur un tout autre domaine, 
à Moena dans le Tessin : mmloy hotenky kenf. Mais, en général, 
l'Est de la France présente plutôt è sans ces conditions : plita, 
abitèy kè dans l'Ain ; blèiy plèto dans le Jura ; ièby degotëy bë dans 
le Sud de la Lorraine ; dfëy éebray tç à Sometan ; il en est de 
même dans le Pays de Bresse, à Courtisols et dans l'Aube. 
En outre, on rencontre dans le Pas-de-Calais : iûsè (suçant) y 
gratiy dmèdôy grediy granûy mais sanes^ = semble^y bià = bien. 
On constate à Arras et à Gimbrai une curieuse réfraction : 
pèdeày hà (champ)y deàSy séàteiy eày etc. — A Bormio, e ne se 
présente que devant n suivie d'une gutturale : enky menky Aenka. 

249. A DEVANT LES vÉLAiREs. Il feut tout d'abord exposer 
l'histoire du groupe el dans la France du Nord. Ainsi que nous 
l'avons vu au § 476, els passe à eis et celui-ci à eus. Mais il 
peut arriver aussi que eis ou çus subisse des modifications et 
passe à ieu par l'intermédiaire de ç^is ou ^us ({ désignant un 
son impossible à déterminer avec plus de précision). Dans le 
français moderne, cet ieu ne s'est conservé que dans pieu (palus) ; 
mais, anciennement, on trouve dans toutes les contrées des 
formes comme tieuSy quieuSy cf. kyûk = quelquey kyœl (qualis)y 
kyœk usités actuellement dans la Marne, Rev. Pat. G.-R. I, 206. 
ti oix ieu passe à ei* (§ 37), on trouve parallèlement journeus 
(Aire), morteus S. Auban 305, feus 444. Un second cas où ^ 



230 CHAPITRE I : VOCALISME § 249. 250. 

provenant de a est en contact avec une fricative vélaire est aqua 
qui passe d'abord à (ua. Puis, avant que f passe à ^, il se 
développe ici aussi le son furtif dont il a déjà été parlé, lequel, 
après l'f, apparaît sous forme d'à ; eaue. Cet eaue continue 
ensuite de se modifier comme celui qui provient de ; du latin 
vulgaire devant i (§ 163). 

(217) 250. Dans la France de l'Est, i peut empêcher le passage 
de a à ^; à Metz et au nord de la Meurthe, cet a persiste, 
ailleurs il passe à i, 0; tel est le cas pour Liège. On a donc en 
lorrain : oto (hôtel), so (sel), ol; puis, plus au Sud, à Sometan : 
âlçy etc., et, conformément à ces feits : auk dans le Psaut. 
lorrain, tnaule, paules (franc, pâle), saule (fiunç. sale), tnaule 
dans l'Yzopet, aulo aux Fourgs et eiole, oie, pôle dans le Morvan. 
L'opposition entre etsilo et aulo aux Fourgs est intéressante. 
Fiole à côté de l'a.-français/^Wefc IV Livr. Rois 244, 23? doî^ *^e 
un mot provenant de l'Est. Il n'est pas fecile de dire, si al 
aussi persiste et devient ol au lieu de se changer en el. Le lor- 
rain so, po, oto semble parler décidément en feveur de cette 
hypothèse. Il faut peut-être voir une influence littéraire dans 
le feit que qualis, talis et natalis ne se montrent qu'avec e. — 
Dans l'Ouest et dans l'Est, u provenant de b, v intervocaliques 
exerce une influence analogue à celle de i, cf. norm. -oue = 
abat, groue = grève, choue = *cava. On trouve de même groe, 
sçe au Nord-Est dans les écrits d'Adenet le Roi, et actuellement 
dans beaucoup de noms de lieu. Mais faba ne parait se ren- 
contrer que sous la forme five. En outre, tandis que le sufifixe 
mi-savant -able persiste dans le français du Centre, il passe dans 
le Nord et le Nord-Est à avle, aule, oie. On ne pourra savoir 
s'il faut lire dans les textes du Moyen-Age Hivle ou -a«fc que 
lorsque les &its actuels seront tout à &it connus. En picard, la 
forme actuelle du sufiixe est -a/ qui, par conséquent, suppose 
-avle; mais en lorrain on trouve ol ou al répartis de la même 
manière que al primitif, ou bien encore -oy pour tabula et 
stabulum, ce qui suppose comme série de développement : able, 
avle, avU, aule, oh, oye. Dans toute la France avu, avo passent à 
au, a.-franç. ou : clou, Poitou, Anjou, 

Pour Ta.-français cf. A. Tobler, Aniel XXXI, F. Neumann, 
Laut'und Flexûmskhre, p. iio. 



§ 251. 252. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 23 1 

251. Dans le français du Centre, t combinée avec a pro- 
duit ao^ ç par l'intermédiaire de au. La monophtongaison s'est 
accomplie au xvi* siècle : Ramus (1562) exige 0, Meigret 
voulait qu'on prononçât encore ao. Les patois présentent ici 
aussi une grande diversité. Dans l'Ouest au a persisté : Mont- 
Jean ia^, mau, de même byau; on trouve au à Louvigné : taup, 
saus^ au^^ iaud. En normand, ^ ne se rencontre qu'à l'intérieur 
du mot : :Çâ», vdk, gâ^e (0 à l'atone : fokyé^ franc, faucher, kofé, 
hosye); mais à la finale au passe à a : fa, ka, ha, gva; cf. encore 
sa, fém. suol (satullus), a (agustus). Au contraire, dans le Nord- 
Ouest, on est en présence d'une dissimilation de au en ^ : 
Pas-de-Calais /^tt/, mtrt et, par conséquent, bieu et peuie (^pollice, (218) 
cf. § 198), Arras keçi, kyeçt, kveç, epeuU et aussi peoi. — Dans 
l'Est ci {pu) est très ancien : choit dans Jonas, defolt dans 
S. Grég. 181, 6, etc. Cet (A s'est ensuite développé tantôt en 
0, tantôt en a. Dans l'Est de la Picardie et en wallon, a est la 
règle au Moyen-Age de même qu'actuellement; en Lorraine, 
on trouve dans les régions où ala passe à oie. Plus au Sud, 
nous rencontrons a et, parallèlement, ea provenant de fi dans 
Ezéchiel, Girart de Rossillon, Yzopet et Prioraz. Joufroi Élit 
rimer dame avec rétame 12 18, et, actuellement, a s'étend encore 
plus au Sud : bress. dire, gasse; Montbéliard, Jura, Pontarlier 
ha, tsa, etc. Il &ut regarder cet a comme une réduction de au. 
La nmt pies (palos) : pies (j)edes) dans Prioraz 10 est étonnante. 
Si, dans le dialecte dont se sert cet écrivain, c'est seulement 
ala qui passe à oie, tandis que al devient el, la rime citée 
précédemment prouve que u après les voyelles peut disparaître 
et que au a pu avoir passé à a. Toutefois, il Èiut encore des 
documents plus précis et plus amples pour pouvoir résoudre 
la question, — Il semble qu'on ait en Morvan une métathèse 
des deux éléments de la diphtongue ancienne : ua^e, fuasé, 
iuaii. — Pour la France du Sud-Est, la règle est (?; le Val de 
Travers (Neuchâtel) seulement présente a comme la région du 
Nord. Même dans cette dernière localité, on trouve oie, pôle, 
so (sel), etc. Ce n'est que tout à Élit au Sud, dans la Tarentaise, 
qu'on rencontre de nouveau a : tsave, tsape, epdle, fate, etc. 

252. En RHÉTIQ.UE on trouve trois développements. En géné- 
ral i a persisté, mais il s'est développé un u devant elle : kauid; 



232 CHAPITRE I : VOCALISME §232-254. 

cet au ainsi produit, ou bien persiste, ou bien passe à o dans le 
Centre des Grisons et la Haute-Engadine, à à dans la Vallée de 
Munster, à e (§ 242) dans la partie inférieure de la vallée de 
Bregaglia, à Sus et à Stalla. On a donc, roununche : kauiy aui, 
bauij faulsy auher; haut-eng. : aty Rod, body fOy ater; Vallée de | 

Munster : hit y aty ater; Bregaglia : et y kety eter. Dans le Tyrol 1 

au persiste; on trouve ou à Âmpezzo : kauty oui y outer; mais, 
dans la Giudicaria : afty havdUy afsay etc. — Les dialectes de la 
Haute-Italie se comportent de même, seulement i ne développe 
pas d'»; elle fait passer a précédent à : a.-vénit. oltrOy coldoy 
folsOy solda (Fra Paolino); milan., bergam. oltefy moltay koldy 
foie. Mais on trouve au dans l'Ouest, ainsi à S. Remo, Monaco 
et en Piémont auty fauSy autety kaudy etc. Les anciens textes 
génois aussi présentent encore souvent ao : aotri P. XII, 273, 
(»x9) faosi XrV, 333, faoda Cil, 38, mais ils offrent aussi parfois la 
réduction de ûw en a; ainsi les formes suivantes appartiennent 
également au génois moderne : atro VI, 116, atri XII, 120, ato 
XVI, 243. On rencontre aujourd'hui atru, kadu, atUy etc. — 
Les dialectes du Centre et du Sud de l'Italie, de même que le 
corse, conservent en général au; on rencontre rarement la 
contraction en comme à Tarente; au contraire, l'élargisse- 
ment en ovu est fréquent : Capo di Leuca : fovusuy hovuduy 
ovutrUy avutUy etc.; napol. havodOy avotOy favotsa, fravotOy savo- 
tomvanko. En calabrais ai passe à a : atUy faUy caiey satsa (mais 
devant Vaccem focuney otaruy foddaru). 

233. Enfin en portugais al passe à âiy fait qui, toutefois, 
n'est pas exprimé dans l'écriture. Dans certains cas, i passe à m, 
duy puis à ouy espagnol : esp. otroy sotOy axj, topOy Îjo^; port. 
outrOy soutOy coucey toupeiray fouu. 

234. Un second au se développe de a[t]us dans le rhétique 
oriental, en lombard et en padouan (§ 433). En Rhétie, le sort 
de cet au est absolument semblable à celui de au primitif; de 
même en padouan (§ 290). Dans l'a.-lombard ao est encore 
conservé ; Bonvesin hésite entre adhoy aocià.Li forme actuelle 
est à qui, en opposition avec Va de l'infinitif, est long parce 
qu'il provient de ao. Oa trouve ao dans la Passion de Côme, 
Arch. Glott. IX, I et à dans le dialecte actuel de cette ville; à 



§254- 2SS- CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 233 

apparaît encore à Monza, Lecco, sur toute la rive droite de 
TAdda, à Bregaglia et, en partie, à Poschiavo. Mais, en regard, 
l'ancien ao s'est conservé à Bedonia (Parme) : pensao, fissaOy piao 
et cependant dessedâ; on trouve aw dans le Tessin, sur les 
bords du lac Majeur : portaw d'où oWy ç avec différentes nuances 
et finalement ô à Losone et Lavertizza. Val Leventina, Lugano 
et Mesocco connaissent aussi Oy ou; Poschiavo va même jusqu'à u. 
Au Sud de Milan, Bobbio présente encore oo et Comacchio a au 
participe à côté de à de l'infinitif. 

2$$. A devant R. En s'assourdissant, ou avant de s'assourdir, 
r finale allonge Va précédent, cf. limous. iantà infin., santà 
partie. Cet à (àr) passe ensuite à e dans le Montferrat : andé, 
porté, mais partie, a, et dans une partie du Piémont autre que 
celle où r s'est conservée ou n'est tombée que tardivement et où 
l'on trouve par conséquent a à l'infinitif et au participe. Il reste 
encore à rechercher l'extension de ce phénomène : Sassello 
(Gênes), Pontremoli (Massa Carrara) et Medicina (Bologne) (220) 
offrent encore l'infinitif en e, et, àr à côté du participe en à, 
A Gerra, dans le Tessin, on trouve l'un à côté de l'autre aidi 
(ajutaré) et aidai (ajuta illutn). S. Fratello présente un état 
exactement correspondant à celui du Montferrat : iter, ku^iers 
(corricarst), etc., mais stùa, stàra. Puis viennent les dialectes 
savoyards et français du Sud-Est qui ont tantôt l'infinitif en e et 
le participe en a, tantôt l'infinitif en a et le participe en 0, v. g. 
Vetroz : pare (^patre), infin. -a, mais partie, ramaso; de même 
à Sembrancher, dans le bagnard et à la Plaine : amà (infin.) 
mais pro {pratunC), vreto, etc. Dans le dernier cas à aurait donc 
persisté et a aurait passé à 0. Il y a lieu de croire que l'on 
avait à une même époque ar, at, mais que dans àt l'explosive 
a abrégé Va précédent et que cet à a passé à tandis que a a 
persisté. L'abrègement devant t est assuré dans le Puy-de-Dôme : 
infin. -€, imparf. -eve, partie, fém. -e mais mase. -o; le féminin 
pluriel est, par un fait étonnant, en a. Cf. là-dessus § 266. Ces 
questions demandent, pour être résolues, à s'appuyer sur une 
ample collection de documents. Pour le moment, il suffit de 
citer les Êiits suivants. On trouve à Aoste : infin. -e, partie, -a; 
à S. Remy, S. Marcel, Pays de Bresse, Coligny : inf. -e, partie. 0; 
Vionnaz, Vetroz, Sembrancher, S. Maurice, embouchure du 



234 CHAPITRE I : VOCALISME S^SS'^Sl' 

Rhône dans le lac de Genève, Trières près Grenoble : infin, -a, 
â, partie, o; Thonon : infin. -ô, partie, o, — Sur un autre 
point, Greden présente aussi Tinfin. -f, le partie, -a et, en 
outre, gra, pra, w, mais eda provenant de -ata, c'est-à-dire 
qu'on y retrouve le passage de ai à àt. Par contre, dans la vallée 
de la Gadera, on trouve : infin. dé, partie, laldi, pre, re (rapuni), 
tlé (clavis), te à côté de taly me et maly hy mais fémin. laldada; 
à Buchenstein mel, sel, efmals -ada : l'allongement parait donc 
ici dû, non à une certaine consonne, mais à la présence de 
l'accent sur la finale. On rencontre dans les Abruzzes juste le 
contraire de ce que nous venons de constater jusqu'à présent : 
l'infinitif est en a à Ortona, Lanciano (« quasi suono di o »), 
Pratola Peligna, Martina Franca, tandis qu'en dehors de ce cas 
(§ 228), a passe à «. Le développement phonétique de ces par- 
1ers est trop peu connu pour qu'on puisse hasarder une explica- 
tion. L'o, â qu'on trouve à l'infinitif à côté de l'a du participe 
à Oggione et à Saronno (Lombardie) reste aussi obscur pour 
le moment. 

256. Devant r entravée, a passe à ^ en génois : a.-gén. erbore, 
(221) enderno; gén. mod. erbu, erk, er:(e (argine^y etc.; piém. kerpu; 

erbu; Montferrat erboy erke, er(p; corse fcrAa, mermerUy querdu; 
sarde du Nord skerpa. Il en est de même dans la Rhëtie cen- 
trale : Mareo É'âm, tard, art, làrg, Rocca d'Agordo, etc., et 
en France : la Hague teri^Cy ikerde. Ce phénomène se rencontre 
tout particulièrement dans la France de l'Est, v. g, dans la 
Lorraine septentrionale : bfrby (rb, pfr, ifr, etc.; puis dans le 
Sud-Est,, à Vallée et à Vallorbe (cant. Vaud) : 5r/jg, bàrba, 
fràUypài ma. 

257. Ce phénomène doit être considéré comme une réfirac- 
tion de l'a sous l'inâuence de l'r; mais il faut expliquer tout 
différemment le passage de a à e en romagnol et dans le 
Tyrol (Greden, Buchenstein, vallée de la Gadera, Passa et 
Linivallungo) devant r et / entravées (à condition que / ne 
devienne pas i, § 476). Dans ces régions, a, suivi de r, / entra- 
vées, est traité comme libre, c'est-à-dire d'abord allongé, soit qu'il 
se développe une résonnance entre r, / et la consonne suivante 
(jileba, areca)y soit que l'allongement soit dû à r, / elles-mêmes. 



§ 257- ^S8. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 235 

On a donc : romagn. : belb^ elba^ felda^ melta^ kerpan^ merty erca, 
lergy -erd; Greden pelmUi pelpa^ melva, selva^ velk^ mais aut^ 
autCy fautSy iauda^ etc.; Linivall. pelmay elter^ velky mertesy hrn. 
— Enfin, on peut mentionner encore l'hésitation qui se pro- 
duit dans le moyen-français entre ar^ et er^. Déjà le Roman de 
la Rose, puis Villon et les poètes du xv® et du xvi* siècle font 
rimer sans hésitation /^we et arme^ cf. armes : larmes Ruteb. H, 
76, termes : termes I, 263, tarmes : armes Gring. 552; 2009; 
fermes : armes 718, haubert : plus part 19; les chartes parisiennes 
écrivent perler, guemies, etc. Ce Êiit est également mentionné 
par les grammairiens. — Tory (1529) s'exprime ainsi : « les 
dames de Paris, au lieu de a prononcent e bien souvent quand 
elles disent : mon mery est a la porte de Péris ou il se fait peyer. » 
Palsgrave (1530) écrit enchergéy coquemerty armines, et ermines, 
permy et parmy, etc. Les deux formes sont expressément nom- 
mées pour arrhes, biT^arre, catarre, guitarre, sarcler, jarcer, 
asparge, essarter, sarpe, gerbe, charmer, ars, marque, haru, sarge, 
hamie, boulevard, tartre, dartre, darne, espargne. Actuellement, 
c'est en général la forme étymologique qui prévaut, même pour 
larme où cependant lerme éuit sorti de lairme; on a toutefois 
e au lieu d'un ancien a dans asperge, sertir, serper, serpe, et 
après les palatales : gerbe, gercer. A au lieu de e dans boulevard 
est dû à l'influence de rempart. 

258. La France de l'Est présente pour a entravé des change- (222) 

MENTS de quantité ET DE Q.UALITÈ. DanS le LORRAIN DU SUD, a 

devant r, s entravées est allongé et persiste; en wallon il passe à 
: lorr. àb (arbor), renard, hàt, mal, aussi plyan (platanus), lai 
{lâche)', wall. pçr {part), ino, lor, lot (large). Par contre, dans 
tous les autres cas, c'est-à-dire devant les anciens groupes pt, tt, 
pp, ss, cy, etc., a est abrégé et passe à f : lorr. pft, S(p, dri, v(i, 
gyfs, etc., wall. sfi (sac), ifs, bres (brasse), gles, if (chat): Mais 
le groupe messin (Faulquemont) dit aussi fn (asinus), ki, mfl, 
wet (garde), erp (arbor) : le changement est donc sur ce point 
plus ancien que la loi d'allongement. La partie Nord de la 
Franche-Comté dit aussi : içî, ie, pft, tandis que celle du Sud 
dit : voho, poto, tsot. Le patois de Bourbeiain montre que la 
Champagne connaît le développement lorrain : milid, bitr, nip, 
iet, grep, etc., mais pa, regad, tad. — Un ancien a en finale 



236 CHAPITRE I : VOCALISME § 258. 259. 

directe (§ 221) est aussi traité comme a entravé : /f , slf en lorrain 
et en bourguignon modernes. Les anciens monuments de ces 
régions présentent déjà des exemples de ce phénomène, mais ils 
se servent de la graphie mi-étymologique ai, cf. ja : lai Joufr. 
327, jai, aisj aity lai dans le Psautier et dans les autres monu- 
ments de l'Est. Pour a entravé on trouve dans le Psautier malaides 
6, 2, baix 14, 7, waisUt 11, 13, en outre saichcy faiu^ plaice^ 
puis perky sec^ etc. — Tandis qu'ici a entravé devient e, il passe 
ii à, dans d'autres régions : toaU^ groa, roace à Auve, krevosse^ 
bapssty broSf kossoy aux Fourgs. — En dehors de la France, 
S. Fratello présente àa pour 'tout a entravé : àarba^ tàardy pàas^ 
dàatnpy hàank^ fàat^ etc. 

2. Influence d'un phonème précédent. 

259. Palatale. Après les palatales romanes, c'est-à-dire 
après Ci gy c + consonne, ie + consonne et consonne + >, a 
passe à ie dans le français du Nord et du Sud-Est : a.-franç. 
chiefy chiety chieriy pechier, jugiery aprochiery congié, chalengiery 
pitiéy moitiéy aidiety amistiéy afaitiety anuitiery Poitievey oitievey 
acointieTy aidiety cuidier, vuidieVy plaidiery baisiety prisier, arais- 
nier y aproismiety chacier, laissiety canseilliery merveilliery tesmaigniery 
occompagnieTy repairievy empiriery iriery tiriery preiiery leiiery paiiery 
mendiier. Cet ie persiste aussi dans l'Est où, en général, i passe 
à, tilles graphies iei sont si rares dans les anciens textes qu'elles 
(223) n'ont aucune signifiation. Mais on trouve oubli-ery su-ery durer, 
disnety estnety etc. — Parallèlement, ai se développe en i en 
passant par iei (cf. § 157) : jist = jacety chie = cacaty Fleury 
= Floriacum. La langue actuelle n'a plus conservé que pitiéy 
amitié y moitiéy cbieny chrétien.; dans tous les autres cas ie s'est 
réduit à e. L'hésitation a lieu de bonne heure, particulièrement 
pour iri et ité : irefy désirer y deshériter y giter, aquiter à côté de 
iriery etc.; deshéritier ne peut qu'avoir été reformé sur gitier 
puisque ce mot ne contenait aucune palatale. Les verbes latins 
en itare devaient donner i-er : mais ils ont aussi été transformés 
en 'iier : oubli-ier Jourd. 907 ; merci4 : espleitié Benoît Troies 
663 1 , etc. A côté àcpitiéy etc. , on ttouwepitéy amité sons l'influence 
de bontéy santéy etc.; en regard du fréquent rené (regnatum, 
cf. § 466) apparaît le plus rare renié Amis et Am. 932, Beroul 



§259-261. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 237 

Trist. 3495» Benoît Chron. 4841 d'après duchié. C'est par 
l'échange de il et de i7(§ 457) qu'on explique avilier R. Mont. 
134, 33; prisiety etc., a influencé avisier Couronn. Louis 1166. 
Par contre, effreer et effrder supposent des formations différentes : 
le premier vient de *exfridare et le second de *exfridiare. Dans 
soulier remplaçant le plus ancien soulery le suffixe -ier a sup- 
planté er. 

Listes de doublets et renvois dans Tobler, Anieî XXIX sqq.; 

Ulbrich, Zeitschr. II, $29 N. i; Seeger, Zeitschr. IV, 465; 

W. Fœrstbr Chev. II esp. XXXVI, Zeitschr. ôst. Gymn. 1875, 540- 

260. Cette hésitation entre ieQte explique jusqu'à un certain 
point la réduction de iek e; mais seulement jusqu'à un certain 
point. Il y a encore d'autres facteurs en jeu. Tandis que iiz persisté 
dans toutes les conditions, te après i, ^ a passé à e : Vi a donc 
été absorbé par la palatale : chef y cher y che:^, de même approcher y 
allonger y etc., mais chien. Il en est de même après /, cf. franc, 
mod. oreilUry et aussi, sans aucun doute, après ii. Â ce facteur 
phonétique s'en joint un autre analogique. Les verbes latins 
en -are se divisent en français en deux classes : la classe en e et 
celle en ie qui sont différenciées à l'infinitif, au participe passé, 
à la 2* pers. sing. de l'indicatif et originairement aussi à l'impar- 
fait de l'indicatif et à la 3* pers. plur. du parfeit, mais qui, à 
toutes les autres formes, ont des flexions absolument identiques. 
De bonne heure, à l'imparfait, la désinence -oie de la 2* conju- 
gaison ftit transportée à la i" et à la 3* ce qui supprima une 
des différences existantes entre les deux classes de la i^^. Lorsque 
les anciens verbes en -chiety -giery -gniery -illier passèrent dans 
la classe en ^, leur prépondérance frit telle que bientôt les 
autres suivirent. Au xv* siècle, cette transformation s'accomplit (224) 
rapidement. H. Estienne prononce non plus ie, mais e dans 

chiefy chiery etc.; Maupas exige aussi l'orthographe chef. 

Cf. G. Paris, Rom. IV, 122 sqq.; Vising, Zeitschr. VI, 371-585. 

261. Les dialectes présentent en partie le développement 
inverse : ils ont conservé ie et même ils l'ont étendu au delà 
de son domaine primitif, non seulement à des verbes, mais . 
même dans des dérivés nominaux. Ainsi preschiere = predi 
cator est correct : c'est sur lui que sont formés janglierreSy 



238 CHAPITRE I : VOCALISME § 261. 262. 

boriierres], le Marchant, ^/^«rr^, /n/w/iere Théophile Ruteb. H. 
L'étude des formes traitera plus longuement de ce point- 
Tandis qu'au Centre et à l'Ouest les verbes en -urare appar- 
tiennent non à la classe en -ii comme les verbes en -irarty 
mais à celle en -e, à l'Est ils font partie de la classe en -i^, et 
ce £iit s'observe non seulement dans les patois actuels, mais 
déjà dans les monuments du Moyen-Age, cf. durier : usurier 
Végèce 740, mesurier Ezéch. 119, 4, jurier N. E. XXVDI, 129, 
curie 144; actuellement en lorrain fdûriy etc. Le Eût que le 
changement de â en m n'a pas eu lieu partout à la même époque 
a déjà été signalé au § 48 sqq. Il est certain que -ier ne 
s'explique que par une prononciation û et qu'à l'époque où 'a 
passa à ie^ durare, dans les régions où il a donné dûrer^ ne 
pouvait pas sonner de la même manière que dans celles où il 
a donné dûrier. Mais c'est là à peu près tout ce qu'on peut 
dire, car l'hypothèse qui admet que dans la première région 
il aurait encore été prononcé durer va trop loin. Encore 
aujourd'hui, Yû du français du Centre et de l'Ouest est moins 
palatal que celui de l'Est, et, autant qu'on peut Taffirmer 
actuellement, c'est seulement le second et non le premier qui 
se développe jusqu'à i. Ce fait suffit pour expliquer le double 
traitement de durare. Maintenant, il est difficile de dire com- 
ment il Êiut expliquer la diâérence qui existe entre ces deux û : 
il y a beaucoup de vraisemblance en feveur de l'hypothèse qui 
admet que û serait plus ancien là où il est complètement 
palatal, c'est-à-dire dans la région où l'on trouve dûrier^ et 
que c'est de là qu'il aurait pénétré dans l'Ouest. — A entravé 
passe aussi en partie à e après les palatales, cf. § 262. C'est 
probablement ainsi qu'il Éiut expliquer le lorrain iye (carrum, 
carnem)y cim (cannabis)^ et le français moderne gerbe et chair; 
toutefois, en regard, char est étonnant. 

(225) 262. Un second domaine où 'a passe à ie est le Sud-Est de la 
France qui, contrairement au Nord, conserve dans les autres 
cas a libre. A ce domaine appartiennent encore, au Sud, la Savoie 
et quelques vallées du Piémont comme Val Soana et Aoste. 
La limite avec le provençal du côté du Sud-Ouest doit passer 
par Grenoble. La frontière de l'Ouest est à peu près formée 
par la chaîne de la Côte-d'Or. Vers le Nord, le domaine 



§262-265. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 239 

empiète sur celui du français du Nord avec lequel il partage 
le phénomène en question. On trouve donc v, g. dans le 
Lyonnais : pri:(i (j>riser\ menasiy dresiy iariiy mt^Jy aff(ti, payiy 
baR, fdiy tiri, bfsi^ etc., par contre, dûrôy klo^ -(wa, etc. Il faut 
tout particulièrement mentionner remarsyç (remercier)^ ublye, 
en outre dayç (jouer), hyç à Jujurieux, mais maria, fya. Les 
palatales secondaires n'exercent plus aucune influence, v. g. 
Val Soana : raBkyar (ital. raschiare), sembyar. Le point de 
départ pour tout le domaine est ie qui a ensuite continué de 
se développer comme Tancien fe, cf. §§ 178 et 266. A entravé 
y prend aussi part : Val Soana fer (carneni), ^et, lej^, filyehtro. 
Ascoli, ScU^ franco-proven^^aliy Arch. Glott. IE, 61-120. 

263. Le développement est le même en Rhétie, en particu- 
lier à Oberhalhstein : paier seter, makr, gudofter, erfier, laser, 
ansiAier, liiier, hsa, sMa\ et aussi devant r entravée : &m, fer, 
hrtas. Il en est de même à Domleschg, Schams, Tiefenkasten, 
Zemetz, Brusio (Poschiavo), dans les patois du Tessin et dans 
la Rhétie centrale, à Moena et Comelico. Il est digne de 
remarque que, dans le Tessin, le changement atteint aussi a 
entravé : ^el, ^emba, va!((ia = ital. vecchiacca et que, contraire- 
ment à ce qui été remarqué pour Val Soana au § 262, y pro- 
venant de / (§ 421) amène aussi la voyelle palatale : pyega, 
fied, en outre vie^ (viaggio); anka-mi mais mi^-enka, riena = 
rivana, etc. A Greden, où, en général, a passe à f, il est éton- 
nant de trouver à après les palatales : sMlà, làr, infin. -lar, M 
(caput), madyàr, etc. 

264. S. Fratello présente aussi les mêmes phénomènes : 
èea (jgià), mbriyek, lier, kieya, (piaga), hteu (gualis), skiela, 
partie, 'iea. On y consute aussi le passage de à initial à ie quand 
le mot précédent se termine par une voyelle claire. Ces formes 
avec ie apparaissent même au commencement de la phrase : 
iela, ienguly ieipa, ieam, mais non après l'article d'âatn, ten (annus) 
mais (T&jn, etc. 

265. La même loi parait aussi s'exercer dans l'Italie centrale (226) 
et méridionale; toutefois le £dt n'est pas absolument certain; 

cf. cors., sard. du Nord : pientu, pieAu,; Qmpobasso : fieska, 



240 CHAPITRE I : VOCALISME § 263-267. 

kie:ç(a (^pia:(7id)i kieye; Francovilla al mare : falegneeme^ magnaete^ 
infin. magnea^ piette à côté de fâ, priya, ngape; S. Vittorino : 
ama^T^iy kyemty maéé, justixiete^ et aussi pugghié (jngliare), arru- 
vête (arrivata), caputete (capitata)^ formes dans lesquelles Vi 
atone agit par delà les consonnes, cf. là-dessus § 271. 

266. Une série de questions se rattachent à cet ie provenant 
de *a. Ainsi qu'il a déjà été remarqué, ses destinées ultérieures 
sont les mêmes que celles de ie provenant de ç du latin vulgaire. 
Mais, dans une grande partie de la France du Sud-Est, le par- 
ticipe de ces verbes en -ie ofl&re une autre désinence que celle 
de l'infinitif, v. g. cant. Vaud : mfd:(i = manducare à côté de 
md^ ^ manducatum. Le ^ montre que Ton a aflàire à ia. A 
Jujurieux on trouve : -a, pedya^ ametya, metya (cependant pt) 
dont Va est ouvert tandis que celui de -fonto, pra^ etc., est 
fermé. P^noni pietatem et presque partout pedem riment avec les 
participes. Ainsi Ton trouve, v. g. à Val Soana : infin. -/, partie, 
-fo, eipia; au Val d'Aoste : infin. -f, partie, masc. a, fém. aye; 
à Commugny : -1, ia, pia, pediâ, etc. Dans les anciens textes 
lyonnais les faits sont les suivants : on trouve ia pour iatum, 
iateniy iatiy iatam, iacum ; mais ie, i pour iatus, iatos, iare, iabat. 
Nous avons donc, ce qui s'accorde complètement avec les 
remarques du § 255, un double traitement de l'ancien 'a, selon 
qu'il était suivi d'une explosive ou d'une fricative : i àt = a, 
à côté de àr i=^ e, a répondent exactement iàt = ia, mais 
iar = ie, i. 

Cf. Odin 23 sqq., E. Philippon, L'A accentué précédé d'une palatak 
dans Us dialectes du Lyonnais^ de la Bresse et du Bugey, Rom. XVI, 263- 
277, H. MoRF, Manducatum = Manducatam en valaisan et en vaudois, 
Rom. XVIy 278-287, Odin et Morf voient dans la désinence ia 
Tinfluence de la forme du féminin sur celle du masculin. Mais une 
influence de ce genre ne se rencontre nulle part ailleurs pour le parti- 
cipe, et, de plus, elle n'explique ni le traitement de pede et pietale, ni 
Tétat de la langue dans les anciens textes. Elle est complètement 
impossible pour Aoste et n*est pas nécessaire pour les autres régions. 

267. Dans la France du Nord iee est réduit à ie, cf. des 
rimes comme maisnie : Marie Richard le beau 3833, maisnie : 

(227) guerpie Chev. Il esp. 21 17; de même, cadunt passe à chient Brut 
1644 tt laetamente ^ liement. Cette contraction se rencontre dans 



s 267. ŒANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 24I 

tout TEst et le Nord-Est jusqu'en Normandie. Elle ne s'explique 
pas très clairement. Si Ton suppose que dans toute cette région 
l'accentuation était fe et non y, l'abrègement àeUeenie ne pré- 
sente pas de difficulté : en réalité, cette explication paraît la 
seule possible. Mais, pour trancher la question de savoir si cette 
accentuation était l'accentuation primitive, il faut d'abord 
rechercher comment s'explique Vi. Il s'est développé entre le k 
et la voyelle palatale suivante le son furtif de nature palatale /. 
A quelle époque ? Il y a deux hypothèses. Il a pu apparaître 
avant que Va se fût modifié, ce qui semble prouvé par les dia- 
lectes du Sud-Est où a persiste ailleurs qu'après les palatales : 
c'est à une époque où, dans le Sud-Est, on prononçait encore 
plantàr que larhir s'est développé en hirhutry kark^er, et cela 
est vrai aussi pour le domaine du Nord. Mais il peut aussi être 
plus récent tout en s' étant produit avant que a fût devenu ç. 
Nous avons vu au § 235 que a devant k ne passe qu'à ç et ne 
va pas jusqu'à ^ comme a suivi d'une consonne autre que k. Or, 
comme le son furtif se développe aussi dans le groupe kak qui 
devient kieiy ce développement a dû se produire à l'étape Ma ou 
£f et non à l'éupe i^, ce qui, à la rigueur, serait possible pour 
chiefy mais ne l'est pas pour eschiele {shflld). Le groupe franc sk 
suivi d'une voyelle claire est traité comme le c latin devant a 
(§ 18, p. 40). — Les cas traités au § 104 présentent le même 
phénomène. De cera est sorti cieira^ ctrCy tandis que cista a 
donné non pas ciistey mais ceste. On est d'abord tenté de feire 
dépendre le développement du son furtif de la voyelle libre et 
par conséquent longue; mais eschielle fait opposition. La condi- 
tion est plutôt la présence d'un f tout à fait ouvert. A l'époque 
où le c latin avait encore à peu près la valeur de /, ei avait déjà 
commencé son développement (§ 72) et était arrivé à fi, ai, 
c'est alors que le son furtif se produisit. Dans ttrt (certus) 
Vf était moins ouvert que celui de fi, ai, ce qui explique qu'il 
n'y ait pas eu développement de i. Par conséquent, dans une 
première période, la diphtongue ie issue de a doit avoir, été 
accentuée sur Ve. Cet ié s'est ensuite développé de diflpentes 
manières. A Sornetan, Bourberain et aussi dans l'Oueit, à S. 
Maixent il passe à f dans les mêmes conditions qu'en français, 
tandis que e provenant de a y sonne f. Mais ailleurs on^ren- 

Mbt» , Gnmmain, |6 ^v 



24^ CHAPITRE I : VOCALISME § 267. 

contre le recul de Taccent : ainsi, dans les régions citées précé- 
(228) demment, ià a passé k ke, ie. Ce déplacement de l'accent est 
également nécessaire pour expliquer la difiérence qui existe entre 
les formes haguaises nU = necare et ià^iiei = camUare : ici est le 
produit habituel de ç (§ iS9), cf. encore Hei (carus)y etc. Les 
formes fondamentales sont ni-iéry d'où ni-ir, niiy mais ià^ : 
sà^y i&S(iei. Si l'on partait de ni-kr on aurait dû avoir nkry 
nki. Donc la plus ancienne forme de la diphtongue issue de a 
est f^qui est devenu k dans beaucoup de dialectes. Â une époque 
antérieure et sur une étendue encore plus vaste, ià est devenue 
k : dans ce cas, l'accent ne doit pas avoir porté seulement sur 
deux voyelles, mais il a dû être réparti également sur les trois; 
un grand effort était nécessaire pour l'émission de la triphtongue, 
et c'est par suite de cet effort que l'accent s'est porté sur le 
premier élément : i& a passé d'abord à ke puis à te, k. 

L'accentuation ie est regardée comme primitive par L. Havet, 
Rom. VI, 321-7, et F. Neumann, Zur Laut -und Eexiansîehre 54-60. 
Havet s'appuie surtout sur le fidt que mari-er n'assonne pas avec 
pied, et qu'il est plus facile de prononcer chresti-im que chresti-ién : 
si cette dernière prononciation avait existé, elle aurait promptement 
^hoMÛichrestien^ enfin, pour chier il donne la série de développement 
suivante : kiaro, kd^ro, le(ero^ hier, chier. D'après les développements 
donnés au paragraphe précédent, cette troisième raison n'a pas besoin 
d'être réfutée. Quant à la première, nous voyons que marier passe 
d'assez bonne heure dans la classe des verbes en -ie, de sorte que Ton 
peut se demander si la prononciation de ce mot en trois syllabes et 
avec la séparation -ier ne proviendrait pas, par tradition poétique, de 
l'époque où l'on prononçait encore mander. Enfin, quant à la question 
de savoir lequel est le plus facile à dire de chresii-ién ou de chresti-ien 
cela dépend des habitudes de chacun. — L'argument capital de 
Neumann est tiré des rimes du m. h.-allemand foréhHer : tier Parz. 
592, 10 ; soUier : tier 64, 20, etc. dont il donne une longue liste 
(p. 56). Mais elles ne concernent que la France de l'Est, c'est-à-dire 
les contrées limitrophes de l'Allemagne, et attestent pour cette r^on 
une prononciation sensiblement voisine de l'allemand ie. Mais nous 
ne pouvons leur accorder rien de plus qu'une valeur approximative : 
quand cet if, par une assimilation progressive, est devenu à une cer- 
taine époque /{ , il devait être naturel aux Allemands de rendre ce son 
étranger par i{ qui leur était familier, c'est ce que Diez, Gramm,, I, 
p. 410 a vu avec justesse. Vising n'apporte aucun argument nouveau. 
L'existence de ie et l'hypothèse de Havet sur la diphtongaison ont 
(229) été contestées par Schuchardt, Zeitschr. II, 187, et par A. Horning 

dans un article pénétrant : Uher steigende und fallende Diphtonge im 



267-270, CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE A 243 

OstframçjSsischen, Zeîtschr. XI, 41 x -418. U comprend le passage de iee 
à U autrement qu'on ne fait ici : de ié-e-on aurait eu iéie d*où, avec 
développement d'un i en hiatus, te. L'explication est assez séduisante ; 
mais il reste à savoir si cet i en hiatus, qui, il est vrai, est assuré 
pour le Nord-Est, se rencontre sur tout le domaine où impasse à U, 

268. Dans le roumain du Nord, a après les palatales passe à 
f s'il y a dans la syllabe suivante un e ou un ù Cet ( persiste 
encore en Transylvanie ; partout ailleurs, il est devenu ç : chee 
(clavé)f mold. 2* pers. plur. taetiy et, en finale directe, infin. 
ta4. En outre, il faut citer ghiet àt glacie à côté de ghiata de 
*glaciay et aussi chiem et ghiendà. Ainsi s'explique aussi mineriu 
provenant de manuarium par l'intermédiaire de manjairu. Dans 
la Moldavie occidentale, Va sorti de ^ (§ 83) passe aussi à e 
après l : les = lat. sessuSy et fait ainsi retour à son état primitif. 
En outre, en moldave, l'ancien ea en finale directe passe à e 
par l'intermédiaire de ia : sti de stia (stea^ Stella)^ de même 
que taii de taià. Par contre, a précédé de 1, ; passe à à .'furiiàt^ 
ingrijàt, furiiàm, ingrijàm. Le macédonien ne connaît pas ces 
lois; il conserve klae et aussi syate, etc. 

Cf. TiKTiN, Studien I, 100. 

269. Les LABIALES changent quelquefois a en 0. C'est par 
une double influence labiale que s'expliquent le roumain 
foame, le portugais famé et le lombard font. Il en est de même 
de tess. dimô^ roumanche môy eng. mu de magisy à moins que 
ces particules ne doivent être regardées comme atones. Il est 
possible que le français taon de tabanus soit à citer ici. — Entre 
une labiale et un a, il se développe un u dans les Deux-Sèvres : 
ptuiy mualadiye. 

270. Le passage de ^ provenant de ai (§ 23 3) à «f, dans cette 
position, est un Ëdt beaucoup plus général, cf. gén. puà^ muày 
muàn, fuày repuàru^ spuàntu. Il existe aussi en français : 
Tabourot (1387) blâme voua (vais)^ jamoua^ joua comme des 
parisianismes; encore aujourd'hui, nous disons armoire, gri- 
moire, Amboise, poêle, émoi, aboi. On trouve à Bayeux : pu(5 
(pays) y foë, poè, mtfetf, i^amuf, mufsô; dans les Deux-Sèvres : 
^fWl à S. Maixent : pu^i, fufr, fuè, avu{; en Auvergne : 
i^amuf, fuf, fuçre. On rencontre de même en Lorraine a changé 



244 CHAPITRE I : VOCALISME § 27O-273 . 

en { :JofVf emoeB à Uriménil tandis qu'en Picardie f{ve devient 
(230) fœf. 

271. Dans riTALiE DU Sud, u-â passe à u-uâ, ainsi à Monte- 
nero de Bisaccia (Molise) : aruvuete, sbruvuhuata^ adduluruata, 
kuntsuluâ ; à Palena : nu cuam, suppurtuâ, rubbuâ, nu pluande, 
spujjuate; à Villa Santa Maria : arruuuat, ne puatre, le druahhe, 
purtua, le muarite, vocat. mmuarite (mais a ppatré)^ kumbuà \ à 
Torricella : urtuluone^ perdunuate. 

272. On s'explique difficilement en rouaiain ea^ ia qu'on 
trouve dialectalement au lieu de a après r, /, t : macéd. briatu^ 
griasu; mold. musteatà^ particulièrement dans des mots qui 
ne sont pas d'origine latine : steangà^ steamp^ bUastuTy 
cleampà, etc. 

Cf. TiKTiN, StudienI, 59, Zdtschr. X, 252. 

e) FartloularitéB. 

273. A remplacé par E. Le latin nuilum a été supplanté par 
melum (a9}Xov : ital. melo, rhét. meilf roum. màr, lorr. meiy 
cat. mêla. Cerâseus n'appartient qu'à l'Italie du Sud : napol. 
cerasff Lecce lerasu, sard. kerasa, romain cerasa, sienn. sara^a. 
Partout ailleurs, ce mot a été supplanté par cer^sea : ital. ciliegiay 
prov. cerfisa, franc, cerise^ roum. cirasà d'un plus ancien ciriasà. 
L'espagnol ceresia et le portugais cereja restent douteux. Le 
fait que le produit de basium ne rime pas avec celui de cerasea 
exclut l'hypothèse d'une inflexion ancienne. Le grec xépauoç 
devait, conformément aux lois phonétiques du latin, devenir 
céresus, d'où, par la suite, cerâseus. Les contrées romanes qui ont 
le plus profondément subi l'influence grecque, possèdent la 
forme grecque ; les autres ont conservé la forme latine. 

Cf. J. Cornu, Rom. XIII, 286, 5. 

On explique de la même manière l'italien allçgro, a.-franç. 
altère j Juta aliegruy rhét. legfy dans le cas où ces formes devraient 
être rattachées à alacer, La flexion ancienne était *âlacery 
*âlecriSf d'où le roman alécrus^ a, um. — L'italien gettare et 
le français jetter remontent peut-être à gectare, — L'italien 
grève, le français griefs le roumain greu et le rhétique gref du 



§273- ^74- PARTICULARniS DE A 245 

latin gravis ont été influencés par UviSy brans. — Le roumain 
alerg (courir) à côté du macédonien alarg du latin largus a subi 
Tinfluence de mtrg (aller). — Le français moderne acheter (231) 
montre aussi, dans ses formes à désinence accentuée, Tinfluence 
des verbes en -eter^^ittare^ mais cf. achat; Eustache Deschamps 
206 £dt encore rimer achatte et escarlate^ et le Roman de la 
Rose n, 298, acheté et nete. — Restent inexpliqués le rhétique 
i^eifuiy sard. itrma à côté de ^tma (Janud) et castegna à côté de 
castagna; c'est à la première forme que se rattachent le français 
châtaigne (d'un plus ancien chasteigTu)y milan., berg., Pavie, 
Canavese, Alatri. kastena^ Val Soana keAa. 

274. A remplacé par O. Les formes italiennes chicdOy chiovo 
se rattachent à clavus. En fiiançais, le développement est régulier 
(S 250), mais, en italien, chiavo aurait dû persister. H est possible 
que ces formes aient subi de bonne heure l'influence de claudere^ 
ce qui expliquerait aussi le d. Le sicilien kyoru et le calabrais 
kyuovu sont des emprunts à l'italien littéraire. — L'espagnol cueva 
(caverne), le béarnais kobe et le portugais covo (creux) à côté 
de l'italien cavOy prov. cou s'expliquent par le Êiit que l'ancienne 
flexion caus^ coum^ plur. caviy fém. cava a été simplifiée de 
diverses manières. — L'italien vuoto et le firançais vide remontent 
à vocituSy partie, du verbe vocare appartenant au latin archaïque, 
et remplacé dans le latin classique par vocare et vacuus. 

Cf. Thurnbysen, Zdtschr. vergl. Sprachforsch. XXVIII, 156 et 
161. 

Le français fantâme, le provençal fantauma et le catalan 
fantarma paraissent remonter à fantagma au lieu de fantasma^ 
et présenter le changement de gm en um d'après le § 403 . Sont 
étonnants dans leur isolément l'apulien lome et le portugais 
estrume de stramen; toutefois, à côté de la forme portugaise, 
on rencontre estrumar dont Vu pourrait s'expliquer par la posi- 
tion atone. — L'italien nuotay roum. innoatà, alban. notoigy 
rhét. nuota, a.-fîânç nuede à côté de l'italien du Sud nata^ esp., 
pon. nada sont obscurs. — On trouve souvent dans la Haute- 
Italie piona (rabot) pour piana : tess. pium, montferr. piutuiy 
mil. pioruiy gén. iuruiy etc. Le mot, sous cette forme, doit 
provenir du rhétique, et là il doit être regardé comme un 
dérivé post-verbal deplonàr puisque /)/afia devait donner plauna. 



246 CHAPITRE I : VOCALISME § 274-276. 

Le français ouvre de aprio est influencé par couvre. Cette forme 
est très répandue : sarde du Sud oberiri ; on la trouve encore 
en a.-siennois, en ombrien, en romain, en piémontais, à 
S. Fratello et en gascon. 

275. Du latin aqua est sorti dans la Haute-Italie, la Rhétie 
et la France du Sud *auguay d'où eng. anua^ Fourgs auwa^ 

(232) Plancher ove, ailleurs aiga : a.-vénit., a.-véron., a.-gen., 
a.-piém., a.-prov., gén. moderne àva^ piém. em, gallur. eba. 
Ascou, Arch. Glott. I, 300. 

8. Voyelles latines en hiatua 

276. Pour les voyelles en hiatus latin, l'ancienne quantité 
n'entre pas en considération. Au point de vue de la versifi- 
cation, elles sont toutes brèves soit d'origine, soit qu'elles 
aient été abrégées. Mais ce fait importe peu, car la langue 
populaire les traite suivant leur timbre ou suivant le timbre de 
la seconde voyelle atone. La règle est la suivante : i et u anciens 
persistent ; i ancien passe à ^ devant un i suivant et à e devant 
un a; un ancien o passe à ç devant un u suivant, et à p respect. 
^ devant un a ou un i suivant : dies^ fyi^ mçiy m^, vea^ sguSy 
sça^ cçi. La différence de qualité n'est donc pas due à la quantité, 
mais est un phénomène de dissimilation. Vi clair, fait passer, 
par dissimilation, un e immédiatement précédent à ^ ; Vu sourd 
fait changer de même un u en p. Ces changements qui appar- 
tiennent en propre au latin vulgaire n'ont pas été exposés 
plus tôt afin que l'accord des phénomènes propres à chaque 
langue romane ressorte avec plus d'évidence (v. §§ 152, 186). 
Mais ces lois ont été troublées déjà dans le latin vulgaire : le 
singulier nifus se règle sur le pluriel tnfiy et le pluriel sfi sur le 
singulier sçus. Toutefois, la forme isolée ct^i se conserve telle 
quelle. — Des voyelles qui ne furent en contact qu'à la suite de 
lois phonétiques propres au latin vulgaire conservèrent la nuance 
en rapport avec leur ancienne quantité ; ainsi on eut ius de -îvusy 
sfat de sU, (o de çgo. 

Cf. Zeîtschr. vergl. Sprachforsch. XXX, 333-345, où se trouve 
aussi expliquée la différence entre le latin classique via, -dies et le 
latin vulgaire Vfa, dies. 



s 277. 278. VOYELLES LATINES EN HIATUS 247 

277. Si maintenant nous considérons isolément chacune des 
langues romanes, nous voyons d'abord que / du latin vulgaire 
en hiatus est traité comme devant les consonnes, v. les exemples 
^^ S 3ïj P- 60. Au contraire, ^ dans «pa, m^ n'est que partiel- 
lement identique à celui deffde. A côté du roumain meay franc. 
veie, meie, on trouve dans d'autres régions viay mia. Ce Êiit 
curieux se rencontre dans le français de l'Est, cf. viCy simt dans 
l'Yzopet, Prioraz et encore actuellement v. g. en Morvan. A 

côté de ces formes en i, on rencontre en engadin traia de tria^ (233) 
saia de siat : le premier de ces mots s'explique par l'influence 
du masculin trais et le second par le Ëiit que dans s^t l'hiatus 
ne s'est produit que tardivement, v. l'étude des formes. Du 
reste, ce qui prouve que cet ta est sorti de efl, c'est kurija (cor-- 
rigia) à Alatri, et des noms de lieu tels que Pulia = Apulefa^ 
Foniia = Fontqa. 

278. C'est aussi seulement en roumain et en français que ( 
du latin vulgaire en hiatus dans f«f«5, wf», d(U5y rçus, judaeus 
est traité comme ( ordinaire : roum. :(«*, mieUy miei, a.-franç. 
DieuSy *miei d'où mi, *mieus d'où le féminin picard tnitue, 
iudieu. En portugais ç devient ç : d^y mçu, Jud^y Hebrçu, 
Sur les destinées ultérieures de cet j«*, cf. § 38. Comme 
l'accusatif/^/ existait à côté du nomin. pieus (§ 249), on forma 
un accus, dç sur le nomin. dieus. En provençal, on trouve la 
diphtongue : Dieus, mieus, ju^ieus ; en italien et en espagnol, 
l'i simple : Dio, mio, rio, esp. Dtbs, mio, cria, judio, excepté 
dans le pluriel italien miei. On pourrait croire que l'italien 
mio, etc., remonte à m^is, de telle sorte qu'il conserverait 
l'état le plus ancien, et que la confusion entre m^ et wf» ne 
se serait accomplie que dans les rameaux isolés du roman. 
L'a.-vénitien mieu (Panfilo) serait donc une forme plus récente 
que l'italien mio. Seulement mada (macfria) montre que ç, ie 
passe à 1 devant une voyelle sourde. En rhétique, Dius, miu 
peuvent être donnés comme les formes fondamentales, lesquelles 
se sont ensuite développées de diverse manière (§ 38). Le 
développement de eo est tout à fait d'accord avec ce qui précède, 
cf. roum. eu, rhét. ieu, ital. io, esp. yo, port. eu. En a.-français, 
il existe difiérentes formes selon que le mot était atone ou 
accentué. Dans les Serments, on trouve deux fois io et deux fois 



248 CHAPITRE I : vcx:alisme § 278-280. 

eo; dans Jonas et dans S. Alexis io; plus tard/cw, jo d'où, avec 
affaiblissement, je ; et la forme moderne gi^ rimant avec ç qui 
provient de a, Rich. 957 gi4 : cangiéy Chardri Set dorm. 1425 
je : congé. Cf. là-dessus le Chap. IV. 

279. Pour les voyelles labiales nous trouvons les mêmes 
phénomènes que pour les palatales. Fui apparaît toujours avec 
le représentant de û. Pour (f et p, le roumain et le français, et, 
en partie aussi, le rhétique et le portugais, présentent le déve- 
loppement ordinaire ; mais l'italien et l'espagnol offrent la der- 
nière voyelle de la série. En outre, (*i, excepté en rhétique, 
passe toujours à ui : rhét. kui^ koi, mais a. -franc., prov. kûiy 
ital. eut. Du reste nous avons pour t^ du latin vulgaire : fyt, d^, 

(234) 5(fa, s^, roum. /u, eng. /?, a.-franç. fç, dçuSy dçeSy sçCy port. 
foi, dçsy soSy mais, quand l'hiatus est conservé, duos, sua, ital. /u, 
duCy sua; duoi et suoi sont douteux puisqu'ils pourraient reposer 
sur duoSy suoSy esp. doSy tos — duas, tuas. — De plus amples 
renseignements sur les différents dérivés de fui seront donnés 
dans l'étude des formes. On peut encore citer gri^erriy port. 
grou d'un plus ancien groi (§ 300), sic. groiy napol. gruoyo à 
côté de *grua formé sur grt^; esp. port, gruay franc, grue. 
L'italien bue remonte au lat. vulg. bçem de bçs au lieu de bôvem; 
le traitement est le même dans l'a.-siennois ue = ubi. Le rou- 
main doue est sorti de duas par l'intermédiaire de douey duue, 
forme dans laquelle u suivi de î^ a passé à (? (§ 131). Ainsi 
s'explique qu'on n'ait pas doae. — On peut encore mentionner 
que Vç roman en hiatus ne passe pas à Uy mais persiste à Lecce, 
à moins que u n'ait Édt retour à : foi^ doi roi (^gruetn)y souy soi y 
soay j^oa (juvai)y j^oarUy cf. là-dessus § 34. 

280. Enfin il reste à parler de ç dans sçiy dçiy le nouveau 
pluriel de duo. Il est difficile de découvrir la vérité sur ce point, 
parce qu'à côté de ces deux exemples uniques on trouve des 
formes flexionnelles avec u. Il suffît de citer id comme repré- 
sentants certains de Tp, le roumain ddi et l'a. -français duiy sui; 
pour le reste v. l'étude des formes. 

Cf. aussi d'Ovidio, Arch. Glott. IX, J3-52. 



§ 28i. 282. 



DIPHTONGUES LATINES 



249 



g. Diphtongues. 



a) Diphtongues latines. 

281. Au LATIN. On a déjà vu au § 27 que au du latin vul- 
gaire ne coïncide qu'en partie avec au du latin littéraire. La 
première partie de la diphtongue ne difiëre pas ou ne difi^re 
qu'à peine de a ordinaire : ce n'est ni i ou comme dans 
l'allemand du Nord, ou au comme dans le provençal moderne, 
ni ^ ou f comme dans l'allemand du Sud et une partie du 
rhétique. La diphtongue au s'est conservée dans le sarde-sicilien, 
l'albano-roumain et en béarnais, tandis qu'en provençal et dans 
le rhétique occidental elle est actuellement devenue au ou plus 
habituellement oui en portugais elle a avancé jusqu'à ou, et de là 
à dans les dialectes portugais du Nord, v. g. à Beira : pçco^ mçcOy 
Içco, çbe, rçcOy çrOy (J, rçbar^ aussi çtro et nçte à côté de oitro^ cowt^ 
soitOy etc. En général, sur une grande partie du domaine, à 
Lisbonne et au Sud, la différence entre ou ti ç n'est que gra- 
phique. Vu du français du Sud-Est et de l'Est doit aussi remon- 
ter à (ti^; partout ailleurs au par l'intermédiaire de ao passe à 
qui, en vénitien, et en partie aussi dans l'italien du Sud, est 
diphtongue en uo comme l'ancien g. La monophtongaison est 
plus ancienne en France, et plus récente, en Espagne et en 
Italie, que la résolution de la ténue intervocalique, ce qui 
explique que auca persiste ici sous la forme ocay et passe là à 
oue par l'intermédiaire de oga. Mais elle s'est produite en France 
après la palatalisation de )b, cf. causa, kausa, hsCy chose \ gaudia, 
éauye, ^Ojt, joie. 

282. 
Lat. 



AXIAUT 



■^PLAUTA 



Roum. 

Vntr 


— 


tng. 
Ital. 


amà 


Prov. 


... 


Franc. 


— 


Esp. 


amà 


Port. 


amou 



piota 



CAUTU 


FAUTUS 


ALAUDA 


cautâ 


— 


— 


_ 


,. 


lodola 


— 


— 


alauT^a 


— 


— 


(alouette) 


coto 


hoto 


— 


couto 


fouto 


— 



(2J5) 



2S0 




CHAPITRE 


I : VOCALISME 


S2 


Lat. 


LAUDAT 


AUDIT 


CLAUDIT 


GAUDET 


GAUTA 


Roum. 


laudà 


aude 


— 


— 


— 


Eng. 


laud 


auda 


klauda 


— 


gaulta 


Ital. 


loda 


ode 


chiude 


gode 


gota 


Prov. 


law^a 


au 


clau 


gau 


gauta 


Franc. 


— 


Qi 


clçt 


— 


§289 


Esp. 


loa 


ode 


— 


— 




Pon. 


lowva 


ouve 


chouve 


gouve 


— 


Lat. 


PAUCU 


RAUCU 


AUCA 


PAUPRE 


RAUBA 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


pauk 


rauk 


auka 


pauper 


rauba 


Ital. 


poco 


roco 


oca 


povero 


roba 


Prov. 


pauc 


rauc 


auca 


paubre 


rauba 


Franc. 


P9 


rç 


çue 


pçvre 


rçbe 


Esp. 


poco 


— 


oca 


pobre 


roba 


Port. 


pouco 


rouco 


ouca 


pobre 


roupa. 


Lat. 


AUGET 


AUSAT 


PAUSA 


CAUSA 


LAUSA 


Roum. 


adaoge 


— 


pausà 


— 


— 


(236) Eng. 


— 


— 


— 


kausa 


— 


Ital. 


— 


osa 


posa 


cosa 


— 


Prov. 


— 


aws^a 


pau^a 


caws^a 


— 


Franc. 


çit 


çse 


pçse 


chose 


— 


Esp. 


— 


osa 


posa 


cosa 


losa 


Port. 


— 


ousa 


pousa 


cousa 


lousa. 


Lat. 


TAURU 


AURU 


LAURU 


THESAURU 


AURA 


Roum. 


taur 


aur 


laur 


— 


— 


Eng. 


taur 


aur 


— 


— 


aura 


Ital. 


toro 


oro 


alloro 


tesoro 


ora 


Prov. 


taur 


aur 


laur 


tesaur 


aura 


Franc. 


— 


or 


— 


trésor 


— 


Esp. 


toro 


oro 


— 


tesoro 


— 


Port. 


touro 


ouro 


louro 


tesouro 


— 




Lat 


GAULE PARAULA 






Roum. — 


— 








Eng 


'• 


— 








Ital 


— 


paroi 


'a 





§282. 283. DIPHTONGUES LATINES 251 



Prov. 


caul 


paraula 


Franc. 


chçi 


parole 


Esp. 


— 


(palabra) 


Port. 


couve 


(palavra) 



On peut encore citer grauluSy -a (corneille) de *gravulus^ -a, 
mot se rattachant à ravus ou ravis avec le g de gracula^ cf. 
roum. graury Lecce rauluy Giudîcaria grçlOy franc» grolle^ gasc, 
albig. agrauh, lyonn. grolo^ etc.; puis le français fçrge, esp. 
froga à côté de fragua de fabricay tandis que le plus récent laude 
persiste. Paulus, paraula se présentent sous des formes diver- 
gentes, ce qui s'explique par le &it que ce sont des mots récents, 
esp. Pabloy palabra^ port, palavra, Lecce palora à côté de caulu^ 
ital. Paolo, Pavolo; de même navolo de vaîîXov, qui, pour des 
raisons intrinsèques, ne peut pas être toscan; quant à cavolo^ il 
doit provenir du Sud. Le grec aiXi^, lat. aula^ fréquent dans 
les noms de lieu passe tantôt à ola, olla, tantôt à avola : cette 
dernière forme appartient à la Toscane méridionale. Au pré- ^ 
sente une physionomie particulière en macédonien : avdu^ 
haftày adapse. G)mme le changement de au en a^, et en a^ 
devant <j est la règle en grec moderne, on ne manquera pas d'y 
voir une influence du grec sur le macédonien. — Ce n'est que (237) 
lorsque le latin au était déjà devenu que le grec tM\tM a péné- 
tré en italien et de là dans les autres langues romanes; au a 
passé dans ce cas à ai, al : ital., esp., pon. calnuiy ital. calma. 
On ne voit pas bien pourquoi dur, làudà persistent en roumain 
tandis que ràpâos, adàoge changent « en (? et que aûz, déplace son 
accent. — Vo du portugais pobre en regard de ou qui est la règle 
actuellement, a sa raison d'être dans le groupe de consonnes 
suivant. — L'italien chiude doit son u aux formes i désinence 
accentuée. 

Sur aula dans les noms de lieu toscans, v. Bianchi, Arch. Glott. 
IX, 447, Rem. 2. 

283. Souvent l'p provenant de au est réfracté en uo, v. g. 
en calabrais et encore sur de plus larges bases dans l'Italie du 
Sud, en outre, en vénitien. En calabrais, on trouve l'un à côté 
de l'autre taguru (taurus), laguru et uaru, trisuaru, puoku, guodu, 
nhyuostru, ripuosu, povaru. Ce double traitement se rencontre 



252 CHAPITRE I : VOCALISME § 283-285. 

en sicilien : tauruy addaurUy lausu mais loduy godiri (et guadiri 
§ 360), oruy tresoruy poeru^ kosa; à Lecce : anka^ haulu^ lauru à 
côté de oruy trisorUypovirUy kosUy fioiUy reposuy poku. Tout d'abord, 
il y a lieu de croire que poviruy en qualité de proparoxyton, 
occupe une place à part. Mais, pour les autres, on peut penser, 
avec assez de probabilité, que ce sont des emprunts à la langue 
littéraire. Aurum exprime surtout une idée littéraire; dans le fran- 
çais du Sud-Est il est aussi emprunté à la langue littéraire. Il en 
est de même à plus forte raison pour tesaurus et incaustum. Au 
lieu de paucus le sicilien ditpikkuy tandis que la langue des livres 
se sert d'un indéclinable pocu. Par conséquent on peut regarder 
comme assuré pour l'italien du Sud au respect, avuy ovu : 
kovuluy lovurUy tovuru à Capo di Leuca (cf. § 252) et ovunu de 
ounuy aunu (agnum); de plus avu se développe aussi en agUy 
V. ci-dessus. Dans les Abruzzes aussi on trouve encore taure y etc., 
mais à Alatri, à ce qu'il semble, on ne rencontre que ç : pçkçy 
IçrCy gçdiy IçdolOy kçsay pçsa, etc. 

284. En vénitien, en frioulan et en tyrolien on trouve aussi 
l'équivalence de au et de p; mais ici aussi il n'y a que quelques 
exemples. Ainsi, en frioulan on rencontre taufy aufy laudy auri 
Çhaurire)y klaustriy auke, auscy etc., et, en regard, ohy pçky odele 
(alaudulà)y ^ôlde et gôdiy puar; en a.-vénitien puokoy puovriy 

(238) deux formes que possède aussi le tjnrolien. Parmi les exemples 
frioulans, il faut d'abord exclure godi qui, par son gy se dénonce 
comme savant. Il en est de même pour oduky où la conservation 
de Vu et la chute de 1'/ montrent aussi qu'on a affaire à un 
emprunt. Comme on trouve l'un i côté de l'autre golde et 
^audây polsâ et pausây olsà et ausày on est en présence d'un trai- 
tement particulier de au devant les dentales ou en syllabe atone. 
Il ne reste donc plus que deux exemples qui font également 
difficulté pour l'Italie du Sud, et il y a lieu de se demander si 
paucus est partout populaire (il faut remarquer que le roumain 
ne connaît pas non plus ce mot) ; quant à paupcfy la place de 
la diphtongue entre deux consonnes labiales et à l'antépénul- 
tième suffit pour justifier son irrégularité. 

285. Le rhétique du Centre, abstraction feite des deux cas 
mentionnés plus haut, conserve donc auy et change également 



§285-288. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE AU 253 

ai en au. Toutefois, le parler de la Giudicaria montre partout 
Çy aussi dans h^a^ Içdula; par conséquent luvda^ pufia ne peuvent 
être que des formes re£dtes sur luvdar, pufiar par l'intermédiaire 
de *Ioldâr, laudar (cf. § 252). Mais à Enneberg et à Badia al 
persiste et au passe toujours à al : fralday alla (cependant ater), 

286. Dans la France de l'Est on trouve le croisement de deux 
domaines de Vu : l'un dans lequel g entravé persiste ou passe 
à aOy c'est-à-dire la Suisse française (à l'exclusion de Val Soana 
où au devient 6), l'autre dans lequel ç entravé passe à Uy et où 
par conséquent entre au et u il peut y avoir l'intermédiaire (?. 
Dans le Sud-Est, ainsi que le montre à^ure = gaudere (cant. de 
Vaud), la monophtongaison est de date plus récente que la 
palatalisation du g devant a ; mais à l'époque où g par l'inter- 
médiaire de guy et g par l'intermédiaire de gu avaient passé 
tous deux à, aOyhi diphtongue au devait déjà avoir atteint le 
d^é u après avoir franchi au. En bourguignon œ est obscur : 
éklŒy fœ (fagutn). Comme follis y passe aussi à fœ, on peut 
admettre la série suivante : auy gUy qsUy œ. — L'Ouest présente 
aussi OU (»?) : chousCy repauSy pauvre y chez J. le Marchant et 
actuellement en Bretagne et en Anjou ; ce traitement va rejoindre 
le provençal ou. Au xvi* siècle cette prononciation pénètre aussi 
à Paris; H. Estienne reproche aux courtisans de prononcer 
chousty repouse. 

287. Tandis que dans tous les cas traités jusqu'ici l'élément 
labial de la diphtongue a persisté, on le trouve totalement 
disparu dans la vallée de Munster : ar, tary lasà; à Bregaglia : 
rabay iatriy pak kaxay respect, rebay sçnuiy p(ky et aussi à S. Fra- 
TELLO : tafy OTy paky gavy akay etc., seulement la chose n'est pas (239) 
aussi simple à expliquer. Dans la vallée de Munster et dans 
l'Engadine, au a passé à a devant les vélaires (§ 288); il y aurait 

lieu de se demander si le changement n'est pas sorti de ces 
conditions originelles pour un motif quelconque et n'a pas 
étendu ses limites. 

*l)} Changements conditionnels de au. 

288. En SARDE, au passe à a quand la syllabe suivante ren- 
ferme un u : larUy pagUy pasuy trau de * taruy en regard de quoi 



2$4 CHAPITRE I : VOCALISME § 288-29O. 

aru est un mot savant. — Dans TEngadine et la vallée de 
Munster, Vu de la diphtongue suivi d'une consonne vélaire passe 
devant cette consonne : pauca devient pakua^ eng. paka dont le 
k au lieu de I (cf. vakd) atteste l'existence antérieure de la 
voyelle labiale. 

289. En français, au + j devient fi qui passe ensuite à m 
comme les autres ci : cloître^ j'aie; dans l'Ouest on a ufy Çy ainsi 
pei dans le Livre des Manières. En hiatus, au devient ou : joue^ 
louôy jouir y d'où ou de aut devant des mots commençant par une 
voyelle; aui donne naturellement (w, ou :chou. Enfin on trouve 
dans le français moderne peu de paucum. En a.-français pou et poi 
existent l'un à côté de l'autre; ce dernier provient de pauco 
(cf. § 438) d'où V. g. à S. Maixent/>(^. Le français moderne 
peu remonte au contraire kpçu qui, contrairement ijoue, a.-franç. 
joe, etc. a un fermé. La raison n'en est pas très claire, à moins 
qu'on ne veuille admettre que c'est parce qu'il s'est trouvé direc- 
tement final que cet o s'est fermé de bonne heure; enfin oiezn lieu 
de l'a.-firançais oue parait appartenir à un dialecte. — A Seraing, 
ç provenant de au est réfracté en u{ comme g ancien suivi de s : 
u{Sy repufs. 

290. Enfin il reste à parler de a/, ol provenant de au dans le 
groupe dialectal formé par le haut-italien et le toscan. En 
général, le changement est restreint à au placé devant les 
dentales (/, d, s) : a.-vénit. galdere Ex. 600, aldi 9, 14, a.-véron. 
golçay golda^ oldir dans Fra Giacomino, a.-milan. golte Bonv. 
G. 120, gol:(p D. 270, a.-tosc. lalda^ fralda^ etc. Ce changement 
se rencontre beaucoup plus firéquemmment dans les syllabes 
atones que dans les accentuées, de sorte qu'on est naturellement 
amené à cette hypothèse que al s'est d'abord produit unique- 
ment avant l'accent, puis par erreur sous l'accent et peut-être 
même seulement dans l'orthographe (v. § 354). L'italien chiodo 
(§ 274) apparaît aussi en émilien sous la forme toldy a.-vénit. 

(240) chioldOy tyrol. cold. Ce mot est difficile ; on ne trouve nulle part 
ailleurs, en émilien, le passage de au à ol^ il feut peut-être y voir 
un emprunt au rhéto-vénitien. 

Le romagnol présente un traitement particulier de au dans 
les mots savants : Vu de la diphtongue est consonnantifié, 



§290-29^. CHANGEMENTS CONDITIONNELS DE AU 2$$ 

maïs Ta, de même que l'a primaire, passe à e : apkfsy kefsa, kefty 
frevdy levd. Il en est de même du milanais : haved = cautOy 
kovcsUy lavoTy plaveSy pavesUy restavofy etc. Ailleurs que dans ces 
contrées, Yau des mots savants est conservé comme en italien 
et en espagnol, ou bien changé en o comme en français. 

291. Œ LATIN est traité comme c du latin vulgaire, et ae est 
traité comme ç, cf. coeruiy potna; ital. cçnUy pçna; eng. iairuiy 
paina; franc, peim; a.-fnmç. cine; esp. penUy cena. Il n'y a pas 
d'autres cas de t^ puisque obscoenus et coetus manquent et que 
foemina n'est qu'une mauvaise graphie pour fêmina. Exemples de 
ae : caelum : eng. ciely ital. cielOy franc, cûly esp. cielo ; caecus : 
eng. èieky ital. ciecOy a.-franç. ciuy esp. ciego-y caespes : roumanche 
cispady ital. cfspCy port, c^pede; graecus : ital. gr{C0y a.-franç. griUy 
esp. griego; laetus : ital. lietOy a.-franç. liety port. If do -y quatrit : 
ital. chiedCy franc, quierty esp. quiere; saeculum : ital. sfcolOy 
a.-franç. siecky esp. siglo. Beaucoup d'autrà exemples ne se 
rencontrent que dans quelques régions seulement, et alors le 
traitement n'est pas toujours d'accord avec ce qui précède. On 
trouve ae représenté par ç dans atstimat : prov. a^rnUy a.-franç. 
fsme; aesculus : ital. ischio (§ 80); aequus : prov. çc; bhusus : 
a.-franç. bbns; haedus : alban. ef; le roumain ied ne prouve rien 
pas plus que le sarde edu. Par contre, ç représente ae dans 
caenum : esp. cieno; caesa : Pavie sesay franc-comt. sisa; maestus : 
ital. tnfstOy sic. inestu\ praegna : calabr. pretuty prienuy sic. prenuy 
ital. pr^no avec ç à cause de l'fl, sard. prim^u. Le toscan inci- 
gnare doit son i à l'absence d'accent. Le portugais leiva ne peut 
pas venir de glaeba puisque ni ^ ni ^ ne passent à eiy il remonte 
plutôt iiglaebea; le sarde lea est indécis. 

292. Â côté de ces exemples dans lesquels l'accord des langues 
romanes arrive au moins à indiquer une forme fondamentale 
commune, il en existe d'autres pour lesquels le roumain et 
l'italien supposent ç tandis que les autres langues exigent ç : 
faeces : ital. ffccia — esp. he^y cependant béarn. hft:^; fœnum : 
ïxA.fieno — tng. fain, franc. /wn, esp. heno; ital. prçda — franc. 
proUy esp. prea; praestus : ital. prfstOy roumanche dampresty (241) 
a.-franç. pr^ty lorr. prOy esp. presto -y saepes : ital. sUpe — eng. 

saify a.-franç. soif y esp, seto (soeptum); taeda : roum. :^adày sic. 
deda — roumanche teya de taedeay bagn. teyUy esp. tea. 



256 CHAPITRE I : VOCALISME §293-296. 

293. Reste enfin le latin vulgaire ai. Abstraction faite de 
atnaiy on trouve cette diphongue dans traicere (écrit étymolo- 
giquement trajicere) : roum. treu^ firanç. du Sud-Est tre:^i et dans 
traecia : roum. trepta; en outre, dans bajuluSy bailus : ital. 
bailo, balio, prov., a.-franç. baily prov. bailoTy mais a.-franç. 
baillieTy eng. bêla Qfajuld), 

0) Diphtongues romanes. 

294. Le sort des diphtongues romanes, particulièrement en 
ce qui regarde leur premier élément, a déjà été exposé aux 
§§ 38^ 71 sqq., 120 sqq. Il arrive assez fréquemment que le 
premier élément persiste tandis que le second est modifié. Il en 
a déjà été question incidemment v. g. §§ 32, 77, 125. Les 
phénomènes qu'il reste à examiner se divisent en trois catégories : 
Chute de i, u; G^nsonnantihcation de i u; Changement de 

I, U EN d'autres voyelles. 

295. Le premier de ces trois phénomènes se rencontre en 
ITALIEN, cf. piatOy de piaito^ vuotOy trçta (§ i6, p. 30), sartana de 
sartagin-ay frana de vorc^in-ay guatare du firançais guaitiery mai 
en tant qu'adverbe indépendant, mais ma en qualité de conjonc- 
tion au verbe suivant. Ainsi l'italien strano remonte à straino 
(§ 512). Par contre, daino et laido persistent. En siennois, Vi 
passe dans la syllabe suivante : votiOy guatiare; de même : contio 
de ccgnituSy santio de sanctus; l'italien madia de magida présente 
le même traitement. En sicilien et dans l'Italie du Sud, on 
trouve aussi cette métathèse, au moins pour in : sic. daniu = 
ital. dainOy furrania de furraina Ç/arragin-^y pitinia, inkunia 
(^incugin-a au lieu de *incudinHi)y napol., abruzz. kntineyay 
petineyay ankuneyay Ustuneya (*testuginé)y sard. du Sud bania de 
bâina = baina (§ S 98), vagina ; maladiu de malaidu — Ce phé- 
nomène apparaît aussi en andalou : fralie de fraiky et aussi 
sudià de *suidad = esp. ciudady hudiao = esp. cuidado. — En 
engadin, le changement de ai en a se produit immédiatement 
après un i : paias = paesCy *paiaiSy ariant mais otidainty imparf. 
tnavetiy ariavmy kraiaven mais tmaiven. 

(242) 296. L'assourdissement de Vu est rare; on le rencontre 
cependant quelquefois, v. § 3 17 et Jujurieux : Dy^ de Dieuy 



§ 296-298. DIPHTONGUES ROMANES 2$^ 

ny^a de *nibula (§ 58) par rintermédiaire de niula^ nieula, 
nye^la ; tyela de tçgula^ myela de medulla par rintermédiaire de 
meôllay miôlay mieôlay myéçla et aussi bye de *betullum. 

297. La consonnantification de u? i se produit de différentes 
manières. Pour u^ elle revêt trois formes. Si l'articulation des 
lèvres, c'est-à-dire l'élément labial prévaut, il se produit un v 
ou une/: ce phénomène n'a été constaté jusqu'à présent qu'en 
rhétique (§§ 285 et 5 3 5), dans le groupe émilien-lombard (§ 29 1) 
et en macédonien (§ 282). Si, au contraire, c'est l'articulation 
vélaire qui l'emporte, u passe à g, k, cf. catal. régna de *reunay 
*retinay Valence dukte de dui^tty dubitus et à la position atone : catal. 
sigrô d'un plus ancien ciurô (cicérone), dikmenge d'un plus ancien 
diumenge. On trouve le même fait dans le rhétique occidental, 
en particulier à Oberhalbstein, à Bravugn et aussi dans l'Enga- 
dine : flogr, kroksy onoktyfavokry duks (dulce, duuc), eng. sogla = 
sôhy kogfy rogdUy spugsa, flugr, etc. C'est seulement devant les 
nasales que la consonnantification paraît ne pas se produire. — 
Beaucoup plus fréquent est le passage de ?^ à i (cf. §§ 290 et 
354). De même, dans l'Espagne du Nord, b devant les consonnes 
passe à l par l'intermédiaire de u (§ 538). 

298. L'i se consonnantifie beaucoup moins facilement, ainsi, 
V. g. le passage de / à / n'a encore guère été signalé (sur l'istrique 
/r provenant de//, etc., v. p. 11). On rencontre rarement 
aussi le passage de 1 à gy qui à l'origine était sans doute plus 
palatal que le^ provenant d'« (§ 297), mais qui actuellement est 
identique à lui. Il apparaît toutefois dans les mêmes régions et il 
est sorti de ei = ^, ii = / et w^, ij = ûy cf. §§ 32, 77, 125 et 
eng. fûgSy dugfy nûgvlay lûksy nâgda, tiigfy krigda (cretd)y -igty 
pregr (j^rete), fegly fegvrUy pegs; mais on ne trouve jamais, à 
ce qu'il semble, ag provenant de aiy seulement à Oberhalbstein 
nekfy etc. Il faut voir dans le phénomène en question une dissi- 
milation : des deux voyelles contiguës, la seconde s'est changée 
en consonne pour ne pas se fondre avec la première; a et i 
sont deux voyelles très éloignées l'une de l'autre, ce qui explique 
pourquoi ai persiste. Il y a quelque hésitation sur la place à 
assigner à l'û. On aurait pu le ranger dans le paragraphe précé- 
dent; mais comme la position de la langue est la même 

Mbtu, Grommaifr. 17 



258 CHAPITRE I : VOCALISME § 298-3OO. 

pour rémission de Vu et de l'i, et que, lorsqu'il s'agit de la 
consonnantification, c'est seulement la position de la langue 
qu'il y a à considérer, il vaut mieux ne pas séparer Vu de Vi. 

(243) 299. Il peut aussi arriver que i, u se fondent avec la con- 
sonne suivante et qu'ils la palatisent (/) ou la labialisent (/>). 
Ainsi, dans le Nidwald et l'Engadine, -^na passe à -eita, -afia 
par l'intermédiaire de -einay -aina, bene passe à fe», bati^ vinum 
à viriy ven par l'intermédiaire de wVn, vein^ una à ena par l'inter- 
médiaire de ûnUy inUy eina. En outre, en engadin, bonus devient 
boun puis bum ; panis devient paun, peun puis pem ; lana devient 
launa, leuna puis lema. 

300. Le PORTUGAIS offre des exemples d'échange entre / et 
U, Oi et ouy plus rarement ai et aw, ei et eu échangent l'un avec 
l'autre sans qu'on ait encore pu découvrir la loi de cette alter- 
nance : noitCy coitOy mais -^uro = -oriuSy doutOy doutofy outubro^ 
auto, trautar, teito à côté d'un ancien teuto, maroiço et niarouçoy 
chouto : noite Res. III, 197, 24. A Beira on ne trouve que oi; 
ailleurs il y a hésitation entre oi et ou dans la bouche des mômes 
personnes; oito) boi et foi conservent toujours oi. Les dialectes 
du Sud font alterner ei et eu. 

Cf. K. MicHAELis, Arch. Herr. LXV, 42, 47. 

Parmi les autres cas de transformations de la seconde partie 
de la diphtongue, il y a encore lieu de citer le traitement de 
-6i dans le calabrais-sicilien : poi passe à pua par l'intermédiaire 
de pui, pue. En outre, genuclu et *soluclu se présentent sous la 
forme ânua, seltia à Jujurieux; uFy passe à ûi d'où wf, ua. 



$ 30I. LOIS COKCERKANT LES FINALES 259 

II 

VOYELLES ATONES 



I. Lois concernant les finales. 

301. Le latin oflBre en finale direae des exemples de toutes 
les voyelles soit longues, soit brèves, à l'exception de ù : planta y 
plantây amày ultrà^ legë, baU^ patrie famêy tacèy fennê, quasiy mihi^ 
uMy audiy illi, modo, egôy octôy atnôy virgô, lectôy atnandôy ditl. Devant 
5, â et ^ ne se rencontrent pas, mais on trouve toutes les autres 
voyelles : awâSy plantas y miles y amèSy legêSy satiSy sittSy hgiSy plantiSy 
vobiSy audîs, ntpôSy servôSy servûSy spiritàSy virtûSy spiritûs. Devant 
r, /, w, t les voyelles sont toujours brèves : patèfy arbôty sorÔTy 
animàly lacunàty vultuVy amabàmy plantàmy atHim, solëniy sitîmy 
serviïmy amàty amêt, docèty legîty audit y caput. Devant nt la quan- 
tité est inconnue : amant y docenty legunt. Pour le roman, il est 
bien entendu que c'est des différences qualitatives et non des 
différences quantitatives qu'il faut tenir compte; en outre, -m (244) 
est tombée de bonne heure (§ 403, 5) de sorte que planta et 
plantam sont absolument identiques. Nous trouvons donc comme 
finales du latin vulgaire : a, ^ = ê, / = i, ^ ^ ^, {, aây = ôy 
ôy u=^ûy û. Les renseignements que nous avons sur la qualité 
de ces voyelles finales ne sont pas absolument certains : ( est un 
son un peu plus ouvert que ^, il persiste dans des régions où c 
passe à i. Il y a donc comme finales, en dehors de l'a, deux 
voyelles vélaires et trois palatales. Les recherches sur ce point 
sont rendues difficiles par ce fait qu'une série de voyelles finales 
est restreinte aux formes verbales, de telle sorte que par suite 
de confusions analogiques, les faits primitifs ont été souvent 
fortement troublés. — En outre, il y a à remarquer que Ys 
finale influe fréquemment d'une manière toute particulière sur 
le développement de la voyelle précédente, tandis qu'il n'y a 
aucune différence entre une voyelle directement finale et une 
voyelle suivie de /, ce qui oblige à traiter à part les voyelles 
suivies de s. Ensuite, la nature et le nombre des consonnes 
précédant la voyelle finale peuvent aussi excercer une certaine 



260 CHAPITRE I : VOCALISME % S^^'i^^- 

influence sur son développement. Enfin, dans certains cas, la 
dernière voyelle des paroxytons subit un autre traitement que 
celle des proparoxytons. Il y a donc à tenir compte de cgs diffé- 
rents facteurs pour exposer l'histoire des voyelles finales. 

a) DéYeloppement spontané des voyelles finales. 

302. Va est la plus résistante des voyelles finales. Il persiste en 
qualité d'à ouvert sur la plus grande partie du domaine roman; 
il ne faut cependant pas oublier que dans les langues littéraires 
le son représenté par a offre des variations de nuance plus ou 
moins considérables. Néanmoins, dans les régions où Va atone 
s'écarte sensiblement de Ta, cette nuance est marquée par 
l'écriture. Va est donc resté en RHÉTiauE, en italien, en 
A.-PROVENÇAL et en ESPAGNOL : eng. amay vainda^ planta^ oltray 
ital. anuiy venda^ piantay triburuty oltray a.-prov. anuiy venday 
plantay outray esp. anuiy llantay venday ultra. 

303. Par suite de sa position atone. Va n'est pas seulement 
abrégé, mais encore affaibli en 0, g?, g. Ce dernier son n'est pas 
en opposition avec les deux autres. Pour prononcer l'a final 
le canal buccal n'est plus élargi également sur toute sa longueur; 
mais il se forme entre la langue et le palais mou un rétrécisse- 

(245) ment qui sert, pour ainsi dire, de table de résonnance. Selon que 
ce rétrécissement se forme un peu plus en avant ou un peu plus 
en arrière, la nuance de la voyelle indifférente varie. Par consé- 
quent nous trouvons l'un à côté de l'autre 0, gj,puis immédiate- 
ment j. — On rencontre le premier degré d'affaiblissement, c'est- 
à-dire dans le provençal moderne. Dans les textes ce son'appa- 
raît à peu près depuis le xv* siècle, cf. soloment dans une lettre 
de l'archiprêtre Jean, Suchier Denkm. I, 562, 32, 6, tnolos 33» 
5 ; de même dans le Ludus Sancti Jacobi. Mais déjà les anciens 
grammairiens appellent Va « estreit », c'est-à-dire sourd (cf. 
§ 243); tel est le cas pour Donat bien qu'il place abbas sur 
le même piçd que cas 45 a : il veut parler du second a qui est 
atone et qui sonne pour lui comme Va devant w. C'est pour- 
quoi ils passent aussi tous les deux à 0. Actuellement s'étend 
sur tout le domaine provençal, à l'exception du Bas-Languedoc 
(Montpellier) où a persiste, et de la Gascogne. Les anciens 



303-303- LOIS DES FINALES : A 261 

textes béarnais écrivent déjà e, et, encore aujourd'hui, la langue 
hésite entre ^ et g ; mais la Bigorre et le Haut-G)mminge ont 
à peu près a, dans les Landes jusqu'à TAdour et la Midouze 
on trouve û?, plus loin o; cet o s'assourdit même en u vers 
le Languedoc et le Limousin. Dans l'Est on trouve aussi o aux 
Fourgs : fuetrOy lainOy lingo excepté après les palatales. — O 
se rencontre aussi isolément en RHÈTiauE : à Waltensbourg, 
Sulzberg, Vigo; les chartes du xiv* et du xv* siècle provenant 
de Cividale et de Gemona écrivent aussi en général o : avenOy unOy 
vignOy meno XTV, 3, selo guri^p XIV, 1 1, piero otro Bolqgna XV, 

I, etc., mais actuellement c'est plutôt e qui est en usage. 

304. Le son guttural g est dès l'origine propre à toute la France 
DU Nord, cf. S** Eulalie elle eskoltet 5, ule cose 9, polie 10, etc. 
L'-fl PORTUGAIS, tout en persistant dans l'écriture, sonne aussi 
f; mais ce son est un peu plus ouvert qu'en français. En 
FRiouLAN e (e) est la règle, ce qui constitue une différence capi- 
tale avec le rhétique occidental ; aux formes engadines citées au 
§ 302 répondent ici amCy plantey etc. — En Italie les dialectes des 
Abruzzes et de Naples prononcent g au lieu de a; malheureuse- 
ment ici aussi l'orthographe est souvent étymologique, de telle 
sorte qu'on ne peut pas tracer de limites précises, toutefois 
cf. V. g. Teramo : femmency belky nire. Enfin il faut citer Va (246) 
roumain : vindày càntà, curunà qui apparaît en istrique avec la 
valeur de f : kantÇy munkçy furnigey etc. Il reste encore à recher- 
cher si Ve qu'on trouve à Forli a la valeur de e ou de f . 

303. Dans une seconde période de l'histoire du français nous 
trouvons la chute complète de Va. Il est vrai que dans l'écri- 
ture, abstraction faite de eau = aquUy Ve est toujours conservé, 
et qu'il est même souvent prononcé dans le récit oratoire. Mais 
les patois et les parlers populaires non influencés par l'écriture 
s'en sont débarrassés depuis longtemps, on prononce fm, plàty 
vàdy etc. Les débuts de cet assourdissement remontent jusqu'au 
xii* siècle et c'est en premier lieu dans l'anglo-normand que Ve 
en hiatus semble avoir disparu : mei Psaut. d'Oxf. 7, S ; 1 18, 57, 
^ssai impérat.; dans R. Mont. Marie 11,9, est dissyllabe ^ijoie 

II, 35, monosyllabe ; dans la Chronique de Fantôme prie est 
monosyllabe. Chardri fait rimer i avec ie Jos. 1867 : engacà : 



262 CHAPITRE I : VOCALISME § 305-307. 

crié; il ne prononce pas davantage e après les consonnes : Jos. 
159 cummand 3* pers. sing., P. D. 1142 get. Sur le continent 
le phénomène se produisit un peu plus tard. Où il apparaît le 
plus tôt, c'est dans les imparfaits en oiy oiSy qu'on rencontre v. g. 
dans les Dialogues de S. Grégoire, TYzopet, etc. Seulement il 
peut y avoir eu ici influence de la 3* personne du singulier, 
laquelle, par voie analogique était déjà devenue -oit depuis le 
XI* siècle. Eau en une seule syllabe se trouve dans Barb. Méon 
n, 235, 276. 

Vi = via Neuchâtel 1 280, Matile 210, n'est pas un exemple bien sûr, 
car ce mot occupe une place à part, de même que or à côté de ore, che^f 
V. Chap. IV. Dans iotes vois J. le Marchant 185, 11 ; 168, 11, il y a 
échange entre vice et via. Sur le traitement de c après une voyelle 
accentuée ou une diphtongue chez les poètes anciens et modernes, 
cf. M. Hossner, Zur Geschichte der unbetonten VohdU im Alt-und 
Neufraniôsischen, p. 27-38. 

306. Les voyelles palatales ^, f ne sont séparées qu'en 
TOSCAN et en sarde; toutes les autres langues confondent les 
trois voyelles palatales en e ou en i ou bien les perdent. — En 
TOSCAN ^, i persistent avec la valeur de ^, tandis que ç passe à / : 
benCy setiCy a.-tosc. diece (encore chez Dante, plus tard dieci 
d'après ventt), lumCy amasse^ piante^ amate, marte-di^ ove^ crede^ 
forsCy mais ensuite vedi^ oggiy lungi^ altrimenti. En sarde e garde sa 
valeur de e (dighi fait exception) et i celle de x, excepté dans les 
verbes où il est remplacé par e. 

D'OviDio, Arch. Glott. IX, 80 sqq., est d'un avis un peu différent. 

(247) 307. ^ et f ne sont pas distingués dans l'Est : en roumain, 
dans riTALiE DU Sud-Est, dans roMBRO-ROMAiN , dans TItalie 
DU Nord, du moins dans les cas où ils persistent ; ils ne le sont 
pas non plus dans l'Ouest : en Espagne et en Portugal, toute- 
fois Ve portugais a actuellement la valeur de /. Ailleurs le son 
représenté par e dans l'écriture a plutôt la valeur de f, v. g. à 
Aktri. Cf. ROUM. inapte , crede^ luntôy càntare, lune^iy etc., Lecce 
purverCy oky ohty -arty olty etc., gén. vu^ypuààitpc^r'Yy etc., esp. 
padrty sietCy credcy lumbrCy amarCy vende y luene, etc., port, padre 
(prononc. padrf). Puis f : Alatri amorey éenerç et ainsi à Campo- 
basso, Naples et dans les Abruzzes. Par contre, en Sicile, de 
même qu'en Gilabre et dans les dialectes qui s'y rattachent, et, 



§ 307- 3^8. LOIS DES FINALES : O, V 263 

en outre, dans la Sardaigne du Sud et du Nord et en Corse, on 
rencontre i; toutefois cet jsc rapproche beaucoup de e^ de sorte 
qu'on ne trouve de Tuniformité que dans les textes écrits avec 
une orthographe conventionnelle : fari^ morti, setti, dentiy etc., 
tandis que dans ceux qui ont un caractère plus populaire il y a 
hésitation entre i et e. Le véronais et le dialecte de Veglia 
suivent une autre direction : e, dans les cas où il ne tombe pas 
(S 3 ï2)> P^^^^ ^ ^ • î^^^j nomo^ dissOy doxo, noto (notte)^ semprOy 
faro dans la Passion, la famOy leço^ dondoy etc., chez Fra Giaco- 
mino, végl. venero (infin.), credro^ siampro, pulvro, cinco (quin- 
decim), sapto (septem). On trouve de même -a en catalan : ven- 
dra, tnolra Rev. lang. rom. VIII, 49 ann. 1308, alegra Sept 
sages 604, compta 955, payra 187, etc.; de même aujourd'hui à 
Alghero : Tiendra, ^ova, mestray mara^ etc. Cf. encore § 314 sur 
le milanais. Ce qu'on trouve à Catanzaro (Calabre) n'est pas 
clair : successa, duva, inda (inde), dura, pacia, recurrara, jiray 
dissa mais vennCy etc. 

308. Le sort des voyelles labiales ressemble beaucoup à 
celui des palatales. Encore à l'heure actuelle -o et -u sont restés 
distincts en logoudorien : bona, bonosy tempuSy kantOy kando; 
pour l'Italie centrale, cf. diko à côté de tempu à Aquila, Rieti, 
Norcia, Pitigliano, etc. De même en asturien i* pers. sing. 0, 
noms plur. os, komOy kresiendOy kuandoy sedo, soloy mais sing. », 
adj. masc. «, neutr. o, en outre caho : la désinence latine ud, 
ut est donc traitée non pas comme -«(w), mais comme -0. 
Partout ailleurs et « se sont confondus, même dans le toscan, 
qui cependant sépare e et ^, et leur différence ne se fait plus 
sentir que dans l'influence qu'ils exercent sur la voyelle tonique. (248) 
En ITALIEN et en espagnol on a o, en portugais on a dans 
l'écriture, mais u dans la prononciation : ital. tempOy dico, caballo, 
quandoy a. -ital. mano plur., suorOy esp. digOy caballoy cuandoy 
comOy tiempOy uebo, port, digo = digu. Par contre, la Sicile, la 
Sardaigne du Sud et du Nord, la Corse, toute I'Italie du Sud 
et Gênes offrent u : il faut toutefois noter pour la Sicile la même 
restriction que pour i provenant de e (§ 307); donc sic. tempUy 
dikuy qtmnnuy Lecce kulu (colo), figgyu, tiempu, dikuy sarde du 
Sud tempuSy bonUy bonus , cantu, gén. reu (jaro), œggUy d:(€egu, etc. 
Cf. encore § 314 pour la France du Sud-Est. On rencontre un 



264 CHAPITRE I : VOCALISME § 308. 309. 

affaiblissement en g dans les Abruzzes, cf. Alatri : amg, beve, 
skure (pscuro)y etc., Teramo : amcy ferr^y kand^y pcmn^^ etc., 
Campobasso : jom^y fil^y i* pers. sing. venn^; de même en 
napolitain, et, en outre, en français, en provençal, en émi- 
lien, etc. (§ 312 sqq.). 



b) BéYeloppement oonditionnel des voyelles finales. 

309. Une s influe souvent sur un a précédent, plus rarement 
sur e ou /, tandis que os et us sont partout traités comme et 
u. En roumain, as et is passent à î, dans toute l'Italie es passe à i 
et {s à e. As persiste en provençal sous forme d'à dans des régions 
où a passe à «; il se change en es dans le catalan-asturien, en vau- 
dois, dans les Alpes cottiennes , dans le français du Sud-Est et 
dans le rhétique de l'Ouest, en is dans le frioulan, en i dans le 
roumain et l'italien. Les ^ et i secondaires sont traités en roumain 
et en italien comme e et / primaires. On a donc : roum. càntiy 
càntaiy vitiT^iy -ati, marti (martis^y vineri (veneris^y 3^ pers. plur. en 
-/ pour les deux genres; ital. ami y amaviy subj. vendiyfuariy Pian- 
traiiii (nom de lieu) =planu'tra vineas; nomin. plur. i de e(s)y 
Chimenti= Clémentes y Giovanni; mais -atey amastCy marte-di. Il y a 
lieu de remarquer que le calabrais ne développe as que jusqu'à 
eÇs) : amey amavCy fore. — En frioulan, dans les formes du pluriel, 
on rencontre l'un à côté de l'autre les résultats les plus différents : 
l'ancienne flexion a (respect, e, <?, § 303), plur. w, a souvent été 
régularisée en fl, as (respect, e, es y (?, os) ; néanmoins ^asiSy agis y 
ruediSy etc., sont les formes les plus répandues. On trouve de 
même dans la conjugaison menii à côté de la 3* pers. mena; 
tout le reste du domaine rhétique à partir du Tagliamento offre 
l'un à côté de l'autre 2* pers. menés y 3* menay sing. kavray plur. 
(249) havres; on a à Val Comelico meniy hiuri. — Le catalan moderne 
ne paraît pas observer la différence entre es et a, ce qui s'explique 
très facilement par le fait qu'en général e ancien a passé à a 
dans ce dialecte. Les textes du Moyen-Age, particulièrement 
les chartes, observent les règles avec assez de rigueur : neguna 
filanera à côté de totes lesfilaneres 13 11 Rev. lang. rom. XXVIII, 
54, pena, dites y pênes ibid., robay fembra, escudelesy causes 1311» 



§ 309- 3^0' LO^ ^^ FINALES : INFLUENCE DES PALAT. 26$ 

p. S 5, etc. Au contraire, en asturien, la différence est observée 
encore à l'heure actuelle : guapa plur. guapcs^ 3* pers. sing. 
fala 2^ f aies. G)mme exemples anciens pour le français du Sud- 
Est on peut citer : cesta chosUy autres choses Neuchâtel 1295 
Matile 156, Vilard 1268, Matile 172. Aujourd'hui s est assour- 
die, mais nous trouvons sur tout le domaine : fém. sing. a, 
plur. e, 2* pers. sing. e, 3* a, cf. Val Soana : bassay basse^ Vionn. 
fena^ fenty cant. Vaud totOy tote^ Fribourg fennUy fenneÇi)^ Lyon 
fetîûyfeney Voux^ fenOy fenCy Coligny f^iay fine; le même phéno- 
mène existe à Queyras et dans les dialectes vaudois modernes 
du Piémont, mais non dans le vaudois de Burset. Enfin, dans 
le provençal moderne, Oy as apparaissent à Gilhoc, dans la 
Drôme et dans le Limousin : roso plur. rosà. Il en est de même 
à Briançon, tandis qu'à Embrun a aussi passé au pluriel. 

310. L'influence des palatales sur les voyelles finales se fiiit 
sentir de différentes manières. Dans le domaine où à passe à te 
après les palatales (§ 262), on trouve aussi le passage de a 
posttonique à e : déjà les Serments font la distinction entre dunat 
tifai^et. Le son hésite entre e, e et i; on peut citer comme type le 
dialecte du cant. de Vaud : araMy avejey hotsCy epôf^e, màd:^eypTasey 
rodi^ey kuesey uye. Il est à remarquer que a persiste après et : etraita. 
Du reste les conditions ne sont pas les mêmes partout. Val Soana, 
qui va jusqu'à changer Ye en /, a tout à feit correctement koitiy 
freidi, kantiy et, en outre, // de ia et ai de a/a, aya (§ 435). Le 
lyonnais conserve a dans une mesure beaucoup plus large : amkiy 
âya; on y trouve non seulement tri y mais aussi kadiri de cathe- 
dra. Sur la différence qui existe entre çktmse (écorcè) et aulœ 
(abeille) y v. § 596. Le changement de if en fe dans la plus 
grande partie du domaine linguistique provençal, v. g. à Mar- 
seille, Toulouse, Carpentras, n'a aucune relation avec ce qui 
précède. L'a.-toscan offre aussi sie pour «a, l'a.-espagnol -fe à (250) 
l'imparfait pour -ia. — On rencontre rarement le changement 
de en i après les palatales comme à Alatri : remediiy vekkyiy 
pey (peyiis)y piy (pilum), kavalyiy etc.; de même en macédonien 
*fili sert d'intermédiaire entre le latin filius et la forme actuelle 
hil. On peut aussi mentionner ici l'influence assimilante de la 
voyelle tonique palatale : roum. limpede au lieu de limpedtiy 
pis., lucq: -ieri = tosc. -iere. 



266 CHAPITRE I : VOCALISME §3x1.312. 

311. En ROUMAIN les consonnes exercent sur les voyelles finales 
à peu près la même influence que sur les voyelles accentuées : ia 
passe à iây e; î, e deviennent î après les palatales , / après /, et 
à après r. Il en est de même après Uy où Va va même jusqu'à 
0. En moldave on trouve aussi la voyelle palatale e au lieu de a 
après i, et en macédonien i au lieu de ï après B : albky urechicy 
foaky junghCy macéd. hik == filia; nicty cacty cinciy laciy atnarà 
plur. fémin. y fiera plur. de fier. De nove est sorti *noavày *noaày 
*noày noua; de ubiy l'istrique uvà, etc., puis niadtuiy maduOy 
vàduUy vaduo. En général Va reparaît dans les formes de flexion, 
cependant cf. macéd. naOy oaOy istr. ou (pva)y et, à l'intérieur des 
mots, valaq. greotate. Les formes moldaves sont canie^Cy cere^ey 
macéd. bubi (plur. de bufu). En a.-valaque le pluriel camesi passe 
à cames par l'intermédiaire de camesî. 

Cf. TiKTiN, Zeitschr. XI, 64; XII, 225. 

312. Mais, en particulier, la chute des voyelles est presque 
partout liée à certaines conditions. A final tombe dans les pro- 
paroxytons à Val Leventina (Tessin) : lodul, ronduly animy 
Dumenik; à Cerentino : Medu, medu = *metula (faucille), en 
outre, dans les mots en -^/Va, -^ida qui perdent leur consonne 
intervocalique : maniy tivi (tepida), liostri (^locusticà)y alni 
(^alnica)y sabi = sabbiay liani (Jucanica). La chute de e, i est 
restreinte en italien à la place du mot à l'intérieur de la propo- 
sition, il ne pourra donc en être question qu'au Chap. IV. En 
ESPAGNOL, e tombe après /, r, «, rf, Sy 7^ : caudaly vily atnary sery 
sentir y sufF. -ary torotiy llanteriy bietiy hollirty vertudy mercedy huesped, 
impérat. -ady cru:(^, ha^^y /^, cervÎT^y die:^, mes, burgesy pais. E 
persiste après un c qui est précédé lui-même d'une autre con- 
sonne : ancey d'où docCy salce de saucey apice de auu. Pour // la chose 
n'est pas tout à Êiit claire : à côté de piel apparaissent calhy 
valhy muelhy etc.; valy caly mil s'expliquent comme étant des 
doublets, etc. En a.-espagnol etlo tombent même dans d'autres 
cas que ceux qui viennent d'être mentionnés : nuef Cid 40, 

(251) (^^^och 42, 3* pers. imparf. subj. -as 34, 309, 329, puent 130, 
feT^ist 331 sqq., ardiment 549, art 375. Un -o final persiste, ce qui 
rend étonnant abedul = beiùllum. Le portugais est d'accord avec 
l'espagnol, excepté après d, on a donc : a/, ar, bem, cru^iy m^<, 
mais virtudiy idadcy etc. Devant s finale, e persiste dans les deux 



§ 312. 313- LOIS DES FINALES : CHUTE DE LA VOYELLE 267 

langues : caudales^ seres^ torones, etc. — En vénitien et en 
GÉNOIS, e tombe après r, ly n : vén. dafy maiuir, amor^ 3* pers. 
sing. par y mor (mais e persiste dans pare de patrern)y sol, domany 
vien, gén. voly far, avery dir, sor (soki), vergeriy jovetty etc. La 
chute de e a aussi lieu après s en a.-vénitien : meltriSy duXy plaxy 
et même après t et d dans Panfilo et Cato : enplagady serady 
seandy met y nient y quand y etc., on y trouve en outre a de -atOy -u 
de 'Uto'y de même en a.-véronais paxy luxy conduSy entes, glorioSy 
honiy -ment. Enfin, en macédonien, il y a hésitation pour u après 
/, r, w, m ; kaly hir, nastury an, om. 

313. Tandis que, dans les cas étudiés jusqu'ici, la chute de la 
voyelle finale est l'exception et la persistance la règle, on trouve 
l'inverse en France, en Rhétie, dans le reste de la Haute-Italie 
et en Roumanie. En règle générale u tombe en Roumanie; 
toutes les voyelles, à l'exception de a, disparaissent aussi dans les 
autres régions ; la voyelle ne persiste que dans certaines condi- 
tions. Pour le Nord-Ouest on peut poser la loi suivante : 0, w, 
e, i persistent avec la valeur de g dans les proparoxytons primitifs 
et après les groupes formés d'une consonne et d'une sonnante, 
c'est-à-dire /r, crypr, mn. In, Im. Avant que cette loi ne s'exerçât, 
cl était déjà devenu T, en outre, les voyelles tombaient aussi 
après rn et rm. On peut expliquer ce phénomène de la manière 
suivante. Déjà en latin vulgaire r a la valeur d'une voyelle au 
commencement d*une syllabe, après une consonne précédente : 
patrem est prononcé /w/'r^w, ainsi que cela résulte du traitement 
de la voyelle (§ 225) et du / (§ 494) en roman ; de même, tem- 
plum était prononcé temp'lum. Le firançais ne supporte pas deux 
sonnantes de suite. Dans erniy r est sonnante, elle forme avec Ve 
précédent une diphtongue fr, de même que que 1 et e forment 
la diphtongue ei d^ns teit. Par contre, àmn, auim étaient déjà 
devenus à, auy sons après lesquels m et l ont véritablement la 
valeur de consonnes, tandis que la nasale suivante est à moitié son- 
nante : dàmenuy caulemu. Par cette explication on arrive à mettre 
complètement d'accord tous les différents cas : a.-franç. serfy 
améty viely engin, erm, ferm, corn, jurn, aim, fleur , fleurs, ronutn^y (252) 
a/m, aims, aimt, part y dort, etc.; — mais : autrey combky temple, 
Pierre; sommCy échaumCy aune, orme, ichammey damnte, chaume (lat. 
vulg. *calmus, § 325), arrière, père, emperere, faible, tremble 



268 CHAPITRE I : VOCALISME §3x3.314. 

subj. etc. Il y a une distinction à établir dans les proparoxytons. 
Quelques-uns sont déjà devenus paroxytons avant l'action de la 
loi concernant les finales et ont par conséquent perdu leur 
voyelle finale : ce sont les mots en -vï/-, -^gin- qui s'étaient déjà 
réduits en latin vulgaire à jity gin et sont devenus de bonne 
heure en France iV, in : placitUy plaitUy franc, plait; digitu, dijitUy 
a.-franç. deit; -aginCy ajinCy franc, ain. Par conixt fàcimus compte 
encore pour trois syllabes dans le latin vulgaire (v. § 531) et 
devient par conséquent /a/m^; c'est ce qui explique pourquoi 
facitis est resté plus longtemps trissyllabe que placitunty cf. franc. 
faites. Œ. encore coude de cubitum mais sow^ de subttis ; puu de 
pulia mais chaux de cake -y cointe de cognitum mais saint de 
sanctUy etc. Ronuin:(^ de rotnanice est étonnant à plus d'un titre. 
Ve devait persister, et, en outre, l'a devait passer à a/, cf. chaince 
de camice. Est-ce que dans les substantifs la voyelle médiale, 
pour un motif ou pour un autre, est conservée plus longtemps 
que dans l'adverbe, et rotnanice s'est-il syncopé dès le latin 
vulgaire en romancCy d'où romankéy romant^y romantscy ronuin:(} 
Vi latin posttonique était déjà devenu / en latin vulgaire, par 
conséquent radjus n'a que deux syllabes; ce n'est qu'après les 
labiales que / conserve sa valeur vocalique : simius en trois 
syllabes. Par conséquent en français la finale doit persister; ce 
n'est que dans une seconde période que simie passe à singCy de 
même straniu à étrangCy oleu à uihy pallium à paille (v. § 340). 
Le provençal suit pas à pas le français, excepté pour cos derniers 
mots, où il conserve Vi et perd Vu : simiy oli, paliy ordiy etc. 

Les cas assez fréquents où dans le français moderne les anciens 
paroxytons ont un e doivent s'expliquer comme des mots savants, 
V. g. monde pour un plus ancien mont. L*a. -français dan de domnus et 
damntis ne rentrent pas dans la règle donnée sur mn : le premier est 
une formation récente sur dame de domna et le second est un dérivé 
postverbal de dammage^ damner. Sur des formes comme preu, diu, amiu 
Vie poitev. de sainte Catherine et textes provençaux, v. § 438. Le 
provençal pesé de pisum doit son e à une confusion qui s'est opérée 
entre pisum et dcer, cf. sard. pisiri ; le provençal taure au lieu de tavr 
est calqué sur tauria (taurica). 

(253) 314. Tandis que dans les parties de la Gaule étudiées jus- 
qu'ici, u çte dans les cas où ils persistent, sont affaiblis en f , on 
trouve ces deux sons conservés dans la France du Sud-Est à peu 



$ 314' 315- L^^ ^^ FINALES : chute de la voyelle 269 
près sur le même espace où l'on rencontre le passage de a à f 
(S 310)- Ainsi V. g. aux Fourgs : iimii, gfrii, fbrUy pçvrUj -td:^Uy 
arfenuy etc.; firib. pavru^ -^«, larf^u^ kavruy etc.; cant. Vaud 
dyàbluj uluy sonu (somnus)^ respect, dyabloy uloy sofw; par contre 
l'Est du cant- de Vaud et Vionnaz offrent { : dyablçy Mi{, etc.; 
bagnard : mâBlo, di^erlOy -ad:^Oy etc.. Val Soana tettdrOy trentbyOy 
nehploy maladoy sonno. Vo se trouve aujourd'hui dans tous les 
masculins, même dans les noms des jours de la semaine : frib. 
demtkrUy dvèdrUy etc., tandis que les féminins offrent un a. On 
pourrait se contenter de supposer que cet est seulement sorti 
de ^ de la même manière que le véronais (§ 307). Mais ce qui 
Élit objection c'est que pare^ frare et les infinitifs conservent 
toujours e. Inversement, l'état que nous trouvons ici pourrait 
avoir existé autrefois dans toute la Gaule, puis u aurait été affaibli 
en e de même que a l'a été en j. Ce &it est possible à la rigueur, 
mais ne peut pas être prouvé et n'est pas vraisemblable. La loi 
concernant les finales a agi de meilleure heure et plus fortement 
dans le Nord que dans le Sud-Est. La différence entre le firan- 
çais vieil y le provençal viel^i le firanç. du Sud-Est vielu est parti- 
culièrement intéressante : dans les deux premières régions c'I 
est traité comme cty dans la dernière il l'est comme r'r. Cette 
différence s'explique par le fait que dans le premier cas la loi 
des finales atteignit le groupe |7«, et dans le second le groupe 
cTu, Le domaine où du passe à lu est le même que celui où cl 
initial passe à kl : la rencontre de IT avec le c eut pour résultat 
la palatalisation de 1'/ et par suite donna au c une plus grande 
force de résistance : dans ktu la voyelle devait aussi bien per- 
sister que dans kru. L'union de 1'/ et du k était donc moins 
étroite que là où kl a passé à il de même que kt passait à jt; 
tous les éléments du mot ne se liaient pas aussi étroitement à 
la voyelle tonique et, par conséquent, là où les voyelles atones 
persistèrent, elles gardèrent leur nuance. Mais dans le Nord et 
le Sud elles la perdirent : pâtre y passe à pedfy merulus à 
merly etc. 

315. La loi des finales du rhètiq.ue n'est qu'en partie la 
même qu'en France. D'abort / intervocalique est tombé à une 
époque où les voyelles, au moins uSy existaient encore à la 
finale : par conséquent atis passa à atSy mais atus à aus. Puis 



270 CHAPITRE I : VOCALISME SS^S- 

les voyelles sont aussi tombées dans les proparoxytons, r 
(254) et / après les explosives deviennent f (ar), L On a donc non 
seulement : eng. MvaT^ flur^flurs^ vil^ otriy etc., mais aussi -edi 
de -edic (jUticus), kumbet, matiK (manicu), sœnn Çsonmus)^ donn^ 
culm, puis autery ntuvel^ muskel, ou autafy etc. En frioulan on 
trouve riy H au lieu de f , / ; vintri, botriy luvriy meti (fnitterè)y 
lari (latro)y klausiriy dopliy subliy etc., en outre après les 
diphtongues : nauliy Pauliy broili. L'accord sur ce point avec le 
français est remarquable : u a d'abord passé à ty seulement cet e 
a été plus tard affaibli en i. Il y a à remarquer à la même époque 
la différence entre -er qui appartient à l'Ouest du domaine et -re 
qui appartient à l'Est. — Cette loi s'applique aussi au lombard, 
au piémontais et à l'émilien ; il s'agit seulement de savoir com- 
ment sont représentées f , / dans les différentes contrées. U faut 
tout d'abord mentionner la conservation de » à Poschiavo : 
altrUy dobluy dans le Tessin : neirUy ladru (Busto Arsizio : sentOy 
puntOy ZiprOy etc.; toutefois, même dans d'autres cas, ce dialecte 
paraît s'écarter des règles : pasi (^pace)y tmntiy gentiy disi; au lieu 
de cet u on trouve un a en milanais : perla, cl soffra, merlay 
bistœrlay aussi après m : cistertuiy stornUy après rm : infernuiy après 
Im : olnuty après sm : battesnuiy etc.; mais f après toutes les 
consonnes : '•ever='ebik écrit -evre dans Bouvesin, alegery otobery 
sepolkcTy quadcTy etc. En émilien, on trouve toujours ar, a/, an (f , 
/, n ?) pour r, /, n après les consonnes : alegaryfevary etar, :^empaly 
koratiy peran; rw, /w, vtfiy rVy Iv ne sont pas non plus tolérés : 
meruniy kolurriy mekanisuifiy koruVy seluv. — Dans les Abruzzes on 
signale la chute pour Chieti, Teramo et en partie pour Aquila; 
mais il reste encore à rechercher quelles sont les conditions de 
cette chute dans chacune de ces localités. — A Veglia, la finale 
disparaît également : muarty f ruant y val y bualpy viarnty kn^uly 
fecust. 

Enfin en roumain u seul tombe, excepté après une consonne 
suivie de r ou de / ; socruy întrUy afluy obluy mais caly cânty cândy 
cantândy etc. Après les voyelles, u est encore actuellement con- 
servé dans l'écriture : œhiûy bouy etc., mais, tandis que le second 
mot est encore prononcé boUy le premier l'est presque partout oh. 
Déjà les plus anciens textçs roumains présentent des graphies 
sans u : fiîndy neavatnd Cuv. Bàtr. I, 2 (ann. 1571); avec 



S3ÏS~3Ï7- LOIS DES HNALES : CHUTE DE LA VOYELLE IJl 

Tarricle -/, -lor il manque déjà dans le texte de Tan 1560 Cuv. 
Bàtr. I, I ; un autre texte de l'an IS7J, ibîd. I, 3, présente l'état 
actuel. Les Éiits sont les mêmes pour t que pour u (v. § 3 19). 
L'istrique se compone absolument comme le valaque; par 
contre, le macédonien a conservé u excepté dans les cas men- (255) 
tionnés au § 312 et après les explosives simples, où la voyelle 
est a(&iblie : kunoskuy gardu TDzisfakUy lup^. 

TucTiN, Zeitschr. XII, 233 sqq. r^arde la chute de la voyelle 
comme récente et pense que, selon les habitudes slaves, on a mis dans 
les anciens textes le signe de Fassourdissement au lieu du signe 
réprésentant u réduit. 

316. Ainsi qu'il a été dit au § 305, le français du Nord se 
débarrasse aussi de Y-e provenant de -a. Ve qui s'était un moment 
conservé dans les proparoxytons comme résidu d'un u ou d'un e 
(S 3 ^4) ^ naturellement le même sort. Il en est de même pour f 
et /. Même des poètes qui riment avec sévérité se permettent des 
rimes telles que triste : niaistrCy chambre : jambe^ etc., v. g. 
Rutebeuf, Gautier de G)incy, Charles d'Orléans, etc. U est 
vrai que les cas tels que tre : te ne sont pas très probants 
(cf. § 586). Encore au xvi* et au xvii^ siècle, f paraît avoir été 
prononcé dans le français de Paris, excepté dans la combinaison 
tf et dans des mots comme marbre^ martrey meurtrey ardrey tordre, 
mordre où la dissimilation est en jeu (cf. inversement mécrediy 
S S74)> toutefois on trouve aussi déjà viv{ré)y capp{ré). Mais 
actuellement, au moins dans la langue populaire, f paraît com- 
plètement assourdi : oty préty vivy etc. Sa chute est attestée de 
meilleure heure pour les dialectes : au xiv« siècle le Psautier 
lorrain écrit este, croisse; un peu plus tard Philippe de Vigneulles 
orfewey feneste; l'état actuel du lorrain, du wallon et du picard 
est d'accord avec ces Êiits. Pour / les faits sont les mêmes que 
pour f : actuellement / à disparu à peu près dans une mesure aussi 
large que f ; des graphies de l'a.-français, telles que caple au lieu 
de cape Aiol 6698 et d'autres, prouvent qu'il se prononçait déjà 
Êiiblement. Mais sa chute est plus récente que le changement 
de able en aule dans le français de l'Est (§ 250). Par contre, 
beaucoup de dialectes paraissent avoir conservé / plus longtemps, 
cf. /{W, trëbl en Morvan. 

317. Quand une voyelle finale est en contact immédiat avec 



272 CHAPITRE I : VOCALISME § 236-238. 

la voyelle accentuée, elle est généralement, dans cette position, 
sauvée de la chute. Ainsi Deus donne en français DieUy en eng. 
dieu y en roumain -•:(eu'y diu s'est conservé dans le provençal 
quandiu; meuSy prov. mieu^ roum. tneu; lupuSy juguniy fagus 
(^56) deviennent louy jouyfou en français. Sur ego voy. Chap. IV. On 
trouve aussi en rhétique aus provenant de ^[/]ttJ, ias provenant 
de i[t]us (v. §§ 38 et 254). — On rencontre une exception 
curieuse dans le génois qui laisse tomber Vu précisément après 
les voyelles : Dey m^, r^, ^, mei = melius Rim. Genovesi, Arch. 
Glott. n, Ln, 6. — En portugais aa est contracté tna Qt ao en 
: lày pôy sô d'où aussi le fémin. so pour soUy ma = malay mais 
masc. mao. En espagnol, un e en contact avec un é devient i : 
greyy ley, reyy buey (formes qui sont encore dissyllabiques en 
a.-espagnol), de grée, leey etc. De même, hodie passe à oi par 
l'intermédiaire de ôie. 

J. Cornu, Rom. IX, 71-89, apporte des témoignages de la pro- 
nonciation dissyllabique de ley, etc. 

0) Inflnenoe et sort de l'f. 

318. Il a souvent été constaté dans les pages précédentes que 
les voyelles accentuées étaient modifiées dans leur nuance voca- 
lique par un i final. Cette influence de Yi s'exerce aussi fréquem- 
ment sur les consonnes immédiatement précédentes. Le moment 
est venu de parler de ces phénomènes en les rattachant à l'his- 
toire de ïi posttonique. L'italien littéraire ne connaît pas 
l'inflexion, aussi il conserve l'-i aussi bien primaire que secon- 
daire : feciyfacestiy egliy venti, ogniyfioriy sentiy etc. Sur 1'/ de egliy 
sur vwiy etc., v. Chap. IV. Dans tous les autres domaines, l'i 
s'est afiaibli en e ou a. totalement disparu, mais en laissant des 
traces de sa présence sur les voyelles. 

319. En roumain, ce sont les consonnes qui sont le plus 
fortement altérées, tandis que sur les voyelles l'influence de Yï 
n'est pas d'une autre nature que celle de Yu (§§ 83, 129). 
Devant -t, n passe à A : macéd. an (annt)y valaq. ai; t passe à ti : 
muti; d passe à J:( : mold., Banat, macéd. verd^i; et à ;( : 
valaq. ver:(i; s passe à i ; pa^i; st passe à ^t : tri^ti ; / passe à / et 
à i : caîy put; r passe à f. Pour le dernier cas les exemples 



s 319. 320. INFLUENCE ET SORT DE L*î 273 

manquent dans la déclinaison ; mais il semble que ceriu = caelum 
atteste le phénomène : cei' a passé à ceiy qui a pris IV du singulier : 
ceriy et on a reformé sur ceri un nouveau singulier : ceriu. Dans 
la conjugaison on a v. g. 2* pers. sing. batiy ca:(iy 2* pers. sing. 
impérat. mintiy 2* plur. a//, 2* pers. sing. imparf. subj. -asi. On (257) 
trouve le même fait dans le parfait en s de Ta.-roumain : adtàty 
arupsi. En macédonien les labiales participent aussi à ce déve- 
loppement : luk (Jupi)y aldiy 2' pers. sing. sati^ hierdi (^fervas)y 
afuni (Jumas), En regard de ces faits il est curieux de voir 
qu'en valaque Vi du verbe n'a d'action que sur une dentale pré- 
cédente ; il affecte à peine r et n, excepté dans les verbes dont 
la première personne du singulier est en -w, comme spuiu spui, 
ceiu ceiy cf. la conjugaison. A ce qui précède, cf. le § 419. Un 
ancien i exerce donc une influence plus forte que 1'/ récent 
provenant de oj, es. — Le passage de îni à îint est spécifique- 
ment valaque : mHnîy cîînîy pTinly aussi cîiney pitney mîtney mais 
mînà. Vi avec sa pleine sonorité n'est conservé qu'en valaque 
après une consonne suivie de / ou de r ; socriy obliy afliy întri; 
partout ailleurs il est réduit à t qui, dans certains cas, passe à i 
et ensuite tombe (§ 311). En macédonien i persiste aussi après 
r dans les proparoxytons : àrburiy mais norî et après plusieurs 
consonnes : und:^iy dorniy tnurdi^iy mais il tombe après s : bàtus; 
ts : oaspets; n : an; l : kal ou kail. Dans tous les autres cas il 
est réduit à t. 

320. En RHÉTiauE aussi les consonnes seules sont influencées, 
et encore ne le sont-elles que faiblement. Le nombre des 
exemples est lui-même très restreint. Dans l'ancien rhétique 
occidental le nominatif pluriel a encore conservé son i et on le 
rencontre encore actuellement dans certaines conditions. L'étude 
des formes apportera des détails sur ce point. Vi a donc per- 
sisté ici comme en italien. Une place à part est occupée par 
glandcy -mente et ventiy cf. roumanche glohy -men et vehy eng. 
-mainky vaitiky où la voyelle dento-palatale est fondue avec la 
consonne dentale. — En frioulan -/i, -tiy -dt, -«1, sont palatisés : 
nemaiy pai, kejy lintsuiy ârbuiy d^enaiy umitiy grandy dinky tanHy 
duk Qutti)y tasKy frusky mais vallsy pells. Puis vitîk qui présente 
en même temps une inflexion vocalique. Vers l'Ouest n est par- 
ticulièrement peu résistante : ainsi à Belluno, Feltro, Ampezzo 

Ubyir, Grammaire. I$ 



274 CHAPITRE I : VOCALISME § 3 20. 32 1. 

OÙ ont passe à oi : presaiy moltoi, etc. Dans le rhétique central elli 
passe à «, ici; ali à ai : Passa : Xerman plur. ^ermahy gran, greA, 
piavatty pioveA; de même ati se développe peut-être en etiy et, ç 
à moins qu'on n'ait plutôt ati, ai, ç. Dans le lombard-vénitien 
il y a d'abord à mentionner l'a.-véronais -iji provenant de -elli. 
Plus à l'Ouest, à Bergame, les substantifs en n, l, t forment le 
pluriel en A, i, c : dan dart, kôren hôreh, kol kaf, bal bai, perikol 
(258) perikoi, kut kuc, portât portac. Puis vient le milanais avec ses 
pluriels : kavai, mûi, fradei, afi, pan, dent, fane, tûc, mais vint 
(cf. encore § 322). 

S. Pratello présente aussi des formes analogues. Il est vrai 
qu'en général i persiste, mais avec n il passe à i par l'intermé- 
diaire de A, et avec t il passe à è : v^i plur. de w(i, sta^uoi de staT^à, 
mei de màà, buoi ait bà, y pers. sing. vie, 2' viei, denc, i* pers. 
sing. parf, vice, -auj^, plur. de -aur. Les mêmes faits se rencontrent 
dans quelques vallées du Tessin : à Giornico k^i plur. de kan, 
et, de même pour tous les mots en -an, même pour les fémi- 
nins : rafwfplur. rei; à Airolo fontena plur. -ei, Menz. Ray, cf. 
^f^y^ ^^Jy ^ (Jnumi), koroy. La forme plus pleine avec n se 
trouve sur le lac de Verbano et dans le Val Sesia, à Varallo et 
Valduggia. Pour les formes du féminin il y aurait lieu de se 
demander s'il y a eu transport du masculin au féminin, ou si 
ane a été traité comme ani, ou bien si la forme fondamentale est 
-anas. — Enfin il reste à parler du groupe ombro-arétin. Déjà 
dans les anciens textes on lit barigli, pogli, crivegli, et, actuelle- 
ment, on trouve à Cortone : figliogli, debigli, chiugghi= chiudi, 
nepochi, ou frateglie, vilegne, montogne, à Pérouse : fratelglie, 
agnogle, pangne, angne. Pour expliquer ces faits, il faut supposer 
que Vi s'est joint aussi étroitement que possible à la consonne 
précédente (d'abord /, n?); on a eu ni puis Aj, et enfin Vi a 
perdu sa valeur propre, d'où ne. 

321. Dans les langues de la Gaule, de la péninsule ibérique et 
dans les dialectes de la Haute-Italie, la voyelle s'est modifiée, 
mais la consonne a persisté sans changement. Dans le français 
DU NORD, Vi est tombé, mais en changeant ç en i : fis, pris, quis, 
-ist; il, cil, etc., vingt, tuit. On ne constate aucune trace 
d'inflexion dans les substantifs, les adjectifs et les impératifs des 
verbes. Tuit de totti montre qu'il faut regarder le phénomène 



s 321. INFLUENCE ET SORT DE l1 27S 

comme une épenthèse. — On peut aussi parler ici des parfaits 
en «. Finc^ tinc^ vail gardent l'accent sur le thème, conservent 
la consonne finale et présentent la fusion de Vi dans la voyelle 
tonique. Mais, dans tous les autres cas, la consonne disparaît 
habui : oi^ ou bien Vu attire l'accent sur lui valui : valût. Les 
deux fois l'-f se combine immédiatement avec la voyelle 
tonique et, pour cette raison, se conserve. Le développement 
postérieur de -ut en -us dans le français moderne regarde l'étude 
des formes. Ces mots se présentent sous un autre aspect dans 
le Nord-Est où l'on a déjà à une haute époque plàu de placuiy 
biu de *bibui. Cette différence s'explique simplement par le fait (259) 
que plau-ij biu-i n'avaient pas 1'/ final immédiatement contigu à 
la voyelle tonique comme ploiy but, — Le provençal se com- 
porte tout à fait comme le français du Nord : /;(, pris, quisy 
tinCy cily vingty tuity et aussi, au moins dans les plus anciens 
monuments, aus^el, plur. au:(il Boece 227. En regard du français, 
il semble aussi qu'il y ait eu une attraction dans aie (habuf)y fait 
qui ne s'est pas produit dans vok. Mais comme aucun autre 
parfeit en -u ne présente d'épenthèse de -/ -1 (saupy jauCy dec)y 
pas plus que les parfaits en -as (remas), il est vraisemblable que 
-aie (i* pers.) et -ac (3* pers.) ne sont pas autre chose que des 
formations d'après fui (i* pers.) fo(^y pers.). — L'espagnol et 
le PORTUGAIS vont moins loin que le français. On y trouve c, Ç 
infléchis quand les deux voyelles sont séparées par une seule 
consonne : esp. hi:(ey vinCy quisCy prise, hube de hohiy yugt^ey trujCy 
supCy mais veinte. Sur la 2* pers. sing. -iste en espagnol v. l'étude 
des formes. Il faut encore mentionner vëniy *tèni qui sont 
d'abord devenus vefiy teAy d'où veriy ten. I a passé à e de bonne 
heure, en regard de nadi Cid 25, elli, essiy estiy otri Berceo, on 
trouve actuellement elle, etc. Peut-être ces formes sont-elles 
dialectales, cf. ventiy aeudistiy tardi, illi et elli, istiy aquisti qu'on 
trouve encore à l'heure actuelle en asturien. Nadie est intéres- 
sant; il permet de constater que le passage de presiy à prise 
est semblable à celui qu'on trouve dans l'arétin presi, presye, 
prise. On a donc nadiy nadye qui persiste, mais cf. galic. naide. 
Les conditions sont les mêmes en portugais : fi:^ qui:(^y vint, 
par contre au persiste : houve-y ou devient u : pude (3' pers. sing. 
bouve — pode^y galic. houberty maïs puiden y pusen (posut). — Le gali- 



276 CHAPITRE I : VOCALISME § 32I-323. 

cien en comme représentant de i est très remarquable : on ne 
peut guère y voir un développement phonétique. 

322. Si nous passons enfin au haut-italien, nous trouvons 
dans les anciens textes depuis Venise jusqu'à Milan l'inflexion 
de Vç et de Vç et la conservation de l'i; quant à la langue 
actuelle, autant du moins qu'elle n'est pas influencée par l'ita- 
lien littéraire, elle a perdu Yi. Néanmoins le milanais vine et -et 
plur. 'it conserve encore quelques traces de l'état ancien. On 
trouve aussi en bolonais peil plur, />//, -ft plur. -0, pç plur. piy 
lintsol plur. lintsuy fa^iol fa:(Uy etc. Par contre le piémontais et le 
génois n'y participent pas. Dans cette dernière langue, quand Yi 
est précédé de n il passe avant elle : caitiy mairiy sain (aujour- 
d'hui kàUy etc., § 233), boiny bocoiny alcuiny graindiy fainti. En 
(260) approchant de la Lombardie, Varallo sur la Sesia oflire des 
formes intéressantes : pok plur. poiky kolp koipy gron groin, -or 
-oiryfiofioiy lufluify nœfnœify teston testoiny kaify gaiiy piaity saiss; 
devant n ; ken, tent. — Mais déjà à Barbania (Turin) on ren- 
contre régulièrement le pluriel e à côté du singulier a : traf trefy 
rat rçt; à Canavese kàny gàt; à Val Maggia : mar w^r, tal tely 
ait (Ity quant quenR. Dans cette région, ce n'est donc pas seule- 
ment e — I qui passe à i comme dans les anciens textes, mais 
aussi e — / ; nerby nirby et, en outre, Ye issu de ç (§ 214) : new 
niw (novus); puis y passe à œ : ost œsty et (? à « ; r^ul rûvuly 
fio fiûy sarto sartû, — Le verbe présente souvent des diver- 
gences : à Val Maggia l'inflexion de a dans les formes verbales 
n'est pas { mais ^. Ce phénomène s'explique par le fait que 1'/ 
de la 2* pers. sing. s'est conservé plus longtemps que celui du 
nominatif pluriel. De nouveaux détails seront donnés là-dessus 
dans la conjugaison. Dans ce domaine on ne rencontre pas de 
transformations de consonnes, abstraction faite de quanti, des 
exemples étudiés au Chap. IV et des cas mentionnés au § 320. 
Cf. C. Salvioni, Effetti ddT -I sidîa Umicdy Arch. Glott. IX, 235- 
248. 

323. L'inflexion est donc devenue ici un facteur morpholo- 
gique de première importance. Il y a lieu de se demander si les 
différents cas sont de la même époque et si par conséquent Yi 
a toujours agi indépendamment du nombre des consonnes ou 



§323-3^5- VOYELLES POSTTONiaUES 277 

des syllabes précédentes, ou de la qualité de la voyelle accentuée, 
ou bien si l'analogie n'a pas été en jeu. En Êiveur de cette der- 
nière hypothèse on pourrait produire les raisons suivantes : 
i^ Quand une voyelle atone persiste dans les proparoxytons, 
c'est généralement a : làrasy le pluriel est néanmoins lerasy de 
même martur mertuTy frassan fressan. On pourrait admettre la 
série suivante : lares plur. leriSy puis laras leras. Mais il est plus 
naturel de supposer que laras = larke et larici a été transformé 
d'après tal tel. 2® Les mots en kus ici se terminent par i au 
singulier et au pluriel, et cependant ils présentent l'inflexion : 
salvadi plur. salvedi. 3° Le pluriel de *rarius rairu est rçiri. 
j\? L'inflexion d'un e provenant de œ en 1 ne se rencontre que 
là où œ passe à e : kir ne peut donc pas remonter à kûr = cariy 
mais est formé sur ker. 5® Les noms de famille, quelle que soit 
leur désinence, présentent l'inflexion dès qu'ils sont employés 
au pluriel : sing. al lor Soldati plur. 1 SoldçH^ de même pour i 
Me:(ay i Pomitay i Kûnt. 6^ Ç ctç subissent tous deux l'inflexion ; (261) 
mais tandis que pour ^ il n'y a aucune exception, pour f la règle 
est beaucoup moins sévère : dans le premier cas l'inflexion est 
organique, dans le second elle est analogique. 

324. Abstraction faite des cas où i et u finals agissent de la 
même manière sur la voyelle tonique, il reste encore à men- 
tionner pour l'Italie du Sud l'inflexion de a en ^ causée par un i 
suivant, fait dont les limites sont restreintes. On ne le constate 
que dans les Âbruzzes, mais ni à Gimpobasso ni dans les dia- 
lectes napolitains, bien que partout dans ces régions -f soit affai- 
bli en {. Ainsi : Gessopalena : 2* pers. sing. kend^^ 3* kandç^ 
imparf. kandiv^; Teramo : 2* pers. sing. kindçy 3* kandç, imparf. 
'ive^ pann(y plur. pinn(; ann^y plur. intu, 

d) Yoyelles posttoniqnes. 

325. Il a déjà été remarqué au § 28 que la voyelle médiale 
atone des proparoxytons était tombée dès le latin vulgaire entre 
r et m, r et d, / et w, / et d, letpyS et /, et, en outre, dans 
frigdus et domnus dont le second se trouve déjà dans Plaute. Les 
Ëiits ronuns sont exposés en abrégé dans le tableau suivant. 



278 




CHAPITRE 


I : VOCALISME 


b3 


Lat. 


ERMU 


VIRDE 


CALMU 


CALDU 


SOLDU 


Roum. 


ermu 


verde 


— 


cald 


— 


Eng. 


— 


verd 


— 


Maud 


— 


Ital. 


ermo 


verde 


calmo 


caldo 


soldo 


Franc. 


erm 


vert 


chaume 


chaud 


soud 


Esp. 


yermo 


verde 


— 


caldo 


sueldo. 


Lat. 


FALTA 


VOLTA 


SOLTA 


COLPU 


POSTU 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


adapost 


Eng. 


— 


veulta 


— 


— 


pœst 


Ital. 


falta 


volta 


solta 


colpo 


posto 


Franc. 


faute 


voûte 


soute 


coup 


-pat 


Esp. 


falta 


vuelta 


suelto 


(golpé) 


puesto. 




Lat. 


BUXTA 


FRIGDU 


DOMNU 






Roum. 


— 


— 


domn 






Eng. 


— 


fraid 


dunna 






ItaL 


busta 


freddo 


donna 






Franc. 


boite 


froid 


dam 






Esp. 


— 


— 


dueno. 





(262) Au grec pôlypus correspondent le sicilien, calabrais purpUy 
l'italien polpOy l'espagnol pulpo^ etc., mais le sarde polipu et le 
français pieuvre. L'espagnol frio anciennement frido paraît 
remonter ÙLfrîgidus. Un autre cas où l'on trouve // en latin vul- 
gaire tandis que le latin littéraire offre lit est anelto = anhelitus. 
— Dans tous les autres cas, ou bien la voyelle s'est conservée 
jusqu'à présent, et il reste alors à rechercher si elle n'a pas 
changé de nuance, ou bien elle est tombée et il reste à déter- 
miner les conditions et la date de cette chute. En latin la 
voyelle est généralement i ou e; on ne rencontre «, que 
devant / et quelquefois devant r. Dans des mots grecs et dans 
des mots latins qui ont a dans la syllabe accentuée, on trouve 
aussi a à la posttonique : lampada^ cannabis^ monachus^ ana- 
temy etc. Va offre plus de résistance que Ye ou l'i. Nous pou- 
vons diviser les langues romanes en deux classes : l'une qui 
conserve en général l'accentuation dactylique et par consé- 
quence garde la voyelle posttonique ; l'autre qui admet l'accen- 
tuation trochaïque et laisse tomber la voyelle posttonique. A la 
première classe appartiennent la Roumanie, la Rhétie orientale 



§ 325-3^7- VOYELLES POSTTONiaUES 279 

et la plus grande partie de l'Italie ; à la seconde se rattachent 
TEmilie, la Rhétie occidentale, la Gaule et la péninsule ibé- 
rique. Mais dans le détail il y a encore bien des différences à 
noter : dans la première région on rencontre fréquemment aussi 
la syncope et pas toujours dans les mêmes conditions ; dans la 
seconde la syncope n'a pas eu lieu à la même époque dans tous 
les mots. 

326. Tout d'abord a atone présente un autre traitement que e 
atone; il est moins facilement syncopé. En espagnol où e tombe 
devant n, a persiste : cuebanOy huergatiOy huerfanOy tabanOy sahanOy 
rabanOy pampano (lat. vulg. pampanus = pampinus)^ tempanOy 
pielagOy alagOy estomagOy canamOy gambarOy farfara. Il faut expli- 
quer de même le français/ai^ de *fécatum (§ 604), moine de tnatui' 
eus d'où moneiy monky moiney pampre de pampanus y timbre de tym- 
panumy *timbanum. Par contre coffre est un mot savant comme 
le prouve l'absence de diphtongaison. Du reste Y a tombe aussi en 
français, cf. chanvre a.-franç. charwey de même que a. -franc, tettve 
de tenuis. Seigle de sàale (§ 604) est intéressant. Il était devenu 
s^le (par l'intermédiaire de secoleT) après que l'ancien cl fût 
devenu /, mais avant que ca se fût affaibli en 1. — En roumain, 
a posttonique devient à : pasàrey oarfànûy Ij^flry d'où l'on peut 
conclure que cetera remonte au latin vulgaire citera et galben à 
galbinus'y palten a été influencé par carpen. — A Alatri il passe 

à { ; sabbet^y StffçnÇy trapene, etc.; il faut remarquer mamma — (263) 
màmmetay maiia — maii^l^y lassa — las^çne- Cet affaiblissement 
de a à l'intérieur des mots se trouve aussi à Campobasso et dans 
les Abruzzes. — En piémontais et à Val Soana a passe à ^, et 
quand il est en hiatus, à 1, cf. hteveny heveno de kenevOy fidiey 
gavya de gabata, anya de anata. — Vénit. lampedûy stomegOy 
sparesOy kanevo. — On rencontre quelquefois isolément -acu 
remplacé par -icu : Lecce stomekuy monekuy sic. stomikuy moniku. 
L'espagnol monje peut être un mot emprunté au français. 

327. Pour ey i on trouve tantôt /, tantôt ey et pour «, tantôt 
Oy tantôt u; la répartition est la même qu'avant l'accent, 
V. § 358 sqq. On doit regarder Va qu'on rencontre dans le 
Tessin comme un assourdissement de d v. § 358 sqq. : kalasy 
pecany frassany termany polaSy lâganagy tnanagay sûbat. En regard 



28o CHAPITRE I : VOCALISME § 327. 328. 

de ces formes, tivid et limpi s'expliquent facilement d'après le 
§ 329, tandis que tœssig et Marig sont étonnants. A Bregaglia la 
règle est plus strictement observée ; ak y apparaît dans tous les 
cas : stomaky tosàk et aussi ûmak (Jmmidus)^ etc. A paraît aussi être 
la règle en engadin : pûlasy foarbasy etc., tandis que le frioulan 
a une préférence pour f, v. les exemples au §332. — Ilya 
encore lieu de citer une série de lois paniculières. La voyelle 
posttonique peut être transformée par les consonnes environ- 
nantes, ou bien elle peut changer sa nuance vocalique en celle 
de la voyelle accentuée ou de la voyelle finale. Quand la con- 
sonne qui la suit vient à tomber, elle peut ou bien être en 
contact immédiat avec une autre voyelle, ou bien se trouver 
directement finale, ce qui peut de nouveau être une cause de 
transformations particulières. 

328. On remarque en italien une affinité paniculière entre 
certaines voyelles et certaines consonnes ; rappelle devant elle un 
e^ lunoytn et n, plus rarement les autres consonnes appellent un 
a , à moins que la voyelle ne soit précédée d'une palatale et seule- 
ment quand la finale est aouo: modano (mais modine), abrotano (et 
abrotine)yCotatiOy cofatiOy sedano^ ehanOy GirolamOy BergamOy attamOy 
monacOy cronacay indacOy sindacOy folagUy astrolagOy orafoy giovane 
(Y a provient dcgiovano?)y mais fiocinUy amosciruiy venderCy alberOy 
raverCy gamberoy farferOy gasperOy \uccherOy ceterUy deboky -evole de 
-ïWfe, bufoloy arch. utoky semolay nuvolay et segola à côté de 
segala. Il y a à noter les cas tels que tnuggine de mugily garofana 
de *carqfilum où 1'/ a attiré la consonne qui lui est apparentée. 
Dans les autres cas, a est resté sunout devant r. En Italie les 
infinitifs en -^are au lieu de -cre sont des signes caractéristiques 
(264) du siennois par rapport au florentin : véndare, spégnarey gammarOy 
gasparOy etc.; le même fait se rencontre dans l'arétin et les dia- 
lectes du Nord de la péninsule, v. g. vénit. pevarOy kutnarUy 
tsukkaruy etc. Le frioulan exige aussi ar : nutnary ajary polvar, 
pevar à côté de vendi (vendere)y rori. — En roumain i apparaît 
devant w et â après les labiales comme dans les syllabes accen- 
tuées : maciriy asiriy frasiriy carpitty d'où palHuy noatiriy sarcinà 
(cependant oatnent); galbàriy gemàrty freamàty carpàn (et carpin 
sous l'influence de paUin)y geamàt. Dans laturCy iederày il y 
a eu changement de suffixe. — L'espagnol ofire devant r 



VOYELLES POSTTONIQ.UES 28 1 

dans vibora. — Ul au lieu de ol est une particularité du pisan 
par rapport au florentin : populo Sardo 31, picciuolo 80, Napuli 
82, i:(ula 87, scapuli 88, etc. Le même phénomène apparaît 
aussi en génois, ce qui correspond au changement de final 
en u^ cf. nespua, lodua. On trouve devant r dans Ta. -romain, 
cf. colhra Cola di Rienzi 437, commora 409. 

Caix, Osservaiioni sul vocalismo italiano 1875. — L'espagnol pré- 
sente un grand nombre de fois un suffixe -igUy plus rarement -igo au 
lieu de -ega : albondiga, aîberchigà, pertiga, bacigUy aïmaciga, arabigo, 
alfostigOy codigo, tosigo, en outre lagrima : la raison de cette irrégula- 
rité n'est pas claire. 

329. En Italie on rencontre souvent Tassimilation de la 
voyelle posttonique à la tonique : sic. àtamu, astracUy salalu, 
ansarUy annatUy saracOy marmarUy anasu^ à Lecce : ràndaniy pam- 
panCy et aussi tronate = tonitra; sard. seneghcy bennerUy leperi. 

330. La posttonique s'assimile à la voyelle finale particulière- 
ment en arétin : annomOy annamay asonoy lettara, tnekana, sôllatUy 
subboiOy obbroco (pbligo^y preddakUy dkkomodo plur. akkomidi; 
dimmolo = florent. dimmeloy etc. Cette règle paraît très régu- 
lièrement observée. Parmi les autres dialectes, il faut peut-être 
citer le sicilien stomukuy puis la 3* pers. plur. du parfait en -uru : 
misuru (tnisero); il en est de même de la 2® pers. plur. de 
l'impératif suivie du pronom : portabuluy etc., erutu = ital. 
tri tUy 2* pers. plur. imparf. subj. -assuvu. Avlssumu reste dou- 
teux : le premier u peut être dû à l'w, cf. putirumi = potermi. 
— Le même fait apparaît à Brindisi : poviriy skandiliy angiliy 
mais campunuy erumu, erunuy stesurUy vommuru. — En outre, il 

faut remarquer que dans les parlers italiens dans lesquels le chan- (265) 
gement de e accentué en / et de p en f* dépend de la finale, la 
voyelle atone médiale est / ou e suivant la qualité de la voyelle 
finale v. g. : laudabeky laudabiliy ordenUy feniena dans le Regimen 
Sanitatis écrit en a. -napolitain : fragel plur. fragiliy mirabele 
plur. mirabiliy previdhi dans Bonvesin, etc. 

331. Quand la voyelle posttonique précède immédiatement 
la voyelle finale, elle persiste en général sous forme d'i, cf. esp. 
tiviOy lîicioy etc., frioul. pierticy etc. — En portugais seulement 
tantôt elle passe dans la syllabe tonique, tantôt elle est absorbée 
par la consonne : a.-port. coimo^^cômedo, tiboy rançoy sujoy limpOy 



282 CHAPITRE I : VOCALISME §331- 33^- 

tertnOy a.-port. termhoy ludro^ churdOy freixOy ruçOy amdxay mais 
gemeo. La voyelle médiale devenue finale est attirée dans Tinté- 
rieur du mot particulièrement en rhétique et en provençal : 
cette voyelle apparaît sous forme d'/ en rhétique et sous forme 
aie en provençal. Cf. eng. biediy teviy miediy moni (qui suppose 
encore (*numicus). Par contre Yi paraît se fondre dans Ti, cf. ei 
(acidus)y raunSy mars y etc. Les exemples provençaux sont cités 
au § 337. 

332. Les conditions dans lesquelles se produit la syncope 
sont très diflérentes, ainsi que la remarque en a déjà été Êiite 
au § 325. Avant de traiter cette question de plus près, il con- 
vient de mettre sous les yeux les exemples les plus importants. 



Lat. 


POI.I.ICE 


PULICE 


FILICE 


SORICE 


SALICE 


Roum. 


— 


purece 


ferece 


^oarice 


salce 


Eng. 


polos 


pulas 


felis 


— 


salis 


Frioul. 


— 


puis 


— 


— 


— 


Ital. 


pollice 


pulce 


felce 


sorce 


salcio 


Emil. 


polsa 


polsa 


felsa 


sorg 


sais 


Mil. 


polies 


pures 


fires 


— 


sales 


Franc. 


pouce 


puce 


— 


— 


sausse 


Prov. 


pouse. 


piuse 


feuse 


— 


sause 


Esp. 


— 


pulga 


— 


sorce 


sauce. 


Lat. 


DODECI 


FORBICE 


MANICU 


-ATICU 


PEDICA 


Roum. 


— 


foarfeci 


— 


-atec 


piedicà 


Eng. 


dudesch 


fors 


mank 


•edi 


— 


Frioul. 


dodis 


fuarfis 


mani 


-adi 


piedie 


Ital. 


dodici 


forbici 


manico 


-atico 


pedica 


(266) Emil. 


dodj^ 


forbi 


mandg 


'Odg 


pedga 


Mil. 


dodes 


fortes 


maneg 


'Odeg 


— 


Franc. 


dou^e 


force 


mange 


-âge 


piège 


Prov. 


dçse 


forfes 


marge 


-atge 


petge 


Esp. 


doce 


— 


mango 


-a^o 


pi^o. 


Lat. 


MANICA 


NATICA 


PERTICA 


VINDICAT 


CUBITU 


Roum. 


— 


— 


— 


vindecà 


cot 


Eng. 


tnangà 


— 


— 


vendika 


kumbel 


Frioul. 


manie 


nadie 


pertie 


(svindikè) 


— 



§332. 




VOYELLE MEDIALE ATONE 


28 


Ital. 


manUa 


ttatica 


ptrtica 


vendica 


gomito 


Emil. 


mandga 


— 


— 


— 


gomt 


Mil. 


tnanega 


— 


pertega 


— 


gombet 


Franc. 


manche 


nache 


perche 


*vaficbe 


coude 


Prov. 


marga 


— 


perga 


venga 


cobde 


Esp. 


manga 


nalga 


piertega 


venga 


codo. 


Lat. 


DEBITU 


BIBITU 


LEVITU 


DITITU 


PLAQTU 


Roum. 


— 


bat 


— 


deget 


— 


Eng. 


deivet 


— 


— 


daint 


plaid 


Frioul. 


— 


— 


— 


ded 


plad 


Ital. 


detta 


bettola 


lieuito 


dito 


piato 


Emil. 


— 


— 


leud 


— 


— 


MU. 


débet 


— 


— 


det 


— 


Franc. 


dette 


— 


— 


doigt 


plait 


Prov. 


deute 


— 


— 


det 


plaid 


Esp. 


deuda 


beodo 


leudo 


dedo 


— 


Lat. 


voaTU 


COMITE 


SEMITA 


AMITA 


AMITE 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


— 


Eng. 


vœd 


— 


semda 


amda 


— 


Frioul. 


vuaid 


kont 


semide 


afie 


— 


Ital. 


vuoto 


conte 


semita 


— 


— 


Emil. 


vot 


kont 


— 


— 


— 


Mil. 


vœi 


kant 


— 


ameda 


— 


Franc. 


vide 


conte 


sente 


tante 


— 


Prov. 


vueid 


conte 


senta 


anta 


ante 


Esp. 


— 


cuente 


senda 


— 


anda. 


Lat. 


NITIDU 


MUCIDU 


FRACIDU 


suaou 


VISCIDU 


Roum. 


neted. 


muced. 


fraged 


— 


vested 


Eng. 


neidi 


— 


— 


— 


— 


Frioul. 


nett 


mosid 


/raid 


(^^^0 


— 


Ital. 


(nettd) 


— 


fradicio 


so^^o 


viscido 


Emil. 


nett 


— 


— 


— 


— 


Mil. 


net 


— 


— 


— 


— 


Franc. 


net 


ntoite 


— 


surge 


— 


Prov. 


net 


muide 


— 


— 


— 


Esp. 


(netd) 


mostio 


— 


sohei 


— 



(267) 



284 




CHAPITRE 


I : VOCALISME 


§332 


Lat. 


MARcrou 


RAPIDU 


RIGIDU 


LIMPIDU 


TEPIDUS 


Roum. 


marced 


ràped 


— 


limpede 


— 


Eng. 


mars 


— 


— 


— 


tevi 


Frioul. 


marts 


— 


— 


limpid 


tivid 


Ital. 


marcio 


ratto 


reddo 


Qimpido) 


tepido 


Emil. 


merts 


— 


— 


— 


tivd 


Mil. 


mars 


ratta 


— 


lamped 


teved 


Franc. 


— 


rade 


roide 


— 


tiède 


Prov. 


— 


— 


rede 


— 


tebe 


Esp. 


march-ito 


raudo 


recio 


limpio 


tivio. 


Lat. 


HEBDOMAS 


» DECIMU 


PROXIMU 


MINIMU 


-AGINE 


Roum. 


— 


— 


• — 


— 


— 


Eng. 


eivna 


desma 


prossem 


— 


-egen 


Frioul. 


— 


j^esime 


— 


— 


-ain 


Ital. 


edima 


decimo 


prossimo 


menomo 


-aina 


Emil. 


— 


— 


— 


— 


— 


Mil. 


— 


— 


prossem 


— 


-anna 


Franc. 


emme 


dîme 


proisme 


— 


-ain 


Prov. 


— 


deime 


proisme 


merme 


-âge 


Esp. 


— 


die^mo 


— 


merma 


-en. 


Lat. 


FRAXINU 


CARPINU 


HOMINE 


FEMINA 


JUVENE 


Roum. 


frassin 


carpàn 


oameni 


— 


j'une 


Eng. 


fraissen 


— 


umaeus 


femna 


^uven 


Frioul. 


frassin 


Marpin 


umih 


femine 


d:(pvin 


Ital. 


frassino 


carpine 


uomini 


femmina 


giovane 


(268) Emil. 


frassin 


kerpan 


Oman 


femna 


diovan 


Mil. 


frassen 


karpen 


omen 


femena 


guven 


Franc. 


frêne 


charme 


homme 


femme 


jeune 


Prov. 


fraisse 


carpre 


orne 


femna 


jovne 


Esp. 


fresno 


carpe 


hombre 


hembra 


joven. 


Lat. 


PECTINE 


FUSaNA 


RETINA 


VENDERE 


FULGURE 


Roum. 


peptine 


— 


— 


vinde 


fulger 


Eng. 


pettan 


— 


— 


vender 


— 


Frioul. 


pietin 


— 


redine 


vendi 


— 


Ital. 


pettine 


fioscina 


redina 


vendere 


folgore 


Emil. 


petan 


— 


— 


vendar 


— 



§ 332-334- 


VOYFT.T.F. MEDIALE ATONE 




Mil. petten 


frosna 


redena 


vend 


— 


Franc, peigne 


— 


rêne 


vendre 


foudre 


Prov. penâe 


— 


rena 


vender 


jowxff 


Esp. peine 


— 


rienda 


(yender) 


\ — 


Lat. 


NUMERU 


PULVERE 


CAMERA 


CINERE 


Roum. 


numer 


pulbere 


camarà 


— 


Eng. 


numer 


puolvra 


Mambra 


— 


Frioul. 


numar 


spolvar 


Mamare 


— 


Ital. 


novero 


polvere 


caméra 


— 


Emil. 


nomar 


polvar 


camara 


tsendar 


Mil. 


numer 


polver 


kamera 


cener 


Franc. 


nombre 


poudre 


chambre 


cendre 


Prov. 


nombre 


poudra 


cambra 


cendre 


Esp. 


— 


— 


— 


— 



285 



333. C'est le ROUMAIN qui s'écarte le moins des règles de la 
syncope : cuscrUy alban. krusk de consocer trouvera son explica- 
tion au Chap. IV, à moins qu'il ne faille y voir une influence de 
cuscrenie^ incuscrec. Salce demeure étonnant dans son isolement; 
la syncope y paraît plus ancienne que le passage de / intervo- 
calique à r (§ 457). En macédonien, Yi du pluriel en finale 
directe tombe quand l'article vient se souder à la fin du mot : 
arborli; dans quelques dialectes on trouve aussi la chute d'autres 
voyelles quand elles se trouvent entre deux sonnantes : lingra^ 
j^onle. Les groupes bety bel dans lesquels le b tombe conformé- 
ment au § 442, méritent une explication particulière. De même 
que be final passe à M, o^ on attend aussi le même résultat à 
l'intérieur du mot; c'est ce qu'on trouve en réalité àdiXis preot et 
ce qui peut avoir existé autrefois dans cet, Nour plus ancienne- 
ment nuor conserve 6 au lieu de û d'après le § 130 et dissimile 
ensuite noor en nour. En regard, dans bat plus anciennement 
*baoty Va a été assimilé à Va. 

334. En RHÉTiauE, il y a à relever la diflérence qui existe 
entre l'Est et l'Ouest. Dans l'Est la syncope est très rare, ce 
qui constitue une analogie remarquable avec le vénitien; au 
contraire, dans l'Ouest, la voyelle médiale tombe quand la 
syllabe finale se termine par un a, elle persiste quand cette 
voyelle finale est autre que a : la loi relative à la syncope est 



(269) 



286 CHAPITRE I : VOCALISME §334- 335- 

ici plus récente que la loi relative aux voyelles finales, manicum 
devient manie undis que mànica devient man^a en passant par 
mani^a. Il faut encore mentionner les formes suivantes qu'on 
trouve dans les Grisons : roumanche metdi = medicus, risti 
(rusticus)^ dumitsti (domesticus), dumein^a (daminica)j etc. L'en- 
gadin manK de même que le français manche (§ 336) a subi 
l'influence du féminin; on a de même en roumanche kret 
d'après kretta. Le bas-engadin paraît du reste aller plus loin dans 
la syncope, cf. pûls^ poVs^ fors. Au lieu de spirt on attendrait 
spiri : ce mot appartient à la langue ecclésiastique. D reste 
encore à déterminer avec plus d'exactitude les limites entre l'Est 
et l'Ouest : Bregaglia appartient à la région de l'Ouest. — En 
Frioulan, ahe est curieux à un double point de vue, parce qu'il 
perd son / et parce que l'i secondaire se combine avec Vn pour 
former A. Mais ce traitement exceptionnel s'explique par le fait 
que ahe est un mot « en&ntin ». Nett doit être un emprunt fait 
à la langue littéraire. 

335. Dans la Haute-Italie on constate entre l'Ouest et l'Est 
une différence analogue à celle qui existe en rhétique : le véni- 
tien a encore plus d'aversion pour la syncope que le toscan, 
cf. pulesây felesôy salese; le bergamasque se comporte tout à fait 
comme le rhétique de l'Ouest ; le milanais offre toujours la syn- 
cope pour s'nUy s'ma et pour l'ca, r'gay mais non dans les autres 
cas. La voyelle médiale persiste presque toujours en génois, 
en piémontais aussi excepté devant n, cf. gén. lendena^ piém. 
lendna. Il y a encore à remarquer que le véronais, contrairement 
à ce qui se passe en padouan et en vénitien, offre la syncope 
devant r, et se rapproche par là du lombard, cf. esrOy plançrOy desba- 
trOy perdrOy cendrOy lettray cambray etc. — Mais, dans ces régions, 
la voyelle ne disparaît qu'après l'adoucissement de l'explosive 
(270) dure. La loi de syncope latine relative au groupe // continue 
d'être en vigueur en toscan ; il y a à noter surtout la 2* pers. 
plur. de Timparf. du subj. en -asiCy et, en outre, innesta, ostôy 
cestOy rovistOy mais mescitUy crescita. La syncope a aussi lieu entre s 
et c : vascay brascay pescUy tosco; entre l et c : selce et tralce (de 
tralice § 591); entre r et c, r et g : chiercay sorcOy vargOy erga. 
Le suffixe -^gio de -^tico est emprunté au français. Sur magnarCy 
V. le § 343. Il est difficile de dire s'il y a eu une syn- 



s 335- 33^- CHUTE DE LA MÈDIALE 287 

cope dans bit puisque Ta. -italien malatto et detta peuvent être des 
emprunts français, que *prebiter donne prevete d'où preete prête 
(§ 442), que conte est une forme proclitique, et qu'enfin netto 
offre l'attraction des deux dentales à moins que ce ne soit encore 
un mot emprunté au français. Pour ratto on peut hésiter entre 
rapidus et raptus^ il faut toutefois remarquer un traitement ana- 
logue dans cutretta et sicil. cretta de crépita. Reddo de rigidus à 
côté de madia et de dito paraît avoir subi l'influence de freddo. 
Il ne reste donc pour attester la syncope que so:^:^Oy laxp^Oy mu^^o 
(v. § 536) et pancia qui s'explique comme mattinum (§341). Sont 
isolés : burrOy maremtnay lepra. Les autres dialectes n'offrent à peu 
près rien à mentionner : on ne trouve la syncope pour/wte etc. 
ni dans les dialectes du Nord ni dans ceux du Sud (napol., 
sicil., sard.). Par contre, spirdu de spiritus est très répandu. En 
outre, le sicilien puréi^ surci est en opposition avec le napoli- 
tain; mais on trouve aussi dans ce dernier siliciy salaciu, 
iliciy etc. 

336. Ainsi qu'il a déjà été dit au § 325, c'est le français qui 
observe la syncope avec le plus de rigueur; de plus (§ 3 13), le 
phénomène s'est produit comme en rhétique après l'action de 
la loi relative aux voyelles finales. D'abord Vi est tombé dans 
les mots terminés par un a, et avant que l'explosive intervoca- 
lique fût devenue sonore, d'où sentCy manche^ ruiche^ mordache = 
*nwrdaticay bête farouche de bestia ferotica (^ferox transformé 
d'après silvaticus)y coûtes Chev. Il esp. 5780, 10782 = cubita, 
franc, de l'Est nioleta = malhabita à côté de l'a.-français mange 
(manicu), coude = cubitu, malade formes pour lesquelles la chute 
de la voyelle a eu lieu postérieurement au passage du / à d. / 
est tombé déjà dans la première période après une / quelle qu'ait 
été la finale : auques^ puces. Le mot yeuse qui semble contredire 
le traitement précédent est un emprunt fait au provençal; il en (271) 
est de même de barge et de serge. Quand un î est précédé de 
plusieurs consonnes la syncope n'a lieu que dans la seconde 
période, tel est le cas pour forge y gauge. — Une troisième classe 
de mots qui, il est vrai, sont tous savants, conserve la voyelle 
avec la valeur de { en a.-français : angeUy imagene^ etc., v. là- 
dessus § 339. 



288 CHAPITRE I : VOCALISME S 337"339• 

337. Le PROVENÇAL exige encore des recherches plus précises; 
les dialectes du Nord de ce domaine, comme le rouergat, 
paraissent être d'accord avec le français ; au contraire, dans ceux 
du Sud, la syncope ne s'est produite qu'après l'adoucissement 
de l'explosive sourde, le catalan est naturellement dans ce cas. 
Le béarnais fauke exigerait donc une forme telle que faïca en 
latin vulgaire, à moins que g précédé de au n'ait passé à h y 
cf. § 432. La première hypothèse serait confirmée par ce Êiit 
que l'espagnol floja focha suppose fûlc'la, La chute du d ou 
son passage à ;( sont antérieurs à la syncope : tebCy rege, fém. 
tebe:(Py rege:(py etc.; mais la régularité s'est introduite dans la 
suite : masc. tebe:(^ ou fémin. tebio. Vn est aussi tombée avant la 
syncope : fraisse, ose, kassCy pampOy mais pence, pêne de pectine^ 
cf. le portugais (§ 338). Dans certaines conditions qu'il reste 
encore à déterminer, Ica devient ^0 : junego, senego, manego à 
côté de mangOy gasc. salige, tourige à côté de tourgo. 

338. Dans l'Ouest, e est tombé alors que ty c et /> étaient déjà 
devenues sonores; il s'est toutefois conservé après plusieurs 
consonnes : albega, lobregOy huesped, ordeUy cercen, etc.; /«^:( à 
côté de juT^o est un ancien nominatif, il en est de même de 
piedra pamei. En outre, dans cette région, la voyelle semble 
aussi être tombée de meilleure heure quand le mot se termi- 
nait par un a : agua, rauda, lauda, à côté de tiviOy turbio, 
pudiOy etc. En portugais, sin a été réduit très tôt à jw, avant la 
chute de Yn : osno, cii^nCy durainây cerne, et, en regard, bucio, 
tandis que dans les autres combinaisons la voyelle persiste et n 
tombe : femea, gemeo; -inem, à la suite de la loi concernant les 
finales, devient em, m qui, en général, persiste sous forme de 
em; V. cependant pente et trempe de trepine au lieu de trépide, 
cf. sard. trebini. Enfin derengar de derenicare offre un cas où la 
syncope a eu lieu de très bonne heure. Le portugais greita de 
crépita s'explique par l'intermédiaire de greuta, creuda, crebda; 
eido de a(d)itu et peido {peditu) à côté de creito (cre(d)itu) ne sont 
pas clairs. L'ancien Ht persiste : covado, bevodo, duvida, 

(272) 339. Enfin il peut arriver que la voyelle médiale persiste et 
que toute la fin du mot disparaisse, v. g. Montferrat : bad:^o 
(bajulus), ebo (ebuluni), roo (rotulus), a^o (asinus), erbo (arbore). 



s 339- 34P- CHUTE DE LA MÉDIALE 289 

furgo, preve (^prehiter)^ ende (indice)^ porCy en regard de quoi 
purs (puke) ttfers (Jelce) attestent une syncope ancienne. — 
Depuis le xii* siècle, le français s'est débarrassé de tous ses pro- 
paroxytons ; c'est donc par la chute de la syllabe finale qu'il a 
soumis à la règle les formes savantes mentionnées au § 336 : 
angCy viergCy image, 

340. Jusqu'ici on n'a étudié la voyelle médiale atone que 
dans les cas où elle est située en latin entre deux consonnes. 
En réalité, tous les proparoxytons dont la voyelle médiale était 
en hiatus avec la finale, sont devenus paroxytons déjà en latin 
vulgaire par la réduction et la consonnantification de la 
voyelle médiale : -w, -eo ont donc passé à |o, uo est devenu uo. 
Les destinées de cet 1 et de cet u ne pourront être expliquées 
que lorsqu'il s'agira des consonnes (v. § 501 sqq.). Mais / et u 
conservent dans certains cas leur valeur de voyelle, même dans 
les mots indigènes, lorsque la consonne qui précède 1, u ne se 
combine pas avec eux, et aussi dans les mots savants. Pour le 
traitement de cette voyelle médiale en hiatus, deux cas peuvent 
se présenter : elle peut persister et devenir directement finale si 
les lois phonétiques exigent la chute de la voyelle qui la suit, ou 
bien elle peut être attirée par la voyelle tonique. Ce dernier 
phénomène a lieu surtout en français et en portugais; mais il se 
rencontre aussi dans les autres domaines. Il y a peu de cas de 
l'attraction de u, d'abord parce que u est rare. Il faut mention- 
ner aqua (§ 249), lingua (§ 77), roumanche liengUy pieung = 
pinguây tunk = cinque. Les formes de ce mot dans la France du 
Nord sont : chiunck Ponth. 25, 8, chiunk 35,7, cteunc Aire F. 7, 
cienc E. 10, chiunkante Ph. Mousquet 11262, et iôk dans le 
picard actuel. Cf., en outre, mirand. iuga = equUy andal. 
estautUy perpeutOy taubUy reugUy etc., — L'attraction de 1 est beau- 
coup plus importante. En ce qui concerne les mots anciens, il 
y a lieu de renvoyer au § 501 et sqq. La graphie te est conser- 
vée dans les mots savants par les plus anciens manuscrits, sur- 
tout par ceux qui sont écrits en Angleterre, cf. sacrarity gloricy 
memorie, palié dans S. Alexis; victorieSy pâlies dans le Roland, (273) 
testinumicy gloriCy ivorie dans le Voyage de Charlemagne, etc. 
On a de là memoriy gloriy etc., dans le Brut et dans les formes de 
l'anglais moderne, telles que menwryy gloryy ivaryy etc. Mais, sur 

MxTU, Grammairt, 19 



290 CHAPITRE I : VOCALISME § 34O-342. 

le continent, i est attiré : glaire^ mimoirey paile de pallium, uik 
de oleUy estuide plus tard iti^de de esitidie^ moine de morutchus 
(§ 326), etc. Ces nouvelles diphtongues oi, ai, ui continuent 
ensuite de se développer comme les anciennes, c'est-à-dire que 
oi devient uà dans le français du Centre et o en picard et en 
wallon. Par contre, le provençal laisse tomber la finale et con- 
serve Viy en quoi il est d'accord avec l'anglo-normand : paliy 
ueliy emperiy estudiy evori, etc., accordi de *accordiumy concordiy 
etc. — En italien et en espagnol iOy ia persistent dans lesmots 
savants; mais on retrouve de nouveau l'attraction en portugais 
et dans une mesure beaucoup plus grande que ne l'indique la 
langue littéraire : chuiva = pluvia, AstuiraSy murmuirOy aidrOy 
etc. — Sur un traitement particulier de -uuy v. encore § 382. 

e) Voyelle protonique. 

341. Le nom de protonique n'est pas donné indistinctement 
à toutes les voyelles atones qui précèdent l'accent, mais seule- 
ment à celles qui sont comprises dans la syllabe précédant 
immédiatement la tonique dans les mots accentués sur la troi- 
sième syllabe v. g. artnatûra. Les mots de ce genre portent 
déjà en latin vulgaire un accent secondaire sur la voyelle de la 
syllabe initiale : àrmatùra. La première moitié du mot est dès 
lors soumise aux mêmes lois des finales que la seconde ; ainsi, 
dans cette position, a devient à en roumain, en provençal, e 
en français; e, /, Oy u tombent en français, en provençal et en 
rhétique; u tombe en roumain. De plus il y a lieu d'étudier 
aussi la date de la chute et la qualité de la voyelle qui persiste, 
de même que pour le traitement de la voyelle médiale (§ 326 
sqq.). Un seul exemple paraît remonter à la période du latin 
vulgaire, c'est mattinus de mâtutinus : la voyelle atone est tom- 
bée entre deux consonnes de même nature. 

342. En ROUMAIN a passe à a et « tombe; à se rencontre 
aussi comme voyelle de liaison devant les suffixes à la place de 

(274) Cy i : fumàtoTy aJundàturUy juràmtnty puis frîngàtoTy fugàtOTy cà:(à' 
minty Ofternàturày bunàtaUy etc. — Les exemples de la chute de 
u sont rares : exsucare passe à usca, intirrqgàre à *interguây 
entrebây c'est-à-dire que dans les deux cas il n'y a pas eu chute 
directe. — Gravîtate donne greotate d'après le § 3 1 1 ; pàmint de 



^ 342-344. VOYELLE PROTONiaUE 29 1 

pavimentum n'est pas très clair, peut-être faut-il partir de pààmlnt ; 
il en est de même de spàiminty *expavimentum. Sont isolés destul 
de desàtuly amnâr à côté de aminâry indemnà de minarey tndncà 
de manducarCyfruniseatà de *fortnositiay bàtrîtiy ve^mînty mormînty 
surtipàysurpày uitày ultày macéd. invirituiy invernare = irruelenare. 

343. En italien, e tombe après r, /, n : cervellOy vergognUy 
alcunOy beltày cavalcarCy -elmmtey vorrby bontày vantarty santày 
cominciare. O tombe aussi après n : pianforiCy pianterreno; de 
même i, e entre s et t : destarty mastinOy costurUy entre s tt c : 
riscarCy entre delà : d(K(j^inay et entre st et c : fuscello. Andare de 
amhitare à côté de contare de compitare = computare est une 
forme intéressante; de même leccornia et ghiottornia. U tombe 
dans improniare. Men:(ogna de mentitionea et barattore de baratta- 
tare s'expliquent comme mattinutn. — Cest après r que la chute 
de la voyelle est la plus récente; elle ne s'est produite que 
lorsque c s'était déjà changé en g, et b en v. Magnare de tnan- 
dicare paraît être non pas toscan, mais romain. 

344. Cest en français que les lois relatives à la syncope ont 
le plus d'importance. Nous y trouvons : a.-franç. artneurCy 
empereur y chanteory ossementy chaelity parëisy comperery etc.; mais 
avec chute de Vi : coutunUy verrai y berger y blâmer y vergogne; de 
Vë : cerveau; de Vî : dortoir y viendrai y mauniery racine; de l'ï : 
beauté y santiy dontery mermery clerçon; de Vô : octroyer y barnagCy 
maisniày araisnier; de Yô : marbriy arbroie; de Vu : pétrir y cin- 
trer; de Vu : sabloUy sanglier y angléCy etc. Mais Cy 1, 0, u per- 
sistent après un groupe formé d'une consonne et d'une r : 
larreciny enteriny pèlerin; et après mn : demoiselle. Il en est de 
même si la protonique est séparée de la tonique par plusieurs 
consonnes : soupeçon = suspectionCy espoentery courroucier; li et ni 
produisent aussi le même effet, seulement ils exigent un / avant 
eux : aiguillony champignony pavillon. Mais, en regard, on 
trouve : mesprendre = minusprenderCy mestier = ministeriumy 
moustier=*nionisteriumy cf. ital. monisterio G)la di Rienzi 413. 
Quant à la date de la chute, il y a tout lieu de croire qu'elle a 
eu lieu à l'époque où les phonènes sourds étaient déjà deve- 
nus sonores; cf. en dehors des quelques exemples cités plus 
haut, l-andier du latin amite, clergéy foidgère, venger à côté de 



292 CHAPITRE I : VOCALISME §344- 345- 

(27s) revanche^ jadeau à côté àtjattCy plonger à côté de ra.-français pion- 
chiefy sente à côté du saintongeais sendier^ nicher ^ mais saintong. 
deniyer, plait à côté de plaidoyer (mais pyatye à Uriménil). Amis- 
tiéy moitié et pitié ne font pas directement objection. Ils pour- 
raient devoir leur t à l'influence des autres formations en té-y du 
reste, on trouve pidé dans l'Est : Yzopet et Morvan, et dans 
l'Ouest : Vie poitev. de S*' Catherine. Il reste cependant 
un certain nombre de points obscurs; il semble que chaque 
groupe de consonnes doive être étudié séparément : v. g. la 
voyelle a disparu plus tôt entre / et ^ qu'entre l tic ainsi que le 
montre beauté ii côté dtpugére; en regard de plaidoier on trouve 
daintié qui présente le même traitement que amistiéy et en regard 
de berger, bergeailky on al'a.-français berchil et le français moderne 
bercail qui est une forme à part. Toute cette question exige encore 
des recherches plus précises. On rencontre aussi sur d'autres 
points des difficultés de nature très diverse : delicatus a donné 
deugié et délié y decoratus est devenu dioré; le développement de 
délié et de dioré est le même, mais comment faut-il l'expliquer ? 
Le latin praedicare n'a passé dans la langue qu'après l'action de la 
loi relative à la syncope, et il est devenu preechier de même que, 
à ce qu'il semble, impedicare est devenu empeechier. C'est sur 
maladicere et l'analogique *benadicere que reposent l'a.-français 
malëiry benëir et aussi Ta.-italien maladetto et le roumanche 
maladir. Peut-être obéir a-t-il subi l'influence de ces formes ? 

345. Dans une seconde période, la voyelle tombe en français 
si l'une des deux consonnes est r ou /, rarement dans les autres 
cas comme v. g. dans soupçon. On trouve donc déjà en a.-fran- 
. çais merveille {mereveille Ezéchiel, Gir. de Ross.), serment y parvis, 
dernier y denrée, sevrer y larciny comprer Aiol 7724, courcé (courroucé)y 
Phil. Vign. 29, arter= arrêter Gringore S. Louis 675, 7365, 
parçon (jxireçon Froissart), de même a. -franc, dorraiy merraiy etc. 
La chute a plus rarement lieu après /, v. toutefois chalmer à côté 
de chalumeau, albâtrey chablis, L'a.-français montre une certaine 
hésitation pour r précédée d'une consonne : poverin S. Alexis 20 e 
de pauperinus, on attendrait povrin qui se rencontre aussi; de 
même torterelle à côté de tortrelky beverage à côté de bevragCy souve- 
rain, marberin, chamberiére. Ainsi qu'on le voit, ce sont des dérivés 
de mots qui se terminent par -re : sous l'influence de povre. 



s 343-348. VOYELLE FROTONiaUE 293 

tortrCy povrin et tortrelle sont devenus poverin et tourterelle \ 
cf. encore § 388. Souvent les dialectes vont encore plus loin, 
V. g. neuch. aplày catlà, abstniy arvây devnày epnas^y fosnà (^foison- 
ner)y etc. Cf. aussi § 372. 

A. Darmesteter, La protonique non initiale non en position, Rom. V, (276) 

140 sqq. La loi découverte par ce savant est souvent appelée « loi de 

Darmesteter ». 

346. Les Éiits sont les mêmes dans le RHÈTiauE occidental : 
a persiste et les autres voyelles tombent : roumanche d:(avrar = 
seperare (et non separaré), eng. juvnely vardédy sunlanty avdéry 
undrô (anoratus)y sandidy verguofuiy dunseUUy tnasdery maslér 
(jnascellaris)y pettnérdy mais roumanche ladernic; en outre, mala- 
dir. La différence entre dunsella et le français detnoiselle répond 
exactement à celle qui existe entre le français somme et le rou- 
manche sien de somnus. 

347. Dans les dialectes italiens la voyelle protonique se com- 
porte tout à fait comme la voyelle finale. Il est vrai que, sur ce 
point aussi, on n'a pas pour les Abruzzes des renseignements 
suffisamment précis. Dans la Haute-Italie il y a lieu de mettre à 
part le milanais dans lequel on trouve les formes suivantes : 
masnà (jnacinare)y lûsnày disnày setâss (seditarsï) auxquelles il faut 
comparer les exemples cités au § 333. Mais, en regard, on ren- 
contre dessedâr = ital. destàre dans toute la Haute-Italie. Le lom- 
bard oriental Ugol de umbiliculus est intéressant : la syncope doit 
avoir eu lieu dans ce mot à une époque où bl pouvait encore 
devenir hi. En émilien la syncope se produit avec une grande 
régularité : aptity apsti (appestare)y dskés (dissecarst)y kurptitiy 
insusptiy arsptsni (^rispiccinare)y in:(bdé (inspiedare), b:(lera (jnsel- 
lajd), budgiry btd:^ellay pund^elly vind:(en (venticine^, f^^^t (Jon- 
dachetto)y vindor {yenditore)y andge (annegare)y tsampteri (cimite- 
rio)y etc. — Au contraire, les dialectes du Sud évitent la syncope 
et vont plutôt moins loin que le toscan, cf. alekuno dans Rusio, 
Nicolô de Bortona, etc. Cependant, inversement, on trouve en 
sicilien karkari en regard de l'italien caricarey et à Lecce erdate 
= veritatey farnaru =farinarius. 

348. Dans rOuEST la syncope est très restreinte. Elle se pro- 
duit pour la voyelle située entre deux consonnes identiques : 



294 CHAPITRE I : VOCALISME § 348. 349. 

esp. ligamba de ligagamba, cejunto à côté de cejijuntOy miramolin 
à côté de miramamolin ; malvisco de malvavisco; elle a aussi lieu 
quand la première consonne est une / ; delgadOy helguera, corlar 
de colrar^ tnalsin de malvesin; entre s tt n : coraznaday ma:(nar; 
quand la seconde consonne est une r ; desabrido^ kbrar^ lebrero, 
ondraty medrar^ tnerino Munoz p. 3 1 (ann. 953) ; enfin dans les 
mêmes conditions qu'après l'accent : caudillo de capitellum^ 
caudaly en regard de quoi retar est étonnant, contary enfin bende- 
(277) cir, cornadoy alnado de antenatus (§ S3S)- Parmi les formes por- 
tugaises, il y a peut-être à mentionner arnadoy arneiro qui se 
rattachent à arena. Enfin il reste à citer l'espagnol ombligOy mais 
portugais embigo de utnbilicus. 

f) Voyelles initiales. 

349. A la première syllabe du mot c'est Va qui apparaît comme 
la plus résistante de toutes les voyelles ; il ne subit que dans une 
mesure relativement faible l'influence des consonnes environ- 
nantes, V. § 360 sqq.; en général il persiste. Le roumain Élit 
exception : il change Va d'une syllabe initiale entravée en à; de 
même a est remplacé par dans la partie Nord du domaine proven- 
çal, particulièrement dans la Dordogne, le Haut-Limousin, à 
Aurillac, Cahors, Die, dans l'Aveyron et le Rouergue. On a 
donc : roum. cà:(tl de càd, càlâre de càl, dàuné:(^ de daun, làuda de 
làudy mais à l'initiale directe arâ^a, adàposty etc.; — rouerg. omiky 
kobestrCy korrûgOy sobùty roi:^ey locûgOy kondelo, porlà, obeTOy etc. On 
rencontre le même fait dans une partie de la France du Sud-Est : 
Fourgs oktidf (accarder)y ovàto^é, patogéy opetity etc. Par contre, a 
initial est traité en lorrain comme a (§ 258) et passe à f, cf. aimin 
Psaut.lôrr, 54, 14; quaichiet 13, yyperolles $yi;pers(m 13, 6, etc.; 
erdiesce Yzop. 1066; esse^i 89; essamble 914; pesture 1842, etc.; 
ailler y haille Ph. Vign. 49; chailloit 32. On rencontre encore 
dans le Psautier et l'Yzopet toute une série de métathèses 
orthographiques. Les formes actuelles sont : pfséy 's^iy s^pin, fwf, 
çputf (apporter), enye (agneau) y trçueyiy çbiy Imçsôy k^toh (qua- 
tor7^e)y etc.; Liège : cerrUy erçry cesi, lesf, resen (racine), etc. 

La répartition de et de ^ est obscure à Uriménil : orgenty porrain^ 
poroty orpentl, orchure. ormaire, charrue^ chodon (chardon), gohhon (gar- 
çon), c'est-à-dire devant r, fogot, sohon (saison), toihhon, fotigué, odiant 



§ 349"3Sï- VOYELLES DANS LA SYLLABE INITIALE 295 

(gland), dioçon, ecoyé (écailler) hopé à côté de hrahner, saipin, saivu^ 
perediSy pertege, pessege, recine, pfture, pçufge, etc. 

Le frioulan montre aussi une grande prédilection pour e^ i 
au lieu de a ,\ res^ony telariy fevehy perauhy kmentar; gridi:^:^^^ 
Hrissinây ridrisSy grinele. 

350. Un I latin persiste aussi en général, excepté dans les cas 
mentionnés au § 358. On a donc : roum. diregy ital. primaioy 
vicinOy invernOy cittày franc, hivety villaitty citéy visné, tinely esp. 
imnernOy primerOy ciudady etc. On trouve une exception pour les (278) 
mots friocurdy frixorium qui ont en latin un î, cf. a.-napol. 
soffressarCy frioul. fersority vénit. fersoray Lecce fersura à côté du 
frioulan frissoriCy gén. frisœ = *frixeolumy *frietaliay a.-frioul. 
fretaye et fertayCy wémi.fortai^a. Mais pour mîrabilia on a en italien 
mtravigliay en français merveille et en a.-espagnol meravija. En 
outre, le roumain cetate est en opposition avec toutes les autres 
langues romanes; on attendrait cktate : il est possible que 1'/ ait 

été absorbé par le c. Le roumain derege et l'espagnol derecho 
offrent de- au lieu de dî-; il y a eu assimilation dans le roumain 
• ràdàcina au lieu de *ràdicina. A Lecce on trouve régulièrement 
le passage de f à ^ ; reare (arrivare)y cetây lena:(^e (de inuy 
vinuin)y cedemientu (de cidd)y te7i;(une; de même à Sturno (Prin- 
cipato Ult.) arrevatUy kastegâ et à Chieti : vesetây reguroso. 

351. En général û a aussi persisté et^il a passé à û dans les 
domaines de Vu (§ 47) : ital. puttanay umorey fuscellOy etc., esp. 
rumoTy etc., franc, puttaitiy pucelky fuseauy roumanche pitanar y 
fistacy etc. Dans le Tessin on trouve un i atone à côté d'un 
îl accentué : mûr mais miras, en outre, sidôy rimôy bitér 
Qmtirrd)y etc. Il n'y a pas lieu de tenir compte du roumain 
puisqu'il ne fait aucune distinction entre ûy ûy ôy ô. Ailleurs, la 
question du traitement de û se complique assez sérieusement. 
D'abord on trouve ç au lieu de u sur un espace tantôt plus, tan- 
tôt moins étendu : rumôre : roumanche rumury et ramury catal. 
ramoTy a.-gén., remàry ital. rimore avec e au lieu de c? (§ 358); 
omôre : a.-gén., a.-sienn. omore; polegiu au lieu de pûlegium : 
ital. puleggioy franc, poulioty esp. polejOy port. pœjOy a.-h.-allem. 
polei. Il est possible que la graphie />«%/ttw soit le résultat d'une 
&usse étymologie et que la véritable forme soit pùllegium, d'où 
pûlegium (|§ 54S). Au français outil de *usitile est apparenté 



296 CHAPITRE I : VOCALISME §3SI-3S2. 

Ta.-génois osurUy a.-sienn. osati'^a. Le français oignon présente un 
Q qui est aussi attesté par l'anglo-saxon ynne. Sont isolés : le 
français ^5(W qui a emprunté sa voyelle ïfundere^ Ta. -napolitain 
orinarcy esp. orina de ûrinay Ta. -italien stromento qui, de même 
que ra.-siennois/7rmen/(?, franc, froment occupe une place à part 
à cause de son r, Ta-français onity le portugais soveHuy l'italien 
scojattoloy l'espagnol holliny jocundo. On est étonné de rencontrer 
*cominicare au lieu die comunicare : a.-gén. scomenecay roum. 
cuminecây a.-franç. acuminiet Roi. 3860. Par contre l'italien 
manicare de manuco ne peut qu'avoir été formé sur le modèle 
digiuno — desinare. 

(279) 352. La différence qualitative qui existe entre ^ et ^ accentués 
disparaît en syllabe atone : iyëctt se sont fondus ici en un f qui 
a une tendance tantôt plus, tantôt moins grande à passer à i. En 
toscan, en romagnol, en sicilien-calabrais et à Brindisi, puis 
en moldave, en morvandeau et en wallon, enfin en asturien, l'f 
est la règle ; il y a toutefois à tenir compte pour le sicilien des 
remarques faites au § 307. En portugais on écrit ^, mais on pro- 
nonce g; en français, e en syllabe ouverte est réduit à g; en 
syllabe fermée ^ a la valeur de ç (écrit é). La réduction a aussi 
lieu en napolitain et dans les Abruzzes. Enfin la voyelle peut 
tomber complètement (v. § 373). Inversement, en catalan et 
dans le rhétique de l'ouest, e passe à a. 



Lat. 


DE- 


RE- 


DIS- 


ME 


SECURU 


Roum. 


de- 


re- 


des' 


ftie 


— 


Frioul. 


de- 


re- 


— 


me 


(sijur) 


Roumanche da- 


ra- 


— 


ma 


sagir 


Ital. 


di- 


ri- 


dis- 


mi 


siguro 


Milan. 


de- 


re- 


des- 


nu 


segûr 


Franc. 


de- 


re- 


dé- 


me 


seur 


Esp. 


de- 


re- 


des- 


me 


seguro 


Catal. 


da- 


ra- 


das- 


ma 


sagur. 


Lat. 


MEDULLA 


FENESTRA 


MINORE 


LIXIVA 


NEPOTE 


Roum. 


§363 


fereasîrà 


— 


lesie 


nepot 


Frioul. 


meule 


— 


— 


Qissivé) 


nevod 


Roumanche maguoll 


(Jinastra) 


1 manùd 


— 


— 


Ital. 


midolla 


finestra 


minore 


— 


nipote 



§3S2. 


VOYELLES DANS LA SYLLABE INITIALE 


297 


Milan. 


meolla fenestra tnenar 


lesia 


nevod 


Franc. 
Esp. 


tneolle fenestre meneur lessive 
tneollo — mmor lejia 


neveu 
nebod 


Catal. 


madulla — — 


— 


nabot. 




Lat. SENIORE 


LEGUME 






Roum. — 
Frioul. * — 


legum 
(Jijums) 






Roumanche (jior) 


— 






Ital. signore 
Milan. sehor 


— 






Franc. seigneur 
Esp. sehor 
Catal. — 


leum 
legumbre. 





Le roumain sigur provient, ainsi que le montre tout d'abord 
l'accent, du grec orCyoupoç. Les exemples moldaves sont : vini, 
tiy mi^ diy piy etc.; macéd. m, di, birbets, fitses =fecistiy etc.; 
sicil. miy //, siy diy riy vint, finestrUy etc. Il est curieux d'obser- 
ver que, tandis que Brindisi possède encore i : diy piy sirenUy 
fibrarUy toute la côte de l'Est ne connaît que ^, v. g. Lecce : 
dCy pey serenuyfebraru. E appartient encore au romain et au groupe 
formé par l'ombrien, l'arétin et le siennois, puis, de nouveau, 
à tout le Nord, le romagnol excepté, cf. romagn. disti (destare)y 
timpestUy dumistikéy muniteri^ Il n'y a guère à tenir compte que 
de t entravé parce que e libre tombe. Les exemples assez nom- 
breux où e est conservé en italien s'expliquent en partie par 
l'influence des formes accentuées sur le thème comme gettarty 
fedéUy peggiorty megliorey en partie par le feit que ce sont des mots 
savants, v. g. festuca a côté d'un plus zncien fistugUy seconda plus 
anciennement sicondoy en partie par l'assimilation : penelloy 
cesello. Les exemples wallons sont : diy mi y fistUy nivaye à côté de 
p{lot. Plus au Sud, en Morvan, on trouve : lisiy lissôy miiôy 
mimufr formes auxquelles on peut comparer : diy rimembrery 
visiny ligiere dans le Dialogus an. rat. En portugais on prononce 
s^urOy nçuodey dçy rj . Les exemples asturiens sont : sinôry timpu- 
rai y mitary priparary diversiony etc., formes auxquelles il Éiut 
comparer assintOy sinerOy sinaly ensihar (seulement devant n?) 
dans le poema d'Alejandro, birmane , disdixOy estrimadOy minudUy 



(280) 



298 CHAPITRE I ; VOCALISME § 35^. 

viniuday vindida dans le Fuero Juzgo. L'andalous, et, en Amé- 
rique, le parler de Santa-Fé-de-Bogota et de Buenos-Ayres 
suivent cette tendance vers la voyelle extrême. 

Dans un certain nombre de cas i s'étend sur un grand espace 
sans qu'on en voie bien la raison : franc, timorty esp. timon\ esp. 
dinerOy port. dinheirOy a.-gén. diner (mais franc, denier); le latin 
vulg. desinare paraît changé en dpenare, franc, disnery diner, 
a.-gén. disnary mais ital. disinàre, — L'a.-génois, a.-vénit. 
Grigor et l'a.-pisan Ghirigoro au lieu de Gr^or trouvent peut- 
être leur explication dans la prononciation grecque de ce mot. 
— On trouve encore a en roumanche dans les mots suivants : 
dasierty banadky saniestary maladar (miscitaré), sa = si et sic. Sur 
le lac Majeur a est très recherché bien qu'il ne soit pas arrivé à 
(281) être la règle, cf. prayéy snayéy pakeuy va^esa (vecchieiTià), mashy 
trasind (trecent6)y bavûy etc. En catalan l'obscurcissement de e en 
a est ancien puisque déjà les textes du Moyen-Age écrivent sans 
distinction eet a : aximplisy axity mantir, nutrimy mateixy nagar, 
patity plavisy m-, trasory ma, /a, sa, et qu'on rencontre des méta- 
thèses orthographiques telles que pegatSy equely etc., dans les Sept 
Sages. Actuellement ce phénomène se rencontre à Barcelone, 
Gerone, Tarragone, c'est-à-dire dans l'Est, et à Alghero. — La 
règle propre au français d'après laquelle on doit trouver g en 
syllabe ouverte et c dans une syllabe autrefois fermée n'est pas 
sans souffrir d'exceptions : des passe à dé devant les consonnes, 
puis ^ apparaît aussi dans les cas où ^ est suivi d'une voyelle. 
Féliny sciler proviennent de veeliny seeler; on rencontre, en regard, 
vêler de vile = veélle. Séjour à côté de secours s'explique par une 
forme plus ancienne sçTjçr. La répartition de ^ et de f n'est pas 
bien claire. On attend tout d'abord partout ^; prêcher et les 
autres formes analogues s'expliquent facilement comme étant 
des doublets accentués sur le thème, cf. pichi et étais à côté de 
être. Ç s'est introduit devant r : erreur y personne. Du reste, il y 
a, selon les lieux et les époques, une hésitation qui reste à 
déterminer avec plus de précision : tandis qu'aujourd'hui étai et 
épouse ont un ^, les grammairiens du xvi* et du xvii* siècle exi- 
geaient un f. Rambaud (1578), Duval (1604), Maupas (1624) 
sont de cet avis; mais déjà Laval (1614), Oudin (1633) et 
Chifflet (1659) demandent la prononciation actuelle. Toutefois, 



§352-333- VOYELLES DANS LA SYLLABE INITIALE 299 

bien des patois ont conservé f, v. g. Champlitte : etré^^ dehoSy 
retrœvfy désobéi. 

353. Les faits sont les mêmes pour les voyelles labiales que 
pour les voyelles palatales : ôy 6 et û se sont fondus dans le son ç. 
Cet est devenu u en roumain, en rhétique, dans la plus 
grande partie de l'Italie, en France, dans la Catalogne orientale, 
en portugais et en asturien; il est resté avec la valeur d'o en 
espagnol, en vénitien, et, dans une mesure restreinte, en toscan 
et à Val Soana. On rencontre la réduction à g dans les Abruzzes, 
en napolitain, et, en outre, dans la France de l'Est, à Jujurieux 
et encore sur d'autres points. 

MULIERE *POTERl 

— puteâ 
niuïier pudair 
mogliera podere 
muyer — 
nioulier pouvoir 
tnujer poder 

Sur ce point, ainsi qu'il a déjà été remarqué, Lecce offre (282) 
une tendance à aller jusqu'à la voyelle extrême : nkurunarCy 
put ire, furmika, durmire, kuntare, etc. — Il est difficile de 
donner une règle pour le toscan; de pulire, uhbidire, fucile, 
fucina, munistero, pulcino, etc., on pourrait conclure que — i 
devient u — /; mais l'ancien giucare, et, en outre, arbusullo 
font difficulté. En a.-siennois Vu est encore plus étendu : bru- 
dettOy cupertOyCussi, buttiga, etc. — En français soleil (mais souleil 
dans Baif), colombe (coulombe Palsgrave), colonne (coulonm Pele- 
tier) forment des exceptions difficiles à expliquer; corvà, rosit 
(mais moyen-français rousée) ne sont pas non plus réguliers; 
porter, dormir, hôtel, côté, fossée, etc., s'expliquent facilement par 
l'influence de porte, dort, hôte, etc. — Le portugais, en dépit de 
sa prononciation {i, reste, ici aussi, fidèle, en général, à la gra- 
phie étymologique, cf. toutefois furar de forare. Les exemples 
asturiens sont : furkau (forcado), furmientu, munika, rudau, 
sulotnbra, etc. Pour la réduction à g, i, cf. seppertà, mentent, 
kementsann, pertsequetore, quintsilatsione Larino (Molise), sitcidi 
{suuedere), pitev (jwteva), vile, akimintsar Matera. Jujurieux : 



Lat. 


CORONA 


DOLORI 


Roum. 


cununa 


durere 


Engad. 


— 


dulair 


Ital. 


corona 


dolore 


Milan. 


kuruna 


dulur 


Franc. 


couronne 


douleur 


Esp. 


corona 


More 



MORIRE 


PORTARE 


murl 


purta 


mûrir 


purter 


morire 


portare 


mûri 


porta 


mourir 


porter 


morir 


portar 



300 CHAPITRE I : VOCALISME §353-354- 

kç^rtây k^lyiy k^sin^ selua^ drçmi. On est étonné de trouver û 
provenant de p, tt dans la France du Sud-Est, cf. w^û? (oiseau), 
ûnô = oignotty ûto (hôtel) en Bresse. — On rencontre aussi isolé- 
ment u au lieu de (7 : à côté du portugais colher apparaît l'italien 
cucchiajOy franc, cuiller y esp. cuchaty anglo-sax. cuclera; à côté de 
l'italien cognatOy on a le milanais kûAay tess. kiAaWy Val Soana 
kûniay esp. cunadOy port, cunhadoy tandis que cognoscere ne se montre 
jamais avec u. — En regard de l'italien scodella apparaît scuddhy 
franc, ecuelhy esp. escudiUUy port. escudeHUy formes qui ont évidem- 
ment de bonne heure subi l'influence de scutum. — L'espagnol 
durmon (8p6[ji.(i)v) est isolé; dans lugar (Cid 128 logar), jugar, 
hurano il y a l'influence de la diphtongue de luegOy juegOy futra. 
Le provençal melhuràr et l'engadin nuTûràr de *meliorare ont 
été assimilés aux verbes en -urare, 

^$j{. Au latin, excepté dans les cas mentionnés au § 29, passe 
à « en roumain, en rhétique et en italien, k en français et en 
espagnol, à 4 en sicilien. Vu du romain et du rhétique est pro- 
bablement sorti de c? (§ 352). 

Lat. AUDIRE GAUDERE PAUSARE AURICLA AUCELLU *RAUBARE 

Roum. — — — urechie — — 

(283) Engad. udir v^k^guder puser urala uciT ^dt^ubar 

Ital. udire (godere) (posare) (orecchia) uccello rubare 

Franc, ouir jouir poser oreille oiseau dérober 

Esp. oir — posar oreja — robar 

Le roumain audi et l'italien godere posare s'expliquent par 
l'influence des formes accentuées sur le thème, mais cf. pusare 
Rain. B. 676. Le cas n'est pas le même pour le roumain curechiu 
et l'italien fiutarey cMudeva, d'où chiudo. On n'a pas d'explica- 
tion pour l'italien orecchio à côté du régulier a.-sienn. urecchio. 
Pour le français ouir y etc., v. § 377. Les exemples siciliens 
sont ârikiy âcedduy Iddannu. Les dialectes de l'Italie du Nord ont 
aussi en général conservé Yo : gén. oir y odacia, mil. godéy etc., 
mais ûselly cUsâ; plus habituellement encore, on trouve al, ol : 
mil. olcelly volsà (ausare)y ponsày oldir dans Bonvesin, a.-vénit. 
laldarey aldegarsey aldire. — L'a.-toscan connaît aussi ce fait, 
mais seulement dans les mots savants : altoritày altenticOy algelliy 
galderey laldare d'où laide. Il faut aussi citer auccidere au lieu 



S3S4"3S6- DIPHTONGUES DANS LA SYLLABE INITIALE 3OI 

de occidtrt : ital. uuidere^ a.-franç. occire^ a.-mil. olciderty a.-vénit. 
alcidtre, — Le lombard et rhétique occidental ascâr = ausicare 
n'est pas bien clair. — En espagnol, au (au) secondaire passe à 
a : recadâr, cacera^ port, sadio^ *salutivus à côté de sâudàdCy tandis 
qu'ailleurs, au provenant de al est traité comme sous l'accent : 
franc, autely etc., esp. oterOy etc. Aucellus et avi-tarda ne sont 
pas traités de la même manière : pour le second de ces mots, 
l'influence de avii se faisait assez fortement sentir pour empê- 
cher la contraction attendue d'après le § 27. De avitarda, port. 
abetarda est sorti avutarda, d'où l'a.-espagnol agutarda Caza 75,29, 
esp. mod. avutarda^ prov. autarda^ franc, outarde^ ital. attarda. 

3 5 5 . Le son latin aty oe ne se présente que dans peu d'exemples. 
En italien il passe à i comme l'ancien e; l'espagnol aussi le 
traite comme un e tandis que le français n'est pas clair : cf. ital. 
cimentOy cisello (à côté de cesello avec assimilation), citniterOj 
cibolla; esp. cebolla^ cimiento d'après le § 359, mais cittcel qui 
toutefois est étonnant à cause de son n; franc, ciment , ciseau 
avec i; ciboule est naturellement un emprunt récent provenant 
de l'italien. G)mme on trouve déjà en latin cisorium, cisellum 
pourrait aussi appartenir au latin vulgaire, cf. breton ki:(el. — 
L'italien cimiterioy le français cimetière et l'espagnol cimenterio 
reposent sur une prononciation grecque moderne de la diph- 
tongue 0'.. 

336. Les diphtongues romanes atones dues paniculièrement (284) 
à l'influence des palatales ou de l sont très nombreuses en fran- 
çais et en rhétique. En général, leur développement concorde 
avec celui des diphtongues accentuées. Le français ^î, oi passe 
à ua : poitrine, soixante, a.-franç. proi-ier, voisin (§ 358), oitieve, 
voidier, coidier, estoier (à côté de vuidier, cuidier, estuier qui 
doivent leur ui à vuide). Dans les environs de Paris, cet oi est 
réduit à 0. De même que sous l'accent, on rencontre quelquefois 
avant l'accent e au lieu de oi : réseau, créseau. A + i donne 
tantôt f , tantôt ç, sans règle bien déterminée ; il y a hésitation 
à la fois pour la prononciation et pour l'orthographe : plaisir, 
raisin, raison, payer, aider, aiglon; serment, flétrir, a.-franç. 
segrétain, fléau dcflaiau, etc. Les diphtongues formées d'une 
voyelle -|- u semblent se réduire à : aunée, dauphin, fautrer, 



302 CHAPITRE I : VOCALISME § 35^- 357- 

vautrer y vautour; mais pour le on trouve : fougère, dougie et 
couteau, enfin mouton dont l'étymologie est obscure. Les dialectes 
offrent encore bien des phénomènes étonnants. Dans les 
manuscrits anglo-normands, on trouve ai sous Taccent et ei en 
syllabe atone, v. g. dans S. Brendan, dans les Psautiers et dans 
les Livres des Rois. La réduction à / appartient au Nord et à 
TEst, cf. venison, demorison, conissoit Chev. Il esp., lichon, orisons, 
tnilleur, sissante Chartes d'Aire, et pisô (poisson), sirié (saigner) 
dans le patois actuel d'Arras. En outre, iu avant l'accent est 
réduit à i : dans les Livres des Rois, on trouve sieut == *séquet 
à côté de siweit = *sequebat ; aequalis donne iwel, et pignientum, 
figmentum passent à piument (picard), *fiunient (§ 403) et de là 
à piment, fiment, — Tandis qu'en français un // assourdit la 
voyelle atone précédente, en bagnard, au atone est dissimilé 
en eu : tseûdeire (chaudière), feûda (tablier) *faldarium, etc. Il 
en est de même à Vionnaz où il faut encore mentionner tserfà, 
enerpà : le changement de a en ^ a donc aussi eu lieu dans les 
cas où / ne s'est pas changée en u mais a passé à r. — Enfin, il 
reste encore à dire que eu accentué passe en français à û s'il 
vient à perdre l'accent : cf. a.-franç. seur (sopra), franc, mod. 
sur, a.-franç. prued, preud, franc, mod. prudhomtne, a.-franç. 
fuer, feur, franc, mod. au fur et à mesure (Vu de mesure peut 
aussi avoir influencé la voyelle de fur), a.-franç. dei, deu, franc. 
mod. du, — En RHÈTiauE, ai atone passe à i : eng. plider, 
viroula, irel; au passe à u : u^and, kudera, fusd'ed. En romagnol 
aussi on trouve / au lieu de ai : gibyol, irola, ibiol ; de même 
en ESPAGNOL : quijera, viruela, ciruela, frisuelo à côté de fréjoL 
(285) En portugais, ei passe à e : me^inha, sediça, remir, ou, pour 
parler plus rigoureusement ff passe à {, et iu à i : cidade, pimenta. 
— Enfin il reste à citer ici le roumanche suar de sudare, luar 
de *liquare, savur de sudore : partout iu a passé à u. Siidare a 
donné siiar, sUvar, siu-ar, suar; on a de même : liuar, luar, 
siuçr, suur, saur, savur, 

Ascou, Arch. glott. I, 47. 

357. Les voyelles qui commencent immédiatement le mot 
subissent quelquefois un traitement particulier. Il a déjà été 
dit au § 349 que Va initial était conser\^é en roumain. Le chan- 



S3S7"359- DIPHTONGUES DANS LA SYLLABE INITIALE 303 

gement de o en au ii Lecce paraît être restreint à l'initiale : 
auliuy auriente, aunestu, aunitUy ausan^a (de onitUy osanTia^ §351). 
Des formes de ce genre se rencontrent fréquemment dans la 
langue des anciens poètes italiens, elles appartiennent donc aussi 
à d'autres dialectes du Sud de l'Italie. Le béarnais offre le même 
phénomène : auffH, aubediy aubri = ouvrir (cf. § 274), aufficiy 
auloureya = *olor -idiare. — En portugais, le changement de 
trie en atf paraît être un Êiit dialectal : ancontrar, amquantOy an 
Mirandola, ancerrary annocente Mistero, antreRts. El, 19, 9. En 
outre, e passe à 1 ; idadty irmàOy igualy etc. 

338. Les voyelles atones subissent dans une très large mesure 
l'influence des phonèmes environnants, aussi bien des voyelles 
que des consonnes. Il &ut tout d'abord noter l'influence dis- 
siMiLANTE de la voyelle TONiauE dans les combinaisons / — /et 
— 6 : un i atone suivi d'une syllabe renfermant un / 
devient ^, de même qu'un suivi d'une syllabe renfermant un 
6. V\cinu appartient déjà au latin vulgaire : roum. veciriy 
franc, voisiriy esp. vecitw; dfuinare, franc, deviner y esp. adevi- 
nar-y franc, feniry mesiSy desisy premier, a.-franç. premice, cremi- 
nel Et. de Fougères 516, esp. decir, encinary hebillOy escrebir, 
crebilloy andal. polecia, melitarse. De même, en espagnol, ridebanty 
ridesti passent à rda, relsti d'où l'infinitif r«V, etc. Le même 
fait existe en portugais, dans la prononciation : mçnistrUy ni^li- 
tar. Pour e — (ital. i — 0, § 352) cf. ital. sirocchiay bifolcOy 
speronty a.-ital. inorarey rimorey Lecce ped^uluy Campobasso pem- 
marolay kenokyay sard. retundarCy roum. ràtundy ital. ritandoy 
a.-franç. reandy roumanche radundy a.-véron. serory secorsOy rtmoTy 
a.-franç. enory serory semandrCy seloily et aussi corecies Chev. Il 
esp. 11432, franc, mod. séjoury secourSy a.-gén. semosOy prov. 
semandreypreondy redolary a.-esp. pestorejay arreboly pescue:(py velontad 

Cid 141 8, hermosoy relojy port, peçonha. — On trouve rarement (286) 
— aboutissant à a — Oy cf. frioul. kayostrey palnum, saportay 
sakodây esp. calostrOy a.-ital. canoscere. Il est difficile de dire si 
Va remonte directement à dans les formes roumanches sui- 
vantes : kanuiery sarury dalury tnaruns (de nwrus)y anury kalur; 
il peut provenir d'un plus ancien e. 

339. L'assimilation de la voyelle initiale à la voyelle tonique 



304 CHAPITRE I : VOCALISME §359- 

est plus fréquente que le phénomène précédent. Cucuta au lieu 
de cicuta est attesté déjà pour le latin vulgaire par l'albanais 
kukutÇj roum. cucuta^ saintong. œhûôy limous. kukûdo : la date 
très ancienne de cette forme est mise en évidence par la con- 
servation de la gutturale. En espagnol, l'assimilation est réglée 
par une loi particulière : c devant i y passe à i, cf. hirvientey 
hiniestrUy lision^ tinieblas sîmientôy hiTiitrany etc. Il y a lieu de 
remarquer mintroso à côté de mentira, mentiroso. Il en est de 
même à Lecce : minimientu (beneventd), dicina, risla. En roumain 
aussi, un i semble exiger devant lui un i au lieu de à : cîsîig, 
rldichCy rtdicy hîrtie; on trouve aussi i au lieu de u dans les 
mêmes conditions : potîmichcy et limbric de limbric. — Des 
exemples isolés d'assimilation se rencontrent partout : il suffira 
de citer un choix d'exemples : 

A — A : PiATA a.-ital., a.-véron., a.-vénit., a.-esp., sicil. mod., 
Lecce, dialectes portugais, d'où piatoso; aramen roum. aranià, 
eng. ararriy a.-franç. arairiy esp. arambre; varbactu sard. bar- 
vattUy esp. barbechoy port. barbeitOy prov. garaCy a.-franç. garait 
(d'où depuis le xvi' siècle guérety § 365); jagante a.-gén. 
:^agantey prov. jayauy franc, géant (de galant y § 3 5 6), a.-esp. jayan ; 
SALVATicu roum. sàlbàtec; Lecce sarva^^Uy a.-gén. sarvaighcy 
franc, sauvage; manaciae a.-vénit. mana^ay frioul. manassa, 
a.-franç. manatse (S** EulaUe); *balancia a.-ital. balan^ay franc. 
balance; accasio a.-iul. accagioMy napol. accasoney a.-franç. 
achaison; a.-franç. palagre Doon 332 ; esp. navaja, casacay ara:(pn; 
port, sarào de seray devaçào Res. UI, 124, 13, caramunha, bras- 
famando Res. El, 191, 15. En moldave, à — a devient a — ai 
pacaty barbât. 

E — E : roum. lepedày tremitCy repe:(ty mestecây fermecây etc., 
ital. penello et autres (§ 352), a.-milan., a.-sienn. secrestia. On 
peut expliquer aussi de cette manière l'italien dimesticOy a.-gén. 
demestego à moins d'y voir plutôt l'influence de de. Esp. herren. 

I — I : logoud. sigirey appilirey a.-vénit. vigniri Panf. 44. 

covignivol 122, etc. Cette assimilation s'exerce tout particuliè- 

(287) rement en arètin : miskindy sirvitOy sintirey gissiminOy apitito; 

frioul. vissiey pirikul, disiiny mirindcy viniy tihiy kridintse ; a. -pis. 

iUto Sardo 90, 91. 

O — O : port. SoturnOy a.-pis, Ogosto Sardo 89, 95 ; hist. 



s 3î9"3^ï- VOY. initiales: dissimilation et assimilation 305 

Pis. 54, 68, SLvét. faroce ; on trouve en outre en espagnol — u : 
samorjugOy arugo^ tor^uelo. 

U — U : roum. multumiy macéd. ru^unoSy sutura y ital. uguak. 

On rencontre en outre l'assimilation de voyelles atones à 
d'autres atones : esp. aburujar à côté de aborujar, — On peut 
encore mentionner le roumain ^n/^fw et l'assimilation partielle 
qu'on rencontre en espagnol et en arétin où — 1 devient u — i: 
esp. turniOy cudir, cubrivy cundify aburrify curtir, uviUy ruido 
(mais roido Cid 696 et actuellement cocina)y iurdigUy pulientay 
pudientCy etc., arét. murirCy malinhuniay kusiy sulinOy kutnprimentOy 
spruvisto. 

360. L'influence des consonnes sur les voyelles peut aussi 
être assimilante ou dissimilante : cette dernière est jrare, la pre- 
mière est très fréquente. Ce sont les consonnes vélaires qui 
ont le moins d'influence ; il faut toutefois mentionner le sicilien 
kua de hau : huadarUy kuasina ; Lecce : kuaciruiy kuadara, kuatela. 
En milanais ai passe à oi : folçon Rescapé 110, coldera 120; ce 
Élit n'a rien de surprenant si l'on tient compte de ce qui a été 
dit au § 252. 

361. Au sujet des palatales, il faut tout d'abord remarquer 
que de même que hà se change en kiéy de même, en français, 
ka^y ga-^ deviennent ife-, ^^^ ; chevaly chemitty chemise^ chtnaly 
chenet y cheneviSy chenily geliney etc. ; mais château, champagney etc. ; 
^aiy ^ai deviennent 1^, ii^ : chétif($ 458), géant y gésir. Déjà dans 
Jonas cathedra a donné cha-ièrCy cheçrCy chçre. Acheter à côté de 
achat y a subi l'influence des verbes en etter = ittare-y cheptel 
(Th. G)meille emploie encore chatel) provient d'un dialecte 
dans lequel a atone passe à e. 

Les cas assez nombreux où a est conservé ne sont pas tous clairs. 
Chaleur peut avoir été influencé par chaid^ chaloir Ta sûrement été par 
chaU^ et charoigne l'a été par char. Chanoine est mi-savant, de même 
chameau, A persiste toujours quand il porte l'accent secondaire : châlit, 
ichafaudj a. -franc, chaun, Chdlons, chalongier d'où chalonge, chalumeau. 
Restent inexpliqués chamois, chaeir à côté de cheir et chaene. 

En outre, il y a encore à mentionner ici le passage, qui a eu 
lieu dès le latin vulgaire, de a et « à « après un ; ; jenuarius 
C. I. L. VI, 1708 et ital. gennajoy a.-franç. jenviefy esp. enero (288) 
(pon. Janeiro), alb. jenuar, grec mod. yt^iprtq; jeniperus : ital. 

Mm», Gra m main. ao 



306 CHAPITRE I : VOCALISME S 361-363, 

ginevrOy fr^mç. genièvrây esp. enebro; *jmiUy sicil. j^inita^ a.-sienn. 
gimigie cont. ant. Giv. 35, franc, génisse; de même, à l'initiale, 
lat. vulg. aitarCy a.-ital. aitarCy franc, aider; disinare de di^'e]fu- 
narCy ital. desinarCy franc, dtner. Un ; secondaire produit le 
même effet : ital. Firen:^ey bestemmiay piviaUy pivierCy pimacciOy 
piém. pi = piùy vénit. pimbiolOy roum. ghemusor, — En outre, 
c'est au c qu'il Êiut attribuer la présence de l'i dans l'a.-français 
parcivoify decivoir Durmart. — Portugais dialectal : jamla et 
jinela. 

362. Devant les palatales e, rarement a passent à i. Le rou- 
main n'ofiire aucun exemple de ce phénomène, mais il n'en est 
pas de même en rhétique, cf. roumanche filevay Mi^afy riiuriy 
pihUiy spinoly tnislâr (niascellare)y sitiuty vicirUy pi^fy sïkivy iij^ar 
(exagiarè)y a^itt (acutus)y gudignary formes qui toutes sont par- 
ticulières au roumanche. Mais à l'Ouest, dans le Tessin, il se 
produit des Ëiits analogues pour le passage de ^ à 1 ; lïkiy spicé, 
liceirUy niyây lisante. En Italie, il n'y a naturellement pas à tenir 
compte de la langue littéraire; mais le parler de Lecce peut 
entrer en considération : ^isâre = ital. -^giarây prudileddiy en 
outre, rikketeddUy mais sikkityedduy uttiiaruiy etc. En français, on 
trouve régulièrement i au lieu de f devant T, n : orillorty fermil-- 
hriy tilleuly sillery tigneusCy chignotty champignotty carillon. Mais, 
en regard, on rencontre seigneur y meilleur qui doivent leur e aux 
formes accentuées sur le thème : a.-franç. sendrey mieidre. Pour 
le dialecte provençal, il y a à citer Die : lisu Çkçon)y misuy ^inu. 
— On trouve, en outre, en catalan : tnilbry tiniy kriiiy iH. En 
portugais, e est prononcé i devant et après les palatales : 
prp^^li^aduy vesi^ary etc. — Un phénomène apparenté aux pré- 
cédents est le passage de i u tn espagnol : mulliry bulliry 
acullây buhueloy trujaly cqgujadOy lucilloy aborujar de rotlus. 

363. L'influence des labiales est très considérable. Devant 
elles, plus rarement après, elles exigent Oy u ou û (dans les 
domaines de u). Tout d'abord, en roumain, on trouve à au 
lieu de è après les labiales, comme sous l'accent : pàcàty bàtrtny 
màduay excepté quand la syllabe suivante renferme un i ou 
un e : fetitcty vedea» Il hui ensuite mentionner S. Cataldo 
et Caltanisetta où l'on trouve ua dans les mêmes conditions : 



s 3^3 • 3^4* voY. PROTONiauEssous l'influence des labiales 307 

puaradisUy puala:ç(u, muancassiru, puartari. A Uriménil, pnohi 
{picher)y buori (J>arit), muoBô, fuosé (fâcher) sont à rapprocher des (289) 
phénomènes observés au § 270 ; on a de même : franc, pâmoison, 
apprivoiser, auvergn. mufna^erOy apiie:(ar. En portugais, le change- 
ment de a en est particulièrement fréquent : bolor, corestna, golar- 
dom ; mais d'autres voyelles que a passent aussi à :podeltmo,pocadOy 
pOTy bubery/orvurUy etc. Comme exemples isolés d'autres régions, 
on peut citer : roumanche : pukkau, bunar; Lecce mulanesay - 
muduàda, sangona:^:^u ; Qmpobasso funûtra, pukat^ ; S. Fratello 
muntsanay mulôy punie; sard, funtana, buneàddy muneda, pulentUy 
semunare, tramurtiri ; sic. sbuggyari, ammuntari; arét. funire; 
cat. kantia; z.-çrow. correllar; galic. koresma, korenta, kortafeira. 
Le phénomène est un peu différent en tyrolien : ordum (verdunu), 
odei Çyidere)y odlé, orité, ormon. 

364. L'influence d'une labiale suivante est beaucoup plus 
importante particulièrement surd et i; au contraire, a présente 
beaucoup plus de résistance en roumain, en italien et en français. 
En roumain, les exemples sont peu nombreux : aluat, dumic, 
sdrumiCy macéd. fumeale. En roumanche, pour fuma:^, hlumâ, 
strunglâ, munkâry la diphtongue au des formes à thème accentué 
correspondantes (§ 242) peut être en jeu; fumel et spuventàr 
offrent un a entre deux labiales. Pour le passage de ^ à w il y a à 
citer le roumanche rumanair qui s'étend très loin en Italie et 
apparaît à Gênes, Milan, en Sardaigne, en Sicile, etc., l'engadin 
ruversér, ital. rovesciarCy le roumanche dumandar, duveir dont 
les correspondants existent aussi en italien, tumprivy l'engadin, 
roumanche sumlar et aussi l'italien somigliare, tumer, uffont, 
. uffiemy buvevan, spuventàr, fumel, en outre survir, unvier, l'en- 
gadin sulvadi et le frioulan tomari, toblad. En italien, on trouve 
devant m, Vy et u devant h : romita, demanda, somiglia, dovére 
indcvinUy ubhriacay ruhellOy rubigliay et aussi giumella auquel il 
£iut comparer le français jumeau (l'espagnol jumelay ainsi que 
le montre la désinence, n'est pas un mot originaire). Pour tf, 
il y a à citer romajuolo. U y aurait encore à mentionner bien 
des formes dialectales telles que gén., mil. somen:^ay gén., 
piém. prumery a.-milan., véron., Vicence lomentarCy piém., 
lomb. rwvar. En français, on trouve un û : buvonSy jumeau, 
fumier y alumelhy chalumeau, a. -franc, et dialectes actuels fumelk, 



308 CHAPITRE I : VOCALISME S 364. 365. 

dialeaes sumefy sumence; prov. prûmier; cat. prunier^ umpli et 
aussi unflày limous. ujlày etc. On peut encore relever à Val 
Soana MmÎT^iy kûmiriy Mviî dont Yû remonte directement à e 
(§ 3^^)' — L^s exemples sont peu nombreux en espagnol : 
(290) umbral de *litninarey obispOy romaner Cid 893. Les exemples 
portugais sont, au contraire, très abondants : lumiafy debulhaty 
prumeirOy galic. parmeirOy derrubary bubety luvar et, avec 0, dobar 
(depannare)y cobrafy romendary somana, ouropely assoviar, etc. — 
Il existe entre le français et le rhétique une différence remar- 
quable : le premier change Vu secondaire en û et le second le 
conserve ; cf. outre les exemples déjà cités : Bregaglia dutnandày 
duvetTy sumentSy i^umely sumetUy sulvadegy tess. lovày somnâ. Par 
contre, en milanais, i passe à û : dûvisy pûviôy indûvituiy rûvâ. 
Toutefois, on rencontre aussi dans les dialectes français : dovour 
N. E, XVin, 103 (ann. 1265), lorr., protnerain Durmart 306. 
Le français omelette est déjà employé par Rabelais à côté d'amelette 
qui existait encore à Paris à l'époque de Ménage ; il provient d'un 
dialecte. Ouvrir , a.-piém., a.-sienn., ombr., romain o^riV^ tiennent 
leur de coprire. 

Le gascon ûbrify ûbag permet de consuter l'influence des 
labiales sur les voyelles vélaires. En sarde aussi, on trouve sou- 
vent un U : cuniy cutty lumbardisku. 

J. Cornu donne de nombreux exemples pour le portugais, De 
Tinfiuenu des labiales sur les voyelles aigûes atones, Rom. X, 336, 
GoNÇALVES ViANNA Muséon II, 314. 

365. iî est la plus importante des sonnantes. Elle exige après 
elle à au lieu de e en roumain (le même phénomène a lieu sous 
l'accent) : ràiinày ràpaoSy rànichiUy ràrunchiuy ràmiriy ràtund 
(§358). Elle veut devant elle un e en italien : canterby Marghe- 
ritay smeraldOy canerinOy la^iTierettOy merlu^T^p, Il est douteux que 
ferrana soit à citer ici eu égard à l'espagnol herreriy port, ferra. 
— R entravée change a en e dans le français littéraire du xv* et du 
xvi*^ siècle, cf. charrue et cherruCy sarriette et serriettey épervitiy 
marrain et merraitty d'où franc, mod. cercueily éperviery hermine; 
par contre, dans merrain et serment Ve est justifié comme prove- 
nant de ai (cf § 336). Dans les environs de Paris, on prononce 
encore actuellement : erkebûsey erryçry erçfUy à la Hague : eriiei 
(archée^y kerboriy serkteiy en Anjou : serkUy ergot, serdine, ierkûtyi. 



§ 365-367- VOYELLES PROTONiaUES SOUS l'iNFLUENCE DE R 309 

D en est de même dans l'Est, à Neuchâtel errât, serméy Serbotty 
Âerdariy cf. guerder 1215, Matile 376 Neuchâtel, pertie 1278, 702 
Montbéliard, frib. terdi, Erbivity er^ày cerbôy cerdô; plus au 
Nord Dial. S. Greg. chergier 114, 15; 134, 21; cherbons 49, 
24 et aussi v. g. à Besançon. Il &ut encore mentionner le lor- (^90 
rain puçroly nuriy fçrériy met^ (marteau) y merso (maréchal). En 
wallon, a persiste. 

366. On trouve plus habituellement le changement de er en 
ar : franc, par de per (mais cependant apercevoir)y a.-franç. 
sarmotiy parchemitty arondelky guarWy marrelUy tarriere. En Italie, 
ar au lieu de er est une caractéristique du dialecte de Sienne 
par rapport au toscan, v. § 328 et sienn. albarelloy Hiriay buca- 
relloy burbaroney povarettOy par, etc. Ar apparaît encore dans 
beaucoup de dialectes : Lecce quarela, ntaressuy sarenuy marcatK^iay 
Campobasso marentuiy passarielky tarramotÇy à Alatrî ; en outre, 
en logoudorien : kariasay barvege, karbeddu. Le changement de 
er en ar est particulièrement fréquent en sicilien : arruriy arsiray 
-arfo, sarvariy Saragusa; on le trouve aussi dans le Nord : 
mil. karsenty markày dariy vartly a.-gén. marcCy sarmoriy et aussi 
dans beaucoup de dialectes français et provençaux. A Liège a passe 
en général à f (§ 349), mais il persiste devant r ; ^ardèy fareày 
arohy etc., lyonn. : vartUy varsiy marHy sarviy arseir, etc.; tou- 
lous. : farmadoy sarvanta, sarkâ; auvergn. : sarviy tsartsây 
varrUy etc.; marseill. : revarky bargie, — On trouve, en outre, 
en espagnol : arvqay barrer y barreruty larnilloy farneticOy puis 
vardascay barbascOy barracoy dans le poema d'Alejandro desarrary 
sarradoy darredor; en portugais : libartadây akarditar, Tare:(a. — 
On rencontre une réfraction vocalique de « en «^ à Neuchâtel : 
jouera (jurare)y mmràky rekuerây mueriy kuerti. 

367. Il convient d'examiner encore d'une manière spéciale 
le groupe re. Dans les anciens textes siennois, on trouve sou- 
vent ara : aracoglierey arricamandarey araconciarey arafermay arra- 
ssomigliarey araunarey arrendarey de même, aretenere Cola di Rienzi 
421, Arimini 501, areposarse, arecevere Laudi Umbr., et aussi 
simplement ar : arliquie. Ce changement de re en ar est très 
répandu ; on le rencontre dans les dialectes émiliens, en arétin 
et à Urbino : artrouéy arni (revenire), arharray armettay etc.; 



310 CHAPITRE I : VOCALISME § 367. 

plus au Nord, en piémontais : arkaskéy arMli^ arlasséy etc.; au 
Sud, en romagnol : karden:(a, karsoriy fardçfy tarsenty karpé, etc.; 
dans ce dernier dialecte le passage de rekar i l'intérieur du mot 
est aussi la règle. Le même phénomène apparaît ausssi dans le 
rhétique de l'Ouest, particulièrement en roumanche : kardentsUy 
antardiTy tarmettery etc., ariantar (recentare), arpagar (Jjirpicarè); 
toutefois, ailleurs, re se change plutôt en ra-. Il y a lieu de se 
demander comment il faut expliquer ce phénomène. En 
s'appuyant sur les exemples provenant des anciens textes de 
(292) Sienne, on pourrait supposer que c'est directement sous 
l'influence des nombreux verbes composés avec a que re, ra 
sont devenus are^ ara. Mais il y a à objecter que cet a aurait 
bien dû aussi être préposé aux verbes formés avec di-. Si l'on 
veut rendre raison des différents cas réunis ici en partant d'un 
principe commun, voici la seule explication à proposer : re est 
d'abord devenu f , lequel, ou bien à cause d'une mauvaise 
audition de ce son, a été rendu par er, ar, re, ra, ou bien, 
d'après la nuance vocalique qui lui est inhérente, s'est réelle- 
ment développé en er, ar. Il est possible que dans ari- il faille 
simplement voir un mélange de graphie étymologique et pho- 
nétique. Le degré f est encore fréquemment conservé dans les 
patois français : pfnôy fvenir appartiennent à une large zone de 
l'Ouest et de l'Est et on trouve dans l'écriture, tantôt e«r, 
tantôt er. On retrouve de nouveau ar- à S* Pol, etc. Dans le 
rhétique du centre, il est souvent difficile de savoir si la voyelle 
suit ou précède l'r, en d'autres termes, si, dans ce domaine 
aussi, re, ro^ etc., se sont réduits à f, lequel conserve la nuance 
vocalique de la voyelle qui le suivait primitivement. En portu- 
gais on peut à peine décider actuellement si dans er, re Ye suit 
l'r ou la précède. 

Burbi:(, frumi:(y eschuruir, engorsetey du Lyon. Yzopet 
offrent aussi une représentation particulière de f . — Il faut 
aussi admettre l'existence de f sonnante pour le portugais, cf. 
a.-port. fevereiro Res. El, 283, 16, c-k-d. fevieiro, actuellement 
fevfairUy de même fevera = Jibra y soveraly et aussi pfguntary 
pfdisàOy etc. 

Cf. pour Titalien et le rhétique AscoLi, Arch. Glott. I, 58; 
MussAFiA, Romain, § 124, pour le français Behrens, Uebar recifroke 



§ 368. 369- VOYELLES PROTONIQjUES DEVANT LES NASALES 3 1 1 

Metathese, 2 sqq.. pour le portugais Gonçalves Vianna Rom. XII, 58, 
et S 388. 

368. Les nasales influencent aussi à un haut degré les voyelles 
atones. Le groupe iV- occupe une place à part puisque in peut 
se réduire à ». Dans les autres cas, on trouve en partie les mêmes 
changements ou au moins des changements analogues à ceux * 
que l'on rencontre sous l'accent. Ainsi a entravé passe en rou- 
main à I ; mîncày îngust^ mais mànincy mot dans lequel m a 
entravé le développement, inel de înel. Dans càrunt le change- 
ment de n en r est plus ancien que celui de a en /. — L'italien 
littéraire donne à peine lieu à quelque remarque; mais il n'en (293) 
est pas de même des dialectes. Il y a lieu de constater deux ten- 
dances opposées : ou bien e, i passe à a devant une nasale entra- 
vée, plus rarement devant une nasale libre, ou bien a, e passe à 

I. On rencontre le premier phénomène dans le Sud : sic. tantari^ 
mand^uyornuy antrariy vulantariy Lecce : frani^iddu, lantsuluy 
siantarCy tantare^ Capo di Leuca tania^fanesa; et, en outre, dans 
le Nord : Ferrare /wwdcw, impavantiry slusantary arstantary etc., 
Alexandrie gantily santûy Bagolino (Brescia) panse y santidUy 
Ceppomorelli vandottay pansô. Sprandore est isolé dans l'Italie 
du Sud et du Nord. Le second phénomène, c'est-à-dire le chan- 
gement de an en in se rencontre à Modène : ingostiay inguilla. 
Ailleurs aussi on trouve le passage de en"" à in^ : Tessin sintiûy 
pinseày pindenty lin:(ûy etc. Comme exemple isolé du passage de 
in à an, il faut citer le vénitien san^otOy mil. sangutty frioul. san- 
gloty eng. sangluott. L'explication de ce fait est inconnue. 

369. C'est le français qui donne lieu aux remarques les plus 
nombreuses. Contrairement au traitement des voyelles toniques, 
ô passe à 5 ; chalangéry Besançany dangier, a.-franç. dantery cantevy 
volante y en déjà dans le Roland 33 à côté de on forme qu'on 
trouve à l'origine devant les consonnes, dameiselky en outre naie 
de nonie. On rencontre aussi le changement de ^ eu a devant 
n : faner y ramer d'où ramCy mais fenouil. On a, en regard, dom- 
mage. Comme, à ce qu'il semble, domagier est plus ancien que 
damagey la conservation de Vo pourrait être attribuée à l'influence 
de l'accent secondaire. Dans dameiselky cette influence aurait été 
annulée par celle de dame. En outre, il y a lieu de renurquer 
la différence qui existe entre ané-^ et eni-^ : le premier passe à 



312 CHATITRE I : VOCALISME § 369. 37O. 

à : chancelle (cf. § 232), tandis que le second donne ï : pinceau^ 
linceul (avec ç et non î, cf. ital. Ien:(uol0y esp. len:(ueld)y mincer^ 
étincelle^ rincer. Le traitement de an suivi d'une voyelle offre 
quelque difficulté. En français on trouve Tun à côté de l'autre 
menotte et manette (xvi* siècle), panier mais paris, pçnier^ manier y 
a.-franç. damoiselUy franc, mod. demoiselky antenois à côté de 
antan. Tous ces cas ne doivent pas être expliqués de la même 
manière. Pour le dernier et pour mademoiselky a semble avoir 
passé à e en qualité de voyelle médiale atone; mais les deux 
premiers mots ont dû subir l'influence de main et pain. Dans 
les dialectes de l'Ouest, en au lieu de an doit être regardé comme 
une simple métathèse orthographique : J. le Marchant écrit 
(294) menniirey benniérey mennuelky lenniersy ventance et mengier; 
Etienne de Fougères : emi:(^ (amictus), enmer (amarus); Clef 
d'Amour : enmiey enmonty enmer. Dans les chartes d'Anjou on 
trouve : menneirey plenere. Comme les parlers actuels ont conservé 
ôy la graphie en représente donc le son à. Dans le Nord et dans 
l'Est, passe à l : Arras kèbyiy Namur dëniy mèy kèbè; on a en outre 
à : Cambrai ènio, enày kmèdé. A Lyon an suivi d'une palatale 
passe à è : wj^/, lèç/, etrèj;iy dè^i. 

370. Enfin, dans tous les domaines romans, a s'introduit 
souvent à la place d'une autre voyelle à la première syllabe du 
mot. Bien des exemples sont très répandus et remontent cer- 
tainement à une haute époque. Ainsi : lacusta (peut-être 
est-ce un phénomène de dissîmilation ?), roum. làcustà, napol. 
ragostay sic. lagustay a.-franç. laoustey prov. laugoustOy tess. 
lavuitay port, lagostay mais cf. aussi § 371. — [j]ajunus : 
roum. ayuny a.-napol. jagiuna, a.-piém., a.-gén. :(axuny S. 
Fratello sai;u, esp. ayurio. Ont moins d'extension l'a. -italien 
canoscerey usité encore actuellement en Sicile, à Lecce et à 
Campobasso, l'a.-piémontais, Chrys., a.-vén. /mfo^to, l'espagnol 
madqa, lambrija, atril; le françsiis farouche y paressey jalouse y etc.; 
le vénitien sala:(arey émil. salgar se rattache à silex. Le passage 
de e k a semble être de règle en beaucoup d'endroits, panicu- 
lièrement quand cet e commence le mot. Cf. roum. alegey ariciu, 
aitepty ascuty asudy aluaty amnariu (ignarium)y arunCy etc. On 
trouve aussi spécialement a devant s entravée : a.-gén. asbrivOy 
asdeitOy ctstiry astorbea; prov. du Gers : askûdelOj askolOy aspasa 



s 370- 371- CHUTE DES VOYELLES PROTONiaUES 313 

(spata)y astimo, astreOy etc.; walL, liég. asteir=stare. Mais le phé- 
nomène apparaît aussi dans d'autres cas : c'est par ^aspectarCy au 
lieu de expectarCy que s'explique l'italien aspettare; agnunca pour 
ognunca appartient à l'a.-piémontais, à l'a. -génois et à l'a.-véni- 
tien; alleggere apparaît à Pérouse, Sienne, Pise et dans la Haute- 
Italie. En sicilien a gagne du terrain : akkapatUy agnankUy abbi- 
dVsiy assirvariy asercitUy aternu. On trouve aussi en a.-pis. : 
affetto Sardo 195, asegutore 193, acciso 146, acciello loi, ascrito 
203 ; esp. asperary aullary antenallasy antruejo. Dans la Guerre 
de Metz, on lit : enlise 266 b, anemins 57 b, asté 48, ataicheSy 
estaches 29 a, avesque 2, toutefois cet a peut avoir la valeur de Cy 
cf. aideis (odes) 294. Dans beaucoup de cas, particulièrement 
pour les verbes, il y a eu évidemment confusion avec ad : tel 
est le cas pour allegerCy aspettarCy formes dont la première appar- 
tient au Moyen-Age et dont la seconde est encore répandue sur 
toute la péninsule italique. Il peut aussi y avoir, là où a fait des 
progrès, une certaine prédilection pour les compositions avec a 
et, de là, une extension de Va à l'initiale, faits qui s'expliquent (29s) 
par la prépondérance de Va. Beaucoup de cas exigent une expli- 
cation particulière; l'italien anguinaj = la'nguinaja. 

371. On rencontre aussi, en syllabe atone, des échanges de 
voyelles de nature très diverse, dus pour la plupart à des con- 
fusions de mots. Il suffira d'en citer quelques exemples. Le latin 
vulgaire ascultare (§ 29) se trouve en a.-espagnol sous la forme 
ascuchar Qd 3401, a.-franç. ascolter; mais grâce à l'influence 
des nombreux verbes commençant par esc, on rencontre déjà de 
très bonne heure escuchary escolter. De même abscondere est en 
a.-espagnol ascondir Enx. 2. mais actuellement escondir; obscu- 
rus est devenu en espagnol escuro; c'est ainsi qu'il faut expliquer 
estrologia B. Prov. 13, hespital Enx. 4, 3 et l'a.-portugais deses- 
trado Res. El, 199,18, à moins qu'il ne faille y voir de simples 
fautes de copistes. Il faut encore citer comme exemples du rem- 
placement de a par e, le portugais et a. -provençal crestar de 
castrar sous l'influence de crenUy le portugais servir , se^àOy formes 
empruntées au français, empola et embigo de umbilicus qui ont 
subi l'influence des nombreux mots commençant i^zxemc (= lat. 
imc), — Le français lutrin de lectorinum a été modifié d'après 
lu. Glouteron ne se rattache pas à gletiCy mais au normand glyot. 



314 CHAPITRE I : VOCALISME § 371 • 372. 

— Bien des formes restent encore obscures : le français malotru 
se rencontre déjà à une haute époque à côté de malestru; de 
même franc, mod. cousin de Ta.-franç. cusin; a.-franç., a.-prov., 
prov. mod. iraAe^ iraiio de aranea. — L'a.-provençal austâr doit 
reposer sur *aviceptore. — On trouve sur un grand espace 
niceola au lieu de nuceôla, vén. niiuola^ lomb. niiœray émil. 
nitsœlay gén. nissœa, tosc. nicuola, etc. 

V. encore d'autres formes dans Mussafia B. 82. 

372. La CHUTE des voyelles dans la première syllabe se ren- 
contre sur toute l'étendue du domaine roman, à l'exception du 
roumain; seulement cette chute est généralement isolée et il est 
difficile d'expliquer tous les cas où on la rencontre. Mais plu- 
sieurs dialectes se component sur ce point avec plus de rigueur 
que les langues littéraires, critare de quiritare a une grande 
extension : ital. gridarCy franc, crier ^ esp. gritar; aux formes 
italiennes drittOy crollare répondent aussi les formes françaises 
droit, crouler. Il faut encore citer l'italien sdruscire de sdiruscire, 
staccio mais haut-ital. sedatj^^, stu = situ dans Pulci, scure, 
tremotOj trivello. Dans le domaine rhétique on trouve en rou- 
mznchtfrirySprontsay dsiert; en engadin les exemples sont encore 
plus nombreux : sprauntsa, dvaintUy dmandaj dfiniry vrai, tAair, 
s^ûry prir, phr, mnery tmair. En espagno/ dri:(ar est d'origine 
(296) italienne tandis que dre:(ar et grariT^a sont d'origine française; il 
reste encore à citer drivar, braho de *veraneu et Blasco de 
Velasco. Le français laisse facilement tomber son e muet. 
Oudin donne comme exemples dmandery Içon, dvanty slUy 
rnoMy tne^y prne:^, achtcTy etc. Mais déjà bien auparavant on lit 
frai S. Brendan 1040, 1677, etc., prily espron Chev. Il esp. 
1256, etc., vrai Poème Moral 164 d. Ni l'orthographe actuelle 
ni la prononciation ne sont conséquentes. C'est entre une 
muette et une liquide que Ve muet disparaît le plus facilement : 
plotofiy plamery pluchcy plousCy ipluchery chaudron, horlogCy esprity 
albâtrey etc. (§ 345); en outre vraiy vrillcy mais suretiy etc. Les 
patois vont encore beaucoup plus loin, pahiculièrement dans 
l'Est et dans le Sud-Est. La tendance à donner aux mots la 
forme dissyllabique dont il a déjà été parlé au § 34J apparaît à 
Neuchâtel : msœrây vlôtây mj^iy kmasi (comntencer)y en outre 
smàn^ (semaine), cvetrey fmalUty cneve (canabis), rmZy tmôy vnà 



§ 372- 373- CHUTE DES VOYELLES PROTONIQ.UES 315 

(venenum), Isi Qoisir)^ fmà^ tnày etc. — De même en engadin : 
dmander, dvainter^ s^ûr {securus et securis)^ inair^ prir, pkier^ 
mncTy snistar, etc.; à Val Maggia : iti (sottik), srii, vàe, 'sveu^ 
dmariy frustrUy etc.; dans le Piémont tle (telajd)y dne^ fne (Jenare)^ 
tniy ffiestrUy v^ifty vrità et par conséquent à S. Fratello : dver, 
vraity vriher-y toutefois, dans cette dernière localité, le phénomène 
paraît plutôt restreint. Mais on le retrouve en émilien : fnoc 
(Jinocchi6)y mlofiypnoCy stmanUy bdel (^pédale) bdoCy pton {bottone) 
tsevd (dissapidî^)y pkon (boccone)y etc.; enfin dans les patois de 
ritalie du Sud, cf. gintlronruiy arvàty scilratiy prate = pedatCy 
rivgliaiOy cronUy cumtess à Saponara di Grumeto (Basilicate) ; 
Gottfredy Bïautiy pgyâ (j>iglid)y scdiy sheuty plgriUy trvà (trovi) 
srviîsiy fgurt (Jigurati)y dlauty ngarkavy tka (joccare)y mais 
imparày galantoniy vlakyaurty etc., à Bisceglie (Terra di Bari). 

373. La voyelle qui commence immédiatement le mot est 
particulièrement sujette à tomber dans les langues où les con- 
sonnes finales sont elles-mêmes tombées et où tous les mots 
finissent par une voyelle. Il faut tout d'abord remarquer que Ve 
qui était venu se placer devant s entravée en latin vulgaire a 
disparu souvent, non seulement dans le Sud-Est, c'est-à-dire 
en roumain, en rhétique et en italien; mais aussi en wallon, à 
Gap, en asturien, à Miranda et dans d'autres dialectes portugais. 
Pour les langues principales, v. les exemples au § 468; Gap : 
spa:^:(ary stupa y Miranda : squila; skrepadeUUy strelUy scritar; (297) 
astur. spinUy streitUy skalera et aussi skerUy spre:^a. Il a été remarqué 
(§ 470) qu'en Lorraine, v. g. à Fillières, etts ont disparu. Pour 
le premier groupe de langues cité plus haut, la chute de Ye 
s'explique simplement par la finale vocalique du mot précédent. 
Il n'en est pas de même pour le second groupe. En rhétique 
et en wallon on pourrait attribuer à une influence germanique 
l'absence de répugnance à prononcer le groupe st initial. Mais 
cette supposition n'est rien moins que probable attendu qu'on 
ne trouve nulle part ailleurs une influence de ce genre. Pour 
le Portugais on peut peut-être invoquer la forte réduction de e 
à |. — On trouve non seulement la chute de cet ç secondaire, 
mais aussi celle de 1'^ primaire du groupe insc (§ 403) ou des 
groupes correspondants au latin classique est- aeshy isU : ital. 
stromentOy stivaky statCy storiay etc. Pour ce qui est des traces de 



3l6 CHAPITRE I : VOCALISME §270-273. 

Vi en italien et de son absence en a. -français et en a.-provençal, 
V. chap. IV. Il reste encore à faire remarquer que le logoudo- 
rien, qui conserve les consonnes finales, garde aussi 1'/ ; -istare^ 
isperarty iskriere, istedda^ etc. 

374. Le roumain ne présente que peu d'exemples d'aphérèse : 
ainsi Va a disparu dans miely noaten^ Priera ioamnà (cet a prove- 
nait de au § 29); Ve dans rugiruiy ridic^ ràtàci. On n'en trouve 
aussi que peu en rhéto-roman : roumanche guiUiy é^t^^r^ legra^ 
vantsary é^dar^ kisar, ver y gualy stady stinar (pbstinareyy frioul. 
maTy moroSy nemaly vietsi (aprire)y grest, vreats; au contraire, les 
formes correspondantes de l'engadin conservent généralement 
Va : agtMlày agûti^y allier y avantsery akusery avaity mais, natu- 
rellement, sted. En italien, la chute de la voyelle initiale est un 
phénomène très fréquent; ainsi, pour a ; badessay badia, pecchiay 
vantaggiOy bottegay gugliay gaggiay rabescay ranciay resta y scolta; 
pour ç : leuiOy vescovOy rugginCy briacOy chiesay limosinay romitOy 
ratio y nemico'y pour i : rondinCy bernia; pour : cagionCy brobbiOy 
reganOy etc. Ce phénomène est encore plus fréquent dans les 
dialectes; ainsi, le milanais ne connaît aucun e atone à l'initiale, 
v. g. celen:(ay vangeliy radegày etc. Toutefois, ce sont les dialectes 
du Sud, les plus rebelles à la chute de la voyelle finale, qui 
laissent tomber le plus facilement la voyelle initiale, v. g. 
Lecce : a a disparu dans nemula (anemonè)y ttentsione (atteniione)y 
ntinna (antenna^y nieddu {agneUo)y cortUy rikkya; e dans ssuttUy 
bbreu'y dans [leitu (olivetd)y ccisUy ttuvrey etc.; cakbr. pitittUy 
(298) MbruoggiUy Ntuoniy riuoggOy siercitUy etc. Ce phénomène est 
beaucoup plus rare dans les dialectes gallo-romans et dans ceux 
de la péninsule ibérique; on trouve cependant mie provenant 
de m'amiey par suite d'une mauvaise coupure, GuientUy Pouilky 
bernCy prov. lau:(etay gliei^ciy letuiy c'est-à-dire presque unique- 
ment des exemples où la voyelle initiale s'est fondue avec celle 
de l'article féminin. L'Ouest est un peu plus riche en exemples 
de ce genre : esp. lestuiy morgay cetrecOy guilemiy limosnay nanOy 
bispOy radiOy relojy pihon pour opinion est employé par Cervantes 
Illustre Fregona 225 Brockhaus; port, losnay voengOy gunUy 
betarday lambrey chavOy poupa; galic. mapola = amapoUiy lameddy 
tnasinar (imaginare\ nososOy certary tisary etc. Ainsi qu'on le 
voit, les mots étrangers sont en majorité : par exemple, le por- 



s 374- 375- CHUTE des voyelles protoniqjljes 317 

tugais lambie est un emprunt à l'espagnol et l'espagnol reloj 
une forme latine; quant à lesna^ il vient peut-être du français. 
Là où il n'y a pas de conditions particulières comme dans le 
français m'amie, la voyelle initiale des mots originaires paraît 
s'être conservée. On trouve cependant dans tout le domaine 
botegUy botiga : il est possible que l'aphérèse doive être mise 
sur le compte du moyen grec. Il en est de même pour l'italien 
magranay esp. migranay franc migraine qui, du reste, malgré le 
traitement régulier du groupe cVy ne peut pas être un mot 
originaire. Enfin l'espagnol hernia et le français berne peuvent 
très bien être un emprunt fait à l'italien bernia. En tous cas le 
mot n'est pas espagnol. — Cf. encore le chapitre IV. 

Un recueil d'exemples est donné par C. Michaelis, Studitn ^ur 
romanischen Wortschôpfung^ p. 70-78. 

375. Un cas particulier est la chute d'une voyelle avant une 
sonnante ou après une sonnante initiale; le fait est plus rare 
quand il s'agit d'une continue sonore et d'une explosive. Dans 
ce cas, la voyelle se fond complètement avec la sonnante qui 
devient ainsi vocalique. Ce qu'on rencontre le plus fréquemment 
c'est w-^, n-^ provenant de im-^y m-*, v. g. en macédonien et dans 
toute l'Italie du Sud; cf. macéd. w/r^i, ntreky ntre. Il ne faut pas 
expliquer autrement la préposition an provenant de in. En 
valaque, tn persiste, ce qui est le degré immédiatement antérieur 
à n : înflây întreby impungy etc. On trouve en sicilien nkarkari, 
ncammariy mpintiriy ntenniriy et aussi à S. Fratello : merny nferny 
mpiester; puis dans le Sud de la péninsule, à Lecce : mperiUy 
nfernay nnulente. Les mêmes &its se rencontrent aussi à Naples 
et dans les Abruzzes. Arezzo présente les traces extrêmes du 
phénomène du côté du Nord; on y trouve un : unnanT^iy unnes- 
cambiOy unsombay untantOy etc. Au Nord de la chaîne des 
Apennins, le phénomène est encore plus fréquent et n'est (299) 
pas seulement restreint à iniy m, mais s'étend aussi à me, ne, &, 
re. Ainsi, d'abord en émilien : romagn. mdor=mietitorey mrenday 
aldan de Idan (letame)y alviy a/;ç«w, alseja (Jessivd)y même lùmey 
par l'intermédiaire de lyone passe à lyony alyon; arkam (ricamo), 
armor (rumorè), etc.; indson de nessuno par l'intermédiaire de 
nds(m. De même dans le Montferrat : ambrende {merendaré)y amsun, 
ambrtTiTiy amse (grand père : messcrè). Puis dans le Tessin : alvaw. 



3l8 CHAPITRE I : VOCALISME S 37S"377- 

arvœra Çrobured) ; on trouve en outre ici aude de videre^ *vdéy 
*avdéj audéy audely avAi (venire)^ et aussi admanda de dmandà et 
adsura; roumanche : ampaug = inpaucOy npauco, an:(akei = 
fumsokei, niakei; engad. : aider (laetare)^ alver, almentery arsaivery 
imnalasy im^urer (rnegliarare)y imsûrUy etc. Il y a lieu de remar- 
quer la vocalisation de v en tyrolien : uni (venire)y uleiy udeiy 
u:(iny uséa. — Il semble qu'il faille aussi citer ici des formes du 
français telles que : à kmè ^ ce chemin Rev. Pat. G.-R. I, 
288, où la voyelle se fond d'abord dans l'articulation palatale, 
mais reparait de nouveau devant elle. Cf. des détails plus com- 
plets sur ce sujet au chap. IV. 

376. Les voyelles en hiatus persistent rarement. En latin, il 
n'y a que peu de cas à citer. Il a déjà été remarqué, § 3, p. 7, 
que ii et ie passent à ç. Cf. quetuSy parete § 70. Par contre, 
muliére présente un { : ital. mogliçrUy a. -franc, moillier : avant la 
permutation de l'accent Vr a changé Ve indifférent ou fermé en 
f. De coactus coagulare sont sortis quactus quagulare § 426. Si ie 
se trouve dans une syllabe initiale atone, il passe à ii : quiitarCy 
piitatCy d'où, a.-franç. quittiery pitié. Dans d'autres cas, i passe à 
i : diurnunty ital. giarnOy etc., § 404. Un hiatus récent se produit 
quelquefois dans des expressions composées : deusque a.-franç. 
dusque ou josque. Les lois qui entrent ici en action seront expo- 
sées beaucoup plus à propos au chapitre de la composition des 
mots. L'hiatus se produit aussi par suite de la chute des con- 
sonnes. Quelquefois la première voyelle, primitivement atone, 
usurpe l'accent et forme avec la seconde une diphtongue décrois- 
sante : esp. réifuiy cf. § 598. Ou bien, quand cette première 
voyelle est un e ou un f, elle s'affaiblit en / et affecte la consonne 
précédente, cf. § 501 sqq. Il n'y a lieu de parler ici que de la 
disparition du hiatus par contraction ou par insertion d'une 
consonne. C'est surtout le français et le portugais qui entrent 
en considération. 

(300) 377. En français 1, w, ou y persistent devant une voyelle 
claire accentuée : lieriy nielhy viandey miettey etc.; icuelky cruely 
sueur y tu-yauy écrouelleSy jouer, bo-yau; il en est de même d'un 
secondaire : Noël; au devient ou : ouir. Par contre, on trouve 
en a.-français roable de rutabuluniy morv. ruoky mais dans le 



s 377- VOYELLES EN HIATUS 319 

français moderne rdbUy avec assimilation de Vç à Va sourd : 
raabky d'où la contraction actuelle. O et tf latins passent à e 
devant û : tneuTy ëur; de même dans les participes des verbes 
en u : iu^ chëUy meuy peu, etc.; un a protonique subit aussi 
le même traitement devant toutes les voyelles, cf. § 344 et 
sauvëçr, vestëure, etc. En outre che-un de cha-un TV Livr. 
Rois 26. Mais a persiste devant 0, plus tard il s'opère une con- 
traction en a : pà dt pawnCy flà de fla-one^ ou en : long de 
*lavoney laoriy û de août. Devant e, a persiste tout d'abord : flael, 
paelle; ce dernier mot est ensuite deven^i poele. E latin persiste 
devant û :sêur; devant une voyelle sourde, il a une tendance à 
devenir a : cf. feoriy faotiyfàk côté de reond ; e persiste devant a : 
cage. Puis, dans une seconde période, par suite d'un phéno- 
mène d'assimilation, les différents câs àe eûy où passent à ûûy 
ceux de eo passent à 00 y et ceux de ea iaa; puis on a, par con- 
traction, ûy Oy a, cf. soùr Roi. 241, aage Rou H, 4165, rooruk- 
ment Doon 3616, benooit Aucassin 16, 2. U en est de même 
quand les deux voyelles sont atones : poosti Doon 534, Daarein 
Chev. n esp. 5507, etc. Il faut encore citer ici les formes à 
désinence atone des parfaits en u: oussent Roi. 8901, sousse 
S. Alex. 90 a, eusse 16 a, etc. Comp. soussenty plousty pouty 
tout Psaut. Cambr., mzis pieu Psaut. Cambr. 146, 10; eussent 
n'apparaît que dans les IV L. Rois. Il Êiut aussi nommer ici 
pour de pavore. Toutefois les dialectes se séparent dans le traite- 
ment de eu : doûSy oûty pour appartiennent au normand; awisy 
maûry taû^y aury paur à l'Est, on les trouve dans les Dialogues 
de S. Grégoire, etc. La contraction n'a pas eu lieu partout et 
dans tous les cas à la même époque. C'est en anglo-normand 
qu'elle apparaît le plus tôt : déjà le poème de S. Brendan a 
feimes 470 et oussent de deux syllabes, Gaimar offre traitre 517 
de trois syllabes, mais treiscun 4237 de deux syllabes. Il est donc 
possible que la contraction ait eu d'abord lieu dans les cas où 
les deux voyelles étaient devenues atones. Même Marie de France 
paraît avoir pris pris la liberté de &ire feimes dissyllabe au lieu 
de feimes Lanval 230. Guillaume de Berneville, qui composait 
après II 50, écrit tru, pluri:^y etc. — La Normandie vient 
ensuite : ni Guillaume le Qerc ni Andeli ne connaissent la 
contraction; Wace écrit ruser y c'est-à-dire présente la contrac- (301) 



320 CHAPITRE I : VOCALISME S 377- 

tion dans les cas où les deux voyelles sont atones, v. Rou El, 
8776; il en est de même de Guillaume de S. Pair. Le second 
Reimpredigt offre de nombreux exemples de ce fait : penance i , 
bonuré 116, sûrement 150, meimes 87, etc. Dans le Nord et dans 
l'Est (autant que la contraction s'opère, § 378), les formes 
raccourcies commencent à apparaître vers la fin du xii* siècle et 
au commencement du xiu', cf. dans les passages en prose 
d'Aucassin : vesture 12, 16; benois 24, 61; bénie 92, 6; Aiol 
caifie 8290, Law 1^91 y poesteis ^^i^^ treuage 9617; benoîte 1911 ; 
S. Bernard beni:(pn 4, 37; maloite 64, 21; sollet 128, 9, etc. 
Mais, dans le Centre, la voyelle ne commence à disparaître 
qu'au XIV* siècle et au xv* (E. Deschamps) le phénomène 
s'étend de plus en plus. 

Quand il y a deux voyelles atones de suite et que la seconde 
est un ey comme le fait arrive en particulier dans les substantifs 
en 'tnenty dans les adverbes et dans les futurs, il y a également 
contraction : turant Doon 6322. Actuellement, dans les futurs, 
Ve a généralement reparu sous une influence analogique. — 
Enfin, si la voyelle accentuée est un 1, il donne son accent à la 
voyelle précédente : traître de traître^ chaîmy etc., § 598, v. 
toutefois naïf y pays; si c'est une diphtongue commençant par 
un î, Vi passe à / qui se joint à pour former la diphtongue oiy 
à ai pour devenir e et persiste après «, cf. tuyauy boyau, noyau 
de tu-iauy etc., foyer de fg-iery fléau de fla-ïau à côté de flau au 
XVI* siècle de flaely fleely fleauy préau de pra-iau. Il faut encore 
mentionner ctte-ieny d'où citoyen. Ce mot ne remonte pas à 
civitat + anus ou ianus puisque a-ien n'aurait pas pu donner 
-oyeny mais au français ciié-^ ien, où ei atone passe régulière- 
ment à oi. 

Il reste encore à mentionner quelques cas dans lesquels la 
contraction n'a pas eu lieu : piony piètre de ped-oney pedestris ont 
été soumis à l'influence de pied; péage qui, en sa qualité 
d'expression juridique pouvait conserver facilement une forme 
plus ancienne, a peut-être été influencé par payer ; chéanty 
chiance à côté de méchant y chance pourraient reposer sur cadientCy 
cadientiay bienséant et séance s'appuient sur asseyons; quant à 
créancCy c'est un mot savant, de m'ôme que obéir» 

Les participes comme reçut Roi. 782 sont (voy. Suchier 



§377-381- SUPPRESSION DU HIATUS 3^1 

Zeitschr. II, 270 sqq.) influencés par les parfaits. — Th. Hossner, 
Zur GtschichU der unbeUmtm Vokale itn Alt-und Neufran^ôsischen 
(Sprachliches und Metrisches), Freiburger Dissert. 1886. 

378. Dans les patois, les choses se passent en partie autre- (302) 
ment. Dans TEst, le t ne tombe pas, mais devient^' ( §436), de 

telle sorte qu'il n'y a pas de hiatus. Ou bien, si le hiatus se 
produit, il est toléré, toutefois les voyelles subissent des trans- 
formations, cf. Fourgs biuh (Jxtulld)^ diau (franc, dé). En 
wallon a + i persiste : pat (pagese et pacare), paiement, etc. 
Inversement, passe à « en rouchi : lûery jûer, éblûir, ékrûelle. 
— Ailleurs û en hiatus passe à i : Saintonge jû^r, Uriménil : 
etiœl (scutella)y fiant =fûant à Fillières. 

379. En PORTUGAIS rf (ou plus justement |/) passe à l : crivel, 
despir, lido, lidimo, cria=creia, via = veia, cri = esp. crei, vinha 
de veniay vAa (§ 4 S 4); et — a devient naturellement a : pada, 
escada, etc.; caiar de canus est étonnant; e — e passe à e : ter, 
crer, lenda. Quand les deux voyelles contiguës sont différentes, 
c'est généralement la seconde qui persiste : trella (esp. trailla), 
tnestre, elo, testa, quente, setta, conego, conha, molho, grudo; ici 
aussi on peut supposer comme antérieures des formes telles que 
treella, cf. beesteiros F. Gravaô 395. — Les formes dans lesquelles 
la voyelle est conservée s'expliquent en partie par l'analogie : 
doér, moér geâr, voâr, fiel, fiuT^a, etc. Saùde et giesta sont plus 
étonnants. 

380. Beaucoup plus étendu est le changement de e atone en 
i devant une voyelle; on le rencontre surtout dans les mots 
mi-savants. Tel est le cas pour le français lion, l'a.-français 
crier de creare et bialo = betullo des Fourgs ; biato appartient à 
toute la Haute-Italie depuis Venise jusqu'à Turin, on le trouve 
en outre à Alatri, en catalan, etc. De même esp., port, criar. 
En outre, vénit. tivio, morbio, torbio, komio à côté de kospedo. 

Le frioulan se comporte d'une manière tout opposée; il 
change ia ancien en ea : lobeàl de lobia, straneà, inueleâ, piertea, 
dismenteà, neveâ, ingleseassi de glesie, odeos, etc. 

381. La destruction du hiatus par un son intermédiaire 
est en partie un phénomène encore peu éclairci. Là où il 
apparaît le plus naturellement, c'est dans le cas où ea, io, etc., 

MBm, Grammaire. ai 



322 CHAPITRE I : VOCALISME § 381. 

deviennent eia, iio, et où oa passe à ova. Mais il y a encore 
d'autres consonnes qui servent à la destruction du hiatus, ainsi 
d en italien. Le plus simple est d'étudier, pour l'explication de 
ce fait, chaque langue l'une après l'autre. Le roumain connaît 
ç entre e, / et un à suivant dans steoUy :(ioày ci. § 104; Va est 
(303) vélaire, et, au moment du passage d'une voyelle palatale à cette 
voyelle vélaire, il se développe une fricative sonore vélaire, car 
telle est la manière dont il faut interpréter cet g. On trouve ensuite 
màduva de tnàdua Çmedulla), vadùva d'un plus ancien vaduà. 
En italien, on rencontre, ainsi qu'il a été dit, un d dans padi- 
glione de *paiglioney paviglione auquel répond exactement le pro- 
vençal /)a;(/w^«/ de paimentypavitnenty et les deux cas s'expliquent 
de la même manière. Sur le modèle de ital. ched a, prov. y«q; 
a = quid habet on forme neda, ne:(^a pour nea = ne(c) habet et 
l'hiatus est ainsi détruit par d, :( dans l'intérieur de la proposi- 
tion comme dans l'intérieur du mot. C'est probablement de la 
même manière qu'il faut expliquer le frioulan hidile de hiile, 
Mavile, kadutner (cucutnis), angudele = vénit. anguele. Il faut 
encore citer l'italien ragunare de raunare. Les dialectes offrent 
une matière encore plus vaste : il y a lieu de remarquer tout 
particulièrement en napolitain et dans les dialectes apparentés 
'in^a de -inea, -igina; à Alatri ia passe à iya, eya : mvideya = 
invididy viya, gelusiyUy ideya^ beyato et, parallèlement, putueta, 
puwesiya, kundinuwà, etc. On trouve déjà dans Rain. Buccio 
pigetate 815, preyori h 365, pagese h 454, ruvelletta 816. De 
même dans l'Italie du Nord : mil. ideya^ ehrey^ preya (^preta^ 
petrà), kreyUy viyUy et aussi kcva de koa (coda)y sova de stia, en 
outre regond de *revond *reond (rotundiis), rtlga^ sagoll, legûtt = 
liutOy etc. Ici le v s'explique partout facilement, et aussi dans 
bévola qui est sorti de beôlla, betulla^ par l'intermédiaire de 
béola. Mais il faut voir une formation analogique àzns gravis de 
graisy ital. graticciOy *reganay revanUy *rearuiy *retaneay aseve = 
acetarius, etc. — Le rhétique de l'Ouest offre des phénomènes 
intéressants. En engadin sûur (sudor^ et ûa (uvà) passent à 
sUyur, wya, en roumanche rais (radiée) devient ragis par l'inter- 
médiaire de rayisypruina passe à prugitta; on a ensuite nuvar de 
nodare, frioul. davon:^i = d-a-jungerCy ayar (aer)y buyai:(e = vénit. 
boa\:^a. La France du Nord est moins riche en phénomènes de 



§ 381-383- PROTHÈSE d'une VOYELLE 323 

cette nature; sureau de Ta.-français seû (jahucus)y abriter de 
abri et autres semblables seront expliqués dans l'étude de la 
formation des mots. Les dialectes du Nord-Est présentent 
un w entre une voyelle vélaire et une palatale, wallon serowe 
(carrucd), muwer (mutaré)y muw( (franc. muef)y aluwette (franc. 
luette^ bawer, cf. déjà dans le Poème Moral lowiefy alowe^ etc. 
On rencontre quelque chose de différent à Mons : sayû (sabucus)y 
sayêy payelle à côté de navia (noyauy, mavû à Plancher-les-Mines. 
En provençal aussi v apparaît dans uvir (audire) Dauphiné, g 
dans sagût (sabucus) Tarn. En catalan ea devient eya : semeneya 
du français cheminày teya = *tea, taeda, diarreya et les verbes en (304) 
^ar = esp. -ear. De même oa passe à oua : koua en majorquin. 
Enfin il faut mentionner en espagnol la présence de^ entre une 
voyelle et uCy rarement ailleurs : creguehy lampreguelay cadaguno 
José 856, fegu:^a 124, agutarda Caza, etc., en asturien la pré- 
sence de y devant î, e : uyidu, buyituiy trayta, trayer, ruyer, cayery 
Rafayely de même en galicien et en portugais couve (caulis)y 
ouvir, louvar, gouviry et, de là, coube, etc., dans le Nord, v. 
§ 442. Il est difficile d'expliquer lûgâr de lunary ûga S. Lourenço 
di Sande. 

La question de savoir si IV peut détruire un hiatus en français 
reste douteuse, cf. A. Tobler, Zeitschr. vergl. Sprachf., XXIII, 416, 
et Zeitschr., I, 479-481; à rencontre v. G. Paris, Rom., VI, 
129-133. 

Dans Baiào, -oa s'est développé en -oia : perdoia^ subj. perdoie; 
la première forme sort peut-être de perdoua. 

382. On peut encore parler ici du hiatus dans les mots mi- 
savants ou entièrement savants provenant du latin -^uuSy -^ua. 
On a, de là, en Italie, ovOy ovay Genotuiy Mantova, continovOy 
vedova; le fait est encore plus fréquent dans les dialectes, cf. 
milan, statova, kontinofy -ovay mûtofy individofy atnbigofy etc. A 
la place de cette terminaison, on trouve dans le Sud, v. g. en 
napolitain, -olo : statolay hmtinoloy etc. Il en est de même dans le 
portugais estatuUty trevula de trevua (d'où provient VuT) treva 
(Beira). Cf. encore § 340. 

383. Prothèse d'une voyelle. Déjà en latin vulgaire un / 
était venu se placer devant une s initiale entravée. Dans chacune 



324 CHAPITRE I : VOCALISME §383- 

des langues de la famille on trouve en outre d'autres voyelles 
devant les consonnes initiales. La résonnance de Yr en particu- 
lier développe souvent un a; ce phénomène est la règle en 
macédonien : aràdàtsinày aros^ aràu, arâdy ardts (valaq. rece)y etc.; 
en engadin : araig^ aram^ araity arendety arumper, arobUy arik; 
en gascon : arram, arrazimy arrumegary arrabCy arrethy de même 
dans les cas où IV avait été auparavant précédée d'une/.' arru- 
tnige (Jorinica)y arrage Q^fraga)y en catalan : arreboly arrely arreu, 
arrialtaty arrugay etc. A ces faits se rattache le changement de 
re- en are-, ar-y § 367. On rencontre encore ailleurs le déve- 
loppement de cet a, mais sans que les raisons en soient bien 
évidentes. Dans le français avertin de la vertin on a &it entrer à 
tort Ya de l'article, parce que, pour une oreille française, le mot 
se présentait avec une terminaison masculine. L'article féminin 
peut de même être en jeu dans le macédonien amarCy eng. 
alaigy mais non dans le macédonien amagrUy ad^phurty aspargUy 
(305) valaq. amarunt (minutie) y aluat (Jevatum). L'espagnol ayer et le 
macédonien aeri pourraient renfermer ad. Une des sources prin- 
cipales de la production de cet a est formée par les verbes com- 
posés avec ady lesquels ont été souvent assimilés aux primitifs 
pour le sens, d'où il est résulté que cet a a été préposé à 
d'autres verbes et finalement aux substantifs avec lesquels ils 
étaient en rapport. Ainsi le macédonien déjà cité amagru peut 
avoir été formé d'après amagresky cf. franc, amaigrir y de même 
que l'espagnol adevino peut l'avoir été d'après adevinar. Ainsi les 
formes roumaines asudy asputiy a^terriy ameastac, acopàr peuvent 
avoir reçu leur a d'autres verbes formés réellement avec ad-. 
Pour plus de détails, v. l'étude de la formation des mots. — 
En hispano-portugais on trouve encore une autre source. 
L'article arabe al assimile son / à la consonne suivante i, j, ;(, f , 
d:(^y dy dhy ty t y tl) y ti y r y puis, de là, cet a a été ensuite préposé 
à des mots de pure origine latine. Nous avons ainsi : esp. 
acitroriy abeduly arruya, avispay a^^ufrCy alaton; ayantar, ayucar, 
aniena:(ary arrepentirse atajary etc.; port, abantesmay abalroa, 
abanary abutrCy alagoay acabOy alampadoy etc. On trouve rarement 
d'autres voyelles prothétiques : dans l'espagnol orugay il n'y a 
pas de prothèse d'un (?; mais Ye du latin eruca a été assimilé 
à Yu accentué. 



§ 383-385- TRANSPOSITIONS DE VOYELLES 325 

Pour l'hispano-portugais, cf. J. Cornu, Va proihétique devant rr en 
portugais^ en espagnol et en catalan, Rom., XI, 75-79 ; Baist, Zeitschr., 
VII, 631. 

384. L'addition d'une voyelle à la fin du mot ne se rencontre 
que rarement. Il est vrai qu'on trouve ce phénomène assez fré- 
quemment dans les anciens textes rhétiques versifiés, mais, à ce 
qu'il semble, sans qu'il réponde à un fait linguistique. Cf. v. g. 
Arch. Glott., Vn, 150, 14 salgirCy 15 rire, 18 servare, mais 
vangir 50, star 16, cantar 6; liunse /{i^bunse 42, mais à l'inté- 
rieur du vers luffs. Comme les vers i, 2, 4, 5, 8, 9 de chaque 
strophe doivent avoir une rime féminine, le poète arrive tout 
simplement à son but par l'addition d'un e. Mais en toscan 
vulgaire on ajoute un -e à chaque voyelle finale accentuée : 
cantôCy amôCy de même aussi rà, virtiie; le même phénomène a 
lieu aussi pour des mots étrangers se terminant par une con- 
sonne : DaviddCy lapisty etc. L'écriture ne rend plus ce fait 
sensible à l'œil, mais il n'en était pas de même des textes des 
siècles précédents. — Dans les dialectes portugais, notamment 
à Beira Alta, on ajoute un -e à chaque consonne finale : inarCy 
a:(uley Dew^e ou Deu[ avec :ç réduit. S. Lourenço de Sande saUy (306) 
kintale, amie. On ne peut voir dans ce phénomène la présence 

de Ye latin pour deux raisons. Pour Deu:(ey il n'y a pas eu, en 
général, dans la forme latine une voyelle à la finale ; pour aneky 
la finale était un 0. En outre, sale aurait dû donner nécessaire- 
ment sae, puisque dans ces dialectes, de même que dans le por- 
tugais ordinaire, / intervocalique tombe. Il faut donc admettre 
qu'ici aussi, -aie est d'abord devenu -a/; puis, après la période 
où / interconsonnantique tombait, -al est de nouveau redevenu 

385. Les TRANSPOSITIONS de voyelles, de même que celles des 
consonnes, peuvent avoir lieu de deux manières : ou bien deux 
sons changent de place, ou bien l'un passe d'une syllabe dans 
une autre. On nomme généralement ce second phénomène 
attraction ou épenthèse. Pour les cas où il s'applique aux 
voyelles posttoniques, v. § 340. Il atteint rarement les proto- 
niques, cf. peut-être andal. faisions astur. perpeutadOy bogot. 
enjuagar. L'andalous faitiga est digne de remarque. Par contre, 
une transposition réelle a lieu dans les cas mentionnés au § 295, 



326 CHAPITRE I : VOCALISME § 3 83-387. 

auxquels viennent s'ajouter encore les curieuses formes suivantes 
du siennois : bontià, metiây ontiaruiy santia, contiare (compitarè), 
contio {cognitui), ontiUy en outre santio(janctus), V. aussi a.-franç. 
postei pour poesti = potestate. 

386. n y a bien des causes qui peuvent occasionner les trans- 
positions réciproques, toutefois elles ne sont pas toujours 
évidentes. En italien, c'est sous l'influence de agreste que 
robustus passe à rubestOy par l'intermédiaire de *rebosto. De même, 
c'est par un phénomène de transposition qu'un suffixe fréquem- 
ment employé en supplante un plus rare, comme dans le por- 
tugais joelho (mais on trouve encore giolho dans Sa de Miranda 
et actuellement à Ponte-do-Lima) et dans le tyrolien yonedl de 
genucluy dans le français moelle de meolle (medulld), rouet te de 
*reottey *reorte (retortà) ; au premier se rattache le sarde du Sud 
muedduy port, tnoelay prov. mod. tnudelOy on rencontre en outre 
en portugais boleta = esp. bellota et en provençal /«r^^ deferç^e 
(*feroticus)y d'après dutnege = domesticus. Les autres cas sont 
difficiles à expliquer. Le latin rûmtgare a été en partie fortement 
dénaturé, également dans son consonnantisme, cf. § 582; dans 
le tarentin ricumare et le catalan remugary le préfixe re est issu 
de la transposition des voyelles. — L'espagnol alhahal remonte à 
alvonjale de alveonale : 1'/ s'est joint à l'n plus facilement qu'au v. 
Dans Vz.'ponugdîs prestumeiro=postrefneiro Faro de Guarda 442, 
la voyelle labiale paraît avoir été amenée par la consonne labiale. 
(307) Le sicilien rinnituiy calabr. lecc. rindituiy paraît remonter à 
*hurindine pour hirundine, — La transposition s'accomplit avec 
une facilité toute particulière quand les deux voyelles sont 
atones. De impromûtuare est sorti, dans le latin vulgaire gaulois, 
*itnprûmotuarey franc, emprunter; de hereditate, a.-franç eritage et 
puis iretage; sequitare a donné en tarentin suticarey par l'inter- 
médiaire de secutare, etc. 

Cf. D. Behrens, Ûber reciproke Metaihese im Romanischen, p. icx)- 
109. 

387. Le DÉVELOPPEMENT d'une VOYELLE entre deux consonnes 
se produit dans différentes circonstances. Il a lieu tout d'abord 
dans les mots étrangers qui renferment des combinaisons de 
sons insolites, v. g. saintong. qgumite, ital. seneppinOy lan:^ichù' 



§387. 388. INSERTION d'une VOYELLE 327 

netto^ a.-franç. hanap, canif, etc., frioul. skurubutt. On le ren- 
contre aussi dans le cas où les deux consonnes ne sont pas homo- 
topes ou si Tune des deux est une sonnante. Le roumain en 
offre peu d'exemples : d + v, d -^^ m deviennent dev, dem : 
adevër, ademânesc. Il faut encore citer le roumanche farein. 
Comme en général dans ce dialecte le groupe fr est toléré 
tandis qu'en engadin une voyelle initiale atone tombe facile- 
ment (cf. § }72),farein pourrait être un emprunt avec transpo- 
sition de sons sur le modèle de l'engadin /r/na = roumanche 
farina. En italien sm passe à sim : ansima de *asma, asthma, 
Cosimo, biasimo. C'est surtout en émilien qu'on rencontre des 
cas nombreux du développement d'une voyelle, cf. romagn. 
esan, biasum, seruf = servo, gveran = governo, seluf = salvo, 
koran = carno, merum (jnarmor), etc. Il faut aussi citer ici les 
résultats de tennis dans le français de l'Est; teneve dans S. Grégoire 
et Ezéchiel se laissent, il est vrai, expliquer autrement, mais 
tenave Ezéch. 22, 20, et tenavement 22, 24, ne font aucun doute. 
Il faut ajouter à ces cas le bressan seneve, senove de cannabis, 



*canve. 



388. On peut en définitive . voir un développement de 
voyelle dans le cas où un e apparaît entre une consonne et une 
r, bien que le fait puisse être regardé avec plus de raison comme 
une vocalisation de consonne. Le phénomène se rencontre en 
particulier dans les dialectes français lorsqu'un / ou un u semi- 
vocaliques suivent une r. Nous avons donc en réalité la succes- 
sion de sons suivante : consonne, sonnante, sonnante, voyelle. 
Nécessairement l'une des deux sonnantes doit devenir voyelle, 
et, dans le français moderne, c'est la seconde qui subit ce sort, 
on trouve en effet sàtyé à côté de vudrié; inversement on a dans (308) 
le Berry pfyé = prier, kjryé = crier, de même kabfyole, agfyé, 
morv. tYîklle, kfjer, prier, fyjà, effiàdé, ebfié Çabriter), Haut- 
Maine tj'iié (truie), lUe-et-Vilaine tfûelle, ekjruelles, iapjryole. — 
Vionnaz, à ce point de vue, est intéressant. D'après le § 262, 
on doit y trouver, comme correspondant au français tirer, 
mirer, virer, les formes tiryer, miryer, viryer; en outre, d'après 
le § 39, Vi doit passer à g et, de plus, er à f . Nous avons donc 
dans t^'yé la succession : consonne, sonnante, sonnante, voyelle. 
La première sonnante se joint à la consonne, par suite de quoi 



328 CHAPITRE I : VOCALISME §388. 

la seconde doit devenir voyelle : de tj^yer est sorti tri-y-er. Par 
contre, dans mfyer vfyer^ il y a trois sonnantes de suite; celle 
du milieu devient voyelle, et les deux autres consonnes : meryi. 
On rencontre déjà dans les anciens textes français les commen- 
cements de ce phénomène. Dans le Voyage de Charlemagne, 
on lit venderai 498, volderunt 315, 840, abaterai^ tandis que le 
mètre exige des formes dissyllabiques. Il en est de même dans 
les monuments picards : Amis 1834 meterai est assuré par le 
compte des syllabes du vers ; les futurs en -erai se rencontrent 
v. g. dans les chartes du Vermandois, onkde à Aire K. 4, apos- 
teles A. 25, egelise K. 17. L'interprétation de la graphie ver dans 
cheverels reste douteuse; elle est à peu près la règle devant 
l'accent v. g. dans les Livres des Rois : comme le scribe n'avait 
à sa disposition qu'un seul signe pour v et pour u, Ve pouvait 
servir à assurer la valeur consonnan tique du v. Mais justement 
dans ce texte Ye devrait avoir été réellement prononcé et cela 
pour un double motif : d'abord parce qu'après l'accent vr 
persiste généralement, ovre, et ensuite parce que siwrai passe à 
situerai; il n'y avait dans ce cas aucune nécessité orthographique 
qui réclamât l'insertion d'un e. Le Bessin présente un déve- 
loppement postérieur de f en çr dans hriable, keriatnre. — De 
même, à Campobasso, er devant les sonnantes passe à f , qui 
persiste en qualité de f (eré) après j, è et devient rg dans les 
autres cas : è^rçvoune (cervorui)y tsçruwits^^ (servi:(io)y èçrîauielle, 
mais trpnçndà {torfnmtarê)^ pr^^rçyâ, preulatç de pcryulat^ (/^^~ 
gulato)y abbreohây krawattine. 



§389-391- VOYELLES NASALES 329 



III 

REMARQUES SUR L'HISTOIRE DES VOYELLES 
NASALES 



389. Nous avons souvent fait voir dans ce qui précède que 
les consonnes nasales exercent un très forte influence sur les 
voyelles qui les précèdent immédiatement. Dans la très grande 
majorité des cas, la consonne nasale est devenue vélaire ou (309) 
légèrement palatale, puis elle a communiqué sa qualité à la 
voyelle; elle Ta nasalisée : an ou 5n, et est enfin tombée : à. 
Cette voyelle nasale est souvent, par la suite, redevenue orale. 

Ces phénomènes doivent être comptés au nombre des plus diffi- 
ciles de l'histoire de la phonétique romane, et, de plus, les 
matériaux, que pourraient fournir, pour les expliquer, les patois 
modernes, sont très insuffisants; nous voudrions pourtant, ici, 
rassembler ce que nous pouvons aujourd'hui savoir de la ques- 
tion. Les langues qui nous intéressent ici sont le roumain, le 
français, le provençal, le rhétique, les dialectes de la Haute- 
Italie et le portugais. 

390. En ROUMAIN, la voyelle tonique ouverte devient une 
voyelle fermée devant n ou w + explosive ; donc a devient en 
roumain d, ç devient ^, ç devient (?, d'où ensuite î, /, «, cf. 
cînty vint y bun, et §§ 94, 135, 244. Cette transformation de 
voyelles ouvertes en voyelles fermées s'explique par la différence 
qui existe entre m^ et w^ Tandis que m intervocalique restait 
une nasale labiale, m devant une consonne et n dans tous les cas 
devinrent dès l'abord légèrement vélaires : le resserrement du 
canal buccal qui s'ensuivait se produisit aussi pour la voyelle 
immédiatement précédente. N intervocalique devient ensuite 
h, r, en passant par û, V. ci-dessous. 

391. Les phénomènes que présente le français sont d'une 
importance toute spéciale. Dans le français du Centre, la voyelle 
nasale n'apparaît actuellement qu'à la fin de la syllabe, tandis 
que, dans l'intérieur des mots, en position libre, la voyelle est 



330 CHAPITRE I : VOCALISME §391- 

orale : pleine. Cet état de choses existe au moins depuis le 
XVI* siècle : les grammairiens ne font pas mention d'une 
prononciation plène. Pourtant, en peut venir de en, c'est ce que 
prouvent aîné de ains né, c'est-à-dire de èsni, et aine de inguine 
en passant par ^ne. Cf. en outre le français moderne panne 
de pinna, femme de femina, dont Va suppose un plus ancien pêne, 
feme. Si l'on prouve ainsi qu'une voyelle nasale devant n en 
ancien français a dû, par la suite, produire une voyelle orale, 
il en ressort tout au moins la possibilité de faire remonter une 
voyelle orale + n du français moderne à une voyelle nasale + n 
de Ta.-français. Cette possibilité devient une vraisemblance 
grâce à ce feit que pour n, m entre voyelles on écrit en a.-français 
(310) et souvent encore aujourd'hui nn, mm : bonne, aimme. Ce redou- 
blement peut n'avoir aucune signification réelle dans la pronon- 
ciation du français moderne; mais si nous admettons que bonne 
a été prononcé bône, cette graphie représente ce que la graphie 
chante représente pour le mot prononcé iàt. Enfin la qualité 
actuelle de la voyelle orale devant n, m, prouve une nasalisation 
antécédente : pçma est devenu pçmme en passant par pome. Les 
voyelles se comportent très différemment les unes des autres à 
l'égard de la nasalisation. C'est / et û qui se maintiennent le 
plus longtemps, tandis que toutes les autres cèdent de bonne 
heure : ainsi ç dans les proparoxytons s'est nasalisé déjà avant 
que ne se soit établie la loi de syncope (§211), pour a le fait s'est 
produit encore au degré à (§ 246). Mais tandis que le français 
du Centre traite de la même façon toutes les voyelles pour la 
nasalisation et la dénasalisation, les dialectes présentent entre 
eux d'importantes différences. D'abord on a déjà remarqué § 33 
que 'ina, etc., se présentent encore dans tout l'Est et en partie 
dans le Sud-Est, sous la forme nne, -ëne, etc. Mais ensuite c'est 
è qui semble persister le plus volontiers, tandis que et 5 
deviennent facilement 0, a; cf. v. g. Fourgs : bè {bene), pèno, 
tseno, fuma, mais suno {sonat), tuno, da Çdente), presa, -ma, et 
en outre via de viginti; mais, devant des consonnes, tiàdre 
Qingerè) detiàdre. Le latin ant reste : marcà (marchand), de 
même an : ma, pà, etc. Il faut remarquer ici la différence de 
traitement de an^ et de en^, qui se retrouve aussi ailleurs, 
cf. 5 91 et Courtelarg : sotà (sentant), kità, ta, à côté depretodre, 



§ 39I~393- VOYELLES NASALES EN FRANÇAIS 33 1 

rotr{ (rentrer)y vivema (vivement) auxquels s'ajoutent comme 
mots venus des livres, muvemç (mouvement) et ressàtimi. Ces der- 
niers mots ne sont pas faciles à expliquer : peut-être viennent-ils 
de quelque autre dialecte et non directement de la langue des 
livres. Mais nous voyons ici, ce qui confirme complètement 
l'opinion émise au § 92, que la dénasalisation se produit 
d'abord pour les voyelles vélaires et que a devant une nasale 
est plus palatal que vélaire. Cf. § 246-248. En est traité 
comme un ancien in. Dans le français du Centre, la diffé- 
rence entre langue et teindre s'explique par le fait que le point 
de départ est pour le second mot ^ sortant de ^ et pour le 
premier ^; teindre s'est alors développé commt peine. Il n'en est 
pas ainsi dans l'Est où peino devient pèno. Ce fait nous conduit à 
établir la succession que voici : le latin vulgaire pçina devient dans 
l'Est pçinay p(no; ce n'est qu'à l'état ç que se produit la nasali- 
sation. Au contraire, iingere passe à tinre par l'intermédiaire de 
tçAre. Ici / est aussi difficilement susceptible de nasalisation que (311) 
dans le Centre ; mais, au lieu de passer à i, il reste plutôt intact, et 
la résonnance de n développe une voyelle nasale 5, tinre devient 
tiare. Ailleurs la nasale finale est demeurée, tandis qu'une voyelle 
orale s'est introduite aux autres places du mot, tel est le cas 
aux environs d'Arras : poèy mate, love (levain)^ bûsôy mais 
dim^s (dimanche)^ blfa (blanc)^ sçrp^Uy mei^a, lœdi, lok (cinq), 
p^ (ponere)y kedel (chandelle), kn^sé (commencer), vet (vingt), vç 
(veut), etc. Ou bien la dénasalisation se produit dans tous les 
cas comme à Reims : mo (mon), repud, sodeli (chandelier), ratre 
(rentrer), sodre (cendre), oguille, odouille, etc. 

Pour les plus anciens textes français, cf. G. Paris, Rom., XI, 605. 

392. Mais il semble qu'il se produise aussi parfois un retour 
à la voyelle orale + w. Dans quelques dialectes lorrains on trouve 
fandû, muojpn, dehond, sond (cendre). On pourrait se demander 
si l'on a affaire ici à une influence germanique, si ce phénomène 
a des limites géographiques bien définies ou s'il est purement 
individuel. Comme transition entre à et an, il faut admettre au 
qui se trouve aussi en Lorraine, notamment après i : biû, fiû, 
ou byiû,fyïiï. 

393. Tandis que, dans les cas précédemment étudiés, c'est 



332 CHAPITRE I : VOCALISME §393-395- 

la partie postérieure du voile du palais qui s'abaisse pour le 
passage de an à au, àiï^ on peut concevoir aussi un abaissement de 
la partie moyenne, soit une série a«, aA, an. Et c'est ce qui se 
trouve en effet dans le français de l'Est. Déjà, au Moyen-Age, on 
rencontre des graphies comme fontaignCy Yzopet 67, plaigne 501, 
eschigne 1700, et de même aujourd'hui dans le Morvan : fin, 
pèriy vêfiy etc.; en Champagne, Tarbé 70, mainlle^ moinlUy 
poinlle n'ont pas d'autre signification. Plus au Nord, à Mons, 
on trouve vèfiy pûA (j)omum)y pàriy qui prouvent que ce n'est 
pas 1'/ qui est en cause et que l'on n'a donc pas affaire à un 
phénomène parent de celui que nous a présenté le rhétique au 
§ 298. Il est frappant que dans ce même territoire de Mons, on 
rencontre ou de J, au de â, çu de è, qui supposent une û tout à 
fait vélaire. Ici encore une enquête plus minutieuse est très 
nécessaire. 

(312) 394. La couleur des voyelles varie, selon que c'est plutôt une 
tendance à la dissimilation ou au contraire à l'assimilation qui 
domine. La dissimilation apparaît dans le français du Centre, 
dans les cas où ê passe à à, î à ê (§§ 589 et 33). C'est Arras qui 
offre les plus intéressants phénomènes de dissimilation : blanc y 
devient bl(a, absolument comme salsa devient s^os; dans l'un 
comme dans l'autre cas, on a un a + une vélaire, devant 
laquelle cet a passe à ç par dissimilation. — Il est plus difficile 
de se rendre compte de ê provenant de a entravé dans une 
syllabe atone : Cambrai, ènio (anneau), èné, kmèdé. Peut-être le 
plus probable est-il qu'on a ici affaire à une réduction de la 
voyelle nasale atone, réduction qui correspond à celle de Va 
protonique oral qui devient e. Au contraire, on trouve une 
dissimilation dans iûsî (suçant), etc., dans le Pas-de-Calais, 
dans abitè, te, mitenè à Delémont. 

395. Dans certaines circonstances, la dénasalisation influe 
aussi sur la qualité de la voyelle. Notamment la voyelle s'abrège 
souvent, cf. franc, pçmnte, et cette abréviation peut aller jusqu'à 
la réduction de la voyelle à g et jusqu'à la perte de l'accent. Il 
en est ainsi particulièrement dans l'Est : lorrain dën (donat)ypêm, 
paiën, kû^ën, h^èn, fèrën, pën (épine), fôtën, rèn, etc., d'où 
ensuite epnà, etc., v. § 596. 



s 396"398- VOYELLES NASALES EN ITALIEN 333 

396. En PROVENÇAL, Çy g se ferment devant une nasale ^, ç : 
be rime avec fi, bo avec dç) ^ devant n est vélaire, et, par consé- 
quent, ne rime qu'avec lui-même. Si en vertu de la loi des 
finales, une n primitivement libre vient à se trouver à la fin du 
mot, elle tombe dans la plupart des dialectes, v. § 563. En 
gascon, la chute de Vn entraîne un allongement : pcuiy fee, bee, 
ra^oo sont des graphies fréquentes dans les vieux textes gascons. 
Autrement, la quantité est la même que devant les explosives ; 
on a ainsi, par exemple, limous. fi (Jine) comme ouvi (auditu), 
mais ouvi {audire). On peut se demander s'il y a entre pâ et 
pan un état intermédiaire pà. Le changement de qualité de la 
voyelle nécessite une prononciation vélaire de Tn, cf.-§ 394. 
Ainsi il fiiut admettre, pour l'époque la plus ancienne, un état 
antérieur paûn avec une n qui commence avec un son vélaire et 
finit avec un son dental. Mais, de là, la route vers pà ne peut 
guère passer ailleurs que par pà. 

397. Le développement des voyelles devant n en rhètiq.ue 
présente de nombreuses ressemblances avec celui du français, 
nommément le cas de e entravé (§ 96), tandis que le frioulan se (313) 
rapproche du roumain. Pourtant on est souvent ici dupe de l'appa- 
rence : le roumain timp et le firioulan Hmp ne se rencontrent 

que par hasard; Vi provient dans ces deux mots de sources diffé- 
rentes, cf. §§ 162 et 94. Une û vélaire et même les voyelles nasales 
semblent avoir été autrefois propres au rhétique de l'Ouest. 
Rotenbrunnen en Domleschg conserve encore aujourd'hui tout 
au moins àû provenant de an : Màûy làûay pàû, û entre voyelles 
apparaît dans tout le domaine central des Grisons, et û finale, v. g. 
dans paniSy appartient en outre à tout le Frioul. Mais devant les 
consonnes dentales, n persiste presque partout, Bergûn seul pré- 
sente ici aussi û. Peut-être la forte dépendance de «, à l'égard 
de la voyelle tonique, doit-elle nous porter à croire à l'existence 
antérieure de voyelles nasales : bum, èaiia. Le retour à la voyelle 
orale et à Vn dentale doit, en ce cas, être attribué à l'influence 
germanique qui s'exerce tout particulièrement dans ce pays. 

398. En PiÈMONTAis, en lombard et en génois, on rencontre 
également des voyelles nasales. Le manque de diphtongues 
provenant de ç prouve que, de bonne heure, n intervocalique a 



334 CHAPITRE I : VOCALISME § 398-4OO. 

eu une prononciation vélaire : piém. kadeûa et non *kadeina. 
Quelles sont les limites du territoire où cette prononciation 
subsiste encore, c'est la question qui reste à examiner. 
S. Fratello la connaît à la terminaison : nwi, t^mày v{Uy M, 
mais bauna^ dont Vu prouve que Vn a été vélaire. Ainsi fiè=^ 
finOy ce qui rappelle le français de l'Est via de ifiginti (§ 391). 
Mais û ne peut se joindre aux diphtongues dont le second 
élément est un /, c'est plutôt ti qu'on trouve dans ce cas, 
laquelle disparaît ensuite : fat de fenum^ buoi = boniy *fcm, 
(§ 322), Met, plur. de kè (canis). — Une complète dénasalisation 
s'est produite aussi devant les consonnes, en bergamasque : ma 
(tnarto)y be {bene)^ tep (tempo) supposent pourtant ma, bè, tep. 
— Il faut aussi remarquer ici les voyelles nasales palatales qui 
nous sont déjà connues par le français (§ 394); ainsi dans le 
Tessin, non seulement verih, fen, nissûA, mais aussi maA, vari 
dans le Val Maggia, karoh dans le Val Leventina; à Novare, n 
intervocalique devient fi, tandis qu'à la finale boun devient buk 
en passant par *buûy *biiû, *buk. 

399. Enfin, en portugais, on trouve des voyelles nasales qui 
se distinguent essentiellement du français : biles sont plus pala- 
tales. Ainsi, en portugais, t et û sont possibles. Comme en 

(314) français, Vn intervocalique a nasalisé la voyelle précédente et 
est ensuite elle-même tombée. Plus urd, une dénasalisation 
s'est de nouveau produite, sauf pour î qui devient iA. Ainsi 
luna devient Itm, en passant par /ûna, lûa, avena devient aveia, 
par l'intermédiaire de avèna, avèa; au contraire, *cocina devient 
coiinha en passant par ccn^nUy ccnjfa. A la finale, la voyelle nasale 
subsiste : bonu, bônu, bon, bô, par conséquent aussi latuty làa, 
puis contraction des deux a : là, mais *vino, vio, vinho. Souvent 
une voyelle nasale est aussi produite par m, n, qui la précèdent : 
mûy, mày, mim, ninho de *nio, nido, 

400. La nuance des voyelles est très variable, selon les dia- 
lectes. Bien que les voyelles nasales portugaises soient plutôt, 
comme on l'a dit, palatales, elles demandent pourtant toujours 
uns on fermé. Les nasales 5 et offrent, particulièrement dans 
les dialectes, des nuances variées, selon qu'ils sont plus ou moins 
vélaires ou palatales. Le lat. -one devient, dans le Nord, ô, m. 



§ 400 VOYELLES NASALES EN PORTUGAIS 335 

V. g. dans toute la région du Douro et du Minho. Le portugais 
du Sud et la graphie des livres ào ofiirent un tout autre déve- 
loppement. De <me est sorti d'abord ô, cf. àes de ones et bë de 
bene. Unie à Vo vélaire, la nasale était elle-même vélaire. Il en 
est sorti par dissimiktion àô et enfin le ào actuel, qui, main- 
tenant, est identique au résultat de -anutn. Les dialectes du 
Nord, au contraire, transforment Hino en -an, -5. Partis s'associe 
le plus souvent à ou : pôUy ce qu'il faut peut-être expliquer par 
l'influence des consonnes labiales. S. Lourenço de Sande va plus 
loin : tout Hino y devient ou. Il est possible que la chute de Yo 
soit plus récente : anOy ào y ou; à de ana et de an^ ne reste pas 
non plus, mais devient ào : irmôu = germanuSy irtnào ^=^ ger- 
manUy mehào = port, manhày kàopo = campOy sàoto. 



(315) CHAPITRE n 

CONSONNES 



401 . Les facteurs, qui déterminent le développement des con- 
sonnes, sont en partie distincts de ceux qui agissent sur les 
voyelles, bien qu'à vrai dire, ils diffèrent moins entre eux par 
leur nature que par leurs résultats. Ici encore, en effet, inter- 
viennent les phonèmes environnants et Faccent, mais précisé- 
ment en rapport inverse de leur influence sur les voyelles : les 
modifications que l'accent fait subir aux consonnes sont de 
médiocre importance; décisive au contraire est Faction des sons 
environnants. Par suite, la place des consonnes dans le mot est 
aussi bien plus importante que leur degré d'articulation; le 
traitement de p^ k^ t k l'initiale est parfeitement uniforme; de 
même, le traitement de />, i, ^ à l'intérieur du mot, entre 
voyelles; mais entre p initial et p intérieur, ou bien entre t 
initial et t intérieur, il existe une très grande différence : cf. 
ital. padrCy casa^ tahy rivay spiga, spada^ où les dentales ne sont 
pas autrement traitées que les labiales ou les gutturales, mais 
où les consonnes se comportent différemment, selon qu'elles 
sont à l'intérieur ou au commencement du mot. Une exposition 
scientifique du développement du consonnantisme roman ne 
doit donc pas parler des consonnes isolées dans leurs diverses 
situations, mais de l'ensemble des consonnes dans les situations 
différentes qu'elles peuvent occuper, ainsi des consonnes ini- 
tiales, intérieures, finales ; et cela en étudiant chaque consonne 
simple ou chaque groupe de consonnes au commencement du 
mot, devant l'accent tonique ou après l'accent tonique, etc. — 



§401- 402- CONSONNES LATINES 337 

Les changements peuvent se partager en trois classes : le point 
d'articulation peut être déplacé ; c'est par exemple le cas lorsque 
le lat. ke devient ke; le I reste une explosive sourde, mais qui (316) 
se forme un peu plus en avant que le k. De telles modifications 
sont le plus souvent jointes au son qui suit; mais elles se 
produisent aussi bien au commencement qu'à l'intérieur du 
mot. En second lieu, le point d'articulation demeure le même, 
mais la force employée pour l'articulation est moindre ; la glotte 
reste rétrécie ; il se produit alors un son sonore à la place d'un son 
sourd, ou bien l'occlusion n'est pas complète, il y a seulement 
un rétrécissement : il se produit alors un son fricatif au lieu 
d'une explosive; ou bien il n'y a même plus de rétrécissement : 
à la place de la consonne apparaît une voyelle. Tandis que ces 
phénomènes se produisent par étapes successives et que, par 
exemple, entre k et ^, il existe toute une série d'états intermé- 
diaires, il en va tout autrement lorsque la dentale n prend la 
place de la labiale m ou lorsque / passe à d, etc. Nous appelle- 
rons, dans ce qui suit, la première classe de ces changements : 

CHANGEMENTS DE PLACE, la SeCOnde CHANGEMENTS DE DEGRÉ, la 

troisième échange de phonèmes. Une distinction tout à hit 
rigoureuse est d'ailleurs impossible. 

402. Les consonnes latines. Le tableau des consonnes' en 
latin est le suivant : 



Explosives 


Continues 


Sonnantes 


Sourdes Sonores 


Soardcs Sonores 




p B 


F V 


M 


T D 


S — 


NLR 


C G 


H J 


.—. 



Labiales. . . 
Dentales . . 
Gutturales. 

Le V était en ancien latin bilabial et conservait encore cette 
valeur lorsque les premiers mots latins pénétrèrent dans les 
langues germaniques. Le w germanique était aussi bilabial et, 
par suite, le latin vinum fut rendu en germanique par luîns. 
Plus tard le v latin devint labio-dental et se trouva, par suite, 
plus voisin de Vf que du w germanique, cf. versus : vers. Quand 
l'empereur Claude voulut, en l'an 47, introduire l'usage de F 
renversé comme signe du t; au lieu de l'ancien F qui représentait 
aussi le son «, c'est que, sans doute, v lui paraissait plus près 

Mbtsr, Gnmmahft, ai 



338 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 402. 

de /que de u. De même, Consentius, V. 395, 15, blâme la 
prononciation bilabiale comme dialectale : « v qudque litteram 
aliqui pinguius ecferunt, ut, cum dicunt veni, putes trisyllabum 
incipere. » VH avait complètement disparu, déjà vers la fin de 
la République, dans le langage du peuple; un peu plus tard, 
(3^7) dans celui des lettrés. Il n'en est point question dans les langues 
romanes. 

On rencontre toutes ces consonnes au commencement du 
mot devant une voyelle. Au contraire, à Tintérieur du mot, 
entre deux voyelles, Vf ne se trouve pas dans le vrai latin ; des 
mots comme rufus sont d'origine sabellique, cf. § 19, p. 43. / 
ne se trouve qu'entre deux voyelles, et seulement si la seconde 
est sourde, m/a, tnajoTy ejus; trajecta et les mots semblables ne 
sont que des graphies étymologiques, et l'on prononçait en 
réalité traicta^ v. § 293 ; é ne se trouve de même qu'entre 
deux voyelles. 

Les groupes de consonnes que possède le latin au commence- 
ment des mots sont : PL, BL, FL, CL, GL; PR, BR, FR, TR, 
CR, GR; GN; QU; ST, STR, STL, SP, SPR, SPL, SC, SCR. 
Parmi ces groupes, stl n'est représenté que par les mots vieillis 
stlis, stlocus, stUmbuSy et par stlatta, stloppus; spr par le seul mot 
spretus; spl par splendet, qui est suspect d'être un mot d'emprunt. 
Gfi, fréquent dans la période ancienne, perdit son g de bonne 
heure dans le langage populaire. 

Dans l'intérieur du mot apparaissent : N avec les explosives 
dentales, avec s et /(toutefois, v. § 403), aussi avec les guttu- 
rales dans l'écriture; pourtant elle a, dans ce cas, une pronon- 
ciation vélaire; M se rencontre avec des explosives labiales et w; 
L avec toutes les consonnes, sauf r; R avec toutes, sauf l; S 
avec les explosives sourdes; toutes les explosives peuvent se 
grouper avec r; les gutturales et les labiales avec / et s, seule- 
ment^ avec m, n; enfin, p, c peuvent former un groupe avec /, 
et rarement b, g avec d. On trouve aussi à la seconde place des 
groupes de consonnes : N après /, r, w, g; M après /, r, g; D 
après les explosives; L après les explosives, sauf les dentales; 
V après r, /. q; S après n, r, /, p, c (jk)\ les explosives après 
/, r, n respect, m; les sourdes aussi après s, les dentales aussi 
après les labiales et les gutturales. 



§402. 403- CONSONNES DU LATIN VULGAIRE 339 

Des groupes- de trois consonnes et au dessus ne sont possibles 
que si l'une de ces consonnes est une sonnante ou une frica- 
tive, et Tune des autres une muette. Nous trouvons : 

NCr, NCS, NCL, NGL, NTR, NST; MPT, MPS, MPL, 
MBR, CST, CSTR, STR. 

Toutes les consonnes peuvent être redoublées; pourtant bb, 
ddy gg sont très rares. Enfin, à la fin des mots, on peut avoir 
les consonnes : Af, Ny R, L, 5, T, Z), C; P seulement dans le 
mot isolé volup; B seulement dans ai, oby qui forment toujours 
avec le mot suivant une seule expression verbale; NSy MS, Z, (318) 
PSy RX, LX, ST; MPS dans siremps. 

403. Le système CONSONNANTiaUE DU LATIN VULGAIRE COn- 

corde dans l'ensemble avec celui du latin écrit. Les différences 
les plus notables concernent les gutturales; il présente aussi 
quelques divergences dans les groupes de consonnes et à la fin 
des mots. 

I . — Ce n'est qu'en logoudorien, en a.-dalmate (Veglia) et en 
albanais que le c latin a conservé sa valeur gutturale. En italien, 
au Sud de l'Apennin, en rhétique, en roumain et en picard, il 
nous apparaît avec le son tSy respect. 1, partout ailleurs avec 
le son tSy Sy f. L'histoire de la palatalisation du c est tout à fait 
obscure. L'hypothèse que ts provient de ti manque aussi bien 
de confirmation historique que l'hypothèse contraire, selon 
laquelle t? conduirait à ts : les deux sons paraissent s'être déve- 
loppés en prenant l'un et l'autre un point de départ commun. 
Voici comment il faut se représenter ce développement : le point 
d'articulation du i se déplace de plus en plus en avant, vers 
l'endroit où,- dans la prononciation de Ve et de Ti, la partie 
moyenne de la langue se rapproche le plus du palais : nous 
avons alors le son du k dans le firançais qui^ ital. chiesa. Si 
le point d'articulation se déplace encore plus en avant, la langue 
forme une sorte de canal; quand l'air passe par ce canal après 
la rupture de l'occlusion, il se produit un léger bruit fricatif : 
le ky qui était d'abord une explosive pure, est accompagné 
d'une disposition spéciale des organes vocaux tendant à pro- 
duire une fricative : I. Si l'on va encore plus loin dans cette 
voie, on a toujours un phonème analogue mais pour lequel la 



(319) 



34Û CHAPITRE II : CONSONNAKTISME §403- 

formation du canal lingual commence immédiatement après le 
point d'occlusion : /. Le plus souvent l'élément fricatif se 
développe jusqu'à prendre la valeur d'un son indépendant, et 
alors deux voies sont possibles. Ou bien la rupture de l'occlu- 
sion a lieu dans le sens de la ligne médiane, le canal lingual 
persiste et l'on a le phonème composé ts; ou bien la partie 
moyenne de la langue est un peu moins élevée que pour le t, 
la rupture de l'occlusion se produit sur une plus grande largeur, 
l'élément fricatif sonne comme un i, nous avons le phonème é. 
L'implosion de c et de ts est la même, mais c est prononcé avec 
une ouverture moindre de la mâchoire. 

Après ces explications physiologiques, il reste à jeter un coup 
d'oeil sur les formes que nous présentent en fait les langues 
romanes ; quelques exemples seulement pourront suffire : 



Lat. 


CENTU 


CAELU 


CERVU 


CERA 


CINERE 


Log. 


kentu 


kelu 


herbu 


kera 


kijitia 


Vegl. 


— 


— 


— 


— 


kanaissa 


Alb. 


hnt 


nui 


— 


— 


— 


Ital. 


cento 


cielo 


cervo 


cera 


cenere 


Roum. 


' — 


cier 


cerb 


cearà 


cenu^à 


Eng. 


aient 


tu 


cerf 


taira 


tendra 


Vénit. 


sento 


siel 




— 


senere 


Gén. 


sent 


se 





— 


senee 


Franc. 


cent 


ciel 


cerf 


cire 


cendre 


Esp. 


ciento 


cielo 


cierbo 


cera 


ceniT^a. 


Lat. 


aRCA 


CINaUE 


QMICE 


CERVICE 


CEREBELLU 


Log. 


kirca 


kitnbe 


kimighe 


ktrvija 


karveddu 


Vegl. 


— 


— 


— 


— 


karviale 


Alb. 


— 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


cerca 


cinque 


cimice 


cervice 


cervello 


Roum. 


cercà 


cincl 


— 


cerbice 


— 


Eng. 


— 


cink 


— 


— 


— 


Vénit. 


serca 


sink 


sime^e 


— 


servelo 


Gén. 


serca 


sinke 


simi^e 


— 


servellu 


Franc. 


cerche 


cinq 


— 


. — 


cerveau 


Esp. 


cerca 


cinco 


— 


cervi^i 


celebro. 



§ 403- CONSONNES DU LATIN VULGAIRE 34I 



CONSONNES DU LATIN 


VULGAIRE 


Lat. 


CERASEU 


aVITATE 


Log. 


kuria^a 


— 


Vegl. 


— 


— 


Alb. 


krsi 


Met 


Ital. 


ciliegio 


città 


Roum. 


cireaîà 


cetate 


Eng. 


terûa 


— 


Vénit. 


sariesa 


sitâ 


Gén. 


c^a 


— 


Franc. 


cerise 


cité 


Esp. 


cere^a 


ciudad. 



A Tintérieur du mot, nous trouvons précisément les mêmes (320) 
feits, mais comme les consonnes à Tintérieur du mot sont sou- 
mises à diverses transformations secondaires, nous n'en parle- 
rons que plus tard, au § 43s. Pour le moment, il suffira de 
remarquer que nous rencontrons aussi, pour Tintérieur du mot, 
les degrés A, ?i, ts^ répartis géographiquement de la même 
manière qu'à l'initiale. — Le k germanique n'est plus palatisé, 
V. § 18, p. 40. Au changement de^ en ^ correspond celui de^ 
en ^, dont nous parlerons plus en détail au § 405. 

Lenz, Zur Physiologie und GeschichU der Palatakny Zeitschr. vergl. 
Schrachf. XXIX, 1-59. — C. Joret, Du C dans les langues romanes, 
Paris, 1874. Les études de Weigand, p. 53-55, ont rendu douteux 
que le macédonien appartienne au domaine de /xf, comme on Tavait 
admis avant lui ; pour le Vlacho-Livadhion en particulier, c'est même 
c qui est la règle, pour d'autres lieux, c'est, semble-t-il, ts. Il faut 
attendre des renseignements plus précis. 

2. — 5 entre voyelles est devenu une spirante, et ses destinées 
se confondent sur tout le territoire roman avec celles du v; de 
même il n'y a aucune différence entre g suivi de e, 1 et /, v. 
§§ 436 et 476. En outre ivus est devenu i«j, ital. rw, esp. rw, 
anc. franc. riu\ de sorte que les adjectifs en ivus font au masculin 
-iuSy au féminin -iva; cette différence a été plus tard supprimée 
par divers procédés, dont il sera parlé dans l'étude de la forma- 
tion des mots. 

3 . — De même, déjà avant notre ère, n devant s était tombée 
en allongeant la voyelle précédente. Des considérations étymo- 
logiques, de nature diverse, et la tradition maintinrent pour- 
tant, dans la plupart des cas, l'orthographe ns\ on écrivait 



34^ CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 403. 

pensât y mensa, mensis, consul, vensica à côté de vesicay -onsus à 
côté de -osuSy mais on prononçait pesât, mesa, cosul (Quintilien, 
Ij 7j 29 î « cansules exempta n littera legimus »), etc.; comme 
le groupe de lettres ens équivalait exactement au groupe es, 
on écrivait aussi thensaurus, et pourtant, comme le prouve 
le grec 6T)aaup6ç, il n'y a jamais eu d'n dans ce mot. Les 
langues romanes n'ont connu que les formes sans n; les 
mots qui présentent ns, comme penser auprès de peser, appar- 
tiennent à la langue des livres. — La question n'est pas aussi 
simple pour nf que pour ns. Comme / ne se rencontre qu'au 
commencement du mot, le groupe nf ne se présente que dans 
des mots composés, comme infans; le développement phoné- 
(321) tique qui conduit à *tfans a donc pu être troublé par l'influence 
des autres mots, si nombreux, qui ont le préfixe in; et l'on 
trouve, en eflfet, dans les langues romanes, les deux formes, 
V. S 484. 

4. — Aux groupes du haut-latin culu, bulu, tulu, etc. , la langue 
populaire ancienne et postérieure oppose des formes syncopées 
du, hlu, tlu, cf. § 29. Mais le latin ne supporte pas le groupe //, 
qu'il transforme, en déplaçant le point d'articulation, en cl\ 
veclus, sida, au lieu de vetulus, situla, sont des formes que blâme 
l'Appendix Probi, Keil IV, 197, 20 sqq. De même stloppus 
devient sdoppus, et pessulum, assula, en passant par *pessla, 
*assla, deviennent *pestla, *astla (écrit astuld), pesda, asda, etc. 

(v. s 487). 

G. Flechia, Postula supra un ftnomeno fonetico deUa litigua îatina^ 
Torino, 1871. 

5 . — Le latin gm est devenu um : sauma, peuma, piumentum, 
fleuma, paumentum; d'où ital. salnui, palmento, esp. salnui, 
pelma:(p, franc, somme, piment. 

6. — Le groupe xt est réduit à st. Les mots qui présentent ce 
groupe sont sextus, dexter, extra, juxta, dont les représentants 
romans dans les idiomes, qui d'ordinaire n'assimilent pas x, sont 
les suivants : 



joste 



Roum. 


— 


Ztstre 


stra 


Roumanche 


— 


— 


easter 


Franc. 


— 


destre 


estre 



§ 403. CONSONNES DU LATIN VULGAIRE 343 

Prov. — destre estra josta 

Esp. siesta diestro — justa. 

Le français sixte = sexta au lieu de *seste a été influencé par 
six^ mais cf. sestier et bissttre. 

7. — M finale en syllabe atone est déjà assourdie et définiti- 
vement tombée dans le plus ancien latin, surtout à la fin des 
phrases et dans l'intérieur de la phrase devant une voyelle : 
illum amicum était devenu illû amicûy illu amicuy de même que 
contarcet était devenu côarcet^ coercet; le même fait s'était produit 
aussi devant les spirantes : illu jugu comme cajt^Xy illa herba 
comme cohibety etc. Cette chute a eu lieu dans un temps pré- 
historique; déjà les plus anciens monuments, comme l'inscrip- 
tion du tombeau des Scipions, écrivent oino, duonoro, 
OPTUMO. L'orthographe figée et régulière de la période clas- 
sique réintroduisit partout m, mais le langage populaire ne se 
laissa pas tromper par l'écriture : les formes romanes reposent 
sur des formes sans m. Il en va autrement quand la voyelle qui 
précède m est tonique (§55 1). 



344 



CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 404. 405 . 



(322) 



CONSONNES INITIALES 



404. C'est au commencement du mot que les consonnes 
présentent la plus grande force de résistance : des changements 
de degré ne s'y produisent presque jamais; des changements de 
place n'y ont lieu que rarement. Parmi les sonnantes qui suivent 
immédiatement ces consonnes, r, w, o n'exercent aucune 
influence; a? w en ont une limitée; celle d'à est plus grande, 
celle d'/ plus grande encore; c'est i, e qui agissent le plus forte- 
ment. Parmi les sonnantes initiales, r, m sont plus résistantes 
que /, n; les fricatives se transposent plus Êicilement que les 
explosives. Parmi les explosives, ce sont les gutturales qui sont 
le plus susceptibles, et les labiales qui le sont le moins. Ce n'est 
que dans un petit nombre de cas que le traitement des consonnes 
initiales varie selon que la voyelle immédiatement suivante est 
accentuée ou atone. 



Lat. 


>• 

PRATU 


PULVERE 


PASSU 


PATRE 


PAUPERU 


Roum. 


prat 


pulbere 


pas 


— 


— 


Engad. 


pro 


puolvra 


pas 


peder 


pover 


Ital. 


prato 


polvere 


passo 


padre 


povero 


Franc. 


pré 


poudre 


pas 


père 


povre 


Esp. 


prado 


polvo 


paso 


padre 


pobre 


Lat. 


PURU 


POÏEST 


PONTE 


PILU 


PETRA 


Roum. 


— 


poate 


punt 


per 


piatrà 


Engad. 


par 


pô 


puni 


pail 


peidra 


Ital. 


puro 


pub 


ponte 


pelo 


pietra 


Franc. 


pur 


peut 


pont 


poil 


pierre 


Esp. 


puro 


puede 


puente 


pelo 


piedra. 


Lat. 


PINU 


PLAGA 


*PRESIONE *POTERE PAGANU 


Roum. 


pin 


plagà 


— 


poiere 


pàgan 


Engad. 


pin 


pleya 


— 


pudair 


payaun 


Ital. 


pino 


piaga 


prigione 


podere 


pagano 



§40S. 




CONSONNES 


INITIALES 




34S 


Franc. 


pin 


plaie 


prison 


pouvoir 


payen 


Esp. 


pino 


§422 


prision 


poder 


pagano. 


Lat. 


PURGARE 


*PINNIONE 


PERDICE 


PLACERE 


BRANCA 


Roum. 


— 


— 


— 


placere 


bràncà 


Engad. 


purger 


— 


— 


plasair 


braunka 


Ital. 


purgare 


pignone 


pernice 


piaure 


branca 


Franc. 


purger 


pignon 


perdrix 


plaisir 


branche 


Esp. 


purgar 


pinon 


perdis 


placer 


branca. 


Lat. 


BUCCA 


BALNEU 


BUSTU 


BOVE 


BIBO 


Roum. 


bucà 


baie 


— 


bou 


beu 


Engad. 


buola 


bail 


bûst 


bouf 


baif 


Ital. 


bocca 


bagno 


busto 


bue 


bevo ^ 


Franc. 


bouche 


bain 


prov. bust boeuf 


bois 


Esp. 


boca 


bano 


busto 


buey 


bebo. 


Lat. 


BENE 


BLITU 


BURDONE 


BASTONI 


i BU- 


Roum. 


bin 


— 


— 


bàstun 


— 


Engad. 


bein 


— 


— 


bastun 


bûttàr 


Ital. 


bene 


bieta 


bordone 


bastone 


burrone 


Franc. 


bien 


— 


bourdon 


bâton 


bureau 


Esp. 


bien 


bledo 


bordon 


baston 


buscar. 


Lat. 


BILANCEA 


BETULLA 


TRES 


TUNDET 


TANTU 


Roum. 


— 


— 


trA 


tunde 


-« 


Engad. 


balanéa 


baduoh 


tre 


tuonda 


taunt 


Ital. 


bilancia 


bidolla 


tre 


tonde 


tanto 


Franc. 


balance 


bouleau 


trois 


tond 


tant 


Esp. 


balanTia 


abedul 


très 


tonde 


tanto. 


Lat. 


TALE 


TAURU 


TU 


TORTU 


TONU 


Roum. 


tare 


taur 


tu 


tort 


— 


Engad. 


tel 


tor 


tu 


tort 


tun 


ItaL 


taie 


toro 


tu 


torto 


tuono 


Franc. 


tel 


prov. taur 


tu 


tort 


ton 


Esp. 


tal 


toro 


tu 


tuerto 


port, tom 


Lat. 


TIMET 


TELA 


TEMPUS 


TEPIDU 


TINA 


Roum. 


— 


tearà 


S 419 


S 419 


S 419 


Engad. 


teima 


taila 


taimp 


tevi 


tiria 


Ital. 


terne 


tela 


tempo 


tiepido 


tina 



(323) 



346 

Franc. 
Esp. 

Lat. 

Roum. 

Engad. 

Ital. 

Franc. 

Esp. 

(324) Lat. 

Roum. 

Engad. 

Ital. 

Franc. 

Esp. 

Lat. 

Roum. 

Engad. 

Ital. 

Franc. 

Esp. 

Lat. 

Roum. 

Engad. 

Ital. 

Franc. 

Esp. 

Lat. 

Roum. 

Engad. 

Ital. 

Franc. 

Esp. 

Lat. 
Roum. 
Engad. 
Ital. 



CHAPITRE II : CONSONNANTISME 

teint toile temps tiède 



§405- 



terne 



tela 



ttvto 



tine 
tina. 



ttempo 

TRACTIARE TORMENTU TALEARE TURARE *TEMPESTA 

— — tàià — — 

— — taler — tempeista 
tracciare tormento tagliare turare tempesta 
tracer tourment tailler cf. tuyau tempête 
tra^^ar tormento tajar cf. tuson tempestad. 

TITIONE DONU DAT DURU DOLU 

tàciune cf. ddi dâ cf. duc dor 

titsun dun do dur dœla 

ti:(/pne dono da duro duolo 

ti:(on don prov. da dur deuil 

ti:(on don da duro duelo, 

DIGITU DECE DIC DORMIRE DAMNARE 

degete §419 §4^9 durmire dauna 

daint dei di dormir daner 

dito dieci di dormire dannare 

doigt dix dis dormir damner 

dedo die:( di dormir danar. 

DURARE DENARIU DIVISU CREDIT *CORTE 

— — — crede curte 
durer daner — kraia kuort 
durare denajo diviso crede corte 
durer denier devis croit court 
durar dinero divisa crede corte. 

CASA CAUSA CULU CORNU CLARU 

casa — cur corn chiar 

§413 S 413 S 413 §413 ^l^r 

casa cosa culo corno chiaro 

§ 409 § 409 cul cor clair 

casa cosa culo cor § 422. 



CRIBELLU COLUBRA CABALLU CURARE GRANU 

— cf. coroastrà cal — gràn 

kribel cf.kulmaina $ j^i^ §4^3 g^o 

crivello cf. colonna cavallo curare grano 



§405. 




CONSONNES INITIALES 




3^ 


Franc. 


cribler 


couleuvre 


§409 


curer 


grain 


Esp. 


crevillo 


culebra 


caballo 


curar 


grano. 


Lat. 


GULA 


GALLU 


GAUDET 


GUSTU 


GLANDE 


Roum. 


gurà 


— 


— 


gust 


ghindà 


Engad. 


guola 


S 413 


s 413 


gust 


glanda 


Ital. 


gola 


gallo 


gode 


gusto 


ghianda 


Franc. 


gueule 


§409 


§409 


goût 


gland 


Esp. 


gola 


gallo 


^(^a 


gusto 


§4". 


Lat. 


GRAMINEA 


GUBERNU 


GALLINA 


FRENU 


FUNDU 


Roum. 


— 


— 


gaina 


frîn 


fund 


Engad. 


— 


guviern 


§413 


— 


fuonts 


Ital. 


gramigna 


governo 


gallina 


freno 


fonda 


Franc. 


— 


gouverner 


S 409 


frein 


fonds 


Esp. 


— 


gobierno 


gallina 


freno 


§408. 


Lat. 


FABA 


FUSU 


FOCU 


FEMINA 


FERA 


Roum. 


— 


fus 


foc 


— 


flarà 


Engad. 


M 




fœ 


femna 


faira 


Ital. 


fava 


fuso 


fuoco 


femmina 


: fiera 


Franc. 


five 


fuseau 


feu 


femme 


flire 


Esp. 


S 408 


S 408 


S 408 


§408 


§408. 


Lat. 


FILIU 


FLORE 


FRAGORE 


FORMICA 


. FAVORE 


Roum. 


fitu 


floare 


— 


furnicà 


— 


Engad. 


fil 


fluor 


— 


furmia 


favur 


Ital. 


figlio 


flore 


fragore 


formica 


favore 


Franc. 


fils 


fleur 


freçr 


fourmi 


faveur 


Esp. 


S 408 


S 422 


fragor 


§408 


S 408. 


Lat. 


FERMENTU 


VOCE 


VkQXik 


*VOLET 


VERU 


Roum. 


fràmint 


— 


vacà 


vore 


ver 


Engad. 


ferment 


vuoi 


vaka 


voul 


vair 


Ital. 


fertnento 


voce 


vacca 


vuole 


vero 


Franc. 


ferment 


voix 


vache 


veut 


voir 


Esp. 


§408 


vo^ 


vaca 


vuel 


vero. 


Lat. 


VENIT 


VINU 


VULTURNU VANITARE VENENU 


Roum. 


vine 


vin 


— 


— 


venin 


Engad. 


ven 


vin 


— 


— 


— 


Ital. 


viene 


vino 


voltojo 


vantare 


veneno 



(325) 



348 


CHAPITRE II : 


CONSONNANTISME 


§405 


Franc. 


vient 


vin 


vautour 


vanter 


venin 


Esp. 


viene 


vino 


bochurno 


vantar 


veneno. 


Lat. 


VILLANU 


SOLE 


SAL 


SUCU 


SONU 


Roum. 


— 


soare 


sare 


u\suc 


Sun 


Engad. 


— 


sulal 


sel 


— 


Sun 


Ital. 


villano 


sole 


sale 


sugo 


suono 


Franc. 


villain 


soleil 


sel 


suc 


son 


Esp. 


villano 


sol 


sal 


sugo 


sueno. 


(326) Lat. 


SITI 


SEX 


SI 


SORORE 


SAGITTA 


Roum. 


sete 


§419 


§419 


surore 


sagetà 


Engad. 


sait 


ses 


— 


sour 


sagetta 


Ital. 


sete 


sei 


si 


sorella 


saetta 


Franc. 


soif 


six 


si 


sereur 


saiçtte 


Esp. 


sed 


seis 


si 


— 


saeta. 


Lat. 


SUDARE 


SEMENTA 


SIBILARE 


RUMPIT 


RAMU 


Roum. 


siidare 


semîntà 


— 


rumpe 


ram 


Engad. 


.sûar 


semner 


— 


ruompa 


ram 


Ital. 


sudare 


semen:(a 


S 417 


rompe 


rama 


Franc. 


suer 


semence 


siffler 


romp 


raim 


Esp. 


sudare 


semien^a 


silbar 


rompe 


ramo. 


Lat. 


RAUCU 


RUTA 


REGE 


REDIT 


RIVU 


Roum. 


— 


rutà 


— 


— 


rtu 


Engad. 


rauk 


— 


— 


— 


— 


ItaL 


roco 


ruta 


ri 


riede 


rio 


Franc. 


rou 


rue 


roi 


— 


riu 


Esp. 


roco 


ruda 


rey 


— 


rio. 


Lat. 


ROTUNDU 


RADICE 


RUMORE 


REGINA 


MULTU 


Roum. 


ràtund 


ràdàcinà 


— 


— 


mult 


Engad. 


roduond 


radis 


rumur 


— 


muolt 


Ital. 


rotondo 


radiée 


rumore 


regina 


molto 


Franc. 


rond 


racine 


rumeur 


reine 


mont 


Esp. 


redcndo 


rail 


rumor 


reina 


mucho. 


Lat. 


MAGIS 


MURU 


MORIT 


MINUS 


MEL 


Roum. 


ma 


mur 


moare 


— 


miere 


Engad. 


ma 


mûr 


mura 


main 


meil 


Ital. 


ma 


muro 


muore 


tneno 


melle 



§405- 


\o6. 


PALATALE 






Franc. 


mais 


mur 


meurt 


moins 


miel 


Esp. 


mas 


mura 


muere 


menos 


miel. 


Lat. 


MIRAT 


MONETA 


MATURU 


MINUTU 


NODU 


Roum. 


mira 


— 


— 


màrunt 


nod 


Engad. 


mira 


munaida 


madûr 


— 


— 


Ital. 


mira 


moneta 


maturo 


minuto 


nodo 


Franc. 


mire 


monnaie 


mûr 


menu 


nœud 


Esp. 


mira 


moneda 


maduro 


menudo 


nudo. 


Lat. 


NASU 


NUDU 


NOVU 


NIGRU 


NEPOS 


Roum. 


nas 


— 


nou 


n^ru 


— 


Engad. 


nés 


nOd 


nau 


naiger 


neif 


Ital. 


naso 


nudo 


nuovo 


negro 


nievo 


Franc. 


nei 


nu 


neuf 


noir 


nies 


Esp. 


naso 


nudo 


nuevo 


negro 


nieto. 


Lat. 


NIDU 


NOVELLA 


NATALE 


LUSCU 


LATUS 


Roum. 


— 


nuii 


— 


— 


laturi 


Engad. 


nid 


nuvella 


nadal 


— 


lad 


ItaL 


nido 


nouella 


nadale 


losco 


lato 


Franc. 


nid 


nouvelle 


noel 


louche 


H 


Esp. 


nido 


nouella 


nadal 


losco 


lado. 


Lat. 


LAUDAT 


LUMEN 


LOCU 


LEGE 


LAETU 


Roum. 


laudà 


lume 


loc 


leage 


— 


Engad. 


loda 


— 


lœk 


leè 


— 


ItaL 


loda 


luna 


luogo 


legge 


lieto 


Franc. 


loue 


lun 


lieu 


loi 


liet 


Esp. 


ha 


lumbre 


luego 


ley 


liedo. 



349 



(327) 



Lat. LINU LUMBRICU LACTUCA LONGITANU LECTICA LIGONE 

Roum. §419 limbric — — kftiga — 

Engad. §420 — — luntanar litera — 

ItaL lino lumbrico lattuca lontano lettica ligone 

Franc, lin lombric laitue lointain — — 

Esp. lino lombric lechuga — kchiga ligona. 

406. Explosive palatale. On a déjà vu au § 403 que le J5 
du latin vulgaire s'est développé dans deux directions, qui ont 
toutes deux pour point de départ commun ty respect, ts. Ses 



350 CHAPITRE II : CONSONNANTISME §406. 407. 

destinées ultérieures, à partir de ce point, exigent encore 
quelques remarques pour certaines langues. A quelle époque 
s'est produit en France le passage de ts à j, c'est ce qu'il est 
impossible de dire exactement : c:(py S** Eul. 21, manatce 9 
plaident en faveur de ts dans la plus ancienne période, des gra- 
phies comme sekberroity S. Bern. 522 selles, ibid., sele Huon de 
Bord. 5335 et, au contraire, ciele pour siele Chev. Il esp. 8765, 
dont les mss. appartiennent au xiii* siècle, cervireni N.-E. XVIII, 
103, Lorr. 1265, montrent que le phénomène s'était produit 
(328) déjà au XII* siècle. La Picardie seulement et une partie du 
domaine wallon montrent è, respect, i. Mais comme //, qui 
s'est certainement prononcé tout d'abord ts, apparaît en picard 
avec la valeur de è, s (v. § 509), on doit admettre que le picard 
et wallon siel = franc, ciel repose directement sur tsiel. 

Cf. A. HoRNiKG, Zur GeschichU des lateinischen C, p. 43-45 ; pour 
le wallon, M. Wilmottb, Rom. XVII, 561. 

407. Spirante prèpalatale. La spirante prépalatale sonore 
du latin vulgaire est représentée par g devant e, /, par ; devant 
toutes les voyelles, par le groupe di dans diurnum, diaria, par le 
Ç grec dans le mot hybride :(elosus. Ici encore les voyelles qui 
suivent exercent dans une partie du domaine roman une 
influence décisive sur le développement de la consonne, en 
sorte que les exemples se divisent en deux classes. 

I. — Le latin ge, lat. vulg. ye, reste tel en sarde, en sicilien et 
dans l'italien du Sud; dans le moyen-italien, le roumain et le 
rhétique, il passe à ^, de même qu'à une époque très ancienne, 
en provençal, en français et en portugais; mais il est ici devenu ^, 
comme dans beaucoup de dialectes rhétiques; à quelle époque, 
c'est ce qu'il est difficile de déterminer; en asturien, il est 
devenu i. Les grammairiens français du xvi'' et du xvii* siècle 
ne connaissent que ^, mais ^ s'est encore maintenu jusqu'à 
aujourd'hui dans les dialectes français du versant oriental des 
Vosges, au Nord en wallon (Seraing, environs de Mons) et au 
Sud, dans la haute vallée de la Meurthe et de la Moselle. La 
répartition de ^, ^ et de d:ç correspond complètement à celle de 
i, c, ts du latin ca (§ 410). Au son ts, attesté pour Mandray, 
correspond l'orthographe jg : jgamhe, jgieudi, dont la valeur 
n'est pas tout à fait claire. Dans le Sud-Ouest : Gascogne, 



§407- J A l'initiale 351 

Bordeaux, Charente, Saintonge, Poitou, Deux-Sèvres, on 
retrouve y^ qui ne peut guère provenir que d'un ^ , et n'est pas 
le successeur direct de \y du latin vulgaire. La même observa- 
tion vaut pour i\ à Mons : Dxà = Jean, diau franc, joue, diaune 
(juvenis). — En vénitien, en lombard, génois, en outre, dans 
le français du Sud-Est, enfin en macédonien, d;( remplace y, et 
devient même :( en istrique. Des tendances vers ce développe- 
ment apparaissent aussi ailleurs, sur la rive droite du Rhône, 
dans le Gard et TArdèche, où Ton trouve un son intermédiaire 
entre g et J:j, et le phénomène est complet dans le Lot : tsotnay 
(jamniagis), ditso (dies jovis), avec un changement de degré 
frappant. Des dialectes portugais connaissent aussi dç, cf. 
:(tnolho à Miranda, et T^imbro =juniperus qui a pénétré aussi dans 
la langue écrite. Sur le territoire continental de Venise, à 
Vérone, et dans les domaines originairement rhétiques, puis 
conquis par le Vénitien sur le versant méridional des Alpes, ^ 
se change en â, d, à Padoue, à Vérone, à Feltre et à Belluno. Il 
en est de même en bergamasque, toutefois il reste à rechercher 
comment d^i, g, d y sont répartis. Le même phénomène se 
trouve aussi dans la France du Sud-Est, à Jujurieux, terri- 
toire où g et d:^ coexistent. Cela provoque l'hypothèse que d 
pourrait bien n'être pas une modification de d:( ou de g, 
mais plutôt une fausse prononciation du d^i dans la bouche de 
gens qui ne connaissent pas le d;( et qui veulent remplacer leur 
^ par le iç de leurs voisins. — Enfin en espagnol, y devient une 
pure aspiration, puis tombe complètement. Cf. hermanos dans 
une charte du ix* siècle, Munoz 153. Le tableau suivant pré- 
sente l'histoire de ge dans ses exemples les plus importants : 



(329) 



Lat. 


GENERU 


GENTE 


GENUCLU GERMANU 


GENESTA 


*JENUARIU 


Sicil. 


yennaru 


— 


yinokyu — 


yinestra 


yinnaru 


Roum, 


qinere 


ginte 


genunchie — 


— 


— 


Ital. 


genero 


gente 


ginocchio germano 


ginestra 


gennajo 


Engad. 


^ender 


gender 


j^annol — 


— 


^ner 


Franc. 


gendre 


gent 


genou germain 


genêt 


janvier 


Port. 


genro 


gente 


joelho — 


giesta 


Janeiro 


Vénit. 


dT^enero 


d^ente 


d^eno^o d^erman 


— 


d:^enaro 


Esp. 


yerno 


yenie 


hinojo hermano 


hiniesta 


enero. 



35^ CHAPITRE II : CONSONNANTISME §407- 

Sur le h sarde au lieu de g, v. $ 620. Le portugais irmào provient 
de groupes de mots comme meu irmào. Les mots espagnols gente^ 
gentrOy etc., sont des mots latins tardivement introduits dans la 
langue. 

2. — Un traitement spécial de /a, jOyju apparaît en espagnol, 
en rhétique, en roumain et en toscan, tandis que dans les autres 
langues le résultat est le même que pour ge. Le rétrécissement 
prépalatal se change en occlusion devant les voyelles sourdes : 
dyUy dyOy dyu; l'explosive palatale qui en résulte peut alors ou 
bien continuer de se développer comme la spirante à laquelle 
elle correspond, ou bien suivre une route particulière. Dans les 
(330) dialectes toscans, elle subsiste devant a : diacciOy diacere; en 
espagnol elle devient y devant a, o, u toniques, h (écrit j) 
devant ué et devant a, u atones; en roumain elle devient ;( 
devant a, ^, ^, macéd. i( devant o, u. En rhétique, dy reste ou 
s'avance jusqu'à ^ dans les dialectes où ge = ^. 



Lat. 


JAM 


JACET 


JAMMAGIS 


JOVIS 


JUGU 


Roum. 


— 


XflCt 


— 


joie 


J^g 


Frioul. 


— 


— 


— 


yoibe 


yov 


Ital. 


già 


giau 


giatnmai 


giove 


giogo 


Franc. 


M 


git 


jamais 


jeudi 


joug 


Esp. 


ya 


yace 


jamas 


jueves 


yugo 


Port. 


y^ 


jact 


jamas 


— 


jugo. 






Lat. 


JUVENE 


JOCUS 








Roum. 


june 


joc 








Frioul. 


— 


— 








Ital. 


giovine 


giuoco 








Franc. 


jeune 


jeu 








Esp. 


joven 


juego 








Port. 


joven 


jqgo. 





Divers exemples paraissent contredire la règle ici donnée 
pour l'espagnol. Mais justo est savant (le mot populaire est 
derecho'), junto à côté de yunta est influencé par juntàry junco par 
iuncago, juncal; mais cf. ayuncar, joyo (^joliu, § 423) est une 
transformation de yojo; joven seul reste inexpliqué. — Sur la 
production de B, cf. Chap. V. 

Dans le Frioul on rencontre jun^ jonàçi^ ju, int (gente) à côté de 
dia, d^ugy d^ugâ, d:^uh, d^oviny d^i {giglio) où il faut voir une influence 



s 407. 408. F A l'initiale 353 

vénitienne. — Il est remarquable également de rencontrer l'engadin 
yuvm à côté de ^/, ^uger, ^. 

3 . — Les représentants du hxxnjejunium méritent une attention 
spéciale. Sont réguliers le français jeûnCy le portugais jejum^ le 
frioulan d:^ium et aussi l'espagnol ayun^ si ce mot provient d'un 
plus ancien *eyun. Dans l'engadin gûn^ la première syllabe est 
tombée; dans le roumain ajun^ dans l'albanais agenojy c'est la 
consonne initiale. Dans l'italien digiunOy dans le roumanche 
yagin, il s'est produit une dissimilation. 

On trouve aussi dans d'autres cas isolés d à la place de/, sans 
qu'on puisse en voir clairement la raison : port, deitar à côté de 
geita-y a.-port. geitary influencé sans doute par deixar^ sicil. 
dinokyuy napol. dçtukyÇy prov. denuty par suite de la dissimila- 
tion d'avec le son palatal à la fin du mot. 

408. Spirante labiale sourde. En espagnol (mais non en 
asturien) et en gascon, / latine initiale passe à h, qui s'est en 
partie assourdie. Mais tandis qu'en gascon cette transformation 
se produit dans tous les cas, en espagnol elle épargne /devant 
uCyrifl est palatisé (§418). 



Lat. 


FABA 


*FALCONE 


FEMINA 


FIBELLA 


FERRU 


Esp. 


haba 


balcon 


hembra 


hevilla 


hierro 


Gasc. 


habe 


— 


hemne 


— 


her. 


Lat. 


HLIU 


FOLIA 


FORMA 


FORATU 


FUMU 


Esp. 


hijo 


hoja 


hortna 


horado 


huma 


Gasc. 


hiï 


hola 


— 


hurat 


hûm. 


Lat. 


FURONE 


FOCU 


FOLLE 


FORTE 


*F0RA 


Esp. 


huron 


fuego 


fuelle 


fuerte 


fuera 


Gasc. 


hûru 


huek 


hou 


hort 


hure. 




Lat. 


FUIT 


FUERAT 


*FRAGA 






Esp. 


7«^ 


fuera 


fraga 






Gasc. 


hu 


hure 


arroge 





Les mots assez nombreux qui, en espagnol, présentent / à 
l'initiale sont soit savants, soit empruntés à d'autres dialectes, 
au galicien ou à l'asturien. Les plus anciens monuments de la 
littérature espagnole écrivent encore presque sans exception /, 
ainsi le Cid, le Libro de la Gaza, le Libro de Cetreria, la Visio 
de Filiberto, Calila, etc. Mais des métathèses orthographiques 

Mim, Grammaire. a 3 



(3ÎI) 



354 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 408. 409. 

et des cas isolés où h apparaît prouvent que déjà à cette époque 
le signe / ne représentait pas une labio-dentale, mais tout au 
plus une spirante sourde bilabiale et peut-être seulement la simple 
aspiration, cf. la Caza: harias, balcon^ baser y dehesûy hambre, hasta 
à côté de falcotiy fallaty f oser y fisOy fiusiUy fastCy fambrieniOy etc., 
fincbe impér. de bencbir (Jmpleré); Calila toujours / dans /wrfe 
i^hy fincbiry 20a, d. fenchir B. O. 2, 92, 93, 129, 170, 207; 
Caza, 62, 96, 56, 15, à côté de encbir 58, 19. L'orthographe 
actuelle bencbir représente l'ancienne /. C'est une question de 
savoir si nous devons y voir le simple substitut d'un signe non 
(332) prononcé ou si l'/a ici une raison d'être phonétique. Le portu- 
gais encber offre la forme pure. La fréquence de f encbir fait 
naître l'hypothèse d'une confusion avec le mot fartary voisin 
comme signification, confusion compréhensible si l'on prononce 
bartary encbir. Autrement j'ai encore noté B. O. a^erirctfa^ertry 
203,331, 333; halcones D^nza 2^ y çabondar CsLzaj, 26; bebetria 7 
Partidas Lemcke I, 36. 

Si le passage d'/à b est ainsi assuré déjà pour les monuments 
de l'a.-espagnol, il ne doit toutefois pas être reculé à une trop 
haute époque, par exemple à la période de formation du latin 
vulgaire espagnol : fuegOy fuera montrent que ce passage est 
plus récent que la diphtongaison de ç en ué et que le déplace- 
ment d'accent àt fuera (§ 598). D'ailleurs tous les dialectes ne 
paraissent pas connaître cette restriction : juCy juerte sont donnés 
comme de l'espagnol vulgaire. — Dans les dialectes d'Anda- 
lousie, d'Estramadure et des Asturies orientales, b est encore 
prononcée et représentée le plus souvent dans l'orthographe 
par;. 

Jusqu'où s'étend, dans d'autres régions, ce passage d'/ à by 
c'est ce qui reste encore à rechercher. Pap. 329 donne comme 
mots de Padoue betnena = femituiy bâte = foc te. — Sur le 
français bors et le rhétique or, v. § 622. 

409. Palatalisation de kUy ga romans. Dans une grande 
partie de la Gaule et de la Rhétie, Cy g devant a sont pala- 
tisés; ils parcourent toute la série indiquée au § 403 et 
se; développent en partant de r, dy soit en r, ^, 1, ^, soit 
en tSy d;(, i, ;(. Les conditions dans lesquelles la palatalisa- 
tion se produit ne sont point partout les mêmes. En fran- 



§409* CA, GA A L INITIALE 355 

çais elle a lieu toujours devant a, sans égard à l'accent; elle 
gagne en outre le k germanique devant e^ i; au contraire le kt. 
qua^ quiy reste. En rhétique, la palatalisation est originairement 
limitée à la voyelle tonique, mais elle s'étend aussi à cû^ cœ^ et 
au lat. quUy qui. Dans le français du Sud-Est, les phénomènes 
diffèrent, selon que le latin a reste ou devient e. C devant au 
est traité de la même façon que devant a; il faut donc admettre 
que la réduction fréquente de la diphtongue au à, o est de date 
plus récente que la palatalisation. 



Lat. 


CARU 


CARRU 


CAPRA 


CAMPU 


CABALLU 


Franç.-Est 


ci 


ce 


cœv 


cà 


tvo 


Franc. -Centr. 


cher 


char 


chèvre 


champ 


cheval 


Vionnaz 


tye 


— 


tyevra 


— 


tsçvo 


Engad. 


Mr 


Mr 


kevra 


— 


kaval 


Trins 


Mr 


Br 


kaura 


— ^ 


kaval 


Tessin 


Br 


hir 


kawra 


kamp 


kaval. 


Lat. 


CAMINU 


CAMISIA 


CAUSA 


SKINA 


Qyi 


Franç.-Est 


cemi 


ternis 


tçi 


— 


— 


Franç.-Centr. 


chemin 


chemise 


chose 


échine 


qui 


Vionnaz 


tsçnaè 


tsfrniT^ 


t:(usa 


— 


ke 


Engad. 


— 


kamisa 


kosa 


— 


ki 


Trins 


— 


kamisa 


kosa 


— 


ki 


Tessin 


kamin 


kamisa 


— 


styena 


ki'lœ. 


Lat. 


CyJATTUOF 


[ CULU 


COR 


GALLUS 


GAMBA 


Franç.-Est 


kwet 


— 


— 


ko 


gàb 


Franç.-Centr. 


quaitre 


cul 


coeur 


jal 


jambe 


Vionnaz 


katre 


kû 


— 


— 


(tsàbd) 


Engad. 


quatter 


Ml 


kour 


èal 


(tyamba) 


Trins 


quatter 


Ml 


kaur 


— 


komba 


Tessin 


— 


M 


kœr 


éei 


éamba. 




Lat. 


GALLINA GAUTA 






Franç.-Est d^çl 


in 


— 






Franç.-Centr. geline joue 






Vionnaz 


dieneâe d:^uta 






Engad. 


^allina 


— 






Trins 




- 


— 






Tessin 


galina 


— 





(33î) 



3S6 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 41O. 

410. Il est nécessaire de donner pour ce tableau une série 
d'éclaircissements. Dans le français du nord, la palatalisation 
complète est postérieure à Charles Martel : l'initiale du nom de 
Karolus oflfre le même traitement que celle du latin carus. 
Pourtant, à cette époque déjà, où les premiers éléments germa- 
niques avaient pénétré en français, c devant a a dû être articulé 
plus en avant que c devant o, «, à la même place que le k ger- 
manique devant j, «; les mots germaniques skina^ skip^ shitan^ 
(334) skella donnent àhine^ eschiUy eschitCTy eschielk, eschirefy comme les 
mots latins caruSf campus donnent cher, champ. A cette époque, 
le latin vulgaire ne possédait plus fe, ki; les anciens ce, ci 
étaient depuis longtemps devenus tse, tsiy et quetus, qui n'avaient 
pas encore perdu leur élément labial. Cest à peu près à cette 
époque que pénètre en français le grec x(xxov, franc, chiche. — Au 
Moyen-Age on devait prononcer c sur tout le territoire, et ce 
son a aussi pénétré en Angleterre, cf. chiefy charry, etc. Plus 
tard s s'est introduit au Centre, tandis que dans TEst, en wallon, 
en lorrain, dans la Champagne et la Franche-Comté l'ancien 
son subsistait. A Metz seulement, et au Sud le long de la 
Meuse, à l'Est jusqu'aux Vosges, i a pénétré, sans doute sous 
l'influence de la langue écrite. — Dans le Sud-Est apparaissent 
aussi ts et j, cf. Courtisols : ts§s (champs), Bresse : stsô (chanson), 
et à l'intérieur du mot attasi, nivern. sarbô, semt, etc. Mais avec 
les mots tsàbrOy ts'misey etc. (Fourgs) nous sommes déjà sur le 
territoire dont il est parlé au § 499. Enfin Mandray présente le 
changement intéressant en st : stalô (chaleur), stèt (chatte). De 
plus, la palatalisation n'est pas si nécessaire qu'il pourrait sem- 
bler, à considérer les exemples ci-dessus. Dans le français du 
Centre, elle n'a pas lieu à l'initiale du mot lorsque la syllabe se 
termine par une palatale, cavea ne devient pas kyavya, mais 
kavya, cage (mais wallon chaive) \ de même nux gallica : noix 
gauge, calcat : coche (qui n'a rien de commun avec coq), cauche- 
mar, galloche, ga:(puille, catouille, mais ge-ole, chan-ger, chatouil- 
ler, etc. — En wallon, la palatalisation afiecte c à l'intérieur du 
mot, seulement dans le cas où une voyelle palatale précède le c : 
ainsi vat, mais buk (bucca), moké (muccarè), nuk (*nosca), brok, 
kuki (collocare), loin (calcare), etc. Dans le Nord-Ouest, en 
picard, et dans une partie de la Normandie, la consonne gutturale 



§ 410. CA EN FRANÇAIS Î57 

reste devant un a maintenu, elle va jusqu'à S ou f devant 
un a devenu e, mais elle est aujourd'hui redevenue une 
pure gutturale en picard. — La ligne de démarcation entre le 
domaine de ka et celui de fez passe à l'Ouest de Liège et de 
Namur, le long des frontières de la Picardie et des Ardennes, et 
descend par Avesnes jusqu'à Laon, Noyon, Beauvais, qui 
peuvent être considérés comme les points les plus méridionaux 
du domaine de ka ; puis elle se dirige au Sud-Est vers Breteuil 
et de là à peu près directement à l'Ouest, vers Granville, au 
Nord duquel elle atteint la mer. Dans les documents picards 
du Moyen-Age on écrit devant a, tantôt r, tantôt k; devant /, (335) 
tantôt A, tantôt qu : camps Verm. HI, 8, cambre Vil, 3, caskun 
V, 62, akata XX, 2, kapitle IV, 14, kief i, 12, markiet.XHy 5, 
kienne XVI, 3, quemin XXXm, 33, quevaus XXXIV, 56, 
empecquement Ponth. XXXIII, 56, etc. En anglo-normand on 
trouve souvent dans un seul et même manuscrit la graphie du 
français central et du normand du Sud à côté de celle du picard 
et du normand du Nord, ce qui s'explique par le mélange des 
Français de diverses provinces, émigrés en Angleterre. Ainsi 
on trouve dans S. Alexis, acatet 8 e, cambre 15 d, cartre 70 c, 
cose 61 c, cher 12 c, chef 82 a ; le Psaut. d'Oxford écrit : t, chy S 
devant a : cant 29, 15; é'ant 143, 10, chant 39, 4; Roland 
cair et chair, calt et chah, calenges et chaUngement, cambre et 
chambre, etc.; dans les mss. plus récents, c'est l'orthographe du 
français du Centre qui domine de beaucoup. En anglais moderne 
on rencontre aussi les deux formes : chafe, change, chair, charm, 
chief, chimney, chivalry, choice, à côté de capon, carry, carpenter, 
carrion, carnal, etc. Dans la Normandie de l'Ouest, à partir de 
Divers à peu près, l'ancien k se palatalise à l'époque actuelle 
devant /, e, œ, û normands, le son hésite entre l, t et t, cf. la 
Hague citte (franc, quitte). Dessin iœ (franc, chei^, lu (franc, cul), 
lâri, èii (franc, chier). Au Sud également, dans les Deux- 
Sèvres, her, à Sablais, Chaumois (Poitou), tûre (coquere), hxlli, 
^ir (franc, guère), ^idae {garder), Saintonge àkûU, akûse, etc. 

Ch. JoRET, Des caractères et de Vextension du Patois normand^ 
Paris, 1883, détermine les limites qui séparent le domaine de ha et 
celui de li. Il croit devoir attribuer le passage de ca latin à la à 
rinfluence germanique : là où ib reste s'étaient établies des tribus de 
race b.-allemande ; là où il devient la, des tribus d'origine h.-alle- 



358 CHAPITRE II : CONSONNANTISME §410-4x2. 

mande ou des Celtes. Mais le français ca > sa n'a rien de com- 
mun que rorthographe avec le haut-allemand ka y> cha; et, à elle 
seule, la circonstance que Ta.-germanique ko, ku est traité en haut- 
allemand de la même façon que ka prouve l'inexactitude de cette 
théorie. — La question de la répartition de ca et de cha dans les 
anciens textes français, spécialement en normand et en anglo-nor- 
mand, a été souvent traitée ; le dernier et le meilleur travail est celui 
de K. Beetz, C und Ch vor lateinischem A in altfranipsischen Textett, 
Diss. Strasburg, 1887. Beetz montre dans le détail comment les 
formes en ch du français central s'introduisent toujours de plus en 
(336) plus, même dans les documents picards. — Sur le domaine de k'û, 

cf. JORET, Caract, 158-161, Mél. XI. 

411. La partie septentrionale du domaine linguistique proven- 
çal participe aussi à la palatalisation du ca^ et cela depuis l'époque 
la plus ancienne. Déjà dans Boèce on lit chastia 49, chaden 147, 
chaitive:(a 88, chanut 107, charcer 71, etc. La limite méridio- 
nale est marquée dans l'Ouest par la Dordogne; à TEst, les 
départements de l'Ardèche et de la Drôme appartiennent encore 
à la région de ta, A côté de ta^ sa on y trouve aussi tsa^ dont 
il reste à déterminer plus exactement l'extension. Tsa apparaît 
à la frontière du domaine de ka en Périgord et dans le 
Bas-Limousin; d'autre part aussi, du côté du franco-pro- 
vençal, dans le Gmtal, la Haute- Auvergne, une partie du 
Rouergue, dans l'Ardèche, en Velay, en Forez, et assez bas vers 
le Sud, à Albi et à Saint-Pons (Hérault). Ce n'est que lorsque 
la zone de tSy par opposition à ^, aura été déterminée, qu'il 
sera possible de dire quel est le rapport génétique de ces deux 

sons. 

Selon Durand, Rev, lang, rom. XXV, 78 sqq., la répartition de c et 
de ts serait dans un étroit rapport avec la constitution du sol et le type 
physique des habitants, c appartenant aux robustes habitants des 
« plateaux calcaires », ts aux « chétifs silicicoles ». 

412. La répartition de ts et de (y, telle qu'elle se présente à 
Vionnaz, clairement et sans exception, a été jadis plus répandue, 
mais a souvent subi de notables perturbations. Dans la conju- 
gaison on avait letyé = leccarCy mais letse = leccat ; la différence 
fut supprimée ; l'hésitation qui se produisit par suite entre ty 
et ts se communiqua aussi aux mots qui commençaient par /y, 
et la victoire définitive de tSy dans les verbes, introduisit égale- 
ment ts au commencement des substantiÉs. C'est ainsi que nous 



§ ^12. 413- ^^ ^^ RHÈTiaUE 359 

trouvons dans le canton de Vaud tsira (card) à côté du régulier 
cirûy à Fribourg ce (caru)y cevra (caprd), mais déjà etsila à côté 
de ecila (scald) dans la Tarentaise, à côté du régulier r/r, devra, 
déjà sin (cane). De même dans le bagnard tsyeyre (câdere) 
cyûvra, mais tsin. Il reste à rechercher jusqu'à quel point 
cette différence se maintient encore en dehors de la Suisse 
française et de la Savoie, ou tout au moins quelles traces elle a 
laissées. Naturellement aussi on peut songer à une assimilation 
de la part du c, laquelle pouvait être facilitée par le français litté- (337) 
raire. En fait, nous trouvons c à Val Soana, Aoste, dans les 
Alpes Cottiennes, à Saint-Maurice, Saint-Luc (Valais), dans 
risère, à Annecy, à Aiguebelle, dans la partie Ouest du canton 
de Vaud, dans la plus grande partie de celui de Neuchâtel où 
ts n'apparaît qu'aux Verrières. Le lyonnais du Nord, une partie 
de la Franche-Comté, v. g. Courtisols et Pontarlier ont ts qui 
devient s dans la Bresse, à Genève et à Chambéry. On rencontre 
enfin ^ à Jujurieux et à Aromas (Lons-le-Saunier). Une trans- 
formation toute particulière de ts apparaît en Savoie, dans la 
vallée de l'Arly (Albertville), à Queige, Beaufort : le groupe 
s'intervertit en st : sta^n (chacun), stanta (cantare), stie (casa), 
stier (caru), derostia (^deroccata), etc. En remontant davantage 
la vallée vers l'Isère, depuis la plaine de Langon jusqu'au 
détroit de Saix, on trouve ts, de là jusqu'au Torrent du Petit- 
Saint-Bernard ^ et, encore plus haut, s. Nous voyons donc que, 
sur ce domaine, le développement postérieur de JE vers ts ou c 
est conditionné par la qualité de la voyelle suivante : ts se ren- 
contre devant a et devant e atone, r respect, è devant e. D'après 
ce qui a été dit au § 403, i, l'ouverture des mâchoires est plus 
grande pour la prononciation de ts que pour celle de ^; de 
môme cette ouverture est plus grande pour la prononciation 
de a que pour celle de e, ce qui explique que a amène le ts. 

413. En RHÈTiauE, ainsi que le tableau le montre, les faits 
primitifs ont été troublés en grande partie. Ils sont encore con- 
servés à Bonaduz, Real ta et Scharans (Domleschg), en outre à 
Val Maggia et, à un moindre degré, dans la vallée de la Gadera. 
Du reste, ici aussi, une assimilation s'est produite, d'abord dans 
les verbes tels que captiare : katsâre, captiat : Mtsa d'où ^atsare, 
ou dans des cas comme caldu : Raid, caldariu : kaldar puis 



360 CHAPITRE II : CONSONNANTISME §413. 414. 

Gaïdar y ou gallu : ^ally gallina puis ^allina. L'hésitation qui a 
eu lieu dans ces cas a entraîné ensuite la prononciation Rabais etc., 
ou bien les formes à désinence accentuée l'emportent, et alors 
katsa prend la place de Matsa et, enfin, kà:(a celle de k'a:(a. Ce 
dernier phénomène se rencontre à Cleven, dans la partie infé- 
rieure du Val Bregaglia et dans la vallée du Rhin antérieur à 
partir de Dissentis, dans le Tyrol, à Sulzberg, Roveredo et la 
vallée de la Cembra, et dans le Sud du Tessin : dans toutes ces 
régions, c'est probablement l'influence de l'italien qui a amené 
l'uniformité en faveur de la gutturale pure. Ce fait n'a pas 
(338) encore été tout à fait généralisé; c'est ce qui explique que le 
domaine de ka:(ay dans lequel les formes à désinence accentuée 
sont peu nombreuses, soit un peu plus grand que celui de 
karru où les nombreuses dérivations de k ont pu facilement 
s'introduire dans le primitif. L'Engadine et le Frioul présentent 
sans exception ^; on ne trouve un développement postérieur 
jusqu'à è que dans peu de localités : dans la vallée de Munster, 
à Val Passa, Ampezzo, Cividale et S. Vito. — La palatalisa- 
tion se distingue ici du français en ce qu'elle est liée à l'accent 
et que, de même qu'en normand, elle atteint aussi le k devant te 
roman (= V, «, p, «^, §§ 54 et 21 5) et le k roman. Elle est donc 
de date récente. Il est difficile d'admettre que l'accent soit la 
cause directe de ce phénomène; il est préférable d'attribuer à 
Va accentué une nuance plus claire, c'est-à-dire une prononcia- 
tion plus palatale qu'à Va atone. 

Lorsque dans d'autres domaines linguistiques nous rencontrons b, 
fr ou leurs représentants pour le latin (germ.) ha^ga, il s'agit toujours 
de mots empruntés au français; ainsi, en italien, giardino, gidloy 
gioya, gioire, giavdlotto ; en tspaigaoljaldey jardin^ joya; en portugais, 
jalne^ jardin^ joya. 

414. Changement de d en ^ et r. A Comelico (Rhétie 
centrale), tout d initial passe à â : âiy âolfn, âuro. Un déve- 
loppement postérieur est r qui est indiqué pour Val Calepio 
(Bergame). A Campobasso (Abruzzes) on trouve les deux 
formes, â tir : âa ou ra, âicerty ricerCy etc. Le domaine de r 
doit être plus grand dans l'Italie du Sud, il embrasse v. g. 
Naples; toutefois des données certaines font défaut. En Sicile 
on trouve r (alvéolaire non roulée) à Palerme, dans la province 



§4I4"4Ï^- ÉCHANGE ENTRE B, V ET W 361 

de Syracuse et à Noto, Modica et dans les environs : rormiriy 
rumaniy riku, etc. 

415. Le passage de g à y^ h est propre aux Abruzzes, cf. 
Teramo halky hustCy etc., Campobasso yalky yatta; on y trouve 
parallèlement le passage de^ à w (cf. § i8) : luerra; Gessopalena 
hallcy hamma, hovete (cubitus), honnUy buste. 

416. Echange entre 5, V et W. Les deux phonèmes b etw 
sont très voisins, plus voisins que n'importe quelle autre explo- 
sive ne Test de la spirante correspondante. L'occlusion des lèvres 
est la moins énergique de toutes les occlusions, par conséquent 
une petite ouverture peut se produire facilement : le b est rem- 
placé par w. Aussi nous trouvons en-fait le passage de i à tf dans (339) 
des territoires où, en général, les explosives se maintiennent. 
Mais, d'autre part, le changement de w/ en i est attesté plus d'une 

fois : il est besoin avant tout de recherches plus précises pour 
savoir si b ne représente pas en réalité une fricative (tu) comme 
dans l'orthographe espagnole. L'équivalence de i; et de i latins, 
ayant tous les deux la valeur de Wy est assurée pour l'espagnol 
par la prononciation moderne et par l'échange des deux signes 
dans les mss. du Moyen-Age. Il est vrai que l'orthographe de 
l'académie espagnole a, en général, restitué le son étymolo- 
gique; toutefois b se rencontre encore souvent au lieu de v, 
surtout dans les mots dont l'origine était inconnue, comme 
bascar de vascuSy barrer = verrerey beta = vitay bermejo = ^ver- 
miculuy buitre = vulturey boda = votUy etc. L'orthographe, il 
est vrai, présente toujours b et jamais v à l'initiale, la raison en 
est dans le fait que le signe v était aussi employé pour u et par 
conséquent était amphibologique. L'asturien est d'accord avec 
le castillan. — B passe encore à z; en Sicile, en Calabre, en 
Apulie et dans toute l'Italie du Sud, dans la Molise, et, du côté 
du Nord, jusqu'au domaine romain, v. g. à Alatri : vove (bové)y 
vjatf (beatuyy toutefois, à ce qu'il semble, à Alatri, le fait est 
limité à l'initiale accentuée, cf. bisoAUy bammaco. Mais on a dans 
les autres régions : sicil. varvUy vukkuy viviri (Jnbere)y vasàriy etc.; 
calabr. vukkay vratsUy vivere, vutte (botte), valare, varka ; Cam- 
pobasso vokkay vasey w//j, etc. Cf. encore Chap. IV. Enfin le 
portugais du Nord et le provençal du Sud offrent l'identité des 



362 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 4 lé. 

deux sons; toutefois, dans ce dernier domaine, on trouve le 
contraire de ce qu'on rencontre dans le premier, c'est-à-dire 
l'emploi de b au lieu de v initial dans l'écriture. Tel est le cas 
pour toute la Gascogne, à l'exception des plus hautes vallées 
voisines de la frontière espagnole v. g, celle d'Avre où w 
apparaît. On lit Bilanave = Villanova déjà dans une charte 
gasconne de l'an 1150. En dehors de la Gascogne on trouve 
toujours au Moyen-Age la graphie étymologique, exception 
faite de quelques cas isolés : le copiste de Daurd et Béton laisse 
échapper à l'occasion b au lieu de v. Actuellement, b s'étend au 
Nord jusqu'à la Dordogne, et à l'Est jusqu'à Agde. — Il faut 
remarquer dans l'Ariège beic = hodie. 

Lorsque dans d'autres domaines v passe à i, il y a des raisons 
spéciales. En a. -italien (5 exige b devant lui : botOy boce^ cf. 
milan, bolp; en portugais a veut un b après lui a bespa Mistero 
C340) 63 j actuellement abespu^ betUy bainha^ birla de virarCy boda 
(d'où bodo)y bexiga; il faut encore citer ici barrascOy barrào à côté 
de varràOy berrdy berrar, formes se rattachant toutes à verres; le 
changement de i à v a commencé dans a berrUy andar na berrUy 
cf. encore abanoy abanar de vannus. — On trouve une assimila- 
tion à un i intérieur déjà dans le latin vulgaire berbece de 
*verbece (§ 499), sard. barveghy roum. berbeCy ital. berbece y prov. 
berbit:(^y franc, brebis; esp., port, barbasca (verbascd); esp. barbe- 
choy barbeitOy sard. barvatîu = verbacîu de vervactum (§ 499); 
ital., prov. berbenUy roum. brebena (yerbend); port, bibora. On 
rencontre un phénomène de dissimilation dans l'italien berto- 
vellOy a.-port. bolver. Le roumain besicà reste obscur de même 
que l'a.-pérug. bessica Graz. 149. 

Le changement de v en u qui est ensuite traité comme u 
germanique (§ 18) est rare et limité à peu près aux mots dans 
lesquels on constate une influence germanique : lat. vadus -f- 
germ. wat donne en italien guado, franc, guéy prov. gua à côté 
de l'espagnol vadoy sard. vaduy port, vaoy roum. vad; vastare + 
wastan donne l'italien guastarey esp., port., prov. gastary 
franc, gâter; vulpes -\r tuulf donne en italien, a.-èspagnol 
golpey esp. gulpejUy port. gulpilhUy a. -franc, goupillm; vespa + 
zvespa donne en français guêpe; vipera + wipera donne en fran- 
çais guivre. Est-ce que le français gui (avec une voyelle irré- 



§ 4l6- 417- CHANGEMENT DE S INITIALE EN S ET TS 363 

gulière) a subi Tinfluence de luiduy et le français guérety prov. 
guarrait (vervactum)y celle de Ta.-haut allemand ti/erkan, c'est là 
une question douteuse. — Dans la France de TEst, la Lorraine, 
la Franche-Comté et le Morvan, vÇy par l'intermédiaire de vue, 
passe à me^ respect, tua, wo ; lorr. war (voir), won (veine), wer 
(yere) wah, etc. — L'italien guaina et le français gaine, à côté de 
l'espagnol vaina, port, vainha, remontent peut-être à un latin 
vulgaire ^guaina au lieu de vagina.. — C'est sans aucune 
influence étrangère que le v latin prend la prononciation de u 
en ITALIEN devant ç atone : gomiere, gomire, mil. gorà (yolare). 
— L'a.-espagnol et a.-portugais gomitare, qui est un mot mi- 
savant, est peut-être le résultat d'une confusion avec gormar. — 
En ANDALOUS aussi gu apparaît à la place de l'espagnol bo, bu : 
guhuelo, gurra, gofeton, gorrachUy gorullo, gusano; en asturien, le 
même fait se produit devant ne : gueso, gueste, guerto, tandis 
qu'avec un u secondaire l'espagnol n'insère qu'une spirante et 
non une explosive : huero, ^huerto, hueste, etc. — Le portugais 
gora:^, galic. degorar à côté de vo:^, voar paraît prouver le passage 
de vo atone à go. 

417. Changement de j en i et en ts. S est devenue dans tous 
les cas s en vénitien et a passé de là dans ceux des dialectes 
rhétiques qui témoignent d'une forte influence vénitienne, (340 
particulièrement dans ceux du Centre : Sulzberg, Nonsberg, 
Cembra, Colle, Comelico et dans la plaine frioulane, cf. frioul. 
saï, scif, seà (secare), sere, seit, etc. Il reste encore à rechercher 
jusqu'où s pénètre en lombard. En bergamasque on rencontre 
A à la place de s : ha, haba, hah, hai, hal, haies, etc., ce qui auto- 
rise à rechercher si s est devenue directement h ou si elle n'a 
pas passé par l'étape L — La France du Sud-Est connaît aussi le 
passage de i à i, cf. cant. Vaud (Centre et Pays d'Enhaut) : la, 
sai, saïi, se%e, lunà, etc., de même en bagnard et, plus au Nord, 
dans les dialectes fribourgeois. — Dans les autres contrées où 
nous trouvons s au lieu de s, il y a des causes particulières, ou 
bien l'influence palatalisante d'un i suivant (§ 419), ou bien une 
confusion avec ex : l'italien scévera = exséparat, l'espagnol 
jalma (sàgnd) a été formé de enjalmar où ins a été supplante 
par ex (§ 588), de môme pour jugo de enjugar; *exsurdus est 
attesté par le béarnais jr«r, lorr. /ic?j l'italien icialiya a été con-- 






A 



tl 



364 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 417-419. 

fondu avec sciala (exhalât); l'espagnol jeja = *saxeay port. 
■ ;c sastre, c'est-à-dire sastre, a assimilé le phonème initial au 
^> phonème intérieur; de même roum. ioarecCy tarent, sori^a. 

, (Les formes espagnoles JergUy jabon, jeme^ jenahe sont obscures.J 
^ Sont encore difficiles à expliquer, le :( italien, le ch espagnol et 

français ou le ^ espagnol, v. g, ital. xp^coli^ esp. choclOy ital. ;ç(7//ô, 
port, enxojrty esp. chillary chiflar, franc, chiffler, cf. ital. :^ufolarey 
ital. :(avorra, esp. T^ah&rra. Parmi ces mots, zpV^ et chiflar pré- 
sentent une forme non pas latine, mais sabellique (§ 19, p. 43). 
On pourrait peut-être expliquer de la même manière le traite- 
ment remarquable de la sifflante, ce qui serait en harmonie avec 
ZABINA = Sabina C. /. Z. VI, 12336. Il y aurait aussi lieu de 
comparer 'soka du cant. de Vaud avec :(pccolOy chocloy toutefois le 
h fait difficulté et prouve un emprunt. Enfin le ;( espagnol dans 
7i(K(pbrary :(ucio pourrait s'expliquer par une assimilation au 
phonème intérieur; mais comment expliquer :(abulliry i^rdoy 
:(ahondary etc.? 

418. L se palatalise en F (écrit //) en catalan, en léonais- 
asturien et à Miranda. Il est vrai que dans les anciens textes 
on ne trouve qu'à peine des traces de ce feit; toutefois, comme 
à l'intérieur du mot on rencontre souvent / au lieu de f, on doit 
en conclure que T n'a pas fait son apparition seulement à la fin 

(342) du Moyen-Age. Déjà le hit qu'elle se trouve aussi à Alghero 
témoigne en faveur d'une haute antiquité, cf. algh. &«a, let 
Qacte)y latugUy lit Qectu)y Ibky hpy lurHy ïar. Puis aussi en astu- 
rien : tsaruiy tsinuy (sur y etc. 

Reste encore à rechercher si h remontant à n se rencontre aussi 
dans TEspagne du Nord, cf. Mukdte, p. 40. a. 

Palatalisations secondaires. 

419. Devant les voyelles palatales. Après que la palatali- 
sation de Cy g devant Cy i (§ 403) se fut opérée en latin vulgaire, 
il y a eu, dans les différents domaines romans, une palatalisa- 
tion tantôt de certaines consonnes, tantôt de toutes indistinc- 
tement devant î, icy ûy œ romans, plus rarement devant e. Un 
cas a déjà été traité au § 410. Pour les autres, il vaut mieux 
étudier ensemble non pas les régions, mais les sons. C'est le 



§ 419' PALATALISATIONS SECONDAIRES 365 

ROUMAIN qui va le plus loin, et le macédonien en particulier 
dépasse encore les autres dialectes. En valaque, devant un i et 
devant ie latins, mais non devant un i roumain (= e lat. § 94), 
t passe itTiydiTi par l'intermédiaire de d^, / à T; en outre en mol- 
dave, bukov., macéd., p passe k k ou i fy b ùl g ou ùl d'y v k y y 
/à B. L'ancien d:( s'est conservé en macédonien et en moldave. 
On peut aussi renvoyer au traitement de quây qui latins (§ 426). 



Lat. 


TERRA 


TERMEN 


TEXIT 


TESTA 


'TI 


Dacoroum. 


tara 


term 


tesse 


teastà 


— 


Mold. 


tara 


term 


— 


teasta 


— 


Macéd. 


tsara 


— 


tsase 


— 


tsi 


Istr. 


— 


— 


tsesç 


— 


tsi. 


Lat. 


DECE 


DEU 


DIE 


DICIT 


PECTINE 


Daco-roum. 


XfCt 


:ieu 


Ki 


Tiice 


pieptine 


Mold. 


infci 


d^m 


d^i 


d-^ice 


kyepten 


Macéd. 


àxjtx} 


d:(eu 


d:^le 


d^iice 


kyaptine 


Istr. 


àKftx} 


— 


dzi 


d^et:^ 


tsaptir. 


Lat. 


PECTUS 


PINU 


BENE 


VERME 


VINU 


Daco-roum. 


ptpt 


pin 


bine 


verme 


vin 


Mold. 


kyept 


kyin 


gyim 


yerme 


yin 


Macéd. 


kyeptu 


kyin 


gyim 


yermu 


yin 


Istr. 


kTept 


— 


bire 


verme 


vin. 


Lat. 


FERRU 


FILU 


SEPTE 


SELLA 


SIC 


Daco-roum, 


Jkr 


fir 


sapte 


sa 


a 


Mold. 


hier 


Ur 


iapte 


la 


si 


Macéd. 


herru 


hir 


sapte 


— 


si 


Istr. 


fer 


fir 


sapte 


— 


si. 


Lat. 


MERGIT 


MERCURI 


*MICU 


LEPORE 


LINUS 


Daco-roum. 


mearge 


mercurt 


mie 


jepure 


in 


Mold. 


mear^e 


nyercure 


nyica 


jepure 


in 


Macéd. 


nyerèe 


nyercure 


— 


lyepure 


lyin 


Istr. 


— 


— 


nyik 


lyepur 


— 



Cf. avec le tableau précédent le traitement d'une consonne 
intérieure suivie de i (§ 340). Pkyept est remarquable en 
moldave Cuv. Bàtr. H, 218, 240. Un / roumain provenant 
de e n'exerce plus aucune influence; toutefois la forme dialec- 



(343) 



3^6 CHAPITRE II : CONSONNANTISME §419. 420. 

taie dyint = dente est attestée. — C'est par un phénomène 
d'assimilation que s'explique le macédonien de:^ed:(et (digitu). — 
Miklosich Cons. H, 39 donne encore cierb (Jervet) et kr 
(Jerru), sierbe {fervet), siu (Jiliu)^ sans indiquer l'origine de 
ces formes. Le développement de l'istrique flier, etc., pourrait 
être dû à l'influence des langues slaves avoisinantes : en slave, 
une consonne + y devient une consonne -f- ly. La forme 
curieuse tsaptir, à côté de klyepty semblerait représenter *keptim 
de pectine \ mais pourquoi y a-t-il eu ici une interversion et non 
dans pectuSy dont la constitution est la même, c'est ce qui 
reste obscur. — En macédonien m passe ainsi à n : nyed^u, 
nerkuriy nile, en outre vi devient y ou g. Il est curieux que 
Vlacho-Livadhion ramène s ks : siy sapte, etc. 

420. Immédiatement après le roumain il faut nommer le 
RHÉTiauE qui, au point de vue géographique, vient aussi après 
lui. Il est vrai que sur ce domaine les labiales résistent, à l'excep- 
tion du mot Aolla (tneduUà) dans la Valteline et le Tessin. Ce 
mot présente aussi la même physionomie en milanais : nidolla. 
Par contre, nous rencontrons la palatalisation des dentales, mais, 
de nouveau, avec une extension différente. 

En rou manche dî passe à dyi, gi, même à tJ (Andeer) et d:(i 
à Bergûn, limite orientale du domaine où s'exerce la palatalisa- 
tion; ici û exerce la même influence, nous avons donc : rou- 
manche dyi (dies), gi à Flims, ^/ à Andeer, d:^ et d^ekt à Bergûn, 
de même ti : tyiy ci^ tse (?) *titnone (§ 352), tyamutUy tiamum 
(344) aussi à Trins, mais timun à Andeer et à Bergûn. Dans le 
Frioul, i est sans action tandis que ie amène la palatalisation : 
dyestre (dextrà), dye:(ime (decimu), dyo (deu)^ tyereQerrd)y tyessi 
(tesserè)^ tyô de tlo = tuo transformé d'après tnio^ tyoli (toUere), 
en outre tyi (ital. ti), en qualité de mot atone, c'est-à-dire 
devant un mot commençant par une voyelle. Dans le Tyrol, 
Enneberg et l'Abbaye offrent le même phénomène; ce qui 
prouve qu'il est récent partout, c'est le fait que tempus y échappe 
comme en roumain (cf. § 96). On trouve le même fait pour // 
ni, lie nie, cf. roumanche Tin (Jinu), Tina Qund), anif (nidu); 
eng. Tima, Ttina, f'iieu; frioul. yet (Jectu), yevri Çeporé), nyot 
Çnocté), nierv (nervu); la palatalisation des gutturales a été 
exposée au § 409. En Italie, le passage de si à si est la règle : 



§ 420. PALATALISATIONS SECONDAIRES 367 

scimmiay scinuiy sciringUy sciloccOy à côté de si, qui a peut-être été 
influencé par cosi. Par contre, ignudo remonte à *ignudus qui 
est en rapport avec nudus comme le latin ignotus l'est avec notus, 
et auquel on peut comparer l'espagnol desnudo au point de vue 
du sens; gnocco ne peut guère être qu'une transposition de 
nocchio comme le milanais ^n^n; en est une de nervi i le vénitien 
gnove de nuovCy niove peut être rapproché des autres cas où uo 
passe à io (§ 216). Gnuca, mil. nûcca reste obscur. Les dialectes 
vont plus loin, cf. Alatri : lyibere, lyuna. Le tarentin hilu offre 
le passage de / à hi, — En Espagnol jimia est à rapprocher de 
Tiulien scimmiay on a de même jibia (sepià) et jisca à côté de ci 
scUy mais simOy silo, silbary siy etc., pareillement en portugais où 
chinchcy r/^îVwo s'apparentent aux exemples précédents. — L'espa- 
gnol nudoy nodus a été influencé par ahudCy *annodaty nubloy peut- 
être niublOy de nibula (§ 58). Devant ie provenant de f, / est 
palatalisée; dans l'écriture, ce fait n'est sensible que pour lleva 
{levat)y d'où llevar au lieu de l'a. -espagnol levar. En France, en 
dehors des gutturales, ce sont surtout /, w, plus rarement j, qui 
sont palatalisées par 1, u, œ, ie provenant de e et par}' qui, par 
suite d'un hiatus récent, est sorti de e, î, û. Ce dernier phéno- 
mène apparaît particulièrement dans le Sud-Est, cf. cant. Vaud 
lou sudare; sa (sudaré), Tettà *ligettare; morv. sel (sella)y sio 
(jigillum)y su Çsur), si, sîlser, sûitCy iœr (soror), sœl, etc.; Reims 
suris (souris)y puis, ici aussi, sur y xourde Phil. Vign. 71. Aux 
Fourgs : ser (suer), sœ (ciel), sœdre (suivre), sili (six), sœdro 
(cendre)y décadré, l'influence de la palatale n'est toutefois pas 
encore bien claire. Ailleurs on trouve, cant. Vaud : nyà (nervu), 
nyer (nigru)y et aussi nyao (nodu), et neuch. nyû (nudo) qui 
rappellent les formes ital. respect, esp. correspondantes; cant. 
Vaud lyç (lectu), bagn. leivra (^leporUy / = /y, § 5 17, / ancienne 
tombe). De même, en gascon, leu (levé) présente les dernières 
traces de la diphtongue. Devant un i apparaît / palatale ou son (345) 
représentant}' en Morvan, àMons, etc., régions dans lesquelles 
le français liard a pour correspondant yard. Cf. encore morv. 
yassey yevrCy Perche yc^ (franc. liège)y yanty Mons yeve. En lor- 
rain la palaulisation peut aussi avoir lieu pour d'autres con- 
sonnes : cf. hœ de sieu (sébum), hœr (suivre), hûr (a. -franc. 
seûr), eha (asseoir). Devant un i et un û simples : neuch. lèmà 



368 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 42O-422. 

(Jimon)y Imàsç (limace), ksœ (linceuil) et la forme intéressai! tf 
delbn (Jundt). On trouve à Jujurieux ffwa, lare {légère de leire, 
cf. vaïà = valerè). Un / palatal devant û se rencontre à Gilhoc 
rû, Délémont /? (quant), tite = quittent, S. Maixent r/trj& 
(quelque), extûse = excuser, d{re, itUri. Enfin, il reste à men- 
tionner encore que le tue germanique, franc, gue, g devient 
souvent ^, v. g. Fribourg ^ere, dere. 

42 1 . Palatalisation causée par L. — Les groupes cl, gl, pi, 
bl, fl n'ont été conservés intacts que sur une petite partie du 
domaine roman; presque partout, ou bien dans tous cts groupes, 
ou seulement dans cl et gl, ou seulement sous l'influence de 
l'accent, / a été palatalisée et a ensuite généralement modifié 
d'une manière quelconque la voyelle précédente. Le domaine 
ir embrasse toute l'Italie et la Roumanie, l'Espagne, le Portugal, 
la France du Sud-Est et de l'Est y compris la Lorraine, la 
France de l'Ouest depuis la limite franco-provençale jusqu'à la 
Normandie inclusivement. Le domaine/»/' est plus restreint : La 
Roumanie et la côte Est de l'Iulie n'en font pas partie, de même 
une partie de la France de l'Est. L'influence de l'accent sur le 
sort du groupe ne se montre que dans la péninsule ibérique. 
— Un lien historique entre le traitement de ces difiérents 
groupes n'existe que sur une échelle très restreinte ; s'il semble 
naturel de grouper la Roumanie et l'Italie, en revanche la France 
de l'Est paraît aller à part, de même que la France de l'Ouest 
et la péninsule ibérique. Il est donc préférable de considérer à 
part chaque domaine. 

422. En ESPAGNOL et en portugais cl, pl,fl se développent en 
kly,ply,fly devant une voyelle accentuée, d'où, avec assimilation, 
lly, qui est conservé en espagnol ou plutôt devient f, et qui, 
en portugais (port, du Nord, galic, astur.-léon.), passe à c par 
l'intermédiaire de ty, tandis que dans le Sud, à partir du milieu 
du xviii* siècle, il a continué de se développer en s. Encore Don 
Luis Caetano de Lima, né à Lisbonne en 167 1, en fait un équi- 
valent du ch anglais, mais non du ch français; Joâo Franco 
Barrello (167 1) connaît toutefois aussi la prononciation s; 

(346) Joâo de Moraes Madureira Feyjô (1739) désigne s comme 
appartenant au parler de Lisbonne. L'assimilation donne à 1'/ 



§ 422. 423. CL, GL, PL, BL, FL EN ITALIEN 369 

une plus grande force de résistance; c'est pourquoi, en espa- 
gnol, elle ne passe pas à y comme / initiale, et en portugais 
elle se fond dans l'explosive de même organe qu'elle. Dans les 
anciens textes espagnols, v. g. dans Fuero Juzgo et en a. -portu- 
gais on écrit aussi x et /; toutefois il ne faut pas conclure de ce 
dernier signe à une prononciation sonore. — Nous avons donc : 

Esp. llama llave llosa llueca llano 

Port. chama chave chousa choca chào 

Esp. llaga lleno llora llave lluvia 

Port. chaga cheio chora chave chuiva. 

Esp. llama lleco 

Port. chamtna choco. 

Par contre, en syllabe atone, / persiste ou plutôt elle devient 
r; de même dans les mots savants, toutefois l'influence du 
latin littéraire a souvent ramené Yl à la place de l'r. Cf. esp. 
clavafy clavigUy port. cravelhUy cravar^ d'où esp. clavo^ port. 
cravo si le mot est populaire; esp. pluT^er, port. pra:(ery esp. 
plantafy port, prantar, et de là planta^ pranta à côté de Uaniay 
chanta, qui, de leur côté, ont amené llanteny chantagem (^planta- 
gine)\ Qsç. planir, esp. plegar, à côté de llegar,flaân\ il y a lieu 
de remarquer toutefois /^/owo, port, chumbo, et esp., port, pluma. 
— A côté de l'espagnol et portugais flor, on trouve plus habi- 
tuellement dans l'ancienne langue frol : c'est donc probable- 
ment avant la palatalisation que flore a été changé en frôle. 
Mais cf. port, chorudo, chorœs, chorume, s'ils se rapportent ^flor. 
Les formes espagnoles />/«/(?, plaxp, plata sont mi-savantes; dans 
pla^a, praça, playa, praya, la dissimilation a empêché le déve- 
loppement de / en ly. Dans lancha, lacio, c'est par suite de la 
dissimilation que // est devenu f. — Les groupes W, gl à l'ini- 
tiale perdent leur explosive : esp., port, lastima, port, lande , esp. 
landre; latir, port. lategOy liron, lera, port, leira (glarea), port. 
leiva (^glebea'); ou bien bl persiste : bledoy port, bredo, esp. 
blasnuiy port, brasma, blanco, brancOy etc. — Enfin esp. r/w/)a, 
port, choupa {clupea^\ le mot espagnol peut bien être un 
emprunt au portugais ou au galicien. 

423 . En ITALIEN, / est palatalisée après toutes les consonnes, 
puis elle est supplantée par l'élément palatal : kl a produit 

MiTia, Grammaire. 24 



370 CHAPITRE II : CONSONNANTISME S 4^3 

(347) d'abord kly^ puis Ay, qui, de bonne heure, comme maintenant 
encore dans le Sud, a eu la valeur de I, mais qui, dans le toscan 
actuel, sonne ky. On a donc : chianuiy chtavty chiuso^ chiodo, 
chiocca, piano, pùiga, pieno, piomboy piove, piuma^ fiammay fiocco^ 
fiumt, fiore, piacerCy piantarty piangerey piegare, pia^T^iy piaggia, 
ghiandây ghiro, ghtaja, bietUy biasmay bianco. Les mots empruntés 
au latin changent dans Tancienne langue et dans les dialectes 
leur / en r ; sprendorCy afrlttOy etc. Tandis que, ainsi qu'on le 
voit, les Êiits sont très simples dans l'italien central, les dialectes 
du Nord et du Sud présentent des développements postérieurs 
du son palatalisé dans des directions divergentes. Dans la 
Haute-Italie, les labiales résistent; par contre, hy, gy y 
deviennent Cygi il n'y a que le génois qui change de plus py en 
^ et ^ en ^, cf. 



Vén. 


car 


^anda 


pian 


biank 


fiado 


Mil. 


car 


j^anda 


pian 


biank 


M 


Piém. 


tar 


^and 


pian 


biank 


fia 


Bolon. 


iar 


ianda 


pian 


biank 


fia 


Gén. 


tau 


ganda 


tan 


j^anku 


iou. 



Le changement apparaît déjà comme accompli dans les 
anciens monuments littéraires de ces régions; Bonvesin écrit 
giamando (il y a à faire sur g la même remarque que sur le / 
de l'a.-portugais), gia:^ay et, ce qui est plus remarquable, clera 
= ciera de l'a.-français chiirey deblo = debeo où 1'/ ne peut repré- 
senter qu'un iy ce qui assure la prononciation pian dans le mot 
écrit plan; cf. encore plu où le manque d'i final montre qu'il 
faut lire piu (§ 553); le livre des Exemples en a.-vénitien 
présente, il est vrai, toujours cly />/, mais cependant déjà plu 
non plui 47, il en est de même du ms. Hamilton; par contre, 
la Chron. Imp. connaît cl et chiy pi et pi y fi et fi. Giacomino 
Veronese écrit clieray les poésies en a.-génois montrent déjà la 
prononciation moderne avec ihama (claniare), ihairOy iao (gladiu), 
ciantoi (plantatares). De même, Il Chrys. avec pianti 3, 8; 
giaio 22, 37; a-ton le même fait dans chiar 3, 41, tichiovi i, 11, 
ou Êiut-il y voir une prononciation toscane, c'est ce qui reste 
douteux. — Il n'est donc guère possible d'admettre, en se 
basant sur les anciens textes, que />/, fi aient offert une plus 



§423- ^y ^^y PL, BL, FL EN ITALIEN 37 1 

longue résistance que f/, gl. Mais il est digne de remarque que 
pi eifl persistent encore actuellement à Val Gandino (Bergame) : 
plantUy plty plcBy flaty flamma. — En génois, le changement de 
py tn c est plus récent que celui de ie en i (§ 105), de plenu 
est sorti pyin^ pin non chin\ il semble en outre restreint à la (348) 
syllabe tonique : pia:;ir non èa:(ir. — La palaulisation a pénétré 
du lombard et vénitien en rhétique. Dans le canton du Tessin, 
il semble que presque partout où l'idiome rhétique a été sup- 
planté par le lombard, la palatale a aussi été introduite dans les 
groupes en /; ce n'est qu'à partir de Poschiavo que / se main- 
tient. Souvent le groupe, une fois altéré, a continué de se déve- 
lopper; ainsi l'on trouve sur la Mesolcina et le Tessin (Arbedo) 
pèûy pcof (plueré)y pcomby bgand, etc. Dans le Tyrol, du moins en 
partie, l'élément vénitien paraît s'être introduit de très bonne 
heure, à une époque où l'on prononçait encore iy ou, du 
moins, où l'on ne prononçait pas encore r, cf. tyau (clavu) 
dans la vallée de la Cembra, lyaf à Vigo, tyef à Colle et dans 
les environs. Ky s'est à peu près généralement conservé dans 
I'Italie du Sud, pi donné le même résulut; parallèlement 
bl devient y ttflun s modifié. On a donc : sic. kyaga (j>laga)y 
kyinUy kyuppu (^plçppu)^ kyUy yastimariy yancUy samnuiy suriy 
iami. L'antiquité de ce fait est attestée par xumara (Jlumarà)y 
C. 23, etc. ; en Gilabre, il semble qu'on ait affaire au phonème 
hy de même dans l'intérieur de la Sicile. Ky provenant de py 
s'étend du côté du Nord jusqu'à l'Ombrone et pénètre jusque 
dans l'arétin. A Naples, Loise de Rosa écrit encore pi y mais on 
trouve chi dans le Regimen sanitatis. Au degré ply, il s'est opéré 
une assimilation de la première partie du groupe, comme dans 
la péninsule ibérique : devant /y, au lieu de l'occlusion labiale, 
il s'est produit la plus voisine, c'est-à-dire l'occlusion palatale; 
mais le développement postérieur a ensuite eu lieu comme en 
italien, donc ply, i/y, hy. Dans une panie de la Sicile, à Noto et 
Modica, ky passe jusqu'à /i ; ti(^ay tsoviriy tiummuy tsinu. La 
concordance avec le génois est fortuite, ce qui résulte v. g. de 
ce fait que plenus dans les deux dialectes subit un traitement 
différent. Sur la côte Est, à Lecce, ky revient de nouveau à un 
k pur en passant par k : skattu (jchiait6)y skauy skupetta (schiop- 
pettà)y miska (mischià)y etc. Enfin, la côte Est de l'Italie, depuis 



372 CHAPITRE II : CONSONNANTISME §4^3. 424. 

Tarente jusque dans l'intérieur des Abruzzes, de même que le 
roumain, opposent iy, gy à />/, W, fly cf. roum. chù^^ chietHy 
deschide (discludit)y ghindày plecày plitty blàndy floare; Teramo 
kyatnày yann^, plande (jâanta)^ blastetnCy flamm^. Le degré anté- 
rieur de ky est conservé en macédonien : klyimà, klyaty gletsu 
{glacie5)'y par contre, l'istrique klyar^ etc., ne peut être sorti que 
de kyar (§419). — Les faits que présente le logoudorien sont 
(349) particuliers. L'ancienne langue, de même que le campidanien 
actuel, conserve 1'/ pure; on trouve pi depuis le xvi* siècle, 
évidemment sous une influence italienne, et, déjà plus ancienne- 
ment, à l'initiale, ;fï, c'est-à-dire ^, au lieu de chi : ^ae (clavu), 
garu. Ce dernier fait est difficile à expliquer : tandis que le 
changement d'un son ky^ qu'on aurait reçu du continent, en i 
ne fait aucune difficulté, le passage de ^ à ^ Eût plus de diffi- 
culté, et il y a lieu de se demander si le son est indiqué 
exactement. 

424. Tandis que dans les domaines étudiés jusqu'ici le 
degré kly ne pouvait guère être que supposé comme intermé- 
diaire entre kl et ky^ excepté en macédonien où on peut le 
saisir, nous le trouvons souvent conservé encore en France; en 
outre, ici, de même qu'en roumain et dans l'italien de l'Est, 
pi est plus résistant que cl y tandis que fl marche généralement 
avec cl. Ainsi la zone de I'Est offre plàta dans tout le Valais, à 
l'exception de la vallée de la Viège et de quelques localités 
situées dans la vallée inférieure du Rhône; en outre, au Nord, 
pi et bl se conservent, et aussi fl à Jujurieux, Gilhoc et la vallée 
de la Drôme, c'est-à-dire dans tout le domaine moyen du 
Rhône. Dans le reste de la zone, /), ^se maintiennent, tandis 
que / est palatalisée et reste tantôt au degré lyy tantôt passe 
jusqu'à _y, et le rétrécissement se produisant de plus en plus en 
avant va jusqu'à f, /, ou jusqu'à / bilatérale; enfin on rencontre 
aussi ici l'assimilation de la labiale : py devient èy qui peut être 
réduit à j. Le domaine de ply est des plus restreints : il embrasse 
le centre du canton de Vaud et la plus grande partie de celui de 
Fribourg, de même qu'une partie de la Franche-Comté; celui 
de py est très étendu , tandis que pf est restreint au Valais et 
à la partie du canton de Vaud située dans la vallée du Rhône; 
pf se rencontre à Vétroz (Valais, peut-être n'est-ce qu'une 



§ 424- ^> ^^> ^^> ^^> ^^ ™ FRANÇAIS 373 

graphie inexacte); pi dans les dialectes montagnards d'Ormont 
et de Fribourg; c dans les dialectes montagnards neuchâtelois; 
enfin s en Franche-Comté (Baume, Montbéliard, Lure, Porren- 
truy). Pour le Valais, il reste encore à se demander si pi repré- 
sente le pi latin ou s'il n'est pas plutôt un degré postérieur de 
plyy puisque dans plusieurs localités ly passe à / (§ 517). Le 
domaine de pi ne coïncide pas exactement avec celui où ly passe 
à /; le premier est plus vaste, toutefois on ne peut rien en con- 
clure pour le moment. FI passe kfly partout où pi passe à ply; 
mais l'assimilation au phonème palatal se produit ensuite plus 
facilement que pour p : fly devient hly^ d'où Zfy, comme, en 
partie, fly passe à ^ et de là à ^; là où ply devient c, fly est (350) 
représenté par s. Enfin W, sur la rive gauche du Rhône seule- 
ment, dans des contrées où ly devient /, est sorti non de/, mais 
de/_y, en passant par hly. Cornu constate 1'/ bilatérale dans le 
bagnard. Les destinées de c/sont les mêmes que celles de/. La 
première étape kly se trouve dans le canton de Vaud (l'extension 
de ce phénomène est un peu plus restreinte que pour /y), dans 
la haute vallée du Rhône, en partie en Savoie (Albertville), en 
Franche-Comté. Kly z ensuite continué de se développer en ly 
dans la plus grande partie du domaine, ou en t à Neuchâtel et 
dans la Lorraine du Sud ; ou bien kly se change en hly dans le 
Valais et en descendant le Rhône jusqu'à Martigny, à Fribourg 
et dans la plus grande partie du canton de Vaud, d'où l'on a 
ensuite, ou bien hy dans la vallée de la Drance (Valais), dans le 
Jorat (Vaud), ou bien f> dans la vallée inférieure du Rhône et 
dans les parties du canton de Vaud qui s^y rattachent. Tandis 
qu'ici hy apparaît à côté de hly, nous trouvons en Lorraine hy 
à côté de ty, iy, ce qui prouve un développement quelque peu 
diSérent : ce n'est pas kl qui est devenu W, mais ky qui a passé 
à hy. Enfin, en Franche-Comté, les résultats de cl se répartissent 
comme ceux àefl et de pi; sy à Giromagny est remarquable. — 
Les représentants de ^/, bl sont un peu moins faciles à déter- 
miner : le nombre des exemples est encore restreint, et par 
conséquent les matériaux font souvent défaut. Bl semble être 
traité partout parallèlement à pi; dans gl, l'explosive paraît 
encore plus soustraite à l'influence perturbatrice de ly que dans 
le groupe cl y ainsi v. g., dans le canton de Vaud, le domaine de 



374 CHAPITRE n : consonnantisme § ^4-426. 

gly est plus restreint que celui de cly^ gly passe ensuite à )?, à Ay 
répond y et i f répond ^ et à Ormont et OUon / bilatérale. 
Dans le bagnard où cl passe à / bilatérale et /y à / dentale, on 
trouve d comme représentant de gl. — Le tableau suivant peut 
donner une idée des différents phénomènes : 



Lat. 


PLANTA 


BLANCU 


FLAMMA 


CLARU 


GtACIE 


Vionnaz 


pfàta 


bâà 


fàma 


fa 


âafi 


Bagnard 


plàta 


— 


hlàtna 


hla 


dalf 


Vaud 


pyàte 


byà 


hlàma 


hia 


hse 


Ormont 


pfàte 


bià 


fàtna 


fa 


âase 


Fribourg 


pTàte 


— 


hTàma 


cf. kTu 


lèse 


Neuch. 


plate 


hTà 


flàtna 


ta 


dese 


Jujurieux 


plate 


blà 


fiàma 


m 


gïàse 


Lorr. 


pyàte 


byà 


fyam 


kyeB 


gyo- 



(351) Pour arriver à déterminer la date de la palatalisation , il y a à 
tenir compte du franc-comt. pyotte, morv. pyot( = peloté = 
franc, pelotte. 

425. Dans rOuEST de la France, la palatalisation paraît 
avoir eu beaucoup moins d'effet. Ici aussi la première étape est 
encore souvent conservée : bess. klye, klyok^ glyë:(ey plyese^ plyank^ 
blyfty flyàb; saintong. klyu et Blyu^flyàb et hlyàby glyàd et lyàdy de 
même i/y, etc., en Poitou, oii Jleambanty ann. 165 1 (Mém. 
Antiq. Fr. I, 200), est un ancien exemple. — Dans Tangevin 
bianchey Haut-Maine piesiy faV, saintong. /^'â/e apparaît la seconde 
étape au moins après les labiales; on la trouve après les guttu- 
rales à Houlme (Normandie) : kyu^ hyœ. Plus au Sud, dans le 
Haut-Limousin, on trouve l'un à côté de l'autre kM, klau et 
pluT^ety cl devant u persisterait aussi. 

426. Labialisation. Il s'agit des destinées de qu latin, phé- 
nomène auquel est apparenté le traitement de coagulât et de 
coactus. Il faut distinguer entre qui et qua. Quinque et quisque 
occupent une place à part : le premier, de même que quinqua- 
gintay a perdu son élément labial, déjà à l'époque latine, par 
suite d'un phénomène de dissimilation : cinque^ cinquaginta, cf. 
§ 3, p. 6, et ital. cinquanta, esp. cincuentay franc, cinquante. 
L'action de la dissimilation a été moins forte dans quisque^ dont 
l'initiale a été maintenue en panie par qui : prov. quecSy à côté 



§4^6. au LATIN 37S 

de ra.-italîen ceschedunOy cf. ciascuno. Quiy quetus, quaerere ont 
partout perdu leur élément palatal, mais pas partout à la même 
époque. En italien, en français, en espagnol et en portugais, la 
gutturale persiste sans changement, en français on a encore 
prononcé qui à l'époque où ca latin et ki germanique sont 
devenus ca. H; ce n'est que postérieurement que qui s'est changé 
en fe*, lequel ne peut plus se palataliser. La graphie chi S** Eul. 
6, 12, Jon. V. 31, montre déjà la prononciation moderne. Nous 
avons donc : ital. chiy cheto chiede, franc, qui, quoi, quiert, esp. 
quieriy quiere, déjà dans le Mistero achesta i, 8, achesto 5, achest 6, 
à côté de aquel 9, etc. En roumain, en frioulan et en tarentin, 
la labiale est tombée de si bonne heure que la gutturale a 
encore participé au développement de ce latin : roum. «w, 
cearcy incety acesty tarent. &, H, terty etc., frioul. se, sere, sed. 
Enfin, dans le rhétique occidental. Vu tombe plus tard, fe est 
traité comme ka : oberland tyiy tyty iyoUy tyeia (quetus-a). — 
Quercu et querqueduîa sont difficiles. Le premier est restreint à Os^) 
l'Italie; le français chine remonte à un mot qui n'est pas latin et 
qui est connu seulement en Gaule : \a5sanUy cf. prov. casser. 
En Italie, nous trouvons sard. chercuy abr. cerqua, flor. quercia. 
Un type *quercea (cf. \xz\. fc^gia = fageay bei7ia = *abieteay etc.) 
aurait donné en italien *chercia. On doit donc supposer que sur 
quercus 2l été formé un féminin *querquay d'où cerqua, et, avec 
transposition, quercia. Le portugais urquinha atteste aussi *cerqua. 
— Dans l'espagnol cercetay port. x.ar:i^etay prov. serseta, franc, 
mod. sarcelle de *querquedulay il semble qu'il y ait d'abord eu 
une dissimilation *cerquedulay puis une assimilation *cercedula; 
l'italien farchetola est très près de la forme latine, il Êiut en 
rapprocher farkeduno qu'on trouve à Galatone (Terre d'Otrante). 
L'élément labial persiste toujours devant a en italien : qua, 
quaUy qualchcy quattordiciy quandOy quattrOy quaglio; dialectale- 
ment, il disparait en syllabe atone : campob. kakkose, ka (quam). 
A côté de quagliare on trouve aussi cagliare, donc coa en syllabe 
atone est devenu ca. En espagnol, en portugais et en sarde du 
Sud quâ persiste, écrit en espagnol cua; mais qua-^ et consonne 
+ quâ deviennent ^ : esp. cualy cuandoy cuadro, cuatro {cua- 
renta § 610), mais catorce, calitady carnanOy calahUy escama, esca- 
lidoy port, quai y quando, quatro à côté de cadernay ca^ escanuiy 



376 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 426. 

tandis que le portugais du Nord offre toujours ca. En français 
et en provençal, Vu s'est assourdi après la palatalisation de ca\ 
mais il persiste dans les mots empruntés au français par l'anglais : 
question^ quite. C'est d'abord dans les monosyllabes atones que 
Vu a disparu, cf. kaunt Voy. de Charl. i6, et toujours car. 
Ailleurs il est encore conservé au xi*' et au xii* siècle ; ce sont 
d'abord les mss. du xii' siècle, comme ceux du Roman du 
Mont Saint-Michel qui emploient qu et c devant a d'une manière 
confuse. L'Est aussi (lorr. wall.) a conservé Vu : franc, quatre, 
quand y quel, quarante , lait caillé, quérir, etc., mais lorr. kuel, 
kiusei {cacher'), hieroni même kuerl, kwà à côté de formes isolées 
telles que ketoB (quator:(e), aussi hwetoh, kî^ (franc. quin:(e), ka 
{qualis)', wall. hjiat, ktjarem, kueri, etc. Enfin en roumain et en 
sarde u a disparu : roum. ca, cànd, cànt, scamà, care, logoud. 
kandu, kantu, iskanm, haie, mais quattuor donne roum. patru, 
sard. battoro, de même baranta. Comme qua intervocalique 
subit le même traitement, on est forcément amené à l'hypothèse 
d'y voir des formes qui primitivement ne se trouvaient qu'à 
l'intérieur des phrases, hypothèse qui est encore confirmée par 
le fait que la consonne est sonore et que le changement d'une 
(353) sourde en une sonore ne se fait qu'à l'intérieur des mots 
ou de la phrase. Giui roman provenant de wa germanique 
(§ 18) est aussi traité comme qua, qui latins. On a donc : 
ital. guardare, guatare, gualcire, guarnire; toutefois ici Vu per- 
siste aussi devant les voyelles palatales : guerra, guiderdone, 
guisa, etc., d'où l'on peut conclure que ghindare, ghignare 
viennent du français. Ghelji qu'on trouve dans la Chron. per. 
doit être regardé comme influencé par Ghibellini. On rencontre 
en français : garder, guérir, garnir, guerre, guise, toujours 
actuellement avec un u muet. Déjà le ms. du Voy. de Charl. 
(xiii* siècle) confond gu et g : gardet 441, garisset 670, garni:^ 
240, esgarder 131, etc., à côté de reguardet 5, gucLcr, etc. En 
anglais gw est généralement redevenu w : tuait, warison, war- 
rant, etc., formes à côté desquelles on trouve cependant guard, 
guide, garnish. En espagnol, u s'est assourdi devant les voyelles 
palatales : guerra, guisa; mais il est resté devant a : guarda, 
guante, guarir, guarnir. Sur w au lieu de ^z^ v. § 18; sur g, d 
V. § 420, 



§ 427- CHANGEMENT DE l'iNITIALE SOURDE EN SONORE 377 

427. Dans toutes les langues romanes nous trouvons plus ou 
moins répandus des exemples isolés d'une initiale sonore au 
lieu d'une initiale sourde. Il ne peut être question d'une règle 
précise, mais seulement d'une influenee spéciale pour chaque 
&it; il y a donc lieu d'étudier chaque cas en particulier. — La 
classe la plus importante est formée par les mots grecs, cf. § 17. 
p. 33. On trouve aussi une hésitation analogue pour des mots 
provenant d'autres langues : ital. gatto^ esp. gatOy mais franc. * 
chai (vraisemblablement germanique); ital. gamba, franc, jambe, 
mais franc, du Sud-Est sambe, pic. cambe Tourn. IV, 10, 3, 
chambe aussi dans l'Yzopet 1039. Cette divergence peut avoir 
sa raison dans une articulation du Agrée (germ., celt.) différente 
de l'articulation romane : le milanais rend aussi par ^ le ^ fran- 
çais : gabrioliy gabaré, etc. Les cas latins sont encore plus diffi- 
ciles. A côté du français cage on a en français même geôk 
(^gaviola), en outre ital. gabbia, esp. gavia, prov. gabia, frib. 
cb^b^, lyon. ^pi. — Abstraction &ite de l'italien crai et de 
l'espagnol crcLS (cras) qui ne sont peut-être pas complètement 
populaires, l'initiale cra paraît passer toujours à gra : ital. 
grasso, esp. graso, prov., franc., roum. grasÇcrassus), ital., esp. 
grada, port, grade, ital. gradella, esp. gradilla, franc, grille, 
roum. gratar (crûtes, -icuLi); ital. gracidare, esp. gra:(nar (cr<H 
citare). Mais d'abord il est difficile de trouver pour ces faits une 
explication physiologique satis&isante; ensuite le dernier de ces (354) 
mots présente aussi dans sa voyelle une influence de graculm, 
gracillare, et le premier pourrait être sorti d'une confusion avec 
grossus. Il ne faut pas passer sous silence que crcLs était au Moyen- 
Age et est encore actuellement la forme de la Picardie, du 
Rcmchi, de Troyes, des Ardennes et de la Belgique. — Les 
autres cas ont une extension géographique moins vaste : ital. 
gonfiare, roum. gunflâ de amflare, le français gonjkr n'a été 
emprunté qu'au xvi* siècle, mais cf. Tarn, langued., dauph. 
honflà, Ardèche houfla, Queir. kaunflâr, Vionn. konhlà, etc. 
A ce mot on peut comparer l'italien gomito (cubitu), gom- 
bina (^combind), sgomentare (^excommentarè), sgomberare (excu-- 
merare), Tarn gorp, rouerg. guor (ronw). — Le roumain 
gutuiu (cotaneus) est slave. On peut constater une assimilation 
de la consonne initiale à la sonore initiale de la seconde syl- 



37^ CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 427. 428. 

labe dans l'italien gridare (quiritare), gastigart^ galigarCy dans 
le frioulan dedea (taedicare), dorde^ dans le milanais dord Qurdd), 
dans le lorrain daii^é (tardicare)^ tandis que le sicilien deda et le 
roumain d(adà (taeda) présentent probablement une confusion 
du mot latin et du mot grec de même signification 8a{8a. 
L'espagnol et portugais gritar n'a aucun rapport direct avec 
l'italien gridare : il est sorti de cridar^ de même greiar et 
port, golpelha (corbeille). Il y a peut-être un phénomène de 
dissîmilation dans le frioulan et tyrolien dut (^tottu). En espa- 
gnol et en portugais cr ne passe à gr que dans les noms 
féminins : esp., port, greda (cretUy toutefois aussi frib. griya)^ 
esp. griUj à côté de cria de crearCy peut-être cette forme est-elle 
due au cas où le mot suivait l'article et lui était étroite- 
ment joint. Cette explication semble assurée pour le portugais 
abegoariay begoaria de pecus, a bostella = pusteHUy a bali:(a de 
palus. D'autres exemples s'expliquent comme *grassUy c'est-à-dire 
par une confusion entre deux mots : pour l'italien brugnola, 
franc, brugnon y port, abrunho de prunus y c'est peut-être bruno 
qui est en jeu; pour le portugais bolor (pallor)y c'est peut-être 
bolha; pour le portugais boir (polire)y peut-être bomir; pour 
l'italien grosià (à côté de costra) peut-être grosso; pour l'a.-fran- 
çais graantery peut-être garantir; pour l'espagnol ganOy gahiles 
(de canna) peut-être gahir; pour l'espagnol verdalago {portu- 
lacd)y peut-être verde. Sont complètement obscurs le français 
glas (classicum), l'italien bolso (pulsus) et brina (pruina). Au 
contraire, en regard du français glousser de glocire on trouve 
l'italien chiocciarCy l'angevin cloussefy le berrichon hlosiy etc. Le 
portugais ferrolhar de *veruclum a été manifestement influencé 
par ferroy le français dialectal (Reims) krale de gracilis a*été 
peut-être influencé par kras. — L'a.-espagnol femencia de vehe- 
mentia n'est pas un mot originaire, mais un mot des livres et 
(355) peut-être doit-il être expliqué par ve]hementiay par conséquent Vf 
représenterait Vh aspirée, L'espagnol cenojil (jarretière) de hinojo 
a été confondu avec cehir. 

428. Chute de consonnes initiales. Sur / en espagnol, 
V. § 407; sur /en espagnol, v. § 408. Il reste encore à men- 
tionner la chute des consonnes initiales suivantes : 

5, r, G à Lecce : asu Çbasiu)y andera, eûta, ukka^ ursa, 



s 428. 429. CHUTE DE CONSONNES INITIALES 379 

rukulu; ekyu, ermCy eUnu, itru, iAa, uie, ogyu; addina^ ula^ rossa, 
rutta, raulu (§ 282), rieku, etc. 

F en bergamasque : érem, aka, 1, ida, oli, igona = itaL 
vigogna. 

F, Z) à Rietî : ennettay illania, olontâ, olea; ikoy ispttti, anni, 
aria. 

G devant r, / à Logoudoro : russuy rassu, runda, randinCy 
landay lorumu de *lotnuru. 

L en bagnard : aruiy are (îatrd)y enwa (lingua^y ivray eu (leur^, 
égremay etc. 

429. Les phénomènes suivants sont d'une autre nature. 
Devant 0, u, le v tombe souvent, c'est-à-dire qu'il se fond dans 
la voyelle de même organe que lui ; cette voyelle peut être elle- 
même primaire ou être sortie d'un f. La fusion est plus facile à 
réaliser en syllabe atone qu'en syllabe accentuée. 

Alatri : uttone (ital. bottone), ukkone (^bucc(me)y utare (^voltare 
et votare)y cf. en syllabe accentuée uçkkay uçkpç (yulpé)y wute 
(votUy à côté vçcfy plur. vuct). En sicilien nous trouvons : urpi 
(vulpé)y urria = ital. vorria. — Dans la vallée de la Gadera : 
oritiy ormàtty orei (volere). — Puis dans la France de l'Est, v. g. à 
Auve : oiry oiturey etc. Il Êiut citer ici os de vous accentué qu'on 
trouve dans beaucoup d'anciens textes français. De même esp. 
huecoy port, oco (vocuus). 

Cf. pour l'a.-français, A. Tobler, Vermischte Beitrâge, p. 212-216. 
L'explication de l'espagnol hueco est donnée par Cornu, Grundriss, 
p. 767. 

U peut arriver aussi que la chute d'une consonne initiale 
doive être expliquée par un phénomène de dissimilation, v. g. 
ital. avelloy a.-franç. avel (labellu); esp. adr aies (latérales') i ital. 
usignuolo; Ariège angibo; esp. amparar = tnamparar (cf. des- 
ntamparar B. O. 332, José^ etc.). 

Dans des mots peu employés ou étrangers, une / initiale a été 
prise pour l'article : l'italien orbacca = lauribacca se dénonce 
comme mot savant par son groupe or; ital. a:(7^urr0y esp., franc. (356) 
a:(ul; esp. (w:ça, franc, once de lynx; ital. orT^a, esp. orja, franc. 
ourse du moyen néerlandais lurts; ital. ottone; wall. amproie 
Qampredd), — De même pour n : ital. aranciOy i côté de mil. 
naram^y esp. naranjay du persan nâren^. — Sont encore inçx-^ 



380 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 429-43 1. 

pliqués le français Wr, champ, lairon (glis)y le vénitien ruMre^ 
roharCy etc. M. B. 96 dtgrundire. 

430. Addition d'une consonne a l'initiale. La question de 
Vs prodiétique en italien se rattache à l'étude de la formation 
des mots. Il y a d'abord à considérer les cas où l'article s'est 
soudé au mot : ici aussi il s'agit de mots rarement employés. 
L'espagnol acerola devient en italien* /a:(:jertto/a; le latin opium 
passe à loppio; lodoroso au lieu de odoroso est employé par 
Buonarotti; atnidoy napol. lamete. Ainsi s'expliquent en français, 
lendemaitty lendit^ luettCy loriot, tandis que dans lierre (hederà), il 
vaut mieux voir l'influence de lier; béam. lant Çamite), franc, 
mod. landier (atnitariu). Le rémois et langrois lavier = évier 
a peut-être subi l'influence de laver. On trouve souvent g ajouté 
devant r : le français moderne grenouille (mais aux Fourgs 
rnœt)y et l'italien granocchia doivent leur g à gracidare; l'italien 
gracimolo et graspo à grappa. De rugire + bradire est sorti 
*brugirey ital, bruire y franc, bruit; de brisa -^reixft (auritià) a 
été formé l'italien bre^Tia. L'italien naspo au lieu de aspo est 
formé de inaspare; l'asturien dalgun est formé d'après dingun. 
L'asturien dir n'est pas clair. 

431. Combinaisons de consonnes romanes. Dans beaucoup 
de dialectes romans, la voyelle interconsonnantique située dans 
la première syllabe atone tombe souvent (v. § 372); par suite 
de ce &it, des consonnes primitivement séparées se trouvent en 
contact. Nous n'avons à nous occuper ici que des cas où , par 
suite de ce choc, l'une des deux consonnes est modifiée. En 
général, le fait a lieu quand l'un des deux phonèmes est sourd 
et l'autre sonore : dans ce cas , le premier se règle généralement 
sur le second : lat. caballuy norm. gvaly franc, de l'Est ^/, 
Fourgs ptsos (Jksace^y lorr. psey ou fsey = vessica ; l'initiale du 
premier de ces deux derniers mots remonte à w et celle du 
second à Vy dans le lorrain sfey (^capiclu) la première consonne 
est restée, cf. Mons kfœ et gvœ (capillu). Vr passe à fr en 
italien : frasca (virascd)y frana (voragin-); à i en espagnol : 
brano = veranOy brana = veraneUy Blasco = Velasco. — En 

(357) lorrain ^ passe à ^ devant les consonnes : :J;/m (gallina) à côté 
de ^a. — Port, franças {*virantias), — Mais il peut aussi arri- 



§ 43^- GROUPES ROMANS 381 

ver que le premier phonème tombe, cf. tessin. Ai de vAiy mint 
(corne de comini)^ dœlây *bdœlày betuHUy etc. — En italien dis 
devant une consonne passe à s par Tintermédiaire de ds; en 
bolonais, l'ancien degré c respect. ^ est encore conservé : cpety 
cprarSy cpuyarsy j^r (desinare). 



382 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 432. 

II 

CONSONNES INTÉRIEURES 



432. Quand il s'agit des consonnes intérieures, l'accent inter- 
vient dans une plus large part que quand il s'agit des consonnes 
initiales, particulièrement lorsqu'on a affaire aux explosives : il 
y a donc lieu de &ire une distinction entre ces dernières selon 
qu'elles sont avant ou après l'accent. Ensuite, le nombre des 
groupes de consonnes est beaucoup plus grand qu'à l'initiale. 
Abstraction Élite des combinaisons où entrent y et ^, et en par- 
tie de celles où entre /, on constate pour ces groupes l'application 
de la règle d'après laquelle le dernier élément est traité comme 
les consonnes initiales, tandis que le premier ou les premiers élé- 
ments subissent de nombreuses modifications. Enfin la place du 
groupe dans les oxytons ou dans les paroxytons est aussi de 
conséquence. — Dans les verbes composés, lesconsonnes sont 
généralement traitées comme à l'initiale et non comme à l'inté- 
rieur du mot, dans les cas où le verbe simple existe encore, 
V. g. ital. tentrt^ esp. lemry franc, tenir : ritenerCy retenery retenir; 
mais on rencontre aussi des cas tels que ital. ricevere^ franc. 
recevoir où il n'existe pas de simple *ceuerey *cevair ; tel est le cas 
pour presque tous les composés avec re, de. Ily z eu sur cette 
seconde classe une influence des verbes de la première classe : 
dans retenir y détenir y le /, grâce à l'influence de tenir y fut pro- 
noncé avec plus de force, et il se trouva acquérir aussi dans les 
autres cas une plus grande puissance de résistance, cf. là-dessus 
S 549. Il y a toutefois à relever quelques exceptions, ce sont 
des cas où le sentiment de la composition s'est perdu. A côté de 
l'italien ritartUy on trouve le provençal redortay a.-franç. reorte; 
rebellis : a.-franç. revel ; propositus : ital. prevosiOy franc, prévôt y 
esp., port, preboste ; profundtds : prov. preon (le franc, mod. pro- 
fond est un emprunt au latin qui a supplanté l'a.-firançais par- 
fond; mais dans parfond on n'avait plus d*/ intervocalique) ; 
*extradare : a.-franç. estreer; reponere : a.-franç. retondre, rebost; 
repuîîare : esp. rebollar; esp. regunT^ar = recomptiarey degollar. 



§43^- 433- EXPLOSIVES souia)ES mTERVocALiauES 383 

Mais si la consonne appartient au préfixe et non au verbe, elle 
est traitée comme dans les cas ordinaires entre deux voyelles : à 
côté de Ta.-franç. raW;ç : reductus on trouve raembre; prov. 
ra^emer : redimere; adorare donne en provençal a:(prar a.-franç. 
aorer. Déjà à l'époque latine, lorsque emere existait encore, on 
prononçait re-ducerCy mais red-imerCy le premier avec un d inten- 
sif, le second avec un d &ible. 



(358) 



L Consonnes simples dans les paroxytona 



a) Explosives et fricatives. 

I. Après Taccent. 

433. Les explosives sourdes placées entre une voyelle accen- 
tuée et une atone persistent en roumain et dans l'italien du 
Sud; ailleurs elles deviennent sonores, dans l'italien du Centre 
seulement devant un a, devant n'importe quelle voyelle dans 
tous les autres domaines. Partout, à l'exception de la France du 
Nord, au exige un phonème sourd après lui; au provençal 
s'apparente encore le saintongeais avec hota (gautd). En italien 
le b provenant de /> , en français et en engadin le g sorti de c 
furent assimilés dès une époque préhistorique au A et au f pri- 
mitife et ils ont été traités comme eux; v. les exemples au 
§ 438 sqq. Dans le tableau ci-dessous, on n'indique que les 
degrés intermédiaires hypothétiques. 



Lat. 


RIPA 


CUPA 


CAPU 


APE 


SAPA 


Roum. 

Sicil. 

Ital. 

Engad. 

Lomb. 


ripa 

ripa 

*riba 

*riba 

riva 


cupà 
kupa 


cap 
kapu 
capo 
*hibo 


lapa 
ape 

ava 


(japa 


Esp. 


riba 


cuba 


cabo 


— 


saba 


Prov. 


riba 


cuba 


cap 


— 


saba 


A.-franç. 


*ribe 


*cube 


*hbe 


*ebe 


*sebe. 


Lat. 


piper 


CEPA 


LUPU 


SCOPA 


OPUS 


Roum. 
Sicil. 


pipi 


ceapà 


lup 
lupu 


shupa 


op 



(ÎS9) 



384 


CHAPITRE II : 


CONSONNANTISME 


S4 


Ital. 


pepe 


— 


(lupo) 


*scoba 


uopo 


Engad. 


*peiber 


— 


*lubu 


sktut 


— 


Lomb. 


pever 


— 


lof 


scova 


— 


Esp. 


pebre 


— 


loba 


escoha 


huebos 


Prov. 


pebre 


sebo 


lop 


escoba 


ops 


A.-fr. 


*peibre 


*cibe 


*lubu. 


— 


ues. 


Lat. 


-ITU 


VITE 


VITA 


-UTU 


RUTA 


Roum. 


-1/ 


— 


— 


-Ut 


rutà 


Sicil. 


-itu 


viti 


vita 


-utu 


— 


Ital. 


-ito 


vite 


(yita) 


'UtO 


(ruta) 


Engad. 


-it 


vitt 


(vitta) 


-ut 


— 


Lomb. 


'ido 


vit 


(vitta) 


-udho 


ruga 


Esp. 


"ido 


vide 


vida 


-udo 


ruda 


Prov. 


'it 


vit 


vida 


-ut 


ruda 


A.-fr. 


'it 


vit 


vide 


-ut 


rude. 


Lat. 


-ATU 


LATUS 


CRATE 


STRATA 


-ETU 


Roum. 


-at 


— 


— 


— 


-et 


Sicil. 


-atu 


latu 


(^rada) 


strata 


-itu 


Ital. 


-atu 


lado 


grada 


strada 


-eto 


Engad. 


'*adu 


— 


grada 


streda 


-ait 


Lomb. 


-ado 


lado 


— 


strada 


-edo 


Esp. 


Hido 


lado 


grade 


estrada 


-edo 


Prov. 


-at 


lati 


— 


estrada 


-et 


A.-fr. 


-et 


let^ 


— 


estrede 


-eit. 


Lat. 


SITE 


SETA 


LUTU 


LAETU 


ROTA 


Roum. 


sete 


fatà 


lut 


— 


roatà 


Sicil. 


siti 


sita 


— 


letu 


rota 


Ital. 


sete 


(jeta) 


loto 


lieto 


rota 


Engad. 


sait 


saida 


lut 


— 


roada 


Lomb. 


sede 


seda 


lado 


liedo 


roda 


Esp. 


sed 


seda 


lodo 


liedo 


ruede 


Prov. 


set 


seda 


— 


let 


roda 


A.-fr. 


seit 


seide 


— 


liet 


ruede. 


Lat. 


GAUTA 


AMICU 


MICA 


-ucu 


LACTUCA 


Roum. 


— 


amie 


mieà 


'UC 


làptucà 


Sicil. 


— 


atniku 


mika 


"Uku 


lattuka 



§433. 


434. 


EXPLOSrVES SOURDES INTERVOCALiaUES 


i 


Ital. 




gota 


amico 


miga 


-uco 


lattuga 


Engad. 




— 


*amigu 


— 


'*ÛgU 


— 


Lomb. 




— 


amig 


miga 


'Ug 


lacûga 


Esp. 




— 


amigo 


miga 


-ugç 


lechuga 


Prov. 




gauta 


amie 


miga 


'ÛC 


lachûga 


A.-fr. 




jode 


*amigu 


*miga 


*ûgu 


Vaitûga 


Lat. 




LACU 


PACAT 


PLICAT 


*SOCA 


CAECU 


Roum 




lac 


'pacà 


plegà 


— 


— 


Sicil. 




laku 


paka 


kika 


— 


ceku 


Ital. 




Qago) 


paga 


piega 


sqga 


cieco 


Engad 




Vegu 


*pega 


yega 


*suga 


*ciegu 


Lomb. 




lag 


paga 


piega 


soga 


— 


Esp. 




lago 


paga 


llega 


soga 


ciego 


Prov. 




lac 


paga 


piega 


soga 


cec 


A.-fr. 




*lagu 


*paga 


*plega 


*soga 


*ciegu. 




Lat. 




PRECAT 


FOCU 


PAUCU 


AUCA 




Roum. 


— 


foc 


— 


— 




Sici 


l. 


— 


foku 


(poku) 


oka 




Ital. 




prega 


fuoco 


poco 


oca 




Engad. 


priega 


*fœgu 


*paucu 


oka 




Lomb. 


— 


f<^g 


pok 


oka 




Esp 




priega 


fuego 


poco 


oca 




Prov. 


prega 


foc 


pauc 


auca 




A.- 


fr. 


*prega 


*fogu 


*pogu 


*oga. 



^8S 



(360) 



434. Il reste à parler d'un certain nombre d'exceptions qu'on 
rencontre dans les domaines qui, en général, observent les 
règles précédentes. La conservation du phonème sourd dans 
I'Itaue du Sud exige encore une enquête plus précise, aussi 
bien par rapport à son extension géographique qu'en ce qui 
concerne la qualité du phonème en question ; ainsi v. g. en 
sicilien, ces consonnes sont prononcées comme en général à 
l'initiale, avec une formation plus Êiible de l'occlusion. Les 
divergences isolées s'expliquent Étalement, ainsi v. g. le sicilien 
pregu est formé de prigari (§ 443). — En toscan, on trouve 
conformément à la règle : alluda (aluta), arét. bruga à côté du 
florentin bruco, spiga^ lettiga, fesiuga dans Sacchetti, tartaruga, 

IflTU, Gtammaire, j< 



î86 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 434. 433. 

bottegUy spadUy priva^ lova^ etc.; en regard, bracdy vescicdy micdy 
rucay etc. sont des formes savantes; amicay etc., sont sous l'in- 
fluence du masculin; luqgOy ago, lago tirent leur g du pluriel 
lucgorUy etc. (§ SM)> ^^^^ spigo le ^ vient de spiga et spigola 
(§ 524); dans 5«^(7 il vient de sugare; scudo tient son d de 
(361) scudiere; grade le tient de gradire (§ 443) ; -tade et -/oi^ s'expli- 
quent par un phénomène de dissimilation ; lovo est formé sur 
lava ; enfin lido n'est pas toscan. D'autres exemples de la conserva- 
tion de la ténue après au sont l'espagnol coto (cautu)y hoto (Jautu), 
en outre sauco (sabucu)y le portugais couto, foutOy rouco et le 
provençal /ww/a. Comme le germanique rauba apparaît en espa- 
gnol sous la forme ropa et en portugais sous celle de roupay il y 
a lieu de se demander si, dans les cas cités précédemment, la 
ténue ne provient pas aussi de la moyenne. Toutefois, le feit 
qu'en Italie et en Rhétie rouba a conservé son b parle contre une 
hypothèse de ce genre. Le résultat dtpauper ne permet pas non 
plus de tirer une conclusion, puisqu'à cause de la présence de Vr 
suivante les conditions sont spéciales. On peut attribuer plus 
de poids au portugais de outiva, lequel peut bien être une inter- 
version de ouvida. Mais justement le fait que, d'abord, les con- 
sonnes ont été transposées, enlève à cet exemple toute force 
probante, v. § 384. Enfin, la conservation d'une explosive forte 
après une diphtongue apparaît dans l'espagnol sepay quepa de 
*saipa, *caipa = *sapiaty captât à côté du portugais saiba, caiba. 
Ici aussi, on n'a aucun point d'appui pour admettre, en espa- 
gnol, une étape ja/ia, caiba, 

43 3 . Mais cet état propre au roman primitif ne s'est conservée 
sans changement, ainsi qu'il a été dit, que dans l'Italie propre y 
compris la Sardaigne; partout ailleurs, il y a eu, tantôt plus, 
tantôt moins, des développements postérieurs et des modifica- 
tions qui, en partie, sont dans une étroite relation avec les lois 
concernant les voyelles finales. C'est le roumain qui va le moins 
loin : on y trouve l'influence de 1'-/ sur les consonnes précé- 
dentes (§ 319). En ESPAGNOL e tombe après J(§ 312), lequel d 
se trouvant ainsi devenir final se change en la sourde corres- 
pondante en a.-espagnol : verdat Caza 43 , 23 ; venit Danza 19, 
seguit 19, llegat 19, ardit 23 , venit y dexat 23 ; bontat Baena I, 
69 a, merçet ibid. 79 a, entendit 79 b, dividaty verdat 74 b, etc., 



s 43 s • 43 ^ • ^ INTERVOCALiaUE 3 87 

mais, en regard, on trouve aussi d : did Cid 3322, vestid 
3366, etc. Plus tard ce d est devenu à y valeur qu'il a encore 
actuellement. En andalous, d intérieur a aussi pris cette pronon- 
ciation et il a été ensuite ramené à r, soleareSy ir 2^ pers. plur. 
impérat., paereSy ou bien il est tombé tout à fait : naa, toOy puo^ 
meio, etc. Dans le Nord aussi la chute a eu lieu, au moins 
après a : -au à côté de ado est fréquent en asturien ; ce phéno- (362) 
mène s'est aussi produit dans l'espagnol transporté en Amé- 
rique : bogot. amolao et à la finale soledày mercé, — En portu- 
gais le d intérieur a toujours passé à la spirante à\ dans le galicien, 
qui concorde avec l'espagnol pour la loi des voyelles finales, le 
d est tombé dans le cas où il était à la fin du mot : port, hondaâty 
galic. hondà, — Le provençal reste aussi, en général, fidèle à 
l'état ancien ; il faut toutefois faire abstraction d'une zone sep- 
tentrionale dans laquelle le d secondaire est traité comme le d 
primaire et des régions dans lesquelles ga est palatalisé. La loi 
des voyelles finales amène un certain nombre de modifications : 
'tus 'lis passent à t^^ en provençal, d'où, plus tard, s (§ 565); on 
ne trouve comme finales que des consonnes sourdes, donc 
atnadu passe à awa/, amigu à amie, cabu à cap. — En espagnol, 
en portugais, en catalan et en sarde du Sud, la 2* pers. plur. 
présente un traitement particulier : en espagnol, en portugais et 
en sarde du Sud le d tombe : esp. amaisy partis (impérat. 
amady partid); port. amaiSy vendeisy partis \ sard. Sud hantais ^ 
titneis; en catalan, ts devient u : amauy partiu (§ 566). En 
PROVENÇAL et en catalan il y a encore à mentionner spatay 
prov. espaT^ay a.-cat. espaa-y en outre, le catalan dauy qui, avec 
l'italien dado remonte à un type dadum du latin vulgaire, dont 
l'origine n'est pas claire. S'il se rattache à datumy le d doit être 
expliqué par un phénomène d'assimilation; mais il pourrait 
aussi avoir été emprunté par l'italien et le catalan à l'espagnol ; 
l'histoire du jeu de dés pourrait fournir quelques renseigne- 
ments là dessus. Le catalan soldau provient sûrement de l'espa- 
gnol soldado. Le catalan /r«< dtfretum est isolé. 

436. Explosives sonores. La dentale. En roumain et en 
sicilien d persiste toujours, abstraction faite toutefois dans le 
premier domaine de l'influence d'un i suivant (§ 319), et, dans 
le second, des régions où d passe en général à r. En napolitain 



388 CHAPITRE II : CONSONNAKTISME S 436. 

et dans les Abruzzes, d se durcit en t. D persiste aussi en toscan, 
dans la péninsule ibérique et en frioulan, excepté dans la com- 
binaison éde où il tombe partout. En toscan yde, soit primaire, 
soit secondaire, tombe généralement. En provençal, il passe à 
;f, par l'intermédiaire de dy dans les cas où il se trouve à l'inté- 
rieur du mot, mais à la finale provençale, il tombe. La zone 
du Nord rejoint le français, c'est-à-dire qu'elle laisse aussi 
tomber d intérieur. Le catalan présente déjà de bonne heure la 
(363) chute complète de d après l'étape :(; mais, à la finale, il change 
d en u, cf. § 366. Le d primaire tombe en sarde et dans le rhé- 
tique occidental; dans ce dernier domaine, le d secondaire 
tombe aussi devant u tt i; tous les deux tombent entre deux 
voyelles dans la Haute-Italie et la France du Nord, ici, au 
XI* siècle, là, avant l'action de la loi concernant les voyelles 
finales et peut-être aussi avant la période littéraire. Les monu- 
ments de la littérature de l'Italie du Nord, datant du Moyen- 
Age, écrivent encore ^ d, dh, v. g. Cron. imp. senado, marido, 
fiadcy vegnudo et dormio, manda y nassuay sta (plur. masc), 
perdu; Bonvesin vegadha, convidhUy mudhoy tridhe; veda; caritae, 
partiUy tribulaoy etc. Les graphies sans d dominent tellement 
aux xiv* et xv* siècles (elles sont à peu près les seules usitées 
V. g. dans Giacomino et dans les Rime Genovesi) qu'on peut 
considérer celles avec d et dh comme n'ayant qu'une valeur 
purement étymologique. Mais actuellement, surtout à Milan 
et à Venise, dans bien des cas, v. g. dans les participes, la 
consonne a été généralement rétablie, ordinairement sous la 
forme de d, même là où le point de départ latin exigerait un /. 
On peut y voir le Êiit d'une influence profonde de la langue 
littéraire sur les dialectes des villes ; donc : mil. mod. -odb, -idiï, 
'ûday straddy plur. strad; de même en vénitien. — Les plus 
anciens monuments français conservent encore le d : tel est le 
cas pour S. Alexis et le Psaut. d'Oxford. Cette conservation est 
moins générale dans le Psaut. de Cambridge et le Roland, et 
encore moindre dans les Livres des Rois et le Comput, de telle 
sorte que la rime signifie : vie 405 prouve qu'il est assourdi dans 
ce dernier texte. Dans le S. Alexis, dans le poème de S. Brendan 
et dans les Gloses Jahrb. VIII, 33, on trouve plusieurs fois la 
graphie dh qui suppose la prononciation d. — Pour le provençal 



§ 43 6 • ^ INTERVOCALiaUE 389 

du Nord, cf. tnuraor M. R. 40, 9; maisnaa 14, à la fin du 
XI* siècle. Dans le Nord-Est : Bourgogne, Lorraine et Belgique, 
/, d ne tombent pas, mais passent à y, cf. § 378. Le même fait 
a lieu dans une tout autre région, le Montferrat : feyUy -aya, 
preyUy sreya (cerretd), etc. Le degré antérieur dy que suppose le 
yy se trouve sous forme dV à S. Fratello : krara (cretà)y vir 
(vite)y krairir (credere), etc. On rencontre, à ce qu'il semble, y 
aussi dans la France du Sud-Est où, en général, la chute est 
de règle, cf. bagn. fay^ =fatay -ay^ == -atUy Briançon.^eya = 
lomb. gheda. — Nous rencontrons aussi, chez les Catalans 
d'Alghero, le changement de J, aussi bien primaire que secon- 
daire, en r. 



Lat. 


Nrou 


FIDA 


NUDU 


SUDA 


GRADU 


Roum. 


— 


— 


— 


asudà 


— 


Frioul. 


nid 


fide 


nud 


— 


— 


Engad. 


nieu 


im 


(nûd) 


siia 


gro 


Teramo 


— 


— 


nutç 


— 


— 


Ital. 


nido 


fida 


nudo 


suda 


grado 


A.-mil. 


nio 


fia 


nûo 


sûa 


grao 


Mil. mod. 


niû 





— 


sûda 


grâ 


Sard. 


*niu 


(Jàa) 


(nudu) 


(suda) 


(gradu) 


A. -franc. 


nit 


flde 


nut 


sude 


gret 


Prov. 


ni 


fiza 


nu 


suia 


gra 


Catal. 


niu 


fia 


nuu 


sua 


grau 


Esp. 


nido 





desnudo 


suda 


grado. 


Lat. 


VADU 


vmE 


HDE 


PRAEDA 


CODA 


Roum. 


vad 


vede 


— 


pradà 


coadâ 


Frioul. 


vad 


— 


fe 


— 


kode 


Engad. 


vau 


— 


fi 


— 


kua 


Teramo 


— 


vitç 





— 


— 


Ital. 


vado 


vede 


fi 


preda 


coda 


A.-mil. 


— 


ve 


fi 


— 


coa 


Mil. mod. 


guà 


vè 


fed 


— 


hoa 


Sard. 


bau 


(vide) 


Cfidè) 


prea 


koa 


A,-fr. 


guet 


veit 


feit 


prede 


couda 


Prov. 


gua 


ve 


fi 


pre^ia 


co:(a 


Catal. 


guau 


veu 


fi 


prea 


koa 


Esp. 


vado 


ve 


fi 


prea 


(cola). 



(364) 



390 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 436. 437. 



CHAPITRE II : 


CONSONNANTISME 


Lat. 


NODU 


PEDE 


Roum. 


twd 


— 


Frioul. 


— 


pe 


Engad. 


nûd 


pe 


Teramo 


— 


M 


Ital. 


nodo 


pu 


A. -mil. 


no 


pe 


Mil. mod. ' 


nœd 


pe 


Sard. 


*nou 


pe 


A.-fr. 


nout 


piet 


Prov. 


no 


pe 


Catal. 


nou 


peu 


Esp. 


nudo 


pu. 



(365) Il faut encore ajouter à ce qui précède les exemples de d 
secondaire du § 433. 

437. En ESPAGNOL, il y a des exceptions apparentes : prea^ 
boa, mais à côté desquelles on apreàry loàr, formes dans lesquelles 
la chute de d est justifiée (§ 443). N'est pas castillan à cause de 
Vf y feOy lat. fœdus (on pourrait du reste penser aussi à fealdad) ; 
tea, lat. taeda^ et l'a. -espagnol coa^ esp. mod. coa restent inex- 
pliqués. — Au PORTUGAIS fi se joint encore se (sedes)y et aussi 
l'a. -espagnol sa Munoz 74. — En sarde, la question n'est pas 
complètement claire : les mots marqués du signe * ne sont pas 
logoudoriens, mais campidaniens; dans le premier de ces dia- 
lectes, ils se présentent avec d : niduy nodu. Des exemples sûrs 
sont encore cruu cruduSy feu fœdus y ghia ital. guida, — En 
PROVENÇAL, à côté de m, on trouve aussi «//:( et niuy d'où prov. 
mod. nieu (§ 38), tandis que dans les autres cas où il y a J 
aucune forme de ce genre n'apparaît. Nidus est le seul mot en 
'id'y au nom. sing. -î7;(, ace. plur. t/:(, il s'est confondu avec les 
nombreuses formations en -Ut^ de -iciuy -ttiuy -ke qui ont con- 
servé leur groupe t^ à l'accusatif. — En catalan, le d provenant 
de ;( est tombé comme tout autre rf, même entre deux voyelles : 
il manque déjà souvent dans les anciens mss. Si, malgré cela, 
on le rencontre actuellement dans beaucoup de mots, c'est qu'il 
y a eu une influence provençale ou espagnole; tel est le cas 
pour anclusay alosay iesa, etc. 

Sur le catalan," cf. Ollerich § 32, i. 



§438- G INTERVOCALiaUE 39 1 

438. Explosive gutturale. La Roumanie, la Toscane, la 
péninsule ibérique et la France du Sud conservent le g sans 
changement. L'Italie du Nord le labialise après (?,(<; la Sicile, 
la Sardaigne et Tarente le laissent tout à fait tomber. Teramo 
et les Abruzzes le font passer à y. Le piémontais, dans les cas 
où la labialisation n'a pas lieu, le change en y et se place ainsi 
sur le même pied que la France du Sud-Est. Dans les autres 
domaines, la question est embrouillée par la palatalisation des 
gutturales devant a. Ga primaire et secondaire passent à :{; en 
provençal et dans le français du Sud-Ouest; dans les autres 
régions de la France, de même qu'en Rhétie, ils passent à y. 
En français, cet y se fond dans i, û accentués; mais il persiste 
en rhétique. Le même phénomène se passe en France pour go 
secondaire et pour ogo primaire, tandis que ogUy egu primaires et 
secondaires, et agu primaire passent à ou^ eu, au, par l'intermé- 
diaire de ougUy ei4gu, augu, et que oga primaire passe, comme en 
h. -italien, à avUy par l'intermédiaire de ogva; enfin igu, ûgu 
deviennent i, û en passant par y, ûj. Le rhétique de l'Ouest 
suit la même voie, excepté dans les deux combinaisons nom- 
mées en dernier lieu où il ne laisse pas assourdir la fricative, 
mais la conserve en qualité de sourde : iBy ûh. Enfin le rhétique 
de l'Est hésite entre la conservation et l'abandon de g final. 



Lat. 


FRIGUS 


Roum. 


frig 


Rhét. Est. 


— 


Engad. 


— 


Sicil. 


— 


Teramo 


— 


Ital. 


— 


Sard. 


frius 


Mil. 


— 


Piém. 


— 


Prov. 


— 


Franc. 


— 


Esp. 


— 


Lat. 


DOGA 


Roum. 


— 


Rhét. Est. 


doue 



RUGA 


PLAGA 


FAGU 


LEGAT 


— 


plagà 


fag 


leagà 


ruye 


playe 


— 


leya 


— 


pleya 


— 


leya 


rtm 


kyaga 


fau 


lia 


— 


— 


mayi 


— 


rt^a 


piaga 


fago 


lega 


— 


piae 


fau 


lia 


— 


piaga 


fo 


liga 


— 


piaga 


fo 


lia 


rûga 


piaga 


fau 


lega 


rue 


plaie 


fou 


leie 


ruga 


llaga 


mago 


lega. 


JUGU 


NEGAT 


ROGO 


ROGAT 


— 


— 


rug 


rugà 



(366) 



jav 



(367) 



392 


CHAPITRE II : CONSONNANTISMB J 


) 43»- ^ 


Engad. 


— 




M 


— 


— 


— 


Sicil. 


duga 




yuvu 


— 


— 


— 


Teramo 


— 




— 


— 


— 


— 


Ital. 


doga 




giogo 


niega 


rogo 


roga 


Sard. 


doa 




juu 


— 


— 


— 


Mil. 


doua 




gov 


— 


— 


— 


Piém. 


duva 




M 


neia 


— 


— 


Prov. 


doga 






— 


— 


— 


Franc. 


douve 




jouis) 


nie 


ruiÇ^s) 


rueve 


Esp. 


doga 




yugo 


niega 


ruego 


ruega. 


Cas où 


il s'agit 


d'un g secondaire : 






Rhét. Est. 


ami{g) 


amiye 


-Kg) 


-uye 


paye 


Engad. 


amih 




amiya 


-uB 


— 


peya 


Piém. 


ami 




amiya 


"U 


-àya 


paya 


Franc. 


ami 




amie 


-u 


"ue 


paye. 


Rhét. Est. 


lag 


pleye so(j)e preye 


— 


lug 


Engad. 


leh 


playe sua preya 


— 


- 


Piém. 


lai 


(p 


'ega) 


— prega 


— 


lœ 


Franc. 


lai 


plie *soie prie 


du 


lieu 



439- 



439. Le ROUMAIN intrebà de interrqgare doit être expliqué par 
la forme intermédiaire *interguarey puisque le simple rogare a 
conservé son g, — Le sicilien rua est vraisemblablement un 
emprunt français, lia peut avoir été soumis à l'influence de 
liâre. — L'italien stria peut avoir été formé sur stria:(7py cf., 
en regard, strega; giovOy bien qu'il soit en usage en Toscane est 
originaire de l'Emilie. La Provence du Nord et le Poitou offrent 
^ devant a, cf. poitev. ami^y rû^e^ -w^e, ploi^fy etc.; au contraire, 
on trouve y en Dauphiné et, d'autre part, en Saintonge. Les 
limites entre gy ^ti y sont encore à rechercher, -eu apparaît 
en Poitou comme en provençal, sous la forme c : amicy diCy 
enemiCy preCy lueCy lue y fuCy juCyfuec dans les Serm. limous., luec 
se rencontre aussi dans les chartes de la Saintonge et de l'Aunis. 
L'a. -français vai (yagus) peut bien être influencé par le féminin 
*vaie, Feent Jon. de facunt est difficile : voir dans ce mot une 
forme créée analogiquement sur vedent de vadunty qui ne nous 
aurait pas été transmise, serait une hypothèse qu'on ne peut 
guère admettre, étant donnée toute l'histoire postérieure de ces 



§ 439- 440- s INTERVOCALIQUE 393 

verbes. La haute antiquité de ce mot et le fait que, plus tard, 
. c'est seulement la forme analogique et relativement récente 
font qui persiste, rendent probable la supposition que funt serait 
la forme organique et viendrait defacunt en passant parfacuunty 
cf. aqua ; ei^ (§ 501). La voyelle vélaire aurait donc agi ici 
sur un k précédent de la même manière que ti et qu'une voyelle 
vélaire sur un k suivant (§ 444). Reste ensuite la question de 
savoir pourquoi lacus n'a donné ni le, ni, en tout cas, lou qui 
répondrait au résultat de fagus. Les lois relatives aux voyelles 
finales rendent raison de ce fait. Dans la combinaison ak, Vu 
ne pouvait pas modifier la consonne; il n'avait d'influence que 
sur une explosive sonore (ou déjà une spirante : fayuT), ou 
sourde, mais précédée d'une voyelle labiale. Donc lacu a passé à 
Idhu, puis Vu est tombé : lah d'où lai. Par contre, -uni persista 
,plus longtemps, defacunt est sorti fabunt, çnis fiJiuntyfeent. — 
Les noms de lieu en ay et y (§ 259) pourraient par conséquent 
être sortis de -acum ou -aco. — Tandis que les dialectes du Sud- 
Est offrent en général les mêmes règles. Val Soana ne connaît 
aucun exemple du passage de c posttonique à 1, cf. brae, pea, (368) 
lacûa, mais v. g. cant. Vaud uye (auca). Il est difficile d'expli- 
quer les formes diu = dico, amiu = amico, preu = preco qu'on 
trouve isolément dans les textes provençaux et dans la Vie poite- 
vine de S** Catherine, il semble que dans certaines régions qu'il 
reste encore à déterminer, c se soit perdu après toutes les 
voyelles devant u avant la chute des voyelles finales. — On peut 
encore remarquer qu'en asturien aussi gu passe à hu, u : fou = 
fagu et focu, eau = lacu, = cou = locu. 

Sur Ta.-franç. /<?«, v. des idées un peu différentes dans AscoLi, 
Riv. fil. class. X, 28, note 2. 

440. Parmi les fricatives, s latine est sourde en roumain, 
en italien et en espagnol; elle est sonore dans les autres contrées 
romanes. Là où s initiale passe à 1 (§ 417), nous trouvons aussi 
à l'intérieur du mot ^; le même fait a lieu en portugais. Donc, 
tandis qu'en général s est traitée comme les explosives sourdes, 
l'espagnol offre une exception remarquable; mais il est possible 
que l'a. -espagnol ait connu la prononciation :ç qui passa ensuite 
à s, car l'espagnol ne possède en général aucune sifflante sonore 
(§ 441). Sur le changement de si en si, v. § 419. D'après le 



394 CHAPITRE II : CONSONNANTISME §440. 44 1. 

§ 403, il y a lieu de citer aussi ici les cas où ^ provient du 
latin ns. 



Lat. 

Roum. 

Engad. 

Ital. 

Esp. 

Franc. 

Lat. 

Roum. 

Engad. 

Ital. 

Esp. 

Franc. 



PISA 

pisà 
pisa 

pisa 
prov. pis 



RISU 

ris 

ris 

riso 

riso 

ris 



CLUSA 

inchis 

Mus 

chiusa 

écluse 



RASU 

ras 

raso 
raso 
res 



SPOSA 

-oasà 

spusa 

sposa 

esposa 

épome 



-osu 

-os 

-us 

-oso 

-oso 

-eus 



PESA 

posa 

paisa 

pesa 

pesa 

pèse 



FUSU 

fus 

fuso 
huso 
*fus 

MESE 

mais 
mese 
mes 
mois 



CASA 

casa 
hsa 
casa 
casa 
dchei). 



CAUSA 

causa 

cosa 
cosa 
chose. 



En toscan on trouve de temps en temps s sonore : deri/py 
ro:^ay Tere:^ay Agne:(ey formes qui sont, à ce qu'il semble, savantes. 
Marche:^e doit être un emprunt au français, de même France^e; 
sp^a est formé sur spoj^àre où le 7^ est légitimé; c'est ce que 
montre aussi la voyelle (§ 146). — Dans l'Italie du Nord, s 
(369) intervocalique est toujours sonore. — En catalan, s tombe 
après i : guia. — En portugais, les mots précédemment cités 
sonnent dans l'écriture phonétique pi^ay ri!(Uy fu^y ba\ay etc. 

441. K DU LATIN VULGAIRE. Ainsi qu'il a déjà été indiqué 
au § 403 , c latin n'a conservé sa valeur gutturale devant e et / 
qu'en sarde; ailleurs il est devenu tantôt tSy tantôt è. Entre les 
voyelles, il conserve cette valeur romane en roumain ; en italien, 
l'élément explosif a généralement disparu ; bien que l'ortho- 
graphe ne fasse aucune distinction entre c initial et intérieur, 
ce dernier a toutefois, en général dans la Toscane, la valeur de 
s. Le même &it existe en rhétique. Ici, comme dans les autres 
domaines, le développement postérieur du phonème a divergé 
par le fait que e et i finals sont tombés et que par conséquent s 
et ts ou leurs représentants se sont trouvés à la fin du mot. La 
répartition de c et ts ou de leurs représentants est la même qu'à 
l'initiale, v. § 406. Si, par conséquent, en portugais, c intervoca- 
lique, de même que j, a la valeur phonique dq X. (^^ ^^^^ ^ 
Lisbonne, déjà en 1 671, au témoignage de Don Luis Caetano de 



§44^- K INTERVOCALiaUE 395 

Lima), ce S;^ ne peut être sorti que de :(, de même qu'actuelle- 
ment encore à Tras-os-Montes ;^ = ^ latin et ^ = 5 latine sont 
séparés avec raison. En espagnol, ;^ est devenu rf, lequel a passé 
à / au XVI' siècle. Pedro de Alcali ne connaît pas encore le son 
interdental comme d'un emploi général, voici ce qu'il dit du 
tha arabe : « suena a manera de Cy poniendo el pixo de la lengua 
entre los dientes altos y bajos, de manera que suena como 
pronuncian la ce los ceceosos. » Donc, à cette époque, ceux qui 
zézayaient étaient les seuls à prononcer le c avec la valeur de /. 
Juan de la Cuesta (1380) et Velasco (1582) distinguent encore c 
et ;ç, mais comme interdental, Oudin (1639) regarde les deux 
comme équivalents. 



Lat. RADICE 


LUCIS 


PAGE 


JACIS 


NUCE 


Roum. — 


— 


pace 


jact 


voace 


Ital. radke 


liici 


pace 


giaci 


noce 


Engad. ris 


— 


pes 


— 


nus 


Esp. rûfq 


luce 


M 


yace 


nue\ 


Gén. reii;e 


lii^e 


paie 


— 


nu{e 


Catal. raiu 


luu 


pau 


iau 


nou 


Sard. raige 


luge 


page 


yages 


nuge 


A. -franc. — 


lui^ 


P^k 


jk 


nok' 


Lat. 


VICE 


DECE 


NOCET 


Roum. 


berbece 


::ece 


coce 




Ital. 


vece 


dieci 


nuoce 




Engad. 


— 


disch 


nuscha 


Esp. 


vei 


die^i 


nuce 




Gén. 


— 


— 


— 




Catal. 


veu 


deu 


fUM 




Sard. 


— 


deghe 


noghe 




A. -franc. 


fik 


dk 


— 





Il ne peut faire aucun doute que dans le catalan, u ne soit 
une transformation phonétique, parfaitement régulière, de ts. 
Ts est devenu d'abord ^, puis h; il a passé de là à la fricative 
sonore, fortement vélaire, et enfin à la voyelle vélaire. — En 
a. -espagnol, c intervocalique a eu la valeur de d;(. Ce fait ressort 
d'abord de ce que les mss. distinguent entre 1 = ce latin et 
c = ci latin (§ 513); comme le second de ces deux phonènies 



(370) 



(371) 



396 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 44I. 442. 

est sûrement sourd, le premier doit être sonore. Ensuite, dans 
les Aljamiados, v. g. José, le Zà est employé pour r, lequel 
exprime en arabe une sifflante sonore; de même, les Correos 
distinguent entre Zajin (:() = ce et Samedi (J) = ci. 

442. Le V DU LATIN VULGAIRE, répondant à i et t; du latin 
classique, était originairement une spirante sonore bilabiale et 
il est resté tel dans l'Italie du Sud, en espagnol, en gascon (où il 
s'est avancé jusqu'à y) et en a.-provençal jusqu'au moment où la 
loi concernant les voyelles finales est entrée en action; plus tard, 
sur ce dernier domaine, il semble avoir passé en partie à i, 
comme aussi dans le portugais du Nord. Par contre, en rhétique 
et dans le français du Nord, il est devenu une spirante labiodentale 
avant l'effet de la loi des finales. Il a la même valeur en italien, 
tandis que le w germanique y passe à gu : tregua. En sarde, en 
roumain , dans l'italien de l'Est , en bergamasque et aussi dans 
le florentin vulgaire, v est tombé. Dans la France du Nord, le w 
germanique intérieur est traité comme le v latin, cf. trêves : 
comme le premier était bilabial, le passage de «; à t;, en fran- 
çais, a dû se produire après les premières invasions des Ger- 
mains. Le français juif est intéressant à ce point de vue. De 
judaeus est sorti juieuy juiuy sur lequel on a formé un nouveau 
féminin juive ^ lequel a servi de base à la formation d'un autre 
masculin juif. Après o et «, le v tombe aussi en français. 



Lat. 


SCRIBO 


vrvA 


VIVU 


NUBE 


UVA 


Roum. 


scriu 


vie 


viu 


— 




Engad. 


askriva 


viva 


vif 


— 


ûa 


Lecce 


skriu 


via 


viu 


nue 


ua 


Ital. 


scrivo 


viva 


vivo 


— 


uva 


Bergame 


skri 


via 


vi 


nue 


ua 


Prov. 


escriu 


viva 


viu 


— 


uva 


Gasc. 


eskriu 


viua 


viu 


— 




Franc. 


— 


vive 


vif 


nue 




Esp. 


escribo 


vivo 


vivo 


nube 


uva 


Sard. 


iskrio 


bia 


biu 


nue 


ua. 


Lat. 


FABA 


CLAVE 


CUBAT 


RUBU 


SEBU 


Roum. 


— 


cheie 


— 


rug 


seu 


Engad. 


feva 


— 


— 


— 


sieu 



§44^. 




V INTERVOCALiaUE 


3 


Lecce 


faa 


kyae 


koa 


— 


siu 


Ital. 


java 


chiave 


cova 


rogo 


sego 


Bergame 


faa 


lat 


hua 


— 


se 


Prov. 


java 


clan 


cçva 


— 


seu 


Gasc. 


habe 


— 


kçbe 


— 


seu 


Franc. 


fève 


clef 


couve 


— 


suif , 


Esp. 


haba 


llave 


— 


— 


sebo 


Sard. 


fa' 


klae 


— 


ru 


seu. 


Lat. 


NIVE 


NAEVU 


NOVA 


NOVU 


NOVE 


Roum. 


nem 


ne(^ 


noua 


nou 


noae 


Engad. 


naif 


— 


nceva 


nœf 


nœf 


Lecce 


nie 


neu 


noa 


neu 


nœ 


Ital. 


neve 


neo 


nuova 


nuovo 


nove 


Bergame 


ne 


— 


nœa 


nœ 


nœf . 


Prov. 


neu 


— 


nova 


nueu 


nou 


Gasc. 


Aeu 


— 


naba 


nau 


nau 


Franc. 


neif 


— 


nueve 


nuef 


nuef 


Esp. 


nieve 


— 


nueva 


nuevo 


nueve 


Sard. 


nie 


neu 


noa 


nou 


nœ. 




Lat. 


LEVAT 


BREVE 






Roum 




- 


— 






Engad 




- 


— 






Lecce 


lea 




— 






Ital. 


leva 




brève 






Bergame lea 




— 






Prov. 


leva 




breu 






Gasc. 


leha 




breu 






Franc. 


lieve 




bref 






Esp. 


lleva 




brève 






Sard. 


lea 




brei. 





397 



Il faut encore ajouter au tableau précédent les exemples de b 
secondaire du § 433. 

Pour le roumain et l'italien, il peut suffire de formuler la loi : 
vu devient go ; nuovo pourrait devoir sa conservation au féminin ; 
-ivo n'est certainement pas primitif; l'italien neo est en tout cas 
étonnant; mais l'italien favo et le roumain seuy avec un v secon- 
daire, ne concordent pas. V tombe entre deux e : prete^ bere. — 



(372) 



398 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 442. 443. 

Dans la France du Sud, les frontières de v («/) et de b sont 
encore à déterminer : ce dernier se trouve à Montpellier, dans 
les Bouches-du-Rhône et, plus au Nord, dans l'Hérault, 
TAveyron, etc. — En espagnol, v tombe aussi quand il est pré- 
cédé de i et suivi de a : lejiay encia^ mais saliva ^ viva^ d'après 
vivo. — B secondaire, qui est traité, en italien et en français, 
comme b primaire, passe en portugais à Vy seulement devant a : 
escava, estiva, mais cabo, sebe^ on a toutefois aussi povo de populus 
et a.-port. bovo, — Enfin il reste à mentionner le traitement de 
caput dans la Haute-Italie et la Rhétie : la combinaison apu, 
plus tard abuy devient au y par l'intermédiaire de avuy cf. rou- 
manche Muy eng. fo, a.-gén., a.-mil., a.-tur. a?, rovig. caOy 
berg. coOy dans les Rime gen. cavo XUI 45 , à côté de da cho 
ape, — Sur un ancien avu en français, v. § 250. 

Sur le français ;«(/", cf. H. Suchier, Zeitschr. VI, 438-439. 

2. Avant Taccent. 



(373) 



443 . Explosives. Généralement le traitement des consonnes 
protoniques est le même que celui des posttoniques; c'est prin- 
cipalement l'italien qui entre en considération, puis viennent un 
peu après l'espagnol et le portugais, et il y a à tenir compte 
aussi de deux ou trois cas du français. Le roumain, qui a, en 
général, conservée très fidèlement l'état latin des consonnes, ne 
présente aucune divergence pour le cas qui nous occupe. En 
ITALIEN, les explosives sourdes deviennent sonores devant 
l'accent ; en français, ocà passe à 0^ : la voyelle labiale empêche 
donc ici, de nouveau, le développement de 1, cf. § 438. G tombe 
en italien, g y d en espagnol et en portugais; t ne passe pas à j' 
en lorrain. 



Lat. 


ADRIPARE 


COPERTU 


SAPORE 


BETULLA 


POTERE 


Roum. 


— 


— 


— 


— 


potea 


Engad. 


— 


kuviert 


savur 


vduoh 


pudair 


Ital. 


arrivare 


coverta 


savore 


bidolla 


podere 


Franc. 


arriver 


couvert 


saveur 


bedoule 


podeir 


Esp. 


arrivar 


covierto 


savor 


abedul 


poder. 


Lat. 


MUTARE 


PACARE 


ADVOCATU 


EXSUCARE 


SECURU 


Roum. 


muia 


impàcà 


— 


uscà 


— 



§443- 


EXPLOSIVES INTERVOCALIQUES AVANT l'aCCENT 399 


Engad. 


tnûdar 


payer 


— suer 


sgûr 


Ital. 


tnudare 


pagart 


(awocato) sciugare 


siguro 


Franc. 


muer 


paier 


avoué essu-er 


seur 


Esp. 


tnudar 


pagar 


avogado ejugar 


seguro. 


Lat. 


REGAT.F. 


SEGUSIU 


LIGARE MEDULLA HDELE SUDORE 


Roum. 


— 


— 


legà màduà — 


sudoare 


Engad. 


— 


— 


lier miguol (fidel^ sûur 


Ital. 


reale 


(segugio) Qegare) midolla fedele 


sudore 


Franc. 


reUl 


sens 


le-ier tneolle feeil 


sueur 


Esp. 


real 


sabueso 


liar tneollo fiel 


suor. 



Cf. encore pour l'italien badessa, à côté de abbate^ scudella, 
gradirCy padella^ gacia (acacia), a. -ital. cavelli, savere. Parmi les 
exceptions, -tojoy -torCy -tura s'expliquent par l'influence des 
participes en -àtOy etc., mais cf. v. g. corridori a.-pis. Sardo 176, 
conservadori 197; capelli a été influencé par capo, sapere par 
sappiay seppi; potere par l'ancien puote, pçtti. A reale, cf. encore 
striai:(Oy fraore; en outre, dans l'Italie centrale, fiura Cola di 
Rienzi 399, draoni ^o^yparaone 449 ; agosto, à côté de avosto, et 
sciagura s'expliquent d'après le § 446, ligare est sous l'influence 
des formes à radical accentué, segugio se dénonce comme n'étant 
pas toscan par son e atone. Nievo et nipote sont curieux, on 
attendrait niepo, nivote, Nipote peut être mi-savant et nievo, en 
dépit de sa diphtongue, une forme proclitique. A avoué se 
rattachent en français fouacey enrotur, louer, etc., à seus se 
rattachent encore eur, août. Sont dignes de remarque, laiens, 
çaiens de illacintus, ecc'acintus où c dans la combinaison secon- 
daire a tout d'abord conservé sa valeur de k devant un ç. Sont 
difficiles segondy fregondy aigu, à côté de l'a.-français seon et du 
nom de lieu Monteu : on ne peut les regarder que comme de 
très anciens mots empruntés aux livres. Les exemples lorrains 
pour t-*- sont : nué (natalis), mol (ntedulla)y etc. Dans le provençal 
et le catalan t-^ est traité comme -^i, cf. prov. caT^erny gravir, cat. 
paellay pair y caern, grahir. — A Briançon, t avant l'accent donne 
aussi y, cf. kayena, payella, stayera, de même dans le Montferrat. 
— En ESPAGNOL, il y a plus d'exemples : rumiar, alliviar, lidiar, 
estriar, et de là estria, fauco de fagus, leal et, avec un g secon- 
daire, cohombro; mais ici aussi l'on trouve en regard agosto et 



()74) 



(375) 



400 CHAPITRE II : CONSONNANTISME §443-445. 

agûero à côté de jauradoy dans les premiers de ces mots, le g est 
donc secondaire, d'après le § 446, cf. aussi port. Coimbra = 
Colûmbriga^ Setubre = Ca€tobrigae. Ce n'est qu'en apparence que 
l'italien medesimo et le provençal mcT^eis paraissent trouver leur 
place ici ; l'espagnol meismOy mismo montre que le cas est tout 
autre. Ou bien dans le pronom proclitique, t s'est changé en d 
déjà en latin vulgaire, ou bien la graphie metmty tnetipsimus est 
fautive et doit être remplacée par med, medipsimm. Comme nous 
avons souvent en a.-latin med = me, la seconde hypothèse paraît 
donc être la plus rapprochée de la vérité. Dans le français 
livéchcy ital. lovistico Qigusticum), il y a une étymologie popu- 
laire déjà d'origine latine, levisticum Végèce. 

444. Fricatives. Vs latine ne présente un traitement parti- 
culier qu'en toscan et en catalan : là elle passe à s devant i et 
devient sonore dans les autres cas, ici elle tombe : lat. caesellu^ 
piselluy sposarCy ital. ctT^eUuy pi:^elliy spo^are. Exemples catalans : 
rehina (résina) y bubiya = prov. bausiUy roella de rosUy fuada du 
lat. fusuSy refuar ^= esp. rehusary luella de l'espagnol losUy etc. 
— L'espagnol vqiga et le portugais bexiga offrent pour s inté- 
rieure commençant la syllabe le même traitement que pour s 
initiale; il en est de même de l'italien vescica et, encore avec 
plus de raison, du roumain be^icày eng. vsia. 

445. D'après le § 403, à du latin vulgaire devient partout 
sonore, excepté en roumain; il passe à J^, ^ en italien et en 
rhétique, à ;f dans les autres domaines. En français, ;(; passe à 
/;(, il passe à ;( et ensuite à ^ en portugais (v. § 441), à d et plus 
tard à / en espagnol. Il tombe en catalan comme les autres ;î; 
en provençal, il peut devenir r (§ 456); enfin, sur un vaste 
domaine français, il donne le même résultat que /|-^, c'est-à-dire 



Lat. 


VICINU 


MACF.T.LA 


VACILLAT 


AUCELLU 


RACEMU 


Roum. 


vecin 


— 


— 


— 


— 


Engad. 


vi^in 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


vicino 


magella 


vagella 


ugello 


gracimolo 


Franc. 


voisin 


maiselle 


— 


oiseau 


raisin 


Prov. 


ve:(in 


magella 


— 


au^el 


ra:^m 


Qt. 


vehi 


maki 


— 


— 


rahim 



s 445 . 446. FRICATIVES INTERVOCALiaUES AVANT l' ACCENT 4OI 

Esp. vecino maciella — — racitno 

Port. vi:(inho maiella — — — 

En italien, la règle est souvent troublée, toutefois cf. encore 
dugentOy (morci) geiso et les formes vieillies piagere, tregento, etc. 
Mais càrticéllo a conservé son r, d'où, de nouveau, uccello^ avec 
redoublement du Cy d'après le § 549 ; de même eng. ucé. Par 
contre, damigella est un emprunt français. En provençal, à côté 
de auxd on trouve aussi aucel, qu'il faut expliquer de la même 
manière que la forme italienne correspondante : cel y a été 
transporté par emprunt aux mots tels que moncel^ etc. — 
D'autres exemples catalans sont reebre (recipere)^ rentar (recen-- 
taré)y lluert (Jacerta)^ dena (decend)y etc. — Les dérivés portugais 
de fauces : foçar^ focinhoy sont curieux. Le français vermicelle est 
un emprunt à l'italien; arbrisseau ne vient pas de arboricellusy 
mais de arbuscillum. 

HoRNiNG, Zur Gtschichte des îateinischen c vor e und i im RomanU 
schen. Halle, 1883. — Ollerich, S '> 3 ; S 2, 3. 

446. F primaire et secondaire présente le même traitement 
qu'après l'accent; il n'y a à remarquer que sa chute dans le 
voisinage d'un phonème labial ou son^durcissement en gy deux 
phénomènes qui apparaissent dans des régions diverses. 



Lat. 


SABUCU 


TRIBUTU 


VIBURNU 


SABURRA 


PAVORE 


Roum. 


socà 


— 


— 


— 


— 


Engad. 


suik 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


— 


(tributu) 


— 


T^avorra 


paura 


Franc, 


seu 


treu 


viorne 


— 


peor 


E6p. 


saiico 


treudo 


viorne 


sorra 


paor. 



Il faut voir dans l'italien paura un échange de suffixe. On 
trouve aussi paguray de même que pagonCy à côté de paonCy 
pavone; donc v devant 0, a peut ou bien tomber, ou bien devenir 
gUy'gy en passant par ^. Les exemples de l'a.-pisan sont autOy 
riceuto. En français, v tombe de même qu'après l'accent dans 
le voisinage d'un phonème labial : ouaille; le français moderne 
épouvante ne peut être sorti que d'un plus ancien espoentey luetiey 
brouaillesy si ce mot se rattache à burbaliay les participes ê'w, 
sëUy etc., en outre /xwn, laon et long (§ 377). Les dialectes vont 
encore plus loin : morv. soueny couer, trouer y etc., Auve aoiney 

Mim, Gnmmairt. 



(376) 



>< 



402 CHAPITRE II : CX)NSONNANTISME § 446-448. 

saoir (savoir). En espagnol, v tombe aussi après / : a.-esp. 
priadoy encore dans d'autres cas : sombra = subumbra, sondar = 
subundarty sahornar; mais vue passe kgtie : agûelo. — En rhétique 
aussi, V posttonique devant u passe à gv : faguA; negû à côté 
de nebûy de nepotCy où g sort d'un v secondaire, est donné comme 
béarnais. — En a.-portugais, on trouve souvent v devant 
l'accent, là où actuellement apparaît b : bever^ cf. encore embe- 
vecer et embebecer^ bavadoy bavoso^ etc. 

C. MiCMAELis, Sd de Miranday 897 b. 

447. Enfin /latine. Dans les mots de pure origine latine, 
elle ne peut se présenter que dans des formes composées 
(v. § 19) et doit par conséquent persister (§ 432). Mais là où le 
sentiment de la composition a disparu, elle est traitée comme 
V latin. En italien, / italique persiste (v. § 19) et par conséquent 
aussi /latine; pour le roumain, les exemples manquent. 

Lat. AaUIFOLIU DEFESA PROFECTU PROFUNDU REFUSARE 

Prov. — — — preon rehusar 

Esp. acebo {dehesà) provecho — — 

Port. aT^evinho devesa proveito — — 

En français, reusCy ruse de refusare et écrouelle de scrofella 
présentent la chute de/; en outre biais de bifau qui est à rap- 
procher de via:^ de vivacius. — H faut encore mentionner dans 
la péninsule ibérique, trebol, port, trevo^ avec une /posttonique, 
en outre, les proparoxytons espagnols cuebano, Esteban^ Cristoval 
et le portugais bebera = bifera, abantesma (avec i v. p. 362). 
En espagnol, sahumar et dehesa présentent le traitement de / 
initiale. En outre, il y a à remarquer qu'en gascon 1'/ germa- 
nique =jf du latin vulgaire devient A, cf. gahày bouhe franc. 
bouffcy hohe franc, coiffe, 

b) Sonnantes. 

448. La place de l'accent, autant du moins que Ton peut 
le conclure d'après les ressources que nous avons jusqu'ici, 
est presque sans influence sur les sonnantes. En général, ces 
(377) phonèmes ne sont soumis qu'à peu de modifications, surtout 
m pour laquelle on n'a pas même à observer le changement 
spontané en v que l'on constate dans d'autres domaines linguis- 



§ 448-450- M ET N INTERVOCALiaUES 403 

tiques. Dans quelques cas assez rares, les nasales sont quelque- 
fois modifiées par la voyelle précédente; pour r, /, le cas ne se 
présente presque jamais. Quant à l'action d'un i final sur les 
sonnantes, v. §§ 319 sqq. 

449. M latine se conserve partout, abstraction faite de la 
finale romane. 



Lat. 


NOMEN 


RAMU 


FUMU 


PREMIT 


LIMU 


AMAR] 


Roum 


. nome 


ram 


jum 


— 


im 


— 


Engad 


. nom 


ram 


fûm 


— 


litna 


amer 


Ital. 


nome 


ramo 


fumo 


prieme 


limo 


amar 


Esp. 


nom-bre 


ramo 


humo 


preme 


limo 


amar. 



Le français duvet de dumus reste inexpliqué. Quand une m est 
finale dans les régions où s'opère la nasalisation, elle tombe 
généralement (v. § SS^)- 

450. N latine persiste généralement comme nasale sonore 
dentale. Après la nasalisation de la voyelle précédente, elle 
tombe aussi entre deux voyelles, en portugais et en béarnais. 
Toutefois, dans la première de ces deux langues, îo, ui passent 
ensuite à inho^ inha. Dans la Haute-Italie aussi, n n'est pas den- 
tale, mais des renseignements précis sur sa valeur manquent 
encore. En rhétique, après / elle passe à ;i, et après u elle devient 
m. En roumain on trouve dialectalement (en Transylvanie et en 
Istrie) un changement spontané de n en r; en valaque, ce 
changement est lié à la condition qu'il y ait déjà une n dans le 
mot. Le passage de « à r se rencontre aussi dans les dialectes 
vaudois et savoyards. 



Lat. 


LUNA 


FUNE 


GALLINA 


PINU 


FINI 


Roum. 


lunà 


funie 


gaina 


pin 


- 


Istriq. 


lur^ 


— 


gaRr^ 


— 


- 


Engad. 


Tûna 


— 


^allina 


pin 


fiit 


Ital. 


luna 


fune 


gallina 


pino 


fine 


Franc. 


lune 


fun 


geline 


pin 


fin 


Gasc. 


lûa 


— 


garie 


pu 


- 


Vaudois 


lûr^ 


— 


-iri 


— 


- 


Esp. 


luna 


— 


gallina 


pino 


fin 


Port. 


lua 


— 


gallinha 


pinho 


fim 



404 




CHAPITRE 


II : CONSON 


NANTISN 


œ 


§450. 


(378) Lat. 


LANA 


MANU 


PANE 


AVENA 




FENU 


Roum. 


lànà 


màn 


pain 


— 




fin 


Istriq. 


IfTi 


m^r 


m 


— 




fir 


Engad. 


letna 


mâtn 


petn 


vaina 




fain 


Ital. 


lana 


mano 


pane 


avena 




fieno 


Franc. 


laine 


main 


pain 


avoine 




foin 


Gasc. 


laa 


num 


paa 


— 




hee 


Vaudois 


lari 


— 


— 


averi 




— 


Esp. 


lana 


man 


pan 


avena 




heno 


Port. 


Id 


mào 


pào 


aveia 




(Jeno), 


Lat. 


DONU 


BONA 


BONU 


FENESTRA 


MINUTU 


Roum. 


dun 


bunà 


bun 


fereastrà 


ntàrunt 


Istriq. 


— 


bur^ 


bur 


— 




— 


Engad. 


dun 


buna 


bun 


fnestra 




mnût 


Ital. 


dono 


huma 


buono 


finestra 


minuta 


Franc. 


dm 


bonne 


bon 


fenêtre 




menu 


Gasc. 


— 


boa 


boo 


arrestc 


) 


— 


Vaudois 


— 


burç 


— 


feretrç 




— 


Esp. 


don 


buena 


bueno 


hiniestra 


menudo 


Port. . 


dont 


bom 


boa 


fresta 




miudo. 


Lat. 




FENUCLU 


MONETA 


GENUCLU 


Roum. 


— 


— 




genunchiu 


Istriq. 


— 


— 




:^runkîu 


Engad. 


— 


munaida 


— 




ItaL 




finocchio 


numeta 


ginocchio 


Franc. 


fenouil 


monaye 


genou 


\ 


Gasc. 


— 


— 




Kol 




Vaudois 


— 


more^ 




^urul 


Esp. 




hinojo 


moneda 


enojo 




Port 


:. 


funcho 


moeda 




jœlho 


•. 



Cf. encore «r, ûro^ famiro^ durave^ eniamira à Oysan 
(Grenoble). 

43 1 . Des renseignements précis sur le changement de n en r 
en Transylvanie et en Moldavie manquent encore. Deux mss. 
datant d*une haute époque ont effectué le rhotacisme avec 
conséquence, ce sont le codex Sturdzanus et le codex Vorone- 
teanus; d'anciennes chartes moldaves l'offrent aussi quelque- 



§ 45 1"4 s 3 • N INTERVOCALiaUE 405 

fois. L'orthographe du cod. Vor. est curieuse; au lieu de r 
simple, on trouve généralement nr : adunraru loo, 12, bunràtate 
66, i2y genrunkiele 23, 11, cinre 34, 11; toutefois on rencontre 
aussi en regard une simple r : adura 6, 11, arirà 93, 12, lumira (379) 
38, 12, etc. Dans le valaque actuel, r apparaît encore, en dehors 
dcfereastrà et màrunty dans càrunty amerinty màrunchiu (^mauu- 
clus)y parincy ràrunchiu et dans les formes constituées un peu 
différemment : nimeruiy rîndureày sîngerUy vergurà. Abstraction 
faite de ces dernières, dans toutes, l'accent suit l'w qui néan- 
moins persiste dans ce cas, même, ce qui est curieux, dans 
genunchiu puis dans manînc où, il est vrai, Vn provient de ndy 
et dans cenu^à. Inversement, dans un cas, r protonique passe à 
n : cununà. Le fait que la terminaison -nuclu présente deux trai- 
tements : -runchiu et -nuchiuy prouverait qu'il y a là un croise- 
ment de deux dialectes. Evidemment, il y a en Valachie croise- 
ment de deux domaines : l'un où toute n devenait r et l'autre 
où n protonique nasalisait la voyelle immédiatement suivante, 
mais passait elle-même ensuite à r : l'état actuel est le résultat 
de cette lutte. 

452. Les influences des diverses voyelles sur ti, dans le rhé- 
tique de l'Ouest, ne sont pas claires, attendu que l'écriture 
s'attache, en général, à l'orthographe étymologique. Le passage 
de aun à em (cf . § 242) paraît restreint à I'Engadine : lemay 
pCMy hum ; funiy fiïm de funis appartient à toute la Rhétie cen- 
trale. Par contre, la palatalisation embrasse tout l'Est : tenya de 
leiruty 'inya pour -ina se rencontrent depuis Trins jusqu'à Scanfs 
et Sûss, inya pour una jusqu'à Stalla, tandis que un persiste 
aussi là où û ne passe pas à 1. Toute n devient û à Trins, Ems 
jusqu'à Stalla; il n'y a que Bonaduz qui conserve n; Roten- 
brunnen nasalise la voyelle et laisse tomber la consonne : làûay 
mais n persiste toujours devant l'accent. Enfin on peut encore 
se demander s'il faut citer ici *pruma au lieu de prunUy qui est 
propre aux dialectes de la Suisse et au Vaudois (v. § 38), et 
qui sert aussi de point de départ à l'a.-h.-allemand pfrûmOy 
pflûmo. 

453. Comment doit-on interpréter le passage de w à r en 
roumain d'une part et en vaudois de l'autre, c'est ce qu'il n'est 



406 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 433-433. 

pas facile de décider avec certitude tant que la nature de cette r 
n'aura pas été déterminée exactement. Les dialectes non vaudois 
des Alpes cottiennes paraissent aussi connaître ce changement, 
cf. brianç. /wra, huera. Dans le piémontais, qui leur est contigu 
(380) à l'Est, et dans le Génois, n intervocalique devient fi : le pas- 
sage de là à r gutturale est facile. Que Vn roumaine soit aussi 
très voisine de ûy c'est ce qu'on peut voir d'après le traitement 
de la voyelle accentuée qui la précède, cf. § 390. 

434. La chute de la consonne, telle qu'elle apparaît en 
gascon et en portugais, a été précédée dans les deux domaines 
par le degré que nous avons trouvé en rhétique : de luna 
est sorti d'abord lûna, puis lûa et enfin lua. En gascon l'on 
rencontre garie déjà dans les plus anciennes chartes, lesquelles 
appartiennent au xi* siècle. L'étape lûa est attestée par nuâ dans 
S. Thomé; en outre, ciriTias n'est explicable que par ceni:^as^ 
cëi:(as; de même tniunça et minuçay en outre, grança^ painço, 
mainça, maunça,gando, mandoy bento, maenfastarF . de Guarda4o6. 
Cf. encore § 399. Vtn dans fim, etc., n'est que graphique. A 
Novara |(Sicile) aussi on prononce patrûiy lantèu^ kurûa^ fèOy 
aviOy etc. 

43 5 . iî latine reste presque partout, l'écriture ne donne aucune 
explication sur la question de savoir si c'était une r linguale ou 
gutturale, faiblement ou fortement roulée. Il semble que c'était 
en règle générale une r linguale fortement roulée, mais qui a été 
remplacée v. g. dans le français de Paris par une r gutturale. En 
provençal, en espagnol et en portugais, Vr intervocalique, en 
opposition avec Yr initiale et rr, est faiblement vibrée; enfin, en 
portugais, elle a passé à r interdentale. On trouve déjà une dis- 
tinction dans les Leys d'amors : « Esta letra r fay petit so e suau 
cant es pauzada entre doas vocals et aquo meteysh en fi de dictio 

coma amare:(a atnators amarver et honor Cant r es pauzada 

entre doas vocals ez en fi de mot e sona fort e aspramen, adonx 
deu esser doblada coma terra guerra ferr verr torr corr et enayssi 

de lors semblans Al comensamen sona aspramen e fort esta 

letra r coma ramels resplandors rius et enayssi dels autres lors sem- 
blans. » En sicilien, r dans cette position est une « r alvéolaire 
non roulée », tondis qu'elle est fortement roulée à l'initiale. — 



§ 45 S- 45^* ^ INTERVOCALIdUE 407 

En génois, r tombe toujours entre deux voyelles, de même en 
Morvan et à Novara (Sicile), tandis que dans le sarde du Sud, 
la chute est liée à la présence d'un a accentué. En andalous, les 
conditions ne sont pas claires. 



Lat. 


FLORE 


MARE 


MURU 


MORIT 


PIRA 


Roum. 


fioare 


mare 


— 


moare 


para 


Engad. 


flw 


mer 


mûr 


mour 


pair 


Ital. 


fiore 


mare 


muro 


muore 


pera 


Gén. 


sue 


mua 


mû 


moe 


pea 


Franc. 


fleur 


mer 


mur 


meurt 


poire 


Esp. 


flor 


mar 


muro 


muere 


pera. 




Lat. 


FERA 


MIRA 


CORONA 






Roum. 


— 


mira 


(cununa) 






Engad, 


— 


mira 


curuna 






Ital. 


fiera 


mira 


corona 






Gén. 


fea 


— 


— 






Franc. 


fiire 


mire 


couronne 






Esp. 


fiera 


mira 


corona. 





Sur le roumain cununa^ v. § 571. L'italien prua à côté de 
proda^ le français proue^ l'espagnol proa sont des emprunts 
génois. Sur le d dans l'italien proda^ v. § 574. Les exemples de la 
chute de Vr sont, dans le sarde du Sud : rauy inf. -ai, gomai = 
ital. commarey gopaiy lau (Jaru § 288 de lauru) et même nau de 
narro; morv. free, œa (hora^^ ekûyi (àurie)^ mûyeiî^ prçfi, muyiy 
kuyi; andal. quieo, paece, matao, quean^ quies à côté de queriéy 
queré'y nov. «a, kuùa (corona), skura (obscuraf), mpaaduy figua 
silliadiy etc. 

456. Depuis le xiv* siècle, r a passé à :( et, inversement, ;ç à r 
dans une zone de la France qui embrasse, au Nord : la Seine- 
et-Marne, l'Eure-et-Loir, le Loiret, le Nivernais, le Berry et la 
Touraine, et, au Sud : la partie méridionale de l'Auvergne, le 
Limousin, la Marche, Narbonne, le Gard, la Haute-Garonne, 
le Lot, le Tam-et-Garonne et la Haute- Vienne. Ce double 
phénomène apparaît dans la France du Sud au xvi^ siècle; 
dans le Nord, au contraire, le changement de r en ;( est encore 
attesté pour Troyes et Epemay par Tarbé I, 170 sqq., pour 



(381) 



408 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 456. 437. 

Blaize : pee:^e (père) y meeT^Cy arrie:(e, foueT^e Talbert 214, pour 
l'Yonne : tou:(e (jaura)^ voi^e (vera) Cornât. Pour le xvi« siècle, 
les remarques des grammairiens abondent : en 1321, Barcley 
regarde compe:^^ comme dialectal; en 15 18, Erasme signale Masia 
comme un parisianisme; en 1329, Tory cite Jerus Masia comme 
provenant de Bourges; en 1533, Bovelles donne couririy oreille 
comme parisiens; Palsgrave atteste Pa:(is; Sylvius et Bèze pesé 
tnese pour Paris, l'Auxerrois et Vézelay, Palliot pour Blois et la 
(382) Touraine; mais, en 1620, Godard écrit : « Nos Parisiens 
mettoient autrefois (mais cela ne se fait plus ou c'est fort rare- 
ment et seulement parmi le menu peuple) une s au lieu d'une r 
et une r au lieu d'une s. » Les remarques des grammairiens 
manquent pour le normand ; actuellement on trouve dans l'île 
de Jersey, tantôt :(, tantôt â; ce dernier phonème se rencontre 
aussi sur le continent, au Val-de-Saire et à la Hague, Dans les 
autres régions septentrionales de la Normandie, le phénomène 
manque. Mais chaise à côté de chaire et besicles à côté de bericles 
se sont conservés dans le français du Centre depuis l'époque où 
l'hésitation a eu lieu. 

Cf. P. Meyer, Rom. IV, 184-194, 464-468; V, 488-490; Tho- 
mas, Rom. VI, 261-266, Giom. fil. rom. Il, 205-212; Chabaneau, 
Rev. lang. rom. Vlll, 238. X, 148-15 1. Joret, Mém. soc. ling. III, 
1 54-162, où sont donnés des exemples provenant en partie des chartes, 
en partie des textes littéraires. Comme x ^u lieu de r est en général 
plus fréquent que r au lieu de :ç, et comme le premier phénomène 
apparaît encore aujourd'hui, on doit regarder le second conmie une 
métathèse orthographique, peut-être aussi comme un fait d'analogie 
phonétique. — Sur r en normand, cf. Joret, Mélanges XXIII sqq., 
Rom. XJI, 591-594- 

437. Pour / LATINE, il y a trois phénomènes à remarquer : le 
changement en r qui est la règle en roumain, en génois et dans 
les Alpes cottiennes ; le changement en u qui se rencontre en 
PROVENÇAL; la chute complète en portugais, et, après avoir 
passé en r, en génois. La question n'est pas tout à fait claire 
en provençal où deux courants semblent se croiser. Dans le 
Rouergue septentrional, entre le Lot et la Truyère, particulière- 
ment à S. Amans-des-Lots, ala passe à auOy tela à tçuo^ mola à 
numOy à S" Geneviève, village situé quelque peu au Nord du 
précédent, gelât devient \ao et pilaty piao. Dans les dialectes 



§ 4S7- L INTERVOCALiaUE 409 

auvergnats voisins, on trouve le même phénomène, mais aussi, 
en regard, h : ahas (alas) à S. Flour et Murât, dans le Cantal 
tsahe = cauUs (Molompise) et, avec une explosive au lieu d'une 
fricative, paga=pala (Salers). Mais g peut aussi être sorti de 
u en passant par ^, gw et ^ peut remonter à ^tio ou à \aho. 
Enfin on peut se demander s'il faut expliquer le passage de / à 
u d'après l'analogie de la finale et si, par conséquent, l'hésita- 
tion entre nul et meu (§ 563) a produit aua à côté de ala^ ou 
bien s'il s'agit d'un changement phonétique. Toutes ces ques- 
tions ne peuvent qu'être posées, mais non résolues, aussi long- 
temps qu'on n'aura pas des matériaux plus complets. 

NiGOLES, Chute de l médial en langue Soc^ Rom. VIII, 392 sqq. 



Lat. 




GULA 


PALA 


MULA 


MOLA 


PILU 


Roum, 




gurâ 


— 


— 


moarà 


per 


Engad. 




gula 


pela 


— 


moula 


pail 


Ital. 




gola 


pala 


mula 


mola 


pelo 


Gén. 


! 


gura 


— 


mura 


— 


peiru 




1 


— 


paa 


mua 


mosa 


pei 


Franc. 




gueule 


pelle 


mule 


meule 


poil 


Vaudois 


g^ri 


pare 


— 


murç 


P^r 


Bagn. 




— 


pa 


mila 


m^ùa 




Esp. 




gola 


pala 


mula 


muela 


pelo 


Port. 




— 


pa 


mu 


ma 






Lat. 




CAELU 


FILA 


COLORE 






Roum. 


ur 


fir 


— 






Éngad. 


tel 


fila 


cf. Mur 






Ital. 




cielo 


fila 


colore 






Gén 


• 


seru 
se 


fira 
fia 


^_ 






Franc. 


ciel 


file 


couleur 






Vaudois 


— 




kuvur 






Bagn. 


— 


— 


— 






Esp. 




cielo 


fila 


color 






Port. 


ceo 


fia 


cor. 





(383) 



Le changement de / en r a été autrefois plus étendu en Italie 
qu'il ne l'est aujourd'hui. Les anciens textes milanais en offrent 
de nombreux exemples : are^ anuvirao, consoranie, feronia, dore^ 



410 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 457. 438. 

marattUy varty vorCy viorUy etc., dans Bonvesin; toutefois, dans 
la plupart des cas, / a de nouveau reparu dans le dialecte 
moderne de la ville de Milan. On trouve aussi le passage de / àr 
dans le Tyrol à Âmpezzo, l'Abbaye et Enneberg. Ce change- 
ment est de règle en France dans les Alpes cottiennes; en 
dehors des exemples vaudois cités plus haut, cf. brianç. ara, aresno 
(franc. aléne)y berar {béler)yfier (Jilum), muero (mold), etc. — 
Parmi les exceptions qu'on rencontre en portugais, calor 
s'explique par l'influence de caldo^ valer par celle de valgOy vdar 
remonte à veglar, vellary alama et salama ne peuvent provenir 
(384) que de aima et salnuiy pelo est influencé par caballo, mais cf. 
teiay etc.; à côté de taleiga on trouve la forme régulière de 
l'a.-portugais taeiga dans une charte d'Oscas (ann. 1261) F. d. 
Aviles 73. Gola est curieux, toutefois cf. gûela. — On ne peut 
que difficilement admettre le changement de / en F; si, en fran- 
çais, 'il est prononcé untôt avec / et tantôt avec T, la raison 
en est que dans l'orthographe, il n'y a aucune diflférence entre 
/ et r après 1. 

a. Combinaisons de consonnes. 

a) Labiale suivie d'une dentale. 

438. On trouve comme combinaisons primitives />^ ^tps; bd 
et bs n'existent en latin que dans les mots composés avec suh et 
ab et dans abdotneriy lesquels se sont perdus en roman. Pt et ps 
sont conservés en roumain; dans les autres langues, ils sont 
assimilés en tty sSy d'où ^, j ; en génois, en provençal, en espa- 
gnol et en portugais ps se résout en w, fait qui manque de 
clarté. Peut-être faut-il y voir un phénomène apparenté à ceux 
dont il parlé au § 403 4 : par une espèce d'assimilation, ps aurait 
passé d'abord à es. 



Lat. 


APTU 


CAPTIVU 


CAPTAT 


SEPTE 


CRUPTA 


Roum. 


— 


— 


— 


sapte 


— 


Engad. 


— 


— 


Ma 


set 


— 


Ital. 


atto 


cattivo 


catta 


sette 


grotta 


Franc. 


— 


chétif 


achatte 


set 


(grotte) 


Esp. 


ata 


cativo 


cata 


siete 


gruta. 



§4S8. 




GROUPE PT 




Lat. 


RUPTA 


SUBTU CAPSA 


IPSE 


Roum. 


— 


subt — 


— 


Engad. 


rutte 


suât Maia 


suess 


Ital. 


rotta 


sotto cassa 


esso 


Franc. 


route 


sous chasse 


— 


Esp. 


rota 


soto *caja 


exe 


Prov. 


— 


— caissa 


ais 



411 

GIPSU 

gesso 

yeso 
geis. 

Le FRANÇAIS chétifet le provençal caittu sont difficiles à expli- 
quer, la forme fondamentale est *cactivuy toutefois on ne voit 
pas bien comment le remplacement de /> par ^ a pu se produire 
à moins que peut-être le mot ne doive être regardé comme un 
vieil emprunt fait par le gaulois au latin; le groupe latin pty de (385) 
même que le groupe celtique primitif/)^, aurait passé à et : lat. 
captivuSy gaul. cactivus de même que celt. primit. septetn^ gaul. 
sechte. Peut-être aussi pourrait-il y avoir une influence de coactus. 
Le provençal escrich, qui apparaît aussi en a.-espagnol et daAs là 
Haute-Italie, a été influencé par dictus. La résolution du p en u 
se rencontre en provençal, en espagnol et en portugais, mais 
seulement dans des mots mi-savants : esp., port. bauti:çary esp. 
cautivo à côté de cativo; remarquez aussi reutar (José 214, etc.) 
à côté de retary port, receitar avec ei au lieu de eu (§ 300), 
prov. rautar. Dans les mots savants, le français moderne pro- 
nonce py mais non l'ancienne langue : Egypte : dite Aniel 39 : 
eslite Ch. Pisan 24, ancestre : sceptres Villon 58. — Le français 
caisse est provençal; l'espagnol caxa et le portugais caissa sont 
des emprunts français. Le provençal aus (hapsus)^ Ta.-provençal 
meceus et mus de ipse ne sont pas clairs. — A côté deyeso, port. 
gessOy on trouve en a.-espagnol exe de ipse y en regard de quoi ese 
a été refait sur es y forme de este employée devant les consonnes; 
le portugais queixOy esp. quijaday quijal attestent le changement 
dé ps en is : le traitement divergent de gipsus a son fondement 
dans un phénomène de dissimilation d'avec la palatale initiale. 
En GÉNOIS, is provenant de ps passe à 1 (v. § 464), d'où cala. 
La première explication de chitif a été donnée par Thurneysen , 
KeUoromy p. 16 ; la seconde par Schwan, AUfrani. Grammatik. 



412 



CHAPITRE II : CONSONNANTISME 



§4S9. 



b) Suttorale suivie d'one dentale. 



(386) 



459. En dehors de et et a, gd n'entre en considération que 
dans le seul mot frigdu. Nulle part la combinaison n'est con- 
servée. Au contraire, le roumain remplace l'explosive gutturale 
par la labiale : pt^ ps ; l'italien et le rhétique, abstraction faite 
de l'extrême Ouest, font l'assimilation; ailleurs le c se résout 
en i lequel, tantôt forme une diphtongue avec la voyelle précé- 
dente, tantôt palatalise la consonne suivante. Le dernier fait 
se rencontre en lombard, dans une partie du piémontais, en 
castillan, en limousin, en languedocien et en provençal. Du 
reste, le développement de et et de x ne marche pas parallèle- 
ment, et il convient de traiter séparément ces deux groupes 
phoniques. 



Lat. 


FACTU 


TRACTU 


LACTH 


LACTUCA 


TECTU 


Roum. 


fapt 


trapt 


lapte 


laptucà 


— 


Engad. 


fat 


trat 


lat 


— 


tet 


Roumanche 


fae 


trat 


ht 


— 


— 


Ital. 


fatto 


tratto 


latte 


lattuca 


tato 


Piém. 


fait 


— 


lait 


laitûa 


tàt 


Lomb. 


fat 


— 


lac 


lotira 


tet 


Franc. 


fait 


trait 


lait 


laitue 


toit 


Prov. 


foi 


trac 


lac 


latûgo 


tel 


Esp. 


heeho 


trecho 


lèche 


lechuga 


techo 


Port. 


feito 


treito 


leite 


leituga 


teito. 


Lat. 


DICTU 


STRICTU 


DIRECTU 


FRICTU 


FICTU 


Roum. 


— 


stritnt 


dreapt 


fript 


infipt 


Engad. 


dit 


stret 


dret 


— 


fitta 


Roumanche 


dif 


streit 


dreit 


— 


— 


Ital. 


detto 


stretto 


dritto 


fritto 


fitto 


Piém. 


dit 


streit 


drit 


— 


fit 


Lomb. 


die 


stret 


dric 


— 


fit 


Franc. 


dit 


étroit 


droit 


frit 




Prov. 


dit 


estret 


dret 


frit 





Esp. 


dieho 


estreeho 


derecho 


frito 


hito 


Port. 


dito 


estreito 


dereito 


frito 


fito. 



§459.460. 




GROUPE CT 




41; 


Lat. 


LECTU 


PECTUS 


PECTINE 


VECTURA 


OCTO 


Roum. 


alept 


piept 


pieptine 


— 


opt 


Engad. 


letta 


pet 


petten 


— 


ot 


Roumanche 


— 


— 


peten 


vêtira 


or 


Ital. 


letto 


petto 


pettine 


vettura 


Otto 


Piém. 


let 


pet 


{pentu) 


— 


œt 


Lomb. 


leé 


pec 


pelen 


vièûra 


(^0 


Franc. 


lit 


piK 


peigne 


voiture 


huit 


Prov. 


liée 


pieè 


(pencé) 


vecûra 


ûec 


Esp. 


lecho 


pecho 


(J)eine) 


vechura 


ocho 


Pon. 


leito 


petto 


(jmtetn) 


— 


oito. 


Lat. 


NOCTK 


COCTO 


LUCTA 


FRUCTU 


EXSUCTU 


Roum. 


noapte 


copt 


luptà 


frupt 


supt 


Engad. 


not 


koatta 


— 


frût 


sûtta 


Roumanche 


not 


— 


— 


(Jrutd) 


sût 


Ital. 


notte 


cotto 


lutta 


frutto 


asciutto 


Piém. 


nœt 


kœit 


Qotd) 


frût 


suit 


Lomb. 


nat 


kœt 


Qottd) 


(frûta^ 


suc 


Franc. 


nuit 


cuit 


lutte 


fruit 


essuit 


Prov. 


niUc 


kûeé 


lûco 


frût 


eisûc 


Esp. 


noche 


cocho 


lucha 


frucho 


(enjuto) 


Port. 


naite 


coito 


— 


fruto 


enxuto. 



460. Quelque simples que paraissent les choses en roumain, 
et y en particulier, quelque remarquable que soit l'uniformité 
du traitement àe cty es, gn (^ 466), le brusque changement 
d'aniculation est difficile à expliquer. Aucune des langues 
romanes ne présente quelque chose de semblable , c'est seu- 
lement en ALBANAIS qu'on observe ce phénomène, et encore 
non pas pour son élément indigène, mais pour son élément 
latin, et seulement, à ce qu'il semble, après les voyelles labiales : 
Fu/tç (Juctci)y trofii (trocta) à côté de dreity fruit ; ^ûmiûr^ (junc- 
tura) à côté de itrlit Çstrinctus^y kofsa^ lafsf. Les autres langues 
indo-européennes ne connaissent pas non plus, autant du moins 
qu'on peut le savoir à présent, le changement de kt en pt. En 
MACÉDONIEN kt Secondaire paraît devenir ht : ahtare= valaq. 
ak^tare. Dans les autres cas, quand on rencontre ht ou ft dans 
un des dialectes roumains, il s'agit d'un emprunt au grec 



(387) 



414 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 460-462. 

moderne ou à l'albanais, v. g. macéd. luftf (lucta)y valaq. 
ôhticà = grec mod. o^Tixaç, a.-grec èxtixi^ ; doftor est aussi un 
mot emprunté. La place occupée par le dalmate n'est pas clai- 
rement déterminée : kopsa qu'on trouve à Raguse rappelle en 
tout cas l'albano-roumain ; le végliotique vuat Çpcto)^ nuat 
(noctè) restent indécis, de même piakno {pectine). It que nous 
avons trouvé en albanais n'offre ici aucune trace, par consé- 
quent la forme peito (j)ectus) qu'on rencontre dans les procès- 
verbaux de Lido Maggiore (13 12-13 13) est ^out à fait isolée. 

461. Tous les dialectes situés au Sud de l'Apennin sont 
d'accord avec I'italien, aussi le sarde qui ne conserve et que 
dans l'écriture. Au Nord de l'Apennin, le vénitien et l'émilien 
s'y rattachent encore, mais ils simplifient comme toujours la 
consonne double (§ 541) ; de l'Emilie, le / au lieu du c pénètre 
ensuite du côté de Pavie et jusqu'à Crémone et Brescia. Il y a 
à remarquer trota d'un plus ancien traita (§ 16); comme ht 
germanique devient it : guatare = zuahtatiy il faut expliquer 
trota en tenant compte de la prononciation du grec moyen et 
moderne Tpw^^xirjç. 

462. Le développement dans les autres régions est difficile à 
expliquer. La première étape ht offre un rétrécissement + une 

(388) occlusion au lieu d'une occlusion + une occlusion. Le rétrécis- 
sement se porte de plus en plus en avant et se rapproche du 
point d'occlusion du ^ nous avons donc un processus analogue 
à celui qui est décrit à la page 339 : la fricative gutturale devient 
palatale. Jusqu'ici toutes les langues marchent de concert; mais 
à partir de ce point, le développement est divergent. La voyelle 
qui précède Yh communique aussi sa résonnancê au bruit 
fricatif, qui est légèrement sonore au moment où il commence 
de se produire, puis le devient tout à fait : /; d'où l'on a i 
quand le bruit fricatif disparaît complètement : tel est le cas en 
portugais, en piémontais et en provençal. Ou bien la formation 
du canal qui est nécessaire pour la production du rétrécissement 
persiste pendant l'articulation du /, de sorte que ce phonème passe 
à /' et, comme tel, continue de se développer jusqu'à r, tel est 
le cas pour le lombard et le provençal. Ou bien les deux pro- 
cessus se confondent, et passe à // qui, ou bien persiste tout 



§ 4^2. GROUPE CT 41 S 

d'abord, cf. a.-franç. afaitier (§ 259) et plus tard devient it franc, 
mod. fait y ou bien passe à lï, é comme en espagnol. Le déve- 
loppement, en tout cas possible, en ts (y. p. 339) se ren- 
contre à Bravugn, point le plus oriental du domaine de / en 
rhétique, en outre dans le Dauphiné, à Gilhoc et à Albi : 
alatsày agatsây bets (^vocitus). Le français n'offre à peu près rien 
à remarquer. On ne peut pas dire à quelle époque a eu lieu le 
passage de f à ^ toutefois, il doit être très ancien. Il a été dit 
aux §§ 259 et 260 par quelle voie afaitier était devenu afaiter. 
Les formes vrityc^ mrity^y à Bourberain, sont remarquables : 
elles sont formées d'après pitié. Qiiant à pitié lui-même, il 
s'explique par le latin vulgaire pijtate dans lequel jt continue de 
se développer comme it provenant de et. De même, quietare 
passe à quittier par l'intermédiaire de quiitare. En provençal, it 
appartient aux contrées situées sur la rive gauche du Rhône et 
s'étend jusqu'à la Méditerranée en comprenant Narbonne; le 
catalan et le vaudois présentent le même phénomène. L'Auvergne 
et la Marche offrent aussi it comme le français du Nord, on 
le trouve aussi le long du Rhône, jusque dans l'intérieur du 
Languedoc. Ici aussi nous remarquons en partie un traitement 
divergent selon que et est en finale romane ou à l'intérieur du 
mot, ainsi, en limousiiiy factUyOctOy etc., deviennent/a, hùây etc.; 
mais cocta passe à kHeso. — En lombard, le développement régu- 
lier est souvent troublé. Tt s'est introduit sous l'influence de 
la langue littéraire : vott (octd)y et aussi sous l'influence de l'émi- 
lien et du vénitien; dans la province de Pavie, è ne s'est conservé 
qu'à Vigevano, et, sous forme d'i, à Gropello. Dans le Nord- (3^9) 
Ouest, c'est le développement piémontais qui s'est implanté, 
V. g. à Novare et à Lodi. Ai qu'on trouve à Gallarate et à Busto- 
Arsizio peut bien aussi remonter à ai(f). Le milanais frûttay 
trûttay sguaitay rœit (éructât) montre que dans les cas où ht 
et et se trouvent dans des mots récemment empruntés, ils 
ne peuvent plus atteindre le développement complet. — Au 
piémontais-génois s'apparente aussi S. Fratello : ddiet (letto)y 
kuot; Nicosia : pieitu, nuoitUy kuoitu; Piazza Armerina: ddait^ 
noity koit. A côté de it on rencontre aussi è d'abord sur les 
limites respectives du génois et du lombard, v. g. dans la vallée 
du Tanaro, à Corcemiglia, Alba, Mondovi, Murazzano, puis à 



41 6 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 462. 463. 

Novare et de là dans le Canavese jusque vers Turin, enfin dans 
la vallée de la Roja, sous une influence provençale. Il y a lieu 
de remarquer /«c, steca à Vico Canavese. On trouve, en regard, 
staye^ stcUa dans la vallée du Tanaro, le premier de ces mots 
est peut-être pour staj. — Le RHÉriauE de l'Ouest hésite 
selon les dialectes : t se trouve dans tout l'Ouest à partir de 
Stalla, tantôt sous la forme de iS, tantôt sous celle de Cy ce der- 
nier degré apparaît au confluent du Rhin antérieur et postérieur, 
et à Andeer. De là j? a pénétré aussi en partie dans TEngadine : 
paky dk et les dérivés de dret : droMer, drdkûra; toutefois, dans 
ces deux derniers exemples, la qualité de la voyelle suivante ne 
doit pas être négligée (cf. par contre, le b.-engadin drattar). 
— En Espagne, ch ne se rencontre plus dans le Nord-Ouest 
qui, pour d'autres traits aussi, s'éloigne du castillan, non plus 
que dans l'aragonais, le navarrais et l'asturien où nous trouvons 
le degré portugais it. Mais est-ce quefeita Rom. XVII, I, 4, 63, 
dereyta I, 62, feito pr., etc., sont réellement des formes dialec- 
tales, ou bien reproduisent-elles le plus ancien état castillan, 
c'est ce qui est douteux; le Qd a déjà ch pr., une foisfecho. Sont 
dignes de remarques : hito^frito àc fictUy frictu : Télément pala- 
tal se fond dans Vi et le t est conservé. Afaitar dans Caza, 
B. Prov., etc., est un mot emprunté au français qui a supplanté 
amansary de même deleitar, dueit; fruto est un latinisme; mais 
v^ cf. frucho F. Aviles 68. Dans les mots savants, c est générale- 
ment conservé, undis qu'il est vocalisé dans la langue popu- 
laire, V. g. andal. karaite^ indereitOy reuto^ efeutOy direutOy de 
même en bogot. La formation de l'occlusion disparaît pour 
l'articulation du c palatal, il n'y a qu'un rétrécissement formé 
au point où a lieu la production du c et l'espace de temps pris 
par la prononciation du c est rempli par la production de la 
(390) résonnance de la voyelle précédente; ainsi donc le rétrécisse- 
ment a pour conséquence un u. C'est ainsi qu'il faut expliquer 
également autOy à moins que ce ne soit un emprunt portugais. 

463. Les destinées de x sont exposées dans le tableau sui- 
vant : 

Lat. TAXU METAXA TAXONE LAXAT SAXU 

Roum. — (màtasà) — lasà — 



§463- 




X LATINE 




4 


Rngad. 


— 


— 


tass 


— 


sass 


Roumanche 


— 


— 


taiss 


— 


sess 


Ital. 


tasso 


metassa 


tassone 


lassa 


sasso 


Piém. 


tass 


— 


tass 


lassa 


sass 


Gén. 


tasu 


— 


— 


lasa 


saiu 


Franc. 


— 


— 


taissan 


laisse 


— 


Esp. 


tejo 


madeja 


tejon 


dejar 


— 


Poit. 


teixo 


madeixa 


teixugo 


deixar 


seixo. 


Lat. 


FRAXINU 


COXA 


MAXILLA 


LIXIVIA 


*SEXA»n 


Roum. 


frasin 


coapsà 


mosâ 


lesie 


— 


Engad. 


— 


— 


— 


aVsiva 


sasainta 


Roumanche 


fraissen 


— 


— 


liHva 


sisonta 


Ital. 


frassino 


(coscid) 


mascella 


lisciva 


sessanta 


Piém. 


frassu 


hœssa 


massella 


lessia 


sessanta 


Gén. 


— 


hœsa 


— 


lesia 


seianta 


Franc. 


frêne 


cuisse 


maisselle 


lessive 


soixante 


Esp. 


fresno 


— 


mqilla 


lejia 


seisenta 


Port. 


freixo 


coxa 


— 


lixia 


sessenta. 


Lat. 


TEXIT 


EXIT 


AXALE 


BUXU 


BUXIDA 


Roum. 


test 


iese 


— 


— 


— 


Engad. 


tesa 


— 


— 


— 


— 


Roumanche 


teissa 


— 


— 


— 


— 


Ital. 


tesse 


esu 


sala 


bosso 


busta 


Piém. 


tes 


— 


assal 


bûss 


bust 


Gén. 


tde 


— 


aia 


to. 


bûst 


Franc. 


tist 


ist 


essieu 


buis 


botte 


Esp. 


teje 


ejido 


— 


hoj 


— 


Port. 


texe 


exe 


— 


buxo 


— 



417 



On a souvent admis autrefois que x pouvait aussi devenir es» C'est 
avec raison que Grôber s'est élevé U-contre, Ârch. lat. Lez. III, 
509, sqq. En général, on peut poser comme règle que cette inter- 
version n'a lieu que lorsque les mots qui renferment x ont été intro- 
duits dans la langue à une époque où Tancien x n'existait déjà plus 
depuis longtemps. Ainsi les formes du français vulgaire : fiske^ îûshy 
seskât aske pour fixe, îuxe^ sexcy axi sont toutes des formes savantes, de 
même l'a.-provençal vise, surresc^ a. -franc, vesqui^ henesqui remontent 
aux formes ecclésiastiques vexi^ surrexi^ henedixi. 

Mim, Grammairt, 37 



(390 



41 8 CHAPITRE II : CONSONNANTISAIE § 464. 465. 

464. Le développement de x ne coïncide que partiellement, 
ainsi qu'il a déjà été remarqué, avec celui de et. D'abord il y 
a une différence à faire selon que x est avant ou après l'accent 
en ROUMAIN et en italien. Dans la première de ces deux langues, 
c'est seulement •'-x qui passe à ps tandis que x-^ passe à ss^ ainsi 
que le montre en panîculier le représentant de maxilla; on est 
encore étonné de trouver en valaque frassen à côté du régulier 
macéd. frapsin. — Par contre, en italien, -^x devient toujours 
sSy d'où lasciare et coscia remontent à *laxiare et *coxeay asce est 
sous l'influence d'ascia = axea. Mais, devant l'accent, s n'appa- 
raît qu'entre deux voyelles sourdes : sugna^ sala^ mais toujours 
se de ex : sceverare^ sampia, sciamCy scioperarty etc., et de ax^ : 
mascella. Il faut voir une dissimilation dans saggio au lieu de 
*sciaggio. Nous trouvons donc en italien devant l'accent le 
même phénomène que celui que nous avons rencontré pour et 
dans les autres domaines ; à la place de l'explosive, on a le rétré- 
cissement de même organe, lequel passe à un rétrécissement 
palatal avant ou après les voyelles palatales, tandis qu'il disparaît 
après les voyelles vélaires. — Le rhétique présente l'assimilation 
comme pour et et, chose curieuse, aussi le piémontais, qui offre 
un autre traitement pour et. — Pour les autres domaines, il 
faut admettre la série de développement hsy is et, ensuite, ou 
bien lï, is ou bien isy. Le degré ii existe en portugais, en génois, 
et en partie en provençal, is en roumanche, isy en français. Dans 
les dialectes de l'Est, cet isy continue ensuite de se développer 
comme O' (v. § S 1 1)- H f^ut aussi admettre i pour l'a.-espagnol. 
Berceo exprime justement le même son avec disse^ dessaty yssiô, 
tandis que la valeur de x dans Ruiz : dtxôy aparexada reste dou- 
teuse. Plus tard ce phonème a continué de se développer en A*, 
V. Chap. V. Sesssanta 2l été influencé par seis\ le français essaim, 
essai l'a été par les mots qui commencent par est-, 

(392) 465. Gn peut être joint à rf et à es, car il présente en partie 
des destinées concordant avec celles de ces groupes. La con- 
cordance absolue ne se rencontre, il est vrai, qu'en sarde où 
gn passe à nn, et en roumain où il devient mn, de même que 
dans les régions qui changent et en Bt : ici, comme en italien et 
en rhétique, on rencontre gn, jn qui, dans les Abruzzes, persiste 
sous forme de ygn et, ailleurs, continue de se développer en ii. 



§463.46^ 


^ 


GROUPE GN 




419 


Lat. 


AGNEI.LU 


DIGNU 


LIGNU 


PUGNU 


STAGNU 


Logoud. 


— 


— 


linna 


punna 


— 


Roum. 


miel 


— 


lemn 


putnn 


— 


Engad. 


— 


deh 


lain 


— 


stenn 


Ital. 


agnello 


degno 


legno 


pugno 


stagna 


Campob. 


ayçnielli 


— 


leypii 


Pm^i 


— 


Franc. 


agneau 


dédain 


legne 


poing 


étain 


Esp. 


anejo 


desden 


lena 


puno 


estano. 


Lat. 


COGNATU 


COGNOSCO 


PIGNUS 


SIGNU 


Logoud. 


kannadu 


hmnosho 


— 


sinnu 


Roum. 


cumnat 


— 




— 


semn 


Engad. 


quino 


— 




pain 


insaina 


Ital. 


cognato 


conosco 


pegno 


segno 


Franc. 


— 


connais 


— 


enseigne 


Esp. 


cumdo 


conocer 


— 


seho. 



^66. Là où apparaît gn en sarde comme dans pignuSy dignUy 
il faut voir sans aucun doute des formes italiennes. Sont plus dif- 
ficiles à expliquer pun:(u (pugnus), an^pne {agnone)y stan:(are (sta- 
gnare)j avec le traitement de gn que subit d'ailleurs ni (§512). 
Toutefois anxpne peut aussi être ann-io; mais les deux autres 
formes ne peuvent être regardées que comme des emprunts 
italiens dans lesquels il y a une transposition de sons. — Le 
ROUMAIN miel est sorti de *amniely un autre exemple est encore 
amnar de ignarium. La transformation de pumn en pulmu dans 
le macédonien est remarquable. Il faut aussi remarquer le rou- 
main cimnu = grec cycnus, tandis que le français cygne atteste le 
latin cjcinus (§ 531). L'italien conoscere et Tesp. conocer reposent 
sur le latin vulgaire *conoscere^i'3iprès noscere, tandis que le portu- 
gais conhecer reproduit la forme classique. En français, la simpli- 
fication de gn en w est la règle devant l'accent : senefier^ assener y 
reniy tinel, prenant; agneau est influencé par l'a.-franç. aigne = 
*agna. Dans les mots savants on prononce actuellement ^n; mais 
tel n'était pas le cas au xiv« et au xv* siècle; Rutebeuf fait rimer 
règne et pleine I, 109, surgines et dignes 1, 1 1 5 , de même Qiristine 
de Pisan, E. Deschamps, Villon, etc. L'espagnol oSre le même 
phénomène dans malinOy malina^ andal. endinOy sinifica, repuna; 
l'espagnol reyno a dû être influencé par rey. Sur A en finale 



(393) 



420 CHAPITRE II : œNSONNANTISME § 466. 467. 

romane, v. § 560. Le changement de gn en un est propre au 
tarentin et à Lecce : aunu, leunu. 

La question du rapport de rf, es et gn latins et de leurs représen- 
tants romans a été posée bien des fois. Ebell, Zeitschr. vergl. Sprachf. 
XIV, 247 sqq. avait déjà reconnu qu'il Êdlait poser ht comme pre- 
mier degré de développement. Mais il était inutile et invraisem- 
blable de supposer aussi ce degré pour Titalien. Puis, en dehors de 
JoRET, Ascou s'est occupé de ce problème, Arch. Glott. I, 82, 
Rem. I ; Thomsen , Remarques sur la phonétique romane y Ti parasite et 
Us consonnes mouillées en français, Mém. soc. ling. III, 106-123 ; 
Ulbrich, Uher die vokalisierten Konsonanten des Altfram(ôsischen^ 
Zeitschr. Il, 522-548; Schuchardt, Zeitschr. IV, 146 sqq. L'expli- 
cation proposée ci-dessus est d'accord avec celle qu'ont proposée 
Ascou et Schuchardt, qui est aussi admise par Thurneysen, 
Keltorom. 14. Thomsen admet que , de même que pt a été assimilé 
en tty et l'a été en /r qui est un intermédiaire entre k et /. Mais, en 
réalité, ff n'est pas le phonème intermédiaire entre h et /; il n'est 
pas, contrairement à ces sons, une explosive pure, mais une explo- 
sive jointe à un élément spirant , lequel ne peut venir que du e qui 
passe à la spirante. Ulbrich admet une formation incomplète de 
l'ocdusion du k (c.-à.-d. h ) \ puis la langue serait dans la même 
position que pour la prononciation de i et alors le phonème précé- 
dent et suivant se seraient articulés dans cette même position. Là- 
contre Schuchardt objecte avec raison qu'entre ib et i il y a une dif- 
férence non seulement dans l'articulation produite dans la bouche, 
mais que le courant expiratoire sourd nécessdre pour la production du 
k devient sonore pour la prononciation de i , et que , par conséquent , 
l'explication d'ULBRiCH suppose deux changements contemporains, 
ce qui est peu vraisemblable. La série de développement ht, U reçoit 
encore une confirmation essentielle par les modifications que subit rt 
(S 475 sqq). 

467. Enfin il reste à parler de la combinaison net. Déjà, en 
latin vulgaire, elle était devenue ût, qui s'est développé de la 
même manière que et, c'est-à-dire a passé à mt en roumain, à 
nt en italien, à int par l'intermédiaire de At en français; dans le 
domaine de ly le résultat a été ne, toutefois l'espagnol marche à 
part et offre nt. On a donc : 

(394) Lat. SANCTU UNCTU JUNCTU Q.UINCTU STRINCTU 

Roum. sàmtu *umpt ajumt — strîmt 

Engad. senV ûtt — — — 

Ital. santo unto giunto quinto strinto 



s 467. GROUPE NCT 421 

Franc. saint oingt joint quint étreint 

Esp. santo unto yunta quinto — 

Pour nXy les exemples manquent, abstraction feite des formes 
de parfaits. 

En roumain on rencontre de temps en temps la graphie 
mpt : fremptày stremptu dans Daniel, on n'est cependant pas 
obligé d'en conclure que ne latin est devenu d'abord mpt en 
roumain, puis mt. Dans la prononciation de mty il se développe 
toujours p comme phonème de transition, lequel est tantôt 
écrit et tantôt ne l'est pas. Le valaque actuel est en voie de 
réaliser l'assimilation de Vm à la dentale, il écrit unt à côté de 
strîmt; mais cette assimilation ne paraît pas s'être réalisée par 
voie phonétique, il y a eu plutôt influence de Yn du présent, 
tandis que strîmt y qui ne feisait plus partie du système verbal, a 
été conservé. Etant donné cette hypothèse du passage de w à 
n, il va de soi que pendant un certain temps mt et nt ont existé 
l'un à côté de l'autre et qu'ainsi mt a aussi pu prendre la place 
d'un ancien nt : valaq. simti (sentiré); ce fait est particulièrement 
fréquent en macédonien, cf. askumpta Dan. (absconditd)yatumtsea 
Kav. (tune) kumtine Dan. (cantinuit), etc. Il faut aussi remarquer 
que c'est seulement nt qui passe à mt et non nd à mdy attendu 
que le groupe ngd n'a pas existé. En RHÈTiauE sanctus fait diffi- 
culté à cause de sa palatale; on peut y rattacher sent qui n'est 
pas inconnu dans l'Est du domaine, dans le Frioul, et qui est 
assez fréquent à la proclise dans les anciens textes vénitiens, 
V. g. dans la Cronica deli imperadori, dans le ms. Hamilton, etc. 
En outre, en engadin, à côté de pûtt (punetuni) on trouve aussi 
puorik et puonka. Pour la première de ces formes on pourrait 
avoir une généralisation de la forme des pluriels en i (§ 320), 
par contre, cette explication n'est pas possible pour la seconde. 
Comme à une forme engadine puon^ correspond une forme 
ronmaLnche punet y il semble plus juste de regarder les deux mots 
comme mi-savants; tandis que ût ancien devient nt en engadin 
et en frioulan, net récent passe à nt. En roumanche nous avons 
naturellement des formes avec t : it (unetu)y pit; mais saint qui 
est un mot d'église. Il y a à remarquer l'absence d'n qu'on 
constate aussi dans *augly aug (avunculus) et qui doit cependant 
être expliquée phonétiquement. On pourrait, il est vrai, supposer (395) 



422 CHAPITRE II : CONSONNANTISME § 467. 468. 

que strictuSy victus^ etc., ont aussi attiré *uctuSy mais il serait trop 
extraordinaire de voir sur ce point la langue des Grisons suivre 
une tout autre voie que celle de toutes les autres langues 
romanes. Faut-il admettre la règle suivante : n suivie d'une 
explosive -|- consonne tombe, et l'appliquer à ataitlar (attentu- 
larCy Arch. Glott. Vil, 684), c'est ce qui reste douteux. — 
L'espagnol cincho n'est pas le représentant de cinctutriy mais de 
cingulum. 

0) OombinaisoiLS aveo S. 

468. En ktin, s n'apparaît que devant des consonnes sourdes; 
en roman soit par suite de compositions nouvelles, soit à cause 
de la loi de la syncope des voyelles atones, on rencontre aussi s 
devant des sonores ; dans ce dernier cas, elle devient elle-même 
sonore ou se change en r en espagnol, en provençal et dans les 
dialectes français; mais, en général, dans la France du Nord, s 
s'assourdit ou bien devient /?, ou bien passe à d par l'intermé- 
diaire de d (cf. là dessus § 329)- P^r contre, s sourde persiste 
en roumain, en espagnol, en italien et en partie en provençal; 
dans le français du Nord et en partie en provençal, elle passe i 
A, et elle s'assourdit tout à fait d'abord dans l'Ouest et dans 
l'Est, mais seulement après l'époque de Chrétien de Troie : elle 
n'est plus prononcée au xiii* siècle. Le degré intermédiaire h est 
aussi assuré ici par ce passage de l'Orth. Gall. V : « Et quant s 
est joint [a la i\ ele avéra le soun de Acome estplest serront sonez 
eght pleghty » par des rimes comme fareht : sleht dans Wolfram 
Parc. 601, 10 : reht 548, 4 et par des graphies du m.-h.-alL, 
telles que tschahiel, schahidân Grimm, Deutsche Grammatik I, 
352. S respect, h n'est conservé que dans le wallon jusqu'à 
Mons, mais plus dans les Flandres et en lorrain. L'andalous et 
le bogot. et, en outre. Val Soana présentent ce dernier degré. 
Mais en bergamasque, il y a lieu de se poser la même question 
que pour h provenant de s initiale (§417). A Fribourg et dans 
les parties limitrophes du canton de Vaud, ht passe à ^ par 
l'intermédiaire de t. Un changement qui se rencontre dans les 
régions les plus différentes est celui de j en 1 en partie devant 
toutes les consonnes comme en rhétique, en portugais, dans 
l'Italie du Sud, en partie devant quelques-unes seulement comme 



§ 468. COMBINAISONS AVEC S 423 

à Saponara (Basilicate) où ip et st s'opposent l'un à l'autre. 
La Lorraine aussi présente i respect B. Par contre, en wallon, 
st et sp persistent; sk passe à s sans que la qualité de la voyelle 
suivante y soit pour quelque chose. Enfin sca mérite encore 
une remarque pour les contrées où ka apparaît au lieu de ca. 
Lorsque I avance jusqu'à r, j, il absorbe complètement Vs; mais 
quand il ne dépasse pas ^, sk est aussi conservé, excepté en Tyrol 
où l'on rencontre ^ et i à côté l'un de l'autre, et à Val Soana où 
R empêche le développement de s en B. 



(396) 



Lat. 


CASTIGA 


CRKTA 


FESTUCA 


HOSTE 


MUSTU 


Roum. 


caltigà 


creastà 


festuca 


oaste 


tnust 


Engad. 


hûtia 


kraVsta 


fastû 


— 


muait 


Ital. 


castiga 


cresta 


festuga 


oste 


mosto 


Franc. 


châtie 


crête 


fétu 


— 


moût 


Wallon 


— 


kres 


festu 


— 


— 


Prov. 


castia 


cresta 


festuc 


ost 


must 


Fribourg 


— 


— 


— 


— 


_ 


Esp. 


castia 


cresta 


— 


huesta 


mosto. 


Lat. 


RASTELLU 


CASTELLU 


COSTA 


TESTA 


VESTIRE 


Roum. 


— 


— 


coastà 


teastà 


investi 


Engad. 


rasta 


Mté 


kuo'sta 


testa 


veiti 


Ital. 


rastello 


castello 


Costa 


testa 


vestire 


Franc. 


râteau 


château 


CÔU 


tête 


vêtir 


Wallon 


— 


— 


kues 


— 


— 


Prov. 


rastel 


castel 


Costa 


testa 


vestir 


Fribourg 


— 


— 


kufa 


tifa 


vifi 


Esp. 


rastillo 


castillo 


cuesta 


tiesta 


vestir. 


Lat. 


TRISTE 


ISTE 


ISTA 


GUSTU 


*AGUSTU 


Roum. 


trist 


est 


esta 


gust 


— 


Engad. 


trist 


quaist 


quaista 


guost 


avuoH 


ital. 


triste 


questo 


questa 


gusto 


agosto 


Franc. 


(triste^ 


cet 


cette 


goût 


août 


Wallon 


trist 


— 


— 


— 


— 


Prov. 


— 


cest 


cesta 


gust 


agust 


Fribourg 


(triste) 


— 


— 


— 


— 


Esp. 


triste 


este 


esta 


gusto 


agosto. 



(397) 



424 


CHAPITRE n : CONSONNANTISMR 


S 468. 


Lat. 


ARISTA 


AESTATE 


STATU 


STET.T.A 


STUPPA 


Roum. 


— 


— 


stat 


stea 


Stupa 


Engad. 


gratita 


hed 


Ito 


itaila 


stuppa 


lui. 


aresta 


State 


stato 


Stella 


stoppa 


Franc. 


arite 


été 


été 


étoile 


étoupe 


WaUon 


— 


— 


— 


stœl 


— 


Prov. 


aresta 


estât 


estât 


estela 


estopa 


Fribourg 


— 


— 


— 


e^ala 


— 


Esp. 


ariesta 


estad 


estado 


estrella 


estopa. 


Lat. 


VKSPA 


RESPONDET 


CRISPU 


SPATA 


SPATULA 


Roum. 


— 


respunde 


— 


spatà 


— 


Engad. 


veispra 


respund 


— 


Ipeda 


ipedla 


Ital. 


vespa 


rispande 


crespo 


spada 


spalla 


Franc. 


guipe 


répand 


crêpe 


ipie 


épaule 


Wallon 


wàs 


— 


cresp 





spal 


Prov. 


vespa 


resp