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C 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE. 

. EL— EZ. 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE, 

ou 

niSTOTRI, PAR 0&SR£ ALPEABETIQUE, DE 1^ VU PUBLIQUE ET PRIVEE DE 
TOUS LES BOIOCES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR LEURS ECRITS , 
LEURS ACnOnS, LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU LEURS GRUCES. 

0X7TRACE ESTlikSMEXT VSVF, 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On do;t det ^gardi aav TivanU ; on re doit, aux morU, 
qne U vérité. ( Volt. , premiin Lettrt lur OCdipe. ) 



TOME TREIZIÈME. 




A PARIS, 

CHEZ L. G. MICHAUD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, 

KUE DES BOHS-EHFABTS, M*». 34. 
l8l5. 



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cr 

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■^ FEB1019Ô5 )) Ajr 

1. 13 



SIGNATURES DES AUTEURS 



DU TREIZIÈME VOLUME. 



MM. 

A. BiRAiTTE père. * 

A.B — T. Becchot. 

A — D. Artacd. 

A — D — R. Amar-Duritieh. 

A — G — R. Acger. 

A. R. — T. Abel Remusat. 

B. M — s. BlGOT-DE-MoROGOES. 

B — I. Bersardi. 

B — p. Beauchamp (Alphonse de). 

B— RS. BoiXVlLLIERS. 

B — s. Bococs. 

B — SS. BoiSSOXADE. 

B — c Beauliec. 

B T. M""*. BOLLT. 

c. Chaumetow. 

c AD. CiTTEAC-CAtLEYlLI,». 

CM. P. Pillet. 

c — R. Clavier. 

C — T. Cotteret. 

D — B — s. L. Dubois. 

D — L — E. Delambre. 

D. L. Delaulsate. 

D. L. C. Lacombe(de). 

D — M — T. De Musset. 

D — P — s. Dd Petit-Thocars. 

D — s. Desportes ( Boscherov ). 

D T. DcRDEItT. 

E — c D-d.Emeric David. 



E— :t. 
E— s. 

F. P-T. 


Prosper Engelti». 
Et RI Es. 
Fabien Pillet. 


G— É. 
G— j». 

G— T. 
G-T. 

3-s. 


GlKGCE.^É. 

GuiLLos (Aimé). 

GuilOT. 

Glet. 
JouRDAi:r. 



MM. 

li — ^P — E. Laporte (Hlppolite de) 

L — S — E. La Salle. 

L — T — L. Lallt-Tollexdàa. 

L — X. Lacroix. 

L— T. LéccT. 

M.B— 5. Malte-Brcw. 

M — D. MiCHAUD. 

M — D j. MiCHADD jeaiMl 

M — oir. Marrojt. 

M — T. Margcerit. 

N — L. Noël. 

N — t. Nicollet. 

P — c. Propiac. 

P— c — T. Picot. 

P — D. Pataud. 

P — e. Poitce. 

Q — R^T. QcATREMiRE-ROISST. 

R D 1». REXArLDIÎÏ. 

Il L. ROSSEL. 

R— T. Roquefort. 

S— D. SUARD. 

S.D. S— t. Silvestre-de-Sact- 

S — L. ScnOELL. 

s. M — ir. Saist-Martijï. 

S. S— I. SlSXONDE-SlSXOKOI, 

s — T. Salaberrt. 
T — d. Tabaraud. 
T — .». TocHox. 

U 1. UsT^RI. 

V. s — L. Vincens-Saiiit-Laurest. 

V T. VlTET. 

w — R. Walcrehaer. 

w— s. Weiss. 

X. — s. Revu par M. SvkKDt 

2. ÂaoDfotc. 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE. 



^^0i^^^^^ ^ ^^'^/^^^'^^^^0^^^/^^i'^f^^^%^ 



E 

El AGABALE. T. Heliogabale. 

ELBEE (Gigot d' ) , général ven- 
déen , naquit à Dresde, en l 'jS-i ; son 
père , ayant épouse une saxone , 
s'était fixé dans ce pays et il y mou- 
rut D'Elbée vint en France et s'y fit 
naturaliser en 1757. 11 entra fort 
jeune dans un régiment français de 
cavalerie , où il était lieutenant. Les 
personnes qui l'ont connu à cette 
époque le peignent comme un homme 
de mœurs plus réglées et plus saupu- 
leuses que ne le sont communément 
les jeunes officiers. Sa fortune , son 
caractère , sa capacité , ne lui don- 
naient , du reste, aucune distinction 
parmi ses camarades. En 1 7S5 , il 
donna sa démission , se maria et vécut 
dès lors retiré à la campagne, près de 
Beaupréau en Anjou. Vers la fin de 
1791 , il suivit l'exemple de beaucoup 
de gentilshommes et quitta la France. 
Mais, après la loi qui ordonnait aux 
• migres de rentrer dans le rovaurae , 
il revint paisiblement n sou domicile. 
Le 1 5 mars 1 794 , les paysans des 
environs de lieaupréau, qui avaient 
pour lui de l'aflection et du respect , 
ayant refusé d'olwiir aux lois sur le re- 
crutement , et s'étant soulevés , vin- 
rent lui demander de se mettre à leur 
tète. Sa femme était accouchée la 
veille , il était auprè> d'elle, et n'avait 
contribué en rien à la révolte spon- 
tanée des habitants; mais il consentit , 
sans aucune résistance , à les com- 



mander. Sa troupe fut bientôt jointe 
par celles de M. de Bonchamp, de 
Cithdineau et de Stofflef. Ils eurent 
d'abord des succès , prirent beau- 
coup de munitions et quelques ca- 
nons , et chassèrent du p lys les dé- 
tachements des troupes répid)licaines. 
Une colonne sortie d'Angers les fit en- 
suite reculer ; mais M. de Ivaroche- 
jaqueliu ayûot remporte un avantage 
signalé aux Aubiers , se réunit à eux, 
et l'armée vendéenne qui commençait 
à devenir formidable , marcha sur 
Bressuire. M. de Lescure, qui était 
prisonnier, fut délivré; tout le pajs 
se souleva , et la guerre civile prit de 
ce moment nu grand caractère. Cette 
grande année vendéenne , qui pouvait 
alors réunir plus de quarante mille 
comlwttans , n'avait j>as un comman- 
dant. Bonchamp, Lescure, f^aro- 
chejaquelin , Cithelineaii , Slofflet et 
d'Ëlbée, marchaient chacun a ta tête 
des paysans de leur canton. I^ iroupç 
de d'Elbée était nombreuse et fort 
dévouée ; elle se composait de gens 
des environs de Beaupréau et deChol- 
let. 11 en était fort respecté et exerçait 
sur eux une influence complète par 
sa piété , son courage constant et 
tranquille. C'é ait là tout son mé- 
rite ; il n'avait aucune habitude des 
hommes , du monde , ni des affaires. 
Son amour-pi-opre se blessait facile- 
ment et s'emportait sans propos. H 
avait UD mélange de prétention et de 



2 ELB 

-\ 

politesse difficile et cérémonieuse. II 
n'e'tait pas sans ambition , mais faute 
d'expérience de la socie'lé, elle n'avait 
ni but précis , ni étendue. Dans les 
combats, il ne savait qu'aller en avant, 
ne prenait aucune disposition mili- 
taire , et répétait aux soldats : Mes 
enfants , la Providence nous don- 
nera la victoire. Sa dévotion était 
bien réelle ; mais comme il avait re- 
marque que c'était un moyen de s'al- 
taclicr les paysans et de les animer, 
il ne croyait jamais en montrer assez 
et tombait dans une affectation quel- 
quefois risibîe. Il avait cousu de 
saintes images sous son habit. Sans 
cesse il faisait des exhortations , des 
espèces de sermons aux soldats , et 
surtout leur parlait toujours de la Pro- 
vidence ; au point que les paysans , 
bien qu'ils respectassent fort tout ce 
qui tenait à la religion , et qu'ils aimas- 
sent beaucoup d'Elbée , l'avaient , 
sans y entendre malice, surnommé 
le général la Providence. Mais en 
tout, c'était un si honnête homme et 
si courageux que tout le monde , dans 
l'armée , avait pour lui de l'attache- 
ment tt de la déférence. De Bressuire 
on marcha sur Thouars, qu'on in- 
vestit et qui se rendit à la colonne de 
d'Elbée. Puis on alla atLiquer Fou- 
tenay; cette tentative n'eut point de 
succès. D'Elbée fut blessé à la cuisse et 
demeuraquclquessemaiuessanssuivre 
l'arniée. Pendant ce temps, la seconde 
attaque sur Foutenay réussit , et de 
succès eu succès, on arriva jusqu'à 
Saximur , qui fut pris. Ce fut là l'époque 
de la prospérité et des plus grandes 
espérances des vendéens. C'est à ce 
moment que , sur la proposition de 
M- de I>csciue , Cathelincau fut re- 
cunnu généralissime par 1rs chefs as- 
semblés. D'Elbée , que sa blessure 
avait retenu , n'arriva que deux jours 
après celle nomioaliuu qu'il approuva 



ELB 

fort. De Saumur on marcha par An- 
gers , sur Nantes , où l'on échoua avec 
assez de perte. Calhelineau mourut 
des blessures qu'il avait reçues dans 
celte affaire. On songea à le rempla- 
cer; comme la nature de cette guer- 
re donnait à ce commandement en 
chef fort peu de réalité, et qu'une 
armée formée de la sorte ne pouvait 
pas avoir une discipline exacte , les 
principaux chefs n'attachèrcntpasunc 
grande importance à cette affaire. 
D'Elbée , au moyen de quelques pe- 
tites manœuvres , se fil nommer pres- 
qu'à l'iusu d'une grande partie de 
l'armée. On s'était occupé en même 
temps de choisir quatre généraux de 
division, parmi lesquels on ne comprit 
même pas Charelle. Une telle élection 
ne changea rien à l'état des choses , 
chacun conserva le même commande- 
ment et le même pouvoir : mais on ne 
contesta pas à d'Elbée son titre de gé- 
néralissime, d'autant que pour se le 
faire pardonner , il montra une poli- 
tesse et uue déférence plus obséquieu- 
ses que jamais. Vers la fin de juillet, 
on marcha vers le bas Poitou, et l'on 
perdit la bataille de I.uçon. Le 12 
aoiit , toutes les forces des armées 
vendéeimcs se réunirent pour venger 
cet échec et attaquer de nouveau Lu- 
çon. L'issue ne fut pas plus heiu-euse. 
On reprocha beaucoup à d'Elbée de 
n'avoir donné aucun ordre , de n'avoir 
pas lait une disposition pour exécuter 
le plan d'attaque dont on était con- 
venu. Mes enfants , alignez-vous 
donc par ci , par là , sur mon che- 
val , était, di>ail-on , le seul com- 
niatidunent (|n'()n lui eût entendu 
prolérer peudant l'action. Au mois 
de septembre, la guerre devint plus 
terrible et plus désasireuse pnur les 
vendéens. Après une dcf -use héioique, 
après avoir fut éprouver aux répu- 
blicoias des dciailcs entières ( Voyez^ 



ELB 

BoNcniMP. ) , l'armée fut enfin com- 
plèfemcut battue à CboUet ; d'Elbée 
y fut blessé à morU On le transjwrta 
d'abord à Beaupréau. Il était dans un 
tel c'tat de souffrance , qu'on ne put 
lui faire suivre l'armée , comme à Les- 
cnre et à Boucbamp, ainsi que lui, mor- 
tellement blessés. On le cacha pendant 
quelques jours ; puis , après que les 
vendéens eurent passé la Loire et que 
l'armée républicaine se fut mise à 
leur poursuite , un frère de Cathe- 
iineau rassembla environ quinze cents 
Angevins , et conduisit à l'airaéc de 
Cliarctte, avec cette escoite, d'Elbée, 
sa femme , son beau-frère, et les of- 
ficiers blessés qui étaient restés dans 
le pays. Gharctte les envoya à l'île de 
I^oirmoulier, dont il s'était emparé, 
et qui semblait le plus sûr et le plus 
tranquille refu{:;e. Trois mois après, 
les républicains attaquèrent Noir- 
mouliers et le prirent. Ils y trouvè- 
rent d'Elbée , que ses blessures te- 
naient encore entre la vie et la mort. 
Quand les soldats entrèrent dans sa 
chambre , il leur dit : « Oui , voilà 
» d'Elbe'e , voilà votre plus grand en- 
» nemi ; si j'avais eu assez de force 
» pour me battre , vous u'auriiz pas 
p pris Noirmoutier, ou vous l'eussiez 
» du moins chèrement acheté. » Les 
républicains le gardèrent cinq jours, 
l'accablant d'outrages et de questions. 
L'interrogatoire, en règle, qu'il subit, 
existe encore. Ses réponses sont plei- 
nes de franchise et de modération. 
«Je jure, sur mon honneur, dit-il , 
» que malgré que je désirasse siucè- 
» reraent et vraiment un gouverne- 
» ment monarchique , réduit à ses 
» vrais principes et à sa juste au- 
» lorité, je n'avais aucun projet par- 
» ticulier, et j'aurais vécu en ci- 
» toyen paisible sous tout gouver- 
» ncment qui eût assuré ma tranqud- 
a lilé et k libre exercice de la rcli- 



ELB G 

» gion que j'ai touioms professée. » 
Il assura même , qu'à ces conditions , 
il s'efforcerait de pacifier le pays. 
Mais on voit clairement que cette of- 
fre n'avait d'autre but que de sauver la 
vie à ses malheureux compagnons. 
Enfin , lassé de cette agonie : a Mes- 
» sieurs , dit-il , il est temps que cela 
» finisse , faites -moi mourir. » Il ne 
pouvait se tenir debout. On l'apporta 
dans un fauteuil sur la place publi- 
que, et on le fusilla. Sa femme, qui 
pouvant se sauver , n'avait pas voulu 
le quitter , s'évanouit en voyant por- 
ter sou mari au supplice. Un offi- 
cier républicain la soutint et montra 
de l'attendrissement. Ses supérieurs 
menacèrent de faire tirer sur lui , s'il 
ne laissait tomber cette malheureuse 
femme, qui fut aussi fusillée. M. d'Hau- 
terive , frère de madame d'Elbée , et 
de Boisy son beau-frère , périrent de 
même. Ou remplit une rue de ven- 
déens fugitifs et d'habitants de l'île , 
qu'on soupçonnait de leur être favo- 
rables , et tons furent massacrés , au 
nombre d'environ quinze cents. Ce fut 
dans les premiers jours de janvier 
i 794. D'Elbée a laissé un fils unique. 

A. 

ELBÈNE ( D ). r. Dfxbene. 

ELBEUF ouELBŒUF, manpii- 
sat , érigé en duché le 1'^ mars 1 582 , 
en faveur de Charles I". , petit-fils 
de Claude, duc de Guise ( V. Guise). 
Charles naquit en i 556. Son carac- 
tère et ses goûts le rendaient peu 
propre à figurer dans les troubles qui 
agitèrent le règne de Henri Ilf. Rien 
ne prouve qu'il ait pris part aux pro- 
jets ambitieux des princes de sa mai- 
son, ni même qu'il en ait eu connni - 
sauce. Cependant à l'issue des Etats 
de Blois , il fut arrêté sur de simples 
soupçons et copduit au château de 
Locne.s, où il resta sous la garde du 
duc d'Epcrnon , jusqu'en i5gi. L«s 
I.. 



4 ELB 

ouvrages satiriques du temps le re- 
présentent comme un homme d'un 
esprit médiocre, insouciant et fort 
adonné aux plaisirs de la table. Il mou- 
rut en i6o5. — ChaklesH, son fils, 
né en 1696, mort en 1637 , avait 
épousé Catherine-Henriette , fille lé- 
gitimée de Henri IV et de Gabnelle 
d'Estrées. Sa femme voulut jouer un 
rôle dans les intrigues de la cour sons 
le ministère de Richelieu : elle fut exi- 
lée en i65i , et le duc d'Elbeuf dé- 
claré criminel de lèze-majesté. 11 par- 
vint cependant à rentrer en faveur , 
et obtint le gouvernement de Picardie. 
Le cardinal de Retz n'en a pas fait un 
portrait avantageux dans ses Mé- 
moires. — Emanuel-Maxjrice, pe- 
tit-fils du précédent, né en 1677, 
passa au service de l'empereur d'Alle- 
Icmagne, en 1706 , et obtint un 
commandement de cavalerie dans le 
royaume de Naples. Il rentra dans le 
duché d'Elbeuf en 1719, par des 
lettres d'abolition, et mourut en 1 760, 
dans sa 86^ année.Pendant son séjour 
a Naples, il avait épousé l'unique hé- 
ritière de la maison de Salz^. Tandis 
qu'il faisait travailler à des embellis- 
sements dans son château de Portici, 
on trouva, à une certaine profondeur , 
des marbres précieux. Le prince ht 
continuer les fouilles , et la quantité 
d'objets qui furent le fruit de ce 
travail , donna heu à de nouvelles 
recherches, qui amenèrent eiilin la dé- 
couverte d'Herculanum. Par la mort 
de ce prince , le titre de duc d'E beuf 
passa dans la maison d'Harcourt ( To/- 



ELD 



Harcouht ). 



W- 



El.RUKOHT ( Jeaw Va»), sur- 
nommé Pelit Jean. Ou a sur ce peintre 
iort peu de det.ul> . Il naq uit à El bourg, 
près de Campcii , s'établit à Anvers , 
et fui admis , en 1 5j5 , dans la com- 
munauté des peintres de cette ville. 
Dcbcamps dit que cet artiste cutcudait 



Lien la figure , le paysage , et repré- 
sentait bien une mer orageuse. Il cite 
quatre tableaux de Van Elburcht , 
placés dans l'église de Notre Dame 
d'Anvers. L'un d'eux représente la 
Pèche miraculeuse , et se trouve fort 
convenablement placé à l'autel de la 
chapelle des marchands de poisson. 
Les trois autres, d'une plus petite 
proportion , sont placés au-dessous. 
Ce sont : un Christ sur la croix , avec 
la Vierge, St. Jean et la Made- 
lène ; St. Pierre à genoux devant 
J. C. , sur les bords de la mer ; et 
J. a dans la hers^erie. Us ne sont 
pas sans mérite , m^is on y désirerait 
un dessin plus coulant et un pinceau 
moins sec. l.'année de la mort de Vaii 
Elburcht est inconnue. D — t. 

ELDâD, surnommé Danita, parce- 
qu'il était de la Iribu de Dan, est l'au- 
teur, vrai ou supposé, d'une Letire 
où il traite des dix tribus qui sont au- 
delà du fleuve Sabbation, de leur 
puissance , de leur empire, de leurs 
rites et coutumes et de leur manière 
de faire la guerre avec leurs voisins. 
Cet auteur nous apprend qu'il habi- 
tait sur la rive du fleuve merveilleux 
le Sabbation ou Sambation (i). Le 
désir de visiter ses frères répandus 
dans les régions du globe, le porta a 
quitter ce lieu et à voyager. Il partit 
avec un autre juif de la tribu d'Aser, 
et s'embarqua. A peine était-il eu mer 
que son bâtiment fut pris par des 
Ethiopiens a fatc noire, et qui pis est 
antl.ropophages. C^s sauvages le pri- 
rent, l'.ttachèrent par le cou et 1 em- 
prisonnèrent dans un réduit étroit , 
lui donnant beaucoup de nourriture , 
a(in que de maigre qu'd était, ilde- 
viiit gras et digne de leur appétit. Mais 
une troupe d'autres Ethiopiens vint 



(,> Dr. R.bbini ont cm que ce «c»y "'"'"* 
t„ que 1. r...ir. Sat>oal,.,,u dool ,.«.!« Jo.rpKe, 
el h'.i «lirait «il* If »inpoH« en Etkiapio. 



ELE 

fondre sur ces antropopliages et déli- 
vrer Ëidad. li suivit les vainqueurs 
dans leur pays. Ceux-ci ne maii!;eaicut 
point les bummes, et étaient adonnés 
jà la pyrolàtrie. Après l'avoir garde' 
quatre ans avec eux, ils le conduisi- 
rent dans la terrç d'Atzin, où un j<iif 
l'acheta. Ëldad navigua quelque temps, 
de'barqua, puis tomba dans la tribu 
d'Issacher, étiblic en la montagne 
d'Abyssi, où elle vivait indépendante, 
quoique la montagne fit partie de 
l'empire des Mèdeset des Perses. Nous 
ne poui.oerons pas plus loin l'analvse 
de cette lettre, que Bartolocci {Bibl. 
Rabbin, tom. i , pag. loo et suiv. ) a 
réfutée dans tous ses points. Eile fut 
sans donte écrite par un imposteur 
qui aura pris le nom d'Eldad, et l'aura 
composée pour accroître parmi les 
siens les récifs fabuleux de qoelques 
i-abbins touchant le fleuve Sabbation 
et les tribus , et augmenter l'espoir de 
leur délivrance. Cette lettre fol impr»- 
mée pour la première fois à Constan- 
tinople, en i5i8, in-4". Depuis il 
eu a été fait plusieurs réimpressions 
à Venise, i544 f' i6o5, in -8'. 
Genebrard l'a traduite peu fidèle- 
ment en latin, et l'a publiée sons ce 
litre : Eldad DanùiS de Jitdœis clau- 
sis , eorumque in MUUupid imperio, 
Paris, i563; cette traduction, dont 
Bartolocci a relevé les erreurs , a été 
réimprimée dans la Chronographia 
hebrtvorum , du même Geucbraid. 
Enfin il a paru une nouvelle édition 
du texte liébreii, à Isny, en 1722, 
in 12. Eldad vivait vers le commcu- 
cement du la"". siècle. J — n. 

ELEAZAR, en hébreu Elhazar 
(auxilium Dci). L'Ecriture et Josephe 
signaient un grand nombre de juifs 
de ce nom ; nous allons faire connaître 
les principaux d'entre eux. Ei.EAZAr. , 
fils d'Aaron , et sou succcesseur au 
pontificat , qui resta dans sa famille 



ELE 5 

jusqu'au temps de Héli. Il fut enterré 
àOdbaath, lieu appartenant à Phinées, 
son filN{ f^ojr. iosuc, c. ^4 )• — Elea- 
ZAa, fils d'Abinadab, qui fut sancti- 
fié pour être gardien de l'arche do 
seigneur ( Rois, I. 1 , c. 7 ). — ElÉa- 
ZAR . fils d'Ahod, un des trois braves 
de David qui traversèrent le camp des 
Philistins pour aller chercher à C€ 
prince , épuisé par la fatigue des coin- 
bats , de l'eau de la citerne de Beth- 
léem. Dans une bataille livrée aux 
Philistins par les Israélites, ces der- 
niers , effrayés , prirent la fuite de 
toutes parts : Eléazar seul soutint le 
cboc des ennemis, et en fit un si grand 
carnage, « que sa main , dit l'Ecriture, 
» demeura collée à son e'pc'e ( Voyet 
Rois , 1. a , c. 23 , et paralip. , c. a ). » 
— Eléazar , fils de Saura , surnommé 
Abaron , ou Auran , de la famille des 
Machabées. Judas, livrant bataille à 
Antiochus Eupator, Eléazar apperç'it 
dans l'armée de ce dernier, un élé- 
phant plus grand et plus richement 
enhamaché que les autres; il crut que 
cet éléphant portait le roi , et se fai- 
sant jour à travers les ennemis , il 
parvint jusqu'à l'animal , lui ouvrit le 
ventre avec son glaive , et péril écrase 
( Voy. Machab., 1. 1 , c. 6 ).^ Eléa- 
zar , autre contemporain des Macha- 
bées , souffrit le martyre sous Antio- 
chus Ephiphane. En vain ce prince 
voulut le faire renoncer à son culte , cl 
lui donner à manger de la viande de 
iwrc. Il aima mieux périr que de vio- 
ler la loi de Dieu. — Eléazar , fils 
d'Onias I"., et frère de Simon dit 
le Juste , succéda à ce dernier dans la 
grande sacrificature, qu'il exerça pen- 
dant dix-neuf ans. On prétend que ce 
liit lui qui envoya à Ptoléniée - Phila- 
delphc les soixante-douze interprêtes 
qui firent la version des livres sacrés , 
connue sous le nom de Version des 
Septante, environ 2-^7 ans avant J.C 



6 KLE 

( F". ABisTiÎE). Ptolëmëe lui rendit les 
Juifs qui étaient retenus captifs dans 
ses étais. — Josoplie parie encore 
d'un autre Eléazar , magicien, qui 
flëlivriit les possédés par la vertu 
d'une herbe enfermée dans un anneau. 
Le de'mon , en signe d'obe'issance , de- 
vait renverser une cruche pleine d'eau, 
placée à côté du patient. D. L. 

ELÉAZAR de Garmi^jci ou do 
Worms , auteur hébreu , disciple de 
.ludas , fils de Kalonymos , apparte- 
nait à une famille de juifs allejiiands 
très célèbre. 11 vivait en 1240, et a 
laisse' plusieurs ouvrages, dont quel- 
ques-uns ont été imprimés. Voici les 
principaux ; L le Livredu Droguiste, 
qui traite de l'amour de Dieu , de la 
pénitence, des choses licites ou défen- 
dues, etc., Fano , i5o5, in -fol. Ce 
traite a été réimprimé plusieurs fois. 
IL Guide du Pécheur ,\ emse, i543, 
in-4"' ; et Loyde , itiç)» , in- 12. 11 
en existe encore d'autres éditions. IlL 
Commentaire sur le livre Jezira. 
Dans les diverses éditions le texte se 
trouve uni au commentaire. IV. Com- 
mentaire sur le Cantique et le livre 
de Ruth, public sous Je titre de Fin 
aromatique, Dublin, 1G08, in-4"' 
11 n'a paru que cette partie du cou)- 
menlaire d'F^iéazir, qui embrassait les 
cinq Me^hilloth. Parmi ses ouvrages 
manuscrits on distingue un Traité 
de l'^4me , cité par Pic de la Miran- 
dole, dans son Livre contre les astro- 
logues, un Commentaire cabalisti- 
que sur le Vetitatcuque , un Traité 
de l'unité de Dieu, et divers écrits 
cabalistiques , dont on trouve la no- 
menclature dans Wolf , BihL héhr., 
et dans le Dizionar. storico, dei^li 
ebrei, i\c M. de l>ossi. Ce rabbin fut 
maître du célèbre Machmanide. 

.1— N. 

ELECTUS DE LAUFIEN- 
liOUhG , capucin, exerça long-temps 



ELE 

les fondions de missionnaire dans 
l'Orient, et à son retour en Allema- 
gne , il s'adonna au ministère de la 
parole. Consumé par ses travaux apos- 
toliques, il mourut à Rottcnbourg, le^ 
2 mai 1627. On a de lui, en alle- 
mand : Chronique de la Suisse pen- 
dant qu'elle dépendait de l'Autriche 
antérieure ; Relation de sa mission 
dans l'Archipel. Ces deux ouvrages 
sont restés manuscrits. E — s. 

ELRONOUKDEGUIENNE, 
d'abord reine de F'rance, ensuite reine 
d'Angleterre, était fdle de Guillau- 
me IX , dernier duc d'Aquitaine. 
Guillaume IX , en partant pour le 
pèlerinage de S. Jacques en Gallice , 
la déclara héritière de ses états , à 
condition qu'elle épouserait le prince 
Louis, fils de I,ouis-le-Gros, roi de 
France. Les états d'Aquitaine, ayant 
appris la mort de Guillaume, firent 
connaître ses dernières volontés k 
Ij*tuis-le-Gros , qui envova son fils 
à liordeaiix, ou le mariage projeté lut 
célébré avec une grande pompe. E!éo- 
nore apportait en dot au |)rince Louis 
celte belle ])artie de la Franre ma- 
1 ilime , qui , sous les noms de Poitou , 
de Saiiitonge , de Gascogne et de pays 
des Basques, s'étend depuis la basse 
Loire jus([u'aux Pyrénées. A peine ve- 
nait-cUo d'épouser l'iiérilier de la cou- 
ronne de France ( l'an 1 i!>7 ), que la 
mort de Louis-h--Gros fit monter le 
prince Louis sur le trône. Les pre- 
mières années de son règne furent 
brillantes ; Eléonore , qui avait aug- 
menté le rovaumede son époux , ajou- 
tait à l'éclat de la nouvi'lle cour par 
sa présence. La reine Eléonore se 
trouva au concile de Vézclai , où 
S. Bernard prèiha la seconde croi- 
sade ; elle reçut la croix des mains 
du saint abbé, et contribua beaucoup 
à enflammer par son exemple le zèle 
des chevaliers et des barons. La reine 



ELE 

partit pour l'Orieut, avec son époux, 
au coramenceiuenl de rété i 1 47 , t^l fit 
remarquer sa Lcaulé et les gràcos de 
son esprit à la cour de Constaiitinople. 
Après avoir supporte' avec résij^nafioii 
les falit^iies d'un voyage përilliux à 
travers l'Asie mineure , elle arriva à 
Anlioche , où elle fut reçue avec de 
vives de'iuoustrations de joie par son 
oncle, Haymond de Poitiers. Ray- 
mond, qui avait envie de retenir l'ar- 
mée de Louis-le-Jcuue pour faire la 
guerre aux princes musulmans ses voi- 
sins , s'effjrça de séduire le cœur d'E- 
Iconore et de l'entraîner dant ses pro- 
jets, lia reine , touchée des prières de 
ce prince, subjuguée par les homma- 
ges d'une cour voluptueuse et bril- 
lante , et si ou en croit les historiens, 
par des plaisirs et des penchants in- 
digues d'elle, sollicita vivement le roi 
sou époux de retarder soc départ pour 
Jérusalem ; comme elle ne put y réussir, 
elle annonça hautement le projet de 
se séparer de F^ouis VU et de faire 
casser son mariage, sous prétexte de 
parenté. Raymond lui-même jura d'em- 
ployer la force et la violence pour re- 
tenir sa nièce dans ses états. Enfin 
le roi de France , oulragé comme sou- 
verain et comme époux, résolut de 
précipiter sou dépari , fut obligé d'en- 
lever .sa propie femme et de la ra- 
mener la nuit dans son camp. Parmi 
la foule des chevaliers et même des 
musulmans qui, au rapport de l'his- 
toiri-, attirèrent dans Anlioche les re- 
gards d'Eleoiiore, on citait un jeune 
Turk dont elle avait reçu des présents. 
« Dans ces choses-là , dit ingéuieuse- 
» ment Mczerai, on en dit souvent 
» plus qu'il n'y en a; mais aussi il 
» y en a souvent plus qu'i.n n'eu dit. » 
Quoi qu'il eu soit , Louis Vil ne 
]Mit oublier son deshonneur, et cessa 
d'avoir des égards et de l'attachement 
pour la rciue. De sou côté , Eléoaorc 



ELE 7 

traitait son époux avec la fierté la plus 
insultante , et se plaignait d'avoir 
épousé un moine plutôt qu'un roi. 
Louis cousuha plusieurs fois l'abbé 
Suger sur le pirti qu'il devait pren- 
dre ; le sage abbé de Sl.-Denis con- 
seilla toujours à son maître de dis- 
simuler ses outrages , et surtout de 
n'en point venir à un divorce, qui ne 
pouvait être que funeste à la France. 
Tant que Suger vécut , Louis-le-Jeune 
suivit ses conseils ; mais après sa 
mort, le roi ne s'occupa plus que de 
rompre des liens qui lui devenaient 
chaque jour pins odieux. Le divorce, 
qui était désiré également par les deux 
époux, fut enfin prononce* en i i5i, 
dans le concile de Beaugency. Eléo- 
nore quitta le royaume, le dépit et 
la vengeance dans le cœur. Plusieurs 
princes aspiraient à sa main, mais 
elle préféra celni qui pouvait faire la 
guerre à l'époux qu'elle venait de 
quitter, et (il tomber son choix sur 
Henri, duc de Normandie, connu de- 
puis sous le nom d^ Henri II, roi 
d'Angleterre. Ce mariage fit passer 
sous la domination du monarque an- 
glais les riches provinces de l'Aqui- 
taine. Eléonore était plus âgée que 
son nouveau man , qui en l'épousant 
n'avait consulté que son ambition ; 
elle ne tarda pas à le tourmenter par 
les transports de .sa jalousie , et porta 
le trouble et la discorde à la cour d'An- 
gleterre, comme elle avait porté le 
scandale à la cour de France : lu 
tendresse d'Henri 11 pour la belle Ro- 
semonde et pour plusieurs autres fem- 
mes de sa cour, avait poussé jusqu'à 
l'excès le dépit et l'humeur vindica- 
tive d'Eléonore. Enfin la reine ré- 
solut de se veuger des infidélités de 
son époux , et .semant partout les 
soupçons et la haine, elle trouva le 
moyen de diviser la famille royale 
et d'armer les fils contre leur ]icrc. 



8 ELE 

liA Normandie , l'Aquitaine et l'Angle- 
terre furent remplies de troubles et 
ravagées par une guerre impie. Elco- 
jiore s'était prépare un asyle dans le 
royaume de Louis, qu'elle avait long- 
temps menace' de sa vengeance, et 
qui était devenu son allié depnis qu'elle 
jie songeait plus qu'à se venger des 
infidélités de son dernier époux. Au 
moment qu'elle se disposait à quitter 
l'Angleterre , déguisée en homme , 
Henri, averti de ses intrigues, donna 
ordre de l'arrêter, et la fit enfermer 
dans une étroite prison. La captivité 
d'Eléonore dura depuis 1 1^5 jusqu'à 
Il 88, époque où Bichard-Cœur-de- 
Lion succéda à son père et monta sur 
le trône d'Angleterre. Le premier 
usage qu'elle fa de sa liberté fut 
de détourner Richard du mariage pro- 
jeté avec Alix, princesse de France, 
pour lui faire épouser Bérengère, prin- 
cesse de Navarre. Pendant la 5*". croi- 
sade , qui retint son fils en Orient, 
Eléonore fut chargée du gouvcrne- 
raent de l'Angleterre , et lorsque Ri- 
chard, à son retour, fut fait piison- 
iiier en Allemagne, elle implora tour 
à tour le pape, l'empereur Henri V, 
Philippe-Auguste, et tous les princes 
ehrcticns, pour obtenir la liberté du 
^éros malheureux de la guerre sainte. 
Quelques années apj-cs la délivrance 
de Richard , elle se relira à Fontc- 
vrauld, et mourut dans cet abbaye 
en i'io5, âgée de plus de quatre- 
vingts ans. On trouve trois de ses let- 
tres au pape Célestin 111, parmi celles 
de Pierre de lilois : on croit même 
qu'elles lui lurent dictées par cet au- 
teur. L'histoire de celte princesse , pu- 
bliée en i^Jfp» in-i'i,à Rotlerdam , 
par Larrey, sous le titre de \ Héri- 
tière de Guyenne, contient plusieurs 
faits hasardés, et ne doit être lue 
qu'avrr, circonspection. M — n. 
ÉLÉOiNORE DEGUZMAN, mai- 



ELE 

tresse d'Alphonse Xï, roi de Caslille, ' 
célèbre par sa beauté, ses aventures, 
une faveur de vingt ans et sa fin tragi- 
que, était veuve de D.Juan de Ye- 
lasco, et fille de D. Pedro Nunez de 
Guzman. Elle passait pour la plus 
belle femme de l'Espagne; ses riches- 
ses et son esprit relevaient l'éclat de 
ses charmes. Eléonore inspira au roi 
de Castilîe l'amour le plus violent , 
sans pouvoir néanmoins adoucir son 
caractère impitoyable qui lui avait fait 
donner le surnom de Fen^eur. Dès 
que le roi en fut épris, il ne garda 
plus de mesure dans sa famille ni en- 
vers le public : il en agit avec Eléo- 
nore comme si elle eût été reine. Cons- 
tance de Portugal , épouse du roi , n'en 
avait que le nom ; E!éonore en avait 
l'éclat , le crédit et les honneurs. Al- 
phonse fut tenté bien souvent de ré- 
pudier la reine pour épouser sa maî- 
tresse. Ce fut elle qui lui inspira , en- 
lODu, l'idée d'instituer l'ordre de la 
Bande. H fallait être noble , avoir 
servi dix ans , faire profession de po- 
litesse et de galanterie, pour être ad- 
mis au nombre des chevaliers. Le but 
d'Eléonore était de réformer les mœurs 
faiouches de la noblesse castillane : 
elle avait l'art de gouverner le roi , et 
en était fièrc. Au milieu des troubles 
et des malheurs d'un règne agité, le 
roi de Caslille ressentit la joie la plu» 
vive de la naissance de deux fils ju- 
meaux que lui donna Ëléuuore. Cej 
deux princes étaient Henri de Tr.ins- 
tamare , qui fut depuis roi , el Fré- 
déric , grand maître de Saint- Jacques. 
On reprocho à E'éonore d'avoir noirci 
et perdu à la cour, par ses intrigues, 
IMarliuez d'Oviedo , grand maître d'Al- 
cantara. Aigri contre la fivorite, il se 
révolta , fut pris et périt dans les siip- 
]»Iicrs. A la mort du roi de Caslille, 
arrivée en i 55o, Eléonore fut exposée 
à la vengeance de la reine, qui s'cm- 



ELE 

para an Rouvcmetnpnt : elle brûUit 
de la punir de l'indifférence et du mc'- 
pris qu'avait eus pour elle le feu roi. 
En vain les jeunes princ( s , Gis d'Éleo- 
iiore, prirent les armes pour sauver 
leur mère : elle fut arrèlèe à Senlle, 
ra i55i, et étranglée dans le palais 
de la reine , sous les yeux de cette 
princesse et du jeune roi son fils, 
Pierre-le-CrucI. B — t. 

ÉLÉO.NORE ÏELLEZ, reine ré- 
gente de Portuj;al , fille de Martin-Al- 
phonse Telle/, de Nuncs, était mariée 
à D Juan d'Acunba , lorsque Ferdi- 
nand, roi de Portugal, en devint éper- 
dûmcnt amoureux. Ce prince l'avinl 
demandée à son mari, qui la lui céda, 
rompit aussitôt les engagements qu'il 
avait contractés avec l'infante de Cas- 
tille, et nprès avoir fait casser le ma- 
riage d'Eléonore, il l'épousa lui-même 
pour la placer sur le trône. Tout le 
royaume gémit de ce lien inégal : le 
peuple de Lisbonne se souleva ; mais 
les chefs des révoltés furent punis de 
mort. Éléonore fut proclamée reine 
de Portugal eu i 5- i . Dès ce moment 
le roi ne fut plus que le jouet de celte 
femme ambitieuse , qui abusa de sa 
fiiblesse pour gouverner irapéiieuse- 
mcnt. Si conduite attira sur elle tous 
les regards : maîtresse de tout , mais 
observée du peuple et niéprisce des 
grands, un instant pouvait lui enlever 
le fruit de ses intrigues , jiar la mort 
du roi qui était d'une santé faible. 
Éiéonore qui avait acquis le tiônc par 
ses charmes , voulut s'en assurer la 
possession par ses libéralités. Après 
avoir élevé sa famille aux premières 
dignités, elle prodigua aux grands les 
liunneurs et des bienfaits au peuple. 
Mais , ne pouvant dissimuler long- 
temps U perversité de sou ame , elle 
occasionna , par de noirs artifices , la 
mort de sa propre 5œnr Marie, que 
l'infant D. Juau avait cpousc'e en se- 



ELE 9 

crcl , et dont elle craignait la concur- 
rence au trône; pleine d'ombrage et 
guidée par une adresse perfide, elle 
sut inspirer à ce prince un fau\ soup- 
çon d'infidélité qui le porta à poignar- 
der sa femme. Au mépris de ce qu'elle 
devait au roi , que sa passion aveu- 
glait, Éléonore éleva au faîte des hon- 
neurs et du pouvoir D. Juan Andeiro , 
gentilhomme castillan, qui devint son 
amant et son favori. En 1 383 , elle 
parut avec éclat à la cour de Caslille , 
où elle conduisit l'infante Béatrix , sa 
fille, qui épousa D. Juan, roi deCas- 
tiile. Peu de temps après, Ferdinand 
mourut , et déféra la régence à Eléo- 
nore, qui prit les rênes du gouver- 
nement , dont elle partagea la puis- 
sance avec Andeiro , son favori. Ce- 
pendant l'infant D . Juan , grand maître 
d'Avis, ayant forme un parti, réso- 
lut d'ôter la régence à Eléonore ; il 
entra avec ses partisans dans le palais 
royal , et poignarda Andeiro dans les 
bras de la reine. Le peuple ayant fait 
éclater sa joie à l'occasion de ce meur- 
tre, Éléonore ne se crut point en sû- 
reté à Lisbonne , et en sortit pour se 
retirer à Alcnquer. Ce fut alors que , 
se tourn.mt vers la ville, elle s'écria : 
ingrate et perfide ! fasse le ciel 
que je puisse te voir embrasée ! d'A- 
ienquer elle passa à Santarem. Le 
royaume fut divisé , et Lisbonne li- 
vrée à l'anarchie. Éléonore , toujours 
inconsolable du meurtre d'Andeiro , 
et brûlant de se venger, pressa -rive- 
ment le roi de Casfille , son gendre , 
d'accourir promptement en Portugal 
peur s'y faire reconnaître héritier du 
rovaume , le roi Ferdinand étant mort 
sans enfants mâles. Elle attira ce prin- 
ce à Santarem , et se dépouilla impru- 
demment . en sa faveur, de sou auto- 
rité, espérant qu'il la vengerait du 
peuple de Lisbonne ; mais elle ne tarda 
pas à se repentir d'avoir appelé les 



10 ELE 

Espagnols à son sccoiirs. liC roi de 
Castille , son gendre , craignant ses 
artifices et les effets de son ambition 
trompée, la fit arrêter et conduire dnns 
le monastère de Tordesillas , ])rcs de 
Valladolid , où , dévorée de cliagrins 
et de remords , clic resta enfermée 
Jusqu'à sa mort, arrivée vers 1 4o5. 
B— p. 
ELEOÎ^ORE - DE - CASTi LLE , 
reine de Navarre, fdie de Henri H, 
roi de Castille, épousa, en iS^S, 
Charles III , dit le Noble , roi de Na- 
varre , en exécution du traite de paix 
conclu entre les deux couronnes. Ga- 
lante, inquiète et ambitieuse, Eléo- 
nore se brouil'a bientôt avec le roi 
son époux, et se retira en Castille où 
elle était rechcrcbéc et adorée des plus 
grands seigneurs du royaume. Bena- 
vcnte, Yillena , Gijon, Transtamarc, 
tous princes du sang , formaient sa 
cour et la snivaietit p.'utout. Naturel- 
lement intrigante elle se mit à la tête 
d'un parti puissant qui >'cleva contre 
son neveu Henri lll , roi de Castille j 
mais ce prince étant venu l'assiéger 
dans le cliâ'eau de Roa, elle fut ré- 
duite par la i'orcc des armes et ren- 
voyée ensuite au roi son époux. 
C'était la plus dure mortification à 
laquelle cette piinccssc pût cire 
condamnée. Chailes-le-Noble, qui la 
demandait avec instance, la reçut à 
ïndela , en i5ç)5 , et jura sur les 
Évangiles, en prc.sencc des ambassa- 
deurs castillans, de ne point attenter 
à ses jours. 11 la traita, en cfTet,avec 
hcaucoup de géïK-rosilé cl d'égards ; 
il lui confia mêiae la régence du 
royaume, en i/|Oj, pendant son sé- 
jour à la cour de Fiance. Eléonorc 
lui donna Iniit enr.uits. Elle mourut 
à Pampclunc, en i/jU), avec la ré- 
putation d'une des femmes les plus 
spirituelles cl les plus aimables de muu 
Bièclc. 1j — 1'. 



ELE 

ELÉONORE D'AUTRICHE, reine 

de France, était sœur aînée de Charles- 
Quint , et naquit à Louvain , en 1 498. 
Elle n'avait que huit ans lorsqu'elle 
perdit son père, l'aichiduc Phiiippc- 
d'Aulriche. Elevée à la cour de son 
frère, elle en faisait l'ornement. Frédé- 
ric 11 , frère de l'électeur palatin , qui 
vint à cette cour en 1 5 1 4 et 1 5 1 5 , 
conçut pour Eléonorc une vive pas- 
sion , et la princesse n'y fut pas insen- 
sible; mais leur intrigue fut découverte 
à Charles -Quint, et ce prince , d'a- 
près les conseils de Chièvres, jugea 
plus convenable aux intérêts de sa po- 
litique d'éloigner de sa cour le jeune 
prince palatin , et de marier sa sœur 
au roi de Portugal. C'était EmanucI , 
dit le Grand et le Fortuné , qui avait 
vu celte monarchie s'élever, sous son 
règne , an plus haut point de gloire et 
de puissance; mais il était déjà âgé , 
infirme, bossu , et pouvait à peine se 
soutenir sur ses jambes. Le mariage 
fut conclu, cl malgré sa répugn.mee, 
Eléoiiore l'épousa en i 5iç). Elle vécut 
assez heureuse à la eotu'de Lisbonne; 
mais son séjour n'y fut pas long. Kma- 
uuel étant mort le 1 5 décembre 
1 5*2 1 , et la laissant mère de deux en- 
f ints , la jeune veuve revint à la cour 
d l'Espagne. Le prince palalin fil en- 
core quelques démarches pour obtenir 
la main de cette riche douairière. 
Charles-Quint de son côlé, eut l'idée 
de la fiiirc épouser au connétable de 
Bourbon , en érigeant jiour eux en 
loyauMie la Provence , qu'il comptait 
l'aider à conquérir, s'il ne pouvait les 
faire régner à Naples; mais la victoire 
de Pavic,et la captivité de [;>ançois Y'^, 
firent criore d'autres projet'^; après 
bien des négociations , deux priuce.sses 
( IMaiguerite d'Autriche, tante de 
Charles-Quint, et Louise deSwoie, 
mère de François l".j, prociurrent 
la pais, à la clu cliente, el une 5''. en 



ÉLE 

fut le lien. La liberté fut rendue an 
rci! lie France par !e Iraité de Cambrai 
( 1 4 janvier i5i6), dont la première 
danse fut le mariage d'Elèunorc avec 
ce monarrjue , déjà veuf de la reine 
Claude. Divers incidents en retardèrent 
l'exécution , et le mariage ne fut célébré 
que le 4 juillet 1 55o. Arrivée à la cour 
de France, où elle fut reçue par des 
fêtes mairnifiques, tous les poètes du 
temps célébrèrent a Tenvi cette alliance. 
Une des meilleures pièces qui furent 
faites en cette occasion , est le quatrain 
suivant, qui se trouve dans les poésies 
de Th. de Bèze : 

îfW Uelenâ ridit Phocbm fonaosiDS ipsi. 

Te . Krgini , nibii pulchria» orbit hab«t. 
Cuaquc forinof* est; sed rc , tamcn , aller* major: 

lUa seritlitei, Uelionora fngat. 

La reine ne trouva pas auprès du jeune 
et galant François I". le bonheur 
qu'elle avait goûté à Lisbone. Il est 
▼rai qu'elle était de toutes les fêles de 
la cour, et servait d'ornement aux par- 
ties que le roi faisait à Fontainebleau 
où k St.-Geimain; m.iis ce prince la 
délaissait souvent jwur ses maîtresses, 
dont le crédit réduisait celui d'Eléo- 
nore à peu de chose. Elle employa le 
sien, tant qu'elle put, à maintenir 
l'union entre son frère et son mari , 
ou à rapprocher ces deux puissants 
monarques. La lecture et les exercices 
de piélc faisaient son occupation la 
plus ordinaire, lâchasse et la pêche 
lui servaient de délassement. C'est sans 
preuves que le président Hénault a 
supposé qu'elle avait engagé le conné- 
table de Montmorenci de décider le 
roi a se contenter de la parole de 
Chirles - Quint , sans exiger de pro- 
messe par écrit , lorsque traversant la 
France pour réduire les Gantois ré- 
Tollé-î, il se confia à la loyauté d'un 
rival qui avait tant à se plaindre de lui. 
Eléonore n'eut jwint d'enfants de son 
second mariage. Devenue veuve nnc 
seconde fois (i547), elle se retira 



E L E 1 1 

d'abord dans les Pays-Bas , et ensuite 
( 1 556; en Espagne , ou elle mourut à 
Talavera . près Badajoz, le i8 février 
1 558. Son Corps futpjrtéà l'Escurial. 
On trouve de curieux détails sur les 
premières années de celle princesse , 
dans Hubert Thomas Annales., de 
vitd Frederiri Ilpalat. C. M. P. 

ELEUTHÈRE, élu pape l'an 177 , 
après la raort de S. Soler , était grec 
de nation et originaire de l'Epire. Il 
eut à combattre les erreurs de Va- 
lenlinien. I-e roi de la Grande-Breta- 
gne , Lucius , lui envoya demander 
des missionnaires pour l'instruire dans 
la doctrine catholique. Il vécut sous 
Marc-Aurèle , et mourut en paix sous 
l'empire de Commode, l'an ig-i, après 
avoir gouverné l'Eglise avec beaucoup 
de sagesse pendant quatorze ans envi- 
ron. L'Eglise l'honore comme martyr, 
ainsi que quelques-uns de ses pi-édéces- 
seurs, moins pour avoir souffert que 
pour avoir combattu pour la foi. Il eut 
jwur successeur St. Victor I*'. D — s. 
ELEUTHERE, eunuque et cham- 
bellan de l'empereur Héraclius, fut 
nommé par ce pnucc à l'exarcat de 
Ravenne; les habitants de cette ville 
venaient de massacrer Lémigius leur 
exarque ; Eleulhère punit de mort 
les meurtriers et rétablit le calme 
dans la ville; mais une autre révolte 
l'appela bientôt dans la Campauir. 
Jean de Coni])sa , homme puissant et 
ambitieux , s'était emparé de Naples ; 
Eleuthère assiégea la vilie et s'en ren- 
dit maître. Jean de Compsa fut tué en 
combattant. Mais Eleuthère se révolta 
bientôt lui-même , cl , pour s'assurer 
la possession de l'Italie, il marcha 
vers Rome à la tète d'une armée. Ses 
soldats , qui le haïssaient , se sou- 
levèrent contre lui près de Cantiano 
en Ombric. Ils se jetèrent sur lui , 
l'assommèrent et envoyèrent sa tête 
àrcinpcrcui Héraclius.cn 61 7. L-S-e. 



12 ELI 

ELFIiEDE Fojr.. Ethelflede. 

ELGEK. foj. Elliger. 

ELIAN. Voy. Elien. 

ELIAS DE BAHJOLS, prêlre pro- 
vençal, naquit à Payols en Agenois, 
Tcrs la fin du 1 2". siècle. Son père , 
simple marchand, et non pas gen- 
tilhomme, comme l'a dit Nostrada- 
mus, voulut lui faire embrasser le 
commerce j mais, lié avec nu certain 
Olivier, jonglenr, il s'associa avec lui 
pour exercer le même métier , qui lui 
parut préférable au négoce. Dcs-Iors 
les deux aventuriers se mettent à par- 
courir le pays et à visiter les châ- 
teaux. Ils arrivent chez Alphonse II , 
roi de Provence , qui les prit à sou 
service, les maria, et, pour se les 
attacher encore davantage, leur donna 
des terres à Barjols, dans le diocèse 
de Riez. 11 ne reste de cet Eliis que 
sept Chansons qui se trouvent parmi 
les manuscrits de la bibliothèque du 
roi, et que l'on croit avoir été adres- 
sées à Garsf nde de Sabran , veuve 
d'Alphonse, dont le poêle aurait été 
amoureux. On ignore la suite des aven- 
tures de ce jongleur; il est seulement 
certain qu'il fit profession , en ii'n , 
chez les Hospitaliers de St. -Benoit 
d'Avignon , qu'on appelait aussi les 
Frères Pontifes , ou f liseurs de ponts. 
L'objet de leur institution était de 
construire des ponts , des chapelles , 
et de servir les malades dans les hô- 
pitaux. On ne doit nullement ajouter 
foi à ce que Nostradamus r.ipporic 
d'Elias de Barjols, auquel il attribue un 
pocme intitulé : Guerra dels Baus- 
sencs. l\ — T. 

ELÏAS LÉVITA, filsd'Acher, l'un 
des plus habiles critiques et grammai- 
riens qu'aient eus les juifs, naquit, se- 
lon les uns, en Italie, et selon les 
autres, en Allemagne, parce qu'il 
prend sur le titre de ses ouvrages la dé- 
uoioination iXAchenazy , allemand; 



ELI 

dénomination qui peut n'indiquer que 
son origine. Le fait est que Elias na- 
quit en Italie en 1472, et fit des 
études brillantes. Il cultiva d'abord 
la grammaire et l'écriture , avec tant 
d'ardeur et de succès , qu'il s'acquit 
bientôt une grande réputation. On doit 
avouer que les circonstances le favori- 
sèrent. Paraissant dans un temps ou 
les docteurs, obligés de recourir aux 
sources , aux textes originaux de l'é- 
criture , étaient ramenés à l'étude de la 
langue heliraïque, étudequi étaitmême 
de mode alors, Elias fixa leurs regards 
et leur attention par sa doctrine et ses 
ouvrages. En i5o4 il enseignait à 
Padoue, et y composa pour ses éco- 
liers l'exposition de la Grammaire de 
Moïse Kimchié. Cette ville ayant été 
prise et saccagée en iSog, il perdit 
tout son avoir, et se relira à Venise, 
où il demeura trois ans. En i5i2 il 
alla à Roinc, et y fit la connaissance 
du cardinal Gilles. Ce prélat le prit 
sous sa protection, le logea chez lui 
et fournit à tous ses besoins. Elias 
passa ainsi treize années de sa vie, 
pendant lesquelles il fit divers ouvra- 
ges pour son protecteur. Le fameux 
sac de Rome , arrive en i S^-j , le priva 
une seconde fois de ce qu'il possédait, 
et le força à se retirer à Venise. En 
i54o, sur l'invitation de Fagius, il 
se rendit à Isny , où il publia quelques 
ouvrages , et revint à Venise, où it 
mourut en i549, •'' '•^r!*^ ^•' ■'««•'^•'•u'c- 
dix-sept ans. Il nous apprend, dans 
un de ses ouvrages , que des princes , 
des cardinaux, des évêques , et même 
le roi de France, lui firent des offres 
très avantai;euscs pour l'attirer près 
d'eux; mais il les rejeta tontes. Avant 
de mourir , ce savant homme eut la 
satisfl'iction de voir ses ouvr.iges re- 
cherchés , lus , imprimés plusieurs 
fois, traduits et estimés des juifs com- 
me des chrétiens, a Elias, dit le savant 



ELI 

» biographe des auteurs hebreuï , 
» M. de' Rossi, ne fut pas seule- 
» ment habile grammairien et critique, 
» mais bon j>oète, ainsi que le prou- 
» veut SCS poésies imprirae'es. Il e'tait 
» doux , humain , honnête et vrai. 
» Sa complaisance envers les chré- 
» tiens, aiirquels il enseignait l'he'breu 
» et communiquait ses connaissances , 
■ lui attira les reproches et la haine de 
» plusieurs rabbins. Son habileté' dans 
» cette langue et ses ouvrages lui mé- 
» ritèrcnt le titre de medakdek, le 
» gt ammairien.Ccnxf\m veulentcon- 
» naître à fond la langue hébraïque , 
» dit Richard Simon, doivent lire les 
» Traile's du rabbin Elias Lcvita; ils 
» sont pleins de reflexions utiles et 
» importantes , et absolument ne'ces- 
» saires pour posséder l'intel/igence 
» du texte saci é. » Il porta aussi les 
surnoms de Tisbita et de Bachur , 
ce qui a fait croire faussement à Wolf 
qu'il vécut célibataire. Il eut plusieurs 
femmes et des enfants. Ses (ils mouru- 
rent de son vivant , et il témoigna 
dans ses ouvrages le regret de n'en 
avoir aucun pour perpétuer sou nom. 
Voici la liste de ses principaux ouvra- 
ges : I. Commentaire sur la Gram- 
maire de Moïse Kimchi : il fut itn- 
primé pour la première fois à Pe<aro, 
en i5oH,sousle nom du rabbin Brn- 
jamin , fils de Judi ; réimprimé plu- 
sieurs fois, et traduit en latin par 
Munster; II. le Choix. C'est une ex- 
cellente grammaire hébraïque, com- 
posée pour le cardinal Gilles ; elle a eu 
plusieurs éditions, et Munster l'a tra- 
duite en latin et commentée. III- La 
Composition : traité dans lequel sont 
expliqués les mots irréguliers du texte 
sacré. L'édition première , la plus ra- 
re, est de Rome, i5i<3. Munster l'a 
également traduite en latin. IV. Le 
Bon Goût , Traité des Accents ; 
Venise , i558. L'année suivante , 



ELI î5 

Munster en a donné une nouvelle édi- 
tion , à la suite de laquelle il a joint un 
extrait de cet ouvrage , écrit en latin. 
y.Massorah (de la Massore),\e\nse, 
1 558 , in-8^ , et Bàle, i SSg. Os deux 
éditions sont très rares. Il en a paru 
deux antres en 1769 et 1 77 i à Sulz- 
bach. Ce traité a pour objet la criti- 
que du texte sacré , et les auteurs qui 
en ont écrit. L'édition de Bàle con- 
tient un abrégé latin de l'ouvrage par 
Munster , et une traduction entière 
de la troisième préface. Les trois 
préfaces , qui se font lire avec inté- 
rêt, ont été traduites par Nagel , 
dans ses Dissertations diverses pu- 
bliées à Altorf. Cet ouvrage est celui 
qui fit le plus de bruit et fonda 
la célébrité d'Klias, à caose de b 
doctrine qu'd émet et soutient tou- 
chant les points vovelles ; celte doc- 
trine a été suivie dans la suite par 
plusieurs philologues catholiques et 
protestants. On a réimprimé, sous le 
titre de Fractions des Tables , la der- 
nière partie de cet ouvrage, qui traite 
des abréviations. Setnier a traduit l'ou- 
vrage entier en allemand, et l'a pu- 
blié avec des notes a Haie , en 1772. 
VI. Lexique chaldaique , targnmi' 
gue, talmudique et rabbinique , Isuy, 
i54i , cl Venise, i56o, in-fol. VIL 
les Chapitres d'Elias , ou Traité 
des lettres , de leur prononciation, 
des voyelles , des lettres serviles et 
gutturales , des noms, etc., Pesaro , 
ij'io. Munster l'a traduit en latin, 
et publié à Bàle en 1 Sjy. VIII. 
Tisbi, ou Dictionnaire choisi , dans 
lequel on explique sept cent douze 
mots appartenant à diverses langues, 
employés par les rabbins, et qui ne 
se trouvent point dans les lexico- 
graphes , bàle, 1557 et 1601; et 
avec la version latine de Fagius , 
Isny , i54i. On a encore d'Klias 
Lévita divers petits Traités de graia- 



ï4 ELI 

maire imprimes à Isny, à Venise, 
etc. , dont on peut lire la nomencla- 
ture dans le Dizion. stor. degli aut. 
jEfcr.de M. de' Hossi, tome I, pa- 
ges io8ct suivantes. La biblotlièqiie 
du roi possède un Traite de ce savant 
rabbin , intitu'e : Lii>re des Souvenirs, 
€t qui contient des règles et des ob- 
servations touchant la Massore. L'au- 
teur dit, dans une de ses préfaces , 
qu'il avait employé' vingt années à le 
composer, et qu'il l'avait envoyé' à 
Paris pour l'y faire imprimer. 

J— N. 
ELL4S ( Matthieu ) , peintre , na- 
quit au village de Peene , près Cassel , 
*n i()58, de parents très pauvres. 
Sa mère subsistait du métier de blan- 
chisseuse et ne possédait qu'une vache 
dont son fils était le gardien. Cor- 
been , peintre estimé , passant un jour 
près de leur demeure, apcrçutune for- 
tification en terie avec de petites figu- 
res ; c'était l'ouvrage d'Elias , dont 
l'intelligence et l'aimable physiono- 
mie intéressèrent l'artiste , qui , du 
cousenlemcnt de sa mère, l'emmena 
chez lui à Dunkcrque et le plaça au 
iioml)rc de ses élèves. Ses progrès 
furent tels que, pour mettre le com- 
ble à sa bienfaisance, Qjrbeen l'en- 
voya se periectionner à Paris, loisqu'il 
fut parvenu à sa uo'. année. Elias se 
montra digne des soins de son pro- 
tecteur. Il lui envoyait fréquemment 
de ses ouvrages en témoignage de re- 
connaissance. S'étant marie ii Paris, 
il fit un voyage à Uunkerquc, pour 
y voir son maître , et peignit alors 
dans cette ville un Martyre de Sle.- 
Barbe. De retour à Paris, il fm nom- 
mé professeur à l'académie de St.-Luc, 
et eomposa quehpies thèses. Etant de- 
venu veuf, il revint à Dunkerque oix 
il fit encore plusieurs tableaux , tels 
que/t'.v Portraits en pied des princi- 
vaux membres de lu conj'rairie de 



ELI 

S. Sebastien, dans un seul Jabîeauj 
un fJaptéme de J.-C. , où il introdui- 
sit, par un de ces anachronisme» 
qui , pour être communs , ne sont 
pas moins rcpréhensibles, S. Louis 
en prières. 11 se préparait à retourner 
à Paris, lorsque les sollicitations de 
ses compatriotes le retinrent à Dun- 
kerque. 11 y peignit entre autres un 
Fœu du corps de la ville à la Fierté , 
morceau remarquable en ce qu'il s'y 
montra coloriste plus vrai et plus vi- 
goureux qu'à son ordinaire. 11 phiça 
son portrait dans cette vaste compo- 
sition. Les villes de Menin , Ypres, 
Cassel et Berg-St.-Winoc possédèrent 
aussi de ses ouvrages. Descamps, qui 
avait personnellement connu Eiias, 
donne les plus grands éloges à la 
douceur de son caractère , et à la pu- 
reté de ses mœurs. Il mourut le 22 
avril 174' > à quatre-vingt-deux ans. 

D— T. 

EL1CHMANN(.Jean), savant méde- 
cin du l 'j^ . siècle, naquit en Silésie, et 
pratiqua la médecine à Leyde, où il 
mourut en 1639. Saumaise assure 
qu'd savait seize langues. Il s'était 
principalement occupé de la littéra- 
ture orientale, et prétendait que l'al- 
lemand avait une origine commune 
avec le persan, hypothèse déjà présen- 
tée parJuste-Lisp.«.e,qui a été plusieurs 
fois renouvelée depuis avec quelque 
fondement. « (.lichmann , au dire de 
» Saumaise , était l'homme de l'Europe 
» qui connut mieux le persan. Il avait 
» entrepris de grands travaux de litté- 
» rature orientale, parmi lesquels on 
» distinguait les matériaux d'uti dic- 
» tionnaire arabe et persan , très am- 
» pic. 11 s'était beaucoup occupé des 
» traductions arabes des auteurs grecs, 
» cl prétendait , à l'aide de ces traduc- 
» lions, rétablir les textes grecs alté- 
» rés, ou f.tire connaître des auteurs 
9 dont les ouvrages ne soûl poiul vc- 



ELI 

» nus jusqu'à nous. Une mort pi e'm.i- 
» turèe ne lui a point permis de inet- 
» lie la dcruièi e main à aucun de ces 
» travaux. » On lui doit seulement 
une Lettre arabe sur l'utilité de cette 
langue pour ceux qui cultivent l'art 
de guérir, le'ua , ib5(> ; une diNScrla- 
tion De fatali vils termina secitn- 
dùm menlein orientalium , Leyde , 
•i65<)' Ku 1640, parut sa tradiic'ioa 
latine et arabe du tableau de Cehès , 
avec l'original grec , et une préface 
longue et intéressante de Sauraaise.Ou 
ne sait sur quel fondement Jocber, 
dans son Gelehrlen Lexicon,d\l qu'Ë- 
lichmann est l'auteur delà Grrtm/na/re 
persane publiée par L. de Dieu. Jo- 
cber ne cite que Bayle, et ce dernier ne 
dit pas un mot qui appuyé celle as- 
sertion. J — s. 

ÉLIE, fameux prophète, que Dieu 
suscita surtout contre l'idolâtrie, naquit 
à Thpsl)é, ou Thisbé , ville du pays de 
Galaad , située au-delà du Jourdain. 
Achab et Jétabel , son épouse , stli- 
raient sur Isriél toutes sortes de ma- 
lédictions , à cause de liur impiété. 
Elie leur prédit une longue séche- 
resse, et se retira ensuite dans le dé- 
sert sur les bords du torrent de Carit. 
L'eau du torrent s'ctant desséchée, il 
alla chercher un asde à Sarepta , pe- 
tite ville des Sidoniens. Ce fut dans cet- 
te ville qu'une pieuse veuve voulant lui 
faire un pain du peu de farine qu'elle 
avait encore, Elie multipHa miracu- 
leusement ce peu de farine , et bientôt 
après ressuscita le jeunefiîs de la veuve, 
en se mettant trois fois sur l'enfant 
et se mesurant à son petit corps. Ce- 
pendant la famine désolait la capitale 
du pays d'Israëî; le prophète résolut 
d'aller trouver Achdb, qui le prévint 
et lui reprocha d'être un perlurbaleur : 
« C'est vous-même , dit Elie, qui avez 
» troublé Israël , lorsque vous avez 
» abandonné les commaudeineaU de 



ELI iS 

» Dieu. » En même temps l'homme 
de Dieu demande au roi d'envoyer sur 
le mont Girmel hjit cent -cinquante 
faux prophètes qui appartenaient au 
culte de Baal et d'Astarlé : pour lui, il 
s'y rend seul de son côté. Un peuple 
nombreux s'assemble; Elie lui lepro- 
chc avec amertume ses incertitudes 
dans le service du Seigneur; le feu du 
ciel va déclarer quel est le Dieu vérita- 
ble. F^rs faux prophètes crient après 
leurs idoles , et leurs idoles ne les en- 
tendent pas , et leur victime n'est pas 
consumée. Elie invoque le Toul-Puis- 
sant , et le feu céleste dévore tout à 
la fois le bois, l'holocauste et jusqu'à 
la pierre du sacriûce. Tous les faux 
prophètes furent égorges. Jizabel ,, 
furieuse de la mort des prophètes de 
ses faux dieux , voulut faire périr 
Élie. Il se mil donc en fuite, se re- 
lira à licrsabée, s'avança ensuite jus- 
que dans l'Arabie Pétrée , où l'excès 
de la fatigue lui fit désirer de mourir. 
Un ange du ciel lui apporta un paia 
cuit sous la cendre et un vase d'eau. 
Ayant bu et mangé , il marcha encore 
pendant quarante jours et quarante 
nuits ; il arriva jusquà la montagne 
d'Horeb, qui n'est, a proprement par- 
ler, qu'une partie du mont Sinaï, et 
qui était aussi appelée la moutjgoe du 
Seigneur. C'était là que Dî'-u avait 
apparu à Moïse dans un buisson ; 
Elie vint y habiter une caverne, eoï- 
porlant avec lui, comme le dit l'Ecri- 
ture, le zèle du Seigneur et la loi de 
l'holocauste. Un soulfl? divin lui ayant 
annoncé que l'Eternel était a l'entrée 
de sa demeure, il se couvrit le visage 
de son manteau, etreçjt l'ordred'ailer 
répandre l'onction sacrée sur Hazaël, 
pour être roi de Svrie; sur Jehu , |)Our 
être roi d'hraël ; sui Elisée, pour être 
prophète. Elie avant donc quitté la 
montagne d'Horeb, alla en Éphraïra, 
où il trouva Elisée qui labourait La 



,G ELI 

terre , avec douze paires de bœufs ; il 
lui jeta sou manteau sur les épaules , 
et lui déclara les voloiilés du Seigneur. 
Acliab avait pris la vigue du vertueux 
Waboth, que Jézabel avait fait peur; 
Élie rfçoit l'ordre d'aller trouver ce 
prince coupable; il lui annonce que 
des chiens lécheront son sang, dans 
le lieu même où celui de Naboth a cle 
répandu , cl dévoieiontles restesépars 
de sa criminelle épouse. Achab s'hu- 
milia par les larmes du repentir; les 
maux dont il était menacé furent ré- 
servés au règne de son fils. Celui-ci , 
jiommé Ochosias , non moins impie 
que son père , consultant aussi les 
idoles, envoya plusieurs fois des gens 
armés pour se saisir de la personne 
d'Élie ; ils étaient tous , à la voix du 
prophète , consumés par le feu du 
ciel. L'iiumiliation seule du dernipr 
des envoyés d'Ochosias arrêta la co- 
lère céleste; Élie alla avec lui trouver 
son maître pour lui annoncer sa mort 
prochaine. Bientôt il sut lui-même 
qu'il allait cire enlevé à la terre. Eli- 
sée , ({uoique non instruit de cette sé- 
paration prochaine , ne pouvait plus 
cependant s'éloigner de l'homme de 
Dieu ; il le suivait partout , à Bethcl , 
à Jéricho et vers le Jourdain. Le man- 
teau d'Élie avant touché les eaux, ou- 
vrit un passage aux denx prophètes; 
ils allèreiitau-dclàdu ileuvc.Là, Ehsee 
conjura son iu;.ître de lui laisser son 
espril.Élie s'éleva vers le ciel , dans un 
tourbillon , laissant tomber son man- 
teau qui fut ramassé par Ehsee, elles 
prophètes de Jéricho reconnurent (pie 
sur lui s'était repose l'esprit d'Elie. 
Ceci arriva l'an 897. , avant la nais- 
sance de J.-C. lluit ans après la dis- 
parulion de ce prophète, on remit de 
sa pari à Jorani , roi de Juda , des 
lettres qui lui reprochaient ses crimes. 
Ce fait marqué dans les écritures , est 
Uiterpiétc diversement : qudqucs-uus 



ELI 

croient que ces lettres avaient été écri- 
tes avant l'enlèvement d'Élie; d autres 
ont du que Joram ne les avait reçues 
qu'en songe. Les rabbins ; dans leur 
Seàer Olam (la suite des siècles ), 
assurent qu'Èlie est actuellement occu- 
pé à écrire les événements de tous les 
Les du monde. Élie est, sans contre- 
dit , un des plus grands personnages 
de l'ancienne loi ; il est loué dans plu- 
sieurs endroits des divines écritures: 
«Quelle gloire, ô Elie, dit 1 auteur 
» de l'Ecclésiaste , ne vous etes-vous 
,> lias acquise par vos miracles . » Le 
Sauveur , dans l'Évangile, nous aver- 
tit que le prophète Élie est dqa venu 
en esprit dans la personne de Jean. 
Les Musulmans croient qu Elie liabite 
un iardin délicieux , dans un heu re- 
tiré , où se trouvent l'arbre et la fon- 
taine de vie, qui entretiennent son 
immortalité. Quelques mages de Fcrs( 
ont cru que leur maître Zoroastre aval 
été discinle de ce grand prophète. 

C T. 

EUE, ELIAS OU HELlElPi^m.: 

„é à Vardberg , dans le Halland 
vers 1480. Après avoir termine se 
éludes ; il entra dans l'ordre des carme 
à Elseneur. La lecture des cents d 
Luther fit une impression très lorl 
sur l'esprit du jeune religieux ; j 
ayant été chargé, en i5i7,dexpl 
quer rEcriturc-Sainte au collège ( 
Copenhague, il laissa voir qu d n 
tait pas éloigné de partager les Of 
nions de ce chef de la Réforme. E 

hardi par l'approbation des principal 
scicnenrs que la curiosité attirait as 
leçons-, il cessa bientôt de se contra 

die,et professa publiquement les pr 
cipes du luthéranisme. Quelques s 

ndes après il se repeutit du scand 
qu'davait donné, et crut pouvoir 
réparer en cciivant,avec un zèle ^ 
tré, contre ceux qu'il avait contril 
à éearcr.Daus le même temps le i 



ELI 

qui estimait les talents d'E'ic , le cbar^ 
gea de traduire en danois un ouvrage 
qu'on soupçoune être le Prince de 
Machiavel ; Elie y substitua Vinstitu- 
tion d'un prince chrétien d'Erasme. 
Le roi, offensé de celte hardiesse, lui 
ordonna de sortir de Copenhague , où 
il obtint ensuite la permission de re- 
venir. Celte punition ne ralentit pas 
sa ferveur; elle semblait croître, au 
contraire, par les dangers auxquels 
elle l'exposait. A l'issue d'une confé- 
rence tenue au château de Copenha- 
gue, en i5i6 , des soldats l'insultè- 
rent, quelques-uns même des plus 
furieux se jetèrent sur lui et l'auraient 
mis en pièces , si on ne l'eût arrache' 
de leurs mains. Après tant de travaux 
entrepris pour le maintien de la foi 
chrétienne , tant de persécutions es- 
suyées pour cet objet , Elie parut re- 
venir aux principes de Luther. On 
assure même qu'il les enseigna de 
nouveau à Roskild , où il mourut vers 
1 556. Son inconstance lui a fait don- 
ner, par les protestants , le surnom de 
fVetlerfahne , girouette. On a de lui 
plusieurs ouvrages de controverse, 
peu connus et peu dignes de l'être , et 
des traductions en danois : L du livre 
de la vertu, par S. Aûianase, 1 5^8, 
in-8°. ; H. des Psaumes de David, 
i5i8, in-S". ; IIL de L'institution 
d'un prince chrétien, par Erasme, 
Koskild , i554 , in-8\ Christian 
Ohvarias a publié la vie d'Elie , en 
latin, Copenhague, 1^44' i"-8'. 
W— s. 
ELIE - DE - BEAUMONT ( Jeau- 
Baptiste-Jacqves ) , né à Careutan , 
en Normandie, au mois d'octobre 
ir5'2, mort à Paris le lo janvier 
1-86. Il fut reçu avocat en i'j52. 
Quelques causes plaidées sans suc- 
cès, par défaut d'organe, l'obligè- 
rent de renoncera la plaidoierie. Il fut 
bien dédommagé de celte humiliation 

Xilh 



ELI 17 

par l'effet que produisirent ses mé- 
moires ; celui pour les Calas, surtout , 
lui Ht une réputation étonnante ea 
France et dans toute l'Europe. Ua 
zèle ardent , actif, infatigable , qui 
croissait avec les difficultés, et que 
rien ne pouvait décourager; beaucoup 
d'imagination, de chaleur et d'esprit ; 
l'art de tirer d'une cause tous les 
moyens qu'elle pouvait fournir; l'art, 
peut-être plus rare, de les mettre dans 
tout leur jour en les réunissant dans 
un corps de preuves ; tels et lieut les 
principaux titres d'Elie-de-Bcaumont 
à la confiance publique. Il y joignit 
une facilité prodigieuse , qui éclatait 
dans tous ses écrits. Ses mémoires, 
souvent remplis d'élégance , étaient 
encore remarquables par cet intérêt 
de style qui tient à d'ingénieuses idées 
facilement exprimées , et qui se com- 
pose d'un mélange de chaleur, de jus- 
tesse et de clarté. La multitude d'af- 
faires dont il a été surchargé pendant 
ses vingt dernières années , ne lui a 
pas permis de mettre la même correc- 
tion dans les ouvrages de sa vieillesse, 
que dans ceux qui avaient fait sa ré- 
putation. Elie-de-Beaumont portait 
dans le monde beaucoup de simpli- 
cité et de bonhomie. Dans un petit 
cercle d'amis, il se livrait sans réserve; 
alors peu de personnes avaient une 
gaîtc plus piquante et plus franche, et 
racontaient avec plus d'esprit et d'ori- 
ginalité; mais le seul aspect d'un hom- 
me malveillant le déconcertait. Il man- 
quait absolument de cette espèce de 
force qui fait qu'on se roidit contre les 
dégoûts ou les préventions de son au- 
ditoire. Comme tous les hommes qui 
ont beaucoup d'imagination , il était 
sans cesse tourmenté par la sienne : 
si une idée triste venait tout à coup 
l'obséder, toute sa gaîté se trouvait 
éteinte , et il n'était plus possible d'ea 
Urer le moindre laot. Aussi y a-t-il «h 



i8 ELI 

peu d'hommes sur lesquels on ait por- 
té des jugements si différents ; les uns 
lui trouvaient encore plus desprit 
dans la société que dans ses écrits; et 
les autres, en convenant de l esprit 
qui était dans ses mémoires, soute- 
naient qu'il en avait fort peu dans la 
conversaUon. Elie-de-Beaumont était 
propriétaire de la terre de Canon en 
Normandie , où il établit en 1 777 une 
fête charapêire connue sous le nom de 
Fête des bonnes gensCO, fl"i a/o"»"- 
ni à l'abbé Lemoniùer le sujet de son 
ouvrage intitulé: Fêtes des bonnes 
gens de Canon et des rosières de 
Briquebec et de St.-Saweur-le- Vi- 
comte, i778,in-8^,fîg. Parmi es 
mémoires d'Elie de Beaumont, les 
curieux recherchent surtout : T. Mé- 
moire du sieur Grudon contre Ram- 
ponneau, réimprimé avec les Causes 
amusantes ; U. Mémoire nu sujet 
des caves forcées et des vins pilles , 
des chanoines de la Ste. Chapelle , 
^1^o,i.-l,.;\\\.Défensedeaau. 

dine Rouge, 1770, in-4 • » IV- ^f^' 
moire pour les Calas , 1 76^ , in-4' .; 
C'est à l'occasion de ce mémoire, qui 
fit beaucoup de bruit, que Vo taire 
>'écrie: « Voilà un véritable philoso- 
» phe : il venge l'innocence oppri- 
» raée ; il n'écrit pas contre la comé- 
» die; il n'a point un orgueil revo - 
1» tant. » Mais Voltaire ajoute : « Je 
» tondrais bien qu'avec une ame si 
» belle, si honnête, cet homme eût 
« un peu plus de goût , et qu'il ne mit 
» pas dans ses mémoires tant de pâ- 
w thos de collège. » T — D. 

EUK DE liEAUMONTC Anne- 
Louise MoRiN-DuMÉNiL, épouse de 
J, B. J. ) » "ee à Cacn en 1 7A9 , donila 
les Lettres du marquis de Roselle , 



ELI 



)Ju 



(0 CbjI »u»ii lui qui fil le fondi ( Soo liv. 
«rii prop,,,* ,..r l'.ca-léinie d« BotHcOx . 
miuicre de Urrr parti dr. Unde. J« Bord.âui , 
<ia«ol a Irur cullwiP 'l • '" puio'Iat'o"' Le «O*- 
B4r« 4« M.H>i<i»bey rei»i>»ru 1< pr»t t» i77*- 



1764, 2vol.in-iu, très souvent réim' 
primés. Ce roman a eu assez de suc- 
cès pour que M. Desfontaines de la 
Vallée donnât au public les Lettres de 
Sophie et du clievalier de *** , pour 
servir de Supplément aux Lettres du 
marquis de Roselle, 1766, 2 par- 
ties in- 12. Les Anecdotes de la cour 
et du règne d'Edouard II ^ roi d'An- 
sleterre, parurent en 1776, m- 12. 
M"'^ de Tencin n'en ayant fait que 
les deux premières parties, M"*. Elie 
de Beaumont suppléa la troisième. 
« Cette troisième partie, dit La Harpe , 
» n'est pas ,à beaucoup près , aussi 
» bien écrite que les deux premières : 
» on sent que c'est une main toute 
» différente ; mais les caractères an- 
» nonces dans la première partie sont 
» soutenus dans la troisième , et les 
» événements se dénouent à peu près 
» aussi bien qu'il était possible en tra- 
» vaillant sur un plan donné. «^M'»'=. 
Fortunée Briquet rapporte qu après 
la mort de M"^^ de Beaumont, on ne 
trouva plus le même feu dans les ou- 
vrages de son mari. Quoi qu'il en soit 
de cette remarque. M'"". Elie de Beau- 
mont mourut près de trois ans avant 
son mari , le 1 2 janvier 1 783. 

A. B— T. 
ELIE DE L\ POTERIE (Jean- 
Antoine), docteur- régent de la fa- 
culté de médecine de l'aris, ne vers 
1731, mourut le -iS mai 1794 ^ 
Brest, où il exerçait les fonctions de 
premier médecin de la Marine. 1 
était frère d'Elie de Beaumont, ci 
comme lui il s'était dévoué aux inte 
rets de l'humanité. Très jeune encon 
il avait étudié avec zèle les science: 
naturelles et embrassé la professioi 
de médecin , plus analogue a se 
coûts que le barreau. Son activit 
cgalait ses connaissances , et san 
les devoirs multiplies de sa place 
auri.it beaucoup et judicieusemei 



ELI 

écrit , comme il avait beaucoup étudié 
et beaucoup observé. Touteiuia il a 
laissé une foule de mémoires , d'ob- 
cervalioas , de dissertations et de 
rapports sur la médecine , la chi- 
mie, le service des hôpitaux, etc.; 
quelques-uns de ces ouvrages ont 
été publics dans les Mémoires de la 
faculté de médecine et dans ceux de 
la société royale, dont il était mem- 
bre. Il mit au jour, en 1784: I. 
VExamen de la doctrine d^Hippo- 
crate sur la nature des êtres tini- 
més , sur les pr'uwipes du mouve- 
ment et de la vie , sur les périodes 
de la vie humaine , pour servir à 
t histoire du magnétisme animal. 
Cet ouvrasie, très savant et bien écrit, 
où le système de Mesmer fut appré- 
cié à sa juste valeur , fut très bien ac- 
cueilli de Buffon, qui y vantait la 
force de l'éloquence réunie à la Jus- 
tesse du discernement ( lettre du 1 o 
avril 1 785 ) ; II. les Recherches sur 
l'état de la médecine dans le dé-- 
parlement de la Marine , qui pa- 
rurent en 1790, III. les Recherches 
sur l'état de la pharmacie , 1791 , 
renferment beaucoup de détails sa- 
vants et curieux sur l'histoire de ces 
deux sciences, sur les académies et 
les institutions qui ont pour objet 
l'éducation et l'instruction , et déter- 
minent les véritables principes de 
l'art de guérir, en offrant des aper- 
çus piquants sur ses progrès. Il avait 
commencé vers la fin de 1792 un 
ouvrage étendu sur la politique; ses 
nombreuses occupations en ralen- 
tirent la composition, et la mort sur- 
venue à la suite d'une fièvre gangre- 
neuse l'empèch.! de le terminer. 

D — B — s. 
ELIEN (Claudi), Grec de na- 
tion, vivait sous le règne de l'empe- 
reur Adrien, à qni il dédia un ou- 
vrage sur la tactique grecque , qui a 



ELI 19 

été imprimé plusieurs fois } la meil- 
leure édition est la suivante : Cl. 
Mliani et Leonis imper atoris tac- 
tica ; gr. lat. cum nous Sixti Arcerii 
et Jo. Meursii , Leyde , EIzevir, 
1 6 1 3 . in-4 • Cet ouvrage a été tra- 
duit, avec Polybe, par Louis de Ma- 
chault, Faris, ibi5, in-fW. , et par 
Bouchaudde Bussy, Paris, 1767 , a 
vol. in- 1 a ; il l'avait déjà été par un 
anonyme avec Végècc, Frontin eC 
Modeste , Paris , 1 556 , in-4 '• C —h. 
ELIEN (CLAtTCE), demeurait à 
Rome sous les règnes d'Héliogabale 
et d'Alexandre Sévère. Il se livr* 
par goût à l'étudu de la langue grec- 
que , et y ût d'asseï grands progrèt 
pour mériter le titre de sophiste, 
qu'un regardait alors comme hoDO- 
rable. Il n'avait écrit qu'en grec; il 
nous reste de lui les ouvrages sui- 
vants : I. De naturd animalium li- 
hri XP'II; gr. lat. , cum notis diver- 
sorum et Abr. GronoviL Londres , 
1644» in-4^'» ^ yo\.\ — gr. lat., 
cum notii Jo. GotiL Sehneideri , 
I^ipzig , 1784 , in - 8". G)mme 
M. Schneider est en même temps 
savant naturaliste et habile critique, 
on fait le plus grand cas de cette édi- 
tion; II. Fari<c historiée; gr. lat, 
cum commentario Jac. Perizonii, 
Dresde, 1701, in-8'. , a vol.; — 
cum notis J. Schœfferi et Johan. 
Kuhnii , Strasbourg, 1713, in • 8"^. j 
— ^r. lat. cum notis variorum, cu- 
rante Abr. Gronovio , Amsterdam, 
1751, in-4°. , 2 vol. La première 
édition, donnée par Camille Perusco 
(Rome, 1545, in -fol), ne conte- 
nait que le texte grec Cet ouvrage 
n'est qu'une compilation , souvent cu- 
rieuse, niais qui serait bien plus im- 
portante si Elien avait cité ses sour- 
ces. C'est le plus ancien des Ana , 
et peut-être l'un des meilleurs. Ces 
histoires diverses, a?ec Héradide de 

a*. 



.20 ELI 

Pont et Nicolas de Damas, forment le 
premier volume de la bibliothèque 
grecque publié par le doctour Coray 
aux dépens des frères Zoziraa. Ce vo- 
lume a paru sous le titre de Pro- 
dromus , à Paris , Firmin Didot , 
i8o5, in-8'. La préface et les notes 
sont en grec. La traduction fran- 
çaise qu'eu a donnée Forraey, Berlin, 
1 764 , est moins estimée que celle que 
M. B -J. Dacier a fait paraître en 
1772 (Paris, in-8°.), avec des notes 
pleines de goût et d'érudition; IIL 
CL JEliani epistolce rusticœ XX ; 
elles se trouvent dans la collection de 
ses OEuvres, publiées eu grec et en 
latin par Conrad Gessner , Zurich , 
1 556, in-foi.; dans la collection intitu- 
lée : Epistolce Grœcanieœ mutux; 
gr. , lat , Genève, 1606 , in-fol. On 
ignore si notre Elien est le même que 
celui dont parle Suidas , qui était né à 
Préncste en Italie, et était grand-prêtre 
de quelque divinité. Il avait fait un 
Traité sur la Providence , dont Suidas 
rapporte beaucoup de fragments. G-R. 
ELIEZEh , fils d'Elias , l'allemand , 
médecin et rabbin de Crémone , sous 
Philippe II , fut forcé d'abandonner 
cette ville, et se retira à Constanti- 
nople, où il obtint la direction de la 
synagogue de l'île de Naxo. Il quitta 
celte île pour venir en Pologne , et ob- 
tint le même emploi dans la synago- 
gue de Posen. Il mourut à Cracovie , 
en 1 586. Les juifs le regardent comme 
un des hommes les plus savants de 
sou siècle , et qui n'était étranger à au- 
cune branche des connaissances hu- 
maines. On a de ce rabbin : I. Com- 
mentaire sur le Liire (VEsther, Cré- 
mone, 1576, cl Hambourg , 17 1 1 : il 
a été réimprimé de nouveau à Offem 
bach; II. Histoire de Dieu, ouvrage 
dans lequel est exposée l'iùstoire du 
, Pentatenque , Venise , ï i>83 , et Cra- 
iCPvie, i584. '^"~^' 



ELI 

ELIKOUM I",, Prince de la race 
des Orpélians , en Géorgie, fils aîné 
de Libarid 11. En l'an 1 167 , George 
III, roi de Géorgie , jaloux de la 
grande puissance de la famille Orpé- 
lianne, et craignant qu'elle ne ten- 
tât de mettre sur le trône son neveu 
Temna , qu'il avait dépouillé de la 
couronne, à cause de sa jeunesse , fit 
un grand armement pour détruire le 
prince de cette famille , qui s'était dé- 
claré le protecteur du jeune roi. Ivaue 
Il , qui était alors chef des Orpélians, 
se prépara à résister au roi Geurge, 
et il envoya son frère Libarid , avec 
ses fils Elikoura et Ivane, pour de- 
mander du secours à l'atabec Eldi- 
kouz, sulthan de l'Aderbaïdjan; pen- 
dant ce voyage, le roi de Géorgie 
vainquit Ivane , le prit et le fit mou- 
rir avec tous ceux de sa race qui se 
trouvèrent auprès de lui. Après ce 
désastre, Elikoum se fixa à la cour 
d'Eldikouz, qui le traita avec la plus 
grande distinction, et le fit grand 
atiibek de la ville de Hamadau , puis 
gouverneur pour douze ans des villes 
de Rci, Ispahan et Kazwin. Eidikouz 
promit encore à Elikoum de lui don- 
ner sa fille en mariage, et de lui céder 
une partie de ses états , s'il voulait 
abandonner la religion chrétienne; 
mais ce dernier ne voulut pas accep- 
ter cette dernière proposition. Mal- 
gré ce refus , l'alabek lui conserva 
toujours son amitié, et même, vers la 
fin de sa vie , en 1 1 7'2 , il lui céda la 
possession d'une partie de l'Arménie , 
située vers la ville de Nakhidchevan , 
cl il le fit tufeiu- de son fils Pahlavan. 
Il périt long-temps après , dans une 
exi)édiiion que ce prince fit contre la 
ville de Gandsak . ou Gandjah , en 
Arménie. De sa femme Kh.ilhoun , 
nii'ce d'Elienne, arch' vêque de Siou- 
nik'h , Elikoum eut un (ils , nommé 
Libarid , qui lui succéda. S. M — n. 



ELI 
ELIKOUM II, prince des Orpc- 
lians,flls aînë de Lib-irid III. Vers 
l'an 1226, il succéda à son père, 
dans la souveraineté des provinces de 
Siou ik'h et de Vaiots Dsor, que le 
roi de Géorgie, Lascha George, avait 
rendue à sa famille. Il gouvenia assez 
ti'anquiîlement ses états jusqu'à ce que 
les raogols , vainqueurs de Djelal-ed- 
din , sulllian de Kharizm , vinrent 
attaquer la Géorgie. Elikoum se ren- 
ferma dans le fort de Hraschkaperd, 
et résista assez long-temps aux atta- 
ques des mogols; mais à la fin il écou- 
ta les prop.'sitions de leur général , 
Arslan Nevian,et il s'allia avec ces 
conquérants. Après ce traité , Arslan 
Nevian lui rendit tous les pavs qu'il 
possédait avant la guerre , et y ajouta 
même d'autres possessions, pour qu'il 
en lUMÎtà p<-rpétuité. Elikoum joignit 
ensmte ses forces à celles des mogols, 
et il les accompagna , ainsi que la 
plupart des antres princes Géorgiens, 
dans l'expédition qu'ils Orent eu Sy- 
rie. Il mourut pendant le siège de 
Miafirekin, eu 1208, empoisonné , 
dit-on , par Avag , alabek de Géorgie, 
qui avau contre lui une violente haîne. 
Il avait épousé la fiile d'un noble géor- 
gien , nommé Grigor Mardsnetsi ; il 
en eut un fils appelé Pouirtliel , qu'il 
laissa en bas âge. Elikoum eut pour 
successeur , dans sa souveraineté , 
son frère Serapad II. S. M — n. 

EMNAND. r. Helinand. 

ELIOÏ (Thomas}. T. Elyot. 

EfilOT ( George-Auguste ), lord 
Heatlifield, baron de Gibraltar, était le 
plus jeune des neuf fils de sir Gil- 
bert Eliot, de Stubbs, dans le comté 
de Hoxburgli en Ecosse : sa famille , 
d'ori>:ine normande , remonte au 
temps de la conquête. Eliot naquit 
vers fjiS, il reçut dans la maison 
paternelle les premiers éléments de 
réducalioQ , et fut mis de bonne heure 



ELI 2T 

à l'université' de Leydc, où il fit des 
progrès rapides , et apprit à parler 
avec élégance et facilité le français et 
l'allemand. Son père , qui le destinait 
à l'état militaire, l'envoya ensuite à 
l'école royale du génie , à la Fère. 
Ainsi , ce fut chez les français qu'E- 
liot reçut des connaissances qui de- 
puis ont contribué à lui faire acquérir 
sa renommée, et l'ont aidé à combat- 
tre avec succès les armes de la France 
et de son alliée. Eliot revint à dix-sept 
ans chez son père, qui le fit aussitôt 
entrer dans le aS'. régiment d'in- 
fanterie , ou fusilier royal Gallois; 
il passa dans le corps des ingénieurs 
à Wolwich , et se distingua par ses 
progrès jusqu'au moment où le colo- 
nel Eliot , sou oncle , le plaça comme 
adjudant du second régiment des gre- 
nadiers à cheval. Eliot donna toute 
son attention à la discipline de ce 
corps, qu'il rendit un des plus beaux 
de la grosse cavalerie européenne, 
et passa avec lui en Allemagne , dans 
la guerre de 1740^ ' 74^. Il fut blessé 
à la bataille de Dettingen. Parvenu au 
grade de lieutenant-colonel, il résigna 
sa commission d'ingénieur. 11 avait 
rendu de grands services à sa patrie 
en cette qualité, et prouvé , suivant 
l'observation de son biographe an- 
glais, qu'il était un digne élève de 
Belidor. Il fut ensuite aide-de-camp 
de George II qui, en 1759, lui fit 
quitter le second régiment de grena- 
diers à cheval pour lever et former 
le premier régiment des chevau- 
légers , appelé, de son nom, rcgimeut 
d'Eliot. Il fut, aussitôt après, désigné 
pour prendre part à l'expédition con- 
tre les côtes de France (à St.-Cast )^ 
puis passa en Allemagne, où il ne 
cessa de se signaler. On l'en retira 
pour l'envoyer à la Havane ; soa 
habileté aida le général en chef à s'em- 
parer de cette place , vaillamment dé- 



32 ELI 

fendue par Louis de Velasco, qui 
en était gouverneur. Lorsqu'à la paix 
son coips fut passé pn revue par le 
ïoi, ce prince demanda à Eliolce qu'il 
pouvait faire pour ce régiment qui 
s'était si vaillamment conduit. Il ré- 
pondit que ce eorps de braves s'enor- 
gueillirait d'obtenir de sa majesté le 
titre de régiment royal. Le roi ayant 
en<;uite voulu donner à Eliot une mar- 
que personnelle de sa satisfaction , 
celui-ci lui répondit que l'approbation 
donnée à sa conduite, par son sou- 
Tcraiu , était pour lui la plus précieuse 
des récompenses. Il fut nommé , en 
1775, commandant en chef en Ir- 
lande , mais il ne fit que paraître 
dans cette île; ayant vu que les fonc- 
tions qu'il aurait à remplir seraient 
sans cesse entravées , il demanda son 
rappel , afin de ne pas être obligé de 
déranger la marche des choses dans 
ce pays. Alors on l'envoya comman- 
der à Gibndtar , et ce fut un heureux 
choix pour le salut de cette impor- 
tante forteresse. Son extrême vigi- 
lance, la discipline sévère qu'il y éta- 
blit, l'extrême sobriété dont il donna 
l'exemple qui bientôt fut imité, les 
préparatifs judicieux qu'il fit pour se 
déléndre , l'habileté avec laquelle il 
employa les moyens qui étaient à sa 
disposition , le mirent à même de bra- 
ver pendant plusieurs années, avec 
une poignée d'hommes , les efforts 
réitérés des armées espagnoles et de 
kurs alliés les Français. La vigueur 
des attaques qu'il eut fréquemment à 
essuyer eut suffi pour épuiser toute 
autre troupe conduite par un autre 
j;énéral. Toujours prudent et réfléchi, 
Eliot ue détruisait pas , par une sor- 
tie jjfématurée , des travaux qui de- 
vaient coûter à l'ennemi du temps , 
de la persévérance, de la dépense; 
il attendait tranquillement qu'ils se 
fussent approcliés du corps de la 



ELI 

place; alors , saisissant le moment fa- 
vorable , il portait la destruction dans 
leurs ouvrages. Jamais il n'employa 
ses munitions à des affaires de vaine 
parade ou à des attaques insignifian- 
tes ; jamais l'apparence de la sécurité 
ne le détourna un moment de son 
assiduité à maintenir la plus exacte 
discipline : à visiter chaque jour tous 
les postes de la place ; jamais l'espoir 
d'obtenir un succès hazardeux ne lui 
fit sacrifier les jours de ses soldats. 
Pendant trois ans les yeux de l'Eu- 
rope entière furent fixés sur le rocher 
de Gibraltar, investi, attaque par des 
armées formidables , défendu par un 
chef brave et déterminé , qui avait su 
inspirer ses sentiments aux hommes 
qu'il commandait. Ce fut surtout dans 
la fameuse journée du i3 septembre 
i78'2 qu'Eliot donna les preuves les 
plus signalées de ce sang-froid et de 
cette intrépidité si nécessaires à l'hom- 
me entouré de périls imminents ( v. Ar- 
çon). Son humanité ne fut pas moius 
remarquable après ce jour si heureux, 
si glorieux pour lui , si funeste à ses 
ennemis, qui avaient réuni tous les 
moyens d'attaque imaginables pour 
emporter enfin cette forteresse de- 
puis tant d'anntîes eu butte à leurs 
coups. 11 fit retirer de la mer et du 
milieu des bâtiments enflammés , les 
soldats ennemis dévoués à une mort 
certaine. Sa conduite le fit dès-lors 
placer parmi les guerriers les plus 
haljjles, et son nom fut cité partout 
avec éloge et admiration. La paix vint 
lui permettre enfin de se reposer. U 
en reçut la nouvelle avec joie, et lors- 
qu'il revint dans sa patrie, les accla- 
mations du peuple , les remcrciments 
qui lui furent ydressés par le parle- 
ment , lui prouvèrent combien ses 
compatriotes savaient apprécier l'im- 
portance de ses services. Le roi le^ 
nomma chevalier du bain, te i4 iuittt^ 



ELI 

1 -^87, le créa pair ; enCn , lui donnant 
un titre qui rappelait le roclier té- 
moin de ses exploits , il lui permit de 
prendre les armes de la forteresse 
qu'il avait si vaillamment défendue. 
Ce lieu était sans cesse présent a sa 
mémoire , il voulait aller y finir ses 
jours. Une attaque de paralysie l'en- 
gagea à prendre les eaux d'Aix-la- 
cbapelle; il devait ensuite s'emb irqiier 
à Livouiue |)Our Gibraltar , mais une 
seconde attaque mit fin à sa vie le 6 
juillet 1 790. Son corps fut rapporté 
en Angleterre , et inhumé dans sa 
terre de Hcatbfield, dans le comté 
de Sussex , où on lui a c'Iévé un mo- 
nument. E — s. 

ELIOTT (Jeaw), ministre anglican 
dans le 17% siècle, et missionnaire 
auprès des sauvages de l'Amérique 
septentrionale, traduisit de l'anglais, 
dans la langue des nations indiennes, 
une Bible qui fut imprimée à Cam- 
bridge en i665, gros in-4". Outre 
la version des psaumes en prose , 
il en fit un autre en vers, qu'on trouve 
à la fin du volume. Cette Bible est de 
la plus grande rareté. Il y en a une 
à la Libliollièque du roi; celte du duc 
de la Vallicre en renfermait une autre , 
et on en connaissait une troisième à 
la bibliothèque des pères de l'oratoire 
de la Rochelle.LeNouveau-Testanient 
avait été imprimé eu 1661 et dédie 
au roi Charles II, T — D. 

ELIPAND. Foy. Félix d'Ubgel. 

ELISABETH (Ste.), épouse de 
Zaehai ie , et mère de Jean - Baptiste , 
e'tait de la race d'Aaron. Un ange étant 
venu annoncer àZacbarie qu'Elisabeth, 
malgré son grand âge, enfanterait un 
fils , elle conçut le précurseur du Mes- 
sie , et cacha sa grossesse pendant cinq 
mois. Un mois après, Marie, sa pa- 
rente , traversa les montagnes et vint à 
Hcbron , visiter Elisabeth : « D'où me 
» Tient, dit Elisabeth, ce bonheur, 



ELI 25 

» que la mère de mon seigneur vienne 
» ainsi vers moi ? Car aussitôt que 
» votre voix a frappé mes oreilles , 
p mon enfant a tressailli de joie dans 
» mon sein. » Marie resta encore avec 
Elisabeth pendant trois mois , c'est-à- 
dire, jusqu'à la naissance de Jeau-liap- 
tistc ; ce fut sa mère qui lui donna le 
nom de Jean , et Zacharie , qui était 
muet , écrivit ce même nom sur des 
tablettes. Les Orientaux croyeut qu'E- 
lisabeth sauva miraculeusement son 
fils, lors du massacre des enfdUts du 
pays de Bethléem , et qu'elle se retir* 
ensuite dans le désert , où elle termina 
ses Jours, et où Jean-Baptiste se forma 
à cette vie austère qui lui mérita la 
gloire d'être pris pour le Messie lui- 
même. C— T. 

ELISABETH DE HONGRIE 
( Ste. ), fille du roi André II , naquit 
eu 1207 , et épousa en r2Qi le land- 
grave de Thuringe, Ijouis IV, dit le 
Saint, avec lequel elle avait été éle- 
vée, d'après l'arrangement fait par 
leurs parents, qui avaient an été ce 
mariage lorsqu'ils étaient encore au 
berceau. La cour de Marbourg, où. 
résidait le landgrave , offrit alors à 
l'Allemagne le spectacle de la pratique 
de toutes les vertus chrétiennes. Le 
pieux Louis laissait à son épouse la 
plus grande liberté de se livrer à 
son goiJt pour la retraite, la prière 
et les mortifications , au point que 
son directeur , Conrad de Marbourg , 
était quelquefois obligé de modérer 
son zèle i>our les austérités. Elle 
avait des heures réglées pour le tra- 
vail des mains , qu'elle employait or- 
dinairement à carder ou filer de la 
laine pour habiller les pauvres. Son 
revenu était, à la lettre, leur patri- 
moine. Tous les jours on distribuait 
à sa porte des provisions à tous ceux 
qui se présentaient , dont le nombre 
s'élevait quelquefois jusqu'à neuf cents ; 



24 ELI 

et comme les plus infirmes ne pou- 
vaient gravir le roc escarpé sur lequel 
est situe' le château de Marbourg , elle 
fit bâtir au pied de ce roclier un hô- 
pital pour les recevoir. Elle fonda 
d'autres hôpitaux et des maisons de 
travail , et faisait élever un grand 
nombre d'orphelins et d'enfants aban- 
donnés. L'austérité de sa vie et sur- 
tout son humilité , portée à un point 
qui semblait peu compatible avec son 
rang , faisaient la censure du faste 
de la cour. Aussi son mari , mort à 
Olrante en 1227 , au moment où il 
s'embarquait pour la croisade avec 
l'empereur Frédéric II, l'ayaut laissée 
veuve avec trois enfants au berceau, 
une cabale violente se forma contre 
elle à la cour pour la priver de la ré- 
gence, sous prétexte qu'elle aurait 
dissipé en aumônes tout le domaine de 
l'état. Henri Raspon, frère de Louis, 
fut nommé régent, et poussa la du- 
reté jusqu'à chasser la princesse du 
château avec ses enfants, en lui re- 
fusant les choses les plus nécessaires, 
et défendant à toutes les personnes de 
la ville de les recevoir , sous peine 
d'encourir son indignation. Elle sup- 
porta ce mauvais traitement avec une 
patience admirable, se rendit dans une 
égli>;e où elle fit chanter un Te-Deinn 
en actions de grâces de ce qu'elle avait 
été jugée digne de souffrir. Apres 
avoir erré quelques jours sans pouvoir 
trouver d'asyle convenable, eilc se re- 
tira vers l'évêque de Baujberg , son 
oncle, qui lui donna une maison com- 
mode auprès de son palais. L'année 
suivante , le corps du landgrave Louis 
ayant été rappoit('eii Thuringc, lors- 
que la pompe fiuièbre passa à Bam- 
Lcrg, les principaux barons qui l'ac- 
compagnaient furent tombés de la 
vertu et des malheurs d'Elisab'th , et 
de h dureté de son beau - frère. Ils 
promirent à la pieuse veuve d'agir eu 



ELt 

sa faveur el de lui faire rendre justice, 
la régence lui appartenant de droit, 
suivant la coutume du pays. Mais elle 
renonça de bon cœur au gouverne- 
ment , et ne demanda que sou douaire 
et la conservation des droits de sou 
fils au landgravial. Elle retourna donc 
à Marbourg, et quoique sa tranquillité 
y fût encore troublée par de nouvelles 
persécutions , elle y passa le reste de 
ses jours dans la pratique des vertus 
chrétiennes et religieuses. Elle y mou- 
rut à l'âge de vingt-quatre ans, le iq 
novembre i a3 1 , laissant un fils ( Hin- 
ra.in II, landgrave de Thuringc, mort 
sans postérité en i ^4 1 ) et deux filles , 
dont l'aînée (Sophie) épousa, en 
1209, Henri 11 , duc de lirabant; et 
l'autre ( Gertrude ) , abbesse d'Alden- 
berg , ordre de Prémontré , mourut 
en I i^n , et fut canonisée par le pape 
Clément VI. La vie de Ste. Elisabeth , 
par ïhierri de Thuringc ( que l'on 
croit être le même que Thierri d'Apol- 
da, biographe de S.Dominique), se 
trouve dans les Lectioiies anti/juas de 
Ganisius. Il faut y joindre uu frag- 
ment publié' par îjambecius , dans le 
tom. Il du Catalogue de la bibliothè- 
que de Vienne. Le détail de ses vertus 
et de ses miracles a aussi été écrit par 
son confesseur ( f'. Conrad de Mar- 
purg ). Elle a été canonisée en 1 255 , 
par le pape Grégoire IX, et l'église 
célèbre sa fête le 19 novembre. Les 
femmes du liers-urdrc de S. François, 
érigé en ordre religieux long-temps 
api es la mort de la sainte, l'ont choisie 
poiu' patrone, et on kur a quelquefois, 
donné le nom du religieuse» de Ste» 
Elisabeth. G. M. P. 

ELISABETH ( Stk. ), reine de 
Portugil , née en 127 i , c'ait fille de 
Pierre III d'Arragon, elde Constance, 
fille de Mainlnti, roi de Sicile. Dès 
son enfance elle préféra les pra iqucs 
de dévotion aux éludes , aux délasse* 



ELI 

ments convenables à son rang. A 
douze ans elle épousa Denis I". , 
roi de Portugal ( Voy. Dems ). Ce 
fut plutôt un mariage de convenance 
qu'une union resserrée par les liens 
de l'amour. Le grand prince à qui les 
Portugais décernèrent le litre de père 
de la patrie , laissa à sa femme la 
liberté de se livrer à son goiit pour 
les mortifications. Les agiographes 
rapportent qu'elle jeûnait une grande 
pariie de l'année, et qu'elle ne vivait 
que de pain et d'eau les vendredis et 
les samedis. Une conduite si étran- 
gère aux usages du trône pensa lui être 
funeste. Elle avait . dit-on , uu page 
favori , confideut de ses plus secrètes 
pensées , et distributeur de ses au- 
mônes. Un camarade de ce page , 
jaloux de la faveur dont il jouissait , 
le dénonça au roi comme avant avec 
la princesse un commerce criminel. 
Le mouarque irrité fait venir un chau- 
fournier , et lui commande de jeter 
dans son four celui qu'il enverra lui 
demaudcr si ses ordres sont exécutés. 
Le page accusé reçoit ensuite la fatnle 
commission. Il obéit; mais, passant 
devant une église, il y entre, entend 
une messe , puis une seconde , puis se 
livre à la prière. Le temps s'écoule ; le 
roi, impatient, envoyé le délateur au 
chaufournier pour apprendre le succès 
de sa ruse. Le rustre, trompé, prend 
ce page et le jette dans le four. Ainsi 
périt l'accusateur au lieu de l'accusé. 
Elisabeth avait eu de Denis deux en- 
fants : Alphonse, qui succéda à son 
père, et Constance, qui fut mariée à 
Ferdinand IV, roi de Castillc. Al- 
phonse ayant formé contre son père 
une conspiration , Elisabeth fut accu- 
sée de favoriser ses projets , et en 
conséquence exilée. Elle s'établit de- 
puis médi.Urice entre le père et le fils; 
mais son opposition constante aux 
vues grandes et libérales de Denis, et 



ELI a5 

ses mœurs plus que cénobitiques qui 
disaient la satire continuelle de celles 
de la cour, ne permirent jamais cfu'il 
régnât entre les deux époux une in- 
time confiance. Après la mort de De- 
nis, arrivée en i5a5, Elisabeth prit 
l'habit du tiers-ordre de S. François , 
cl se relira au monastère dcsGlarisses , 
qu'elle avait fait bâtir à Coimbre. Elle 
y passa le reste de ses jours dans de 
continuelles mortifications, et mourut 
le 4 juillet i556. Elle fut béatifiée par 
Léon X en i5i6, et canonisée par 
Urbain VIII en i625. Sa fête est cé- 
lébrée le 8 juillet. Les agiographes de 
cette princesse sont nombreux , mais 
on doit les lire avec circonspection. Ou 
compte parmi les principaux , Pierre- 
Pcrpigniani, Jean Carillo, Jacques Fu- 
ligati, Jean Antoine de Vera y Zuniga 
et François Freira , tous jésuites , à * 

l'exception de Carillo. D. L. 

ELISABETH , fille de Wladisl.is ; 

Lokietek , roi de Pologne , épousa en 
1 5 1 9 Charobert , roi de Hongrie , dont 
elle eut trois fils : Louis , qui depuis 
fut roi de Hongrie et de Pologne; An- 
dré, le malheureux époux de Jeanne , 
reine de Napics; et Etienne, duc de 
Dilmalie et de Slavonie. Elisabeth 
pensa périr par un événement que 
Dlugosz raconte de la manière sui- 
vante : a La princesse, dit cel hista- 
» rien , était assise à table , au chà- 
» teau deWizgrad sur le Danube, le ' 
» i8 mai i55o, avec le roi son mari 
» et les princes ses fiis , Louis et 
» André. Félicien, un des pins psis- 
» sants magnats du royaume, lequel 
» se trouvait dans la salie, tire i;n 
» poignard , qu'il tenait caché sous 
» ses vêtements, se jette sur la reine, 
» à qui il coupa quatre doigts de la 
» main droite, avec laquelle elle cher- 
» chait à garantir sa tète; le roi, en 
» défendant son épouse , fut blesse' 
» Icgcrement au bras gauche : de-!â 



a6 ELI 

» Félicien se précipite sur les deux 
» jeunes princes; leurs gouverneurs 
» le désarment , et la garde étant ar- 
» rivée , il fut haché en pièces. » 
Voici, à ce que l'on raconte, la cause 
qui porta ce malheureux à cette action 
exécrable : « Le Jeune prince Casimir, 
» qui depuis monta sur le troue des 
» Polonais , se trouvait à la cour de 
y> Hongrie près de la reine Elisabeth , 
» sa sœur ; il devint éperdûment amou- 
» reux d'une jeune personne , nom- 
» mée Claire, qui était fille de Féli- 
» cien et dame d'honneur de la reine. 
» Le prince tomba malade ; il décou- 
» vrit à la reine sa sœur les causes de 
» sa maladie. Cette princesse , qui ai- 
» mait tendrement son frère , vint 
» avec Claire, sous prétexte d'appor- 
» ter à Casimir une boisson qu'elle 
» lui avait préparée. Soi tant quelque 
» temps après, elle pria Claire de res- 
» ter jusqu'à ce qu'elle-même rentrât. 
» Se trouv;int seul avec Claire, Ca- 
» simir lui découvrit sa passion ; ses 
» prières, ses larmes furent inutiles: 
» il lui fil violence. Quelques mois 
M après , elle découvrit à son père la 
» honte dont ou venait de couvrir sa 
» famille. Ne pouvant se venger sur 
» Casimir , qui était parti pour rc- 
» tourner en Pologne, Félicien résolut 
» d'immoler la reine et ses enfants à 
» sou ressentiment : il jiérit eu vou- 
» lant exécuter ce dessein exécrable ; 
» sou fils fut arrêté et attaché à la 
» queue d'un cheval indompté. La 
>' garde , après avoir mis le père eu 
» pièces , se précipita dans les appar- 
» tements de la reine ; on arracha 
» Qaire du milieu des femmes : ou 
» lui coupa le nez , les lèvres , les 
» oreilles, et on l'exposa en cet état 
» au peuple. » Du temps d'Élisabelh , 
les Pinstes , desquels elle descendait , 
cessèrent de régner en Pologne; elle 
eut une part très active à ce graud 



ELI 

événement. Casimir, son frère, n'ayant 
point d'e^ifants mâles , Elisabeth , 
qui avait beaucoup d'ascendant sur 
son esprit, lui représenta qu'il devait 
pensera se donner un successeur puis- 
sant par lui-même , tel que serait son 
neveu , fils d'Elisabeth , et qui , après 
la mort de son père , devait monter 
sur le trône des Hongrois j que les 
princes de Mazovie , de Cujavie et de 
Silésic , lesquels formaient eu Pologne 
les branches collatérales de la maison 
des Piastes , étaient trop faibles pour 
pouvoir repousser les attaques des 
voisins puissants qui entouraient la Po- 
logne, et pour contenir l'ambition des 
grands dans l'intérieur : elle flatta le 
prince; elle le fit inviter au congrès 
qui se tint à Wizgrad en 1 358. Casi- 
mir goûta le projet de sa sœur; il le 
fit approuver par les états du royau- 
me, et tout ce qui teuait à cette affaire 
importante ayant été enfin arrêté dans 
le congrès que les rois Casimir et 
Louis ( qui avait succédé à Charles 
son père) tinrent en i555 à Jiude, 
Elisabeth , munie des pleins pou- 
voirs du roi son fils, se rendit à la 
diète convoquée .î Zanloeh , où, en 
présence de Casimir, elle reçut pour 
Louis le serment de fidélité de la na- 
tion polonaise. Casimir étant mort en 
1370, Louis nomma Elisabeth ré- 
gente du royaume de Pologne. Cette 
princesse s'abandonna aux conseils 
peifides de ses flatteurs; les plaintes 
coiitieson administration se firent en- 
tendre si haut , elles devinrent si gé- 
nérales , que le roi son fils , en 1 5^8, 
la rappela en Hongrie ; pour la dé- 
dommager, il lui assigna de riches 
domaines dans la Dalmatie. Une an- 
née n'était pas encore écoulée, et Eli- 
sabeth avait réussi à faire ch.niger les 
résolutions de Louis ; elle revint en 
'^79 ^" Pologne, avec les mêmes 
pouvoirs qu'auparavant. « Celle prin* 



ELI 

» cesse, dit Naniszewicz, arait de')à 
» atteint sa quatre-vingtième année, 
» et elle se livrait, à cet âge , à toutes 
» les folies de la Jeunesse. On n'en- 
» tendait au cliâ'eau de Cracovie qTie 
» chants , que jeux , que musique ; les 
» affaires étaient abandonnées au ca- 
» prico de ses favoris. Le jour de 
» S. Nicolas il s'éleva une dispute en- 
» tre les Hongrois de sa girde et quel- 
» ques habitants de Cracovie. Un gen- 
» tilhomme polonais fut Liesse; ce fut 
» comme un signal donné dans toute 
»la ville: on tombait sur les Hongrois 
» partout où ou les rencontrait; on 
» les t^orgcait sans distinction d'âge 
» ni de sexe ; on les arrachait des 
» maisons, des caves où ils allaient 
» se cacher. On avait annoncé à la 
» princesse que deux de ses pages , 
» issus d'une des premières familles 
» de Hongrie, avaient eu le bonheur 
w d'échapper à la fureur des assas- 
» sins , qu'ils s'étaient réfugiés en lieu 
» sûr; ou les avait découverts, et le 
» lendemain on eut la cruauté de ve- 
» nir les égorger sous les fenêtres du 
» château même. Ayant passé quel- 
» ques jours enfermée, pleurant et 
» dévorée par les plus vives inquiét'u- 
» des , Elisabeth s'enfuit de Cracovie, 
» déguisée et suivie d'un petit nombre 
» de domestiques. Elle revint en Hon- 
» grie , ou elle mourut au mois de dé- 
» cembre i58i. » On lui attribue la 
recette de la composition de l'eau aro- 
matique de romarin, qui , de son nom , 
est encore appelée Eau de la reine 

de //onorie. G' y. 

ELISABETH WOODVILLÊ , 
reine d'Angleterre, était fille de sir 
Richard Woodville , créé depuis lord 
Rivers, et de Jacqueline de Luxeni- 
boui-g, duchesse douairière de Bcd- 
foi-d. Elle fut, dans sa jeunesse, de- 
moiselle d'honneur de Marguerite 
d'Anjou , femme d'Henri YI, et icarice 



ELI 

à râ;ijc de seitc ans , en premières no- 
ces, à sir John Gray de Groby , dont 
elle eut plusieurs enfants. Son mari , 
qui servait dans le parti de Lancastre , 
fut tué, en i4*><, à 'a seconde ba- 
taille de St. - Alban. Ses biens furent 
confisqués. Elisabeth , n'ayant dans 
cette triste conjoncture que la maison 
paternelle pour asyle , se retira dans 
la terre de Grafton, que sir Richard 
possédait dans le iVjrlhamptonshire. 
Un jour qu'Edouard IV chassait dans 
les environs, en 1464, il vint rendre 
visite à la duchesse de Bedford. L'oc- 
casion parut favorable à Elisabeth 
pour demander au roi la restitution 
des biens de son mari , et pour le prier 
d'avoir pitié de ses enfants. Vivement 
ému de voir à ses pieds une si belle 
femme en pleurs , Edouard la releva 
eu l'assurant qu'il aurait c'gird à l'ob- 
jet de sa sollicitation. La conversation 
de cette femme charmante acheva la 
conquête que ses attraits avaient com- 
mencée. La passion du roi s'accrois- 
sait à chaque moment. Il devint à son 
tour le suppliant d'Elisabeth, et lui 
fit entendre que, movenuantun tendre 
retour de sa part, il n'aurait rien à lui 
refuser; mais les tï^nsports , les ser- 
ments d'un roi . jeune > aimable , pres- 
sant, ne purent ébranler Elisabeth. 
Tant de résistance irrita les désirs d'E- 
douard , accoutumé à trouver un accès 
plus facile dans le cœur des femmes 
auxquelles il adressait ses hommages. 
Sa passion l'emporta jusqu'à offrir sa 
couronne et sa main à la personne qui 
par sa beauté et par sa vertu lui en 
paraissait le plus digne. Agréablement 
surprise de cette proposition , Elisa- 
beth l'accepta avec des scntimeuts de 
respect et de reconnaissance qui ache- 
vèrent de gagner le cœur du monar- 
que. Comme il voulait pourtant garder 
des ménagements avec la duchesse 
d'York , sa mère , il se décida , avant 



a8 ELI 

de terminer , à lui communiquer soa 
dessein. Surprise d'une re'solution 
aussi précipitée , la duchesse adressa 
à son fils les rcpre'sentations les plus 
capables de l'en détourner. Il fut sourd 
à ses remontrances : vola à Grafton 
où le mariage fut célèbre' si sccrète- 
inent, que les ordres doisnes pour 
préparer le couronnement do la nou- 
Yelle reine , en divulguère.it seuls le 
secret. La surprise des grands et du 
peuple fut extrême, devoir le roi ma- 
rié avec une de ses sujelles, dans le 
temps qu'il faisait négocier, par War- 
wick, à la cour de France , son ma- 
riage avec la princesse de Savoie , et 
que ce mariage était déjà arrêté. A la 
surprise des grands succéda leur ja- 
lousie , de voir toutes les grâces et les 
faveurs accordées aux parents et aux 
amis de la reine ; mais ce méconlenle- 
inenl fut peu de chose en comparaison 
du dépil que conçut Waiwick, d'avoir 
été ainsi joué. Il revint en Angleterre 
la rage dans le cœur , et médita ses 
projets de vengeance qu'il parvint à 
exécuter en 1470. Edouard , pour- 
suivi par cet homme devenu son en- 
nemi implacable , fut contraint de 
quitter le royaume. Elisabeth, ins- 
truite de sa fuit^, ^ relira dans l'asylc 
de Westminster, où elle fut suivie 
d'un très grand nombre de [lartisans 
de la maison d'York. Ce fut là qu'elle 
accoucha d'un prince auquel on donna 
le nom d'Edouard, et qui naquit hé- 
ritier d'un grand royaume , tandis que 
son père le |)erdait. Après qu'Edouard 
fut remonté sur le trône, Elisabeth , 
qui n'avait rien perdu de son empire 
sur son cœur, contiiuia à n'en profiter 
que pour assurer la fortune de sa fa- 
mille. Celle conduite excita le mécon- 
tentement de la nation , qui lui re|)ro- 
chait d'ailleurs un luxe immodéré. 
Parmi les grands (|\ii nourrissaient 
contre clic une haine iuv<^tcrée , le duc 



ELI 

de Clarencc , frère du roi , ne prenait 
aucune peine pour dissimuler ses sen- 
timents. Elisabeth, de son côté, ma- 
nifestait pour lui une aversion qui fut 
encore augmentée lorsque dans les 
sanglants débals qui précipitèrent mo- 
mentanément Eduuard du trône , elle 
vit son père , et un de ses frères , 
traînés à l'échafaud par le parti dans 
lequel Clarence s'était jette. I^es histo- 
riens prétendent , que , profitant de 
quelques brouilleries , survenues entre 
les deux princes , elle s'unit au duc de 
Giocester, autre frère du roi, pour 
faire prononcer la mort de Clarence. 
Edouard mourut en 1 485. Elisabeth, 
qui, pendant la vie de sou époux , 
avait profité de l'ascendant qu'elle 
avait sur sou esprit , pour éloigner de 
la cour l'ancienne noblesse , et y pla- 
cer des hommes qui lui devaient leur 
élévation, espérait par cette conduite 
et par son indulgence pour les fré- 
quents écarts d'lt,douard , conserver 
son crédit tant qu'il vivrait, et si elle 
lui survivait , s'assurer !e gouverne- 
ment sous le nom de son fils , quand ce 
jeune prince monterait sur le trône; 
mais , par une fatalité assez ordinaire 
aux projets les mieux combinés , ce 
furent toutes ses précautions qui cau- 
sèrent sa ruine et celle de sa famille. 
Dès qu'Edouard eût les veux fermés , 
les deux partis qui s'étaient formés à 
sa cour , et qu'il tâcha de réconcilier 
avant de mourir, oublièrent les pro- 
testations d'amitié qu'ils venaient de 
se prodiguer mutuellement, et chacun 
songea aux moyens de gagner l'avan- 
tage sur l'autre. La reine dépêcha ly» 
émissaire an comte de Uivers , soa 
frère , qui était avec le jeune roi dans 
le pays de Galles , pour qu'il levai un 
corps de troupes afin d'escorter le 
prince jusqu'à Londres , et le protéger 
contre les di-ssfins de leurs a.lver- 
saircs. L'opposition qu'elle trouva k 



ELI 

rexccufion de cette mesure, et la 
crainte d'exciter une guerre civile , lui 
firent coiitreraaBder les ordres qu'elle 
avait donne's. Ce premier faux pas de 
la reine excita la jalousie des grands et 
du duc de Glocesier, qui virent bien 
qu'Elisabeth avait voulu les exclure 
de radminisiration, et gouverner de 
concert avec sa famille et ses créatures. 
Glocester proûta des dispositions où 
il vit l'ancienne noblesse, pour s'em- 
parer de la personne d'Edouard V, et 
faire arrêter le comte Hivers , et d'au- 
tres partisans de la reine. Elisabeth 
ne fut pas plutôt instruite de ces 
c'vcaeinenls, que se voyant prive'e du 
secours de son frère et de son Gis , 
elle se réfugia une seconde fois dans 
l'asvle de Westminster , avec son se- 
cond fils , le duc d'York et ses cinq 
filles, espérant trouver dans ce refuge 
la même sûreté dont elle y avait joui 
autrefois contre Içs fureurs de la mai- 
son de f^ancastre. Rolheram , arche- 
rèque d'York. , alla la trouver , et 
chercha à la consoler dans son afflic- 
tion extrême, en lui communiquant 
On message amical du lord Hastings , 
nn des seigneurs du parti opposé. « Ce 
» que vous médites me présage quel- 
» que malheur, s'écria -t-elle, car Has- 
B tings est celui qui cherche à me faire 
» périr moi et mes enfants. » Alors le 
. prélat voulant lui donner quelque es- 
pérance, lui dit qu'il n'y avait rien à 
craindre pour la personne du roi , 
puisque le duc dTork était hors de 
la puissance de ceux qu'elle regardait 
comme ses ennemis. Mais le duc de 
Glocesfer ne tarda pas à annoncer 
qu'il eraployerait tous les moyens , 
même les plus violents , pour que le 
duc d'York fut réuni à son frère. 
Les deux archevêques allèrent donc 
pour persuader à Elisabeth d'envovcr 
son jeune fils à la cour. Elle résista 
JoDg-temps à lents représentations , à 



ELI 319 

leurs prières, à leurs supplications, 
car elle regardait la vie du roi comme 
plus assurée , tant qut? son frère serait 
dans un asyle qui lui semblait inviola- 
ble , mais , ne trouvant |îer>onne de 
son avis , et sachant que le conseil me- 
naçait, en cas de refis, d'en venir à 
la force, elle fit amener son fils aux 
prélats, et, comme frappée d'un pres- 
sentiment funeste sur le sort qui atten- 
dait cet enfant, elle l'embrassa tendre- 
ment et l'arrosa de ses larmes, lui dit 
tristement adieu, et le remit entre les 
mains des deux prélats, avec les mar- 
ques de la plus vive douleur. Elle ne 
revit plus ses deux fi's. I^e duc de 
Glocester se fit proclamer roi , sous le 
nom de Richard III , et les fit déclarer 
bâtards ; une mort violente mit fia 
aux jours du comte de Hivers et 
de ses compagnons d'infortune. Eli- 
sabeth était encore dans son asyle 
de Westminster . avec ses filles , dé- 
plorant ses infortunes , lorsque U 
mère du Comte de Richemond lui en- 
voya son médecin , pour lui confier le 
projet formé par quelques mécontents, 
d'élever le comte son fi s sur le trône 
d'Angleterre, et lui dire surfout qu» 
toute l'espérance du succès consistait 
dans l'union des deux familles d'York 
et de Lancasfre , par le mariage de la 
princesse Elisabeth , fi le aînée de la 
reine , avec le comte de Richemond. 
La reine donna son consentement à 
tout , et ajouta qu'elle souhait lit que le 
comte s'engageât , par serment , d'é- 
pouser Elisabeth , ou Cécile sa sœur 
cadette, si Elisabeth mourait avant le 
mariage- Le comte se conforma à cette 
demande , le jour de Noël 1 483 , dans 
la cathédrale de Rouen , et tous les 
Anglais présents lui jurèrent serment 
de fidélité. Richard, instruit de ce pro- 
jet de mariage , chercha à le rompre. 
Il parvint à persuader a Elisabeth qu'il 
souhaitait vivre en bonue intelligence 



5o ELI 

avec elle, reconnut qu'elle avait e'te' 
traitée trop rigoureusement , lui promit 
de s'intéresser au sort des frères qui 
lui restaient, de prendre soin de se& 
tilles ^ et de les marier suivant leur 
rang. Enfin il lui fit insinuer que son 
dessein était d'épouser la princesse 
Elisabeth , dans le cas où sa femme , 
dont la santé était languissante depuis 
la mort de son fils , viendrait à mou- 
rir. La reine, vaincue par toutes ces 
considérations , ennuyée de vivre dans 
son asyle, qui était réellement une 
prison , et croyant que le complot du 
comte de iUchemond était manqué par 
la mort du duc de Buckinghara , son 
principal soutien , remit ses cinq filles 
à Richard. On doit être surpris néan- 
moins de la voir, malgré tous ces mo- 
tifs , oublier les outrages sanglants 
qu'elle avait reçus de Richard, se prê- 
ter à sa demande, et écrire même à sou 
propre frère , pour l'engager à quitter 
le parti de sou frère ; mais cet éton- 
nement cesse si l'on considère , avec 
Walpole , dans son ouvrage sur le 
règne de Richard 111, que probable- 
ment ce prince prouva à Elisabeth 
qu'il n'avait pas assassiné ses deux fils, 
et que la mort de sou frère et de son 
fils du premier lit, était l'ouvrage de 
Hastings. D'ailleurs , le parlement 
ayant déclaré nul son mariage avec 
Edouard IV, l'espoir de voir sa fille 
mariée à Richard III, dut flatter sa 
vauite. Une ancienne Chronique dit 
qu'à la fêf'' de Noël 1 484 > on fut 
scandalisé de voir la reine douairière 
Cl sa fille aînée en robes royales toutes 
pareilles. On peut donc croire , avec 
quelque vraisemblance , qu'hllisabelh 
ne regardait pas Richard comme le 
meurtrier de la plupart de ses parents. 
Après la fin tragique de ce monarque. 
elle s'attendait à la reconnaissance du 
comte de Kicheniond, devenu roi sous 
i« iivm de Heuri VII , pour avoir dès 



ELI 

le principe, favorisé ses projets. Mais 
ce prince , qui avait la prétention de 
ne devoir ses droits au trône qu'à lui- 
même , la négligea. Quand Elisabeth 
vit son crédit absolument tombé à la 
cour, sa fille traitée durement, tous 
ses amis dédaignés , elle conçut la phis 
vive aniinosité contre Henri , et réso- 
lut de lui faire éprouver tout son res- 
sentiment. Elleencouragea l'imposture 
de Sinmel , qui voulut se faire passer 
pour le comte de Warwick, fils du duc 
de Clarence , quelques personnes 
même conjecturèrent qu'elle avait , 
avec d'autres partisans de la maisou 
d'York, persuadés probablement de 
l'existence du second fils d'EdouardIV, 
ourdi cette trame pour éprouver l'atta- 
chement de la nation à cette maison. 
Car, malgré l'esprit inquiet et intri- 
gant d'Elisabeth , il n'est pas croyable 
qu'elle eût voulu , dans l'espace d'un 
an, essayer de détrôner sa fille, et 
plonger de nouveau la nation dans les 
horreurs de la guerre civile, si elle 
n'eût pas travaillé dans l'espoir de 
procurer la couronne à son fils. Les 
soupçons de Henri le portèi ent à as- 
sembler un conseil composé de ses 
plus intimes confidents, pour les con- 
sulter sur la conduite à tenir envers sa 
belle-mère. Par suite de ces délibéra- 
tions , Henri fit arrêter Elisabeth en 
i4B6, confisqua tous ses biens, et 
l'enferma pour le reste de ses jours 
dans le couvent de Barmondsey. 
Gomme il ne voulait pas faire connaî- 
tre au public la cause véritable d'un 
traitement si rigoureux , il fit courir le 
bruit que c'était en punition d'avoir, 
malgré la convention secrète de lui 
donner sa fille en mariage , hvré cette 
pi incesse et ses sœurs à Richard III. 
Mais ce crime, si c'en était uh , devait 
être oublié depuis long-temps , et il 

f)Ouvait facilement être excusé. Aussi 
a natiou resta- t-ellc persuadée que le 



ELI 
h»!, ne voulant pas accuser formelle- 
ment sa belle-mère de tremper dans 
une conspiration contre lui, cachait 
S.1 vengeance ou ses précautions sous 
Tapparencc d'un grief ancien et connu. 
On ne fut que trop confirmé dans ce 
soupçon qumd on vit fleuri continuer 
à traiter cette reine infortunée avec li 
même rigueur jusqu'à sa mort , arrivée 
en 1 4^^*^- f^mme personne n'ignorait 
qu'elle avait été un des principaux ins- 
tru.aenls de l'élévation de Henri an 
trône, on le taxa de dureté et d'ingra- 
titude, ce qui rend très probable , dit 
Bicon, la supposition qu'il y avait 
quelque chose de plus contre elle; 
mais que le roi , par raison d'état , ne 
voulut pas publier. Peu de femmes ont 
offt rt un exemple plus frappant des 
vicissitudes de la fortuue. Née dans un 
rang qui ne devait pas lui faire conce- 
voir l'idée de monter sur le trône, elle 
»e s'y assit et ne jouit pendant asser 
long - temps de tous les avantages de 
la grandeur que pour éprouver ensuite 
les revers les plus affreux. Enfin l'élé- 
vation de sa filîe fut la cause des mal- 
heurs qui empoisonnèrent la fin de ses 
jours. Elle fut enterrée à Windsor, 
auprès du roi son cpojx. Cest à elle 
que Fou doit le complément de la fon- 
dation du collège de la reine à Ox- 
ford , commencé par Mjrguerite , 
femme d'Henri VI. E — s. 

ELISABETH D'ANGLETERRE, 
reine d'Angleterre, était fiîled'Edouard 
IV et d'E isibeth Woodville. Elle na- 
quit au commencement de 1 466 , et 
fut dans son enfance promise à Char- 
les VllI, alors dauphin. L'on a pré- 
tendu que le chagrin et le dépit de 
voii- Louis XI manquer à la parole 
qu'il avait donnée à cet égard, hâtè- 
rent la fin d'Edouard IV. Cette asser- 
tion est peu probable; mais il est plus 
certain qu'Edouard, pour se venger 
de Louis, avait le dessein de lui faire 



ELI 3i 

la guerre quand il fut surpris pir la 
mort. Lorsque les grands , mécontents 
de Richard lll , commencèrent à com- 
ploter sa ruine , et jetèrent les yeux 
sur Henri, comte de Kichemond , pour 
l'élever au trône d'Angleterre, ils 
songèrent, pour corroborer les droits 
de ce dernier , à lui faire épouser Eli- 
sabeth , afin que cette union des deux 
familles de Lancastre et d'York éloul- 
flt tous les germes des guerres civiles. 
Elisabeth , reine douairière, alors ren- 
fermée avec ses filles dans l'asyle de 
Westminster , accepta avec empresse- 
ment les propositions qu'on lui fit 
pour Elisabeth. Plusieurs historiens 
ont avancé que Richard, instruit de 
ce qui se tramait, s'occupa d'empêcher 
ce mariage, jeta les yeux sur Elisabeth, 
pour l'épouser; qu'en conséquence, 
après être parvenu à la faire sortir 
avec sa mère et ses soeurs de l'asyle 
de Westminster , dès que la reine sou 
épouse fut morte, en 14^4 ' i' '"' ^^~ 
frit sa main , qu'elle rejeta avec hor- 
reur; enfin, que ne voulant pas, à 
cause des conjonctures alors peu favo- 
rables pour lui , user de violence , mais 
croyant ne devoir pas lui laisser la li- 
berté de se choisir un époux , il l'avait 
fait enfermerdans le château de Sheriff- 
Hultou , dans l'Yorkshire. Avant qne 
Walpole. dans son Régne de Ri- 
chard m, attaquât l'authenticité de 
ce récit , Tindal , dans ses Remarques 
sur Rapin- Thovras , avait déjà fait 
observer que Buck, dans son Histoire 
de Richard III , cite une lettre ori- 
ginale écrite de la main d'Elisabeth , 
et adressée au comte de Norfolk. Eli- 
sabeth le prie de s'entremettre de son 
mariage avec le roi, dont elle parle 
dans les termes les plus passionnés; 
ajoute qu'ell« est à lui Je cœur et de 
pensée ; finit par observer que la plus 
grande partie du mois de févner est 
déjà passée , et témoigne la plus rive 



•:^2 ELI 

impatîence de voir arriver le mois 
d'avril. Or, les médecins avaient dé- 
clare' que la reine , dont la santé était 
languissante , ne vivrait pas jusqu'au 
mois d'avril. Une chronique du temps 
rapporte qu'à la fête de Noël i485 , 
ou était choqué de voir la reine et sa 
fille vêtues toutes deux de robes roya- 
les. 11 n'est donc pes présumable, 
comme l'observe Walpole , que Ri- 
chard, instruit du projet d'alliance en- 
tre Elisabeth et le comte de Kiche- 
mond, ait amusé la jeune princesse 
de l'espérance de l'élever au trône. 
Cette idée devait d'autant plus lui sou- 
rire ainsi qu'à sa mère, qu'un acte du 
parlement avait déclaré le mariage 
d'Edouard IV avec Elisabeth nul , et 
par conséquent leurs enfants bâtards. 
Lorsqu'ensuite Richard vit commen- 
cer l'exécution des complots formés 
contre sa personne , il était tout na- 
turel que pour mettre Elisabeth à l'a- 
bri d'être enlevée par les mécontents , 
il la fît enfermer sons bonne garde 
au château de SherifTHidlon. A peine 
Henri se fut-il emparé du trône, que 
ne crovant pas à propos , pour la sû- 
reté de ses droits , de laisser Elisa- 
beth dans une province éloignée, il la 
fit prier de venir à Londres auprès 
de sa mère. Cependant, comme son 
dessein n'était pas d'appuyer ses droits 
au trône sur son mariage avec cette 
princesse, il ne l'épousa que le i8 
janvier 1 480 , après s'être fait couron- 
ner. La joie que le peuple témoigna eu 
celte occasion fut bien plus vive que 
celle qu'il avait manifestée à la pre- 
mière entrée de Henri dans Londres, 
ou à son couronnement. Cette marque 
de r..fl'icliou universelle pour la mai- 
.son d'York blessa vivement Henri. 
M;dgré la beauté et les qualités aima- 
bles d'Elisabeth , il se conduisit envers 
elle avec une froideur marquée. Il dif- 
fôra deux aus cAticrs de la faire cou» 



ELt 

ronner, quoiqu'elle fût déjà accouchée 
d'un fils , et probablement il n'y eût 
jamais consenti, s'il n'eût cru porter 
du préjudice à ses intérêts en se refu- 
sant constamment à cette cérémonie , 
dont le délai prolongé causait un mé- 
contentement généi-al. Après avoir 
donné quatre enfants à son mari, qui 
ne cessait de la regarder comme une 
rivale dangereuse, Elisabeth, abreu- 
vée de chagrins , mourut le 1 1 février 
1 5o2 , en couche d'une fille nommée 
Elisabeth , qui ne lui survécut pas 
long-temps. Elle fut enterrée à West- 
minster, dans la magnifique chapelle 
que son époux avait fait construire. 
E~s. 
ELISABETH DE BOSNIE, reine 
régente de Hongrie, fille d'Etienne, 
roi de Bosnie, épousa Louis-le-Grand , 
roi de Hongrie et de Pologne. Déclarée 
régente du royaume et tutrice de Marie 
sa fille, après la mort de ce prince, 
en 1 582 , elle confia les rênes du gou- 
vernement à Nicolas Garo , palatin 
de Hongrie. Ce ministre im])érieux ré- 
prima les grands , et occasionna une 
révolte : on prit les armes de toutes 
parts. Charles de Duraz, roi de Naphs, 
profitant de ces désordres, usurpa la 
couronne de Hongrie, et fit jeter Eli- 
sabeth et sa fille dans une étroite pri- 
son. Mais le palatin Garo , qui re- 
gardait Charles de Duraz comme un 
tyran , le fit assassiner , et délivra aus- 
sitôt la reine et sa fille. Elisabeth , 
ayant voulu ensuite parcourir les di- 
verses provinces du royaume avec son 
fidèle ministre , tomba entre les mains 
de Giornard, gouverneur de la Croatie, 
partisan de Charles de Duraz, qui, 
pour venger la mort de ce prince, fit 
tuer le palatin Garo, son meurtrier, 
et noyer Elisabeth , après l'avoir fait 
enfermer dans un sac, en i58G. Il se 
contenta de resserrer sa fille Marie 
dans une dure priâou j mais JSij^is- 



ELI 

mond, marquis de Brandebourg , au- 
qoe! celte princesse avait été promise , 
vint la délivrer et l'époiisa, après avoir 
fait périr son persécuteur par le der- 
nier supplice. B— p. 

ELISABETH , reine d'An-^Ielerre, 
naquit le 7 septembre i535, du roi 
Henri VUl, et de la fameuse Anne de 
Boulen , que ce tyran voluptueux avait 
épousée en secret, avant même d'a- 
voir fait prononcer son divorce avec 
Catheiine d'Arragon , et qu'il épousa 
publiquement le 20 mai i533, dix- 
sept jours après le divorce prononcé, 
et trois mois et demi avant la nais- 
sance d'Elisabeth. Lorsqu'après avoir 
répudié sa première femme , H< nri 
eut fait décapiter la seconde , pour en 
épouser une troisième, il déclara éga- 
lement illégitimes , également incapa- 
bles de régner, et sa fi'le Marie, née 
du premier , et sa fille Elisabeth , née 
du second mariage. Le troisième lui 
donna un fi's (E«louard VI) qui, en 
venant au monde , coûta la vie à sa 
laère (Jeanne Sevmonr ). On vint dire 
au roi que la rciuc ou son enfant étaient 
dans un danger mortel et inévitable : 
<i Sauvez le fruit , répondit brutale- 
» ment le barbare époux, on ne se 
>• donne point d^s enfants à son gré , 
V et l'on trouve autant de femmes 
i> qu'on eu veut. » En effet, il en trouva 
encore trois , Anne de Cièves , Cathe- 
rine Ho\Tard , et Catherine Parr. La 
première fat répudiée , la seconde de'- 
Cipitée, la troisième, tout près de 
Fétre, dut son salut à une heureuse 
adresse qui suivit un heureux hasard: 
nncune de ces trois ne devint mère. 
Menacé d'une Gn prochaine, l'e'- 
poux homicide ne voulut cependant 
pas mourir père dénaturé. 11 fit un 
testament pour régler la surcession an 
tronc; révoqua la danse d'incapacité 
prononcée contre ses deux filles ; ne 
laissa point le parlement révoquer U 



ELI 55 

clause d'illégitimité ; mais ordonna 
qu'Edouard , Marie , Elisabeth , ré- 
gneraient successivement , à défaut de 
postérité du premier et de la seconde. 
Edouard , àjjé alors de neuf ans , mou- 
rut à quinze , après une minorité rem- 
plie de troubles et de scènes sanglan- 
tes : la destinée de l'Angleterre reposa 
sur les deux têtes de Marie et d'Elisa- 
beth. La fille de Catherine d'Arragoa 
devait être catholique par conviction , 
et la fille d'Anne de Boulen protes- 
tante par calcul : il était clair que la 
lutte des deux religions alliit décider 
des destins du peuple anglais; que 
les monuments de l'histoire seraient 
aux ordres du parti vainqueur, et que 
le fanatisme triomphant resterait en 
possession de diffamer exclusivement 
le fanatisme qui aurait succombé : c'est 
une réflexion qu'il ne faut pas perdre 
de vue quand on veut suivre dans leur 
règne , et juger avec impartialité les 
deux filles de Henri Vlll. Marie régna 
la première , et s'abandonna aux con- 
seils de Gardiner, évêqiie catholique 
de Winchester , qu'elle tira de prison 
pour en faire son chancelier et sou 
preniit-r ministre. Elisabeth , formée 
par le docteur protestant Parker, à 
qui Anne de Buulen l*;ivait recomman- 
dée en mourant , laissa d'abord péné- 
trer son penchant pour la réforme. 
Déjà inquiétée sous le règne d'Edonard 
par l'ambitieux duc de Northumber- 
land , elle le fut bien davantage sous 
celui de Marie , par Fambilieur et fa- 
natique Gardiner. Au milieu des san- 
glantes persécutions quece dernier sus- 
cita contre les partisans de la réforme , 
il ne cessait de répéter à la reine que 
ce n'était pas seulement les membi-es 
du protestantisme qu'il fallait couper, 
mais sa tète qu'il f.illait abattre , et que 
si l'on ne sacrifiait pas Elisabeth , le 
rétablissement de la vraie religion ne 
serait que momcatauc. On vouhit im- 



S4 ELI 

pliqner la jeune princesse dans la cons- 
piration de Wiat, et peut-être avait- 
elle donne lieu à quelque soupçon. Elle 
fut arrêtée et conduite à la Tour , le 
1 1 mai s 1 554 , àgec alors de vingt- un 
ans. Mais quoique Wiat et ses com- 
plices eussent place sur elle leur pnn- 
cipalc espérance , ils déclarèrent sur 
l'échafaud qu'elle avait ignoie leur ré- 
volte. Elle-même, interrogée par le 
conseil , se détendit avec une présence 
d'esprit et une fermeîé qui en impo- 
sèrent. Enfin , par une circonstance 
bizarre , elle eut pour protecteur dé- 
cidé ce Philippe d'Espagne , que Ma- 
rie avait choisi pour époux. Plus am- 
bitieux encore que superstitieux, et 
encore plus ennemi de la France 
qu'ami de Uorae , Philippe ne voulait 
pas , si les deux sœurs venaient à 
mourir sans enfants, que la jeune reine 
d'Ecosse, héritière du sceptre britan- 
nique, le réunît à celui du dauphin de 
France , son époux dc.signé. Elisabeth 
sortit de la Tour. On lui proposa d'é- 
pouser le duc de Savoie ; elle se garda 
bien de consentir à cet exil mal dé- 
guisé. Peut-être aurait -elle été plus 
tentée de répondre aux empresse- 
ments d'un seigneur anglais (Courte- 
nay, comte de Devonshire), dtjnt la 
royale origine était encore embellie par 
tous les dons de la nature , et que la 
reine Marie avait recherché en vain 
avant de prendre Philippe 11 pour 
époux. Elisabeth repouss.» relie séduc- 
tion, suit qu'elle craighU d'niiler une 
trop puissante rivale, soit (pie déjà elle 
lie Toulût pas dépendre, même quand 
elle avait besoin d'être protégée. Quoi 
qu'il en soit, n'ayant pu ni la perdre 
ni l'éloigner, scscnneinis l'humilièrent. 
Le parlement, aussi scrvile pour Marie 
qu'il l'avait clé pour son père, et qu'il 
devait l'être pour sa sœur, avait ou- 
vert sa première session en déclarant 
xalidc cl iudissoluble le mariage de 



ELI 

Catherine d'Arragon , nul et illégal le 
divorce de Henri. Alors Anne di' Bou- 
Icii n'avait pins été qu'une concubine. 
Elisabeth reçut ordre de céder le pas 
à des parentes éloignées du feu roi , 
attendu que, quoique du sang royal, 
elle n'était pas née en légitime mariige. 
Bienîot on la confina dans le château 
de Woodstock , où elle fut étroitement 
gardée, tandis que le comte de De- 
vonshire était traité de même dans le 
château de Foolheraingai. A tant de 
vexations et d'outrages, Elisabeth op- 
posa une fierté muette et une résigna- 
tion courageuse. Rendue encon^à la li- 
berté par la protection de Philippe, 
elle s'imposa une vie retirée, dans une 
campagne dont l'accès n'était ouvert 
qu'à un très petit nombre d'amis. Dans 
sa retraite , comme dans ses donjons , 
elle eiiiploya utilement les jours de son 
infortune et les loisirs de sa solitude, 
tantôt à se pénétnr de cet esprit de 
prudence , de réserve et de discrétion 
dont elle avait tant besoin, tantôt à 
cultiver les fruits et à augmenter les 
trésors de sa première éducation. His- 
toire, philosophie, poliiique , élo- 
quence , poésie , musique , rien ne fut 
étraiigeràsesétudesetàses succès, de 
tout ce qui peut orner l'esprit, forti- 
fier le caractère, animer ou embel- 
lir la vie publique et privée. Outre 
l'anglais, elle écrivait parfaitement le 
grec, le latin , le français, l'italien j 
et des autres langues de l'Europe 
aucune ne lui resta entièrement in- 
connue. Elle porta tout cela sur le 
trône, en i558, et elle y portait en 
même temps un extérieur m.ijestmîux 
et agréable, des viux vifs et brillants, 
un teint d'une l»!ancheur éclata te , 
enfin, malgré quelques imperlcctions, 
que l'œil, a-t-on dit, n'avait pas le 
temps de saisir, un enscmblede béante' 
répandu sur toute sa personne , et 
dont elle n'était pas mediocremeut 



ELI 

Yaine : nous verrous celte vanité' pro- 
duire de grands et de terribles eflets ; 
aiusi , l'hisloricu et ie biographe doi- 
vent également la remarquer. Ce fut 
le 17 novembre i558, qu'expira la 
reine Marie. Le parlement était en 
séance. Les communes s'occupaient 
d'un bill portant o défense de rien 
» imprimer sans la permission du roi 
» Philippe et de la reine Marie , expé- 
» diée sous le grand sceau d'Angle- 
)) terre : premier exemple, dit \cJour- 
» îuil parlementaire, d'une restreinte 
» mise à la liberté de la presse. » La 
discussion fut interrompue par nu 
message des pairs , qui requéraienl la 
chambre des communes toute entière 
de se rendre à leur barre. C'était pour 
y apprendre la mort de la reine Marie, 
et pour concourir avec la chambre 
haute à proclamer la reine Elisabeth. 
pas une voix ne s'éleva dans tout ce 
parlement catholique pour contester te 
qui avait été réglé par le testament de 
Henri VIIL Le nouveau règne fut an- 
noncé; le parlement se trouva dissous ; 
le bill inquisitorial disparut avec les 
communes qui l'agitaient , et avec le 
prince inquisiteur dont la royauté pré- 
caire venait de s'évanouir. L'avéne- 
ment d'Elisabeth excita une joie uni- 
verselle dans tout le rovaumc. Les 
malheureux protestants, dont le sang 
ruisselait sur les échafauds; les catho- 
liques sages et humains , qui gémis- 
saient de voir leur religion dénaturée 
par la fureur et souillée par le meurtre; 
les Anglais , jaloux de leur liberté, 
«pie tourmentait la seule idée de voir 
un trône britannique partagé par uu 
prince espagnol ; et cette classe de 
grands dont l'ambition espère tou- 
)ours dans un changement de pouvoir, 
et cette portion de peuple que son in- 
constance rend amie de toute nou- 
veauté, accueillirent avec des trans- 
ports et des acclamations universelles 



ELI 55 

leur nouvelle reine , qui , de son côté , 
ne parla de ses sujets, ou à ses sujets, 
qu'avec un langage d'amour. Sa marche 
de llatiield à Londres fut une marche 
triomphale. Elle entra en souveraine 
tonte -puissante dans cette même tour 
où elle avait été détenue prisonnière et 
accusée. Avec la soUmnité dont elle 
devait marquer tous ses discours, et 
avec l'importance qu'elle savait atta- 
cher à sa personne, elle remercia pu- 
bliquement l'Etre suprême de l'avoir 
a sauvée , comme Daniel , de la fosse 
» aux lions. » N'ayant pins rien à 
craindre des instruments subalternes 
de la vexation qu'elle avait «sauvée , elle 
affecta pour eux une c'émencc facile , 
et professa un oubli absolu de toutes 
les injures. Etablie dans son palais , 
elle s'occupa aussitôt et des affaires de 
l'intérieur et de celles du dehors. La 
première qui devait l'occuper, la 
grande affaire de son règne , était 
ce'.le de la religion nationale. L'An- 
gleterre allait-elle rester catholique ou 
redevenir protestante ? telle était 
la question sur laquelle il fallait se 
prononcer sans perdre de temps. L'é- 
vêque Gardiner avait précédé Marie 
dans le tombeau; le cardinal Pôle y 
était entré avec elle : c'étaient les 
moyens de crainte et les moyens de 
jiersuasion qui manquaient à la fois 
au catholicisme ; car l'évêque chance- 
lier s'était fait redouter mêm^ par ceux 
de sa croyance, et le cardinal légat 
s'était fait révérer et chérir même des 
protestants. 11 y avait bien nn évèque 
Bonner plus cruellement superstitieux 
que Gardiner; et l'archevêque dTork, 
à qui les sceaux avaient été remis, 
possédait plusieurs des qualités da 
cardinal Pôle : mais le premier n'cfait 
que haïssable , et .nucun mélange de 
vénération ne venait tempérer et , 
pour ainsi dire, sanctifier la terreur 
qu'il inspirait ; le second avait le mc- 

3.. 



3G ELI 

yite réel de pratiquer la verlu , mais 
n'avait pas l'hcuî eux don de la faire 
aimer. Elisabeth ne paraissait rien 
moins que dét-idëe. Depuis sa première 
Jeunesse , où elle avait manifeste du 
penchant pour la reforme, elle s'était 
repliée sur elle-même, et, soit incer- 
titude, soit artifice, avait étendu sur 
ses sentiments secrets le voile d'un 
doute impénétrable. On l'avait vue sui- 
vre publiquement le culte pratiqué par 
Marie. A en croire Sanders , appelée 
par sa sœur mourante, elle lui avait 
promis deux choses : l'une de payer 
ce que Marie avait emprunté à ses su- 
jets pour les guerres de Philippe ; 
l'autre, de ne jamais laisser renverser 
la religion catholique qui venait d'être 
^•établie. Entre Sandcrs , qui assure 
ce fait, et Burnet qui le nie, on cher- 
cherait en vain l'impirtialité d'un côté 
ou de l'autre; mais c'est une chose in- 
contestable qu'Elisabeth laissa dans le 
conseil prive treize membres que sa 
sœur y avait appelés, tous appuis zé- 
lés du catholicisme , et n'y introdui- 
sit que huit protestants. Ce qui est plus 
décisif et no» moins certain , c'est 
qu'immédiatement après" la mort de 
Marie, Eisiibelh éciivit au chevalier 
Carne , ambassadeur d'Augieterre à 
Rome, cl lui ordonna de notifier son 
avènement au pape. Assis sur le trône 
pontifical, le cardinal Pôle eût sauvé 
pour jamais la religion catholique en 
Angleterre : Paul lY la perdit sans 
retour. Avec mie hauteur aussi révol- 
tante que ses prétentions étaient in- 
sensées, il osa répondre à i'atnbassa- 
4eur d'B'isabfth, qu'il la trouvait bien 
hardie de s'être déclarée, de sa seule au- 
torité , souveraine de l'Angleterre, qui 
était un fief duSaint-.Siég': quesa nais- 
sance d'ailleurs l'écaitait du trône, tant 
que les sentences rendues par (dé- 
ment VII et Paul III, contre le ma- 
riage d'Anue de Bouku , ue scrakut 



ELI 

pas révoquées : que si Elisabeth vou- 
lait lui demander grâce et se sou- 
mettre à ce qu'il lui plairait d'ordon- 
ner , les trésors de sa miséricorde pa- 
ternelle ne resteraient pas fermés a de 
te les supplications; mais que jusque- 
là il n'avait rien à entendre d'elle ni 
de ses ambassadeurs. En blâmant ici 
le pontife avec toute la sévérité que 
méritent uu tel oubli de ses devoirs et 
un tel abus de son ministère, il est 
cependant juste d'observer que les di- 
vers potentats européens ont trop sou- 
vent reproché à la cour de Rome des 
attentats dont ils étaient plus respon- 
sables qu'elle. Ainsi , dans la circons- 
tance présente , la France, qui voulait 
que sa jeinie d luphine fût reine d'An- 
gl( terre ainsi que d'Ecosse , qui même 
lui en faisait preiidre le titre, pres- 
sait ardemment Paul IV d'excommu- 
nier avec solennité la fi'ie d'Anne de 
Boulen , de la déclarer illégitime et in- 
capable de régner : au gré de celle 
puissance, le pontife était encore trop 
modéré , puisqu'il différait. L'Espa- 
gne , d'un autre côté, adressait au 
Saint-Siège des demandes d'un genre 
bien opposé. Philippe, veuf de Marie, 
voulait devenir l'époux d'Elisabeth, 
et avec non moins d'ardeur il sollici- 
tait du pape une dispense poiir se ma- 
rier avec sa belle-sœur, et la recon- 
naissance ik' son titre de reine, pour 
que par elle et avec elle il régnât sur 
l'Angleterre comme sur l'Espagne. Le 
ponlife savait que le monarque es- 
p ignol avait adressé .ses vœux direc- 
tement à la reine, ol s'abusait jusqu'à 
croire possible (|u'Elis,ibelh achetât 
sa couronne et uu mari tu prix d'un 
acte de soumission à l'autorité .sacer- 
dotale du siège de Rome. Mais com- 
ment pouvait-on espérer qu'en épou- 
sant son beau-frère, elle voulut elle- 
même consacrer le mariage de Ca- 
therine d'Arragon, annuller celui de 



ELT 
M propre mère , et n'être reine qne 
par la ciéaiion d'un pape et l.i protec- 
tion d'un mari? Elle remercia Phi- 
lippe de son appui (jéncnnix dans les 
temps passes , lui pro()osa pour l'ave- 
nir les nœuds d'une bonne et solide 
amitié , mais éluda ses poursuites 
amoureuses. Quant au pape , a il veut 
» tout perdre, dit-elle, pour ae faire 
» gagner beaucoup » et elle nliésita 
plus. Son ambassadeur reçut l'ordre 
de quitter Rome. Elle choisit, parmi 
les protestants de «on conseil , pour 
garde des sceaux , Nicolas Bacon, ju- 
risconsulte au^^si dislin;;né que son fils 
devait être jjrand philosophe , mais 
l'un des açjents de Henri \ III , et en- 
richi par lui des dépouilles de l'église ; 
pour serréfairc d'état, Guillaume Cc- 
cil , avide dos mêmes déi^uillcs ; hom- 
me dont tous les partis ont dû recon- 
naître les grands talents , mais dont 
l'esprit de parti seul a pu défendre les 
principes ; prêt à jouer tous les rôles 
et à parler tous les langas;es ; protes- 
tant persécuteur sons Henri et sous 
Edouard, catholique superstitieux sous 
Marie; créature de Sommcrset et con- 
fidcnt de Dudiev; serviteur de Pôle, 
après avoir été l'instrument de Cran- 
mer; revenu à son premier svmbolc 
dès qu'il pénétra que ce serait c lui 
d'Eîisibeth , et fidèle à elle seule , 
parce qu'il la vit, seule, fi\er h fur- 
tune. Le premier soin dont elle le 
chargea fut de diriger les élections 
pour le nouveau parlement qu'elle 
avait convoqué. Sans en attendre la 
réunion , et c» vertu de sa seule pré- 
rogative, qu'elle était aussi disposée 
à étendre, qu'on l'était peu à la res- 
treindre, elle ordonna de tels chan- 
gements dans les formes extérieures 
du culte, que tous les évêqnes ca- 
tholiques , moins un seul , rcfuNèrent 
d'oflicicr à son sacre. Un seul lui suf- 
fisait. On a imprime qu'au milieu mê- 



E L I 57 

me de cette solennité ( i5 janvier 
1 55g ; immédiatement après avoir re- 
çu l'onction samte . E isabeh dit k 
ses fi'.les d'bunneur qui lui présen- 
taient le manteau royal : « Ne m'ap- 
» proche/, pas; cette huile puante vou* 
» ferait mal au cœur. » Des auteurs 
catholiques et protestants ont^ublié à 
l'envi cette anecdote, les uns croyant, 
par ce blasphème , rendre la ninfe 
odieuse ; les autres voulant , par et 
bon mot , rendtt la cérémonie mépri- 
sable. Ijes écrivains sages des deul 
communion^ se sont accordés à relé- 
guer cette anecdote parmi les fablM 
imprimées. En retournant de l'ab- 
baye de Westminster à son palais, 
la reine, moins surpri-e qu'elle ne le 
païuf , fut airrtée lout-à-coup par un 
enfant, qui, sons le personnage al- 
légorique de la Vérité, dc-cendit à 
elle du haut d'un arc de triomphe , 
et lui présenta une Bible. Elle piit 
le livre dans ses mains, le pit-s- 
sa sur son cœur, comme pour ^'et» 
pénéîrer. Elisabeth savait qu'à une 
page de ce livre était l'onction sainte 
donnée au roi Saiil par le grand prêt rfe 
Samuel : comuTent se serait-elle laissée 
aller à blasphémer publiquement et le 
livre qu'elle allait poser sur son cœur, 
et la consécration du diadème qni ve- 
nait d'être placé sur son froDt ? Onx 
qui ont tant aimé à l'en accuser, 
avaient un reproche plus vrai et 
plus grave à lui faire, celui d'avoir 
voulu être sacrée par un évêque ca- 
tholique , suivant le rit romain , et 
d'avoir juré au pied des autels le main- 
tien de celte même religion dont elle 
méditait le renversement, et que, 
dms dix jours, eile allait mettre en 
pièces avec une inconcevable rapidité. 
Le ^5 janvier 1 559, s'ouvrit '* P*""" 
leraent destiné à opérer celte grande 
révolution. Le 9 février , les deux 
chambres déclarèrent Eiisabçth reine 



38 ELI 

de droit dwin , et légitimement is' 
sue du sang royal. Le 18 , la chain- 
bre haute déclaiM la veme gowernanle 
supre'me de l'Eglise ainsi que de 
l'Etat. Le 22 mars, cette de'clara- 
tion eut l'assentiment des communes; 
et la lëvointiou fut faite. On aniiulla 
toutes Içs lois religieuses de Marie; 
on rétablit toutes celles de Hcnii 
VIIl et d'Edouard VL Un serment 
de suprématie spirituelle de la cou- 
ronne fut imposé à quiconque avait 
le moindre rapport avec le gouverne- 
inenl, mais, avant tout, aux e'vêques 
et au cierge; et pour fonder son église, 
pour faire exécuter ses décisions , la 
reine fut autorisée à former cette cour 
arbitraire de liante commission , que 
devait si cruellement expier le plus 
vertueux de ses successeurs. Que la 
chambre des communes, enticremejit 
renouvelée depuis le dernier parle- 
ment, votât de pareilles lois, elle n'é- 
tait pas du moins en contradiction 
avec elle-même; mais que, dans la 
chambre haute , qui n'avait pas chan- 
ge, deux pairs laïcs seuls eussent joint 
leurs protestations à celles du banc 
épiscopal , et que tous les autres eus- 
sent vote' par acclamation sous Elisa- 
beth , précisément le contraire de ce 
qu'ils avaient voté de même sous 
IMarie , c'était un pxcès d'impudeur 
<pie, même aujourd'hui , l'on a encore 
peine à concevoir. Tous les cvc- 
qucs , à l'cxcejilion d'un seul , refu- 
sèrent le seiuieut, €t aimèrent mieux 
sacrifier U:ur iortunc qu'abandonner 
leur foi. Sur neuf mille trois cent 
quatre-vingt-six ecclésiastiques du se- 
cond ordre, il n'y eut que cent quatre- 
vingt cures et qiiatrovingt-(piinze bc- 
ïic'ficicrs qui suivirent l'exemple des 
cvcques. Elisaliclh n'était pas euctue 
})crséculrice ; elle se contenta do des- 
tituer les réfraclaires, en témoignant 
scme sou estime à plusieurs d'entre 



ELÏ 

eux. Elle recompensa et mil à profil 

la docilité des autres. La séparation 
d'avec Rome se trouva consommée : 
une des branches les plus illustres de 
l'église chrétienne se détacha du tronc 
vénérable qui avait traversé quinze 
cents ans, et qui tirait de ses vieilles 
r.icines tant de force et de majesté. 
A travers toutes ces lois qu'accompa- 
gnait ^une grande libérable de sub- 
sides , ceux qui décrétaient les unes 
et accordaient les autres , honteux de 
l'instabilité qu'entraînaient toutes ces 
successions collatérales de la couron- 
ne, songèrent qu'ils étaient encore me- 
nacés d'une nouvelle métamorphose, si 
la reine catholique d'Ecosse restait hé- 
lilière présomptive de la reine jirotes- 
tante d'Angleterre. Une grande dc- 
])ulation des communes vint deman- 
der à Elisabeth de se donner à elle- 
même un appui consolatenr et à l'era- 
])irc britannique des héritiers directs. 
Avec une impatience diflicilement con- 
trainte, et une vanité qu'tujcun effort 
ne |)ouvait maîtriser, elle répondit : 
« que depuis long-temps elle eût joui 
des honneurs du mariage, si les ins- 
tances des plus puissants monarques 
eussent pu ébranler ses résolutions ; 
mais qu'elle était persuadée que Dieu 
l'av.iit mise dans ce monde pour s'y 
occuper de lui seul et de sa gloire di- 
vine; (pi'elle ne voulait pas que les 
soins terrestres de l'hymen la détonr- 
iiassent de sa c('leste mission, et que 
quand le fardeau de l'administration 
];ublique d'un royaume venait de s'y 
jiiindre, il serait trop inconsidéré d'y 
ajoiitir encore les embarras domesti- 
ques du maîiage. « Ou plutôt , » re- 
prit - elle en montrant l'anneau d'or 
mis à son doigt le jour de son'cou- 
ronnemont , « je suis déjà mariée : 
» riùat est mou époux , les Anglais 
» sont mes enfants : voici mon anneau 
» liupiial, cl je suis surprise que vou& 



ELI 

• l'ayez sitôt oublié, a An moins, » pour- 
suivit - elle en se contenant toujours 
plus ditiicilement, « je vous sais gré de 
» n'avoir pas été jusqu'à me nommer 
r> un epoiiX ; une telle proposition eût 
» été trop in(.lii;ne et de moi, en qui 
» réside la majesté d'une souveraifie 
» absolue , et de vous , trop sages pour 
» oublier que vous êtes nés mes sujets. 
» Au ^urpl^s, si de nouvelles ins|,i- 
» rations de la divine providence me 
»> portent jamais à changer ma vie en 
» y associant celle d'un autre, comptez 
» sur uo choix dont la république 
» n'aura rien à craindre. Si je per- 

• sisie, reposez-vous sur cette provi- 
» dence du soin de diriger mes con- 
» seils et les vôtres , et de me donner 
» un successeur p'us précieux pour 
» vous peut-élre qu'un lils qui, né de 
» moi , pourrait aj)iès tout dégénérer 
» comme tant d'autres. Jusqu a pré- 
» sent tout ce que je désire pour mi 
«mémoire et pour ma gloire, c'est 
» qu'on inscrive sur mon tombeau : 
« Ici repose Elisabeth , qui vécut et 
» mourut reine et vierge. » Nous 
avons cru devoir citer au moins une 
partie de ce discours, rapporte tout 
entier par Camden , parce qu'il est 
caractéristique. Après quelques actes 
de rchabi.itation accordés par ia reine 
à des familles dont les auteursavaient 
été condamnés soit par son père , soit 
par son frère ou sa sœur, Elisabeth 
mit fin à la première session de son 
premier parlement (mai i55g). En 
six mois elle avait établi la légitimité 
de son titre, l'état de sa mère, la reli- 
gion de son père , l'indépendance de 
son sceptre et celie de sa personne. 
El f avait terminé par une paix honora- 
ble lagueiredans laquelle Philippe 11 
avait engagé l'Angleteire contre la 
FraHce. Pour jouir d'une sé.'uritécom- 
plcie il ne lui restait pius qu'une seule 
inquiétude à écarter j mais celle-là 



ELI 59 

e'iail vive : elle tenait au voisinage de 
l'Kcosse, à la naissance et à la re'igion 
de sa reine, à l'union de cette jeune 
princesse avec le dauphin de France, 
à l'amliiiionetà la puissance des Guise, 
dont Marie S'uart ët:it la nièce , et 
dont sa mère , régente d'Ecosse , était 
la sœur. L'Ecosse avait bien été com- 
prise dans la paix faite avec la France ; 
mais malgré le traité et malgré les 
plaintes de Throcmorton , ambassa- 
deur d'Elisabeth, le dauphin < t la dau- 
phiue continuaient d'obéir à l'ordre 
du roi leur père , en écarlelaiit dans^ 
leur écusson les armes d'Angleterre. 
Henri 11 mourut ( 10 juillet iSSg,; 
François II et Marie Stuart s'intitu- 
lèrent roi et reine de France, d'E- 
cosse, d'Angleterre et d'Irlande; ils 
firent passer des troupes françaises 
dans le second de ces quatre royau- 
mes , avec le but aussi juste que rai- 
sonnable d'enchaîner les extravagan- 
ces et ks fureurs presbytériennes, dont 
ce malheureux pays était depuis deux 
ans le théâtre ensanglanté. La Con- 
grégation de Jésus ( nom que s'était 
donné à elle-même cette ligue de re- 
belles) rugit à l'idée d'être vaincue psr 
la Congrégation de Satan , la pros- 
tituée de babrlone et Vantechrist de 
Rome : elle envoya des ambassadeurs 
à Elisabeth , gouvernante de l'église 
sous le Christ, et lui demand.i des sol- 
dats à opposer aux armes françaises. 
Elisabeth hésita , dit-on , par écono- 
mie : Cëcil la détermina , et cette fois 
il eut raison. Sms les litres impru- 
dents qu'on avait fait arborer par Ma- 
rie , la reine d'Angleterre n'eût eu ricu 
à dire en voyant la reine d'Ecosse em- 
ployer une iorce légitime pour domp- 
ter des sujets rebelles; mais dans la 
circonstance actuelle, une armée fran- 
çaise ne pouvait pas entrer dans Edin- 
bourg sans paraître menacer Londres. 
Une fois résolue d'agir, Elisabeth vou- 



4© ELI 

lut que son action fût prompte et effi- 
cace : elle conclut une alliance avec la 
Congrej^ation d'Ecosse ; envoya une 
armée de terre joindre celle des li- 
gueurs , soutint l'une et l'autre par une 
puissante flotte, enferma les Français 
dans Lcith, les força de capituler, et 
les fît sur - le- champ transporter en 
France sur ses vaisseaux. Deux traites 
passes, l'un entre les commissaires 
d'Angleterre et de France, l'autre en- 
tre Elisabeth et la Congrégation , sti- 
pulèrent que le roi et la reine de 
France quitteraient les armes et les 
titres de souverains d'Angleterre ; 
qu'un Ecossais seul pourrait occu- 
per df's places en Ecosse ; que sur 
vingl-quati c personnes présentées par 
les Elals , Marie en choisirait sept , 
les Etals cinq, et que cette comuiis- 
fi'xoa de douze serait chargée de toute 
l'administration pendant l'absence de 
Marie ; que la reine d'Ecosse ne pour- 
rait faire ni la paix ni la guerre sans le 
consentement des Etats , et que ceux-ci 
seraient convoqués de droit, immé- 
diatement après la ratification du trai- 
té. Rassurée désormais contre un dan- 
ger qu'elle avait reporté à sa rivale, 
chérie en Angleterre , puissante en 
Ecosse, n doutée en France, admirée 
de l'Europe , Elisabeth vit se renouve- 
ler de toutes parts les demandes pour 
obtenir sa main. Philippe II n'y pré- 
tendait plus; il s'était uni avec une 
sœur du roi de France. Mais le roi de 
Suède, le duc de Ilolslein , oncle du roi 
de Danemark , l'archiduc Charles , se- 
cond fils de l'empereur Ferdinand, 
Gisimir, fds de l'électeur palatin, le 
comte d'Arran , héritier prcsom[)lif de 
la couronne d'Ecosse aprè> Marie, et 
recommandé jiar la Congi é^'alion , se 
mirent sur ies rangs. Qnehjues sei- 
gneurs anglais, mcme de simples gen- 
tilshoniuies, enhardis par l'illustration 
de leur origine ou de leurs talents, 



ELI 

par le charme de leur esprit ou d« J 
leur beauté, le comte d'Ânuidel, le ^ 
lord Roberi Diidley, le chevalier Pic- 
kering ne craignirent |>as d'a.-pirer à î 
partager le tiône et le lit de leur sou- j 
veraine. Elisabeth distribua entre ces 
rivaux , selon ce qui convenait à cha- 
cun d'eux , et des signes de reconnais- 
sance qui attestaient les jouissances 
de sa vanité , et des refus qui ne pou- 
vaient blesser la leur , tant ils étaient 
accompagnés de regrets ou d'indul- 
gence, de grâce ou de bonté. Mais si 
un mari pouvait faire craindre un maî- 
tre , un favori n'était qu'un esclave de 
plus : le cours des favoris commença , 
et le trône de la virginité devint le 
siège de la galanterie. Le premier as- 
pirant préféré fut Robert Dudley que 
nous venons de nommer : il était le 
plus jeune des fils de ce duc de Nor- 
thnmberland qui , après la mort d'E- 
douard VI, avait voulu exclure du tiù- 
ne h s deux filles de Henri VIII , pour 
y faire asseoir sa propre belle-fille , la 
malheureuse Jeanne Grey. Par une 
de ces bizarreries du sort, Dudley, 
qui, après le supplice de son père, 
avait été rétabli dans les honneurs de 
sa famille par la reine Marie , avait 
été aussi enfermé par elle dans la tour 
de Londres en même t'mps que la 
princesse Elisabeth, et leur première 
connaissauce datait de ce séjour. lUcn 
n'est plus singulier que de voir Cam- 
dcn, dans la même page , vanter « la 
» rare clémence de la reine comb'ant 
» d'honneurs celui dont le père avait 
» voulu la perdre, » puis ne pouvoir 
s'expliquer la bn'dante faveur de cette 
même reine pour ce même favori, que 
par une attraction nécessairement at- 
tachée à des fers qu'on a portés en 
eonunnn , ou par l'influence .secrète 
des astres sur deux êtres nés le même 
jour, à la même heure, sous la même 
constellation. Ce q<ul y avait de fà- 



ELI 
cteux , et ce qui est prouvé par le té- 
mciguûge uuaniine de tous Its histo- 
riens, uicnie de Hiiine, si parti.il |K)ur 
Elisabeth, c'est que ce Lvoii, dans 
un des \>\us beaux corps sortis des 
mains de \a nature , recelait , avec 
une profonde ineptie, Ions Ici vices 
les plus bas et les plus odieux. Tel 
était rhommc que choisissait la reine 
d'Angleterre pour proniii r objet de 
son affection , à qui elle avait donné 
i'oidrc de la Jarrelièi e dès la pretnière 
année de son règne , qu'elle devait 
bientôt créer comte de Leic< stcr , et 
qu'en attendant clic faisait sou princi- 
pal ministre. A ta vérité elle eut soin 
qu'il ne dispo^ât que des grâces , et 
que B<icon et Cécil gardassent le dé- 
partement des affaires, ^ous louchons 
à un événement aussi heureux pour 
Elisabeth qu'imprévu pour tout le 
inonde, qui vint tout à coup la ren- 
dre maîtresse absolue de sa destinée : 
à partir de celle époque, il ne tenait 
qu'à elle d'augmenter de jour en jour , 
surtout de conserver sans trouble et 
sans tache son bonheur et sa gloire. 
François II et Marie Sluart refusaient 
de ratiGer le Uaité d*Edimb.>urg, avec 
d'autant plus de justice, que dès le 
lendemain de sa ronclusion prélimi- 
naire, la Coa^rcg'ttion , à laquelle on 
avait promis un j^arleuimt , avait cru 
pouvoir le convoquer elle-même sans 
l'intervention de sa souveraine. Ce 
parlement avait proscrit d'emblée la 
religion calholi(]ue, et , dans les accès 
de sa noire frénésie, avait , entre au- 
tics lois pénales, infligé pour une 
messe dite ou euteudue , la confisca- 
tion de tous les biens, et une peine 
corporelle au choix des juges; pour 
deux messes, le bannissement à per- 
pétuité , et pour trois la mort. En 
France, li conjuration d'Amboise, à la- 
quelle Elisabeth n'était p-.int étrangère, 
et où l'oB ne s'était propesé rien moins 



ELI 4 ' 

qnp rairestation des princes lorrains 
et du rui lui - même , avait échoue. 
Tous les lessenliments et toutes les 
forces des deux gouverna menls réunis 
menaçaient donc les rebelle- d'Ecos-e 
et leur protectrice , lorsque Françi^is 1 1 
mouiut tout à coup U; 4 déceralirc 
i56o, après dix-sept mois de règne 
et dix-huit ats de vie. Marie Sluart, 
voyant ses liens avec la France rom- 
pus, et n'avanl plus d'ordres à rece- 
voir que d'elle-même , fit dispiraîtrc 
de son écusson les armes d'Angle- 
terre , et , prêie à retourner en Elcosse, 
crut pouvoir demander passage à tra- 
vers les états de sa cousine germaine 
Elisabeth, à qui elle venait de donner 
une si ample satisfaction. Qui aurait 
cru qu'elle pût essuv«?r un refus ? Elle 
l'essuya cependant. Ce n'était plus une 
rivale de puissance que craignait Eli- 
sabeth ; c'était une rivale de beauté, rt 
sa coquetterie était encore plus hai- 
neuse que son ambition. Elisabeth osa 
bien plus qu'interdire l'entrée de ses 
états à la reine d'Ecosse : elle sema 
la mer de vaisseaux pour intercepter 
celui qui allait rendre cette, princesse 
à ses sujets , et lorsqu'à la faveur d'un 
brouillard épais, Marie eut aborde 
dans son royaume, Elisalielh sut l'y 
environner aussitôt de pièges et de 
trahisons, dont sa rivale devait tôt 
ou tard être la victime. Il y eut ce- 
pendant une reconciliation apparente 
entre les deux cousines. Pendant 
quelque temps Elisabeth travailla len- 
ttuicnl à ourdir la trame qui devait 
envelopper ses voisins de tant de 
troubles et de calamités. Alors son ha- 
bileté mieux dirigée faisait fleurir cî 
briller son rovauine par la culture , 
la navigation , le commerce , l'écono- 
laie dans les finances , l'abondance 
dans ks magasins , la discipline dans 
les années , la création de chantiers , 
la construction de vaisseanx.Elleiné- 



42 ELI 

ritait d'être appelée la rcstaurafrice de 
de la marine anglaise, la souveraine 
des mers du nord ; et ces titres , celte 
soi verainelë qui devait un jour s'é- 
tendre si loin, compensaient pour les 
Anglais de ce siècle plus que des torts , 
plus que des vices : l'orgueil satisfait 
leur faisait supporter même la liberté 
Llesséc. Catherine Grey , sœur de l'in- 
fortunée Jeanne, avait épousé secrè- 
tement Seymour, comte de Hartford, 
fils du duc de Sonimerset, qui avait 
été protecteur pendant la minorité 
d'Edouard VI. Elle devint grosse, 
et sans autre crime que son mariage 
et sa grossesse , uniquement parce 
qu'elle perpétuait une race qui pou- 
vait, un jour _, avoir un droit éven- 
tuel à la couronne, Elisabetli, qui 
ne voulait pas qu'on pût lui succéder, 
fit enfermer à la tour la comtesse en- 
ceinte. Son mari , alors en France , 
revint déclarer son mariage et récla- 
nicr sa femme : il tut je té dans la même 
prison qu'elle, et la reine fit juger par 
son archevêque de Cantorbéry que 
l'union était illicite, l'enfant qui allait 
naître il légitime , ses père et mère di- 
gnes de punition. La voie de l'appel 
leur était ouverte: Elisabeth interdit 
l'appel. Un jurisconsuite aussi coura- 
geux que savant , Jean Halles prouva 
la légitimité duniariage , l'étal de l'en- 
fant, le droit des époux : Elisabeth 
fit emprisonner le patron ainsi que 
les clients. Il y avait défense de lais- 
ser les deux époux conuuuniquer en- 
semble : ils achetèrent de leurs gardes 
la liberté de se voir ; la comtesse de- 
vint encore mère; E'is.tbeth, ponr 
ce nouveau délit, (it condamner le 
comte par sa chambre éloilée à une 
amende de quinze mille livres ster- 
ling , cassa les olliciers de la tour, et 
prit celte lois des mesures si justes 
que,peuilant neuf années, ces malh( n- 
l'cux époux eurcul le tourment de se 



ELI 

sentir enfermés l'un près de l'autre, 
sans pouvoir même espérer de se 
voir. Alors la comtesse succomba sous 
le poids de sa douleur. Près d'expi- 
rer, elle envoya demander a la reine 
la liberté de ses enfants et de leur 
père , quand elle ne pourrait plus en 
jouir, et elle mourut sans savoir 
qu'elle l'avait obtenue. M. Hume appel- 
le tout cela une séi>érUé excessive ; il 
nemanquaitplusqucd'appelerdunom 
de clémence la vie laissée au père et aux 
enfants. Et cependant il y eut un parle- 
ment cette année ! et aucun de ses mem- 
bres n'imagina de demander compte, 
ni au garde des-sceaux ni au secré- 
taire d'état, de ces emprisonnements 
arbitraires, de cette grande charte vio- 
lée , de cette justice intervertie , de 
celte persécution meurtrière. Le par- 
lement, au contraire , devint persécu- 
teur lui-même, en étendant le ser- 
ment de la suprématie spiritutlle de 
la reine ; en statuant que celui qui re- 
fuserait deux fois de le prêter serait 
coupable de trahison. Un subside fut 
accordé à la n ine , qui en avait grand 
besoin, parce qu'ennemie en tout lieu 
de la religion catholique, elle s'était 
con iéJéi ée avec lescalvinistes de Fran- 
ce, leur avait envoyé de l'argent avec 
des troupes, et s'était fait livrer le 
Havre pour lui tenir lieu de Ca'ais , 
enlevé à sa sœur, E' fin le parlement 
la pressa de nouveau ou de se ma- 
rier , ou de régler qui lui succéde- 
rai t sur le troue. Revenir sur un point 
aussi délicat, quand elle s'en était ex- 
pliquée aussi nettement, lui parut une 
oflcnse, Son humeur éclata : elle ac- 
cusa la trop grande jeunesse d'une 
partie des députes , dil qu'elle était 
bien sûre que parmi eux les graves 
personnages ne la soupçonnei aient 
pas d'oublier un si grand intérêt , et 
<'X prima le désir que les jeimes têtes 
prissent exemple de leurs anciens» 



Instruite cependant que les communes 
étaient blessées de celle réponse , elle 
leur en fil une plus douce, mais «ou- 
jours évasive , lorsqu'à la clôture de 
la session, l'orateur de la chambre lui 
dit emphatiquement : » que parmi les 
» p;rands législateurs on avait compté 
» jusqu'ici trois femmes : la reme 
» Paie.slina , qui , avant le dclu5:;e , 
» avait réglé tout ce qui était relatif 
» à la paix et à la guerre; la reine 
» Cérès , qui avait établi des peines 
» pour réprimer les malfaiteurs ; cl la 
,» reine ALric , femme de Bathilnus , 
» mère du roi Stilicus, dont les lois 
» avaient eu pour objet la conserva- 
» lion des hommes bons et vertueux. 
» Elisabeth ét^ut la quatrième femme, 
» qu'on joindrait désormais aux trois 
» autres. Ces trois auttes avaient été 
» mariées; il fallait donc que la qua- 
» triemc le fût aussi. » La pétition de 
la chambre avait donné de beaucoup 
meilleures raisons que sou orateur. La 
reine n'en voulut écouler aucune, et 
le parlement fui prorogé pendant qua- 
tre années. Les événements se pres- 
sèrent dans cet intervalle. Le Havre, 
qu'Elisabeth prétendait garder pour 
le roi de France contre les Guise , fut 
repris par le roi de France et les Guise, 
Calais fut défiuilivcment perdu pour 
l'Angleterre. La paix se fit entio les 
deux puissances, à des conditions 
moins honorables qu'Elisabeth n'était 
accoutumée à les obtenir , et , pour 
comble de disgrâce , les troupes qu'elle 
avait envoyées aux calvinistes français 
rapportèrent avec elles une peste qui , 
dans Londres seul , enleva vingt mille 
citoyens en moins d'une année. Ce- 
peudant l'Ecosse demandait aussi à sa 
reine de se muier. Bonuc el facile, 
entourée île traîtres et de persécu- 
teurs , Marie Stuart sentait plus qse 
personne combien , dans son péril- 
leux veuvage , elle avait besoin d'ua 



ELI 45 

guide et d'un défenseur an-dedans et 
au-dehors. Ses oncles lorrains négn- 
nèreut pour elle plusieurs mariages 
dans les premières maisons souve- 
raines de l'Europe : Elisabeth les fit 
tous échouer. Elle alla jusqu'à faire 
espérer sa main à cet archiduc Charles 
à qui elle l'avait refusée, et à qui elle 
ne votilait pas la donner , dans la 
rrainte qu'il ne demandât celle dr 
Marie. Elle exprima fortement le désir 
que la reine d'Ecosse , puisqu'elle vou- 
lait se marier, s'unit du moins à un 
Anglais , pour faire de son hvmen le 
lieu des deux royaumes. Elle lui pro- 
posa son favori pour époux , lui pro- 
mit , à ce prix , de la reconnaître pour 
son hérilière , el eut l'air de ne crét r 
Dudiey comte de Leicester que pour 
ce grand hymen. Comme elle trompait 
tout le monde , Leicéster se crut délais- 
sé, accusa Cécil et Bacon d'avoir voulu 
l'éloigner, et leur en fit de vives que- 
relles. La reine d'Ecosse crut devoir 
se soumettre à la nécessité, et accepl.i 
la proposition. Alors Elisabeth ras- 
sura Leicéster, dont el!e n'avait ja- 
mais songé à se séparer, et ne vouliiî 
plus le donner à Marie dès que celle-ci 
eut consenti à le prendre. Marie écrivit 
des pi lintes amèies, reçut des répon- 
ses hautaines , euvova un ambassa- 
deur à Londres pour voir s'il n'était 
donc pas un moyen possible d'etabiir 
un rapprochement durable entre les 
deux souveraines. Melvil , c'était le 
nom de cet ambassadeur . découvrit 
bientôt qu'aulant Marie Stuart était 
sincère dans son désir d'une paix ami- 
cale, autant la fille de Henri VUl était 
fausse et perfide dans toutes ses dé- 
monstrations d'amitié pour sa rivale , 
qu'elle délestait encore plus comme 
femme que comme reiue,On peut voir 
el dans les Mémoires de Melvil lui- 
même , et dans rHistoiro de Hnmc, 
à quel point Elisabeth , pendaiit le 



44 ELI 

ct)iirs de cotte négociation , trahit le 
secret de ses petitesses, de sa vanité 
ridicule, de sa basse envie; comme 
elle épuisa les recherclies de. )a pa- 
rure, les costumes des différentes na- 
tions, tous les artifices des coquettes 
vulgaires , pour faire impression sur 
l'ambassadeur j et à l'idée du triomphe 
qu'anticipait son orgueil se joignait 
sûrement l'arrière pensée de rendre 
ce ministre infidMe aux intérêts de sa 
souveraine. Melvil revint à Edimbourg 
avec ses tristts découvertes. Le vœu 
général des Ecossais indiqua pour 
époux à Maiic nn Stuart, lordDarn- 
ley , fils de ce comte de Lcnox que 
les commotions politiques avaient porté 
en Angleterre, et qui , allié à la cou- 
ronne de ce dernier royaume , en 
était après Marie !c plui prochain hé- 
ritier. La reine d'Ecosse se rendit au 
vœu de ses sujets , et contracta ce ma- 
riage qui devait lui être si fiuicste. 
Tout le temps qu'il s'était traité, Eli • 
sabeth l'avait encouragé : elle voulut 
le rompre, dès qu'elle le vit près de 
se conclure ; elle s'emporta et s'oublia 
quand elle le vit conclu. Elle s'en prit 
à la mère et à un frère du lord Jarn- 
ley , qui étaient restés à Londres; les 
iît enfermer à la Tour ; confisqua 
tous les biens qu'avait eu Angleterre 
la maison de Lcnox; excita une in- 
surrection parmi les grands d'Ecosse; 
leur mit les armes à la main contre 
leur souveraine ; les désavoua quand 
ils furent vaincus ; leur promit en se- 
cret sa protection , s'ils voulaient dé- 
clarer pul)liq\iement qu'elle n'avait 
point trempe dans leurs complots ; les 
ciiassa de sa présence, comme des 
scélérats , dès qu'ils lui eurent accorde 
cette déclaration : et ses panégyristes 
ont dit , et 'es échos ont répété : la 
Magnanime F.liaahelh ! Marie Stuart 
eut un fils. Ce n'est pas ici le lieu de 
dire au milieu de quelles horreurs na- 



ELI 

quit cet enfant. Un ambassadeur e'cos- 
sais vint en porter la nouvelle à Elisa- 
beth. L'audience finie, restée seule au 
milieu de ses femmes , la tête appuyée 
sur sa main, et avec l'accent d'une 
douleur menaçante , elle s'écria : 
« La reine d'Ecosse est mère , et moi 
» je suis un arbre stérile! » Quel se- 
cret obstacle empêchait donc la reine 
d'Angleterre de devenir ce qu'elle re- 
grettait tant de ne pas être ? Son par- 
lement , enfin rassemblé après six pro- 
rogations, lui renouvela ses instances 
à cet égard ; et , cette f(iis , la demande 
étnit commune aux deux chambres. 
L'ime et l'antre ne retentissaient que 
des mots de marias:e et de succès^ 
sion. On y accusait ouvertement la 
reine de ne compter pour rien le bon- 
heur de son pays, et la destinée de 
tout ce qui devait lui survivre. <hi tai- 
sait avec « (Troi l'énuraéiation de ceux 
qui se porteraient pour ses héritiers, 
si el!e mourait sans en avoir designé 
un. Les ministres, et rolammeiitCécii 
étaient traités de conseillers pernicieux, 
Le duc de Norfolk, !<• comte de Pem- 
brok, le fnvori lui-même, qui voulait 
encore p'us (pi'il n'avait . osèrent dire 
que si la reine lefusùt encore de 
prendre un épojix , le parlement de- 
vait lui nommer un successeur. Une 
promesse équivoque, apportée par les 
ministres, en réponsi- aux pétitions 
des chambres, ne satisfit point. Paul 
Wentworlli ( nom destiné à figurer 
dins les annales parlementaires), ne 
craignit pas de prononcer que la reine, 
en s'obstinant à ne pas régler sa suc- 
cession , avait tout a la fois provoqué 
la colère du ciel et aliéné les cœurs du 
peuple. Une délibération commune fut 
annoncée entre des commissaires des 
deux chamlires. Elisabeth leur envoya 
une défense expresse de s'occuper 
plus long -temps de cet objet. Wcnt- 
worth uit en délibération : « Si des 



ELI 

» ordres ou des défenses envoyés par 
>» la reine, n'étaient pas une iiifrac- 
» tion (les libertés et pHvi'éiîes de la 
» chainbn-? » question qui n'en serait 
plus une anjourd'hui , et qui alors 
donna lieu à quinze heures dt- débuts. 
L'orateur des communes, mandé par 
b reine, leur .ipporta le lendemain uu 
nouvel ordre positif, qui commandait 
le silence. I' ne fut pas plus obéi que 
le premier. En6u, la ficre Elisabeth, 
qui cntend;nf la voix de la nation s'unir 
de toutes parts à relie de ses représen- 
tants , sentit qu'il f. liait parler uu au- 
tre langage que celui du pouvo-r ab- 
solu. Elle fit annoncer par l'orateur 
qu'elle révoquait ses dt-ux ordres ; 
mais qu'elle désirait que la chambre 
n'insisiât pas sur celle qtiesiion pourle 
moment. Cet acte de CDndescend-mce 
produisit uu effet magique . celui que 
produit presque toujours la puissance 
qui cède a la raison. 1 1 ne fut plus ques- 
tion dans la chambre que de félicita- 
tions mutuelles et d'actions de grâces 
pour la reine. On vota uu subside bien 
plus f^rt que celui qu'elle avait de- 
mandé. Elle en remit une partie, ne 
voulant pas être vaincue en géucrosilé, 
et disant [u'clle aimait mieux voir cet 
argent dans la bourse de ses sujets 
que dans la sieime. Cependant , pour 
prévenir le retour d'un nouveau con- 
flit, elle vint en personne au parle- 
ment , non pas le proroger , mais 
le dissoudre , et avec des expres- 
sions d'aigreur, qui témoignèrent trop 
la peine quelle avait eue a se vaincre. 
Pendant cinq ans , depuis 1 560 jus- 
qu'en 1371. elle u'a>s(>mbla plus de 
parlement. De cette période sortirent 
eu Ecosse les événements extraordi- 
naires qui devaient mettre Marie au 
pouvoir d'Elisabeth , et les rendte 
peut-être aussi coupables l'une que 
l'autre. Nous renvovons à l'article de 
Mabie Stcart les détails de sa cou- 



ELI 45 

duite et de sa destinée dans l'intérieur 
de son royaume ; ses affreux malheurs 
et ses f.iutes énormes; l'horreur de ses 
tourraei\ts et le crime, sinon de sa 
vengeance, au moins de sa faiblesse. 
Alors nous anrous à montrer le don 
de sa main, de son cœur, et de sa 
couionne, pavé par la plus basse et 
la plus noire ingratitude ; son vieux 
serviteur de confiance , poignardé à ses 
pieds , en présence et par ordre de son 
époux , quand elle était grosse de plu- 
sieurs uiois; cet époux meurtrier, meur- 
tri à son tour par un ambitieux , qui, 
dans l'excès de son audace, eidève, 
subjugue , épouse et déshonore la 
veuve du roi quil vient d'.issassiner ; 
des nob!es qrn , soit comme provoca- 
teurs , soit comme instrummts du 
crime, ont, par un manifeste signé 
d'eux tous , commande ou servi cet 
hymen coupable, et qui prennent les 
armes pour le punir ; la clameur des 
peuples, excitée par celle des factieux; 
le couple dénoncé , ne sachant plus où 
arrêter ses pas ni où reposer sa tête ; 
l'infâme Bothwel , ro|ipressenr et le 
corrupteur de sa noble et vertueuse 
souveraine, oblige de fuir pour jamais 
sur le continent , t-t sa misérable vic- 
time , femme prophanée , reine avi je , 
veuve sacrilège, mère dépouillée, traî- 
née en criminelle sur les routes , ab- 
diquant sa couronne dans un donjon , 
abaudonmnt son pouvoir «-t son en- 
tant à un frère naturel , ennemi euve- 
iiirae de l'un et de l'autre, secourue 
et délivrée pendant quelques in>tHnts , 
mais ue comptant encore quelques dé- 
fenseurs autour d'elle que pour les voir 
dispersés sans rctoir, et réduite enfia 
à n'espérer de reluge que dans les 
états de sou envieu>e riv-ile et de sa 
perfide eujiemie. A cette dernière cir- 
constance se rattache le fil historique 
qne nous avons a suivre aujourd'hui. 
Dès qu'Elisabeth avait su Marie em- 



46 K L î 

prisonnee dans un cbâtoan d'Ecosse , 
par «es propres sujets , elle s'était por- 
tée pour arbitre entre la royale cap- 
tive et les rebelles confcdc'rc's. Comme 
femme, elle avait témoigne, peut-être 
senti , quelque compassion pour une 
rivale si luunilice qu'elle ue pouvait 
plus être enviée. Comme reine , et 
s'adressant à des factieux qu'elle pré- 
tendait pousser ou retenir à sou gré, 
elle leur avait fait dire par son ambas- 
sadeur Throcmorton : « Qu'apparem- 
» ment ils ne se proposaient pas de 
» réformer, et encore moins de punir 
» l'administration de leur souveraine; 
» que la prière et les remontrances 
» étaient la seule défense permise con- 
» tre les actes injustes de l'autorité su- 
» prême , et que si elles n'étaient pas 
» écoutées, il ne restait plus à des su- 
» jets fidèles qu'à implorer le Tout- 
» Puissant, qui change comme il lui 
« plaît le cœur des rois : » doctrine 
co(mmode pour le despotisme d'Elisa- 
beth , et qui, jusqu'à celte dernière 
époque, n'avait jamais été nécessaire 
à l'administration juste, sage et tolé- 
rante de sa rivale. Mais ce droit déju- 
ger Marie, qu'Elisabeth refusait aux 
sujets de cette princesse , elle se l'ar- 
rogeait à elle-même. Pendant le peu 
d'instants où la reine d'Ecosse avait 
rompu ses fers , révoqué son abdica- 
tion, et rassemblé encore une armée, 
Elisabeth , pour qui l'incertitude des 
ëvcuements venait de renaître , s'était 
encore oTerle à son amie pour mé- 
diatrice; elle voulut être juge , dès 
qu'elle sut Marie fugitive sur le terri- 
toire anglais. Dans le conseil secret 
qu'elle se hâta de tenir, sa profonde 
.sensibilité fut bientôt obligée de céder 
à la politique plus profonde encore de 
Cécîl. ]1 fut arrêté que cette même 
Providence , qui ne permettait aux 
Ecossais que l'hinnilité «les prières 
pour se défendre des injustices de leur 



ELI 

reine , permettait à Elisabeth ta viola- 
tion de l'hospitalité, tous les abus de 
la force , tous les mensonges de l'hy- 
pocrisie, pour ensevelir dans une pri- 
son perpétuelle son égale, sa parente, 
sa sœur, son amie , à qui elle ne pou- 
vait reprocher aucune offense , et qui 
n'était pas sa justiciable. Marie vit ac- 
courir autour d'elle une foule d'es- 
pions titrés , qui , sous prétexte de lui 
rendre des hommages et des soins, la 
gardaient à vue , suivaient ses pas , 
notaient ses discours , interrogeaient 
ses regards et jnsqu'à son maintien. 
On commença bientôt à la transférer 
de lieu en lieu , parce qu'il fallait en- 
core déguiser sa prison, et que les om- 
brages attachés à la tyrannie faisaient 
toujours craindre que dans le séjour 
actuel il n'y eut des raoyews d'évasion 
pour la victime. Carlîle était une cité 
trop populeuse, Bolton un château 
trop écarté : le Cumberland était trop 
voisin des Ecossais, l'Yorkshire trop 
rempli de catholiques : par-tout la reine 
d'Ecosse séduisait trop par les charmes 
de sa personne et de son caractère, 
intéressait trop par ses malheurs, per- 
suadait trop son innocence. Elle avait 
deuiandé à voir la reine d'Angleterre; 
Elisabeth exprimait le même désir, 
mais , pour l'honneur de toutes deux, 
voulait que Marie , avant cette en- 
trevue , fût purgée de cette accusation 
calonniieuse que lui intentaient les re- 
belles, d'avoir trempé dans le meurtre 
de son époux , avant d'en épouser le 
meurtrier. La reine d'Ecosse répliqua 
qu'elle soumettait volontiers sa tause 
à l'arbitrage de sa bonne sœur. Celte 
bonne sœur prit acte de cette soumis- 
sion pour établir un procès contradic- 
toire , et manda les accusateurs de Ma- 
rie, à la tête desquels était le régent 
d'Ecosse, ce comte de Murray, frère 
naturel de la reine , le plus invétéré , 
le plus ingrat et le moins scrupuleux 



ELI 

de ses ennemis. Marie , qui n'avait 
souscrit qu'a un arbili jge cumpatible 
avec .sa ditjnité , se récria contre l'idée 
de ta traduire- pèie-mêli- av(c des su- 
jets rebrllfS, devant le tribunal d'une 
puissance étiaii-^ère. Ou lui répondit 
que Ce n'était pas a elle, mais à eux 
qu'on allait demander drs comptes, 
et que la ninc d'Ang'etrrre voulait 
nou l'accu'^tiun, niai- la justinotiou 
de son rtmi'e. Trompée par citte expli- 
cation , Marie uumuia des commis- 
saires pour conférer avec ceux d'Eli- 
saberli. Le récent d'Ecosse \iiit d'E- 
dimbourg avec d'autres commissaires 
dei'eufaiit royal, dont il s'était fait le 
tuteur et dont Mirieétail la mère. Les 
délégués li'Elisabelb prirent le main- 
tien de juges , et les autres p aidèrent 
devant eux. D ms \v< premières séances 
la cause d- Marie triompha Iclenient , 
qu'Eiisabeih fut a ssi embarrassée de 
la justification de sa bonne soeur , 
qu'ele s'cu était montrée avide. Le 
régi'iit d'Ecosse dit aux commissaires 
anglais, hors de séuice cts.ius le se- 
cret, qu'il ne lui serait pas impossible 
de produire hs plus fortes preuves 
contre la reine sa sœur, .s'ii pouvait 
être sûr qu'une fois convaincue elle 
serait punie , et qu'on n'aurait jamais 
lien a craindre de ses resscnlim nis. 
Aussitôt 'es cunfén'nces fiuent trans- 
férées dTork à W< stminstcr. Eisa- 
belh , qui ne s'était pas cru p<rmis 
de r« cevoir ia reine d'Ecosse tant que 
le procès était pendant, eut, sans le 
moindre scrupule, une lou<;nc confé- 
rence avec le comte de Murrav. Elle 
cassa sa première commission , en 
créa une nouydle où son favori et 
tous ses ministres furent joints aux 
trois mernb'es de l'ancienne. La , 
Murray accusa posilive-nent la reine 
d'f cos'^e (l'avoir été comp.ice de son 
ama.'t Bothw 11, dans la destruction 
du roi son é^wux j et pour le prouver, 



ELI 47 

il produisit ces lettres , ces poésies plu- 
tôt <icentieuses qu'amoureuses , sans 
signature . sans dates , sans adresses , 
mais prétendues écrites de la main de 
la reine , et prétendues prises sur ua 
domestique de BotliWell ; objet de 
controverse depuis plus de deux siè- 
cles , et que nous tàclierons d'appré- 
cier à leur juste valeur dans l'article 
directement consacré à Marie Stuart. 
Il suflit de dire ici qu'à la première 
nouvelle de celte accusation, Marie, 
après avoir récusé la seconde commis- 
sion d'Elisabeth, requit i " la communi- 
cation immédiate de toutes les pièces 
qui venaient d'être produites contre 
cl!e ; •!". la faculté de venirse défendre 
elle-mèm - devant sa majesté anglaise , 
son con>ed, sa cour et tous les mi- 
nistres étrangers; 5 '.eniin,la détention 
de tous srs accusateurs, pour qu'ils 
pussent lui être confrontés , et notam- 
ment de Murray , qu'elle pouvait con- 
vaincre d'avoir été ie premier artisan 
de la mort du roi. « Ces demandes 
» sont juites, » dit le duc de Norfolk , 
qui avait été président de la com- 
mission d'York ; et Sussex, Arundel , 
le grand amiral Clinton , le comte de 
L- ioesler lui-même furent de son avis, 
a Tant que Norfolk vivra, » dit Elisa- 
beth avec colère, a la reine d'Ecosse 
» ne manquera pas d'avocats. » Par 
réflexion rependant elle avoua qu'elle 
aussi trouvait ces demandes justes, et 
promit d'y penser. Pende jours après, 
le 1 6 janvier i JÔg , au lieu d'accorder 
ce qui était juste pour tous , elle pro- 
posa ce qui était le meilleur , disait- 
elle, pour sa bonne sœur; non pas un 
jugement, luais un accommodement: 
a Sa bonne sœur devait haïr la con- 
» duite des Ecossais , qui , de leur 
» eô'é . n'aimaient pas son gouvTne- 
» ment. Ne va!aiî-il pas mieux pour 
» elle déposer sur la tète de son CIs 
9 une couronne qui b fatiguait , et 



48 ELI 

» passer en Angleterre des jours tran- 
II quilles, libre des soins et à l'abri 
» des orages d'une telle royauté'?» 
Marie répondit : « Plutôt mourir; mes 
» dernières paroles seront celles d'une 
» reine d'Ecosse » ; et elle rederaan- 
d;4 communication des lettres suppo- 
sées qu'on lui imputait, liberté de 
se défendre publiquement et de con- 
fondre ses calomniateurs faceà-face. 
Pour toute réponse, Elisabeth ren- 
voya Murray gouverner l'Ecosse ; lui 
prêta 5,000 livres sterling pour son 
voyage , outre des présents dont la 
■valeur resta ignorée ; le laissa empor- 
ter les originaux, de ces fameuses let- 
tres, dont on n'a plus connu que des 
copies, et dont on ignore aujourd'hui 
jusqu'à la langue primitive ; arrêta en 
Angleterre le duc de Chatellerault, qui 
voulait ôtcr la régence à Murray ; 
commit enfin le comte de Salop à la 
garde de la reine d'Ecosse, et la fit 
tiansférer au château de ïutbury, 
dans l'intérieur du comté de Staf- 
ford. Il y a là sans doute plusieurs 
circonstances qu'ont omises Hume et 
liobertson ; mais il n'y en a pas une 
qui ne soit incontestable. Ce qui a 
encore été omis , c'est que , « malgré 
» tous les genres de rivalités qui pou- 
» vaient pervertir son jugement, Eli- 
» sibcth était Idiu de croire à la vé- 
» rilé de ces lettres et de ces poésies 
» tant controversées » ( G imden l'as- 
sure positivement {\); c'est (|u'avant 
le départ de Murray et de ses adhé- 
rents, la rciué d'Angleterre leur fit 
déclarer ofllciellemcnt par Cécil , u que 
» ce qu'ils avaient produit ne suilisait 
» pis pour que Sa Majesté prît une 
» opinion désavantageuse de sa bonne 
» sœur » ; c'est qu' « Elisabeth elle- 



iO Kp'nloli§ ^ero el carminibiu l'Uisab«llia 

y\x Mttm adhibuit , licot mulirbri» cmulatio , 
qiiw lllnm irxma tr.iinveriijiimum ««it, tnlercct- 



ELI 

» même écrivit à Marie pour la con- 
» soler , pour l'assurer qu'elle ne dou- 
» tait point de son innocence. » Et 
M.irie n'en restait pas moins prison- 
nière ! et en lui faisant espérer un 
meilleur sort dans l'avenir , Elisabeth 
l'exhortait, pour le présent, « à snp- 
» porter avec patience une délentioti 
» qui , en cas d'événement , la rap- 
» prochait de ce trône d'Angleterre 
» dont elle devait hériter un jour » ! 
dérision atroce, il faulbienledire avec 
le plus vertueux des historiens (i), 
mais qui nous avertit d'être au moins 
méfiants là où tant de haine n'a pas pu 
rendre Elisabeth crédule. Une telle 
injustice était de celles qui , une fois 
commises , condamnent à en commet- 
tre beaucoup d'autres. 11 devait en 
résulter des soupçons chimériques et 
des peines injustes, des conspirations 
réelles et des condamnations justes 
peut - être , mais toujours odieuses 
quand le délit a été provoqué par 
l'autorité qui le punit. Le duc de 
Norfolk, le plus grand seigneur et 
l'homme le plus accompli de l'Angle- 
terre , avait été en effet touché des 
malheurs , du courage et de la beau- 
té de Maric-Stuart. Le perfide com- 
te de Murray , qui s'en était aj)erçu , 
et qui , pour retourner dans son pays , 
avait à Iravt rser les vastes domaines 
du duc et de ses puissants amis, lui 
avait suggéré l'idée de prétendre à la 
main de la reine d'Eeosse, après la 
dissolution du funeste mariage qu'elle 
avait contracté avec Bothwell. Norfolk 
était veuf, et son Age se rapportait à 
celui de Marie; l'un avait une (ilicqui 
pouvait être destinée au jeune prince 
dont l'autre était mère. Ce double 
mariage devait rendre à Marie son 
trône et^on.fils; à l'Ecosse, sa tran- 
quillité et la garantie de sa nouvelle 

(j) CailUrJ, JtnalitidfU Fitmee «I dtl'Ai»- 
gUlern, Wni. l>^, V '"<'• 



ELI 

îfglise, puisque Norfolk était protes- 
tmt; aux deux royaumes, le moyen 
de fonder une alliance durable eutre 
Elisabeth , dont le consentement était 
regardé comme nécessaire, et Marie , 
qui désirait depuis si long-temps celte 
bonne intelligence avec sa cousioe. 
Norfolk fut aisément persuadé. Les 
amis de la reine et ceux du duc ap- 
plaudirent ; même parmi les amis d'E- 
lisabeth , les plus intimes entrèrent 
avec chaleur dans un projet si propre 
à finir de si fâcheuses divisions. Ce 
fut le comte de Loicester qui écrivit à 
la reine d'Ecosse pour l'exhorter à 
cette union , pour lui en proposer les 
articles , et l'on peut croire que les 
intérêts d'Elisabeth n'y étaient pas 
lésés. Marie consentit avec dignité , 
et signa une espèce de contrat. Elle 
écrivit à ses agents d'Ecosse , com- 
me Norfolk et ses amis à leurs vas- 
saux anglais, qu'on se gardât d'in- 
quiéter Miirray dans sa marche et 
dans son retour. A peine fut-il arrivé 
dans Edimbourg , qu'il dépêcha un 
courrier à Elisabeth pour lui révéler 
comme un complot ce qui devait lui 
être proposé comme une conciliation. 
Le duc de Norfolk fut mis à la Tour. 
Trois autres pairs furent prisonniers 
dans leurs maisons. Les comtes de 
Northumberland et deWestmoreland , 
coururent lever dans le nord une ar- 
mée de vingt mille hommes. Ces deux 
derniers étaient catholiques : ils pu- 
blièrent, dans leur manifeste , le désir 
d'obtenir , avec la liberté de leurs 
amis , celle de leur religion ; ils avaient 
ouvert une correspondance avec ce fa- 
meux duc d'Albe , le gouverneur et le 
fléau des Pays -Bas , en avaient reçu 
des promesses , mais n'eurent pas le 
temps de voir arriver les secours. 
Vaincus sans combattre , ils se sau- 
vèrent en Ecosse , d'où Wistmorcland 
put gagner la Flandre. Norlhumbsr- 

XIII. 



ELI 49 

land livre à Murray, le fut par lui à 
Elisabeth , qui le réserva pour un 
grand exemple. Plus de huit cent per- 
sonnes périrent par la main du bour- 
reau. La procédure prouva que Nor- 
folk s'était toujours opposé à toute 
ligue avec des étrangers , et du fond 
de sa prison avait envoyé à ses vas- 
saux l'ordre de se battre pour sa sou- 
veraine contre ses amis. Elisabeth lui 
accorda sa liberté, en exigeant de lui 
sa parole de rompre avec la reine 
d'Ecosse. Norfolk promit , fut en- 
traîné par son penchant , espéra d'au- 
tant plus pouvoir rétablir Marie sur 
son trône, que Murray avait péri par 
un assassinat , digne récompense de 
ses ciimes. Il crut enfin la promesse 
par laquelle il s'était lié à l'infortunée 
Marie, plus sacrée que celle qui lui 
avait été imposée par l'impérieuse Eli- 
sabeth , et cette fois il admit la néces- 
sité d'être aidé par des étrangers , noa 
à ébranler le trône d'Angleterre, mais 
à relever celui d'Ecosse. L'ardente 
vigilance et l'habile espionnage de Cécil 
devenu lord Burleigh , découvrirent 
les nouveaux projets de Norfolk. Ua 
de ses domestiques livra ses papiers. 
Accusé de haute trahison par ordre de 
la reine , il fut condamné , exécuté et 
pleuré de toute i'Angleterre , à com- 
mencer par ses juges , dont le prési- 
dent sanglotta en lui prononçant sa 
sentence. Deux amis qui avaient voulu 
le délivrer , périrent comme lui. Nor- 
thumberland, qui attendait encore la 
mort, la reçut dans York. Entre la 
sentence de Norfolk et son exécution , 
le glaive était resté quatre mois sus- 
pendu sur sa tête. Elisabeth voulait 
paraître livrée à de violents combats , 
avant de frapper une têie si chérie et 
si respoctée. Elle se fit arracher l'or- 
dre de mort par des remoii:rauces de 
son conseil , des adress' ^ de ses com- 
inunes; des sçjiiBOUà de ses prédica- 

4 



5« ELI 

teurs. Alors elle tenait son quatrième 
parlement. Le troisième n'avait dure 
que deux mois, quoiqu'ayaut à dclibe'- 
rer sur de graves circonstances. Le 
papcPieV, après d'inutiles essais pour 
gagner Elisabeth , avait fulmine' suc- 
cessivement contre elle, et sa bulle 
d'excommunication et celle de de'- 
cbëance qui dc'Iiait ses sujets du ser- 
ment de fidélité. Un enthousiaste , 
nomme' Felton , avait ose' afficher ces 
huiles ans portes du palais, et maî(re 
de rester inconnu , avait provoqué et 
reçu la couronne du martyre , avec un 
Jie'roïsme aussi admiré des protestants 
que béni des catholiques. Elisabeth 
sans doute eût été plus fondée à s'in- 
digner de ces actes de la cour de 
Rome, si, de son côté, elle n'eût pas 
à sa manière , délié les Ecossais , et 
tant d'autres , de leurs serments de 
fidélité envers leurs souverains; mais 
enfin , munie d'armes plus effica- 
ces que les foudres du Vatican , elle 
voulut que son parlement de li^i 
leur donnât encore plus de force , et 
elle eut pleine satisfaction. Ce qu'il y 
eut de crimes, de trahison créées dans 
cette session , peut à peine se conce- 
voir. Ce fut trahison non plus seule- 
ment de convertir, mais d'être con- 
verti à la fol catholique; trahison d'ap- 
peler la reine hérétique ou infidèle; 
trahison de dire que le choix de son 
successeur ne pouvait pas être déler- 
niiué par un acte du parlement. Enfin , 
la pcii'C de confiscation , jointe à une 
pri«on peipétucUe, fut portée contre 
quiconque aurait écrit deux fois , même 
sans le publier : « que personne put 
» succéder à la reine, autre que la 
» postérité naturelle , issue de son 
» corps. » Cille extravagance de dé- 
signer exrlusivcraent pour héritière 
possible de la reine , une jioslérité 
qu'elle n'avait pas , cette alfectation de 
dire postérité naturelle , en écartant 



ÊLI 

le mol légitime , réclame par plusieurs 
voix , fil croire dans toute l'Angleterre 
que le favori avait en réserve quel- 
qu'enfant qu'il voulait porter sur le 
trône , comme issu de la reine, si elle 
venait à mourir; mais ces mêmes com- 
munes , si dociles sur ce point aux 
volontés d'Elisabeth , lui parurent in- 
solentes quand elles voulurent prendre 
l'initiative sur des questions ecclésias- 
tiques. Un de leurs membres, Strick- 
land , pour avoir proposé une réforme 
de la liturgie , fut mandé par le con- 
seil et reçut ordre de s'absenter du 
parlement. Il fut réclamé par sa cham- 
bre. Un Carleton, un chevalier Ar- 
nold , un Yelverlon , noms qui doi- 
vent être conservés , posèrent les 
grands principes « qu'un membre de 
» la chambre des communes n'était 
» plus un homme privé; que la repré- 
» sentation nationale, à laquelle il ap- 
» partenait, ne devait pas le laisser 
» arracher de son sein; qu'il n'y avait 
» pas un seul objet d'mtérct public qui 
» ne pût être pris en considération 
» par une chambre où résidait une 
V telle plénitude de pouvoir , que 
» jusqu'au droit à la couronne était 
» déterminé par elle , et qu'oser le 
» nier était un crime de haute- trahi- 
» son ( Elisabeth était battue ici par 
» ses propres armes); qu'enfin la 
» reine ne pouvant faire des lois à 
» elle seule, ne pouvait, par la même 
» raison , les annullcr à elle seule; » 
et la conclusion de ces principes était 
que la chambre devait envoyer cher- 
cher son membre absent. En vain les 
minisires voulurent défendre ce coup 
d'autorité. En vain il se trouva un de 
leurs agents assez servile pour aller 
chercher dans les temps anciens sous 
Henri IV , un évêquo , sous Henri V 
l'orateur même des communes , empri- 
soiiués pour des opinions trop har- 
die*; les ministres craignirent de lais- 



ELÎ 

S^r prendre les voix, rompirent la 
séance, cl Strikland reparut le lende- 
main. La reine, d'autant plus impé- 
rieuse qu'elle avait ee'de une fois , (it 
signifier sévèrement à la chambre des 
communes , la défense expresse de 
se mêicr des affaires ecclésiastiques; et 
le subside accorde' -, vint dissoudre le 

{)arlemeut. Celui qu'elle convoqua 
'année suivante (lô^i) ne tarda pas 
k la satisfaire. Nous l'avons vu de- 
mander le supplice du duc de Norfolk. 
Il ne s'en tint pas là. Un comité pour 
les affaires de la reine d'Ecosse, fut 
compose' de quarante-six raerabi es des 
communes, et de cinq p.iirs . dont 
deux ecclésiastiques. Le a8 mai , les 
deux chambres représentèrent « que 
» non-seulement la justice, mais l'hon- 
» iieur et la sûreté de la reine vou- 
» laient qu'on procédât criminelle- 
» ment, et sans le moindre délai con- 
» ti e la reine d'Ecosse , coupable de 
» trahison au dernier degré. » Elisa- 
beth approuva, remercia , mais, pour 
des raisons à elle connues , décida 
qu'il valait mieux différer, sans y re- 
noncer , l'ouverture de ce procès , et 
néanmoins pressa la conclusion d'au- 
tres bills précurseurs de cette grande 
iniquité. Le parlement en passa deux. 
L'un déclara coupable de trahison 
quiconque entreprendrait de délivrer 
une personne emprisonnée par ordre 
de S. M., ou de s'eniparer d'une mai- 
son royale. L'autre statuait que si Ma- 
rie , dite Reine d'Ecosse , offensait la 
loi d'Angleterre, il serait procédé con- 
tre elle dans les formes reçues contre 
la femme d'un pair du royaume. Eli- 
sabeth sanctionna le premier de ces 
bills , qui lui suffisait , ajourna le se- 
cond , dont elle n'avait pas besoin , et 
prorogea le parlement, qu'elle ne de- 
vait plus rassembler que dans trois 
ans» Elle était devenue despote si ab- 
solue, qu'à partir de celle époque 



ELt 5t 

Camden fait h peine mention des si- 
mulacres de parlement qui se mon- 
trèrent. «Il semblait ( a dit naïvement 
» un autre historien ) que cette he- 
» roique personne voulût montrer à 
» ses sujets qu'elle n'avait pas besoia 
» d'eux pçur les gouverner. » Cepen- 
dant elle ne cessait d'exciter îles trou- 
bles dans cette malheureuse Ecosse, 
dont elle détenait la malheureuse reine. 
Le comte de LcnoX , régent après 
Murray, avait été assassiné comme lui. 
Le comte de Marr, successeur de Lé- 
nox , ami de sa patrie et de la liberté , 
ayant vainement rherché à contenir 
les partis l'un par l'autre , tl à con- 
server l'irdépendance du trône écos- 
sais pour quiconque d'-vait s'v asseoir, 
était mort de chagrin de voir le boule- 
versement de son pays. Elisabeth était 
parvenue à le faire remplacer par le 
comte de Morton , complice de F]oth- 
well , dans l'assassinat du feu roi, et 
qui était destiné à expier son crime 
par le dernier supplice. Un brave 
guerrier, Kirkaldie , restait fidèle à 
Marie et tenait encore pour elle le 
château d'Edimbourg. Elisabeth le fît 
assiéger par des troupes anglaises , le 
réduisit à se rendre, et le fit livrer à 
une populace furieuse , qui le traîna 
sur l'échafaud. Lidington , son second, 
qui, de persécuteur de Marie, était 
devenu son défenseur , se tua lui- 
même , et pendant que les meurtres 
se perpétuaient en Ecosse , les écha- 
fauds en Angleterre, la guerre civile 
et religieuse en Irlande, Philippe II 
et le duc d'Albe inondaient du sang 
des prolestants les provinces espa- 
gnoles et flamandes ; Catherine de 
Médicis et Charles IX enfantaient la 
résolution d'égorger, dans une seule 
nuit tous les protestants de France, 
Pour les attirer dans le piège que sa 
mère leur avait préparé, Charles IX 
affecta de rechercher l'alliance d'une 

4* 



52 ELI 

reine prolcstanle , et il porta k dissi- 
mulation jusqu'à faire demander la 
main d'Elisabeth pour son frère, le 
duc d'Alençon. Non moins fausse et 
non moins perfide que Charles, mais 
bien plus astucieuse et plus hypocrite, 
Elisabeth parut écouter cette proposi- 
tion , et dans le même temps elle four- 
nit des secours d'hommes et d'argent 
aux protestants français proscrits et 
soulevés conli*e leur prince , par le 
massacre de leurs frères. L'horreur 
que cette afFreuse journée de la St.- 
Barthélcmi excita en Angleterre, est 
exprimée avec force dans le rapport 
que l'ambassadeur de France fit bien- 
tôt de sa première audience. » Une 
» nombre douleur, dit-il, était peinte 
» sur tous les visages. Le morne si- 
» lence de la nuit régnait dans toutes 
» les pièces de l'appartement royal. 
)> Les dames et les courtisans étaient 
» rangés en haie de chaque côté, tous 
» en grand deuil , et quand je passai 
» au milieu d'eux, aucun ne jeta sur 
» moi un regard de politesse , ni ne 
» me rendit mon salut. » L'indigna- 
tion générale que ce massacre avait 
attirée sur tous les catholiques, fit 
d'abord espérer à la reine qu'en ren- 
voyant Marie Stuart en Ecosse, pour 
y être jugée publiquement, et à con- 
Uition que la sentence serait exécutée 
sans délai , elle se déferait d'une rivale 
en rejetant sur les sujets de Marie tout 
l'odieux de cette iufàme procédure ; 
mais le comte de Marr , alors régent, 
avait repoussé avec tant de force une 
proposition aussi ignominieuse qu'elle 
n'osa la renouveler. Ne voulant pas 
rompre toute liaison avec la France, 
Elisabeth consentit alors à laisser enta- 
mer une nouvelle négociation pour son 
mariage avec le duc d'Alençon , devenu 
duc d'Anjou. Un agent de ce prince, 
qui fut chargé de pénétrer les secrets de 
la cour de Londres, découvrit que le 



ELI 

confie de Leicester , qui passait pour 
l'amant favorisé de la reine, et qui se 
flattait de l'épouser, avait une autre 
femme ( Foy. Dudley, XII, i35.), 
et il s'empressa de faire à Elisabeth 
une aussi importante révélation. Cette 
princesse, dissimulant toujours , parut 
fort irritée contix* son favori. Le duc 
d'Anjou cependant, obligé d'aller ou- 
vrir la campagne en Flandre, atten- 
dait de la reine d'Angleterre un secours 
d'argent. Malgré sa sévère économie, 
Elisabeth ne put se dispenser de lui 
envoyer une somme de 5oo,ooo écus, 
avec laquelle il réussit à faire lever le 
siège de Cambrai. Les états le nom- 
mèrent gouverneur des Pays-Bas. Il 
mit son armée en quarticr-d'liivcr , 
et il passa en Angleterre. Elisabeth alla 
au-devant de lui , et l'on crut générale- 
ment que le mariage allait se conclure 
(^. Anjou, II, 186). Après de longues 
négociations, que l'irrésolution vraie ou 
simulée de la reine, rendait intermina- 
bles , le prince se retira très mécon- 
tent ( 1 582 ) , maudissant les caprices 
d'Elisabeth , accusant hautement la 
liassesse de ses inclinations. Cepen- 
dant l'infortunée Marie Stuart , dont 
une rigoureuse détention avait altère 
la santé, apprit qu'au milieu des trou- 
bles que sa persécutrice ne cessait 
d'exciter en Ecosse , le jeime roi Jac- 
ques était retenu captif par les princi- 
j)aux seigneurs du royaume ; <lle écri- 
vit à Elisabeth la lettre la plus éner- 
gique et la plus touchante , afin de 
demander justice pour elle et protec- 
tion pour son fils. « Si je pouvais , 
disait-elle, consentir à descendre de 
la dignité royale où la pn)vidoncc m'a 
placée , ou me départir de mon a|)pel 
à rEtrc-suprêrac, il n'y a qu'un seul 
tribunal auquel j'en ap[K-ller.iis contre 
tous mes ennemis; ce serait à la jus- 
lice, à riuimauilc de votre majesté; à 
celle boulé indulgente qu'elle serait 



ELI 

uaturellement portée à exercer en ma 
faveur, si elle n'était influencée par 
les suggestion s de la malveillance, etc.» 
Mariene put rien obtenir, mais Jacques 
ayant été délivré par le colonel Stuart, 
commandant du château de St.-André, 
Elisabeth envoya auprès de lui Wal- 
singham , en qualité d'ambassadeur , 
avec la mission secrète d'étudier le ca- 
ractère et la capacité du jeune roi. Une 
brillante facilité d'expression , une 
instruction précoce distinguaient déjà 
le fils de Marie Stuart. La haine d'E- 
lisabeth parut d'abord désannée par 
ces heureuses dispositions , et elle 
montra pour ce prince des égards que 
l'on n'avait point espéré; mais l'ambi- 
tion et la haine reprirent bientôt !cw 
empire; Elisabeth ne pouvait pas plus 
supporter l'idée d'avoir un successeur 
que celle de se donner un maître ; 
elle fit donc par la suite tous ses efforts 
pour empêcher le mariage de Jacques, 
par le seul motif que Jacques était 
son héritier présomptif Elle essaya 
même de le faire enlever par son am- 
bassadeur Wofton, et elle ne man- 
qua pas de désavouer ce ministre 
quand le complot fut découvert. Lors- 
que le jeune prince prit ensuite la 
ferme résolution d'épouser la fille du 
roi de Danemark , il ne put triom- 
pher des obstacles que lui opposait 
sans cesse la reine d'Angleterre , 
qu'en déployant une énergie dont on 
ne l'avait pas cru capable. Mais pen- 
dant qu'Elisabeth se livrait à ses se- 
crètes passions , le pape Pie V l'avait 
excommuniée , comme on l'a vu plus 
haut; Sixte V avait été jusqu'à délier 
ses sujets du serment de fidélité : des 
faualiqiies conspirèrent contre ses 
jours, et il n'en tallnt pas d*ava<itage 
pour faire accuser tous les catholiques 
d'être leurs complices. Les jésuites 
surtout fuient poursuivis à outrance 
( Foj. Campian. ), et les persécutions 



ELI 53 

recommencèrent avec «ne nouvelle fu- 
reur. Quiconque était convaincu d'a- 
voir assisté une fois à la messe était 
puni d'un an de prisnn et deioo 
marcs d'amende. L'oubli des pratiques 
les plus minutieuses de l'Eglise angli- 
cane était puni d'une amende de 20 
liv. par mois. Si l'on tenait des pro- 
pos contre la reine , on était condamné 
pour la première fois au pilori , pour 
la seconde à perdre les oreilies ; la ré- 
cidive était félonie, et elle entraînait 
la peine de mort. Ce statut est de la 
session de i582. Dans le même par- 
lement, les communes, avant ordon- 
né un jeûne et des prières publiques, 
reçurent une sévère réprimande par 
un messager de la reine, comme ayant 
osé empiéter sur la prérogative royale 
et sur ses droits de suprématie. La 
chambre fut obligée de demander par- 
don. Dans le discours qu'Elisabeth 
tint à la fin de la session de i584» 
elle poussa plus loin l'intolérance : 
« Trouver quelque chose à blâmer 
» dans le gouvernement ecclésiasti- 
» que, est se rendre coupable de ca- 
» lomnie contre elle (la reine), puis- 
» que Dieu l'ayant constituée chef su- 
T» prême de l'Eglise, aucune hérésie, 
» aucun schisme ne pourrait s'intro- 
j) duire dans le royaume sans que ce 
» fût par sa permission ou par sa né- 
» gligence. » Elle établit ensuite une 
commission ecclésiastique chargée de 
rélorraer toutes les hérésies , de pro- 
noncer sur tout< s les opinions en ma- 
tières rehgi( uses , et de punir les délin- 
quants , av-ec pouvoir d'employer dans 
leurs inquisitions toutes sortes de me- 
sures, même rémprisonuemeut et la 

torture ! Le parlement tout «-nlier 

était consterné et accab'é par la ty- 
rannie; dès que l'un de '^es membres 
essayait de ré-ister, i' était aussitôt 
enlevé et emprisouné. Cependant de 
nouvelles coaspirations se fotmèreut, 



H ELI 

vu plan d'in vasiou et d'insurrection fut 
organisé [)ar l'ambassadeur espagnol • 
^nîis la trame fut découverte. Mendoza 
reçut ordre de sortir du royaume. Phi- 
lippe II repoussa avec hauteur un mes- 
sage qui lui fut adressé pour excuser 
cette violence, et pour le prier d'en- 
voyer un autre ministre. Ces conspi- 
rations tendaient presque toutes à la 
délivrance de Marie Stuart; plusieurs 
lettres qui lui étaient adressées furent 
interceptées. Eniîu l'affection des ca- 
tholiques pour cette princesse , et 
jusqu'à U haine qu'ils portaient à sa 
rivale , amenèrent la catastrophe que 
les intrigues d'Elisabeth prcparai(^nt 
depuis si long -temps. Antoine Ba- 
Lington , riche propriétaire dans le 
Derbyshire, el zélé catholique, apprit 
qu'un finatique nommé Sa vagp, s'était 
engagé par serment à tuer Elisabeth. 
En Angleteri'e , comme en France, la 
doctrine du tyrannicide n'avait que 
trop de partisans. Babington eneou- 
lagc l'exaltation de Savage ; mais il 
croit que l'entreprise n'est praticable 
qu'en y admettant dix autres conjurés, 
et c'est ainsi que Walsinghara est in- 
formé de tout par un de ses espions. 
Cet espion, uoimné Pelly , n'entre 
dans la conspiration que pour trahir 
.ses associés. Elisabeth , prévenue du 
coniplpt, ordonne qu'on attende pour 
le déjouer le moment de l'exécution ; 
çt lorsque les conjures sont près de 
frapper , ils sont arrêtés et mis à la 
tour , à l'exception d'un seul (jui avait 
pris la fuite. Ou se servit du prétexte 
de l'indignation générale el du ci i pu- 
l;)lic pour hâter leur jugement et leur 
supplice. La conjuration enelle-mcinc 
est encore un problème , et il est avéré, 
dit Gaillard , o que Marie Stuart n'y 
V eut aucune part » ; mais pour la 
faire périr avec quelque apparence de 
justice, il f.illail bien supposer qu'elle 
avait conspire contre les jours de la 



ELI 

reine. Une association s'était formâe^^ 
deux ans auparavant , pour proté- 
ger les jours d'Elisabeth, (/^o/. Dud- 
LEY, XII, i56); les souscripteurs 
s'engageaient , par les serments les plus 
solemnels , à défendre la reine , à ven- 
ger sa mort el toute injure commise 
contre elle ; à exclure même du trône 
tous prétendants en faveur desquels 
aucune violence aurait été commise 
contre Sa Majesté. La reine d'Ecosse 
avait elle-même demandé à signer l'as- 
sociation, à laquelle des gens de toutes 
les classes venaient en foule donner 
leur signature. A la publication de celte 
prétendue correspondance , la fédéra- 
tion jeta les hauts cris , et répandit la 
haine la plus violente et la plus sangui- 
naire contre Marie. Transférée de châ- 
teau en château, cette malheureuse 
reine est enfin amenée dans la forte- 
resse de Fotheringay ( comté de Nor- 
thampton). Sans cesse interrogée, me- 
nacée, elle fit traitée avec plus d'in- 
dignité que le dernier criujinel ; son 
implacable ennemie essaya même plu- 
sieurs fois de la faire assassiner. On 
poussa la cruauté jusqu'à lui refuser 
un avocat pour la défendre , et un 
ministre do sa religion pour lui en ad- 
ministrer les consolations. Ce fui le j3 
février i 58; , que se termina celte san- 
glante tragédie. ( f. Marie Stuart.) 
Les intercessions du roi de Fraiice en 
faveur de sa belle-sœur , les remon- 
trances , les instances , les menaces 
même du roi d'Ecosse en laveur de sa 
mère , avaient été sans efiet ou n'a- 
vaient obtenu qu'une réponse évasivc. 
Mais, dès que le crime fut consommé, 
larciuealfi'Claloplusviolenldcsespoir, 
et elle bannit de sa présence plusieurs 
de ses conseillers; Burleigh même se 
crui perdu et deuianda la permission 
de se démettre de toutes ses places. 
( roj\ Cecil, Vjl , 490 ). Le secré- 
tairc-d'ctal Davisson fut destitué, mis 



ELI 

a la lour pour un temps illimite, et 
condamne à une amende de 1 0,000 1. 
sterling. Elisabeth écrivit au roi Jac- 
ques, pour lui exprimer sa profonde 
doideur, et ce prince parut y croire. 
Philippe II , provoque depuis long- 
temps par les entreprises des armateurs 
anglais, résolut detirervengeanced'un 
attentat qui semblait autant dirigé 
contre la majesté royale que contre la 
religion catholique. Dès l'an 1578, 
Drakc avait ravagé les côtes du Pé- 
rou. Elisabeth avait ordonné, il est 
vrai, d'indemniser les négociants es- 
pagnols qu'on avait le plus maltraités, 
mais voyant que Philippe avait saisi 
cet argent et l'employait à solder les 
troupes du prince de Pafrae qui s'é- 
taient réunies aux rebelles d'Irlande , 
elle fit cesier ces restitutions. En 
i585, prévoyant que la rupture avec 
l'Espagne serait inévitable, elle fil atta- 
quer de nouveau les colonies d'Amé- 
rique. Saiut- Domingo et Carthagène 
des Indes furent mis à contribution, et 
d'autres places furent brûlées. On croit 
que c'est au retour de cette expédition 
que l'on doit l'introduction de l'usage 
du tabac eu Angleterre. L'année sui- 
vante Drake insulta Lisbonne et les cô- 
tes d'Espagne, et détruisit à Cadix une 
flotle entière de bâliraents de transport 
chargés de vivres et Je munitions. Ex- 
cité par tant d'injures cl de provoca- 
tions, animé d'ailleurs du ztlc le plus 
ardent pour la religion , Philippe ré- 
solut d'envahir l'Angleterre. Il fil équi- 
per la flotte la plus formidable qu'on 
eût encore vue sur l'Océan. Cette flotte, 
qui fut nommée Xiiwincible Armada , 
était composée de 1 52 vaisseaux ; elle 
poitait .22,000 hommes de débarque- 
ment , et elle devait encore prendre 
à bord nSjOOo hommes de troupes 
aguerries qui se trouvaient en Flandre 
sous les ordies d'Alexandre Farnèse. 
Douze loii'.u Français , campés sur les 



ELI 55 

côtes de Normandie, n'ëHcndaicDtqi;e 
cette occasion pour passer la Manche. 
Les relards ordinaires à tous les grands 
préparatifs , surtout à ceux de la coui- 
de iSIadrid , firent que \ Armada n'ap- 
pareilla de Lisbonne que le 1" juin 
1 588. Cette attaque semblait devoir 
anéantir la puissance de l'Angleterre. 
Elisabeth la vit sans effroi, nédits 
sa défense avec calme , parcourut 
son royaume , enflamma tous ses 
sujets. Cette époque fut celle de sa 
véritable grandeur. Elle n'avait pas 
1 5,000 matelots; la seule ville de 
Londres arma , à ses frais , 58 bâ- 
timents, dont le plus fort était de 
5oo tonneaux. La reine en équipa 
54 , dont un seul , le Triumph , de 
1,100 tonneaux , portail 4 o pièces de 
canon. Le reste de la flotte ne montait 
qu'à 4'3 navires de bas bord et inca- 
pables d'essuyer le choc des immenses 
vaisseaux espagnols. Mais les bâli- 
mcuts anglais, légers et d'une manœu- 
vre facile , éLiieut conduits par Drake , 
Hiukins et Frobishcr, les premiers 
marins de l'Europe, sous le comman- 
dement général de Charles Howard. 
liCS Hollandais équipèrent, de leur 
côté, une flotte de 90 voiles , qui, croi- 
sant depuis i'Escaul jusqu'au Pas de 
Calais, empêcha l'arraée de Flandre 
de se mettre en mer. Tout sembla cons- 
pirerà la destniction de ['Invincible 
Armada. A peine avait-elle doublé le 
cap Fini.sicre , qu'une tempête la dis- 
persa; plusieurs vaisseaux furent sur 
le [>o:rt de périr par l'ignorance des 
pilotes et la mal-adresse des matelots. 
Un forçat anglais étant parvenu à bri- 

(1} Hapin Toiraf , Hume , Robcrlton n'ont point 
bésné a rrgarJer Davition comme un fidèle <er- 
TÏltftir, (jue ^ «uivmnt sa coutume, Eluabcth arait 
■ acrilîè à sa poluîqae. Ciaœrien rapportr de lut une 
lettre apologétique i^dreuie àWaliinsham, etqni 
offre plusieurs caractères d'invraisemblance. U 
«liste au Musée brilanniqne deux copie* de cette 
pi«ce ; mais il a été reconou qu'aucune des den 
n'est originale. (Voyei YHist. d'jingl. de U. Am 
BertraB'i Moieville , Une iU, pa;. 167, ••t« l^i\. 



56 



ELI 



ser les fers de ses compagnons , s'em- 
para du bâtiment qui Jes portait, en 
attaqua deux autres, et les conduisit 
dans un port de France. Le reste de 
l'escadre , après s'être radoube' à la 
Corogne, remet à la voile , prend le 
cap Lézard pour celui de Kam , près 
de Plymouth , attaque et poursuit en 
vain quelques divisions de l'escadre 
anglaise, laisse enlever, par Drake, 
deux galions qui portaient le tre'sor de 
l'armée j et , voulant mouiller sur les 
côtes de France , y est poursuivi par 
des brûlots anglais qui en détruisent 
une partie et dispersent le reste. Ralliés 
devant Gx'.-* vélines , attaqués avec fu- 
reur par les divisions anglaises réu- 
nies , les débris de la flotte ne songè- 
rent plus qu'à la retraite. Mais de nou- 
veaux désastres les attendaient. Leur 
ligne était trop serrée; une horrible 
tempête fit aborder ces lourdes mas- 
ses les unes contre les autres , plu- 
sieurs vaisseaux coidèrent bas , et 
tous souffrirent de grandes avaries. 
Médina - Sedonia , qui commandait 
cette expédition , fit alors la revue 
de ses forces, et il ne se trouva plus 
avoir que 120 voiles. Il se décida au 
retour en doublant les Orcades; une 
troisième tempête pousse la flotte con- 
tre les cotes d'Llande . et 77 navires 
sont encore fracassés. Les malheureux 
qui purent gagner la terre à la nage , 
furent impitoyablement massacres par 
ordre du vice-roi ( i ) , sous prétexte 
qu'ils pouvaient se joindre aux catho- 
liques irlandais mécontents et disposés 
à la 1 évolte. Les débris de cette fameuse 
Armada parvinrent enfin à gagner 
les ports d'F^pagnc , où deux grands 
galions furent encore la proie des 
flammes. Ainsi se termina cette mal- 
heureuse expédition qui avait coûté , 



(1) Grotiii» n'ti pas rougi cVapprouver ce (te bar- 
liirie. ^ De jure betU tt ftiteit ,111,40 



ELÎ 

suivant de Thou , 120 millions d« 
ducats , et dont , selon le même histo- 
rien, il ne revint que 35 vaisseaux; ; 
mais les Anglais conviennent eux- 1 
mêmes qu'il en échappa ^6. Parmi 
les moyens qu'avait employés la reine 
pour exalter le patriotisme de ses 
sujets et animer tous les esprits pour 
la défense commune , il faut comp- 
ter la publication d'un journal , inti- 
tulé le Mercure Anglais {English 
Mercury ) , le premier papier-nou- 
velles qui ait paru en Angleterre (i). 
On a comparé aux triomphes des 
Romains les fêtes par lesquelles ce suc- 
cès fut célébré à Londres , et l'on a 
cité la médaille frappée à cette occa- 
sion , avec la légende Dux fœmina 
facti. Si la reine parut oublier un 
moment ce qu'elle devait à la fortune , 
ou pour parler exactement ( dit Sainte- 
Croix ) à la providence divine , le 
doyen de Saint-Paul osa le lui rappeler 
dans un sermon prêohé devant elle , 
où il avait pris pour texte le verset du 
psaume 1 26 : JVisi dominus cuslodie- 
rit cmtatem. Elle sentit l'allusion et 
profila de la leçon : une nouvelle mé- 
daille présenta des vaisseaux fracassés 
par la tempête , avec l'inscription : 
AfJlaPil De us et dissipantur. Il est 
vrai que l'enthousiasme produit par 
ces avantages fut tel qu'au parlement 
convoqué le 4 février i589 , la reine 



(i)On conserve encore «u Mutée bri(annlqii« 
un N" de ce journal , ilaté du si juillel i588, im- 
primé en lettres romaines et non Kotbiqurs , el on 
observe que les Muméroi suivants contiennent 
quelqui t anounces <lc livret , et peuvent passer 
pour le plut ancien îles journaui littéraires. ^A^or. 
ta Vie Ile Tboraas Ruddiman, par C>eor|;e Chul- 
iners, '794' in-S". ) Qu'iut k la publication d'ua 
journal politique, la France |ieul riii-lamer l'anté- 
riorité de plut d'un deniiticcle) car un consi'ive 
à la hibliolnéciue du Roi un bulletin de la c.>m|<a- 
Rnede Louit Xll rn Italie ,ti5o(y) i. -8". de « p. , 
gothique , «'oraraençaut :iinsi : u CVst la très nobip 
>i et très excellente victoire du roy nostre si'e Loy» 
« duuiietme de ce nom qu'il a beue moyennant 
« l'ayde de Dieu lur Ict Vepitient. » ( N"'. iii-4 . 
L.,607.) 



ELI 

•bllnt à la fois un secours de deux 
subsides et de deux quinzièmes, ce qui 
n'était jamais arrivé, mais on était 
persuadé qu'elle avait épuisé ses fi- 
nances pour la défense commune. Le 
peuple anglais ne rêvait plus qu'expé- 
ditions contre l'Espagne. Vingt mille 
volontaires s'enrôlèrent $ous les dra- 
peaux de Drake et de J. Norris pour 
aller rétablir sur le trône de Portugal 
Dom Antonio , prieur de Crato , qui 
prétendait avoir un parti puissant dans 
ce royaume ; Elisabeth ne donna que 
Go,ooo livres , et elle ne fournit que 
cinqvaisseaux pour cet armement, qui 
n'eut d'autre résultat que de prendre 
Cascaes , piller \ igo et s'emparer de 
soixante bâtiments dont il fallut resti- 
tuer une grande partie aux villes an- 
sëatiques. Aucun parti en Portugal ne 
parut disposé à prendre les armes pour 
Dom Antonio , et une maladie conta- 
gieuse qui se mit parmi les Anglais , 
les força bientôt à se retirer; ils ne 
s'enrichirent pas, mais la perte qu'ils 
causèrent à l'ennemi fut immense. Les 
expéditions de Drake et Hawkins con- 
tre l'Amérique , en i SyS , du comte 
d'Essex contre Cadix, en 1 696 ( Voy. 
Drake et Essex ) , eurent un succès 
plus décisif, et la supcrioiité mari- 
time de l'Angleterre sur l'Espagne fut 
dès-lors assurée. La crainte de voir les 
Espagnols s'établir en France fut un 
des principaux motifs des secours 
qu'Elisabeth fournit à Henri IV contre 
la ligue, même après son abjuration ; 
car, dès i ago, elle l'avait puissamment 
assisté d'hommes et d'argent. Ce ren- 
fort avait permis de marcher immé- 
diatement sur Paris, et il contribua au 
succès des campagnes suivantes. En 
affectant, quatre ans après, de paraître 
fort mécontente de sou changement de 
religion, Elisabeth conclut avec U.i un 
nouveau traité , et Norris à la tête des 
torces qu'elle envoya en France, eut 



ELI 57 

beaucoup départ à la prise de Morlaix, 
de Quimpcr et de Brest , dont les gar- 
nisons étaient espagnoles. Dans un 
voyage que Henri fit à Calais en 1 60 1 , 
la reine d'Angleterre vint jusqu'à 
Douvres; mais quelques difficultés 
qui survinrent l'empêchèrent d'avoir 
une eutrevue avec celui de tous les 
souverains qu'elle estimak le plus. 
Sully se rendit à Douvres déguisé , et 
ce ministi-e rend compte , dans ses Mé- 
moires , de l'entretien qu'il eut avec 
la reine. Il y exprime sou élonnemenl 
de ce qu'elle avait conçu pour l'é [ui- 
libre des puissances et l'abaissement 
de la maison d'Autriche , le même 
plan qu'Henri IV. La mort de Phi- 
lippe II, en «5g8, avait délivré l'.'^u- 
gleterre du plus dangereux de ses 
ennemis. Ce prince n'avait cessé d'en- 
tretenir la des troubles dans l'Irlande. 
Un corps de -joo hommes , Italiens et 
Espagnols , qu'il avait envoyé dans 
cette île dix-huit ans auparavant, avait 
été forcé de se rendre à discrétion ; 
le général anglais , embarrasse de tant 
de prisonniers , avait fait passer au 
fil de l'épée tous ces étrangers et fait 
pendre environ 1 5oo Irlandais. L'iii- 
surieetiou , comprimée un moment , 
n'avait pas tardé à se ranimer, par 
les promesses continuelles du roi d'Es- 
pagne , et les secours effectifs qu'il y 
envoyait de temps en temps. Elisabeth, 
qui depuis lors n'opposait guère à ces 
troubles que des palliatifs , résolut 
enfin d'agir avec vigueur ; elle y en- 
voya son favori le comte d'Essex avec 
des pouvoirs très étendus , et dépensa 
des sommes considérables pour cette 
expédition que l'incapacité du nouveau 
général fil échouer. Sa hauteur et ses 
imprudences le conduisirent >iu point 
de lever l'étendard de la rébellion 
contre sa souveraine. 11 porta sa lêle 
sur un échafaud , et la douleur que U 
reine éprouva de s'être vue obligée à 



58 ELI 

une telle ricaneur contre «n homme qui 
lui avait ctë si cher, la jota clans une 
prolbn ie mélancolie. Deux ans après, 
lorsque la comtesse do Notfiiigliaui, au 
lit de la mort , avoua l^nfidëUlc dont 
son mari l'avait forcée à se rendre cou- 
pable, en i'erapêcliant de transmettre à 
la reine le fatal anneau, témoignage du 
repentir d'Esscx (t gage de la clé- 
mence de sa souveraine ( Foy. Essex, 
pag. 549 ci-après), Elisabeth ne fut 
plus maîtresse de retenir son émotion. 
« Dieu peut vous pardonner , dit-elle 
à la comtesse mourante, pour moi je ne 
le pourrai jamais.» Dès ce moment, le 
coup fatal était porté; à peine consen- 
tit-elle à prendre quelque nourriture ; 
elle refusa tous les remèdes, disant 
qu'elle ne désirait plus que la mort. 
On ne put la déterminer à se mettre 
au lit. Assise sur des coussins, un 
doigt sur la bouche, les yeux fixés 
à terre , pendant dix jours elle sem- 
bla neprcter d'attention qu'aux prières 
que récitait auprès d'elle l'archevêque 
de Cantorbéry. A la fin, sur les ins- 
tances de son conseil , elle désigna le 
roi d'Ecosse pour son successeur 
{ Foy. Jacques l^»" ), tomba dans un 
sommeil léthargique et expira le 5 
avril (nouveau style) de l'an i6o3. 
Elle avait no ans et elle en avait ré- 
gné plus de 44 , avec un éclat et une 
gloire que deux siècles n'ont pu clla- 
ccr. Son caractère olFre le mélange , 
peuf-circ unique, des plus nobles qua- 
lités d'un sexe, unies à toutes les fai- 
blesses de l'autre. Son nom réveille 
encore chez les Anglai» l'enthousiasme 
du plus ardcjit patriotisme. Le des- 
potisme auquel Henri VIII avait habi- 
tué ses sujets , fut à peine remarqué 
dans Elisabeth , parce qu'on le crut 
toujours dirige vers le bien de l'Etat, 
.^a fausseté ne sembla qu'un rafine- 
ï?ieut de politique; la vanité puérile 
qui jus^quc dans ses dernières auiiécs 



ELI 

la portait à vouloir passer pour la 
plus belle femme de l'Europe, ne sem- 
blait qu'un petit ridicule eflacé par ses 
grandes qiialilés. Melvil,qui fut en- 
voyé à la cour de Londres en 1 5(i4 , 
chargé d'une mission diplomatique de 
Marie Stuart , donne , dans ses Mé- 
moires, de singuliers détails sur l'in- 
quiète curiosité avec laquelle la reine 
d'Angleterre s'informait des moindres 
particularités de la beauté de sa rivale. 
L'adroit courtisan , interrogé laquelle 
des deux était la plus belle, éluda 
cette question délicate en disant qu'E- 
lisabeth était la plus bille personne de 
l'Angleterre et Marie la plus belle de 
l'Ecosse. On lui demanda ensuite la- 
quelle était la plus grande ; il répon- 
pondit que c'était sa maîtresse : a elle 
est donc trop grande , dit la reine , 
car je suis exactement de la taille qui 
convient le mieux à une femme. » 
Dans un âge plus avancé , elle poussa 
cette prétention jusqu'à défendre par 
un édit exprès , qu'on gravât son 
portrait, jusqu'à ce qu'un peintre ha- 
bile en eût peint un duquel elle fût 
parfaitement satisfaite et qui" pût ser- 
vir de modèle à tous les autres. « INe 
» voulant pas, disait- elle, que, par 
» des copies infidèles , je puisse être 
» représentée avec des imperfections 
» dont, par la grâce de Dieu, je suis 
» exempte. » Celte coquetterie n'était- 
clle qu'une ruse de sa politique? Sa ré- 
pugnance pour le mariage ne tenait- 
elle qu'à la crainte de se donner un 
maître ou de partager son autorité? 
Une conformation vicieuse lui faisait- 
elle du célibat une loi impérieuse, 
qu'elle n'eût pu violer sans perdre 
la vie, comme l'ont dit quelques his- 
toriens? Ce sont des questions qu'il 
est maintenant dinicile de résoudre, 
s'il est vrai qu'on ait strictement exé- 
cuté l'ordre qu'elle donna, dit -on, 1 
que sou corps n.e fût pas Quverl ni j 



ELI 

même examine après sa mort. Les 
deux principes de sa politique , dont 
elle ne se départit jamais, c'taicut de 
se concilier l'affection de ses sujets 
protestants , et d'occuper ses ennemis 
dans leurs propres états. Sa maxime 
favorite était que l'argent se trouvait 
mieux placé dans la poche de ses su- 
jets que dans son échiquier; aussi ja- 
mais, sous aucun règne , on ne vil au- 
tant d'eftbrts et de sacrifices de l'intérêt 
particulier, soit pour défendre l'état 
ou le venger, soit pour tenter de nou- 
velles découvertes ou éteudre le com- 
merce de la nation. Cest presque en- 
tièrement à leurs frais que Cavcndish, 
Ealeigh,et Frobisher entreprirent leurs 
mémorables expéditions. Pluloi que de 
solliciter de nouveaux subsides (i), 
Elisabeth , quand elle avait besoin d'ar- 
gent, préfera souvent aliéner des do- 
maines de la couronne, vendie des 
monopoles, créer dts compagnies ex- 
clusives et privilégiées, ou même pren- 
dre d'autres mesures qui nuisirent sou- 
vent au commerce; mais son économie 
et le bon ordre qu'elle mil dans ses 
finances, lui donnèrent le moven de 
payer les dettes de ses deux prédéces- 
seurs sans augmentation de taxes. Elle 
rétablit letitrede la monnaie, altéré sous 
les règnes précédents, fournit telle- 
ment ses arsenaux et aiu;;menta telle- 
ment la marine arglaisc, qu'où lui a 
donné le titre de Restauratrice de la 
gloire navale et de Reine des nier s 
septentrionales. (^)u'était cependant 
oeite marine, sion la compare au point 
où elle est parvenue depuis? En lô^S, 
elle envoya i5 bàtimtnts à la pèche de 
Terre -^euve : à la mort d'Eiisabtlh, 
elle se composait de 4"^ vaisseaux, dont 



(') L« R-Trnu orJiojire d'EliiabcUi était Je 
5oo.oooliï.PrBdjnt«|narant.-<;unreanj de règne, 
cUe rcçniau parlement \ ingt fobiijea et IrCDte- 
otaf ^uiiuème», en t«ut e;.w.T,n 3 mitlious ; ce 
«jui rauait, «nuée commBuc , environ e-.Soo Ut. 
itsrl. 



ELI 5(| 

quelques-uns de 40, 5o tonneaux» 
ou moins encore ; les deux plus forts 
étaient de 1 000 tonneaux et de 5o(> 
hommes d'équipage. Un trait à ajouter 
au caractère d'Elisabeth , c'est que l'ar- 
bitraire et la sévérité de sa justice ne 
l'empêchaient pas quelquefois de mon- 
trer la clémence la plus généreuse. Une 
écossaise ( Marguerite Larobrun ) atta- 
chée au service de Marie Stuarl , avait 
vu son mari expirer de douleur en ap- 
prenant la fin cruelle de cette prin- 
cesse. Déterminée à venger la mort de 
l'un et de l'autre, Marguerite se rend 
à la cour, déguisée en homme , et mu- 
nie de deux pistolets, épiant l'occasion 
d'assassiner la reine et de se tuer en- 
suiteelle-même, pour échapper au sup- 
plice. Mais elle se jètc dans la fouie 
avec trop de précipitation , et laisse 
tomber un de ses pistolets : on l'arrête; 
Elisabeth veut l'interroger elle-même, 
est frappée de l'audace de ses répon- 
ses, et lui dit froidement : « Vous avez 
» donc cru faire votre devoir et satis- 
» faire à ce qu'exigeait de vous l'amour 
» que vous aviez ponr votre maîtresse 
» et pour votre mari ? mais que pcn- 
» sez-vous que soit maintenant mon 
» devoir envers vous? — Je répondrai 
» franchement à votre majesté; mais 
» est ce comme reine eu comme juge 
«qu'elle me fait cette question? — 
» C'est comme reine. — Elle doit doue 
» me faire grâce. — Mais quelle assu- 
» rance me donnerez- vous que vous 
» n'abuserez pns de cette grâce pour 
» attenter encore à mes jours? — Ma- 
» dame, uue grâce accordée avec tant 
» de précaution n'est plus «ne grâce; 
:> votre majesté peut agir comme juge.» 
Elisabeth , se retournant vers quelques 
courtisans de sa suite, s'écria : « De- 
» puis trente aus que je suis reine , Je 
» n'ai encore trouvépersonnc qui m'ait 
» donné une pareille leçon, w Elle ac- 
corda la grâce sans réserve, malçré 



6o ELI 

l'opposition du président de son con- 
seil, et, sur la demande de l'écossaise, 
elle la fit conduire en sûreté jusque sur 
les cotes de France. On a vu plus haut 
que, dans sa jeunesse, Elisabeth avait 
orné son esprit par l'étude des langues 
et la culture des arts agréables. Elle 
avail un goût particulier pour la mu- 
sique bruyante, et pendant ses repas, 
un concert de douze trompettes et de 
deux timbales, avec les fifres et les 
tambours , faisait retentir la salle. Elle 
avait d'ailleurs la prétention d'excel- 
ler sur le clavecin; et lorsqu'elle re- 
çut l'ambassadeur Melvil , en 1 564 » 
ayant appris que Marie Stuarf jouait 
de cet instrument, elle donna ordre 
à lord Hunsdon de conduire l'am- 
bassadeur , sans affectation , dans 
«ne pièce d'où il pût l'entendre jouer 
elle-même. Melvil, comme trans- 
porté par l'harmonie ravissante de ces 
accords, ouvrit la porte, et la reine, 
affectant d'être piquée d'avoir été sur- 
prise ainsi, n'oublia cependant pas de 
lui demander s'il croyait que la reine 
d'Ecosse fût plus forte qu'elle suu cet 
instrument. EHsabelh ne cessa jamais 
de charmer ses loisirs par la culture 
des belles-lettres. Un jour, dans une 
conversation avecSoffrcy deCalignon, 
qui fut depuis chancelier de Navarre, 
elle lui fit voir une traduction latine 
qu'elle avait faite de quelques tragé- 
dies de Sophocle et de deux harangues 
de Démosthcnes. Elle lui permit même 
de prendre copie d'une cpigrammc 
grecque qu'elle avait composée , et lui 
demanda son opinion sur (juelques 
passages de Lycophron qu'elle lisait 
alors, avec l'intention, disait-elle, d'en 
traduire quelques parties. On a même 
prétendu qu'elle avait traduit Horace 
en anglais , et que cette traduction , im- 
primée, a été, i\r son temps, fort re- 
cherchée en Angieterrr. Ce qui est cer- 
tain , t'est que dans an âge fort avanco, 



ELI 

elle répondit très vivement en latin à 
un ambassadeur polonais qui , la ha- 
ranguant dans celte langue, avait lais- 
sé percer des prétentions exagérées. 
Elle se plaignit ensuite, en causant 
avec ses favoris, de ce qu'on l'avait 
forcée à dérouiller son vieux latin. 
Caraden a donné, en i6i5, le pre- 
mier volume des Annales rerum an- 
glicarum et hihernicarum régnante 
Elisabethd ( Foy. Camden ) ; Le ca- 
raclère de la reine Elisabeth , par 
Edmond Bohus , et les Remarques de 
Robert Naunton sur ses principaux 
favoris, parurent en anglais, en \6^i. 
Ce dernier ouvrage a été traduit en 
français par Jean Le Peletler ( Rouen , 
i685, in-i'i), et inséré à la suite des 
Mémoires de Walslngham, Lyon et 
Cologne, 1695. On y trouve, sur ce 
règne, des anecdotes curieuses, ainsi 
que dans les Mémoires de Melvil , pu- 
bliés en anglais, i683, in-fol. , et 
traduits en français par G. D. S., La 
Haye, 1694» in- 1 2 ; refondus et aug- 
mentés par l'abbé de Marsy, Edim- 
bourg ( Paris), 1745, 5 vol. in-i2. 
Leti donna en italien, en 1695, une 
P'ie d'Elisabeth qu'il traduisit en fran- 
çais l'année suivante, Amsterdam, a 
vol. in- 12 : c'est peut-être le moins 
mauvais ouvrage de cet infiitigable ro- 
mancier. Duncan Forbes donna, en 
1740» '^s Transactions yubliques du 
règne d'Elisabeth , en anglais. Thomas 
Birch fit imprimer, en 1 ^54 , les Mé- 
moirs of the rei^n ofOie Queen Eli' 
zahelh {Foj\ Birch), et il soi?":, 
l'édition des Papiers d'état du nu 
règne, publiés par Murden, \')->\), 
in-fol., en anglais. Enfin, M"'. Kera- 
lio a fait paraître une Histoire d'Eli- 
sabeth , reine d'Anç^eterre^ tirée des 
écrits originaux unifiais , notes, ti- 
tres, lettres, et autres pièces ma- 
nuscrites qui n'ont pas encore paru^ 
1 78(5-87, 5 vol. iu-8". L—T— !.. 



ELI 

ELISABETH D'AUTRICHE , reine 
de France, née le 5 juin i554, était 
fille de l'empereur Maximilicn , et de 
Marie d'Autriche, fille de Chailes- 
Quint. L'éducation qu'elle reçut fut 
tt'lle qu'on pouvait l'attendre de la sa- 
gesse de son père et de la piété de sa 
mère; aussi passait-elle pour la prin- 
cesse la plus vertueuse et la plus ac- 
complie de son temps. Son mariaj;e 
avec Charles IX avait été projellé de 
bonne heure par Catherine de Médicis, 
dont les Lettres , publiées par Le La- 
boureur, dans ses additions aux Mé- 
moires de Castelnau , prouvent que 
les négociations étaient déjà commen- 
cées pour cet objet en 1 50 1. Philippe II 
s'y opposa long-temps, craignant que 
cette alliance ne mît la France trop 
avant dans l'amitié de Maxjmiiien , 
alors roi des Romains, et dont sa po- 
litique avait besoin. Enfin, au bout de 
neuf ans , la reine-mère l'emporta sur 
les intrigues de l'Espagne; la demande 
fut faite avec beaucoup de solemnilc , 
le duc d'Anjou alla jusqu'au - delà de 
Sedan pour recevoir la reine, et Char- 
les IX alla l'attendre à Mézières. Im- 
patient de voir plustôt son épouse , le 
roi se déguisa et se mêla dans la foule 
pour l'examiner à son aise, pendant 
que le duc d'Anjou , qui était dans le 
cjmplot , dirigeait les regards d'Eli- 
sabeth de son côté , sous prétexte de 
lui faire admirer l'architecture du châ- 
teau de Sedan. Il fut enchanté de sa 
bonne mine , et revint l'attendre à 
Mézières , ofi les épousailles se firent 
le lendemain, 26 novembre lo-jo. 
L'acte fut rédigé eu latin : la reine ne 
parlait qu'espagnol, et le duc d'Anjou 
n'avait pu s'entretenir avec elle que par 
l'intermédiaire du chancelier Chiverni, 
qui leur servit d'interprète. Les fêtes 
qui eurent lieu à cette occasion furent 
lesplus brillantes qu'on eût vues depuis 
^ bien long-temps; les diamants et les 



ELI 61 

pierreries furent étalés avec profusion. 
Le manteau royal de velours violet, 
à fleurs d'or , que portait la reine , 
avait une queue de vingt aunes de 
long. Enfin , Charles IX combla de ri- 
ches présents les princes et seigneurs 
allemands, voulant kur donner une 
haute idée de la puissance et des res- 
sources d'un rovaume agité depuis ua 
demi -siècle de guerres continuelles, 
tant étrangères qu'intestines. On dé- 
ploya la même raagniûcence lorsque la 
reine fit son entrée à Paris , le •29 
mars 1 5^ i , « De manière , dit La Po- 
» pelinière , que tel portait le quart , 
9 tel portait le tiers , et tel le tout de 
» son revenu sur ses épaules. » Ce 
lastc n'eu imposait pas à MaximiUeu. 
En faisant ses adieux à Elisabeth , il 
lui avait dit , au rapport de Brantôme : 
« Ma fille, vous allez être reine du 
» royaume le plus beau et le plus puis- 

» saut qui soit au monde Mais je 

» vous croirais bien plus heureuse si 
» vous le trouviez aussi entier et aussi 
» florissant qu'il a été autrefois. Il a 
» bien perdu de sa force et de son 
» éclat; il est divisé, désuni : si le roi 
» votre époux est maître d'une partie, 
» les grands sont maîtres de l'autre : 
» et les guerres de religion y ont fait 
» d'étranges ravages. » L'événement 
ne justifia que trop ces inquiétudes 
paternelles. La vertueuse reine, tou- 
jours tenue éloignée des affaires par la 
politique de Citherine de Médicis , eut 
plutôt l'estime que l'amour de son ma- 
ri , dont le cœur était déjà engagé 
( V. TorcHET. ) , et elle ne comptait à 
la cour d'autres partisans que ceux que 
le mérite et la vertu peuvent se faire. 
Le roi ne tarissait pas sur ses éloges; 
il disait hautement « qu'il pouvait se 
» flatter d'avoir, dans une épouse ai- 
» mable , la femme la plus sage et la 
» plus vertueuse , non pas de la France 
» ou de l'Europe , mais du monde en- 



62 ELI 

» lier. » Il était ucanmoiiis aussi ré- 
servé avec elle que la reine-mère j au- 
cun projet ne lui était confié, au point 
que , le jour de la St.-Barthélemi , elle 
n'apprit qu'à son réveil ce qui s'était 
passé clans cette nuit funeste , et ce qui 
se passait encore. « Hélas I dit -elle 
» soudain, le roi mon mari le sait-il?» 
et comme on lui eût répondu que c'é- 
tait lui-même qui en avait donné l'or- 
dre , a mon dieu ! s'écria - t - elle , 
» quels conseillers sont ceux-là qui 
» lui ont donné tel avis ? Mon dieu I 
» je te supplie et te requiers de lui 
•» pardonner, cai' si tu n'en as pitié , 
» j'ai grand peur que cette offense ne 
» liii syit pas pardonnée. » Aussitôt 
clic demanda ses heures et se mit à 
prier dieu ( Brantôme.). Entièrement 
occupée de ses exercices de piété, et 
du soin de plaire au roi , elle n'eut 
presque aucune part à tout ce qui se 
passa en France pendant le rcp;ne tu- 
multueux de Charles IX. Sensible aux 
écarts de son mari , qu'elle aimiit et 
honorait extrêmement, jamais elle ne 
lui montra ce chagrin jaloux qui aigrit 
souvent le mal et n'y remédie jamais. 
Sa vertu ne se démentit pas un mo- 
ment. Ses soins et sa tendresse pour 
lui éclatèrent de la manière la plus 
louchante pendant la dernière maladie 
du roi , et ce prince la recommanda 
au roi de Navarre,dans les termes les 
plus forts. Demeurée veuve à l'âge de 
vingt - un ans ( 1 575 ) , Elisabeth alla 
voir sa lille , qui était élevée au châ- 
teau d'Amboise, et partit pour se re- 
tirer à Vienne, auprès de son frère, 
l'empereur Rodolplic, q»ii venait de 
succéder à Maximilien II. Quoique re- 
cherchée en mariage par Philippe II, 
son oncle et son beau -frère, alors 
veuf de sa quatrième femme, ricu ne 
put la déterminer à se prêter aux pro- 
jets d'une nouvelle alliance. Elle passa 
le reste de ses jours dans le uionaslcre 



ELI i 

de Ste.-Claire , qu'elle avait fait hiÙè 
à Vienne , et y était l'exemple des re* 
ligieuscs même. On lui av^it assigné 
pour son domaine les duchés de Berri 
et de Bourbonnais , et les comtés de 
Forez et de la Marche. La plus grande 
partie du revenu qu'elle eu tirait était 
employée en préseuls et gratifications 
qu'elle faisait aux personnes démérite 
de ces provinces. Elle ne voulut jamais 
y permettre la vente des offii'es de ju- 
dicature, mais les faisait conférer aux 
plus dignes , s'en rapportant pour 
l'ordinaire au choix de Busbecq , soa 
agent en France. Elle fit bâtir à Bour- 
ges un collège de Jésuites. E le parta- 
geait en trois parties ses autres reve- 
nus : un tiers était pour les pauvres , \ 
un tiers pour l'entretien de sa maison ^ 1 
et de l'autre elle dotait de pauvres de- 
moiselles qui ne pouvaient trouver uu 
établissement digne de leur naissance* 
Marguerite de Valois , réduite à une 
espèce d'indigence dans le château 
d'Usson, trouva, dans la générosité 
de sa belle-sœur, des ressources qui la 
mirent eu état de soutenir sa petite 
cour. Elisabeth lui abandonna la moi- 
tié de ses revenus de France , et lui 
envoya, dit Brantôme, doux ouvrages 
de sa composition; l'un était lui livre 
de piété , l'autre traitait de ce qui s'é- 
tait passé en France sous le règne de 
Charles IX et le sien ; mais il ne paraît 
pas que ces deux écrits aient été im- 
primés. Elisabeth mourut âgée de 
trente-sept ans, le 2*2 janvier 1 '"ig?- ; 
sa fille uni(pïe, Marie -Elisabeth de 
France, était morto avant l'âge de six 
ans, le 2 avril 1578. C. M. P. 

ELISABETH FAKNESE, rrine 
d'Espagne, lille unique d'Odoard II, 
prince de Parme, naqiut le jtj oc- 
tobre iG()7.. Comme elle était d'un 
caractère fort vif, sa mère, pour 
en ré[)rimer l'impétuosité, la faisait 
renfermer quciquclois daus un gr«- 



ELI 
nier du palais. Saint-Simon dit même 
qu'elle l'éleva dans une parfdite igno- 
rance de toutes choses , ne la lais- 
sant approcher de personne. Une 
éducation si peu libérale était plus 
propre sans doute à fortifier ses dcf- 
fauts naturels , qu'à développer en 
elle le germe d'aucune vertu. Aussi 
fut elle allière, ambitieuse, inquiète, 
dévorée du besoin de commander , et 
sacrifiant tout pour parvenir à ce but. 
Mais un sens droit , un esprit à la fois 
vif et juste, suppléaient eu elle à la con- 
naissauce du luondc et des affaires ; 
et , lorsq-je la passion ou la défiance 
Hc l'égaraient point , on admirait son 
adresse à saisir le vrai côté des choses. 
Elisabeth ne paraissait guère appelée 
à de hautes destinées, lorsque la mort 
de M;irie-Louise de Savoie laissa Phi- 
lippe V en proie à un tempérament de 
feu , et dominé par la princesse des 
Ursins. On crut d'abord que cette 
femme impc'rifuse occuperait auprès du 
souverain la place de la feue reine, 
et sans doute elle - même en conçut 
l'espoir. Mais Philippe parut offensé 
du soupçon, et la princesse pensa ne 
pouvoir mieux conserver son crédit , 
qu'en cherchant dans toutes les cours 
de l'Europe une épouse à son maître. 
Alberoni ( F. Alberosi ) , envoyé de 
Parme en Espagne, fut emplové pour 
cette affaire , et détermina le choix de 
la favorite sur la fille d'Odoard , en la 
lui [wignant comme dé|)Ourvue d'es- 
prit , de talents et de volonté. Le ma- 
riage fut céleliré par procuration à 
Parme, le 1 5 août 1714. Elisabeth part 
aussitôt pour Madrid, traverse une 
partie de la France, où Louis XIV lui 
fait rendre les plus grands honneurs , 
trouve à Pampelune Alberoni, puis, à 
C^drnqne , la princesse des Ursins , 
revelue du titre de sa camcrera mayor. 
Elle lui fait l'accueil le plus froid, et, 
saisissant quelques paroles iudiscrè- 



ELI 63 

tes échappées à la camariste : « Qu'où 
» me délivre de cette folle , » dit elle à 
ses gardes; et sur le champ clic donne 
l'ordre de h conduire en France. Tout 
porte à croire que celte mesure avait 
été concertée par lettres entre clie et 
Philippe. Ce dernier l'attendait à Gua 
dalaxara : il loi donne la main au 
sortir dû caresse, la conduit à la cha- 
pelle, y reçoit la béncdiclion nupiit- 
le, et s'en ferme aussitôt avecellc. Libre 
du joug pesant d'une femme acariâtre 
et surannée, il prend avec joie les 
chaînes de l'hymen , et se livre impé- 
tueusement à des plaisirs devenus iJes 
besoins par une longue privation. Por- 
té naturellement à la mélancolie, dé- 
vot, scrupuleux à l'excès, faible et 
timide, paresseux d'esprit , content de 
la vie la pins triste, la plus isolée, 
n'ayant d'autre passe -temps que de 
tirer sur des bêtes qu'on faisait dé- 
filer devant lui , ce prince éprouva 
toute sa vie le besoin de se laisser me- 
ner. Elisabeth , plus intéressée que 
tout autre à le bien connaître, eul peu 
de peine à saisir les traits de son ca- 
ractère, et se servit habilement de ces 
lumières pour s'assurer un empire ab- 
solu. Philippe neconnut jamais d'anîrc 
femme que la sienne. Des refus, adroi- 
tement ménagés, arrachaient toujours 
au monarque ce qu'il avait résolu de 
ne point accorder. Du reste, en chan- 
geant de patrie, Elisabeth ne fil que 
changer de prison, et jamais esclav.i^e 
ne fut pareil au sien. Le roi ne la quit- 
tait pas un moment de la journée , pas 
même pour tenir ses conseils , et le 
court instant du lever et de la chaus- 
sure était le seul qu'elle eîit de libre. 
Etrangère dans son royaume, et haie 
des Espagnols , qu'elle détestait, elle 
fut toujours livrée à la cabale italien- 
ne , et ne vit que yar les yeux d'Albé- 
roni. Redoutant la triste condition de 
YeuYC, et l'isolement dans lequel elle* 



64 ELI 

vivent , elle ne se vit pas plutôt mère , 
qu'elle résolut d'assurer à ses fils des 
états inde'pendants , qui pusseut lui 
servir de retraite en cas de veuvage, 
et elle n'épargna rien pour parvenir 
à ce but. Lorsque, après la chute d'Al- 
béroni, le roi se fût décide à descen- 
dre du trône, elle s'opposa tant qu'elle 
put à cette résolution. Elle Tut alors 
obligée de céder aux scrupules de 
Philippe ; raais^ uî lamort de Louis P'"., 
elle réunit toutes ses forces pour faire 
reprendre au faible monarque les rê- 
nes du gouvernement, ou plutôt pour 
s'en ressaisir elle - même. Elisabeth 
survécut vingt ans à son époux , et 
mourut en i 766 , âgée de soixante- 
quatorze ans. Elle avait eu sept en- 
fants de Philippe V : !<>. don Carlos , 
lié en 17 «6 , duc de Parme en 1751 , 
roi de Naples en i ^54 , et d'Espagne 
en 1759, mort en 1788 ( f'. Charles 
III, tom. VIII, pag. i5i);2°. Marie- 
Anne-Victoire, née en 17 16, accor- 
dée à Louis XV en 1721 , mariée en 
1 739 à Joseph , prince de Brésil , de- 
puis roi de Portugal; 5". François, 
né en 1 7 1 7 , mort au berceau; 4"- don 
Philippe, né en 1720, duc de Parme 
en 1 749 , mort en 1 765 ; 5°. Marie- 
Thérèse-Antoineltc-Raphaèlle, née en 
1726, première femme du Dauphin , 
père de Louis XVI , qu'elle épousa en 
1745, et dont elle n'eut qu'une fille 
qui ne survécut que deux ans à sa 
mère, morte en 174^'; G- Louis- 
Antoine- Jacques, né eu 1727; 7". Ma- 
rie - Autoinclte - Fcrdinande , née en 
1 729 , mariée eu i 760 à Victor-Amé 
11 l,ducdc Savoie, depuis roi de Sardai- 
gnc, morte en i 785. On peut consul- 
ter pour l'histoire d'Elisabeth : Me- 
moirs of Elisabeth Fnmesia, Lon- 
dres, 174^» iii-8'. ; Mémoires pour 
servirai histoire d'Eapagne, sous le 
règne de Philippe F, traduits de l'es- 
pagnol du marquis de Suiut-Philippe, 



ELI 

par Maudavc, Amsterdam (Paris), 
1756, in-i2 , 4vol.,etc. D. L. 

ELISABETH , princesse palatine , 
fille de Frédéric V, roi de Bohême et 
d'Elisabeth d'Angleterre , naquit le20 
décembre 16 18. Elle annonça dès son 
enfance d'heureuses dispositions pour 
les sciences , que sa mère cultiva avec 
le plus grand soin. Elle apprit le la- 
tin et les langues modernes , s'appli- 
qua à la philosophie, et conçut tant 
d'estime pour Descartes , qu'elle lui fit 
proposer de venir se fixer à Leyde 
pour lui donner des leçons. Ses pro- 
grès , sous cet habile maître , furent 
très rapides ; et Descartes, dans la dé- 
dicace de ses Principes de philoso- 
phie , assure qu'il n'avait trouvé per- 
sonne que cette princesse qui fut 
parvenu à l'intelligence parfaite de 
ses ouvrages. Elisabeth fut recherchée 
en mariage par Wladislas IV, roi de 
Pologne; mais elle refusa d'entendre 
à aucune proposition d'établissement, 
dans la crainte d'être détournée , par 
là , de sa passion pour l'élude. Cette 
résistance aux projets que sa mère 
avait pour elle, lui fit encourir sa dis- 
grâce. Elle se retira en Allemagne, où 
elle obtint , sur la fin de ses jours , 
l'abbaye luthérienne d'Hervorden , 
qui devint, par ses soins, la pre- 
mière école du cartésianisme. Elle y 
mourut en 1680, à l'âge de soixanfo- 
un ans. Cette princesse avait beaucoup 
de respect pour la religion catholique; 
cependant elle fit constamment pro- 
fession, du moins en apparence, du 
calvinisme, dans lequel elle était née. 
On dit que la reine de Suède , Chris- 
tine , avait conçu une telle jalousie 
contre elle , pour l'estime que lui por- 
tait Descartes , qu'elle ne pouvait souf- 
frir d'en entendre parler d'une ma- 
nière avantageuse. W — s. 

ELISABETH -CHARLOTTE de 
Bavière. }\ Cu.ibi.oxte. 



ELI 

ELISABETH PETROVVNA, fille 
dePiene le Grand et de Catlu'rine l". 
Elle naquit en i -joc) , au moment où 
son père loucbait au faîte des succès 
et de la [;loire. Citherine, peu avant sa 
mort , avait re'gië la succession , en 
vertu de la loi de Picrre-le-Grand , qui 
laissait au souverain re'gnaiit le droit 
de nommer son successeur : Pierre, fils 
du malheureux czarewilch Alexis, de- 
vait hériter du trône ; >'i! venait à mou- 
rir snns enfants , le testament de Ga- 
theriue appelait à la successiou Anne, 
fille sîuée de Pierre , mariée au duc 
de Holstein ; après Anne, et.iit nom- 
mée la princesse Elisabeth. Mais ces 
dispositions ne furent exécutées qu'en 
partie : Pierre parvint à régner à la 
mort de Catherine ; étant mort lui- 
même peu après, sans laisser de pos- 
térité, les grands et le séuat choisirent 
Anne, duchesse douairière de Gourl >n- 
de , fille d'iwcin , et nièce de Pierre I'*^. 
Cette princesse disposa de la succes- 
sion en faveur du jeune prince Iwan , 
fils d'Anne, sa nièce, mariée à Antoine 
Ulric de Brunswick , et qui , à la mort 
de l'impéralrice , ayant exilé le fa- 
meux Biren , se fit proclamer rrçente 
pendant la miaorite'de son fils. Elisa- 
beth avait observe' tous ces événe- 
ments avec le plus gi aud calme ; avant 
un caractère peu actif, étant portée au 
plaisir plutôt qu'a l'ambition , eilc sem- 
blait être indifférente à tous les pro- 
jets |)oUtiques. Gependant cHe ména- 
geait les gardes, et choisit même plu- 
sieurs amants parmi les ofliciers de ce 
corps. La rcgfiite ainsi que son époux, 
qui avait le cummandenieut des trou- 
pes , se livrait à une confiance aveu- 
gle , et ne prenait aucune précau- 
tion pour mettre le gouverneraeiit à 
l'abri de ces révolutions qui avaient 
éclaté si souvent » n Ri.sm*-. [1 se for- 
ma un parti pour Elisabcîh , pour la 
fille de Pierre-le-Graud, au Dom du- 
xiu. 



ELI 65 

quel se rattachaient tant d'illustres sou- 
venirs. La princesse ne se montra 
point contraire aux efforts qu'où fai- 
sait pour la conduire au trône, et s'a- 
bandonna aux conseils de Lestocq, 
chiriirgieu d'onç^i ne française, homme 
inquiet et ambitieux , qui cherchait à 
jouer un rôle. Le marquis de la Chétar- 
die, ambassadeur de France, dont la 
figure distinguée et les manière^ agréa- 
bles avaient captivé Elisabeth, s'inté- 
ressa vivement à sa cause,el ne vit, dans 
la révolution qu'on méditait , que l'oc- 
casion d'assurer un allie à la France. 
Gc qui contribua, dans le même temps, 
à faire sortir Elisabeth de sun indo- 
lence, fut le projet qu'eut la rc-g' ntt de 
lui faire épouser le prince Louis de 
Brunswick. , nommé duc de Courlan- 
de ; projet qui contrariait la lésolutioa 
d'Elisabeth de rester iudép* udante et 
de ne point se miiier. La Chétardie 
noua de nouvelles iutiigues, et il mit 
la priucesse en relation avec la Suède, 
dans ce moment très mécouteute du 
cabinet de Petersbourg. Le parti domi- 
nant à la diète fit déclarer la guerre 
aux Russes, et une armée suédoise 
fut transportée en Finlande. La < ous- 
piration eîit pu être facilement décou- 
verte et déjouée : Lestocq était lester , 
indiscret, et la régente fut avertie plu- 
sieurs fois ; mais elle avait les yeux 
couverts du bandeau de l'illusion, et 
se laissait entraîner par la bonté na- 
turelle de son caractère. F^a priucesse, 
qui méditait sa perte , n'eut pas de 
peine à !a rassurer par des protesta- 
tions et des larmes hypocrites. Cepen- 
dant les conjurés eurent de^ inquié- 
tudes , et Lestocq pressa l'exeniliou 
du projet. S'étaut rendu cluz Elisa- 
beth , et ayant trouvé sur sa tabie une 
carte, il y des>ina une roue et une cou- 
ronne, et dit a la princesse : « Point 
» ^e milieu , madame , l'une pour 
» vous, ou l'aulj-epour moi. Cette ob- 

5 



€6 ELt 

scrvalion frappante décida Élisabelli ; 
tous les conjures furent prévenus , et 
dans quelques licures la conspiration 
allait éclater. L'époux de la régente, 
averti du danger, proposa des me- 
sures de sûreté; mais Anne persistait 
<! uis sa confiance , et refusa d'ajouter 
foi aux rapports. Le 6 décembre 174», 
à minuit, Elisabeth, accompagnée de 
Lestocq et deWoronzow, se rend à 
la c'iserne des grenadiers préobajens- 
ki ; eiieleur fait part de son dessein ; 

ils 'jurent ^e *^ ^"^^""^ ^' ^^ mourir 
pour elle. La princesse se met à leur 
tête , et se rend au palais ; trente sol- 
dats'ayant pénétré dans rappaitement 
ou couchaient, dans le même lit, la 
ré'-cnte et son époux, leur ordonnent, 
airnonl d'Elisabeth , de se lever et de 
}os suivre ; on leur laissa à peine le 
temps de prendre des vêtements , et 
h régente demanda en vain à parler à 
Elisabeth. I^e jeune Iwan était plongé 
dans le sommeil ; on respecta quelque 
temps le repos de l'innocence. Quand 
il se fut réveillé , il poussa des cris à 
la vue des soldats. Sa nourrice, fondant 
en larmes , le prend dans ses bras et 
vent le défendre; mais les soldats s'en 
emparent et l'cmmcnent. La régente, 
son époux et Iwan sont transportes 
an palais d'Elisabeth; en même temps 
on arrête le maréchal Munich , le 
comte son fils , Ostcrman , Golofkin 
et plusieurs autres. Le jour même de 
h révolution , Elisabeth déclara , par 
tin manifeste , qu'en sa qualité de fille 
et héritière de Pierre l"'. , elle avait 
pris possession du trône , et chassé les 
usurpateurs. Elle promit d'abord de 
renvoyer Anne , son époux et ses en- 
fmts en Allemagne; mais clic changea 
ensuite de résolution : Anne et le prin- 
ce Antoine Ulric furent transportés 
dans une île de la Dwina , près de la 
mer l}lan<hc;lwan fut enfonné dans le 
château de Schlusselbourg. Uuc com- 



ELI 

mission ayant été nommée pour juger 
ceux qu'on avait arrêtés le jour de la 
révolution , le maréchal Munich fut 
condamné à être écarielé, Ostermart 
à périr du supplice de la roue , Golof- 
kin, Loevenvold et Mengden à avoir 
la tête tranchée. Leur crime principal 
était d'avoir été dévoues à la régente , 
et la sentence fut aggravée pour don- 
ner occasion à Elisabeth àe se mon- 
trer clémente et généreuse; elle leur 
fit grâce de la vie , et les exila en Si- 
bérie. Le chirurgien Lestocq devmt 
premier médecin de la cour, président 
du collège de médecine , et reçut le 
titre de conseiller privé. Il voulut en- 
trer au conseil; mais il essuya un re- 
fus, et tomba même, quelque temps 
après, en disgrâce (1). Mais il était 
parvenu à faire nommer chancelier 
Bestuchef, qui avait été ministre sous 
l'impératrice Anne , et qui prit bien- 
tôt un grand ascendant. Les Suédois 
avaient commencé la guerre sous les 
auspices d'Elisabeth, cl ils comptaient 
sur la reoiinaissiance de cette prin- 
cesse; mais elle fit peu attention à 
leurs demandes et à leurs manifestes. 
S'étant décidée à continuer la guerre, 
elle assembla ses généraux. L'hctman 
des cosaques du Don , appelé avec les 
autres, lui dit: « Madame, si l'empereur 
» votre père eût suivi mes conseils , les 
» Suédois ne nous feraient p'us la 
» guerre aujourd'hui. — Kt que fallait-il 
» donc faire ? demanda l'iuipéialrice. 

» Quand les Russes ont pénétré dans 

» la Siiède, répondit l'hetman, il fallait 
V amener ici la populace suédoise, et 
» égorger le reste. » Elisabeth voulant 
lui f.iirc sentir la barbarie de sacrifier 
tant de victimes. « Eli ! Madame , dit 
1) l'hctman , ils sont bien morts sans 
» cela. » Les Suédois , mal dirigés, et 

tim.g.Wrl.ki. rrmU r„ l.l.erli ,>.r P.rrr* lU , k 
,..n nvènrincnl «.i trône, il n.m.rul .l«n. I obicu. 

t lié U a3 juiu . :(!; ; il ^t»il ui k CclU en Hjy^. 



EM 

recevant des ordres contradicloirei 
d'un 5;;oi«verncment divise en factions , 
avnient eu des revers dès la première 
campagne. Attaques par leçe'nèral Las- 
cy , ils recuicn'nt jusqu'à Hcisiagfors, 
et furent réduits à cipituler. Le roi de 
Suède, Frédéric de Hesse-Cassel, était 
avance en âge, et n'avait point d'en- 
fants. Les députés de la diète , pour 
faciliter la paix, proposèrent d'assurer 
la succession au trône à Charles-Pierre 
Ulric, de la maison de Holsie'in-Gol- 
torp , et dont la racrc était Glle de 
Pierre I". ; mais l'impératrice venait 
de le désigner pour son successeur en 
Bussic. Le choix des députés tomba 
ensuite sur Adolphe -Frédéric, d'une 
branche catletlc de la même maison de 
Holstein-Goltorp, et l'impératrice en- 
tra en négociation. Elle eût pu garder 
toute la Finlande, mais elle crut devoir 
se montrer plus modérée , et par l'in- 
tervcnlion de la France la paix fut con- 
clue dans la ville d'Abo, en 1745, à 
des conditions moins dures. La Suède 
ne perdit qu'une très petite partie de 
la Finlande , et peu après elle fit avec 
la Russie une alliance défensive. La 
paix extérieure était nécessaire à Eli- 
sabeth; sou trône semblait encorecban- 
celer , et une conspiration se formait 
eoiitreelie.Ceile conspiration était prin- 
cipalement dirigée par le marquis de 
Botta , alors envoyé de la reine de 
Hongrie à Berlin , et qui l'avait été au- 
paravant à Pétersbourg. Les plus re- 
niai quables des conjurés étaient La- 
poukin et sa femme, distinguée par 
l'esprit et la beauté , madame Bestu- 
chef , belle - soeur du chancelier , et 
sœur de Golofkin, relégué en Sibérie, 
le chambellan Lillienfeldt, et lelifute- 
nant I^apoukin. Us espéraient d'être 
appuyés par la reine de Hongrie et par 
le roi de Prusse , l)eau-fiTredii prince 
Antoine Ulric , qui langi-.issait dans 
les prisons, avec Anne son épouse; 



ELI 67 

mais les conjuré^, qui n'avaient ni pru- 
dence ni fermeté, furent trahis. Elisa- 
beth se montra d'autint plus irritée, 
qu'elle éLiit jalouse de la beauté de ma- 
dame Lapoukin , et qu'elle la i^-gar- 
dâit comme une rivale dangereuse. Elle 
coud.imna cette femme aimable et spi- 
rituelle, son mari, sou fils, et madame 
Besluchef à recevoir le knout , à avoir 
le bout de la langue couj)ée, et à être 
exilés en Sibérie. La reine de- Hon- 
gnc désavoua son ministre , le fit en- 
fermer quelque temps dans une forte- 
resse ( VoY. Botta. ), et se rappro- 
cha d'E'isalwîlh en gagnant le chance- 
lier Beslucht-f ; mais l'inipératricc con- 
serva les plus fortes prcTentions con- 
tre le roi de Prusse. La guerre, occa- 
sionnée par les prétertions de plu- 
sieurs puissances à l'héritage de r»-in- 
pereur Charles YI, fixait l'attentioa 
de l'Europe. Louis XV, qui était entré 
dans cette guerre malgré lui , comme 
auxiliaire , désirait de la voir finir : il 
s'adressa à Elisabeth , et demanda sa 
médiation. Il fit retourner à Péters- 
bourg le marquis de La Chétardie, qui 
avait joui de la bienveillance de la sou- 
veraine , et qui avait contribue à soa 
élévation ; mais Besluchef, contraire à 
la Frauce , était tout-puissant , et peut- 
être le marquis s'était-il rendu coupa- 
ble de qiielqu<"S iiidi<cieàons. Il eut 
ordre de partir dans vingt-quatre heu>- 
res, et fut conduit sous e.-cor le jusqu'à 
la frontière . comme un prisonnier 
d'état; mais d'autres intéièts changè- 
rent la face des affairt-s. La Frauce et 
l'Autriche s'allièrent en i-jjô. Le roi 
de Pru«se se déclara pour l' Vrgleterre , 
lorsqu'il eut eu C'iiinais'tance des ()lans 
de l'Allèche et de la Saxe : Elisabeth 
qui persi-it.il dans ses prévenfioDS 
contre lui, entra dans le- pr )j«fs des 
pnis^ances qu voulucnt l'abaiiscr; 
mais il' gr-ind duc Pierre éuil très at- 
taché à Frédéric , et les gcuéraux , les 
5.. 



68 ELI 

ministres , crurent devoir ménager 
l'héritier du trône. Le feld - maréchal 
Apraxin entra dans le royanme de 
Prusse à la tête d'une année, s'empara 
de la ville de Mémel , et défit le ^éué- 
ral Lehwald , près de Gros- Jaegers- 
dorf. On s'attendait à le voir avancer ; 
mais il se replia vers la Gmrlande , et 
fit prendre à ses troupes les quartiers 
d'hiver. Bcstuchcf fut accusé de lui 
avoir écrit une lettre pour renç;a?;er à 
retarder les opérations. Le général fut 
rappelé et mis en jup;ement, mais il 
mourut peu après. Bestuchof , dé- 
pouillé de ses charges, eut ordre de 
partir pour la Sibérie. Le général ter- 
mor remplaça Apraxin. llpritKœuigs- 
berg , Custriu , et gagna près de cette 
ville une bataille îur les Prussiens. 
Peu après il demanda sa retraite , al- 
léguant l'affaiblissement de sa santé, 
mais ayant principalement pour but 
de ne pas déplaire au grand-duc , en 
combattant le héros dont ce prince 
était l'admirateur. Le commandement 
fut donné à Soltikof , qui reçut l'ordre 
de se concerter avec les généraux de 
l'impératrice -reine. Le roi de Prusse 
voulut cmpêrl.er la ionctiou des ar- 
mées , mais il no put y parvenir. Solu- 
kofscréunitàLaudon, et le. a août 
it5ç) , fut livrée la sanglante bataille 
de Kt.nersdorf ; Frédéric eut Vavan- 
ta"c pendant plusieurs heures; mais 
les Russes excitèrent son impatience 
par leur attitude imperturbable , et 
loiir constance à revenir à la charge. 
L'armée prussienne fut ébranlée , et 
prit la fuite. Sollikof gagna vingt -six 
drai)eaux, diuix éîcndards , près de 
deux cents canons, et des munitions 
de toute espèce. Cependant cçlte vic- 
toire n'eut i)oihl de résultats , parce 
qne les Busses et les Autrichiens ne 
pouvaient .'entendre sur les opera- 
raliuns. Le général russe l.,ltKben 
entra dans licrliu , mais il ue put s y 



ELÎ 

maintenir. Le siège de Colberg 'n'eut 
point de succès. Bouthour'.in q.u com- 
manda en 1761, fit peu de progrès. 
Romanzof fut plus heureux et s em- 
para de Golberg. Elisabeth ne renon- 
çait pas au projet de pousser la guerre 
contre Frédéric, mais sa santé était 
languissante depuis plusieurs années ; 
le ag décembre 1761 , elle mourut a 
l'àgc de cinquante - deux ans , après 
vingt années de règne. Pierre monta 
sur le tiône , et le roi de Prusse se vit 
délivré d'un de ses plus redoutables 
ennemis; la Russie devint son alliée, 
et la paix fut conclue. E!isab( th fonda 
l'université de Moscou et l'académie 
des beaux arts de Pétersbourg; elle 
fit aussi travailler au code de lois com- 
mencé sous le règne de Pierre I". , 
mais ce code ne fut point achevé. Eli- 
sabeth avait fait le serment que sous 
son règne aucun de ses sujets ne serait 
puni de mort; mais elle laissa subsis- 
ter des suppbces plus cruels peut-eire 
que la mort même, le knout, la tor- 
ture, et l'usage barbare de couper les 
oreilles et la langue. Elle versait des 
larmes sur les malheurs de la guerre, 
et des flots de sang coulèrent pendant 
une partie de son règne sur le théâtre 
des combats. Douce , clémente , géné- 
reuse , elle était en même temps trop 
indolente pour se livrer au travail , 
pour lutter contre les abus , et pour 
mettre un frein aux passions de ses 
ministres. L'amour était son penchant 
dominant. Elle disait à ses confidentes : 
« Je ne suis contente que lorsque je 
,) suis amoureuse, w Elle avait l'ainbi- 
tion de passer pour la plus belle lemme 
de son pays, et quelque modération 
qu'elle eût dans le caractère . elle était 
très susceptible sur ce point. Elle ne 
put pardonner a Frédéric les railleries 
qu'il s'était permises , et madame de 
Lapoukin expia cruellement le tort de 
passer pour plus belle qnc l'impcra- 



ELI 
tricp. Les amants d'Elisabetli furent 
traites avec une munificence qui appro- 
cha quelquefois de la prodig.tlilé , et la 
souveraine descendait avec eux à des 
intrigues peu dignes de son rang. Au 
miiieu de la vie voluptueuse qu'elle 
menait, l'impératrice avait des terreurs 
superstitieuses qu'elle appaisait parles 
pratiques de la dévotion. En résumant 
son règne, on trouve qu'il fut glorieux 
poor la Russie, et que la douceur qui 
en fut le caractère dominant contribua 
aux progrès de la civilisation. Les 
Riissesontdonuéà la fille de Picnel'"'". 
le surnom de Clémente , et ils chéris- 
sent sa mémoire. Les déiails les plus 
intéressants sur la vie et le règne d'E- 
lisabeth, se trouvent dans YHi>tpire 
de la Russie moderne, par Lecicrc, où 
on lit, entre autres morceaux curieux, 
le portrait de l'impératrice, tracé par le 
maréchal Munich ; dans le Foya^e de 
Sibérie , par Chappe d'Auleroche , et 
les Mémoires de Manstein. Dans ce 
dernier ouvrage il est dit qu'il avait été 
question de marier Elisabeth à Louis 
XV, que Pierre II en avait fait les 
avances, mais que la cour de France 
les avait éludées. Fov. Restuchef, 
Munich, Iwax. Takrak-anof et An- 
ne, au Supplément. C — au. 

ELIbABEril-CHRISTINE , reine 
de Prusse, était fille de Ferdiuand 
Albert , duc de Brun.swiekWoifenbut- 
tcl , et naquit le 8 novembre i 7 1 5. 
A l'âge de dix-sipt ans , elle fut fian- 
cée au prince roval de Prusse , depuis 
Fre'déric-Ie-Grand ; et peu après, la 
céléLration du mariajie eut lieu au ( ba- 
teau de Salzdahl. Ce fut te fameux 
Mosheini , alurN prédicateur de la cour 
de Brunswick, qui donna la bénédic- 
tion uuptia'e; le discoui-s qu'il pro- 
nonça a été imprime daus le recueil 
de ses sermons, ^prè^ avoir fait nue 
entrée solennelle à Bi riiii, les augustes 
époux établirent leur résidence à 



ELI Co 

Rhein«berg. Frédéric , en épousant 
Elisabeth Christine , avait obéi aux 
ordres de son père, et avait fait le sa- 
crifice d'une passion qu'il nourrissait 
depuis plusieurs années. Il ne put of- 
frir à son épouse les sentiments de la 
tendresse et de l'amour; mais, aussitôt 
qu'il eût apprécié ses quaUtés , il luF 
donna sa confiance et son estime. On 
craignait que, devenu roi , il ne prît 
des résolutions peu agréables à la prin- 
cesse ; mais il lui écrivit , en montant 
sur le trône , la lettre la plus flatteuse , 
cl la présenta à la cour assemblée au- 
tour de lui , en disant « Voilà votre 
reine. » Elisabeth n'avait reçu de la 
nature ni l'éclat de la beauté, ni les 
dons brillants d'un esprii supérieur; 
mais sa douceur , sa modestie, sa pa- 
tience , sa généro.-ilé , captivaient tous 
ceux qui approchaient de sa personne. 
Elle faisait consister son pins grand 
bonheur à faire du bien , sans eu tirer 
vanité. Sa cour était l'asyle de la vertu, 
et la jeunesse même y montrait le plus 
grand respect pour les convenances. 
Une éducation très soignée avait don- 
né à la runc le goût de l'instriu tiou , 
et la lecture avait le plus grand charme 
pour elle. Les livres consacres à déve- 
lopper les principes de la morale , et 
les vérités de la religion étaient cnix 
dont elle s'occupait de préférence. 
Cependant elle n'était point étrangère 
à la littérature, et connaissait hs bons 
écrivains de son pavs et ceux de la 
France. Les académciens de Berlin 
étaicîil admis à sa cour et à sa tab'e ; 
elle aimaiî à s'entretenir avec Lambert, 
Formey , Mérian , et les engageait 
même souvent à se rendre au château 
de Schoenhausen , situé près de Ber- 
liu , et où elle passait l'été. E'Ie aimait 
beaucoup celte retraite champêtre , 
qu'elle embellit aulani que le permet- 
tait un sol aride et s bloneux. Quoique 
ses principes religieux fussent tics 



70 Ë L I 

(liderents des opinions qu'avait adop- 
tées Frédéric , Elis.ibetli Christine leur 
resta toujours fidèle , et le roi les res- 
pectait, parce qu'il en coiinaissail la 
puri te; ils étaieiit en effet dégap;és de 
toute liyj)ocrisic , de toute ostentation, 
et ne se raanifistaient que par les sen- 
tim<nts nobles , par les actes de bi( n- 
f iisance de celle qui le- professait. Le 
loi ne voyait jwiiit la reine à Potsdam ; 
mais i! paraissait an cercle de la cour 
avec elle , lorsqu'il séjournait à Ber- 
lin. Dans son testament il la recom- 
manda à son suc^es^eu^,lui enjoignant 
de ne rien changer à l'état de sa nsai- 
son , de lui conserver son revenu an- 
nuel de quarante mille é'"us , et d'en 
ajouter annuellement dix mille.» Pen- 
» dant tout mon règne, cuntinuail-il, 
» elle ne m'a donne' aucun chagrin , et 
» ses inébranlables vertus sont dignes 
» d'estime, de dévouement et d'hom- 
» mages. » Elisabeth Cliristine vécut 
encore plusieurs années depuis la mort 
de son époux. Elle les passa comme 
celles de sa vie entière , à cultiver son 
esprit , à soulager les malheureux , et 
à faire régner autour d'elle le conten- 
tement et le bonheur. On lui proposait 
un jour d'acheter un collier de perles 
d'une grande beauté; clic l'examina et 
en parut frappée; m;iis, après quelques 
moments do reflexion : « Emporte z- 
» le, dit-elle à ses femmes , je pourrai 
» secourir plus d'un j>auvrc avec l'ar- 
» gcut qu'il coûtex'ait. » Elle vit sa fin 
approcher avec la plus toucliante ré- 
signati* n. Le i 5 novembre i rg'j , elle 
expira après avoir donné sa bénédic- 
tion à ceux qui l'entouraient. Elle était 
parvenue à l'âge de quatre-vingt-deux 
.iiis et deux mois. Elisabeth Ciuistine 
.< laissé des traduclions françaises de 
plusieurs ouvrages allemands; les plus 
icmarquables sont : J. le Chrétien 
dans la solitude, par Crugot , Berlin, 
] 776 ; II. tie la Destination de 



ELI 

Thomme , ouvrage classique de Spal- 
ding , BerJin , 1 776; III. Considéra- 
tions sur les œuvres de Dieu , par 
Slurm , 5 vol. , La Haye, 1777; 
IV. Manuel de la Religion, par Hit- 
mcs , 2 vol., Berlin, 1789; V. 
Hymnes de Gellert, ibid. , 1790. 
Ou lui attribue aussi un ouvrage inti- 
tule : P.éjlexions snr l'état des affai- 
res politiques en 1778 , adressées 
aux personnes craintives. C— au. 

ELISABETH ( Philippine - iMarie- 
Hélène de France, Madame), sœur de 
Louis XVI , née à Versailles, le 5 mai 
I 764 , fut le dernier enfant du Dau- 
phin, fds de LouisXV. Privée de son 
père et de sa mère avant de les avoir 
connus , elle fut confiée aux soins de 
la comtesse de Marsan, gouvernante 
des enfaiits de France , pour qui elle 
conserva toujours la plus tendre vé- 
nération et la plus touchante recon- 
naissance. Le respectable abbé de 
Monlégiit, mort à Chartres en 1 794 , 
fut son inslilulcur, et mérita par ses 
soins riioiiorabie confiance que son 
élève eut toujours en lui. Madame Eli- 
sabeth n'avait p s reçu de la nature , 
Goinine Madame Qotilde , son auguste 
sœur , cette douceur cl cette flexilùlité 
de caractère qui rendent les vertus 
f.iciles; die annonçait plus d'un trait 
de rt ssemblancc morale avec le duc 
de Bourgogne, l'élève de Féiielon ; 
l'éducation et la piété agirent sur elle 
comme sur ce jirinee ; les leçons et 
les exemples dont on t'entoura l'or- 
nèrent de toutes les qualités, de toutes 
les vertus, et ne lui laissèrent, de ses 
premiers pcnch.inls, qu'une aimable 
sensibilité, de vives impressions, et 
une fermeté qui semblait faite pour 
les malheurs terrib'es auxquels le ciel 
la réservait. Dès les premières années 
de sa jeunesse, au milieu des séduc- 
tions de la flatterie « t des dangers de 
la grandeur, elle fit remarquer la jus- 



ELI 

tesse de sa raison et la droiture de 
son cœur , par le choix des personnes 
auxquelles elle accorda sa conGance 
et sa protcclion ; des femmes distin- 
guées par leurs sentiaients et par leur 
conduite, devinrent ses amies intimes; 
des hommes d'un caractère recomman- 
dable , des serviteurs dévoués parta- 
gèrent celte bienveillance. Au milieu 
de ce respectable cortège, brillante 
We ieunes>e et de beauté , Madan»e 
Elisabeth s'avançait dans sa royale 
carrière comme un ange de paix, de 
bienfaisance et de vertu; la France 
entière itpplaïKlissait à tant de quali- 
tés ; M. de lia us set, e'vêque d'Alais, 
les célébra dans un discours plein de 
charme et de sensibilité , qu'il adressa , 
en 1786, à cette jeune princesse, au 
Dom des &als de Languedoc. Chaque 
)oar on aurait pu citer un trait de sa 
piété ou de sa charité; ta reconnais- 
sance en lévéiail quelques-uns; sa 
modestie on a deruLe le plus grand 
nombre. On n'a point oublie que , 
pour doter une jenne peisonue qu'elle 
honorait de son amitié, elle obtint du 
roi son frère, d'employer à cet usage , 
pendant piusicuis années , le présent 
annuel de diamants qu'il lui faisait 
aux étrenncs , et qu'dle ne voulut pas 
laisser remplacer. Lorsque le déran- 
gement des finances obligea de songer 
à des projets de reforme , Madame 
Elisabeth G l venir le premier c'cuyer , 
et demanda qtie les premiers chevaux 
supprimés dans les écuries du roi , 
fussent les siens; elle exigea en même 
temps le secret sur ce sacriGce qui la 
privait d'un exercice favori. Lors- 
qu'elle se dérobait à la représentation 
et aux hommages d'une cour qui l'a- 
dorait , c'était , ou pour se rendre à 
Sl.-Gyr, dont elle encourageait les jieu- 
siûnnaires les plus recommandab^es , 
ou |K)ur se livrer , dsns sa maison de 
Montreuil , à l'inliinilé de ses amis ti 



ELI 71 

à de dou<î€S ét«ides; c'était là que le 
savant et respectable Lemouoier , pre- 
mier médecm , lui donnait des hçpns 
de botanique , science qu'elle aimait 
avec ardeur , et qu'elle cultivait avec 
succès. Pleine de respect pour le roi 
son frère , elle ne se mêlait jamais des 
affaires du gouvernement ou des in- 
trigues de la cour , et ne prétait son 
appui qu'à des personnes snns re- 
proches. Ue si hautes quahtés devaient 
faire rechercher la main de Madame 
Elisabeth par tous les princes de l'Eu- 
rojM?. On croit en effet qu'il fut succes- 
sivement question de son mariage avec 
un prince de Portugal , avec le duc 
d'Aoste et avec l'empereur Joseph H. 
Des raisons politiques mirent des obs- 
tacles à ces diverses unions , qu'elle 
ne parut pas regretter. En i-jHç), un 
hiver long et rigoureux la mit dans le 
cas d'exercer sou active bienfaisance : 
elle épuisa tous ses moyens pour ar- 
racher à la misère ou à la mort , les 
malheureux qui ne pouvaient résister 
à l'âpreté du hoid; mais un Hé^u plus 
terrible allait la livrer elle-même aux 
plus alfreuses calamités , et faire re>- 
sortir dans tout leur éclat, la furce, la 
résignation , la générosité de son ame. 
L'orage qui grondtiit depuis 'quelques 
années sur la France , s'amoncela bien- 
tôt autour du trône et de la famille 
royale, et le 14 juillet 1789 vit ou- 
vrir cette scène sanglante. Madame 
Elisabeth, forcée de porter ses re- 
gards et son attention sur les événe- 
ments politiques, jugea dès lors avec 
sagacité toutes les circonstances qui >e 
pressaient devant elle, et les consé- 
quences qui pouvaient i-ésulter de 
chaque événement. Liée au sort du 
roi et de la reine, dévouée à leurs, 
enfants, elle se prépara à traverser 
la révolution, en ^'attachant à leurs 
malheurs, en partageant toutes h'urs 
disgrâces; toutefois, ses conseili pri- 



7^ ELI 

rent dès lors un caractère de force et 
de fermeté' , qui prouvait l'e'tendue de 
ses vtics et la rtctiliidc de son jup;e- 
incnt. Elle conjura souvent le roi d'u- 
ser de son autorité et d'opposer , tan- 
dis qu'il en elait encore temps, une 
digue au torrent révolutionnaire. Le 
5 octobre, lorsqu'une populace, ivre 
de vin et de fureur, se porta sur Ver- 
sailles, Madame Elisabeth insista pour 
que le roi s'é;oignâl; elle sauva plu- 
sieurs gardes- du-L'orps delà rage po- 
pulaire , et ne cessa de leur témoigner 
sa reconnaissance pour leur dévoue- 
ment , son inquiétude pour leurs dan- 
gers. Conduite à Paris avec la famille 
royale , les applaudissements qu'elle 
entendit prodiguer au roi ranimèrent 
lin instant ses espérances j sa noble 
fermeté imposa souvent silence aux 
prétentions séditieuses de la garde na- 
tionale, aux propos menaçants des fac- 
tieux ; mais elle connut bientôt toute 
la violence du parti qui menaçait Je 
trône , et l'inutilité des faibles bar- 
rières que l'induigence du roi clier- 
chait à lui opposer. Ce prince venait 
d'axiger de ses Umlcs de s'éloigner de 
celte scène tumultueuse : il aurait voulu 
que Madame Elisabeth les accom- 
pagnât; "elle refusa d'obéir , et se dé- 
voua , prés de son frère et de son roi , 
à tous les dangers dont elle le voyait 
entouré. Dés lors elle assista aux con- 
seils secrets que la famille royale était 
forcée de tenir pour examiner les par- 
tis qu'il y avait a prendie dans des 
inom( nts aussi périlleux. Elle fut ini- 
tiée dans le projet du départ pour 
Montmédy , et pailagea les fatigues , 
les daiig( rs et les humiliations de ce 
voyage ( f'oy. Louis xvi ). Madame 
Elisaheth a depuis assiiréqn'un steret 
pressentiment lui avait fait craindre 
Ja fatale arrestation dès le moment de 
son départ , et qu'elle croyait avoir 
icconnu un des chefs de la garde na- 



' ELI 

tionale qui se glissait , à la faveur dex 
ombres, dans le corridor que le roi et 
sa famille traversèrent en partant des 
Tuileries. De retour au milieu de ses 
geôliers , Madame Elisabeth , moins 
surveillée que le roi, trouva le moyen 
d'entretenir , pîir l'entremise de quel- 
ques serviteurs dévoués , une corres- 
pondance suivie avec les princes ses 
frères , sortis de la France à diverses 
époques. Cependant chaque jour les 
dangers augmentaient, et sou cou- 
rage , sa piété , sa résignation sem- 
blaient s'accroître eu même temps : , 
la journée du 20 juin i ■jt)'2 les fit pa- 
raître dans tout leur éclat; une po- 
pulace effrénée ayant pénétré de tous 
côtés dans les appartements des Tui- 
leries pour se porter aux dernières 
violences contre la famille royale , 
Madame E'isabelh parut devant les 
factieux à côté du roi : on la prit pour 
la reine, et déjà le fer de ces monstres 
la menaçait, sans qu'elle songeât à les 
détromper; un de ses écuyers , le che- 
valier de Sl.-Pardoux, se jeta au-de- 
vant des cannibales , en s'éoriant : 
« Non , ce n'est pas la reine. » — 
« Pourquoi les détromper, dit Ma- 
» dame Elisabeth , vous leur auriez 
» épargné un plus grand crime. » 
Pendai;t trois heures elle partagea les 
dangers du roi , et la fermeté de son 
anie ne l'abandonna point. Le 1 o août 
suivit de bien près cette affreuse jour- 
née. Au milieu du carnage et de l'in- 
ccudie, Madame Elisabeth quitta les 
Tuileries avec le roi et la famille 
royale, pour se rendre à rassemblée 
nationale , auprès des f iclicux qui 
tramaient sa perte. Kenferméo , pen- 
dant le reste du jour, dans la loge 
des journalistes, elle entendit pro- 
noncer la déchéance de Louis XVI, 
passa trois autres journées, non moins 
cruelles , dans l'enceinte des bâti- 
ments de l'assemblée , et fut con- 



ELI 

duîte au Temple, où nulle personne 
de sa DiuisoD ne put obtenir He la 
suivre. Madame Elisabeth, oubliant 
ses privations et ses propres maux, 
ne songea qu'a dimieuier ceux du roi 
et de !a reine; ellr devint comme une 
seconde mère pour leurs auf;u><tcs en- 
fants , et desceudit pour eux aux soins 
les plus délicats. L'a<pecl de tant de 
vertus n'amollit pas le cœur des tigres 
qui la gardaient; l'outrage, les vexa- 
tions , les reproches , portaient sur 
elle comme sur les siens; ou lui re- 
fusait les secours que réclamait sa 
sanle' ; ses discours , ses resards 
même étaient cpiés. Séparée totale- 
mrnt du roi , pendant son procès , 
elle ne le revit que pour recevoir ses 
adieux; scène déchirante, qui devait 
encore se renouveler le 2 août 1 793 , 
lorsque la reine fui enlevée du Ti-mple 
pour être conduite à la Concieriirric , 
et de la sur l'échafaud. Madame Eli- 
sabeth ne put éviter l'infâme interro- 
gatoire auquel donna lieu une circons- 
tance de cet exécrable procès; et la 
pudeur d'une fille de S. Louis fut 
forcée de répondre aux obscènes 
questions du crime et de la rage en 
délire. Madame Elisabeth , restée seule 
avec Madame fille du roi ( car on leur 
aVi»it enlevé le Dauphin dès le mois 
de juillet de cette fatale année ), ne 
s'occupa plus que d'entretenir dans 
le cœur de sa nièce ces vertus su- 
blimes qui font aujourd'hui l'orgueil 
de la France, l'honneur du trône, 
l'admiration du monde. Otte affreuse 
captivité durait depuis vin^t-un mois, 
et devenait de jour en jour plus étroite 
et plus rigoureuse , lorsque, le 9 mai 
i7Ç;4,on vint arracher Madame Eli- 
sabeth des bras de Madame. Accablée 
d'injures , traùiée d-r-s un fiacre, elle 
est conduite à la Conciergerie, et le 
lendemain jugée , condamnée . exécu- 
léc. Eu marchant an supplice, clic ne 



ELI 75 

cessa d'exhotter à la résignation , au 
repentir, les autres victimes qui de- 
vaient périr aussi. Les femmes qm 
se trouvèrei.t avec elle, et dont on la 
força de voir le supplice, la saluèrent 
avec respect en passant devant elle; 
elle les embrassa avec une touchante 
affection , et ne cessa d' idresser ses 
prières au ciel , qu'au moment où sa 
mort termina cette horrible scène. Ma- 
dame Ehsabeth avait trente ans ; ses 
restes ont été porté- san^ pompe près 
de Mousseaux, et confondus avec ceux 
qu'on entassait journellement après 
tant de sanglantes exécutions. Un ma- 
gistrat recommandable , M. Ferrand, 
aujourd'hui ministre d'état, a consa- 
cré, à la mémoiie de cette princesse , 
un Eloge historique , dont le style, le 
ton , et les sentiments sont dignes d'un 
si noble sujet. Cet ouvrage, plein d'in- 
térêt, forme un vol. in-8 ., Paris, 
181 4 > de l'imprimerie royale ; à la 
suite de l'éloge, se trouvent quatre- 
vingt-quatorze 'eltres de Madame Eli- 
sabeth , monuments précieux , où bril- 
len t la candeur de ses vertus , la beauté 
de son caractère, l'aimable vivacité 
de son imagination, la fermeté de son 
ame et l'excellence de son jugement. 
Un hommage encore p'us éclatant 
manque à la mémoire de Madame Eli- 
sabeth ; mais s'il est permis de devan- 
cer le cours du temps, et de piévoir 
les arrêts sacrés delà religion, un jour 
sans doute, ce nom auguste, que nous 
inscrivons avec respect sur cette No- 
tice , sera placé dans ces saintes an- 
nales où l'église ne reconnaît plus que 
des anges, où les chrétiens ne comp- 
tent plus que des protecteurs. 

L— S— E. 

ELlSAÏîETH. r.TsABtLLE. 

ÉLb'iÉ (en aimrnien, Éguische), 

l'un des plus célèbres historiens de 

l'Arménie, naquit vers le c< mmeuce- 

meut du S*", biccic. Il ctudia sous le 



74 



ELI 



célèbre patriarche Saliak, de la race 
des Arsacidcs, et sous le savant Mes- 
rob , inventeur de l'alphabet armé- 
nien. Il devint ensnite secrétaire de 
Vartan , prince des Mamikonians, j;é- 
néral des années arménienne et géor- 
gienne. Après avoir rempli pendant 
long-temps cette place avec distinc- 
tion , il fut sacré, en l'an 4'i9> évêqne 
du pays possédé par les princes de la 
famille des Amadouni. Il assista à un 
grand concile tenu dans la ville d'Ar- 
daschad , pour répondre au roi de 
Perse , lezdedjerd , qui voulait forcer 
les Arméniens d'embrasser la religion 
de Zoroaslre. Élise mourut vers l'an 
480 , dans la province de Hlieschdou- 
nik'h. H a composé des Commentaires 
sur plusieurs livres de l'Ecriture, des 
Homélies, et d'autres ouvr.iges théo- 
logiques ; mais le plus important de 
ses écrits est une histoire très élo- 
quente de la guerre du général Var- 
lan contre le roi de Perse, avec la 
narration de la défaite et de la mort 
de ce général. Cet ouvrage, divisé en 
sept parties , a ctc imprimé à Constan- 
linople, 1764, in-4''. On n'en connaît 
point de traduction. S. M — w. 

ELISÉE hérita du manteau et du 
double esprit prophétique qui avaient 
distingué le prophète iLlie. ]l naquit 
dans la ville d'Abelmeiila , qu'on croit 
avoir existe dans la tribu de Manassc , 
à dix milles de Scylhopolis. Apres 
avoir vu son maîlrc s'élever vers les 
deux, il revint pour passer le Jour- 
dain , et le manteau de ce grand [pro- 
phète, ouvrant un passage à son disci- 
ple, le fil reconnaître pour le déposi- 
taire de l'esprit d'Elie : il opéra , com- 
me lui, un grand nombre de prodi- 
ges ; il adoucit les eaux amcrcs de 
Jéricho, en y jcLmt du sel ; deux ours 
vinrent à sa voix du fond de la foret 
dévorer les enfants de iiéthel , qui 
méconnaissaient son caraclcrc et sa 



ELI 

dignité ; il remplit les citernes d'eaux 
miraculeuses pour soulager les rois d'Is- ; 
raël , de Juda et d'Edom , qui combat- J 
taient dans les déserts contre le roi de 
Moab; il multiplia d'une manière toute 
merveilleuse l'huile de la veuve qui était 
menacée de se voir enlever ses deux 
(lis pour payer ses créanciers; il ré- 
compensa la snnamile qui lui avait don- 
né l'hospitalité; ii lui rendit un (îls que 
la mort venait de moissonner, et dont 
il avait lui - même annoncé la nais- 
sance. Il nourrit , par un prodige , les 
prophètes qui étaient à Galga'a , et 
multiplia de même vingt pains d'orge 
que lui présenta le voyageur de Baal- 
salisa. INaaman, général du roi de Sy- 
rie , fut guéri de la lèpre , en se bai- 
gnant sept fois dans le Jmirdain, par 
ordre du propliète. Il vint , pénélré 
de reconnaiyvauce , offrir des présents 
à Elisée . qm les refusa , et lui parla 
avec une grande indulgence au sujet 
de l'ido'àtrie qu'il avait commise eu 
allant, avec le roi sou maître, adorer, 
les idoles dans le temple de Remmon. 
Mais quelques interprètes pensent , 
avec tondcmenf , que cette indulgente 
bonté de noire saint prophète était un 
pardon pour l'idolâtrie dont Naanian 
s'él.iit déjà rendu coupable , et non 
une permission de s'en rendre encore 
coupable à l'avenir. Giézi , serviteur 
d'Elisée, n'imita pas le désintéresse- 
ment de son mjiîlre; au contraire, il 
se servit de son nom pour demander 
à Naaman deux talents et dvux ha- 
bits , et la lèpre dont veuiiil d'cire dé- 
livré cet étranger, s'attacha pour tou- 
jours au serviteur du pro]>hète , dont 
il fut dès-lors obligé de s'éloigner. Eu 
plongeant un morceau de bois dans 
l'eau, Elisée fit surnager miraciileuse- 
nj'jnt le fer de la coigiiée qu'avaient 
perdue les enfants des prophètes qui 
coup.lirnt dubois dans le voisinage. Il 
frappa d'arcuglcmcnt et traita ensuite 



ELI 

avec bonté les soldats qu'avait envoyés 
contre lui, .iDuthaïii, Benaciad,roi de 
Syrie, qui s'était persuadé que le pro- 
phète révélait ses desseins au roi ti'Is- 
laël; il prédit à ce dernier la pro- 
chaine levée du siège et la cessation 
de la famine qui déso'ait Samarir. 11 
alla vers Damas déclarer Hizaël roi 
de Syrie; il annonça à ce prince les 
maux qu'il ferait à Israël; et Hazaël , 
de retour chez lui , étoulFa BenaJad , 
et n'accomplit que trop sa destinée. 
Jclui, (ils de Josaphat , dcviit réaliser 
contre la famille d'Achab tontes les 
calamités pi édiles par E ic Elisée en- 
voya un des enfants des prophètes 
donner à Jéliu l'onction royale. Cet 
homme de Dieu, près déterminer une 
vie féconde en prodi'^es , reçut dans sa 
maladie' la visite de Joas , roi d'Israël; 
il ordonna à ce prince de tirer une 
flèche par la fenêtre de la chambre 
qyi était du côté de l'Orient : « C'est, 
» dit le prophète, la flèthc du salut 
» contre la Syiie. j Joas lira jusqu'à 
trois fois, puis s'arrêta. L'homme de 
Dieu se mit en colère : « Si vous eus- 
» sicz , dit-il à ce jeime prince, frappé 
» la terre cinq , siï. et sept fois , vous 
» auriez battu la Syrie jusqu'à l'exter- 
» rainer; mais vous ne la battrez que 
» trois fois. » Cet illustre prophète 
mourut dans un âge fort avancé, vers 
l'an 855 avant J.-C. L'année de sa 
mort , des voleurs de Moab vinrent 
en Israël. Des hommes qui portaient 
un mort au tombeau, ayant vu ces vo- 
leurs, s'enfuirent, et jetèrent dans le 
tombe;iu d'Elisée le corps qu'ils por- 
taient. Le mort ayant louché les osse- 
ments du prophète , ressusrifa et se 
leva sur ses pieds. C'est au sujet de ce 
prodige, rapporté au iv". livre des 
Rois , qu'il est dit dans l'Ecclé; iastique 
que le coi ps d'Elisée prophétisa après 
sa mort. Ce prophète, ainsi qu'il a été 
dit de J.-C. teisuscitant tous Icshom- 



ELI 75 

mes par sa mort, a en quelque sorte 
créé la vie dans le tombeau. Son nom 
est inséparable de celui d'Elie, dont 
il reçut la puissance et dont il imita 
les vertus ( V. Elie.). C — t. 

ELI5ÉÈ 'x Jeak-Fbançois Copel, 
connu sous le nom de Fère ) , célèbre 
prédicateur, naquit à Besançon , le 2i 
septembre i -jaG. de parents vf rtueux, 
et qui ne né(;li^èrent rien pour lui 
donner une bonne éducation. Il lit ses 
premières éludes au rolléjip de celle 
ville, dirigé par les Jésuites, et s'y 
di^inpua par les progrès les plus ra- 
pides. Ses maîtres, prévoyant qu'il se- 
rait un jour propre à faire honneur à 
la Société , cherchèrent à lui inspirer 
le désir d'y entrer. Le jeune Copel , 
incertain sur le choix d'un état, obtint 
la permission de faire une retraite dans 
la maison des carmes , pour examiunr 
sa vocation. Dès ce moment , ses irré- 
solutions cessèrent , et il prit l'habit 
de cet ordre le a5 mars 1745. Srs 
6ui>érieurs le chargèrent d'abord d'ins- 
truire les novices, et il s'acquitta de ce 
devoir pendant six années , avec beau- 
coup de zèle et de succès. 1! employait 
ses loisirs à la lecture des orateurs an- 
ciens et modernes , et se préparait par 
la méditation et l'examen de leurs ou- 
vrages, à marcher un jour sur leurs 
traces. La timidité naturelle dn P. E'i- 
sée , la faiblesse de son organe , la né- 
gligence de sou débit , ne perni irent pa ■» 
d'apprécier toute l'étendue de son ta- 
lent pour la chaire. On l'envoya cf- 
pcndant dans la maison de son ordre 
à Paris , et ce fijt par une espèce de 
faveur qu'd obtint de prêcher d;iu> 
quelques paroisses. Un hasard singu- 
lier commença sa réputation. Un jour 
qu'il prêchait dans une église assez peu 
fitfquenlée , Diderot , curieux d'en- 
tendre un sermon, qu'il supposait d'a^ 
Tance médiocre, y entra iiccompagué 
d'un de ses amis. Le philosophe, piacé 



76 ELI 

en face du prédicateur, l'ecouta avee 
altenlion, et fut frappé de l'ordre , de 
la clarté , de U mélhcide , de la logique 
vive et pressante qui régnaient dans 
son discours. Le sermon fini, il suivit 
le P. Elisée à 'a sacristie , et lui de- 
manda si c'était lui qui avait composé 
le sermon qu'il venait de prononcer ? 
Le P. Elisée lui en donna l'assurance. 
Didei et, endianlé de ce qu'il nommait 
sa découverte, parla du nouveau pré- 
dicateur avec enthousiasme , et inspira 
à chacun ie dé.sir de l'entendre. Bien- 
tôt l'église qu'avait choisie le P.Elisée, 
fut trop petite pour contenir le nombre 
de ses auditeurs , et cédant aux invita- 
tions qu'on lui adressait de toutes 
parts , ii parut successivement dans les 
chaires les plus brillantes de la capi- 
tale. Désigne pour prêcher devant le 
roi, il eut l'honneur de le complimen- 
ter dans deux circonstances bien re- 
marquables ; la première fois , après 
la signature de la paix avec l'Angle- 
terre , en 1765, et la seconde lois, 
après la mort eu dauphin , pèie de 
Lfuis XVI. Le P. Elisée, bon et in- 
dulgent envers les autres , était très 
sévère pour lui même ; la pâhurde 
son visigc annouç.iit ses austérités; il 
jeûnait continuellemcut , et consacrait 
à la prière tous les moments qu'il ne 
donnait pas à l'étude. L'excès du tra- 
vail affaiblit sa santé, et les médecins 
lui conseillèrent de pren ire quelque 
repos dans sa f miille. Il eéd.iit à leurs 
invitations , à celles de ses parents , 
mais l'évêque de Dijon le retint pour 

Ï(rê( her le Carême dans si cathédrale; 
es elforls qu'il lut obligé de faire , 
achevèrent de l'épuiser. Il mourut le 
1 1 juin 1^85 , à Pontariier, en allant 
en Suisse, prendre les eaux de la lire* 
vine. lSou corps fut rapporté à Besan- 
çon , etinliumédansréglisedes Carmes 
Dé( haussés. Les Semions du P.Elisée 
ont été recueillis par le P. Ccsaiic , son 



ELI 

cousin, et publiés à Paris, 1784- 
1786, 4 vol. in-12, avec la vie de 
l'auteur. Jls ont été traduits en alle- 
mand, Batuberg, 1786, 4 volumes 
in- 8". , et en espagnol, Madrid, 1 787, 
4 vol. in-4". ; le quatrième volumecon- 
tient les Panégyriques , parmi lesquels 
on dislingue celui de S. Louis ; et les 
Oraisons funèbres du Grand Condé, 
de Stanislas P' . , roi de Pologne, et 
du dauphin , père de Louis XVI. Oa 
n'a pas la prétention d'assigner ici la 
place que doit occuper le P. Elisée 
parmi les orateurs chrétiens; on se 
contentera de dire que ses sermons 
se distinguent, de la plupart des pro- 
ductions de ce genre, par la sagesse de 
la composition , l'enchaînenient des 
pensé( s , par la pureté et l'élégance 
de style; et que la lecture en est aussi 
agréable qu'utile aux personnes qui 
aiment à réfléchir sur tllcs-mêrats. Oa 
y trouve quelques morceaux dignes de 
Bossuct et de Massilion; mais, en gé- 
néral, on désirerait chez lui une con- 
naissance plus grande des livi es saints; 
plus de force et de justesse dans le 
raisonin meut ; plus d'abondance dans 
ses preuves ; une onction plus péné- 
trante; une éloquence plus douce (i)j 
plus de majesté ; plus d'élévation ; des 
idées moins vagues ; des traits plus 
marqués. La contenance modeste du 
P. Elisée, l'air de mortification qui 
par;)iss.iit sur son visage, commen- 
çaient par inspirer une prévention fa- 
vorable ; la simplicité de son débit 
forçait ses aulilcurs à redoubler d'at- 
tention , et celte négligence était as- 
sorte à l'espèce d'eiuquence qu'il 
avait adoptée. P«'U d'art, de la piéci- 
sion dans l'exposition de son sujet, 
de la sim|)licité dans ses plans , uu 



(1) l\ r«l quelquefois rauiiiquF ; dans non ter- 
miin >i.r le mauvaii riche , il tVi|irimi' ainti : k La 
y rirhî; moiiriii , et ce fut le |<rcuiivr service 'lu'il 
V rendit j la (uciùK. a 



ELI 

style pur , clair et élégant ; presque 
point de ilgnres et de uiouTeraents. Il 
n'a ni !a logique pressante et la raison 
profonde de Bourdalone , ni le pin- 
ceau magique et le brillant coloris de 
Massillon. Quoiqu'il ne minque pas 
de s'éli ver contre les systèmes mons- 
trticux de la philosophie moderne, il 
porte dans ces morceaux qui seaibleul 
exiger une certaine véhémence, plu- 
tôt le sentiment de la douleur qui s'en 
afflige , que celui de l'indignation qui 
les comb-it et les anéantit. Dans l'en- 
droit de son sermon sur V incrédulité , 
où il trace le tableau de l'orgueil de 
l'esprit et de cette inquiétude qui le 
porte à secouer le joug de la religion , 
On t rouve une imitation trop marquée, 
de Bossuet, dans l'endroit de l'Orai- 
son funèbre de la reine d'Angleterre, 
où ce grand évèque dit des protestants 
ce que le P. Elisée applique aux in- 
crédulrs. Le portrait qu'il fait de 
Ba vie dans le sermon qui a pour titre : 
Fausseté de la probité sans la reli- 
gion , rappelle aussi un peu trop ce- 
lui que Bossuet a tracé de Cromwell. 
Les principes de la morale sont pré- 
sentés , dans ses sermons , d'une ma- 
nière trop bénévole , sans qu'il entre 
dans aucun détail particulier , ce qui 
ne jette pas , à beaucoup près , autant 
d'intérêt dans ses discussions , que 
s'il luttait, pour ainsi dire, corps à 
corps avec les obstacles qu'il combat. 
Il est rate , par conséquent , de trou- 
ver ch( z lui de ces morceaux pleins de 
force et de vigueur , qui subjuguent 
l'esprit et dominent la volonté; de 
ces lirid'^s où régnent l'affection et le 
sentiment , qui pénètrent le cœur et 
l'embrasent . qui le touchent et l'at- 
tendri-.sent. C'tsl moins à présenter à 
chaque individu le miroir de ses pas- 
sions , que l'orateur semble s'être ap- 
pliqué , qu'à peindre les funestes ef- 
f fels qu'elles produiicnt dans la société. 



ELI 77 

Or cette seconde étude est beaucoup 
plus facile que la première , et il est 
plus aisé de saisir ces résu'tats géné- 
raux que de descendre dans le cœ r 
de l'homme , d'en sonder les plus 
sombres replis , et de les exposer au 
grand jour. On trouve cependant quel- 
quefois de la force , de l'élév ition et 
de la profondeur , comme dans le 
sermon sur la fausseté de la probité 
sans la religion ; ane connaissance 
plus développe des passions , comme 
dans ceiiii sur la vie religieuse , ou 
en opposant partout le calme de la 
solitude au tumulte du monde , il 
peint sujiérieurement le vi(kket le 
néant des plaisirs et des honneurs. 
Son sermon sur la mort et celui sur 
les aviations , sont ceux où l'ordon- 
nance est la plus belle et les dévelop- 
pements plus lumineux. W — s. 

KLIUS ( Lucius jElius C/ESar ) , 
fMÉ^Céjonius Comuiodus , fut ndoplé 
ft|^mpereur Adrien : on n'pst pas 
fficcord sur l'époque précise de son 
adoption ; il parait qu'elle eut lieu en 
l'an 1 55. ^Elius portait alors les noms 
de Lucius Aurelius Férus , qu'où 
donnait à son père. Adrien , dont la 
santé s'affjiblissait tous les jours, vou- 
lut désigner son successeur. Après 
avoir jeté les yeux sur plusieurs de 
ses parents et de ses amis , il choisit 
enfin Lucius Férus , que sa cora- 
plexion délicate aurait seule dû écarter 
du trône. Adrien ne se contenta pas 
de le créer César , il l'adopta comme 
son fils, et lui donna le nom d'.Eiius , 
qu'il portait lui-même. C'est pourquoi 
Spnrlien compare cette adoption à 
celle de Galère Maximien et de Cons- 
tance Chore, qui, en devenant Cé- 
sars, devinrent aussi les fils des em- 
pereurs. yElius avait un grand ascen- 
dant sur l'esprit d'Adrien, qui le fit 
ensuite prêteur et consul , et lui donna 
le gouvernement de la Pannonie. Spar- 



;:8 ELI 

tien fait l'elogc de sa conduite et no>js 
vante sa justice et son habilf te. Néan- 
moins la faiblesse de sa constitution 
fil quelquefois regretter à Adrien cette 
adoption. On dit que l'empereur, qui 
l'aimait passionnément , n'avait con- 
senti à le créer César que pour tenir 
la promesse qu'il lui avait faite en se- 
cret ; mais qu'il savait bien qu'^E'ius 
lie vivrait pas assez long-temps pour 
réqner. ( Adrien était fort adonné à i.i 
magie, et avait, dit-on , tiré l'horos- 
cope d'TElius ). Les xlcstins de Rome 
réservaient à Vempire un prince dont 
les vertns devaient rappeler l'âge d'or. 
^lius,après un séjour d'environ deux 
ans en Pannonie, revint à Rome, et 
le i"'. janvier, au moment même oii 
il se disposait à prononcer un discours 
qu'il avait préparé pour l'empereur, 
il mourut prescpie subitement : ce 
fut Antonin-le-Picux qui lui succéda 
comme césar. On donne àjElius plu- 
.«eurs brillantes qualités ; il était ins- 
truit dans les belles-letires; il culti- 
Tait l'éloquence et la poésiej maisquel- 
ques persomies prétendent qu'il était 
plutôt chéri d'Adrien à cause de sa 
belle figure que pour ses vertus. Il 
était fort recherché dans sa toilette et 
dans ses plaisirs. On lui reproche de 
les avoir aimés jusqu'à la volupté. 
Spartien nous dit qu'il faisait quelque- 
ibis mettre des ailes à ses coureurs, 
et qu'il leur donnait le nom des vents. 
Borée, Aquilon, etc. Quoiqu' Adrien 
s'attendit à ne pas conserver long- 
temps JPMm, sa perle lui fut sensible; 
et s'il ne le pleura pas comme prince , 
il donna des larmes à son fils , et le 
fit ensevelir avec tonte la |)ompe ré- 
servée aux empereurs , dans le même 
tombeau qu'il .«vaitfailconstruire pour 
lui'Uième. Il lui diTCcrna des statues 
et des temples , et ce fut en raéuioire 
de ce prince qu'il cxig(M qu'Aiitonin , 
son succesieuf; adoptât le fus à'Er 



ELL 

lius, qui régna ensnitc avec IVIarc- 
Aurèle. Jilius avait épousé Domitia 
Lucilla , fille de Nigrinus , qui lui 
donna Lucius Vcrus , dont nous ve- 
nons de parler, et Fabia ou F^dia , 
qui fut fiancée à Marc-Aurc'e. jElius 
ne vécut pas assez long-temps comme 
prince pour nous avoir laissé une 
grande variété dans les types de ses 
médailles. Le symbole de la Panno- 
nie, qu'il gouverna, est le sujet qui 
s'y trouve le plus fiéquemment. Les 
autres sont généralement peu com- 
munes, surtout les grecques. 11 n'y 
prend que le nom de Lucius jEliiis , 
et n'y porte que le titre de césar. T — n. 

ÉLIUS-GALLUS. F. Gallus. 

ELIZABETH. Foy. Elisabeth. 

ELLAlN (Nicolas), ne à Paris 
en 1 554 , s'appliqua d'abord à 
l'étude du droit , et se fît recevoir avo- 
cat au parlement. Au bout de quelques 
années, il renonça à la jurisprudence 
pour étudier la médecine, acquit en 
peu de temps la réputation d'un pra- 
ticien habile, et mourut en 1621 
doyen de la faculté de Paris , à l'àgc 
de quatre-vingt-sept ans. Ellain avait 
du goût pour la littérature, et il .1 
cultivé la poésie avec quelque suc- 
cès. On a de lui : I. des Sonnets , 
Paris, i5Ci, in -8". L'abbé Goujet 
trouve du naturel et de la facilité dans 
sa versification; IL Discours pané' 
lyrique à Pierre de Qondy , éfé- 
qne de Paris , sur son entrée dans 
celte \ille, ibid., iSjo, in - 4°. 
Cette pièce est en vers; Ul.^dcar' 
dinalem liettensem niiper pileo car- 
dinaUlio douotum , curinen , ibid. , 
1O18, in-4". Lf seul ouvrage de mé- 
decine (ju'ii ait publié est un Advis 
sur la peste , Paris , 1606 , in 8*. , 
réimprimé en i0j5, in- i.» , avec 
celui d'Antoine Mir.auld, intitulé : 
Dii'crs Remèdes et Préservatifs 
contre la peste. W— -s. 



ELL 

ELLEBODE (Nicaise Vaw 1, en 
Intin Ellebodiiis , iic à Cassel on 
Flandre au commencement du i5'. 
siècle , fit ses étudea à Fanivcrsitc de 
Padoue , et y prit ses grades en mé- 
decine avec distinction, il acquit une 
connaissance profonde des langues 
anciennes , et particulièrement de la 
langue grecque. Il me'rita |)ar ses ta- 
lents Ja protection du cardinal Grand- 
velle et l'estime des garants, entre 
aiilrcs de Vincent Pinelli et de Paol- 
M^nuce. Radecius, e'vèque d'Agria, 
lui fit obîenir un canonicat de sa ca- 
thédrale. 11 mourut àPre.sbonrg d'une 
fièvre pesfilt-niielle le j4 juin IJ77. 
C'est à Ellebode qu'on doit la pre- 
mière e'dition du texte grec de l'ou- 
rrage de Ne'mésius sur la nature de 
Vhomme. H le publi.i à Anvers, i5(i5, 
in-8'., avec une traduction latine su- 
périeure à relie de Valla , et réimpri- 
mée dans le tome Vlll de la Biblio- 
theca Patrum , Lyon, 1677. On 
trouve qu<'lques lettres d'EUibode 
dans les EpisloUe illustr. Btl^aruin , 
publiées par Bertius , 1617, et quel- 
ques pièces de vers dans les Poëtar. 
Bel^ar. deUciœ , de Gruter. ^V — s. 

ELf.EB ( Eue), néen iGgo^dans 
le duché de Berg, apprit le métier de 
tisserand , qu'il exerça dans la petite 
ville d'ElvcrfcId. Ou a souvent fait 
Fob^ervaiion que les hommes de cette 
profession sédentaire , se livrent fa- 
cilement aux rêveries des idées tltéo- 
sopliiques. Ellcr en fut un exemple 
remarquable. Il s'imagina d'abord 
avoir des révélations et se persuada , 
à la fin , qu'il était le Christ en per- 
sonne. Il se fai;.ait appeler le Père de 
Sion. L'enthousiasme qui régnait dans 
.ses discours et la régularité de sa vie 
lui procurer ut des adhérents , dont 
il réunit le troupeau dans la ville 
de Rtnsdorff, que l'électeur palatin , 
souverain de Berg, venait de fonder, 



ELL 79 

et dont Eller avait été nomme' premiei* 
bourgueraestre. Cette scc(c est con- 
nue dans l'histoire du lothéraniime 
sous le nom do communion de Rens- 
dorff. Nous pensons qu'elle s'ejt éteinle 
bientôt après la mort de son chef, qni 
arriva le 16 mai inSo. La considé- 
ration dont jouissait ce visionnaii e m 
imposa tellement au premier roi de 
Prusse, qu'il Fa vail nommé agent des 
églises protestantes des duchés de Ju- 
liers et de Berg. Il avait consigné hs 
rêveries dans un écrit intitulé : la Pa- 
netière , çn allemand, //irten-Tas- 
che. ( For. pge i']i, tome X, li- 
vraison 50'. , édit. nouv. des Ce'ré- 
montes religieuses , 1 809 , ou Yffis- 
toire des sectes religieuses , par M. 
Grégoire, i , 007 }. S — h. 

ELLER ( Jean-Théodore ), né en 
1689 à Pleskau, dans la principauté' 
d'Anhalt-Bernbourg, devint en 1755 
premier médecin du roi de Prusse , 
Frédéric -Guillaume. Le grand Fré- 
déric joignit, en 1 755, à ce titre, celui 
de conseiller privé et de directeur du 
ooilégc medico- chirurgical de Berlin , 
dont il était professeur depuis plus de 
trente ans. 11 fut aussi un des mem- 
bres les plus laborieux de l'académie 
dos sciences de Berlin, qui le perdit 
le 5i septembre \ 760. Parmi ses ou- 
vrages , les uns sont écrits en latin, 
quelques-uns eu français , et les autres 
on allemand : \. Gazophylacium , seu 
Catnhgus reruni mineraLum et me- 
Inllicitrum yBeriahourç, 1 79.5, in-8°. j 
11. Observations médicales et cW- 
rurglcales , Berlin. 1730, in-8\(eu 
allemand) ; III. Physiologia et Pa- 
thnlogia medica, seu philosophia 
corporis kumani sani et morbosi y 
c'est-à-dire, Physiologie et Patho^ 
/o^tc, etc. Scbneeberg, 1748,2 vol. 
in-8'. Ce livre allemand, qui n'a de 
latin qu'une portion du titre , a été 
publié par le docteur Jean*Cbxe'ticn 



8o ELL 

Zimmermann : il offre le recueil des 

leçons faites par Eller aux chirurgiens 
niililaires , depuis 17-26 jusqu'à 1754, 
mais tellement mutilées, que le pro- 
fesseur le désavoua. IV. Observatio- 
nes de cognoscendls et curandis 
morUs, prœsertim acutis, Kœuigs- 
berg, 1762 , in-8". ; Amsterdam ( Ge- 
ïîève ) , 1 766 , in 8 '. Cet ouvrage es • 
tiraé, quoique incomplet, acte traduit 
en français par Jacques - Agatbange 
Le Roy, Paris , 1 77/i ,iu-i 2. Presque 
tous les mémoires présentés pnr Eller 
à l'académie des sciences de Berlin 
ont pour objet des recherches curieu- 
ses , des expériences utiles ; dans pres- 
que tous on reconnaît la sagacité de 
l'auteur ;les principaux traitent, i". de 
la séparation de l'or d'avec l'argent ; 
1°. de la fertilité des terres et de la 
végétation des plantes ; 3 ". de la disso- 
lution des sels dans l'eau commune ; 
4 '. de l'analysedu sang humain ; 5 . du 
pouvoir de l'imagination des femmes 
enceintes sur lefœlu-. Le docteur Char- 
les- Abrah. Gerhard a extrait des mé- 
moires de l'académie, et traduit en alle- 
mand, tous ceux que Eller avait in- 
sérés dans cette importante Collection ; 
Berlin, 1764, in-8.,fig. En i 765 on 
publia, sous le nom de ce médecin, 
une CInrurgie complète , el ça 1767 
une Médecine pratique , écrites l'une 
et l'autre en allemand. Z. 

ELLERS (Jean), conseiller de la 
chancellerie en Suède et chevalier de 
l'ordre de l'étoile polaire. 11 se dis- 
tingua dans le dernier siècle par son 
habileté dans les aflîiires et par ses ta- 
lents [tour les Icilrcs. Gustave III lui 
avait donné sa confiance et l'eraploya 
dans plusieurs occasions importantes. 
Il est auteur d'un pocuie suédois in- 
intitulé : Mi^s larmes . qui se trouve 
en français dans les Mélanges de lit- 
téralitre suédoise , publiés à Paris 
(i788,in-8'. ), par Agaiidcr. Peu 



ELL 

avant sa mort, Ellers donna une des- 
cription de Stockholm , en quatre vo- 
lumes, remplie de recherchas et de 
faits intéressants, mais écrite d'un 
style diffus. C — au. 

ELLIE5 DUPIN (Louis). Fof. 

DUPIN. 

ELLIGER ou ELGER (Otmar), 

peintresuédois, naquit àGolhembourg, 
en iQ^ion i63>. Son père était mé- 
decin , et lui fit apprendre les lan- 
gues. Quelque sagacité qu'il eut, son 
goût pour la peinture ralentit ses pro- 
grès dans toute autre étude. Sa mère 
se montra très éloignée de seconder 
son penchint ; mais un mendiant 
avant un jour exposé sa misère au 
médecin, eu différentes langues, la 
femme de celui-ci dit à son maii, que 
puisqu'il se trouvait des savants aussi 
pauvres que des peintres , il lui était 
indiffèrent quel étal prendrait son fils. 
Elliger , au comble de ses vœux , se 
mit , à Anvers , sous la conduite du 
jésuite Daniel Zeghers, habile peintre 
de fli urs et de fruits , qu'il parvint à 
égaler. Apjielé à Berlin , il fut nommé 
peintre de l'électeur Frédéiic- Guil- 
laume. L'agrément de la conversation 
de l'artiste le rendit cher au prince, à 
la cour duquel il pas>a ses jours dans 
l'aisance et la considération. On ignore 
en quelle année il mourut. La plupart 
de ses tableaux sont en Allemagne, et 
y sont très estimés. — Otmar Et.liger, 
fils du précédent, naquit à Hambourg, 
eu iGG(3. Il reçut d';ibord des leçons 
de son père, puis celles de Michel 
Van Musscher, |)cintre d'Amsterdam; 
mais, à la vue des ouvrages de La>- 
resse, d désira entrer dans son éc(»le, 
(t y parvint en iGhO. 11 gagna Tiffec- 
tion de son maitrc, et, doué d'un es- 
prit qu'il avait eu soin de cultiver par 
l'étude, il parvint, eu une année, à 
composer des sujets très iutéressanls. 
Sa mauièic c'iail grande et ses fonds 



ELL 

iJ'unc belle arcliitecUire. Par des bas- 
reliefs inî;éiiieuseraent place's dans ses 
compositions, il indiquait à propos si 
les sujets en étaient égyptiens , grecs 
ou romains. De grands sujets et des 
plafonds qu'il peignit a Amsteidjui , 
plurent tellement^ l'électeur de Maven- 
ce, que ce prince lui di^ni.inda deux 
grands tableaux : la Mort d'Alexan- 
dre, et les Noces de Tlietis et de 
Pelée. Outre le paiement, ces ouvra- 
ges lui méritèrent \\n riche pre'sent. 
L'électeur lui offrit , de plus , la place 
de son premier peintre et uue pen- 
sion ; mdi.s Elliger refusa le tout , 
pre'férant l'indepcndauce à ces avan- 
tages. De retour chez lui , il exécuta, 
pour la typographie , des composi- 
tions inge'nieuses ; mais il ne put alors 
peindre beaucoup de grands tnbleau.x ; 
cependant on donna de grands éloges 
à un Festin des Dieux , qui seul , dit 
Descamps, suffit pour l'inimoitaliser. 
Les ouvrages qu'il fit en [letit furent 
toujours estimés. Le goût de la dé- 
bauche vint lui ôter la considération 
dont il avait joui long-temps, et altéra 
son talent au point qu'il ne produisit 
plus que des ouvrages maniérés et 
d'une mauvaise couleur. Il mourut le 
24 novembre i75'2, a l'âge de près 
de 67 ans. D — t. 

ELLINGEIx (André), né en 
iSîô à Orlemunde dans la Thu- 
ringe, sut de bonne heure associer le 
goût de la littérature à celui des 
sciences exactes. .A.près avoir achevé 
d'une manière distinguée le cours de 
ses humanités, il embrassa l'étude de 
la méJccine. En i549 il obtint ses 
priMuiers degrés à ^université de 
Wittcuiberg , et , en i554, celle de 
Leipzig l'admit au nombre de ses 
professeurs. Il remplissait honorable- 
ment cçt emploi depuis quinze an- 
nées lorsqu'il fut appelé par l'élec- 
teur de Saxe à ruuiversité de Icua , 

XIII. 



ELL 8t 

dont il occupa la première chaire dans 
la faculté de médecine , et ensuite le 
rectorat. 11 accompagna ce corps sa- 
vant à Salfeld , où il fut momentané- 
ment transféré pendant que la peste 
désolait léna en 1 578. De retour dans 
cette dernière ville , Ellinger continua 
d'unir à l'exercice de ses fonctions les 
travaux du cabinet. 11 termina sa car- 
rière le 12 mars i58i, laissant 
quelques ouvrages qui prouvent, si- 
non de vastes connaissances , du 
moins un talent réel pour la versifi- 
cation latine : Nippocratis aphoris- 
morum, id est seleclariim maxime- 
que rararum senlentiarum para- 
phrasis poëtica, Francfort 1579, 
in-S". Cette traduction des aphoiis- 
mes fut bientôt suivie de celle des 
Pronostics ; mais Ellinger ne se 
borna pas à exercer sa verve poétique 
surdessujetsmedicaux.il mit en vers 
les Evangelia dominicalia { Evan- 
giles des dimanches), et rectifia la 
prosodie des hymnes ecclésiastiques. 
Parmi les discours inauguraux de ce 
professeur on doit en distinguer deux, 
l'un sur les aphorisraes d'Hippocrate , 
l'autre sur la belle maxime de ce 
père de la médecine : ixrpo: pù.ojo- 
j»o; tffo9;oç. Enfin le seul travail 
tout à la fois original et me'dicald'El- 
linger se borne à un petit nombre 
de consultations qui font partie du 
recueil publié eu 1604 à Leipzig 
par Jean Wittich. C. 

ELLIOT ( Guillaume ) , dessi- 
nateur et graveur anglais, né à Hamp- 
toncourt en 1717,3 gravé le paysage 
avec beaucoup de goût et de talent, 
et surtout une grande facilité , quoi- 
que, peut-être , avec un peu de ma- 
nière. La mort qui l'enleva au milieu 
de sa carrière , l'empêcha de multi- 
plier beaucoup ses pro.luclions. Ses 
principaux ouvrages sont un riche 
paysage d'uu site de l'Angleterre, 



«î ' ELL 

d'après le tableau de G. Smith , qui 
avait remporte le prix de la Société 
d'encouragement de Londres : une 
fuite en Egypte et une vue de Tivoli , 
d'après Pôlembourg : une vue de Mas- 
tiicht, d'après Ad, Cnyp. : le Prin- 
temps et l'Été, deux paysages d'après 
Van Goyen : plusieurs estampes re- 
pre'sentant des chevaux , d'après Th. 
Smith ; le portrait de la seconde 
femme de Rubens , d'après le tableau 
de ce maître. Strult fait le plus grand 
cloge des qualités morales de cet ar- 
tiste , qui mourut à Londres , en i "jôG. 

P—E. 

ELLIOT( Jean), médecin anglais, 
né en 1747 à Cliard, dans le comté 
de Somerset, reçut sa première édu- 
cation de M. Hare de Crewkcrne, au- 
teur de quelques productions littérai- 
res, et fut mis à quatorze ans en ap- 
prentissage chez un apothicaire à 
Londres. Il ouvrit une pharmacie 
vers 1777, et, dans les heures de loi- 
sir que lui laissait le soin de sa bouti- 
que, encore peu achalandée, s'occupa 
de recherches scientifiques et d'expé- 
riences chimiques , dont il a depuis 
consigné les résultats dans plusieurs 
ouvrages. Dans le c^urs de ces expé- 
riences , il crut reconnaître qu'une cer- 
taine préparation saline de magnésie 
était un remède contre quelques genres 
de fièvres. Après s'être assuré de l'effi- 
cacité de ce remède par des succès mul- 
tipliésjobtenus sur des pauvres de son 
voisinage, il se procura un diplôme, 
et commenç.i vers 1 780 à exercer la 
médecine dans un local parliculier, en 
se bornant d'abord à l'admiiiislralion 
de son remè<le, et sans abanlonucr 
ton premier état. Voici la liste des 
ouvrages qu'il a publiés : L Obser- 
vations philosophifjues sur les sens 
de la vue et de l'ouie , in-8"., 1 7H0; 
11. liecueil des ouvrages du doc- 
teur Fother^ill, précédé d'une Notice 



ELL 

sur la vie de ce médecin philanfrope, 
1781 , in-S". Cette édition des OKu- 
vres de Folhergill est moins complète 
que celles qu'a données le docteur 
Jean Coakley Letlsom ( 178"), 3 vol. 
in-8^, et 1 784, in-4°.).IlL Livre por- 
tatif de médecine; IV. Tableau de 
la nature et des vertus médicinales 
des principales eaux minérales de la 
Grande-Bretagne et de V Irlande, 
ainsi que de celles du continent qui 
sont le plus renommées , etc., in-8''., 
1 781 . Ce tableau , pic'senlé dans l'or- 
dre alphabétique , est précédé du 
Traité du docteur Priestley, sur la 
manière défaire des eaux gazeuses ar- 
tificielles. V. lissais sur des sujets 
physiologiques, in-8°. , 1781; Vi. 
Eléments des branches de la philoso- 
phie naturelle qui sont liées avec la 
médecine; savoir: la chimie, l'op- 
tique, etc., suivis des tableaux des 
attractions électives , de Bergman , 
avec des explications et des améliora- 
tions , in^",, 178'-^; VII. Observa- 
tions sur les affinités des substan- 
ces dans l'esprit de vin ( transac- 
tions plnlosopliiqHCs pour i 'j80 ) ; 
VHL Expériences et Observations 
sur la lumière et les couleurs , et sur 
l'analogie qui existe entre la cha- 
leur et le mouvement ^ in-8®-, 17 80 
ou 1787. On trouvait dans la plupart 
de ces ouvrages dis expériences nou- 
velles , des vues ingénieuses , et la 
clarté et la sinqilicilé de style qui con- 
vieniHînt au sujet. Elliol s'ôfait tou- 
jours l'ait reujarqiier par la douceur 
de son caractère, et par une grande 
assiduité à ses devoirs et aux éludes 
qu'il cliérissail, lorsqu'à l'âge d( qua- 
rante afis , une passion nialheiueusc 
vint détruire le repos dont il jouissait. 
Il eut occasion de voir miss Hoy>» 
dell , nièce du célèbre alderman de ce 
nom , et conçut pour elle un amour 
qui devint bientôt insurmontable, mats 



ELL 

qui ne parait pas cependant avoir été 
encourage par cdle qui en était l'ob- 
jet. Son caractère en fut altéré , 
on le voyait tomber quelquefois dans 
un étal de mélancolie profonde. Au 
conimeucemcnt de l'année 1 787 , il 
alla prendre , sous le nom deôirden , 
un logement à VVestham , c\\n le jar- 
dinier de Josiah Boyde'l , dans la mai- 
son duquel sa sœur fusait de fré- 
quentes visites. Nous ip;norons les 
démarclies qu'il fit auprès de miss 
ïioydell; mais il paraît qu'il n'en rap- 
porta que le désespoir. 11 form.i des ce 
uioraent la résoli-.tion de lui donner b 
mort de sa propre main , et de se pu- 
nir ensuite lui lucine ; il acheta , dtns 
cttle vue, deux paires de pistolets. Un 
peut juger de ses combats avec lui- 
même et de ses irrésolutions, s'il est 
vrai, comme il le déclara depuis et 
comme on est porté à le croire , qu'il 
écrivit à l'aiderman plusieurs lettres 
pour l'informer de son aftVeux des- 
sein , et pour l'engager à en prévenir 
l'accomplissement eu s'assurant de sa 
personne. L'aldcrmin négligea cet 
averlisscment. Le 9 juillet, au njiiicu 
du jour, Eliiot rencontrant dans !a 
rue miss Bovdell , tenant le bras de 
ÎSicol , libraire du roi, lui tira , avec 
la maladresse d'un homme éj:;aré, uu 
cotip de pistolet qui lui fit seulement 
deux légères blessures au'dtssous de 
l'épaule , en mettant le feu à une partie 
de ses vctements.il ne fit aucune ten- 
tative pour échapper. Nicol, le prenant 
à la gorge, lui dit : « Etes -vous 
» le scciérat qui a fait le coup? — 
» Oui, répondit EUiot. » Avant été 
conduit chez un jiige de pais , outre 
les deux pistditts qu'il avait à la main, 
et qui étaient foricment liés ensemble, 
ou en trouva dans ses poches une se- 
^ conde paire , charges à balles , et qu'il 
Ife avait destinés pour lui-même. II s'ap- 



E L L 83 

avoir tué sa vicfirao , disait « qu'il 
-» mourrait m.iintenant en paix , puis- 
V qu'il l'avait envoyée devant lui. » Sa 
joie cessa avec son erreur. On vint 
annoncer que miss BoydcU n'était pas 
dangereu'^cuîent blessée : « Est-ce 
» qu'elle n'est pas morte? » s'écria-t-il 
en faisant des mouvements convulsifs, 
et en proférant des injures contre elle 
et sa famil e. Il fut jugé à Old-Bayley, 
le i(3 juillet, ne dit rien pour sa dé- 
fense, et montra beaucoup d'abatte- 
ment. On essaya de le sauver par des 
témoignages qui constataient l'aliéna- 
tion de sou esprit. Le docteur Sym- 
mons , médecin , qui Icconnaissait de- 
puis long-temps, appuya celte opinion, 
i-l ajouta que !e docteur Eliiot lui avait 
adressé, il y avait six mois , une lettre 
«ur un sujet philosophique, en le 
priant de la soumettre à la Société 
royale; mais que cette lettre portait 
si évidemment la marque d'un cer- 
veau dérangé , qu'il avait cru devoir 
la supprimer par intérêt pour son au- 
teur. 11 en cita seulement un passage 
qui pouvait en donner une idée. Le 
docteur Eliiot prétendait que « la lu- 
» mière du soleil ne vient pas du feu , 
» mais d'une aurore dense et univer- 
r* selle qui peut donner une grande 
a lumière aux habitants de la surface 
» inférieure , et se trouvrr cependant 
» à une assez grande distanceau-dessus 
» d'eux pour qu'ils n'en soient pas in- 
» commodes. Aucune objection , écri- 
» vail-il , ne s'élève contre l'opinion 
» que les grands corps lumineux sont 
» habités. La végétation peut v être 
» aussi féconde que sur le globe oii 
» nous sommes. Il peut s'y trouver de 
» l'eau et de la terre terme , des mou- 
» tagnes et des vallées, de la pluie et 
» du beau temps ; et , de même que 
y> la lumière, l'été y doit être éler- 
» nel ; il est donc aisé de conce- 
» voir que ce seri.it sans aucune cora- 
G.. 



84 ELL . 

» paraison le séjour le plus hcu- 
» reux de tout le système du mou- 
» de. » Le rapporteur fil observer que , 
quelque absurde qu'on jugeât cette hy- 
pothèse en elle-rncine,la mauièredont 
elle était prcsenle'e et soutenue n'an- 
nonçait pas du tout un cerveau dc'ran- 
gé; et il demanda malignement au doc- 
leur Symmons ce qu'il pensait du 
cerveau de BufTon et du docteur Bur- 
net , qui avaient soutenu des théories 
non moins extravag antcs quecelle-ià. 
Le docteur se dispensa de répondre à 
celte question embarrassante, La seule 
circonstance qui sauva au coupable la 
condamnationà la peine capitale, c'est 
qu'il ne fut pas évidemment démontré 
que le pistolet qu'il avait tiré sur miss 
Boydell fût chargé à balles. L'intérêt 
que le public lui portait se manifesta 
par les applaudissements qui suivirent 
la décision du tribunal; mais la justice 
se réservait de le juger pour le fait de 
Tagression. Il fut , en conséquence, ra- 
mené à la prison de Newgate : ayant 
persisté à ne prendre aucune nouiri- 
ture, il mourut quelques jours après, 
le 22 juillet 1787. Il parut, peu de 
temps après sa raort,unéciit intitulé: 
Relation de la vie et de la mort de 
Jean Elliot, eic, avec un examen de 
ses ouvrages, et une Apologie écrite 
par lui-même, dans l'attente de sa 
condamnation, in-4"., l'y^'y. Celte 
relation est un libelle contre miss Boy- 
dell et contre son oncle , à (pii on peut 
toutefois reprocher une négligence 
bien coupable. L'Apologie d'KIliot est 
un écrit supposé. X ~s. 

ELLIOT ( George- auguste ). 
yo^y. Eliot. 

JÊfiLlS ( Guillaume) , cultivateur 
anglais, né vers la fin du 17'. siècle, 
offrait, sous des formes rudrs et gros- 
sières, un esprit enrichi par une lon- 
gue expérience, quoique obscurci par 
tous Içs préjuges de sa silualiou. Il cou- 



Ë L L 

duisit pendant près de cinquante ans 
une ferme à Liltle Gaddesden, près 
de Hampstead, dans le comté de liert- 
ford , et publia plusieurs ouvrages où 
l'on remarquait beaucoup d'observa- 
tions utiles, des méthodes nouvelles 
et des principes excellents d'agritul- 
ture , particulièrement sur les engrais , 
sur la culture des turneps et de la lu- 
zerne , sur les instruments aratoires, 
sur le gouvernement des troupeaux, 
etc. Ces ouvrages eurent d'abord beau- 
coup de succès ; un grand nombre de 
propriétaires des divers comtés de 
l'Angleteire vinrent consulter un hom- 
me qui paraissait aussi instruit, ou l'ap- 
pelaient auprès d'eux , pour lui confier 
la direction de leurs fermes, de sorte 
qu'il eut occasion de comparer les di- 
verses méthodes d'agriculture en usage 
dans les différentes parties du royaume. 
Il avait inventé de nouveaux instru- 
ments aratoires cl autres, qu'il n'em- 
ployait guère à la vérité lui-même, 
mais dont il faisait un counncrce lu- 
cratif. Ses ouvrages ont été cités avec 
distinction par plusieurs des auteurs 
qui ont écrit sur l'agriculture , en An- 
gleterre et sur le continent; mais d'au- 
tres écrivains, profitant de l'oubli ou 
ils sont tombés aujourd'hui, ont pré- 
féré s'emparer de ses idées , sans le 
citer. Les défauts qui déparent les ou- 
vrages d'Ellis sont tels qu'ils justifient 
en quelque sorte cet oubli. I^e style en 
est pitoyable ; ils sont remplis de con- 
tes de voleurs, de recettes de bonne 
femme , de secrets contre les sorciers 
cl autres absurdités. Le succès qu'ob- 
tint son traité sur les bois de ch.ir- 
penle ayant excité la cu|iidilé du li- 
braire Usborne, celui-ci l'eiipagca à 
composer pour lui d'autres ouvr ige» 
du niciiie genre. l'>llis, qui lrav;ùllait 
pour vivre, songea |)lus à t'.iire vilecpj'à 
l)icn faire, et entassa volume sur vo- 
lume. Il eut le chagrin de survivre à 



ELL 

£,1 réputation , dcprioiée aussi par les 
rappoi t.«. de ceux tjui, pendant ses lon- 
gues absences, él.iicnt venus visiter sa 
ferme de Gaddesden, dans l'espoir d'y 
voir pratiquer les règles si recomman- 
dées dans ses écrits, et qui l'avaient 
toujours trouvée dans le plus grand dé- 
sordre. Nous ignorons la date de sa 
mort; mais il pHraît qu'il vivait encore 
en i-jS J. Voici les titres de quelques- 
uns de ses ouvraj^es : I. Traité sur 
T amélioration des bois de charpente. 
Ce traité a le mérite d'avoir éved é l'at- 
tention des Anglais sur un objet d'une 
si grande importance pour eux. 11. le 
parfait Planteur el faiseur de cidre ; 
m. Chacun son propre maréchal. On 
a fait nn abrégé de ses ouvrages, im- 
primé en 177'i, '2 vol. in 8°., sous ce 
titre: À ^riculture abrégée et métho- 
dique . comprenant les articles les 
plus utiles d'agriculture - pratique. 
Cet abrégé est purgé des absurdités du 
texte (iriginal , et des longues descrip- 
tions des instruments aratoires, que 
l'auteur prônait pour les mieux vendre, 
et qui d'adieurs ont été bien surpassés 
depuis. On regrette que l'abréviateur 
se soil presque borné à retrancher, et 
qu'il n'ait pas redressé toutes les ia- 
con ections du stvle. X — s. 

ELLIS ( Jean ) , négociant anglais , 
qui s'est rendu célèbre vers le milieu 
du 1 8". siècle , par ses recherches sur 
les coralliues et autres productions ma- 
rines , regardées jusqu'alors comme 
plantes. Il paraît quedepuis long-temps 
il s'occupait d'histoire naturelle comme 
simple amateur , qui reiherchc p'utôt 
rjgrcmcnt que l'utilité; mais une cir- 
constance le détermina à s'y livrer 
d'une manière plus solide ; ayant reçu 
une collection nombreuse de coralincs 
cl de plantes marines de l'île d'Augle- 
scy, il la prépara très élégamment en 
forme de tableaux: elle frappa si vive- 
ment le docteur Haies , son ami parti- 



ELL 85 

culier, qu'il l'engigea à l'étendre davan- 
tage, et à en faire hommage à la prin- 
cesse douairière de Galles. Ellis ayant 
goûté cet avis , voulut visiter lui-même 
les côtes d' .Angleterre. Un motif de 
plus vint le déterminer. PeyssoncI 
ayant reconnu que les coraux n'étaient 
autre chose que des habitations de po- 
lypes, on présuma qu'il devait en être 
de même de plusieurs autres substan- 
ces q'i'on confondait avec les plantes. 
Ellis voulut donc véi iGcr par lui-même 
cette grande découverte, et ce fut dans 
ce double but qu'il Ct un premiei* 
voyage à l'île de Sheppey { à Tembou- 
chure de la Tamise ) , accompagné de 
Broodking , habile dessinateur. Il en 
fit un autre en i ^54 , sur les côtes de 
Chester-, avec le célèbre Ehrel. Les ré- 
sultats de ces difTércntes tournées 
étaient trop importants pour rester en- 
fouis dans un cabinet , Ellis en fît 
part à la société royale de Londres 
par plusieurs mémoires , et elle récom- 
pensa son zèle en l'admettant dans 
son sein ; le premier parut dans le N". 
48 des Tran«!actions philosophiques, 
publié eu 17 53; il les réunit dans un 
seul corps d'ouvrage sous ce titre : 
Essay toward a natural history of 
Corallines , Londres , 1^54, in-4''., 
avec DQ planches très bien gravûs 
sur les dessius d'Ehret. Il fut traduit 
tout de suite en français par le pro- 
fesseur Allamand, La Haye, 1756, 
in-4°., édition augmentée d'une ex- 
plication de la planche 58, d'après 
une lettre de l'auteur à l'éditeur , qui 
n'a pas été insérée dans l'édition an- 
glaise. Krunitz traduisit l'ouvrage en 
allemand, Nuremberg, i 767 , in-4''. , 
avec 47 planches et des augmenta- 
lions par Scblosser et autres. Ellis 
avait aussi réuni dans un seul volume 
les découvertes qu'il avait faites sur 
les autres Zoophytes, qui avaient pa- 
ru successivemeut dans les Transac- 



80 



ELL 



lions , mais sa mort en retarda la pu- 
blication, en sorte qu'il ne jwiut qu'en 
1 ';8G , par les soins de sir Joseph 
Eaiiks et de Solander^ sous ce titre: 
The naliiral hislory of many cu- 
rions and uncommun Zoophjles , 
Londres, iu-4''., 'ivcc 65 planches , 
il y en avait sis de plus , mais elles 
se sont trouvées perdues, il n'en exis- 
te plus que les épreuves qui sont dans 
la blbliollièque de Banks. Co sont là 
les travaux les plus irajKjrtansd'Ëllis; 
leur plus grand n)érite a éle' de dc- 
tertniuer l'adoplion d'une vérité du 
plus grand inteict, c'est elle qui est 
venue poser les limites entre la zoo- 
logie et la botanique. Ainsi, par cela 
seul il a rendu scrvici' à cette science, 
mais il s'en occupa encore plus di- 
rectement , d'dbord en publiant les 
moyens de conserver long-temps la 
faculté germlnative aux graines , et 
de les rendre par-là susceptibles d'ê- 
tre transportées à de grandes dis- 
tances ; après avoir rendu compte des 
expériences qu'il avait faites à ce su- 
jet, dans un mémoire publie' en i 7G0, 
il en annonça le succès en 1 "ytiH. Il 
b'orcupa aussi des moyens de trans- 
porter <à de grandes dislances les ve'- 
ge'laux vivants ; c'est le sujet d'un au- 
tro mémoire qui parut en « 770, sous 
celilrc: Directions for hrin^ing iwer 
seeds and plants , ite. , ïb-/^". , Hg. , 
il fut réimprimé dans le tome i'^. des 
TransaclioHS de In société améri- 
eaine y cl l'auteur y ajouta un sup- 
plément en 1773, iH-Zf"-» Je loi't a 
été traduit CM allemand, Leipzig, 
1775, iu-8". , fig.; Touvragc a aussi 
cté traduit en français. On y trouve la 
figure du Mangoustan , arbre fruitier, 
encore peu connu à cette époque. El- 
lis fit aussi connattrc plusieurs autres 
plantes 1res cnricuscï ; c'est ainsi qu'il 
publia, en 1769» ^*'* détails sur la 
t)ionëc, uue des plautvs les plus cjui- 



ELL 

ncmracnl sensitivcs, puisque le poid^ 
d'une mouche qui se pose sur ses 
fcndies, suffit pour la mettre enjeu, 
et qu'alors elles se contractent si 
proniptemrnt que l'insecte se trouve 
pris; dc-là le smuom de Muscipida , 
ou atlrape-raouclies, qu"onliu donne; 
surun Illicium, ou Anis étoile , trou- 
vé en Caroline; sur i'IIalesia, genre 
de plantes qu'il dédia à son ami Ha- 
ies. Enfin on lui doit un traité sur le 
cale, ^rt kist. account of coffee, -with 
holanical description of the îree , 
Londres, 17747 iH-4"' ^^ fi^'sait part 
de toutes ses découvertes au célèbre 
Linné, avec qui il entretint toute sa 
vje une correspondance suivie; ce- 
lui-ci récompensa à sa manière son 
zèie pour la science ; ce fut en don- 
nant le nom ^'Ellisin à un genre de 
la famille des IJorraginées. Ellis mou- 
rut à Londres le 5 octobre 1776- Les 
curiosiiés d'histoire naturelle dont il 
a enrichi le Musée hritannique , rem- 
plissent une dcb grandes salles de ce 
vaste établissement. D — P — s. 

ELLIS ( Henri ) , voyageur an- 
glais, servait dans la niarine. Il fit 
partie de l'expéditioii qui alla en i ^46 
chercher par la baie d'iludsun un pas- 
sage au nord-ouest. Le comité chargé 
de diriger l'enlreprise, lui proposa de 
prendre le conunandement d'un na- 
vire. Qiioiqu'l'.llis eût déjà navigué, il 
refusa celte offre, parce qu'd ne con- 
naissait Jiullement les mers scjitentrio- 
nales. Alors on lui donna la qualilc 
d'agent du comité, avec dos instruc- 
tions paiticidières qui lui recomman- 
daient de noter soigneusement tout ce 
qui concernait la géographie, l'art nau- 
tique et l'histoiic naturelle , et le nom- 
maient membre des comités chargés 
de décider les diiilcidtés et les doutes 
qui pourraient s'élever sur la meilleure 
m mièrc de procéder à la découverte 
projctcc. L'cxpédiliou était composée 



ELL 

de la gniiûlc le Dobhs, commandée par 
le capiîaine G. Moor, et de la Ca- 
lifornie, ca})i:aiQC Smitii. On partit 
cie Gravesend le ^4 mai , ou passa par 
les Orcadt's. Le 27 juin, on aperçut 
par les 58" 5o' de latitude boréale des 
glaçons flottants ; bientôt on fut au 
milieu de binin«s c'paisscs, on vit des 
niasses énormes de glace et des bois 
flottants. Le 8 juillet , on eut con- 
naissante des îles de la Résolulion, à 
l'entrée du détroit d'Hudson. Arrivés 
à la cèle occidentale de la b âe de ce 
nom , par les 64" pics de l'île de 
Marbre , les Anglais mirent les ca- 
nots à la mer pour explorer Ir s côtes. 
Le rapport unanime du détachement 
qui fut envoyé à la ilécouvei le et dont 
ÊUis faisait partie, fut que l'on avait 
remarqué plusieurs grandes ouvei tu- 
rcs à l'ouest de l'île , et que la marée 
venait du nord-est, partie dans laquelle 
courait la côte. On était au 19 août; 
la saison parut si avancée, que l'on 
reiuit au printemps suivant la pour- 
suite des découvertes, et que l'on prit 
le parti d'aller hiverner au fort Nel- 
son, situé plus au sud sur la même 
côte, parce qu'il est le premier dé- 
baiTassc des glaces. Le gouverneur du 
fort d'York reçut assez mal ses com- 
patriotes, qui conduisirent leurs bâ- 
timents dans une anse sûre de la ri- 
vière H lyes , cinq milles au-dessus du 
fort d'York, par les 57" 5o' de la- 
titude. On construisit une maison pour 
y passer l'hiver. Elle fut terminée le 
1 •■'. novcmlMe. L'hiver avait commen- 
eé long-temps avant celte époque , et 
bientôt il fut d'une rigueur extrême. 
Ou avait dans la traversée cassé le 
theruiomclie dont on s'était muni au 
départ d'Angleterre , de sorte qu'il fut 
impossible de déterminer avec préci- 
sion le degré du froid. L'hiver finit en- 
fin le 6 m li 1 747 ; cependant il tomba 
eucore plusieurs fois de la Qiige. Le 



ELL 87 

24 i«>n > 'fs Anglais voguèreat au 
nord ; dès le lendemain , ils se trou- 
vèrent au milieu des glaces , dont ils 
ne furent débarrassés qu'au nord du 
cap Churchill. Etant à 61" 4 • E"'* y 
le capitaine Moore et dix homme» 
s'embarquèrent dans le grand canot 
que l'on avait ponté , et longèrent la 
côte de près. Parvenus au milieu d'un 
groupe d'îles près du 62", les aiguilles 
magnétiques perdirent tout à coup de 
leur vertu. La Californie avait de son 
rôle envoyé un canot à la découverte. 
Toutes ces tentalives ne donnèrent 
connaissance que d'ouvertures qui ne 
répondirent nullement à l'attente des 
navigateurs. E'iis découvrit à la côte 
Wflcomc le cap Fry, par les 05° 5' y 
enfin on s'avança à trente lieues dan» 
le détroit de Wager. Ellis reconnut 
que la brgeur de ce bras de mer di- 
minuait de dix lieues à une. Enfin le 
cours de l'eau fut resserré de chaque 
côte par des rochers affreux , et coupé 
par une barre qni produisait une ca- 
taracte. Ellis la franchit ; la profon- 
deur de l'eau qui baissait à chaque ins- 
tant, le détermina à descendre à terre 
au 6G' et à grimper sur une émi- 
nence. Il reconnut que le prétendu 
détroit se terminait par deux petites 
rivières , dont l'une renaît directe- 
ment d'un grand lac , éloigné de quel- 
ques lieues dans le sud ouest. Toute 
espérance de trouver un passage s'é- 
tant ainsi évanoiïe , il reprit avec son- 
canot le chemin des bâlimeuts. Ou fît 
encore une tentative à la côte nord de 
la baie Wager : elle ne fut pas suivie 
de plus de succès que les précédentes. 
Ellis voulait absolument que l'on fît 
de nouvelles recherches le long de la 
GÔte de la baie Repuise. On n'eut au- 
cun égard à ses représentations, et le 
1 5 août on sortit du port Douglas , si- 
tué dans la baie Wagrr. Le 29 on 
eatfft dans le détroit d'Eudson. Une 



î^S ELL 

tempête afiieuse sépara les deux bâ- 
timents , qui ne se rejoignirent que 
le 6 octobre auxOrcades, et mouil- 
lèrent le i4 à Yarmouth. Eliis publia 
en anglais la relation de ce voyage , 
sous ce litre : Forage à la baie 
d'Hudson , fait par la galiote le 
Dobbs et la Californie en i 746 et 
1747, pour la découverte d'un pas- 
sage au nord-ouest , avec une des- 
cription exacte de la côte et un 
abrégé de l'histoire naturelle du 
pays^ Londres, 1748, i vol. in-B". , 
cartes et figures : cette relation a c'te 
assez mal traduite en français, Paris , 
1749) 2 vol. in-12, fig. ; Leyde, 
1750, 2 vol. in-S". , fig, j en alle- 
mand, avecdes notes tire'es du Voyage 
du capitaine Smith, GoUingue, 1 75o, 
in-8 '. , fig. ; en liollandais Ams- 
terdam, 1760, I vol. in-8°. , fig. 
On trouve des extraits de la relation 
d'Ellis dans les tomes XIV et XV de 
Y Histoire générale des voya'^es et 
dans plusieurs recueils, f /ouvrage d'El- 
lis commence par une histoire des ten- 
tatives faites jusqu'en 1746 pour la 
decouvcrie du passage du nord ouest. 
Malgré le mauvais succès de l'entre- 
prise , il revint en Angleterre , con- 
vaincu que l'on n'avait pas pris tous les 
moyens de s'assurer de la réalité du 
passage. Il termine son livre par l'ex- 
position des motifs qui le faisaient 
per.sisler dans son opinion. Il ne man- 
qua |)as decoiitradicleurs, même par- 
mi ceux qui avaient fait le voyage avec 
lui. Un anotivine fil paraître l'ouvrage 
suivant : Belation d'un voyage en- 
trepris pour la découverte d'un pas- 
sage au nord ouest , pour pénétrer 
par le détroit d'Ilttdson à Vocéan 
occidental et méridional, par Vécri- 
vain de la Californie , Londres , 
*74o> ^ vol. in-B"., certes et fig.: 
ce livre n'offre en quelque sorte d'un 
bout à l'autre qu'une réfutation de cc- 



ELL 

lui d'Ellis. L'anteiu- manifesta beau- 
coup d'aigreur rontre Eilis et contre 
le capitaine du Dobbs, et l'intenùon 
de prouver que le capitaine et l'équi- 
page de la Californie ont rendu de 
plus grands services dans celte expé- 
dition. Il assure qu'il a dès le principe 
écrit de sa main ou aidé à rédiger tous 
les documents originaux relatifs à ce 
voyage, tandis qu'Ellis n'a eu en main 
que les copies; enfin, que ce dernier 
n'était pas l'agent du comité du nord- 
ouest , et qu'il n'était parli qu'en qua- 
lité de dessiualeur et de minéralogiste. 
L'anonyme, en parlant des sauvages, 
a copié de longs passages de Lafiiau. 
Si carte des parages du nord-ouest 
de la baie d'Hudson est plus exacte que 
celle d'Ellis. Il est d'a'.lleurs d'accord 
avec ce dernier pour les faits princi- 
paux , et convif^nt que l'on n'a pas 
exploré assez soigneusement toutes les 
ouvertures qui se sont présentées. Du 
reste , il partage l'idée du capitaine 
Middicton sur l'existence d'une mer 
glaciale, qui, parlant de la baie I{e- 
pulse , unit la baie Welcome à celle 
de Baffiu et au détroit d'Hudson. Ce- 
pendant il croit à la réalité du passage, 
qu'il fondestn- la relation de l'amiral de 
Fonte. Aujourd'hui l'on n'a plus à con- 
cilier des opinions opposées concer- 
nant ce passage. Les voyages de Hearne 
et de Mackenzieont prouvé qu'il n'exis- 
tait pas dans les parages où ses par- 
tisans le supposaient , et que si l'océan 
baigne de tous cotés l'Amérique au 
nord , c'est à une latitude si élevée , 
que celle conimuniealinn d'une nier 
à l'autre ne peut servir à la navigation. 
Ellis hit récompensé de ses services 
dans la maruie par les places de gou- 
verneur de la Nouvelle-York , et en- 
suite de la Géorgie. Etant dans cette 
province, il écrivit à Jean Eliis une 
lettre sur la chaleur qui y règne. Elle 
est insérée dans W4nnual regislei de 



ELL 

1760. Sa sanlé l'ayant forcé de re- 
venir on Europe , il parcourut le midi 
de la France et l'itijiie, où il paraît 
qu'il se fixa. Suizer, célèbre lillc'ra- 
teur allemand, le rencontra à Mar- 
seille en I 7^5. Ellis lui dit qu'il avait 
renonce' aux courses maritimes , et 
«[u'il consacrait son loisir aux voya- 
ges sur le continent. 11 e'iait à Napics 
en 1 8o5 , et s'y occupait encore de 
recliercbes relatives à la marine. Il 
clait membre de la société' royale de 
Londres. E — s. 

ELLIS ( Guillaume ), cbirui-gien 
anglais, eleve' à l'université de Cam- 
bridge, dont il paraît qu'il fut asso- 
cié , accompagna le capitaine Cook 
dans son 5". voyage , en qualité d'aide 
chirurgien des deux bàiiments de cette 
cxpodilion. Deux ans après son re- 
tour, il publia la relation de ce voyage 
sous le titre suivant : Bécil authen- 
tique d'un voj a{^e fait par le ca- 
pitaine Cook et le capitaine Clerke 
dans les Vaisseaux du roi la Réso- 
lution el la Découverte , durant les 
années i-jG, 1777,1778, 1779 et 
1 780 , à la recherche d'un passage 
au nord-ouest entre les continents 
d'Asie et d'Amérique, contenant un 
exposé fidèle de toutes leurs décou- 
vertes, et de la mort malheureuse 
du capitaine Cook , Londres , i 78'2 , 
2 vol. in-8'. , avec une carte et des 
planches gravées. Deux autres rela- 
tions de ce voyage mémorable avaient 
déjà été imprimées , et celle qui était 
rédigée d'après les journaux des ca- 
pitaines de Texpédilion n'avait pas 
encore paru , lorsqu'Ellis publia la 
sienne. Elle est de beaucoup préfé- 
rable aux deux qui l'avaient précédée. 
Ou reconnaît en la lisant que l'au- 
teur avait tenu durant le voyage un 
journal bien en régie, qui a servi de 
base à son livre. Elle est écrite avec 
méthode, offre les objets sous leur 



E L h 89 

Te'rilable point de vu^ , ne fatigue pas 
le lecteur de reflexions oiseuses , et 
a pour les personnes qui cultivent l'c- 
tudc de l'histoire nalnielle, l'avantage 
bien réel de désigner les productions 
de la nature par des dénominations 
convenables. Le style en est simple 
et généralement pur , coulant , grave 
el adapté au sujet. Les gravures sont 
bien dessinées elcxacles, les portraits 
des naturels du pays décrits ont le 
caractère propre qui les distingue cha- 
cun. 'La carte, qui est de petite di- 
mension , ne contient que la partie da 
voyage qui a eu lieu entre le 100'. 
et le 160' . degié de longitude à l'ouest 
de Greenwith : on {wjurrait y dé>irer 
plus de précision dans la position do 
plusieurs points , qui n'e>t pas tou- 
jours bien d'accord avec celle que leur 
assigne le texte. Ellis assure que ce 
ce qui hâta la mort de G)ok. , fut qu'à 
l'instant où ce navigateur voulait con- 
duire à bord le roi d'Owhvhée, les 
naturels apprirent qu'un de leurs chefs 
venait d'êtic tué dans une autre partie 
de l'île. Cook ne voulut pas non plus 
écouter les représentations réitérées 
du lieutenant Philips: il semblait que 
la fatalité l'aveuglait. La relation d'E!- 
lis lui ayant acquis la réputation d'un 
bon observateur , Joseph II lui fit 
proposer des conditions avantageuses 
pour s'embarquer sur un navire im- 
périal destiné à entreprendre un voyage 
de découvertes. Ellis vint en consé- 
qence à Ostende en 1 78J ; mais il eut 
le malheur de tomber du haut du 
grand mât d'un navire, et mourut des 
suites de cet accident. E — s. 

EF^LIS ( Jean), poète angl.iis, né 
à Londres en 1698, fut élevé dans 
diverses écoles particulières où il ma- 
nifesta son goijt précoce pour la poésie, 
par des tradurtions du latin en vers 
anglais. Il entra ensuite en qualité de 
clerc chez un notaire qui lui laissa son 



î)o E L L 

ëliulcconioinlnnciitavecsonfîls. I/as- 
sidiiilJii'Eilis aux travaux de sa pro- 
fession ne l'cmpcclia pas de se livrer 
à son goût pour la litlcrature, et de 
cultiver la société des gens de lettres 
cl des gens du monde les ])!us distin- 
gues, tels que le docteur King et le lord 
One ry son élève , Moses Mcndez , 
Saiiiiiël Johnson, Boswell , etc. vSa- 
Diuël JoliBSon, qui dînait chez E!!is 
«ue fuis par semaine , remarquait 
comme une chose singulière , que c'é- 
tait à la { ;b!e d'un notaire qu'il avait 
CDfendii ia conversation la plus ap- 
profondie sur des objets de littéra- 
ture. Ellis avait une mémoire très- 
heureus?, et on l'a ent.onclupliis d'une 
fois, à l'àgcde plusdequ:ilrc-vingt huit 
ans , re'i'iler de suite , avec beaucoup 
d'exactitude, d'énergie (t de vivacité, 
des morceaux de ])oésie d'une cen- 
taine do vers. 11 lut choisi , en i n5o , 
membre du cons<il conmiun , fut 
nommcquatre fois maître de la coTupa- 
gnie desnolaircs,etrevclude plusieurs 
distinctions honorables. 11 mourut en 
179*2, âgé de quatre-vingt-quatorze 
ans, généralement estimé |)Our ses 
qualités n)oralcs et surtout jiour sa 
bienfaisance eiivers les pauvres. On 
lui a reproché cependant une teinte 
d'irréligion. Le docteur Wright , 
pasteur de la congrégalion de Jilack- 
Friars , refusa un jour , sur quelques 
rapports peu rondos ou peu impor- 
tants , d'administrer la cène à une 
femme qui se trouvait êtic parente 
d'Eilis: «Tu n'as point de droit ici, 
» lui dit le pasieur , Jésus connaît 
» son lrou])eau. » Ce refus , et la ma- 
nière dont il était esprinié, frappè- 
rent tellement celte femme qu'elle en 
devint follf. Ellis la fit recevoir à 
Jfcdlam , où elle inourui ; et il écri- 
vit à celle occasion une pièce de ver* 
satiriques inlilulée : J.a coir^rèi'^a- 
Uon de Blackfiiars, <pii paru! dans 



ELL 

un journal du temps, et dont quel- 
ques membres de cette congrégation 
se vengèrent en cassant ses vitres. 
Ellis , indifférent à la réputation lit- 
téraire, a fiit in)primer fort pou de 
ses productions. Le plus considérable 
de ses ouvrages est une traduction 
des épîires d'Ovide , dont le docteur 
Johnson f lisait beaucoup de cas; le 
docteur King disait que : « ce n'était 
» pas Ellis, mais Ovide lui-même 
» qu'on lisait. » Cette traduction ne 
paraît pas avoir été imprimée, non 
plus que le Bei'e de la mer du Sud ,. 
rn vers luiclil;rasliqiies, écrit en i '■20; 
la traduction du Teinplum lihertalis 
du docteur King; celle de quelques 
parties des Métamorphoses d'Ovide ;. 
Esope et Caton rais en vers anglais, et 
nombre d'autres écrits. Parmi ceux 
qui ont été rendus publics , on cite : 
\.la Surprise, ou le Gentilhomme 
devenu apothicaire , d'après une tra- 
duction latine d'un cor.te en pro.NC 
écrit originairement en français , 
^']~^^), in-i'i.; II. Une parodie du 
chant ajouté h T^'K'iWe, par l\Taf- 
fée, l'ISS; 111. Quelques pièces fu- 
gitives dans le recueil de Uodslev. 
S— b. 
ELLROD ( GERiHAm-AuGusTE ), 
savant jdiilologue, et professeur d'é- 
loqu(nce et de poésie a Bayreut et à 
Eiimg, en \']!\'i-., nommé surinleu- 
daut-génoral de la principauté de Bay- 
reut en 174^^5 ^tifiit né dans la même 
ville en 1709, et y mourut le 5 juillet 
1760. On a de lui soixante- treize 
opuscules ou dissertations académi- 
ques, dont on peut voir les titres dans 
le dictionnaire de Mcusel. Nous indi- 
querons seulement les suivants : I. Dé- 
cadente lalinttate orlhodoxia: nO" 
xid, IJavreut , 17'27, ii'-i'-î ^ï- ^^ 
Mctnnrahililnis bibliothecœ /leils- 
bronne/Lsis , ilml. , 1 73c)-4 ' 3 parties 
in fui.; lil. Nùni M. T. Cicero in- 



ELL 

'eniendœ iypographices occasionem 
iederit, ibid. , 17 + 1» in-fol. On peut 
?oir so!î c'Ioge funèbre publié sous ce 
[itre : L. J. J. Langii oratio pane- 
^yrica piis manibus Kllrodi dicta , 
BayiTut, 1760, in-l'ol. C. M. P. 

Ël.LWOOD (Thomas), "n des 
premiers quakers qui se soient f.iil 
couiidître par leurs écrits , naquit ( u 
1659 au villipie de CrowcU, près de 
Thauie, dans le comté d'Oxford. Son 
père était un ju£;e de paix connu par 
sa sévérité; après l'avoir mis dans «ne 
école , n'ayant pas de quoi l'y soute- 
nir, il l'on retira; en sorte qu'Elhvood 
perdit bientôt lepeu de connaissaoces 
qu'il avait pu y acquérir ; à l'âge de 
vingt-un ans , invité à une assemblée 
de quakers , il en reçut une telle im- 
pression qu'il embrassa bientôt après 
leurs opinions, non sans une violente 
opposition de la part de son père, 
qui entrait surtout en fureur lors- 
qu'il le voyait s'asseoir à sa table lo 
chapeau sur la tète et s'entendait tu- 
toyer par lui. Eltwood en essuya les 
plus mauvais traiteraeuts, et fut pres- 
que fout un hiver prisonnier d.ins sa 
chambre. Kendii à la lil)erlé , il pas- 
sait son temps dans la cuisine de son 
père, pour lui épargner les accès de 
colère oii le mettait la vue de l'incivil 
chapeau. En 16G0, n'ayant que vingt- 
un ans, Ellwood publia un morceau 
intitulé: alarme donnée aux pré- 
ires, ou Message du ciel pour les 
avertir. Vers cette époque , com- 
mencèrent contre lui les persécutions, 
mais sans beaucoup de rigueur. Mis 
en prison plusieurs fois , il en sortit 
très-prornptement; et une fois , selon 
les principes des premiers quakers, 
ayant refusé de donner caution, il fut 
laissé en liberté sursa simple promesse. 
Ardent pour la défense de la cause 
qu'il avait embrassée , et voulant re- 
médier à son défaut d'éducation , il 



ELL 0' 

obtint que Milton , alors aveugle , !e 
prît pour son lecteur. 11 lui lisait des 
livres latins. « L'oreille délicate de 
» Milton , dit Elhvood , savait démc- 
i> 1er, au ton de ma voix, quand je 
» n'entendais pas clairemevil ce que 
» je lisais ; dans ces occasions , il 
M m'arrêtait pour ra'ioterroger, et 
» m'cxpliquer les passages difficiles.» 
Ellwood assure que c'est à une obser- 
vation qu'il fit à Milton sur le Paradis 
perdu, r\\\c\e poète a dû l'idée du Pa- 
radis reconquis. L'obligation ne se- 
rait pas grande. La sauté d'Ellwood , 
qui ne pouvait s'accommoder de l'air 
de Londres , l'ayant obligé à quitter 
Milton , il fut quelque temps précep- 
teur des enfaiis d'isaac Penning'on , 
personnage considérable parmi les 
quakers. 11 «c miria en i06<), et scq 
père , qui avait promis de lui assurer 
quelque bien , ayant appris que ce 
mariage se ferait suivant l'usage des 
quakers, et non suivant la liturgie 
établie, se rétracta et ne voulut plus 
rien donner. Il publia, en 1705, la 
première partie de T Histoire sacrée^ 
ou la partie historique de V Ancien- 
Testament, et en 1709 la seconde 
partie qui contient le Nouveau-Tes- 
tament. Ses autres ouvrages sont des 
écrits de controverse. On v trouve de 
l'esprit et une assez grande connais- 
sance de l'histoire ecclésiastique. Il a 
fait aussi des vers beaucoup plus 
pieux que poétiques , entre autres 
une Davidéide en 5 livres, 1 712. Il 
mourut le i '>". mai-s 1 7 1 3 , âgé d'envi- 
ron soixante-quatorze ans. C'est lui qui 
transcrivit et prépara pour Timpres- 
sionle journal que George Fox a laissé 
sur les événements de sa vie , et qui 
a été publié en i(3f)4 1 ^^<^c une loa» 
gue préface par Guillaume P< nn. 
X — s. 
ELLYS ( AwToiNE ), tWologicii 
anglais , naquit en iôqS , fut élevé % 



02 E L L 

Cjmbi'ic!ge , prit les oixlrcs et fut nom- 
me successivement à plusieurs beué- 
fices. Son premier ouvrage fut : Une 
Défense de l'examen sacramentel , 
comme étant une juste sécurité pour 
réglise établie, 1736, in-4". Cet 
ouvrage était dirige contre les disscn- 
ters, en faveur de l'o'glise anglicane, 
qu'il passâ sa vie à défendre , soit 
contre eux , soit contre les catholi- 
ques , mais avec une modération bien 
rare parmi les controversistes.» Ilpen- 
» sait, disent les éditeurs de ses œu- 
» vres posthumes, que persécuter, eût- 
» on la raison de son côté , est bien 
» pis que d'avoir tort; » principe mé- 
ritoire dans un homme qui défen- 
dait la religion dominante. Du reste, 
on peut dire qu'il n'assista pas au 
combat, ayant employé la plus grande 
partie de sa vie à consigner ses opi- 
nions dans un ouvrage qui ne parut 
qu'après sa mort , et dont cependant 
la réputation, répandue de son vivant, 
lui valut l'évêché deSf.-David, auquel 
il fut nommé en i^S'i. Il mourut à 
Glocester en 1761 , âgé de soixante- 
huit ans. En i'jGj parut iu-4". Ij 
première partie de son ouvrage , sous 
le titre de Traité sur la liberté spi- 
rituelle et temporelle des prolestants 
en Angleterre. La seconde parut eu 
1 765 , et fut intitulée Traité sur la 
liberté spirituelle et temporelle des 
sujets en Angleterre; la première 
ayant principalement pour objet d'éta- 
blir le droit qu'avaient eu les protes- 
tants de chajiger leur doctrine, contre 
les prétention' de l'église de Home; la 
seconde, destinée à luaiulenir la liberté 
religieuse dans les rapports des sujets 
avec le gouvernement. Cet ouvrage est 
estimé des protestants. On a aussi 
d'EIlys des Remarques sur un essai 
de David Ilume, concernant les mi- 
racles, I 75';'., in-4"., ^^ quelques ser- 
inons imprimes séparément. X — s. 



EL M 

ELMACIN, ou ELMAKYN 

( George) , connu en Orient sous le 
nom d Ibn-Amid , clirélicn ,d'Egy[)tc, 
naquit en 620 de l'hégyre ( i^'iS de 
J.-C.), et mourut à Damas en 673 
de la même ère ( i'i75 de J. -C. ) 11 
occupa la place de keiib ou éciivaiu 
à la cour dcssulthans d'Egvpte; c'était 
un genre d'emploi qui était ordinaire- 
ment rempli par des chrétiens. Kl- 
macin est auteur d'une histoire arabe 
très célèbre en Europe , qui com- 
mence à la création du monde et ar- 
rive jusqu'au milieu du i5 . siècle de 
notre ère. Erpenius en a publié une 
partie sous ce titre : Historia sarU' 
cenica qud res gestce Muslimorum , 
inde à Muhammede primo impe- 
rii et religionis Muilimicce auc- 
tore , usque ad initium imperii Ata- 
becœi , perXLIX imperatnrum suc- 
cessioncm fidelissimè explicnntur , 
insertis eliam passim christianorum 
rébus in Orientis potissimum eccle- 
siis eodem tempère gesti?. Arabice 
olim exarata, à G. Ebnacino et la- 
tinè reddita, Leyde, i()2 5, in 1-8". 
Le texte latin a été imprimé scp.iré- 
ment la même année, ib., in-4"- ^' 
existe uneédiion qui ne contient que 
le texte arabe, et paraît avoir élé 
faite |)0ur les chrétiens du Levant; 
elle est précédée d'une épître aral)e 
adressée au docteur Lanceiot An- 
drews, Leyde, i(>'25. l/épîlre est 
de Golius. Cette histoire, ainsi que 
rindi(|ue le titre , comnienrc à la 
naissance de M.ihomet. Dans le ma- 
nuscrit de la bibliothèque d'Ileidcl- 
berg, dont Erpenius s'est servi , elle 
finit à l'an 573 de rhégyre( 1 197 de 
J.-C); mais dans le texte imprimé 
elle s'arrête à l'an 5 11 ( 1 1 18). ï>a 
mort du traducteur en fit suspeiub e 
l'impression à celle époque. Ce fut 
Golius qui la mit au joiuet en com- 
posa la préface. Ou peut juger celle 



EL M 

ïisJoire imprimée sous le rapport de 
>ou mcrilc iiitriusèque et sous le rap- 
port de la fidélilé de la traduclion et 
le II pureté' du texte. Elmacin a été 
jugé très sèvcicment par Reoaudot. 
« li doit, dit ce savant , sa grande ré- 
» putation en Europe à Erpenius , 
» et cette réputation est 1res taihie ou 
» même nulle en Orient, non point 
» à cause de la religion de l'auteur, 
» mais parce que son histoire inan- 
» que de cette variété' qui charme les 
» Arabesj à peine parlc-t-il des plus 
» grands hommes. » Ce reproche est 
facile à ri-pousser. Elmacin n'a point 
écrit préciscraent une chronique, mais 
une histoire, et la marche qu'il a sui- 
vie ne l'obligeait point à rapporter à 
la un de chaque année la mort des 
personnages de distinction. Mir- 
khond, l'un des historiens persans 
les plus estimés, parle rarement et 
par occasion seulement des grands 
hommes ou des écrivains célèbres, 
sans que son ouvrage en ait moins de 
mérite. Elmacin a suivi pour gtiile 
le Tabari, l'un des plus célèbres his- 
toriens qu'aient eus les Arabes ; s'il a 
donnétroppeu d'étendue à son his- 
toire , elle n'en est pas moins pré- 
cieuse et importante par les faits dont 
elle nous transmet les époques , et 
jusqu'à ce que l'on publie queiques- 
uns des grands monuments litté- 
raires et hi^to^iques laissés par les 
Arabes , cet ouvrage sera consulte 
avec fruit. Les reproches adressés par 
le même savant et par Reiske au tra- 
ducteur sont plus fondés. La Induc- 
tion d'Erpenius et le texte publié par 
lui offrent beaucoup d'erreurs et de 
contre-sens ; mais n'oublions point 
qu'Erpenius travailla sur un manus- 
crit fautif sans pouvoir le collalion- 
ner ; souvenons-nous qu'à l'époque 
où il vécut, U critique orientale n'était 
point uée, et qu'il avait très peu de 



E L M 93 

secours pour s'éclairer et se guider 
dans ses travaux. Reiske, daus ses 
notes sur Aboulfeda et ailleurs, a cor- 
rigé souvent le texte d'Elmacin , 
ainsi que M. Kohler à ta suite de ses 
notes sur Thcocrile, Lubec, 1767, 
\nS .Ce dernier critique a publié des 
observations beaucoup plus amples 
sur le tex'e arabe , dans le répertoire 
de INL Eichhoru, p,aî. U , VII, 
V1II,X1.XIV,XV1L Ou conser\o 
à Oxfard les notes manuscrites d'Er- 
peuius sur Elmacin , et la Bibliothè- 
que d« Maph. Pinelli reufcrmùt un 
exemplaire de l'édition iniprunée , 
chargé de notes marginales qu'o!i 
croit être d'Erpcnius. La chrestoma- 
thic arabe d'Hezel contient quelques 
fragments de l'histoire d'Elm.icin , 
dont Hottinger a fait un fréquent 
usage dans ses ouvrages, et qui 
existe manuscrite dans quelques Bi- 
bliothèques de l'Europe. Enfin Vat- 
tier a traduit et publié la partie don- 
née par Erpenius sous ce titre : 
Y Histoire maJiomélane , ou les qua- 
rante-neuf chalifes du Macine , etc. y 
Paris, 1GJ7, in-.V'. Il est facile de 
s'apercevoir qu'il a suivi fidèlement 
la traduction latine. Th. Hydc , dans 
le Catalogue des Uvres imprimés 
de la BibliotJièque d' Oxford, fait 
mention d'une traducfiou anglaise, 
Londres, i6i6, in-8''. J — n. 

ELMENHORST ( Geverh^rt ou 
Gerhart ) critique distingué, et célè- 
bre philologue , naquit à Hambourg 
vers la fin du lô"". siècle, et mourut en 
1O21. Il avait étudié à Leyde. Voèt 
rend hommage à l'exactitude labo- 
rieuse de sa critique et à sa vaste 
érudition : rirum diligenlissimum et 
difjusissitnœ lectionis. On a de lui : 
I. Des notes sur Arnobe ; H^nau, in- 
8\ i6o5; 11. Sur le traité de Gen- 
nade , de ccclesiasticis dogmatibus , 
Hambourg, in - 4"'-7 i6i4. UkS»? 



94 E L 

Minitcius Félix ; ce dernier ouvrage 
suscita nue querelle entre Elmenborst 
et Jean Wouwcr, qui publia presque 
eu même temps un comuieufairc sur 
cet auteur. Les deux savants s'en rap- 
portèrent à Scalij^er, dont la décision 
i](! fut point favorable a Elmenborst. 
L'un et l'autre commentaires se trou- 
veii! reunis dans le Minitcius vario- 
Tum , Leyde , in-8'., iO'j'2. IV. Des 
ÎS'otCJ sur les deux lettres de S. Mar- 
tial, evèquc de Limoge, à ceux de 
Bourdeaiis et de Toulouse; V. le Ta- 
bleau de Cébès , avec la version la- 
tine et les notes de Caselius ( Fcy. 
CuESSEL ), Leyde, 1618. VL Enfin, 
itn Comn>enlairc sur Apulëc, Franc- 
fort, in-8'. , 1621. Elmenborst mou- 
rut pendant fim pression de l'ouvrage. 
On lui doit encore les c'dilions des 
opuscules de Proclus , de Sidoine 
Apollinaire, et du iSjniflij'/Jia de Jean 
Wonwer, sur la traduction grecque 
et latine delà Bible. 11 avait laisse en 
manuscrits les actes latins du concile 
de Cbalcedoinc , et les sept livres de 
i'bistoirc de Paul Orose, collationne'e 
sur d'anciens manuscrits. A — D — R. 
ELOI ( S. ), ëvêque de Noyon, 
naquit à Cadillac, à deux lieues de 
Limoges , vers l'année 588. Ayant 
uianiiëste, des sa jeunesse, un pen- 
chant décide' pour les arts du dessin , 
son père le plaça chez le préfet de la 
monnaie de Limoges, où en peu de 
temps , il fit de très grands progrès 
dans l'orfèvrerie. Etant entre ensuite 
chez Bobbon trésorier du roi Clo- 
taire 11 , ce prince qui avait e'tc à por- 
tée de l'apprécier le nomma son mo- 
nétaire, elDagobert, son successeur, 
le fit son trésorier. Ces deux souve- 
rains lui fournirent les moyens de 
développer ses talents en lui confiant 
l'éxecution de très ricbes et de très 
importants ouvrages. Il fut cbargc , 
tnUe autres objets, de h composi- 



ELO 

tion des bas-reliefs qui ornaient le 
tombeau de S. Germain , cvêque de 
Paris , mort en 676. Il exécuta , pour 
le roi Clotaire, deux sièges d'or enri- 
chis de pierreries , qui passèrent alors 
pour des chefs-d'œuvre , ce qui prou- 
ve qu'à cette e'poque le luxe avait déjà 
fait de grands progrès en France. De'- 
goûtc' de la vie mondaine, Eloi , de 
tout temps très pieux , voulut se re- 
tirer du monde , et alla s'ensevelir 
dans un monastère , d'où cependant 
il fut tire', en l'anne'e 64 o , pour être 
placé sur le sie'ge de Noyon. Malgré 
son exactitude à remplir tous les de- 
voirs de l'épiscopat , il trouva encore 
le temps de se livrer à ses occupations 
ordinaires , et il exécuta à celte épo- 
que un grand nombre de chasses des- 
tinées à renfermer les reliques des 
saints. Plusieurs de ces ouvrages exis- 
taient encore avant la révohition. Ce 
pieux evèquc cessa de vivre le i"". dé- 
cembre (359. Il prêchait avec beau- 
coup d'onction , et parut avec éclat 
dans le concile de Châlons en 644. 
Il fit plusieurs excursions évangéli- 
ques , pour aller prêcher la foi aux 
idolâtres, notamment dans le Brabant. 
S. Oucn , contemporain et ami de 
S. Eloi, a écrit sa Vie. L'abbé la Ro- 
que en a donné une traduction , en 
169J, qu'il a. enrichie de seize Ho- 
mélies qui portent le nom de ce S. cvê- 
que, et dont plusieurs, sans ountre- 
dil, sont sorties de sa plume. P — b. 

ELOY ( Nicolas -François -Jo- 
seph }, né à Mons le '.>.o septembre 
1714, fut médecin ordinaire du 
prince Charles J« Lorraine et de Bar, 
et pensioiniairc de la ville de Mons. 
11 y est mort le 10 mars 1788. Ou 
a de lui ; I. lie/lexions sur l'usasse 
du Thé, 1750. in-r^.; \\. Diction- 
naire historique de la médecine avec 
Vhistoire des plus célèbres médecins, 
Liège, 17^5, '1. vol. iu-8'. : c'était 



ELP 

on essai que faisait Tinlcur, qui d'> 
puis a reproduit cet ouvrage sous le 
liîre de Dictionnaire historique de 
la médecine ancienne et moderne , 
Muns, i7-;3, 4 vol. iu-4'. On petit 
dire que c'est u» ouvr.T;;e nouveau; 
l'auteur lui-raèiue l'a tellement scuti , 
qu'il ne donna pas cette édition comme 
une seconde. Le Dictiontiaire iS^\oj 
a sur la Bibliothèque de (iarrcrc ( voy. 
CarrÈre ) l'avantage d'être acheté : 
Eloy convientavoir prolitcf quelquefois 
du travail de son concurrent 11 ta 
relevé assez aigrement les erreurs , 
mais n'en est pas exempt lui-même. 
Eloy n'a pas commis de f3ute^ aussi 
graves que Carrère; c'est tlouc à tort 
que l'on a fait dire à un bibliographe 
que les articles de ce dernier étaient 
plus exacts et plus complets. Il existe 
une traduction italienne de la première 
édition de l'ouvrage d'Eloy •• les ad- 
ditions du traducteur ont porté ce dic- 
liounairc à •; vol. in-8'., qui ont paru 
en l'^Gi et années suivantes. III. 
Cours élémentaire des accouche- 
ments , 1775, in-ia; IV. Mémoire 
sur la marche, la nature, les caus'.s 
et le traitement de La drssenterie , 
1-80, in-8'. ; V. Question médico- 
polili'jue : Si l'usasse du café est 
avantageux à la santé , et s'il peut 
Sô concilier avec le hien de l'état 
dans les provinces belgi(ptes7 1 7B1 , 
in-8«. A. D— T. 

ELPHINSTON ( Guillaume ), 
naquit à Glascow , vers l'an i45i. U 
fut élevé dans l'université de cette 
ville; il viut ensuite étudier à l'uni- 
versité de Paris , oii il fut nomme pro- 
fesseur de droit canon. Il exerça cette 
fjnction durant six. années avec un 
grand succès; après quoi , étant re- 
tourné dans son pays natal où il prit 
les ordres, il fut nommé officiai de 
Glascow, ensuite de St- André, puis 
tuejabre da cunacil du rui Jacques, 



ELP iP 

en France, avec l'évêquc de Dunkeld 
et le comte de Buchau , pô«jr con- 
cilier les didcrcnds qui s'étaient éle- 
vés entre Louis XI et le roi d'Kcosse. 
En récompense de sa conduite dans 
celte affdre, il obtint a son retour 
l'évêclié de Ross, d'où i' passa, en 
i484. j l'évêohc d'\bcrdeen. Il fut 
fait en niê:ne temps chancelier da 
royaume ; mais il se relira des af- 
fiires dans le temps des troubles qui 
agitèrent la fiu du règne de Jacques U I. 
Jacques IV l'employa comme ambas- 
sadeur auprès de l'empereur Maxi- 
milien , dont il demandait Li fille en 
mariage. Cette négociation échoua ; la 
princesse était déjà promise ; mais 
Elphinston rendit ce voyage utile à 
son pays par les négociations qu'il y 
entama avec les Hollandais , depuis 
long-temps ennemis des Ecossais. Il 
jouit le reste de sa vie d'une haut» 
considération à la cour, et eut part à 
toutes les grandes affaires qui s'y trai- 
tèrent de son temps. Il protégea les 
sciences , et contribua beaucoup, tant 
par son crédit que par ses soins et ses 
bienfaits , à élever l'université d'Aber- 
deen à un degré de prospérité dont 
elle n'avait pas joui jusqu'aloi-s. En- 
core plein de force et de vie , malgré 
son grand âge , il mourut , en i ri 1 4 , 
du chagrin que lui causa la perte de 
la b itaille de Flodden Field. Il c'iail 
alors à:ié d'environ qu itre-vingt-frols 
ans. C'était un homme d'un caractère 
respectable, et assez s<ivant pour son 
temps. Il a laissé une histoire de son 
pays qui n'a jamais été imprimée, et 
dont le meilleur manuscrit e<t déposé 
à ia bibliothèque Bi>dléieiine, à Ox- 
ford. S — D. 

l- LPHÏNSTON (Jacques) , grasn. 
mairien , né à Etlimbourg en 17'ii, 
étudia à l'université de cette ville, et 
fut, di'S l'âge dedix-sepl ans, gouver- 
acqr de lord Blantyre. Il parcourut la 



f)0 ELP 

Hollande et leBrabaiit, et résida assez 
longtemps à Paris -, dans la maison 
de Tiiomas Carte , l'historien , son 
compatriote et son compagnon de 
voyage; il y acquit l'usage de la lan- 
gue française , au point de pouvoir 
« l'écrire ( suivant Micliols , sou ami ) 
» avec autant de facilité et d'élégance 
» que les Français qui écrivent le 
» mieux. » Etant revenu en Ecosse , 
il reprit son premier emploi d'institu- 
teur. Le zèle qu'il mit, en i']5o , à 
répandre dans son pays le Rambler, 
lui gagna l'amitié du célèbre docteur 
Johnson. Une partie seulement des 
vers latins qui servent d'épigraphes 
aux essais qui composent cet ouvrage 
périodique , étaient accompagnés de 
traductions tirées de Dryden, Pope, 
Cruch , etc. Elphinston , en publiant 
ime nouvelle édition du Rambler , 
suppléa à ce qui manquait à cet égard, 
ft ses traductions , remarquables par 
une précision énergique, ont été de- 
puis adoptées par Johnson, qui les a 
conservées dans les éditions suivan- 
tes de son ouvrage. Elphinston vint 
s'établir quelque temps après en An- 
gleterre, d'iibord à Brompton , et en- 
suite à Kcnsiugton , où il tint une 
école jusqu'en i-i-^O. En 17 55, il pu- 
blia une traduction en vtrs du poème 
de la Religion, de Louis Kaeine; tra- 
duction qui eut le suffrage d'Yonng et 
de Richardsou. Il publia m i 755, en 
tt volumes in-i-i , une Analyse des 
Langues française et anglaise ; en 
l'jGô, un poème sur \^ Education; 
et en 1 r{\,\ , un Recueil de poëmes 
tirés des meilleurs auteurs , adaptés 
à lowi les âges, mais particulière- 
ment destinés à former le goût de la 
jeunesse , un vol. iu-8'. Ce n'est pas 
une légère présomption, même dans 
un Ecossais, que d'avoir adnns , com- 
me il l'a fait, ses projnes poésies par- 
mi celles des meilleurs auteurs. Mais 



ELP 

Elphinston , en ne prenant pas ce qu'il 
y avait de meilleur dans les meilleurs 
auteurs, s'est moins exposé à perdre 
par le voisinage. Il fît paraître en 1 7G4, 
les Principes raisonnes de la Langue 
anglaise ,onla Grammaire anglaise 
réduite à l'analogie, 2 vol. in- 12. 
Cet ouvrage , où l'on trouvait des re- 
cherches intéressantes sur la langue 
anglaise, avait pour objet essentiel 
de changer le système de l'orthogra- 
phe, en la rendant absolument con- 
forme à la pi-ononciation , sans aucun 
respect pour l'étymologie. Les yeux 
anglais furent choqués d'une pa- 
reille innovation, et rien n'était plus 
propre à la faire rejeter prornptement, 
que l'application qu'Ëlphinston lui- 
même en fît non seulement à ses ou- 
vrages, mais encore aux éditions qu'il 
a données d'ouvrages anciens. H pu- 
blia l'année suivante un abrégé des 
Principes raisonnes de la Langue 
anglaise, pour l'usage des écoles; 
cl en 17(37 , un recueil intitulé: Fers 
anglais, français et latins, in-fol. 
Ayant fait un voyage en Ecosse, il 
donna publiquement , vers l'an 1 779, 
une suite de leçons sur la langue an- 
glaise, d'abord à Edimbourg, et en- 
suite dans l'université de Glascow. 
Il avait annoncé eu 177G une traduc- 
tion en vers des Epigrammes deMar- 
tial, avec un commentaire : elle parut 
en 178*, en un vol. in-4''. ; et il donna 
en 1 785 une édition de l'auteur ori- 
ginal , où les epigrammes sont clas- 
sées dans un nouvel ordre, et qui est 
précédée d'une introduction à la lec- 
ture des poètes. Elphmston développa 
davantage si'U svstème d'oithographe 
dans un traité qui parut en 1786, 
sous un litre que nous n'essayerons 
point de traduire ; Proprietj ascer- 
tained in fier picture , or english 
speech and spelling reduced mulual 
guides, a vol. ia-4". Uu dci ou vragcs 



ELP 

qu'on doit le plus regretter de voir 
défigure' par sa inëtliode d'orîhogra- 
phier , est sa correspondance avec des 
hommes très distingues dîns les scien- 
ces et daus les lettres; elle fut impri- 
mée en 1 7<) i , en 6 vol. iu-8°. , mais 
fut ensuite augmentée de deu\ autres 
volumes, et publiée en 1794? sous le 
titre suivant , que nous donnons d'a- 
bord en anglais , comme un cchan'il- 
lon de son orthographe : Fifly rears 
eorrespondence , in^lishfrench and 
lallin , in proze and verse , betwcen 
Reniasses ov hoath sexes and James 
Elphimton. {Corresporulance de cin- 
quante années^ en anglais , en fran- 
çais et en latin , en prose et en vers, 
entre des littérateurs des deux sexes 
et Jacques Elphinston , avec un por- 
trait d'Ëlphinston et un autre de 
Martial ). Ou y remarque partirulic- 
rcmcnt des lettres de 5^muel Jolm- 
Son ,du docieur Jortin, de Benjamin 
Francklin et de Mackeiiiie , auteur de 
¥ Homme sensible { the nian of fee- 
ling ) , et quelques lettres en fran- 
çais, par Driîeville, membre de la 
convention. Elphinston donna, la raê- 
ine année, une Traduction en vers an- 
glais , avec le texte en regard , des 
poètes moralistes latins, Publius Sv- 
rus, Libcrius, Séncque, Citon , etc., 
in- 12. En i';84, il avait épousé eu 
secondes noces une femme beaucoup 
plus jeune que lui , et avec laquelle il 
•vécut encore vingt-cinq ans dans l'u- 
Bion la plus parfaite. Il mourut à H im- 
mersmith , le 8 octobre 1 809 , âgé de 
près de quatre-vingt-neuf ans. C'était 
un homme d'une société agréable , 
quoiqu'un peu origin.il dans son ex- 
térieur. Il y avait trois choses qui ne 
manquaient jamais de le faire sortir 
de son caractère , un jurement , une 
pronouci^jtion défectueuse, et unctcnue 
indécente chez les femmes. La mode 
n'avait aucune influence sur la forme 

XIII. 



ELP 97 

de ses habits , toujours faits sur le 
modèle de ceux qu'il portait à son re- 
tour de France, o Le temps , écrivait-il 
» à un de ses amis en 1 782 , le temps 
» n'a pas plus changé mon cœur que 
» mon costume, n On reconnaît dans 
ses ouvrages , et surtout dans ses let- 
tres , de la sensibilité et du tilenl com- 
me écrivain, malgré Icde.iavantage que 
lui donne l'cfnploi trop fréquent des 
inversions, iMais ce qui a sans doute le 
plus nui à sa réputitiou littéraire , à 
laquelle il survécut long-temps , c'est 
son orthographe , qni a rendu la lec- 
ture de ses ouvrages rehutante pour 
ses compatriotes. G?pendant l'applica- 
tion qu'il en a faite n'est pas un tra- 
vail inutile; et, comme l'a observé un 
critique anglais, ce sera pour les étran- 
gers et pour la postérité un tvpe de 
ce qu'était la pronondation anglaise 
au temps où l'auteur a écrit. On cite 
auvsi de lui une traductiou d'un ou- 
vrage de liossuet, et quchjues écrits 
polémiques en réponse à certains jour- 
nalistes qui lui avaient montré une 
grande malveiilauce. Pen de temps 
après le second maiiaged'EIpliinston , 
son frère , alors embarqué pour les 
Grandes -] ndcs , voulant écrire à sa 
belle sœur, mais manquant des movens 
de lui faire parvenir sa leUrc, s'avisa 
de h renfermer dans une bouteille 
vide qu'il ]. ta à la mer. Celte bouteille 
fut retirée neuf mois après par des 
pêcheurs sur la cote de Normandie , 
près (\n B iveux. X — s, 

ELPIDIUS ou HELPIDIUS 
( RusTiccs ) , diacre de l'éçilise de 
Lyon dans le 6^ siècle, s'appliqua 
à la médecine, et v fit des progrès 
très remarquables pour cette épù>|ue. 
Théodoric, roi des Osirogoths, h- lir 
venir à sa cour, où il le traita avec 
la plus grande distinction ; on croit 
même que ce prince le revêtit de la 
charge de que'.teur. Théodoric, comme 



Ç)» 



ELP 



01^ sait, était arien; mais on ne voit 
pas que son eslime pour Elpidius ait 
souffert de la différence de leurs opi- 
nions. Les devoirs de sa place obli|^e- 
rent Elpidius à fixer sa demeure a 
Arles, où il connut S. Cesaire. Il était 
]\é avec les SS. Âvite , dvêque de 
Mienne , et Ennodius , éveque de Fa- 
vic. Une lettre que lui écrivit S. Âvite 
et qu'on a conservée, prouve que sa 
réputation comme médecin était fort 
étendue; S. Ennodius le loue, dans 
les sieunes, de l'agrément de son slvle 

et de h clialeur de ses discours, t.1- 
pidius, sur la fin de sa vie, se retira 
à Spolète; il obtint deThéodonc une 
somme pour réparer les édifices de 
cette ville, endomma-és par les guer- 
res, et mourut vers 555. U u a laisse 

que deux ouvrages , très courts ; le 
premier est un recueil des passages 
dclaBJfcfeque les SS. PP. ont re- 
connu s'appliquer à Jésus-Cinst ; le 
second, un poëme sur les bienfaits 
àii Sameur. La versification de ces 
deux pièces est assez bonne, au )u- 
rpment des critiques. Elles ont ete 
imprimées dans le Poëlarum eccle- 
slastic. thésaurus, de George Fabri- 
cius, Bâle, i5ti'2, in-4;,dans la 
Bihliolh. patrum, et enfin dans le 
Carminum 5/^ec//«ea d André Uiyi- 
«us,Leip/;.g,.05>.,in-8".,J.Alb. 
>\,bricius pense que Ion doit dis- 
tinguer Elpidius, médecin de Iheo- 
doric, d'Epidins, questeur, auquel 
il attribue les deux poèmes qui vien- 
nent d'être cités; mais il ne donne 
aucune raison à l'appui de son sen- 
timent. „ W— s. 

ELPIDIUS, rebelle, gouverneur 
de Sicile, fut cl.arg:é pour la seconde 
fois de cette i)lacc importante en •jHi , 
sous le rciînc d'Irène et de son fils 
Constantin. A peine arrive dans son 
.'ouvernement, Elpidms , gagne par 
tes in^couteuts que le dcspulismc et 



ELP 

les cruautés d'Irène avaient formés, 
fomenta lui-même la révolte des Sici- 
liens. L'impératrice , aveTtie de ce 
complot, envova l'écuver Théophile, 
avec ordre d'arrêter Elpidms. Les Si- 
ciliens s'opposèrent à l'exécution de 
cet ordre, et coururent aux armes ; 
mais la femme et les enfants d blpi- 
dius, qui étaient restés à Conslanti- 
nople, furent arrêtés, rasés, battus 
de verges et jetés en prison. L eunu- 
que Théodore , patrice et grand hom- 
me de guerre, débarqua en Sicile 
l'année suivante, dans le dessein de 
réduire Elpidius ; celui-ci se défendit 
avec valeur ; mais , vaincu dans plu- 
sieurs combats, il rassembla ce qui Un 
restait de richesses et d'amis , et s en- 
Init avec eux chez les Sarrazms^ d A- 
frique, qui lui mirent sur la tête la 
couronne impériale , et le traitèrent 
toute sa vie comme empereur. \ aiu 
honneur, qui neput le dédommager 

de la perte de sa famille et de la chute 

de sa puissance. ''TTn- /' 

F L P 1 î< I C E , fille de Miltiades , 
était mariée à Cimon son frère , lors- 
que celui-ci fut mis en prison pour le 

paiement de l'amende à laquelle son 
père avait été condamne. Callias, le 
Lcond de ce nom, étant devenu 
amoureux d'elle, lui offrit de payer 
cette amende si ellevoulaitl épouser; 
Elpinice Y consentit. Tel est le récit 
de Cornélius Népos, que beaucoup de 
raisons doivent taire rejeter. Unix 
qui avaient été condamnes a une 
amende perdaient leurs droits de ci- 
toven lorsqu'ils ne la payaient pas 
dans le terme fixé; mais on ne con- 
naît aucune loi qm permît de es em- 
prisonner. D'un autre cote, M.ltiades 
avait laissé une fortune considérable, 
ainsi qu'on l'a T« à l'article Cmor». 
On ne croira dcmc pas davantage ce 
que dit Plutarque, d après d autres 
auteurs, quç C.uxon l'épousa parce 



ELR 

que sa pauvreté rcmpêchait dctrotirer 
un parti couvenahle à sa naissance. li 
serait j)cut-ctre téme'raire de nier son 
mariage avec son frère; ii paraît cer- 
tain in effet qu'à Athènes , la loi per- 
mettait d'épouser sa soeur de j»ère. 
D'autres prétendent qu'elle viv^iit avec 
lui dans un commerce illc'piiime, et 
l'auteur du discours contre Alcibiade*, 
faussement attribué à Andocides, dit 
que ce fut la cause de l'exil de Ciniou. 
Mais la cause de cet exil est connue, 
«t ou l'a rue à l'article de ce général. 
Suivant Plutarque et Athénée, elle se 
prêta aux désirs de Pc'riclès, pour 
qu'il ne s'opposât pas au retour de 
son frère. Ils oublient que ce r-*ppel 
est postérieur à l'an 456 av. J.-C. , 
et que Miltiades est mort l'an 4%) 7 ^^ 
sorte qu'Elpinicc devait avoir au 
moins cinquante ans , puisqu'elle avait 
épousé Citnon peu de temps après la 
Hiort de sou père. Plutarque dit que 
ses mœurs n'étaient pas très réglées, 
que le peintre Poly^uote , qui avnit 
e'ié son amant , l'avait représentée 
sous la figure de I^odicé, Cl'.e de 
Priam, dans un des tableaux du Pœ- 
cile; mais on voit par les remarques 
précédentes, qu'il n'y a rien de cer- 
tain sur 5a vie. C. — b. 

ELRICHSHAUSEN ( Charles ba- 
ron DE ), «ïénéra! autrichien, était né 
dans le pays de Wurtemberg. Il s'était 
distingué dans la guerre de Sept ans 
comme major général , et avait obtenu 
le grade de général de cavaleiie, dans la 
guérie pour la succession de Bavière; 
il commandait, en 1778, nn corps 
nombreuxavec lequel il arrèla les Prus- 
siens qui tombaiint sur la Moravie et 
les rppoussa. A Jaegerndorf et a Trop- 
pau, il les cerna >i bien qu'ils eurent 
beaucoup de peine à se retirer. L'em- 
pereur, pour le récompenser de ce 
servie -^iguilé, lui donna It crois de 
commandeur de l'ordre de Marie-Tbè- 



ELS 99 

rèse, qu'il accompagna d'une lettre de 
sa main. Elri.schshausen, consumé par 
les fatigues , mourut à Pragtie le ij 
juin 1779: son souverain lui fit éle- 
ver uu tombeau avec une épilaphe k 
sa lotiiDge. E— *. 

ELSE ( Joseph ), c^imrcien an- 
glais, attaché a l'hôpital SL-TlH-mas, 
et membre de l'afadéraie royale de 
chirurgie de Paris , jouissait de beau- 
coup de réputation dans son art, ei a 
pub'ié quflqii' s éciits estimés , sur 
des sujets d»* chirurgie, partintlière- 
roerjt uu Traité sur l'hydrocèle , 
( 1770 ), où il reccBoroande le traite- 
ment par le caustique. Il mourut le 1 o 
mars 1780. Ses ouvrages ont été 
rcimprinoés ensemble, après sa mort, 
1782, I vol. in 8'., parles soins de 
George Vaux , chirurgien , qui y a 
ajouté un appen'iix , contenant des 
Obs'rrvations sur fh^rirocèle, avec 
une comparaison des différentes mé' 
thodes de trcàler cette maladie par 
le caustique et le selon. Vaux y donne 
la prétérence a la première. X — s. 

ELSHOLZ ( Jeaî» - SiGisMOWD ) , 
médecin allemand qui cultiva . dan* 
le 178. siècle, la botanique et b chi- 
mie. Il nnquità Fr incfort-sur-l'Oder, 
en i6'25, étudia dans l'université de 
Padoue, ou il se fit rfccvoir docteur 
en médecine en i655 . et motirut àr 
lîeriin !e 19 février i683. 11 v avait 
été appelé en i(>56 par l'électeur 
de Brandebourg Frédéric - Guillau- 
me, qui le nomma son premier mé- 
decin , et lut doî>na la direction d'un 
jardin de botanique , qu'il venait de 
fonder. Il en publia le catalogue sojis 
ce titre : Flora marchica, sive ca- 
talogus ptanlarnni quœ pariim in 
horlis electoralibus Marckiœ Bran- 
dehurs^cœ , Bt-rolinensi , Àuran- 
giburgico et Posidamenù incnlan- 
tur , partim sud sponte prnveniunt , 
Berlin, ii663, in - 8^. Comme ou 

7- 



ELS 



100 

voit par ce Ùtre, il annonçait le ca- 
talogue des plantes indigènes de cet- 
te contrée; mais il en indiqua fort 
peu et ne profita pas même du 
Pusillus de Mentzell , qui l'avait pré- 
cède D'un autre côlé il donna comme 
spontanées, des espèces qui ny ont 
jamais végété. On y trouve un très 
vclit nombre de remarques , entre 
autres sur les variétés du seigle et de 
l'oree. En 1666 il publia un traite 
complet du jardinage : JVeu Jn^e^ 
lester Garlenhau , etc. , dis- 
tribué en VI livres, Berlin, 1O6O, 
in-4°. Dans !e premier livre 1 trai W 
des Instruments et des généralités de 
culture; dans le second des Fleurs, 
dont il donne un catalogue range sm- 
vant une espèce de méthode; le troi- 

sième des Légumes ; le quatrième 
des /Mm, tant fruitiers que fores- 
tiers, avec le détail des différentes 
opérations dont ils sont lob)et telle 
. quela greffe; le cinquième de la Figne; 
le sixième des Plantes médicinales, 
tant cultivées que spontanées. Il en 
expose les vertus brièvement; mais 
avec bonne foi et clarté. Il y a quel- 
ques planches , mais qm ne concei-- 
«cnt presque que les lustrumonts. Cet 
ouvrage a été très estime en Allemagne, 
ce auc témoignent ses nomoreuses 
cdit.ons: la dernière est de Leipzig, 
, n 16 , in-fol. On lui doit encore : I. 
Jnlhropometriash'ede mulud mem- 
hrorum corporis humaniproporlione 
item de nen>oruin harmoma Libei- 
Zu5,Padoiic,i654,in-4'.;>d-.'^'^7; 
Francfort-sur-l'Odcr , itiG5 , in-8" . , 
fiît • \\. Dephosphoris observaliones, 

Pin,i(/7'.-f^;i:s"S^tr 

iicon Oder Neues Tischbuch, Ber- 
lin, i(iB*; I-eipziS. ''^'^'j-"-,; 
C'est untraité des aliments, d.stiibud 

en six livres. Dans le premier il parle 
des végétaux; des animaux dans les 
suiTauïs , avec (luclciues i)laucbc» ; 



ELS 

dans le cinquième il traite des nro- 
mates et des assaisonnements, et dans 
le dernier des boissons. Enfin , dans 
un Appendix, il expose les principes 

de l'art de la cuisine. 11 donna aussi 
l'art de la distillation dans un traite 
pariiculier : Distillatoria curiosa , 

Berlin,. 674, in-i^, fi?- E^"»^'-''?'^ 
membre de l'académie des curieux , 
il fit paraître plusieurs dissertations 
dans les mémoires de cette société : 



dans la première décurie sur une 
espèce d'équisétum, sur la b.^liane ou 
anis étoile, sur la graine de Cma,sui 

le raoxa des Chinois, quil regaidat 
comme un bon préservatif contre b 
.outle. Dans la quatrième collection 
de Hook , il publia pbisieurs secrets 
pour perfectionner les vins , et H en- 
seigna la manière de préparer des es- 
sences des végétaux. Enfin , suivait 

Moehsen , il avait prépare vingl^m- 
ches pour former un appendix a l Hor- 
tus Erstettensis: elles sont restées de- 
posetidans la bibliothèque de Ber- 
L 11 avait laissé aussi un manuscrit 
sur les plantes médicinales , avec un 
hcrbir^r correspondant, contenant 440 
échantillons. On voit, par ce detaU 
qu'Elsho!/. a cherché a être u lie pen- 
dant tout le cours de sa vie. Boediker 

a publié sa Vie ou Eloge : ^/^r."^;^- 
ic/.m/55, Berlin, i088,iu-toho. 

Wildenow a rendu un hommage tar- 
. dif à sa mémoire, en donnant le nom 

à'Elsholzia à un nouveau f "/•«» ^oin- 
posé d'espèces détachées de l/./5ope. 
!_)— ~i —""S. 
ELSIUS (Philipve), religieux An- 
Custin, né i. Bruxelles vers la fin d.. 
^^ siècle, professa pendant plusic.»^ 
années les humanités au collège de son 
ode, dans cette ville, et y mourut en 

Aumstinianum inquo personœord. 
erem S p.N.AuauslmisancUtale, 
prœlaturd, lesationibus , scnptis , 



ELS 
etc., prcestantes enarrantur, Bruxel- 
les , 1 654 » in-fol- Dans l'épître au lec- 
teur , l'auteur avoue qu'il a fait quel- 
ques doubles emplois lorsqu'il a trouvé 
le nom d'un même personnage écrit de 
di6rér< ntes manières dans les sources 
qu'il a consultées. Il déclare aussi qu'il 
a cru devoir joindre aux illustres de 
son ordre tous les fondateurs ou ré- 
formateurs d'ordres et congrégatious 
religieuses , par la raison , dit - il , que 
tous ont plus ou moins emprunté à la 
règle de St. - Augustin. L'ouvrage est 
par ordre alphabétique des prénoms , 
et contient près de deux mille cinq 
cents articles; la plupart sont fort suc- 
ciuts, et ne donnent que des notices 
assez insigniGantes. Les anonymes , 
formant quatre - vingt - sept articles , 
sont placés à la fin de la lettre N. La 
partie bibliographique y est traitée 
avec beaucoup de négligence, et sous 
ce rapport la Biblioiheca Au^usti- 
niana d'Ossingcr, qui d'ailleurs est 
plus moderne d'un siècle , est iulîni- 
iiicnt préférable. W — s. 

EL5KER (Jacques), savant théo- 
logien de l'Eglise réformée , docteur 
en théologie, conseiller du consistoire 
royal de Prusse , premier prédicateur 
de la cour et de l'église métropolitaine 
des réformés à Berlin , et directeur 
de la classe de belles-lettres à l'aca- 
démie rovale des sciences , naquit en 
1692 , à Saaifcld , petite ville de 
Prusse. Sou père, originaire de la 
Bohème, voyant son goût pour les 
sciences, lui fit donner une excellente 
éducation, il alla achever ses études 
à Koeiiig-berg, et y fut ensuite nom- 
mé recteur de l'école des réformes. Il 
alla de là à Dantzig, à Berlin , à Qève, 
à Ulreclit et à Levde. En i^ao, le 
roi de Prusse le plaça à Lingen , où il 
fut fait professeur de théologie et de 
philologie. Il obtint bientôt une chaire 
Ue paiteur; mais tu 1 72J , il fut ap- 



ELS !•! 

pelé à Berlin , pour être recteur du 
collège de Joachimsthal , qu'il réta- 
blit dans tout son éclat. Après la mort 
de Schmidtmann , il fut nommé se- 
cond pasteur de l'église consistoriale , 
et obtint ensuite la premièie place. Il 
mourut .1 Berlin le 8 octobre i^So , 
âgédecinquaute-buitans. Les ouvrages 
qui lui ont acquis le plus de réputa- 
tien sont ceux où il a cherché à ex- 
pliquer le nouveau Testament à l'aide 
des anciens auteurs profanes et des 
témoignages de l'antiquité. Le piin- 
cipal est divise eu deux volumes, in- 
titulés : Observationes sacr.v in Novi 
fœderis libros , tomus 1 '". libros his- 
toricos complexus , Ulrecht, 1720, 
in.8^ tomus i"". epistolas Aycstolc- 
rum elApocaljpsin complexus, ibid. 
1 728 , iH-8\ Cet ouvrage (dont J.-V. 
Stosch a donné une édiliou très- 
augmentée, Zwoll et Utrecht , i 767- 
1773, 5 vol. iu-^". ) > fiit lâ cause 
d'une longue discussion que J.-George 
Stoer engagea contre EIsner , et plu- 
sieurs disciples de ce dernier répon- 
dirent pour lui, et soutinrent sa que- 
relle. Parmi ses autres écrits, on re- 
mai-que encore : 1. Oralio inaug. da 
Zelo theologi , dicta in illusiri athe- 
neo Lingensi , 4 pn- 1721, Utrechr, 
1721, in-4". II. XÈpilre de S. Paul 
aux Philippiens , expliquée- en dis- 
cours moraux, suivis d^ remarques 
et d'observations, Berlin, 174Ï, 
in-^"., en allemand. 111. Schediasma 
criticum, quo autores , aliaque an- 
tiquilaiis momimenta , inscriptiones , 
item et jiumismata emendaniur , et 
indicanturet exponiuitur, inséré dans 
le tom. VII des Misccllanea Beroli- 
nensia, 1744? in-4"- l\- I^ouvelU 
description de l'Église des Cliré- 
tiens -g-ecs en Turquie, avec des 
notes, Berhu, 1759, in-8\, en 
allemand, avec dix planches. On a 
P^i'éleodu que dans cet ouvrage , il a'«i 



t(n E L S 

était laisse imposer par un Archi- 
mandrite grec, uoraraé Athanase Do- 
ïostanus, sur la relation verbale du- 
quel il l'a écrit. V. Continuation du 
même sujet, rb., i ']j47,avecdf'u:x plan- 
ches. Il y a joint une dissertation sur 
l'excellence et la fertilité de la Pa- 
lestine, morceau qu'il avait déjà donne 
en français dan^ Xlliitoire de l'Aca- 
démie de Berlin , i 748. VI. Du 40''. 
Chapitre d<' Tacite sur les mœurs 
des Germains, et surtout de la 
Déesse Ilertha , .dans X Histoire de 
V Académie de Berlin, 1747- VII. 
De la Déesse I/ertha ou Erdanna , 
ihid. , I 74B. Son e'iope, par Formey, 
j»e trouve dans la Nouv. BiblinlJi. 
{}erm., tom, xi, 2*^. part. G — t. 

ELSîSEr» ( Jean - Théophile ) , 
the'oiogien unitaire , ne' en -i n 1 7 , à 
Wen{:;iow, dans la Grande-Poloj^ne, 
devint adjoint de l'Eglise allemande et 
du Gymnase de IJssa en i 74^, pas- 
teur de i'és^lise bohémienne réfor- 
mée de Betlilehcm , à Berlin , en 
J747 , et Senior des Uuitaiies Bolie'- 
mions de Pologne et de Prusse en 
1761 , et mourut le 21 avril 1782. 
Ses principaux ouvrages sont : 1. Mi- 
phiboselh , traité historicophilolo- 
fifjue , Leipzig, 1760 , in-8". Il y 
fait voir beaucoup d'ériKlition. II. 
Essai d'une Histoire des traductions 
bohémiennes de hi Bible et des Edi- 
tions du Nouveau- Testament, dans 
la même larii>ue , Halle, 1 765, ia-8". 
Ces d<'ux ouvrages sont en allemand. 
m. Brevii et succincta Bios^raphia 
Jacohi Elsneri , dans la Biblioth. 
Bremens. nov. de Barkley. Il a aussi 
traduit en allemand \e Murijrohgium 
bohcmicum, donne de nouvelles édi- 
tions (le quelques outrages bohë- 
jmi' us de Coroenius , et fourni plu- 
.•'icurs morceaux intéressants pour 
l'histoire (\cs Unitaires de Bolume , 
djiB& le Scrinktm Antiquarium de 



EL S 

Gerdes. —-Jean - George Elsneu , 
magistrat et historien de Thorn , né 
dsns celte ville en 17 10, y entra 
dans le conseil des Seize eu 1736 , y 
occupa depuis quelques emplois judi- 
ciaires , et mourut le 11 mars 1-^53. 
Il a publié en allemand : 1. Observa- 
tions historiques sur la dignité de 
Bourguemeslre à Thorn , ibid. 1 738, 
in-4 '. II. Sur l'origine de la ville de 
Thom,u\scrédaïislcDankundDenk- 
mahl de Ditimann , dans lequel on 
trouve aussi quelques notes sur sa vie. 
lia encore laissé en manuscrit quelques 
opuscules sur la noblesse de Pologne, 
et sur l'état des sénateurs protestants 
dans ce rovaunie. C. M. P. 

ELSTÔU (Guillaume), anti- 
quaire anglais, naquit, en i()73, à 
Newcastle-sur-Tyne. Il fut élevé d'a- 
bord à Cambridge, puis à Oxford, où 
il fut ensuite professeur. 11 prit les 
ordres , fut nommé recteur des pa- 
roisses réunies de St.-Swilhin et Ste.- 
Maiie Botliaw de Londres, et mou- 
rut en I "j I 4 , âgé de quarante-un ans. 
Il était très versé dans la connais- 
sance des aniiquilcs de son pays , et 
de la langue anglo-saxonne. Il a tra- 
duit de celte langue en latin , pour le 
docteur Hickès , l'homélie de Lupus , 
avec des notes, 1701 , et l'homélie du 
jour de S. Grégoire , qu'il a publiée 
avec le texte, i 701 > , in-8". Il avait le 
projet , si la mort ne l'eût sur|)ris , de 
donner nnc édition des lois saxonnes 
avec beaucoup d'additions , ric. Cjct 
onrrage a été exécuté et publié par 
David WilkiMs en 179.1. On conser- 
ve à la Hibliollièque de la Société des 
antiquaires , une disserîalion manus- 
crite sur l'usage de la lilléralurc anglo- 
saxonne, ])ar Ehtub , destiiM'e à ser- 
vir de préface à une traduction qu'd 
comptait donner de la version para- 
phrasée à'Orosc, par AlIred-le-Grand, 
Ou a aussi de Uii des Sermons , mi 



1 



EL s 

Traité sur l'afOnitë qui existe entre la 
profession de juriscousulte et celle <ie 
théolojiicn , etc. X — s. 

ELSTOB (Elisabeth ), sœur du 
précédent , et compagne assidue de 
ses études , naquit , en 1 685 , à New'- 
castle-sur-Tyne. Elle avait rtçu de sa 
mère le goût de l'étude et de la scien- 
ce; l'ayant perdue à Luit ans , elle 
résista aux efforts de ses tuteurs pour 
la détourner d'une carrière si peu liiite 
pour son sexe. On la laissa enfin libre 
de suivre un goût si déterminé ; il jia- 
raît qu'elle partagea à Oxford l'éduca- 
tion de son frère , et qu'elle le suivit 
ensuite à Londres. Elle l'aida dans 
ses travaux, et accompagna son édi- 
tion anglo-saxoune et latine de l'ho- 
mélie du jour de S. Grégoire , ( Lon- 
dres , 1709, in-8'. ), d'une traduc- 
tion anglaise et d'une préface on l'hon- 
neur des femmes savantes. Elisabelh 
Elslob publia ensuite une traduction 
de ['Essai sur la Gloire par M'^^. 
de Scudérv. Elle avait trauscrit de sa 
main, probablement pour un des ou- 
vrages que proje'ait son frère , toutes 
les hymnes contenues dans mi ancien 
manuscrit de la cathédrale de Salis- 
bury. Elle entrepi'it, ponr son propre 
compte, un ncueûd' Homélies saxon- 
nes , avec la traduction anglaise, des 
uotcset des variantes; mais les uiovens 
pécuniaires manquaient à Eiis.Tbeth , 
pour l'exécution de ses projets litté- 
raires. Elle avait possédé, dit -on, 
une fortune honnête , qn'eHe avait 
laissé périr par sa négligence cl par 
son peu d'attadie aux choses tem- 
porelles. Ce détachement se portait 
jusqu'à un excès dont on sait rare- 
ment gré à une femme , quelque sa- 
vante qu'elle sort. Un de ses contem- 
porains parle d'une vi>ite qu'il lui fit, 
et où il la trouva ensevelie dans les 
livres et la malpropreté. Aussi Éli- 
tabctb savail-çlle j^nit langues, sans 



ÏL5 io5 

compter la sienne. Deux ou trois de 
moins , et un peu plus d'argent , ne 
fût-ce que pour faire inijuimpr ses tra- 
ductions , auraient rendu sa science 
plus utile aux autres , et â elle- 
même. Le lord trésorier lui procura 
quelques secours de la reine Antie 
pour l'impression de ses Homélies ; 
mais cette princesse mourut, et ses 
secours cessèrent , en sorte qu'on 
n'imprima qu'un petit nombre des 
Homélies (Oxford, in-fol.). Elisabeth, 
avant à peu près dans le uicnie temps 
perdu son frère, se trouva dans un 
dénuement complet. Cependant elfe 
fit paraître^ en 1 7 1 5, «ne Grammaire 
Saxonne, dont les canctères furent 
gravés aux Irais du \ovd Chief Justice 
Parker , depuis comte de Maccles- 
fied. Elle se retira à Eve-shara , où 
elle tint , pour subsister , nue petite 
école. On obtint, pour elle, de la reine 
Caroline, une pensiom anottelle de •?«> 
gainées ; mai^ la mort de cette piin- 
cesse ^int encore lui enlever tcXtc 
modique ressource. Alors elle chercha 
une place de gouvernante. H serrAle- 
rait que l'espèce de décousu savant 
qu'elle portât dansCeuseniHe comme 
dans les détails de sa vie , dût la ren- 
dre peu propre à des fonctiorns de 
ce genre. Cependant elle entra , en 
cette qualité, en I73i), che?. la du- 
chesse douairière de Portland , oùtHt 
demenra jusqu'à sa mort, arrivée le 
5o mai 1756. X — s. 

ELSY^GE (HETîtiO, naquit en 
1 598 , à Battersea , d.ins le comté de 
Surrey. Après avoir étudié à Oxford, 
il voyagea durarrt pins de sept années. 
Sou esprit et ses connaissances le fi- 
rent rechercher par tout ce qu'il y 
avait alors de plus distingué en Au- 
gleterre. L'archevêque Laod, entre au- 
tres , le prit en grande faveur, et leôt 
nommer secrétaire de la chambre des 
commuBes. 11 s'y fit remarquer autant 



loi EI^T 

ypar son aptitude à remplir ces difficiles 
lonctions, que par une morlét'aîion et 
une droiluro qui , aii uiiiieu des fac- 
tions qui agitaient le long parlement, 
lui conservèrent l'estime f;ciicrale. C'est 
ce qui a fait dire que son tabouret 
était plus respecte que le fauteuil de 
l'orateur Lcnlhan. Lorsqu'il vit une 
partie des membres de ce parlement 
emprisonnes ou expulses , et le resle 
se disposant à faire le [)rocès au roi , 
il Se retira sous prétexte de santé; mais 
Lientôt, réduit à une vie trop séden- 
taire, malheureux dans sa fortune par 
la peite de sa place, et, par-dessus 
tout, accablé des maux de son pays et 
de la mort du roi sou maître , il mou- 
rut eu i()54 , â^c de cii)qu,inte-six 
ans. On a de lui : ï ancienne lllanière 
de tenir les parlements en Angle- 
terre , Lond., i{i53. Cet ouvrage a eu 
plusieurs éditions; la dernière est de 
j 7G8. Wood le croit tire eu partie 
d'un manuscrit du père de l'auteiu-, 
inlitu'é : Modus tenendi parliamen- 
tum apiid Anglos. Elsynge a laissé 
d'autres e'ci ils, mais qui n'ont pis été 
publiés. X — s. 

El. TESTE ( Fkedebic-Godefroi), 
ministre luthérien à Zorbig, pri-s de 
Dclitzsch , dans l'éleclorat de Saxe, né 
a Calbc sur la Suie, le "iG janvier 

1684, mort le 1' . janvier i^Ji , a 
pubiié en allemand : 1. Topographia 
Sorùigensis , Delilzsch, i 7 i 1 , i»-4 » J 
relouché et très augjnenlé, Leipzig, 

1 727 , in-8". Ou y trouve des recher- 
ches curieuses sur les VVeudes ou 
Sdavons de la Lusace. II. Notice dé' 
taillée de la ville de Zorbig , pre- 
mière continuation , lesiiilz, lySu, 
in-8". , fig. ; 1 1 1. Idem, deuxième con- 
tinuation , ibid. 1755, iu-S"., fig.; 
IV. Iluhnerus enuclealus et illu stra- 
tus, Leipzig, 1755, in-8'. C'est nu 
Cours d'histoire universelle eu »o4 
Jccous , par queslioiis , suivaul lu luii- 



ELV 

ihoded'HubnerjSchumanncn.Ti donne 
une nouvelle édition avec une conti- 
nuation , ibid. , 1 7 56 , in-8°. V. Quel- 
ques Sermons et Discours oratoires. 
— iSon pèie, Godefroi Elteste, fils 
d'un cordonnier de Zorbig , ou il na- 
quit en i655, y fut fait aicliidiacre 
en 1 699, et mourut en 1 706. On a de 
lui, sous le titre de Presiyterologia , 
une description du monastère de la 
Grâce Dieu , près de Galbe. 

C. M. P. 
ELVER (Jérôme), jurisconsulte 
allemand, né vers le milieu du 16". 
siècle. Son mérite le fit appeler à la 
cour de l'empereur MalLias , qui le 
nuuima conseiller aulique, dignité qui 
lui fut conservée en 1619 par soa 
successeur Ferdinand 11. Ilavaitbeau- 
coup voyagé, et le fruit de ses ob- 
sciyatious, contenu dans une suite de 
lettres, fut mis au joiu- par J. Fridc- 
rlch , sous ce titre : Sjlloge episto- 
lica in peregrinatiune ilalo-gallo- 
helgio-gtrmanicd et polonicd nata^ 
Leipzig, iGi I , in-8'., avec une pré-» 
iace de l'éditeur. Il paraît qu'Elver 
se dérobait le plus souvent q l'il pou- 
vait au fracas de la cour pour vivre 
dans la solitude à la campagne. Dans 
les moments de loisir qu'il y goûta , 
il composa uu ouvrage latin , dans 
lc([uel il chercha à fane valoir tous 
les avantages de la vie rustique; il 
fut publié à Francfort -sur - le - IVIeiii 
])ar les soins de Gurlner , qui rorna 
d une prélacc; il parut sous ce titre; 
Deambulationcs vernœ quibus ru- 
ralis philosophia ad iingiiem dis- 
cuiiUir , etc., i(b.o, iu • folio de 
4"iO pages; il est divisé en deux, par- 
ties , contenant ensemble 187 arti- 
cles ou chapitres, dans lesquels l'au- 
teur passe eu revue sans beaucoup 
d'ordie tous les plaisirs que peut 
procurer la contenq)laliou des trois 
règnes de la ualurc; d cherche eu-» 



ELV 

isuife à démonlrer l'utililë qu'on peut 
retirer en suivant les travaux tic 
l'agricullure; mais , philosophe chré- 
tien, son dernier but est de renioulcr 
par le spectacle de la natiuc à Ij con- 
naissance du Créateur. On doit donc 
rejjarder E'ver plutôt comme un mo- 
raliste qui cherche à appuyer les pré- 
ceptes qu'il donne par des exemples, 
que comme un physicien qui tend 
par l'observation de la nature à re- 
connaître ses lois; aussi ne met il pas 
beaucoup de discernement dans les 
traits qu'il cite : les puisant dans une 
vaste érudition, il choisit toujours les 
plus singuliers ; en sorte que le plus 
grand nombre est maintenant rcic- 
gué parmi les fables. C'est de là vrai- 
semblablement qu'est venue l'obscu- 
rité dans laquelle est plongé son li- 
vre, quoique estimable à beaucoup 
d'égards; obscurité qu'a partagée l'au- 
teur , sur la vie duquel on n'a con- 
servé aucune particularité. On doit 
cependant le considérer comme un 
digne prccurstur des Dciham, des 
Pluche et des Bernardin de Saiut- 
Pieire. D— P— s. 

ELVIUS ( Pierre ) , professeur 
d'astronomie à l'université d'Upsal , 
dans le dernier siècle. Outre l'astro- 
nomie, il cultivait la minéralogie, la 
physique et l'éconouiie politique. On 
a de lui : l.Delineatio magnœ fodirue 
cupromontanœ ( Fahlun ) , Upsal , 
170- , iu-8'\; II. Schediasma de 
re metallicà Sueogothorum , L psal , 
1705, iu-8".; III. Dispul. de navi- 
galione in Indiain per sepleiUrio- 
nem tentald , ibi.l. , 1704. iu-y". , 
IV. Idea scipionis Rutiici , ibid. , 
1 705 , iu-8 '. ; V . Disp. de Suionum 
in Americd colonid, ibid., 1709, 
JU-8 . , etc. C— AU. 

ELV ILS ( Pierre ) , fils du précé- 
dent, naquit a Upsal eu 1 7 1 o. Il étu- 
dia SQU5 les meilleurs maîtres les ma- 



ELY îo5 

thématiques , dont il fît l'application 
à plusieurs objets d'utilité publique. 
Ayant entrepris, eu 1 745, un voyage 
en Suède aux frais du bureau des ma- 
nufactures, il examina plusieurs dis- 
tricts sous le rapport des travaux hy- 
drauliques qu'on se proposait d'y fai- 
re , et dix'ssa des caries pour faciliter 
l'exécution de ces travaux. Un second 
voyage qu'il entreprit avec le baron 
de Hàrleman lui fit connaître cette par- 
tie de la Suéde que baignent 1rs lacs 
\NVlter et Wcnuer et la rivière de 
Gothie. Il examina les chutes de cette 
rivière, et fit des observations impor- 
tantes sur les canaux de navigation 
intérieure que l'art pouvait construire 
pour faire communiquer la Baltique 
à l'Océan. Il détermina aussi les hau- 
teurs du pôle le long des côtts et a 
Gothcnbour". Arrivé à Pile de Hucu, 
il chercha à découvrir les restes des 
édifices élevés autrefois par Tycho 
Bi-ahé , et il répéta les observa- 
tions de ce fameux astronome parmi 
les ruines d'Uranibonrg. La relation 
de te voyage parut après sa mort , 
en 1751 , et fut traduite en allemand. 
En 1 747 •> E'viusavait été nommé se- 
crétaire de l'académie des .sciences de 
Stockholm. Il remplit celte place de la 
manière la plus distinguée, et oe fut 
lui qui proposa à cette société savante 
de faire élever un observatoire. El viuï 
mourut le 27 septembre 1749» ^^^ 
tint âgé que de trente-huit ans. L'aca- 
démie frappa uae médaille à son hon- 
neur, et su chargea de l'impression 
de sou ouvrage sur les Effets des 
forces de Veau. 1 1 eut pour successeur, 
dans la place de secrétaire , Pierre 
Wargentin , qui habita l'observatoii-o 
donlElvius avait proposé la couslruc- 
lion, et le rendit fameux par des ob- 
servations importantes. C — au. 

ELYE ( Elias ), natif de Lauffen , 
doit être compté entre les premiers 



io6 ELY 

restaurateurs des lettres en Suisse; 
s étant charge, nonobstant la qualité de 
chanoine et un âge de soixante-dix 
ans, d'établir une imprimerie en 1470, 
la première en Suisse. L'on a de lui 
un Dictionnaire de la Bible , intitule : 
Mamotrectus , de cette année, et le 
Spéculum vitœ humanœ en i473- 
Il était chanoine de Munster en Ér- 
govic, canton de Lucerne, Le fameux 
Ulrick Gering , premier imprimeur 
de Paris, a été, selon toutes les appa- 
rences , son élève. U— -i. 

ELYMAS ou BAR-JESU, juif qui se 
zaéiait de magie et faux prophète. On 
croit qu'il demeurait dans l'île de 
Crète. [1 était avec le proconsul Ser- 
gius-PauIus , lorsque S. Paul vint à 
Papl^is. Le proconsul, homme sage et 
prudent, disent les Actes, désirait d'en- 
tendre la parole de Dieu , et envoya 
chercher Barnabe et Saul; mais Ely- 
nias s'efforçait de l'en détourner. Alors 
Saul étant rempli du S. Esprit et re- 
gardant fixement cet homme , lui dit : 
« homme plein d'astuce et de trom- 
» perie, enfant du diable, cnnomi de 
» toute justice! ne cessoras-tu pas de 
» détruire les voies droites du Soi- 
« gneur? Mais mainlenant voici que 
» la main du Seigneur est sur toi : tu 
» vas devenir aveugle, et lu no verras 
» point le soleil jusqu'à un certain 
» temps. » Aussitôt ses yeux furent 
obscurcis, cl, environné de ténèbres, 
il cherchait quelqu'un qui lui donnât 
la main. Le proconsul ayant vu ce mi- 
jaclc, embrassa la foi, et il admirait 
Il puissance du Seigucur(i). Les Pères 
prétendent que c'est à celle occasion 
que Saul changea son nom en celui de 
Paul , en mémoire de la conquête 
qu'il venait de faire à la foi , dans la 
personne de vSeigo Paul. S. C-hry- 
soslômc et Origène croient qu'Elymaj 

(1) Acirs li. 



ELY 

se convertit aussi, et que S. PanI lui 
rendit la vue. Elymas est un nom 
arabe qui signifie magicien ; Bar-Jcsu 
était le nom du juif. L — T. 

ELYOT ( sir Thomas ) , savant 
auteur anglais , issu d'une bonne fa- 
mille du comté de Siiffolk, étudiait k 
Oxford vers l'année i5i4. Au retour 
de ses voyages sur le continent , il fiit 
introduit à la cour de Henri VIII, 
qui le créa chevalier et le nomma à 
diverses ambassades , entre autres à 
celle de Home dans l'affaire du divorce 
en i5?>a. Wood et Lcland parlent 
avec les plus grands éloges de son 
savoir , de ses talents littéraires et de 
son caractère moral. Il possédait de» 
biens assez considérables dans les 
comtés de Cambridge et de Hamp ; il 
résida long-temps à Cambridge où il 
exerça les fonctions de shériflT, et 
mourut en i546. On a de lui : L Le 
Château de santé , 1 54 1 , réimprimé 
plusieurs fois ; espèce de traité d'hy- 
giène. 11. Le Gouverneur , en 5 li- 
vres, i544 ; 'lï- '^<- l'Education des 
enfants ;\S .le Banquet de Sapience ; 
V. Préservatif contre la crainte de 
la mort ; VI. De rébus mirahilibus 
Ângliœ ; VIL l'Apologie des bonnes 
femmes ; VIII. Bibliotheca Eliolœ , 
Bibliothèque owDictionnairc d'Eliot, 
1 54 I . C'est , à ce qu'on croit , le pre- 
mier dit'tiounaire latin- anglais qui ait 
paru en Angleterre ; il a été aug- 
menté et perfectionné depuis ( f^. Th. 
Coopii R ). IX. L'Image du gouverne- 
ment , tirée des actions et paroles 
notables de l'empereur Alexandre- 
Sévère , 1549. Cet ouvrage, qu'il 
prétendit avoir traduit sur u» manus- 
cril grec d'Iùico'pius , qiie lui avait 
prêté un gentilhomme napnlilain , 
n'est qu'une compilation de faits qu'il 
a tirés de Lampridius et d'Hérodien , 
et auxquels il en a ajouté quelfjues- 
uns de son invention. X. Sermom 



ELY 

sur la mortalité de V homme , trad. 
dn latin de St. Cvprien , i554- XI. 
Bès,le de la vie chrétienne , trad. de 
Pic de la Mirandolr, i554. Df- ions 
ces ouvrages, le Dictionnaire d'Elrol 
est le sful qui soit connu a.ijonrd'biii. 
Les biographes , même anglais , ont 
fait deux articles différents pour cet 
auTeur , en écrivant son nom , tantôt 
Eliot et tantôt Elyot. X — s. 

ELYS ( Edmond ) , eccle'siastique 
et écrivain angl;4is du i"/. siècle, 
étudia à Oxford, et se Gt une assez 
mauvaise réputation par quelques fo- 
lies de jeunesse ; mais étant entré dans 
les ordres , et avant en i65c) succédé 
à son père dans la cure d'East Alling- 
ton dans le comté de Devon , il rép.ira 
ses premiers torts par une meilleure 
conduite. Ou a de lui un grand nom- 
bre d'ouvrages qui prouvent beau- 
coup de talent et d'érudition. >ous ue 
citerons que les suivants. 1. Des Poé- 
sies sacrées , en i petits vol. . publiés 
successivement en it)55 et en i653. 
JI. Mi>cellanea , en vers latins et 
anglais , suivis de quelques essais en 
prose latine, i658, réimprimé en 
1662. 111. Un pamphlet contre les 
sermons du docteur Tillotson sur l'in- 
carnation. IV. Un volume de Lettres 
estimées. On ne connaît point la date 
de sa mort. On sait stiilement qu'il 
■vivait encore en iCigS , dans une re- 
traite studieuse , ayant refusé alors de 
prêter lf serment. X — s. 

E L Z E M AG H. Foy. Samh be> 
Malik. 

ELZEVIR csl le nom so:is lequel 
sont connus des imprimeurs célèbres 
dont le véritable nom est Elzevicr ; 
en latin, Elseverius. Cette f.imille était 
originaire de Liège ou de Louvain , 
peut-être même d'Espngne. Louis , le 
premier de son nom qui soit connu, 
paraît n'avoir été que libraire. Cest 
chez lui que se venàait XEiUropius , 



ELZ 107 

Lrydc , 1 Sgi , in-8°. Son nom se 
trouve sur des livres de 161 •;; siir 
quelques-uns il est annoncé comme 
associé de Maire (Jean), et sur quel- 
ques autres son nom est uni à celui 
d'isaac Klzevir , son petit-fils. Celte 
année 16 1"- fut la date de la mort ou 
tout au moins de la retraite de f.ouis , 
dont la devise était , dit M. Adry ; 
Concordid res parvœ crescimt , et 
qui laissa quatre fils: Matthieu ou Mat- 
thys. Gilles, Arnoust et Joort oif 
Just; ces deux derniers ne suivirent 
pas la profession de leur père. — 
Matthieu , né en 1 5tt5 , était li- 
braire à Leyde en 161 8, et asso* 
cié de Bonaventure, son fils. On ue 
connaît que deux ouvrages portant 
leurs noms; savoir : la Castraméta^ 
tion de Stevin , et la nouvelle For- 
tification par écluses , du même au- 
teur. Matthieu mourut !e 6 décembre 
i64o, laissant six ou sept enfants; 
dont cinq fils : Isaac , Arnont H, 
Abraham , Bonaventure it Jacob. — 
Gilles , second fi's de Louis , fut li- 
braire à La Hâve dès 1 5gg. — Tsaac, 
fils aîné de Matthieu , fut le premier 
imprimeur de cette famille; il imprim,« 
de 1617a 1 628, qui paraît être l'anncc 
de sa mort. — BoyAVX>TCRE, frèrr 
d'Isaac, fut, comme on l'a vu, associé 
dans la librairie de son père en 1618; 
il s'associa en 1626 avec sou fière 
Abraham , et cette association dura 
jusqu'en i652. Ce furent eux qui pu- 
blièrent la collection connue sous le 
nom de Petites Républiques , collec- 
tion sur laquelle , ainsi que sur les 
ouvrages qu'on v joint , on trouve des 
détails dans les Mémoires de littéra- 
ture de Sallengre , tom. 11,2'. partie , 
pages 1 49 à I p 1 . C'est à eux que l'on 
doit les chefs-d'œuvre de typographie 
qui out immortalisé Irur nom; ils 
ont donné à eux seuls plus d'ouvrages 
que tous Us autres Elzcvir, et piu- 



1 (>8 E L Z 

sieurs de leurs éditions ont le plus 
grand ineVite. I^a beauté des caractères 
qu'ils cmploycreut est reeonnue; et 
l'on a exagère, quand on a accuse leurs 
e'ditions d'être en ge'nenl iiicorn ctcs : 
il faut convenir cependant qu'on fait 
justement ce reproihe au Virgile de 
j6?>6 , petit in-i'i. Un reproche d'un 
autre (.^enre, et qui porte sur leur ca- 
ractère, païaît Lien fonde : c'est la 
grande avidité qu'ils avaieut pour le 
gain , et dont se sont plaints plusieurs 
hommes de lettres qui eurent affaire à 
eux. Abraham Elzcvir mourut le i4 
août i65.i, et Bonavenlurc ne peut 
lui avoir survécu que deux ans; le ca- 
talogue de leur vente , qui parut eu 
3 655 , in-4°. de I 1 5 pages à deux co- 
lonnes, est intitule' : Catalogus va- 
rianim et insignium in qudvis fa- 
cultate , viaterid, et Ungud lihro- 
runi Bonaveniurœ et Abrahami El- 
sei'ir, quorum auctio habebiUir Lug- 
duni Batavorum in qfficind defunc- 
îoruin ad dicin 1 6 apiilis stilo novo 
et sequenlibus i555. Ils avaieut don- 
ne prc'ccdemmcut Catalogus libro- 
rum qui in bibliopolio Elseviriano 
vénales extant , Leyde, iGj4, in- 
4". de 8o pages à deux colonnes. Il 
paraît que leurs enfants publièrent 
fucore quelques ouvrages en iG53, 
sous le noiu de leurs pères. — Ja- 
cob, cinquième fds de Maltliieu, était 
imprimeur à La Haye : on ne con- 
naît de lui d'autre livre que la Table 
lies Sinus , d'Albert Girard , i (ri6. — 
Jean Klzkvir, fils d'Abraham, na- 
quit le ■2'j lévrier \(ji'2, fut associe, 
cil iGJi, it)55et iG:")4»^vcc Daniel, 
.*on cousin. C'est de leurs presses que 
.sortit le livre de Imitatione Christi , 
in-i2, sans date, mais qui ne peut 
être que d'une des trois années que 
dura la société des deux cousins. Jean 
imprima seul de iG55 à iGGr , et 
Uiourui le S ji:iu de celle dcraiuc au- 



ELZ 

née, laissant deux fils; savoir : Da- 
niel, qui mourul le iQ février i688, 
avec le titre de vice-amiral, et Abra- 
ham , éclievin de Leyde, qui paraît 
aussi avoir renoncé a l'imprimerie , 
mais qui ])rob.ib ement était libraire 
en 170'i. Eve van Alphen, veuve de 
Jean Ez.evir, continua pendant quel- 
que temps le commerce en son nom et 
en celui de ses enfants , sous la raisoo 
de la veuve et les héritiers de Jean 
Elzevir. On a un catalogue de J. VX- 
zevir , sous ce titre : Catalogus va- 
riorum et rariorum in omni facul- 
tate et lingud librorum tant compac- 
torum , quàm non compaclorum of- 
ficinœ Johannis Elsevirii, acad.tj- 
pographi quorum auctio babebitur 
ad diem 1 o februarii i GSg , stjlo 
novo , Leyde, i65ç), in-4". de 107 
pages à longues lignes. — Pierre 1"., 
né en mars iG43, était fils d'Ar- 
nout II , qui était second fils de Mat- 
thieu. 11 fut imprimeur à Utrecht 
en 1669; il épiouva des pertes con- 
sidérables par suite de la conquête 
de la Hollande, faite par Louis XIV. 
11 existait encore en 1G80, mais 
on ignore l'année de sa mort. — 
Louis II, fils d'isaac , fut d'abord ca- 
pitaine de vaisseau , puis s'établit li- 
braire à Amsterdam eu iG58. Daniel, 
en quittant la société de Jean, vint en 
]G55 se joindre à Louis II , qui mou- 
rut le *ii juillet iGGi. — Daniel, 
déjà jncntionné , était fils de JJoua- 
venture, et naquit le viG novembre 
1G17; il eut pour parrain Daniel Hein- 
sius, et pour marraine, la femme de 
Meursius. I! fut, comme nous l'avoiK* 
dit , associé pendant trois ou quatre 
ans avec son cousin Jean à Leyde, et 
alla cnsuilc contracter société avec 
Louis II à Amsterdam. A la mort de 
son second associé ( iGG'i\ il conti- 
nua seul le commerce jusqu'à sa mort, 
airivcc le 1 5 scplcujbrc iGiio.Il lais:su 



ELZ 

! des enCints; mais il ne paraît pns qn'ils 
I aient été imprimeurs, et Daniel passe 
1 ponr le dernier de sa fiinille q'ii ait 
i exercé cet art. Sa veuve continua mi^ 
commerce , ou du moins publia lfe< 
Corpus juris civilis , 1681, i. vol. 
iu-8'. ; enfin, le Tibère d'Ainclot 
de la Houssaye, 1682, in-4°. , porte 
le nom des héritiers de Daniel. Ou 
a plusieurs cttalogues de Daniel : I. 
Catahgus librorum qui in bibliopo- 
lio D. Elsevirii vénales extant , 
16741 in-i'i, divisé en sept pirties, 
savoir: Libri theolos^ici; libri juri- 
dici ; livres <rançais en théo'ogie , en 
droit, en médecine, en hum mités ; li- 
vres itaiieus, espa|;nols et an<:;lais; li- 
vres allemands; libri medici ; libri 
miscellanei ; chaque partie a sa pagi- 
nation particulière, dont le total est 
de "po pages; et les livres sont, 
dans chaque partie ou sous- division, 
rangés par ordre alphabétique des 
auteurs ou des titres de livres. 1 1 . Ca- 
talogus librorum officinœ Danielis 
Elsevirii, désignons libres qui e jus 
typis aut impensis prodierunt , aui 
quorum aliàs magna ipsi copia sup- 
petit, 16-4 , in- 1.2 de 56 pages. Les 
livres y sont rangés par ordre alpha- 
bétique. III. Catalogus librorum qui 
in bibliopolio D. Elsevirii vénales 
extant et quorum auctio habebitur 
in œdibus defuncli , 1 68 1, in- 1-2 de 
491 pages. Catalogue rangé par ordre 
alphabétique des auteurs ou des titres 
de livres, mais chaque lettre est sub- 
divisée en libri theologi, juridici, 
medici, miscellanei ; livres en droit, 
en médecine, en humanités. Les livres 
italiens, espagnols, anglais, forment 
uu cahier à part de vingt-dcu\ p iges , 
dans lequel l'ordre alphabétique re- 
commence à chaque langue. Il existe 
aussi un Calalogus librorum offici- 
nœ Ludovici et Danielis Elsevirio- 
rum, desi^uans etc., 1O61 , petit 



EMA 109 

in-8''. de dis feuillets, rangé par or- 
dre alphabétique, et qui avait été 
précédé par un que les deux associée 
avaient publié en i656. — Pierre 
H imprima en 1692, à Utrecht, les 
Mélanges de Colomiés , in-ii. On 
croit qu'il était Gis du Pierre déjà 
mentionné plus haut. On a lieu de 
croire qu'lsaac Dmiel, indiqué sur 
le frontispice des dernie'^ Discours 
de M. Morus , Amsterdam. 1680, 
in-8'., n'a pis existé. Il en est de mê- 
me de G ibriel \ de Louis , dont on lit 
les noms sur l'édition des Mémoires 
de la Roche fouc ault , Amsterdira, 
166"), in- 13. M. Adrv n'hésite pas à 
les qualifier de fiux Elzevirs. Ce sa- 
vant a fut le Catalogue raisonné 
Je" toutes les Editions qJont don- 
nées les Elzevirs; cet ouvrage, qui 
doit fermer trois volumes in-^". , est 
encore mmuscrit : l'auteur a seule- 
ment publié dans le Magasin ency- 
clopédique, août et septembre 1806, 
une Notice sur les Imprimeurs de 
la famille des Elzei'irs. Celte Notice , 
dont ou a tiré des exemplaires à part, 
et qui fait partie de l'Introduction du 
Catalogue raisonné, a été notre guide. 
Dans le Manuel du Libraire, par 
J.-C. Brunet, '2% édition, 181 4, on 
trouve ( tom. IV , à la fin 1 une Notice 
de la collection d'auteurs latins , 
français et italiens , petit in-i î , par 
les Elzevirs. A.B — t. 

EMAD-EDDIN ZENGUL rov. 
Sajtguix. 

I:MAD-EDDï>'. F. ÏMAD Eddiw. 

LMADI, célèbre poète persan , sur- 
nommé 5cA<?A(?Wari, parce qu'il vînt 
s'établir dans la ville de Schéhériar, 
viv.iit sous l'empire de Malek II , sul- 
thàu de la race des Scldjoucides, et a 
publié un Divan , ou recueil de quatre 
mille vers , qui lui mérita le surnom de 
Prince des Poètes. Après avoir réside 
qisel^ue temps à la cour du sulthàn dt 



110 E M A 

Mazatidcran , à qui il écrivait : « Les 
» mauvais génies se sont ligués contre 
» vous, mais l'empire de Salomon ne 
» peut manquer, c'est-à-dire la mo-' 
» narchie universelle , pourvu que 
» vous ayez soin de ne pas perdre sou 
» anneau , qui est le véritable symbole 
» de la sagesse, » Emadi revint dans 
sa patrie, où Hakim Senaï, son ami, 
lui apprit si bien les principes de la 
vie dévote, qu'il abandonna entière- 
ment le monde pour s'y livrer. Il mou- 
l'an 673 de l'iiégire. Z.. 

EMANUEL, roi de Portugal, sur- 
nommé le Grand, né h Alconcliète, le 
5 1 mai , 1 469 , était fils de Ferdinand 
duc de Viseo, d'une branche cadette 
de la maison régnante. Jacques, frère 
d'Eraanuel, ayant échoué dans le pro- 
jet de détrôner Jean II ( F. Jean JI.), 
ce prince crut devoir à sa sûreté, d'é- 
loigner de sa cour tous ceux qui pou- 
vaient avoir eu connaissance du com- 
plot tramé contre lui. Cependant 
EmanucI fut désigné, en 1490, pour 
aller recevoir, sur la frontière du 
royaume, Isabelle de Casiillc, fiancée 
à l'infant Alphonse ; mais dans les fêtes 
auxquelles ce mariage donna lieu, le 
roi le traita avec une politesse froide , 
qui fut remarquée de tous les courti- 
sans. I/iniant mourut l'année suivante 
d'une chute de cheval , et par la mort 
tic ce prince, Etnanuel devint l'héri- 
tier présomptif de la couronne. Jean 
résolut de l'en priver pour la faire 
passer sur la tèle de George, son (ils 
naturel. Eu conséquence, il feignit 
de reconnaître les droits que l'empe- 
reur Maximilien jirétcndait avoir sur 
le Portugal , ])ensant que les grands 
du royaume prétcrcraient son (ils à uu 
prince élrangcr.Cc moyen ne lui ayant 
pas rc'us>i, et prévoyant qu'EmanucI, 
aimé de la nation , triompherait de 
tous les obstacles qu'on lui opposerait , 
a se décida à le déclarer son succcs- 



EMA 

seur, par un testament authentique. 
Dès qu'il avait appris la maladie d« 
roi , Emanuel s'était r^ndu à Lisbon- 
'•fïe, pour s'assurer de la disposition 
des esprits à son égard. A la nouvelle 
de la mort de Jean , il se hâta de con- 
voquer les états-généraux , et leur fit 
adopter divers règlements de finances. 
Il montra l'inlention de faire cesser les 
vexations que les juifs avaient éprou- 
vées sous le régne de son prédéces- 
seur, et ordonna qu'à l'avenir ils ne 
contribueraient pour les besoins de 
l'état que dans la même proportion qu« 
les autres habitants. Cette sage déci- 
sion fut sans effet. Isabelle , veuve 
d'Alphonse , qu' Emanuel avait de- 
mandée en mariage , ne consentit à 
lui donner sa main qu'à h condition 
que les Maures et les Juifs seraient 
bannis du Portugal. En vain les étits 
s'élevèrent contre une mesure qui pri- 
vait le royaume d'une foule de sujets 
soumis et industrieux , Emanuel ne 
consultant que son amour, rendit uno 
ordonnance conforme au désir de la 
princesse , les Maures obéirent et se 
retirèrent en Afrique, la vengeance 
dans le cœur; mais on défendit aux 
Juifs d'emmener avec eux leurs en- 
fants, l'intention de la princesse étant 
qu'ils fussent instruits des vérités du 
christianisme; la plupart refusèrent 
de souscrire à cette ordonnance, quel- 
ques-uns même égorgèrent leurs en- 
fints et se tuèrentfnsuitc pour échap- 
per à la violence qu'on leur taisait; 
alors Emanuel publia un édit qui obli- 
geait les Juifs à se faire baptiser ; et cet 
acte . si opposé an véritable esprit de 
la religion, loin de rendre la paix à 
son royaunu' , comme il l'avait espéré , 
fut au contiaire une des principales 
causes des troubles et des divisions 
qui ont agile le Portugal pendml trois 
siècles ( f^ojr. PoMBAL. ,'. Isabelle mou- 
rut au bout de dix- huit mois de ma- 



EMA 

nage , en mettant au monde un fils 
nomme Michel , qui ne vécut que deux 
annéts. Peu de temps après, Emanuel 
épousa Marie de Gistille , sœur d'Isa- 
belle , princesse d'un caractère doux, 
d'une piété éc'airée , et qui se bor- 
nant à remplir ses devoirs , ne prit 
aucune part ni aux intrigues de la cour, 
ni aux affaires de l'élat. Ln découvirte 
de l'Amérique avait signalé le règne de 
Ji'an H , et une bulle, du pape Alexan- 
dre VI avait réglé le partage du Nou- 
veau-Monde, entre les Espagnols et les 
Portugais. Emanuel avait trouvé la 
marine dans un état florissant ( V^oy. 
Dems et Henri de Portugal ). L'es- 
poir de la fortune s'était emparé de 
tous les esprits; il profita de cille dis- 
position pour faire entreprendre de 
nouveaux voyages , et presque Ions 
furent couronnés par le succès. Sous 
le règne de ce prince , Vasco de Gama 
doubla pour la première fois (i497) 
le cap de Bonne-Espérance , reconnut 
la côte orientale de l'Ethiopie , et 
aborda à Calicut , sur la côte de Mala- 
bar; Alvarès de Cabrai arriva au Bré- 
sil, déjà visité par Amcric Vespucc, 
fit alliance avec les souverains du 
pays (i5oo), y construisit des forts, 
et assura au Portugal la possession de 
cette riche coutrce ; François d'Al- 
meyda, envoyé dans les Indes avec le 
titre de vice-roi ( 1 5o6), y soutint avec 
gloire l'honneur desarmes portugaises, 
et son fils y forma des établissements 
dans les Maldives et à Ceylan; Alphonse 
d'Albuquerque s'empara (iSo-j ) d« 
l'île d'Ormus; Jacques Sigueira( 1 5 1 o), 
de celle de Sumatra ; Alhuquerque 
surprit l'île de Goa ( 1 5 1 1 ) , et obligea 
les habitants de la presqu'île de Ma- 
laca à se ranger sous la domination 
portugaise ; Antoine Corréa ( i Scio ) , 
parcourut en vainqueur le royaume 
de Pégou. C'est à cet accroissement ra- 
pide de la puissance du Portugal 



EMA III 

qn'Emanuel dût le sumora de Grand, 
moins mérité peut-être que celui de 
Très Heureux, que lui donnent Goës 
et d'autres historiens. La seule guerre 
qu'il eût à soutenir fut contre les Mau- 
res d'Afrique; dans une circonstance 
difficile il voiîlut se mettre à la tête de 
l'armée ; mais son conseil l'en empê- 
cha, de sorte qu'il manqua l'occa- 
sion de faire connaître s'il avait les 
qualités propres à un général. La 
reine Marie étant morte en iSi-j, 
Emanuel épousa deux ans après Eléo- 
nore d'Autriche, sœur de Charles- 
Quint, et qu'il avait d'abord de- 
mandée pour son fils. 11 était alors 
âgé de plus de cinquante ans, et on 
dit qu'il fit ce mariage pour imposer 
silence aux courtisans qui s'égayaient 
sur sa vieillesse prématurée. On croit 
que les excès auxquels il se livra pour 
faire oublier son âge , hâtèrent sa 
mort , arrivée le 1 5 décembre 1 5a i . 
Emanuel aimait les lettres , et on as- 
sure qu'il avait composé une Histoire 
des Indes, dont ou a conservé des 
fragments. Sou zèle pour la religioa 
ét.iit ardent; non seulement il contri- 
bua à la répandre dans les Indes et 
dans l'Afrique; mais il chercha à em- 
pêcher les progrès de l'hérésie en Al- 
lemagne, et il écrivit une lettre très 
vive à l'électeur de Saxe pour l'exhor- 
ter à abandonner Luther. Ce prince 
était laborieux , sobre , d'un accès fa- 
cile ; on respecte encore les ordon- 
nances qu'il a laissées sur différentes 
parties de l'administration ; en un mot 
l'histoire ne lui reproche que sa vio- 
lence contre les Juifs , dont les suites 
furent la dépopulation de son rovaume; 
et sa parcimonie qui lui fit perdre Ves- 
puce et d'autres ofbciers qui portèrent 
leurs services en Espagne. Jean 111, 
.son fils, lui succéda. La vie d'Emanuel 
a été écrite eu portugais, par Dam. 
de Goëi , Lisbonne 1 566 et i S6^ , 



lia EMA 

2 A'ol. in-fol. , retouchée par J. B. La- 
vanha , Lisbonne itiu) , in -fui.; 
celte édition est tronquée , et l'on pré- 
fère la première; mais on fait encore 
plus de cis de l'ouvrage d'Osorio , 
intitulé De rébus Emmanuelis Liisi- 
taniœ res^is^ Lisbonne, iSyi , in-fol. 
Simon Goulart l'a tiaduit en françois', 
Genève, i 58i , in-fol., et Paris, 1 087, 
in-8 '. On a inséré dans le tome II de 
Yffispania illuslrata , une Lettre de 
ce prince , adressée à Léon X , dans 
laquelle il lui rend compte des vic- 
toires remportées par ses armes , sur 
les Maures d'Afrique. W— s. 

EMA^TEL PHILIBERT. Voyez 
Savoie. 

EMAI^UEL, fils do Salomon , le 
pins élég;ant et le meilleur des poètes 
qu'ait produits la nation hébraïque 
depuis sa ruine et sa dispersion , était 
Eomain de naissance, ainsi qu'il nous 
l'apprend dans plusieurs de ses ou- 
vrages , et vivait à Rome vers la fin 
du lO". siècle. Il nous apprend aussi 
dans une de ses piéfices , qu'il habita 
long-temps Ferino . ville de la marche 
d'Ancone, et y composa la plus grande 
partie de ses poésies. Em.muel était 
encore habile grammairien, bon criti- 
que et excellent interprète, ainsi que 
le prouvent ses divers ouvr.tges ; on 
voici la nomenclature : I. Mechab- 
beroth ( compositions poétiques ), 
J3rrscia , \f\{)\ , et Consîanlniople , 
1505, in-/|". Ces dcu^ éditions sont 
très rares. Les bibliographes plaçaient 
la première eu \f\\)2 ; mais M. de' 
Eossi a prouvé dans ses Annales ty- 
pographiques ^ qu'il falliit en reculer 
la date d'une année, (le volume offre 
un recueil , riche de viiigr-huit pièces 
écrites partie en prose rimée, partie en 
vers très élégants, et de différents 
inèlrcs; elles traitent de divers sujets, 
ft parliculicrcment de l'amour, des pas- 
sions humaines , des délices de cç 



EMA 

raoncic qui attirent et dominent !c5 
hommes ; la dernière pièce , où le 
poète décrit l'enfer et le paradis , a été 
réimprimée séparément à Prague, en 
iSSq, et à Francfort sur le Mein, eu 
1 7 1 5. On ne sera peut-être point fâché 
de lire ici le jugement que porte de ce 
recueil le savant abbé Andrès : « Mais 
» parmi toutes ces poésies hébraïques, 
» le recueil où Machbéroth , du R. 
» Emanuel , est particulièrement digne 
» d'attention : ce poète qui vécut dans 
» dans le 12'. siècle, a obtenu un 
» concours unanime de louanges pour 
» la vivacitédcson imagination, l'Iieu- 
» reux choix de ses idées et la clarté 
» de ses vers : ses poésies se compo- 
» sent d'odes, de chansons, de ma- 
» drigaux ; elles se distinguent sur- 
» tout par des détails sur différents 
» points de physique et de morale, 
» par des descriptioixs de l'enfer et du 
» paradis, par des éloges du vin etdes 
» femmes. Je sais que les ral)bins zélés 
» regardent ce poète comme un liber- 
» lin, un impie , un esprit fort. Ou 
» peut l'appeler l'Aboulola ou le Vol- 
» taire des Hébreux; aussi ses ouvra- 
» ges sont-ils sévèrement condamnés, 
)» eî 11 lecture en est-elle prohibée par 
» le Sanhédrin ; mais je sais aussi que 
» ces mêmes ouvrages, imprimés à 
» Brcscia et à Coustanlinople , ont été 
» très loués par les critiques hébreux ; 
» et que récemment Elias de Mnrbour;; 
» a aJliriné ouvertement qu'Éuianuel 
M réussit également dans le sacré 
» comme dans le profane , dans le 
1) genre héroïque comme dans le ber- 
» iiie.<(pu'. ( (IclC orig. e fie' pro^r. 
» (Vogni lillcr. , toiu. Il , |)arl. 1 "•. , 
» pag. 45. ) » IL Commentaire sur 
les Froi<erbcs , il a été imprimé avec 
le texte, à N.iples, sans indication de 
lieu ni de date, en 14B7 selon M. de* 
Rossi , avec divers autres agiographes ; 
m. Commcnlaires sur le pentaieu- 



EMË 

tfue ; ce commentaire , assez diffus , 
dans 1< quel est joint à l'interprétation 
littérale, nne analyse grammaticale du 
texte, existe manuscrit en cinq volu- 
mes in-fol. , dans la bibliothèque de 
M. de' Rossi ; IV. Commentaires sur 
les prophètes ^ manuscrit entièrement 
inconnu aux bibliographes hébreux et 
chrétiens 5 V. Commentaire sur les 
psaumes; M. de' Uossi possède le seul 
manuscrit que l'on en connaisse; VI. 
Commentaires sur Job , le Cantique, 
le Litre de Rutli et Esther^ ces Com- 
mentaires sont tous inédits , et la plu- 
part étaient ignorés des bibliographes 
avant que M. de'Rossi les eut fait con- 
naître; Vil. Et>en Bbchen ( Pierre de 
touche ) , traité inédit , quoiqu'entiè- 
rementde grammaire et de critique sa- 
crée, et tout à fait inconnu des biblio- 
graphes. 11 se divise en quatre parties, 
dont chacune se subdivise en plusieurs 
sections ou chapitres. La i'*. traite 
des mots ou des lettres qui manquent 
dans le texte sacré ou sont sous-enteu- 
dues ; la 2". des lettres ou mots redon- 
dants; la 5". de ceux que l'on peut 
mettre ou supprimer « volonté; enfin 
la 4®- offre différentes remarques tou- 
chant la langue hébraïque et le teste 
de récriture. J — w. 

EMELRAET ( ), peintre, né 

à Bruxelles, vers 1612 , voyagea beau- 
coup pour étudier le paysage, et fit en 
Italie , et surtout à l\ome, un long sé- 
jour. De retour dans sa patrie, il fixa 
son séjour dans Anvers, et travailla 
principalement pour les églises ; re- 
gardé comme un des meilleurs paysa- 
gistes de la Flandre , surtout en grand, 
U peignit souvent des fonds de paysa- 
ges dans les tableaux des autres ar- 
tistes. Descamps regarde, corainc ce 
qu'il a fait de mieux , un tableau placé 
dans la chapelle de St.-Jospph, des 
Cmnes déchaussés à Anvers; il vante 
la manière largo et le bd ^ïk\, de cet 
xm. 



EME ii3 

ouvrage. L'année de la mon d'Emel- 
ract est inconnue. D — t. 

EMERl. ^o^.Emery. 
EMEKIC, ou HENUI, roi de Hon- 
grie, fils de Bêla III, lui succéda ea 
I uj6, du consentement unanime de 
la dicte , et commença son règne par 
faire exécuter à la rigueur les lois que 
son père avait portées contre les meur- 
triers et les brigands. Son frère André* 
s'étant fait un parti dans la noblesse , 
se révolta , et prit ouvertement les ar- 
mes. Le roi marcha aussitôt contre les 
rebelles , et les deux armées étant en 
présence , s'avança seul au milieu des 
ennemis, la couronne sur la tête, le 
sceptre à la main, et par une harangue 
à la fois noble et touchante , désarma 
les rebelles, qui lui livrèrent son frère 
André, leur chef, auquel il eut la gé- 
nérosité de pardonner. Tandis qu'E- 
meric était engagé dans celte guerre 
intestine, les Vénitiens lui enlevaient 
plusieurs places qu'ds avaient possé- 
dées autrefois sur la côte de Dalmatie. 
Ce prince parvint cependant à con- 
clure la paix avec Venise. H mourut 
peudeteraps après, en 1204, laissant 
b couronne à son fils Ladislas, qui 
ne rt^na que six mois, et eut pour 
successeur André II , son oncle. 

E — V. 
EMERSON ( Guillaume ), ma- 
thématicien anglais, naquit en l'^oi 
à Hurtworth, dans le comté de Dur- 
h.im. Son pjre', qui était maîlie d'é- 
cole, et le curé de son village lui 
donnèrent toute l'instruction qu'il ne 
dut pas à lui seul. Il se livra pendant 
quelque temps à l'enseigneat-nt des 
sciences mathématiques ; mais avant 
hérité d'une petite fortune , où sa "mo- 
dération lui fit trouver rindéj)endan- 
ce, il put se livrer sans obstacle à son 
goût pour l'étude. On peut juger de 
son assiduité an travail par les ou- 
vrages qu'il a laissés , et dout voici 

8 



,i4 EME 

les tilres -A. la Doctrine des fluxions , 
in-8'., 1748; II. la Projection de 
la sphère, in-8°., 1749; f^l- ^},^' 
ments de trigonométrie, iu-8'-, 
1749 ; 1^' Principes de la méca- 
rdque, iu-8"., 1754; V. un Traité 
de navigalion , in-i'-i, 1 7^5 ; VI. un 
Traité d' algèbre, vci-'6'., 17^5; VII. 
Méthode des incréments , in-80. ; 
VIII. arithmétique des infinis , mé- 
thode différentielle , éclaircie par 
des exemples , et éléments des sec- 
tions coniques, ia-8'., 1767; IX. 
Mécanique ou doctrine du mouve- 
ment, avec les lois des forces cen- 
tripète et centrifuge, in-8°., 1769; 

X. Eléments d'optique, in-8°. , 1 7 68 ; 

XI. Système d'astronomie, in-S". , 
1769; XII. Principes mathémati- 
ques de géographie, de navigation 
et de gnomoniqiie , in-8'., 1770; 
XIH. Cyclomathesis , ou Introduc- 
tion facile aux diverses branches 
des mathématiques, 1770, 10 vol. 
in-8 ■. ; XIV. Petit commentaire sur 
les Eléments de Newton , avec une 
défense de Newton contre les ob- 
jections faites sur différentes parties 

de ses ouvrages, iu-8'., '77*^;,*^^* 
ouvrasse a élc rëimpiiine dans 1 édi- 
tion donnée en i8o5 ( Londres, 5 vol. 
in-8'. ) par William Davis, de la tra- 
duction en anr;iais des Eléments et du 
S/stéme du monde de Newton ; XV. 
un volume (ie Triâtes /xn-H" , > 77*^5 
XVI . lin volume de Mélanges concer- 
nant divers sujets de m.ithématiques, 
in-8'., 1776- 0" trouve dans tous 
ces ouvrages une eonnaissance appro- 
fondie d.s suiits que traite l'auteur, 
beaucoup de clarté et de concision , 
iiKHs peu d'invention , et une sorte de 
rudesse de style coniorme n ses ma- 
nièns, qui étaient rarement celles 
<l'un hoiume bien élevé, et dont d 
se plais,,it à exagérer la grossièreté , 
paf 1^9. affcctatiou de sùigulai-ilc. bcs 



EME 

vêtements étaient d'ordinaire malpro- 
pres et ridicules ; on lui vit porter les 
mêmes habits avec la même perruque 
pendant vingt années de suite. Ses dé- 
lassements favoris étaient de travailler 
à la terre, de pêcher, enfoncé dans 
l'eau jusqu'à la ceinture, ou d'aller au 
premier cabaret à bière,boire et causer 
avec le premier venu. Le duc de 
Manchester , qui aimait sa société , 
faisait souvent avec lui de petites pro- 
menades champêtres, et l'accompa- 
gnait ensuite jusqu'à sa demeure; 
mais ce seigneur ne put jamais le dé- 
terminer à monter dans sa voiture : 
« Au diable soit votre babiole I disait 
,) alors Emerson, j'aime mieux mar- 
» cher. » Il avait un cheval qu il ne 
montait jamais , et qu'il conduisait 
par la bride quand il allait au marche 
faire sa provision. Lorsqu'd voulait 
faire imprimer un de ses ouvrages, 
il allait à Londres le porter lui-ioerae 
à l'imprimeur, et ne se reposait que 
sur lui seul pour la correction des 
épreuves. Il écrivait avec une prcci- 
pitation qui le fit tomber plus d'une fois 
dans des inexactitudes impardonna- 
bles, surtout dans des traités élémen- 
taires. Quelques-unes ayant été rele- 
vées par des critiques anonymes, il 
inséra dans la prélacc de ses Mélanges 
raverlissein'nt suivant : « Si quelque 
» écrivain jaloux, injurieux et lâche, 
,, s'avise dorénavant de se laptr dans 
» .m trou pour m'insulter et provo- 
,, quer la risée à mes dépens , sans 
» oser montrer son visage comme un 
„ homme de cœur, je déclare que ,e 
,, ne ferai pas la moindre attention a 
„ cet animal , et que je le considérera» 
r, comme étant même au-dessous du 
» mépris. » Voilà sans doute une dis- 
position philosophique annoncée d un 
stvie qui ne l'est guère. Dans le temps 

qu',1 travaillait à son Traité de Navi- 
gation , il loua un jour avec quelque»- 



EME 

uns de ses écoliers un pelit bâtiment 
qu'ils dirigèrent si mal , qu'il se trouva 
bientôt échoué. « Ce n'est pas mon 
* exemple , ce sont mes préceptes 
» qu'il faut suivre , » leur dit Emer- 
son en souriant. L'embarras qu'il 
trouvait dès qu'il voulait dévelop[)er 
verbalement ses idées, lui fit abandon- 
ner la carrière de l'enseignement. Ce- 
pendant son esprit et l'instruction qu'il 
avait acquise sur un grand nombre 
de sujets, auraient pu rendre encore 
sa conversation intéressante, s'il ne 
l'eût gâtée par un ton tranchant, par 
des jurements presque continuels, et 
par cette impatience de caractère qui 
fie lui permettait pas de souffrir la 
contradiction. Il était profondément 
versé dans la théorie de la musique, 
mais très malheureux dans l'exécu- 
tion. L'impossibilité qu'il trouvait à 
accorder à son gré son violon , auquel 
il avait appliqué ipielques innovations, 
faisait un des tourments de sa vie. 
Il mourut en proie aux douleurs de 
la pierre, le 16 mai 1782, âgé de 
quatre-vingt-uu ans. S — d. 

EMEKY ( iMicHEL - Particelli , 
sieur d' ) , surintendant des finances , 
descendait d'une famille d'Italie, éta- 
blie à Lyon dans le XV'""". siècle. Son 
père, qui avait fait une fortune consi- 
dérable par le commerce , quitta les 
affiires et acheta une charge de tré- 
sorier du roi. Michel , l'aîné de ses 
enfants , hérita de celte charge et 
vint à Paris, ou i\ ne tarda pas à se 
faire connaître dans les bureaux du 
ministre. Doué d'un esprit actif et fé- 
cond en ressources, inditïércnt sur 
les moyens pourvu qu'ils le menassent 
au but, souple avec les grands, dur 
avec ses inférieurs , inaccessible à 
tout autre sentiment que celui de 
l'ambition , d'Encry réunissait toutes 
les qualités propres à lui faire faire un 
djcmia rapide. Il eut la place d'in- 



E M E 1 1 5 

tendant de l'armée, dans la guerre 
pour la succession du duché de Maa- 
toue, et fut chargé, en même temps, 
de travailler à détacher le duc de Sa- 
voie de l'alliance qu'il avait formé» 
avec l'Autriche, en faveur de Charles 
deGonzague, héritier légitime de ce 
duché. U'Emery ne réussit |>oint dans 
cette entreprise, au succès de laquelle 
le ministre attachait un grand intérêt; 
cependant il ne perdit rien de son 
crédit, et à la paix il resta ambassadeur 
on Piémont. Hichelieu estimait les ta- 
lents de d'Emery, et l'emp'oyait dans 
l'occasion; mais ce ne fut que sous le 
ministère de Mazarin qu'il parvint à la 
plus haute faveur. Nommé surinten- 
dant des finances dans un moment où 
toutes les ressources étaient épuisées 
par des guerres continuelles, il sut 
eu créer d'autres , mais ce ne pouvait 
être sans exciter de grands méconten- 
tements. Insensible aux plaintes qui 
lui revenaient de toutes parts , au ri- 
dicule même dont on cherchait à l'ac- 
cabler, d'Euiery ne s'occupait qu'à in- 
venter de nouvelles taxes , qu'à ima- 
giner de nouveaux moyens de procu- 
rer des rentiées d'argent au trésor 
royal; mais ayant ordonné une rete- 
nue sur les gages des officiers du par- 
lement, cette mesure souleva cette 
compagnie jalouse de ses privilèges, 
et Maziirin se vit obligé de sacrifier 
à sa propre conservation un homme 
qui le secondait si bien. D'Emery fut 
privé de ses emplois et exilé dans ses 
terres, où il mourut de chagrin , au 
bout de deux ans, en i65o. On cite 
une anecdote très propre à faire con- 
naître jusqu'à quel point d'Emery 
jioussait l'indifférence pour l'opinion 
publique. Bautru lui présenta un jour 
un poète de ses amis, en lui disant: 
Voilà un homme qui peut vous 
» donner l'immortalité, mais il faut 
» que vous lui donniez de quoi vivre. 

8.. 



ïi6 EME 

» — Monsieur, repondit d'Emerv, je 
» serai utile à votre protégé , si je le 
)> puis, rn.iis à la condition qu'il ne 
» me louera point. Les surintendants 
» ne sont faits que pour être maudits. « 
On a de d'Emery : ? Histoire de ce 
qui s'est passé en Italie pour le re- 
gard des duchés de Mantoue et de 
Montferrat, depuis 1628 à i63o, 
impiitnécavcc les Diverses relations, 
Bourg, 1 632 , in-4". On conserve ma- 
imscrits ses Lettres et Mémoires re- 
latifs à sou ambassade en Piémont. 
W— s. 

EMERY ; Jean- Antoine-Xaviek ), 
conseiller à la cour des aides de Mont- 
pellier , naquit à Heaucaireen i-jSG. 
Son ouvrage iiilitu'.é : Traité des Suc- 
cessions , Obligations et autres ma- 
tières contenues dans le 5" . et le 4". 
lii're des Insùtutes de Justinien , en- 
richi d'un grand nombre d'arrêts ré- 
cents du parlement de Toulouse , 
i'j87, in-8'., dépose de l'étendue et 
de la solidité de son savoir en matière 
de jurisprudence. Il avait aussi com- 
posé un Traité des Testaments , maïs 
la révolution , survenue au moment oîi, 
il l'achevait, l'empêcha de le livrer à 
l'impression. Jeté dans les prisons de 
ÎJîmes , lorsque la vcriu fut partout en 
France condamnée aux fers ou à l'é- 
chafaud , Emery y mourut le 5o juillet 
1 794. Z. 

EMEHY ( Jacques- André), supé- 
rieur-général de la congrégation de St.- 
Sulpicc, naquit à Gex, Ic'i7 août 1732. 
11 était le second (ils du lieutenant-géné- 
ral criminel au bailliage de celle ville. 
Il étudia d'abord chez les jésuites de 
Mâcon , et entra, vers 1750, à la 
peti^ie commun;iuté de St.-Sidpice , à 
Paris. Ordonné prêtre en 1756, on 
l'envoya , trois ans après , professer 
le dogme au séminaire d'Orléans, d'où 
il pas>a à celui de Lyon pour y en- 
êeigucr la murale, il prit alors iics 



EME 

degrés dans l'université de Valence, 
et fut reçu docteur en théologie en 

I 764. Ce fut pendant sou séjour à 
Lyon qu'il publia ses deux premiers 
ouvrages : VEsprit de Leibnitz et 
l'Esprit de Ste.- Thérèse. L'auteur 
se proposa do réunir dans le preoiier, 
tout ce que Leibnitz avait écrit sur la 
religion. Affligé de l'esprit de son siè- 
cle, il voulait le ramènera la religion 
par une grande autorité, et lui prouver 
que l'incrédulité n'était pas, comme 
ou s'en vantait , le partage de toute 
tête pensante, et qu'on pouvait ici 
opposer philosophe à philosophe. II 
rapporte en effet une foule de passages 
qui montrent combien Lcibnilz était 
attaché à la révélation, et combien 
il était même instruit dans la théologie 
proprement dite. VEsprit de Ste.- 
Thérèse est dans un genre différent. 

c'est un recued dece que l'éditeur a trou- 
vé de plus usuel et de plus pratique 
dans les écrits de la sainte. Il y en a 
deux éditions, celle de 1775 et celle 
de 1779. En 1776, AI. Emery fut 
fait supérieiu" du séminaire d'Angers 
et grand-vicaire de ce diocèse. Il fut 
chargé plus d'une fois, et presque seul, 
des détails de l'administration , soit 
à cause des absences de M. de Grasse, 
évêque d'Angers, soit en raison dosa 
mort, qui arriva au conmienccnient 
de 178.2. Cette même année , sur la 
démission de M. h" Gallic, il fut nommé 
su[)ériair-gcnéral de sa congrégation. 

II était digne de succéder aux Olier et 
aux Tronson. Es|)rit d'ordie , coup- 
d'œil juste , connaissance des .iffaiies , 
discernement des hommes, méangc 
heureux de douceur et de fermeté, telles 
étaient ses principales qualités. Il était 
d'usage que les supéi leurs -généraux 
de St.-Suipice eussent ime abbaye. Le 
roi le nomma , en 1 784 , à celle de 
]}()isgroland , un diocèse de Luçon. 
Elle était d'un rcveiiu peu cousidé- 



EME 

rab'e, mais qui suffisnit à l'ambition 
d'uH liuram p ein île l'esprit de >od 
état , m<idesic , désintéresse. En i ■^Sg , 
lors des premier> oiages de la révo- 
lution, il établit un séminaire de sa 
congrégation, à Baltimore , qui venait 
d'ê're érigé eu évèché. Il y envoya 
plusieurs de ses prêtres , qui y tra- 
vaillèrent avec zèle à étendre la reli- 
gion. La révoluliou vint l'enlever à 
des occiipaiions qui lui étaient chères. 
Son séminaire fut dispersé, et lui-même 
l'ut enfermé deux, fois; la première à 
Sie.-Félagie, où il ne rota que six se- 
mâmes ; la seconde à la Cou* iergerie , 
où il passa seize uiii-;. Il vit se renou- ■ 
veUr souvent cette prison , qui était 
comme le vestiliule de récliafaud , et 
où arrivaient chaque jour les victimes 
destinées à une mort prochaine. On 
dit que Fouquier-Tliinville se pro- 
posau bien de bii faire avoir aussi son 
tour , mais qu'il le laissait par calcul , 
parce que, suivant son expression , 
ce petit prêtre empe'chait les autres 
de crier. M. Emeiy hit utile dans sa 
prison à plusieurs condamnés, et il 
reçut, entre autres , l'expression du 
repentir de Claude Fanchet et d'Adrien 
Lamourelte , qui avaient donné dans 
plus d'une erreur , et pris part au 
schisme. Rendu à la liberté après la 
terreur , il devint un des principaux 
administrateurs du diocèse de Paris , 
dont M. de Juigné , alors en exil, 
l'avait nommé grand-vicaire. Ses con- 
naissances, sa sagesse, l'estime dont 
il jouissait, le rendirent en quelque 
sorte le conseil du oh rgé et des fi- 
dfles. Sa correspondance était très 
étendue, et il n'y pouvait suffire que 
par une vie active, par une sage dis- 
tiibiition de tous ses moments et par 
une grande facilité à écrire. De longues 
études, un jugement sain, un tact sûr, 
l'avaient préparé de bonne heure à 
répondre sur une foule de question^ 



EME 117 

relatives à son ministère. Il savait 
combiner l'a.tachement aux règles , 
avec les tempéraments que néci'S- 
sitaient les circonslanceSi 11 n'était 
point ami des mesures extrêmes , et 
se dcfiait de l'exagération eu toutes 
choses : quelques-uns lui ont même 
reproché d'avoir poussé trop loin la 
condescendance et la modération ; 
mais dans tout le cours de la révolu- 
tion , il marcha constamment sur la 
même ligne. 11 ne fut point ardent 
dans un temps et modéré dans un 
autre; il n'allait pas chercher l'orage, 
mais il l'attendait sans crainte; il ne 
bravait pas l'injustice des hommes , 
mais il ne s'en laissait pas intimider: 
l'intérêt de la religion le guidait tou- 
jours. Gîux qui ne jugent que d'après 
l'impulsion du moment , lui trouvè- 
rent trop de fermeté quand ils en man- 
quaieut eux-mêmes , ou trop de mol- 
lesse quand ils étaient exaltés ; mais 
c'étaient eux qui changeaient. Pour 
lui , il fut toujours le même, sage, 
égal, mesuré; sachant céder lorsqu'il 
le croyait utile ; mais sachant aussi 
résister avec force quand il le jugeait 
nécessaire. Au milieu de ses nom- 
breuses occupations , et malgré les 
inquiétudes et les troubles , fruit des 
circonstances , il trouva le moyen de 
composer plusieurs ouvrages. Lors du 
serment prescrit par l'assemblée cons- 
tituante, il fit une réponse à un ou- 
vrage en faveur de la constitution ci- 
vile du clergé. Comme il parut alors 
beaucoup d'écrits de ce genre, on 1 e 
saurait dire précisément quel était le 
titre du sien. Il donna , en 1 797 , un 
mémoire sur cette question : Les re- 
ligieuses peuvent- elles aujourd'hui y 
sans blesser leur conscience , re- 
cueillir des successions et disposer 
par testament? 11 publia l'écrit inti- 
tulé : Conduite de l'église dans la 
réception des ministres de la reli- 



,,8 EME 

gion qui reviennent de l'hérésie et 
du schisme. Une seconde édition de 
ce livre est de iSoi. H inséra plu- 
sieurs morceaux dans les Annales 
catholiques, ouvrage périodique en 
i5 volumes in-^'., qui a paru sous 
divers titres. L'.ibbé Enaery aimait 
la litléraUirc, et quand il eut per- 
du , par la révolution , la bibliothè- 
que de sa maison, il sut en former 
une autre avec beaucoup de choix. U 
acheta les manuscrits origin;n)X de 
Fénelon, qui ont servi à M. de Baus- 
set, cvêque d'Alais , fon ami, pour 
composer l'histoire de l'illustre arche- 
vêque. La retraite où le condamna la 
journée du 4 septembre 1797 ( 18 
fructidor ) , l'engagea à mettre la der- 
nière main à son ouvrage sur Bicon. 
Jl le publia en 1 799, sous le litre de 
Christianisme de François Bacon, 
a vol. in- 12. Le discours prélimi- 
naire , la vie de Bacon , et deux éclair- 
cissements, qui sont à la fin de l'ou- 
vrage , attestent la solidité , la sage^ssc 
et la critique de l'auteur. En 180D il 
donna une nouvelle édition de VEs- 
pritde Leihnitz, et l'intitula: Pensées 
de Leihnitz sur la religion et la mo- 
rale , 0. vol. in-8 '. Il devait y joindre 
un Eclaircissement sur la mitigation 
des peines deV enfer; mais après avoir 
fait imprimer cet écrit , il en arrêta 
la distribution , et il ne s'en est ré- 
pandu qu'un très petit nombre d'exem- 
plaires. Depuis il s'était encore pro- 
curé de nouvelles pièces sur Leibnitz, 
et entre autres un manuscrit de la main 
du philosophe sur les points contro- 
versés entre les catholiques et les pro- 
lestants , manuscrit dans lequel Leib- 
nitz se déclarait en faveur des pre- 
miers. U se proposait de publier cette 
pièce importante. Il se rendit éditeur 
de la Défense de la révélation contre 
les objections des csifrifi-forts , par 
M. Euler, suivie des Pensées de cet 



EME 

auteur sur la religion , supprimées 
dans la dernière édition de ses Let- 
tres à une princesse d' Allemagne ^ 
Paris, i8o5,in-8 .( r.CoNDORCExet 
Euler). En 1807 il fil paraître les 
J\ouveaux Opuscules de Fleury , i 
vol. in- 12, auxquels il joignit ensuite 
des Additions qui ont servi de pré- 
texte pour l'inquiéter. Son dernier ou- 
vrage est les Pensées de Descartes , 
I vol. in-8.. 1811.11 se proposait 
de joindre Newton aux philosophes 
dont il avait fait connaître les senti- 
ments , et de montrer que ce grand 
homme avait été aussi attaché à la 
révélation ; mais il n'a pas eu le temps 
d'achever cet ouvrage , et n'a laissé 
que des notes imparfaites. U a été 
l'éditeur de plusieurs des ouvrages de 
M. de Luc , aiusi que des Lettres à 
un évéque sur divers points de mo- 
raie et de discipline . par M. de Pom- 
pignan, 1 vol.iii-8"., i8o2.Ledésir 
de parler de suite de tous ses ouyra;;es 
nous a fait intervertir un peu l'ordre 
chronologique. Après la chute du di- 
rectoire, M. Emery reparut et donna 
dans les Annales quelques écrits en 
faveur de la soumission. Quelques 
personnes crurent pouvoir l'accuser 
d'ambition ; mais il fit tomber ces 
vains reproches en refusant l's^è- 
ché d'Airas en 1802, et il lut 
même arrêté quelque temps , lors 
de la signature du concordat. Il ne 
demandait qu'à reprendre ses fonc- 
tions de supérieur de séminaire. Il 
rassembla en elTet queUpies jeunes 
gens , acheta une maison à Paris , et 
en établit plusieurs autres dans le» 
provinces. Dépositaire des anciennes 
traditions , il les perpétuait dans le 
nouveau clergé. Il avait la confiance 
des évêques, et entre autres d un 
prélat qui avait alors du crédit, et 
qui lui fut ntile : ce fut par son in- 
fluence qu'il fut nommé conseiller de 



EME 

funiversilé. Le cardinal de Belloy Ta- 
▼ait fait un de ses grands-vicaires. En 
1809 OD l'adjoignit à une commission 
de deux cardinaux et de cinq évêques , 
qui étaient chargés de répoudre à dif- 
férentes questions sur les aflFaircs de 
l'église. Il parla toujours dans cette 
commission avec beaucoup de liberté , 
et refusa de souscrire à l'avis arrêté 
le 1 1 janvier 1810 -, ce qu'on ne lui 
pardonna point. Il eut ordre de quitter 
son séminaire. On le savait fort atta- 
ché au Saint Siège. Personne ne res- 
sentait plus vivement que lui les 
troubles de l'église et les malheurs 
du souverain pontife, et il n'en par- 
lait qu'avec douleur. On l'adjoignit 
encore à une seconde commission , 
où il montra toujours la même fer- 
meté. Il eut même une occasion écla- 
tante de manifester ses sentiments. 
Mandé aux Tuileries avec les autres 
membres de la commission , il parla 
librement à un homme auquel il n'é- 
tait pas aisé de faire entendre la vé- 
rité, exposa la doctrine véritable de 
Bossuet , et osa même réclamer en 
faveur de la souveraineté temporelle 
des papes. Son courage mesuré, sa 
gravité modeste , ses raisons déduites 
avec force et présentées avec sagesse, 
en imposèrent au perturbateur de l'é- 
glise, qui ne se montra point offensé 
de sa liberté. M. Emery méritait de 
finir par là sa carrière : il tomba ma- 
lade peu de mois après , et mourut le 
a8 avril 181 1. Ses obsèques furent 
honorées par la présence de plusieurs 
cardinaux et prélats, et parles larmes 
de ses élèves et de ses amis. Il fut en- 
terré dans sa maison d'Issv. Les sé- 
minaristes voulurent y porter eux- 
mêmes son coi-ps. L'auteur de cet 
article publia en 181 1 , sur la vie et 
les écrits de ce digne ecclésiastique , 
une notice assez étendue, que la po- 
lice fit saisir et mettre au pilon. P-c t. 



EMI ti5 

EMILE ( Voy. Paul-Emile). 

EMILÏ ( Paul ), en latin Pau- 
lus uEmilius , auteur italien d'une his- 
toire de France écrite on latin dans le 
i6". siècle, était de Vérone. 11 était 
fixé à Rome , et y jouissait d'une ré- 
putation de savoir qui engagea 
Etienne Ponchcr, évêque de Paiis, 
à conseiller au roi Louis XII de lé 
faire venir en France. Ce fut par 
ordre du roi qu'il entreprit d'écrire 
notre histoire , depuis le commence- 
ment de la monarchie jusqu'à son 
règne. Il obtint pour encouragement 
un ranonicat dans l'église cathédrale 
de Paris. Il se retira au collège de 
Navarre, où il fut uniquement oc- 
cupé de la composition de scu ou- 
vrage. Il en fit paraître d'abord les 
quatre premiers livres : De rébus 
gesUs Francorum libri. IT , Pa- 
ris , in - fol. Cette édition est sans 
date; mais elle est probablement du 
commencement de l'au i5i6, car 
Erasme , dans une lettre écrite d'An- 
vers le 2 février de cette année, dit 
qu'il apprend que Paul Emili public 
enfin son histoire de France; il ajoute 
que ce ne peut élre qu'un excellent 
ouvrage , puisqu'un homme aussi sui- 
vant et aussi laborieux y a consacré 
plus de vingt ans. Si cette dernière 
circonstance était vraie , ce ne serait 
point vers i499, comme le dit Tira- 
boschi (1), que cet écrivain aurait 
été appelé en France , mais vers l'an 
1495, ou même plus tôt, par consé- 
quent sous le règne de Charles VIII 
et non de Louis XII ; mais il paraît 
constant que ce fut sous ce dernier 
roi , et il faut croire qu'Erasme- s'est 
trompé. Dans une autre édition Emili 
ajouta deux livres aux quatre pre- 
miers : cette édition est aussi saus 
date ; mais Pierre Gilles en parle 

(1) Sloria délia Leusr. ital. , tom. VU, p«it. 
U , p. 330, prtsuere cdit. , ia^**. 



iîo EMI 

dans une lettre à Erasme datée du 
19 juin i5 19, et dit que Paul Emili 
vient de livrer à l'imprimeur la suite 
dé son histoire. 11 continua son tra- 
vail, et écrivit encore quatre livres; 
le quatrième u'était pas achevé' lors- 
qu'il mourut le 5 mai 1529. On trouva 
ce livre imparfait et fort en desordre 
parmi ses papiers; il fut terminé par 
Daniel Zavarisi , véronais comme 
lui, et qu'on croit même son parent. 
L'histoire entière , qui s'étend jusqu'à 
la cinquième année du règne de 
Charles VIII, fut publiée à Paris en 
1539. Elle y fut réimprimée in-8°. 
el in-folio en i545 par Vascosan, et 
ensuite à Bâle en 1601 , in- fol. L'au- 
teur fut enterré dans l'église de Notre- 
Dame, dont il était chanoine, avec 
une inscription qui ne loue pas moins 
sa piclé que son savoir. Il est possi- 
ble qu'on nit exag('ré dans son temps 
le mérite de cet auteur , qui débrouilla 
le premier le cahos de notre ancienne 
histoire; mais on ne peut disconve- 
uir que son style n'ait la gravité con- 
venable , et qu'il ne soit coramuné- 
nunt assez pur , quoique un peu 
sec, et quelquefois visant trop à la 
concision. Paul Eraili est pourtant 
diffus daris les récits , et encore plus 
dans les discours qu'il introduisit à 
l'exemple des anciens. On lui a re- 
proché de la partialité pour les Ita- 
liens; mais ce reproche ne lui a-t-il 
pas été fiit par la partialité fran- 
çaise? Et si un auteur italien, quoi- 
que payé par le roi de France, n'a 
pu approuver aucune des guerres 
faites eu Italie par les Français , doit- 
on lui en faire un crime ? 11 est d'ail- 
leurs peu probable qu'écrivant en 
que'que sorte pour le roi de France, 
«t sous ses yeux, il ait pu montrer 
contre les Français une partialité in- 
juste. Quant aux erreurs où il »st 
tombe, ou ne doit en accuser que les 



EMI 

mauvais mémoires , les fausses chro- 
niques el les renseignements incom- 
plets qui lui fuient fournis." Un sa- 
vant étranger ne pouvait avoir d'autres 
guides, et ce n'est pas à lui qu'il faut 
s'en prendre s'ils l'ont souvent égaré. 
Cette histoire a eu dans Arnauld Du- 
ferron un mauvais continuateur, et 
un médiocre traducteur dans Jean 
Renard , dont la traduction française 
parut en 1 58 1 , Paris , in - fol. , et fut 
réimprimée plusieurs fois ; elle fut 
aussi traduite en italien, Venise, 
i549, iu-4°.5 et en allemand, Bâle, 
1 572 , in-fol, ^ G — É. 

EMILIANI. F. Jérôme Emiliant. 
EMILIANO (jEAw), médecin du 
i6'". siècle , était de Ferrare. Il n'est 
connu que par un ouvrage intitulé: 
Natiiralis de ruminantibits historia , 
Venise, i584, 'n-4**.0u chercherait 
vainement dans ce livre des connais- 
sances exactes d'histoire naturelle , 
d'anatomie et de physiologie. L'au- 
teur s'abandonne aux écarts d'une 
imagination déréglée, et surcharge de 
nouvelles hypothèses la théorie ga- 
lénique, déjà si obscure et si compli- 
qilée. C. 

EMILIEN (Marcus-Julids-tEmi- 
lius-vEmilianus), naquit en Mau- 
ritanie. Sa famille était obscure, son 
mérite seul l'avança dans la carrière 
des armes, qu'il embrassa de bonne 
heure. Il parvint aux premiers em- 
plois de l'armée, et se trouvait gou- 
verneur de Mésie sous Gallus. Quel- 
ques succès brillants obtenus sur les 
(ioths, qu'il chassa des terres de l'em- 
pire , lui donnèrent un grand crédit 
auprès des soldats , et pendant que 
Gallus vivait à Rome dans la mollesse, 
l'arniéc proclama Emilien empereur, 
l'an 'jtCtj. Lorsque Gallus eut connais- 
sance de cette révolte , il lit marcher 
contre lui Valérien , l'un de ses géné- 
raux; mais ni les protestations du se- 



EMI 

nat contre le choix de l'année, ni les 
efforts de Gallus , ne purent arrêter 
les progrès de son concurrent. Emilieu 
se dirigea sur Rome , battit comj)let- 
tcmcnt Gallus et Volusien son fiis , 
qui marcliaient à sa rencontre avec 
une nombreuse armée, mais qui furent 
abandonnés, et ensuite massacrés par 
leurs propres soldats auprès de Terni. 
Emilieii vainqueur, vint se faire re- 
connaître par le même sénat qui peu 
de jours auparavant l'avait déclaré en- 
nemi de la patriej mais bientôt il fut 
lui- uicme iorcé de descend le de ce 
trône qu'il venait d'usurper. Les trou- 
pes que Valerien amenait au secours 
de Gallus, ne voulurent point recon- 
naître Emilicn pour empereur , et re- 
vêtirent leur chef de la pourpre, Emi- 
licn qui peut-être n'avait pas justifié 
toutes les espérances de ses soldats , 
fut massacré par eux auprès de Spo- 
lètc , au moment où il se disposait à 
combattre son rival. Le lieu de sa dé- 
faite prit de cet événcraent.le nom de 
Pont sanglant. Tel est au moins le 
récit de Victor dans son Epilome , car 
l'autre Victor prétend qu'Emilien mou- 
rut de maladie. La plupart des histo- 
riens sont à cet égard d'accord avec le 
premier. Emilicn , suivant l'expression 
d'Eutrope , obsctirissimè natus , obs- 
curiùs imperavit. Il faut convenir 
aussi qu'il n'eût guère 1g temps d'il- 
lustrer son règne, qui ne dura que 
quatre mois. Il nous reste néanmoins 
plusieurs de ses médailles , tant ro- 
maines que des colonies , surtout de 
celles qui avoi>inent les lieux où il fut 
proclamé empereur. Les grecques sont 
beaucoup plus rares. On donne à Emi- 
lieu les prénoms de Gains et de Marcus. 
Victor le nomme jEmilius ,^milia- 
nns ; Banduri oiic deux médailles sur 
lesquelles il a vu ceux de Julius et de Sal- 
lustius ; mais nous ne les avons point 
sous les yeux. Emiljen ne peut pas 



avoir porté tant de surnoms difTérents; 
dans le nombre des médailles que l'on 
cite, il y en a sûrement quelques-unes 
qui sont apocryphes ; nous croyons 
qu'il en est de même de celles qui ont 
été publiées par divers antiquaires, 
avec la désignation de son consulat. 
Nous avons examiné avec beaucoup de 
soin une assez grande quantité de mé- 
dailles d'Emilien, aucunes ne font men- 
tion de son consulat , et nous n'y avons 
trouvé que les noms de Marcus , 
JEmilius , JEmilianus. Le burin des 
faussaires s'est si souvent exercé sur 
les médailles d'Emilieu , surtout en 
grand bronze , qu'elles demandent 
d'être examinées avec sévérité. L'his- 
torien qui veut appuver un fait sur ces 
monuments, doit avant tout s'assurer 
de leur authenticité. Les médailles d'or 
d'Emilien sont fort suspectes , celle 
qui est au cabinet du roi est de ce nom- 
bre, de sorte que la tête de ce prince 
manque à la suite d'or, qui est cepen- 
dant la plus riche de l'Europe. T — y. 

EMILIEN ( ALEXANDIB-iEMILIA- 
NUS), gouvernait l'Egvple pour Gai- 
lien , sous le règne duquel on saiî qu'il 
s'éleva de toutes parts des tvrans qui 
usurpèrent son autorité. Les Egyptiens 
étaient, plus que tout autre peuple, 
enclins a la révolte. Le prétexte le plus 
frivole suffisait pour les y disposer. 
Un jour , qu'excitée par un châtiment 
trop sévère infligé à un particulier , la 
populace s'était soulevée , elle se ren- 
dit au palais d'Emilien pour le massa- 
crer ; celui-ci , afin de se tirer d'em- 
barras , se hâta de gagner les soldits 
qui avaient à se plaindre de Gallien , 
et se revêtit de la pourpre. Les troupes 
le reconnurent sur le champ , et apai- 
sèrent la révolte. Trcbellius Pollio, 
qui seul nous a conservé ces détail.', 
dit qu'Emilien ne manquait pas d'ui e 
certaine vigueur pour gouverner. Il 
donna des preuves de bravoure , ca 



122 EMÏ 

conduisant son armo'e contre les bar- 
bares qui avaient pénétré en Egypte ; 
il les chassa de la Thébaïde , et les 
Egyptiens, par reconnaissance, l'ap- 
pelèrent Alexandre ou Alexandrin. Le 
nom du beïos qui avait autrefois déli- 
vré leur pays du joug des Perses, était 
le plus beau qu'ils pussent donner au 
vainqueur. Emilien fut arrêté au milieu 
de sa course victorieuse par Théodotc, 
que Gallien envoya contre lui : il fut 
pris et étranglé dans sa prison après 
un règne fort court. Les médailles 
qu'on lui attribue sont fausses. Celles 
qui sont citées par Pellerin et par Beau- 
vais , nous paraissent sortir de la fa- 
brique de Cogornier ( Vo^. Cavino). 
^ T— N. 

EMILIUS-MACEB. V. Macer. 
EMIR-Gl UN-OGLI, favori d'Arau- 
rath IV , commandait pour le sopbi 
de Perse dans la ville de Levan, lors- 
que Amuralh IV vint l'assiéger l'an 
de l'hégire io44 ou i655. Le per- 
san , gagné sans doute , livra la place 
sans l'avoir défendue. Sa trahison lui 
gagna la bienveillance du sullliân ; la 
conformité de vices lui acquit toute sa 
faveur. Emir-Giun aiuiail le vin avec 
autant d'excès que son nouveau maî- 
tre. Amurath allait souvent le voir 
dans son palais, situé sur le Bos- 

f)hore, et qui subsistait encore dans 
e siècle dernier, sous le nom d'Emir- 
Giun-Ogli Yalisi; ils ne buvaient pas 
d'autre vin que celui de Ténédos , le 
plus excellent et le moins fumeux de 
tous ceux desîles de l'Archipel. Emir- 
Giun-Ogli partageait avec Hecri-Mus- 
tapha la faveur du sulthàn ; il survé- 
cut à ce fameux compagnon des dé- 
bauches d'Amuralh; il survécut même 
à son maître , dont il av.mça la mort 
en l'engageant à de nouveaux excès À 
la suite d'une maladie qui en était le 
fruit. Eniir-Giun-Ogli ne trouva chez 
Ibrahim ni la même faveur ni la même 



EML 

protection. Le sophi de Perse n'avait 



pas oublié sa trahison ; il fit de sou 
châtiment la première condition de 
la paix que la Porte ottomane pro- 
posa à la mort d'Amurath IV , et 
Emir-Giun-Ogli fui sacrifié sans dif- 
ficulté. Connu dans l'histoire par sa 
perfidie et par ses vices , qui asso- 
cièrent im nom méprisable au nom 
illustre d'Amurath IV , son ami et 
son protecteur, Emir-Giun-Ogh fut 
étranglé en 1 64 ' • S — y. 

EMLYN (Tjomas), théologien 
anglican, naquit en it)63 à Stam- 
ford , dans le comté de Lincoln. En 
1 685 il entra eu qualité de chapelain 
chez la comtesse de Donegal , mariée 
peu après à sir William Francklin. 
Ayaut quitté sir William , il se mit 
à voyager en Angleterre et en Ir- 
lande , prêchant eu difTérents lieux , 
jusqu'à ce qu'enfin en 1691 il s'atta- 
cha à la congrégation de non-con- 
formistes de Wood-Street à Dublin. 
Il y épousa une veuve qui lui ap- 
porta quelque fortune , et y vécut 
tranquille et respecté pendant plu- 
sieurs années , jusqu'au moment où 
ses opinions religieuses attirèrent sur 
lui la persécution. S'éL<nt en effet dé- 
claré contre la Trinité et pour la préé- 
minence du Père sur le Fils et le St.- 
Esprit , il fut d'abord pri\ é de ses 
fonctions , puis condamné à un an 
de prison et à une amende de 1 000 
livras , qui furent ensuite réduites à 
-10, au moyen de quoi Emlyn put 
enfin sortir de prison après plus de 
deux ans de détention. Il continua à 
prêcher, mais sans aucun salaire, 
parmi ses partisan- . et à publier di- 
vers ouvrages pour établir ou défen- 
dre son système. On essaya, mais en 
vain , d'élever centre ni de nouvelles 
persécutions. Il momut le 5o juillet 
1 745 1 àgc de près de Ho ans. De ses 
nombreux ouvrages de coutroverse 



EMM 

le plus soigne est une Défense du 
culte de N. S. J. - C. dans les 
principes des unitaires, l'y 06. Le 
plus curieux est celui qu'il a intitulé: 
Considérations sur la question pré- 
liminaire aux diverses questions re- 
latives à la validité du baptême , 
etc., i-j 10, et cette question prélimi- 
naire est de savoir si le baptême d'un 
premier chrétien ne suffît pas à toute 
SA postérité , et s'il est nécessaire d'en 
renouveler la céiéuionie à chaque gé- 
nération. L'auteur de sa vie prétend 
que cette doctrine, peu goùlée dans 
le temps , a fait dernièrement quel- 
ques proj^rès. Emiyn , quoique pour- 
suivi |>our ses innovations dans le 
dogme, a été estimé corame un homme 
d'une vie exemplaire, ferme autant 
que modéré dans ses opinions. Il fut 
intimement lié avec le fameux Sa- 
muel Clarke, sur la vie duquel il a 
écrit des mémoires qui n'ont paru 
qu'après sa mort, en 174^, dans la 
collectiou complète des OEuvres 
d'Emlyn , 3 vol. in-S". , où l'on 
trouve sa vie écrite par son fils, 
SoUom Emlyn. Ce dernier, savant 
jurisconsulte, mort en lySÔ, a pu- 
blié ï Histoire des plaids de la Cou- 
ronne , par le lord Chief Justice 
Haie, 175(5, 2 vol. in-lol. , avec 
une préface et des notes. X — s. 

EMMA. F. EoïKABD, et Edouard 
LE Confesseur. 

EMMA^UEL. Tor. Emam;el. 
EMMERICH (George), né à 
Kœtiigsberg , eu Prusse , le 5 mai 
lô-ju, étudia la médecine à l'univer- 
sité de Lcyde, où il obtint le doctorat 
en 1 692. L'année suivante il fut nom- 
mé professeur extraordinaire, et en 
1710 professeur ordinaiie de méde- 
cine dans sa viile natale. Elu bientôt 
après maire ( bourguoraestre ) de Lœ- 
beniclit, il fut appelé avec le même 
titre à Kœnigsbcrg , en 1724, et 



EMM 115 

remplit ces honorables fonctions jus- 
qu'à sa mort, arrivée le i o mai 1 7"i7. 
Ce médecin n'a point compose d'ou- 
vrages volumineux, mais il a pnb!ié 
un grand nombre de dissertations, 
dont plusieurs méritent d'être signa- 
lées ; elles ont été imprimées à Kœ- 
nif;sberg, sous le forma*, in-4". : L De 
ralinne et experientia medicd, 1 6()5 ; 
IL Thesium medicarum pentas , et 
totidem paradoxa , 1 69S ; il y traite 
principalement de l'action compri- 
mante que l'air exerce sur toutes les 
parties de notre corps. IIL Teelogitt 
ejusque infusum , seu de usu polus 
theœ , i6f)8. IV. De morbo marino 
navi^antibus prima imprimis vice 
familiari, 1700; W De frigore cor- 
reptis, 1701; VL De duumviratu 
helmontiano , ventriculo nimirùm et 
splene , 1702 ; VIL Defebrevirgi- 
Tuim amalorià, 1708J VUI. De 
conjugio Astreœ cum Apolline , 
circa medicam forensem ; Fars pri- 
ma. De inspectione cadaveris, 1 7 i o; 
Pars secunda. De vidnere lelhali 
in génère, 171 1 ; Pars tertia, De 
vulneribus leUialibus in specie. C. 

EMMIUS (Ubbo ), né à Gretha ou 
Grietzyl , village de la Frise orientale, 
eu 1 547 , d'une famille dont le nom 
patronymique était celui de Diken, 
fut, dès son enfance, consacré aux 
lettres , par son père , ministre du Sl.- 
Evangile , et pasteur h Grctba , qui 
lui-même était disciple de Luther, d« 
Mélanchthon,et ami de l'illustre Polo- 
nais Jean à Lasco. Après de longues 
études théologiques , philosophiques 
et littéraires , commencées à Embden , 
continuées à Brcrae, à Norden, à Kos- 
toch , et terminées à Genève , où il 
s'attacha surtout à Théodore de Bèie, 
il eut à opter, à l'âge de vingt-neuf 
ans , entre le ministère sacré et la car- 
rière de l'instruction publique : il se 
décida pour ctllc dernière, et accepta 



124 EMM 

le rectorat de l'école latine de Nordcn 
en Ost-Frise. Des tracasseries thcoio- 
giques le flrcnt renoncer à ce poste en 
1587. La petite ville de r<eer le pos- 
séda ensuite; mais, en i594, s'ouvrit 
pour lui un lliëâtre plus dijiçne de son 
mérite. Les magistrats de Groningue, 
occupes de réorganiser leur collège, 
jetèrent les yeux sur Eramius; et, eu 
i6i4, ce co liège ayant cte' e'rigé en 
université' , ils l'en nommèrent recteur 
et lui conférèrent , concurremment 
avec les curatcirs académiques, le pou- 
voir d'en désigner les professeurs , 
dans les différentes facultés. Emmius 
s'acquitia bon( rablcmentdc cette com- 
mission; il rédigea aussi le règlement 
organique, et l'université de Groniu- 
gue a toujours figuré depuis avec dis- 
tinction parmi les coips enseignants 
des provinces- unies des Pays-Bas. La 
chaire d'histoire et de langue grecque 
fiitcelle qu'orna spécialemcntEmniius. 
Le nombre et le mérite de ses disci- 
ples, la bonne intelligence où il vivait 
avec ses collègues , l'étendue de ses 
correspondances litléraires , l'estime 
particulière que faisait de lui le prince 
Guillaume-Louis de Nassau , gouver- 
neur de la province ; tout concouiait 
à jeter un éclat peu commun sur ce 
savant , également rccommandabîc 
par ses qualités morales , civiles et lit- 
téraires. II joignait à beaucoup de 
science une grande modestie, et re- 
levait le tout par une douce et pro- 
fonde piété. Les quatre dernières an- 
nées de sa vie, où il se vitempcclié par 
ses infirmités de continuer ses fonc- 
tions professorales, furent consacrées 
avec d'autant plus de zèle au travail du 
cabinet. Il mourut le()décenibre i(iti6, 
ayant refusé plusieurs fois les propo- 
sitions les plus engageantes qui lui 
avaient clé faites pour se transporter 
ailleurs. Ses obsèques furent un deuil 
public, et le priucc Louis -Guillaume 



E M M 

de Nassau les honora de sa pre'sence. 
Les plus illustres étrangers, tels que 
Scaliger,deTliou, Chylraeus ctautics 
corres|)ondants d'Emmius , ont ex- 
primé pour lui la même admiration et 
la même estime que ses compatriotes 
Dousa , Heinsius , Scriverius , elc. Les 
principaux écrits qu'il a laissés , sont : 
J. Opus chronologicum , Groningije , 
i6ig, in -fol.; à la suite duquel ont 
paru Canon chronicus compendiosus'j 
Canon chronicus plenlor; Chronolo- 
gia veterum romnnorum , et Âppen- 
dix geneolo^ica. 11. Fétus grœcia 
illustrata, Leyde , i6'i6, in 8'.; 
Gronovius l'a réimprimé dans ?,cs An- 
tiquités grecques ^ tom. IV. 111. Re- 
rum Frisicarum historia , partagée 
eu six décades , qui ont d'abord paru 
séparément , de i5()6 à 16 '6, et en- 
suite réunies, à Leyde, i6i{), in fol. 
Emmius s'attacha à purger l'Iii toire 
de la Frise de beaucoup de fables ac- 
créditées par Funnerius , Suffridus 
Pétri et autres. Il avait déjà publié au- 
paravant , et dans les mêmes inten- 
tions : De origine atque antiquitate 
Fri<orum, Gronin<iue, lOoD . in-12, 
et De agro Frisiœ inter Amasum 
[ Y\lm> ) , et Lavicam ( le Lauwcr ) 
de que urbe Groiiingd in agro eodein, 
ibiii., i<)o5, in-8".,fig., suivi des an- 
nales de cette ville, depuis l'an \i6o. 
IV. Historia nos tri temporis;\\ n'y 
est question que de dis[)utes locales 
entre les villes de Groiiingue ( t d'Krab- 
den. Cet ouvrage n'a paru qu'en 1 7^3, 
à Groniiigue, in-4"- George Albert, 
jirincc d'Ost- Frise, doul il blessait les 
prétentions, le fit brûler par la maiu 
du bourreau , à Aurich, en 1 7 55. Em- 
mius avait débute par deux ouvr.tges 
de théologie polémique , l'un dirigé 
contre Daniel Hoffmann , |)rofesseur 
à llelinslscdt,Herborn, i()oi ,in-i2;- 
l'autre contre rilluminé David-George. 
( Foy. David-George. ) La uaduc- 



EMO 
lion hollandaise du dernier a paru 
à La Haye, eu i6o5. Enûu, nous 
avons d'^mmius une Oraisonfunèbre 
el une Biographie di^ Guillaume Louis, 
comte de Nassiu, i&i\ , in-4''.,etun 
morceau sur l'in^uçiuraliou de l'acadë- 
inie do Groninp;ue, en tête du livre 
intitule : E finies etviLc professorum 
Gronitigensiurn , oii nous avons priu- 
cipalcment puisé nos matériaux pour 
cet article, ^oj ez aus,s[ Elogium Ubb. 
Eminii, id est, de ejus vita et scrip- 
tis narratio brevis abaniico contexlay 
ibid. , 1 6i8 , iu-4 '. de 80 passes. 

M DÎT. 

EMO , premier abbc de Wcrum , 
ordre de Prémontré , dans la Frise , 
près Groningue, avait fait de la trans- 
cription des manuscrits, soit sacrés, 
soit profanes, la principale occupation 
de ses religieux , et lui - même leur 
donnait l'exemple de ce travail , au- 
quel il employait tout le temps qui 
s'écoulait depuis les matines , récitées 
à minuit , jusqu'au jour ; par ce moyen 
il enrichit considérablement la biblio- 
thèque de son abbaye. Il mourut sain- 
tement en 1257. L'ai)be Emo est 
auteur de plusieurs ouvrages, paiini 
lesquels on se bornera à citer nue 
Chronique^ depuis i2o5 jusqu'en 
1257 , laquelle a été continuée jus- 
iju'eu li-i , par Mcnko, 5". abbé de 
Werum , et ensuite par un anonyme 
jusqu'en 1 29a. G- 1 te chronique, restée 
inédite, fut imprimée en 1700, el 
insérée par Antoine Mathieu dans le 
5". tome de ses Analecles, et réim- 
primée par l'abbé Hugo, avec des notes 
dans le premier volume de ses Anti- 
quités sacrées. — Il ne faut point con- 
fondre l'abbé Emo avec un autre Emo, 
son cousin -germain , qui fonda de sis 
biens l'abbaye de Warum , y prit aussi 
l'habit de l'ordre de PréinonUé, et 
mourut à Rome eu i a 1 5. L — y. 
EMPEDOCLES, ccièbre philoso- 



EMP 



ia5 



phe grec, e'tait d'une des principales 
fanul'es d'Agrigente en Sicile. Buton , 
son père, était fils d'un autre Empc- 
docles , qui avait remporté à Olympie 
le prix de la course des chars en la 7 1 '. 
olympiade , l'an 496 av. J.-C. Ou n'est 
point d'accord sur le nom de ceux qui 
furent le» maires d'Erapédocles. Il ne 
peut pas avoir été le disciple de Pytha- 
gore , qui était mort long-temps avant 
lui, mais il avait vraisemblablement 
reçu des leçons de quelques Pythago- 
riciens , cir on reconnaissait leur doc- 
trine dans ses écrits. H avait réuni l'é- 
tude de la médecine à celle de la philcw 
Sophie, et il y avait fait de grands 
progrès. Une femmed'Agrigente, nom- 
mée Pauthéa , était tombée dans un état 
de léthargie tel , qu elle avait perdu le 
mouvement, et n'avait point de respi- 
ration apiiarente. Les médecins la 
croyant morte l'avaient abandonne'c. 
Empédocles la rappela à la vie au bout 
de trente jours. Celte cure le fit regar- 
der comme un dieu, et s'il n'accrédita 
pas cette idée , il chercha tout au moins 
à se faire passer pour un homme spé- 
cialement favori-é par les dieux , car 
il ne se montrait en public que vêta 
de pourpre , avec une ceinture d'or , 
les cheveux flottants et la .tête ornée 
d'une couronne , telle que celle de la 
Pythie ; il se faisait suivre p-ir des es- 
claves, et avait toujours un maintien 
grave et sérieux. Il s'acquit aussi une 
grande influence dans la république 
d'Agrigente, étant au premier rang 
par sa naissance et par ses richesses; 
il refusa la tyrannie qu'on lui offrait , 
et avant découvert une con^piratioa 
qui tendait à la donner à un autre , il en 
lit punir les auteurs. Il y avait à Agri- 
genie un sénat de mille personnes , 
qui s'était arrogé toute l'autorité, il le 
renversa au bout de trois ans, et fit 
adopter le gouvernement populaire. Il 
vivait encore lorsque la ville d'Agri- 



ia6 EMt> 

gente fut prise par les Cartliaginois , 
l'an 4o3 av. J.-G. , car Diogène Laerce 
dit, d'après Timee l'historien , que, 
lorsqu'on la fonda de nouveau , les des- 
cendants des ennemis d'Empëdocles 
s'o|iposèrent à son retour, et qu'il 
alla s'établir dans le Péloponnèse , où 
il termina ses jours , on ne sait com- 
ment ni à quelle e'poque. On ne con- 
naissait pas même son tombeau. Timëe 
s'élevait fortement contre le conte 
qu'on faisait, qu'Empédoclcs s'était 
précipité dans i'un des cratères de 
l'Etna, et comme il était Sicilien lui- 
même , il est plus croyable que les au- 
tres auteurs. Einpédoclcs avait fait plu- 
sieurs ouvrages, dont le plus célèbre 
était un poëme intitulé : Classica , 
c'est-à-dire, de la Nature et des 
Principes des choses. 11 admettait 
quatre élcaicnts , le Feu , l'Eau , l'Air 
et la Terre ; et deux causes primitives 
cl principales , la Haine 1 1 l'Amitié , 
l'une qui les divise, l'autre qui les unit. 
Il a|)pelait le feu Jupiter ; la terre Ju- 
11011 -, l'air Pluton 1 1 l'eau INestis , et il 
paraît un des premiers qui aient allé- 
gorisé la mythologie : il y expiqiiait les 
principes de la luclempsycose; il pré- 
tendait que la partie supérieure^ de 
l'aine était d'origine divine, qu'elle 
av^it été reléguée dans un corps pour 
l;i punir , et qu'elle passait successive- 
jncnldans plusieur.«., jusqu'à ce qu'elle 
fûl eiiti( renient purilicc. l.esfragmeuts 
des écrits d'Eiupédocles ont été réu- 
nis ]>ar M. Stuiz , dans le recucU 
intitulé : Ewyedoclis Jgri^eiitini , 
de vild et [jhdosophid cjus expo- 
sait, carminum reliquins collegit , 
M. frid. Ouill. Slurz, Leipzig, i bo5, 
iiv8". •> vol. It Jaiit y joindre Entpe- 
doclis et Parmtuidis jrtt^menia , ex 
codicebibliolhfcœ Tauriuensis resU- 
tttLi. ub Amedeo Pcjrûn., ' «il«r.ig, 
ibio,in-B. ^"~^v 

EMPEREUR (Constantin l ), 



EMP 

orienlalisle hollandais , l'un de» 
élèves les plus distingués du célèbre 
Erpenius, naquit à Oppyck, et vé- 
cut dans le 17% siècle. Il unit à 
l'étude du droit et de la théologie 
celle des langues orientales , dont A 
acquit une grande connaissance. 
Apres avoir professé la théologie 
pendant huit ans à Harderwick , il 
obtint la chaire d'hébreu de l'uni- 
versité de Leyde en i6'27, et pro- 
nonça pour l'ouverture de ses cours 
une harangue latine. De dignitate et 
utililate linguœ hebraïcœ , qui a été 
imprimée la même année. En i<)'^9 
le comte Maurice le nomma son con- 
seiller ; il mourut à Lcyde en 1648, 
peu de temps après avoir été nommé 
professeur de théologie dans l'uni- 
versité de cette ville. Le désir^ de ré- 
pandre la connaissance de l'hebicu 
parmi les chrétiens , et de répondre 
aux objections des juifs, dirigea tou- 
jours l'Empereur dans les travaux 
qu'il entreprit. On lui doit plusieurs 
traductiops de livres jud.ïques et 
talmudiques, qui ont joui de l'estime 
des savants. Voici la liste de ses 
principaux ouvrages : 1. Talmudis 
Babylonici codex middolh , siife de 
meiisuris tempU , hebr. cum vers, et 
comment.. Ley<le, i(i5o, in-4". *> lE 
noiœ ad David Kimchi ot^otropiav 
od scienliam introductio , ibid. , 
i()5i,i«8'.; IH- porta anteriur, 
sivc de lef^ibus hebrœorum foren- 
sibiis, cum versione et commentariiSj 
ibid., 1(557, in-4".; IV. clai'is tal- 
mudica hebrœa et lat. , ibid., lt>.)^ , 
iii-4 '. ; V. liber IJalicolh clam , H, 
Jeshuœ levitœ et Ub. Maro Hagge- 
juaza , H. àamitelis liaimagid. hebr, 
lut., ibid., iO")4, i» 4^^-; VI. con- 
sultalio Jharbanielis et Jlsheichi 
in cap. 53 ISiUiV; VIL versio et 
nolœ ad Josephi Jechiadœ para- 
phrasin in Danidem , Amsterdam , 



EMP 

i655 ; VIIÏ. disputationes tJteolo- 
gicce XVIII, Leyde, 1648, iu- 
8°. ; IX. comment, ad Bertra- 
mum de republ. hebrœorum , Leyde , 
1641 , ia-8'. On doit encore à l'Etn- 
ptreur une édilion estime'e de l'Itiné- 
raire de Bonjamiu de Tudèle , avec 
une version latine et des notes, Levde, 
i653, in-8'. J — n. 

EMPIRICUSCSEXTUS). Voyez 
Seitus. 

EMFOLI ( Jean d' ) , Florentin , 
facteur de la marine du roi de Portu- 
gal , a écrit la relation du premier 
voyage d'Alphonse d'Albaquerqu*" aux 
In les. Elle est intitulée : lYavis^a- 
tion des Indes , sous la charge du 
seigneur Alphonse d' Albuquerque , 
et se trouve en italien dans le pre- 
mier voluDie de Uamusio , et traduite 
en français dans le •i''. volume du re • 
cueil du TemporaL Quoiqu'extrême- 
ment succincte , elle se fait lire avec 
plaisir , parce qu'elle donne une idée 
de la manière de naviguer et de l'élat 
des connaissances géographiques à 
celle époque. La flotte d'Albuquer- 
que, composée de quatre vaisseaux, 
partit de Lisbonne le (> avril i5o5, 
alla du cap Verd au Brésil , appelé 
alors Terre de la Vraie Croix, aborda 
près du cap de Bonne-Espérjnce , et 
à Céphale ( Sofala), fut dispersée par 
la tempête ; une partie relâcha à Mc- 
linde , afin d'y atteindre le capitaine 
en chef; « mais, dit d'Empoli, nous 
» fûmes frustrés de notre expectative; 
» ce qui nous advint mal-a-propos ; 
» car le temps commode pour passer 
» par le golfe , droit chemin pour aller 
» eu Indie, étoit presqu'expiré , qui 
» est devant le mois de septembre, 
» après lequel il n'est question de pas- 
» ser par ce golfe , durant sept mois 
» entiers et consécutifs. » Ces vais- 
seaux se rejoignirent eu tner , gagnè- 
rent Pont'Deli , et arrivèrent à Ga- 



EMP 137 

nanor le 1 1 septembre. On traita des 
épiceries. La flotte trouva à Caliciit 
François d'Albuquerque, parti de Lis- 
bonne huit jours après elle. On four- 
nit des secours au roi de Cochiii contre 
ses ennemis, et l'on bâtit un fort dans 
ses états. Enfin l'on aborda à une terre 
appelée Colora , « lieu inrogneu et 
» non découvert jusqu'aujourd'hui. » 
C'est Coulan. Sa distance de Cjociiia 
est notée avec exactitude. E'npoli fut 
envoyé à terre pour reconnaître le 
pays. Les Portugais trouvèrent le ri« 
vage garni de plus de qii.fre cents 
habitants du lieu ; ils leur firetit dire 
qu'ils étaient chrétiens; ces derniers 
répondirent qu'ils l'éfaient pareille- 
ment depuis le temps de S.- Thomas, 
et que leur nombre total s'élevait à 
trois mille. Le roi payen accueillit 
les Européens, fit charger de poivre 
Tes navires des Portugais , et signa 
avec eux uu traité par lequel il s'en- 
gageait à leur livrer, à un prix con- 
venu, toutes les épiceries qui crois- 
saient dans ses étals. La flotte retourna 
ensuite à Cononor, toucha à Mozam- 
bique, fut prise de c dme sous la ligue , 
et perdit tant de monde qu'elle fut 
obligée ie renforcer ses équipages à 
St.Jago, et rentra a Lisbonne le i(5 
septembre 1 5o4. Empoli s'exciue d'a- 
voir oublié de. décrire les mœurs des 
Malabares. Le peu qu'il en dit an- 
nonce qu'il les avait bien observées. 
E— s 
EMPORàGRIUS (Éric^ docteur 
en théologie et évêque de Sirengnes , 
en Suède, mort l'année 1674- A.vant 
de parvenir à l'épiscopat , il avait 
été professeur à U^^Jl , et pasteur à 
Sioekholm. Pendant qu'il occupait 
cette der'iière place, i! fut question 
d'un projet de .réunion entre les lu- 
thériens et les réformés, proposé par 
un Ecossais nommé ')ury. Enipo- 
ra^rius , strictement attaché à la cou- 



ri8 EMP 

ftssion d'Aiigsbourg , s'opposa à la 
réunion , et se mit à la tète du clf rgë 
de la cipitale pour donner une pio- 
testaliou solennelle. Il publia même à 
ce sujet un ouvrage contre l'evèque 
Malhiae , qui penchait pour les opi- 
nions de Dury. Peu après la morl 
de Gustave - Adolphe , Emporagrius 
fit paraître un discours intitule' : Ora- 
tio in qud tjrannidem poiitijiciam , 
quœ diuian Gustaviim de medio sus- 
tulit , et marlyrio coronavit , est 
piè deleslatus, etc., Upsal, i656, 
in-foi. Lorsque co théologien fut de- 
venu cvêque de Strengnes , il publia 
nu catéchisme bien conforme à ia 
doctrine luthérienne j mais qui fut ce- 
pendant supprimé, parce que l'ëvêque, 
en parlant des femmes , les avait ap- 
pelées des immeubles domestiques , 
expression qui déplut beaucoup à la 
reine Hcdwige Eléonore. C — au. 
EMPORIUS, rhéteur célèbre et con- 
temporain de Cassiodore , au 5^ siè- 
cle. Il nous reste de lui quelques traites 
.sur le bi;l ail qu'il avait exerce : I. De 
Ethopoïd ne loco communi; II. De- 
monslralivœ maleriie prœcepta. Gi- 
berta donné une courte analyse, mais 
une idée satisfaisante de ces divers 
éiivM^yà'Mi'àiiC^Ju^emenls des savants 
sur les auteurs qui ont traité de la 
rhétorique, tome 11. Les ouvrages 
d'Emporius se trouvent dans les Fe- 
terum du arterhet. traditiones, Bàle, 
iu-4"'» i5'j>. I ; et dans les PJiet. latin, 
scripta, Paris, in-4 '. , i SgQ. A. 1) — r. 
E1V11'0UTES(Dupuy'd' ). f'oj: 
Dui'UY , tom. XII , ]>ag. 'ùj.'j. 

EMPSON (iilCUAHD). /T.DUDLKY 

(Edm.) 

E IVI S E R ( JtnoME ) , thé ilogii II 
catholique allemand, fameux rontro- 
versiste, et l'un des plus ardents ad- 
versaires de Luther , naquit à Ului , 
en ï477' Après avoir fait ses prc- 
luicrcs éluder 4 Tubingcu , où il luuu- 



EMS 

tra pour la poe'sie latine des disposi- 
tions peu ceniraunes, il alla les conti- 
nuer à Baie , où il étudia le droit , la 
théologie et l'hébreu. Nommé , en 
1 5oo , seciX'taire et chapelain du car- 
dinal Raymond de Gurk , il accompa- 
gna pendant deux ans ce prélat dans 
les voyages qu'il lit en Allemagne et 
en Italie. Après cette tournée, Emser 
se fixa pour quelque temps à Stras- 
bourg , et y fit imprimer, en i5o4, 
quelques écrits du fameux Pic de la 
Mirandole, qu'il orna d'une préface 
où les louanges sont prodic,uées à l'au- 
teur. De Strasbourg il se rendit à E,r- 
furt, et y enseigna quelque temps les 
humanités ; mais la protection du car- 
dinal Raymond le fit bientôt appeler à 
Leipzig, où il fut ,1a mêmeannée , reçu 
membre de l'univeisité, et se consacra 
particulièrement à l'enseignement du 
droit canonique , quoiqu'il n'en fût 
pas professeur ordinaiie, n'ayant pris 
que le degré de licencié. Le duc George 
de Saxe, vers le même temps, le prit 
pour son secrétaire et son orateur dans 
la ville de Dresde. Les recherches que 
son emploi lui donna occasion de faire 
dans les anciennes archives du pays , 
lui firent découvrir quelques pièces 
importantes relatives à la canonisation 
de S. Bennon , évèque de Meisscn. 
Après son retour de Rome , où il fit 
un voyage en i5io, le duc de Saxe 
lui donna quehpics bénéfices à Dresde 
et à Meissen ; on croit même qu'il y 
obtint un canonicat. Il essuya peu de 
temps après une maladie dangereuse, 
et résolut, après sa guérison , de ne 
plus s'occuper que d'aHaires relatives 
à la gloire de Dieu et au bien de l'E- 
glise. C'est alors que le ducGeorge l'en- 
gagea à écrire contre le luthéranisme, 
dont les premières étincelles coinmcn- 
çaienl à se répandre dans ses étals. 
Emser commença par avoir quelques 
cnlrtticixs païUcuiieis avçc Luther, 



\ 

EMS \ 

.^i jusqu'alors ( 1 5 1 9 ) avait élë son 
ami, N'ayant pu rien gagner sur lui , 
il prit la plume et le combatit à ou- 
trance; il ne se montra pas moius zélé' 
adversaire de Carlostad et de Zwingle. 
Les détails de ces querelles théologi- 
ques n'offrent plus d'intérêt aujour- 
d'hui; l'âoreté qu'on y mit de part et 
d'autre n'était p.is piijpie à amener 
une concilialiuu. Emser mourut subi- 
tement, probiblenientà Leipz.i;, le 8 
novembre i5u7. Le premier ouvrage 
qui! publia contre Lutlier est intitulé : 
A us was Grand ^ etc. ; c'est-à-dire , 
Motifs pour lesquels la traduction 
du Nouveau Testament , par Lu- 
ther, doit être défendue au commun 
des fidèles , Leipzig ; 1 5*25 ) , in-4 '• , 
réimprimé avec angmeutition sous le 
titre d^ Annotations sur la traduclivn, 
etc., Diesdc, i5'24» iu-8'. Cet écrit 
n'ayant fait que donner plus de vogue 
à la version de Luther, en excitant la 
curiosité du public , le duc de Saxe 
engagea Emser à publier lui-même 
une traduction allemande du Nouveau 
Tesîament, pour l'opposer à celle du 
réformateur : elle parut trois ans 
après , sous ce titre : Das naw Tes- 
tament nach lawt der ehristliche 
Jiirchen bewerten Text , etc., Dres- 
de, loi"] , in-fol., réimprimée à Paris 
en i65o : elle l'avait élé très souvent 
en Allemagne. Dans sa préface, Emser 
avoue qu'il a comparé l'ancienne et la 
nouvelle version allemande, prenant 
pour base la vulgate, et notant en mar- 
ge les variantes que le texte grec offre 
avec celte dernière. 11 ajoute qu'il a 
partout réfuté les tausses gloses de 
î^ier, pour y en substituer d'autres 
conformes au sens de l'Eglise. Les 
luthériens prétendirent qu'Euiser n'a- 
Tait pas assez d'érudition pour avoir 
pu < oiisulter le texte grec , et que sa 
▼ersiou n'était aulre chose que celle 
«le Luther , dont il avait seulemeut 

xm. 



ENA 129 

changé les passages sur lesquels s' ip- 
puvait la nouvelle réforme , et adouci 
quf-lques expression> qui ne lui p nais- 
saient pas avoir la décence convena- 
ble. Quoi qu'il en soit , o Ite traduc- 
tion eut pendant plus d'un sièrle beau- 
coup de cours dans l'APemagne catho- 
lique ; mais ayant été faite à une épo- 
que où la langue était loin d'être iixée, 
le style en est devenu suranné, et des 
versions plus récentes l'ont fait aban- 
donner. On peut voir à cet ég.ird R. Si- 
mon , le p. Lelong . Zc-ltner, Puizer 
et les autres auteurs qui ont écrit l'his- 
toire des traductions de la Bible. Nous 
ne donnerons pas la liste . assez nom- 
breuse, des autres écrits d'Eiuser ; ils 
sont à peu pi es oubliés, à l'exccplioii 
de son Histoire de la vie et des mi- 
racles de S. Bennon , qui p irut à Leip- 
zig en i5i'2, cl fut réimprimée à 
Dresde, 1694, iu-4'. On trouve de 
plus grands détails sur Emser dans la 
rie de Luther , pai Cochlée, et sur- 
tout dans la Notice sur la vie et les 
écrits de Jérôme Emser . par G. C. 
Waldau , Anspach , 1785, iii-8'., 
brochure d'environ 80 pages, iirée 
de la suite du Recueil concernant 
les affaires thèolo^iques anciennes 
et modernes, 1 720. Ces deux ouvra- 
ges sont en allemand. C. M. P. 

ENAMBLC ( Vaudroïques-Diel 
d' ), fondateur des colonies IV uç.ises 
dans les Antilles, éîait cadet d'une 
maison de Normandie. Ses belles ac- 
tions, sa prudriice , son courage l'a- 
vaient rendu fameux sur mer , et lui 
avaient valu le grad»- decapitiiiie de 
vaisseau. Le désir d'être utile à soa 
pvs, et de travailler à améliorer sa 
fortune, très luince d'après ies lois 
particulières île la province qui l'avait 
vu naître , h- p<irta à équiper a so6 
frais un Brigaii'iu de quatre canons 
et de quelques pierriers. Il v embar- 
qua une quarantaine de marins bra- 

9 



i3(> EN A 

ves, aguerris et disciplines , et partit 
de Dieppe, en \6'i5 , pour aller faire 
des prises sur les Espagnols, dans les 
mers des Antilles. Arrive aux îles du 
Cayman pour s'y radouber , il fut 
découvert dans une baie par un ga- 
lion espagnol de trente-cinq canons. 
Il se battit avec une telle valeur, pen- 
dant trois heures , contre cet ennemi 
si supérieur en force , qu'il le con- 
traignit à prendre la fuite. Maltraité 
lui-même dans cette action glorieuse 
pour lui, il alîérit après quinze jours 
de navigation à St.-Christophe , où 
quelques Français , établis depuis di- 
vers temps, vivaient en bonne intel- 
ligence avec les sauvages. D'Enambuc, 
pendant que l'on travaillait à son bâ- 
timent , parcourut l'île ; l'air en était 
sain, le sol lui parut excellent, le 
tabac que les indigènes cultivaient 
pour leur usage était très beau, d'une 
qualité supérieure, et venait presque 
saus culture. Il regarda cette île 
comme un port excellent pour s'y éta- 
blir; souda l'esprit des Français qu'il 
y avait rencontrés , et les ayant trou- 
vés disposés à y demeurer sous sa 
conduite, il leur promit d'aller en 
France demander au roi la permission 
de former une compagnie pour sou- 
tenir la colonie , et de revenir vivre et 
mourir av«-ceux.D ms le même temps, 
des Anglais , arrivés dans une autre 
partie de l'île , après une aventure 
pareille à celle qui y avait amené d'E- 
nambuc , s'y établissaient de leur cô- 
té. Les deux nations résolurent de la 
partager , ne doutant point , dit le P. 
Labat, que les Indiens ne le leur per- 
missent, ou qu'au pis aller ils ne se 
trouvassent bientôt en étal de les en 
chasser s'ils étaient tiop revcchcs. 
Tous vivaient en bonne intelligence, 
quand les Sauvages , excités par un 
6e U;ur Bojez , ou médecin , résolu- 
rent de massacrer tous les ctrangexs. 



ENA 

Une femme sauvage révéla le com- 
plot aux Européens, qui punirent les 
Indiens et les exterminèrent. Bientôt 
après, trois mille Sauvages , auxquels 
les autres avaient mandé de venir les 
aider, débarquèrent dans l'Ile, et at- 
taquèrent les Européens; ils se rem- 
barquèrent après avoir perdu les deux 
tiers de leur monde. L'île fut dès-lors 
tranquille. D'Enambuc , pendant un 
séjour de huit mois, avait fait culliver 
du tabac, et abattre du bois d'acajou* 
Il chargea de ces objets son navire , 
qui arriva heureusement à Dieppe, 
où le tabac fut vendu dix francs la 
livre. Le bel équipage dans lequel 
d'Enarabuc et quelques-uns des siens 
parurent ensuite à Paris , fit naître 
à bien du monde l'envie de le suivre 
dans son établissement. D'Enambuc 
fut préseulé au cardinal Richelieu, 
qui goûta ses projets, fit dresser dans 
son palais un acte d'association pour 
le commerce des Antilles, signa le 
premier cet acte , et en sa qualité de 
surintendant du commerce de France , 
délivia à d'Enarabuc et à Durossey , 
son compagnon, une commission qui 
leur permettait d'établir une colonie 
française dans l'île de St.-Christophe , 
ou dans toute autre qu'ils choisiraient 
depuis le i r. jusqu'au 18 . degré de 
latitude septentrionale. D'Enambuc et 
Dnrossiy partirent du Havre avec 
deux vaisseaux le if\ février «f»*^7- 
Le voyage fut malheureux , il périt 
l)eaucoup de monde dans la traversée. 
Les Anglais avaient eu plus de succès. 
Celte différence n'empêcha pas d'ef- 
fectuer amicalement le partage do l'île 
et de le cxjnsdii.ler par un tiaité. Du- 
rossey fut expédié en France pour y 
chercher des seooiirs. Les Anglais, 
probtant du mauvais état des Fran- 
çais , s'emparèrent d'une partie de 
leurs terres. La prudenci- et la va- 
leur d'Ëuanabuc les conliurent ; Ini- 



«xposcr te 
Le cardinal 



ENA 

même vint en France 
triste e'iat de la colonie. 
de Richelieu , instruit en même temp$ 
que les Espagnols armaient une es- 
cadre pour chasser les Français de 
Su-Christophe, envoya dans cette île 
un renfoit de six vaisseaux du roi , 
et six bâtiments de transport. Ce se- 
cours arriva à temps pour mettre les 
Anglais à la raison ; leur flotte fut dé- 
faite. Ils firent la paix. Les vaisseaux 
français avaient qiiittë l'île lorsque les 
Espagnols parurent et firent une des- 
cente. Une partie des Français se de'- 
fendit mal. Duros^cy était d'avis que 
l'ou abandonnât l'îie, malgré les re- 
présentations d'Euambuc qui voulait 
que l'on tînt bon ; l'opiniou du pre- 
mier fut suivie , on s'embarqua sur 
deux vaisseaux pour .iller habiter l'île 
d'Antigue. Après avoir battu la mer 
pendant trois semaines , les Français 
abordèrent à St.- Martin. Durossey 
débaucha quelques officiers et fil ap- 
pareiller un des navires pour la Fran- 
ce , où le cardinal de Kichelieu donna 
ordre de l'enfermer à la Bastille. D'E- 
nambuc rendit le courage à ceux qui 
restaient, et partit pour Autigue. Il 
trouva cette île mal saine , revint 
à St. - Christophe après trois mois 
d'absence, et travailla avec un zèle 
infatigable à relever la colonie qui lui 
devait l'existence. Il réunissait en lui 
tous les pouvoirs , et les employait 
avec tant de sagesse que chacun se 
soumettait avec joie à ce qu'il ordon- 
nait, o Ceux de la colonie, dit le père 
» Diitertre , vivaient dans une si par- 
» faite union les uns avec les autres , 
» qu'on n'avait pas besoin de notai- 
» res,de procureurs, ni desergeuls. » 
D'Enambuc, non content de faire 
prospérer celte colonie naissante , 
et de la défendre des usurpations des 
Anglais , résolut de former des éta- 
blissements dans les îles voisiucsayaat 



END K.i 

que CCS derniers s'en missent en pos- 
sj'ssion. Avant été supplanté par un 
de ses lieutenants auquel il avait com- 
muniqué ^on projet sur la Guade- 
loupe, il prit avec lui cent habitants, 
bons cultivateurs, et alla, en i655, 
les installer à la Martinique, où il 
bâtit le fort St.-Pierre, et i-çvint à 
St-Christophe. Le gouverneur qu'il 
y avait laissé sut eu imposer aux Sau- 
vages et yivre en bonne intelligence 
avec eux. S'étanl embarqué pour ve- 
nir conférer avec d'Euambuc, il fut 
jeté par les vents «mr les côtes de St.- 
Domingue, où les Espagnols le retin- 
rent troisans prisonnier. D'Enambuc, 
qui le croyait pris en mer, envoya pour 
gouverner à sa place son propre ne- 
veu Duparquet qui , élevé sous ses 
yeux, et dans ses principes, fit pros- 
pérer cette colonie ( F. Dcpabquet). 
I^es habitants de St.-Christophe com- 
mençaient à jouir du fruit de leurs 
travaux, et à vivre dans l'abondance 
et dans la paix , lorsque , vers la fin 
de i656. Us eurent la douleur de 
perdre d'Enambuc qui .succomba en- 
fin à ses fatigues ; le cardinal de Ri- 
chelieu dit, en apprenant sa mort, 
que le roi avait perdu un des plus 
fidèles serviteurs de son état. » liCs La- 
» bilans l'ont pleuré comme leur père, 
» dit le P. du Tertre , les ecclésiastiques 
» comme leur protecteur; et les co- 
» lonies de St.-Christophe, de la 
» Guadeloupe et de la Martinique , 
» l'ont regretté comme leur fonda- 
V teur.» Le P. Bouton représented'E- 
nambuc comme homme d'esprit et de 
jugement , et fort entendu à faire de 
nouvelles peupiaJes et établir des co* 
lonies. E — s. 

ENCINA. r. Enhna. 
ENCINAS. ^oy. Dryander. 
E N C O L P I US. rojez Elyot. 
END (Christophe), artiste alle- 
mand, qui chercha à rcpre'senter ks 

0" 



i32 END 

plantes d'une manière parficulicre , 
ce fut par des dc'coupures de papier ; 
il existe de lui un manuscrit de ce 
g'cnre à la bib'iothèque de Berlin , 
qui contient 1 5o plantes , et un au- 
Ije I 1 5. Muehsen a fait connaître 
dans ses lettres ce clicf-d'œuvre de 
patience j il est intitule':/. Chrislo- 
phori End i5o krœuter aud Ge- 
tvachse nach ihrer Gestali , durch 
et ne m hesonders Jîunstschillobgebil- 
det M. S. anno 1681 , in-4'- 

D— P-s. 
ENDEL, onHENDEL MANOACU, 
ra!)bin polonais , mort en i 585 , est 
auteur de plusieurs ouvrages dont 
quelques-uns ont etc imprinics après 
sa mort )>ar les soins de Moïse son fils : 
en voici les litres : I. Sagesse de Ma- 
noach , c'est-à-dire, corrections et le- 
çons thalmudiques diverses , touchant 
la Gemare , Prague, 1 585 , m-J^°. j II. 
Repos des cœurs , c'est-à-dire, com- 
mentaire sur !e titre intitule' : Chovad 
allevavoth^ Lublin, iSgG, in-4".; 
m. Exposition du commentaire du 
rabbin Bêchai , sur la loi, Prague , 
i585, iu-iol.; il n'a paru que dix 
feuilles de cette exposition : dans la 
prclace qui est en tête de l'ouvrage, 
l'éditeur, Moïse, fils d'Endel , annonce 
qu'il publiera les autres écrits de son 
père, touchant le texte sacré, le Thal- 
inud, ses livres cabahsliques et astro- 
nomiques. J — N. 

EiNDKLECHIUS ou SEVERUS 
SANCTUS , rhéteur et poète , né 
dans le 4''' siècle, était de Bordeaux , 
et quelques critiques le croient fils de 
Flavius Sanctus, beau-frère d'Ausone, 
qui lui a consacré une épitaphe dans 
ses Parentalia. Lié depuis son en- 
fince avec S. Paulin , évêque de Noie , 
à son exen pie, il end)rassa le chris- 
tianisme. On conjecture, d'après les 
lettres de S. Paulin, qu'il avait deux 
amis du même nom , mais ou uc peut 



ENE 

savoir lequel lui a fourni le plan de 
son apologie pour Théodosc-leGraufl. 
Sidoine Apollinaire fait mention d'un 
Endelechius qui enseignait la rhéto- 
rique à Kome ; son nom se retrouve 
dans la souscription d'un manuscrit 
d'Apulée, conservé à la bibliothèque 
de Florence, et Beinesius pense (pie 
ce pouvait être le fils de celui qui lait 
l'objet de cet article. Endelechius 
passa ses derniers jours dans la re- 
traite , et on a même des raisons de 
croire qu'il avait pris l'état ecclésias- 
tique. L'abbé Longcharap place sa 
mort à l'année 409- S. Paulin cite 
avec éloge les hymnes qu'Endelechius 
avait composées sur la parabole des 
dix vierges de l'Évangile. Elles sont 
perdues, mais on a conservé de lui 
une églogue intitulée : De mortibus 
boum, et cette petite pièce ne donne 
pas une idée avantageuse de sou talent 
pour la poésie. Elle fut faite à l'oc- 
casion d'une maladie contagieuse, qui 
causa de grands ravages dans la Tur- 
kie , rillyric et la Flandre , vers 
577. Les interlocuteurs sont un païen 
qui s'abandonne au désespoir d'avoir 
vu périr ses troupeaux , et un chré- 
tien qui s'eiïorcc de le consoler par 
la pensée de la Providence. Pierre 
Pithou fit imprimer cette pièce , pour 
la première fois, en i5()o,dansle 
tome 11'. des Epigramtiiata et po'é- 
matia veterum, pag. 448 et suiv. 
Elle a reparu depuis in-4"., sans date et 
sans nom de ville; Francfort, 1G12, 
iu-8'., avec des notes de Jean Weit?:, 
et Leydc, 1714» in -8'., avec les 
notes de Weitzet de Wolfgang Sébei : 
cette édition est la plus estimée. Elle 
a été insérée aussi dans la Biblioth. 
patrum , et dans différents recueils 
, de poésies chrétiennes. W— s. 
ENÉE le tacticien, qu'on croit le 
même qu'Knée de Stvniphale, dont 
parle Xéoophou , et qui était général 



ENE 

des Arcadiens Tcrs l'an 36 f av. J.-C, 
av^it fait un Irailé sur les connais- 
sances nécessaires à un général d'ar- 
mée, dont les anciens faisaient beau- 
coup de cas, Cinéas , qui vivait à la 
cour de Pyrrhus, en fit un abrégé, 
que les çcnéraux romains {sortaient 
assez ordinairement avec eux , et qui 
nous est resté, le grand ouvrage 
fc'étant perdu. 11 a été publié pour la 
première fois par Isaac Gasaubon, à 
la suite de son édition de Folybc, 
Paris, i6og, in-fol,, et réimprimé 
dans les éditions de Tollius, Amster- 
dam, 1670, in-8'. , 5 vol. , et Leip- 
zig, 1765, in -8''., 3 vol. Il ne se 
trouve point danscelledcM.Scliweig- 
haeuscr. 11 serait à souhaiter qu'on 
en donnât une nouvelle édition , 
pour laquelle on ferait bien de con- 
sulter les manuscrits de cet auteur , 
qui se trouvent dans la Bibliothèque 
du roi. C — R. 

ENÉE DE Gaza, philosophe 
chrétien, de la ville de Gaza en Pa- 
lestine, vivait sur la fin du 5"'. siè- 
clf. Nous avon^ de lui un dialogue 
intitulé Théophraste , sur l'iranior- 
talitc de l'amc et la résurrection des 
corps, dans les principes de la religion 
chrétienne. Il a été public pour la 
première fois en grec et en latin dans 
une collection d'anciens théologiens 
grecs imprimée à Zurich , chez An- 
dré Ccssncr , 1 DÔg et 1 56o ; mais 
la version latine par Ambroise le ca- 
maldiile avait déjà paru à Bâlc en 
1 5 1 6. 11 a été réimprimé depuis dans 
différentes bibliothèques des Saints- 
Pères, mais toujours d'une manière 
très incorrecte. La dernière édition 
est celle que Gasp. B^uthius a don- 
née avec des notes ass(z amples, 
Leipzig, i6j5, in-4'. ; elle est en- 
core plus incorrecte que les précé- 
dentes. H serait à souhaiter qu'on 
donnât une nouvelle édition de ce 



E]SF i53 

dialogue, qui est très bien écrit et 
assez inlércssant. Il y en a un fort 
bon manuscrit à la Bibliothèque 
du roi. On a encore d'Enée de Gaza 
vingt-cinq Lettres grecques, insérées 
dans le recueil de lettres d'aulcnrs 
grecs publié par Aide Manuce, Rome, 
i^QQ, in-4''. On les retrouve avfc 
une version latine dans l'édition qui 
porte le nom de Cujas ( Genève }, 
1 dort, in-fol. C — R. 

ENÉE SYLVIUS. T. Pie IL 
E N E M A N ( Michel ) , né en 
Suède dans la ville d'Enkoeping en 
167O, étudia la théologie et les lar- 
gues orientales d'abord à Upsal et 
ensuite à Greifswald. En 1707 il fut 
nommé secrétaire du consistoire éta- 
bli par Charles XU près de l'armée 
suédoise, et il accompagna ce prince 
à Bender. Pendant quelque temps il 
fit les fonctions d'aumônier de l'am- 
bassadeur de Suède à Gonstanlino- 
plc. En 1711 il entreprit aux fraw 
du roi un voyage en Asie et en E^iyple. 
Pendant qu'il parcourait ces coiitrees, 
Charles lui assura une récompense 
honorable en le nommant professeur 
des langues orientales à Upsal; mais 
il mourut immédiatement après snu 
retour en Suède, l'année 171^. Li 
relation de son voyage en suédois ne 
fut publiée qu'eu 1740 à Upsal. On 
a aussi de lui une dissertation la'.inc 
De salute infantnm sine haptismn 
decedentiumChrisûanonim ac Gen- 
tilium , Grcifswald , 1 706 , in-4". 
C — AC. 

ENFANT (Jacques l'). Fojcz 
Lenfant. 

ENFIELD (Guillaume), écri- 
vain anglais, né à Sudbury en 1 74 ' » 
fut élevé au collège de Daveniry, 
dans les principes des protestants 
non-conformistes. Il fut nommé en 
1 763 pasteur d'une congrégation de 
uon- conformistes à Liverpool. Erv 



i54 EN F 

1770 il fut choisi pour remplir la 
chaire de belles-leltres à l'ëcole de 
Warrington dans le Lancashire, et 
depuis cette époque il paita[;ea sou 
temps entre le rainislère ecclésiasti- 
que, l'éducation de la jeunesse, soit 
publique , soit particulière, et la com- 
poMlion d'ouvrages utiles, parmi les- 
quels ou remarque les suivants : I. 
Sermons à l'usage des familles , 

1779, 2 vol. in-8'.; II. le Prédica- 
teur anglais, ou Sermons sur les 
principaux sujets de la religion et 
de la morale , choisis , rei>us et 
abrégés de divers auteurs, 177^, 
4 vol. in-i'i; 111. Essai sur l his- 
toire de Liverpool , tiré en p utie des 
papiers inédits de George Perry , 
1774, in-fol-; IV. Observations sur 
la propriété littéraire, '774> '"" 
4".; V. V Orateur (thc Speaker), 
choix de morceaux tirés des meilleurs 
écrivains anglais, 1775, in-S". ; VI. 
Sermons biographiques , ou suite 
de discours sur les principaux per- 
sonnages deV Ecriture-Sainte, 1777, 
in- 1 2 ; VI I. Exercices d'élocution , 

1780, iu- 12 , pour servir de suite à 
r Orateur ; V 1 1 1 . les Jnstitutes de la 
philosophie naturelle, théorique et ex- 
périmentale. 1785, 1800, in-4".,lX. 
Histoire de la philosophie , depuis 
les premiers temps jusqu'au com- 
viencemcnt du siècle présent^ d'après 
l'ouvrage de lintcker { Historiu cri- 
tien phil'isvphiœ), 1791 , 2 vol. in- 
4". Cet abrégé, qui n'est point une 
simple traduction de cciui que Bruc- 
ker a donné lui-même de son volu- 
mineux ouvrage, est très bien fait et 
très bien écrit. X. Les articles signés de 
la lettre initiale de son nom daus le 
premier volume de la Biographie 
universelle, par J. Aikin , G, En- 
li(l<l, etc. ( 1799, in-4". ), articles 
qui forment plus de la moitié de ce 
volume. Cet homme eslimablc mou- 



ENG 

rut le 3 novembre 1 797 à Norwich , 
où il était alors pasteur de la coiigrc- 
galion des non-conformistes. On pu- 
blia l'année suivante trois volumes 
in-8°. de Sermons sur des sujets 
pratiques , composes et préparés par 
lui pour l'impression , et précédés de 
Mémoires sur sa vie, par j. Aikin. Ces 
Sermons , comme tous ses ouvrages , 
sont écrits d'un style simple, clair, 
élégant , qui s'élève quelquefois avec 
le sujet. On a cru y reconnaître la ma- 
nière de Blair un peu afl'aiblie et 
moins chargée d'ornements; la mo- 
rale y est présentée sans austérité, et 
i's paraissent encore plus propres à 
former l'espiit et le goût qu'à élever 
l'ame à la piété. X — s. 

E^GÂÎJ (Jean -Rodolphe ) , sa- 
vant jurisconsulte à léna, naquit à 
Erfurt le 28 avril 1 708. Ses heu- 
reuses dispositions le firent distin- 
guer dans les premières écoles par 
Langguth son maître , homme de 
mérite, qui le piit sous sa protec- 
tion. En 1720 il alla continuer ses 
études à Weimar, dont l'université 
était alors dirigée par le fameux Jean- 
Mathieu Gessuer , qui recojmut dans 
ce jeune homme un mérite supé- 
rieur, et le fit travailler avec lui au 
catalogue de la grande bibliothèque 
qu'il était chargé de mettre en ordre. 
Six ans après , le jeune Engau se ren - 
dit à léna, oii il s'occupa n\ec pa;?- 
sion de l'étude des sciences. Il se livra 
ensuite à la jurisprudence, et fit des 
progrès sous la directiou du profes- 
seur Briuiquell , dont la maison et 
la bibliothèque lui étaient toujours 
ouvertes. Aidé de celte protection et 
fort de sesconiKiissances il fut nommé 
docteur en 1754, et obtint en 1740 
une chaire de professeur ordinaire 
à l'université de léna. En 174^ il fut 
nommé éthevin, eu 1746 ou le dé- 
cora de la dignité d'aucicn , et en 



ENG 

i •] liH on le fit conseiller de la cour 
de Saxe-Weimar et d'Eisen-ich. Il 
remplit à deux reprises la charge de 
recteur de runiversité, avecautautde 
cèle que de lumières. Les villes de 
Tubiugen , de Francfort et de H^lle 
lui firent plusieurs fois des offres avan> 
tageuses pour l'attirer dans leur sein; 
mais il préfera rester dans celle qui 
avait 1^ première reconnu son mé- 
rite et l'eu avait récompensé ; aussi 
il finit ses jours à léna , âgé seule- 
ment de qu<irante-sept ans, le \S 
janvier i-jSô. Engau fil toujours 
preuve d'un giaud zèle pour la pros- 
périté et la répuLition df-s collèges et 
des académies dont il était membre. 
Ses écrits iw)mbrcux attestent ses 
vastes connaissances , et sont fort es- 
timés eu Allemagne. Voici les princi- 
paux : I. Traité des prescriptions 
en matière criminelle , léna , 1 755 , 
in-8*». ; édition revue et augmentée, 
ibid., 1707, in-8'.; 1749, in-8^; 
i77'i, iu-8". ; 11. Elementa juris 
Germanici civilis , léna , 1756, in- 
8".; 1740, 1747 5 175^, iu-8". 
L'.iuteur a su dans cet ouvrage dis- 
tinguer habilement le véritable droit 
allemand du faux, l'ancienne juris- 
prudence de la nouvelle, it le droit 
coouuuD du droit particulier de chaque 
province ou de chaque vi'io. Stolle, 
daus son introduction à l'histoire de 
la jurisprudence , dit , page 1 75 : 
« Engau dans son ouvrage sur les 
» Eléments du droit civil en Jlle- 
» magne a donne le traité le plus 
» complet de l'origine, des progrès 
» et des vicissitudes de la jurispru- 
» dence civile en Allemagne, et cet 
» ouvrage est aussi remarquable par 
» sa concision que par la clarté et 
» l'ordre avec lesquels il est com- 
» posé; » III. Elementa juris cri- 
minalis Germanico-Carolini, léna . 
1758, 1742, 1748, 1755, in-8^ 



ENG i55 

Bdit. septima cum observationihus , 
HHlfeld., ibitl., 1777, iu-8 .; IV. 
Elementa juris canonico-pontificio» 
ecclesiaslici , léni , 1759, 1745, 
174g, 1755, in-8'. Editio nova, 
cura Joach. Erdm. Schmidt , léna, 
1 765 , in-S". Cette édition est re- 
commandahle par les additious de 
Schmidt , qu'on a imprimées avec 
l'ouvrage comme une cs()èce de com- 
mentaire; V. Traité du droit dei 
chefs de l'Eglise sur les docteurs 
qui occupent des chaires , Wrisscm»- 
bourg dans le Nordgan, 1787, in* 
8^, 3 vol. L'anteur avait d'abord 
écrit cet ouvrage en allemand ; mais 
en i75'2 il l'augmenta de beaucoup, 
et le mit en latin. La quantité des édi- 
tions de chacun de ses écrits suffit 
pour prouver combien ils «mt esti- 
més en Allemagne. G— ^. 

ENGEL ( Arnold) , jésuite , mat 
nommé par Soivel An^elns , né à 
Macstricht en 1620, prolcssa la rhé- 
torique pendant plusieurs années , 
fut nommé préfet des clas>es , emploi 
qu'il rempht avec autant de zèle que 
d« capacité , et se consacra ensuite aux 
missions. H mourut à Prague, vers 
lô-G, dans un âge peu avancé. On a 
de lui des ouvrages de piété et des 
poëuies sur des sujets spiriluelsj les 
principaux sont : I. Indago monO' 
cerotis ab naturd hiimand deilatis 
sagacissimd venatrice , per quinque 
sensuum desideria amantèr ador- 
natce , Prague, i65S, in - 4". Cet 
ouvrage est éciit eu vers. II. Firtutis 
et honoris œdes in heroïbus , et poé- 
matibus XXF grœco - latinis illus- 
trât., ibid. , 167 I ; m. un Panégy- 
rique ( en latin ) de la Ste. Vierge ; 
un autre de S. François Xavier ; 
V Oraison funèbre de V Empereur 
Ferdinand lll. Ces difleVents ouvra- 
ges sont peu estimes. W — s. 

ENGEL (Sjimlel), géographe. 



i36 ENG 

naquit à Borne en 1 702. Dès sa jeu- 
liesscil se voua à l.i culture des lettres, 
et leur resta fidèle toute sa vie. Il 
■voyigea d'abord en Allemagne et en 
Italie, fut ensuite nomme bibliolhé- 
caire de sa ville natale, puis occupa 
des places dans les bureaux de l'ad- 
minislralioi'. Il cntia dans le conseil 
souverain, en 1 ■j45 , et il obtint suc- 
ce.ssivement les bailliages d'Aarberg, 
d'Urbe, d'Echallens et de Tscliarlitz. 
Il contribua à faire adopter le systè- 
me des grenieis d'abondance, dans 
sa patrie , et en surveilla la construc- 
tion. Réuni au célèbre Haller, il fa- 
vorisa l'clablisseraent de l'hôpital des 
orplielins , et la fondation de la société' 
économique de Berne. Il se montra 
bun patriote dans toute» les occasions, 
et cbercha enfin à propager les bons 
principes en agriculture. Il mourut , 
dans sa patrie , le '28 mars 1 ■^84- C'é- 
tait un liomme très instruit et doué de 
sagacité. Il s'est principalement oc- 
cupé des questions relaîives à la na- 
vigation du nord-ouest. Dès i'j55 il 
inséra, dans le Journal helvétique, un 
mémoire dans lequel il dcvtlopj>ait 
les raisons qui lui faisaient regarder 
le passage du grand Océan dans la 
mer du Nord, par la mer Glaciale, 
comme possil)le. Ce fut celte pro- 
duction qui parut ensuite sous le litre 
suivant : I. Mémoires et Observa- 
tions géogrrtphiques et critiques , 
sur la silualim des pajs septentrio- 
naux d' Asie tt d' A incrique , etc. , 
Lausanne, i7^)">, iii-4"v ^'^^^ caries. 
Il !c traduisit lui-même en allemand , 
Leipzig, 177-i, in-4". Après avoir 
soigneusement comparé, entre elles, 
toutes les rel itiiins des voyages dans 
le noid, Ee.gel rlierclie à prouver 
qu'il est possible de gagner le grand 
Océan en naviguant par le nord. Son 
livpollièse se fonde sur une opinion 
dont la fausseté a depuis ctc recon- 



ENG 

nue, c'est que l'eau de la morne pcirt 
geler. Le livre d'Kngel avant produit 
nue certaine sensation en France et 
en Angleterre , et plusieurs personnes 
ayant soutenu que la mer n'était pas 
navigable dans les parages septen- 
triona x, la société royale de Lon- 
dres invita le roi à ordonner une ex- 
pédition maritime au pôle arctique. 
L'expélilion eut lieu sous le com- 
mandement du capitaine Pbipps ( P^. 
Phipps ) , e! son résultat ne fut pas fa- 
vorable aux assertions d'Engel. Il fit, 
sous ses yeux , traduire en allemand la 
relation de ce voyage, et y ajouta des 
notes et des observations. Celle ver- 
sion parut , à Berne, en 1777? 'n- 
4"., avec figures. 11. Essai sur celte 
question ; quand et comment l'Amé- 
rique a t- elle été peuplée dliovimes 
et d'animaux 7 par E. B. D. E. , 
Amsterdam , \ -^67 , in-4". , ou 5 vol. 
in- 1-2. Engel soulient dans ce livre 
qu'avant le déluge , les eaux n'étaient 
pas aussi abondantes qu'elles le sont 
aujourd'hui, et que les deux liéniis- 
phcrcs n'étant pas «-éparés par une 
distance aussi considérable, le pas- 
sage de l'ancien au nouveau monde 
était plus facile. 11 ajoute que l'atlan- 
tide des anciens était située entre 
l'Alrique et l'Amérique , et servait , 
par conséquent , à rapprocher les 
deux continenls; qu'il y avait aussi 
alors un passage de l'Océan boréal 
dans le grand ()c<'an, que l'Amérique 
avait eu des habitants dès les temps 
les plus anciens, qu'il lui eu était plus 
ariivé du midi que du nord de l'Asie , 
et que le déluge n'avait pas été uni- 
versel. Beaucoupde discussions relati- 
ves à réelaircissenient de la liible sont 
aussi traitées dans ce livre , où la 
question qui, d'après le titre, en de- 
vrait faire le sujet principal , n'oeciqw 
que 1res peu de place, ce qui a lait 
dire à quelqu'un (j'-ic l'auteur s'y otcu- 



EN G 
pail de font excepté de ce quil an- 
Hoi.ç ut. m. Mémoire sur la naviga- 
tion dans la mer du Nord , depuis 
le (J5 . de latitude vers le pôle , 
et depuis le i o°. au loo . de longi- 
tude , Berne, 1779, I vol. iii-4"'» 
avec une carte. Enj;el en revient tou- 
jours à la possibilité' de la navigation 
dans l'Océan boréal. Il indique une 
route qu'il croit sûre pfiur y par- 
venir , et donne d'ailleurs des rcn>ei- 
gneinents curieux sur les pr.ys situés 
dans ces pnraç;es glacés. IV. Eemar- 
ques sur la partie de la relation du 
vo^ynge du capitaine (00k , qui con- 
cerne le détroit entre l'Asie et FÀ- 
mérique , avec une carte , lierne , 
l'jSi , I vol. in-4'. Ces remarques 
avaient paru en allemand , l'année pré- 
cédente, en un volume in-8'. Engel 
se défend , en hcmrac qui est pénétré 
de la bonté de sa cause , contre les 
raisonnements de Cock. Ces deux 
ouvraj^es , et en général tous ceux 
qu'Engel a écrits eu français , sont <•! 
remplis de germa nisjnes que l.i lec- 
ture en est très faliguinte. V. Bihlio- 
theca selectissima y sive catalogus 
librorwn in omni génère scienlia- 
rum rarissimorum , quos nunc ve- 
num exponit, cum notis perpetuis , 
Berne , i i^'S , in-S". Ce catalogue est 
encore estimé à cause des anecdotes 
et des notes qui s'y trouvent répan- 
dues. VI. Instructions sur la pom- 
me de terre, Berne, i-j^'-i-'^i 2 
vol. iu-8'. , en allemand. VII. Mé- 
moire sur la rouille du Froment , 
Zurich, 1^58. D'après cetouvrnge, 
écrit en allemand , il paraît q;ie cette 
maladie des blés avait été inconnue ai 
Suisse jusqu'alors. VIII. Plusieurs 
autres ouvrages, sur l'économie ru- 
rale, imprimés séparément ou in- 
sérés dans les Mémoires de la société' 
économique de Berne, iu- 8°. . 1 rOo et 
années siùvantc;. Les spius d'E::;;tI 



ENG 13- 

pour faire re'ussir, pendant !a disette 
de 177**, la culture des pommes 
de terre, lui valurent , de 'a part de la 
vill< de Nvon , nue mcdail'* avec cette 
inscription : In signum gratitudinii 
et revertntiœ cives Nevidunenses ; 
on voit î-ui le revers les svmboles de 
l'agriculture avic ces mots : Alter 
Triptolt'mus nabis hœc otia fecit: 
l'exergue porte ceux ci : Sam EiigeL 
Urb. et Seal, praef. ( F. Ebulo ). 
E— s. 
ENGEL ( Jeai» Jacques ) , né le 
I I septembri- 174* » •' Paicbim, pe- 
tite ville du duché de Mecklembo'trg- 
Scliwerin, où son père était pasteur. 
Depuis l'à^iC de neuf ans il fréquenta 
d'abord le gymnase, et plus tird l'u- 
niversité de Ro>tock. Quoiqu'il se des- 
tinât au ministère de l'évangile, il s'oc- 
cupa de préférence de philosopiiic, 
de mathématiques et de pbvsiqne; il 
renonça même tout-à-fait à la thc'olo- 
gre , vers 1 765 , et se rendit à Leipzig 
pour s'y livrer exclusivement à l'élude 
de la philosophie et de la littérature 
ancienne. Les ouvrages qu'ii fit impri- 
mer, assurèrent son indépend.ince (t 
le firent connaître au public d'une ma- 
nière très avant.ngeuse. On lui offrit 
une chaire à l'imiversité de Gottin- 
gue et la direction de la bibliothèque 
de Gotha ; la piété fiiiaîc lui fit préfé- 
rer l'emploi de professeur de morale 
et de belles lettres à un des Qvmnascs 
de Berlin, qui le rapprochait de sa 
mère. Il remplit les fonctions de cetto 
place depuis 1776 jusqu'en 1787. 
Dans les dernières années de la vie «lu 
grand Frédciic, ii fut choisi pour en- 
seigner les bclles-lttîres aux enfants 
du prince de Prusse, ncvcn du roi. 
Ce prince , étant parvenu au trône, eu 
1787 , chargea Engel et le cc'èhrc 
poète Uatnier de la direction du théâ- 
tre de Berlin , poste que sans doute 
il jugea convenir à l'cciivain qui vc- 



ï58 EN G 

Bail de tracer avec succès la théorie 
de l'art théâtral. Mais les intrigiirs drs 
coulisses fatiguèrent bientôt le savant, 
vain, hypocoi.dre et incapable de 
supporter la contrariété. Dégoûté du 
théâtre et de U capitale , il donna sa 
démission , en 1 794 , et se retira à 
Schwerin, où il vécut dans la société 
de son frère et de quelques amis ; 
mais il ne put se refuseï à l'invitation 
honorable que lui adressa Frédéric- 
Guillaume III, immédiatement après 
son avènement au trône. Il retourna 
à Berlin , et le roi assura à son ancien 
iiiaî' re une pension qui , sans l'assu- 
jétir à aucun travail réglé , l'attacha à 
l'académie des sciences , et lui permit 
de donner tout son temps aux lettres 
et au soin que demandait la publica- 
tion d'une édition complète de ses œu- 
vres ; le destin lui permit à peine de 
voir le commencement de cette publi- 
cation. Sa mère , âgée de soixante- 
dix-huit ans , ayant désiré qu'il vînt la 
voir encore une fois , il ne se laissa 
pas retenir par le mauvais état de sa 
santé, qui était délabrée par suite des 
travaux forcés auxquels il s'était livré. 
11 fit le voyage de Parchim , mais il y 
arriva très affaibli , et y mourut , le o.B 
juin i8o'2, sans avoir jamais été ma- 
rié. Nous avons indiqué les principaux 
défauts qui déparaient le caractère 
d'Eugel; nous ajouterons que quoiqu'il 
aimât la bonne société, il ne connut 
pas l'art d'y plaire en faisant valoir 
le mérite des autres; que sa vanité 
voulait dominer par tout, et que son 
Immeur irascible donna lieu à des 
scènes désagréables; mais ces défauts 
étaient rachetés par de grandes quali- 
tés. La pieté filiale, la bienfaisance, 
la constance dans ses amitiés, un res- 
pect inaltérable poin- la vérité , une 
haine profonde pour l'intrigue , un 
grand zèle pour le progrès des lettres ; 
telles sont les vertus que ses ennemis 



ENG 

mêmes reconnu rent en lui. La nature 
lui avait donné une figure assez belle 
et des traits agréables; dans les der- 
nières années de sa vie, le défaut 
d'exercice et un sommeil souvent trop 
prolongé firent naître un embonpoint 
qui lui devint à charge. Engel est 
compté, avec r.iison, parmi les écri- 
vains classiques de sa nation. S'il ne 
fut pas un homme de génie, il se dis- 
tingua par un excellent jugement, par 
une sagesse et ^n goût , par une élé- 
gance de style et une pureté de dic- 
tion qui sont rares en Allemagne. La 
collection de ses Œuvres, qu'il avait 
préparée lui-même et qui parut à 
Berlin de 1801 à 1806, forme la 
vol. in-8^ Elle renferme très peu 
d'ouvrages qu'une critique sévère eût 
pu être tentée d'exclure d'an pareil 
monument. Nous n'indiquerons ici 
que les principales productions de cet 
écrivain , non d'après l'ordre où elles 
sont placées dans ce recueil, mais 
d'après les dates des premières édi- 
tions. Deux petites comédies, le Fils 
reconnaissant elle Pa^e, commen- 
tèrent à fonder la réputation de l'au- 
teur; il les fit imprimer en 1770 et 
177/1. Elles placèrent Engel à côté 
des meilleurs auteurs dramatiques al- 
lemands. L'une et l'autre ont é\é tra- 
duites eu français et insérées dans le 
Tliédlre allemand de Friedel. I^e 
Pa^e est l'original de la comédie 
des Deux Pages ( T. DezÈde }. L'au- 
teur de la pièce française y a ajouté le 
rôle du second page et quelques autres 
rôles qui ne se trouvent pas dans l'alle- 
mand ; la comédie d'Engd est plus 
simple et plus régulière que l'imita- 
tion française. En 1 77f"> Engel publia 
son Philosophe du monde, en 7. vol. 
in-H". C'est un recueil de morceaux 
sur diverses questions de philosopine, 
de morale et de littérature, qui y sont 
irailérs dans nue forme qui doit plaire 



ENG 

aux gens du monde et les instruire 
en les amusant. Un petit nombre de 
ces morceaux est d'Eberhard , de 
Garve, de Friedlaendrr et de Mcndels- 
sobn. Il existe peut-être jieu d'ouvra- 
ges allemands aussi bien ècnts que 
ces deux volumes; il y rrçne la plus 
grande clarté, une facilité et une élé- 
gance à laquelle les écrivains alle- 
mands n'ont pas souvent atteint : la 
lecture de ce recueil est aussi attrayante 
qu'instnictive. En i-jSSparutla Théo- 
rie de la Mimique , -i vol. in-8 '. , or- 
nés de gravures au trait. L'auteur y 
recherche le principe d'après lequel 
les passions s'expriment sur la phy- 
sionomie et par les gestes, et eu tire 
des règles pour l'orateur et l'acteur qui 
veulent imiter les mouvements de la 
nature. La forme épistobire qu'il 
choisit, lu» permit de donner à ses 
raisonnements une variété et un intc- 
1 et dont on ne croirait pas cette ma- 
tière susceptible. Une traduction fran- 
çaise assez médiocre de cet ouvrage , 
sous le titre d'Idées sur le geste, a 
e'té insérée par Jansen dans son Re- 
cueil de pièces intéressantes , con- 
cernant les beaux arts , les belles- 
lettres et la philosophie , traduites 
de différentes langues, Paris , i 787 , 
5 vol. in-8\ La première édition du 
Miroir des princes d'Engel parut 
en 1796. Sous ce titie l'auteur a 
réuni une suite de morceaux de mo- 
rale , destinés à l'instruction des prin- 
ces et surtout de ceux qui doivent 
rrçner un jour. Le roman de Lorenz 
Stark fut la dernière production de 
cet écrivain; il avait près de soixante 
ans lorsqu'il le composa. Ce roman eut 
un très grand succès en Allemagne, 
et il le méritait, sans doute, par celle 
admirable pureté de diction qui dis- 
lingue tout ce qui est sorti de la plu- 
me d'Engel ; on y rencontre des ca- 
ractères bien tracés et parlàitemcnt 



sonteuns jusques dans leurs pi as pe- 
tites nuances, des observations fines 
f t spirituelles , une excellente morale, 
et un grand art dans le dialogue ; 
mais l'intérêt est faible et l'action lan- 
guit souvent. S — u 

ENGEL ( CiiABLEs - Christiaw ) , 
frère puîné du précédeot , naquit , 
comme lui , à Parchim , le 1 2 aoûc 
1732, et mourut, le 4 janvier 1801, 
à Schwerin où il avait exercé la mé- 
decine. 11 a pubUé quelques poésies et 
ouvrages de littérature qui lui ont 
fait une certaine réputation , san» 
qu'il ait réussi , cependant, à s'élever 
au rang d'écrivain classique que son 
frère occupr. Une petite brochure 
qu'il fit impiiracr, en 1787, et qui, 
depuis, a eu plusieurs éditions, 6t dans 
le temps une grande sensation , parce 
qu'elle traitiit , dans une forme popu- 
laire, une question intéressante qui 
cependant a rarement occupe les phi- 
losophes. Il y examine de quelle ma- 
nière i'ame existera après sa sépra- 
tion du corps , et comment elle conti- 
nuera à communiquer avec les amcs 
de ceux qu'elle a connus sur la terre. 
Cet ouvrage est intitulé : Nous nous 
revenons. Eugel lui a donné la forme 
dramatique ; mais il est bien infé- 
rieur à son frère dans l'art du dialo- 
gue. Il a donné quelques pièces de 
théâtre , Biondetta , en 4 actes, imitée 
du roman de Cazotte , V Anniversaire 
de naissance, ou les Surprises, en un 
acle ; V Erreur , etc. S— l. 

ENGEL (A?iDRE\ f^Vr. Akgelus. 

ENGELbERT , abbé d'Aimont, 
ordre de St.-Benoît , dans la Styrie , 
mourut en i35i , après avoir admi- 
nistré sagement ce monastère pendant 
trente-quatre ans. 11 a laissé un giand 
nombre d'ouvrages; mais on se cod- 
tentrra de citer les plus importants : 
I. De ortu , proeressu et fine imperii 
Romani. Gaspard l^rusch ( Voyez 



i4o EN G 

BRUsck) publia cet ouvrage â Bâie en 
i5j3, in-8". ; une seconde édition 
parut à Maïence, i6()5, in-8". ; Joa- 
cliim Clutenius en donna tnie troisiè- 
me, Offenbacli, 1610, in-8'. jet 
enfin André Scliotl l'inse'ra , avec des 
additions , d.ins son Supplementum 
ad Bihl. patrum , Cologne, 1622. 
La fin du monde y est annon- 
cée comme très prochaine; II. Pa- 
negyricus in coronationem Radul- 
phi ffabspuTgensis. CiVe, et après 
Jui Oudin, assurent que ce poème a 
etè imprimé dans la plupart des col- 
lections relatives à l'histoire de l'Alle- 
magne ; mais J. A. Fabiiciiis déclare 
qu'il ne l'a trouvé dans aucune. III. 
Epislola Eng;elberti de studiis el 
scriptis suis. Elle est adressée à Ul- 
rich, scholastique de Vienne. Le Pèic 
Pcz l'a insérée dans ses Ânecdoia , 
tom. 1". Les ouvrages d'Engelbert, 
dont elle contient la liste , sont au 
nombre de trente-sept; les suivants 
ont été publiés dans les ÀnecdaUi et 
dans la Bibl. ascetica de V(7..\\ .De 
^raliis et virtutibus B. Mariœ vir- 
ginis. Anecdot., lom.l'^ V. Traclalus 
super passionem secundàm Mat- 
thœiim; BiW. ascét. tom. VIII, W.De 
libero arbitrio Iractatus ; Anecd. , 
ton). IV. Vil. De providcnlid ; Hibl. 
asc. , tom. VI. Vlll. De statu defitnc- 
torum ; Bibl. , tom. ix. IX. De causa 
longœvitalis hominum aulè dilu- 
vium; Anecd. , tome i" . X. Spéculum 
virluturn. Cet ouvr.ige, divisé en douze 
j)arlies, forme le 5. [volume de la 
îîibl. asret. XI. Exposiuo super psal- 
vitivi : heali itnuiaculali. L'intro- 
dnclion qu'Enj;clbert avait pl.icéc en 
têlc de ce commentaire a été impri- 
mée par le P. Pez dans sun Codex 
diplomatico - historico - qnstolnris. 
W— s, 
ENGELBBECHT ( .Iean ) , fnneux 
visionnaire allemand , naquit à 



ENG 

Brunswick en 1 599. Son père , qui 
était tailleur, ne l'envoya que peu de 
temps aux écoles , de sorte qu'il en 
sortit sachant à peu près lire et si- 
gner son nom. On le mit ensuite pen- 
dant trois ans en apprentissage chez 
un fabricant de drap; mais sa mau- 
vaise santé le força à revenir chez 
lui , où il eut bien de la peine à ga- 
gner sa vie à filer de la laine. Col 
état lui causa une si profonde mé- 
lancolie et de si cruelles angoisses 
qu'il éprouva Oéquemment des ten- 
tations de s'ôter la vie par toutes sor- 
tes de moyens ; souvent il courait 
dans les rues au milieu de la nuit 
pour se dérober aux terreurs dont 
il était assailli. Ne trouvant ni re- 
pos ni consolation, il allait tons les 
jours à l'église demander àDicu d'avoir 
compassion du malheureux état où il 
se trouvait. Cmq fois par jour il 
priait à genoux pendant une demi- 
heure. Celle habitude fit prendre à 
sa maladie mentale une direction vers 
les rêveries leligieuses. En iG-22, le 
second dimanche de l'Avent, ayant 
vu l'apris-midi fort peu de monde à 
l'église, il en fut tout à coup sai>id'm>e 
mélancolie profonde. De retour chez 
Itii il se mit au lit , et conçut une 
telle horreur pour toute espèce de 
nourriture qu'il ne put rien avaler, 
Enlin au bout de trois jours il es- 
.saya , pour faire plaisir à sa mère , 
de manger un peu de poisson rôti ; 
mais ce mets s'arrêta dans sou œso- 
phage, et il eût été suffoqué s'il ne 
l'eût rendu. Croyant qu'd allait mou- 
rir, il demanda la rêne. 11 av.da sans 
obstacle le pain et le vp; mais en- 
suite il ne put absolument rien pren- 
dre. Il poussa des cris si lamenta- 
bles qu'un put l'entendre de plu- 
sieurs maisons éloignées, ce qui en- 
gagea les ecclésiastiques à f.ilre ])Oiir 
lui des prières. Sou jtimc dura huil 



ENG 

jours, et pciU-clre il y entra de la 
supercherie. Cependant ses forces di- 
inltmaient graduellement; on s'atten- 
dait à chaque instant à le voir mou- 
rir. EfTeciivemcnt ses cxire'iuitc's se 
refioidirenl, l'insensibilité' gagna tout 
son corps j il devint roide et immo- 
bile; il perdit la parole et l'usage de 
SCS sens. Il lui sembla vers minuit 
que sou corps était emporte à tra- 
vers les airs avec la rapidité d'une 
flèche. Après un vovage très court il 
arriva à la porte de l'enfer, où ré- 
gnait une obscuriîé ])rofonde , et 
d'où s'exhalait une puanteur à la- 
quelle il n'y a rien à comparer sur 
terre. Il entendit les cris et les gé- 
missements des damnés ; nue légion 
du diables voulut l'entraîner dans 
i'abîrae ; il se débarrassa de leurs 
gi ilTes , pria ; tout cet horrible spec- 
tacle s'évanouit. Le St.-E^prit lui ap- 
parut sous la forme d'un homme 
blanc, et le conduisit en paradis.Quand 
Engelbrecht se fut rassasié de toutes 
les délices du séjour divin , Dieu lui 
ordonna , par le ministère d'un ange, 
de retourner sur la terre pour y an- 
noncer ce qu'il avait vu , entendu et 
senli. Le St.-Esprit l'avait tout d'un 
coup complètement instruit , et l'avait 
chargé de la mission d'exhorter les 
hommes à la pénitence. Alors Eu- 
geibrecht revint graduellement à la 
vie en racontant sa vision. D-ms un 
de ses ouvrages il dit que tous les as- 
sistants sentirent la puanteur horri- 
ble de l'enfer, et que lui-même en 
sortant de son lit en était encore af- 
fecté; mais personne , excepté lui , ne 
sentit les parfums suaves de la de- 
meure des bienheureux. Il annonça 
dès-lors hautement qu'il était réelle- 
ment mort et ressuscité, et fonda sur 
ce prodige la vérité de sa mission. 
Quoique après sa prétendue résur- 
reclioa il se troiiyât sain et ?igou- 



ENG 



i4i 



reux, l'appétit ne lui revint pourtant 
qu'au bout de six jours , et encore ce 
uc fut que lorsqu'il l'eut ardemment 
demandé à Dieu; mais il passa en- 
core plusieurs semaines sans dor- 
mir , ce qui produisit de nouveaux 
imidents que ce rêveur donna en- 
core pour des prodiges et des visions. 
11 prêchait, enseignait, chantait et 
fredonnait toute la journée. Le soir 
il ne se sentait nullement fatigué, et 
passait la nuit sans dormir. Il enten- 
dit pendant quarante nuits une mu- 
sique céleste si harmonieuse qu'il ne 
put s'empêcher d'y joindre sa voix. 
Son insomnie dura trois mois malgré 
les potions somnifères que lui fit 
prendre un médecin. Pour obéir à 
l'ordre qu'il avait reçu de Dieu , il 
prêcha d'abord dans sa maison dc- 
rant un grand concours de monde; 
mais ses amis craignant qu'il ne de- 
vînt fou à force de trop parler, parce 
que la canicule avait déjà agi sur son 
cerveau , ne laissèrent entrer personne 
chez lui; alors il alla de maison en 
m lison , et prêcha comme il put. Il 
parlait de visions , de révélations ex- 
traordinnires ,mais peu surprenantes, 
puisqu'il passait souvent trois se- 
maines sans prendre presque aucune 
nourriture. A Brunswick on se mo- 
qua de ses discours décousus. Tant 
qu'il n'attaqua pas les ecclésiastiques, 
il y en eut qui rcconniM?i:t ch.^z En- 
ge'breclit quelque Ji\u>e de surnatu- 
rel ; mais ayant déclamé contre leur 
avarice et leur orgu^'il , ils décla- 
rèrent que tout n'était qne l'œuvre 
du démon. Comme l'on se cjntenta 
de l'exclure de la cène, il sontini que 
l'on était persiwdé de la diviuité de 
sa doctrine; mais il aspirait a h per- 
sécution, c'est pourqnoi il quitta en 
i6'24 sa ville natale, et erra long- 
temps d'un lieu à l'autre, dans la 
Basse - Saxe et dans le ducbe de 



l/lî* 



EN G 



Scbleswig , racontant ses visions , ses 
pxfasps, etc. Un jour il dit, entre 
autres extravagances, qu'il avait vu 
ies araes des bienheureux voltiger au- 
tour de lui comme les étincelles d'un 
grand incendie , et que , voulant se 
mêler à leur danse , il prit le soleil 
dans une main, la lune dans une au- 
tre, et commença alors à cabrioler 
avec ces âmes. Toutes ces absurdi- 
tés ne l'empêclîèrf nt pourtant pas de 
Élire des prosélytes. A Mortorf dans 
le Holstein ii gagna le' prédicateur 
Paul E^ard , qui dit hautement que 
tout cela était \m œuvre de Dieu. Dans^ 
d'autres endroits on lui fit subir des 
interrogatoires , on le traita de fou, 
on le chassa. Engelbrecht, étant à 
Himbourg en i65i, chercha à con- 
firuier par un miracle la vérité des ré- 
vélations qu'il obtenait de Dieu. Il 
passerait, disait-il, quinze jours sans 
manger ni boire. Il supporta ce jeûne, 
ce qui produisit beaucoup d'effet sur 
la multitude. Cependant des liber- 
lins, des incrédules prétendirent que 
la nuit il se faisait apporter de la 
nourriture en cachette ; quelques-uns 
soutiîircnt même qu'ils l'avaient vu 
manger. Il demanda, pour les con- 
fondre, qu'on l'enfermât dans la mai- 
son de force, où l'on pourrait le gar- 
der à vue ; mais les magistrats le chas- 
sèrent de la ville. Après avoir long- 
temps erré de tous côtés, Engelbrecht 
tomba dans un épuisement total , et 
■vint mourir dans sa patrie au mois 
de février 1G42. Le clergé refusa 
d'assister à son enterrement, qui eut 
lieu sans aucune des eérémonies usi- 
tées p.«r l'église. Quoique Engelbrecht 
pc sût pas très bien lire , et préten- 
dît par conséquent qu'avant 1640 il 
n'av lit pas lu la Bible , il a cepen- 
dant l;ussé divers ouvrages, dans les- 
auels il a ramassé plusieurs passages 
de l'Ecrilure-Saiutc. Tous sont en aU 



ENG 

lemand : T. véritable Vue et His- 
toire du Ciel, Brunswick , i625, 
1640; Amsterdam, 1690, in- 4°. 
C'esi le récit de son excursion en en- 
fer et en paradis ; II. Mandat et or- 
dre divin et céleste délivrés par la 
chancellerie céleste, Brème, lôîS, 
in-4". Cet écrit est le seul qui manque 
dans le recueil intitulé : OEuvres , 
Fisions et Révélations divines de 
Jean Engelbrecht, iGîS, in -8"., 
Brunswick , i64o ; Amsterdam , 
1680, in-4''. Traduit en anglais 
( ,'j8i,2Vol.in-8"'.),parFr.Okely, 
qui y a joint une noticQ sur la vie et 
les écrits de l'auteur. Ce recueil avait 
aussi été traduit en hollandais, Ams- 
terdam, i6t)7, in -8°.; en fran- 
çais, ibid., in-8'. Quelques-unes de 
ses productions se trouvent en fran- 
çais dans les OEuvres de W^'. Bouri- 
gnon. Un anonyme, probablement 
Paul Egard , a publié la Vie d'Engel- 

brccht \ 1 684 , in ^ '• ^ — '^* 

ENGELiiRECHT fHERMANW- 
Henbi ) , jurisconsulte, publiciste et 
littérateur allemand, né à Gieifsvvald 
en 170.,, fut fait professeur en droit 
et assesseur du consistoire suédois 
dans sa patrie en 170^ , et vice-pré- 
sident du tribunal d appel de Wis- 
mar en 1750. 11 mourut le 4 mars 
1 760. Voici ses principaux ouvrages : 
\! De meritis Pomeranorum in ju- 
risprudentiain naluralem, (ireifs- 
wald, 17-21, in 4".; 11. Pelineatio 
status Pomeraniœ suelhicœ , ib., 
1741, in-4".; \\\. Selectiores con- 
sultntiones coUe^ii jureconsullorum 
(vcademùv Cryptiswaldenis , Stral- 
.sund,i74i,in-foI.;lV.des/.e«re5 
sur l'Histoire littéraire de l»« Suéde, sur 
l'état de l'université de l.uuden , etc. 
insérées dans Pour et Contre , ou- 
vrage périodique. F oyez sa Vie, pu- 
bliée par Dœnhcrt, Gi-eifswald, 1 760, 
ia-4': C.M.P. 



ENG 

ENGELBRECHT-ENGEL- 
B R E G H T S iN , admiuistrateur de 
Snèdp au 1 5 . siècle. Il était ué dans 
la proviuce de Dilécarlie , d'une fa- 
mille qui avait part à l'exploitation 
des tniaes de cuivre. Marguerite, 
fille de Valderaar, étaut morte en 
1412, Eiic XllI, son arrière ne- 
veu, hérita des trois couronnes du 
Nord en vertu A<\ traité de Cilmarj 
mais il ne possédait aucune des qua- 
lités de la reine illu'^tre à qui il de- 
vait son élévation; lâche, irrésolu et 
en même temps jaloux de son pou- 
voir, il ne sut se concilier l'atlache- 
ment d'aucun des peuples dont il était 
le chef. Il irrita surtout les Suédois en 
les accablant d'tm pots, qu'il faisait le- 
ver par des Allemands et des Da- 
nois. Joss Ericson fut envové de Da- 
nemark on Udlécai lie pour être l'admi- 
nistrateur de cette province, et il en 
devint le fléau. Après avoir enlevé 
aux habitants leuis chevaux et leurs 
bœufs, il les fil atteler eux- mêmes à 
la charrue. Ceux qui résistaient étaient 
condamnés à |»énr sous le fouet ou 
dans une épaisse fumée , supplice 
alors usité- Indi<;nés de ces traile- 
menls barbares, les Dalécarliens se 
rassemblèrent pour délibérer sur le 
parti qu'ils devaient prendre. Leur 
désespoir était tel, dit un historien 
suédois , qu'ils répandaient des lar- 
mes , et faisaient retentir les mon- 
tagnes de leurs cris. Ils eurent enfin 
recours à Engelbrecht , ué parmi 
eux et connu par sa valeur autant 
que par sa prudence. Pour calmer 
leur agitation Engelbrccht leur pro- 
mit de se rendre a Copenhigue , où 
résidait le roi , et de porter leurs 
plaintes au pied du troue. Admis de- 
vant Eric, il tiaça le tableau des mal- 
heurs de ses compatriotes , et offiit 
de se constituer prisonnier jusqu'à ce 
^ue ia conduite du gouverneur eût 



ENG 145 

été' exaraiHée. Ses p'aintes ayant été 

trouvées justes, le roi promit d'y 
avoir égard. Grpend mt le gouverneur 
fut maintenu , et recommença bien- 
tôt ses exactions. Engelbrecht s'étant 
rendu une seconde fois à Copenha- 
gue, Eric refus I de le voir, et lui fit 
déffudre, sous peine de mort, de re- 
pjraitre à la rour. Trom;>€s dans 
leurs espérinces, les Dalécarliens re- 
coururent aux armes, et Engelbrccht 
se mit à leur tête. Ii chassa les gou- 
verneurs danois , s'empara de plu- 
sieurs forteresses, et ses succès en- 
traînèrent dans son parti la plupart 
des provinces. Le sénat et les étals 
s'élant assemblés dans la ville d« 
Vadstent, le général victorieux pa- 
rut au milieu des mandataires de la 
naliou, et appuvé d'une armée de 
cent mille hommes , il exigea qu'Eric 
fiit déposé pour avoir violé ses pro- 
messes et enfreint les stipulations du 
traité de Calmar. Eric instruit de ces 
événements se hâta de rassembler des 
troupes, et se rendit en Suède, oii 
quelques p'aces fortes étaient encore 
occupées par ses partisans. Il s'aper- 
çut cependant bientôt que la force ne 
réduirait point un peuple soulevé en 
masse , et il eut recours aux négo- 
ciations. Un traité fut signé à Stock- 
holm, par lequel le roi renouvelait 
ses engagemeuts. Mais ce traité ayant 
été bientôt perdu de vue par uu 
prince aveuglé sur ses propres inté- 
rêts , Eugelbrecbt reparaît à la tête 
d'une armée, s'empare de plusieurs 
places importantes , et assiège la ci- 
tadelle de Stockholm. Une diète con» 
voquée dans la ville d'Arb «ga décréta 
que l'obéissance serait refusée au roi , 
s'il ne se conformait à se> engage- 
ments. Abattu par le rivers, Eric ne 
sut prendre aucune mpsure convena- 
ble, (t |)eu après il 1 erdit la cou» 
ronoe. La fermentation des esprits et 



rU EN G 

le choc dos passions avaient ccpen- 
<laiit fait naître des partis , dont les in- 
térêts étaient difficiles à concilier. 
Lorsqu'on procéda à l'élection d'un 
administrat(^ur, les sufFra|;es furent 
partagés entre Engclbrecht, appuyé 
par le penp'e, et Charles G^nutson, 
MKilenu par les j;rands. Pour préve- 
nir la guerre civile, il fut arrêté que 
le pouvoir serait partagé entre les 
rfeux concurrents. Aïais Charles fut 
bientôt délivré d'un rival dont il crai- 
î:;nait l'influence sur la multitude, et 
l'on prétend même qu'il eut part à la 
trahison dont ce rival devint la vic- 
time, lingeibrecht , appelé à Stock- 
holm par des soins importants, s'était 
mis en route malgré la faiblesse qu'une 
maladie lui avait laisse'c. 11 n'était 
accompagné que de sa femme et de 
quelques domestiques. En passant le 
lac deflielmar, il descendit vers le 
soir dans une île de ce lac pour y 
prendre du repos. Magnus Bengt- 
son , d'une famille considérable , pa- 
rut tout à coup dans un bateau. Ne 
.soupçonnant point ses intentions, 
l'administrateur lui fit indiquer un 
abordage, et fut au-devant de lui. 
Bengtson, après avoir éclaté on me- 
naces, saisit la hache dont il était ar- 
mé, et en frappa Engelbrccht , qui 
expira aussitôt. Cet assassinat eut lieu 
Je 4 i"^i i/i56. L'assassin prit la 
fuile, et se cacha dans son château, 
voisin du lac. F^es |)aysans de la con- 
trée l'ayant poursuivi poiu' venger la 
mort de celui qu'ils regard lient comme 
leur protecteur , il chercha un asyle 
plus écarté, et peu aj)rcs (ilharles 
(^nntson le prit sous sa proleclion. 
Ja's paysans se r.'.ssemblèn nt cepen- 
dant de nouveau, et transportèrent 
solennellement le corps d'Engelbrecht 
à la ville d'Ocrcbro , où il fut dé- 
posé «lans le tinq)le principal avec 
tous les honneurs funèbres. L'insur- 



ENG 

rection provoquée par un gouver- 
neur tyraniiique, et dirigée par En- 
gufbrecht , devint le signal de ces 
mouvements et de ces catastrophes 
dont la Suède fut le théâtre pendant 
plus d'un siècle, et qui ne se termi- 
nèrent que lorsque Gustave Vasa fut 
monté sur le trône. C — au. 

ENGELBRECiiTSEN. roj. Cor- 

ENGELGRAVE ( Henri) , savant 
jésuite de la Belgique , né à Anvers 
en i6i o, entra dans la société de Jé- 
sus <à dix-huit ans, et y fit bientôt les 
quatre vœux qui y étaient d'usage. Le 
goût que ses maîtres développèrent 
en lui pour les auteurs profanes de 
l'ancienne Rome, ne préjndicia point 
aux penchants religieux qui l'avaient 
fait entrer dans cet ordre , et ne dimi- 
nua point son ardeur pour les études 
ecclésiastiques. La lecture des Saints- 
Pères et des auteurs théologiques al- 
lait de pair chez lui avec celle des 
écrivains du Latium , et son excel- 
lente mémoire conservait égilement 
ce qu'il avait lu dans les uns et dans 
les autres. 11 fut de bonne heure 
promu à une chaire d'humanités dans 
l'un des collèges publies tenus par 
les jésuites, et son mérite l'y fit bien- 
tôt élever à la charge de recteur. Ou 
le vit gouverner successivement ceux 
d'Oudenarde , de Cassel , de Bruges 
et d'Anvers , se inontraul partout aussi 
zélé pour inspirer la piélé aux jeunes 
gens, et régler leurs mœurs suivant 
la morale de l'F.v.mgik-, que pour ac- 
célérer leur progrès d.'uis la con- 
naissance et l'amour des belles-lettres 
laiines.IiOrs mèux- qu'il n'était plut 
(hargé de les ciisii^uiT directement, 
il ne pouvait s'empêcher d*<n don- 
ner d< s leçons jusque dans les prédi- 
cations qu'en sa qualité de leci'Or il 
était ohligc de taire aux étudiants les 
dimanches et Icics, cl dans ces espècua 



ENG 
de sprraons , tous assez longs et en 
latin , composes ordinairement de 
trois parties , il amenait d'heureuses 
citations de rgiie, d'Horace, d't)- 
vide , de Lucrèce , de Cicéron , de 
Scuèque , de Pline , de Valère-Maxiine, 
etc., qu'il associ.iit à des passages 
bien choisis de S. Aug'islin , de* 
S. Léon, de S. Chrysostôme, etc., 
etc. Le tort de « mélanj;e, si à la 
mode dans son siècle, se fait assez ge'- 
licraleraeiit pardonner ici par le hou 
choix et l'a- propos des citations , 
parmi lesquelles il s'en trouve en- 
c ire d'auteurs qui avaient traité eu 
laliu des matières scie tifiques. On 
Voit Etjgelgra ve presque me<lecin dans 
son discours sur VAnnoncialion de 
la bienheureuse fierté Marie et 
V Incarnation dii Ferbe ( Cœliim 
einpjrœuin^p&rl. i ), ou il expose 
aux jeunes gens les maux physiques 
dans lesquels entraîne le libirli- 
nago; et ce n'est pas te seul endroit 
curieux des prédications de ce jé- 
suite. Il était versé dans presque 
toutes les .>cieuces; on lui donnait, 
du moius parmi ses confrères, la 
qualificaliou de Oijicina scienlia- 
riim. La passion de i'étude , sans la- 
quelle il n'aurait pu acquérir des con- 
naissances atissi étt-nJues et aussi va- 
riées , ne l'empê; ha cependant point 
de remplir les devoirs particuliers 
qui lui étiieut prescrits par la règle 
de son ordre, ni de vaquer aux fonc- 
tions du mmistère sacerdotal , même 
au-ilelà des collèges. Alors même qu'il 
y était recteur , et qu'il prêchait avec 
tant d'assiduité et de soiu aux éco- 
liers , il dirigeait une de ces |)ieuses 
congrégations de séculiers que les jé- 
suites formaieut dans tous les lieux 
où ils .(vaient des étaitlissements. 
Engelgrave fut pendant quinze ans le 
directrur de celle des hommes ma- 
iries d'Anvei-s, etdaas le mèue temps 

XIII. 



ENG 145 

il allait prêcher chez les religieuses 
et diriger leur conscience. Un le 
trouvait encore au confessional toutes 
les fuis qu'on y avait besoin de lui. 
Devenu presque sexagénaire , et ne 
pouvant plus s'adonner autant à la 
prédication , il entreprit d'éi rire un 
Commentaire sur les Evangiles du 
Carême; mais la mort vint arrê- 
ter ce travail. 11 finit ses jours à An- 
vers le 8 mars lô-jo, après avoir 
vu ses sermons impritués plusieurs 
fois, et lus partout ai\ec le plus vif 
intérêt. C- sont: I. Lux Evan^elicay 
sub vélum sacrorum emblemaium 
recondita in anni dominicas, selectd 
historid et morali doctrind varié 
adumbrata, en x pari, ou tomes, 
in-4". , imprimés à Anvers, le i"^'. , 
en 1648 et le second en iGïi. Il 
s'en fit ensuite ^ept autres réimpres- 
sions sous ditrérents formats, notam- 
ment une à Amsterdam, i6j5, "x 
vol. in- 12; 11. Lucis Evangelicœ 
subvelum sacrorum emblematumre- 
conditœ pars lertia , hoc est cœleste 
Pantlieon , sive cœlum noi'um in 
festa et gesta sanctorum tolius anni 
selectd historid et morali doctrind 
varié illustratum , un volume in- 
fol., imprimé par J. Busée a Cologne 
en 1647; réimprimé par le même, 
Anvf'rs, i658, in-4''.; Amsterdam, 
i()59, in-8'.; IIL Cœlum empr- 
reum, non vanis et ftctis ronstella- 
tionum monstris bdluarum sed di- 
vùm domus Domini Jesus-Christi j 
ejusque illibaLP rirginis matris 
Mariœ , sanctorum apostolorum ^ 
martyrum , confessorttm , Firgi- 
num sple/ididè, etc. , illustratum.... 
morali doctrind , sacra ac profana 
historid lucuhrnlum , in - fo;. , im- 
primé par J. Busée à Cologne en 
i66rf , réimprimé in-4"' P-'"" ''' même, 
et ensuite a Amsterdjm en i^'fig, 
a vol. ia-iaj IV. Cxlum empy- 

30 



ï46 EN G 

reum , pars altéra , etc. , Cologne , 
1669, un vol. in-fol. , réimprimé par 
le même on in-4"«> ^t encore par un 
autre à Amsterdam , in-8°. , la même 
année. Cette édition d'Amsterdam 
sert de suite à celles des précédents 
ouvrages imprimés dans la même 
ville par la même imprimerie. Ils 
forment une jolie collection de six 
volumes, ornes d'cm!)lêmes ou vi- 
gnettes gravées en taille-douce avec 
la plus grande netteté. Les idées de 
la plupart sont aussi délicates qu'in- 
génieuses, et il est évident que c'est 
Engelgrave qui les a fournies. On 
voit , par exemple , au sermon sur la 
Circoncision , un ange qui , avec un 
instrument tr^ncliant, écrit un nom 
sur l'écorce d'un jeune arbre; au- 
dessus de la vignette sont ces mots 
de l'évangéliste S. Luc : Vocalum 
est nomen ejus Jésus, et au-des- 
sous est ce demi-vers de l'Enéide : 

Pulchram properat per vulnera nomen. 

L'emblème du discours sur la Tri- 
nité est le soleil se triplant en quel- 
que sorte sans cesser d'être unique, 
en se réflécliissant d.ins un miroir 
placé au bord d'un lac tranquille qui 
répète son image ; au - dessus sont 
ces paroles de l'épître de S. Jean : 
Jïi très uniim sunt. E!n citant ces 
emblèmes heureusement trouvés, 
nous conviendrons loulefois qu'il y 
en a plusieurs de ridicules et pué- 
rils. Henri Engclgr.ivc a encore pu- 
blié des Méditations sur la passion 
de Notre-Seigneur ; mais elles sont 
en flamand. Elles furent imprimées 
in - 8". à Anvers en 1(370. — Il eut 
un frère nommé Jean - Baptiste , 
aussi jésuite, qui c't.iit son aîué ; il 
avait vu le jour en lOoi , dans la 
même ville. On a de lui nu ouvrage 
ascétique intitulé : Medilatinnes per 
totum anTMtn in omnes dominicas 



ENG 

et f esta, in- ^".y Anvers, \654- Ce 
jésuite jouissait d'une grande co ;sidé- 
ration dans son ordre ; après avoir 
gouverné le collège de Bruges , il fut 
à deux reprises différentes adminis- 
trateur des maisons jésuitiques de la 
province de Flandre , alla à Rome 
comme député de l'ordre à la neu- 
vième congrégation générale des jé- 
suites, où il assista en cette qualité, 
et devint enfin supérieur de la maisoa 
professe d'Anvers. Ce fut là qu'il 
mourut le 5 mai i658. Scrupuleux 
observateur de sa règle, il poussait 
l'observance du vœu de pauvreté au 
point que si on lui donnait une sou- 
tane neuve, quoique d'une étoffe sim- 
ple et grossière, il la trempait dans 
l'eau pour qu'il n'y restât absolu- 
ment rien du lustre de la fabrique. Il 
ne soufflait pas que l'on mît dans sa 
chambre des tableaux ou des images 
passablement dessinées , de crainte 
qu'elles ne parussent avoir une cer- 
taine valeur, et lorsqu'il était ma- 
lade il ne permettait pas qu'on subs- 
tituât aucun mets délicat à ceux de 
la nourriture commune du réfectoirc. 
— Assuérus Engelgrave , frère 
des deux précédents , bachelier ea 
théologie et prédicateur, qui eut dans 
son temps quelque célébrité, entra 
dans l'ordre de S. Dominique , et 
mourut à la fleur de son âge le 21 
juillet 1640. Il a laissé des Sermons 
qui se sont long-temps conservés en 
manuscrit d uis les maisons de son 
ordre à Biu^es et à Anvers. G — n. 
ENGELHABD (^lCOLAs), na- 
quit à Berne en 1G98, cl s'appliqua 
avec succès aux maihémaliques et à 
la philosophie. Après avoir fait un 
voyage en Hollande, il fut nomme 
professeur de mathématiques à l'uni- 
versité de Duisburg en i-jiô. Cinq 
ans après il devint professeur de 
la même science à Gruninguc, où il 



ENG 

mourut le lo août i"65. Outre plu- 
sieurs dissertations , il » publié des 
Bemarquvs sur la physique de Mus- 
schenhroëk en 1738; des Institutions 
tic philosophie en 1732; \'Olium 
Grimin^nnum , etc. U — i. 

ENGELHAKD ( Régnier }, na- 
quit à Cdssel le 3o octobre 17 17- 
étudia à Marburg, à lèui et à Leip- 
zig , passa sa vie à remplir diserses 
charges dans '.'administration de la 
gurrre , et s'en acquitta de manière à 
être toujours distingué par les princes 
de He^se - Cassel , qui lui confièrent 
plusieurs opérations importantes. Il 
a donné une description géographi- 
que de son pays , avec des notes et 
des commentaires d'après les chroni- 
ques. Cet ouvrage est estimé pijur la 
précision des détails. Il se livra aussi 
à l'étude du droit nature! , et a laissé 
quelqu s ouvrages, dont les princi- 
paux, sout : 1. Spécimen juris feu- 
doruni naturalis , Li-ipz'g, \';^i y 
in-4''. ; II. Spécimen juris militum 
naturalis , methodo scieruificd cons- 
criptum , ibid. , 1754.. iu-4"-> ïï'- 
Essai sur le droit pénal universel 
d'après les principes du droit natu- 
rel, ibid-, 1751 , in-8".; IV. Des- 
cription géographique dit pays de 
liesse, Cassel , 1776, in-8'. Ces 
dctix ouvrages sont eu allemand. En- 
gelhard mourut à Cassel le 6 décem- 
bre 1777 , âgé de soixante ans. 

G T. 

ENGELHARDT ( Daniel ). F. 
Angelocrator. 

ENGEi.HUSRN (Thierri d'), 
né dans le duché «le Haiiuvie, prê- 
tre, chanoine d'HiMeslieim, et en- 
suite supérieur d'un monastère à 
WitenUorch , mourut en i |5o. Il 
est auteur d'une Chronique t-u latm, 
qui s'étend depuis la création jus- 
qu'à l'année i4'2o, et que Matbias 
l)oriug a continuée. ( f^oj-. Dorixïg). 



ENG 147 

Jean Herold et GuillaumeBiidc avaient 
annoncé le projet de mettre au )our 
cette Chronique. Joach.-Jtan Ma- 
dcr en inséra des txtraits dans ses 
Antiquitates Brunswicenses , et la 
publia dix ans après , H .lins^x.lt y 
167 I , in-4".. après en avoir revu le 
texte sur quatre manuscrite difT-rents. 
Léibnitz l'a insérée, avec nue partie 
de la continuation de Uôriiig , dans 
ses Scriptores rerum Brunswicen- 
sium , tom. II, et a placé à la suite 
uat courte généalogie des ducs de 
Brunswick , dont il regarde Eugel- 
husen comme l'auteur. Fabricius a 
donné dans la Bibl. rned. et infim. 
latinitalis, la liste des ouvrages cités 
par Eni^elhusen dans sa Chionique, 
et en la parcourant on ne peut qu'être 
étonné du choix et du nombre de ses 
lectures , surtout si l'on se reporte à 
l'époque où il vivait , c'est-à-dire , à 
un temps ou les moyens d'instruc- 
tion n'avaient pas encore été luulli- 
pliés par l'imprimerie. On attribue 
encore à Engr'.husen un Commen- 
taire sur les psaumes et un Foca- 
bulaire latin, que le P. Rhetraeyer 
assure avoir vu manuscrit dans la 
Bibliothèque de l'abbave de Saint- 
Biaise. ' W— s. 

ENGELSCH\LL ( Joseph Frédé- 
ric), né le lO décembre 1759, à 
Marbourg, dans la Hessc , où son père 
était surintendant des églises protes- 
tantes, fut un de ces hommes qui, 
peu favorisés par les circonstances, 
doivent tout ce qu'ils sont à leurs 
propres efforts. L'éducation qu'il re- 
çut ne fut pas telle qu'elle pût dé- 
velopper le germe du génie que la 
nature lui avait accordé, et le malheur 
qu'il eut, à l'âge de treize ans, de per- 
dre l'ouïe par suite d'un accident , re- 
tarda le développement de ses facul- 
tés. La philosophie , les sciences his- 
toriques, mais surtout la poésie et 

10.. 



i48 ENG 

l'art du dessin et de la peinture , 
eurent beaucoup d'attraits pour lui, et 
devinrent ses occupations habituelles. 
Son goût se forma par la lecture des 
ouvrages de Winkelmann et de Les- 
sing; plus tard il connut aussi les an- 
ciens, et s'attacha beaucoup à Ho- 
mère. La fortune ne seconda pas son 
zèle : pour gagner sa vie , il était oblige' 
de passer une grande partie de sou 
temps à montrer le d( ssin ; et ce ne 
fut qu'en 17S8, lorsqu'il avait déjà 
quarante- neuf ans , qu'on le nomma 
professeur extraordinaire de philoso- 
phie et de belles-lettres à l'université' 
de ûïarbourg( place à laquelle ne sont 
pasaltache'sdesappointemens), et maî- 
tre salarie dp dessin auprès du même 
corps. ijC travail assidu auquel il se 
livra pendant toute sa vie , épuisa de 
bonne heure ses forces , et il mourut 
le 18 mars l 'jg-j. Engelschall était un 
hoimne doux et aimable; la probité 
la plus scrupuleuse , la justice et la 
générosité faisaient la base de son ca- 
ractère. Il eut le rare mérite de savoir 
supporter les critiques, et d'en profiter 
pour corriger ses ouvrages ; lui-mêmç 
jugeait ceux dos autres avec candeur 
et bienveillance. Comme écrivain , il 
jie peut pas être compté parmi les au- 
teurs classiques de sa nation; mais il 
otciipe une place distinguée dans le se- 
cond rang. Il possédait un jugement 
droit, une mémoire heureuse, ornée 
de connaissances multipliées, et une 
imagination vive, mais réglée par un 
excellent goût ; son style pur et simple 
est exempt de ralFectation et du néo- 
logisme qui commencèrent à avoir de 
la vogue parmi ses contemporains. Ses 
ouvrages ne sont pas nombreux , puis- 
que tous parurent d'abord dans des 
«Imanachs et des journaux littéraires. 
En 1 7H8 il fil un Uecueil do ses poé- 
sies, in un vol. in-8". ; il renferme 
^ci moj'ceanx lyriquc^i , des ballades , 



ENG 

des contes , des épîfres et des épi- 
grammes. Ces poésies sont agréables , 
mais elles n'iront probablement pas à 
la postérité. Après sa mort, M. .lusti , 
professeur à Marbourg, publia la Vie 
de Jean-Henri Tischbein, le plus cé- 
lèbre des peintres de «e nom , dont 
Engelschall avait mis le manuscrit au 
net. Elle parut en 1 -jg-j à Nuremberg, 
en un vol. in 8". , et est comptée parmi 
les meilleures biographies que les Al- 
lemands possèdent. Justi recueillit 
aussi les autres ouvrages en vers et 
en prose d'Eugelsch;ill ; il les publia 
en 1 8o5 , en 2 petits vol. in- 1 2. Parmi 
les morceaux en prose que celte col- 
lection renferme, on en trouve plu- 
sieurs qui ont les beaux arts pour ob- 
j( t : il y fl des contes , des traités phi- 
losophiques , etc. Justi devint aussi le 
biographe de son ami : il fit insérer 
dans le Nécrologe de Schlichlegroll , 
de 1 79'] , ime notice sur la vie d'En- 
gelschall , dont nous uous sommes 
servis. S — l. 

ENGESTROEM (Je^n), doc- 
teur en théologie , évéque de Lund 
en Suède, et vice -chancelier de 
l'université de cette ville , mort eu 
i'j77, à l'âge de soixanle-dix-huit 
ans. Il était très versé dans la phi- 
lologie sacrée et dans les laugues 
orientales. Outre plusieurs disserta- 
tions savantes, on a de lui Grani' 
matica Hebrœa hiblica , JiUud , 
1734. IjCS fils de l'évêque Enges- 
troem furent anoblis, et entrèrent 
dans la carrière des charges civiles , 
cultivant en même temps les scicii- 
res et les lettres. — (iustave d'Ew- 
CESTROEM , mort il y a quelque temj>s , 
était conseiller au département des 
mines, et membre de l'académie des 
sciences de Stockholm ; on a de lui 
plusituirs ouvrages sur la minéralo- 
gie.— Laïu'enl d'Engestroem , après 
avoir été ministre de Suède à Var- 



ENG 

sovie , à Londres et à Berlin , fut 
plicé à la tctc da département des 
aflaires ëtran<;ères . it créé baron par 
Charles XIII en 1809. C — au. 

E N G H l E N ( Louis - Antoiite- 
HE?fRi DE BouRBOif , dnc d' ) , na- 
quit à Chantilli, le 1 août 1772, de 
Louis - Henri - Joseph de Bourbon et 
de Louise-Théi èse-Mathilde d'Orléans. 
C'e>t dans la personne de ce prin- 
ce , la plus illustre et la plus iiilc- 
rcssaiite des nombreuses victimes 
de Buonap.irte, que s'est éteinte la 
branche du grand Coudé. M. le duc 
d'Kngliien s'était montré dans toutes 
les iencoiitr«s le divine descendant de 
ce héros. Aux qualités physiques les 
plus agréables , à un goût vif pour les 
exercices du corps , il joignait les qua- 
lités du cœur el de l'esprit , fruit d'une 
houreuse naissance et d'une exccllenle 
éducation. En 1788, il fut reçu che- 
valier de l'ordre du Saint-Esprit , et 
siégea quelques jours après au parle- 
ment de P-tris; le discours qu'il y pro- 
nonça réunit tous les suffrages ; il 
avait auprès de lui le prince de Condë 
et le duc de B'jurbon ; ce qui donna 
lieu au premier président de faire ob- 
s<'rverque, pour la première fois, la 
cour des pairs voyait siéger ensemble , 
dans son sein, le grand-père, le père 
et le petit-fils. La même année il ac- 
compagna le prince de Gondé à Dun- 
kcrque, et le 16 juillet 1789 il sor- 
tit de Paris pour n'y r<ntrcr qu'es- 
corté de gendarmes qui le livrèrent, 
le '2 1 mars 1804, a un tribunal de 
sang. Il parcourut différents états du 
continent jusqu'en 179'*, époque à 
laquelle il revint en Fl.mdre avec son 
père , sous les Ordres duquel il Gt la 
campagne de cette année; mais le corps 
commandé par le duc de Bourbon 
ayant été dissous, il alla rejoindre 
celui du prince de Condé , qui était 
eu Brisgauj il ne quitta cette armée , 



ENG 



î1^ 



peu nombreuse en hommes , mais 
grande en courage et en tah-uts , qu'en 
i8oJ , époque du licenciement. On 
n'oubliera point les prodiges de valeur 
que fit cette armée en 1 795 : trois gé- 
nérations de héros combattaient el se 
multipliaient au milieu des dangers. 
Le 12 septembre, le prince fit passer 
rinu à son corps d'armée ; el il mon- 
tra, le i3 octobre , beaucoup de con- 
naissances militaires à l'attaque des li- 
gnes de Wcisserabourg. Mais où l'on 
reconnut loul-à-fait le digne rejeton 
des Condé , ce fut au combat de 
Bcrstheim, le 1 décembre : il avait 
à peine vingt - un ans, et les ma- 
nœuvres qu'il commanda, furent faites 
si à propos et si bien exécutées, 
qu'elles excitèrent l'admiration des 
vieux capitaines qui se trouvaient à 
cette affaire. Le prince de Gondé , à 
la tête de l'infanterie , fusait des pro- 
diges de valeur; le duc d*Enghjen et 
le duc de Bourbon , son père , com- 
mandaient la cavilerie; le duc d'En- 
ghien la commanda bientôt en chef, 
le duc de Bourbon ayant été blessé 
d'un coup de s ibre au commencement 
de l'action ; cette blessure t'obligea 
de se retirer. Dès que faffaire fut 
finie, le duc d'Eiighien se rendit 
à H-jguenau , pour s'assurer par lui- 
même de l'état de son père, dont la 
situation lui donnait les plus grandes 
inquiétudes. La blessure du duc de 
Bourbon n'eut aucune suite fâcheuse. 
Le dur d'Eughicn accompagna le prin- 
ce de Condé dans sa visite aux officiers 
et soldats républicains faits prison- 
niers dans le combat : alors, comme 
on sait, les agents de la Convention 
immolaient inhumainement ton: indi- 
vidu de l'armée de Condé qui tombait 
dans leurs mains , et les prisonniers 
qu'on venait de faire se crurent destinés 
à servir de représailles. Qm 1 fut leur 
ctonnement, lorsqu'ils entendirent ces 



i5o ENG 

princes donner l'ordre sux cLîrur- 
gicns de les traiter avec les mêmes 
soins et les mêmes égards que les mi- 
lilaiies sous leurs ordres ! Le duc 
d'Engbien tomba malade à la fin de 
cette campagne , pendant laquelle il 
avait éprouvé des fatigues au-dessus 
de ses forces. I! fut ri çu chevalier de 
Saint-Louis en i^gi. C'est à cette 
époque qu'il faut placer le commence- 
meiit de sa passion pour la princesse 
Charlolle de Ei han-Rocliefort , pas- 
sion qui de|)uis le détermina à se 
fixer à Ettenluim; s'il y eut entre eux 
une union secrère, il n'en fut point, à 
ce qu'il paraît , dressé d'acte en forme. 
Le prince se proposait sans doute de 
faire légitimer plus tard ces nœuds , et 
ne ^'attendait pas qu'une niorf pré- 
maturée viendrait rendre inopinément 
impossible l'exéculi<.n de »( s volontés. 
La princesse de Kolian ne cessa pas 
un instant de mériter l'honneur que 
le diic d'Enghien lui réservait, et 
«Ile n'a j mais dissimulé sa tendresse 
pour un prince qui en était si digue. 
Le due <!e Bourbon partit au mois 
de juillet i-jq^ pour l'Angleterre, et 
se sépara pour la première fois de 
son fils. Que les pleurs que cette sé- 
paration leur fit verser eussent été 
amers, si, pénétrant l'avtnii-, le père 
et le fils eussent pu prévoir qu'ils 
s'embrassaient pour la dernière fois ! 
Le prince de Condé donna en 1796 
le commandement de son avant-garde 
à son petit-fils , qui se montra bril- 
lamment pendant toute cette campa- 
gne. A peine les républicains l'eurent- 
ils ouveit( le y,4 i"'f ) 'n P'iî>sant le 
Bhin à Kihl, que le duc d'I^nghicn 
inarclia contre eux. Le uG, il reprit 
un moulin et d'autres postes impor- 
tants tombés en lenr pouvoir; le a-j, 
il se battit avec opiniâtreté, toute la 
journée, dans la forêt de la Seliou- 
ter i mais la dcfcctioa des troupes du 



ENG 

cercle de Souabe, qui appuyaient S3 
droite , l'ohligèrenl à se replier sur 
Ofïèiibourg ; il se retira de là dans la 
vallée (le la Kinch, d'où le surlende- 
main il reprit sa ligne de bataille en 
se réunissant au prince de Condé. 
Nous tenons ces détails militaires et la 
plupart de ceux qui suivent, de M. le 
V**. de Chefibntaines, aide-de-camp 
du duc , qui prit une part très active à 
toutes ces opérations. Du 28 juin au 
1 4 septembre , le duc remporta plu- 
sieurs avantages importants, notam- 
ment à Oberkanilach dans la nuit du 
12 au i3 septembre. Le combat du 
5o septembre près Schussenried, fut 
aussi très glorieux pour le duc d'En- 
ghien. La défense du pont de Mu- 
nich, qui eut lieu à cette époque, est 
une des actions les plus brillantes de 
cette campagne; on s'y battit pendant 
dix-huit jours. Le bruit de la bravoure 
et des talents de M. le duc d'Enghiea 
s'était répandu dans l'aimée républi- 
caine , et le prince céda plusieurs fois 
au désir que les militaires de cette 
armée témoignèrent de le connaître 
personnellement; ils restèrent tou- 
jours découverts devant lui. Cet em- 
pressement et ce respect font l'éloge 
de ces militriires , qui étaient alors 
sous les ordres du général Moreau. 
Les braves s'entendent et s'honorent 
mutuellement. Après le traité de Léo- 
ben , en 1 797 , la cour de Vienne or- 
donna le liceneiemeiit du corps de 
Condé , qui passa en lliissie ; il y resta 
jusqu'en 1799 : alors il revint en 
Souabe. Leduc d'Enghien fui charge' 
de défendre Constance. Le prince 
russe Korischakow s'étant laissé sur- 
prendre dans Zurich, les républicains , 
sous les ordres de Massena , se portè- 
rent en avant , et le corps de Condé , 
qui protégeait la retraite des liiisses, 
repassa le lUiin après un combat ass(Z 
\if, dans lequel il uc perdit ricu 



ENG 

de sa réputation. On ne doit point 
passer sous silence l'affaire de Rosen- 
heim : le prince n'avait que deux 
mille hommes , et il se soutint depuis 
cinq heures du matin jusqu'à près de 
midi contre la division de Leconrbe 
toute entière ; ce général ne put ga- 
gner qu'une lieue de terrain. Ou ne 
saurait parler des brillantes actions de 
celte armée de Condc , sans penser 
aussitôt à son major - général , le 
baron de la iluchefoucauld , qui s'il- 
lustra parmi ces héros, comme il 
se dislingue encore aujourd'hui par- 
mi les sages. Dans la campagne 
de 1800, il y eut encore plusieurs 
actions importantes. Le duc d'Eu- 
ghico , à la suile d'un engagement 
qu'eut le corps sous ses ordres près de 
Eosenheim , rencontra un jeune hus- 
sard , faisant partie de l'armée républi- 
caiue, qui était resté blessé dans un 
champ, il le Gt relever et mettre dans 
son propre lit ; son chirurgien eut 
ordre de lui donner tous les soins 
qu'exigeait sa situation, et quelques 
joi:rs après le prince le fit recon- 
duire aux avant-postes français. Ou 
pourrait citer une foule de traits 
semblables dans la trop courte vie 
de ce prince aimable et généreux. 
Par suite des dispositions du traité de 
Lunévillc, en i8oi , le corps de G)n- 
dé fut, une seconde fois licencié. Le 
priuce de Condé se rendit en Angle- 
terre; le duc d'Enghien ayant reçu 
de pressantes invitations du cardinal 
de Rohan , revint à Etteuheim avec la 
princesse Charlotte. Mais en i8oa, 
les circonstances politiques ayant fait 
passer les états du cardinal sous la 
domination de Baden , le duc s'adres- 
sa au margrave , et obtint de lui l'au- 
torisation de continuer son séjour à 
Ktleiiheim. I.e prince y vivait eu sim- 
ple particulier, s'occupaiit de la culture 
dci fleurs, dt la chasse, faisant le bou- 



ENG i5i 

heur de tout ce qui l'entourait , lors- 
qn'arrivèrent les événements du com- 
mencement de l'année • 8o4- A celte 
e'r>(>que , Buonaparte ayant connu , 
d'une manière assez confuse, par les 
révélations d'un nommé Querelle , 
qui ne sut pa<> mourir, et la trahison 
d'un nommé Philippe, épicier au Tre- 
port, qui livra une correspondance en- 
tretenue par M. Michaud , de l'aca- 
démie française, et par M. de Mar- 
gnerit avec les pnnces de la maison 
de Bourbon , que ces princes, alors 
réfugiés en Angleterre , formaient le 
projet de se ressaisir de leur autorité 
en France , ou le vœu général les rap- 
pelait depuis long-temps ; que Piche- 
gru , les ducs de Polignac et d'au- 
tres personnages d'un grand caractère, 
étaient à L» tète du projet ; que l'An- 
gleterre le favorisait de toute sa puis- 
sance , crut devoir s'emparer de la 
personne du duc d'Enghien, soup- 
çonnant qu'il y était entré, et que 
ses papiers fourniraient des renseigne- 
ments sur le but qu'on voulait at- 
teindre, les moyens et les individus 
dont on se servait. M. de Caulain- 
court, gentilhomme picard, dont la 
famille avait été attachée a la maison de 
Coudé , fut expédié, à cet effet , avec 
des lettres secrètes du ministre des 
relations extérieures et du ministre de 
la puhce , dans le département du 
Bas-Rhin. M.iis pour dérouler les es- 
prits sur le véritable objet de sa mis- 
sion , il fut investi osteusiulement , par 
le ministre de la guerre, de pouvoirs 
afin d'accélérer la confection d'une flo- 
lille de bateaux plats , destinés à la 
folle expédition projetée alors contre 
l'Angleterre. M. de Cauîaincourl fut 
accompagné par un ofBcier supérieur 
de la garde de Ruoniparte , nommé 
Ordenner ; ils arrivèrent ensemble à 
Strasbourg. C'est de cette ville que M. 
de Cauîaincourl diii^^ea toute cette af- 



ir.î EN G 
faire , aj'ant sous ses ordres le nom- 
mé Hoscy et un individu plus connu, 
appelé Méhéc. ïaudis qu'il se ren- 
dait à Offnbouic^, pour y faire arrê- 
ter quelques émigrés de marque , le gé- 
néral F et le colonel Ordenncr tu- 
rent de'p<'chcs :i Eltenheiin ; un offi- 
cier de gendarmerie , non)mé Char- 
lot , et un maréchal-des-logis du même 
corps, nommé Pferdsdorff, avaient 
été envoyés, défiuisés , à Ettenheim. 
On voulait connaître avec exactitude 
Thabitatiou du prinie, et savoir bieu 
positivement s'il y était; si ses offi- 
ciers et ses domestiques étaient nom- 
breux; s'ils logeaient avec lui ; si 
tous étaient sur leurs gardes ; si 
l'on avait à craindre de la résistance 
de la part du prince ou des habitants. 
L'arrivée de ces deux inconnus fit 
naître des soupçons, et un ancien 
officier de l'armée de Condé , nom- 
mé S<-hmidt, reçut l'ordre de s'at- 
tacher a Pferdsdorff et de le sonder 
adroitement pour tâcher de découvrir 
ses projets. Cette mission lut mal rem- 
plie; Pferdsdorff sut donner le chan- 
ge à cet officier et le trompa ; Schmidl, 
au contraire, qui l'avait suivi près de 
deux lieues, revint eu se vantant de 
l'avoir habilement pénétré, et en as- 
surant que les deux inconnus ne de- 
vaient inspirer aucune crainte. Mal- 
lieuieusement on donna trop de con- 
fiance à ce rapport, et le piinee se 
décida à passer la nuit à Ettenheim : 
il était resté tout le jour a la chasse ; 
cependant malgré ce que Schmidt 
pouvait lui dire de rassurant , il pro- 
jetait de s'éloigner dès le lendemain. 
Ces choses se passaient le 1 4 mars ; 
maisdansla nuit du 1 5, son habitation 
fut cernée par trois à quatre cents 
liommcs , auxquels s'étaient réunis 
beaucoup de gendarmes. Ces troupes, 
à l'exception des gcudarmes , igno- 
raient qu'il s'agissait d'un prince de la 



ENG 

maison de Bourbon, et lorsque les 
so'dals l'apprirent, ils témoiguèrent 
les plus vifs regrets d'avoir coucoiu u 
à une pareille expédition. Leduc d'En- 
ghien était à peine couché, qu'on l'a- 
vertit qu'on entendait du bruit autour 
de sa maison , il saute de son lit, eu 
chemise, saisit son lusil; un d^ ses 
valets de pied eu prend un autre; ils 
ouvrent la fenêtre ; le duc d'Enghi< n 
cric : qui va là? et sur la réponse 

de C ils allaient faire feu; mais 

Schinidt l'^leva le fusil du prince et 
l'empêcha d'en taire usage, en lui 
disant que toute résistance serait inu- 
tile. Le prince alors fit promettre au 
baron de Grùnsteiii , que si l'on de- 
mandait le ducd'Enghien , il se nom- 
merait, ce qui pourrait lui laisser quel- 
que facilité pour s'évader; le piince 
se revêtit à la hâte d'un |iantalou et 
d'une veste de chasse ; ii n'a pas le 
temps de mettre ses bottes ; on 

monte l'escalier; C , Pferdsdorf 

et quelques autres gendarmes entrent 
le pistolet à la main ; ils deman- 
dent : « Qui de vous est le duc 
» d'Enghien? » Le baron avait perdu 
la tête, il reste rauel. On renouvelle 
l'interpellatiun : même silence. Le duc 
alors répondit iu;-uiêine : o Si vous 
» venez pour l'arrêter vous devez avoir 
» son signalement : cherchez- le. » Les 
gemlarnies, croyant parler à un de 
ses gens , répliquèrent ; « Si nous 
» l'avions, nous ne vous ferions pas 
» de (piestions; puisque vous ne vou- 
» lez pas l'indiquer , marchez tous. » 
Le chevalier Jacques, secrétaire du 
prince et son ami, qui logeait dans 
une maison voisine , ayant appris i'cn- 
vahisscment de celle du duc par 
une force armée, sortit à moitié vêtu, 
et envoya un domestique à l'église 
pour sonner le tocsin ; mais le clo- 
cher ét.'it déjà occupé par un piquet 
de soldais qui battircul ce dûmes- 



ENG 

tiqtie et IVmpêt hèrcnt de remplir 
sa inission. Bif n n'avait ete' iicgiigé 
pour le succès de cet horrible atten- 
tat. I>e chevalier Jacques était malade; 
H ranima ses forcis et se présenta po«ir 
accon)pat;ner le prince. On le repoussa 
d'abord ; mais ayant insisté . on le lais- 
sa entrer : c*esl toujours un de plus , 
dil-oii en lui ouvrant les portes. Il est 
resté { rès d'un an dans les cachots de 
Btionaparte, tant à Vincennes qu'au 
Tf inp'e. Ce fut sous l'escorte particu- 
lière de la }iendarmeiie que le prince, 
et plusiiui s ofïicicrs de sa maison 
quittèrent Ettcnbcim. Ils n'eurt-nl pas 
même \v remps de se vê'ir , et le 
prince partit m vesle et en panlaion. 
La princesse de Rohan, qu'on avait 
prévenue de cet évéuemput , vit de 
ses fcnêties, passer le prince d-ns 
ce misérable équipage , et elle le vit 
pour la dernière fois. Arrivés dans 
un moulin , à quelque distance, on s'y 
arrêta, et le prince obtint la permis- 
sion d'envoyer un valet de pied char 
pé de lui rapporter du linge et de 
l'argent. Le bourgraestie d'Elten- 
heim fut appelé dans ce moulin , 
et fil connaître à la gendarmerie le- 
quel des prisonniers eiait le duc d'En- 
ghien ; elle l'avait ij^uoré jusque- 
là. Peu s'en fallut que de ce mou'in le 
pnnce ne parvînt a s'échapper. Ou 
avait examiné les issues ; on avait déjà 
reconnu des sentieis détournés , et 
placé quelques planches sur des ruis- 
seaux ; mais au moment de l'évasion , 
une porte de derrière qu'on ne fer- 
mait jamais se- trouva barricadée en 
dehors. A quelles petites causes tien- 
nent les destinées! M. le duc d'En- 
ghien serait encore un des plus illus- 
tres appuis de la djiiastie que le ciel 
vient de rendre à nos vœux, si un va- 
let de moulin n'eût, par mégarde, 
fermé nn verrou inutile! Ces détails 
sont minutieux sans doute j mais nous 



EKG 



î55 



croyons qn'on les lira avec intérêt 
quaud il s'agit d'un prince si di^ne 
de r.'grets! (j'est d'un ofïicier de .sa 
maison que nous les tenons ( du che- 
valier Jicques); il l'avait suivi dans 
.sa fortune et ne ral)andonna pas 
dans ses malheurs. Après que le prin- 
ce eut reç'i les habits qu'i: attendait, 
on se remit eu marche en se dirigeant 
vers Ktjppel , où il pas.sa le Uhin. 
Il n'est pas inutile encore de dire ici 
que , lors de ce passage , un ofTicier 
de l'esci Ile , dont on n'a pas su le 
nom , témoigna par des signes confus 
et un certa'n ensemble de conduite re- 
marqués du prince et de ses offieirrs, 
qii'il avait l'intention de le sauver. U 
vuulait d'abord f ire embarquer les 
geiidaimes qui le gênaient, et placer 
dans un .second bateau destiné pour le 
prince, les soldats de ligne sur les- 
quels il comptait ; mais des circons- 
tances imprévues dérangèrent ce pro- 
jet. Tant il semble qui- tout concou- 
rait à livrer cette grande viilirae à 
son bourreau! Au sortir du bateau, 
à Bheinau , on ne trouva point de 
voitures, et les piisonniers Grent près 
d'une lieue à pied avant de trouver 
les mauvais charriofs .sur lesquels ils 
furent transportés à Strasbourg. Le 
prince était sur le premier, ayant à 
côté de lui son valet-de-chambre Jo- 
seph Canonne ( né eu Flandre ). 
L'escorte n'ayant pas d'ordre, on ne 
savait où déposer les pri.soiiniers ; le 
prince qui précédait de loin les au- 
tres, descendit dans la maison de 
Char... : ce fut là qu'il prit cet officier 
à part, et lui proposa de faire sa for- 
tune s'il voulait faciliter son évasion ; 
celui-ci s'y refusa. Héias î il ne .s'e>t 
trouvé dans celte révolution que trop 
d^ndividus qui se sont montrés im- 
passibles en remplissant les plus hor- 
ribles missions! Le crime trouve donc 
comme la vertu des hommes fidèles ! 



i54 EN G 

On ne farda pas à rorevoir l'ordre de 
conduire 'es prisonniers à la citadelle; 
le command.mt de cette citadelle 
traita 1res durement le prince, eut 
pour lui foutes sortes de mauvais 
proeédës, <t poussa la sévérité jus- 
qu'à placer des sentinelles dans l'in- 
térieur de sa chambre. Elles furent 
retirées par les oidres du général 
Levai; ce géicral désapprouva hau- 
tement cette conduite des qu'il en 
eut connaissance. Il vint plusieurs 
fois voir le prince, et lui témoigna 
ces égards et ces attentions dont 
l'homme généreux entoure le mal- 
heur , et tout le respect dû à un 
prince du sang de ses anciens souve- 
rains, La conduite de ce général dans 
cette occasion ne fut pas seulement 
ïioble, elle fut encore courageuse; elle 
l'exposait aux ressentiments d'un 
homme .dont il fallait pait.iger les fu- 
reurs , sons peine d'encourir sa dis- 
grâce. Le duc d'Eiigliien distribua 
dans la citadelle qnelcpi'argent à ses 
gens ; on y lit le dépouillement des 
papiers dont on s'était emparé à Et- 
tcnheim. Parmi ces pièces se trouvait 
son testiment. Les personnes qui con- 
uaisssaient la générosité et la noblesse 
de ses sentiments, regrettent que ce 
testament ne se soit pas retroiuvé. 
Nous ne pouvons rien dire de plus. 
On proposa au prince de les para- 
pher : il s'y refusa , et déclara qu'il ne 
signerait le ])rocès-verbal qu'en pré- 
sence du cheviilier Jacques. Cet inci- 
dent parut très-grave, et il fallut en 
référer au préfet, qui y consentit. 
Deux lettres qui contenaient quehjues 
plaisanteries sur Buonaparte étaient 

f)armi ces pièces , et le prince voii- 
ut le» jeter au feu : le commissaire 
de police Popp, qui assistait à l'o- 
pération , ne s'y opposait pas ; mais 
Ch.... dit très durement à Popp : 
Croyez 'VOUS faire ainsi votre de- 



ENG 

voir? Ce commissaire se condui- 
sit d'une manière très honorable. 
Le i8 mars, de grand matin, les 
portes de la prison s'ouvrent; des 
gendarmes entourent le lit du prin- 
ce, et le forcent de s'habiller à 
la hâte. Ses gens accourent : il sol- 
licite la permission d'emmener son 
fidèle Joseph ; ou lui dit qu'il n'en 
aura pas besoin. Il demande quelle 
quantité de linge il peut emporter avec 
lui; ou lui répond : une ou deux che- 
mises. Alors le prince perdit tout es- 
poir, et prévit bien le sort qui l'atten- 
dait; il emporta deux cents ducats , et 
en remit cent an chevalier Jacques 
pour acquitter les dépenses des pri- 
sonniers ; il cmbr;)ssa ses fidèles 
amis , et leur dit un éternel adieu. 
On se met en roule, la voiture mar- 
che jour et nuit; elle arrive le 'i.o à 
quatre heures et demie du soir, aux 
portes do la capitale , près la barrière 
de Pantin. Là, se trouve un couriier 
qui apporte l'ordre de filer le long 
des murs, et de gagner Vincenues. 
Le prince entie dans cette prison à 
cinq heures. H;irel , commandant de 
Vincenues, dit à sa femme : « Je ne 
» sais quel est ce prisonnier , mais 
» voilà bien du monde pour s'assurer 
» de sa peisonne. » La femme de Ha- 
rel reconuaif monseigneur leducd'En- 
ghien , et s'éci ie avec émotion : « C'est 
» mon frère de lait! » Le prince, ex- 
ténué de besoin et de fatigue, prend 
à peine un léger repas. Pendant qu'il 
le prenait, il pria qu'on voulût bien 
lui jM'éparer pour le lendemain, a son 
réveil , un bam de pieds. Il se jette sur 
un mauvais lit, dispose précipitam- 
ment dans une pièce a l'entiesol , pi es 
d'une fenclre dont deux carreaux 
étaient cassés ; et , sur l'observation 
du prince , ils furent musqués avec 
une serviette. Il ne tarda pas à s'en- 
dormir profondément. On févcilla eu 



ENG 

sursaut vers les onze licwres ; on le 
conduisit dans une pièce du pa iilon 
du milieu , faisant face au bois. Là , 
étaient réunis huit militaires, savoir, 
le ge'uéral Hullin, commandant 1rs grc- 
uadiers à pied de la garde, Guilon , 
colonel , commandant le premier régi- 
ment de cuirassiers, Bazaiicouit, com- 
mandant le 4 • d'infanterie légère, 
Ravier , colonel , commandant le i8'. 
régiment d'infanterie de ligne. Bar- 
rois , colonel , commandant le g6*. 
régiment d'infanterie de ligne, Rabbe, 
colonel, commandant le deuxième ré- 
giment de la garde municipale de 
Paris , d'Aulancourt. capitaine, major 
de la g<ndarmorie d'élite . fusant les 
fonctions de rapporteur, Molin .capi- 
taine au 1 8 . régiment d'infinlerie de 
ligne, gr' iCer; tons nommes pir le 
général Murât, gouverneur de Paris; 
ces militaires dressent à la hâte une 
instruction ciiminelle. Le jugement , 
disons mieux , l'ordre d'égorger ta 
victime, est porté vers les quatre heu- 
res; et à quatre heures el demie le 
prince est <xéculé dans un des fossés 
du château. Tout était calculé avec une 
précision perfide pour ensevelir cet 
attentat dans les ombres de la nuit , et 
pour en assurer t'txécution. La promp- 
titude de l'enlèvement , la rapidité du 
voyage, avaient p"ur but d'étonner, 
d'iffjiblir cet indomptable courage 
que le prince avait si souvent déployé 
pendant dix années de combats et de 
gloire; m.js le lâche espoir du tyran 
fut trompé : la fermeté du grand 
liomme répondit à la valeur du guer- 
rier; il parla avec la noblesse et la 
simplicité qui convenaient à sou ca- 
rartère et à sa vertu. Interrogé pour- 
quoi il avait porté les armt s contre sou 
pays , il répondit : « J'ai combattu 
» avec ma famille pour recouvrer l'hé- 
» ritage d« mes ancêtres : mais depuis 
V que la paix est faite , j'ai posé les ar- 



ENG iî)5 

» mes, ef j'ai reconnu qu'il n'y avait 
» plus de rois en Europe. » Ses ju^cs , 
frappés de tant d'intrépidité et d'in- 
nocence , hésitèrent un moment; ils 
écrivirent au tyran pour savoir sa ré- 
solution définitive. Olui-ci renvoie la 
lettre avec ces trois mots a : bas : con- 
damne A MORT. Dans le conseil privé 
qui eut lieu auxTuileries pour décider 
du sort de ce jeune prince, Gambacérès 
opina pour lui sauver la vie. Eh! de- 
puis quand , dit Buona parte en colcre, 
etesvous devenu si avare du sang 
des Bourbons ? ( i ). M. l'abbé de Bou- 
vens, qui a prononcé en Angleterre 
l'orai^o-: funèbre de Monseigneur le 
due d'Enghicn, s'est trompe en pré- 
tendant que l'exécution de cet horri- 
ble attentat fut confiée à des étran- 
gers. Il faut le dire pour la vérité 
de l'histoire, le crime fut consom- 
mé par des gendarmes d'éîit''. Voi- 
ci , à ce sujet , une anecdote pré- 
cieuse à recueillir : f/officier de ces 
gendarmes , fut averti dans la nuit 
pour aller commander le détache- 
ment destiné pour Vincenncs. Ce mi- 
litaire avait été élevé dans la maison 
de Condé , et n'en avait pas entière- 
ment perdu la mémoire; il arrive, et 
apprend l'odieuse commission dont il 
est chargé. Le jeune prince l'aperçoit, 
le reconnaît et lui témoigne sa joie de 
le revoir. Celui-ci baisse la tête , et ne 
sait que pleurer. On quitte la salle du 
conseil, l'on descend dans le fossé 
par un escalier étroit , obscur et tor- 
tueux. Le priuce se retourne vers i'of- 
firier, et lui dit : a Est-ce que l'on veut 
» me plonger tout vivant dans un ca- 
» chot ? Suis - je destiné à périr dans 
» les oubliettes? — Non, monseigneur, 
» lui répond - il en sanglotlant , soyez 
» tranquilie. » On continue de raar- 



(0 Cette I>oDtade r<t (i'auUnt plui iujiute que 
le vole de Cambacérèt . lors Jo prucèi du Roi, iat 
cocdilioancl et ne compta pu pour U mcrt. 



ï56 ENG 

cher, et l'on arrive au lion cîii mas- 
Sacre. Le jeune prince voit tout cet ap- 
par«'il et s'e'ciie : « Ali I iirâee.tu ciel , 
» je monn-Hi de la mort d'un soldat. » 
Ce militaire n'e'tait pas le seul individu 
ayant eu des obligations à la maison 
de Conde', que le liasard rendait tc'- 
înoin de cette catastrophe. La femme 
du commandant de Vincennes, de la- 
quelle nous avons déjà parlé, avait été 
élevée parles soins de cette auguste fa- 
mille ; elle avait donné des mar- 
ques de la plus vive dou'eur à l'ar- 
rivée du duc d'Enghien. Son elfioi 
redoubla quand elle te vit passer pour 
aller à la mort : « Sois tranquille , lui 
» dit son mari , le bruit que lu vas en- 
» tendre n'est que pour l'efïrayer. » 
Ce commandant est celui qui dénonça 
Céracrhi , Aréna , Topiuo - le - Brun ; 
et pour récompense il eut le com- 
mandement deVincennes. Avant l'exé- 
cution , le malheureux prince avait 
(limande un mini'vtre de la religion 
pour remplir ses derniers devoirs. 
Un sourire insul'ant ( t presque gé- 
néral accompagna la réponse que 
lui fit un de ces misérables , et 
dont voici les termes : « Est - ce 
» que tu veux mourir comme un 
» capuriu ? Tu demandes un prêtre ; 
*bjhl ils sont tous couches à cette 
» heure-ci. » Le prince indigne ne 
profère pas un mot , s'agenouille , 
élève son ame à Dieu, et après un mo- 
ïnent de recueillement, se relève, et 
dit : « Marchons. » IMurat et l'un 
des aides - de -camp de Buonaparic 
dtaieut présents à l'exécution. En al- 
lant à la mort, le duc d'Enghien dc- 
fiira qu'on remît à la princesse de 
Kolian , une tresse de cheveux , une 
lettre et un anneau. Un soldat s'en 
était chargé; l'aidc-dc-camp s'en aper- 
çoit, les s.risil en s'cVriant : «Persouic 
x> ne doit faire ici lescommissions d'un 
«traître.» Au moment d'être frappe^, le 



ENG 

duc d'Enghien , debout , et de l'air îtf 
plus intrépide, dit aux gendarmes : 
« A'Ions, mes amis, — Tu n'as point 
» d'amis ici, » dit une voix insolente 
et féroce : c'était celle de Murât. Il fut 
à ^in^laIlt fusillé dans la ])artle orien- 
tale des fossés du château , à l'entrée' 
d'un petit Jardin. Les soldats se jetè- 
rent sur lui, le fouillèrent, et s'em- 
parèrent de ses deux montres. On le 
jeta ensuite tout habillé dms une fosse 
creusée la veille, tandis qu'il soupait; 
la pelle et la pioche avaient été em- 
pruntées à l'un des gardes de la f(!rêf. 
Ainsi périt, à la fleur de son âge. au 
milieu de la plus illustre canièrc, un 
prince , un héros couvert de gloire , 
comblé de tous les dons de la nature , 
doué (les qualités le plus brillantes et 
des vertus les plusaimablcs; le modèle 
des guerriers , l'honneur de la nobles- 
se , l'ornement, l'appui, l'orgueil, 
l'espoir de sa famille, l'amour et l'ad- 
miration de l'Europe; en un mot, le 
digne rejeton du Grand-Condé. Le roi 
de Suède, Gustave Adolphe , se trou- 
vait , à l'époque de l'airestation du 
prince, dans les états de l'électeur de 
Baden , son beau - père ; dès qjit'il 
connut cet événement, il envoya 
un de ses aides -de -camp à Paris 
pour réclamer contre la violation du 
teriitoire de l'électeur, et pour conju- 
rer Buonaparte de respecter les jours 
du duc d'Enghien. L'aide -de - camp 
s'arrêta viugl-quatre heures à Nanci, 
et n'arriva qu'après que le crime tut 
été consommé. Le lendemain de 
l'exécution, le président de la com- 
mission militaire, se trouvait chez 
Cambaccrès, et rendait compte de 
révénement de la veille. Après avoir 
confesse hautement que le prince 
était mort avec beaucoup de cou- 
rage, il ajouta : « Ses réponses ont 
» été fort simphs; mais heureusement 
» il uous a dit son nom : car ma foi y 



ENG 

p sans cela , nous aurions étc fort em- 
» barrasses. » Ce propos fui entendu 
et répète par plus de trente per- 
sonnes. Cet aveu est d'autant plus 
reru-irquablc, d'autant plus vrai, qu'on 
n'avait pas saisi une seule pièce re- 
lative à l'aSaire de Pichegru et au- 
tres , ni chez le duc d'Enghien , ni 
chez aucun de ceux qu; furent ar- 
rêtés à la même époque au delà du 
Rhin. L'enlèvement de madame de 
llcich, arrêtée à Ofll-nltourg, avait 
averti tous les m.ilheureux réfugiés 
français du danger qui les menaçait; 
la p upart avaient fui. Le duc d En- 
ghien , dont la belle amc ne pou- 
vait soupçonner un crime, avait dé- 
d.iigné de prendre nue précantion 
qui eût ressemblé à de la timidité. 
C'est ainsi qu'il fut la victime de la 
sécurité qu'inspire aux grandes âmes 
l'innocence accompagnée du courage. 
Ce ne fut pas seulement à Londres 
qu'on honora la mémoire de cet in- 
fortuné prince par des cérémonies re- 
ligieuses; on célébra aussi à St.-Pé- 
tersbourg un service où le cénotaphe 
portait l'inscription suivante : 

Inchto PRiîrcjri 

Ludovico-Aîitoxio-Hexrico 

BoRBoaio CoKDito Duci d'Exchieît 

New MISES PROPRIA ET AVITA VIRTUTE 

QUAM SORTE FDSESTA CLARO , 

QUEM DEVORAVIT BELLCA CoVsiCA , 

EcROPjE TERROR , 

Et TOTICS HUMANI CENERIS LUES. 

Un anonyme a publié sur cette af- 
faire une petite brochure ayant pour 
titre : fie l'Assassinat de monsei- 
gneur le duc d'Enghien , et de la 
Justification de M. de Caulincourt. 
Toute» les pièces sont réunies dai;s 
cet écrit. On a aussi publié : Notice 
historif^ue sur L. A. H. de Bourhon- 
Con dé^ duc d'Enghien , prince du 
sang rojal, suivie de son oraison 



ENG i57 

funèbre , prononcée dans la chapelle 
de Sl- Patrice à Londres ^ en pré- 
sence de In famille royale, par l'abbé 
de IJouvens, 2 . édit., «8i4' ^'^ ^MP 
d'Enghien a bissé en mauuscrU u^ 
Journal de ses campagnes et de ^% 
voyages. M— •^. 

EiNGLlSn ou ANGLOIS ( Esr 
THEtt), française d'origine, qui ayant 
passé une partie de sa vie en Angle- 
terre et eu Ecosse, sous les re- 
joues d'Elisabeth et de Jacques I '^. , 
s'y est distinguée par son talent dans 
l'art de l'écriture. Apres avoir vécu 
dans le célibat jusqu'à l'âge de 
quarante ans , elle é(»ousa un M. 
Kello, dont elle eut un fils, qui 
entra dans la carrière ecclé.siastitjur. 
On a conserve' en Angleterre dans di- 
verses bibliothcq'ies plusieurs écltaur 
tillous curieux de son talent , eutro 
autres , Historice memorabiles Ge- 
nesis per Esteram fnglis Gailam.^ 
Edenburgi , anuo 1600; ainsi qu'un 
volume in-8°. obhmg , en français 
et en anglais, intitulé Octat>es {On:!' 
tonaries ; « sur la v.uiifé et i'incuusn 
• tance du monde , écrites par Ester 
» Inglis le i'". de jtnvitr 1600.» 
Ce recueil est orné de fleurs et de 
fruits peints à l'aquarelle; sur la pre- 
mière feuille on voit soh portrait en 
petit, avec cette devise : 

De Diea le bien. 
Du nuij le rien. 

Elle paraît avoir été étroitement liée 
avec Joseph Hall , évêque de Nor- 
wich. Dans un manuscrit dont elle 
lui adresse la dédicace en 1 1 7 , lors- 
qu'il était encore doyen de Worces-» 
1er, elle l'appelle my very singular 
friend, mon très intime ami. Quelques- 
uns d s ouvrages de cette dame se 
trouvent à la Bibiiolh. bodlc'ienoe. M» 
Walckenaer possèd l'ouvrage de cet- 
te célèbre calligraphe, le plus curieu^s 
scit pour la beauté ei la variété dc«. 



i58 EN G 

écritures, soit pour le portrait de l'au- 
teur, dessine à la plume par elle- 
même. Ce prp'ci(ux manuscrit con- 
tient, I". le Livre de V Ecclésiaste , 
de la main d'Esiher An glois , fran- 
çaise, à Lislebourg en Ecosse , ce 
XXI avril 1601. a', le Cantique des 
Cantiques AvnAwi également en tran- 
çais , le tout accompagne' de plusieurs 
pièces de vers, françaises et latines, 
d'André Melvinus et autres versifica- 
teurs du temps, in Esteram Anglam 
rarissitnavi fœminam. On y trouve 
aussi la devise favorite de l'auteur, en 
ces termes : 

De l'Eternel 

L( bi.n. 

De moy 1k mal 

Ou rien. 

Pour la délicatesse de l'écriture , ce 
petit chef-d'œuvre peut soutenir la 
comparaiNOU avec les ouvnges de 
Jarry et des autres calligraphes du 
siècle de Louis XIV. S — D. 

E^GHAM^:L1.E ( Marie - Domi- 
nique Joseph), religieux de l'ordre 
de S. Augustin , né à Nedonclial en 
Ai'tois le 'i4 mars 1727, se livra à 
l'étude des sciences, et particulière- 
ment de la musicjue. Il s'occupa sur- 
tout des instruments à touclies et de 
leur construction. Comme il se trou- 
vait, versi 757,3 lacourduroi Stanis- 
las, un virtuose italien filentendreà ce 
prince des sonates de clavecin qu'il 
admira beaucoup , mais dont il ne 
put obtenir communication. Instruit 
des regrets de Stanislas, Eugramelle 
voulut les faire cesser , et imagina une 
mécanique qui notait les pièces tou- 
chées sur un clavecin au fur et à me- 
sure de leur cxécnlion. Le virtuose 
revint à quelque temps de là, toucha 
les pièces dcMrées, et, peu de jours 
après, le P. Eugramelle lui fit enten- 
dre une serinette qui non seulement 
répétait ses sonaUs, mais rendait 
même fidèlement la mauièrc cl les 



ENG 

agréments propres à l'exécutant. L'îa-* 
veution du moine consistait dans ua 
clavier de rapport placé sous le véri- 
table , et dont les touches frappaient 
sur un cylindre couvert de deux pa- 
piers, l'un blanc, l'autre noirci. Le 
cylindre était mis en mouvement par 
une mécanique qui, a chaque tour, le 
faisait dériver de côté. La révolution 
totile était de quinze tours, et dur lit 
trois quarts d'heure. Une semblable 
mécanique fut inventée par Unger, 
con^eiller-secrétaire de la cour de 
Brunsv\'ick- Luiiebourg ;raaisil paraît 
que laprioritéappartient au P. E gra- 
nielle ( 1 ). Ce dernier , en 1775, rendit 
public le fruit de ses travaux et de ses 
observations dans un ouvrage intitulé: 
la Touotechnie , ou W4rt dénoter les 
cylindres et tout ce qui est siiscep'- 
tible de notage dans les instruments 
de concerts mécaniques , in - 8°., 
fîg. La matière était neuve (2) , et les 
luthiers faisaient un mystère de cet 
art. C'est également au P. Eugra- 
melle qu'appaitient tout ce qui a 
rapport au notage dans VArt du 
facteur d'orgues de dom Hcdos. Il 
est encore auteur d'un instrument 
qui donne la division géométrique des 
sons de manière à fixer l'incertitude 
des accordeurs. On lui doit en outre 
la description des Insectes de V Eu- 
rope , peints d'après nature par 
Ernst, «n-4'., 1' . partie, contrnuit 
les chenilles , chiy.s.ilidcs et papillons 
de jour. I^e Dictionnaire universel 



( i' M. Gullrjr «nnonfait dmi ir Joiimnl île 
Piirit ti;B3, N". ai ) lintciilion de écuier une 
inacliiui- 'lie ce geiirr qu'il avaii in»cnl*i' ; il eo 
fui dclourué pur la crainte lic patter pour pU- 
j;i»irc , loriqu'i.n lui eul apprii qu'un p.reil mict- 
nume «vjil «Icji été lail («.ir un liicleur dr Berlia 
nui. comme lui. n'iivail aucune cunuaiisanc* 
d une m.iclùne «rrablaMi- qui en décr.le d^ot le* 
3'ranntctiu'is philutophi<inet Z. 

^a Uidi-rot avait, en i^/jS, propojé un mojea 
fort ing^nieu» de noier a volonté , «ur-lc-clianip, 
tout re que l'un voulait fur let tcriueltei ou orgue* 
diu de lUrlKiric; maii ce tnoycB n'c*l p*« 4'uue 
t'X^culiou trèi facile. 



ENJ 

lui attribue quelques ouvraj^es sur 1rs 
Sourds et Muets. Eagraraelle mourut 
en 17 Mo. D. L. 

E:nGUERR\ND. rnjrez Covcr, 

Maiugnt, et .MoXsrRELET. 

Evf EDIN ^George;, ou EXYEDI.V, 
en latin Enjedinus , célèbre unitaire , 
prit Sun nom d' celm d'EuyeJ, petite 
ville de Trinsylvaiiie, sur les b>rds 
de la rivière de Miros , où il naquit 
vers le milieu du id . >iècle. Ses ta- 
lents lui laérilcrent la confiinoe géué- 
rale dan^ son pirti; il fut nomme su- 
riniendint dt"s églises de» unitaues 
dans ia Transylvanie, et directeur du 
collège de Clauierabourg. Il m )urul le 
u8 novembre 1397 , dans un âge pea 
avance'. On a de lui : Erplicationes 
locorum scripturœ , vUeris et iS'ovi 
Testamenti , ex quibus Trinilatis 
doginu stabiliri solct , in-4 . H com- 
posa cet ouvrage dans l'intention de 
prouver que les catlioliquis donnent 
une fausse inlerprdtation aux passages 
des écritures dont ils se servent pour 
établir le do2;me de la Trinité; et, dit 
David Clément , il n'épargna ni subti- 
lité, ni critique, p'tur venir à bout de 
son dessein. Li première édition fut 
imprimée en Transylvanie , peu de 
temps avant la mort de l'auteur. Les 
magistrats en prononcèrent la su pprcs- 
sion , et tous les exemplaires saisis fu- 
rent brûlés , en sorte qu'elle est deve- 
nue très rare. La réimpression de Hol- 
lande présente une copie tièsexaclede 
l'édition origmale. Fabricius assure 
qu'elle vit le jour à Groningue , cq 
1670. L'ouviMge d'Enjedm a été soli- 
dement réfuté par Kich u-d Simon, dans 
sou Histoire critique des commenta- 
teurs du Nouveau- Testament. On at- 
tribue encore à Eujedin : I. De dn>i- 
nitate christi; IL Explicatio loco- 
rum catechesis Racoviensis ; ilL 
Prœfatio in Noviim Teitumenlum 
versionis Racoviaiue. Le premier de 



ENN i5g 

ces ouvrages paraît n'avoir jamais été 
imprimé, et SaiidtU) ( Bibl. anli- Tri- 
nitar. ) , prouve par de bonnes rai- 
sons, qu'il est très d Juteux q'i'Etije- 
din soit l'auteur des deux autres. 

W— s. 
ENNERY (iVUcHELET D';.n-iquità 
Metz, eu 1709, d'une famille distin- 
guée; il comuieuça ses étu les au col- 
lège des Jésuites de cetie ville , et les 
coutinua a Paris. Ses pn-euts le desti- 
naient à la m igistrature, miis un de 
ses oncles, qui lui céda si charge de 
tré-orier de ia ville de Mez, le lit re- 
noncer à l'étude du droit, pour revenir 
dans sa ville natale. Les loisirs que lut 
labsaient ses nouvelles fonctions, et 
la cuanatssance qu'il fil d'un habile aii« 
liquaire , sou premier guide dans la 
science numismatique, développèrent 
en lui un g<mt qui le détormiui à re- 
noncer à sa charge , pour se livrer 
tout entier à la recherche des mé- 
dailles. Il se rendit à Paris , afin d'être 
plus à portée de former les suites 
q-ii ont illustré son cabinet. Les nom- 
breux amateurs q li s'occupaient a'ors 
de ce genre d'cru litiou , semblaient 
exciter le zèle d'Ennery. Il n'épirgna 
rien pour enrichir sa coilcction , il 
voyagea en Italie, en Allemagne, et 
fit par-tout des acquisitions impor- 
tantes. Les cabinets de Divau, capi- 
toulà Toulouse , du présiJenl de Mai- 
son, du duc du Maine, d'Havercamps, 
de Douxménil, de l'abbé Favard,da 
prince de Rubempré , de Chamiily, 
archevêque de Tours , des Jésuites de 
Paris, du marquis de Beauvau, de 
Houdenc et de tant d'autres, vinrent 
se foudre dans celui d'Euuerv. Il ne 
se borna pas à un seul genre de mé- 
dailles, il voulut tout posséder, mé- 
dailles grecques, de villes , de peuples, 
de rois , médailles romaiues , etc. Il 
s'attacha à former toutes ces suites. 
Soa catalogue , rédigé après sa-mort 



i6o ENN 

par MM. de Tej'san et Gosseliin , at- 
teste la niagiiificrice de ce cabinet, et 
le goût epiii é d<i son possesseur. I! y 
sacrifia presque toiilesa foi tune. D'Eii- 
nery, au milieu de tontes ses riches- 
ses, se contenta d'en jouir, sans se li- 
vrer à l'explication»»des monuments 
qu'il possédait; il n'a rien publié de 
son vivant et n'a laissëaucun mémoire 
après s;i mort. Il se contentait d'amas- 
ser, et de faire v,oir noblement son ca- 
))inet , qui ne manquait pasd'ê:re a isilé 
par les étrangers de distinction qui 
venaient a Paris. Il attachait à cela 
son plaisir, et il y borna son ambi- 
tion. H avait cependant formé le 
projet de rédiger lui-même son cata- 
logue ; mais une attaque d'apoplexie 
l'enleva le 8 avril i-jBti, à l'âge de 
.soixante-dix-sept ans. Ce fut Rome de 
Lille qui fut son exécuteur testamen- 
taire. C'est avec le secours de ce cabi- 
net que celui-ci a perfectionné son 
ouvrage sur la métrologie, et c'est 
aussi par les conseils d'Ennery que 
Beauvais , dans son Histoire des Em- 
pereurs . a fixé le prix de chaque mé- 
daille romaine, suivant sa rai été et 
l'espèce du métal dans lequel elle a été 
frappée. Aucune collection de particu- 
lier n'avait égalé la sienne, un prince 
aurait pu montrer avec orgueil ce tré- 
sor d'érudition , elle montait à plus de 
vingt-deux mille médailles, dont envi- 
ron vingt mille antiques. Cette collec- 
tion fut vendue publiquement; tout fut 
dispersé, et s«s débris allèrent embel- 
lir plusieurs cabinets , riches seule- 
ment de cette acquisition ; les Anglais, 
les Hollandais, ci les nombreux ama- 
teurs que possédait la France , .se dis- 
putaient le fruit de tant de travaux. 
JiCS principaux acquéreurs furent le 
cabinet du roi , MM. Haumont , Xau- 
py, de Tersan , l'abbé d'Hauteville, 
de Milly, etc., etc., à Paris.; Van- 
ilaramc, en Hollande ; Kniglh, ToTvn- 



ENN 

ley , à Londres. Nous noramons ici 
les principaux acquéreurs de ces col- 
leclidns, ainsi que les personnes qui 
ont enrichi les suites de d'Eunery , 
parce qu'il est essentiel de connaUre 
la filiation de tous les Ctibiuets, par 
rapport aux médxiilles qui se trou- 
vent publiées par de nouveaux pos- 
sesseurs, et qu'on peut prendre pour 
des pièces nouvellement découver- 
tes. Le catilogue d'Ennery , publié 
à Paris, 1788, i vol. in-4''., avec (ig., 
tient un rang distingué dans les biblio- 
thèques, parmi les ouvrages numis- 
maliqiies. T — w. 

ENNETIERES ( Jean d' ) , cheva- 
lier , sieur de Beaumelz, :iéà Tournai, 
vers la fin du 16 . siècle , cultiva U 
poésie française avec plus d'ardeur 
que de succès , et mourut dans sa pa- 
trie vers i65o, âgé d'environ soixante 
ans. On a de lui : 1. les Amours de 
Thea^enes et de Philoxènes , suivis 
de poésies. Tournai, 1616, in- iG; 
II. Boëce, de la consolation de la 
Philosophie , traduit en français, en 
prose et en vers , ibid. , 1 thM , in-S". , 
assez. r;ire; 1 11. le Cltevalier sans re- 
proche , Jacques de la Lains, poème 
en seize chants, ibid., i(i55, in-S"., 
c'est de tous les ouvr.igrs d'EuneCières 
le seul qui soit recherche des curieux. 
IV. les quatre Baisers que lame 
dévoie peut donner à son dieu dans 
le monde , ibid., \G\i , in - 1 j. ; V. 
Sainte- Aldégonde, tragédie, ibid. , 
l(^5 , in -8'. — Knnetiere ( Marie 
d' ), de la même fainilU' que le précé- 
dent, se fit quelque réputation pour 
son savoir et pour sa pieté. Le seul <lc 
.ses luivrages qui ait été imprimé est 
une E pitre en vers français , contre 
les Turcs , Juifs , Infidèles , faux 
Chrétiens, ctc; , 1 53(), in-S". 

W— s. 

ENNllIS(QmNTns), pwie latin, 
naquit à iiiidies , ville de la Calabre , 



ENN 

Van i\o avant J.-C. , sous le consulat 
de Q.Yalciius Fallon et de C. Mamilius 
Turrinus. Il vécut en Sardaif:;ne jus- 
qu'à l'âge de quarante ans; ce fut dans 
. cette île , soumise aux Romains , qu'il 
se lia d'aruilié avec Caton l'ancien , le- 
quel gouvernait alors la Sardaigne avec 
le titre de prêteur. La liaison qui exista 
entre Ennius et Gatou fut si grande , 
que le poète offrit volontiers ses bons 
offices à Caton pour lui enseigner la 
langue grecque. Gatou l'étudia avec 
fruit , et , pour témoigner sa recon- 
naissance à Eunius , il l'emmena à 
Home , et lui donna une maison située 
sur le mont Aventin. L'acquisition 
qu'il fit d'au poète aussi célèbre me 
paraît , dit Cornclius Népos , compa- 
ïable aux plus beaux triomphes que 
la conquête de la Sardaigne aurait pu 
lui mériter. Eunius obtint par sou 
génie le droit de bourgeoisie romaine : 
c'était un honneur fort recherché , 
qu'on n'accordilit alors qu'aux étran- 
gers d'un rare mérite. Le style d'En- 
nius a toute la rudesse du siècle oîi il 
vivait; mais le défaut de pureté et 
d'élégance est racheté chez lui par la 
force des expressions. Ennius tira la 
poésie latine du fond des forêts pour 
la transjilanter dans les villes ; et le 
poète par excellence, Virgile, en con- 
fessant qu'il a transporté dans son 
Enéide des vers tout entiers d'Eu- 
nius , disait souvent que c'étaient des 
perles qu'il tirait du fumier. Au juge- 
ment de Lucrèce , Ennius est le pre- 
mier d'entre les latins qui ait ob- 
tenu sur le Parnasse une couronne im- 
mortelle : 

PrLmac araano 
Detalit ex Hclicone pcreaai froode coronaa 
Per gentes luUt. 

Le judicieux Quintilicn a fait un grand 
éloge du poète Ennius : « Révérons , 
» a-l-il dit, cet homme célèbre , comme 
» on révère ces boi> sacrés par leur 

XIM, 



ENN i6i 

» propre vieillesse, dans lesquels nous 
» voyons de grands chênes que !e 
» temps a respectés, et qui pourtant 
» nous frappent moins par leur beau- 
» té, que par je ne sais quel scnli- 
» ment de religion qu'ils nous inspi- 
» rent. • Eunius fut recherché par 
tous les grands hommes de son siècle. 
Caton , dont nous avons parlé, atta- 
chait tant d'- prix à l'estime d'Ennius , 
qu'il la mettait au-dessus de l'honneur 
du triomphe. Scipion l'Africain, fati- 
gué des troubles de Rome, avait em- 
mené Ennius dans sa maison de cam- 
pagne de Literne; il avtit une telle 
vénération pour ce poète, qu'il voulut 
être déposé avec lui dans le mê- 
me tombeau. Ennius mourut envi- 
ron dix-huit ans après Scipion , d'un 
violent accès de goutte ; il fut honoré 
d'une statue élevée sur le tombeau des 
Scipions, dont il avait chanté les ex- 
ploits. Ennius a mis en vers héroïques 
les Annales de la république romaine ; 
il a composé, en outre, quelques sa- 
tires et plusieurs comédies qui annon- 
çaient une profonde connaissance du 
cœur humain; mais il ne nous reste 
de ses ouvrages que des fragments 
qu'on a recueillis dans le Corpus poë- 
tarum,e[. dont Hessélius a donné une 
excellente édition in. 4 '. ( Amsterdam , 
1707 }. Sa tragédie de Medée a été 
donnée à part, avec un choix de se$ 
autres fragments et un savant Com- 
mentaire par M. H. Planck, Hanovre , 
1807, iu-4". Ennius était lel.cment 
convaincu de son talent pour I > poésie 
épique, qu'il s'appelait i'Houtère des 
Latins. Voici i'épifaphe qu'd composa 
pour lui-même : 

A»P'<^''e. <1 civn, (enif Ennii imiglnis formam ; 

Hic vettrftm pioiit m.ixifQa facU pacrnm 
I?cmo me lacrymis decoret, ii^qne lunera ficla 

t'axit ; cnr.' rolito viïu» peror«Tirtlm 

B RS. 

ENNODIUS ( Magnus - Femx% 
lit uc à Arles, >crs l'an 47^, d'une 
II 



iGi E N N 

famille illustre • il comptait parmi ses 
parents les Faustus , les Buëces , les 
Avienus, et Gamiljus , soi) père , avait 
exerce lui-même des charges honora- 
bles ; il fut dépouillé de ses Liens par 
les Visigoths , lorsque les Barbares 
.s'établirent dans la partie méridionale 
des Gaules. Une de ses tantes, qui 
fleineurait à Milan , se chaigea de 
pourvoir à son éducation. Cette cir- 
constance a t'ait croire à quelques écri- 
vains qu'il était né dans cette ville. 
Ennodius aunonçait d'heureuses dis- 
positions pour l'éloquence et pour la 
poésie , et d'habiles instituteurs les 
cultivèrent avec soin. Il perdit sa 
tante à l'âge de seize ans , et retomba 
dans la situation malheureuse dont 
file l'avait tiré. Une dame d'une haute 
distinction , nomméa M élanide , tou- 
chée de son ntérile , répara les torts 
de la fortune à son égard en l'épou- 
saut. Eunodius alla habiter ensuite 
Pavie. S. Epiphane, qui en était alors 
évêque , apprécia ses talents, et l'en- 
gagea à les faire tourner à l'avantage 
tTe I.* religion ; il céda avec peine aux 
pressantes invitations du saiut évê- 
que; il ne consentit qu'à regiet à se 
séparer d'une épouse qu'il aimait ten- 
drement; et ce fut pour ainsi dire 
malgré lui qu'il l'ut ordonné diacre à 
l'âge de vingt un ans. Api es son ad- 
mission dans les ordres sacrés^ il ne 
changea pas aussitôt de conduite ; mais 
cnfiu la grâce toucha sou cœur, et 
dcs-lors, renonçant aux vanités du 
inonde, il s'.ppliqua tout entier à la 
science du salut. En 4o4 » i' suivit, à 
la cour de Goudebaud , roi de Bour- 
gogne, S. Epiphane, chargé par les 
églises d'Italie du rachat des captifs. 
Ce saint prél.it étaul mort , il se relira 
à Kome, où il continua de partager 
SCS loisirs entre l'étud-' cl la pratique 
de ses devoirs. Parmi les ouvrages 
qu'il composa ù ccUc époque, ou rc- 



ENN 

marque Y Apologie pour le pape Sym- 
maque et le iv''. Concile, dont les 
Pères ordonnèrent l'insertion dans 
les actes de cette assemblée ; et le 
Panégyrique de Théodoric, roi des 
Visigoths , qu'il prononça en 507. Les 
talents d'Ennodius et l'emploi qu'il 
en faisait pour l'utilité de l'Eglise , lui 
méritèrent l'estime des pontifes cl la 
vénération des' peuples. En 5i i , il 
fut placé sur le siège épiscopal de 
Pavie, et peu de temps après le pape 
Hormisda^ le chargea de travailler à 
la réunion des églises d'Orient, divi- 
sées par l'hérésie des eutychiens ( f^. 
EuTYcnEs).ll se rendit deux fois pour 
cet objet vers l'empereur Marcien ; 
mais ce prince, qui favorisait les er- 
reurs qu'Enuodius venait combattre, 
résolut de le fiire périr , en le forçant 
de se rembarquer sur un vaisseau en 
mauvais état. Sa criminelle espérance 
fut trompée : Ennodius arriva heu- 
reusement en Italie; il reprit l'admi- 
nistration de sou diocèse , qu'il gou- 
verna saintement plusieurs années, et 
mourut le 1 7 juillet 52 1 . L'Eglise ho- 
nore sa mémoire le même jour. Les 
OEui'res de S. Ennodius ont été re- 
cueillies et publiées par André Schott, 
Tournai, 161 1 , in-8". , et par Sir- 
mond, Paris, même année et même 
format : elles l'avaient été précédem- 
ment dans le Hecueil des Authores 
orthodoxographi , Bàle , 1 56() , in- 
fol. ; et elles l'ont été depuis dans les 
différentes éditions de la Bibliolh.Pa- 
trujn,eÀ séparémeut, à Venise, i 7'ii), 
in-fol. La meilleure édition est celle 
qui fait j)artie des operavaria SS . Pa- 
trian ( P"^. SlRMo^D) ; le texte en a été 
coltationné sur deux excellents ma- 
nuscrits , et les notes placées au bas 
des pages offrent tous les éclaircisse- 
ments nécessaires. Elle renferme : I. 
des Lettres , au nombre de ^97 , di- 
visées en IX livres :1c style n'en est pa« 



ENN 

exempt de recherche ni de mauvais 
goûl ; mais elles respirr iit la pie'le' la 
plu^ teii Ire ; II. le Panég^ rique de 
Théodoric , pièce ufiîe |HJur l'his- 
toire : eilè a été' imprimée dans les 
preraièreN édition > cIcn Panegyriri ve- 
leres; II(. \' Apologie de Sjmmaque 
et du 4 • concile de Rome, remar- 
quable par l'eiichaînemenl des moyens 
et la solidité des rai^onnrments, mais 
trop favorable, de l'avis même des 
critiques les moins prévenus, aux pré- 
tentions de la rour de Home; IV. la 
F'ie de S. Epiphane , év'éqne de Pn- 
</je, estimée par rexactitudf des faits 
et par la connjissance qu'elle donne 
de diftérents points historiqu^-s ; le 
stile en est plus correct et plus agréa- 
ble que celui des autres ouvrages d'Eu- 
nodius : elle a été insérée dans les 
^cla sanctorum , au i n jiuvier, avec 
des notes deBollandus; Arnauldd'An- 
dillvl'a traduite en français; V.la fie 
de S. Antoine , moine de Lerins ; 
c'est plutôt un p inégyrique de ce saint; 

VI. plusieurs Opuscules, peu impor- 
tants , entre lesquels on remarque ce- 
lui que le P. Sirmond a intitulé Eu- 
charislicum , parce que Ennodius y 
rendgrâ.esà Dieu de sa miséricorde; 

VII. des Discours ou Allocutions , 
au nombre de vingt-huit, sur des su- 
jets de piété, etc. Dora >I<Triène a in- 
séré , dans le tom. V du Thésaurus 
anecdotorum, deux pièces de ce genre 
qui avaient échappé aux rerherches de 
Sirmond. VIII. Des Pu«/e5 , divisées 
eu deux p.nties : la premiin' contient 
des Hj mnes , un Elo^e de S. Epi- 
phane , etc. ; l.i seconde , des Ef.>ita- 
phes , des Inscriptions , d<'S Epi- 
grammes , etc. On retrouvpqne'ques 
pièces d'Eunodiusdius le Chorus poë- 
tarum. W — s. 

EN OC, ou ENOCH (Louis), 
né à Issouduu au i6 . siècle , em- 
brassa la réforme de Calyin, et se 



ENO i63 

retira à Genève vers i55o. II rem- 
plit avec distinction une place de lé- 
genl au collège de celte vilie, et ea 
fut nommé principl eir i556. La 
même année il reçut la bourg( oisie , 
et peu de temps après fut piumu au 
ministère. li a écrit des Commen- 
taires sur Cicéron, que Robert Etienne 
a p:ib!ié,N avec les OEuvics de cet 
ont<-u . On a encore de !ui: \ Prima 
infantia linguce ^œcœ et lutinœ si- 
viul et gallicœ, P. ris, i34*j in-^".; 
II. De puerili grœcarum lillera- 
rum doctrind liber, Paris, i555, 
iu-b".; m. Pailitiones grammati- 
c<H, Genève, in -4'. — Enog t l'ierre), 
sieur de la Meschiniere , fils du pré- 
cédent, né dans le Dauphiné, cul- 
tiva la poésie françai>e, mais sans 
grand succès. On a de lui : I. Opus- 
cules poétiques, Gem\e , i5-'i. in- 
8 .; II. la Céocyre, contenant cent 
cinquante-un sonnets, des odes, des 
chansons , des élégies , des bori;e- 
ries, Lym, 1578, in-4"- Il célèbre 
dans cet ouvrage les charmes d'une 
jeune demoiselle qu'il nomme Céo~ 
cyre , de deux mots grecs qui signi- 
fient bride-cœur ; \\\. Tableaux de 
la vie et la mort Ce sont des ré- 
flexions morales sur les misères de 
la nature humaine, divisées en cinq 
cents quatrains. Les bibliographes 
qui font mention de cet ouvrage n'en 
indiquent ni la date de l'impression , 
ni le format. W — s. 

ENOCH , pafriarche , fils de Jared , 
naquit l'an SS'jS avant J.-C. il engen- 
dra Mathu.sala, lorsqu'il était âgé de 
soixante -cinq ans, et vécut encore 
trois cents ans après. .\Iors a il ne p^- 
•> rut plus, dit l'Ecriture, parce que 
» le Seigneur l'enleva du monde. » 
S. Paul , dans sa belle Epître au\ Hé- 
breux , où il célèbre avec magnificence 
la foi des patriarches , parle ainsi de 
celui qui est le sujet de cet article : 

II.* 



i64 ENO 

K C'est par la foi qu'Enoch fut enlevé, 
» afin qu'il ne vît point la mort; et ou 
» ne le vit plus , parce qne le Sei- 
» gncur le transporta ailleurs. » Les 
docteurs de l'Eglise et les plus sages 
interprètes de l'Ecriture ont donc en- 
seigne' que le patriarche Enoch n'est 
pa* mort , et que Dieu l'a enlevé' tout 
vivant du milieu des hommes , comme 
il a transporté long -temps après le 
prophète Elie, sur un chariot de feu 
(P^o^. Elie. ). S. Jérôme, dans son 
Commentaire sur Amos , dit qu'Enoch 
et Elie ont été transportés au ciel dans 
leurs corps. Les juifs et les chrétiens 
croyent unanimement que ces deux 
saints personnages existent encore au- 
jourd'hui , et que c'est à eux que s'ap- 
pliquent CCS paroles de l'Apocalypse : 
« Je susciterai mes deux témoins , et 
» ils prophétiseront, couverts de sacs, 
» pendant mille deux cent soixante 
» jours. » Il existait dans les premiers 
siècles de l'Eglise , sous le nom d'E- 
noch, un livre devenu fameux par 
l'embarras qu'il a causé à tous les in- 
terprètes. Tcrtullien en a fait un graud 
éloge, et avant lui, l'apôtre S. Jude, 
dans son Epîtie canonique , en cite 
un passage où il est question du juge- 
ment que Dieu doit exercer contre les 
impies. C'est dans ce livre qu'il est dit 
que les anges se sont alliés avec les 
filles des hommes, et en ont eu des 
enfants. Au reste, il est probable qn'il 
y avait dans le livre d'Enoch plusieurs 
vérités dont S. Jude , auteur iuspiré 
de Dieu, a pu faire usage; mais ce 
livre n'en a pas moins été rejelc par 
l'Eglise , comme apocryphe , et les 
plus illustres des anciens docteurs en 
parlent comme d'un ouvrage qui ne 
doit pas faire autorité. Le célèbre Pci- 
resc, l'un des plus illustres savants du 
commencement du i-j". siècle, ayant 
appris par le V. Gilles de Loche , inis- 
siuuuaire capucin , que les Abyssins 



ENO 

possédaient ce livre en langue éthio- 
pienne, mit tout eu œuvre pour s» 
le procurer, et obtint en effet un ma- 
nuscrit qui devait le contenir , mais 
qui n'était que le livre d'un imposteur 
nommé Bahaïla Micliaïl, Ludolf re- 
connut la supercherie dont il avait 
été dupe, et comme le moine abyssin 
Grégoire, dont il avait reçu ses con- 
naissances en éthiopien, ne lui avait 
point parlé de ce livre d'Enoch , non 
seulement il publia la fausseté du ma- 
nuscrit de Pciresc, mais il nia même 
l'existence du livre. Cette opinion fut 
adoptée par tous les savants; mais le 
chevalier Bruce étant en Abyssinie en 
1 769, se procura trois manuscrits du 
livre d'Enoch. A son retour en Eu- 
rope, il en donna un exemplaire au 
roi de France , et rapporta les deux 
autres en Angleterre. Woide qui s'était 
livré à l'étude du copte pour parvenir 
à une plus grande connaissance des 
livres saints , n'attendit point le retour 
de Bruce et vint à Paris , où il copia I9 
livre d'Enoch ; il en communiqua au 
célèbre Michaélis une notice , qui se 
trouve imprimée dans la correspon- 
dance de ce savant. L'étude de ce ma- 
nuscrit ne laissa plus aucun doute sur 
l'existence du livre d'Enoch, ou du 
livre apocryphe qui porte son nom , 
et que les Abyssins placent immédiate- 
ment après le livre de Job , dans le 
canon des livres saints. M. Silvcstre de 
Sacy a donné une notice assez détaillée 
et la traduction latine de plusieurs cha- 
pitres du manuscrit de la bibliothèque 
du Roi , dans le Magasin encj'clopë- 
dique, G", année, tome I , pag. ùoç). 
Ce savant y a prouvé (jue ce livre 
est le même que celui qui est cite 
dans la fameuse c'pîlre de S. Jude 
et dans les anciens écrivains. Son opi- 
nion est que , quelque obscur qvj'il soit , 
il mériterait il'cfrc traduit et publié 
avec le texte, à cause de sou antiquité , 



ENO 

fle Tusage qu'en ont fj'it des écrivains 
respectables, de l'autorité dont il a 
joui , et des discussions auxquelles il 
a donne' lieu. C — t et J — >. 

ENOCH, fils d'Abraham, rabbin 
de Gnesne et de Posen, a publié les 
ouvrages suivants : I. Commentaire 
sur le psaume 85 , extrait du Com- 
mentaire entier fait par le même 
auteur sur tous les psaumes; II. 
Dispute de Joseph avec ses frères ; 
m. Discours sacrés sur divers lieux 
du Pentateuque , imprimé à Amster- 
dam. M. de' kossi , qui nous a fourni 
cet article , n'indique ni le lieu ni la 
date de la mort d'Enoch. J — w, 

ENS (Gaspard), né vers id-jo 
à Lorch, dans le Wurtemberg, re- 
nonça à l'étude du droit après avoir 



EN S t65 

suivantes, inia. Ens en a publié six 
•volumes, depuis le quatrième jusqu'au 
neuvième ; Michel d'isselt est le ré- 
dacteur des trois premiers ; Golhard 
Arthus et Jean-Philippe Abelia , suc- 
cesseurs d'Ens , ont porté cet ou- 
vrage à trente - cinq volumes. C'est 
une compilation faiblement écrite et 
mal digérée des événements qiri se 
passaient en Europe. ( K Isselt d') 
etj. PLAbelin); 111. Berum hun- 
garicarum historia , libris IX corn- 
prc/jen5a, Cologne, i6o4, p^tit >"- 
8°.. réimprimée avec des additions et 
une suite, i648,trad. en allemand, 
i6o5, iu-4'- Les bibliographes hon- 
grois trouvent à cet historien-compi- 
lateur plus d'élégance que d'exacti- 
tude , et lui reprochent de n'avoir 



reçu ses premiers grades , afin de se point indiqué les sources où il a 
livrer à sa passion pour les voyages, puisé, et de n'avoir point mis de 
Il se fixa à Cologne en i6o5, et s'y -t^"»' =• '"- — • — - ïv ^„,.^7/.c 



mit aux gages d'un libraire. Ens pa- 
raît s'être moins inquiété d'obtenir 
une réputation durable qne d'amas- 
ser de l'argent; aussi les volumes se 
multipliaient - ils sous sa plume avec 
une rapidité inconcevable ; souvent 
il en publiait huit ou dix dans une 
année , et sur des objets entièrement 
opposés. Il quitta Cologne après y 
avoir demeuré vingt cinq ans , et on 
ignore ce qu'il devint depuis cette 
époque ; mais il paraît qu'il vivait 
encore en i656. Le rédacteur des 
tables de la Bibl. histor. de France 
le nomme mal Gaspard Lorchan ; 
celle erreur méritait d'être relevée. 
Ou ne citera , parmi les ouvrages 
d'Ens, que ceux qui peuvent présenter 
quelque intérêt ; on en trouvera une 
foule d'autres indiqués dans la Bihlio- 
theca realis de Lipenius : I. Historia 
Bellorum Dilhmarsicorum seu Da- 
norum sub Frederico II, Francfort , 
ir)Ç)5, iu-fol.; II. jl/ercMnoî Gallo- 
Belgicus, Cologne, 1604 et années 



tables à son ouvrage. IV. annales 
sive commentaria de bello Gallo- 
Bel^ico, ibid., iGoti, in-S\; V. 
Delicice Germaniœ tam inferioris 
quàm superioris , ibid., 1608, in- 
8'.; VI. Deliciœ Germanie trans- 
marinœ , ibid., 1610, in -8'.; 
\U.BellicivilLS in Belgio perXL 
annos gesti historia usque adannum 
1 6of), exBel^icis Meterani commeri' 
tariis concinnata , ibid. , 1 6 1 , in- 
fol.; VIII. Elogium duplex funèbre 
et historicum Ilenrici IF, ibid., 
iCi i , in-4''. j IX. Indice occidenta- 
lis historia ex variis authoribus col- 
lecta, ibid., i6i'j,in-8 .; X. Mau- 
riliados libri FI in quibus Belgica 
describitur, civilis BtUi causœ, il- 
lustr. Mauritii natales etvictoriee ex- 
plicantur, ibid., 1612, in - 8\; XI. 
Magnœ Britanniœ delicice, ibid., 
16 15, in-S".; XII. Thésaurus poli- 
ticus ex italico latine versus . 
ibid., 161 5- 18-19, 5 vol. in -4°. 
Kahle parle arec éloge de cet ou- 
vrage {BibU 6trw. , a part., paj. 



i66 E N S 

228 ). Jean-André Bosio en avait an- 
nonce une continu.ition qui n'a point 
paru ; Xlil. Epidorpidum librilF 
in quitus multa sapientèr , gravi- 
ter, ar^utè, salsè, jocosè atque 
eliam ridendè dicta et fada conli- 
nentur ,ihid., iOi5, in-12, 1624, 
1628, in- 12, 1648, 4 vo!. in- 12. 
On refondit dans la dernière édi- 
tion le supplément intitulé : Epi- 
dorpismalum reliquiœ ; XIV. Ad- 
paratus convivales jucundis narra- 
tionihus, saluhrihus monitis et mi- 
randis historiis instrucli , ibid. , 
1 6 1 5 , in - 1 2 ; XV. Nucleus hislo- 
rico-politicus , ihid., 1620, in- 12, 
2". part., 1G24. Les deux réunies, 
TJlm, i653, in-12; XVI. Moroso- 
phia sive slultœ sapientiœ et sa- 
pientis stultitiœ libri duo, ibid., 
1620, 1621 , in-8'. C'est peut-être 
une traduction de l'ouvrage que Spelle 
avait publié sous le luènie litre en 
italien, Pavie, 1606, in- 4".; XVII. 
Mantissa apophtegmntum , ibid. , 
1620, vol. in- I2J XVllI. Hera- 
çlilus de miseriis vitœ humanœ , 
ibid. , 1 622 , in-12; XIX. Pausily- 
pus sive tristium cogitationum et 
molestiarum spongia , ibid. , in 12; 
XX. Principis consiliarius , ibid., 
1624 , iii-8'.; XXI. Fama Aus- 
ïrmc« , ibid., 1O27 , in-l'ol. (en alle- 
mand ) , (ig. ; XXII. Thaumatur- 
gus malheinalicKis . id est , admira- 
biliume/Jccluuni è mathematicarum 
disciplinarum fonlihus projluentium 
sylloge ^ ibid., 1628, in-8'*. Cette 
é(?itiui> est la seconde, et on en con- 
naît deux autres de 1 656 et de 1 65 1 , 
incrue format. C'est une traduction 
des Récréations malhémaliques , 
dont la première édition française 
indiquée par Murhard est celle de 
Iloucn, 1628, in-8'. L'édition l.itiuc 
de 1 656 porte sin" le titre Cnsparo 
fins L, colkctore et interprète. On 



ENS 

n'y trouve guère que la première des 
trois parties que contient l'édition 
française de Rouen, i645; mais on 
a ajouté à la fin quelques problèmes , 
et l'ouvrage se termine par la des- 
cription du singe on pantographe. 
On remarque encore parmi les ou- 
vrages d'Ens une traduction du ro- 
man de Guxman d'Alfarache, sous le 
titre de Pruscenium vitœ, 1620 , 
in-8 ". , et des poésies latines , dont 
une partie a été insérée dans les 
Deliciœ poétarum Germanorum , 
tom. H, pag. 1235 et suiv. W — s. 

ENS ( Jean ) , théologien protes- 
tant, né le 9 ujai 1G82, à Qiiadick 
dans la West Irise, acheva ses éludes 
à l'université de Leyde, et se rendit 
habile dans les langues anciennes et 
dans l'histoire ecclésiastique. Après 
avoir été élevé au saint ministère, il 
fut d'abord envoyé à liéets, et ensuite 
à Lingen , où il professa la théologie 
avec distinction. Il fut placé en 1709 
à la tête de l'église d'Ulrechf , et , l'an- 
née suivante, riomnié professeur ex- 
traordinaire à l'école de cette ville. Il 
obtint en iT-^D luie chaire vacante à 
la même école, et mourut le 6 janvier 
I 732. On croit que le régime bizarre 
qu'il suivait , contribua h abréger ses 
jours. On a de lui : L liibliolheca sa- 
cra sive diatribe de librorum novi tes- 
tamenli canonc , Amslerrlani , 1710, 
in-8".; 11. des Observations (en hol- 
landais ) sur le 1 r'. et le 12 . cha- 
pitres d'haïe , Amsterdam , 1715, 
in-8".; lil. Oratio de persecutione 
Juliani , Utrecht, 1720, in-4'.; IV. 
De academiarum omnium prœslan- 
tissimd , ibid. , 1 728 , in -4 "• '• ce sont 
deux thèses iuaugui aies ; V. des For- 
mules, 1755, in-40. , en hollandais, 
et d'autre.N ouvrages dans la même lan- 
gue, dirigés contre Vciit, Tingtice et 
leurs adhérents. \V— s. 



ENS 

ENSENADA ( Zenow Silva(i), 
marquis de i-a ) , prit naissance à 
quelques lieues de Valiadolid, dans 
la petite ville de Seca, l'an 1690. 
Il dut le jour à des parents honnêtes, 
plus rccommandables par leur pro- 
bité et leurs mœurs que par leur 
naissance et leur fortune, La Eu- 
seuada , avant termine' ses éludes avec 
succès , sollicita et obtint un em- 
ploi dans un des bureaux des finan- 
ces (2). Son activité , ses talents et sa 
conduite ayant été remarques par ses 
chefs, il fut successivement avancé à 
des emplois p!us importants. La jus- 
tesse de ses plans , la sjigessc de ses 
vues , les connaissances utiles dont il 
avait orné son csj)ril le firent bientôt 
connaître pour un des plus habiles 
économistes. Après avoir occupé pen- 
dant quelques années l'emploi de se- 
crétaire en chef dans le premier bu- 
reau des finances ( de hacienda ) , il 



(1^ Dans plaiieiirs biographirson trouve ajoutés 
»u\ noms de l.i Ensenaila ceux de Zcno ou de 
Somo , ou tous Ips dciii ctiseiublc. Nous a%-ons 
corrigé le ]>rcraier comme n'étant proprement 
qu^italien , et nous avons supprimé le secoud 
comme n'appartenjint pas a la Knsenadx. Quel- 
ijues biographes anglais ont prétendu que A"n- 
lenada H.a.\x un nom que ce ministre s'était 
choisi pour indiquer l'obscurité de son origine , 
Comme qui dirait en le nacia ( en sol rien ^ ; mais 
JCette traduction nVst pas exacte , pnisqn'alors il 
aurait d6 plulOl dire en fi et ncn enie, qu i n'est 
pas espagnol. 

(a) Suintant Laplace ( Piècer inléreîtantes ) 
et quelques autres bio^;raphes . la Ensenada dut sa 

ÎtremièreéléTation au comte de Gdges. Ce général 
ogeait dans la maison de la Ensenada , à Cadix, 
où celui-ci était, suivant les uns tenenr de livres 
chez un banquier , et suivant les autres receveur 
dans la douane. Le comte Ai: Ga^es, i.yant su re* 
narquer les rares talents de son hâte , le 6t nom- 
mer intendant de l'armée d'Italie , et il n'eut qu'à 
s'applaudir de son choix. I,es besoins pressants de 
l'armée appelèrent daus la suite la Ensenrida à 
Madrid. Pendant ce temps, Philippe 11 vint à 
mourir, Ferdinand son fils lui saccéda. Ce contre- 
temps allait bouleverser toutes les espérances de 
notre intendant, mais il ne «e découragea pas. U 
UouTa roojen de fa'ire parvenir à la reine un riche 
présent en son nom. Ce pré.ient (qui ponrr^iitpa- 
raîlre incompatible avec ses moyens et l'intégrité 
de sou administration ) lui procura ses entrées an 
palais, etbiculôt après il fut élevé au grade de 
ninisire. Ces faits , tirés par tous ceux qui en 
parlent, d'une même source (un article anJ;lais^ , 
n'ay.-int pas asseï d'authenticité . nous avons cru 
devoir nous cootenlcr de les toD'iijccr «lins ui.e 
note. 



EN S i(.7 

fut nommé ministre d'état par Fer- 
dinand VI , qui l'honora en même 
temps du titre de marquis. L'Espa- 
gne .se ressentait encore des dépenses 
aussi indispensables que ruineuses 
auxquelles l'avait entraînée la guerre 
de la succession. IMilgré le gouver- 
nement paternel de Philippe V, elle 
n'avait encore pu cicatris«'r toutes ses 
plaies. Il était digne d'un homme 
du talent de la Ensenada de produire 
celte heureuse et difficile gtiéiison. 
En effet, aussitôt qu'il entra dans le 
minisière il se livra tout entier à l'ad- 
ministration publique. Il supprimj 
les dépenses 5uj)erflues , encouragea 
les établissements utiles , protégea 
l'industrie et le commerce , et la ma- 
rine espagnole lui dut, pour ainsi dire, 
son existence. On peut même dire qu'il 
la créa de nouveau. Dans l'espace de 
peu d'années les deux mers furent 
couvertes de vaisseaux espagnols, f^es 
communications de l'Espagne avec le 
Nouveau - Monde devinrent par ce 
moyen plus faciles et plus fréquentes , 
et son commerce plus étendu et plii.s 
avantageux. La Euscnada porta son 
système d'économie jusque dans la 
maison de son .souverain ( Vo^-. Feh- 
DiNA>D VI ). Sans rien retrancher de 
l.'i pompe qui convenait à un si puis- 
sant monarque, il sut cependant v 
établir une sage réforme. Le règne 
pacifique de Ferdinand n'était pis ce- 
lui où nn ministre pût briller par des 
actions d'un grand éclat, ni comme 
habile négociateur , ni comme pro- 
fond politique. Méprisant une gloire 
éphfmère,enriisanl respecter les droits 
de $3 nation, la Ensenada voulut la 
rendre heureuse. 11 parvint à ce loua- 
ble but, et Charles III. h son avène- 
ment au trône ( en l'jSg), après 
Il mort de son frère, trouva l'Espagne 
dans l'état le plus iloiissant. La po- 
pulation augmentée, 4^0 vaisseaux 



i68 ENT 

de guerre de tout calibre , et i o mil- 
lions d'ep irgnos dnns le tre'sor royal 
( 5o millions de francs ). Tels étaient 
les avantages qu'avaient produits l'éco- 
nomie et les mesures judicieuses d'un 
ministre habile , intègre et zélé. Quoi- 
que toutes ses vues eussent eu pour 
but principal l'amélioration de l'ad- 
ministralion publicpic, là Ensenada 
n'oublia pas d'cncoiiniger les sciences 
et les arts. L'homme à talent trou- 
vait toujours près de lui un favorable 
accueil et des récompenses. Le poète 
dramatique Candamo i le dernier de 
l'école des anciens ) jouit de sa pro- 
tection spéciale, et fut comblé de ses 
bicnfaiîs; cependant, malgré tout le 
bien qu'il avait fait à son pays, il ne 
put se soustraire à l'envie d'un homme 
puissant, le duc de Huescar , qui de- 
puis long-temj)s méditriit sa ruine. Il 
parvint à le faire chasser du miuis- 
lère. La Ensenada soutint cette dis- 
grâce avec la constance d'un grijnd 
homme. Il se relira dans sa pro- 
vince, d'où, peu de temps .nprès , il 
fut rappelé par son roi , qui le re- 
grettait sincèrement j mtis les cabales 
de SCS ennemis surent le tenir éloigné 
de sa première place. Il mourut eu 
1762. La Ensenada laissa un fils, 
qui vit encore , et qui s'est dernière- 
ment distingué dans les armées par 
son patriotisme et par sa valeur. 
B— s. 
ENT ( George ) , médecin anglais , 
né eu iCio") a Sandwich, et fils d'un 
négociant flamand qui avait fui eu An- 
gleterre pour se soustraire à la tyran- 
nie du ducd'Albc, fut élevé à Cam- 
bridge, alla étudier la médecine et 
})rendre ses degrés de docteur à Pa- 
tlouc. Revenu à Londres , il fut ad- 
mis dans le Gjllégc des médecins, 
et fut l'un des premiers membres de 
la Société royale. îl se lia intimement 
avec Harvey , et se déclara pour sa 



ENT 

découverte de la circulation du sang , 
dans un ouvrage intitulé : Apologia 
pro circulatione sanguinis, qud res- 
pondetur Mmilio Parisano, i64î ; 
réimprimé en i685 avec des additions 
considérables. Eut a joint dans cet 
ouvrage, aux vérités découvertes par 
Harvey , qu'il expose et défend avec 
beaucoup d'esprit, des idées bizarres 
tirées de son propre fonds, telles que 
celle d'un feu inné et d'une fermenta- 
tion du sang dans le cœur, cause pre- 
mière de son mouvement. 11 fut créé 
chevalier par Charles II, à l'issue 
d'une de ses leçons publiques à la- 
quelle ce prince avait assisté. Le col- 
lège des médecins le choisit pour son 
président en 1699, et il occupa le 
fauteuil pendant six années de suite. 
Il a laissé, outre Vyïpologia , un 
traité intitulé : Antidialriba in Ma- 
lachiam Thruston de respiratiotiis 
usu prirnario, 1G79, et quelques 
morceaux insérés dans les Transac- 
tions philosophiques. C'est lui qui a 
publié les manuscrits d'Harvey sur la 
génération animale Les ouvrages de 
Eut sont I éunis sous le litre de Opéra 
omnin medico-physica , observalio- 
nibiis , ratiocina sqite ex solidiori et 
experimentali philosophiâ pelilis , 
nunc primùm jiincthn édita , Leyde, 
i()8'j , in-8'. Il mourut le i5 octobre 
1689 , âgé de quatre-vingt-six ans. 
X — s. 
ENTINOPUS, arcbitecte , ne dans 
l'île de Candie, n'est célèbre que par 
la fondation de Veui.se. Suivant les 
plus anciennes archives de l'clat vé- 
nitien , il parût qu'eu 4"5 les Vi- 
sigolhs, conduits par Hadagaise, ayant 
porté la terreur en Italie et forcé les 
liabitantsà se réfugier loin d'eux , Eu- 
tinopus fut le premier qui songea à 
se retirer dans les marais du golfe 
Adriatique, et sa maison y fut la seu- 
le jusqu'où 4'^> 0" l'invasion d'A- 



ENT 

ïaric et le sac de Padoue obligèrent 
quelques babitauls de cette dernière 
•ville à suivre l'exempie d'Eiitinopus. 
Ils coDstruisirenl vingt- quatre mai- 
sons autour de la situne. On rapjK)rte 
qu'en 4^0 , le feu ayaut pris dans ces 
coDitiuctions, Entinopus fit vœu de 
consacrer sa maison au culte divin , si 
elle écb.ippait aux flammes. Elle dr- 
meura iutacle, et l'architecle fut fidèle 
à sa promesse. Les magistrats que les 
réfugiés avaient établis parmi eux , 
contribuèrent à embel'ir la nouvelle 
église : elle fut dédiée à S. Jacques. 
On la voit encore aujourd'bui daus 
le Rialto. L — S — e. 

ENTIUS, roi de Sanlaignc , fils 
natuicl de Frédéric II , empereur, un 
des héros de la Secchia rapita, sous 
le nom d'£n::io. Eulius était né sans 
doute de l'une des noiubicuses maî- 
tresses que Frédéric II eulrclenail dans 
son palais, mais le nom de sa mère 
n'est point connu. Son vrai nom était 
probablement Hanse ou Jean. Les 
italiens l'ont encore appelé Enzo et 
Henri, Il était à peine âgé de quatorze 
ans lorsque sou père le maria en i '238 
avec Adélaïde , i^iarquise de î\Iassa , 
béritière de Gallura et d'Orislagui en 
Sardaigne, et veuve d'UbaIdo Vis- 
conli de Pise. La moitié de la Sardaigne 
lui était soumise , et Frédéric II en 
prit occasion pour nommer son fils 
roi de celte île. Comme il ne paraît pas 
qu'il l'ail jamais habitée et qu'il n'eut 
point d'enfants d'Adélaïde , l'hcrifage 
de celle-ci revint après sa mort à la 
maison Visconli de Pise. Mais Entius, 
l'un des plus actifs et des plus vaillants 
parmi les fils de Frédéric, fui emp ové 
par lui dans ses guerres contre l'Eglise. 
]1 se distingua en l'iSç) par ses con- 
quêtes dans la Marche d'Ancône ; aussi 
lut-il excommunié, à celte occasion, 
par le pape Grégoire IX. Il commanda 
eu 1241 la flotte sicilienne et pisane 



qui remporta le 5 mai une grande vic- 
toire sur les Génois , et qui fit pri- 
sounier> les prélats appelés au concile 
par Grégoire IX pourcondamner l'em- 
pereur. Dans les années suivantes , il 
porta la guerre dans toutes les parties 
de la Lorabardie. Un poète burle>que 
( le Tas>oni) s'est f^it le chintre de ses 
exploits. Sa destinée a été ropendant 
assez malheureuse pour que le récit 
en fût réservé à des poètes plus sé- 
rieux. Il fut fait pri^onn;cr par le* 
Bolonais dins la bataille de Fossalto, 
le 26 mai 124'; , et conduit en triom- 
phe dans leur ville : il y fut condamné 
à une prison perpétuelle. Il était alors 
âgé de vingt-cinq ans ; ses cheveux: 
d'un blond doré tombaient jusqu'à sa 
ceinture, sa taillr surpassait c«lle de 
ses comp?gnons d'infortune et de ses 
vainqueurs ; sa mâle beauté attirail 
tous les regards , et sur son noble vi- 
sage on lisait cl son courage et son 
malheur. Frédéric essava vainement 
d'obtenir la liberté de sou fils , tantôt 
parles offres les plus brillantes, tantôt 
par la force eu les menaces. Entius fut 
pendant vingt-deux ans enfermé dans 
le palais du podestat , au milieu de 
la grande place de Bologne. 11 y apprit 
successivemeiil les malheurs et la. 
mort de son père, de ses frères, et 
du dernier descendant de son illustre 
famille , l'infortuné G)nradin. Enfin 
il mourut lui-même dans sa prison , 
le i4 mars i2'j2. La famille Benti- 
voglio, qui parvint un siècle et demi 
plus tard à la souveraineté de Bolo- 
gne, a prétendu tirer son origine d'un 
fils naturel qu'Enlius aurait eu durant 
sa captivité. S. S — i. 

EM'RAGUES ( CATHERiNE-Hrx- 

RIETTE DE BaLZAC d' ). ( f^OJ-. Ver- 
NEUIL ). 

ENTR AIGUËS ( Emiwuel- 
Louis-Hewri de Launey, comte d'), 
député aux étals - généraux de 1 -jSq 



I70 ENT 

par la sénéchaussée de Villeneuve- 
Ae Bf rg, était né dans le Vivarais et 
neveu du comte de Saint-Priest, l'uu 
des derniers ministres du rui Louis 
XVI. Le fameux abbé Maury fut 
son précepteur , et lui inspira le 
goût de cette éloquence d'.ipparat qui 
sc'dnit et entraîne le plus ^land nom- 
bre des hommes , mais qui opère plus 
difficilement la conviction d^ns les es- 
prits sages et réfléchis. ïia sagesse ne 
fnt pas ordinairement l'apanage des 
talents à l'époque où vécut le comte 
d'Entraigues , et lui-même en fournit 
un exemple frappant : il publia en 
1783, sur les états-généraux, un Mé- 
moire qui produisit un effet prodigieux 
sur les imaginations ardentes , et alors 
l'exaltation était arrivée à son dernier 
terme ; tous les Français ne deman- 
daient que reformes et changements , 
et, dans l'opinion du plus grand nom- 
bre, rien de ce qui existait n'était plus 
digne d'être conservé. L'ouvrage du 
comte d'Entraigues , appuyé de tout 
le prestige , de toute la force de son 
éloquence, peut cire considéré comme 
un des premiers brandons jetés au 
milieu de la France pour opérer le 
vaste incendie qui l'a si long-temps 
dévorée. Il avait pris pour épigraplie 
la formule employée par le justicier 
d'Arragou , lorsqu'il prête serment au 
roi , au nom des Corlez : a Nous qui 
» valons chacun autant que vous, et 
» qui, tous cnsettible, sommes plus 
» puissants que vous , nous promct- 
)) tons d'obéir à votre gouvernement, 
» si vous maintenez nos droits et nos 
» privilèges ; sinon : non. » L'ensem- 
ble de l'ouvrage n'est que le dévelop- 
pement de ce texte : on y trouve tous 
les principes dont les conséquences si 
imprudemment appliquées causèrent, 
depuis , tant de désastres; l'insurrec- 
tion des peuples contre leurs souve- 
rains y est légilimée en termes posi- 



ËNT 

tifs, et lorsqu'un personnage fameux 
l'appela le plus saint des devoirs , il 
ne fit que reproduire une pensée qu'il 
avait recueillie dans le Mémoire du 
comte d'Entraigues. « En Angleterre, 
» dit d'Entraigues , l'insurrection est 
» permise j elle serait sans doute légi- 
» tirae , si le parlement voulait dé- 
» truire lui - même une constitution 
» que les lois doivent conserver. » 
L'autt ur voulait qu'on rétablît la cons- 
titution que la France avait sousChar- 
lemagne : il attaquait tous les souve- 
rains qui avaient régné depuis ce 
grand prince , et disait que sa place 
était isolée dans l'histoire, depuis la 
chute de l'empire romain; il déclarait 
la guerre aux ministres de tous les 
rois , livrait à la haine publique la no- 
blesse héréditaire, et l'appelait le pré- 
sent le plus funeste que le ciel irrité 
ail pu faire à Vespèce humaine. En- 
fin, il paraît que la monarchie cons- 
tituée en France, même d'après les 
principes qu'il manifestait , n'était pas 
encore son gouvernement de prédilec- 
tion, et les républicains de la Con- 
vention, Biissolins, Girondins et au- 
tres, aur.'iient pu trouver dans sa pro- 
fession de foi des arguments très pro- 
pres à justifier leurs systèmes ; voici 
quelques-unes de ses réflexions : « Ce 
» fut sans doute pour doinier aux plus 
« héioï(|ues vertus une patrie digne 
» d'elh's, que le ciel voulut qu'il exis- 
» tât des républiques ; et peut-être, 
» pour punir l'andiiliou des hommes, 
» il permit cpi'il s'élevât de grands 
» empires , des rois et des maîtres ; 
« mais toujours juste , même dans 
» ses ch.'^timents , Dieu permit qu'an 
» fort lie leur oppression , il exis- 
» tàt pour les peuples asservis des 
» moyens de se régénérer, cl de re- 
» prendre l'éclat de la jeunesse eu 
» sortant des bras «le la nu)rt. » Après 
avoir dirige centre tous les gouver- 



ENT 

nements les attaques les plus vives , 
d'Eiitmigues ajoute : o Instruite par 
» les écrits de quelques hommes ués 
» libres au sein de la servitude , la 
» génération actuelle, malgré ses vi- 
» ces , s'est imbue de leurs maxiuîes ; 
» le génie est venu embellir les tra- 
V vaux de l'énidition pour la rendre 
» populaire, et sous les ruines cparses 
» de notre antique gouvernement , 
» il a su démêler les droits impres- 
» criptibles de la nation , nous ap- 
» prendre ce qu'elle ftit et ce qu'elle 
» doit être. » î.e comte d'Entraigiies 
avait l'imagination tellement remplie 
de toutes ces idées, que lorsque M. 
de Saint-Priest, son oncle, fut appe- 
lé au ministi're, d lui adressa nue let- 
tre de féliciiation, non pas sur la con- 
fiance que le Roi venait de lui accorder , 
mais parcequ'il s'assurait, disait-il, que 
le nouveau ministre emploierait tou,s 
ses moyens auprès du prince pour 
faire rendre au peuple son indépen- 
dance et ses droits. M. de Saint— 
Priest répondit simplement qu'il n'ou- 
blierait rien de ce qui pourrait èlre 
utile au service du roi Au surplus 
les principes que professait aors 
le comte d'Entraigues, sont ceux de 
tous les hommes qui ont voulu faire 
des révolutions; mais ce qui est plus 
remarquable ici , c'est que l'auteur 
fut à peiue arrivé aux états - géné- 
raux dans la chambre de son or- 
dre, qu'on l'entendit défendre de 
tous ses raovens une doctrine bien 
différente. Lorsqu'on discuta dans les 
trois chambres la question : si les 
pouvoirs des députés seraient véri- 
fiés dans une salle commune, ou 
dans les salles particulières de l'ordre 
auquel ils appartenaient , le comte 
d'Entraigues fut choisi par la nobie'se 
pour defeudi c les anciens usages, dans 
les fameuses conférences qui curent 
lieu, à ce sujet, entre les deJégut^s des 



i-r 



E>'T 

treis ordres : il y soutint avec beau- 
cotip de vigueur les intérêts de ses 
commettants, de celle noblesse héré- 
ditaire qu'il avait proscrite quelques 
moi"» auparavant, et, de concert avec le 
marquis de Jioulhillier et son collègue 
Cazaiès ( /'. CazalÈs ), il fit prendre 
peu de jours après, par son ordre, 
un arrêté portant que la séparation 
des ordres, ayant le veto l'un sur l'au- 
tre , était un des principes constitu- 
tifs de la monarchie, et que la no- 
blesse ne s'en départirait jamais. Pen- 
dant le peu de temps qu'il fut dans 
rassemblée constituante après la réu- 
nion des ordres , il resta fidèle à 
son nouveau système : il fut néan- 
moins d'avis que la constitution dont 
on allait s'occuper fût pn-ccdée d'une 
déclaration des droits ; mais il dé- 
fendit la sanction royale et les pie- 
rogatives qui y sont attachées , com- 
me des principes essentiels du gou- 
vernement monarchique ; il s'opposa 
aux systèmes d'emprunts proposés 
par le ministre Decker , dont le peu 
de succès amena la spoliation du cier- 
ge, et par suite la création des assi- 
gnats. A cela près , le comte d'Enlrai- 
gues se fit assez peu remarquer dans 
l'assemblée constituante , et plusieurs 
députés qui avaient bien moins de ré- 
putation, et entre autres son collègue 
Cazalès , y parurent avec bien plus 
d'éclat. 11 quitta l'assemblée sur la fin 
de 1789, et n'y revint plus; bientôt 
il passa chez l'étranger, et s'attacha 
d'abord à la cour de Russie , qui l'em- 
ploya dans diverses missions secrètes i 
il alla ensuite à Vienne, où il jonit 
pendant quelque temps d'uu traite- 
ment de 56,ooo francs, que lui fai- 
saient différentes cours pour les ser- 
vices qu'il dev.;it leur rendre. Pendant 
tout le temps de son émigration, le 
comte d'Entraigues eut le sort le plus 
brillant, et il n'est peut être pt-int de 



i7î ENT 

Français' dont les écrits, dans l'ori- 
gine des troubles , aient cte plus fu- 
nestes aux systèmes que soulenaieut 
les e'migrants. 11 avait prociame des 
principes deslructeurs de tous les gou- 
vernements alors existants en Europe, 
et il fut accueilli par tous les souve- 
rains : ils semblaient se disputer à qui 
emploierait ses talents. Dans les Mé- 
moires qu'il publia chez l'étranger, il 
demandait une contre-rc'voiutiou toute 
entière. Dans son opinion , toutes les 
re'formes , toutes les amelicralions de- 
vaient être abandoune'es, et il ne fal- 
lait ri< n conserArer de cette liberté ci- 
vile et politique que lui-même avait 
préconisée avec tant de véhémence : 
elle lui était devenue aussi odieuse, 
que ])cu de temps auparavant elle lui 
avait été chère. Il n'oublia rien pour 
faire adopter ses nouveaux piincipts 
en France, et profita , pour cela, des 
dilTérenls moyens que lui fournissaient 
les travaux diplomatiques auxquels il 
c'tait employé. Il fit tous ses efforts 
pour être utile à la maison de Bour- 
ton ; et l'on trouve dans la correspon- 
dance d'un sieur Lemaître, publiée à 
l'époque des événements du i3 ven- 
démiaire ( 8 octobre 179')), qu'il vou- 
lut attirer dans les intérêts de celte 
illustre famille ])lusieurs révolution- 
naires importants, entre autres le dé- 
puté Cambacérès , qui devait jouer en- 
suite un très grand rôle , mais qui re- 
poussa vivement et toute idée d'une 
liaison quelconque avec le comte d'En- 
iraigucs , et les éloges qu'il eu avait 
reçus. Buonaparte, qui craignait beau- 
coup le comte et surtout le prince lé- 
gitime dont celui-ci voulait faire triom- 
pher la cause, le fit arrêter à Milan, 
en l 'jf)'] , et fit le plus grand bruit 
d'une conspiration , dont ou avait, di. 
sait-on, trouvé les preuves dans son 
porte-feuille. Ou ne parlait en France , 
à celle époque , que du porte - feuille 



ENT 

du comte d'Entraigues : les uns, parce 
qu'ils redoutaient les conséquences de 
son entreprise j les autres, parce qu'il» 
en désiiaient le succès. D'Entraigues 
brava dans sa prison les menaces de 
Buonaparte, et lui répondit avec beau- 
coup de noblesse et de fermeté. Il s'était 
fait naturaliser sujet de l'empereur de 
Russie , et réclama , en cette qualité , 
le droit des gens qui avait été viole 
dans sa personne. Mais de pareilles ré- 
clamations ne pouvaient pas produire 
beaucoup d'effet sur l'homme auquel 
il avait affiire. L'adresse de la dame 
Saint - Huberti , devenue sa femme 
après avoir été kuig- temps sa maî- 
tresse, le servit beaucoup mieux que 
toutes ses protestations comme sujet 
russe : elle parvint à lui fournir les 
moyens de s'évader. Il se rendit en 
Allemagne , résida quelque temps à 
Vienne , où il vécut des récompenses 
ou des bienfaits de plusieurs souve- 
rains, comme on l'a dit plus haut , et 
retourna ensuite en Russie, où il avait 
obtenu en i8o5 le fitre de conseiller 
de l'empereur : il eut ensuite une mis- 
sion à Dresde , où il publia un écrit 
violent contre Buonaparte , qui de- 
manda impérieusement son renvoi de 
celte ville et de toute la Saxe. La cour 
de Dresde céda , et d'Entraigues re- 
tourna en Bussic, et y trouva la source 
d'une haute fortune : il y eut connais- 
sance des articles secrets du traité de 
Tilsilt. Muni de celte riche confi- 
dence , il se rendit à Londres et en fit 
part au ministère anglais , qui , en 
échange d'un tel présent, lui assura 
une peosion très considér.»ble. On 
prétend qu'alors le comte d'Entrai- 
gues eut la plus grande influence 
dans les délibérations du gouverne- 
ment anglais , en tout ce qui pouvait 
concerner les affaires de France , au 
poiut que M. Canning ne faisait ja- 
mais rien saus le consulter. Ce qu'il y 



ENT 

a de certain , c'est que le comte d'En- 
traigiies passait alors raêtne cii Angle- 
terre pour un homme des plus forts 
en politique. Maigre cela il vécut e'ioi- 
gne' U'Harlwel , où Louis XVIII te- 
nait sa cour. 11 paraît que ce prince 
craignit de lui donner une entière con- 
fiance , et l'on doit dire qu'il avait 
d'assez bonnes raisons pour la refu- 
ser, malgré toutes les preuves de dë- 
Toucment que pouvait donner le com- 
te. On prétend qu'avant les événements 
qui ont replacé le chef de la maison 
de Bourbon sur le trône de France, 
d'Eutraigues avait à Paris, avec de 
grands personnages , des relations sui- 
vies qui u'out pas peu contribué à ce 
grand changement , et qu'ainsi il n'y 
fut pas étranger ; mais il ne devait 
pas voir la restauration de cette noble 
famille dont ses premiers écrits avaient 
peut-être préparé les malheurs, quoi- 
que sa constance à en défendre les in- 
térêts pendant vingt-cinq ans ciit dû 
lui faire pardonner ses erreurs : il fut 
assassiné au village de Barne, près 
Londres, \e l'i juillet ibii, lorsqu'il 
allait monter en voiture , par uu Ita- 
lien à son service , nommé Lurenzo. 
Suivant les papiers anglais qui rendi- 
rent compte de cet événement , le co- 
cher du comte en fut le seul témoin , 
encore la déposition de cet homme , 
ainsi qu'ils l'ont rapportée, par.iîî-elle 
fort embarrassée : le cocher a vu Lo- 
renzo tirer sur son maître un coup 
de pistolet qui ne l'a pas blessé ; il a 
vu ensuite l'assassin donner au comte 
un coup de poignard qui lui a traversé 
l'épaule , et madame d'Eatraigues , 
mortellement blessée par le même scé- 
lérat, revenir vers sa voiture, chan- 
celer et tomber; enfin, ce cocher a 
vu le comte d'Eutraigues, qui était re- 
monté dans sa maison , étendu mou- 
rant sur son lit, ayaut perdu l'usage 
de la parole , et Loreazo mort sur (« 



ENT 



175 



plancher : il présume que cet assassin 
s'était tué lui-même d'un second coup 
de pistolet dont il avait entendu le bruit 
avant d'avoir qtiitté sa voilure pour 
secourir ses maîtres. Le jury anglais 
devant lequel l'rflTaire fut portée , dé- 
clara constant l'assassinat du comte et 
de la comtesse d'Eutraigues dont le 
suicidé liOrenzo s'était rendu coupable. 
Quoi qu'il en soit , cet événement ne 
parut point suffisamment éclairci; on 
prétendit que toutes les circonstances 
n'en avaient pas été examinées et re- 
cherchées avec assez de soin ; on crut 
enfin que si Lorenzo fut réellement 
l'assassin , il reçut lui-même la mort 
par l'ordre ou de la main de ceux 
qui l'avaient fait agir. On voit par 
ce qu'on vient de lire, que le comte 
d'Eutraigues pouvait être dépositaire 
des secrets les plus importants de la 
haute politique; et l'un a dit que le 
meilleur moyen de le faire taire était 
de l'assassiner ; mais qui peut-on smip- 
çonner coupable d'une action aussi 
violente, sinon ceux qui prétendent 
qu'il n'y a de crimes en politique que 
ceux qui ne réussissent pas? Après 
l'événement, le gouvernement anglais 
fit faire uue perquisition dans la mai- 
son du comte , et s'empara de tous ses 
papiers. Ainsi finit ce personnage dont 
la vie fut un des tableaux les plus 
frappants de l'inconstance de l'esprit 
humain ; il était plein de talent et 
même d'érudilion ; ses écrits en font 
fo:; mais son imagination violente, 
quelquefois délirante, ne lui permit 
jamais de se renfermer dans les bor- 
nes que la perspicacité de son esprit 
et ses connaissances devaient lui faire 
découvrir. Quoiqu'appartenant à la 
noblesse d'épée, il n'avait point les 
goûts militaires , et on ne le vit pas 
parmi les braves qui voulaient ren- 
trer en France les armes à la main ; 
il préféra l«s moyens dont on vient de 



Î74 KNT 

parler dans cet article. 11 était très 
bel homme, et avait le regard plein 
de vivacité et d'expression. Les avan- 
tages de son esprit, les agréments de 
sa fignre, le faisaient recevoir dans les 
plus hautes soeietes j mais rnalfaeureu- 
seiiient il n'y parlait presque jamais 
que de ses projets de retorine. Le 
succès de son fameux, mémoire l'a- 
vait en quelque sorte mis hors de Ini- 
même , et il ne craignit p.is un jour de 
demander à la reine si elle l'avait lu. 
La princesse lui répondit qu'elle ne 
s'occupait pas de discussions politi- 
ques. Oulre le fameux Mémoire dont il 
a elc parlé plus haut (i), d'Entraigues 
a publié, L un écritsur cette question : 
Quelle est la situation de l'assem- 
biée nationale, i -jc^o, in-8 '. ; 1 1. Ex- 
posé de notre antique et seule règle 
de la constitution française , d' après 
nos lois fondamentales, i 792, in-8 '.; 

III. Mémoire sur la constitution des 
états de la province de Languedoc ; 

IV. Sur larégence de Louis Stanis- 
las Xavier, \ 795, in -8".; V. Lettre 
à M. de L. C. sur l'état de la France, 
3 79(3, in-8". ; VL Dénonciation aux 
Français catholiques des moyens 
employés par V assemblée nationale 
pour détruire en France la religion 
catholique , 1791, iu-8"*; 4''' édition, 
179,),, in-8".; ouvra e public sons 
le pseudonyme d'Henri Alexandre 
Audainel. Vil. Discours d'un mem- 
bre de l'assemblée nationale à ses 
co-dépuiés, 1789, in-8". de 58 pa- 
ges , qui a été suivi d'un second en 
40pag. Vlll des Observations sur la 
conduite des princes coalisés , i 795 , 
lu 8".; WAMicIié/Jonseau Coup-d'œil 
de Dumouriez , des iuflaxions sur 
le Divorce y une Adresse à la No- 



(i) \x\Mn\é Mcmoire turtei Ktntt-Grnéraux, 
leiirt droili , et l" inunicrc de let convoquer y 
pur M. U comte d'AïU... . 1788 , iu-U". , (4n» 
;iuffl do ville ni d'impiimcnr. 



ENT 

blesse française sur les effets d'une 
contre-révolution , et des /■'oésies fu- 
gitives répandues dans divers Re- 
cueils. Il écrivait quelquefois son 
nom D' Antraigues , et un de S( s ou- 
vrages porle sur le frontispice : p.ir le 
comte D.A.N.T.R.A.I.G.U.E.S. ( avec 
un point après chaque lettre ). B — u. 
ENTRECASTEAUX ( Joseph- An- 
toine Bruni d'), né à Ai\, était fils 
d'un président du parlement de Pro- 
vence, il fit ses premières études chez 
les jésuites. Les dispositions qu'il ma- 
nifesta , et une solidité de jugement 
qui avait en lui devancé les années , le 
firent nmarquer par cette société. Son 
caractère doux et naturellement bien- 
veillant, l'avait rendu propre à re- 
cevoir les impressions rehgieuses qu'on 
lui avait inspirées dans son enfance ; 
et il conserva toujours des sentiments 
de piété , que ni la vie d'un jeune mi- 
litaire, ni l'exemple de ceux avec les- 
quels il a vécu , n'ont jamais pu alté- 
rer. Une grande justesse d'esprit, jointe 
à des vues très étendues, le rendaient 
propre à appliquer, avec un égal succès, 
ses études à tous les objets; et c'est 
par ces deux qualités qui distinguaient 
principalement son mérite, qu'iïa paru 
avec l;int d'éclat dans la marine , où il 
a toujours été autant considéré comme 
officier pur ses talents , que chéri de 
ses égaux et de ses subordonnés, pour 
ses vertus et une douceur dans le com- 
merce de la vie, qui ne s'est jamais dé- 
mentie. Son début , dans la Cnirrière 
militaire, n'offrit rien de remarquable. 
Il fit son premier apprentissage sous 
les ordres du liailii de Sulî'ren , son 
parent. Pendant que le marcilial de 
Vaux travaillait à soumettre l'île de 
Corse , il croisa sur les eûtes de cette 
île, avec une barque qui lui fut con- 
fiée, quoique depuis très peu de temps 
enseigne de vaisseau; et il confirma la 
bonne opinion qu'on avait conçue àt 



ENT 
ses talents. Au commencement de la 
guerre de 1778, il eut le commande- 
ment d'une frégate de trente-df iix ca- 
nons 'le huit livres de balle, destinée 
à convoyer plusieurs bâtiments mar- 
chands , du port de Marseille , dans 
les différentes échelles du Ijevant. I! 
rencontra deux corsaires , dont cha- 
cun étiûl plus fort que sa frég.4le. En 
couvrant ;on convoi , et s'opposant à 
leurs attaques avec habileté , il parvint 
à en sau\ertous les bâtiments. Sa ré- 
putation le Ct choisir quelques temps 
après pour être capitaine de pavillon 
sur le Majestueux , vais>eau de cent 
dix canons , monté par M. de Roche- 
chouart. F^a bravoure froide et les ta- 
lents dont il donna de nouvelles preu- 
Tes, le rangèrent dès-lors au nombre 
des oflficiers les plus distingués. Ses 
services n'eurent pas moins d'utilité 
pendant la paix que pendant la gueri-e ; 
son esprit, soutenu par une applica- 
tion continuelle, avait embrassé toutes 
les parties de la théorie du méfier de 
marin , et il les possédaii toutes. Mais 
celle dans laquelle il se fit remarquer 
avec le plus d'avantage, fut l'adminis- 
tration des ports et des arsenaux du 
roi, parce qu'elle semble exiger au 
plus haut degré cette réunion d'inté- 
grité , de justesse d'esprit et d'étendue 
de vues, dont il était parliculièremcnt 
doué. Le maréchal de Castries, qui 
avait été frappé de ces qmlités , le 
choisit pour être directeur-adjoint des 
ports et des arsenaux de la marine. 
C'est pendant qu'il exerçait les fonc- 
tions de cette place , où il sut relever 
ses talents et ses vertus de l'éclat d'une 
considération méritée, qu'il fut frappé 
du coup le plus terrible , et en même 
temps le plus sensible pour un homme 
de bien. Un malheur inoui arrivé dans 
sa f^imille, faillit priver la marine du 
secours de ses lumières. La délicatesse 
qui n'appartient qu'à l'honneur et à la 



ENT 175 

vertu , le détermina à demander sa 
rctx-aite. Le maréchal de Casiries ne 
voulut pas que les services qu'il pou- 
vait encore rendre à sa patrie , fussent 
perdu>, et refusa sa demande; mcàsil 
ne songea qu'à s'éloigner des lieux où 
tout devait réveiller eu lui l'idée de ses 
malheur> et augmenter ses chagrins. 
Le commandement des forces navales 
dans riude lui fut confié en 1785, 
et lorsque le terme de ce commande- 
ment fut expiré , il prolongea son sé- 
jour dans ces contrées ; par une mar- 
que de considération plus éclatante 
encore , il se fit nommer gouverneur 
de l'Ile de France. C'est pendant sa 
campagne dans l'Inde, qu'il alla en 
Chine, à Cxnitre- mousson , ens'avan- 
çant d'abord à l'est , par le détroit de 
la Sonde, ct en passant à travers les 
lies de la Sonde et les Moiuques. 11 
pénétra ensuite dans le grand océan 
d'Asie , et arriva à Canton après avoir 
contourné par l'est et par le nord , les 
îles Mariannes et les FhiUppines. Les 
talents qu'il montra pendant cette na< 
vigation dangereuse , le firent choisir 
pour aller à la recherche de Lapé- 
rousc. En cfftt , la roule qu'il avait 
suivie était nouvelle, et la manière 
dont il s'était dirigé le désignait comme 
un des hommes les plus capables de 
commauder une campagne de décou- 
verte. Il partit pour remplir cette glo- 
rieuse mission , au mois de septembre 
I 791 , avec ordre de visiter toutes les 
côtes que Lapérousc devait parcourir 
après son départ de Botany-Bay, pour 
tâcher de découvrir quelque trace de 
cet infortuné navigateur, et complet- 
tcr les découvertes qui lui restaient à 
faire. Le chevaUer d'Entrecasteaux ne 
perdit jamais ces deux importants ob- 
jets de vue; par sa hardiesse à s'ap- 
procher de terre , il prolongea , toutes 
les fois que le temps le lui permit, les 
cotes où il pouvait espérer de le trou- 



1^6 ENT 

ver , d'assf z près pour qu'aucun des 
signaux que de malheureux naufrages 
auraient pu faire lui eussent échappe. 
Si ses efforts ont manqué de succès à 
cet égard, et s'il n'en a trouvé aucune 
trace, on doit l'attribuer à ce qu'il 
n'aurait pu en rencontrer que par un 
de ces heureux hasards inattendus , 
qui l'aurait conduit, ainsi que le navi- 
gateur devenu l'objet de ses recherches, 
sur la même île oi!i la même côte incon- 
nue. Les nombreuses découvertes qu'il 
a faites rendent sa campagne une des 
plus brillantes qui aient été entrepri- 
ses. La côte occidentale de la nouvelle 
Calédonie , a été l'cconnue eu entier 
ainsi que la côte occidentale de l'île 
Bougainvillc, ct.la partie nord de l'Ar- 
chipel de la Louisiade. Le contre-ami- 
ïal d'Eutrecastcauxa découvert au sud 
de la terre de Dieraen , une suite de 
canaux, de rades et de beaux ports, 
dans lesquels de belles rivières vien- 
nent se jeter. 11 a reconnu près de trois 
cents lieues de côtes au sud - ouest de 
)a Nouvelle-Hollande , c'est-à-dire toute 
la Itrrc de Lecuwin, et presque la to- 
talité de celle de Nuitz. C'est lui qui a 
constaté l'idenlilé des îles Salomcn de 
Mendana , avec les terres vues par 
JSurville et le lieutenant Shortland , 
qui avait été soupçonnée par le savant 
3VL Ijuache , et qui avait été indiquée 
plus en détail parFlcurieu, dans son 
ouvrage intitulé ; Découvertes des 
JF'rançais au sud-est de la Nouvelle- 
GmWtf , Paris , 1795, Dès qu'il eût 
terminé ses belles découvertes , et un 
peu avant d'arriver à l'île de Java, il 
fut attaqué du scorbut, (t y succomba 
le 20 juillet I 793 , à l'àgc d'environ 
ciiujuantc - quatre ans. Sa perle excita 
une douleur universelle dans les équi- 
pages des deux frégates. Les talents 
qu'il dévclop])a dans cette c.impagne 
doivent le ranger au nombre de nos 
plus illusti'cs uavigateurs. Son voyage, 



ENZ 

imprimé à Paris, en 1808, a été re'- 
digé par l'auteur de cet article, qui 
était son capitaine de pavillon , et ser- 
vait sous ses ordres depuis huit ans; 
il est accompagné d'un recueil des ob- 
servations qui ont servi à fixer la po- 
sition des îles et des cotes. On y a 
joint un atlas rédigé par M. Beautemps- 
Beanpré, ingénieur -hydrographe de 
l'expédition , où se trouvent tracées, 
avec une exactitude inconnue jusqu'a- 
lors, les côtes qui ont été visitées pen- 
dant cet intéressant voyage. R — L. 
ENTRECOLLES. (Foy. Dentre- 

COLLES ). 

ElN VILLE ( duc d' ), a été appelé 
par erreur Anville, tom. II , p. 293. 

ENZINA (Jean delà), naquit 
dans la vieille Castille, d'une famille 
illustre, vers l'an 144^- H ût ses étu- 
des à S.tlamanque , et dès ses plus 
teudres années il montra un goût dé- 
cidé pour la poésie. Ses premieis es- 
sais , dans quelques poésies légères , 
eurent beaucoup de succès. Dans l'es- 
poir d'avancer sa fortune , il passa à 
la cour de Ferdinand le catholique, 
où son amabilité et ses talents lui pro- 
curèrent d'utiles protecteurs , parmi 
lesquels il compta bientôt son souve- 
rain lui-même. On peut dire que la 
Enzina fut véritablement le premier 
qui jeta les fondements du théâtre 
espagnol. Ses pièces furent jouées 
devant le roi et chez 1rs principaux 
seigneurs de la cour, comme le duc 
d'Albe, le marquis de Coria , etc. La 
])remièrc pièce qu'il composa fut à 
l'occasion du mariage de Ferdinand 
avec Isabrllo dcCisillc, l'.tn \f\'j\' 
Un ^rt poétique ( Jrle de Trovar) , 
qu'il dédia au prince don Jean, mort 
en 1 457 , augmenta de plus en plus s.i 
réputation. Dans cd ouvrage, le se- 
cond de ce genre qui paraiss.iil en Es- 
pagne , et qu'il fm! placer entre ceux 
que composèrciU le marquis de Villena 



ENZ 

( 1420) et le Piuiano ( i53...). »l 
réunit les principaux préceptes des 
auteurs grecs et latins , dans l'étude 
desquels il était très versé. La Enzina 
s'appliqua particulièiementà concilier 
ces préceptes avec le rilhine et le génie 
de la poésie espagnole. Quoique son 
Aripoétique n'ait pas le mérite de ceux 
que , dans le siècle suivant , publiè- 
rent Salas, Espinel, Casciles , etc. , 
on devait le regarder de son temps , et 
on le regarda en effet comme une pro- 
duction aussi utile que recommaiida- 
ble. La Enziua était surnommé le 
poète par excellence , et , arrivé au 
faîte de la gloire littéraire, il obtint la 
même réputation dont jouit Lope de 
Vcga sous les règnes de Philippe III 
et de Philippe IV. Mais il ne se dis- 
tingua pas seulement dans la carrière 
des belles-lettres ; Ferdinand le char- 
gea, pour la cour de Rome et pour 
Naples , de plusieurs missions impor- 
tantes, dont il s'acquitta en habile di- 
plomate. La première édition de ses 
ouvrages fut imprimée, de son vivant, 
à Salaraanque eu 1 S;)-] : elle était 
composée de plusieurs volumes conte- 
nant son Art poétique^ quelques petits 
poëmes, des odes, des chansons, etc., 
et douze comédies, parmi lesquelles 
il faut distinguer celle qui a pour ti- 
tre : Placidajr Fictoriano , que l'on 
considéra alors comme un chef-d'œu- 
vre de l'art dramatique. Dans tous ses 
ouvrages on remarque un style pur, 
des images vraies, des pensées bril- 
lantes , et une éléganre jusqu'alors in- 
connue et qui fut si bien imitée par 
lîoscau , qui ré'issit à la fin à surpas- 
ser son modèle. Don Juan de la Bu- 
rina, comblé d'honneurs et de riches- 
ses , mourut dans les premières années 
du règne de Cliarles-Quint. B — s. 

ENZINAS (François do), espa- 
gnol , né a Vilchès en Andalousie en 
1 D70 , jésuite à dix-sepl ans, fut pen- 
XIII. - 



EOB 177 

dant trente ans mi'^sionnaire aux Phi- 
lippines , chez les Bisayas. Envové par 
sa province à Home en lô'iH, il fut 
pris dans la traversée par les Hollan- 
dais, qui le mirent en prison, ^orti de 
sa captivité, il retourna à Manille, et 
y mourut le 11 janvier i63'2. Il a 
laissé un Panégyrique de la FiergCy 
une Grammaire bisajenne et un 
Examen de conscience ou Confes- 
sionnaire dans la même langue. Ces 
ouvrages , dont on trouvait des copies 
dans plusieurs collèges des jésuites et 
dans les maisons de leurs missions 
espagnoles , sont recherchés des ama- 
teurs des langues de l'Asie orientale. 
E— s. 
ENZINAS. r. Dryaiîder. 

EOBAÎ^CJS HESSUS (Helius). 
Son surnom indique sa pairie. Il na- 
quit dans la Hcsse , le () janWer 1 488, 
peut - être à Bockendorf , peut-être à 
Halgehausen. Ses biogrtphes ne sont 
pas d'accord sur ce point , et la va- 
riété de leur récit est facile à expli- 
quer. La mère d'Eob mus , surprise 
par les douleurs de l'enfantement , 
accoucha au pied d'un arbre. Elle ha- 
bitait ordinairen^nt Bockendorp ; 
mais l'arbre pouvait être sur le terri- 
toire de Halgehausen : de- là l'incer- 
titude. Eobanus , qui , dans ses ou- 
vrages, parle souvent de lui-même, 
n'a pas peu augmenté l'embarras. 
Dans une de ses lettres il s'écrie : a O 
» ma patrie ! ô noble séjour de ma jeu- 
» nesseî ô collines! à forêts! ô fleu- 
» ves î ô fraîches sources! quand vous 
» reverrai- je? » et c'est à la ville de 
Franckenberg qu'il adresse ces pathé- 
tiques exclamations. Dans ses fle'- 
roides il dit , toujours au sujet de 
Franckenberg, qu'il y est né , qu'il y 
a respiré pour la première fois l'air 
vital : 

lUie vitale* primâa Jec«rp«iaai turM, 
MaKCBti ptUBAM pnikHil illa dtev. 

12 



178 EOB 

Cela paraît positif; mais, d'un autre 
côte , on nous raconte que souvent il 
se donnait, en riant, le surnom de 
Tragocomensis. Il e'tait donc ne' dans 
un village dont le nom e'tait forme' du 
mot allemand qui signifie houe; il e'tait 
doue né à Bockendorp. Ces nouvelles 
difficultés se peuvent encore expli- 
quer. Il se disait né à Bockendorp, 
parce que sa famille y demeurait; à 
Franckenberg, parce que c'était la ville 
la plus voisine de son village. Ses pa- 
rents, qui étaient de pauvres gens , 
avaient nom Goebbehenn. Ils étaient 
protégés par le couvent de Heine, et 
ils durent l'éducation de leur fils à la 
bienfaisance des moines. Ce fut le 
prieur qui lui donna les premiers élé- 
ments des lettres. Du couvent, il entra 
dans l'école de Gemund , puis dans 
celle de Franckenberg. Horlaeus, qui la 
dirigeait , remarqua dans le jeune 
élève une inclination heureuse pour la 
poésie latine , et il Rattacha à la culti- 
ver. Aidé de ses conseils et de ses le- 
çons , Eobanus fit de rapides progrès. 
A seize ans il fut admis à l'université 
d'Erfurt , et il composa vers cette épo- 
que, deux pièces, où l'on peut entre- 
voir ce grand talent qui le plaça de- 
puis au premier rang des poètes latins 
de son siècle , la pastorale de Philétas 
et le poëme sur les Malheurs des 
Amants. En sortant de l'université, 
Eobanus voyagea pour augmenter ses 
connaissances et visiter les hommes 
célèbres. Après avoir parcouru une 
grande partie de l'Allemagne septen- 
trionale , la Poméranie , la Prusse , la 
Pologne , il se rendit h Rieseburg où 
résidait alors l'évêque dePomésanie, 
auquel il avait été recommandé. Ce 
prélat aimait les lettres et protégeait 
les littérateurs. Il fut touché du mé- 
rite du jeune voyageur, et s'étant 
convaincu qu'il joignait à l'esprit le 
|)lus brillant et le plus orne uu ca> 



EOB 
ractère sâr et estimable, il TemploTa 
comme secrétaire dans des affaires dé- 
licates , lui donna une mission auprès 
du roi de Pologne , et , bientôt après , 
d.ins le dessein qu'il avait de se l'atta- 
cher pour toujours, et de lui confier 
des places importantes , il l'envoya à 
Leipzig pour y apprendre le droit ci- 
vil et le droit canon. L'imagination 
poétique d'Eobanus ne trouvait pas 
dans l'étude de la jurisprudence l'ali- 
ment qui lui convenait; accoutumé 
à cueillir les fleurs les plus bril- 
lantes de la littérature , il se dégoiita 
d'un travail plein de sécheresse, et 
avec la permission de l'évêque de Rie- 
seburg, il retourna à Erfurt. On le 
mit à la tête de l'école de St.-Sevère. 
Elle prospéra sous son administration. 
Ce succès fit naître l'envie, et un rival 
jaloux et méchant parvint , à force 
d'artifices et de calomnies, à lui nuire 
sérieusement ; mais les magistrats 
d'Erfurt le vengèrent d'une manière 
éclatante , en lui donnant, dans l'uni- 
versité, la chaire d'éloquence. Bientôt 
les troubles nés de la réforme, arrê- 
tèrent à Erfurt le cours des études ; 
l'université fut abandonnée; et Eoba- 
nus , qui n'avait jamais eu beaucoup 
d'aisance , se trouva réduit à une ex- 
trême misère. Par le conseil de ses 
amis, il chercha une ressource dans 
la médecine. Cette étude était toute 
nouvelle pour lui; mais il s'y appliqua 
avec une si vive ardeur, qu'il fit en 
peu de temps assez de progrès pour 
composer, sur l'art de conserver la 
santé, le 'Iraité De diœtd , qui eut un 
graïul succès , et a été souvent réim- 
primé. Ce fut vers celte époque que 
les magistrats de Nuremberg établi- 
rent dans leur vdic nue école publi- 
que, et, sur la recommandation do 
Mélanchthon, ils offrirent à Eobanus 
la chaire de rhétorique et de poésie. 
Eobanus accepta, et il passa sept ans 



EOB 

à Nuremberg. Cependant le se'nat 
d'Erfurt songeait à rétablir Tuniver- 
site' , et pour y réussir il ne voyait pas 
de plijs sûr moyen que d'attirer d'ha- 
biles professeurs , et surtout de rap- 
peler Eobanus. On Ini fit des proposi- 
tions honorables ; les «ondilions les 
plus avantageuses lui furent offertes ; 
il refusa d'abord , enfin il céda ; mais 
ses espc'rances ne furent point re'ali- 
se'es. Les troubles qui avaient de'raigé 
les études, et, en quelque sorte, ren- 
■ver>é l'université, étaient loin d'être 
appaisés , et il ne lui fut pas possible 
de réparer un mal dont la cause exis- 
tait toujours. Apres quatre ans de sé- 
jour à Erfurl, il quitta cette univer- 
Nté pour celle de Marbourg, où le 
landgrave de Hesse l'avait nommé pro- 
fesseur. Il y.J>assa quelques années 
dans l'intimité du prince. La goutte , 
née peut-être de sou excessive intem- 
pérance , le tourmenta vivement vers 
sa 5r. année; elle fut suivie d'une 
maladie de langueur dont il mourut 
k 5 octobre i54o. Au milieu d'une 
vie très iigitée , Eobanus avait trouvé 
le temps de composer un assez grand 
nombre de poëmes latins, et d'entre- 
tenir des relations avec les savants 
ks plus célèbres de l'Allemagne pro- 
testante. Sa correspondance a été pu- 
bliée sous ce titre: Hessi et amicorum 
epistolarum familiarium , libri xii, 
Marbourg, i543, in-fol. ; elle n'est 
pas sans intérêt pour l'histoire litté- 
raire. Ses poésies, dont il laissa un 
choix., intitulé: Openim ffelii Eo- 
hani Hessi, farraginesduœ. Halle (en 
Souabe ) , i Sôg , in-8\ , comprennent 
trois livre* à' f/éroitles , à l'imitation 
de celles d'Ovide ; dix-sept Eglogues ; 
des Silves en neuf livres; m.e traduc- 
tion des Idjlles de Théocrite ( Ha- 
guenau, i55o ) , une de f Iliade, 
souvent réimprimée. M. Kuinol dit 
qu'en lisant Ylliade d'Eobanus on 



EOG 179 

croit lire Virgiîe. Nous nous en rap- 
portons à M. le professeur Kuinôi ; 
mais il est Hessois , et peut-être Fa- 
mour du pays l'a-t-il un peu aveugle 
sur le mérite de son compatriote. Eo- 
baiîus est encore auteur d'une traduc- 
tion en vers élégiaques des Psaumes 
de DavifL Sa vie a été écrite par Ca- 
merarius, son contemporain et soa 
ami. En 1801, M. Kuinol a pro- 
noncé, dans l'universi'é de Giessen, 
un discours latin, sur les services 
qu Eobanus a rendus aux lettres. 
Ce discours, et Camerarms, nous 
ont fourni les matériaux de cet nrli- 
cle. ^ous avons aussi été aidés par 
deux dissertations de Ayrmann, sur la 
naissance , le nom et le mariage d'Eo- 
banus. Nos lecteurs pourront , si plus 
de recherches leur semblent néccssai- 
saires , consulter encore Me'chior 
Adam , Burigny , dans la Vie d'Eras- 
me, la Bibliothèque grecque , tom, I, 
pag. ,et l'ouvrage que M. Lossius 
a pub'ié à Gotha , en i '^97 , sous le 
titre de H. Eohan Hesse und seine 
Zeitgenossen , eic. , c'e^t - à - dire , 
Eobanus et ses contemporains. 

lî— ss. 
EOGAN, E0GHAINN,E0GHANN 
ou EOAN. Les anciennes annales ir- 
landaises nous offrent trois princes de 
ce nom. Le premier est Eoghann- 
Mor, ou Eoghann-le- Grand. Nous 
avons parié ailleurs ( ^07". Briek- 
BoiuBoiHMH ) de ces dyi'asties milé- 
siennes d'Ii lande , qui prétendaient 
toutes remonter à un ancêtre commua 
( Miléagh ) , ainsi que de cette échelle 
féodale qui, à partir des Toparques, 
arrivait graduellement, à travers des 
rois de dislrirts et des rois de provin- 
ces, jusqu'au monarque suprême de 
l'île , avec ime souveraineté hérédi- 
taire dans les races , mais élective 
dans les individus. Eogh m" - Mor , 
de la dvnastic des rois de Mummaa 

12.. 



i8o EOG 

( Munster ou Moraonie), après avoir 
eu à conquérir sa province sur des 
dynasties Conaciennes qui l'avaient 
envahie, eut à !a défendre contreCoirara 
ou Conn , surnommé des Cent Ba- 
tailles , non seulement chef de toutes 
les dynasl-es de Connacht ( Gonnauf;ht 
ouConnacie), mais monarque d'Ir- 
lande , avant le 5*^. siècle. Le sort des 
armes ne fut pas d'abord favorable à 
Eoghann , il fut obligé d'abandonner 
ses états et de se réfugier en Espagne, 
Il épousa la fille d'un des souverains 
de cette contrée, revint en Irlande 
avec une armée espagnole , fut rejoint 
par ses vassaux fidèles , et après dix 
victoires , non-seulement recouvra la 
Momonie , mais força le superbe 
guerrier des Cent Batailles à partager 
avec lui la souveraineté de l'île entière. 
Une ligne fut tracée de Gallwav a 
Dublin , coupant l'Irlande par la moi- 
tié. Gonn fut monaïque de la partie 
septentrionale , Eoghann de celle du 
raidi. AiTTcs avoir ainsi maintenu et 
agrandi sa souveraineté par son cou- 
rage, Eoghann fit fleurir ses états par 
les arts de la paix , préserva de la fa- 
mine, dans une disette affreuse, non- 
seulement ses sujets , mais ses voisins , 
porta enfin l'agriculture à un tel point 
de perfection , qu'à son premier sur- 
nom de Grand les jieuples en ajou- 
tèrent un autre qui ne déparait pas le 
premier, celui de Mogha-huad, ou 
le Fort Laboureur. Ce dernier même 
a ^llemenl prévalu , que , dans les 
temps plus modernes, où la division 
de l'Irlande entre deux monarques 
s'est renouvelée, la partie du Nord 
a toujours été appelée la Moitié de 
Coïnn, et celle du Sud la Moitié de 
Mogha {lealh-Coiim ^ leath-Mogha), 
Un vieux poème tiré par Kealing des 
ténèbres de l'anliquité, décrit paihé- 
liijuement l'Irlande srptrniriouale en 
proie aux horreurs de la famine ; les 



EOG 

peuples este'nués , se traînant aui 
frontières , etinvoquant l'humanité du 
souverain de leatli-Mogha,ctce prince 
tout à la fois sage , hum.iin et juste , 
leur ouvrant ses greniers depuis long- 
temps remplis , mais imposant aux 
provinces qu'il secourt un tribut mo- 
déré envers la sienne. Les premiers 
moines qui , dans le 5^. siècle , ont re- 
cueilli ces monuments historiques , 
ont eu besoin d'introduire quelque 
chose de merveilleux dans des événe- 
ments qui leur paraissaient trop sim- 
ples ; et, tout pleins de l'histoire de Jo- 
seph, ils ont voulu qu'un druide vint 
prédire à Eoghann une fcriiblf famine 
sept années à l'avance , qu'Eoghann 
employât ces sept années à construire 
des greniers et à les remplir . et que, 
cette famine arrivée à point nommé, 
\\ ri'cueillît le fruit de sa prudence et 
de sa foi aux prophéties. Au milieu de 
ce beau règne l'ambition excita une 
nouvelle guerre entre le héros de 
Cent Batailles et le héros Laboureur. 
Ce dernier , surpris pendant une nuit 
obscure , ne put que vendre cher sa 
vie , et tomba percé de coups , ainsi 
que le prince espagnol son beau-frère, 
sur le monceau d'ennemis qu'ils avaient 
étendus à leurs pieds, bon corps fut 
élevé sur des boucliers, et les deux 
années , dit O Halloran , répétèrent 
dans leurs chants funèbres : « Hepos 
» au roi de Momonie , car il est mort 
» comme un héros devait mourir. » 

I ï— L. 

EOGHAN, petit-fils du précédent, 
eut pour père Oilioll Olum , roi de la 
Momonie entière, et qui la partagea 
en cinq districts : Desmona, Tho- 
moud , Ormoiid , larmond et Med- 
moud , c'est-à-dire , Momonie du Mi- 
di, du Nord, de l'Est, de l'Ouest et 
du Centre. Oi'ioll , père de dix • neuf 
fils , en eut neuf de Saba , fille du mo- 
narque Couu des Ceut iiatailic» , car 



EOG 

il devînt le gendre du meurtrier de 
son père; sur ces ntuf, srpt lurent 
tués dans un terrible combat de Moy- 
cruira , qui fit époque en Irlande. Eo- 
ghann, l'aîne de tous, qui comman- 
dait les troupes de son père dans 
cette funeste journée , et qm sa valeur 
avaitdéja faitdésigncr Thaniste, ou hé- 
ritier présomptif de la couronne , fut 
du nombre des tués ; ( t des deux fi ères 
qui survivaient, Cormac-Cass était le 
premier. 11 naquit un (ils posthume 
d'Eoghann , qui fut nommé Fiacha- 
Muileatau. Oilioll régla que le district 
de Desmond serait sous le sceptre de 
Fiacha , et celui de Thomord >ous le 
sceptre de Cormac-Cass; que Cormac 
son fils, aurait après lui la souverai- 
neté de toute la Momonie ; qu'après 
Cormac elle appartiendrait à son pelit- 
Cls Fiacha , et qu'ainsi de suite les 
deux races alicrneraienl sur le trône 
provincial de toutes les Momonies. Les 
rejetons des deux souches se multi- 
plièrent; les descendants d'Eoghann 
furent appelés du nom gérérique 
à'Eoghanachls , dont on a fait Euge- 
nii , les Eugéniens : c*mx de Cormac, 
Cass .se nommèrent JTalcaiss , Dal- 
cassii, Dalcassiens. Les Mac -Car - 
thys furent les aînés des Eoghanaclils, 
les Brien , des Oalcaiss. L'ordon- 
nance et les dernières volontés de 
Cormac-Cass réglèrent pendant assez 
long - temps la succession qu'il avait 
établie; une fois violées, elles le furent 
sans cesse. Le sort des armes décida 
presque toujours de la suzeraineté en- 
tre les deux maisons rivales, et il fut 
plus souvent favorable aux 0- Brien 
qu'aux Mac-C-arthys : les Dalcaïss pa- 
raissent avoir été, parmi les Irlandais, 
ce qu'était parmi les Grecs la phalange 
Macédonienne. Sous Henri VI II et 
sous Elisabeth, le Dalcaï-;sicn 0-Brien, 
roi de Tliomond , et l'Eugénieu Mac- 
Cariby, roi de Desmond, échangè- 



EOG i8i 

rent leur titre immémorial contre ce- 
lui de pairs d'Irlande, et se laissèrent 
cr»H.T comtes , l'un deThomond , l'au- 
tre de Clancarly. Le superbe et farou- 
che O-Neill, qui alluma une guerre de 
quarante ans contre Elisabeth , repro- 
chait , avec indignation , à ces deux 
chefs de l'antique Erin, d'avoir pu ac- 
cepter ces honneurs créés de la veille. 
Mac-Cartby, pour perpétuer tout à 
la fois et l'ancienneté et la primatic de 
son origine , prit pour devise de son 
nouvel écusson : Sinsior Clarma Mi' 
leagh ( V Aînée de toutes les races 
Milésiermes ). L — T — l. 

EOGH\NN ou EOANN , prince 
d'Irlande vers le 5'". siècle. L'Histoire , 
qui ne nous a conservé aucune de ses 
actions , nous a cependant transmis 
son nom, à raison de ses ancêtres et de 
sa postérité. II était l'aîné des huit fils 
de ce fameux Niall des neuf Ota- 
ges , monarque d'Irlande , tué sur les 
bords de la Loire vers l'an 4oC > et 
dont les descendants, rois provinciaux 
dlfltonie , possédèrent exclusivement 
pendant six siècles le sceptre monar- 
chique de toute l'ile. Eoghann , auteur 
des 0-Neills proprement dits, eut 
pour frère immédiat Conall Gulban , 
ancêtre des ODounel, qui disputèrent 
souvent à leurs aînés le trône d'Ulto- 
nie , et comptèrent plusieurs monar- 
ques dans leur, ligne. Les uns furent 
rois patrimoniaux du district de Tyr- 
Eoghaun, et les autres du district de 
Tyr-Conneil. L'0-Neiil eli'O-Donnel, 
qu'on voulut proscrire sous Jacques 
r*^. , et sur lesquels on confisqua en- 
core cinq cent mille acres de terre , 
avaient consenti à être faits pairs d'Ir- 
lande après leur soumission à la cou- 
ronne d'Angleterre , et avaient été 
créés , le premier comte de Tyrone , 
cl le second comte de Tyrconnel. Par 
cet article et par les deux qui précé- 
dent, on voit que, malgré le mélange 



iSi EON 

des fictions neVessairement itifroduitcs 
dans des anli(jiiitcs qui ont fu des 
Bardes pour premiers hisloriens , il 
est cependant indispensable d'y fouil- 
ler , lorsque les noms piopres de fa- 
milles ou de lieux . lorsque df s us.iges 
locaux et des coutumes nationales , 
lorsqn'enfin mille circonstances de tout 
genre qui durent encore, se raltaclient 
soit aux monuments , soif aux tradi- 
tions de ces antiquités. On ne peut 
assurément pas douter que Tyr-Con- 
nell vient de Tyr - (ioneii , autre- 
ment pa^s de Connell ; « t pour faire 
concevoir comment on arrive de Tyr- 
JEoghann à Tfrône , il suffit d'ob- 
seiver que, selon l'idiome irlandais , 
toute lettre suivie d'un Z? étant e'teinte, 
Tyr-Eoghann se trouve re'duil dans 
la prononciation à Tyr-eoanii , bien 
Toisin de T^rone ; comme O Con- 
chobhair est réduit à O Conoair , 
dont les Anglais ont fait Connor ; 
comme O Rei^halaidhy O Cealaidh, 
O Moëlfhalaidh se réduisent à O 
Jteialai , O Cealai , O i\jo'élalai , 
dont les Anglais ont f;iit Beilly , 
O Kelly , O Mullalfy. L— T— L. 

EON, fanatique irabécille , ne 
doit qu'à l'exactitude de la nomen- 
clature d'occuper une place dans 
cette Riographie. Il se qualifiait 
gentilhomme bas breton; l'on croit 
en effet qu'd était d'une noble fa- 
mille, et que son vrai nom est Eon 
de l'Estoile. Cet homme un jour 
rêva qu'il était ie fils de Dieu , ap- 
pelé pour juger les vivants et les 
morts; mais la cause de cette vision 
est au-delà de tonte extravagance. 
Ayant lu dans notre liturgie cette 
formule per eiim qui venturus est 
judicare, etc., l'homophonic de son 
nom et de l'an usatif cum lui per- 
suada que c'était de lui qne l'église 
avait voulu parler. Avec moins il'igno- 
raucc il pouvait s'assimiler plus ua> 



EON 

turellcmcnl aux ^ons des Valentl- 
niens. Quoi qu'il en soit, ce fou 
trouva d'au res fous; et, ce qui ar- 
rive pr< sque toujours , séduisit la 
niultitudc. On prétend qu'il s'entou- 
rait de prestiges, qu'il faisait paraî- 
tre subitement des tables bien gar- 
nies, et que quiconque touchait à 
ces mets était saisi d'une fureur di- 
vine. Pour accroître 'c nombre de 
ses prosélytes il jarcourut diverses 
provinces ; mais ses succès l'aban- 
donnèrent en Champagne. L'arche- 
vêque de Reims, qui n'entendait pas 
raillerie, le fit arrêter et comparoir 
au concile qui s'ouvrit dans celte 
ville le 22 mars 1 1 4b. Le pape Eu- 
gène III , qui se trouvait alors en 
Fiance, présidait ce concile. Eon 
parut devant ses' juges appuyé sur un 
bâton fourchu. On lui demanda ce 
que siguiliait ce support d'un nou- 
veau genre. « C'est un grand mys- 
» tère , répondit-il ; lorsque je tiens 
» ce bâton les deux pointes en l'air, 
» Dieu a en sa puissance les deux 
)> tiers du monde, et m'en aban- 
» donne l'autre tiers ; mais si je ren- 
» verse ces deux pointes, alors , pins 
» riche que mon père , je commande 
» aux deux tiers du monde, et Dieu 
» n'a plus que l'antre tiers. » A ce 
propos on conclut sagement qu'il 
fallait enfermer l'homme au bàtou 
fourchu; mais il mourut |)eu dejonrs 
après , des suites des mauvais traite- 
ments que lui firent éprouver ses 
gardes. Le concile ne se montra pas 
si modéré envers ses disciples. Ils 
fnnnt tous, d'abord exorcisés par 
précaution, puis livrés aux flammes. 
Ces disciples avaient reçu de leur 
maître de très beaux noms , tels 
que la Saines se , la Terreur, le 
Jugement. Le Jugement, en mar- 
chant au supplice, invoqua sur ses 
juges ie cLàlimcjit qu'éprouvèrent 



EON 

Coré , Dathan et Abiron ; mais la 
terre ne s'ouvrit point , et lui seul 
périt. On trouvera des dct.iils sur 
Eon dans les ouvrages d'Olhon de 
Fresingue , de Barouius, de Géuc- 
brard , de Sanderus , de Dupin , etc. 
D, L. 
EON DE BEAUMONT(Charles- 
Gf.neviÈve-Louise-Auguste-André- 
Timotueed' ), naquit à Tonnerre le 5 
octob. 1 7 28 , et fut baptisé le «j du mè- 
ïne inois(i), à l'église de Notre-Dame 
de cette ville. Louis de fieaumont , son 
père, était avocat au parlement , con- 
seiller du roi, et subdélégué de l'in- 
teudance de la généralité de Paris. Sa 
mère se nommait Frjnçoise de Cha- 
rcnton. Peu d'hommes ont joui , pen- 
dant leur vie, d'une aussi grande 
célébrité que lui. Les qualités bril- 
lantes qui le distinguèrent et les dif- 
férents rôles qu'il joua dans le monde 
politique y contribuèrent sans doute ; 
mais ce qui dut y mettre . et ce qui y 
mit effectivement le comble , fut le 
mystère dont des circonstances impé- 
rieuses le forcèrent un jour de couvrir 
son sexe. La curiosité publique, excitée 
par l'ordre qui lui fut intimé , de la 
part du roi , de prendre des habit.- de 
femme , après avoir glorieusement fi- 
guré, dans le cabmct et sur le chimp 
de bataille, sous ceux d'un diplomate 
ou d'un guerrier, fit retentir son nom 
dans l'Europe étonnée. On eut peine 
à concevoir les raisons d'état qui fai- 
saient exiger du chevalier d'Eon un 
si grand sacrifice d'amour- propre, et 
l'on se mit l'esprit à la torture pour 
les découvrir. De-là des conjectures 
de toute espèce , des paris ouverts , 
des confidences dévoilées , et tous les 

(1) Sur le» regislrei de la parnisse, on lui donne 
le nom de Charlotte, etc., mais cette pièce est 
remplie de faute» d'orlhograpiie ou Je cunlradic- 
tu>i;s, peut-être faites a dessein On y lit ni 
d'hirr.... a été in^(i/ée par nous.... ( Vovex , « 
«Cl és«d 1 •» Siàliogr. agrenum, , N». aiîjo ). 



EON i83 

propos qui émanent de la diversité 
des opinions. Chacun prétendit être 
le mieux instruit , et cependant on 
resta dans le doute. Aujourd'hui que 
la vérité est reconnue . et qu'un con- 
cours de témoignages irrévoc;:bles a 
fixé toutes les incertitudes , il devient 
plus facile de rendre au chevalier 
d'Eon le tribut d'éloges qui h;i est du, 
et de le peindre à la postérité sous des 
couleurs in flaçables. Sa jeunesse fui 
consacrée à l'étude; il s'y adonna avec 
aidcur , et de rapides progrès cou- 
ronnèrent ses efforts. Rf çu docteur en 
droit avant l'âge auquel on a coutume 
d'obtenir ce grade,il ne t^rda pas à faire 
partie du corps des avocat- au parle- 
ment de Paris. Mais cette profession 
ne satisfaisaul pas ses vues ambitieu- 
ses, il en employa les loisirs à l'étude 
de la politique et des belles-lettres, et 
publia un Essai historique sur les 
différentes situations de la France , 
par rapport aux finances , qui fut 
suivi de deux volumes de Considéra^ 
lions politiques sur l'administration 
des peuples anciens et modemes.C est 
à ces deux ouvrages qu'il dut le com- 
mencement de sa réputation, et l'hon- 
neur d'êire proposé au roi par le 
prince de Conti , di^'ecteur en chef 
du ministère secret de Louis XV, 
pour remplir une mission délicate à 
la cour de Russie. Muni des instruc- 
tions nécessaires, il partit pour Saint- 
Pétersbourg , et y fut attaché au che- 
valier de Douglas , qui travaillait sans 
relâche à faire adopter un traité d'al- 
liance entre les deux couronnes. L'es- 
prit insinuant du chevalier d'Eon lui 
attira les bonnes grâces de l'imj>éra- 
trice Elisabeth , et un an n'était pas 
encore écoulé qu'il revint à Versailles 
pour y rendre compte de l'issue f.îvo- 
rable que les négociations entamées 
laissaient entrevoir. Son séjour en 
France ne fut pas de longue durée ^ 



i84 EON 

et on le revit bientôt à Sainl-Peters- 
bonrg , où il fut charge , jjendant cinq 
ans consécutifs, de la correspondance 
secrète entre l'impe'ralricc et le roi de 
France. La prudence et l'activile' de 
ses démarches ne laissèrent rien à dc'- 
sirer. Un traité définitif d'alliance en- 
tre la Fnince et la Russie ; la renoncia- 
tion , de la part de cette dernière puis- 
sance, aux subsides qu'elle recevait de 
l'Angleterre ; l'engagement de faire 
marcher , en faveur des cours de 
France et de Vienne , les quatre-vingt 
mille Russes assemblés en Livonie 
et en Courlandc pour soutenir les in- 
térêts de la Prusse et de l'Angleterre; 
enfin la ratification d'Elisabeth au 
traité de Versailles, du l'^^'.mai l'y 56, 
«in furent les heureux résultats. Le roi 
lui témoigna combien il était satisfait 
de son zèle , et l'en récompensa en lui 
donnant une riche tabatière d'or ornée 
de son portrait , et eu le nommant 
lieutenant de dragons dans le Colonel 
général, et secrétaire de l'ambassade 
<lc Russie. Il ne s'agissait pas moins 
que de perdre dans l'esprit d'Elisa- 
beth le grand chancelier Bcstucheff, et 
d'informer celte princesse des moyens 
criminels qu'employait son premier 
ministre , afin de détourner ses bonnes 
intentions en faveur de ses alliés. Grâce 
au chevalier d'Eon, cette affaire si difli- 
cileà conduire réussit au gré des cours 
de France et de Vienne. Le grand 
chancelier fut arrêté , et remplacé par 
le comte de Woronzow, qui était dans 
les intérêts de la France. De nouvelles 
faveurs furent le prix de ces nouveaux 
services. Le chevalier d'Eon fut pro- 
mu au grade de capitaine de dragons, 
et porté sur l'état des pensions pour 
une somme de 2,400 livres. Pru de 
temps après , sa santé s'.iltéra au point 
qu'il fut forcé de solliciter son rappel. 
L'impératrice lui témoigna , dans les 
termes les plus flatteurs, la peine 



EON 

qu'elle éprouvait à le voir s'éloigner 
de ses états. Le comte de Woronzow, 
dans l'audience de congé qu'il lui 
donna, lui dit, en lui rajipelant 
les effets de l'alliance entre les cours 
de Vienne et de Versailles : « Quoi- 
» que votre premier voyage iii avec 
» le chevalier de Douglas ait coû- 
« té plus de deux cent mille hom- 
» mes et de quinze millions de rou- 
» blés à ma souveraine, je n'en suis 
» pas moins fâché de vous voir partir. 
» — Kh quoi ! répondit spirituelle- 
» ment le chevalier, l'impératrice et 
» votre excellence pourraient-elles re- 
» gnttcr les sacrifices qu'elles ont faits 
» pour acquérir une réputation et une 
» gloire qui dureront autant que le 
» monde ? » Accoutumé à ne porter 
que de bonnes nouvelles, le chevalier 
d'Eon revint dans sa patrie avec la ra- 
tification de l'inipérafrice au nouveau 
traité du 3ô décembre i '^58 , et à la 
convention maritime faite avec la Rus- 
sie et 1rs couionnes de Suède et de 
Danemark. Sa carrière politique se 
trouvant alors interrompue, il se jeta 
dans celle des armes , et s'y distingua 
d'une manière non moins éclatante. 
Hoxler, Ultrop , Eimbeck et Oster- 
wick furent successivement le théâtre 
de ses exploits. La paix survint. 11 
quitta sur-le-champ l'épée pour re- 
prendre la plume , et fut envoyé à 
Londres en qualité de secrétaire d'am- 
bassade du duc de Nivernais. Tou- 
jours plein de prévoyance et de zèle 
pour son roi et sa patrie, il employa 
l'adresse pour se rendre maître de plu- 
sieurs papiers intéressants, et en fit 
faire une copie qui fut .h l'heure même 
envoyée à Versailles par un courier 
extraordinaire. La croix de St. -Louis 
fut la récompense de ce service im- 
portant. Le retour du duc de ISivernais 
eu France éleva le thtvatier d'F.on en 
dignité. 11 fut d'abord nommé rcsi- 



EON 

dent auprès du roi <le !a Grandc-Bre- 
tajiiio, et ensuite ministre plénipoten- 
tiaire. Tout lui prospérait, lorsque de 
sourdes intrigues reuvcrsèrent tout à 
coup sa fui timc et ses espérances. Une 
paix honteuse avait été signée ; ceux 
qui l'avaient négociée étaient intéressés 
à ce que leur conduite ne fût pas mise 
au grand jour. Le chevalier d'Èon était 
le confident secret de Loui> X\ ; il cor- 
respond lii et travaillait directement 
avec ce prince. Il pouvait découvrir 
tout ce qui s'était passé et le révéler 
à son anguste maître : c'en étdit assez 
pour consommer sa ruine. Les cares- 
ses , les injures . les menaces , et jus- 
qu'aux voies de fait, tout fut employé. 
Des lettres de rappel Ini furent expé- 
diées ; mais comme il ue jugea pas 
prudent de repasser la mer et de re- 
tourner en France , il resta à Londres 
pendant l'espace de qualoi-ze ans, dans 
une espèce de proscription. Cej>en- 
dant le roi , en consentant à sa dis- 
grâce , chercha à l'en consoler en lui 
faisant remettre par son ministre le 
brevet suivant : « En récompense des 
» services que le sieur d'Eou m'a ren- 
V dus, tant en Russie que dans mes 
» armées, et d'autres comrai'^sions que 
» je lui ai données , je veux bien lui 
» assurer un traitement annuel de 
» douze mille livres, que je lui ferai 
» payer exactement tous les six mois, 
» dans quelque pays qu'il soit, hoi mis, 
» en temps de guerre , chez mes en- 
» nemis, et ce jusqu'à ce que je juge 
» à propos de lui donner quelque poste 
» dont les appointements S'.raient p!us 
» considérables que le présent traite- 
» ment. A Versailles , le i""". avril 
» 1 766. Signé Louis. » Le séjour du 
chevalier d'Eon en Angleterre ne fut 
pas perdu pour la France, et quoiqu'il 
ii'eût plus aucun caractère , il ne s'en 
occupa pas moins de tout ce qui pou- 
Tait tourner à l'avaDtagc de sa patiiej 



EON i85 

i! lui demeura inviolableraent attaché, 
et refusa les offres brillantes qui 'ni 
furent faites, s'il voulait prendre des 
lettres de naturalisation. Le roi, ins> 
truit de sa généreuse conduite, dési- 
rait ardemment réaliser ce qu'il lui 
avait promis; mais le chevalier, qui 
tenait fortement à ce que son inno- 
iience fût publiquement reconnue , 
s'obstina à ne point accepter les fa- 
veurs qui lui furent proposées. Cette 
résistance retarda son retour en Fran- 
ce jusqu'à la mort de Louis XV^, épo- 
que à laquelle les comtes de Maurepas 
et de Vergennes songèrent d'aulant 
plus sérieusement à le rappeler, que 
les discussions et les paris énormes qui 
venaient d'avoir lieu à Londressur soa 
sexe , leur parurent un prétexte plau- 
sible pour vaincre ce qu'ils regar- 
daient comme une opiniâtreté dépla- 
cée de sa part. Eu conséquence , 
Louis XVI signa, le 2j août 1775, 
une permission par laquelle il fut 
libre à d'Eon de revenir en France, 
ou de choisir tel autre pays qu'il 
lui plairait , sous condition qu'il gar- 
derait le silence le plus absolu , lui 
promettant assistance et protection , 
et faisant expresse défense de le 
troubler dans son honneur, sa per- 
sonne et ses biens. Deux ans s'é- 
coulèrent sans que le chevalier pro- 
filât de cette faveur du roi, et ce 
ne fui que le i5 août 1777 qu'il se 
décida à quitter Londres, après avoir 
reçu de M. de Vergennes la lettre sui-^ 
vante, eu date du 12 juillet de la mê- 
me année : « J'ai reçu, monsieur , la 
» lettre que vous m'avez fait l'honneur 
» de m'écrire le premier de ce mois. 
» Si vous ne vous y étiez pas hvré à 
» des impressions de défiance , que je 
» suis persuadé que vous n'avez pas 
» puisé dans vos propres scnlimcnts, 
» il y a long-temps que vous jouiriez 
» daos votre patrie de la traDq[uiUit^ 



i86 EON 

î> qui doit anjourd'bui , plus que Ja- 
» mais , ffire l'objet de vos désirs. Si 
» c'est se'rieusement que vous p'^nscz 
» y revenir, les portes vous en seront 
» encore ouvrtes. Vous connaissez les 
» conditions qu'on y a mises : le si- 
» lenee le plu- absolu sur le passe'; 
» éviter de vous rencontrer avec les 
» personnes que vous voulez regarder 
» cyinftie les causes de vos malheurs ; 
» et "enfin de repreudre les liabils de 
» votre sexe. La publicité qu'on vi' nt 
» de lui donner en Angletcire ne peut 
» p!u-> vous permettre d'l>ésiter. Vous 
» n'ignorez pas sans doute que nos 
» lois ne sont pas tolérantes sur ces 
» sortes de déguisements. Il me reste 
» à ajouter que si, après avoir essayé 
» du séjour de la France , vous ne 
» vous y plaisiez pas , on ne s'oppo- 
» sera pas à ce que vous vous retiriez 
» où vous voudrez. C'est par ordre du 
» roi que je vous mande tout ce que 
» dessus. J'ajoute que le sauf-conduit 
> qui vous a été remis vous suffit; 
» ainsi rien ne s'oppose au parti qu'il 
» vous conviendra de prendre : si 
» vous vous arrêtez au plus salutaire, 
» je vous en féliciterai ; sinon je ne 
» pourrai que vous plaindre de n'a- 
» voir pas répondu à la bonté du 
» maître qui vous tend la main. Soyez 
» sans inquiétude ; une fois en Fran- 
» ce , vous pourrez vous adresser di- 
» rectement à moi , sans le secours 
» d'aucun intermédiaire. J'ai l'honneur 
» d'être avec une parfiite considéra- 
» tion , etc. » Sur la foi de cette lettre , 
le chevalier d'Kon arriva à Versailles, 
où le ministre l'accueillit avec une 
distinction parliculicrc; mais tout en 
lui renouvelant l'ordre de prendre 
des habits de femme. Peu pressé d'o- 
béir, le chevalier alla à Tonnerre sans 
se prêter à la métamorphose qui lui 
était commandée , et ce ne fut qu'à 
l'époque d'un second voyage qu'il fit 



EON 
dans la capitale, qu'il se décida à de- 
venir femme ^ et à ne paraître dans 
le monde qi'c sous le titre de cheva- 
lière d'Eon. Ce changement d'état lui 
attira une vive querelle à l'Opéra. On 
en craignit les suites, et on l'envoya, 
pour calmer sa juste colère , au château 
de Dijon, où M. de Changé, qui en 
était alors gouverneur, le traita avec 
tous les égards qui Uii étaient dus. Son 
exil fini , il se retira à Tonnerre. En 
1783 il se rendit à l-ondres, sur l'in- 
vitation du baron de Breteuil. l^a ré- 
volution françuse éclata. Il revint dans 
sa p-i'rie , ofTrit ses services au gou- 
vernement, fut refusé, retourna en 
Angleterre , et fut mis , vu son absen- 
ce , sur la liste des émigrés. De ce mo- 
ment son existence ne fut plus qu'une 
série de malheurs. Privé sans espoir 
de sa pension , et réduit le plus sou- 
venl à un état voisin de la détresse, 
il fut forcé d'.ivoir recours à son in- 
dnstrie.Son habileté dans l'art de l'es- 
crime lui fournit quelques ressources, 
en faisant publiquement assaut avec le 
fameux Saint - George. Mais l'âge et 
les infirmités ayant exercé sur lui 
leurs ravages , des amis généreux vin- 
rent à son secours , et rendirent ses 
derniers moments moins pénibles. De 
ce nombre lut le P. Eiisée, premier chi- 
rurgien de Louis XV 111. C'est sur le 
témoignage de cet homme recoraman- 
dablc , témoignage auquel il nous a 
autorisé à donner la plus graiule pu- 
blicité, que nous affirmons que le che- 
valier d'Eon , malgré tout ce qu'on a 
pu dire et écrire sur son compte , ap- 
partenait exclusivement au sexe mas- 
culin. C'est après l'avoir assisté jus- 
qu'au '2 1 mai 1810, jour de sa mort, 
et avoir été présent à l'inspection et à 
la dissection de son corps, qui eut lieu 
le '.>,5 du même mois, que le Père 
Elisée ne craint pas de lever irrévo- 
cablement tous les doutes. A ces pre«» 



EON 

Tes irrécusables uous ajoalerons que 
BOUS arous vu ch«z M. MHiroii . mi- 
nistiedu culte proustiinl et littérateur 
distingué,, uue çraviiie représentant 
le lo^^e du chevalier H'Eoii , de ma- 
nière à éclairer les |ilu> inoiédules. Au 
bas de celte gravure , qui a paru en 
Anglelerre, e>t Tattestatiou suivante : 
/ hercbjy cerlify thaï i hâve inspec- 
ted the bodj ofthe che\,'alier d'Eon , 
inthe presenceof M.Adair^ M. f Vil- 
son elle F. Elysée, and hâve found 
the maie organs in every respect 
perjecth funued. May -lî, 1810, Gol- 
den -Squ.re; Tb. Coi'£LA>D, etc. — 
V Je ccrlifi'' , par le présent , avoir ins- 
1» pecté le corps du clievalior d'Eon , 
» en présence de M. Adair , M. Wil- 
■ son et du P. Elysée , et avfir trouvé 
» les organes ni.isculius parfaitr ni«nt 
ï» formés , etc. » — In conseque'ce 
ofa note from the above gentlemen , 
i examined the body which was a 
maie. The original dra%ving was 
made by M. C. Turner, in my pré- 
sence. Dean street Soho, INlay 24 » ' 8 1 o. 
•^«Eu conséqueuce de la note des per- 
'>> sonnes nommées ci-dessus, j'ai exa- 
» miné le corps qni était du sexe mas- 
» culin. Le dessin origiual a été fait par 
» M. C. Tuj ner, en ma présence, etc.» 
Après nous être si grandement étendus 
sur les paiticularilés de la vie du che- 
valier d'Eon, il est fâcheux sans doute 
de ne pouvoir répandre la lumière 
sur celle qui doit encore plus pi- 
quer la curiosité publique. Il n'est 
personne qui ne voulût connaître les 
raisons politiques qui ont pu forcer 
un homme, un militaire, un cheva- 
lier de Saint-Louis de prendre des ha- 
bits de femme. Dirons - nous , avec 
quelques auteurs de biographie , que 
le chevalier d'Eon servit sou roi sous 
les habits des deux sexes ? Le fait ne 
nous semble pas assez prouve. Con- 
tentons-nous donc de l'assurance qui 



EON 187 

nous est donnée par des tc'moins dianes 
de foi, et ne faisons pas de vains efToi ts 
pour soulever un voiU- impem tr..ble. 
D'ailleurs,à qu< Iqnesexeque d'Eon 1 ût 
réellemrnl a[)pi>rtenu , sa mémoire se- 
rait encore exeuipte de touie maligne 
atteinte. En i '•'y :"> ses ouvrages ont été 
recutillis en i5 vol. in-8"., sous le 
titre de Loisirs du chevalier d'Eon» 
lis se composent : 1. de Mémoires 
sur ACi dijjerends avec M. de Guer- 
chy ; 11. d'une Histoire des Papes ; 
111. d'une Histoire politique de la 
Pologne', IV. de Recherches sur les 
royaumes de Aaple et de Sicile ; V. 
de BecJierches sur le Commerce et 
la Navigation ; V I • de Pensées sur 
le Célibat, et les maux qu'il a causés 
à la France ; VIL de Mémoires sur 
la Russie, et son ctimmerce avec les 
anglais ; V I 11. d'une Histoire d'Eu- 
doxie-Foederowna: IX. inobserva- 
tions sur le royaume d'Angleterre, 
son gouvernement , ses grands offi- 
ciers , etc.; X. de Détails sur l'Ecosse 
et sur les possessions de V Angle- 
terre en Amérique ; XI. de Mémoi- 
res sur la Régie des blés en France , 
ies mendiants , le domaine des rois , 
etc.; XII. de Détails sur toutes les 
parties des finances de France , etc. ; 
Xlll. d'un Mémoire sur la situation 
de la France dans l'Inde avant la 
paix de lyôS etc. M. de la Fortille, 
lieutenant de roi de S. Pierre le Mou- 
tier, a publié à Paris, en 1779 , nu 
volume in-8'. de 176 pages, intitulé: 
La Vie militaire , politique et pri- 
vée de demoiselle Charles- Geneviè- 
ve- Louise- Auguste- Andrée- Thimo- 
thée EoN ou d'Eon de Beaumont , 
écuyerj chevalier.... ci-devant doc- 
teur en droit avocat.... censeur 

royal pour l'histoire et les belles- 
lettres , envoyé en Russie...., etc., 
et connue jusqu'en 1777 sous le nom. 
de chevalier d'Eon, La curieuse liste 



ï88 EOS 

des qualités du chevalier d'Eon oc- 
cupe plus de seize ligne s sur le titre , 
en lace diiquel est une gravure offrant 
«n me'daillon le portrait de d'Fon , 
avec cette inscription : A la cheva- 
lière d'Eon , et ou lit au-f!essous : 
composé par J.-B. Bradel , qui a 
grai>é en grand le portrait de ma- 
demoiselle d'Eon, communiqué par 
«lie à ce seul artiste. Une nouvelle 
édition de cette /^/V, public'e en 1779, 
est précédée d^une Epitre de M. Do- 
rat à l'héroïne , et suivie de pièces 
relatives à ses démêlés avec Beau- 
marchais. D'Eon avait une biblio- 
thèque précieuse p >v les manuscrits ; 
ses besoins le forcèrent de la vendre 
en I 79 1 . Le catalogue in-8 '. , qui en 
fut imprime' la même année , est très 
rare en France; il est pre'ce'dc d'iui 
Exposé ( en augl. et en franc. ) qui 
contient des de'iails curieux sur les af- 
faires privées de ce personnage sin- 
gulier. P — c. 

EOSANDER (Jean - Fredeuic ) , 
ne' en Suède vers la fin du 1 7*". siè- 
cle. Il se rendit jeune à Berlin , et 
ses dispositions pour les arts ayant 
e'te' reconnues, l'électeur Frédéric, de- 
puis roi de Prusse , le fit voyager en 
Italie et en Fr,<nce. Il s'appliqua sur- 
tout à l'architecture, et reverui à Ber- 
lin il fut chargé de plusieurs travaux 
importants. Il donna le plan d'une 
partie du palais de la capitale, et di- 
rigea la construction du chà.'eau de 
Charlotlenbourg. Son orgueil et sa 
jalousie l'entraînèrent à des procédés 
peu généreux envers les autres ar- 
tistes employés par le roi , et il causa 
surtout des chagrins très vifs à 
Schluter, qui avait donne le plan 
des décorations de l'arsenal et le mo- 
dèle de la statue du grand électeur. 
Frédéric ne cessa pas néanmoins de 
le protéger , et lui accorda une forte 
peusiou , ainsi que le titre dv colo- 



EPA 

nel. Il l'envoya même comme am- 
bassadeur au|)rès de Charles XII , 
pour négocier une ailiance politique. 
Frédéric étant mort , Eosander se 
ressentit des réformes que le succes- 
seur de ce piince, le sévère Frédé- 
ric Guillaume , introduisit à la cour. 
Mécontent de sa situation à Berlin , 
il entra au service de Suède , et fut 
employé peu après à la défense de 
Straisund , dont les Danois , les Busses 
et les Prussiens avaient entrepris le 
siège. La plare s'étant rendue, il de- 
vint prisonnier des Prussiens; mais 
il obtiit la permission de se retirer 
à Francfort- sur - le - Mein , oii sa 
femme, de la famille Merian , possé- 
dait un fonds de librairie. Les reve- 
nus de ce fonds n'ayant pu sulïire à 
son goût pour le faste, il chercha du 
service en Saxe , où il fut nommé 
lieutenant-général. Eosander termina 
ses jours à Dresde en i 729. On a de 
lui un ouvrage en allemand , ayant 
pour titre \' Ecole de la guerre , ou 
le Soldat allemand , et quelques Mé- 
moires inséi es dans le Theatrum Eu' 
ropeum. C -au. 

EPAMINONDAS, fds de Polym- 
nis, naquit à Thèbes d'une famille an- 
cienne et dont l'oiigine remontait jus- 
qu'aux temps fabuleux. Il eut pour 
précepteur le pythagoricien Lysis. La 
philosophie de Pythagore , malgré 
l'austérité des mœurs qu'elle iniposait 
à ses sectateurs , semblait vouloir les 
conduire à la vertu , moins par les 
seuls conseils de la raison qiu- par une 
sorted'cnthousiasme religieux, et non 
seulement elle n'interdisait pas , mais 
elle recommandait même, la culture 
des arlsagréabhs. Epaminondas n'eu 
négligea aucun , et prit des leçons des 
plus habiles maîtres de son temps; 
Denys lui montra à chanter eta s'ac- 
comp.igner de la lyre. Olyuipiodorc 
lui apprit à jouer de la Ilùlc , et Cal- 



EPA 

lipbron fut son maître de danse. Cor- 
nelius-Nepos rapporte avec ëtoiine- 
meut CCS particularités, et fait obser- 
ver avec raison la iliflFéience de ces 
mœarsd'aveccellesdeses concitoyens: 
en elFet c'eût e'té une honte pour un 
romain de posse'der ces tilents bril- 
lants qui, parmi les Grecs, rehaus- 
saient t-ncore l'éclat d«s grandes qua- 
lités. Epxninondas fut pptiJant sa 
jeunesse le témoin dii rapide accrois- 
sement de la puissance des Lacédémo- 
niens. Le gouvernement des petites 
républiques de la Grèce passait aller- 
nativemenf entre les mains de deux 
partis différents; les uns. voulaient 
conférer ranturilé suprême aux riches 
et mm puissants, poui contenir les 
séditieuv et les démagogues, les au- 
tres ne trouvaient de garantie pour le 
maintien des lots, que lorsque la gran- 
de majorité dos oitovens participait à 
la souveraineté. Athènes , gouvernée 
démocratiquement , était dans toutes 
les villes l'appui de ce dernier parti, 
et Lacédémone celui du pirti con- 
traire. Après une longue lutte Lacé- 
démone triompha, et les Thébains, 
alliés forcément aux Spartiates, con- 
tribuèrent à établir la suprématie de 
ces derniers, eu combattant avec eux 
à Mantinée contre les Arcadiens. 
Ceux-ci chargèrent avec tant d'impé- 
tuosité l'aile droite des Lacédémo- 
uieus qu'ils l'enfoncèrent, mais Epa- 
miuondas et Pélopidas , tous deux 
amis , tous deux pleins de jeunesse 
et devaient, s'y trouvaient , ils joi- 
gnirent leurs boucliers et so'iliu- 
rent l'effort des ennemis. Pélopidas , 
sept fois blessé, tombe baigné dans 
son sang; Epaminondas le couvre de 
son corps et se précipite au-devant de 
ceux qui veulent l'atteindre. Il allait 
enfin succomber lui-même lorsque les 
Lacédémouiens , auxquels il avait don- 
né le temps de se recomiaitre , accou- 



EPA 189 

rent, le délivrent, repoussent les Arca- 
diens et les mettent en déroute. Ainsi 
ce fut sous les drajteaux des Spar- 
tiates et sur le soi même où il devait 
par la suite port< r le dernier coup à 
leur puissance, qu'Epaminondas corn» 
mença, par un prodige de valeur et de 
dévouement , sa carrièie militaire. 
Uneaiuiiié constinte unit Eparuinoa- 
das et Pelopidaj, quoiqu'il existât 
entre eux un contraste absolu. Pélo- 
pidas était un des plus liches citoyens 
de Thèbcs ; Ëpaminondas en était un 
des plus pauvres: Pélopidas aimait le 
faste et l'éclat , Ëpaminondas chéris- 
sait sa pauvreté, et, pjr principe 
comme par goût , il voulut rester et 
resta toujours pauvre. Pélopidas ne 
se plaisait que dans les camps , dans 
les exercices de la lutte et des cour- 
ses ; Ëpaminondas aimait au contraire 
la retraite et l'étude. Les intrigues du 
roi de Perse, de celui de Thessalie, 
et les instances de l'amitié le trouvè- 
rent également inaccessibles à la sé- 
duction. Pé'opidas cherchait à lui 
persuader que, pour faire le bien, les 
richesses sont nécessaires; « il est vrai, 
dit Ëpaminondas , pour un homnie 
tel que Nicodèiue. » Ce Nicodème était 
boiteux et aveugle. E|>amiuoudas 
avait observé quel avantage donnait 
aux Lacédémouiens, sur tous les au- 
tres peuples de la Grèce, leur sobriété 
et leur tempérance ; il cherchait par 
son exemple à inspirer la même aus- 
térité de mœurs à ses conciloy.-us.Ce» 
pendant le parti aristttcratique de 
Thèbes, se voyant le plus fiible, livra 
la Cadméc , ou la citadelle de la ville, 
aux Lacédém. miens, qui s'en emparè- 
rent en pleine |»aix; tous les chefs dci 
parti populaire furent exilés elpirti- 
cu;ierement Pélopidas. Ëpaminondas, 
considéré comme uu phuosophe spé- 
culatif, et protégé aussi par sa pauvro* 
te', ne fut point compris dans cette 



iQo EPA 

proscription. Trois ou quatre ans 
après il s'ourdit une conspiration pour 
anéantir ce gouvernement aristocra- 
tique et chasser les Spartiates de la 
Cadrae'e.Eparainondas ne voulut point 
se joindre aux conspirateurs quoique 
Pc'lopidas fût à leur lêle; il redoutait 
les effets des vengeances personne les , 
inséparables de pareilles tentatives. 
La conspiration rëus^it, les Spartiates 
furent chasse's de la Cadjne'e , niais 
tou> les maux et toutes les horreurs 
qu'avait prévus Kpaminondas furent 
les premiers résultats de ce succès : 
des flots de sang coulèrent, et pour 
anéantir jusqu'à la race de leurs en- 
nemis , plusieurs conjurés égorgèrent 
des enfants sur les corps de leurs 
pères expirants. Eparainondas, par 
l'ascendant qu'il avait sur ses -conci- 
toyens, contribua à furc cesser le 
massacre. Le gouvernement popu- 
laire fut rétabli , mais les Lacédémo- 
jiiens déclarèrent la guerre aux Thé- 
bains: après quelques légers avantages 
ils furent repoussés à Tégyre par 
Pelopidas , qui avait été nommé gé- 
néral en chef des trou|Tes de Thèbes. 
Ce succès inattendu étonna Lacédé- 
mone j jamais aucun peuple n'avait 
osé se mesurer avec les Spartiates en 
nombre égal, et les Thébains les 
avaient vaincus avec des forces in- 
férieures. Toutes les républiques de 
la Grèce, faliguécsdeleursdissensions, 
résolurent de les terminer à Taniia- 
blc. Une diète générale fut convoquée 
h Lacédémonc. Epaminondas y parut 
avec les autres députés de Thèbes , il 
avait alors quarante ans et n'avait ac- 
quis encore aucune réputation comme 
militaire, mais il était à juste titre 
considéré comme un des meilleurs ora- 
teurs de la Grèce. L'un des rois de 
Sparte, Agésilas, qui avait porte la 
guerre en Asie , et fait chanceler sur 
«on trône le puissant monarque de 



EPA 

Perse, eut dans cette assemblée 1.1 
principale inQiience. Son but était de 
la faire servir à affi rmir la supréma" 
lie que Licédémone avait acquise sur 
tous les autres états de la Grèce. Thè- 
bes, après qu'elle eût recouvré son 
indépendance, avait soumis, non sans 
violence et sans injustice , les autres 
villes de la Béotie , dont les forces 
réunies aux siennes contribuaient à la 
rendre p!us redoutable ; mais d'après 
le traité d'Ant^lcidas , conclu entre 
les Spartiates et le roi de Perse , tou- 
tes les villes de la Grèce étaient dé- 
clarées libres et indépendantes les unes 
des autres. Les Lacédéraonicns, en 
tenant sous le joug les villes de la 
Laconio, exigeaient que celles de Béo- 
tie ne fussent plus asservies aux Thé- 
bains. Epaminondas démontra com- 
bien il était utile de contrebalancer la 
puissance j toujours croissante , des 
Spartiates. Comme Agésilas s'apperçut 
que son discours faisait une forte im- 
pression sur les députés , il l'inter- 
rompit et lui dit avec hauteur: « Vous 
» parait-il juste et raisonnable d'ac- 
» corder l'indépendance aux villes de 
» Béotie? — « Et vous, répondit Epa- 
» minondas, ne croyez-vous pas qu'il 
» est juste et raisonnable de rendre 
» la liberté à toutes les villes de La- 
» conie ?» — « Répondez nettement, 
» répliqua Agésilas, enflammé de co- 
» 1ère, je vous demande si Thèbes 
» est dans l'intention d'affranchir les 
» villes de la Béutit?» — « lit moi, 
» H'pliqua fièrement Epaminondas, 
» je demande qu'A;;ésil.is déclare si 
» les li.iccdemonuns veulent, ou non, 
» affranchir les vill s d<- la Laco- 
» nie ?» A ces mots Agésilas , ue 
se possédant pas , effare du traité le 
nom des Thébains , et leur déclare 
la guerre. L'uitre roi de Laccdé- 
moiie , C'éombiute, qui conunandait 
eu Phocide l'armcc des allies ; eut 



EPA 

«r^re âc marcher en Beotie. Les 

Thébains nommèrent Epaminondas 
géne'ral en clicf, et sous lui Pélo- 
pidas. Jamais Thcbe* n'avait vu , et 
ne vit depuis, de pareils citojeus à la 
tète de ses arme'es. Cleombrotc avait 
avec lui dix mille hommes de pied et 
mille chevaux. Epamtnondjs ne pou- 
vait lui opposer que six mille hommes 
d'mfauteric, et ciuîj^cents chevaux. 
Mais la cavalerie thcbaine était la meil- 
leure de toute la Grèce. Les deux ar- 
mées se rencontrèrent dans un endroit 
de la Beotie nommé Leuctres.Ciéom- 
brote s'était placé à la droite de son 
armée, avec la phalange lacédémo- 
iiiènf qui formait une première ligne; 
les Thébains parurent d'dbord en ba- 
taille et marchèrent parallèlement aux 
ennemis , qui , beaucoup plus nom- 
breux, les débordèrent vers la droite. 
Pour ôter aux Lacédéraoniens cet 
avantage , Epaminondas se détermina 
à attaquer par sa gauche , il la fortifia 
de tout ce qu'il avait d'hommes d'élite 
et de pesamment armés , qu'il rangea 
sur cinquante de profondeur en une 
colonne fermée par l'escadron sa- 
cré ( I >. Le reste de >es troupes , tant 
les soldats armés à la légère que ceux 
qui ne faisaient pas corps avec la pre- 
mière phalange, s'étendait sur une seu- 
le ligne et sur trois ou quatrede hauteur. 
A cet aspect , Cléombrole change sa 
première disposition ; mais , au lieu 
de donner plus de profondeur à son 
aile droite , il la prolonge pour dé- 
border l'armée d'Epaminondas. Pen- 
dant ce mouvement , la cavalerie thé- 
baine fond sur celle des Iiacédémo- 
niens et la renverse sur leur pha- 
lange, qui n'était plus qu'à douze de 
hauteur ; et tandis que l'aile droite 
des Thébains reste en place, tout le 

(i) Cet escadron <u";t ermpoti île troi» cent» 
ieuofi i;eas éiroitemcat HBif coU'eaf , <t r«a9i«- 
mit pu leur valenr. 



EPA 191 

reste de la ligne se meut autour de 
son centre par un dcmi-quarl de con- 
version , de sorte que, par ce mou- 
vement , les Theb=»ins à leur gauche 
s'approchèrent toujours plus de la 
droite des I^cédcuioniens, sur iaqtiellc 
ils voulaient tomber , et l'aile droite 
d'Epaminondas se trouva tout à coup 
fort éloignée de la g;«uche de Clc'om- 
brote. Pendant que la cavalerie lacé- 
démonienne , mise eu déroute, se re- 
phe sur l'infanterie , Pélopidas , avec 
le bataillon sacré, tourne subitement 
sur l'aile droite des Lacédémoniens et 
la prend en flanc, tandis qu'Epami- 
nondas, avec sa giosse ctilonnc, en- 
fonce tout ce qui lui résiste , passe 
outre, et retourne sur ce qui restait 
encore entier, pour ne pas lui don- 
ner le temps de se reconnaître. La 
cavalerie thébaine se mit à la pour- 
suite de celte aile lacédémouiennc mise 
en déroute, et l'infanterie victorieuse 
des Thébains, profitant de son pre- 
mier avantage, gagne toujours vers 
l'aile gauche des Lacédémoniens, qui , 
voyant le désordre de sa droite et l'en- 
nemi qui s'avance toujours vers elle 
en bon ordre, plie et lâche pied. Qua- 
tre mille hommes de l'armée de Ciéom- 
Lrote restèrent sur le champ de ba- 
taille, et les Thébains, n'ayant éprou- 
vé qu'une perle légère, y érigèrent 
un trophée. Telle lut la bataille de 
Leuctres , qui se donna le ib juillet de 
l'an 072 av. J.-C. Elle est devenue 
à jamais célèbre par ces combinaisons 
profondes de l'art de la guerre , dont 
Epaminor.das donna le premier exem- 
ple aux Grecs , et qui se sout attiré l'ad- 
miration d'un des meilleurs tact; icus 
de nos temps modernes. Il est heureux 
aussi pour la gloire du héios thel>aia 
d'avo;r eu pour décrire ses savantes 
manœuvre* un historien conlempor.un' 
tel que Xénophon , lui-même aussi 
grand guerrier qu'habile éaivain , pré- 



iQ-i. EPA 

venu contre les Thëbains , ami d'Age'- 
silas, partisan des Lace'démoniens , 
beaucoup plus sans doute qu'il ne con- 
venait à un Alhe'nien. Epamiiioudas 
ressentit un joie extrême de cette vic- 
toire, et bientôt sa grande ame s'af- 
flij^ea de n'avoir pas eu plus de pou- 
voir sur elle-même. 11 re'pondit sim- 
plement aux félicitations de ses com- 
pagnons d'armes : « Ce qui me flatte 
» le plus , c'est d'avoir eu ce succès 
» du vivant de mon père et de ma 
y* mère. » La bataille de Leurtres mit 
fin à la suprématie de.'^ Lacédémoniens 
sur les autres états de la Grèce; et ce 
n'était plus seulement pour se sous- 
traire à leur joug que lesThcbains clier- 
cbaient encore à les combattre , mais 
pour usurper à leur tour le premier 
rang.Ep.imiuondasnedissimulaif peut- 
être pas assez ses desseins à cet égard, 
et comme les Athéniens s'étaient joints 
aux Lacédémoniens, il se vanta d'en- 
licbir un jour la citadelle de Thèbes 
des monuments qui décoraient celle 
d'Atbènes. Il prévoyait peu qu'en 
cborcbant à ôter à Lacédémone cette 
influence , qui au besoin réunissait 
tant de républiques indépendantes con- 
tre un ennemi commun, il préparait 
les voies a ce jeune prince inaccdonien, 
à ce Philippe, retenu alors comme 
ôlage à Thèbes chez son père Polym- 
ni , qui étudiait sous le vainqueur 
de Leucfres le j^iaïul art de la guerre 
et le génie national de chacune des 
yilles de la Grèce que bientôt il de- 
vait épouvanter, tromper et asservir. 
Epaminoiidns profila de l'cfTet que 
produisit dans les esprits la victoire 
de L(uctre.s pour détacher plusieurs 
peuples de l'alliance de Lacédémo- 
ne : il pro])Osa aux Arcadiens de dé- 
truire les petites villes qui restaient 
sans défense, d'en transporter les ha- 
l)itant.s dans une ])lace forte qu'on 
élèverait sur les frontières de la La- 



EPA 

conie; il leur fournit mille hommes 
pour favoriser l'entreprise , et l'on jeta 
aussitôt les fondements de Mégalo- 
polis. Epamiiiondas , deux ans après 
la bataille de Leuctres , entra dans le 
Péloponnèse avec Pélopidas. Soixante- 
dix mille hommes de différentes na- 
tions marchaient sous ses ordres. 11 
porta la terreur et la désolation chez 
les peuples attacliés aux Lacédémo- 
niens , et hâta la défection des au- 
tres. Il conduisit ensuite celte armée 
formidable devant Lacédémone. De- 
puis cinq ou six siècles on avait à peine 
osé tenter quelques incursions passa- 
gères sur les frontières de la Laconie, 
et jamais les femmes de Sparte n'a- 
vaient vu la fumée d'un camp en- 
nemi. C'est alors qu'Agésilas se mon- 
tra le chef habile et expérimenté 
d'une nation valeureuse. 11 occupa les 
hauteurs de la ville, s'y retrancha , et 
à l'aide des Athéniens , qui envoyè- 
rent Iphicrate à son secours, il força, 
sans combat et par la disette des vi- 
vres , Epaminondas à se retirer ; mais 
auparavant le général thébain réta- 
blit dans leur ville , qu'il avait re- 
bâtie et fortifiée , les Messc'niens , 
que les Spartiates en avaient chassés, 
et dévasta entièrement la Laconie. 
Epaminondas, Pélopidas, et tous les 
chefs de l'armée furent traduits en 
justice à leur retour de Thèbe.<, pour 
avoir gardé pendant quatre mois le 
commandement au-tlelàdu temps pres- 
crit par les lois. Ce délit, très grave 
dans une république, les exposait à 
être condamnés à mort. Epaminondas 
dit à tous les généraux de rijeter sur 
lui la faute, et ci)nvint de tous les 
faits qu'on alléguait contre lui ; puis 
il ajouta : « La loi me condamne; 
» je mérite la mort , mais je demande 
» pour toute grâce que l'arrêt de ma 
» ccmdamnaîion soit conçu en ces ler- 
» mes : Epamiuoudas a etc puni de 



EPA 

» mort par lesThebains pour les avoir 
» forcés Je vaincre à Leuclres les Spar- 
» liâtes , qii'ils n'osaient pas aiipara- 
» vaut regarder en face; pour avoir, 
)» par celte seule victoire , non stulc- 
» ment sauve Thèbes, mais rendu la 
» liberté' à la Grèce j pour avoir as- 
1» sie'gé Sparte , qui s'estima trop beu- 
» reuse d'échapper à sa ruine ; pour 
» avoir bloqué cette ville , en réta- 
» blissant Messène et l'entourant de 
» fortes murailles. » Les Thébains ap- 
plaudirent , et les juges n'osèrent 
point condamner. Cependant le parti 
qui dans Tlièbes était contraire à celui 
d'Ëpamiiioudas , et dont Menéclide 
était le chef, parvint à le rendre moins 
cher au peuple , et dans la distribuliou 
des em|)lois, le vainqueur de Leuc- 
tres fut chargé de veiller n la pro- 
preté des rues et à l'entretien des 
^oûts de la ville. 11 releva 'cette com- 
mission , et montra , couiinc il l'avait 
dit ' lui-même , qu'il ne faut pis juger 
des hommes par les places , mais des 
places par ceux qui les remplissent. 
Pélopidas, envoyé eu ambassade au- 
près d'Alexandre, tyran de Phères , 
fut retenu comme prisonnier. Les Thé- 
bains déclarèrent !a guerre à Alexan- 
dre. Epaminondas fut exclus du com- 
maudement, qu'on déféra à Cléomène 
et aux polémarques ou magistrats 
alors en charge. Epaminondas u'hé- 
sita pas à s'enrôler comme simple sol- 
dat dans une armée destinée à délivrer 
son ami. Cette armée, conduite par des 
chefs ignorants , fut battue, et eût été 
entièrement détruite , si , par un con- 
sentement unanime, on n'en eût rerais 
le commandement à Epaminondas , 
qui la reconduisit à Thèbes sans nou- 
velle perte. Les Thébains le nommée 
rent général de la nouvelle armée 
qu'ils envoyèrent contre Alexandre , 
et le tyran , partout repoussé , se 
yit forcé de subir Iss conditiojoi qui 
XIII. 



EPA 193 

lui furent imposées et de rendre Pë- 
lo|iidas; mais celui ci, peu de temps 
après et daus une autre guerre contre 
ce même Alexandre, se hasarda im- 
prudemment, et périt accablé par le 
nombre. Epaminondas voulait rendre 
les Thébains aussi puissants sur mer 
qu'ils l'étaient sur terre. Il fit porter uu 
décret par le peuple pour équiper cent 
galères, et ayant été nommé comman- 
dant de cette ûotte, il força Rhodes , 
Chio et Byzance à abandon oer l'alliance 
des Athéuiens et à entrer dans la confé- 
dération des Thébains. La flotte athé- 
nienne, commandée par Lâchés, s'op- 
posa en vain à son entreprise. Une 
guerre éclata entre les Téjiéates, qui 
implorèrent l'appui des Thébains, et 
les Mantinéens , que soutenaient les 
Lacédémoniens. Epaminondas crut 
qu'd était temps de profiter de cette 
occasion pour porter les derniers 
coups aux en nemis de Thèbes ; sachant 
que l'armée lacédémouieuue , comman- 
dée par Agé>ilas . était en Arcadie , il 
part un soir dcTégée pour surprendre 
Lacédémone , et arrive à la pointe da 
jour, mais il y trouve Agésilas qui, 
iustruit par un transfuge de la marche 
d'E[)aminondas , était revenu sur ses 
pas avec une extrême diligence. Le 
général thébain , surpris, sans être 
découragé , ordonna plusieurs atta- 
ques , et s'était rendu maître d'une 
partie de la ville. Agésilas alors n'é- 
coute plus que son désespoir ; quoi- 
qu'àgé de près de quatre-vingts ans, il 
se précipite au milieu de l'ennemi, et, 
secondé par Archidamus son fils , il 
parvient à le repousser. Epaminondas, 
pour faire oublier le mauvais succès du 
sou entreprise , marche en Arcadie , 
et, près de la Ville de Mantiuee, joint 
l'armée des Lacédémoniens , lui livre 
bataille , et la gagne par une ma- 
nœuvre à peu près semblable à celle 
d« la jouruée de Leuctres , mais il fut 



194 EPA 

blessé d'un javelot , dont le fer lui 
resta dans fa poitrine. Cet e'vcDerneiit 
inattendu arrêta le carnage : les troupes 
des deux partis, également étonnées, 
restèreiit dans rniaclioii ; de part et 
d'autre on sonna la retraite. Epami- 
Bondas , avant d'expirer , demanda 
Daïphantus et lollidas , qu'il jugeait 
dignes d'é le rerapbcer : on lui dit 
qu'ils e'fiiietit morts « Persuadez donc, 
» reprit-il , aux The'bains de faire la 
» paix. » Et en effet , après la perte 
d'Epaminondas , Thèbes , suivant l'ex- 
pression d'un ancien , fut comme un 
javelot de'pouilîe' du fer qui en forme 
la point^^ , et cessa d'être redoutable. 
Ce fut le 4 juillet de l'an 363 av. J.C, 
qu'Epaminondas mourut sur le champ 
de bataille de Mantinc'e. Depuis , on 
dressa dans ce lieu un trophée et un 
tombeau. Trois villes de Grèce se dis- 
putaient le triste honneur d'avoir don- 
né le jour au soldat qui donna le coup 
mortel au héros thébain. Les Athéniens 
prétendaient que c'était Gryllus, fils 
de Xenophon , et exigèrent que le 
peintre Euphranor , dans un de ses 
tableaux, se conformât à celte opi- 
nion; les Mantinéens nommaient Ma- 
chérion , un de leurs concitoyens ; et 
les Lacédcmoniens accordèrent des 
honneur.»! cl des cxempdous à un 
des leufs, nommé Anticratcs, qui 
seul , suivant eux , avait porté le coup 
4;Ual à ce terrible ennemi de Sparte. 
Çicéron prétend qu'Epaminondas est 
le plus grand homme que la Grèce ait 
produit , et l'on ne saurait disconvenir 
qu'd ofVrc un des modèles les plus par- 
faits du grand capitaine , du patriote 
et du sage. Plutarque avait écrit sa vie, 
il la cite mcm^ dans celle d'Agésilas ; 
maik ce tttorccau précieux n'existe 
plus. P'utarque donne un assez grand 
nombre de détails sur ce héros , dans 
celte même vie d'Agésilas , dans celle 
4« Pclopidas, et dam ses œuyrcâ mo^ 



EPA 

raies. La Fie d'Epaminondas , par 
Cornélius Népos, a évidemment été 
mutilée par son abréviateur.Xénophon 
est celui qui fournit les principaux 
faits ; il faut ensuite consulter Diodore 
de Sicile, Justin, Pausanias, Polybc, 
Froiitin , Cicéron , jElien , Valcre- 
Maxirae , Polyen. Ce dernier a fait un 
conte ridicnle sur la femme d'Epami- 
nondas , qu'on sait , par d'autres au- 
teurs plus croyables , ne s'être jamais 
marié ( i ). L'abbé Seran de la Tour a 
publié une Histoire d'Epaminondas, 
1 739, 1 752 , in- 12; c'est un ouvrage 
prolixe et dépourvu de critique : il est 
accompagné des observations du che- 
valier Folard surlesbaLiillesde Leuc- 
tresetdcMantinéc , qui ne sont qu'un 
abrégé de celles que l'auteur avait déjà 
publiées dans le Traité de la Co- 
lonne, en tête de la traduction de 
Polybe. L'ouvrage de Seran de la 
Tour n'a cependant pas été inutile à 
M. Meissner , qui a écrit aussi une Vie 
d'Epaminondas, en a!lemand , i vol. 
in- 1 'i , Prague, 1 798. L'abbé Gcdoyn, 
dans le tome XIV, pag. 1 1 3 des Mé- 
moires de Vacndémia des inscrip- 
tions , a aussi donné une Vie d'Epa- 
minondas j mais elle est écrite avec 
légèreté , et sans aucune citation des 
auteurs anciens. Epamiuondas a été 
mis eu scène avec beaucoup d'intérêt 
et de charme , dans les Voyages du 
jeune Anacharsis. Ce])endant il est 
nécessaire de consulter les critiques 
sévères , mais justes , que M. Mitlord 
a fait des récits de l'abbé Barthélémy, 
dans les chap. xxvi et xxviii de sou 
Histoire de la Grèce, loni. VI , de 
l'édition in-8'. W — r. 

(1) U nom parait même in.illiriircuieni«ut trop 
certain, par un paiia|.'c ir Pliiiariiue , <(aiii ton 
traite «ur TAinnur, ifu'Epamiuiiiiilat vlaic ajonné 
à ce giiût infime .muiii- 1 1<» Cirrtt ri >iirl»ut lea 
U^olieni rt Irt Laci^tlémunirna, n'altaohaient an- 
ciinc k'inle. Flut>ri|ue nuiii apprend que le li<ro< 
thubain aima deux j''une« pi'ni , Aïoiiic et îtenliio» 
dure; que ce Herniar pi'rtt aut»i a la bal*ilw<l« 
MBUÙuie, et fut eatciré «aprot i.% kJ. 



EPE 

EPÊE ( CnARLES-MlCHEL DE l' ) , 

fut un de ces bienfaiteurs de l'huma- 
Tiilé lonl la me'inoirc doit durer aussi 
lonçï-tcmps «m'il y aura des êtres dis- 
gracies de la iiatiire , et prive'» des or- 
ganes les ptr.s nécessaires aux besoins 
de la vi;-. S'il n'est pas l'invenlcur de 
cet art ingénieux qui , substilu iiit le 
gesf.' aux articulations de la voix , 
peut doiiuer, en quelque soi te, aux 
sourd -.-nuiets la parole etrintelligence, 
si même il n'a point porte' cet art au 
dejji . de perf cJion dont il e'tait sus- 
tepfibîc, ses travaux multipiie's et 
constants, le zèle qui les fit entre- 
prendre, le succès q-.îi les couronna, 
n, plus encore, rétablissement phi- 
lantropique que , seul , saiis appui, 
sans secours, il forma, soutint, aug- 
menta de ses propres deniers, se re- 
fusant It strict nécessaire , jusqu'à du 
feu dans un ^ge avance, pendant un 
rude hiver. Tous ces titres assurent 
à l'i.bhé de l'Epée la reconnaissance 
cfernellc des atliis de riiumanité. L'art 
dont il fit sa plus chère élude, a pris 
naissance chez les Espagnols , du 
moins on n'en trouve point de traces 
antérieures. A la fin du 16-. .siècle 
(vers i5'-o ), un religieux bénédic- 
tin du monastère d'Où^, nommé 
Pierre de Ponce , le mit le premier 
en usage (i) pour deux frères et 
Tine soeur du connétable de Cistille , 
sourds-muets , auxquels il apprit , par 
sa méthode , à lire , écrire , calculer , 
connaître les principes de la religion , 
les langues anciennes, étrangères, la 
'peinture , la physique , l'astronoiuic , 



{t) M. Coite a rappris l'altentiun publique <ar 
ee moiDc eipa^aol , dam le premier chipiire de 
«on Estai lur de prétendue' décourcrtet nou- 
velles , Pîrii , i(»«3 , la-S». Mai» , tout en .i-nalant 
des pingiat] , cet aatear n'a fait qae répéter en 
qu'avait démoniré dix ani auparavant le «avant 
*hh« Jean àndrès , dans na ricellent opusciilr , 
«n'.itulé : Dell' Origine e dette Vicende delV 
jirle d' iiKegnar aparlare ai surdi mtui , Vienne. 
1793 . in-4*>. de Ca pagei , «t M. CotU u'* poiut 
momiBé Aailrêf. 



EPE 195 

la tactique, la politique , ce qui sup- 
pose dès l'origine \n\ haut degré de 
perfection. Il leur faisait, dit Vaflès , 
tractr d'abord les caractères alphabé- 
tiques , dont il leur indiqnzit la pro- 
nonciation par le mouvement des lè- f 
vres et de la langue , puis , lorsqu'ils 
foiftaèrent des mots , il leur montrait 
les objets que ces mots exprimaient. 
Du reste. Ponce ne nous a laissé au- 
cun détail de ses procédés , et les dour 
premiers ouvrages que nous ayons suf 
cet art , sont encore dus à deux Es- 
pagnols, Jt-an-Paul Bonel et Rainirez 
de Carion ( F(yy. Boet etRiMiREZ ). 
Après eux vinrent les Anglais Wal- 
hs , Holdcr et Sibscota , van Hel- 
mout le fils, le P. Lana, Conrad 
Aitthran, Liscbwitz, chacun d'eux 
prti^ant être le premier qui écrivît 
Tlir ces matières. Eufin , en 1748, 
on vit à Paris rtes^)^gnol Pcreira , 
qui présenta plusieurs dé ses élèves 
à racadémie àcs sciences , et obtint 
de cette compagnie l'approbation la 
plus flatteuse. Un d'eux , Saboureux 
dé FoMtenai , publia une Disserta- 
tion pour répondre aux questions 
de La Gondaminc. Ce fut à l'époque 
des plus grands succès de Pèreira , 
que le hasard fit connaître à l'abbé 
de l'Epéc deux sœurs sourdes-muettes, 
à peu près privées de tout moyeii 
d'tnsfriiction. Il cnlrcprit de leur don- 
ner des soiûs , et réussit au-delà de ses 
espérances. Il nous a dit, dans la pré- 
face de son livre , qu'il ne conaais- 
sait alors ni le mdhre espagnol, ni 
ceux qui l'avaient précède dans la car- 
ïière. Celte assertion sans doute est 
difficile à croire , et l'on ne peut 
guère d'ailleurs distnlper le bon abbé 
de l'espèce de jalousie contre son con- 
temporain , qui semble percer dans 
ses ouvrages. Quoi qu'il en soit, Pe- 
leira n'ayant jamais divulgué sa mé- 
ibodc, tout moyen de comparaiiou 
i3.. 



196 EPÊ 

entre eux devient impossible ; mais il 
est facile de de'tei miner ce que les pro- 
ce'dés de l'Epee laissaient encoreà dési- 
rer. L'instruction des sourds-muets , 
nous dit-il, consiste à faire entrer par 
leurs youxdans leur espritce qui ist en- 
tre dans le nôtre par les oreiHes. Mais 
toute langue a deux parties distinctes 
et également essentielles , la nomen- 
clature et la syntaxe. La première, à 
l'aide du dessin et de l'alphabet ma- 
nuel , se fixer;, bien dans la me'uioire 
de l'élève; mais, si l'on ne peut ap- 
prendre une langue ignorée avec une 
grammaire écrite dans cette langue, 
n'était -il pas indispensable de créer 
une grammaire par signes, comme on 
avait établi une nomenclature du même 
genre. C'est ce que ne fit point l'Epée, 
puisqu'il n'employa que celle de Kes- 
taut, et ce qu'a tenté avec succès M. 
l'abbé Sic;ird. Tout porte à croire que 
les disciples du premier ne compre- 
naient ni les abstractions ni les rela- 
tions du discours. Le fait cité par Ni- 
colaï en est une preuve. Cet acadé- 
micien voulaiit faire décrire une action 
par un des élèves de l'abbé 6loich , 
frappe sa poitrine avec sa main. L'élè- 
ve , au lieu de saisir l'action indiquée, 
se contente d'écrire les deux mots , 
main, poitrine. Rousseau l'a dit , ceux 
qui veulent enseigner aux sourds- 
muets uon-senlement à parler, m lis 
à savoir ce qu'ils distnt, sont bien 
forcés de leur apprendre aupar.iv.int 
une autre langue non moins compli- 
quée, à l'aide de laquelU- ils puissent 
leur faire cntenare celle là (1). Don- 

(i') L» langue ilct lourds muets n'oumii pas be. 
coin d'être »|)prlse , si «Ile ne coinistai- qu'en 
lignes naturels ; m.iii la •livnrs'li' <lrt ivpérationa 
di- l'espril. et le nombre infini Jf .riation» duiit 
la ci>mbii:ii»"n 'le» id*e» rend le» obj> t» aiisi-rpti- 
blei, ne permelUoiil j imni» d'rxpri-ncr par Ce» 
•rui» ti.;)"'' tout ce qui se passe en nous , et m^ilgrit 
le» rêverie» «le M. - !A ■rlin et de qu< l'.iie» autre» 
iddoln^ue» , l'on »er« i.mj mr» nhli|;<t cir recuurir 
nu» «igné» convcnlinnnels t.e» cuntid<;riiiif>n» au- 

i-aienl iu conv*tnct( te* gl««*«((r«pliei de l'impoi- 



EPE 

nous maintenant quelques détails sur 
l'abbé de l'Epée. Né a Versailles, !e 
25 novembre 1712, et fils d'un ar- 
chitec:e , il embrassa de bonne heure 
l'état ecclésiastique, que le refus de 
signer le formuhùre l'obligea d'aban- 
donner pour quelque temps. Ji sui- 
vit alors le barreau , et se fit même 
recevoir avocat à Paris j mais l'évê- 
que de Troyes ( Bossuet ).. l'attira 
dans son diocèse, lui conféra la piê- 
tiise, et le fil chanoine de celte ville. 
L'Epée fui bé avec le fameux Soanen , 
d'une amitié qu'augmentait encore la 
conformité de leurs sentiments sur les 
air.iiies de l'église, et q ù lui attira les 
censures de l'archevêque de Paris. Ce 
dernier l'interdit, et lui refusa même 
la permission de confesser ses élèves. 
Deux lettres de l'Epée restèrent sans 
réponse ; par une troisième , il an- 
nonça au prélat qu'il prendrait son 
silence pour un cunsenlcment, et il 
passa outre , vu le cas d'urgente né- 
cessité. Il avait environ 7,000 liv. do 
rente. Lorsqu'il se consacra tout en- 
tier à l'instruction des sourds-muets, 
ses revenus furent presq'ie absor- 
bés par les frais de son ciablissement : 
car, non content de donner à ses 
élèves les soins les plus assidus, il 
fuiruissait à leur entr.tieu, à toutes 
leurs dépenses. Les libéralités du dnc 
de Penthicvre et d'autres personnes 
charitables , l'aidèieiit dans cette bon- 
ne œuvre. L'abbé de l'Epée était 
comme un père au milieu de ses en- 
fants. Il se dépouillait pour les cou- 
vrir, et traînait des vêtements usés 
pour qu'ils eu portassent de bous. 
Souvent même, dans des besoins pres- 
sants , il anlicip.iit sur ses revenus 
futurs, et c'était la le soûl sujet de que- 
relle qu'il eût avec son frère. Il rejeta 
les présents que lui fi' offrir Catherine, 

tibilité abiolue d'iSUblir une langue vraimenlaui- 
v«rMll«. 



EPE 

S€ bornant à lui dcmancler un sourd- 
muet de son pays à instruire. I/exccs 
de son zèle lui alfira qudqucs désdgré- 
inints. it avait cru reconiiaîlie, dans 
un jeune muet trouve' couvert de hail- 
lons , sur la route de Pe'ronne, en 1775, 
l'héritier d'une famille opulente et 
distinguée , du comte de Solar. Un 
procès long et dispendieux fut la suite 
de cette découverte. L'Epee n'en vit 
point la fin. En juin 1781 , une sen- 
tence du ehâlelet admit les préten- 
tions de Joseph, c'était ainsi qu'on le 
nommait; mais les parties adverses 
en appelèrent au parlement; le pro- 
cès fut suspendu ; on attendit la mort 
de l'abbé de l'Epée et du c^uc^epen- 
thièvre, les seuls protecteurs de l'in- 
fortuné sourd-muet ; et après la des- 
truction des parlements , on porta la 
cause devant le nouveau tribunal de 
Paris ; enfin le ^4 juillet 1 791, un ju- 
gement définitif infirma celui du châ- 
telet , et défendit à Joseph de porter 
à l'avenir le nom de Solar. Le mal- 
heureux, se voyant abandonné de tout 
le monde , s'engagea dans un régi- 
ment de cuirassiers, et périt au bout 
de quelque temps dnns un hôpital. 
On trouvera d.ins les Recueils des 
Causes célèbres , tous les détails de 
cette affaire , qui a fourni à M. Bouil- 
ly le sujet d'une comédie (1). Moins 
heuniix que son successeur , l'Epée 
ne put jamais obtenir du gouverne- 
ment français l'adoption d'un éta- 
blissement qui faisait l'admiration de 
l'Europe, et que plusieurs souverains 
avaient imité dans leurs états [1). 
Ce fut dans les augustes fonctions de 
réparateur des torts de la nature, au 



(1) li^Abhi de l'Epie, coméHie bUtoriqiic en 
S acte» et en prou , pj.n, an 8. in-S". M. Bouil- 
ly, dan> cette piecr . Hnape droit au jeune S'urd- 
Wuet, qu'il appelle Jules d'H^raneour , tout en 
plaçant la scène a Toulnuie : ce qui excita dan< 
le trmpa pluiieurt rêclaniationa dam les journaux. 
On fil même représenter , lur un pelil tliiiibe , 
Kue conlre-partie de la pièce de M. BouUly. 



EPE 197 

milieu de ses amis en pleurs, de ses 
élèves, frappés de la douleur ta plus 
concentrée, qu'ex[nra , le 25 décem- 
bre 1789, l'ami des malheureux, 
qu'.uicune compagnie savante n'avait 
admis dans son sein. Il étiit seulement 
membre de h société pbilantn»piqae. 
Son oraistjn funèbre , par l'abbé Fau- 
chet, fut prononcée dans l'église de St.- 
Etienne-du-Mont, le a3 février 1790, 
et livrée à l'impression. C'est un des 
plus mauvais ouvrages de ce genre. Oa 
a de l'Epée : T. Relation de la mala' 
die et de la guérison miraculeuse 
opérée sur Marie- Anne Pigalle , 
1737, in -12; II. Institution des 
Sourds et Muets ou Recueil des 
Exercices soutenus par les Sourds 
et Muets pendant les années 177» » 
177-2, 1775 et 1774» avec les let- 
tres qui ont accompagné les pro- 
grammes de chacun de ces exerci- 
ces , Paris, 1774? in-«'i de lia 
pages. Dans sa quatrième lettre, l'ab- 
bé de l'Epée développe les moyens 
dont il se sert pour conduire ses élè- 
ves à la connaissance de la divinité et 
des dogmes religieux; il y annonce 
que ce quntrième exercice public sera 
le dernier. III. Institution des Sourds 
et Muets , par la voie des signes 
méthodiques y Paris, 1776, in-ia; 
nouvelle édition corrigée , sous ce 
titre : la véritable Manière d'ins- 
truire les Sourds et Muets , confirmée 
par une longue expérience , Paris , 
1784, in-ia. Cet ouvrage a été tra- 
duit en allemand. IV L'Epée s'occupa 
long-temps de la composition d'un 
Dictionnaire général des signes em- 
ployés dans la langue des sourds- 
muets ; sa mort l'empêcha de mtUre 

{t) I.'établitseraent actnel des Sonrdi-Maeu 
fut fondé par l'assemblée constituante rn 1791 , 
et le décret rut(;>nclionné pjr le rui. Louis XVI , 
quelques années aranl la révolution, avait déjà 
accordé pour cet objet 3, 100 francs ei une maUou 
près les Céleslins ; mais U uMUom ne fulpMoc» 
cnpée pu le* Soimla-MneU. 



fin à cette entreprise, qui a été tor- 
niinc'e par son successeur, M. l'abbe 
Sicnrcl. Z. 

EPERNOI^. Voy. Candale et Es- 

3>ERNOJV. 

^PHÇ:STIQN. V. HiPHESTIDN. 

E^^HOliUS, celcbie orateur grec, 
naiCmit à Cmues , dans l'Asie mi- 
nourç , v,€rs l'an 565 avant J.-C, 
c'est-à-dii^e , dans la cent quatrième 
olympiade, e'poquc à jamais rae'mo- 
]çab!e par la bataille de Mantinee. 
Cojitcmporain d'E'-idoxe et de Thc'o- 
pompe, il étudia sous le célèbre ora- 
teur IsocratXî, et profita des leçons 
d'un aussi grand maître. Il composa 
plusieurs Harangues qui ne sont pas 
parvenues jusqu'à nous; mais, au 
jugcmient de Quintilien , le style d'E- 
phorus manquait de verve et de 
chaleur. Isocrate disait de son disci- 
ple « qu'il avait besoin d'cperon pour 
» être excité ; » aussi lui persuada-t- 
il de renoncer au barreau et d'écrire 
rbistoir^e. Epliorus, docile aux con- 
seils de son maître , s'appliqua à con • 
naître k, fond les grands événerapnLs 
qui avaient précède le siècle où il vc- 
<;ut, et il écrivit l'histoire des guerres 
que les Grecs eiucnt à soutenir con- 
tre les Barbares pendant un espace 
de sept cent cinquante ans. Cet ou- 
vrage mallic'ureuscment n'a pu sur- 
nager sur l'abirno des temps , et l'on 
d.oit sans do^u^ç lu regretter s'il est 
vcai qu'il, ait oj^ienii, comme on le 
croit, les sulTrages des anciens. A 
l'exemple de soç maître, qu'il chéris- 
sait beaucoup , Ephorus prit le deuil 
à l'occasion de la mort de Socrate. U" 
pareil hommage, rendu à la mémoire 
de ce grand hûinm£ , atteste le cou- 
rage d'Ephorus, et Tiit honneur à ses 
sentiment';. On dit qu'il mourut vers 
l'an 5<)0 avant J.-C. — Il y eut nu 
autre Ei;uonvs OU Epuohe, uc aassi 
dans la vilJc de Gumcs, qui écrivit 



EPH 

une histoire de l'empereur Gallim^ 
fiis de V^alérien. Ou ne connaît rien 
autre chose de cet écrivain. P) — rs. 

EPHHAIM de iS'evcrs, capucin , né 
à Auxcrre, d'une bonne faiiulle, était 
frère de M. Dechaieau des Bois , con- 
seiller au parlement de P.;ris. Pour 
obéir à ses supérieurs , qu< i'av.^ient 
destiné à la mission dn Pégu, il tra- 
versait le royaume de Golconde, eu 
1645, lorsque le gendre du roi de ce 
pays, qui entendait assez bien les ma- 
thématiques , et qui faisait b- .'ucoup 
de cas de ceux qui les cultivaient , ne 
négligea rien pour engager ce reli- 
gieux à se fixer dans ses états , lui of- 
frant n^nie de construire à ses frais 
une maison et une église, et lui repré- 
sentant qu'il pourrait diriger la cons- 
cience d'un assez, bon nombre de chré- 
tiens établis dans cette contrée, et de 
ceux que leurs aflaires y attiraient. 
Voyant que tous ses e (Torts pour rete- 
nir le religieux étaient iinitiles, il lui 
fit don du calaat ( habillemeut d'hun- 
)icur) le plus magiùiique, et l'obligea 
de- prendre un bœuf pour faire le 
voyage de Golconde à Masulipatam. 
Arrivé dans cette ville , le P. Ephra'iin 
n'attendait qu'inie occasion de s'y em- 
barquer pour le Pégu; mais comme il 
ne se présentait p;is de vaisseau sur 
lequel il put passer, il alla à Madras, 
où. les Anglais le reçurent si bien qu'il 
s'y établit avec le P. Zenon de Baugé , 
qu'on lui avait donné pour compagnon 
de sa mission. Le P. Ephraim, qui 
était doué d'une facilité notable pour 
apprendre les langues , ne larda pas 
à parier parf,iiten»ent l'anglais et le 
portugais. Les habilanlsdeSl.-'riioraé, 
attirés par les soins qu'il prenait de les 
instruire, venaient eu foule à Madras, 
qui n'en est éloigné que d'une demi- 
lieue, et s'y fixaient. Gc père était d'un 
caractère conrijiant et ^(i\\f,é ; il appai- 
sait souvent les démè'c's qui s'élevaient 



EPH 

entre les Anglais et les Portugais. Les 
ecclé>i istiqucs de St.-Thomé , jaloux 
des succès du P. Ephraïm, firent par- 
tager leur ressentiment à Iciiis compa- 
triotes , se saisirent de lui jwr sur- 
prise , en 1648, et renvoyèrent, les 
fers aux pieds , à Goa, où il fut livré 
à l'inquisition. Quoiqu'on eût pris b 
pre'caulion de le faire délia ri^cr de 
nuit , de crainte que le peuple ne vou- 
lût enlever un religieux qui était en si 
grande vénérat/on dans cette partie 
des Ir.des , le bruit de cet événement 
ne tarda pas à se répandre et à par- 
venir à Surate , où était alors le P. 
Zenon. Ce dernier, surpris et piqué 
de ce qui était arrivé à son ancien 
compagnon, consulta ses amis, du 
nombre desquels était Tavernier, et 
partit par tei re pour Goa , en compa- 
gnie de La Boullaye-le-Gouz , au ris- 
que de tomber lui-même dans les mains 
de rinquisition.il n'y put rien appren- 
dre sur la cause de l'emprisonnement 
du P. Ephrôïra ; on lui recommandait 
même de ne pas ouvrir la bouche eu 
sa faveur. Alors il prit le parti d'aller 
à Madras , où .tyant appris par quelle 
trahison on s'était emparé de la per- 
sonne de son confrère, il parvint à 
gagner un capitaine du fort , qui lui 
prêta un détachement de soldats , avec 
lesquels il surprit le gouverneur de St.- 
Thomé , auquel il fit entendre qu'il ne 
serait relâché que lorsque la liberté se- 
rait rendue au P. Ephraïm. Cependant 
ce gouverneur réussit à s'échapper , et 
la nouvelle de l'cmprisonoement du 
P. Ephraïm étant parvenue en Eu- 
rope, son frère en fît des plaintes à 
l'ambassadeur de Portugal à Paris , le 
pape menaça d'excommunier tout le 
clergé de Goa si l'on ne mettait le pri- 
sonnier en liberté ; tout fut inutile. 
Mais ce que des fidèles , ce que le chef 
ée l'église lui-même avaient vainement 
sollicité auprès de chréti^s, un payen 



EPa 199 

parvint à Tobtcnir. Le roi de Golconde, 
qui faisait la guerre à un prince voisin^ 
avait alors son armée daus les environs 
de St--TI»oraé. 11 envoya ordre à son 
général d'assiéger cette ville , et d'y- 
tout mettre à feu et à sang , s'il ne tirait 
promesse positive du gouverneur , ^ue 
sous deux mois, le P. Ephraïm serait 
mis eu liberté. Il fallut bien que le& 
inquisiteurs de Goa obtempérassent à 
uue demande aussi pressante. Ou alla 
eu conséquence dire au P. EpUraim. 
qu'il pouvait sortir ; mais il ue voulut 
pas quitter sa prisoB que tous les reli- 
gieux de Goa ne viossenl le prendre 
solemuellemcnten proccssiou , ce(|a'il& 
firent aussitôt. LeP Ephraïm^u sor- 
tir de sa captivité, dans laquelle 4 
avah passé quinze à vingt mois , disait 
que ce qui l'y avait le plus fâché, était 
l'ignorance de l'inquisiteur «t de soft 
conseil, quand ils l'interrogeaient, et 
qti'il croyait qu'aucun d'eux n'avait 
jamais lu l'Ecriture - Sainte. Un fait 
très remarquable , dit Tavernier, c'est 
q'ic le P. Ephraïm, qui louchait avant 
d'entrer en prison , en sortit avec les 
yeux très droits. Il fut d'ailleurs exirê^ 
mement réservé sur tout ce qui s*j 
était passé à sou égard , et garda avee 
une exaciitude sirupuleuse le serment 
que fait prêter l'inquisition à ceux 
qu'elle relâche. Apres avoir passé une 
quinuinc de jours à Goa, chez les ca- 
puches , espèce de récollets, il se mit 
en route pour Madras , alla en passant 
remercier le roi de Golconde de sa 
puissante protection , et résista encore 
une fois à ses solhcitations poiu- se 
fixer dans ses états. Revenu auprès do 
son troupeau de Madras , ii continua 
à lui donner des soins, et fut souvent 
aidé par son fidèle compagnon le P. 
Zenon. Affable et obligeant, il accueil- 
lait les voyageurs. II paraît qu'il fut 
très hé avec Tavernier , auquel il avait 
donné le calaat du princede Golconde 



200 EPH 

qu'il trouvait trop magnifîrine pour un 
simpl(* religieux. On voit que le P. 
Ephraïm, mal|^ré sa longue absence, 
avait conservé pour sa pairie une 
vive affection. Lorsque l'escadre fran- 
çaise , commandée par Delahaye , 
vint, CD 1672, pour attaquer 8t.- 
Thomé, elle fut redev.iblc à ce bon 
missionnaire d'avis précieux qui la 
firent tenir sur ses gardes contre les 
promesses trompeuses des habitants 
du pays, et détei minèrent l'entreprise 
tentée contre cette ville. Carou, qui 
faisait partie de cette expédition , dit , 
dans une lettre adressée à Colbtrt, et 
insérée à la suite de la relation de 
Delaha^, que ce chef et lui fondaient 
toutes leurs espérances de réussir dans 
un établissement à Ceylan , sur le cré- 
dit du P. Ephraïm auprès du roi de 
cette île. Ce fut 'insi que ce respecta- 
ble religieux employa sa longue car- 
rière à ètiiB utile à son prochain, et à 
faire chérir la doctrine chrétienne par 
la pratique de cette charité qu'elle re- 
commande spécialement. E — s. 

EPH HEM S. j, en syriaque 
Afrim , florissait dans le milieu du 
4'^. siècle. Il naquit à Nisibe en Mé- 
sopotamie, sous le règne de l'empe- 
reur Constantin P'. Son père était 
prêtre du dieu Abnil à Nisibe, et sa 
mère était originaire d'Amid. Dès sa 
tendre jeunesse il abandonna la mai- 
son de son père, qui le maltraitait, 
parce qu'il montrait beaucoup de 
goût pour la n ligion chrétinine , et 
il se retira auprès do l'illustre S. Jac- 
ques, qui était alors évêque de Ni- 
sibe. Ce saint personnage l'instruisit 
de tous les niystères de la religion 
chrétienne; bientôt il put compter 
Ephrem au nombre de ses disciples 
les plus distingués, et il montra une 
telle estime pour lui qu'il le conduisit 
malgré sa ieunesse au concile de Nicéc 
pour y combattre l'erreur des ariens. 



EPH 

En l'an 563 , après la mort de l'évê- 
qiie S. Jacques et la cession de la ville 
de Nisibe faite par l'empereur Jovicn 
au roi de Perse Chapour II, Ejihrera 
abandonna cette ville, se retira sur 
les terres de l'empire romain , et alla 
habiter dans la ville d'Amid. Il n'y 
séjourna cependant que fort peu de 
temps,àt dirigea ses pas vers Edesse, 
où il s'occupa avec zèle de convertir à 
la religion chrétienne les sectateurs des 
idoles qui étaient encore en grand 
nombre dans cette ville. Bientôt après 
il embrassa l'état monastique , et il se 
retira dans une caverne située dans 
les raonlagnrs voisines de la ville 
d'Edesse, où il mena pendant assez 
long-temps une vie très solitaire. C'est 
là qu'il composa son commcntaii'c sur 
tous les livres de l'Ancien-ïestament 
et la plupart de ses ouvrages. Sa ré- 
putation se répandit bientôt au loin , 
et un grand nombre de personnes 
vinrent dans sa solitude pour .s'ins- 
truire auprès de lui. On compte 
parmi ses disciples les plus distingués 
Zcnob, diacre d'Edesse, Isaac , Si- 
méon, Abraham et beaucoup d'autres 
qu jouissent encore chez les syriens 
d'une grande considération. Le bruit 
des vertus et du savoir de S. Ephrem 
inspira tant de jalousie contre lui 
aux hérétiques et aux idolâtres qu'un 
jour que ce saint était venu à EÀlesse 
ils se précipitèrent sur lui , et lui 
donnèrent tant de coups qu'ils le 
laissèrent pour mort sur la place. 
Quand il fu; guéri de ses blessures, 
il rcfourua dans .sa solitude , et il y 
composa la plupart de ses discours 
contre les .sectateurs de Bardesane, de 
Marciou , de Manès et contre les 
idolâtres. Il fit ensuite un voyage en 
Egypte pour visiter Pesois , chef des 
solitaires du désert de Nitrie. Il resta 
assez long-temps auprès de ce per- 
suujiage, puis alla voir S. Basilc-le< 



EPH 

Grand , évêqvie de Césarcc en Cappa- 
doce;il se lia avec lui d'une amitié' 
intime, et il en reçut la qualité de 
diacre. Sur l'avis qu'il reçut bientôt 
après qu'une dangereuse hérésie se 
manifestait dans le sein de la viile 
d'Edesse, il se mit en route pour re- 
tourner dans celte ville; chemin fai- 
sant il ramena à la foi orthodoxe les 
habitants de Samosate qui avaient em- 
brassé les erreurs d'Arins. Quatre 
ans après son retour àEdessc, S. Ba- 
sile l'envoya chercher pour le faire 
ëvêque ; mais S. Ephrem , qui se re- 
gardait comme absolument indigne 
d'un tel honneur , fit semblant d*è;re 
insensé, et resta dans sa solitude. Il 
mourut peu après ce même S. Ka- 
sile, vers l'au 57g. Les Syriens ont 
encore la plus grande vénération pour 
sa mémoire , et ils l'appellent le doc- 
teur du monde et le prophète de leur 
nation. S. Kphrem a composé un 
grand nombre d'ouvrajjes en sy- 
riaque et en grec : I. un ample Com- 
mentaire sur tous les livres de l An- 
cien-Testament, à l'exception des 
Psaumes , des Livres sapienliaux 
et de ceux de Ruth , Judith , Tobie 
et Esther ; II. i:n autre Commen- 
taire sur le Nouveau- Testament, 
qui est perdu; IIÏ. quinze Hymnes 
sur la Nativité de J.-C. ; IV. quinze 
sur le Paradis ; V. cinquante-un 
sur la Fir^inité; VI. cinquante- 
deux sur l'Eglise; W\. cinquante- 
six contre l'hérétique Bardesane , 
Marcion et flianès et contre les 
idolâtres ; VIII. un Livre contre 
l'empereur Julien , qui s'est perdu; 
IX. enfin un grand nombre (ÏOdes, 
de Chants , de pièces diverses sur 
divers sujets religieux , écrits en 
syriaque comme tous ceux dont on 
vient de parler. Outre cela il existe 
encore en grec un grand nombre de 
Discours , d'Exùrtaiions et de 



EPH 201 

Traites sur divers sujets théologi- 
ques , écrits par S. Ëphrtra. Gérard 
Vossii» publia en i6o3 , i vol. 
in-b". à Cologne , et en 1G19 à An- 
vers , aussi I vol. in - 8". , une 
Traduction latme de la plupart des 
écrits grecs de S. Ephrem. Le texte 
grec de cent six Hiscours de" ce saint 
fut imprimé à Oxford en 1709, in- 
8'. Plusieuis autres se trouvent dans 
la Bibliothèque des Pères. En 1 736 
et années suivantes , on publia à 
Komc, en six volumes in-foi.. Tuni- 
que édition complète des Œuvres 
grecques et syriaques de S. Ephrem. 
Le premier volume fut publié par 
Joseph Assemaui. Les cinq derniers 
le furent par les soins d'un jésuite 
nommé Pierre Benoît. On a quelques 
traductions françaises de S. Ephrem: 
L Opuscules divins et exercices spi~ 
rituels, traduits par François Feuar- 
dent, 5". édition , i6o'i , in-8". ; on 
trouve dans ce volume le Sermon de 
S. Cynlle d' Alexandrie, De l'issue et 
sortie de famé hors le corps hu- 
main, et une Béponse à un Calvi- 
niste touchant la virginité et VeX' 
cellence de Marie ; IL Discours de 
la Componction , traduit [)ar Bos- 
quillon , 169", in-ia. Il existe beau- 
coup d'ouvrages do S. Ephrem tra- 
duits en arabe, en arménien et en 
copte. ( Voyez CoLZR J. C!ir. ). 
S. M— w. 
EPHREM, patriarche arménien de 
Sis en Glicie, fils- d'un [)ersonnagc 
distingué de la ville de Sis. nomme 
Markos, naquit en 1754. Il se li- 
vra avec succès à l'élude de l'élo- 
quence, de la théologie et de l'his- 
toire , et il s'acquit par ses talents 
une si «grande réputation parmi ses 
compatriotes unis à l'Eglise romaine 
que la cour de Rome lui donna le ti- 
tre d'évèquc z'/i ;jrtrt/i«5. En 1771 il 
fut élu patriarche de Sis, après li 



302 EPI 

mort (le son frère Gabriel. Il occupa 
ce siège pendant treize ans, et inoii- 
lut en 1784- Il eut pour suc§Esseur 
Tbe'odorc IV, en arménien Thoros. Le 
patriarche Eplirera a compose' un 
grand nombre de pièces de vers fort 
fslinieVs des Arméniens. Elles sont 
presque toutes relatives à des sujets 
religieux.; clies sont restées manus- 
crites. Il a encore compose' une His- 
toire chronologique des patriarches 
arméniens de Ciliciejusqu'à son temps, 
aussi manuscrite. S. M — n. 

EPICIIARIS est du petit nombre de 
ces femmes citées dans l'histoire pour 
•Tvoir montré une fermeté d'amc 
au-dessus des forces ordinaires de 
leur sexe. Quand les crimes et les fo- 
lies de Néron , portés à J'exccs , eurent 
lassé les Romains, il se foi ma contre 
lui une conspiration dont le premier 
.'uitcur ne fut pas bien connu , mais 
dans laquelle entrèrent des consu- 
l.'ires , des sénateurs, le préfet du 
prétoire, des chevaliers, des per- 
sonnes enfin, dit Tacite, de tout 
rang, de tout âge, de tout sexe, des 
ii(bes, <les pauvres, etc. Il se trouva 
parmi tant de conspirateurs une fem- 
me, tmc affranchie, Epicharis , ve- 
nue là sans qu'on sût comment, et 
jusque là peu connue par son goût 
pour les choses honnêtes. Voyant que 
les conjurés , mus sans doute par 
des motifs divers , flottaient entre 
l'espoir et la crainte et temporisaient, 
rlle prit sur elle de leur faire des re- 
proches et (\p les encourager. En- 
liuyc'e enfin de leur lenteur, elle se 
tlonna un rôle actif. El'e alla en Cam- 
panie pour g-igncr les oflîciers de la 
flotte de Miscne; elle s'attacha à Vo- 
Jusius Proculus qu'elle connaissait, 
çt qui avait un commandement de 
nulle hommes sur cette fl.olte. Il avait 
f té un des instruments de Néron pour 
k mcurlre de sa mère, et en avait été 



' EPI 

mal paye'. Epicharis , en s'ouvrant h 
lui de la conspiration, eut la pru-. 
dencc de lui taire les noms des conju- 
rés. Proculus alla révéler à l'empereur 
ce qu'il savait. Epicharis fut amenée 
devant lui. A la confrontation cilc fit 
tomber facilement une délation qui 
n'était appuyée d'aucime preuve. Né- 
ron la retint cependant en prison , 
dans l'idée que la chose pouvait être 
vraie, quoiqu'elle ne fût pas prouvée. 
Une nouvelle délation fut faite; elle 
le fut par un affranchi de Natalis , 
chevalier, ami de Pison. Natalis fut 
arrêté et conduit devant l'empereur, 
avec les sénateurs Scévinus et Quin- 
tianus, et avec Lucaiu et Scnccion. 
Intimidés par les menaces et l'appa- 
reil des tortures, ou corrompus par 
l'espoir de leur grâce, ils avouèrent 
tout, et chargèrent leurs principaux 
amis. Néron se rappela alors qu'Epi- 
charis avait été accusée par Procu- 
lus, et p(»nsant que le corps d'une 
femme céderait facilement à la dou- 
leur, il ordonna qu'on la déchirât par 
les tortures. Les fi'uets, le l'eu, la fu- 
reur des bourreaux honteux d'être 
vaincus par une femme ne purent lui 
arracher d'aveux. Le lendemain, pour 
subir les tourments d'une nouvellft 
question , elle fut apportée sur ua 
siège, ses membres étant disloqués. 
EI'c passa son cou dans le cordon 
d'un mouchoir qu'elle avait détache 
de son sein, et qui tenait au siège. 
Aidée du poids de son corps mou- 
rant, elle s'étrangla , et expira aussi- 
tôt. M. Ximenès a fiit représenter en 
1755, une tragédie d'/vpc/mm ou 
la Mort (le JSëron. G. M. J. H. Le- 
gouvéaaussi donné unetragédied'JE- 
picharis ( f^. Lïgouvk ). Q. R—- y. 

EPICl'ÈTE,d'HiérapoIis en Phry- 
gie, fut un des plus illustres sou- 
tiens de cette philosophie désolante , 
(jui , vivciucut at'a^ucc par Plularque , 



EPI 

et n'étant appropriée ni à la nature 
ide l'homme, ni aux affections inhé- 
rentes à sa constitution , a fait p!iis 
de charlatans de vertu que de vrais 
amis de la sai;essc. Vouloir opposer 
une digiie conslamuicnt iasurmontab'.e 
à l'impulsion des passions humaines, 
sera dans tous les temps une entre- 
prise te'mr'raire. Le ve'ritahie , le dif- 
ficile talent du pédagogue, est de leur 
donner une direction , sinon toujours 
utile, au moins non nuisible à l'état so- 
cLil. Epictète, né dans l'indigence au 
premier siècle de notrccrr. fut, dans sa 
jeunesse, esclave d'Epaphrodite, af- 
franchi de ^'cron , et l'un de ses gardes 
particuliers , homme grossier , slnpiàe 
et de mauvaises mœurs. On rapporte 
qu'unjouril s'amusait à tordre la jambe 
de son esclave: «Vous mêla casserez, 
» dit Epictète, » et l'événement justilia 
sa prédiction : « Je vous l'avais bien 
» dit , ajouta tranquillement le philo- 
» sophe. (i) a Fut-ce par suite de 
cet accident , ou lùen de naissance , 
qu'Epictète boitait? Les opinions sont 
partagées sur ce point, mais son in- 
firmité est constatée par une épi- 
p;rammc grecque que rapportent Au.'n- 
Gellc et Macrobe. Les circotistanccs de 
la vie du Phrygien sont peu connues : 
son véritable nom ne l'ct même pas, 
car Epictète ( È-i/zr.ro; ) est un ad- 
jectif qui signifie esclave, serviteur. 
On ignore quand il reçut la liberté. 
On sait seulement que Domitien ayant 
rendu, vers l'an 90 de l'ère vulgaire, 
un édit qui chassait d'Italie les philo- 
sophes, Epictète se relira à Nico- 
poiis en Epire , où l'on croit qu'il passa 
le reste de ses jours. Cette opinion , 
néanmoins, présente des difucullés ; 
car Spartien dit positivement que ce 
philosophe vécut dans une grande 

'^i^Cflic, »n clunt ce trait i-t l'opposant ant 
cbrétiïnj, lear disait d'uo air intnltant : .< Votre 
» Chrut a-t-ll rirn fait rie plu» j;rand .' . -« Oui, 
s il s'est lu, » lui rt^oodit Urigcoo, 



E P ï 4n5 

familiarité avec l'empereur Adrien , 
ce que n'eût guère permis la distance 
de leurs demeures re>pectivc5. Au rcste^ 
ce commerce brillant n'enrichit jwint 
Epictète. Il habitait à Rome ntjo ma- 
sure sans portes , et n'avait pour tout 
meuble qu'une table, une couchette, 
un méchant matelas. Un jour, jmï 
une espèce de ln\e, il acheta une lampe 
de fer ; il en fut puni : un voleur entra 
subfilerarnt chex lui , et la déroba. « U 
» sera bien attrapé demain, s'il rc- 
» vient, dit Epictète, car il n'en trou- 
p vera qu'une de terre, n L'époque de 
sa mort a été le sujet d'une vive con- 
testation parmi les savants. Suidas la 
fixe sous le règne de Marc-Aurèle; 
mais, en remontant du couronnement 
de ce dernier à la mort de ?séroo . on 
compte environ quatre-vingt-quatnrye 
ans. Epictète en eut donc eu au moins 
cent dis sous Marc-Aurèle, et Lucien 
ne fait aucune mention de lui dans son 
dblogue De longœvis. Marc-Aurèle 
lui-même ne le cite point parmi les 
philosophes qu'il a entendus; au con- 
traire . il s'écrie : a Combien ce siècle 
» a-t-il enlevé de Chrvsippes, de So- 
V crates, d'Epictètes? » Ailleurs iî dit : 
« Je dois à Rusticus la connaissance 
» des Commentaires d' Epictète, qu'il 
» tira de sa bibliothèq'ie pour m'en 
» faire présent. » D'.iiileurs Aulu-Gellr, 
qui écrivait sous Antonin-le-Pieux , ne 
parle jamais du philosophe qu'au pas- 
sé : enfin , il est probable qu 'Arricn 
ne composa ses Dissertations qnsjtrbs 
h mort d'Epictète , et elles étaient 
déjà répandues du temps d'AuIu-Geile. 
Gilles Boileau, qui combat Sanmaise 
tout en adoptant à peu près sou sen- 
timent, a composé une table chrono- 
logique dans laquelle il fixe la mort 
d'Epictète à l'an de Rome 90-, i5o> 
de l'ère vulgaire , fixation qui , d'après 
.ses calculs, ne donne pas moins do 
cent ans au philosophe. Dacicr a rap-. 



2o4 E P I 

proche cette mort d'environ quiiizc 
ans , ppu de temps avant le règne 
d'Antonin-le-Pieux, ce qui s'accorde 
mieux avec les expressions d'Aulu- 
Gellc , et il suppose à Eplctèle de 
quatre-vingt-dix à quatre-vingt-douze 
ans. Quoique st< ïcien , Ej ictète n'eut , 
il faut l'avouer, ni la jactance, ni l'as- 
pe'rite des gens de sa secte. La vertu 
qu'il prisait le plus était la modestie. 
« Si tu sais te contenter de peu , dit il , 
» ne vas pas l'en vanter; si tu ne bois 
» que de l'eau, ne l'affectes point en 
» pub ic ; si tu t'exerces à quelque 
» travail pénible , que ce soit en par- 
» ticulier. » Il fais.iit peu de cas des 
ornements de l'éloquence, et leur pré- 
férait une diction simple , grave et ner- 
veuse. Il plaignait les grands de leur 
orgueil : « L'intérêt seul , disait-il , 
» nous dicte le respect que nous fei- 
» gnons pour eux ; ils sont comme les 
» ânes, qu'on étrille pour en tirer ser- 
» vice. » Il définissait la Fortune, une 
femme de bonne maison qui se pros- 
titue à des valets, a t/<sr commencer 
» à être sage , ajoutait il , de n'.iccuser 
>» que soi de ses malheurs; mais c'est 
>» l'être au plus haut degré , de n'en 
» accuser ni soi ni les autres. » En- 
nemi d'Epicure et de sa doctrine, il 
admirait Soeratc, et nous a laisse du 
vrai cynique un maguilique tableau. 
Au rel)ours de beaucoup de philoso- 
phes, il faisait grand cas de la pro- 
f)relé, mais regaidait-le luxe comme 
fi source de tous les maux. Il ne vou- 
lait point qu'on allât ( unsuiler l'oi ac!c 
quand il était qu( stion de délendre un 
ami; mais il soutenait ipie le sage seul 
connaît la véritable amitié, parce que 
lui seul saitdis(crncr le bon du mau- 
vais. Quoique ])uvrc, il prit chez lui 
l'enfant d'un de ses amis , qui l'avait 
exiwsé par indigence. H rappda à la 
raison un autre hotîinjc qui aviiit ré- 
solu de se laisser mourir de faim , co 



EPI 

qui semble indiquer qu'il n'approuvaif 
pas le suicide. Au contraire , il estimait* 
par-dessus tout la constance et la fer- 
meté. « Ce ne sont pas les choses , 
» dil-il , qui nous font dn mal , mais 
» bien l'opinion que nous nous en for- 
» mons. » Cet axiome , qui peut êtra 
"vrai jusqu'à un certain point quant aux 
affections morales , n'est qu'un misé- 
rable sophisme par rapport aux maux 
physiques. Il mentait impudemment 
ce philosophe qui disait : « Oh ! goutte, 
» tourmentes moi tant que tu le vou- 
» dras , jamais tu ne me contraindras 
» d'avouer que la douleur soit un mal. » 
Epictète, par suite de ses piinripcs, 
fit toute sa vie la guerre à l'opinion. 
Toute sa doctrine se réduit à ce point : 
parmi h s choses , les unes dépendent 
de nous , ce sont nos actions ; les au- 
tres en sont indépendantes. Portons 
tou< nos soins à rectifier les premières; 
mais il est insensé de rccliercher ou 
de fuir les autres, puisqu'elles ne 
dépendent pas de nous. A'jéyov zat 
ànéy^ov , dit Epictète; Susline, et ahs- 
tine; supportez les peines et fuyez 
les plaisirs. C'est là son grand précep- 
te, il » st beaiii, mais diflleilc à suivre. 
Malgré son indigence , Epictète jouit 
toutes.) vie, et pUis encore après sa 
mort, de la considération publique. 
Lucien en fournit une preuve plai- 
sante. Il rapporte que , de son temps , 
certain iiibécille paya 3,ooo diag- 
mes la l.impc de terre qui a\ait 
appartenu au philosophe, persuade' 
qiien écrivant à la lueur de celte 
lampe, il ree<vrait de doites insj)ira- 
tious. Ce trait rappelle c( lui du chi- 
miste qui acheta les j>antoufles de Vol- 
taire. Suidas prélcnd (|u'Epi(lète avait 
beaucoup écrit ; mais on révoque ce 
fait en tloiite, du moins il ne nous est 
rien parvemi de lui. Arrien que, par 
une erreur typographi(pie, on a fait 
vivre l'an i34 «♦'<»"< J.-C, dans l'ar- 



EPI 

tlclc de cette Biographie qui lui est 
cons.tcré ( il fuil lire après J.-C. ) , 
Arrien , disons-nous, le j)lu> célèbre 
des disciples d'Epi.-tèle, recueillit avec 
soin les discours et les principes de 
son ui;iî[re , ( t en composa plusieurs 
traités : ]. De la vie et de la mort 
d'Epiclète; II. douze liv^e^ d' s /Jis- 
coitrs familiers de ce piiilosophe: »es 
deux ouvrages sont perdus; il!, huit 
livres de Dissertations sur Epictète 
et sa philosophie, dont qua're S(U- 
Jem<'nt nous restent; IV. ï'Enchiri- 
dion , ou Manuel d'Epictèle , que 
nous possëiions, et dans lequel , s^ll^> 
la f^rme la plus concise , il offre le 
tableau de U p:oloso|)hie murtie dn 
Pljryç;iru. Arrien dédia ce M mue] a 
M. \ ilérius Messalinus, qui fut con- 
sul l'a.'ide Romegoo. Siiuplicius ^i»o^'. 
SiMPLicJUs) a fait un Commentaire 
sur ce Miuuel. Ou trouve en outre 
dans plusieurs auteurs , el surtout dans 
Slobée, uu grand nombre de Sen- 
tences d'Epiclète qui ne se renrontrcn' 
iii dans les Oisserlalions d'\rrien, ni 
dans son ÎVIanuel, ce qu'explique ai- 
sément la perle que nous avons fjile 
de la plus grande partie de ses ouvra- 
ges, sans qu'il soit besoin de lecouri: à 
l'opinion deSauniaise, qui pense qii'Ai- 
rieu avait composé deux M nuels d ffé- 
rents. Cps Sentences ont été recueillies 
par blaucarl, Stollius . «t, entre au- 
tres éditions , à Copenhai^ue, 1629, 
in-ia. Enfin, quelquc-s auteurs ont en- 
core attribué au stoïcien : Allercatio 
Hadriani ctirn Epicleto , ou Ques- 
tions de l'empereur Adrien et répon- 
ses du philosophe , traduites en fran- 
çais par Jean de Coras , Paris, 1 558 , 
in-8".; Lyon, iSgô, in-4 ". , et par 
quelques autres; mai» il suffît de jeter 
les yeux sur cette rapsodie pour se 
convaincre qu'elle est indigne d'Epic- 
lèle. C'est un recueil tait p^r quelque 
moiac, daus lequel cepeodaul il â iu- 



EPI ao5 

se'ré plusieurs sentences du philoso- 
phe. Le Manuel a été traduit en latin 
par Ang" Po ilien , avant qii<- de pa- 
raître en grec. Il fut auisi publié par 
Philippe Béroalde l'ancien, à Bologne, 
Lîenoil Hector, i49", in-fol. , avec 
Cébès , G nsorin , uu Dialogue de Lu- 
cien, deux Trdlés de S. Basile et un 
de Plutarqtie; puis dans les œ ivres de 
Polili. n, Venise, Aide. i4*^' in-fol., 
et souvent depuis. La 1 '. édition grec- 
que, avec le C «niinentaire de Simpli- 
cius, est de Venise, 1 5'i8 , in-4 '• Gré- 
goire Haluandi <■ en donna , l'année 
suivante, à Nuremberg, in-8 . , une 
édiliou qui est tic» rare, et qu'il crut 
la première. Trine.»velli ; Venise , 
i552, il -8'. }, Neo'uirius(Paris, im- 
pi imeric royale , 1 5 jo, in-4°. ) , Jérô- 
me V^erlen ; ijouvain, i55o, in-8".), 
Jacques Tusan ^ Paris, i55i, in -4°')» 
viuren' aprè> lui. Ttiomas Kirch- 
may« r ( IVaogeorgus ) en donna la 
première édition grecque et latine à 
Strasbourg, 1554, 'u-8 ., et v joi- 
gnit un Coiuineutaire de sa façon. 
Les Dissertations d' Arrien , tradui- 
tes par Jai-ques Schegk , p^trurent 
pour la preiriière fois . grec.-lat. , à 
Bàle, Jean Oporin , i5 )4 in-4 . J^' 
rôme Wolf en donna deux éditions 
corrigées à Baie, Ojtorin, sans date, 
in-8'., et i56o, 5 vol. in-8 . Elles 
contiennent, ea outre, le Manuel et 
le Commeiitairede Simplicius. Les édi- 
tions du Msnnel, d Paris, André 
Werhel, i5u4. «n^'-» *' d*" Colos- 
w .r ( Claudiopolis ) , 1 585 , in- 8°. , 
soi.t rares. Celles Cum notis vario- 
rum sont estimées, Leyde, 1670, 
et Delft , i685 , in - 8 . , données 
par Borkel; Dcift, 1723, in-8., 
par Sehroeder : on y joint ordinai- 
rement celles d'Oxford, 1740 , in- 
8 ., par Simpson, et de Cambrid- 
ge, i655, in -8'., par Luc Hols- 
tdu; c<:Ue dernière est fare ei re- 



So6 EPI 

cherchée. Adrien Keland en donna 
une à Utreclit, 1 7 1 1 , in -4". , version 
«ie Mcilx)mius et corrections de Sau- 
jnaise; et Jean Upton, une antre, 
complète et très estimée , Londres , 
1759-1741, 2 vol. in-4°. Celle qu'a 
publie Clir. G. Heyne , avec ses noies , 
\'arsovic et Dresde, 1776, in-S". , 
est digne de tout ce qu'a produit cet 
Jiomme ce'ièbre. Le frontispice en a 
c'te reproduit sous la date de i 785. 
Jean Scl!Weiç;li3euser a donne' à Ltip- 
z\'^, 1799, 5 vol. in-8"., une bonne 
édition grecque-latine du Mr.nuel, des 
Dissertations et des Fragments , < t 
M. Bodoni , nne magnifique c'dilion 
grecque-italienne du Manuel, tiie'e à 
eent exemplaires seulement, Parme, 
1795, in -4". Celle petit in- 8"., même 
date, est lire'e à deux cent cinquante 
exemplaires. Parmi les petites edi» 
lions , on distingue celles de Snccan , 
Leydc, 1 634 , d'Amsterdam, 1670, 
et de Glascow, Foulis, n5 1 . Edouard 
Ivie a traduit le Manuel en vers la- 
tins , et l'a publié avec le texte , Ox- 
ibrd , I 7 1 5 , in-S". On compte dix- 
neuf traductions françaises d'Epicicte. 
IjC nouvel éditeur de la Bihliolheccl 
ç^rœca de Fabricius en a omis linit. 
La plus ancienne est celle d'Antoine 
Dumoulin, Lyon, 1 544) in* 16. Claude 
Gruget vint ensuite, Anvers, Plantin , 
1 558 , in-i j avec les Epîircs de Plia- 
laris, Paris, 1591, in- 12. Puis An- 
dré Rinaudeau, Poitiers, i567,in-8". 
En i6o5, il parut une version ano- 
nyme du Manuel , dans nn livre in- 
titulé la Philosophie morale des Stoi- 
ques , et qui n'est lui-même qu'une pa- 
raphrase de ce Manuel , sans nom de 
lieu , in-vi4, petit volume rare. Guil- 
laume Duvair ( i(j()6, in -8". ) et le 
P. Goulu ( it)5o, in-8". ) en donnè- 
rent ensuite deux autres, Gilles Boi- 
Icau vint après eux, et publia la Fie 
d'Epiclùlc et sa philosoyJiie [ VEn- 



EPt 

chiriàiori ) aVec le Tableau de Cébes, 
Paris, i(J55, in-i2, souvent réim- 
primée. Cocquelin ,chaucelierderuni- 
versité de Paris, lui succéda, Paris, 
î f )88 , in- 1 2 ; puis le fécond abbé dé 
Lellegarde, Paris ( Trévoux ), 1701 ; 
Amsterdam , 1 709 ; La Haye , 1 754 ; 
Eonillon, 1772, in- 12 ; puis enfin le 
P. Mourgues, dans son Parallèle de 
la vtornle chrétienne avec celle des 
anciens philosophes , Paris, 1702, 
in- 12. Dacier laissa loin de lui ses 
nombreux prédécesseurs ; sa traduc- 
tion parut en 17 i5, 2 vol. in-12, 
réimprimés en 1776 et 1780. Elle 
conlient la Vie du Stoïcien, le »îa- 
nuel, le Commentaire de Simplicius, 
nn nouveau Manuel, tiré des Disser- 
tations d'Arricn , et le texte grec du 
premier. Depuis Dacier , Leicbvre de 
Villcbrune publia en 1 782 , 2 vol. in- 
18, une édition grecque et française 
du Manne! ; sa version , réimprimée 
depuis , est souvent infidèle. M. do 
Pommereul en donna nne autre la 
même année j elle est accompagnée de 
réflexions sur Epictèle et rur la phi- 
losophie des Stoïciens. M. de ^^mc 
St.-Fauxbin publia en i 7B4 ( '■* vol. 
in- 1 8 ) nn Nouveau Manuel d' Epic- 
tèle , tiré d' Arrien ; M. 15eliu dciSal- 
lu, une traduction du Manuel et du 
Commentaire de Simplicius , Paris , 
1 "90 , iu-8°. Le poère Desforges don- 
na ( 1797, Jn - 4"' ) '""'' imitation 
du Manuel eu VciS. Cànlr.s , pen- 
dant sa détention en Allemagne, le 
traduisit , et son ouvrage ]).irut en 
119,), u vol. in- 18, réimprimés en 
i8o5 ( voy. Camus ). Enfin cette an- 
née ( i8i'4), M. Pillot a public « 
Douai, in 8"., «nie nouvelle vcrsiort 
du Manuel, à la suite des Maximes de 
Phoc-y lides et de Theognis, et des ver» 
dorés de Pythagore. Le Manuel est 
en outre compris dans la collection des 
Moralistes ; la traduction eu est dt 



ÊPI 
Naigeon, Paris, 1781, in- 18. Il 
existe encore les Morales dEpic- 
tèle , de Socrate , Pluiarque cl Sé- 
nèqite, par Desmarets de St.-Sorlin , 
irapiiïuees aif cliâteau de Riolielieii , 
i658, iu-S '., et P;iiis, L'jyson, i65g, 
in- 1-2. Le Manuel a c'te tr,*duit en al- 
lemand , en espasiio! , en portnj^ais, 
en anglais, en itiîien, etc. Mirhel 
Rossa! a pnb'ié Dlsquisilio de Epic- 
teto qiid probniur eun non fuisse 
christianum, Groninszuc, i"jo8, in- 
8'.; Daniel Millier, DeEpictetichris- 
tianismo, Ci.emnilz, \niî^^ i'i-4**-î 
et Clir.-Ang. Hcumann, De '^hilo- 
sophid Epicteli, léiia , 1703, in-4°. 
Le P. Toluiu-is a fait imprimer aussi 
im Discours sur la philosophie d'E- 
pictète . 1700, in-8'. D. L. 

EPICUUE, l'un des plus célèbres 
})bilosoplies de l'unliquilé , était d'une 
famille illustre, celle des Pliilaïdrs, 
qui descendait de Philaens, petit -fils 
d'Ajas. Neoclcs , son père, habitait le 
bourg de Gargéltie, dans l'Attique; 
se trouvant assez mal partagé du 
côté de la fortune , il passa dans i'îlc de 
Samos, lorsque les Athéniens y en- 
voyèrent une colonie, l'an 55'2 av. J.-C. 
Diogènes Laërce fixant la naissance 
d'Epicure à l'an 34 1 av. j.-C.,il 
est évident qu'il reçut le jour à Samos 
et non à Gargettie^ comme on le dit 
ordinairement. On rapporte que dans 
sa première jeunesse il suivait sa 
mère, qui faisait métier d'aller ex- 
pier les maisons , et qu'il lisait les 
formules d'expiations ; devenu pins 
grand , il aidait son père à tenir l'é- 
cole qu'il avait levée à Samos. Epi- 
cure commença dès l'âge de quatorze 
ans, à se livrer à la philosophie. Il 
fréquenta d'abord Pamphilus, l'un 
des disciples de Platon, et Nausipha- 
tie, de l'école de Démocrite, et non 
le disciple de Pyirhon , comme le 
«lit Diosèûcs Laëicc > car Pyrrhon 



E P I 207 

était contemporain d'Epicure. Ces 
leçons ne le satisfirent pas; s'étant 
mis à lire lui-mêmc'les écrits de Dé- 
mocrite , il fit de grands progrès dans 
la philosophie , et *e crut bientôt en 
état de former une nouvelle secte. 11 
vint à Athènes à l'âge de dix-huit ans, 
mais il y séjourna |>eu , à cau-^e des 
troubles qui survinrent après la mort 
d'Alcxandn . Il se rendit auprès de son 
père, àCo'.ophon, dans l'Ionie, alla 
ensuite à Mitylène el à Lampsaque, ou 
il commença à professer ses nouveaux 
principes. Il s'y attacha un grand 
nombre de disciples, parmi lesquels 
étaient ses trois frères: Néoclés, Ghé- 
rèdème et Aristobule, et étant revenu 
avec eux à Athènes, l'an Sog av. J.-C, 
il y acheta un jardin , pour le prix de 
quatre -vingts mines ( 7,'ioo fr. ) , et 
se mit à y enseigner sa philosophie. 
Tout le monde n'était pas admis à ses 
leçons ; mais ses disciples , à l'exem- 
ple des Pythagoriciens, formaient une 
espèce de communauté. Il ne voulut 
cependant pas que leurs biens fussent 
rais en commun , disant que cela ex- 
citait la méfiance; mais chacun payait 
une portion de la dépense. Elle était 
peu considérable , car ils se conten- 
taient des ahments les plus simples. 
L'union la plus parfaite régnait entre 
eux. Elle subsista même long - temps 
après la mort d'Epicure, et Cirérou 
dit que les épicuriens de son temps 
vivaient encore eu commun, et dû 
mcdleiir accord. Les femmes même 
étaient admises dans celte société , et 
l'on cite, ])arrai ses disciples les plus 
célèbres , I.éontium , courtisane d'A- 
thènes ( /'oj. Leontiitm), et The- 
uiista , femme de Leontius de Lamp- 
^aqHe. Comme il ne dogmatisait pas en 
public, !a secte fut peu célèbre de sou 
vivant; mais après sa mort ses livres 
s'étant répandus, la doctrine eu fut 
vivement attaquée par les sîcicicîis , 



203 EPI 

qui ne rougirent mêrae pas d'avoir 
recours aux calomiiifs les plus atro- 
ces. Diotime , stoïcien , alla jusqu'à 
fabriquer , sous le nom d'Epicure , 
cinquante lettres adressées à Jes cour- 
tisanes, dans lesquelles on le faisait 
parier de la manière la plus obscène ; 
mais Chf ysippe lui - même convenait 
de la pureté df s mœurs d'Epicure ; il 
est vrai que pour ne pas en laisser 
l'honneur à sa philosophie , il préten- 
dait que cette pureté de mœurs tenait 
uniquement à son insensibilité. On 
l'accMsa aussi d'athéï^me , et cette ac- 
cusation est celle qu'on a le plus fré- 
quemment répétée. Il est bien difficile 
de connaître la véritîble opinion d'E- 
picure sur la Divinité. Cicéron dit qu'il 
en avait parlé dans les termes les plus 
sublimes , et qu'il recommandait la 
piété à ses disciples. On dira sans 
doute que c'était pour se confoi mor 
aux idées du vulgaire; mais dans sa 
lettre à Ménécée il s'exprime ainsi : 
« Les dieux ne sont point tels que le 
» croit le vulgaire. L'impie est, non 
V celui qui rejette les dieux de la mul- 
» titude , mais celui qui attribue aux 
» dieux les opinions de la multitude. » 
Ces expressions , si elles avaient été 
connues, auraient suffi pour le faire 
persécuter. Ce n'était donc pas par 
prudence qu'il faisait, de l.i croyance eu 
dieu , l'un des principaux dogmes de sa 
philosophie. Il faut convenir cepen- 
dant que ses autres opinions sur les 
dieux rendaient celte croyance inutile. 
Il les regardait comme des êtres par- 
faitement heureux , impassibles et ne 
se mêlant pas des choses humaines, 
ce qui détruirait et la providence et 
l'espoir des peines et des récompenses 
futures. Sa morale était entièrement 
fondée sur le principe de l'intércl per- 
sonuel. L'homme est sur la terre pour 
chercher le bonheur, il le trouve dans 
UDC viç cahûc et trau(j[uiUc. Le sage se 



EPI 

tiendra donc en garde contre les pas- 
sions qui pourraient le troubler. Le 
plaisir physique consiste dans la satis- 
faction des besoins naturels. Moins on 
met de recherches à les satisfaire , 
moins ou est exposé aux privations. 
On est par conséquent moins exposé 
aux revers de la fortune. S'abstenir 
pour jouir était donc sa grande maxi- 
me. Le bonheur des individus dépend 
du bonheur général. Le sage se con- 
forme donc aux lois établies. Ces prin- 
cipes , lorsqu'o*! n'en saisissait pas 
l'ensemble , pouvaient être fort dan- 
gereux. On disait vulgairement qu'E- 
picure faisait consister le souverain 
bien dans la volupté, et beaucoup de 
gens s'en tenaient là, sans se donner 
la peine d'examiner ce qu'il entendait 
par la volupté; ils auraient vu en effet 
qu'elle ne différait en rien du- la sagesse 
des stoïciens. Ces faux épicuriens fi- 
rent beaucoup de tort à la secle. Ils 
furent chassés de Uome du temps de 
la république. On les chassa aussi à 
plusieurs reprises de différentes vdlcs j 
mais l'école subsista toujours à Athènes. 
Elle y existait encore du temps de Lu- 
cien , et Numenius, son contemporain, 
remarque avec douleur que les épicu- 
riens avaient conservé dans toute sa 
pureté la doctrine de leur maître, 
tandis que celle de Platon s'était sin- 
gulièrement altérée. Les Stoïciens 
s'.ipproprièrent plusieuis des maxi- 
mes d'Epicure et de ses apophtegme* 
les plus remarquables, exprimés avec 
esprit ,d'unstilesentenlieux, et Sénè- 
que en a emprunté une foule, qui 
font le charme de ses lettres à Luci- 
lius. Epicurc affectait un grand mé- 
pris pour les géomètres et pour les 
mathématiques. On le voit bien aux 
idées qu'il s'était faites du soleil , 
de la lune , et du système du mon- 
de. 11 soutenait que la lune et le 
soleil ne sont pas plus grands qu'ils 



EPI 

lie paraissent à la vue , erreur que Lu- 
crèce a reproduite dans ce vers : 

NïC mijor 
Eue potcit ooilris qnam leotibus exe vidctnr; 

Il ajoutait que le soleil s'e'teignait tous 
les soirs daus l'oce'an , et se rallumait 
tous les matins. C'éomede, dans son 
second livre, a pris la peine de reTuter 
sérieusement toutes ces inepties. Epi- 
cure avait emprunte' de Democrite et 
de Leucippe l'idée des atomes , qu'il 
regardait comme les principes de toutes 
choses. Ces atomes , tombes dans un 
loug discrédit , et que Gassendi a tente' 
vainement de réliabiliter , n'avaient 
d'autres propriétés que la dureté' et la 
pesanteur, et par conséquent pas la 
moindre ressemblance avec les gaz de 
toute espèce qui jouent un si grand 
rôle dans la physique et la chimie des 
modernes. Epicure mourut do la pierre 
dans la '^/à'. année de son âge. Il ne 
s'était point maiié; non pas qu'il 
blâmât le mariage, car il enseignait 
qtic le sage devait se marier et avoir 
des eufants ; mais comme il avait tou- 
jours été d'une santé très faible, il ne 
crut pas devoir observer lui-même le 
précepte qu'il donnait aux autres. Par 
son testament , que Diogène - Laërce 
nous a conservé , il légua sou jardin et 
une maison qu'il avait à Mélitc, à 
Hermachus , son successeur, et à ceux 
qui seraient après lui à la tête de son 
école , tant qu'elle subsisterait , pour 
continuer à y rassembler ses disciples. 
Sa mémoire resta toujours parmi eux 
en vénération. Ils célébraient tous les 
ans, par une fêle, le jour de sa nais- 
sance. Ils avaient son portrait sur leur 
bague , sur leurs coupes , dans leurs 
chambres, et ne parlaient jamais de 
lui qu'avec le plus grand respect. Dans 
le nombre des manuscrits grecs dé- 
couverts à Herculanura , se trouvent 
plusieurs ouvrages d'Epicure : le dé- 
roulement u'eu tst pas achevé. On a 

XIII. 



EPI aor) 

commencé à publier â Naples, ea 
i8i4, quelques fragments du liv. Il 
de son traité De la nature des cho- 
ses. Personne n'a mieux développé 
le système de la philosophie d'Epi- 
cuje que Gassendi daus son Sjng- 
tagma de viui et moribus Epicuri , 
Ub. b , Lyon , i G47 ; La Haye , 1 656 , 
in-4''. , etc. ( r. Gassendi ;. Ou peut 
voir aussi Jacques Duroudel , Fie 
d'Epicure , Paris , 1 679 ; La Haye , 
16S6, in- 12 ; traduite en latin, Ams- 
terdam , 1695; la Morale d^ Epi- 
cure , par le baron des Coutures, 
Paris , i685 , in-i 2 ; Za Morale d'E- 
picure, par l'abbé Bitteux, Paris, 
I -j 58 , in-8 . ; Apologie pour Epi- 
cure j par J. D, P., 1 65 1, in- 12; 
Discours sur Epicure , Paris, 1684 , 
in- 12. C — R et D — l — e. 

EPIMÉNIDES, de la ville de 
Gnosse , dans l'île de Crète, se retira 
dès sa première jeunesse dans une 
solitude, et lorsqu'il se crut parfaite- 
ment oublié, il reparut tout à coup 
dans sa patrie, avec les cheveux et la 
barbe longs et négligés , et fit répan- 
dre le bruit qu'il avait dormi cinquante 
ans. Il se mil à jouer le rôle d'un ins- 
piré, et il se prétendait en commerce 
avec les nymphes. Sous ces dehors 
d'un fanatique , il cachait des connais- 
sances très profondes. Il s'était beau- 
coup occupé de politique , particuliè- 
rement de la législation des Cretois , 
sur laquelle il avait même écrit quel- 
ques traités. Solon , qui avait eu oc- 
casion de le connaître dans ses vjoya- 
ges, le fit mander à Athènes, sous 
prétexte de purifier cette ville,*qui 
était alors livrée à des troubles et des 
dissensions intestines. Les Athcui^ns 
armèrent un vaisseau tout exprès pour 
aller le chercher, et ils en donnèrent 
le commandement à Nicia5,fils de Nice- 
ratus , l'un des principaux d'Athènes. 
Epiménides se rendit à leur invitation. 

4 



ût» ÈPl 

Arrivié dans l'Attique, il annonça que 
les divisions auxquelles î i république 
était en proie , venaient de la colère de 
quelques divinités inconnues qu'on 
avait ne'<;ligé d'appaiser. En consé- 
quence , il prit un cerl^in nombre de 
brebis blanches et noires, et les ayant 
fait conduire vers l'aréopage , il les 
laissa aller , en ordonnant à ceux qui 
les menaient de les s.icrifier an\ dieux 
inconnus , chacune à l'endroit où elle 
s'ariêlerMit ; on érigea dans tous ces 
endroits des autels aux dieux incon- 
nus. Il régla d'une manière beaucoup 
moins dispendieuse le culte qu'on ren- 
dait aux dieux , et supprima une 
grande panie des cérémonies lugubres 
qui se pratiquaient, surtout par les 
femmes, lorsqu'elles perdaient quel- 
ques-uns de leurs proch's. Enfin, il 
fit tout ce qui dépendait de lui pour 
préparer les voies à la législation de 
Solon, dont les projets lui étaient con- 
nus , et qui lui demand.i ses conseils, 
il termina tout cela par des cérémo- 
nies expiatoires pour purifier le pays , 
et il repartit sans vouloir d'autres ré- 
eompenses qu'un rameau de l'olivier 
sacré. Il mourut bientôt après son re- 
tour dans sa patrie, à un âge très 
avancé, vers l'an 598 av. J.-C. Il 
avait fiiit pliisicurs ouvrages, dont le 
plus considérable était un poème sur 
l'expédition des Argonautes. Il ne 
nous <n reste aucnti. Le Réveil d'E- 
piménide, fut mis sur la scène par 
Poisson , en lySS, et plusieurs lois 
depuis , servant de cadre aux divers 
événements |»olitiques. T— r. 

EPINAY (M'. LouisE-FLOnENCE- 

PÉTRONIIJ-E DE-LA- LiVt d' ) , devait 

1(> jour a un homme de condition de 
Flandre, IM. Tardieu De.sclav elles , 
tué au service du Roi. On voulut ré- 
compenser le père eu la personne de 
sa fille, à laquelle d n'avait laissé qu'une 
fbrtuac médiocre, et ou fit épouser à 



È1>\ 

celle-ci un des plus "riches parfis qii't! 
y eut alois dans la finance , le fils inné 
de M. Delahve de Bellegude, en lui 
donnant pour dot un bon de fermier- 
général. iVI .d'f)pinay passa donc, au 
sein (le \f* plus grande richesse et de 
toutes ses illusions , les premières an- 
nées qui suivirent cette union ; mais 
le songe s'évanouit bientôt , grâces à 
la prodigalité de son mari. Ce fut dans 
les jouis brillants encore de sa jeu- 
nesse, que commença sa liaison avec 
J -J. Rousseau. Quoique celui-ci donne 
à entendre dans ses Confessions que 
l'amour n'exist 1 jamais entr'clle et lui 
que d'un seul côté, on est plus disposé 
en pareil casa croire le témoignage des 
femmes que celui des hommes. Elles 
n'oublient rien et se trompent rare- 
ment sur les hommages dont elles ont 
été l'objet , tandis qu'elles accusent 
beaucoup d'entre nous de mettre trop 
souvent leur gloire à ne pas comp- 
ter aussi exactement les difleienis tri- 
buts qu'ils ont payés à la beauté. Si 
celle de M''. d'Epinay n'était pas ré- 
gulière, elle méritait, par une cxtrêra* 
sensibilité, des qualités attachantes, 
les grâces de son esprit et ses talents 
divers , les sentiments que ce philoso- 
phe, doué d'un cœur si aimant, et 
d'une imagination si ardente , vouait 
à presque tontes les jeunes femmes 
qui successivement l'admettaient dans 
leur société. 11 fut comblé, parM . d'E- 
jiinay, de bienfaits , et avec cette déli- 
catesse , ces soins de l'amitié la plus 
tendre et la plus ingénieuse, que sem- 
blait exiger d'< Ile la sauvagerie 1res 
originale de son ours. On sait qu'elfe 
fit rebâtir j)0ur lui , en 1756, dans la 
vallée de Mnnfmorency , une petite 
maison , à la place d'iuie masure qui 
f^cevait les riux de son parc de la 
Clievi ( tie ; et ce fut là Vffermitage de 
R Misveau, hormitage visité encore tous 
les jours ittc une dcvofioD Tmimctït 



EPÎ 

^lîilosoplûqiie. D'abord il se montra 
fort touché des boutés de sa bien- 
fiaitnce ; mais aussitôt qu'il se crut 
le droit d'être jaloux du barou de 
Grimra , que lui-mèuie avait introduit 
auprès d'elle , il ne s'acquitta plus que 
par l'ingratitude la plus caractérisée. 
On voudrait ne pas connaître les traits 
envenimés que , dans un livre si scau- 
daleuseraeut intéressant, il a employés 
pour {leindre l'amie de Griram, en 
même temps que son rival préféré. Il 
n'est personne qui n'y ait lu , ou plu- 
tôt dévoré, l'épisode de son amour 
brûlant pour une belle sœur de M"". 
d'Ëpinay. On se persuaderait diffici- 
Jemcnt que celle-ci n'ait pas alors éprou- 
vé à son tour une forte jalousie. Eli ! 
quelle ft-mme sensible auiait pu, sans 
un vif regret, voir son rcg'ie finir et 
«ne autre qu'elle être admirée, exal- 
ic'e , adorée même par un amant tel 
que le peintre créateur de Julie d'E- 
taugfs et deSt.-Preiix. Une fois qu'il 
«ut cesse d'être l'ami de M-.d'Epiuay, 
Bousseau devint pour elle un détrac- 
teur , et presque un ennemi acharne'. 
Grimm , au contraire , n'en p.'rle dans 
sa Correspondance qu'en apologiste 
enthousiaste. La juste mesure à saisir 
«atre leurs jugements opposés aurait 
peu d'intéi-êt réel , et l'on ne s'occu- 
perait qu'à peine de la personne dont 
peut-être ne nous ont-ils entretenus 
qu'afin d'avoir le droit de fixer plus 
long -temps l'attention publique sur 
eux-mêmes , si elle n'avait écrit un li- 
^re d'éducation estimé. Accablée pen- 
dant dix ans des souffrances les plus 
■doulouieuses, M . d'Epinay mit à 
profit tous les moments dont elle pou- 
"vail disposer, pmir remplir admira- 
blement les devoirs de la maternité 
•et de l'amitié. C'est pour sa petite 
fille ( M^'^ de lielstince , depuis W»'. 
de Beuil), qu'elle a composé les Ton- 
rersaiiotis éf Emilie, a y©1. io-iai, 



EPI aii 

publie'es en 1781, réimprimées sou- 
vent depuis , et dont la 5' . édition 
est de 1788. Cet ouvrage, un j>eu 
froid, mais bien écrit , el qui a é é tra- 
duit en plusieurs langues , contient 
tout ce qu'on peut enseigner de mo- 
rale à l'enfance depuis l'âge de cinq 
ans jusqu'à celui de dix. En se rabais- 
sant pour se mettre à la portée de sa 
jeune élève , la maîtresse ne s'e«if pas 
montrée indigne de l'attention de l'àg« 
mûr. C'est un livre f lit dans un très 
bon esprit , et dont les b-jus principes 
ont l'avantage d'être présentés d'une 
mar ière nette et simple. On v trouve, 
dit La Harpe, des mots fin- et na'ifs, 
et des choses attendrissantes. L'Aca- 
démie française , dans son assemblée 
du i6 janvier 1 785 , donna aux Con- 
versations d'Emilie le prix d'utilité 
fondé par M. de Monthion, alors 
chancelier de M. le comte d'Artois. 
L'auteur d'Adèle et Théodore était 
s»'ul eu concurrence. On pensa que le 
travail, sorti de la plume et du cœur 
de sa rivale , méritait de l'emporter 
comme plus utile et plus original. 
M", de Gtnlis a été accusée d'avoir eu 
de l'humeur de cette préférence, et 
de l'avoir trop laissé paraître lors- 
qu'elle composa son conte des Deux. 
îiepiUations. Deux petits volumes 
attribués à M^ d'Epinay, et qui 
sont intitulés , l'un : Lettres à mon 
Fils ( 1738, in-8\ de u,8 p.ges; 
réimprimées en 1759, m-\i. de liîô 
pages ), avec cette épigraphe : Facun- 
dam faciebat amor , et l'autre : Mes 
moments heureux ( 175». , in 12 ), 
ép. Solliciîœ j'ucunda oblivia vitœ, 
ont été imprimés a G< nève, mais peu 
répandus , s'ils ont été publies, Ede 
n'a laisse , selon Grimm , d'autres 
ouvrages qu'une suite imparfaite d« 
celui qui avait élc couronné, l'ébau- 
che d'un long roman , enfiu beau« 
coup de lettces adressées à Kousscau, 

i4.. 



ft.a EPI 

Voltaire, BufFon , d'Alenibert, Dicle- 
rot , Richardsou , l'abbé Galiani , 
Necker , etc. Quelques - uns de ses 
contemporains assurent avoir connu 
des mémoires de sa vie, destinés ap- 
paremment à détruire les fâcheuses 
impressions données par Rousseau , 
dans la seconde partie de ses Confes- 
sions , long-temps manuscrite , mais 
dont il faisait lecture à un certain nom- 
bre d'affidés. On ajoute que ces Mé- 
moires , fort intéressants , furent sup- 
primés, soit par elle-même , soit par 
le baron de Grimm. Il est permis de les 
regretter : en effet , qui ne voudrait en- 
tendre à leur tour les deux femmes de 
la société, sur lesqunlles cet écrivain 
célèbre a le plus indiscrètement fixé 
«os regards, non pas se justifier (ni 
Tune ni l'autre ne paraissent en avoir 
besoin ) mais répondre à un homme 
qui a pour lui l'un des plus grands 
avantages de ce monde , celui de par- 
ler tout seul dans sa propre cause , 
et de parler avec le charme de dic- 
tion le plus entraînant. IVr. d'Epinay 
mourut au mois d'avril 1783, et par 
conséquent bien peu de temps après 
son triomphe académique. L — v — -e, 

EPINE, r. EspiNE ( Jean de r ). 

EPINE (Guillaume- Joseph de 
1,'), médecin. On ignore l'époque de 
sa naissance et celle de sa mort. On 
sait seulement qu'il reçut le jour à 
Paris, qu'il prit en i']'J>-/'\. le bonnet 
de docteur dans la faculté de méde- 
cine de cette capitale , et qu'il fut élu 
doyen de sa compagnie en 1744» ^^ 
continué en 1745. tJne thèse soute- 
nue en i 735 sur la question de sa- 
voir si le bon état des facultés intel- 
lectuelles dépend de l'intégrité des 
fonctions corporelles , fit prendre la 
plume à l'Epine, qui publia sur ce 
sujet une lettre adressée à son con- 
frère liaron. L'Epine ne s'est fait un 
«OU ea médecine que par sq]\ oppo- 



EPI 

sition constante à l'inoculation de Is 
petite-vérole , opposition dont il dé- 
duisit les motifs dans les deux pièces 
suivantes , qui sont assez volumi- 
neuses : I. Rapport sur le fait de 
l'inoculation de la petite-vérole y 
Paris, 1765, in-4°.; II. Supplé- 
ment au Rapport , Paris , 1 767 , in- 
4". ; mais l'Epine trouva dans An- 
toine Petit un adversaire qui ne 
contribua pas peu à faire triompher 
la bonne cause. R — d — rr. 

EPIPHANE. Fojrez Callinicus. 

EPIPHANE ( S. ) , docteur de 
l'Eglise, archevêque de Salaraine en 
Chypre, naquit vers l'an 5 10 dans le 
territoire d'Eleuthérople en Pales- 
tine; il montra dès son enfance une 
grande ardeur pour l'étude, et ap- 
prit la plupart des langues alors con- 
nues. Ami de la solitude et de la pé- 
nitence , il alla visiter et habita quel- 
que temps les célèbres déserts d« 
FEgypte , et revint en Palestine à 
l'âge de vingt - trois ans. Il se lia 
d'amitié avec le célèbre S. Hilarion , 
qui ne quitta la Palestine qu'en 55G ; 
cet illustre solitaire trouva dans Epi- 
phane un disciple fervent et un 
zélé panégyriste. Les Ariens désolaient 
l'Eglise , favorisés par l'empereur 
Constance qui régnait alors. Epi- 
phane sortit souvent de sa cellule 
pour aller au secours des catholi- 
ques; il refusa de communiquer avec 
Eutychius , cvêque d'Eleuthérople , 
qui était entré dans le parti des 
Ariens ; il s'arma de zèle contre les 
erreurs qu'il avait découvertes dans 
Origène. Sa réputation le fit appeler 
sur le siège de Salamine ou Coîistan- 
tia , dans l'île de Chypre. CjCite dignité 
ne l'empêcha pas de se livrer aux 
austérités et aux habitudes de la vie 
monastique ; sa charité seulement pa- 
rut encore plus active. On le char- 
geait des plus abondantes aumônes ; 



EPI 

sainte Olympiade , dame fort riclie , 
lui fit pour ce sujet des présents con- 
sidérables. Respecté des hérétiques 
eux - mêmes à cause de sa grande 
vertu , il ue fut pas compris dans la 
persécution que Valeus excita con- 
tre les catholiques en S*] i , et fut 
presque le seul que l'hérésie épar- 
gna. Il alla à Autioche ]>our travail- 
ler à la conversion de Vitalis, évê- 
que de cette ville , qui avait embrassé 
les erreurs d'Apollinaire j il fit en- 
suite le voyage île Rome, où il logea 
chez sainte Paule, qui passa quelque 
temps après par Salamine , et sé- 
journa chez S. Epipbane en se ren- 
dant en Palestine. Soupçonnant le pa- 
triarche de Jérusalem de tenir aux 
erreurs d'Origène , il se rendit dans 
cette ville, et prêcha en présence de 
cet évêque contre l'origénisme. Son 
discours fut mal accueilli. Il se re- 
tira donc dans la solitude de Beth- 
léem , où était alors S. Jérôme , et 
donna la prêtrise à Paulinicn , frère 
de ce saint docteur. Le patriarche de 
Jérusalem trouva mauvais qu'un évê- 
que étranger vînt ordonner un prê- 
tre dans son diocèse. Epiphane lui 
écrivit pour se justifier; mais on voit 
par sa lettre , qu'il n'avait pas des 
idées très justes concernant la juris- 
diction des évêques hors de leurs 
diocèses. La conduite qu'il tint à Cons- 
tantinople en est une nouvelle preuve. 
11 alla dans cette ville, dont S. Chry- 
sostôme était patriarche , accuser 
d'origénisme quatre pieux sohtaires , 
Dioscore , Ammonius , Eusèbe et Eu- 
thyme. On les nommait les grands 
frères , à cause de la hauteur de leur 
taille. Epiphane les accusa sans avoir 
jamais vu leurs disciples ni leurs 
écrits , et refusa de communiquer avec 
S. Chrysostôme , le défenseur et 
l'ami de ces frères illustres qui eurent 
depuis la gloire de mourir martyrs de 



EPI 



îi3' 



la consubstantialité du Verbe. S. Epi- 
phane mourut en 4o3, comme il re- 
tournait de Constantinople à Sala- 
mine. Il étdit âgé de quatre-vingt- 
treize ans. Ce saint commit sans doute 
quelques fautes que l'on doit attri- 
buer à un excès de zèle. Les plus il- 
lustres docteurs de l'Eglise n'f n louent 
pas moins sa doctrine, son érudition 
et la sainteté de sa vie. On a de lui 
plusieurs écrits : I. le Panarium , 
ou le Livre des antidotes contre 
toutes les hérésies , dans lequel il 
donne l'histoire de vingt hérésies qui 
avaient paru avant J. - C. , et de 
quatre-vingts qui s'étaient élevées 
après la promulgation de l'Evangile. 
Cet ouvrage est instructif, la doc- 
trine en est pure; mais il est mal 
écrit; II. Y^nchorat, destiné à con- 
firmer les esprits dans la foi , suivi 
de \ Anacéphaléose , qui en est une 
récapitulation ; III. le Traité des 
poids et mesures des juifs , où il y a 
beaucoup d'érudition ; IV. le Phy 
siologue, qui contient des réflexions 
morales relatives aux propriétés des 
animaux ; V. le Traité des Pierres 
précieuses , où il parle de celles qui 
étaient sur le rational du grand- 
prêtre des juifs ; VI. deux Lettres , 
l'une à Jean , patriarche de Jérusa- 
lem; nous en avons déjà parlé; l'autre 
à S- Jérôme , où il lui donne avis de 
la condamnation des erreurs d'Ori- 
gène prononcée par Théophile, pa- 
triarche d'Alexandrie. Tous ces ou- 
vrages sont mal écrits; on voit que 
ce saint docteur ne cherchait qu'à se 
mettre à la portée des isnorants. Il 
a, ainsi qu'Eusèbe, l'avantage de 
nous avoir conservé \m grand nom- 
bre de passages d'anciens auteurs , 
dont les écrits n'existent plus. La 
meilleure édition des Couvres de 
S. Epiphane est celle que le P. Pe- 
tau donna eu it)Ô2 eu grec «t eu U> 



si4 EPI 

tin. 1 vol, in-fol. Fjp Commentaire de 
S. Epipliaiie sur le livre des Canti- 
ques .1 été découvert le siè( le dernier 
parmi lev m (nnscrits du Vatican , et 
a paru à Rome en i ■j 3o. C — t. 

EPIPHANE . surnommé le Scho- 
laslique , c'tst-à-dire le jurisconsulle, 
suivant le s*ns attaché alors à ce mot, 
florissail vers 5 i o. On croil qu'il était 
né en Italie , et du moins il est certain 
qu'il y demeurait. (,e fut à la prière de 
Cassiodorc , son ami , qu'Epiphane 
traduisit du j^rec en latin les Histoires 
tcclésiastiques de Socrate , de Sozo- 
mène et d> Tliéodoret ; il en fit ensuite 
un abrégé, divisé en douze livres, au- 
qu«l il donna le titre A'IJistoria tri- 
pariita. Le Mire, et d'autres écrivains 
après lui , ont cru que Cassiodorc avait 
composé lui-même cet abrégé; mais 
on voit par un | assage de Cassiodorc 
(Institut, divinar. lect. cap. XXII) 
que c'est Epiplianc qui en est l'auteur. 
Ji'ffistoria tripartita fut imprimée 
pour la première fois à Ausbourg , par 
Jean Scliussier, i^'j'3-, in- fol. : (eite 
édition est rare et recherchée ; Beatus 
Bhenanus en donna une nouvelle à 
Bà'e en i5'23, in-fol. Il rdève aigre- 
ment dans la préface les fautes échap- 
pées à Ej»iphane, qu'il accuse de n'a- 
Toir su ni le grec ni le latin. On con- 
"viendra que le style de c<lte version 
est semé d'un grand nombre de ter- 
mes barbares; mais le sens des origi- 
naux y est rendu avec assez d'exac- 
titude. L'édition de tthenanus a servi 
k tontes les réimpressions qui ont eu 
lieu jusqu'en i('>']\). Celte même an- 
née, dom Garcl publia Vl/isloria tri- 
partita, dans 1(6 œuvres de Cassio- 
dorc, après eu avoir corrigé le texte 
sur d'anciens manuscrits. Cet ouvrage 
a élé traduit en fiançais par Louis 
Cyaneus , Paris, i5(i8, in-fol. Jac- 
ques de Billy en promettait une nou- 
velle traduction , qui u'a point paru. 



EPÎ 

Jean de Lacroix en a publié une en es- 
pagnol, làsbonne, i54i ; Coimbre , 
1 554 , in-fol.; et Gaspard Médius, une 
en allemand , imprimée avec les His- 
toires ecclésiastiques d'Eusèbe et de 
Rufin , Strasbourg , i545 , in-fol. On 
attribue encore à Epiphane : i. la tra- 
duction du Codex Encjclicus : c'est 
le recueil des lettres adressées à l'em- 
pereur Léon par les Synodes , en 4 '^8, 
potir la défense du concile de Chalcé- 
doine. Surins l'a insérée dans la Col- 
lection des Conciles, mais sans en 
nommer l'auteur; Baluze l'a fait réim- 
primer ensuite dans les Concilia ge- 
neralia, d'après une copie collation- 
née sur deux anciens manuscrits de 
Beauvais et de Corbie; le P. Hardouin 
et Coleti ont suivi le texte publié par 
Baluze. H. La traduction en latin des 
antiquités judaïques de Josèphe : un 
passage du chapitre de Cassiodorc , 
qu'on a déjà cité , prouve que d'autres 
écrivains ont eu part à cette version. J 
Le nom d'Epiphane et celui de Rufin ' 
se trouvent dans la sousciiption des 
éditions d'Augsbourg, 1470, in-fol. , 
et de Vérone, pub'iée par Condrati , 
14H0, in-lol. Suivant Fabricius, le 
nom d'Kpipliane devait paraître seul 
en têie de l'édition qu'on avait com- 
mencée à Oxford eu 1700 ; III la 
traduction dcsScholies de S. Clément 
d^ Alexandrie, sur la première épître 
de S. Pierre, surcellede S. Jude, sur 
la première et la seconde de S. Jean; 
elle a été imprimée dans les différen- 
tes éditions de la Bibliot. patruin et 
des œuvres de S. Clément ; IV. la tra- 
duction des Commentaires de Di- 
dyme, sur les seplé|.îtrps canoniques 
et sur le livre des proverbes. Ces der- 
nières versions n'ont point élé pu- 
bliées. On lui a aussi attribué les No- 
tes sur le Cantique des Cantiques , 
qui sont plus probablcmcut de S. Epi- 
phane de Salaminc. W— s. 



EPI 

EPIPHANE , en arménien Ebi- 
p'han , savant évèque arménien , qui 
vivait au commencemt'ut du "]'. sièi le. 
Après avoir étudié avec succès auprèi 
du patriarche arménien, il se retira 
dans un désert, aux environs de la 
ville de Tevin , et y mena la vie d'er- 
mite. On le tira de sa solitude pour le 
faire abbé du célèbre monastère de 
Klag ou Sonrp Karabied , dans le pays 
de Dai'on. Les chefs de ce monastère 
perlaient le titre d'cvêque de la prin- 
cipauté de Mamikoniane, qui compre- 
nait la province de Daron et les con- 
trées environnantes. En 629 , Epi- 
phane assista au concile de Karin , 
tenu par l'ordre de l'empereur Héra- 
clius pour terminer les différents qui 
subsistaient entre l'église grecque et 
celle d'Arménie. Epiphane mourut 
après avoir occupé pendant vingt ans 
la dignité d'évêque des Mamikonians. 
pavid lui sutcéda. Il a écrit l'histoire 
de son monastère, des commentaires 
sur les psaumes de David et sur les 
proverbes de Salomon , une Histoire 
du concile d'Ephèse , et diverses ho • 
niélies. Tous ces ouvrages sont restés 
manuscrits. S. M — v. 

EPIPHANE , surnommé Y Agio- 
graphe ou VAgiopolite , moine et prê- 
tre de Jérusalem , vivait daus le lo". 
siècle. Banduii pense qu'il succéda à 
Tliéophylacte, patriarche deCouslan- 
tinople , en qdH , et qu'il occupa ce 
siège jusqu'en 96g. Il appuyé cette 
conjecture sur un passage de \His- 
ioire de Constantin Porphj' rogénèle ; 
mais on sait que le succes.-eur di-Thco- 
pliylacte se nommait Pulyeucte, et 
Biudnri ne démontre pas que ce soit 
le même personnage. On a plusieurs 
ouvrages d'Epipliane, tous écrits en 
langue grecque : I. Enarratio geogra- 
plùca SjrifT' , urbis sanctœ et sacro- 
rum ibi locorum : cttte dcscriptiou 
de la Syrie et de Jérusalem fut im- 



EPl ai5 

primée pour la première fois par Fré- 
déric Morel , dans son Expositio 
themutum Dominicorum et memo- 
rabilium quce Uierosolymis iunt, Pa- 
ris, i6ao, in-8 . Il se servit pour 
cette édition de la copie peu coi rectq 
d'un manu^c^it du Vatican, que lui 
avait procurée Jacques Sirmond. Elle 
a été reimprimée, avec la version la- 
tine de Frédéric Morel , dans les ^m- 
micla de Léon Allacci , Cologne ( Ams- 
terdam ) , 1 655 . in 8 . : les fautes qu^ 
déparaient le texte dans la premièi"^ 
édition, ont été corrigées dans c(lle-c| 
par le savant éditeur.; II. Vita sanctqf 
Deiparœ ; Fita S. Andreœ apqs- 
toli ; Tillemont s'est attaché à prouver 
que la plupart des 'ails rapportés danç 
la rie de St.-Jndré sont fabideui. 
Elle n'a point été imprimée, non plu» 
que la Fie de la Ste.-Fierge. W — ^ 
EPIPHANE , religieux capucin , 
né au commencement du 17'. siicle, 
à Moirans , près de St. - Claude eij 
Frauclie-Comté, fut envoyé daus les 
missions des Indes, où il se distingua 
par son zèle pour la propagation de 
la foi. On ignore l'époque de sa mort^ 
mais on sait qu'il vivait encore ej^ 
i685. Il a laissé manu>crits un grand 
nombre d'ouvrages de théologie et dp 
contioverse; une Explication litté- 
rale de l'Apocalypse ; la Clef du 
même livre; et les Annales lUitori- 
qnes de la mission des PP. capucins 
dans la Nouvelle- Andalousie ; An 
Memorice admirabilis omnium nef- 
cienliumexccdens captum, et beau- 
coup d'uutrcs ( F. le P. Bernard de 
Bol.'gne, diws sa Bibliothec a scripto* 
rum capuccinorum ). W — s. 

EPlSGUliUS (Simon) , dont le 
nom de famille était proprement Biss- 
cbop , né à Amsterdam, en i583, 
étudia à Levde la philosophie et y fii 
promu maî'rc-ès-arts sous Rodulph 
Suellius^ il y ût sa théologie sousdeu 



2i6 EPI 

liomraes devenus , à peu près à la 
même époque , de violents antago- 
nistes l'un de l'autre , Gomar et Anui- 
nius ; après quoi il se rendit , en 
1609, à Franekcr, pour s'y perfec- 
tionner sous Jean Drussius , dans les 
langues orientales. En 1612, Episco- 
pius fut nommé professeur do ibëologie 
à Leyde , et il honora cette chaire par 
ses leçons et par sa conduite, jusqu'à 
la tenue du fameux synode de Dor- 
drecht, en 161 8 et en 161 9. Par suite 
des décisions de ce synode , Episco- 
pius , qui s'e'tait fait connaître comme 
une des colonnes du parti des Armi- 
niens ( ou des Rcmontrans ) , que le 
synode foudroya de ses analhêraes, se 
vit , avec un grand nombre de ses 
partisans , forcé de s'expatrier. La 
science, la modération et la bonne foi, 
traits caractéristiques d'Episcopius , 
succombèrent sous les efforts de l'in- 
trigue et les coups de l'autorité la plus 
intolérante et la plus arbitraire. Déjà 
une précédente fois, la haine et la ca- 
lomnie avaient poursuivi Episcopius 
jusqu'en pays étranger : à l'occasion 
d'un ouvrage qu'il lit à Paris eu i (i i 5, 
on fit courir en Hollande le bruit, bien- 
tôt aulhcnliqueracnt démenti , de con- 
férences secrètes qu'il aurait eues avec 
le P. Cotton, dans l'intention de se li- 
guer avec ce savant jésuite contre la re- 
ligion réformée. Cependant un autre jé- 
suite, Pierre Wadding, espéra de tirer 
parti du mécontentement d'Episcopius 
banni, pour en faire un prosélite de 
marque, et il ne gagna à sa tentative 
que deux lettres , où ce théologien le 
combattit fortement , l'une sur la Kè^le 
de la Foi , l'autre sur le Cidle des 
Images. En 1621 , Episcopius fil un 
nouveau voyage en France; il fui très 
bif u accueilli à Paris , par l'illustre 
Grotius , alors ambassadeur de Suède, 
et y prêcha quelquefois à son hôtel. Le 
itadhoudcr Maurice étant mort en 



EPP 

1 6a5 , peu à peu la persécution con- 
tre les Reraontrans se ralentit eu Hol- 
lande. Episeopius y retourna l'année 
suivante. Après avoir fait à Amsterdam 
l'inauguration de l'oratoire des Remon- 
trants , il se chargea de la chaire de 
théologie dans leur séminaire, en 1 654- 
Il y mourut en i643. Etienne de 
Courcelles, son successeur, a recueilli 
ses œuvres, eu 2 vol. in -fol., Ams- 
terdam, i65oet i665. Elles roulent 
essentiellement sur les matières de 
la grâce , de la prédestination , du 
libre arbitre , éternelle pomme de 
discorde entre les théologiens de toutes 
les communions chrétiennes; on y dis- 
tingue la Confession de foi des Rc- 
montrans ; un grand nombre d'écrits 
polémiques en leur faveur; un Com- 
mentaire sur les chapitres Vu 1 , IX, 
X et XI de l'Epîlre aux Romains, etc. , 
toutes portent le cachet de l'érudition , 
delà sagacité, de cette recherche de 
la vérité dans la charité , tant recom- 
mandée par l'apôtre des gentils. 

M — ON. 

EPONINE. For. EPPONINE. 

EPPENDORF (Henri d'), gentil- 
homme allemand , né à Eppeudorf , 
bourg de Misnie , près de Fridberg , 
dans le 16*. siècle, quitta son pays 
dans le dessein d'acquérir des con- 
naissances. Il fréquenta les leçons de 
Zazius , célèbre professeur de droit, 
et demeura plusieurs années à Stras- 
bourg , où il suivit les cours de l'uni- 
versité. Il vint ensuite à Bàlc, où il 
eut avec Erasme une querelle qui fit 
beaucoup de bruit pariiii les littéra- 
teurs. Eppendorf l'accusait d'avoir 
écrit une letue couteiiant des choses 
qui lui étaient injurieuses, et il s'adressa 
aux magistrats pour obtenir une répa- 
ratitiu. Il demanda dans sa requête 
qu'Erasme désavouât la lettre qui fai- 
fait le sujet de sa plainte; qu'il fût tenu 
de lui dcdicr un livre; d'écrire en sa 



EPP 

faveur au duc de Saxe ; et en outre , 
cond.imué i ui;e amende de 5oo du- 
cats , dii piufit des pauvres. Erasme 
re'poddil qu'il ne connaissait point la 
letti c dont Eppendorf se plaignait , et 
qu'en cousequence i! n'aurait auiunc 
peine à la désavouer ; que si le duc de 
Saxe avait ëtc prévenu en quelque ma- 
nière contre lui, il s'engageait volon- 
tiers d'écrire à ce prince pour le dé- 
tromper; mais qu'il ne s'obligeait à 
dédier im livre à Eppendorf qu'autant 
qu'il serait assuré de son amitié , et 
que pour ce qui concernait la somme 
à payer aux pauvres, c'éLiit lui-même 
qui faisait ses aumônes , et qu'il n'en- 
tendait pas qu'on lui prescrivît rien à 
cet égard. Eppendorf insista. I^uis 
Bcsus et Henri Glareau furent choisis 
pour arbitres , et les parties tombèrent 
d'accord moyennant quelques légers 
sacrifices , auxquels Erasme consentit 
pour le bien de la paix. Leur réconci- 
liation apparente ne fut pas de longue 
durée. Eppendorf et Erasme s'accu- 
sèrent réciproquement de n'avoir pas 
tenu les conditions du traité. Eppen- 
dorf en écrivit au duc de Saxe , son 
protecteur; Erasme lui reprocha cette 
conduite dans une lettre qui fut im- 

frimée. Eppendorf lui répondit par 
ouvrage suivant : Ad D. Erasmi 
Koterodami libellum cui tiluhis : 
Adversus mendacium et obtrecta- 

TIONEM CTILIS ADMOSITIO , justa 

querela , Haguenau, i55i , in-8°. Ce 
petit écrit étant devenu fort rare , 
Christophe Sixius le fit réimprimer à 
la suite de l'ouvrage intitulé : De ffen- 
Tico Eppendorpio commentarius, cui 
aliquol epistolœ Henrici ducîs Saxo- 
nici, ErasmietEppendorpii2^jr/.oo-:(jt 
irisunt , Leipzig ,1745, «n-4°- Les cu- 
rieux y trouveront tous les renseigne- 
ments qu'ils pourront désirer sur la 
personne et les écrits d'Eppendorf. 
Ce savaut mourut vers 1 555; dans uu 



EPP 



2r 



âge peu avancé. Outre l'ouvrage cité 
plus haut , on a de lui des traductions 
allemandes, toutes fort rares : l.des 
apGpkthegmes de Plutarque , Stras- 
bourg; , 1 534 , in- fol. ; IL des Œuvres 
morales de Plutarque, ibid.^ i55t , 
in-fol. Eppendorf, dans la préface , 
réc'a e la plus grande partie de la 
version du même ouvrage , publiée 
sous le nom de Michel Herr, Stras- 
bourg, 1 555, in-fol. ;in. d'un Abrégé 
de l'Histoire romaine, extrait des 
meilleurs auteurs , Florus , Rufus , 
Eutrope, etc., i536, in-fol.; IV. de 
la Guerre des Turcs . i55o, in-fol. 
Cest une compilation de différents 
Opuscules latins , publiés dans le 1 6*. 
siècle ; V. de V Histoire naturelle de 
Pline, 1543, in-fol.; VL des Chro- 
niques suédoise et danoise , de 
Krautz, 1545 , in - fol. ; enfin , VII. 
d'un recueil contenant -.Pratique de la 
guerre par Jules César , comparée 
à celle des autres grands capitaineSy 
par François Floridus ; Y Expédition 
des Chrétiens dans la Terre-Sainte, 
par Jîen. Aretin ( Accolti ) , et/a Prise 
de Constaniinople , par Léonard , 
métropolitain de Mytilène , 1 554 ■> i"- 
fol. W— s. 

EPPONI.NE, ouEPONlNE, était 
la femme de ce Julius Sabinus, qui, 
ainsi que nous l'avons dit à l'article 
Civilis , se joignit à ceux qui entre- 
prirent de soustraire les Gaules à la 
domination des Romains. Sabinus 
commandait les Langrois , et marcha 
contre les Séquanais qui ne voulaient 
point participer à l'insurrection des 
autres peuples de la Gaule : il les atta- 
qua avec précipitation , et fut repoussé 
avec perte ; la terreur s'empara de son 
esprit , il abandonna son armée, s'en- 
fuit dans une de ses maisons de cam- 
pagne, y mit le feu , et se retira dans 
des voûtes souterraines qu'il avait fait 
construire pour y cacher, durant le 



2i8 EPP 

temps des troubles , son argent et ses 
tffeis les plus précieux. Sa retraite 
n'était connue qur de d( ux de ses af- 
franchis, sur la fîiiélitc desquels il pou- 
vait compter. Par leur moyen, il fit 
courir le bruit qu'il s'étail empoisonné, 
qu'il avait iucmdié sa maison , et que 
son corps avait éîé consumé par les 
flammes. A cite fatale nouvelle, Ep- 
poiiine s'abandonna au plus violent 
désespoir, et fui trois jours et trois 
xiuils sans pouvoir dormir ni prendre 
aucune nourriture. Sabinus, craignant 
qu'elle ne succondoàt à l'excès de sa 
douleur, h fit prévenir en secret par 
un de ses affranchis , qu'il vivait en- 
core ; mais il lui recommanda en même 
temps de feindre les mêmes regrets, et 
de continuer à porter le deuil. Eppo- 
nine renferma dans son cœur la joie 
qu'elle ressentit de ce bonheui- inat- 
tendu. Pendant la journce elle jouait 
en public le rôle d'une veuve désespé- 
rée, et le soir elle allait, à la dérobée, 
se renfermer dans le souterrain qu'ha- 
bitait son mari. Elle eut au bout de sept 
mois l'espoir de lui faire obtenir sa 
grâce. Elle lui coupa la barbe et les 
cheveux , et le déguisa de minière 
qu'elle pût le conduire à Rome saus 
qu'il fui reconnu ; mais les amis de Sa- 
binus , que probablement Epponine 
avait nii> dans la confidence, ne réus- 
^ircnt point daus leuis tentatives, et 
les deux époux se trouvèrent tr<ip heu- 
reux de; regagner en secret leur som- 
bre reliaite. Epponine continua tou- 
jours à prolonge! l'erreur publique, 
relativement à son mûri , et à le con- 
soler par son amour. Elle eut de lui 
deux jumeaux qu'elle allaita dans le 
souterrain où elle les avait enfantés. 
Enfin, au bout de neuf ans, le fatal 
secret fut découvert , et foule cette in- 
fortunée famille lutamenéedevantl'eni- 
j)creur Vespasicn. Sabnms ue jiouv.iit 
ricu alléguer pour sa défense. Los iui5 



EPP 

le condamnaient à mori pour crime dç 
révolte ouverte, et des circonstances 
particulières aggravaient encore ce c. i- 
me; il s'était fait proclamer César par 
son armée ; i! portait le nom de Jules, 
et se prétendait issu de Jules -César, 
parce que sa bisaïeule avait plu à ce 
conquérant , dans le t mps de la guerre 
des Gau:es , et qu'on avait parlé de 
leur adultère; ii avait fait abattre les 
colonnes et les tables d'airain qui rap- 
pelfiient l'alliance des Romains et des 
Liugrois. Eppotiine s'efforça de tou- 
cher le cœur de \ espasieu : « César, 
» dit-elle, en lui présentant ses deux 
» jumeaux, vois ces enfants, je les ai 
» conçus , je les ai nourris dans un 
» tombeau , afin que nous fussions 
» plusieurs à demander la grâce de 
» leur père. » Vespasien parut un 
instant ému; mais la raison d'état, la 
nécessité de faire un gr.uid exeipple , 
rerapoitèrent, et Sabinus fut condam- 
né à mort. Alors Epponine, cédant aux 
angoisses de son désespoir frénétique , 
se répandit en invectives et en menaces 
contre l'empereur : « Ordonnes aussi 
» ma mort, lui dit-elle, je ne survivrai 
»> point à m'u mari. Ensevelie depuis 
«long -temps dans l'obscurité d'un 
» soiilcrrain, j'ai vécu pins h- ureuse 
» que toi sur le trône et jouissant de 
» la lumière du soleil. » Elle périt 
ainsi que son époux , l'an ■jfcj de J.-C. 
Leurs deux enfants furent épargnés, 
l'un d'(ux servit en Egypte, et y fut 
tué dans un combat; Pjiitatque avait 
vu l'autre à Del^^hes; il se nommait 
Sabinus , comme son père , et c'est 
probalilement de lui qu'il ap|)rit l'Iiis- 
loire d'Epponine et de son mari. Ta- 
cite l'avait aussi racontée, ainsi qu'il 
nous l'apprend lui-même; mais mal- 
heureusement cette partie de son ad- 
mirable ouvrage ne nous est point 
parvenue. Cejleudaot le peu qu'il en 
dit (Um ce qui uous reste (de lui ^ sert 



EPP 

à reclifler le récit de Plutarquc, le seul 
ancien qui uous ait transmis les détails 
de ce louchant exemple de constance 
et de fidciité conjugale; mais quoi- 
qu'il les tînt, ainsi que nous venons 
de le dire , d'une source bien pure , 
son récit n'est point exempt d'obscu- 
rité ; il renferme même des inexacti- 
tudes manifestes. Piutarque enteiid.tit 
mal le latin , et se montre en général 
peu instruit ou négligent dans tout ce 
qui concerne !es Romains. Xiphiîin , 
dans son abrégé de Dion Cassius , a 
aussi raconté ce irait en peu de mots. Il 
se tr(unpe lorsqu'il avance que les deux 
enfduts de Sabinus furent mis à mort 
avec lui; il nomme son épouse P«/7o- 
nila, Piutarque l'appelle Emponina , 
et dit que ce mot signifie héroïque 
dans la langue des Gaulois. Tacite lui 
donne le nom d'Epponina, ou d'Epo- 
nina , et son autorité a été universelle- 
ment suivie. On est étonné qu'un sujet 
aussi éminemment tragique, aussi ri- 
che en situations fortes et (tatbétiques, 
n'ait été traité par aucun poète cé- 
lèbre. On a une tragédie de Sabinus , 
par PaNS<rat, bruxclks, lôgS ; une 
autre , intitulée : Sabinus et Eponine, 
par Riclier, Paris , Prauit, i -JÔD. Cha- 
banon a aussi composé une tragédie 
à' Eponine, qui fut reprcsentée en 
I '•j6i , et n'eut point de succès ( i ) ; 
il la convertit en un opéra intitulé : 
Sabinus, qui fut mis en musique 
pir Gossec, puis représenté et im- 
piimé eu 1775, chez Ballard , in - 8". 
On a aussi traité ce sujet en italien : 
Epponina , tragedia di Gitiseppe 
BartoLi, Turin, Mairesse, 1767; 
il y a un opéra italien intitulé Sabino, 
composé à Venise, gravé à Vienne , 
et dont les paroles sont sans nom d'au- 



( ' \ I» e^P«>»'l'«n da sujet ne «« r4i**U qu^aa 
troi>ièrae acte, ce qui fit ilire à un plauantsor- 
Xant à la Ba du teconil : « Jt m'en Tai» ,pauqu'iU 
k ne vealeat pu eosuneacer. • 



EPR ai9 

lein-. Dans le Recueil de l'Académie 
des inscriptio7is,\. vi, pag, 670, oa 
trouve un Mémoire de iSecousse, inti- 
tulé: Histoire de Julius Sabinus et 
dt Epponina, o\\ les faits rapportés par 
les différents auteurs anciens se trou- 
vent assez bien rassemblés, mais noa 
assez habilement discutés. W — r. 

ÉPRÉMÉNIL ; J.-J. Duval d), 
né à Pondicliéri en 174^, était (ils 
d'un membre «lisiingiié du conseil sou- 
verain de cette colunie, qui fut ensuite 
président de celui de Madras , pendant 
le peu de temps que c-tte place appar- 
tint aux Français(i). Le jeune d'E- 
préménil vint eu France en 1760 avec 
son père ; il y Ct ses études , et s'adon- 
na parliculièrementala jurisprudence: 
il devint d'abord avocat dn roi au châ- 
telet, acheta bientôt après une char- 
ge au parlement de Paris , où il déve- 
loppa de très beaux talents , mais se 
fit connaître surtout par des opinions 
qui ne contribuèrent pas peu au triom- 
phe des principes de la révolution» 
qu'il essava en vain de combattre 
lorsqu'il ne pouvait plus espérer de 
le faire avec succès. D'Epréménil avait 
reçu de la nature tout ce qu'il faut 
pour p'aireet pour attacher; une belle 
figure, un regard plein d'expression 
et de vivacité, un son de voix écla- 
tant , une éloquence fleurie, mais ce- 
pendant énergique , et remarquable 
par l'ordre , la précision de ses yé- 
riodes , et la sîireté de sa logique ; 
il faut ajouter à cela des vertus 
domestiques non contestées, qui jus- 
tifiaient la haute estime que méri- 
taient ses talents. Avec de pareils 

(1} Ce Tut cl"EprémeniI le père, gendre de Do- 

Ïileix . qui battit le nabab d'Arcate. qoi entreprît 
e T<>y.ige de Cbandernagor lurtqoe <> léte était 
mise a pris , poar mieux connaître les prîoc>pea 
de la religion des Indiens. Il monnii en 176^. On 
a deluirl .ju/ le cummerce liuSuni, I7'jî.in-i>; 
II. Corrtsporitlancr nu une qiiejtion politiqne 
d' Agricutfirt , t-iji , iu-i»; 111. Exnmen de la. 
Studité et de là Ciciti , in-ia; IV. Lettre « 
l'abtte Trublelturl'Uuloire, 1760 , in-ia. 



220 E P R 

moyens on est sûr de produire le plus 
grand cfFct. Une cause nie'raorable 
dans laquelle il triompha , sans ne'an- 
moins avoir pour lui l'assentiment 
d'une rigoureuse justice , comraeuça 
sa réputation. Le comte de Lally, com- 
mandant les troupes du roi dans l'In- 
de , venait d'être condamné à mort 
par le parlement de Paris , comme 
traître à sa patrie , et l'exe'culion de 
l'arrêt avait e'të pre'cédc'e d'une barba- 
rie révoltante ( V. Lally ). Ce trai- 
tement , qui avait pour but de forcer 
au silence le malheureux condamné, 
avait causé dans le public un effet dé- 
favorable à l'arrêt , et en général les 
liommes éclairés qui avaient suivi cette 
affaire étaient d'avis que le comte était 
mort victime d'une intrigue odieuse à 
laquelle le parlement n'avait pas su 
résister. Fort de cette opinion , le 
comte de Lally -ïollendal , (Ils du 
général décapité, entreprit de rclia- 
Ijiliter Ja mémoire de son malheureux 
père : il demanda la cassation de l'ar- 
rêt , et appuya sa requêle d'écrits éga- 
lement pleins d'éloquence et de sensi- 
bilité , qui commencèrent ainsi la bril- 
lante réputation que la conduite et les 
autres écrits de l'auteur ont si avanta- 
geusement soutenue jusqu'à ce jour. 
L'affaire fut renvoyée au parlement 
de Normandie; celui de Paris, qui 
avait le plus grand intérêt à faire 
échouer les efforts du jeune comte , 
chargea d'Epréménil de défendre la 
justice de la condamnation. Celui-ci 
avait à plaider à la fois et pour l'hon- 
neur de sa compagnie, et pour celui 
de Duval de Leyryt, son oncle, inten- 
dant de Pondichéri , dout il était hé- 
litier , cl l'un des accusateurs les plus 
acharnés de l'infortuné Lally. D'Epré- 
ménil se rendit à Rouen , parla en 
laveur de l'arrcl , et enleva les suf- 
frages. Le comte de Lally-Tollendal 
perdit sa cause. Cet événement donna 



EPR 

le plus grand lustre à la réputation 
de d'Epréménil ) mais ceux qui se pré- 
paraient devaient encore le mettre au- 
trement en évidence. Il avait, comme 
presque toute la jeunesse , adopté les 
idées nouvelles. Il ne désirait, sans 
doute , rien de semblable à ce que la 
révolution a fait connaître ; mais il vou- 
lait des réformes imraé.liates, sans avoir 
assez réfléchi que ces réformes , subi- 
tement opérées, étaient un appel à 
tous les bouleversements. D'Eprémé- 
nil était un défenseur enthousiaste des 
privilèges des parlements ; il voulait 
non seulement conserver les droits 
qu'ils avaient acquis , mais augmen- 
ter leur influence sur les destinées de 
l'état, de manière qu'ils en fussent 
les arbitres. Ami de l'indépendance 
et de la liberté publique, il s'en 
montra le partisan comme les autres 
réformateurs ; mais dans son opinion , 
les parlements seuls pouvaient en être 
la sauve-garde et l'appui. Ce serait 
donner une fausse idée de d'Eprémé- 
nil , si on le plaçait parmi les hommes 
prudents qui répugnaient à toute es- 
pèce de réforme : il ne se rangea dans 
cette classe à l'assemblée nationale 
constituante, que parce qu'on y sui- 
vait une marche éversive de son sys- 
tème de prédilection , et que d'ailleurs 
tout ce qu'on fesait conduisait à la des- 
truction de la monarchie et à la pros- 
cription de la maison régnante , à la- 
quelle , malgré ses violentes attaques 
contre les ministres du roi , il était 
sincèrement attaché. Ce fut sur la fin 
du ministère de Calonne et pendant 
celui de Brienne, archevêque de Tou- 
louse, qu'il savait aussi avoir l'inten- 
tion d'opérer dans l'étal de grandes ré- 
fiU'racs , mais qui devaient particuliè- 
rement porter sur les parlements , 
que d'Ej'réménil résista avec plus de 
véhémence aux volontés de la cour : 
ou lui altribue la provocation de l'ai' 



EPR 

rèlé parlementaire qui demanda au 
roi la convocation des e'tats-généraux. 
11 adhéra à cette demande, et la re- 
nouvela ; mais on ne doit pas lui en 
attribuer la proposition preraière(i ). Le 
ministre Brienne voulait absolument 
établir deux impôts , que le parlement 
repoussait de tous ses moyens : la sub- 
vention territoriale , que les privilégies 
devaient payer comme tous les autres 
contribuables , et une augmentation 
détaxe sur les papiers timbrés. La ré- 
sistance opiniâtre du parlement aux 
édits du roi, menaçait l'état des évé- 
nements les plus funestes. M. Sallier, 
ami de d'Epréménil, assure dans ses 
annales françaises que ce dernier 
n'oublia rien pour tout concilier. 11 se 
rendit chez le garde-des-sceaux La- 
moignon, et lui dit que si les minis- 
tres voulaient ençagcr le roi à con- 
voquer les etats-generaux pour une 
époque éloignée , et présenter un plan 
de finances pour le temps qui s'écou- 
lerait jusqu'à la réunion de cette as- 
semblée , ils pouvaient demander d'a- 
vance dos emprunts pour chacune de 
ces années, que le parlement les ac- 
corderait sans difficulté, et seconderait 
d'ailleurs de toute son influence les 
soins du gouvernement pour affermir 
et assurer la tranquillité publique. « Le 
» garde-des-sceaux , dit M. Sallier , 
j> parut frappé de la sagesse de ces 
T> propositions. Il donna de grands 
» éloges aux excellentes vues qui lui 
» étaient proposées. Il déclara sans 
» hésiter qu'il les adoptait sans ré- 
» serve. Il voulait , disait-il , y ré- 
» pondre d'une manière bonorable et 
» solennelle; et il ajouta que, pour 
» mettre le sceau à cette heureuse ré- 
» conciliation , l'édit serait porté au 



(') Voyez le» Annnlet franeaiiei ., par M. Gui- 
Marie Sallier, ancien conseiller au parlement, 
qui, dan» ce temps, aitisla a Walei Ul «l^Jibcra- 
tions i» .sa «om^gnic 



EPU 1X1 

» parlement par le roi lui-même, non 
j» plus avec l'appareil de la toute-puis- 
» sance et la foudre à la main, non 
» pas dans un lit de justice , mais dans 
» une séance privée, semblable à celles 
» où Henri IV venait chercher des 
» conseils avec tout l'abandon de la 
» conûance et de la loyauté. » Cepen- 
dant, suivant l'auteur que nous ci« 
tons, le garde-des-sceaux ne tint au- 
cune de ses promesses. Aussitôt que 
d'Epréménil se fut retiré, Laraoignon 
courut chez l'archevêque de Toulouse 
pour lui faire part de ce qui venait de 
se passer et rire avec lui de la sim- 
plicité du magistrat , qui leur accor- 
dait plus qu'ils n'auraient osé deman- 
der. Les ministres s'en tinrent donc à 
leur système d'imposition, et firent 
convoquer pour le a4 novembre i -^87 
une séance solennelle du parlement , 
dans laquelle les princes et les pairs 
du royaume furent invités à prendre 
place. Le roi s'y rendit avec ses mi- 
nistres , et ordonna que la délibération 
sur les deux édits eût lieu en sa pré- 
sence. Plusieurs magistrats se pronon- 
cèrent hautement contre l'adoption de 
ces lois, ent:e antres, Robert de St.- 
Vincent, mort depuis chez l'étranger 
{F. Robert de Saint-Vincext); mnis 
de tous ces orateurs , d'Epréménil fut 
celui dont l'éloquence persuasive, qui 
paraissait dictée par le véritable amour 
de la patrie, fit le plus d'elfet sur le 
roi. Il pressait sa majesté d'accorder 
à la France ses états-généraux et de 
retirer ses édits, et il parla avec tant 
de force et d'adresse, qu'on vit le mo- 
ment où le bon Louis XVI se laissait 
vaincre. Il résista cependant ; mais il 
avoua le lendemain à l'archevêque de 
Paris qu'il avait été sur le point d'a- 
bandonner les résolutions de son con- 
seil et d'accorder ce qu'on lui deman- 
dait. Le parlement, voyant l'inutilité 
de ses efforts, ne garda plus de mesure, 



^22 EPR 

«t d'Rpremenil n'y prit que trop de 
part. Instruit qu'on imprimai! Itse'dits 
créateurs de la cour plenière et des 
grands bailliages, il vint à bout de sé- 
duire à prix d'argent les imprimeurs, 
«t obtint d'eux Its épreuves de ces 
lois , les lut au parlement , toutes les 
chambres assemblées , sans faire mys- 
tère des moyens qu'il avait em- 
ployés pour se les procurer. Sachant 
qu'il allait être arxè'é, il se réfugia au 
parlement , qui était en permanence 
nuit et jour. La h tire de cachet portait 
l'ordre de s'emparer de sa personne 
au milieu du parlement même. Le 
marquis d'Agoust, chargé de cette im- 
portante arrestation, somma le prési- 
dent de lui indiquer son prisonnier ; 
il refusa. Ses inlerpellafions ayant été 
plusieurs fois réitérées , beaucoup de 
voix répondirent : « Arrêtez-nous tous, 
» car nous sommes tous M. d'Epré- 
» ménil. » Enfin , le marquis somma 
un officier de robe-courte de le lui 
faire connaître ; celui-ci répondit qu'il 
ne le voyait pas. Enfin d'Epréménil , 
ne voulant point con)pr()mctlre le gar- 
de , se livra lui-même avec beaucoup 
de sang froid, en protestant contre la 
violence qui lui et àf faite dans le tem- 
pie mêmedela justice. La scèneqiiieut 
lieu au parlement jusqu'à la remise du 
prisonnier dans les mains du marquis 
d'Agoust, dura vingl-(piatre heures. Il 
fut conduit dans l'ile de Ste.-Margue- 
rite, mais accompagné des vœux et 
des bénédictions du peuple, qui, peu 
<rann('es après, devait le Irailer d'une 
manière bien dideiente. Happclé à Pa- 
ris après le changement de système, 
il fut nonuné dcpnfé aux élals-géué- 
raux par la noblesse de la ville de Pa- 
ris, et montra, à défendre les prini ipes 
de l'ancienne monarchie , l'énergie 
qu'il avait manifesiéi dans ses attaques 
contre les nùuisircs avant la réunion 
de cci> fimcux états, dont il avait été 



EPR 

un des plus ardents provocateurs. Il 
invita !e ci mte de Lally-Tollendal , qui 
était devenu un de ses collégue> dans 
la chambre de la noblesse, à oublier 
leur rivalité et à réunir leurs communs 
efforts pour la défense de la monar- 
chie; mais la nuance qui se trouvait 
dans leurs opinions politiques ne leur 
pi rniit pas de s'entendre , et ces deux 
amis du roi ne purent pas suivre la 
même bannière. Avant la réunion des 
ordres , il prononça dans la chambre 
de la noblesse un discours dans lequel 
il compara la conduite du tiers-état à 
celle des communes d'Angleterre souS 
Charles l""". ; mais, après la réunion, 
on le vit rarement à la tribune. 11 y 
prononça peu de discours suivis. On 
l'apercevait seulement s'agitant à l'ex- 
trémité droite de la salle, où se pla- 
çaient ordinairement les plus zélés dé- 
fenseurs des anciens principes; et de 
là il lançait quelquefois, contre les dé- 
putés de l'extrémité gauche , des sar- 
casmes très piquants, qui excitaient 
souvent des rappels h l'ordre du parti 
populaire et les huées des tribunes 
publiques. Il en voulait surtout à Mi- 
rabeau , et ses amis ])ensaient qu'il 
était digne de se mesurer avec lui; 
mais, sur d'être improuvé toutes les 
fois qu'il prendrait la parole , et ne 
pouvant résister lui même à la vé- 
hémence de son caractère, il n'osa 
jamais engager sérieusement une pa- 
reille lutte, il combattit honorablement 
tous les décrets qui tendaient à avilir 
l'autorité loyale, uu à eompromeltre 
ses salutaires prérogatives, et particu- 
lièrement celui qui déterminait impru- 
denimenl les riicunstances dans les- 
quelles le monarque pourrait être dé- 
chu du trône ( voy. Thovret ). Il dé- 
fendit les parlements de Bretagne et 
de Languedoc , pniirsiiiv is par l'assem- 
blée pour désobeiNsance à s< s décrets. 
11 uc uaignit pas alors d'enU'er «h 



Et>R 

plianip clos çl do ÏMre valoir Tons sps 
tno-, eus. Quoiqu'il fût sùrdo succom- 
ber, il crut devoir ctt hotnmige à la 
mémoire de ces grands corps, qu'il 
Croyait les p'ns solides appuis du pou- 
voir mouarchiqite , et pour tes intérêts 
desquels il avait bravé l'antorilé du 
roi iui-rnêmt. En 17H7, <l'Eproniénil 
s'était acqui> la réputation d'un dcraa- 
gog le ; le peuple l'avaix iiorté en 
IrioTiphe; ^n i7<jo , on l'entenlit de- 
raaoder que l'assemblée se rendît en 
corps auprès du roi , et le suppliât de 
rentrer d ns la plénitude de sa puis- 
sance , telle qu'elle existait sous ses 
prédécesseurs; et en 1791, il sortit 
de l'assemblée , après avoir protesté , 
comme un ciand nombre de ses collé- 
gnes , contre tout ec qu'elle avait f lit 
depuis la réunion des otdies. D'Epré- 
métiil, qui s'accisait d'avoir été un 
des premiers provocateui-s de la ré- 
volution , crut son hnnueur intéressé 
à en braver tous les événements. 11 
re-ita à Paris jusqu'au 10 a ùi 179^, 
et eut 1» liardiesse, ou plutôt l'impru- 
dence, d'aller, quelques jours avant la 
catastrophe, alTroiitcr les groupes de 
furieux qui se préparaient à i'atfaque 
du châterfu des Tuileries. Il fut recon- 
nu , et frappé de plusieurs coups de 
sabre. La populace voulait le mettre 
en pièces , un garde national l'arrarhs 
des mains de ses assassin^, le maire 
Pétion le prit sous sa protection et 
ie fit porter tout sanglant dans uu lieu 
de »ûie'é, où il reçut de lui ces paroles: 
a Comme vous, Monsieur, je fus l'i- 
» diile du peuple. » Après le 1 o août , 
il se relira dans une terre qu'il avait 
près du Havre, crovant qu'il y serait 
oublié ; mais les odieux agents de la 
révolulinn, qui clierchaient des victi- 
mes partout, surent 'e découvrir dans 
son asyle, et le conduisirent en qua- 
litéde suspect dans la prison du Luxem- 
bourg , oîi l'a vu le rédacteur de cet 



E P R !ia5 

article. Il y avait conserve' une séré- 
nité d'ame parfaite et même des ma- 
nières gaies , qui d'ailleurs étaient com- 
munes à tous les pro>ciitsde ce temps- 
là. D'Epréménil était nn borarac trop 
remarquable pour être long-trmpscou- 
sidéré comme simple suspect. 1 fut 
benlot transféré h la Cond<Tgeiie et 
livre au tribunal révolutionnaire, qui 
le condamna à mort le ^ 3 ar: il 1794» 
le même jour que Chai»tl;er, son col- 
lègue 1 l'assemblée constituante , mais 
qui y avait soutenu nn tout autre 
système. On les conduisit au sup- 
plice sur la même fliarrclte. Un 
moment avant de partir, il s'établit 
entre eux une cuirte conversation. 
« Monsieur, dit Chapelier, on nous 
» donne dans nos derniers momi nt» 
w un terrible problème à ré^-oudre. — 
» Que! problème ? répondit d'Kprémé- 
» nil. — C'est de sivoir, quand nous 
» serons sur ia charrette, auquel des 
» deux s'adresseront les huées. — A 
» tous Us deux, reprit d'Kpréménil. » 
Avant de mourir, il crovait avoir mé- 
rité toutes l 'S humiliations. Il disait que 
si Louis XVI r.ûi fût pendre, il lui 
eût rendu justice. D'Epréniénil fut un 
des frondeurs les plus déterminés de 
la cour et même un de ceux qui ne 
ménageaient pas la reine , et il crovait 
en cela agir pour le bien ; ubiic. La prin- 
cesse, qui savoitce qu'il di>ait d'elle, 
répondit un jour à sa marchande de 
modes qui 'ni présenfaif une coiffure 
nouvelle : « Je la prendrais volontiers, 
» mais il faudra!' aupiravan' m'obie- 
» nir de M. d'Epréméiiil l'agrément 
» de la porter. •> D'Epréménil était un 
des zélés partisans du magiiéti%nie. Il 
fut un homme de bien , qui eut le mal- 
heur de se tromper dans celui qu'il 
voulut fairCj mais dont les inten- 
tions mériteront toujours des élo- 
ges. On lui attribue les Remontran~ 
ces publiées par le parlement am 



2^4 EQU 

mois de janvier 1 788 , et il est raiiteur 
de deux écrits intitules : Nullité et 
despotisme de l'assemblée nationale^ 
et De l'Etat actuel de la France , 
3 790 , et d'un Discours dans la eau 
se des magistrats qui composaient 
ci-devant la chambre des vacations 
tlu parlement de Bretagne, 1790, 
i/i-8'. B— u. 

EQUÎCOLA ( Mario ) , historien 
et philosophe italien , naquit vers 
1 460 à Àlveto , village du pays 
qu'on nomme gli EquicoU , d'où il 
prit lui-même son. nom. Il fit ses 
études dans l'université' de Naples, y 
fut reçu doclear en droit , et fut en- 
suite attache' à différents princes, en- 
Ire autres , au duc de Ferrare, Al- 
phonse I"''. selon les uns , et selon 
u antres Hercule Y^ . j ceux-ci pen- 
sent qu'EquicoIa était à la cour de 
Ferrare en i49o quand Isabelle 
d'Esle épousa François de Gonzague, 
marquis de Mantouc , et qu'il la sui- 
vit dans sa nouvelle principauté. Le 
Eandello parle de lui dans une de 
ses Nouvelles ( partie I'"^''. , Nou- 
velle 5o ), comme d'un homme d'un 
commerce très doux, plaisant, facé- 
tieux , beau parleur , et qui ne lais- 
sait jamais manquer de bons mots les 
sociétés où il était reçu ; mais il rap- 
porte un de ces bons mots qui est 
plus sale que plaisant. Equicola com- 
posa dans celte cour son meilh ur ou- 
vrage, intitulé: i Comentarj délia 
Jstoria di Mantova, qu'il y publia 
en « 5u I . Bcnedcllo Osanna en donna 
en 1608 une édition corrigée. Le style 
de cette histoire manque de force et 
d'élégance ; mais l'auteur , qui prit la 
peine de se bien instruire des fûts, eut 
le mérite de réfuter le premier les er- 
reurs et les fables dont les précédents 
historiens de Maiitoue et même Pla- 
tiua étaient remplis. ]l fit en i53.'. 
un voyage ou France à la suite de la 



EQU 

princesse Isabelle , et il a laissé um 
desciipiioH de ce voyage. Cet opus 
cule est très rare. Il porte pour pre 
mier titre: Marias Equicola Ferdi 
nando Gonzagœ Fran. march. Man 
\uœIIII,fdio. S.D.P. , et^ quelques li 
gnes après, pour second titre : D. Isa 
belles Estensis Mantuœ principis ite, 
per Narbonensem Galliam, per Ma 
rium Equicolam. Il est sans nom d< 
heu et sans date. U écrivit aussi um 
Apologie contre les médisants de I; 
nation française; elle a été traduit( 
en français par Michel Rete , Paris 
i55o, in-S". Tafuri, dans ses écri- 
vains du royaume de Naples , tomt 
III, part. I, attribue à Equicola un 
grand nombre d'autres ouvrages ; le; 
deux plus connus sont ses Istituziom 
al comporre in ogni sorte di rima , 
imprimées après sa mort en i54i, 
et son livre intitulé Délia natura 
d'Amore , qu'il publia lui - même eu 
iSîD. Il l'avait écrit en latin dans 
sa jeunesse, et le traduisit ensuite 
lui-même en italien. II a été mis en 
français par Gabr. Chappuis, Paris, 
i554 , in 8'.; Lyon, 1598, in-12. 
Cet ouvrage est divisé en six livres ; 
l'auteur y traite doctement et métho- 
diquement toutes les questions de la 
phiiosophie d'amour, qui était alors 
fort à la mode. Le premier livre ei.t 
assez curieux; il contient des notices 
sur tous les auteurs qui avaient écrit 
avant Equicola sur le même sujet, 
soit en vers, soit on prose, Guiltou 
d'Arezzo, Guido Cavalcanti, Dante, 
Pétrarque, Boccace , et avant lui le 
poète français Jean de Menu , auteur 
du roman de la Hose. La notice donne 
une idée du plan et du contenu de ce 
ron)au célèbre. Jean de Mcun y est 
be.iucoup loué; mais le bon Equicola 
regrette qu'un si noble auteur se soit 
déshonoié lui-même en déchirant, 
comme il le fait, les dames, et eu lau- 



ERA 

çaot contre elles des traits mordants. 
Ij€ Toppi, dans sa Bibliothèque napo- 
litaine , attribue à Equicola une es- 
pèce d'histoire des religions an- 
tiennes et de la religion catholique, 
écrite en latin sous ce titre : Libellas 
in qiio tractatur unde antiquorum 
latria et vera catholica religio in- 
crementum sumpscrunt , cum epis- 
told Anselmi Stocklii equilis à quo è 
tenebris erutus , castigatus et pro- 
mulgatus est, Munich , i585, in- 
4°. Nous n'avons trouve' l'indication 
de cet ouvrasrc dans aucun des autres 

o 

auteurs italiens que nous avons pu 
consulter sur Maiio Equicoia. G — É. 
ERAGLIUS, peintre romain du 
io% ou du 1 1". siècle, me'ritc d'être 
connu, à cause d'un ouvrage, partie 
en vers , partie en prose , intitulé De 
artibus romanorum, oii il traite de 
différents arts, et notamment de la 
peinture. La rareté des exemplaires 
manuscrits de cet ouvrage est sans 
doute la cause de l'oubli où Eraclius 
est demeuré pendant long-temps. Ni 
Fabricius, ni Saxius, n'ont fait mention 
de lui. Les autenrs du Catalogue des 
Manuscrits de la Bibliothèque royale 
de France, ayant donné, en i744> 
le titre de son traité, d'après l'exem- 
plaire conservé dans notre bibliothè- 
que , cette publication appela l'atten- 
tion des savants. Le Traité De arti- 
bus romanorum. , a été imprimé pour 
la première fois à Londres, en 1781, 
dans l'ouvrage de M. Uaspe , intitulé : 
A critical Essai on oil Painting , 
d'après un manuscrit moius coin- 

flet que le nôtre. Eraclius traite de 
I art de sculpter le verre , de l'art de 
I peindre les vases d'argile avec des ver- 
res de couleur piles , et employés 
j comme matière colorante ; de la pré- 
1 paralion des laques pour la peinture à 
I la détrempe , etc. Il parle de la pein- 
ture à l'huile : de omnibus colçribus 

XHI. 



ERA ai5 

o7<?o disiemperatis. Il traite aussi de 
la peinture sur verre , dans un chapitre 
intitulé : Quomodo pingere debes in 
vitro , qui ne se trouve point dans l'é- 
dition de M. Raspe. Ces deux circons- 
tances doivent inspirer le désir de sa- 
voir à quelle époque il vivait. Cest , 
dit - il lui - même , dans un temps ou 
Rome était livrée à de honteux dé- 
sordres , où les bonnes études , les 
arts et les mœurs y étaient tombés 
dans un égal mépris. G* tableau ne 
peut se rapporter aux pontificats d'A- 
drien 1". , de Léon III , de Pascal L "■, , 
de Léon IV, d'Adrien III , qui fon- 
dèrent et embellirent, par tous les 
moyens que pouvait offrir leur siècle, 
tant de riches monuments , et il con- 
vient parfaitement aux temps de Jcaa 
XI, de Jean XI II , de Jean XlX , de 
Benoît IX. On peut croire d'après cela 
qu'Eraclius vivait à la fiu du lo". siè- 
cle , ou vers le commencement du i x*". 
Sa latinité barbare en est aussi une 
preuve. La peinture sur verre ne pa- 
raît pas remonter au-delà du règne de 
Charles-le-Chauve. Quant à la peinture 
à l'huile , Eraclius n'en parle qu'en 
traitaut^de la manière de peindre des 
colonnes ou des murs , à l'imitation du 
marbre.Son témoignage, s'ilétaitisolé, 
serait par conséquent de peu de valeur, 
eu ce qui concerne l'art de peindre 
des figures- Celui de Théophile, qui 
vivait dans le même temps , le cor- 
robore; mais sans diminuer le mérite 
de Jean de Bruges. ( F'or. Théophile 
et Jean van Eyck.. ) E — c D-d. 

ERARD (Claude) , avocat , mort 
en 1700, fut un des ornements du 
barreau de Paris au i7\ siècle. Ses 
plaidoyers furent publiés d'abord ea 
1696 in-8^., et réimprimés avec des 
augmentations, Paris, 1754, in-8°. 
Le plus célèbre de ses Mémoires est 
celui qu'il fit pour le duc de M.izarin , 
contre Horteusc Mancini , sa femme , 

i5 



ai$ ERA 

qui l'avait quitté pour se retirer en An- 
gleterre. Z. 

EKARIC , roi des Ostrogolhs , était 
le chef des Rugiens , peuple qui avait 
accompagné Théodoric eu Italie j il fut 
élevé par eux sur le trône en 54 1 , 
après la mort d'Ildebald , son prédé- 
cesseur , assassiné dans un repas. A 
cette époque , la monarchie des Ostro- 
golhs était ébranlée par les conquêtes 
de Bélisaire. Elle ne comprenait plus 
que les provinces situées sur la rive 
gauche du P6. Eraric, ne se sentant 
point assuré de l'amour ou de la con- 
sidération de ses sujets , entra en traité 
avec Justinien, pour lui livrer le reste 
de ses provinces; il demandait la di- 
gnité de patrice et une somme d'ar- 
gent; mais avant que sa négociation 
fut terminée il fut tué par les Goths , 
et Totila , gouverneur de Trévise, fils 
d'un frère d'Ildebald , lui fut donné 
pour successeur. S. S — i. 

ERASISTRATE , célèbre médecin 
grec, naquit à Julis , dans l'île de 
Céos , et non dans celle de Cos, comme 
le prétend à tort Etienne de Byzance, 
qui , trompé par la ressemblance des 
noms , a évidemment confondu ces 
deux îles. Pline nous apprend que la 
ïoère d'Erasistrate était fille d'Aristote. 
Après avoir pris les leçons de Chry- 
sippe de Cnidc, de Mélrodore et de 
Théophraste , Erasistrate vécut quel- 
que temps à la cour de Séleucus Ni- 
rauor, roi de Syrie, auprès duquel 
il parvint à la ])lus haute faveur par 
une cure extraordinaire , dont plu- 
sieurs auteurs nous ont conservé les 
détails. Slratonice, seconde femme de 
Séleucns , était épcrduement aimée 
d'Antiochus, son beau-fils. Ce jeune 
prince , ne voulant confier sa passion 
à qui que ce soit , perd la santé et finit 

§ar tomber dans un état de langueur 
éplorabic , dont on ne peut décou- 
vrir la cause. Plusieurs médecins sont 



ERA 

appelés : Erasistrate fut le seul quf , 
observant avec soin le développement 
des symptômes de la maladie , remar- 
qua que toutes les fois que Slratonice 
entrait dans la chambre d'Antiochus , 
ce prince éprouvait un trouble ex- 
traordinaire, caractéiisé par la rougeur 
du visage, l'expression plus animée 
des yeux , une légère moiteur à la peau, 
le tremblement des membres, et de 
violentes palpitations de cœur ; qu'en 
outre, ce trouble ne se manifestait à 
la vue d'aucune autre femme, et qu'il 
se calmait peu à peu après que la prin- 
cesse s'était retirée. Erasisti aie ne dou- 
tant plus de la passion secrète d'An- 
tiochus pour sa belle-mère, songea à 
en instruire le roi; mais, comme il 
avait à cœur de rendre la santé à son 
malade, il crut devoir user de stra- 
tagème dans une circonstance aussi dé- 
licate. Il déclara donc à Séleucus que 
la maladie d'Antiochus était incurable, 
parce que ce jeune prince avait une 
passion violente pour une femme qu'il 
ne pouvait jamais posséder. « Quelle 
» est donc celte femme , dit le roi 
» étonné? — - La mienne , répondit le 
» médecin. » Séleucus le ])r(\ssant 
alors d'en faire le sacrifice poiir sauver 
la vie à son fils, Erasistrate demanda 
au roi s'il céderait Stratonicc au jeune 
prince dans le cas où ce dernier eu 
serait amoureux; et, sur la réponse 
alfirmativc du roi, Erasistrate ne lui 
cacha plus que c'était l'unique moyen 
d'arracher Antiochus des bras de la 
mort. AussitAt, Séleucus déclara sou 
fils roi des provinces de la Haute-Asie, 
et lui donna Slratonice en mariage ^ 
quoiqu'il en eût déjà un enf;uit. Le 
prince guérit, et cette cure brillante 
valut au'médecin de magnifiques ré- 
compenses. Ce trait de sagacité d'E- 
rasistrate a plusieurs fois exercé l'art 
de la jjeinture. Il j)araît que, dans sa 
vieillesse, Erasistrate reuunça à la pra- 



ÈRA 

îique de la médecine, el vécut à Alexan- 
drie dans l'indépendance, afin decon 
sacrer entièrement ses loisirs aux spé- 
culations théoriques , et surtout à l'é- 



E R A aa7 

trouve dans les auteurs anciens au- 
cun indice qui prouve qu'Erasistrate 
ait satisfait une aussi barlure curio* 
site. Cetse est le seul qui adresse ce 



tude de l'anatoraic. Pierre Castellan reproche aux médecins de ta secte 
raconte , on ne sait trop sur quelle au- dogmatique , qu'Erasistrate suivait en 
torité, qu'Erasistrate étant avancé en partie ; mais il est probable que le» 
âge el attaqué d'un ulcère incurable opinions d«' cette secte furent exage'- 
qui l'avait jeté dans le marasme, s'cm- réis ou dénaturées par les empiri- 
poisonna avec le suc de ciguë. 11 fut ques , leurs antagonistes déclarés. Si 
inhumé auprès du mont Mycale , vis- Êrasislrateeûl réellement disséquédes 
à-vis de Samos; ce qui a fait croire hommes tout vifs, serait-il tombé dans 
à l'empereur Julien qu'Erasbitrate l'erreur de croire que les veines seules 
avait pris naissance dans cette ville, contenaient le sang , et que les artères 
Son savoir et sa probité lui acquirent étaient destinées au passage de l'esprit 
tant d'amis et de seclateui s, qu'il fut ou de l'air, qu'elles recevaient de» 
généralement regardé comme le pre- poumons au moyen de la respiration? 
raier anatomislc et le plus grand théo- N'eûl-il pas été conduit diiectemcnt à 
ricien de son temps. Il s'était exercé la découverte de la circulation har- 
sur un grand nombre de sujets, tels ve'ienne? Il avait une extrême vé- 
queranatoiaic, l'hvgiène, les lièvres, néralion pour Ilippocrate, et, lors- 
les plaies , les causes des maladies, qu'il lui arrivait de s'écarter des 
leiu" traitement , les médicaments et opinions de ce grand homme , il 
les poisons; il avait, en outre, écrit n'en prononçait jamais le nom, mais 
im livre indiqué par Athénée sous ce se contentait de réfuter les plus zé- 
titie : riîo'iTr,; xar' ÔAovTrpayfiarïiaç. lés de ses partisans. La pathologie 
Il est fâcheux qu'aucun de ces ouvra- lui doit aussi plusieurs théories qui 
ges ne nous soit parvenu. II en résulte ont eu beaucoup de vogue , même 
qu'on ne peut guère juger de la doc- dans les temps modernes. Quant à sa 
Irine d'Erasistrate , que d'après les pratique, elle diflerait singulièrement 
fragments que Galieu cl Caelius Aure- de celle de ses prédécesseurs : ainsi il 
!ianu-i nous ont conservés. Ses travaux rejetait les purgatifs , les médicaments 
en anatomic éclairèrent beaucoup cette comp'iqués, les antidotes et les abus 
partie de la scieqpe , qui était encore de la saignée; mais il recommandait 
très obscure à l'époque où il vivait. rapp:ication des préceptes de l'hygiène 
L'avantage dont il jouit le premier , de et l'usage des moyens simples que 
disséquer des cadavres humains, le fournit la diététique : par exemple, il 
conduisit à plusieurs découvertes : il combattait la pléthore par l'abstinen- 
donna, entre autres, une description ce, l'exercice et les aliments tirés 
du cerveau et des nerfs beaucoup plus du règne végétal. Il était surtout !'cn- 
exacte que celle de ses prédécesseurs : nemi déclaré des médecins orapiri- 
il combattit avec force l'opinion de ques, qui traitaient 1rs maladies sans 
Platon sur le préîcndu passage des avoir égard à leurs causes. Il fut le 
boissons dans la trachée-arière. Mais chef d'une école lung-temps célèbre, 
c'est à tort qu'on Ta accusé d'avoir qui fleurit principalement à .Sniyrne, 
porté l'instnunent nnatoinique sur le el dont les nombreux disciples , sous 
corps des criminels vivants : ou ne le nom à^Erasiitrateens , se succ«- 



j:».. 



228 E 11 A 

dèrent jusqu'au temps de Galien , 
c'est-à-dire, pendant plus de quatre 
cents ans. R — d — n. 

ERASME (Didier) , naquit à Rot- 
terdam, le 28 octobre, 1467, du 
commerce illëgitirne d'un bourgeois de 
Gouda , nomme' Ge'rardj et de Mar- 
guerite, fille d'un me'decin de Se'vem- 
berghe, eniîrabant, nomme Pierre. 
Son père , persécute par sa famille , à 
raison de cet aMachcment, s'était ré- 
fugie' à Rome, où, sur la fausse nou- 
Telle de la mort de celle qu'il aimait, 
il s'engagea dans les ordres sacre's. De 
retour dans sa patrie, s'il ne put re'- 
parer sa faute par une union le'gitime , 
il consacra les dernières années de sa 
■vieàl'e'ducationde seseiiflmts. Erasme 
(car c'est le nom que prit depuis le 
jeune Ge'rard, comme ayant en grec 
à peu près le même sens que Ge'rard 
dans sa langue ) , Erasme fut place' de 
bonne heure en qualité' d'enfant de 
chœur dans la cathe'drale d'Utrccht, 
où il resta jusqu'à l'âge de neuf ans. 
De là, il passa dans l'ecolc de De'vcn- 
ter, alors très florissante, où ses pro- 
grès furent assez rapides , pour faire 
augurer à ses maîtres qu'il serait un 
jour la lumière de son siècle. Il avait 
quatorze ans lorsque la peste lui enleva 
sa mère, à laquelle son père ne survé- 
cut pas long-temps. A dix - sept ans , 
il fut force' par ses tuteurs , qui avaient 
dissipe son bien , à prendre l'habit de 
chanoine rc'gulicr , dans le monastère 
de Stein , près de Gouda. L'état mo- 
nastique e'tait peu convenable à l'indé- 
pendance de son caractère et à la fai- 
blesse de son tempérament; cependant 
il aurait surmonté ses dégoûts s'il avait 
pu y satisfaire sa passion pour l'étude. 
11 y composa néanmoins quelques ou- 
vrages, et charma ses ennuis par la 
culture des arts. On voyait autrefois à 
Delft un crucifix , peint par lui , avec 
cctlc iusccipliou : « Ne méprisez pas 



ËRA 

» ce tableau , Erasme Ta peint lors» 
» qu'il était dans sa retraite de Stciu.» 
Un heureux événement vint mettre un 
terme à sa captivité. Sur la réputation 
de ses talents , fienri de Bcrgue, évè- 
que de Cambrai, l'appela auprès de 
lui , pour le mener à Rome. Le voyage 
manqua , mais Erasme , au lieu de re- 
tourner dans son couvent, obtint de ce 
prélat la permission d'aller se perfec- 
tionner à Paris. On lui avait obtenu 
une bourse au collège de Montaigu; il 
y fut si mal logé et si mal nourri , que 
son tempérament en demeura altéré le 
reste de sa vie. Sa ressource fut de 
donner des leçons particulières j ii 
siu'vcilla les études d'un jeuiu; gentil- 
homme anglais , nommé Montjoye , 
qui de son élève devint son Mécène. 
]1 en trouva bientôt un autre dans une 
dame généreuse , nommée Anne de 
Borsselen , marquise de Veere , dont 
les bienfaits le mirent en état de fairo 
divers voyages. Attiré par milord 
Montjoye en Angleterre, il se lia avec 
les premiers savants du pays , et s'y 
fit des amis distingués, qui lui don- 
nèrent l'espoir d'un établissement 
avantageux ; mais ces promesses ne 
s'étaut pas réalisées, il passa en Italie, 
où il désirait aller depuis long-temps. 
11 séjourna près d'un an à Bologne, y 
j)rit , en i5o6, le bonnet de docteur 
en théologie, et s'y prouva lorsque le 
pape Jules 11 y fit son entrée. Ce fut 
dans cette ville que , pMS pour chirur- 
gien des pestiférés , à cause du scapu- 
laire blanc qu'il avait conservé, il fut 
poursuivi à coups de pierres, et cou- 
rut risque de la vie. A cette occasion , 
ii écrivit à Lambert Bruni , secré- 
taire de Jules II, pour demander la 
dispense de ses vœux, qu'il obtint. 
De Bologne, il alla à Venise, où il 
demeura chez le C(-lèbre Aide Manuce , 
qui imprimait alors ses ouvrages, e{ 
cuire autres SCS Jda^cs. De là, il se rep- 



ERA 

ait à Padouc , pour y diriger les études 
<rAl(xandrc, archevêque de Sf.-Aiidre' 
et (ils naturel de Jacques IV, roi d'E- 
cosse. Depuis long - temps il brûlait 
d'envie de voir Rouie , où sa réputa- 
tion l'avait devancé ; il proGla , pour 
satisfaire ce désir, d'un voyage que 
son pupille fit à Sienne, et fut accueilli 
de la manière la plus distinguée , par 
le pape, les cardinaux , et entre autres 
par Jean de Médicis, qui fut depuis 
pape , sous le nom de Léou X. On lui 
fil les propositions les plus flatteuses ; 
ou lui offrit même la place de péniten- 
cier , dont les revenus étaient considé- 
rables , on la lui présentant comme un 
degré seulement pour parvenir à la 
plus haute élévation ; mais il avait pris 
des engagements avec ses amis d'An- 
gleterre, qui lui faisaient esjKfrcr les 
plus grands avantages , surtout depuis 
l'avcncmeul d'Henri Yill , avec lequel 
il avait contracté une étroite liaison , 
lorsque ce monarque n'était encore que 
prince de Galles. En conséquence , 
lorsque l'archevêque de St.-André eut 
quitlé l'Italie, Erasme en sortit aussi, 
et lit, en iSog, le voyage d'Angle- 
terre. Thomas Morus, depuis grand 
chancelier, lui donna un appartement 
dans sa maison. Il avait fait counais- 
î^ance avec lui, lors de son premier 
séjour à Londres, a Erasme , disent 
» des auteurs dont l'autorité n'est pas 
» d'uu très grand poids ( Vanini et 
» Garasse ), s'étant présenté à lui sans 
» se nommer, Morus fut tellement 
» charmé de sa conversation , qu'il 
* s'écria : Ou vous êtes un démon 
» ou vous êtes Erasme. ? » Ce fut là 
qu'il composa , en huit jours de temps, 
sou Elo^e de la folie. .\près un 
voyagea Paris, eu i5io, il retourna 
encore en Angleterre , enseigna publi- 
quement dans les universités d'Oxford 
et de Cambridge ; mais les ressources 
qu'il y trouvait étant loin de répondre 



ERA 23g 

aux espérances qu'on lui avait don- 
nées, parce que la guerrea vec la France 
et l'Ecosse mettait obstacle à la libé- 
ralité de ses Mécènes , et qu'Erasme 
n'était ni avide ni importun, il «quit- 
ta le pays, nou pour toujours, car 
il y fit depuis plusieurs autres petits 
voyages, et ne cessa de parler avec 
reconnaissance de l'accueil qu'il y 
avait nçu , et avec attendrissement 
des bienfaiteurs et des amis qu'il y 
avait laissés. Au sortir d'Angleterre, 
il se rendit à Bruxelles, où il fit sa 
cour au chancelier Sauvage, qui s'était 
déclaré son protecteur. Sa vie ne fut 
qu'une suite de courses continuelles 
jusqu'en i52i , qu'il alla se fixer à 
Bâle , afin d'être plus à portée de sur- 
veiller l'impression de ses ouvrages , 
qui se faisait chez Froben, son ami. 
Ce fut là qu'il publia , en i5i6, sa 
preraièie édition du Nouveau- Tes- 
tament , qui paraissait pour la pre- 
mière fois en grec (1 ^. Léon X venait 
d'être placé sur le saint siège; Erasme, 
qui l'avait connu cardinal, lui écrivit 
pour le féliciter sur son exaltation, et 
pour lui demander la permission de 
lui dédier cet ouvrage. Ce pape , non- 
seulement la lui accorda , mais ap- 
prouva même la 2'. édition , publiée 
en 1 5 18 , quoique la nouvelle version 
latine qui l'accompagnait eût été atta- 
quée par plusieurs docteurs catholi- 
ques (2}. Les successeurs de Léon X 
ne lui témoignèrent pas moins d'es- 
time. Adrien VI , qui avait été son 
maître de théologie , et qui depuis 
avajt voulu lui faire donner une chaire 
à Louvain, reçut ses lettres de félicita- 
tiou avec politesse , lui fit une réponse 



(i\ Le XonTfau-TejUmrnt Rrec d« la Polrglota 
d*Alc;)la élait imprimé dès 15141 niaù il me fut 
puMié qu'en lâîi. 

'^^ On trouTe daa> les jtmtrnilatei Lilttr. ds 
Schelhom . une pièce curieuse <ur cette seconde 
idilinn, dont les notes renfermeat , contre 'le< 
moines et les thëoloçiens , dca d^laïutioiu qui 
«eiabUat bien dépUccet. 



23o E R A 

oblij!;eante, lui adressa des brefs , et le 
pressa de venir à Rome pour y com- 
battre Its enuerais de l'Edise , en 
lui offrant une exi.steuce hunorab'c ; 
Clament Ville traita avec la même dis- 
tinction. Les travaux d'Erasme avaient 
été long-ti'mps sans récompense , lors- 
que Charles d'Autriche, souverain des 
Pays-Ras, depuis empereur sous le nom 
lie Charles-Quint, et dont il avait été 
sur le point d'être le précepteur , le 
fit son conseiller , et Là donna une 
pension annuelledeaoo florins. Henri 
vIII, Ferdinand , roi de Honj:;ric, Si- 
gismond , roi de Poloq;ue, et plusieurs 
autres princes , essayèrent en vain de 
l'attin r à leur cour. Les sollicitations 
de François F"', furent encore plus 
pressantes : ce monarque venait de 
fonder le collège de France, et dési- 
rait vivement mettre Erasme à la lêtc 
de ce nouvel établissement j deux fois 
il lui fit offrir des pensions et des bé- 
néfices capables de le décider. Mais 
l'élévation de Charles-Quint à l'em- 
pire avait allumé entre les deux rivaux 
une haine irréconciliable, et, malgré 
son amitié pour le savant Budé et 
son penchant pour la France , Eras- 
me ne crut pas devoir accepter les 
propositions d'un ennemi de son prin- 
ce naturel. Au reste , il est bon de 
rem.irquer , pour l'honneur des let- 
tres , qu'Erasme conserva toute sa vie 
Tinc profonde reconnaissance des dis- 
positions favorables du loi de France, 
qu'il osa donner des preuves de sa vé- 
nération pour ce prince dans le temps 
de ses plus gIand^ m.lheurs , et, après 
la bataille de Pavie, conseiller |)ubli- 
qucment à sou maître d'user de sa vic- 
toire avecgcncrosilc. La réforme com- 
mençait alors , et l'on ne peut nier 
qu'Erasme ne montrât d'.ibord quel- 
que penchant pour les prin( ipcs de 
Luther. Il y cul entre ces deux hom- 
mes cc'icbrcs un commerce puli; mais 



ERA 

bientôt le fougueux Lulher ne put 
pardonner ;; Erasme ce qu'il appelait 
sa tiédeur. Celui-ci ne put approuver 
les emportements des réformateurs : 
ami de la paix, il n'aiuiait pas, di- 
sail-il , même !a vérité séditieuse, et 
ne croyait p is qu'il faillit parvenir par 
les troubles et les émeutes à la réfor- 
mai ion de l'Eglise, c On a beau vou- 
» loir , disait-il à l'occasion du ma- 
» riaged OEcolanipade , que le luthé- 
» ranisme soit une chose tragique; 
» pour moi , je suis persuadé que rien 
» u'est plus comique : car le dénoue- 
» rncjit de la pièce est toujours quel- 
» que mariage. » Ces plaisanteiies et 
l'approbation qu'il donna au livre de 
Henri VIII contre Luther, lui atti- 
rèrent de violentes injures de la part 
des novateurs, et l'hérésiarque alla jus- 
qu'à l'accust r publiquement d'athéis- 
me. 11 eut le sort qu'ont presque tou- 
joui's les gens modérés d.ms les temps 
de troubles, celui de déplaire égale- 
ment aux deux partis, et les moines 
ne furent pas moins animés contre lui 
que les hérétiques. La publication de 
SCS Colloques, qui ])arurent(n j5u'i, 
acheva de les niellrc en fureur , cl la 
Sorbonne, poussée par INoël Béda , 
son syndic , censura une partie de ses 
ouvrages , et chargea son an.ithême de 
qualifications injurieuses. Cet homme 
ignorant et passionné employa 1rs ma- 
nœuvres les plus odieuses pour ame- 
ner sa compagnie à cette démarche, 
et brava luctue , pour y parvenir , 
l'autorité du roi, qui, dans une autre 
circonstance, le fit (ufcrmer au mont 
Saiut-lMichel , où il mourut. Les ré- 
formateurs devenaiu de jour en jour 
filus nombreux et plus puissants à 
iàle , Erasme se retira en i ,')•>.() à 
Fribourg, où il reçut l'accueil le plus 
honorable, et fut logé par 'e magistrat 
dans l'hàtti de l'empereur IMaximilic n. 
11 y resta six ans, et, méconteut de sa 



ERA 

santé, revint à Bàlc , dans l'espérance 
qu'elle s'y rétablirait. Paul III ayant 
cte élevé au pontificat en 1 655 , Eras- 
me lui écrivit pour le féliciter de son 
exaltation , et reçut de lui une lettre 
obligeante. Le pontife l'exhortait à dé- 
fendre la religion attaquée par de 
nombreux et redoutables ennemis. o Ce 
» dernier acte pieux, lui di<^ait-il , ter- 
» minera dignement une vie passée 
» dans la pieté, confondra vos calom- 
» niateurs et justifiera vos apologis- 
» tes. » Le pape ne s'en tint pas à des 
compliments stériles : il lui donna 
presque en même temps !a piévôté de 
Deventer, et son intention était de lui 
conférer des bénéOces jusqu'à la con- 
currence de trois mille ducats de re- 
venu, pour le mettre en état de sou- 
tenir avec décence la qualité de car- 
dinal qu'il lui de!>tinail. Le bref, qui 
est du i". août i555, a'.teste de la 
manière la plus positive la probité , 
l'innocence et la bonne-foi d'Erasme. 
Mais , uaturcl!cmcnt peu ambitieux , 
accablé d'années et d'infirmités, celui- 
ci, ne songe.jut plus qu'à mourir en 
paix, refusa le bénéfice, tt témoigna 
la même indifférence pour la pourpre 
romaine. Bientôt après , épuisé par 
une dyssenterie longue et cruelle , il 
expira la nuit du 1 1 au la juillet de 
l'an i556, en donnant des preuves 
d'une entière résignation à la volonté 
divine, et en conservant l'usage de sa 
raison jusqu'au dernier moment. Son 
corps fut porté par les étudiants à la 
sépulture; le magistrat, le sénat et les 
professeurs assistèrent à ses obsèques. 
On lui fit plusieurs oraisons funèbres 
et plusieurs cpitaphes, entre lesquelles 
on en cite une de Louis Massius, qui 
roule sur un jeu de mots : 

Fatalii séries nobis invidil Crjxinnm ; 
^ed dctiderium loUere non putuit. 

On préférera sans doute celle-ci, rap- 
portée par Paul Jove , comme plus 



ERA 



a3i 



grave et plus digne du personnag* 
qu'elle célèbre : 

Theittona terra sunm ewn miraretur^Ttsmam^ 
Hoe majus , potuit dieere , nil gtnui. 

Boniface Amerbacb , son héritier , en 
fit placer une vis-à-vis de son tom- 
beau , gravée sur un marbre. On y 
voit sa devise , qui était le dieu Ter- 
me, avec ces mots : IVuUi cedo , 
et qu'd avait fait graver sur une 
pierre antique que lui avait donnée 
son élève , archevêque d'Ecosse. Cet 
homme célèbre était de petite taille , 
avait le regard agréable , la voixdouce 
et la prononciation belle, et s'habillait 
toujours d'une manière propre et dé- 
cente. Il avait été toute sa vie d'une 
complexion délicate ; aussi avait-il ob- 
tenu du pape une dispense pour f.iirc 
gras les jours raiigres , parce qu'il 
avait, disait-il en riant, l'ame catho- 
lique et l'estomac luthérien. Avec une 
sauté si faible, il fut sur la fin de ses 
jours tourmenté par la goutte et la gra- 
velle , et l'on ne conçoit pas comment, 
au milieu de ses voyages continuels , 
il put suffire à tant d'ouvrages. Per- 
sonne n'a eu plus d'arlmirateurs et 
de critiques. On compte parmi les 
premiers les princes et les littéra- 
teurs ses contemporains, et une foule 
d'hommes illustres dans tous les gen- 
res. On ne peut en cfièt lui refuser 
la gloire d'avoir été le plus bel esprit 
et le savant le plus universel de son 
siècle. C'est lui qui tira l'Allemas^ne de 
la barbarie; c'est à lui principalement 
que le nord de l'Europe dut la renais- 
sauce des lettres, les premières édi- 
tions de plusieurs Pères de l'Eglise, 
les règles d'une saine critique et le 
goiit de l'antiquité. Pénétré de la lec- 
ture des anciens , sur lesquels il s'était 
formé , son style, quoi qu'en aient dit 
ses détracteurs, est pur, aisé, ingé- 
nieux , et quoique la facilité de son ex. 
pression ne soit pas toujours accom. 



233 E R A 

jiagnee de la plus parfaite clegance , 
il a une manière qui lui est propre 
et qui ne cède en rien aux écrivains 
de son siècle, même de ceux qui 
avaient la pédanterie de n'employer 
aucun terme qui ne fût de Cicéron. 
Il est un des premiers qui aient traité 
les matières de théologie d'une ma- 
nière noble et dégagée des arguties et 
des termes barbares de l'Ecole. Ses 
ouvrages de piété ont une élégance 
qu'on ne trouve point dans les autres 
mystiques. D'un autre côté, la supé- 
riorité de son mérite , ses premiers 
raénagements pour Luther; son peu 
d'exactitude dans quelques-unes de ses 
expressions sur des matières délica- 
tes ; son indécision sur certains points 
qui n'avaient pas encore élé réglés 
par le concile de Trente; la liberté 
avec laquelle il reprenait les vices de 
sou temps , l'ignorance , la supersti- 
tion , la mollesse des riches bénéfi- 
ciers, la corruption de certains moi- 
nes; la prévention où l'on était contre 
tout ce qui avait l'air de nouveauté, 
le mépris des lettres, lui firent une 
foule d'ennemis et lui suscitèrent plus 
d'un orage. Modeste à l'égard de l'é- 
loge, mais sensible à la critique, il 
traita quelquefois ses adversaires avec 
hauteur , les réfuta vivement et même 
avec un peu d'aigreur. Mais s'il était 
irascible la plume à la main , il reve- 
nait aisément, et se réconciliait sans 
peine avec ceux qui l'avaient attaqué; 
car, inaccessible à l'envie, il ne com- 
mettait jamais le premier acte d'hosti- 
lité. 11 eut toute sa vie une extrême 
passion pour l'élude , et en préféra les 
délices aux dignités et aux richesses. 
Il répondait aux offres des princes 
qui voulaient se l'attacher , « que les 
» gens de lettres étaient comme les 
» tapisseries de Flandre à grands per- 
» sonnages, qui ne font Icni* effet que 
» lorsqu'elles sont vues de loin. » Sim- 



ERA 

pie , désintéressé et sans ambition , 
Erasme se trouvait à la cour comme 
hors de son élément. Les grands aux- 
quels il dédiait ses ouvrages ne pou- 
vaient réussira lui faire accepter leurs 
largesses. Il préférait, dans l'occasion , 
recourir à ses amis , qui allaient ordi- 
dinairement au-devant de ses besoins. 
On peut voir , à ce sujet , de curieux 
détails dans une de ses lettres du 5o 
janvier i524 , qui ne se trouve pas 
dans la collection de ses OEuvres , mais 
qui est imprimée avec sou Oraison 
funèbre , par Fred. Nausea . depuis 
évêque de Vienne , Paris ,153^, in-S". 
11 n'était pas ennemi des femmes dans 
sa jeunesse ; mais il ne fut pas l'esclave 
de ce penchant, et sut modérer ses 
désirs , s'il ne les réprima pas tou- 
jours. Ennemi du luxe, sobre, peut- 
être un peu railleur , mais sans amer- 
tume , lijjre dans ses sentiments , sin- 
cère , ennemi de la flatterie , il fut 
bon ami et constant daus ses amitiés : 
il était généreux, et se souvenant de 
la gêne qu'il avait éprouvée dans ses 
premières études , il aimait surtout à 
aider hs jeunes étudiants qui don- 
naient de grandes espérances. Sa con- 
versation était pleine de saillies et de 
gaîté; enfin l'homme aim,iblc ne le 
cédait p;is chez lui au savant profond , 
à l'écrivain du premier ordre. Erasme 
avait désiré réunir de son vivant tous 
ses ouvrages ; ce vœu ne fut rempli 
qu'après sa mort. Tontes ses OKuvrcs 
fiuent recueillies à Bàle par Béatus 
Hhenanus, el imprimées chez les héri- 
tiers de Froben , en 9 vol. in-fol. Celle 
édition étant devenue très rare, on en 
fît une nouvelle plus complète à Leyde 
en 1 705, sous les yeux deLeclerc, eu 
I o tom. in-fol. , reliés ordinairement 
en I 1 vol. Le premier contient des 
ouvrages de grammaire el de rhéto- 
rique , enlr'autres le Traité de Copîd 
verborum, dont les amis des bonnes 



ERA 

études désirent la reimpression ; quel- 
ques tradiietions d'auteurs grecs , cl 
ses Colloques , dont la première édi- 
tion fut enlevée à Paris en très peu 
de temps, quoique tirée au nombre de 
plus de 24 mille exemplaires : ouvrage 
extrêmement piquant pour le temps , 
et qu'on lira tonjour<: , autant pour la 
latinité que pour le fonds des choses 
et la manière de les rendre. Ces Collo- 
ques ont clé imprimés par l<-s Bzé- 
virs , 1 636 , in- 1 2 , ciirn notis vario- 
rum, 1664 ou 1695, iu-8\, et tra- 
duits par Chappuzeau , Paris , 1662 , 
in-12; 1669, in- 12, 2 vol.; traduits ou 
plutôt travestis par Gueudeville, 6 vol. 
in-12. Levde , 1720. Le deuxième 
vol. des ŒufTes d'Erasme comprend 
les Adas^es , ouvrage d'une érudition 
immense, et trop peu consulté au- 
jourd'hui. Le troisième , toutes ses 
Lettres y rangées par ordre chrono- 
logique. Le style en est agréable , 
aisé, naturel, et c'est une lecture ex- 
trêmement attachante. Erasme con- 
sentit avec peine à leur impression, 
« de peur , disait-il , que , les ayant 
» écrites à ses amis , il ne lui fût 
» échappé quelque chose qui pût of- 
» fenser quelqu'un ( 1 . » Le quatriè- 
me , des ouvrages de philosophie , de 
rhétorique et de piété. On y trouve les 
Apophlhef^mes , imprimés à part par 
lesEIzévirs, i65o, in-12, etïEloge 
de la Folie (2). Ce badiuagc , qui susci- 



(1'' On ne tronre pas dans celle rollection «es 
Leltres à Bonifacc ^/nf>&«i7i , qui ont élé pu- 
bliées p-Dur U jjrcmière fois avec d'autres pièces 
i»«diies . d'auics les originau:( ronserrés dans la 
biLliothrque de l'uniTersihi de Bàle , 1779, in-8'. 

\rî\ LVdition originale de VEncomiium Morue, 
est de iSoi; celle d'Aide, Venise, i5i5, in-8°., 
est rare et rbére. Les traductions françaises sont 
celte de i5^o, anonvnie ; une de La Haye, 1643, 
111-8^., aussi anonyme, sous le titre de Loiionge 
de la Soltue; une par Petit, Pjiîs, i(>70 , io-ia. 
La tradorlion de GueniIeTÎUe a été corrigée par 
Meunier de Qurrlon, Paris . Coustellicr , i-ïi , 
10-4" et lo-ia Falconet a ilunné aussi une édition 
cnrriçée de GuendcTille , Paris, '757. in-12. On a 
encore la traduriiua de l.a\aui , 1-80, in-8., et 
csfin uoo pai BarrtU , Parii , 1789,' la-ix. D. L. 



ERA 23j 

ta depuis des disgrâces à l'auteur , eut 
uu prodigieux succès : on en fit ea 
France sept éditions en quelques mois. 
Les rois et les évêques l'honorèrent 
de leur approbation. Thomas Morus, 
auquel il était dédié, en prit haute- 
ment la défense , et Léon X lui-même , 
qui s'était fort amu.sé de celte lecture, 
dit en riant : a Notre Erasme a aussi 
» un coin de folie. » Celte satire in- 
génieuse de tous les états de la vie, 
depuis le simple moine jusqu'au sou- 
verain pontife, est remplie d'allusions 
fines aux passages les plus piquants 
des aulcui-s anciens; aussi a-l-clle 
moins de céle'brité aujourd'hui que les 
ouvrages latins ont moins de lecteurs. 
Elle a été imprimée séparément, cum 
JVotis variorum , Amsterdam , 1 6-6 , 
in-8 '. ; Welslein, 1 685, in-8 '. ; Paris , 
Barbon , i n65 » in- 1 2. En 1 780 il en 
a paru une belle édition , avec les 
notes d'Oswald cl les figures de Jeaa 
Holbein , à Bàle . chez Thurneisen , 
iu-8 . Ilolbein était l'ami d'Erasme, 
et il e>t probable que l'auteur a fourni 
àl'arti-te une partie de ses dessins. Ea 
i52o il en parut une traduction à Paris, 
n-4'., qni semble n'avoir guère d'autre 
mérite que celui de la rareté. Celle 
de Gueudeville, Paris, 1751, in-4°., 
est recherchée à cause des figures. 
Le tome V comprend des ouvrages 
de philosophie et de piété; le tome VI, 
le Nouveau- Testament grec avec la 
version latine; le tome VU , la Para- 
phrase du Nouveau- Testament ; le 
tome VIII, des traductions des Pères 
grecs ( I ) et des discours ; le tome IX . 
les nombreuses Apologies de l'auteur; 
et le tomeX, d'autres ouvrages polémi- 
ques. Les {wésies latines , qui ne sont 
pas la pallie brillante d'Erasme , sont 



(i^ SeSTCrsions des pères pieci sont en général 
moins estimées que les éditions qu^il a doonées 
des Pères latins. L'abbé de Cillf a relcTé un grand 
nombre de fauiea dans co Tcrii'^a*. 



234 E R A 

répandues dans les i o volumes. Il n'a 
pas été moins utile aux lettres comme 
e'ditcur. C'est à lui qu'on doit l'édition 
Princeps du texte grec de la géogra- 
phie de Ptolémée, qu'il orna d'une 
préface latine , Bàle ( Frobcn et Bis- 
chpf ), i535 , in-4''. On lui doit aussi 
la première édition De Publias Sjy- 
rus, etc. Jamais personne n'a donné 
lieu à plus d'éloges et à plus d'im- 
putations qu'Erasme : on pourrait 
l'aire une bibliothèque de ses cen- 
seurs et de ses apologistes. Ceux qui 
voudront le connaître plus en détail 
doivent consulter V Histoire de sa vie 
et de ses ouvrages , mise au jour en 
1767 par Burigny, en 2 vol. in- 12; 
ouvrage intéressant , quoique diffus , 
parce que c'est proprement l'His- 
toire littéraire de ce tcraps-là (1). La 
mémoire d'Erasme est aussi chère 
à Bàle , qu'il avait illustrée en y fii- 
saut sa résidence, qu'à Rotterdam, 
qui a la gloire de lui avoir donné le 
jour. Baie montre encore, d.ins un ca- 
binet qui justement excite la curiosité 



(1) Il existe deux cataloguet latins des ouvrages 
d Erasmo , ilresséspar lui et précédés d'une pré- 
lace apotogétii|ue d'Âni<:rb.ich. Un y a joint la Vie 
d'Erasme par Ueatus Klienauiis, et un Recueil 
d'épitaplies , élogi-s , consolations , élégies , etc.; 
Anvers, iSSt, ia-8. On a aussi: Apologie d'K- 
rasme, par l'abbé Marsolliir, i^i3, in-u; CiUi- 
tjHe de cette apologie, par le P. Gabriel , Augustin 
déchaussé, pag. 1719, in-iï. Cette ^lolojfie a 
aussi été critiquée dans le Journal tlct Santnti et 
dans les Mémoires île Tra'oux. Histoire d'Erai- 
me, parMichel'Djvid de la Itiiardière, Paris, 1711, 
in-ia : c'rttun panégyrique. Fraimi vita , par— 
lim ub iptoinet panim ab amicii , Lcjde , 
i(i4». in-ia, dans le recueil des lipLsl. iti. eden- 
te Sciiveriu. I.a Vte d'ICraime , par Samuel 
Knight, Londres, k-j'xii. in-8 (en anglais), l/an- 
teur prétend i|u'ICrasme a plus contribué a la ré- 
(ormatiuu que l.ulber et 7,uingle , et que les théo- 
logien! anglicans eu font plus de cas queda Luther 
«l de Calvin. Les ouvragis d'£rasme , traduits en 
français, outre ceux quou a indiqués ci-4lrisus , 
lont : 1 les Apoplilegmri , par L'F.sleu Mncaull , 
l'arii, i543iLyon, lâiij , in-iG; les mêmes , mit 
«n Hilme fmiifufte , par (Guillaume tiaudent, 
Paris, iSài, iu-ia ; la t'emine mécontente de 
ton mari, traduit par de La Itiviùre, l'aris , 
1707, 170H, In-H; Codirile d'Or, tiré d» l'/.i.f- 
titnlion du Prince chtrttcn, par Claude Joly , 
itilt:'t , in-nj la 'louche naijvc pnui ipruwer 
i'aiHY ml le jflaHeur , par Auluiue Uusaix, l'aris, 
«jJj , 10-4. ii- L. 



ERA 

des étrangers , son anneau , son c;»- 
chet , son cpée , sou couteau , son 
poinçon, son testament écrit de sa pro- 
pre main , et son portrait par le célè- 
bre Holbcin , avec une épigramme la- 
tine de Théodore de Bèze , qui lui sert 
d'inscription. Rotterdam, pour hono- 
rer sa mémoire , vou'ut que son gvm- 
nase portât le nom d'Era.sme , fit pla- 
cer sur le frontispice de la maison où 
l'on croit qu'il vit le jour celte ins- 
cription : 

.^dihus bis ortus, miindum decoravit Erasmui 
Artibus, ingenio, relligiune, fide, 

enfin, elle lui érigea une statue en 
1 549. Ce monument d'abord eu bois , 
puis en pierre, renversé p.ir les Es- 
pagnols en iO']'î, fut depuis rétabli 
en bronze par le magistrat , et con- 
tinue d'orner la graiîdt' place de cette 
ville. ( f^oyezLuAvvvzEAV , Dolet, 
DucHATEL ( P. ) , Durand ( D. ) , et 

Eppkndorf ). N L. 

ERA6TE ( Thomas ) , naquit à 
Badcu en Suisse eu i5'i^ , et mourut 
à Bâ!e le I*'^ janvier i5H5. Il étudia 
d'abord la théologie à Bàle ; la peste 
le fit quitter cette imiversité ; il se 
rendit alors à Bologne , et se voua à 
la pliilo.'0[)hie et à la médecine. Après 
neuf ans de séjciur en Italie il devint 
médecin des princes de licnenberg , 
peu après professeur à Heidelberg, 
avec le titre de médecin et conseil- 
ler de l'électeur palatin. En i .'iHo il 
quitta Heidelberg pour se rendre à 
Bàle, où il obtint la chaire de mo- 
r.ile peu de temps avant sa mort. Heu- 
reux praticien et savant dans la ilié(U'ie, 
il combattit victorieusement les rcvt- 
ries de Paracelse et de ses sectateurs. 
11 .se mêla avec moins de succès des 
controverses théologiques. On l'ac- 
cu.sa d'abord d'arianismc, et on crut 
qu'étant ami intime d'André Dudilh , 
cvêqiie des Cinq églises, il n'aurait 
pu se di.spcuscr d'eu adopter les 



ERA 

principes. Erasle se de'fenclil vive- 
ment <.!c cette accusation. Peu après 
il eut une controver-e ft»rl amicale 
avec Bèze, son bon ami, sur b ma- 
tière des excoranuiniiaîion^ ; rien ne 
fut publie à cetie occasion jusqu'à ce 
que Ci>t(!vetio, époux de la veuve 
^l'Era^te , renouvelât la guerrr en ])U- 
bliantdes papiers trouve's dans le ca- 
binet il'Eraste, et voués sans doute 
par lui à un oubli ct-riic!. Bèze y le'- 
pondit alors p'tr son tra té De près — 
bjteris et De excommunicatione. 
Eraste a composé divers ouvrages , 
dont voici les principaux : I. Dis- 
sertiitionum de medicind novdphil. 
Paracelsi parta quatuor^ IJàle, 
i5*ja, in- 4"-; 11. Diss. de aura 
polabili,'\h., i5-8; lll. De occiU- 
tis phannacoi uni potestatibus ,hàic , 
1074, in-4'.; IV". Repelilio dbpu- 
tationis de lamiis seu strigibus , 
Bâle, i5-8, in-8"., rare et singulier. 
V. Dissertationum et epistnlarum 
medicinalium voiumen , Zurich , 
iSgî, in-4". ; VI. f'^aria opuscula 
medica , Francfort , i Sgo , iu - fol. 
Erastc fut estimé de son temps pour ses 
qualités moriles et son caractère franc 
et droit; il n'hésita pas do convenir de 
ses tous en quelques occasions. Son 
zèle pour l'instruction publique lui Gt 
destiner un capital de 8000 liv. pour 
l'entretien de deux étudiants de Bâle 
et de deux, de Heidelberg. L'académie 
de Bàic fut chargée d'en faire la dis- 
tribution. U — I. 

ERATH ( AuGusTix d' ) , savant 
théologien, naquit à Buchloa dans la 
Souabe le a5 janvier 164S. 1! em- 
brassa la vie régulière des chanoines 
de S. Augustin , prit ensuite ses grades 
en théologie à l'université de Dilin- 
gen , et professa cette science pen - 
dant plusieurs années dans les col- 
lèges dirigés par les prêtres de cette 
congrégation. Le souyeraia pontife 



ERA i35 

rc'compensa les services qu'Erath avait 
rendus à la religion en le nommant 
protonotaire apostolique, et l'empe- 
reur le décora , peu de temps après , 
du litre de comte palatin. U obtint en- 
suite Fabbdye de St. -André, qu'il 
gouverna avec beaucoup de zèle jus- 
qu'à sa mort, arrivée le 5 septembre 
1719. U avait formé à ses frais , 
pour l'usage de cette maison , une 
bihiiothèquc aussi nombreuse que bien 
choisie, et l'on remarque avec peine 
que ses confrères ne lui en aient 
pas témoigné leur reconnaissance dans 
î'épitaphe dont ils décorèrent son 
tombeau. Erath , malgré ses conti- 
nuelles occupations, publia plusieurs 
ouvrages sur des matières de théolo- 
gie ou d'histoire ecclésiastique. On 
en trouvera la liste dans les Miscel- 
lanea du P. Duelli , tom. II , dans 
les Biographies allemandes, et cnfii» 
dans Moréri. On se contentera d'en 
citer les principaux: I. Commenta- 
riiis historico - theologico - juridicus 
in regulam S. Au^ustini, Vienne» 
1689, iu-fol. Les bénédictins, vio- 
lemment attaqués dans cet ouvrage , 
en deramdèrent la suppression. La 
cour de Rome invita l'auleur à ne 
pas le continuer, et à retirer le.* 
exemplaires du premier volume , qui, 
par cette raison , est devenu très 
rare; II. Augustus Velleris aurei 
ordo , per emblemata , ectheses po~ 
liticas et historiam dcmonstralus , 
Passau, 1694» in-J'uI.; Ralisbonne, 
i69-,in-8'. L'édition de 1717 ci- 
tée dans la Bibliothèque historique 
de France est imaginaire. La pre- 
mière est très rare, n'ayant été im- 
primée qu'à un petit nombre d'exem- 
plaires pour être distribués en pré- 
sents ; III. Res santandreanœ ; 
c'est un recueil de pièces relatives a 
l'histoire de l'abbaye de St.-Andrc. 
Duelli les a iusérccs dans ses MisceU 



236 ERA 

lanea,tom. II ; IV. le Monde sjm- 
holique . trad. en latin du P. Pici- 
Jiclh ; des Méditations , tiad. de Ti- 
nctti ; la Manne de l'ame , trad. de 
iSegneri ; les Travaux apostoliques , 
trad. de Segueri, et d'autres ou- 
vrages de dévotion. — Antoinc-Ul- 
lio d'Erath, laborieux écrivain et 
jurisconsulte allemand , né en 1709, 
mort le a6 août 1773, après avoir 
exercé plusieurs emplois judiciaires 
dans les cours de Quedlimbourg, de 
Wolfenbultcl et de Nassau-Orange, 
et avoir été anobli par l'empereur en 
3 750, s'est fait couuaître par des re- 
t'iierchcs importantes sur l'histoire 
d'Allemagne dans le moyen âge. Il a 
publié : 1. Conspectus hisloriœ Brun- 
i'ico-Litneburgicœ univcrsalis , in ta- 
bulas chronologicas et genealogi- 
cas divisus, et hisloricorum cujus- 
vis œvi perpetuis testimoniis viuni- 
tus; prœmissœ sunthibliolhecaBruns- 
fico-Luneburgensis, et Disserlatio 
critica de habilu iotius operis , 
'Brunswick, 174^, gr. in-fol; II. Ca- 
lendarium Romano - Germanicum , 
viedii œvi.... ah anno DCCLl usqiie 
ad emendalionem Gregorianam , 
Dillenburg, 1761 , in-fol. , divisé en 
neuf tomes ou parties , une pour 
chaque siècle. Gît ouvrage est très es- 
timé, cl forme pour l'histoire d'Alle- 
magne un art de vérifier les dates qui 
ne laisse ])rcsque rien à désirer ; 111. 
Codex diplomalicus Quedlinbitr- 
fçensis , Franclort, S. M. , 1 764 , in- 
iol. , (ig. IV , plusieurs autres ou- 
vrages latins ou français et un grand 
nombre de INIémoiies en allemand in- 
scre's dans divers recueils périodi- 
ques, et surtout dans les Notices 
biunswickoises ( Braunschweigische 
jénzeige), journal qui cojnmença à pa- 
raître en 174^ , «"t 'lont il fut le pre- 
mier auteur. — M"^ d'Erath , sa 
lillc, morte eu 1 776, a traduit du h- 



tin en allemand les Vies des illustres 
capitaines, avec celles de Caton et 
d'Atticus , par Cornélius - N épus , 
Francfort, I 760, in-S". W — s. 

ERATOSTHENE, fils d'Aglaus , 
était né à Cyrène, l'an i*^"^. de la l'id'. \ 
olympiade, '^.76 ans avant noire ère; 
il reçut les leçons du philosophe 
Ariston de Chio , du grammairien Ly- 
sanias de Cyrène, et du poète Calli- 
maque. Il fut appelé à Alexandrie par 
Ptolémée m, ou Eucrgcte , qui lui 
donna la direction de sa bibliothèque, 
place qu'il exerçait encore sous Ptolé- 
mée V, ou Epiphane. Il perdit la vue 
dans sa vieillesse , et il en conçut un 
tel ennui , qu'il se laissa mourir de 
faim à l'âge de quatre-vingts ans, d'au- 
tres disent quatre -vingt-on. Il fut un 
savant très distingué, qui réunissait à 
un degré peu commun plusieurs genres 
de connaissances. 11 fut géomètre, as- 
tronome , géographe , philosophe , 
grammairien et poète. Ses ouvra- 
ges sont perdus , ainsi nous ne sa- 
vons pas bien ce que nous devons 
croire de tous les éloges dont il a été 
comblé pendant sa vie ou après sa 
mort; mais on lui doit de la recon- 
naissance pour les services qu'il a ren- 
dus aux sciences , et particulièrement 
à l'astronomie. C'est lui qui obtint de 
Ptolémée Euergètequ'on plaçât dans le 
portique d'Alexandrie ces armilles cé- 
lèbres, avec lesquelles on pouvait ob- 
server les cquinoxes , et prob ■blemcut 
aussi les solstices, quoique ce dernier 
])oint ne soit pas aussi bien prouvé 
que le premier. Do toutes les observa- 
tions d'Eratosthènc il ne nous en reste 
qu'iuic seule , nous n'avons mcinc 
que la conclusion que l'auteur en avait 
déduite. C'est l'arc du méridien , com- 
pris entre les deux tropitpies , qu'il 
trouva de ~ de la circonférence en- 
tière. Cette fraction ne peut cire qti'iine 
cvalualiou approximative de l'arc me- 



Et\A 

sure. En cffel , elle vandrait 47° 4^' 
19", 5 ; or il est certain que des ar- 
milles, dont le rayon n'etaii guère que 
de 18 {wuces, ne pouvaient être divi- 
sées en minutes. Ainsi l'aie observe' 
devait être seulement de 47" W-> ^^ 
47" t- Ce nombre divise par 50o' 
donne tout aussitôt la fraction 7^^, 
ou /rs-;- , dont Eratosthène a fait 

i-î- , parce qu'il savait très bien qu'il 
ne pouvait le'pondre de 5 à 4 "li* 
nutes; quoi qu'il eu soit , cette obser- 
Tâtton dut lui faire beaucoup d'hon- 
neur en Grèce , où jamais elle n'avait 
été faite avec tant de soin et de pré- 
cision. On savait depuis lonj;- temps 
que la route annuelle du soleil est iu- 
clinc'e à l'équateur j miis on manquait 
de moyens pour en dctenniner l'angle, 
qu'on soupçonnait ne diflcrcr guère 
de '24*î<^''ss. On a cru trop légèrement 
que cette estimation supposait une 
observation antérieure à celle d'Era- 
losthène, nous y verrions plutôt une 
détermination grossière, obtenue nous 
ne savons pas trop par quel moyens , 
peut-être avec la règle et le compas, 
d'après le rap[>oit observe entre les 
deux ombres solsticiales et la hauteur 
des gnomons.Une autre dc'ter:nination 
bisn moins précise et bien moins sûre 
encore, a contribué surlout à répandrç 
le nom et la gloire d"Eratosthèi:e , 
c'est cclie de la grandeur de 1 1 terre. 
C'était une chose connue qu'à Syène, 
le jour du solstice d'été , à midi , les 
corps ne jetaient aucune ombre. Il 
suivait de l'observation d'Eratoslhène 
que l'obliquité de l'écliptique était de 
iVs **" '^5" 5 1' 20". Telle devait être 
aussi la hauteur du pô!e à Syène ; 
mais à Alexandrie, au même instant, 
Eratosthène li'ouvait que. la distance 
du soleil au zénith était de 5^ de la cir- 
conférence, ce qui ferait "j" 12'; la 
kauteur du pôle à Mc&auuiic serait 



E R A ^^1 

donc de 3 1° D* aq'. Mais si nous ad- 
mettons que les degrés des arraillcs 
n'étaient divisés qu'en six parties de 
10' chacune, la distance soùticialc ne 
sera que 7^ 10', l'obliquité de 1?*'' 5o' 
et la hiuleur du pôle 5i^ o'. Ptoléraée, 
dans son Alraageste, ne l'a fait mèiue 
que de jo" 58', dans un calcul qui 
veut de la précision, et dans lequel il 
fait entrer l'obliquité de id" yi' 20" 
qu'il dit être celle d'Eratostbène ; mais 
on peut admettre que l'observatoire de 
Ptolémée était de 1' au sud de celui 
d'Eratostbène , au lieu qu'il est im- 
possible de supposer une diflerence 
de latitude qui surpasserait 5 minutes. 
Nous admettrons donc comme deux 
choses presque démontrées , que les 
deux distances solsticiiles observées 
par Eratosthène , étaient l'une de 7® 
10' , l'autre de 5+^ 5o', dont la dif- 
férence 4'^' 4"' donne 25° 5o' pour 
l'obliquité de l'écliptique et la demi- 
somme Di" g' pour la hauteur du 
pôle. Ainsi l'observation employée par 
Eratosthène, dans le calcul delà gran- 
deur de la terre , sera la même qu'il 
avait faite pour l'obliquité de l'éclipti- 
que; elle n'offrira que des nombres 
qu'il avait pu lire sur les arraillcs; elîe 
donnera les rapports approximatifs 
~ et .7 substitués aux rapports rigou- 
reux, l^a distance d'Alexandrie à Syônc 
avait été trouvée de 5ooo stades pnr 
le» Bénuttistes d'Alexandiùe et des 
Flolémées. C'étaient des arpenteurs, 
des géographes qui mesuraient la 
longueur des chemins pr le nombre 
de leurs pas; on voit que les 5ooo 
stades ne sont encore qu'une approxi- 
mation , vu l'incertitude de la méthode 
et les détours du chemin. Ces 5ooo 
stades, multipliés par 5o , donnent 
2 joooo stades pour la circonférence 
de ia terre, multipliés par 5o \°^ , ils 
donneraient 25 11 65 stades, Eratos- 
Ut^ues supposa 2^2000 , pour avoir 



338 ERA 

en nombre rond , un degré de 700 
stades. On ignore aujourd'hui quel est 
le stade dont Eratoslhène a fait usage 
dans son calcul; mais quand on le 
connaîtrait parfailernentou n'en serait 
guère plus avance ; on ne pourrait en 
tirer aucune conséquence exacte pour 
la grandeur de la terre , puisque l'arc 
céleste et l'arc terrestre sont des ap- 
proximations également incertaines. 
Si cette évaluation d'Eraloslhène avait 
passé de son temps pour autre chose 
que pour un aperçu fort ingénieux , 
mais peu susceptible de précision , 
comment concevoir que, long-temps 
après, Posidonius , par des moyens 
bien plus inexacts, eût osé tenter un 
nouvel essai pour estimer à son tour la 
grandeur de la terre? Nous avons sup- 
posé qu'Eratoslhène avait fait us.ige 
des armilles solsticialcs; l'incertitude 
.serait bien plus grande s'il eût employé 
le gnomon ( i ) ; elle serait extrême s'il 
eut employé le scaphé , comme le dit 
Cléomédej mais il est évident que 
Ctéoméde n'était pas astronome , et 
nous ne devons aucune confiance à 
cette partie d j son récit. Hippaïque a 
critiqué le degré d'Eiatoslhène , cl la 
plupart de ses détermi natives géogra- 
phiques : Strabon en a pris chaude- 
ment la défense; mais, en se déclar.int 
hautement pour Eratoslhène, contre 
son censeur, il cherche souvent à le 
corriger lui-même. ( P'oy. Strabon ). 
Eutocius , dans son Commentaire sur 
la Sphère et le Cylindre d'Archi- 
viède , nous a conservé une lettre 
d'Eraloslhène au roi Ptolémée. On y 
voit une histoire du fameux problême 
de la duplication du cube, et la des- 
cription d'une machine au moyen de 
laquelle il trouve avec facilité, non- 
seulement les deux moyennes propor- 

(■^ Pour un gnomon de i5 piffdi , deux minulci 
d« pliii ou de moin» (ur la diitance fercient a 
peine uue dilTércnce d'un diiiàm* de ligue. 



ERA 

tionnelles qui résolvent le problême, 
mais un plus grand nombre s'il était 
nécissairc. La lettre est terminée par 
dix jiuit vers élégiaques qui en sont 
l'extrait , et dont le di rniei nous ap- 
prend le nom et la patrie do l'auteur. 
On lui attribue un livre de commen- 
taires sur le poëme d'Aratiis , et un 
petit ouvrage intitulé : Calastérismes. 
Il est fort douteux que le commentaire 
soit de lui , et l'on peut sonh;iiter qu'il 
n'ait pas composé les Calastérismes , 
qui ne présentent qu'une nomencla- 
ture assez sèche de constellations, et 
du nombre des étoiles qui les compo- 
sent , avec quelques notions très su- 
peificielles de mythologie. Ce serait 
tout au plus un extrait qu'un amateur 
aurait pu faire pour sou usage, du 
Traité plus complet d'Eratosthcne. On 
ne peut duuter que ce savant ne fût 
doué d'un esprit inventif, nous en 
avons la preuve dans ses armilles , 
dans son mésolabe; c'est ainsi qu'où 
a nommé son instrument pour les 
moyennes proportionnelles , dans la 
mélliodequ'il ii donnée le premier pour 
déteiniiner la grandeur de la terre, et 
même d,ins son Crible arithmétique, 
pour trouver par exclusion tous les 
nombres premiers, c'est-à-dire ceux 
qui n'ont de diviseurs qu'eux mêmes 
ou l'unité. En réduisant à leur juste 
valeur les connaissances que nous lui 
devons , et qu'on a trop exagérées, on 
ne peut se refusera le regarder comme 
un savant extrêmement recomman- 
dahle , et même coisnne le premier 
fondateur de la véritable Hstronomic. 
On lui avait donné les surnoius de 
Pentalhle , parce qu'il avait réussi 
dans cinq g( nres dillerents , de second 
Platon, de ^r,rx, seconde lettre de 
l'alphabet, parce que, s'élant exerce 
dans tous les genres, il n'avait été le 
premier dans aucun , ou bien parce- 
qu'il fut le second directeur de la bi- 



ERC 

b'iolhèque royale d'Alexandrie. Les 
fragments qui nous restent des ouvra- 
ges d'Eratostliène ont été recueillis 
dans I vol. in-H". , Oxford 1672. Le 
plus considérable est son Canon des 
rois thébains, conservé en partie par 
le Syncelle, qui , de quatre-vingt-onze 
rois dont il contenait les noms , l'avait 
réduit à n'offrir plus que les trente- 
huit premiers. Ou a publié depuis: 
L Èratoslhenis geographicorum 
fragmenta , gr. lai. , edidit Gunt. 
Car. Seidel , Gottingiie, 1789. H. 
Eratosthenis Catasterismi , grœ- 
cè, cum interpretatione laiind et 
comme.-ttario ; curavit Jo. Conrad 
Schaubachy ib., 1795, in-8 .,fig. 
D— I.— E. 

ERCHEMBERT ou ERCHEM- 
PRRT, né dans la Lombardie au 9'. 
siècle , suivit d'abord la cirrière des 
armes; ayant élé fait prisonnier dans 
un combat, il parvint à s'échapper et 
se réhigia dans l'abbave du Mont- 
Cissin, où il embrassa la règle de S. 
Benoît. Peu de temps après on lui con- 
lia le gouvernement d'un monastère 
voisin; mais les excursions continnel- 
los des bandits qui désolaient l'Italie 
le forvèreut de chercher bientôt une 
retraite plus assurée. On croit qu'Er- 
cherabeit mourut vers 889. 11 avait 
coraposéeu latin une ffistoireou Chro- 
nique du royaume des Lombards; 
mais on n'en a conservé que l'ahrégé 
qui roramence 3774, année où Didier 
perdit la couronne ( ^. Didier), et 
finit à 8H8. Cet abrégé, qu'on peut 
regarder comme une continuation de 
l'histoire de Paul Diacre, a été publié 
pour la première lois par Antoine C^- 
raccioli, Naples, 1626, iu-4", , avec 
d'auires pièces. Cimille Pellegrini en 
donna une édition plus correcte dans 
son Hisloria principiim Longobar- 
dorum, Naples, lO^o, in-4'. Bur- 
wau l'inséra ensuite daus sou Thesaur. 



ERC a39 

scripior. italor. , tome IX ; Muratori 
dans ses Rerum italicar. scripior.^ 
tome II; et Eckhaidt dans ses Scrip- 
tores medii œvi , tome I". ; enfin 
François - Marie Pratillo , ayant fait 
réimprimer le recueil de Pellegrini 
(Naples, 1750-5 1 , 3 tomes in-4".), 
en remplit les lacunes et y aiouLa des 
notes plus étendues. Pierre Diacre at- 
tribue encore à Erchcrabert de Des- 
truclione et renovatione Cassinensis 
Cœnobii ; de Ismaélitarum incur- 
sione ; et Pagi le fait auteur d'une Fie 
de Landttlfe, premier évéque de Ca- 
poue, mort en 879 , en vers; et des 
Actes de la transèation du corps </• 
t apôtre S. Mathieu. W — s. 

EKCILLA Y ÇUNIGA (Dow 
Alonso d' ), le premier des poètes épi- 
ques de l'Espagne , chevalier de Saint* 
Jacques, et d'une des plus illustres et 
des plus anciennes famillesde Biscaye, 
naquit à Berméo, vers l'an i525. Il 
était fils de Fortuné Garcia , seigneur 
dT.reilla, aussi chevalier de Saint- 
Jacques et habile jurisconsulte. Don 
Alonso fut élevé à la cour de Char- 
les-Quiut , en qualité de menin. Il con» 
tinua ses services sous Philippe II , 
quand cet empereur se fut consacré à 
la retraite. Dès l'âge le plus tendre il 
manifesta son goût pour la poévsie et 
la lecture en général. Le jeune ErcUla 
fuyait souvent la compagnie et les 
amusements de ses camarades pour 
s'enfermer dans sa chambre, et s'occu- 
per de quelque ouvrage nouveau qu'il 
avait su se procurer ; il avait une pas- 
sion également dominante pour l'exer- 
cice des armes : de manière que tout 
le temps que lui laissaient les devoirs 
de son emploi, il le partageait entre 
les lettres et l'escrime. Par son pen- 
chant décidé à ces deux exercices, il 
paraissait prévoir qu'il devait devenir 
un jour aussi bon écrivain que soldat 
intrépide. 11 composa plusieurs poe- 



24o ERC 

sies qu'il dédia aux dames les plus ai- 
mables de la cour; mais on a perdu 
la trace de ces productions , et il ne 
nous reste d'Ercilla que son Arau- 
caria, et une Glose qu'on trouve dans 
ïe Parnasse espas^nol. Il paraît ce- 
pendant qu'il se f lisait dès-lors remar- 
quer par la pureté', l'élëgancc et l'éner- 
gie de son style. Don Alonso ayant e'ie' 
jiommépage du prince Don Philippe, 
il l'accompagna dans ses voyages en 
France , en Italie , en Allemagne et en 
Angleterre , où i! fixa sa demeure pen- 
dant plusieurs années. Pendant son sé- 
jour à Londres, il apprit la nouvelle 
du soulèvement d» quelques peuples 
du Chili (vers i 547 ). ^" ^î''ï*3it en 
Espagne pour aller punir les rebelles; 
Don Alonso voulut êti'e de celte expé- 
dition , qui fut confiée à Don Garcia 
Ilurtado de Mendoza , gouverneur du 
Chili. On croit communément qu'Er- 
cilla ne s'enrôla que comme simple 
volontaire , et que dans la suite il par- 
tagea le commandement. Avant de par- 
ler d'Ercilla comme poète, considé- 
xons-le sous le rapport de soldat et de 
conquérant. Au sud du Chili il y a une 
contrée dont d'immenses rochers sem- 
blent défendre l'approche : elle était 
liabitée par le peuple le plus robuste 
et le plus belliqueux de toute l'Amé- 
rique. C'est là qu'Ercilla se signala par 
mille prodiges de valeur. Il surmonta 
tous les obstacles; il soutint avec un 
courage héroïque des calamités de 
toute espèce, et il fut un des premiers 
qui , par leurs talents et leur courage, 
contribuèrent à dompter un peuple 
doué d'une rare force de caractère, 
dont l'intelligence naturelle faisait sou- 
vent échouer les pro- .s les mieux 
combinés et les plus subtils stratagè- 
mes. Ce peuple sauvage, presque nu, 
sut lutter pendant quatre ans , avec 
armes inégales , contre une nation qui 
était alors des plus aguerries de l'Eu- 



ERG 

rope (i). Mais ce fut à la bataille de 
Miliarapue et à l'attaque dePuren que 
Don Alonso se distingua plus particu- 
lièrement. Dans la première les Espa- 
gnols , entourés d'ennemis et presque 
accablés par le nombre, durent leur 
sahu à la présence d'esprit et à la va- 
leur d'Ercilla , que, dans cette circons- 
tance, ils avaient proclamé leur chef. 
Dans l'attaque de Puren, les Indiens 
s'étaient retranchés dans les gorges 
des montagnes de ce nom, qui étaient 
presque inaccessibles , et où les armes 
à feu ne pouvaient les atteindre ; ils 
faisaient pleuvoir une grêle de dards 
et de pierres. Aucun Espagnol n'osait 
approcher. C'est encore Èrcilla qui, 
parvenu à rassembler dix soldats , gra- 
vit le premier ces ravins escarpés ; et , 
détournant l'attention des Indiens par 
une fausse attaque, les prend par les 
flancs , les fait déloger , les bat et les 
met en fuite (2), S'étant illustré par 
tant d'exploits, au lieu de rechercher 
un repos honorable. Don Alonso cou- 
rut braver de nouveaux dangei'S pour 
découvrir des terres jusqu'alors in- 
connues (5). Ayant franchi les rochers 
de Purcn, il traversa la Nabequeten, 
le lac Valdivia, et avec trente sol- 
dats seulement , qui formaient toute 
son armée, il reconnut le pays qui est 
entre le détroit de Magellan et l'ile de 
Chiloé, et en prit possession au n om du 
roi son maître. Dc-là , naviguant sur 
l'Archipel d'Aucudbox.il parcourut les 
nouvelles contrées , et se disposa enfin 
à retourner dans sa patrie, achevant 
ainsi de faire le tour du monde. Tandis 
que Don Alonso acquérait une si juste 



(1) Pour «« convdi'icre ilir l'etaclitude de ce» 
faits, on peut coDtulter ICrcinn liii-m^me , Hant 
«1)11 prnIoKiic <lc IV/r/iMcana, i^dil. de Madrid, 
iô(jo, ri d'Anvers, i5()7. 

(a) Élog-i d'Kicilla, par Mosqiiera de Fi- 
gucron. 

(3) L'histoire des voyaRc» d'ErcilU se trouve 
d.-.ns U C/ironir/ne ,\e CaUcle de Lilrella, Uiu»- 
liy^iipUe de riiilipps H.. 



ERC 

gloire comme soldat et capitaine, et mê- 
me, si Ton veut, comme conquérant, 
il n'oubliait pas cependant celle qu'il 
pouvait se flitter d'obtenir comme 
poète. C'est dans le sauvage pays d'A- 
rauco, entoure d'cunerais, souvent pii- 
vé de nourriture, et n'ayant quelque- 
fois pas d'autre litque la terre, ni d'à vitre 
abri que le ciel ; c'est là que cet inté- 
ressant jeune homme imagina d'im- 
mortaliser le peuple qu'il combattait, 
et les guerriers qui surent le vaincre. 
Voilà le sujet de son Araucaria. Dans 
ks loisirs que lui laissèrent ses tra- 
vaux militaires , il écrivait les événe- 
ments de la journée , tantôt sur de pe- 
tits morceaus de papier, tantôt sur 
des morceaux de cuir qu'il eut dans 
la suite bien de la peine à mettre en 
ordre. C'est ainsi qu'il termina la pre- 
mière partie de son poème. Bien des 
fois l'approche des ennemis l'obligeait 
à quitter son travail , et il lui fallait 
alors , selon son expression , aban- 
donner la plume pour reprendre 
ïépée. A la fin de ses ouvrages, lors de 
5on retour en Espagne, en i5j4 (i '^ , 
il commença la seconde |)artie de son 
poème à bord de son vaisseau. Arrive' 
à Madrid, il présenta son manuscrit à 
Philippe U, qui ne tint aucun compte 
du mérite de l'auteur ni comme poète , 
ri comme soldat, ni comme naviga- 
teur. L'empereur d'Allemagne, moins 
injuste que son neveu, sut réoompen- 

(t'i Tous le» biographes étrangers disent qu'Er- 
cilia se trouva à la bataille Ae St.-Queotiu , au il 
combattu fotis les ordres de son maître. U est 
certain quVtant retourné eu lîspagnc en iS5^ , il 
aurait pu se trouver à cette bataille , qui n'eut 
lieu qu'en anftt liS-. Mais ni l'auteur de soa 
éloge ( Mosquera de Figueroa , tuJileur-geaéral 
des armées, édition de Madrid et d'Anvers > , 
ni les biographes espaguols, n'en font mention. 
ErciUa lui - même se-rable le désavouer , lorsque 
rians son -Araucana ( 2e. part. , ch. 17 ) , il feint 
que Bellone lui apparaît en songe , et, le trans- 
portant sur une montagne élevée , présente devant 
SCS yeux les plaines de $t.-(Jfuentin , Tassant de 
'«J'*" P.'""*' *? l» bataille qui s'en suivit, sans 
qu'il s.>it question de sa personne; et si , en effet , 
il t'y fût trouvé, il n'aurait certainement pas 
ronlu perdre sa part a U gloire de ctïl« it>«Sk*r 
rsbie j'jarnée. 

3LIII. 



ERC a4i 

ser Ercilla, en le nommant son cham- 
bellan d'honneur. Sans parLiger l'opi- 
nion de Cervantes , qui crut pouvoir 
comparer \' Arancana aux meilleurs 
poèmes qu'a produits Tltalic, nous ne 
pouvons cependant voir avec ind.ffc- 
rence la critique sévère autant qu'in- 
juste qu'en ont fjit les compilateurs 
de Morcri (édition de 1759); ceux 
de la Biographie anglaise ( 1 798 ); le 
Dictionnaire historique (Gien, 1 779); 
Voltaire , dans son Essai sur la Poé- 
sie épique, et deruièremeut M. Bor- 
tcrweck , dans sa Littérature espa- 
gnole. Les premiers , qui semblent 
s'être copiés les uns les autres , lui 
veulent à peine accorder quelque feu 
dans les batailles. Voltaire ne sait y 
trouver, comme digne d'être remar- 
qué, que la Harangue de Colocolo. 
Cependant ce poème, connu chez tou- 
tes les nations qui cultivent les lettres , 
s'il u'cût eu en effet un mérite rétl, 
n'aurait certainement pas atteint à la 
célébrité dont il jouit depuis plusieurs 
années. M. Boutcrweck, qui connaît la 
langue espaguole , et qui ne prononce 
qu'après avoir examiné l'ouvrage, est 
celui qui lui rend un peu plus de justi- 
ce. Quoiqu'il ne croie pas devoir l'ho- 
norer du nom de [wëmt; , il lui accorde 
cependant un style correct, des images 
vraies , de belles descriptions, uu in- 
térêt qui va toujours en croissant, nne 
espèce d'ensemble cl d'unité d'action, 
et un esprit d'héroïsme répandu dans 
tout l'ouvrage. Que lui failait-i! donc 
pour mériter le nom de poème? un 
plus grand nombre de fictions poéti- 
ques ? le mélange des fables de la 
IMythologie ? Mais c'cit précisément 
cette abondance d'inventions qu'on 
blâme dans le Tasse , quoique ce dé- 
faut n'ait pas empêché qu'il soit le pre- 
mier des épiques modernes. Ercilla , 
en écrivant une histoiie,n voulu l'or- 
lier de tous les charmes de la poésie , 

j6 



2^'^ E R C 

sans cependant nuire au fond de sou 
sujet. Il s'en faut bien que son ouvrage 
soit exempt de défauts. I^es récits de 
la bataille de Saint-Quentin et de celle 
de liépante sont étrangers au sujet, et 
ne font que nuire à l'action principale. 
L'auteur s'est permis une digression 
pour faire la cour à son maître, 
ainsi que l'AriosIe et le Tasse en fai- 
saient souvent pour e'iever jusqu'aux 
nues la maison d'Esté. Outre ce dé- 
faut , parmi les octaves du style le 
plus e'ieve', et au milieu des pensées 
les plus sublimes, on trouve souvent 
des vers assez faibles et des idées trop 
communes ; mais dans l'ensemble , le 
style ainsi que les images ne sont nul- 
lement indignes de la majestc de l'é- 
popée, et il est juste de convenir que, 
comme poète , notre auteur a tiré 
de son sujet tout le parti dont il était 
susceptible , sans nuire à la vérité de 
l'Histoire. Ercilla n'a pas, il est vrai , 
la force, la hardiesse, la morale pro- 
fonde de Milton j mais il n'en partage 
pas non plus les absurdités. Son poë- 
n»e, bien au-dessous de la /m/5aZdni 
délivrée^ peut, sous différents rap- 
port, être considéré comme fort au- 
dessus de la Hcnriade \ et c'est lui 
assigner la place qui lui convient, que 
de le faire marclicr de pair avec la Zm- 
siade. Quoi qu'il en soit, son Araa- 
cana lui valut plus de réputation que 
de faveur et de fortune. Dégoûté de la 
cour, poiu" le peu d< considération 
que le roi avait accordé à ses talents 
militaires et poétiques , il voyagea 
presque tout le reste de sa vie. Ce- 
pendant il publia à Madrid, eu 
'■*77(0» l^* dp"x premières parties 



(0 Cette ilmr, t\nr nnni avons lln^r ilci h'tn. 
Kmpliet (lit Purniitte etfxignol, nom i «rriri à éU- 
lilir l'anDce tle la nai«<iiire tie uutre auteur, 
(|ii aiieiine 1)in|;r«phie n'avait encore flxëe. (I en 
Insulte que d»n Alunio atait, en 1/177, prci iln 
«iiiquaiite-ileuv ans ; à >an retour de rAtni'rii|u>- , 
il u en nvaitqiie «in^t-oia(, et par coiiKiqucal il 
était iiA en 1339. 



ERD 

de son poème , qu'il dédia au roi par 
une épître bien laconique. En iSçjO, 
il publia les trois parties. 11 raouruten- 
fîn dans la même ville vers l'an 1 5g5, à 
l'âge de -jo ans. Apres sa mort il eut un 
continuateur (Don Diego do Santisle- 
van), qui y ajouta leschanls 56' . et 3n*., 
mais qui est bien inférieur à son mo- 
dèle. Ercilla était d'une belle figure, 
d'un maintien noble et d'une taille 
avantageuse. Ses yeux étaient grands , 
noirs et pleins de feu. Il avait vm cœur 
généreux et noble , et un caractère 
doux, affable et prévenant. Voici les 
principales éditions de son Arau- 
caria : Madrid, i 67 7 ; ib. , i 5qo ; Bar- 
celone , ag avril i5c)'i; Bruxelles, 
I 5g5 , 5 parties ; Salamanque , 1 5p7, 
y. parties; Anvers , i5q7, , 5 parties, 
in-12, par Pierre Ballero; Madrid, 
1 65'i , vol. in-i 2 ; ibidem , 1 755 , in- 
fol.; ibid. , Sancha, 1776, 1783, 
u vol. in-8'., fig. On ne connaît pas 
de traduction française de la Arau- 
caria. M. Langlès en a presque ache- 
vé une qu'il ne destine pas à l'impres- 
sion. J. B. Chr. Grainville avait aussi 
entrepris une traduction, ou plutôt 
une imitation de ce poème; on n'en 
a imprimé que Tcpisode de Glaura, 
qui fait partie du uS". chant : ce frag- 
ment se trouve au tome vu des Qua- 
tre Saisoni du Pariutsse, pag. lyo- 
199. B— s. 

EKDOEDI ( Gabriel - Antoine , 
comte I)'), né en Hongrie, et mort 
doven des suffiagants de ce pays au 
milieu du dernier siècle. Il (it impri- 
mer à ses frais en 17^1 , à Tyrnau , 
un ouvrage intitulé: Opusculum tlmo- 
lopcum in quo quœritur an et qna- 
liter jjrinceps catholicus hœreticos 
in sud ditione retinere , vel contra , 
p.vnis eos aut exilio , ad f idem ca~ 
tholicam amplectcndam cogère pos- 
sit? Ou a souvent altiibué cet ou- 
vrage à Erdcedi , qui le iil imprimer; 



ERD 

mois il avait pour auteur le jésuite 
i);irai5cl Pinson. Comme il y régnait 
nu ton d'intolérance trop violent , 
l'emperciir eu fit défendre !a vente, 
et ii est mainteujnt au nombre des 
livres très rares. Voy. Clément, Bi- 
blioth. car. , tom. VIII, pag. 92 Cië- 
ment ne connaissait pas cependant 
le ve'ritable auteur de rouvraç;e, qui 
est indique' par Adflung dans le Sup- 
plément an Dictionnaire de Jocher^ 
art. Erdœdi. C — au. 

EUDT V Paulin) , fr;?nciscain alle- 
mand, professeur de théologie à l'uni- 
versité de Fribourg en Drisgau , né à 
Wertoch en 1757, mort le 16 dé- 
cembre 1800, s'est distingué par son 
tèleà combattre les esprits forts , tant 
par les écrits qu'il a composés que par 
ceux qu'il a traduits du français et de 
l'anglais. Ses ouvrages sont presque 
tous en allemand; quelques-uns sont 
intéressants jwur l'histoire littéraire et 
la bibliographie. On en trouve le dé- 
tail dans le Dictionnaire de Meusel. 
Nous citerons senleraent : I. I/istoriœ 
lilterariœ theologiœ rudimenta octo- 
di'cim libris comprehensa , seu via 
ad hisloriam Ullernriam Vieolos'iœ 
revelale , adnotationibus litterariis 
iiistrucla , 4 vol. iu - 8". Le plan 
de cet important ouvrage avait paru 
séparément , sous le titre de Cons- 
pectus , Augsbourg , 1785, in -8'. 
11. Eclaircissements sur la doctrine 
actuelle des académies (universités) 
dans les Etats autrichiens , ibid. , 
1785, in-8".; III. Introduction élé- 
mentaire pour les bibliothécaires et 
les amateurs de livres , ibid. , 1 786 , 
in 8 '. ; 1 \ .premiers Principes d'his- 
toire littéraire , pour servir tVinlro- 
Juction à une histoire complète de 
la théologie , ibid. , 1 787 , in-8 '. 

C. M. P. 
- EREMITA.r. Ermite (!'). 

tUEVAA'TSI ( RîtrxuisEBKCH, en 



E R I 245 

arménien Melk'hiseth ) , célèbre doc- 
teur ou vartabied arménien , né eti 
î5jo à Vejm , bourg situé dans le 
territoire d'Erivan. Dès sa tendre jeu- 
nesse, il embrassa i'elat monastique, 
et il étudia avec la plus grande ardeur 
la métaphysique , la philosophie ( t l'é- 
loquence , sous le fameux vartabicil 
Nersès Peghiou. Il passa quinze an- 
nées de sa vie , qu'il consacra entière- 
ment à l'étude , dans un monastère de 
nie de Lim , située au milieu du lac 
de Van. Il sortit ensuite de sa retraite, 
parcourut les diverses provinces de 
l'Arménie, et y fonda une grande 
quantité d'écoles, pour répandre l'ins- 
truction dans sa pairie. Il revint en- 
suite dans le monastère de l'Ile de Lim. 
En l'an lô'iq , le patriarche Moïse III, 
sur le bruit de son savoir et de ses 
vertus, l'appela à sa cour, et le créa 
chef du collège établi dans la rési- 
dence patriarchale d'Edchraiadsiu. I^ 
docteur Erevantsl mourut ensuite à 
El ivan en 1 65 1 , ou 1 080 de l'ère ar- 
ménienne. Ses ouvrages, qui sont resr 
tes manuscrits, sont : I. Analyse de 
la philosophie d' A ristole; II. Ana- 
lyse des ouvrages de David le philo- 
sophe ; III. Commentaire sur Por- 
phyre ; IV. un Traité sur la gram- 
maire ; V. un Traité sur la logique. 
S. M— N. 
El»IBERT,chefdep3rti au II*. siècle, 
fut en I o 1 8 le successeur d'Arnolfc i 1 
sur le siège archiépiscopal de Mi!an. 
Cette dignité lui donnait le premier 
rang parmi les princes d'Italie : son 
ambition , ses talents et son énerçiie 
surpassaient eneore son pouvoir. Eu 
ioi5 il assura tu couronne d'Italie à 
Conrad le Salique , tandis que les 
grands avaient voulu lui opposer \m 
prince franc is. Il alla d'abord lui 
rendr hommage à Constance ; ri i'ac- 
compigna ensuite jusqu'à Rome à la 
têle uc ses vassaux, et au reloar i] fut 

iG.. 



%44 E R f 

iionifnc Heiitrnaiit de rempereur en 
Lombardic : Ei'ibcrt e.\crça cet em- 
ploi avec une grande vigueur. li sou- 
mit en 10.A7 la ville de Lodi, à la- 
quelle il donna de sa main un nouvel 
cvèque; l'année suivante il enleva et 
fît périr dans les flammes les habitants 
de INIonlforl, au diocèse d'Asti, qu'on 
accusait de manichéisme. En io34 il 
commanda les troupes (jue Conrad ti- 
rait d'Italie pour soumettre le royau- 
me d'Arles. Cependant son orgueil et 
ses procèdes arbitraires excitèrent, 
l'anne'e suivante, les geutilsliorames de 
ïjorabnrdie,nommes alors V^avasscurs. 
Le peuple milanais endjrassa le parti 
de son archevêque; celui de Lodi avec 
tous les campagnards s'attacha aux 
Vavasscurs. Il en résulta une violente 
guerre civile, et comme l'empereur 
Conrad se déclara contre l'archevêque 
et le fit arrêter, celui-ci s'échappaut 
de sa prison , tourna ."jcs armes contre 
j'cinperfur lui-même. Celte guerre ci- 
vile eut plusieurs suites importantes ; 
elle donna occasion à Conrad le Sa- 
lique de publier la fameuse constitu- 
tion qui rendit les Hifs héréditaires , 
et qui fixa le droit public de l'Eu- 
rope. Dans la même guerre Eribert 
Î)l;iça à la tête des armées italiennes 
e earroccio ou char des étendards , à 
l'imitation de l'arche d'.illiance. Ce 
char , traîné par des bœufs, était tou- 
jours entouré par les meilleurs guer- 
riers de l'armée ; on Taisait dépendre 
de sa conservation ou de sa jierte , 
l'honneur ou la honte des combats, et 
l'obligation de le délendic était con- 
fiée à l'inlanterie : celle-ci se perfec- 
tionna; ce qui changea le système de 
la guerre et même celui de la politique, 
en donnant aux villes et aux compa- 
gnies bourgeoises une importance 
qu'elles n'avaient point auparavant. 
Enfin, la rivalité excitée par lùibcrt 
enlic les ciloyeuii et les gculiLhem- 



ERI 

mes , fut le premier symptôme de ccl 
esprit d'iudéjieudance qui se déve* 
loppa ensuite dans les républiques ita- 
liennes. Eribert se réconcilia en i o4o 
avec Henri III , fils et successeur de 
Conrad le Salique : il demeura neutre 
dans la guerre civile entre les nobles 
et les bourgeois de Miiau , qui se re- 
nouvela vers cette époque. H mourut 
au commencement de l'année io45. 

ERIC I^'-. — VIII , rois de Suéde, 
dont riiistoire est peu connue : ils ré- 
gnèrent dans le 9''. et le i o". siècles, 
le plus remarquable fut Eric Vlll, 
monté sur le trône vers l'an <j54. Une 
victoire signalée, qu'il remporta sur 
son compciiteur Styrbioern, qui était 
secondé par le roi de Danemark, lui 
fit donner le surnom de Ficîorieux. 
Ou j)rétend que ce fut lui qui créa en 
Suède la dignité de iarl , répondanlà 
celle de maire ou comte du palais. 

C AU. 

ERIC IX , surnommé le Saint , éUi 
roi de Suède en iiSa , et reconnu 
en Gotliie l'an 1 155. Il était fils d'un 
seigneur puissant nommé Jw.ir , et 
commença une dynastie qui .'literna 
dans le gouvernement avec la maison 
de Sweiker. Eric régnait à cette épo- 
([uc où l'enthousiasme religieux con- 
duisait des armées de Franc lis, d'Alle- 
mands, d'Anglais en Palestine, pour 
combattre les infidèles. Le roi de 
Suède , trop éloigné du centre de l'Eu- 
rope pour s'associer à ces expéditions , 
mais animé du plus grand zèle pour 
la propagation du christianisme, réso- 
lut d'entreprendre une croisade contre 
les nations septentrionales , encore at- 
tachées au paganisme; Henri, évêqiic 
d'Upsal, né en Angleterre, accompa- 
gna le roi dans cette croisade cpii fut 
dirigée contre les Finnois, établis en- 
tre les golfes de Fiidaudc et de Both- 
nie. Ce peuple ic'sibU cl déleudil avec 



ERI 

opinialrrtc son culte et son indépen- 
dance. Le roi ne put faire d'établisse- 
ment que sur la côte, cl l'evêquc d'Up- 
sal , qui voulut prop.iger le nouveau 
culte , fut assassiné. Retourne' en Suè- 
de , E!ric s'occupa avec beaucoup de 
zèle de l'adiuiiii'tration intc'ricurc, tt 
fit plusieurs iustituliuns utiles pour 
avancer la civilis;ition. !VIiiisiualp;rcses 
vertus et l'amour de sou peuple, ce 
prince ne put ccliapper aux funestes 
cirels de la violence et de la rudesse 
qui caractérisaient son siècle. Maç^uus , 
venu de Daueniarck , rassembla des 
troupes, et marcha conire Esic xci'S 
l'an I i6o ; il apjirocliait d'Upsal lors- 
qu'on avertit le roi, qui faisait sa |)rière 
daus le teiiiple de celle ville. N'ayant 
pas voulu l'interrompre , il fut cerne 
cl tomba au pouvoir de Magnus , qui 
lui trancha la tête. I^e peuple éclata eu 
ngrcts ; il fit son patron du monainpie 
que la barbarie du vainqueur lui avait 
enlevé. Le tombeau d'Eric, canonise' 
p.ir l'Eglise, reçut annuellement les 
hi;mraages de la dévotion. Ses reli- 
ques furent conservées dans le temple 
d'Upsal, où on les montie encore ( /^. 
Chaules VI II , de Sui de ). C — au. 

ElilCX — XL L'usurpateur Mag- 
nus fut chassé par Charles , fils de 
Swerkcr, mais Canut, fils de S. Eric, 
assassina ce nouveau souverain , et 
monta sur le tidne. 11 eut un fils qui 
rogna en Suède sous le nom d'Enic X, 
de 1210 à 1216 , et qui est regardé 
comme le premier roi de Suède qui 
ait été couronne soleunellcment ; il 
porte dans les Chroniques le surnom 
d'Ethique. — Son fils Ruic XI , sur- 
nommé le Bègue, parvint au trône 
l'an iv/xi, après Jean 1""., dernier 
souverain de la maison de Swerkcr. 
Eric Xl mourut eu i'i5o, ne laissa 
point d'enfants, et le trône de Suède 
passa daus la maisou des Folkimgar 

(^.B»G£R). c— AU. 



ERI 



3lS 



ERIC XIl , roi de Suède , de U 
maison des Foikungnr , était fils de 
Magnus , sui nomme' le Leurre , ( t de 
Blanche de Namur. En i5i4 •' ^^^ 
décliré co-régent de son père par ua 
parti puissant du clergé et de la no- 
blesse. Ce partage du |njuvoir fil naî- 
t;e une guerre entre le pèie (t le fils. 
C'-lui-ci mourut eu i jTif) , selon le» 
uns, d'une maladie épidémiquc; selon 
les autres, du poison que lui fil don- 
ner sa propre mère. 11 avait épousa 
Béatrix de Brandcboiug, qui mourut 
en mcme temps que lui. C — au. 

EUIC X!ll en Suède et VU on Da- 
ncniaick, ciait fils de Wralislas, due 
de Poméranic, et de Marie, nièce d» 
Marguerite, fille de Wald<mar, né 
en ij8i.Il fui nommé en lÔQ^ héri- 
tier des couronnes de Daneuiai k , de 
Suède et de Norvège, que Marguerite 
venait d'unir par le traité de Calmar. 
Après avoir été associé que'quc temps 
au pouvoir, il régna seul après la mort 
de Marguerite, arrivée en i4i2. Dé- 
nué de talents, lâche et cruel à la fois , 
il prit des mesui-es opposées aux vrais 
intérêts de la vaste monarchie qu'il 
devait gouverner , et aliéna tous les 
esprits ; il affaiblit surtouî son ciédit 
et ses ressources en faisant une guer\;e 
inutile et peu glorieuse aux comtes de 
Holstcin {wndant vingt-six ans. Les 
Suédois se soulevèrent contre lui ( P", 
Engelbiiecht) , et le déclarèrent dé- 
chu du trône. Les Danois imitèrent cet 
exemple ainsi que les Norvégiens , et 
en 1459 il ne restait à Eric que l'île 
de Gôtiand, où il se livra à la pira- 
terie. Obligé de quitter également cet 
asile , il se retira à Kugeuvfalde en 
Poméranic, où il mourut l'an i45{). 
Il avait été maiicà Pliiiippine, fille de 
Heuii IV , loi d'Ângleleue, princesse 
éclairée et ves tueuse, qui eût peut-être 
prévenu la tb'iu: du roi, si cile ne lui 
avait ctc culevéc trop tôt. Eric avait 



24G E R I 

ctc tlccore par lo roi d'Anglelene de 
l'ordre de la Jarrelièrc. Ce prince ai- 
mait les lettres , et avait; obtenu du 
pape Martin V l'érection d'une univer- 
sité dans son royaume; mais ce projet 
ne put être exécute' alors, les fonds 
qu'il y destinait ayant e'te absorbe's 
par les guerres qu'il eut à soutenir. 
Pendant sa retraite à l'île Gotland il 
composa une Chronique intitulée : 
IJistorica narratio de origine gentis 
Danorum et de regibus ejusdein gen- 
tis . à Dano usque ad annuin \ 288. 
(Ja la trouve dans les Scriplores re- 
runi septentrionalium d'Erpold Lin- 
dfnbroç; , f t dans le Chronicon chro- 
nicorum de J. Gruter. C — au. 

ERIC XIV , roi de Suède, fiis de 
Gustave Vasa , et de Catherine de 
Lauenbourg , naquit le 1 5 décembre 
1 533 , et succéda à son père en 1 5Go. 
Doue par la nature d'un esprit vit" et 
d'une ame active, il avait acquis des 
connaissances très variées, et semblait 
destiné à régner avec gloire ; mais son 
caractère était violent , et de fréquents 
accès de mélancolie le rendaient in- 
quiet , irrésolu et on)brap;eux. Les pré- 
rogatives que Gustave Wasa avait ac- 
cordées aux ducs, SCS frères, lui inspi- 
raient de la jalousie , le gênaient dans 
l'administration , et favorisaient les 
\ues de plusieurs ambitieux , qui se- 
mèrent la discorde dans la famille 
royale. Eu i5Gi , Eric se fit couronner 
avec, beaucoup de pompe à Upsal, et 
en mêtne temps il créa les dignités de 
comte et de baron , jusqu'alors incon- 
nues en Suède. Peu après il entreprit 
un voyage eu Anp;lctcrrc, pour de- 
mander la main d'Elisabeth ; mais une 
tempête violente le força de revenir 
et il envoya des négociateurs à Lon- 
dres. Elisabelli donna quelques espé- 
rances qui ne furent cependant jamais 
réalisées. Eric ne fut pas plus heureux 
dans SCS autres projets de mariage, et 



ERI 

enfin il résolut d'épouser Catlierine 
Mansdotcr, fille d'un caporal; les étals 
donnèrent leur consentement à cette 
union; mais les grandes familles du 
pays et les ducs en léinoigncrent uo 
mécontentement qui augmenta les in- 
quiétudes du roi. Il prit surtout un 
grand éloignement pour Jean , son 
frère aîné, duc de Finlande, et le fit 
mettre en prison avec sa femme. Ce- 
pendant son attention fut détournée 
pendant quelque temps de ces troubles 
domestiques par la guerre qu'il eut à 
soutenir contre la Pologne et le Dane- 
mark. 11 eut d'abord des succès , con- 
quit une partie de l'Esthonie, et enleva 
aux Danois un graîid nombre de vais- 
seaux; mais ayant pris de fausses me- 
sures , et refusant d'écouter les con- 
seils de ses généraux, il éprouva des 
revers, surtout du côté du Danemark. 
Jœran Pehrson , homme vil et cruel , 
s'empara de sa confiance , et l'entraîna 
à des actes de dureté et d'injustice qui 
excitèrent un mécontentement général. 
Eu i5G'^, il assembla les étals à Upsal, 
et leur enjoignit d'instruire le procès 
des seigneurs (ju'il croyait coupables , 
et qu'il avait fait arrêter. Les étals dé- 
clarèrent que les preuves ne leur pa- 
raissaient pas suffisantes pour con- 
damner les accuses. Le roi entra eu 
fureur; il se rendit à la prison où était 
détenu Nicolas Sture, et après l'avoir 
accablé de reproches , il lui enfonça 
un poignard dans le bras; ayant frappé 
une seconde lois , il sort le poignard 
et ordonne à un domestique &c lui 
otcr la vie. Plusieurs autres furent 
immolés par les drahans du roi , qui, 
toujours en proie a sa rage, quitte la 
ville et parcourt les cbamjis pendant 
quatre jours, sans vouloir écouler au- 
cune «epréseutalion. J^c regret com- 
mença cependant à se faire sentir, des 
larmes abondantes coulèrent de ses 
yeux , cl il se laissa ramener à Upia!. 



ERI 

ir renvoya l'odieux Pflirson , irmit 
en liberté Jean Sun (lète, el clu relia à 
»c réconcilier avec les familles puis- 
santes. Mais ce retour à la raison et à 
la prudence ne fut pa>; de longue durée. 
Pehrson rentra en faveur , et les per- 
sécutions , les emprisonnemenls re- 
commcncèrtnf. Enûu , le duc Jean , de 
concert avec un autre frère du roi, 
Charles, duc de Sudcrnianie, se mit 
à la tête d'une insurrection ; les deux 
priiices, secondés par plusieurs sei- 

cneurs puissants, rasseuiblcrcnt une 

1» "«111 

arnàce , < t marchèrent sur bîockuolm. 

Eric entra en uégcrialion , livra sou 
favori Pehrson, qui fut exécuté -ur le 
champ , f t fit plusieurs propositions 
d'accornraod< luent. Mais les princes 
poussèrent le siéçue de la capitale cl 
s'en emparèrcn!. Le roi , abandonné 
de ses troupes et de ses ministres , se 
retira d'abord dans la cathédrale et 
ensuite au palais. H implora la clé- 
jornce de ses frères, et se reconnut 
leur prisonni(r. G)nduit à la cathé- 
drale, il fit publiquement l'aveu de ses 
torts , et résigna la couronne ; le len- 
demain , Jean fut proclamé roi , et les 
états confirmcrciit son autorité par un 
décret solennel. Ayant nproché à son 
frère sa démence , cch.i-ci lui répon- 
dit : « Je n'ai été fou qu'une seule 
» fois, c'est lorsque je t'ai rendu la 
» liberté. » Eric fut traité avec une 
dureté révoltante par son successeur , 
qui le fil traîner de prison on piison, 
le priva de tous les adoucissements 
qu'il sollicita , et même des secours de 
la religion. Son malheureux sort com- 
mençait à exciter rinlércl , et il se for- 
lua des projets pour le délivrer. Jean 
eu ayant été averti, ordonna de ter- 
miner les jours de son frère par le poi- 
sou. Eric expira le 26 février iS-j-^. Il 
avait montré pendant sa détention un 
çrand courage d'esprit , et s'était livré 
à l'étude pour se distraire de ses peines. 



ERI 247 

Catherine , sa femme , lui témoigna le 
plus grand attachement pend int sa 
ciptivité, et brava plus d'une fois la 
colère de Jean pour procurer des se- 
cours à son malheureux époux. Elle 
lui avait donné un fils nommé Gustave, 
qui fut dépouillé de ses droits à la suc- 
cession , et qui vécut dans l'élrtuger. 
Quoique Je règne d'Eric XIV fût très 
orageux, et qu'il n'ait duré que 9 ans, 
il ne fut pas sans inQuenre sur le rôle 
que la Suède joua ensuiti- parmi les 
puissances de l'enrope. Ce fut pendant 
ce rè^ne que les limites du royaume 
prirent une plus grande cxfcnston à 
l'est , et que les Suédois devinrent 
maîtres d'une partie de l'Elsthonie; que 
la marine suédoisegagna un plus grand 
développement ; et que les relations 
comm«*rciales devinrent un des pre- 
miers obj'ts de l'attention du gouver- 
nement. Eric protégea les sciences et 
les savants , et créa plusieurs institu- 
tions littéraires. On conserve de lui 
quelques ouvrages qu'il rédigea pen- 
dant sa captivité, et l'on fait encore 
usage d;.ns les églis<s du pays, de plu- 
sieurs cantiques qu'il composa dans les 
dernières années de sa vie. C — av. 

EUIC l*""., surnommé /c Bon, [ire- 
mier roi de ce nom de tor.t le Dauc- 
maik(i). Il régna vers la fin du 1 1*. 
siècle. Ce fut à .»a demande que le pape 
donna au Danemark un primat, qui 
obtint le titre d'archevêque , et résida 
dans la ville de Lund en Scanie. Eric 
était très religieux ; il fit deux voyas»*-^ 
à Rome , et reçut les moines de Ci- 
teaux en Danemark. Il se rendit ce- 
pendant coupable d'un meurtre, et 
pour apaiser ses remords et faire sa 
paix avec l'église, il entreprit un péle- 



( l) 1'. j iTïit en un roi du même nom au Dtn- 
Tiéme siècle, mai» qui dc regnaqne $nr une partis 
dn U^iirmark ; quelque» hit oriens lui ont cepen- 
dant donue Ir r.oin dr premier. \f,ui avons saivi 
r.irdre indiqué p^r Miliei, Hiitutrc tU Vatt.- 
inari:l , guTiage i^énCraLcmenl estimé. 



243 , E R I 

image à Jeriis;:ltra ; mais i! mourut sur 
la roule , dans l'île de Chypre , l'an 
1 io5. Dans les premières années de 
son règne , Eric avait fait une expédi- 
tion contre les Vandales , et s'était em- 
pare de leur capitale, nommée Jullin , 
ou Jombsbourg. il sut aussi se faire 
respecter dans son royaume , par sa 
vigilance et les soins qu'il donnait à 
l'administration. Sa boute et sa géné- 
rosité le rendaient cher au peuple; les 
anciennes chroniques disent qu'il vi- 
vait avec ses sujets comme un père 
.'ivec ses enfants , et que personne ne 
Je quittait sans consolation. C— au. 
ERIC il , surnomme Emund, roi 
do Danemark , parvint au trône vers 
l'année i !55. 11 eut, comme Ericr*". 
une guerre à soutenir contre les Van- 
dales , qui se rendaient redoutables 
par leurs pirateries. Le pouvoir des 
cvêques s'élant beaucoup augmenté, 
le roi eut avec eux de fréquentes que- 
relles. Son règne dura deux ans. — Il 
eut pour successeur Eric III, sur- 
jiommé X Agneau , qui se fit moine à 
Odenséc , en \'i^i, après un règne 
peu remarquable, C — au. 

ERIC IV— ERIC VI, rois de Dane- 
mark , pendant le 1 5". siècle. Ces rois 
régnèrent à une époque fertile en ré- 
volutions , et en catastrophes. Les 
princes cadets de la maison royale 
étaient devenus des vassaux puissants, 
et des livaux du trône. D'antres vas- 
saux aspiraient également à l'indépen- 
dance, et le clergé refusait d'obéir aux 
ordres du monarque , en réclamant 
ses privilèges et ses rapports avec la 
cour de Rome. Eiic IV , surnomme 
Ploç, penning , à caiisc d'un imjiôt 
qu'il avait mis sur les charrues, fut 
juis à mort, en 1 25o, par l'ordre de son 
frère Abcl, quilc rempUça sur le trône 
( f^. Abel. ). — Enic V, stunomnié 
Clippinp (clignant des yeux ) , fut as- 
sassiné près de Viborg eu Jullaud , 



ERt 

l'an 1 286. — Eric VI, son fils , sur- 
nommé Menred , eut des différents 
avec le roi de Norvège ; les troubles 
intérieurs avaient augmenté pendant 
sa minorité , et la régence de sa mère, 
Agnèsde Brandebourg. Lorsqu'il mou- 
rut, en iSig , Christophe II, sou 
frère, étant monté sur le trône, le 
Danemarck tomba dans un état de 
confusion et d'anarchie qui dura pen- 
dant plusieurs années , et pendant le- 
quel ce royaume fut menacé d'être 
dissous ( Foj. Christophe 11. ). 

C AU. 

ERIC VII, roi de Danemark. Foy. 
Eric XIJl de Suède. 

ERIC OLAI, ou ERICD'UPSAL, 
docteur en théologie, et doyen du 
chapitre d'Upsal , vivait dans le \ S*". 
siècle, et com2)osa par ordre du roi 
Charles VII I une Histoire de Suède en 
latin , sous le titre d^I/istOTia Sueoruin 
Golhorumque. Cette histoire se ter- 
mine à l'année 14^4 î ^He 1"' publiée 
la première fois à Stockholm , eu i (i 1 5, 
par Jean Mcssenius; en i654, Locce- 
nius la fit réimprimer dans la même 
ville. Eric Olai n'est pas exempt d'er- 
reurs et de préventions ; mais il man- 
quait de guides, et ne pouvait souvent 
recourir qu'aux traditions pour sup- 
pléer aux monuments. Il n'y avait eu 
avant lui que des relations iucomplet- 
tes , rédigées par les moines , et des 
chroniques rimées, où la vérité histo- 
rique était plus d'une fois sacriliée à 
la mesure et à la rime. C — au. 

ERICEIRA (Fernand de Meke- 
zEs , comte d'), né à Lisbonne le 
27 novembre iGi4 , y mourut le 
22 juin i()99, à l'àgc de quatre- 
vingt-quatre ans. Il consacia aux 
lettres tous les loisirs d'une vie glo- 
rieusement occupée à servir l'état et 
dans les armées et dans les conseils. 
On a de lui : I. Fida, etc., la Fie 
du roi Jean 1". , Lisbonne, 1677 , 



EKI 

in- 4"' Les critiques portugais louent 
le style de cet onvraj;e. II. Histo- 
ria, etc., Histoire de Tan<;er,L\s- 
bonne , i 702 , in-fol. Cette histoire 
peut avoir de l'iraporlance , et offrir 
des renseignemeuls exacts et sûrs ; 
car Ericcira avait été pendant plu- 
sieurs années gouverneur de Tanger. 
m. Ilisloriœ Lusitanœ , etc., His- 
toire de Portugal, depuis 1640 jus- 
qu'en 1657, Lisbonne, 1^54 , -i vol. 
grand in - 4 •» publié p.*r le P. An- 
tonio dos KcTs , de l'oratoire. Ce sont 
là les plus importantes productions 
iuipriinces du comte Ericcira. il a 
laissé en mauuscnt des poésies la- 
tines, ïLiliennes, portugaises, espa- 
gnoles; des traités de mathématiques 
cl de philosophie; des discours poli- 
tiques ; des discours académiques; la 
vied'lsabellcou Elisabeth) de Savoie, 
reine de Portugal , en latin et en por- 
tugais ; un roman hisloiique , dont il 
est lui-même le héros sous le nom de 
Felisardo. Sa vie, écrite eu latin par le 
P. dosReys, se trouve au commen- 
cement de son Histoire de Portugal. 
B—ss. 
EUICEIRA ( Louis de Mesezes , 
fomte d' ) , frère du précédent, na- 
quit à Lisbonne le -il juillet ibôî. Il 
fut grand homuje de guerre , grand 
homme d'état et liltér aeur distingué. 
Le Portugal lui dut l'établissement de 
plusieurs importantes manufactures. 
Sou palais était orné des ouvrages du 
cavalier Bcrnini et de notre fameux 
peintre Lebrun. L'italien , le fran- 
çais , l'espagnol lui étaient également 
familiers ; il les savait aussi bien 
écrire que parler. Une moit préma- 
turée termina une vie si glorieuse. 
Dans un accès de frénésie mélancoli- 
que , le comte d'Ericeira se jeta par 
une fenêtre, dans la nuit du -xQ mai 
i(3<)o. Il a écrit en portugais ime Vie 
de Scaûderbeg, Li&boiiue, i6b8, et 



ERI alf) 

une Histoire de la restauration du 
Portugal, Lisbonne, 1679 cl lOob, 
2 vol. iu-fol. (j'cst l'histoire du Portu- 
gal depuis 1640 jusqu'en i6(i8, su- 
jet que son fière a, comme nous 
l'avons dit, traité en latin. Le jour- 
nal des savants de janvier 1681 fait 
un pompeux éloge de cet ouvrage : 
« tout y est grand, dit le journaliste, 
» le sujet , la manière de l'écrire et 
» l'auteur même. » Il existe quelques 
autres ouvrages du comte d'Ericeira , 
tant imprimés qu'inédits. Dans celte 
dernière classe sont des poésies et 
comédies espagnoles, des relations 
militaiies,des discours académiques. 
— Un autre Louis de Mesezes, 
comte d'Ejiiceira , vice-roi des Indes 
portugaises, s'est aussi distingué dans 
les lettres. On lui doit: I. un Sup- 
plément au Dictionnaire de Moréri , 
qui a été fondu dans l'édition de 
1769; IL un Supplément au Dic- 
tionnaire portugais de Bluteau ; Il F. 
Estado présente de Asia, princi- 
palmenle de la China , del anno de 
1719, formant, avec plusieurs Let- 
tres et Mémoires de la vice-royauté 
de i'iude, 5 vol. in-fol. , manuscrits» 
eu portugais, selon la Biblioteca d'An- 
tonio de Léon - Pinelo , édition de 
1729. B — s s. 

FHICEIKA (François-Xavier de 
Menezes, comte d';, est plus connu 
en France que les trois Ericeira que 
nous venons de nommer. Boileau , 
dont il avait traduit l'Art poétique 
en vers portugais , lui a écrit une 
lettre de remercîment qui a donnrf 
parmi nous au nom d'Ericeira une 
sorte de célébrité. Les Portugais 
mettent le comte François d'Ericeira 
au nombre de leurs plus grands 
hommes. Il était (ils de Louis d'Eri- 
ceira , et naquit à Lisbonne le 29 
janvier 1675. Dès ses plus jeunes an- 
nées il moulra pour les letlies et le« 



■î5o E R l 

sciences les plus racrvcilicuscs dispo- 
sitions. La cairicre militaire clans la- 
quelle il entra , appelé par sa nais- 
sance et l'exemple de sa familic , ne le 
rciivli; point étranger à la littérature. 
11 trouva le temps , au milieu des 
fonctions publiques , de composer uii 
très grand nombre d'ouvrages, et 
d'enirctenir une vaste correspondance 
avec les bomracs les plus distingués 
de l'Europe savante. Muratoii, Bian- 
chini, Leclerc, Bayle, Renaudot , Bi- 
gnon , Feijoo , Mayans étaient en re- 
lation avec lui. H était de la société 
royale de Londres et de plusieurs 
autres académies. Louis XV lui fit 
présent du catalogue de sa biblio- 
thèque et de vingt-un volumes d'es- 
tampes. Il pos^édait lui - même une 
très nombreuse collection de livres , 
d'instruments et de machines, qu'il 
«ommuiiiquait avec une rare complai- 
sance. Il mourut le 2\ décembre 
1145, à i'<àge de soixante-dix ans. 
iJi collection des Mémoires de l'aca- 
démie royale de Lisbonne contient 
une foule de discours , de disserta- 
tions , de remarques de tout genre 
par le comte Ericeira. Il est auteur 
d'un poème épique, intitulé Henri- 
qiieida , et d'un nombre considéra- 
ble de poésies de circonstance. Parmi 
ses ouvrages inédits, qui sont fort 
nombreux , se trouve cette traduc- 
tion de l'art poétique do Boileau, 
dont nous avons parlé plus haut. 
Boileau avait eu le projet de la faire 
imi)rimer; mais l'abbé Régnier Ues- 
niarais , auquel il l'avait prêtée , 
égara le ]iremier ebant. « J'ai eu, 
ù dit Boileau , la mauvaise liontc de 
)» n'oser récrire à Lisbonne i)0ur en 
» avoir une autre copie. » Si l'on de- 
vait prendre à la lettre les éloges que 
iioileau donne à celte traduction, 
l'on aurait fort à se plaindre de sa 
luar.vaisc ho»lo. «Vouàcurichisicz, » 



ERt 

dit - ii au comte d'Ericeirs, en style 
de Baizac , « toutes mes pensées eu 
» les exprimant; tout ce que vous ma- 
» niez se change en or, et les cail- 
» loux n\êmes , s'il faut ainsi parler , 
» deviennent des pierres précieuses 
» entre vos mains , » et le reste. Un 
poète est toujours fort indulgent pour 
un grand sàgneur qui se donne la 
peine et lui fait l'honneur de le tra- 
duire; de sorte qu'H y auiait quel- 
que risque à régler nos regrets sur ce 
pompeuxéloge. Cequ'il fuit encore re- 
marquer c'est que Boileau n'avait, de 
son propre aveu , qu'une connaissan- 
ce très imparfaite du portugais. B-ss. 
ERICEIRA (, Jeanne - Josepuiive 
DE Menezes , comtesse d' ) ,^ mère du 
précédent, fille de Femandd'Erieeira, 
et femme de Louis d'Ericeira , se mon- 
tra digne de porter ce nom illustre. Elle 
naquit à liisbonne le i5 septembre 
i65 I . Son père lui apprit le français , 
l'italien et l'espagnol; le jésuite Mello 
le latin. Elle faisait très agréablement 
des vers , et écrivait en prose avec 
beaucoup de goût et d'élégance. Ses 
principales prociuetioiissuntun Poème 
motaX ,n\Mn\é Despertador , etc., le 
Réveil du songe de la vie, et une 
traduction porlu'^aise des Réflexions 
de la duchesse de la ValUère sur la 
miséricorde de Dieu. Elle a laissé plu- 
sieurs ouvrages manuscrits, entre au- 
tres des Poésies françaises , italiennes , 
espagnoles et portugaises; des Lettres; 
des Comédies ; une Vie de S. Augus- 
tin; le Triomphe des femmes, tra- 
duit du français. Lacomlessc d'Eric» ira 
mourut d'apoplexie le u6 août 1 709. 
B — s s. 
ERICI (Jacob) savant suédois, 
né à Stockholm dans le i(i'. siècle, 
mort le 10 décembre 1^19, fut long- 
temps professeur de langue grecque à 
Stockholm et àUpsal , et (it imprimer 
ea J 58'i , dans la pieiuière de ces 



ERI 

villes, le discours d'Isocrateà Demo- 
iiiciis. C'est lin «les premiers monu- 
raciits de rèîiide du grec en Suéde, 
où cette étude ue se développa que 
vers le milieu du i -j'. siècle. , lorsque 
l'uuiversité d'Upsa! eut ete réorgani- 
sée par Gîistave Adolphe. — 11 y a eu 
en Suède quelques autres savants du 
nom d'Eri..i, parmi lesquels nous re- 
marquerons Isaac Erici, auteur d'un 
ouvrage qui a pour titre : Calendd- 
riiun ecclesiast. Sutticum in quo 
vitœ sanctorinn , quorum nominu in 
fasiis Suelicii occurrunt , hrcvitèr 
eiiarrnnttir. C — au. 

EKIZATSY ( SAnr.is ou SergiusI , 
très savaut evcque anne'nien , qui na- 
quit , vers le milieu du i 5 . siècle , à 
Kriza ou Arzeiidjjn , ville d'Arme'nie. 
Il est fameux, parmi les Arménien», 
pour ses connaissances dans la tlie'.»- 
îojiic et le droit canonique. En i abti, 
Jacques l'''. , patriarche de Sis, l'ap- 
pela à sa cour cl le fit sou secrétaire. 
En 1291, il fut sacre' évêque d'Ar- 
lendjan , sa patrie , et peu de temps 
après le roi des Arméniens de Ci'icie, 
Ha) ton ou Ilatlioura II , le fit aumô- 
nier de son palais. En 1 5o6 , il assista 
à un grand concile qui se tint à Sis , 
capitale de la Cilicic, et il mourut peu 
de temps après. Il a c'crit : I. Un 
Traité sur la hiérarchie civile et 
religieuse; 11. une Explication des 
Canons de l'Eglise; 111. un Discours 
sur la prédication des apôtres et 
sur la propagation du Christianis- 
me.Tous ces ouvrages sont restes ma- 
nuserifs. S. M — n. 

ElUZZO ( Sebastien ), en latin 
Ericius ou Echinas [ hérisson ), an- 
tiquaire, philosophe et savant littéra- 
teur italien, naquit à Venise, le 19 
juin \ 5-3.5; son père était sénateur et 
SA mère de la noble famille Gontarini. 
Jl fil SCS études à Padoue, y acquit 
uuc conuaissauce parfaite des langues 



ERI aSf 

grecque el latine, et se livra cnsu te 
avec ardeur à l'étude de la philoso- 
phie antiq'ic. De retour à Venise et 
devenu sénateur, il se distingua dans 
le conseil des Dix par la gravité de 
son caractère et de ses mœurs. II 
coiitiiuia de cultiver les lettres et la 
philosophie ; il prit aussi un goût 
très vif pour les antiquité^ , et par- 
ticulièrement pour les inéd;«ille>. Il 
forma dans sa maison un musée 
curieîix qui , après sa mort , resta 
quel'|ue temps à sa Himilie. fut ensuite 
acheté par un sénateur du nom de 
Tiepolo, et enfin public par le procu- 
rateur de S linl-Marc , Lorenzo Tie- 
polo , avec de magnifiqins gravures. 
Et izzo était doué d'une mémoire pro- 
digieuse, ce qui rendait sa conversa- 
tion aus<i instructive qu'agréable. Il 
était excellent juge «les ouvrages des 
autres et très modeste sur les siens; 
il en écrivit de différents genres, qui 
furent tous publiés de son vivant el 
sous ses veux; mais la plupart le fu- 
rent par de savants éditeurs , tels que 
le Ruscclli et le Doice , qui trcuvaicut 
sans doute leur compte à lui en épar- 
gner le soin. Il y trouvait aissi son 
propre compte; car un édiîeur peut, 
dans une préface ou dans une épîiro 
dédicaloire , dire de l'ouvrage qu'il pu- 
blie, et même de l'auteur, ce que cet 
auteur ne pourrait pas dire lui-même. 
Erizzo mourut âgé d'environ soixante 
ans , le 5 mars 1 585. Les ouvrages 
qu'on a de lui sont : I. Trattato deW 
istrumento e via inventrice de gli 
anlichi , publié par Ruscclli , Venise , 
1 554, iu-4 '. ; 11. Discorso de i Go- 
verni civili ^ a messcr Girolamo Ve- 
niero , imprime' la première fois avec 
le Traité de Ijtrihticnii Cîvalcauti , 
sur les meilleurs gouvernements des 
républiques anciennes el modernes , 
Venise, Sansovino , i555 , in-4°. ; 
ensuite p;»r uu autre imprimeur, ibid, , 



25a ÉRI 

iS^i , iD-4''.; et avec d'autres traites 
iW difiercnts anteius sur la même ma- 
tière, Venise, chez les Aide, iSf)!, 
in-S". : il en a e'te fait depuis plusieurs 
édifions; 111. Diseorso sopra le me- 
da^lie de f^li anlichi, con la Dichia- 
razione délie monele consulari e 
délie jnedaglie degli imperaJori ro- 
mani, Venise, i55(), in-4 "• Co livre 
eut un tel succès, qu'il en parut trois 
c'Jitions dans la même aunc'e ; l'édi- 
teur, Ruscelli , dédia la première à Si- 
gisniond Aup;uste, roi de Pologne; et 
.son epître de'dicatoii'c , réimprimée, 
avec la même date , en têle de l'édi- 
tion corrigée et augmentée qui parut 
douze ans après sans date, a trompe 
plusieurs bibliographes. Le titre de 
cette édition , beaucoup meilleure et 
puis estimée que les trois premières, 
])orle que l'ouvrage est di miavo in 
(jucsla quarta edizione dalV istesso 
iiulnre revisto et ampliato , Vjnise, 
in 4". > con le figure délie medaglie. 
Elle est , comme nous l'avons dit , 
sans date; mais on sait qu'elle parut 
en iS-ji. CetomTage, plus ample et 
encore plus méthodique que celui de 
"Vico, publié en i555, fait époque 
dans la science numismatique , et , 
malgré les progrès qu'elle a faits 
de|juis , jouit encore de l'estime des 
.savants. Vico habitait Venise dans 
le même temps qu'l',rizzo ; il avait 
romuic lui un riche cabinet de mé- 
dailles , et ces deux savants, cultivant 
à la fois la même science . ne pou- 
vaient pas être inconnus l'un à l'autre. 
Érizzo publia son ouvrage quatre ans 
après que c«lui de Vico eut p.uu, et 
cependant il n'y parle ni do Vico ni 
de son livre; Foscarini, dans son His- 
toire de la littérature italitnne, n'a pu 
se dispenser de faire remarquer ce si- 
lence, qui ne peut être i'( (Tel ni de l'i- 
j^noranccui du hasard. IV. Ti.v^Oir^/o- 
ae nellc trc Canzoni di Mes. Frances- 



ERI 

co Petrarca , chiamate le tre sorelle , 
vuovamente mandata in luce da Lo^ 
dovico Dolce , Venise, i56i , in-4''. 
Dolce, profitant du privilège d'édi- 
teur , parle de ce Commentaire avec 
l)paueou]) d'éloges dans son Epître dé- 
dicatoire adressée à l'ambassadeur du 
roi de France Charles IX auprès de 
la sérénissime République , et il affir- 
me qu'un grand nombre de savants qui 
l'avaicjit lu en manuscrit en ont juge 
comme lui. V. // Timeo , overo délia 
natura del mondo , Dialogo di Pla- 
tane tradoiio di lingua greca in ita- 
liana da Mes. Sebastiano Erizzo y 
e dal medosimo di moite ulili anno- 
ta zioni illustrato , Venise, i558, 
ou , selon Aposlolo Zeno , 1 557 » '"' 
4". Le Ruscelli, éditeur de cette tra- 
duction , l'a dédiée à l'évêque de Bres- 
cia , avec une longue et savante lettre 
où , après lui eu avoir vanté le 
mérite, et surtout celui des notes 
dont elle est accompagnée, il prend 
soin de l'instruire que l'Erizzo est un 
des sept savants qui se sont chargés 
de traduire en italien toutes les OEu- ' 
vres de Platon. VL En efiel , il tra- 
duisit encore quatre autres dialogues 
qu'il publia lui-même avec le Timée, 
environ seize ans après, sous ce litre : 
/ Dialoghi di Platone intitolati : 
VEutifrone, overo délia sanità ; l'A' 
pologia di Socrate ; il Critone, o di 
quel che s' ha a/fare ; il Fedone , 
o deW immortalitîi delV anima ; il 
Timeo , etc., di molle utili annoia- 
zioniillustrati, con un Comento so- 
pra il Fedone, Venise, i5';4; i»-8". 
Parlant cette fois en sou nom dans 
son Avertissement au lecteur, il n'a 
pu s'y lotier lui-même; mais il y fait 
un niagnifiquo éloge de Platon, dont 
on voit , et par le soiu qu'il avait mis 
à le traduire , et par les noies et les 
corauic» laires où il explique sa doe- 
tiiuc , qu'il était graud adiuiralcur^ Ea 



ERI 

traduisant Platon , il travailfa sur le 
texte même , quoiqu'il y en eût une 
traduction latine de iMarsile Ficin , qui 
avait beaucoup de réputation. Il pa- 
raît qu'il savait mieux le grec que IMar- 
sile ; il le redresse et le corrige sou- 
vent : il nous en avertit par des notes 
mar;];inales , tantôt en citant simple- 
ment le mot grec , et tantôt en ajou- 
tant: Marsilio varia , âlarsUio man- 
ca, Marsilio erra : Marsile change 
le texte , Marsile manque , Marsile se 
trompe. Quelquefois il observe que le 
texte est corrompu , et il propose de 
meilleures leçons. Son Commentaire 
sur le Plic'don , plus long que le Phe- 
don même , prouve qu'd connaissait 
à fond les dogmes du platonisme et 
les ouvrages des platoniciens. VU. Le 
sci Giornatc di masser SeUasliano 
EriiZQ , mandate in lace da Messer 
Lodnvico Dolce , Venise , i jC-; , in- 
4". C'est un recueil de Nouvelles , mais 
de Nouvelles toutes morales , qui con- 
tiennent, comme il est dit en tête du 
Proemio ou prologu«, « sous la forme 
» de divers événements heureux et 
» malheureux , de nobles et utiles le- 
» çons de philosophie morale. » L'édi- 
teur Dolce, à qui l'Erizzo en avait fait 
présent, nous apprend, en l'apprenant 
au prince Frédéric de Gonzague dans 
son Epllre dêdicaloire , que l'auteur 
avait éciit ces nouvelles, ou plutôt ces 
événements , lorsqu'il étudiait encore 
dans l'université de Padouc, pour se 
délasser de ses autres travaux , et pour 
faire cependant quelque chose d'utile 
et qui fiît digne de lui j qu'il leur a 
donné ce titre d'Evénements, Ai>ve- 
nimenti , pour les distinguer des Nou- 
velles qui présentent trop souvent, 
avec des choses graves et instructives, 
d'autres qui sont moins propres à ins- 
truire qu'à corrompre les mœurs. Six 
jeunes amis, étudiants dans cette uni- 
▼cr»itc ^ SG réuBisstrnt peudfiut six 



ERI a53 

Journe'es pour se faire les uns aux au- 
tres des récils propres à les détourner 
du vice et à les portera la vertu. Telle 
c>t la fable de cet Hexameron', il res- 
semble , autant que l'a pu le jeune 
auteur, au Decameron de Boccace, 
par le style , les formes et les tours 
qu'il se propose d'imiter , cl qu'en ef- 
fet il imite très heureusement ; mais 
on voit qu'il en diffère beaucoup par 
l'inleutioii et par le but moral. Les 
Six Journées ont été réimprimées en 
l'jgj, avec le plus grand succès, et 
font partie de la précieuse collée! iou 
donnée à Livourne, sous le litre de 
Londres , par le savant éditeur Ciae- 
taiio Pug^iali. G — É. 

ERîZZO ( François ) , doge de 
Venise, de iG5.i à i6^J , avait suivi 
avec quelque distinction la carrière 
militaire; il avait entre autres com- 
mandé l'armée que Us Vénitiens des- 
tinèrent , en i6i9, à couvrir leurs 
frontières el à défendre le duc de ?Jan- 
toue, lorsqu'il fut élu en i65i pour 
succéder à Nicolas Gontariui. Pendant 
la plus grande partie de son règne, 
Venise fut en paix avec tous ses voi- 
sins , quoique la France s'efforçât 
d'engager cette république dans la 
guerre do trente ans, et que le pape 
Urbain VIll l'obligeât, par des pré- 
tentions nouvelles , à déployer toute 
sa fermeté. Mus en 1643, une attaque 
imprévue des Turks sur l'ile de Candie 
aliuma une guerre dangereuse. LaCa- 
née fut prise par llusubordination des 
divers chefs qui commandaient dans 
nie. Pour y remédier on i-ésolut d'y 
envoyer le doge avec un commande- 
ment suprême. Erizzo accepta cet em- 
ploi avec zèle, quoiqu'il fût âgé de 
quatre-vingts ans, et il s'occupa tout 
de suite de l'embarquement des gens 
de guerre; mais la futigue de ces pré- 
paratifs épuisa son corps affaibli par 
l'âge, et il mourut au momcQt où il 



9.54 F- R T. 

allait mettre à la vuile. François Mo- 
lino lui succéda. S. S— i. 

ERLACH ( Rodolphe d' ), issu 
d'une ancienne famille d'origine Bour- 
g(iif!;iione, alliée de ia maison de Nen- 
rliâtel , célèbre dans les fastes de 
iieriie, et connue dans l'histoire des 
Je commencement du 12". siècle. Son 
père, Ulrich d'E'.lacli,a\'ait commande' 
les Bernois en I2()8 , dans le combat 
glorieux contre la noblesse et le parti 
d'Albert. Rodolphe, guerriero'galement 
intrépide, se trouvait au service du 
comte deNydau, qu.>nd celui-ci , en 
i5r)g, fit la guerre aux Bernois. H 
ffuitta ce service pour voler à la de'- 
fense de sa ville natale , qui lui remit 
le commandement de l'armée , à la 
tète de laquelle il ç,a^nsi (le 21 juillet 
ir)5()) celte bataille fumeuse de Lau- 
pen , qui consolida à jamais les desti- 
nées de Berne. Couvert de gloire par 
cette victoire, J»odol|)he d'Erlach eut 
encore celic d'être choisi volontaire- 
ment par les princes de la maison de 
Neucliâlel , pour tuteur des jeunes 
comtes de Nydau , c'est-à-dire des en- 
f^ints de ce même comte , qui venait 
de tomber .sous ses coups. Ainsi les 
fils trouvèrent un proltcleni' dans le 
vainqueur de leur père, et par ses 
soins leur heVifage leur fut fidèlement 
conserve. En i5tio, Jost de Rndens 
d'Undcrwaldc!) , le gendre de Uodol- 
phe, lui cherchant querelle sur la dot 
de sa femme, l'assassin.» dans son 
cliàteau de Heirlieidjach. U — i. 

ERLAt^H ( Jean-Louis d'), naquit 
à Berne, en i.'igS, et mourut à iiri- 
sackon i()5o. Destine à l'état militaire, 
il fit ses jtremières armes à l'âge de 
sei/e ans , d'abord sous le priiu;e d'An- 
halt, ensuite sous Maurice de Massau. 
Jl passa au service des prolestants 
irAllcniat;ne, fut capitaine dans le re- 
j;imcnt du jeune piince d'Anlialt, et 
j'aii prisonnier avec lui à la bataille de 



ERL 

Prague , on 1O20. Il se racheta , leva 
une nouvelle compagnie , fit diverse» 
campagnes eu Hongrie, en Allemagne 
en Flandre, etc. îl e'iaif devenu lieu- 
tenant colonel lorsqu'il fut fait encore 
prisonnier dans la bataille gagnée par 
Tilli , l'un des gene'raux de Ferdinand 
II. Tel fnt rappj'cnlissage que fit d'Er- 
lach dans l'art militaire; une nouvelle 
carrière s'ouvrit devant lui , lorsqu'il 
eût racheté sa liberté. Il obtint la con- 
fiance de Gustave Adolphe , et la mé- 
rita. Le héros le nomma lieutenant- 
colonel du rcgi:nent de ses gardes : il 
l'envoya en Lithuanie et en Livonie , 
en (jualité de quartier-maître de l'ar- 
n)ée qui agissait sous ses ordres , cl 
d'Erlach se montra digue de servir 
un prince qui savait distinguer le mé- 
rite. Quelques instants de paix le rap- 
pelèrent à Berne, où ses talents et 
sa réputation fie firent nommer 
membre du sénat. La république de 
Berne se trouvait alors ( iGi8) dans 
des circonstances dangereuses ; on crai- 
gnait d'abord les prcijcts du cardinal 
de Richelieu, et qu'il ne fivorisàl les 
pré;entions et les entreprises du duc 
de Savoie sur Genève et le pays de 
Vaud ; ensuite des craintes plus géné- 
rales alarmèrent les cantons protes- 
tants , quand ils virent leur religion 
subjuguée en France , et les catlioli- 
ques tlisposcs à profiler des conjonc- 
tures. On leva des troupes [)Hur se dé- 
fendre, et d'Erlach fut employé dans 
leur coïnmandement. v.>s préparatifs 
se trouvèrent inutiles, quand Gustave, 
j)ar ses victoires , rejeta sur les catho- 
liques les inquiétudes qu'ils avaient 
données ans protest uifs. La France 
se rapprocha alors d'intérêt avec ces 
cantons; elle envoya comme ambassa- 
deur en Suisse le maréchai de Bassom- 
picri'e, général des troupes que cette 
nation fournit a la France , pour y faire 
de nouvelles Itvc'es.U engatjca d'Erlach 



FRL 

à lever un i e'giment de trois miile Uoio- 
incs |)our servir en Piémont. Ce dif- 
férend ayant été accommode', le gcnc- 
rnl obtint , à la paix , cjue la cession 
du pays de Vaud y fût confirmée. Son 
ic'jiiment étant reformé pou après , 
d'Erlach se rcnJit aupii-s de GiiNtave 
Adolphe, et en iG5'2,il fut nommé 
conseiller et adjoint du duc Bernard 
de Saxe Weiinar. La Suisse se trou- 
vant exposée par la guerre qui se con- 
tinua dans son voisinage, d'Erlach fut 
encore mis à la tête des troupes levées 
pour défendre les frontières; en i055 
il fut député à Louis XIII par les can- 
tons protestants , de nouveau alar- 
més , à cause des liaisons conclues en- 
t>e la Suisse callioliquc et l'Espagne. 
Eu iG58, d'Erlacli, lieutenant-géné- 
ral des troupes du canton de Berne, 
se rendit , chargé dune commission de 
son souverain, devant Rhinfelden, et 
y fut fait prisonnier par les autrichiens, 
et rendu à la liberté par une victoire 
remportée par le duc Bernard sur les 
impériaux. Dès ce temps, !a liaison 
entre le duc et d'Erlach devint intime ; 
celui-ci fut envoyé à Paris, chargé des 
instructions du prince. L'iiunée sui- 
vante, il dirigea le siège de Brisacu , et 
après la prise de cette ville le duc de 
Weimarl'en nomma gouverneur. A la 
mort de ce prince, qui lui légua ao.ooo 
écus , d'Erlach se trouva le principal 
directeur de l'armée. Déjà lié à la 
France, il embrassa ses intérêts, lui 
fut très utile, et se trouva bientôt 
comblé par elle de marques de faveur 
et d'estime; le roi le nomma comman- 
dant-général du Brisgm , soumis à ses 
armes , sous l'autorité de ses lieute- 
nants-généraux , lui accorda des lettres 
de naturalisation , et une pension de 
ilScoo livres. D'Erlach employa son 
talent et son zèle à voilier à lasiireté 
cl aux besoins, souvent négligés, de 
son armée, de mu gouyernciueutj et 



ERL t>"5 

à la réparation de Brisach ; il rendit 
d'utiles services à sa patrie , et il fitt 
l'avocat et l'ami de tous les canlun^ 
protestants; dans les négociations de 
paix ouvertes à Munster , il ai(L^ puis- 
samment de son crédit cl de son in- 
fluence, la députation suiss** qui y 
avait été admise. En iG|8, d'Erlach 
se distii.-gua à la bitaille de Lens, 
d'une manière si brillante , que le 
prince de Condé. général m chif , dit 
au roi, quand i! lui présenta d'Erlach : 
a Sire, Voilà l'homme auquel on doit 
» la victoire de Lens. » Lors de la dé- 
fection du vicomte de Turenne , 
Louis XIV confia a d'Erlach, auquel 
i! devait la conservation de son armée, 
le commandement géneVa! des troupes. 
Les chagrins qu'il eut de l'abandon 
dans lequel on laissait celte armée , 
ain!.i que de l'inutilité de ses remon- 
trances et de SCS demandes, contribue* 
rcnt à hâter sa mort. Trois jours avant 
son décès le roi l'avait nommé maré- 
chal de France. Il ignora cette distinc- 
tion qu'il avait désirée. I: avait été ma- 
rié, et il a laissé des enfants. Des .Mé- 
moires hi<itonqii^s concernant 3/. le 
général d'Erlach , gouverneur de 
Brisach, ont é!c pi:b lés à Yverdua 
(1784-4 vol. pentiu-H".), par M. Al- 
bert d'Erlach de Spietî. Ils sont 
composés sur les papiers du général , 
et renferment un grand nombre de 
pièces importantes et de détails ins- 
tructifs, tant sur la guerre de trente 
ans , que sur les règnes de Loui:^ XIlI 
et de Louis XIV. U — i. 

ERLACH ( François - Lovis d' ), 
baron de S; ietz et d'Ob.'rhi-ffeu, était 
fils aîné de Jean Rodolphe d'Eil-Jch, 
et oncle de S:gismond d'Erlach , dont 
l'article suif. U naquit en j 5-5 ; nom- 
mé avoyerdu comté de Berthoud , en 
itJo4, et conseiller d'étal de Berne, 
sa patrie, en iGi o; il sp distingua sin- 
gulièiçmenl dans la diplomatie . e«- 



256 E R L 

sorte qu'il fut employé comme ain- 
hassadeur ou comme (le'piilc par le 
canton de Berne dans cent quarante- 
quatre circonstances différentes , soit 
aux diètes ou aux conférences tenues 
dans la Suisse , ou dans les pays cl ran- 
gers. Ses principales missions furent 
auprès du roi do Franco , de la rcpu- 
Lliqiic de Venise et du duc de Savoie, 
et toujours il s'en lira avec autant 
d'adresse <]ue d'honneur. Ses talents 
militaires le lîrcnt nommer banneret 
de la république , et colonel -gênerai 
des troupes de l'état de Ri>riie , et l'es- 
time qu'il s'etail acquise le fit nommer 
à runaiiimitcavoyer de cette republi- 
(pie en \C)zg. Il s'était tellement ac- 
(|uis l'anVctiou de Louis XIII , que ce 
prince lui accorda, en lOaç), une 
compai^nie de deux cents liommes 
au régiment des gardes suisses , avec 
fjcullc d'en disposer en faveur de ses 
iils , en sorle qu'il la céda la même an- 
née à Albert, son fils puîné , enfin il 
ioourut en i65i , et fut enterre dans 
l'église paroissiale de Spielz , où se voit 
son tombeau. B. M — s. 

ERLAGH ( SiGisMOND d' ) , neveu 
du précèdent, naquit en i G i 4. Il entra 
de bonne heure au service de France, 
et y resta sous les ordres de Jean- 
Louis d'Erlach son oncle , jusqu'en 
iG5o; s'clant distingue' en qnalitcuc 
colonel du régiment allemand oui por- 
tait son nom, il servit, on id^H et 
iG49, comme niarèchal-de-camp, 
et se fit remarquer à la l)ataille de 
Lens et au siège de Cambrai. Kevenu 
dans Berne sa patrie, il fut fait con- 
seiller d'état , cl charge de commander 
l'année qui dispersa les paysans révol- 
tes dans l'année iG5"). Il fut moins 
iieureux en iG55 , en comballant con- 
tre l'armée des cantons catholiques, 
qui remportèrent sur lui la victoire de 
Wilmerguen , en sorte qu'il fut oblige 
(le se disculper devant le conseil sgu- 



ERL 

vprain de Berne ; mais bientôt sa fran- 
chise el sa loyi'ulc dissipèrent les soup- 
çons iniustejuent formes contre lui, tel- 
lement qu'il Cul fait banneret en 1667, 
el avoyer delà république en iG-jo , 
et par la suite , général du corps hel- 
vétique. Sou grand âge lui fit demander 
sa démission , en 1 685 ; mais le besoin 
qu'on avait de lui , et la confiance qu'd 
inspirait, empêchèrent les Bernois de 
l'accepter , car il était regardé , même 
des étrangers , comme un des hommes 
les plus sages el les plus dignes de , 
gouverner. Cet homme , encore plus | 
respectable que célèbie , monrnt à J 
Berne, le i"'. décembre 1699. em- 
portant l'esiime et les legrets de ses 
compatriotes , et fut inlunné à Spielz , 
où son corps avait été transporté. 
B. l\î— s. 
ERLACH (JEAN-Lorns d'), né à 
Bcine, en 1648, fut amené par un 
de ses parents en Danematk ; à douze 
ans il entra parmi les j)ages du roi , 
et s'appliqua à l'étude de la marine. 
Eu iGGj, il obtint la permission de 
servir sur la flotte hollandaise de l'a- 
miral Tromp. Au combat de Born- 
holm il se distingua , de manière qu'il 
obtint le commandemonl d'un vaisseau 
de premier rang; fut nommé cluf 
d'escadre en liî'j.i; contre-amiral en 

I (i^G , et vice-amiral de Danemark en 
1678. 11 contribua celte année à !•; 
prise de l'île de Uugen , suivit l'amiril 
Forbin en Espagne, et se trouva aux 
sièges de Ruses, Palamos et Barcelone. 

II moiuut en 1G80, à l'âge de trente- 
deux ans. U — I. 

ERfiAClI ( JiîrÔmf. n'), nccn 1 GG^. 
Entré de bonne heure au service de 
France, dans la compagnie de Jean- 
Jacques d'Erlach , son oncle mater- 
nel , il le quitta en i(>9G , et entra en 
1 702 , comme colonel au service de 
l'empereur Léopo'd , qui le fil général 
uiajor en 1705. Deux ans après, le 



ERL 

duc de VVurtoniî»er;; le fil chevalier de 
i)t.-riulteit, el l'enipereur Josepb lui 
conféra le titre de cliambcllan , et ce- 
lui de géuérai -lieutenant - feld-maré- 
clial de ses armées, et le margrave de 
Brandebourg - Bareilli lui accorda la 
décoration de l'aigle- rouge. Eu 1 7 f a , 
l'empereur, fort satisfait de ses services, 
le créa comte du St.-Etnpire , lui et ses 
descendants des deux sexes, et enfin , 
comble' des bienfaits de la maison 
d'Autriche, il se retira.cn 1715, avec 
la repiiraîion de l'un des plus habiles 
généraux de .^on temps et uslinie de 
tous les punccs qui l'avaient connu, 
et pa» liculièrenicnt du prince Eiigène. 
Il avait e'té employé' dans toutes les 
guerres de la succession d'Espagne , 
et commatidait aux sièges de Hague- 
nau et de Landau. De retour d.ins sa 
patrie , il occupa divers postes impor- 
tants , et en 1 7 2 1 il fut nomme avoyer 
de Btuc , et conserva cette pi ice 
jusqu'en 1747» où il la résigna à 
cause de son grand âge. Il avait acquis 
la terre d'Hir.delbauck., oii i! bâtit un 
superbe château, el où il mourut le 28 
février i 74^- ^^n fils aîué lui fit cons- 
truire un magnifique m .usolce dans 
l'église d'Huiddhanck, parle célèbre 
Nchl , ce qui donna occasion à ce fa- 
meux sculpteur de faire l'étonnant et 
sublime tombeau de M^\ Langhans, 
quie:>tà la fois un chef-d'œuvre de l'art 
et un gag(,' éternel de l'amitié la plus 
pure. B. M — s. 

ERf.ACH (Charles -Louis d'), 
militaire «stimé of aimé par ses qua- 
lités personnelles , né a B<rne en 
I7vi6; il avait servi en France avant 
la révolution, et il avait éié nommé 
maréchal de cinip au moment de 
Tinvasion du pavs de Vaud par les 
Franç:iis en 1 798. Le gouvernement 
de Berne lui conféra le commande- 
ment df son année. On >ait ronibieu 
les conseils d'alors se trouvaient çm- 

XIIU 



barrasses et indécis. Le 2.\ février le 
général d'Erlach se présentant lui- 
même au grand -conseil avec quatre- 
vingts de ses officiers, qui en étaient 
membres comme lui, avait réussi à 
fixer les irré.>oiutions de cette assem- 
blée, à relever son courage et ses es- 
pérances. Une acclamation unanime 
lui avait fait déférer un pouvoir illi- 
mité de faire agir son armée au mo- 
ment où l'armistice conclu avec le 
général Brune finirait. 11 partit pour 
arrêter son plan, et au moment où 
il 'ievait l'exécuter, il reçut l'oidre de 
suspendre toute hosti'àté. Le gouver- 
nement avait abdiqué ses pouvoirs. 
L'infortuné d'Erlach fut massacré 
quelques jours après par ses sol- 
dats , qui , à la nouvelle de la prise 
de Berne, lecnircnt traître. U— i. 

ERMAN (Jeax- Pierbe), ne' à 
Berlin en 1735, y est mort eu 
181 4- Après avoir fait ses études 
«^u collège français de Berlin , il 
fut nommé pasteur de la colonie 
française de cette ville. A cette place, 
qu'il conserva jusqu'à sa mort, il ea 
joignit plusieurs autres, qui lui don- 
nèrent une grande influence. Il de- 
vint principal du collège français, di- 
recteur du séminaire de théologie, 
conseiller du consistoire supérieur , 
et membre de l'académie des sciences 
et des belles-lettri's. Comme princi- 
pal du collège il se fit remarquer par 
son zèle à maintenir les méthodes 
d'enseignement que les réfugies avaient 
apportées de France , et en particu- 
lier de Saumur, où avait professe 
long - temps le célèbre Tannegui le 
Fevre. Malgré ses nombreuses occu- 
pations, Erman trouvait le temps de 
paraître dans le monde. Il y jouait ua 
rôle par sou esprit, ses connaissances 
et une grande facilite à s'énoncer. La 
reine, épouse de Frédéric 11, l'ad- 
mettait souvent à sa cour , et le diar- 

ï7 



253 ERM 

ccait ordinairement de revoir les 
traductions françaises qu'elle faisait 
des ouvrages de Spalding et de quel- 
ques autres théologiens ou moralistes 
allemands ( Foj. ÉLisABETn-Cunis- 
T.NE, reine de Prusse ). H cu- 
trotcnait aussi des relations intimes 
avec le ministre - d'état comte de 
Hcrlzberîi, qui le consultait sur ses 
camagesVe?auquel il indiquait les 

ieunes gens que leurs talents ren- 
daient propres à être employés dans 
la carrière diplomatique. Lrman a 
fait en société avec le pasteur he- 
clain, les Mémoires pour servir a 
l'histoire des réfugiés français dans 
lesétatsduroide Prusse toml-j 
rill, Berlin, i';8a-i794. »»-» • 
1 es deux derniers volumes sont en- 
tièrement d'Eman. C'est "n recueil 

ttop prolixe et d'un style générale- 
ment trop négligé j mais on y trouve 
des faits intéressants et des anecdotes 
curieuses. On a de plus dErman un 
Eloae historique de la reine de 
Prusse, Sophie Charlotte épouse de 
Frédériêl-., et aïeule de I-rederic- 

Ic-Grand. Cet éloge se compose d une 
suite de Mémoires lus par a";^»'' « 
l'académie des sciences et des belles- 
lettres de Berlin, de 1790 a 1795. 
On peut en porter le même jugement 

que des Mémoires des réfugies. Un 
abrégé de la géographie ancienne en 
latin, quelques traductions de lalle- 
mand, des sermons, des discours 
académiques, des rapports sur le col- 
léce et le séminaire français de Ber- 
lin des articles insérés dans la nou- 
velle Bibliothèque germanique, dans 
1, c.mtle littéraire de Franchevillc, 
dans le journal encyclopédique et 
dansquelques autres recunls, forment 
le r.ste des travaux littéraires de 
.loan-Pirrre Erman. — Son ils amc , 
George EuMAN,pastc^ir a Fotsdam 

„,orl avaut lui, a publie ua lecucd 



ERM 

de Sermons.— Son fils cadet , M. Paul 
Erman , professeur à l'acadcraie «les 
gentilshommes de Berlin , et membre 
de l'académie des sciences et belles- 
leltrcs de cette ville, s'est fait connaî- 
tre comme un très habile physicien. 
11 a fait des expériences iiilércssantes 
sur le galvanisme, et a écrit sur ce 
sujet plusieurs Mémoires, dont l'un 
a été couronné par la première classe 
de l'Institut de France. C— a u. 

ERMENGAl^DE, ou HERMEN- 
GARDE, fille de Louis 11 , empe- 
reur et roi d'Italie. Louis U n'avait 
point laissé de fils ; nussi sa fille hé- 
rita de lui de grandes richesses. Bo- 
son , beau-frère et favori de Charles- 
Ic-Chauve , enleva cette princesse en 
8nn, et l'épousa; il fut à cette occa- 
sion créé comte de Provence. Deux 
ans plus tard il substitua de sa propr* 
autorité à ce titre celui de roi d'Ailes. 
( r. BosoN ). Ermengarde survécut 
à son mari, et gouverna le royaume 
d'\r!es jusqu'à ce que son fils Louis 
fût en âge de régner. Lorsqu'elle l'eut 
fait reconnaître pour roi, elle se re- 
lira dans le couvent de S'.Sixte à 
Plaisance , où elle mourut au^ coin- 
uienccmciit du 1 o"". siècle. S. S — i. 

E R M E N G ARDE , fille d'Adal- 
bert II , duc de Toscane , et femme 
en secondes noces dWdal'jeit , mar- 
quis d'iviée, au l0^ siècle. Ermen- 
garde nous est représentée par l his- 
torien Luitprand , comme l'une des 
princesses les plus intrigantes et les 
plus corrompues de l'Italie. Elle ex- 
cita presque toutes les guerres civiles 
qui troublèrent la fin du règne de 
Bcreiiger 1' ^ Elle s'allia toujours a 
SCS ri\wmx, quelle abandonnait après 
les avoir compromis. Elle hâta la 
ruine de Rodolphe de Bourgogne , i 
la place duquel elle éleva, en 9i(> , 
sur le trône d'Italie, Ilugne comte de 
Provence, sou ficrc utérin. Mais ce- 



ËRM 

lai-ci , plus liabile qu'elle et plus ab- 
solu que ses prédécesseurs, la contrai- 
gnit enfin au repos. S. S — i. 

EHMENGAUD, ou AUMEGaN- 
DUS, ou AHMINGANDLS HLA- 
SIUS, médecin de Philippe-le-Bel , 
roi de Fr.ince, était de Montpellier. 
Philippe étant mort en i3i4, Er- 
mengaud paraît avoir vécu pendant la 
dernière moitié du i3*. siècle et au 
Commencement du i4'. H se reudit 
très célèbre dans son temps par sa 
sagacité à deviner, à la seule inspec- 
tion du visage , le genre des maladies , 
leurs périodes, leurs p.iroxysmrs.Ga- 
riel ( Séries prœsul. ma^alonetis. ) 
en fait un grand éloge. Ermengaud, 
i'étant adonné à l'usage des lingues 
arabe et hébraïque , a traduit de l'a- 
rabe en ialin les Cantiques di k.\\vxvme 
avec les Gjinraentaires d'Averroës , 
ainsi que le Traité de la Thériaque 
de ce dernier auteur : cette traduction , 
revue et corrigée par André Alpago , 
se trouve dans le tome X des Oeuvres 
d'Averroës , imprimées à Venise eu 
i555. On doit aussi a Ennengiud une 
traduction de l'hébreu en iatiu d'un 
traité de Moïse Maiuionides , intitulé : 
De regimine sanitatis ad Sultanum 
Bahiloniœ. R — D — A. 

ERMERIC ou HERMENRIC, roi 
des Suèves en Espagne, s'y était jeté, 
ainsi que d'autres barbares attirés par 
la richesse cl la fécondité de cette pé- 
ninsule, favorisés d'ailleurs par la fai- 
blesse de l'empereur Honorius. La Ga- 
lice , qui reniérraait a^ors toutes les 
Asturies et une partie de la Lusitanie, 
échut en partage a Ermeric : il y éta- 
blit le siège de la domination des Suè- 
ves , après avoir traité avec ks natu- 
rels du pays. Attaqué en 4i9parGon- 
deric , roi des Vandales, il le repoussa 
et le fit poursuivre par sou gcuéral 
Hermigaire, qui fut défait eu f^i'] par 
Genseric , autre roi des VandaJesj 



ER>Î 'j59 

mais ce prince étant pssé en Afiique^ 
Ermeric ne fui plus troublé dans la 
jwssessiou de h Galic<; il mourut eU 
44o , après un règne de trente -un 
ans, laissant la couronuc des ^^uèves 
à Rcchila. B — p. 

EhMITE ( Damel l') , en latin 
Eremita , né à Ativers , vers l'an 
i584« de parents qui avaient em- 
brassé le parti de la réformalion , se 
concilia, dès son adoliseence , l'auiitié 
de Scaliger et drCasaubon , qui le re- 
commandcrenl à De Vir, ambassadeur 
de France en Suisse. Les conseils de 
De Vie le firent changer de nîigion ; 
il voyagea en Italie, et s'attacha, à 
Florence, à Cosrae de Médicis. Celui-ci 
l'employa comme son secrétaire et l'ai» 
taclia à diverses légation n, entre pa- 
tres auprès de l'enipereui Rodolphe II, 
qui le combla des distinctions les pics 
flâneuses. De retour en Toscane, il 
mourut à Livourne en iGi5, dans la 
vingt-neuvième année de son âge. Il 
cultivait la littérature ancienne et les 
muses latiues. Outre quelques pièces 
de vers latins , on a de lui : I . Iter Ger- 
manicum , Leyde, i GTt-] , in- 1 6. Sous 
la forme de lettre au cardinal Guidi , 
c'est la description de son voyage en 
Allemagne, àl'époqueue sa inissionau- 
près de l'empereur Rodolphe et d'au- 
tres princes; lî. une lettre au cràina! 
Gonz.-îgue , De Ilelvetionim, Rhœ- 
torum, Sedunensium situ, republicdy 
et morihus , Leyde ,1627, in-i4 J ' H- 
Aulica- ifitce ac civilis libri //^^ pu- 
blié à Utrccht,^oi, in-8'., par 
Grœvius , qui .1 recueilli à la suite 
des Opuscula varia. On trouve une 
analyse de la Fie de la cour et la 
Fie civile, dans le tome vu des Soi- 
rées littéraires , de Coupé , pag. 1 ^4- 
107. M— ON. 

ERMOLDUS NiGELLv S , e^j* 
vain du ()". siècle sur lequel ou n'a 
qu?" des x«oseigu«mculs iucompiets. 



26o ERM 

Miiratori croit qup c'est lemêmcqu'Er- 
mcnoldus, abbé d'Auiane, et les rai- 
sons dont il appuie son sentiment pa- 
raissent bien fondées. Errnoldus vivait 
à la cour de l'empereur Louis -le-Dé- 
bonnaire ; il encourut la disgrâce de 
ce prince, et fut exilé à Strasbourj;; 
il y termina , en 8'i6, un poème qu'il 
adressa à l'empereur , par une petite 
pièce, dont les premières et les der- 
nières lettres de chaque vers forment 
le suivant : 

Etmoldut cecinit Hludoici Csesaris arma. 

Cet ouvrage lui mérita sa liberté et 
l'entier oubli de sa faute. Il obtint mê- 
me dans la suite la confiance de l'em- 
pereur , puisqu'il le chargea en 834 ^^ 
réclamer, en son nom, la restitution 
des biens des églises dont Pépin , son 
fils, roi d'Aquitaine, s'était emparé. 
L'année suivante il retourna à son mo- 
nastère, qu'on croit être celui dAniane 
dont on avait accru les privilèges. 
C'est à cela que se borne le peu qu'on 
sait sur Ermoldus. Le poème qu'il a 
composé est divisé en quatre livres; 
il y fuit le récit des guerres soutenues 
par Louis et des autres jvéneraents 
impoi'tanls de son règuc. Là versifica- 
tion en est peu agréable j mais l'ou- 
vrage est important par le grand nom- 
bre de faits historiques qui s'y trou- 
vent rapportés ou éclaircis. On en 
conserve le manuscrit original à la bi- 
bliothèque impériale de Vienne. Lam- 
bccius en inséra la préface et quelques 
fragments dans le catalogue de cette bi- 
bliothèque (11, 559); et ce savant 
avait promis de satisfaire lescurieux en 
publiant cet ouvrage. Barlhold-CIiré- 
tien Ricli.ird et ensuite Jean-Benoît 
Gcntilloli s'engagèrent successivement 
à remplir cette promesse. Mais c'est à 
Muralori qn*on est redevable de sa 
publication; il obtint une copie colla- 
tionnéc du manuscrit, y ajouta une 
])rcracc dans laquelle il rassembla tou- 



ERN 

tes les circonstances qu'il avait pu fe« 
cueillir sur la personne d'Ermoldus; 
éclaircit par des notes les pas-^iiges de 
cet ouvrage , et le fil imprimer en tête 
de la deuxième partie du second vo- 
lume de ses Scriptores reruin liait- 
car,; Menckeuius l'a iuséic depuis 
dans ses Scriptor. reriitn Germa- 
nicar.', et enfin \). Bouquet dans sa 
Collection des Hisloriens de Fran- 
ce , tome V, avec de nouvelles notes 
et des corrections importantes dans 
le texte. W — s. 

ERNDL ou EKNDTEL ;Chhétien- 
Henri ) , médecin allemand , né à 
Dresde , où il mourut le 1 7 mars 
I 754, premier mc'dtcin du roi de Po- 
logne. Entraîné pir l'amour des scien- 
ces, il avait voyagé dans plusieurs 
contrées de l'Europe , p ircouru les 
Alpes avec les Scheuchzer ; partout il 
visitait avec soin les jardins , les bi- 
bliothèques et les musées , et prenait 
des notes sur tous les objets qui méri- 
fciient quelque attention; il les réunit 
sous ce titre : De itinere sua Angli' 
cano et Balavo , annis 1 70(5 t?n 707, 
facto , relatio ad amicum, 1710, in- 
8". l'vivin et Betulius ayant fait quel- 
ques remarques critiques sur cet ou- 
vrage , Erndl y répondit dans la pré- 
face de la seconde édition , qui parut 
à Amsterdam en 1711. Ou y trouve 
quelques détails sur des jardins fort 
curieux alors. Mais il paraît qu'il se 
trompe dans plus d'une occasion , 
comme lorsqu'il dit avoir vu en (leur 
à Amsterdam «les arbres qui donnent 
les baumes du Pérou et la gonnne ani- 
mé. Dans une lettre qu'il adressa à 
Breyn le fils, et qui parut à DrisJe 
en 1715, in-8 '. , il lui fil l'énuméra- 
lion des collections des plantes dessi- 
nées ou peintes inédites qu'il avait eu 
occasion de voir dans ses voyages , 
surtout dans la bibliothèque de Berlin. 
Là j cuire autres , se U'ouvaicut les 



ERN 

plantes du Japon , rapportées par 
Qeycr , et celles du Brésil , recueillies 
par le priuce Maurice de î»JdSsau. Il 
paraît qu'avant de voyager il avait 
"voulu se tracer un plan , ce qui fit le 
sujet de la dissertation suivante : De 
usu ffistoria- naluralis exoticogeo- 
graphicce in medicind , Leipzig , 
I -GO , in-4"- Avant visite les eaux de 
Sediitz et de Tœ[)lils , il fit le ca- 
talogue des plantes qui se trouvaient 
dans leurs environs; ce qui donna 
lieu aux deux opuscules suivants : 
Plantarnm circa Sedlicenses ther- 
;na5 £/«ncA/<j , Nuremberg , i-j^S, 
lïtais il paraît que celui-ci est devenu 
très rare , car Hallcr n'en fait mention 
que sur la foi d'autrui. Quant au se- 
cond . De Plantis circà ihermas Te- 
plicenses crescenlibus , il parut dans 
le 5*. vol. des Curieux de la Nature , 
1 755. Erndl ayant été appelé à Var- 
sovie par le roi de Pologne pour être 
sou premier médecin , il se trouva dans 
un pays entièrement neuf du côté des 
productions naturelles. Il entreprit de 
les faire connaître; c'est le sujet de 
l'ouvrage suivant : TVarsavia Fhj- 
sicaillustrata ,sive de aëre, aquis, la- 
cis, et incolis JVarsaviœ eorumdem- 
que moribus et morbis tractatus. Il 
réunit dans le même volume le f'iri- 
darium fVarsaviense sive Catalogus 
plantarum circà TFarsaviam cres- 
centium, Dresde, 17^0, in-4". C'est 
tuie esquisse de la Flore du pays; ce 
n'est que long- temps après qu'on en 
a eu une connaissance plus exacte par 
les soins de Gilibcrt. En général , 
Erndl n'a montré, dans toutes les par- 
ties des sciences où i' s'est ex< rcé, que 
des connaissances très supeificiflles. 
D— P— s. 
ERNECOURT (Barue d';, plus 
connue sous le nom de M'"*, de St.- 
Balmon, doit être comptée dans le 
.petit nombre des femmes qui dans 



ERN 261 

ces derniers siècles ont su allier les 
inclinations et les vertus guerrières à 
toutes les qualités qui font rornenient 
de leur sexe; compatriote de Jeanne 
d'Arc, qu'elle semblait avoir prise pour 
modèle , elle naquit au cliâleau de 
Neuville, entre B^r et Verdun, à 
cinq lieues de chacune de ces deux 
villes. Élevée à la campagne, elle ac- 
quit de bouue heure l'habitude des 
exercices du corps ; mariée fort jeune 
à M. de St.-Balmoa , ce seigneur , 
charmé de la bonne grâce qu'elle 
avait sous l'habit d'amazone, la me- 
nait à la chasse avec lui, et prenait 
plaisir à l'exercer au maniement des 
armes. L'adresse qu'elle y acquit ne 
lui fut pas inutile. La malheureuse 
provincede Lorraine, alterncilivement 
traversée par les armées françaises et 
impériales pendant ta guerre de trente 
aus, se voyait dévastée par les cou- 
reurs des deux partis. M. de St-.-BaS- 
mon , attaché au duc de Lorraine , prit 
de l'emploi dans l'armée impériale; 
quoique portée d'inclination pour le 
parti do la France , son épouse ne 
quitta pas son château de Neuville , 
où elle eut souvent occasion de dé- 
ployer son cournge en se mettant à 
la tête de ses vassaux et de tous les 
paysans des villages voi.Mns, soit pour 
se défendre ou pour escorter des con- 
vois , soit pour reprendre le bétail 
et iebulin enlevés par les partisans en- 
nemis; elle se rendit redout;«ble dans 
ces petites expéditions , et ût souvent 
des prisonniers, qu'elle envoyait dans 
les places voisines. En i645, ayant 
obtenu du duc d'Angoulcme une pe- 
tite garnison pour le château d'un de 
ses parents, afin qu'on n'y allât plus 
piller, a pour moi, dit-elle, je ne de- 
» m.iudc personne ; il suffit que j'aie 
» permission de me fléfeudre. » Après 
la paix de Wcsl|.liiilie elle s'occupa 
de littératuie, et publia en i65o une 



aCa E R N 

trafi;cdie inlitniée les Jumeaux mar- 
tyrs , in-4'.; cl i6ji, I vol. in-i2. 
JElk' avait aussi «oinpose ( en i65o ) 
uue tia;^i-coiiicclic en 5 acies , inti- 
tulée la Fille généreuse ; cette pièce 
n'a pas e'ié imprimée. Après la mort 
de son mari, m;idame de Saint- Bal- 
mon voulut prendre le voile chez les 
religieuses de Saiute-Claire, à Bar- 
le - Duc , et mourut avant sa pro- 
fession , le 22 mai 1660, àgéi de 
ciuquante-deux qns. Le P. J. M. de 
Vernon écrivit sa Vie sous ce titre: 
^j Amazone chrétienne ,ov\ les Aven- 
tures de madame de St.-Balmon, 
Paris, i(i^8, in- 13. LeP.Disbillons , 
jésuite, en a donné une nouvelle édi- 
tion , avec quelques additions , en 
3773. CM. P. 

ERNEST. Foj. Hesse-Rhinfels, 
Mansfeld, et Saxe. 

ERNESTI. La famille des Ernesti 
a produit un grand nombre de lillé- 
rateurs et de savants distingués, dont 
quelques-uns comptent parmi lesliom- 
imes les plus célèbres de rAllcniague. 
11 règne , dans tous les dictionnaires 
où il est question de ces savants, une 
Jurande confusion qui empcclie d'eu 
fixer la filiation , et il serait à souhai- 
ter qu'un des Ernesti viv ints éclaircU 
ce point obsi ur, en publiant une ta- 
ble généalogique de celle maison , 
dont i'illuiitralion remonte au 1 5". 
siècle , où nous trouvons un Jean 
Ernesti , recUur du gymnase do 
Heidelberg, et auteur de divers ou- 
vrages de théologie. Le 17'. siècle 
nous fournit deux Ernesti , dont pa- 
raissent descendre tous ceux qui ont 
(leuri dans le 18'. siècle; ce sont Da- 
niel Ernesti, recteur de Rochlitz, et 
Jean- C-hîistophe. Le premier eut trois 
lils : Jacques- Daniel, père de dix- 
huit enfants ; Jean-Henri, et Chris- 
tophe- Théodure; l'autre cul cinq fils : 
jÇfan ' Christian^ Jean - Frédéric- 



ERN 

Christophe y Jean-Aug,usle , et deus? 
autres dont nous ignorons les noms. 
Jean-Christian fut iepèred'^MgM5fe- 
Quillaume ; Jean- Frédéric - Christo- 
j)he laissa un fils, nommé Jean-Chris- 
tophe- Théophile ( Fo^\ ces articles ). 
S— L. 
ERNESTI (Jacques - Daniel ) , 
fils aîné de Daniel - Ernesti , théo- 
logien luthérien, naquit à Rochlilz le 
3 décembre 1 (34o, et mourut le 1 5 dé- 
cembre 1707 à Altembourg, après 
avoir eu dix-huit enfants de ses trois 
femmes. Ou a de lui : Apanthis- 
mata ^ sive selectiores jlores philo- 
logico- historico-theoloi^ico - morales 
inlf^ libros divisi, Altenburg, 1072, 
in-8 '. C'est un recueil de trails histo- 
riques, de maximes et de pensées 
détachées, fait avec beaucoup de soin. 
L'auteur avait déjà publié en alle- 
mand un grand nombre d'autres ou- 
vrages qui lui avaient mérité l'estime 
publique. — Ernesti ( Jean -Henri ) , 
frère du précéiliiit , recteur de l'école 
St.-Thumas à Leipzig, mort en cette 
ville le iG octobre 1729, .^gé de 
soixanle-dix-sept ans. On a de lui : I. 
Dissertatio de pharisaïsmis in libris 
profanorum scriptoriitn occurrenti- 
bus, Leipzig, 1 690, in- 1 -.i. Cet ouvrage 
est estimé jiour l'érudition cl l'esprit 
de critique qui y règne ; IL De non 
indigna principihns delectatione ah 
artibus mechanicis pelità, ib., 1O91, 
in- 1 'i. Cx'lte petite dissertation, dont le 
le sujet est très pi(|uant , est écrite 
d'un style agréable; IIL Compen- 
dium hermoneuticœ profaner , seu de 
legendis scriptoribus profanis prœ- 
cepla nonnulla, ibid. , i()99, in- 
l'i , ouvrage c>crit avec autant de 
clarté que de précision; IV. Com- 
vientationes novœ in Cornelium Ne- 
potein, Juatinum , Terentium, Plan- 
tum, Curtium et poésin Barbari- 
cam^ ibid., 1707, iii-8°* U s'élail 



ERN 

beanconp occn]»e de Quinte -Curcf, 
et a laisse uu Lexicon Curtianum , 
qui n'a pas vu le jour; mais il en dcf- 
veloppa le plan sous ce litre : Usur- 
pata à Ciirtio in particulis latini- 
tas , tam in se spectala quàin cum 
Corneliana dictione collata , Leip- 
zij;, I7i9,in-i2. Il y compare la 
latinité de Quinte-Curce avec celle de 
Corn. Nepos , et prétend qu'il est 
presque impossible de foire un bon 
dictionnaire latin universel , mais 
qu'il serait utile d'en faire un pour 
chaque auteur latin. Parmi tes autres 
ouvrap;cs d'Ernesli , qui sont en grand 
nombre, on remarque ses Disserta- 
tions De Polyhistore barbarico , 
cum manlissd inetaphysicœ Caiiil- 
lianœ; De mutatione hominiim in 
brûla; Cornélius iSepos per episto- 
las scribens , cum cotnmenlario in 
epislolas biblicas ; Paralipomena 
hisloriœ rerum lipsicarum metricè. 
W—s. 
ERNESTI ( jEAîf-ArGusT£) , l'un 
des plus illustres critiques qu'ait pro- 
duits l'Allemagne, naquit àTennsladt, 
en Tliuringe, le 4 août i "^07. 11 était 
le 5". liU de Jcau-Cluistoplie Ernesti, 
connu par quelques ouvrages , et 
mort le 1 1 aoîit i-j-ics. Son père, pas- 
teur de cette petite ville , et docteur en 
tliéologie, mit tous ses soins à lui pro- 
curer une bonne éducation. Après 
avoir reçu, pendant quelques années , 
des leçons particulières , le jeune Er- 
nesti fut cnvové aux écoles de Pforta, 
où il surpassa bientôt tous ses coudis- 
ci[)ies, par son application et par la 
rapidité de ses progrès. Il fréquenta 
ensiàle les cours des universités de 
Witlcmberg et de Leipzig , et ayant 
terminé ses études , se chargea de don- 
ner des leçons à quelques jeunes gens. 
Ce lut alors qu'il appiit les mathéma- 
lique> , et l'habitude d^ méditation que 
Il j lit contracter cette science , lui fut 



ERN 265 

très utile dans la suite. Ernesti prit 
le grade de maître -ès-arts à l'âge de 
vingt-trois ans , et bien qu'il se desti- 
nât au ministère évangélique, il ac- 
cepta , l'année suivante, la place de 
co-recltur de l'école St. - Thomas de 
Leipzig. Obligé de se livrer presque 
uniquement à l'élude de la littérature 
ancienne, il n'abandonna cependant 
point celle de la théologie, et trouva 
même le moyen de faire concourir à 
ses progrès dans cette partie, des con- 
naissances qui , au premier coup-d'œil, 
V paraissent étrangères. Il succéda, en 
1754, à J. M. Gessner, recteur de 
la même école, et acquit dans l'exer- 
cice de cette place une réputation qui 
s'étendit jusque dans les pays étran- 
gers. En I "j^i , il fut nommé profes- 
seur extraordinaire de littérature an- 
cienne , contre l'usage, qui ne permet- 
tait pas qu'on conûàt une chaire au 
chef d'un établissement d'instruction ; 
eu 1^56, professeur extraordinaire 
d'éloquence , science dans l'enseigne- 
ment de laquelle il introduisit cette 
méthode pliilosophiquc , adoptée au- 
jourd'hui par foutes les universités de 
l'Allemagne, et qui leur donne tant de 
supériorité. Enfin, eu i758, il reçut 
le grade de docteur en théologie , et 
fut nommé a la chaire de cette sck ncc j 
mais il n'en continua pas moins à rem- 
plir celle d'éloquence jusqu'en i7':o , 
qu'il la remit a A. G. Ernesti , son 
âge ne lui permettant plus de soutenir 
uu travail aussi excessif. Eincsti était 
devenu pour l'Allemagne un objet de 
vénération; on ne prononçait son nom 
qu'jvec respect; toutes les sociétés sa- 
vante» s'étaient empressées de l'ac- 
cueillir ; comblé des faveurs de la for- 
lune, revêlu de toutes les distinctions, 
il parvint à une heureuse vieillesse, 
et mourut le 11 septembre 1781 , à 
-5 ans et quelques mois. Peu de jours 
avant sa mort, il avait eucore prêché 



264 E R N 

et fait en piiLlic des lectures de plii- 
siours heui'Cs ; il re'petait souvent : 
quun théologien doit mourir dans la 
chaire, et sembla vouloir prouver la 
vérité de celle maxime par son exem- 
ple. Ernosli e'tut naturellement sé- 
rieux , mais la douceur de si figure en 
tempérait la sévérité ; «éncreux , pru- 
dent, bon ami, indulgcnit enver's les 
autres , on ne peut lui reprocher qu'un 
amour-propre irop irritable, el qui le 
Tendit in|ustc , une fois dans sa vie, 
envei's le célèbre Rciske. On ne doit 
point regarder Ernesti comme un 
homme de génie ; il avait plus d'élen- 
dne que de profondeur dans l'esprit , 
plus d'érudition que de savoir, et man- 
quait tout-à-fait du talent de généra- 
liser ses idées pour en tirer de nou- 
velles conséquences; maison ne peut 
lui refuser d'avoir été très savant en 
histoire , en archéologie, et surtout en 
littérature ancienne. Personne n'a pos- 
sédé au même degré que lui la con- 
naissance des beautés et des finesses 
de la langue latine ; et quoiqu'il ne lût 
pasaussi habile dans la langue grecque, 
il a cependant contribué à en répan- 
dre le goût par les éditions qu'il a don- 
nées de plusieurs ouvrages classiques. 
Les principaux ouvrages d'Ernesli , 
considéré comme éditeur, sont : 1. Ho- 
meri opéra omnia , curn variis lec- 
tionibus manuscript. lips. et notis , 
Leipzig, 17.59-64-O5, in -8'. Ccllo 
c'diiion , faite sur celle de Samuel 
Clarke, est très recherchée, cepen- 
dant elle esl inférieure pour la correc- 
tion du texte à celle qu'a donnée 
M. Wolf, en i8o4, et les noies lais- 
sent plus à désirer que celles de M. 
Hevne, sur le même aulenr. II. Cal- 
Ijmachi hymni , epiç,rammata et 
JraffTnetttu, eittn notis variis, Leyde, 
1 7(ii , '2 vol. in-8'. } c'est la uicilleurc 
ë<lilion de Cal'imaque ; l'éditeur y a 
joint uue bonne version latine cl des 



ERN 

remarques estimées. IIL PoJjhii U- 
hri qui supersunt cum notis vaiio- 
rum , prœfatione et glossario , Leip- 
zig , I •y65-64, 5 voi. iu-8". ; cette édi- 
tion a été recherchée prnr le glossaire 
qu'y avait joint l'éditeur ; lîiais elle a 
été surpassée par celle de M. Schweig- 
liaeuser. IV. M. T. Ciceronis opéra 
omnia cum clave Ciceroniand , 
Leipzig, 1 757 ; Halle , i 7.57 et 1 77^. 
Ces deux dernières éditions ont à peu 
près la même valeur; on semble ce- 
pendant donner la préférence à celle 
de 1775, quoiqu'elle soil imprimée 
sur mauvais papier. C'est de tous les 
ouvrages publiés par Ernesti celui qui 
a le plus contribué à sa réputation ; il 
en revit le texte avec le plus grand 
soin , en le comparant à toutes les 
éditions antérieures dont il aviit formé 
la collection complète , à ses fiais ; le 
Clavis Ciceroniana , est un livre irh- 
dispensable à toute personne qui veut 
faire une étude aprofondie de la lan- 
gue latine ; on l'a imprimé séparément 
])our le joindre aux diffi rentes édi- 
tions de Cioéron , de format iu-8 . ; la 
publication des œuvres de ce grand 
himme , par Ernesti , fui i'épo(juc 
d'une révolution dans la critique litté- 
raiie; on sentit que ce qui constituait 
une bonne édilion était l'extrême cor- 
rection du texte , le choix des dif- 
férentes leçons proposées par les sa- 
vants, pour la restitution des passages 
altérés, et enfin un moyen simple et 
facile de vérifier le sens de chaque 
mot, par la comparaison des dilic- 
rentes acceptions dans li sqn< Iles l'a- 
vait pris l'.àuleur lui même. On com- 
prit que des notes rassemblées au bas 
des pages , où rejelées confusémeni à 
la fin du volume, en rendaient la lec- 
ture pénible, sans.presqu'aucune uli- 
lilé pour la plupart des lecteurs, qui 
ne trouvaient dans ces notes que de 
oouviaux sujets de doute, au lieu des 



ERN 

éclaircissements fju'ilî auraient désirés. 
Cependant le défaut absolu de coui- 
menlaires présentait d'aulrts inconvé- 
DÏents qu'ont sentis d'habiles philolo- 
gues; et quelques-uns d'eux, parmi 
lesquels on doit citer MM. Sthullz , 
Wolf et Weiske , qui unissent à une 
grande ëmditiou un véritable esprit de 
critique , ont donné de différents ou- 
vra5;es de Cicéion des éditions préfé- 
rables à celle d'Erncsti.V.C ComeZ. 
Taciti opéra, Leipzig, 1752, 2 vol. 
in - 8 '. ; ibid. , 1772, 2 vol. in - 8^ } 
ibid. , 1 80 1 , 1 vol. in-8 '. Ce fut Jér. 
Jac. Oberlin qui prit soin de cette der- 
nière édition. Lallcinand et Brottier 
ont adopté le texte de Tacite tel qu'il 
avait été corrigé par Eruesti. VI. C. 
Suetonii Tr. qiue exlant , Leipzig , 
1748, iu-8^; ibid., 1775, in-8 . ; 
ces éditions ont été effacées par celle 
de M. Wolf, Leipzig, 1802, 4 ^ol. 
in-8''. VIL Aristophanis nubes, Leip- 
zig, 1755, in-8"., avec une pré- 
laoe de l'éditeur ( f^oj: J. Alb. Fa- 
BRicics cl Hederic ). Lcs autres ou- 
vrages d'Ernesti sont : L Opuscula 
philologico - critica , Amsterdam , 
1762, in-8''. On a omis d'insé- 
, rer dans ce recueil les deux premiè- 
res dissertations académiques d'Er- 
! ncsti , De emendalionevoluntaùsper 
saltum, Leipzig, 1730, in -4"., et 
Disputatio philos, philol. qudphilo- 
sophia perjectœ grammaùcœ asseri- 
tur , ad Quintilian. 1 . g : ibid. , 1752, 
in-4 . Ces deux Opuscules sont re- 
cherchés. De toutes les autres pièces 
j académiques d'Ernesti , nous ne citc- 
I rons que sou Historia crilica operum 
I Ciceronis {rpographorum formulis 
editorum , ibid. , 1 756 , iu - 4°.i et 
I sou programme De vestigiis linguœ 
hebraïccB in lingud grœcd , ibid., 
1755, in-4". IL Opuscula oratoria y 
I oraliones , prolusiones et elogia , 
i I<ejde J 1 762 , in - 8^ , nouvelU édi- 



EUN 



26! 



lion augmentée et plus correcte , ibid. , 
1767, in-S". UL Opuscula^ oralio- 
nes ; nova colleciio , Leipzig , 179», 
gr. in-8"., trad. en allemand par Holb, 
Leipzig , 1 792 , in-8°. IV. Archeolo' 
gia litleraria , Leipzig , 1 768 , in-8 '. 
L'auteur y développe*rongiue et l'his- 
toire de l'écriture et de la gravure, 
des inscriptions, médailles , etc., chez 
les anciens. En faisant l'éloge de ce 
savant ouvrage dans ses Acta litlera- 
ria ( V. 194 ) , C. A. Klotz y relève 
plusieurs erreurs et un grand nombre 
d'omissions. La seconde édition , re- 
vue et augmentée par G. H. Martin 
(Leipzig, 1790, {0-8". ), est très es- 
timée. V. Initia doctrine solidioris^ 
Leipzig, 1736,42,50,53,69,76, 
85 , in-S". ; c'est un excellent cours de 
littérature. Le style en est si parCiit 
qu'il mérita à l'auteur le surnom de 
Cicéron de l'Allemagne. On en a 
extrait l'ouvrage intitulé : Initia rheto- 
ricœ , Leipzig, 1750, in-8''.; VL 
Observationes philologo - criticœ in 
Aristophanis nubes , et Josephi An- 
tiquit. ( publié par J. Chr. Théophile 
Ernesti ) , Leipzig , 1 795 , in-8 '. VIL 
des Sermons en allemand, Leipzig, 
1 768, 1 782 , in-8'., 4 part.; la i".a 
été trad. en Hollandais, Ulrccht, 1770, 
in-80. ; le savant s'y montre plus que 
l'orateur chrétien; VIIL Institutio 
interpretis Novi Testamenli , Leip- 
zig , 1761 , 1765, 1775, in-8'.; 
Abo, I 792, in 8°., réimprimée pour 
la 4'- fois à Leipzig , avec des addi- 
tions de D. C F. Amraon , 1 792 , in- 
8°. Cet ouvrage est regardé comme 
classique par les théologiens alle- 
mands. Eruesti y pose des règles de 
critique pour l'intelligence et l'expli- 
cation des livres saints. Il cherche à 
prouver que ce n'est point manquer 
de respect pour ces iivres , que d'en 
soumettre le texte à une analyse rigou- 
reuse, el fait Yoir par plubi(urs excm- 



sG6 EUN 

pics , que le grec des évangiles n'est 
point exempt de fautes contre I.i lan- 
gue, et que [)lusieurs passages présen- 
tent différents sens. Les tliéulogicns 
protestants d'Allemagne ont tiré, 
des principes d'Ernesti, drs consé- 
quences beaucoup plus étendues ( F. 
DoEDERLEiN ) ; iis oiit mêuic repro- 
ché à Ernesti de n'avoii' pas appli- 
qué ses principes comme il l'aurait pu, 
^oit par timidité, soit par des raisons 
d'état et de convenance. Eruesti pré- 
tendait que la philosophie ne sort 
qu'à embrouiller les discussions théo- 
logiques, cependant il permettait à ses 
élèves de lui faire des objections, et il 
y repondait toujours avec douceur ; 
c'était seulement contre ceux qu'il re- 
j:,ar(lait comme superstitieux , et contre 
les incrédules de mauvaise foi, qu'il 
laissait éclater un zèle qui n'était pas 
toujours dirigé par une sage modéra- 
tion ; I X. Opitscuïa theologica , ibid. , 
1773, in -8'.; 170*2, in - 8". ; X. 
Nouvelle Bibliothèque lhëoloi>ique , 
en allemand; Leipzig, 17G0-G8, 10 
volumes in - 8". ; ibid., » 773- 79, 
I o vol. J. J. Ebcrt et d'autix-s savants 
ont eu part à cet ouvrage ; mais Er- 
nesti décidait spul sur les articles qui 
pouvaient y entrer; et des critiques 
allemands lui reprochent d'en avoir 
écarté plusieurs morceaux excellents , 
suivant eux, par la seule raison qu'ils 
étaient rédigés dans des principes trop 
philosophiques. Les élèves d'Erncsli 
ont été plus hardis ou moins réser- 
ve's, et la théologie a entièrement 
changé de face sous leurs nwins. Il 
est fuit douteux qu'Ernesli eût ap- 
pl.iudi à ces innovations. Cependant 
il fiut convenir que c'est lui qui, 
J'uu lies prçnuers, a distingué la théo- 
logie de la religion ; il avait cru par 
là rendre les disputes théologiques 
l)ien moins à craindre , et l'on ne 
ifttiU'ait disconvenir que celle distiuc- 



EBN 

tion , renfermée dans de justes bol* 
nés, n'oHrc des avantages réels (i). 
M. ïitlmaitn a publié à Leipzig, 1 8 1 •2, 
in-8 '. , des Lettres de Ruhnkcnius et 
de Yalckenaer, adressées à Ernesti , 
avec un discours académique d'Er- 
nesli, lequel était reste inédit. Dans la 
préface , M. Tittmann ace,u>e les Hol- 
landais d'être jaloux de la gîcire phi- 
lologique des Allemands , et notam- 
ment M. Wyltenbach , d'avoir calom- 
nié Ernesti. Cette attaque , peu reflé- 
chie, excessivement passionnée, a gé- 
néralement depiu ; M. Wyttenbach 
s'est tu et devait se taire ; un Aiiemaïul 
a pris sa dél'ensc; M. Creiizer , profes- 
seur à Heidelberg , a prouvé dans i'é- 
pître déd)catoire de sou édition de 
Plotin ( H'-idelberg , i8i4),ép!tre 
adressée à M. Wyttenbaeli, que ce sa- 
vant professeur , qui n'avait pas ca- 
lomnié Ernesli , l'avait été lui-même 
par M. Tittmann. L'éloge de Jean- 
Auguste Ernesii a été j)vbiié en latin, 
par Aug. Ciuill. Ernesii , Leipzig , 
1781 , in -8". On peut voir aussi 
B luer ( C. L. ) De formulœ ac disci- 
plinœ Ernestianœ indole vera, ibid., 

1782, 111-8". On y trouve le cata- 
logue de ses ouvrages. On a aussi eu 
allemand, le livre de Guil. Abr. ïel- 
1er , sur ce que la Thèoloç^ie et la 
Pelif^ion doivent à Ernesti , Berlin, 

1783, in 8'., avec un supplément 
donné la niêtue année par J. Sal. Sem- 
ler , opuscule estimé des théologiens 
prolestants. VV — s. 

ER^ESTI (Jean-Christian), fils 
aîné de Jean Cliristophe. né le i3 
lévrier itiç)'» à Gross-Brinhtcrn , où 
son père était alois pasteur, fil se» 
études dans les universités de Wil- 
teniberg et de Leipzig; fut nommé, 

(i> La diitincliuD ^u» lr> llicolugiriii .>llc-| 
munit ttiliii«lleiit ciilri! U Rc/igian et l.i 77icv- t% 
Jugic , >>» leiut il rien moiu< tju' a Introduire Jiii* [t 
le ckriati^inUme une doctrine exulerique ' t un* .5 
doctiiiie eiuUriijtit. Elle diin«lurc If >knstktt.:i 
sunie. S. B. S-i. 1 



I 



'ir 



ERN 
ert 172*», pasleur à Cloelleda; en 
noiQ, inspecteur à Frolindorf, où 
naquit son fiîs Auj;ustc Gtiillauine. De 
l'cglise de Frohndorf il passa , en 
I rSô , à celle de Sl.-Nicolas, à Zcilz; 
en i''4o. 'I «"H' l'iiispeclion ecclésiasti- 
que de Tennstadt; et en i^So, la 
surintendance de Langensa!7,a. Il mou- 
rut dans la capitale de la Thuriage, 
en 1 -y -y 0. Il a publié , en latiu , quel- 
ques dissertations académiques ( De 
incommoda ex lilteratis ephemeri- 
dibus capiendo , WittcmlKis;, 1716, 
ui-4^M De cunctatione erudilorum 
in componendis libris , ibid. , 1718, 
in-4 • '; cl en allemand, divers ou- 
vrages de théologie et des sermons 
qui approfondissent le dogme de la 
résurrection d<' Jésus-Clirist , et des 
événements qui accompagnèrent ce 
miracle. On lui doit aussi une édition 
des Articles de Smalcalde , un des 
livres symboliques des protestants. 
S— L. 
ERNESTI ( GosTHiE!! -Théo- 
phile ), né à Cobourg ie 20 juil- 
let 1759, (it ses études à léna , et 
fut placé comme prédicateur a Hild- 
bourghausen, où il mourut le 'i8 
juin 1 797. Indépendamment de quel- 
ques discours qu'il avait fait impri- 
mer, M. Roseumul'.er publia, après 
sa mort, en 1798 , une collection de 
«es sermons pour les dimanches et 
les fêles de toute l'année, i vol. in-8'. 
S— L. 

ERNESTI (Auguste-Guillaume), 
fils de Jean-Christian, savant trilique 
allemand, naquit à Frohndorf, près de 
Tcunsiadt en Thuringe, le aO novem- 
bre 1755. Il Gt ses études à l'univer- 
sité de Lcipzi;:; sous la direction du cé- 
lèbre J. A. Eiuesti, son oncle, et y 
reçut le grade de maître-ès-ai ts en 
1 7'">7. Nommé à la chaire de pliiioso- 
phic de la même école eu 1763, il la 
quitta cinq ans après pour celle d'eîo- 



E R N 267 

quencc , dont J. A. Erncsti se démit 
en sa faveur , et qu'il remplit avec 
une grande distinction. Il mourut le 
•j!9 juillet i8«>i d'apoplexie , maladie 
dont il avait éprouve une attaque dès 
1 792 , sans que^es facultés en eussent 
été sen>ib.'ement alT.iibli;s. PIrnesli 
avait fait une étude approfondie dc la 
littérature ancienne ; il parhit et écri- 
vait en lalin avec autant d'élégance 
que de ficililé ;chéri de ses amis pour 
la diiuceur de son carJc;ciT, il met- 
tait dans l'exercice de ses fonctions 
une très grande sévérité; mais il se la 
faisait pardonner par l'iuipartiaiilé de 
H-s décisions. On a de ce savant pro- 
fesseur : I. Till Livii hisloriarum 
lihri qui supersimt omnes, Leipzig, 
i7G<), 3 vol, in 8'.; Francfort, 
1778-85, 5 vol. in-S".; Leipzig, 
1801-04, 5 vol. in-8°. L'édition de 
Drackenborck a servi de base à celle 
d'Erncsii. Le nouvel éditeur a insère' 
dans la sienne les dilléreutes leçons 
de Gronovius et de Giœvius , et y a 
a;oulé un ample glossaire , dont 
l'usage est très utile. L'édition (\c 
1801 est la meilleure ;miiis le papier 
qu'on V a employé est mauvais. 
M. Schaefer en a surveillé l'impres- 
sion, et a complété, d'après les notes 
de son illustre ami, le glossaire, 
qu'on peut en détacher pour ic join- 
dre aux précédentes éditions ; II. 
Q, Faiii Qiiintdiani de instilu- 
tione oratorid liber decimiis, Leip- 
zig, :769, in-8"'; III. Ammiani 
Marcelliiii opéra ex recens, f^ale- 
sio-Gronoviand , ibid., 1773, in- 
8°. Cette édition est très estimée. 
Le glossaire qu'y a joint Ernesti est 
fort détaillé. iV. Pomportius Mêla 
de situ or bis libri III , ex recens ^ 
Gronoviand, Leipzig, 1775, iu-S''» 
Cette édition , à l'iisage des classes, n'» 
de remarquable que la correction du 
texte J y. Opuscula oratorio-philolty^ 



nos 



ERN 



gica, Leipzig, 1794? in-^"' Ce vo- 
lume renferme les biographies parti- 
culières de Jean-Aug. Ernesti , Jcan- 
Godefr. Kornër , Clir. - Aiig. Cio- 
diiis, Jean-Anî. Dathe et de quelfiues 
autres savants de Leip/ig ; elies sont 
précédées de trois Disserl itious , 
dans lesquelles l'auteur trace les rè- 
gles de ce genre d'ouvrages; un 
style pur, une ëlocution noble et fa- 
cile , des faits abondants, l'art de 
les présenter avec ordre et loujours 
d'une manière inte'ressantc, telles sont 
Ii's qualités qui, au jugement des cri- 
tiques allemands , distinguent les bio- 
graphies rédigées par Ernesti, et les 
lecommandent à l'attention des ama- 
teurs de l'histoire littéraire ; VI. des 
programmes , dont un intitulé : ffis- 
toria in^enii ad usum eloquentiœ 
necessaria, Leipzig, 1765, i"-4"'» 
auquel le rédacteur des Commenta- 
rii de libris minorihus rp|)roche de 
l'obscurité dans le style et du vague 
dans les idées. W — s. 

ERNESTI ( Jean - Ciiristun- 
TheophIle ) , critique allemand , na- 
quit eu 1706 j't Arustadt en Thu- 
ringe , où son père (Jean- Frédéric- 
Christophe ) remplissait les places de 
ministre et de surintendant. Après 
avoir Terminé ses éludes dans sa 
patrie , il suivit les cours de l'u- 
niversité de Leipzig sous la sur- 
veillance de son oncle J. A. Ernesti , 
qui Ini donna les nicmes soins qu'à 
son propre fils. 11 lit ensuite des le- 
çons particulières de théologie et de 
littérature depuis i7'7()iusqit'en 178^. 
Celle année -là il lut pourvu d'une 
chaire de phiI(jso;'iiie à t'iuiiversité, 
qu'il t'ccupa jusqu'en 1801 , où il 
succéda à A. (î. Ernoti datis la place 
de professeur d'éloquence; mais il ne 
la conserva pas long-temps , étant 
mort le 5 juin iBo-i, à l'àgc de qua- 
ra&lc-six ans. Parmi les nombreux 



ËRN 

ouvrages qu'il a laissés on disfingne 
les suivants; I. Msopi fahitlœ ^r., 
Leipzig, 17B1, in-S". Celte édition, 
qui contient aga fables , passe pour 
trps correcte; cependant elle n'est pas 
très recherchée , n'ayant été impri- 
mée que pour l'usaçe des élèves; H. 
Hesychii glossœ sacrœ emendalio- 
wbiis notisque illustratce , ibid. , 

1785, iii-8'.; in. Suidœ et Phuvo- 
rini glossœ sacrœ cum spicilegie 
glossarum sacrarum Hesjchii coti' 
gest. emend. et notis illustr. , ibid. , 

1786, in -8". Cet ouvrage ne doit 
pou.t être séparé du précédent. Les 
corrections proposées par l'édileur 
sont assez ingénieuses , et le soin 
qu'il met à indiquer les sources où a 
puisé Hésycliius rend son travail 
utile ; cependant les critiques alle- 
mands lui repio'.'hent des omissions 
et des négligences; IV. C. Silii Ita- 
lici punicorum libri Xf' II , ibid., 
1791 , iu-8 ., bonne édition, accom- 
pagnée d'un index très ample ; le 
discours juélimiuaire, dans lequel Er- 
nesti diseiile le mérite de ce poëme , 
mérite d'être lu avec atlenlion; V. 
Lexicon technologiœ grœcœ rhelo- 
rtV:* , ibid. , 179'), iu-8., ouvrage 
utile et rempli d'érudition ; VI. Lexi~ 
con technologies Romanorum rhetO' 
ricœ, ibid., 1797, in-8". , aussi es- 
timé que le précédent, doit il forme 
la suite nécessaire; VIL les Sjn(y- 
nymes lutins de Cardin Diunesuil , 
trad. en allemand, Leipzig, 1798, 
ibid. , 1 800 , iii - 8". ; V 111. Ciceros 
Geist und Kern, ibid., 1799, iSoo, 
i8oJs,5 part. in-8'. C'est la traduc- 
lion en allemand des meilleurs écrits 
de Cicéron ; le style eu est élégant et 
concis ; on désirerait scu'ement que 
le traduotem- eût expliqué par des 
notes les passages les plus impor- 
tants. Il avait déjà public en 1781^1» 
iraduclion de (Jivcrses lellrçs de Gç«« 



ERN 

ron qui se rclrotivent dans le recueil 
qu'on viii'f Ao citer. W — s. 

ERNST ( Heitri ), eu latin 
Emstiits, savant junsconsiikc, né à 
HrhiislaeJt le 5 feviitr ibo5. Après 
avoir terminé ses étules et pris ses 
de^re's en droit, il passa eu Dane- 
mark, où il (it l'éducation des fiis 
d'OligT Ro-cnciantz; il parcouruten- 
sditc avec l'un de *es é!ève< la plus 
grande partie des pays de l'Europe, 
et à «ou retour de ce voyage , en 
i655 , fut nommé professeur de 
beiles-l- ttres à l'académii.' de Sora. Le 
roi Frédéric III le nomma en i6;>5 
conseilliT de la cour et de la clian- 
cellerie. Ernsl, égalimcnt csliiué pour 
ses lumières et pour son iutégrité, 
p,irfaç;ea ses loisirs entre ses devoirs 
et l'élude, et mourut à Copeu5iag:ie 
le n avril i6<i5. U a public pusicurs 
ouvrages, et en a laissé uu plus grand 
nombre manuscrits. Bartbolm en a 
donné la liste dans son Index scrip- 
toriim d.inorum; on se contenti-ra 
d'indiquer les suivants : I. Culho- 
lica juris , curn emendationihus in 
opéra posihitma Cujacii , Co[)enha- 
gue, 1654, iii-ii, rare; II. P'a- 
rùirtiin obscrvalionum lihri duo , 
Amsterdam , i65(i, in 8'. Otto les a 
insérées dans le tome V^ du T/ie- 
saurus juris Romani: 111. y^d an- 
tiquilales Elruscas quas Volalerris 
nuper dederunl obser\' aliones , Ams- 
terdam, 1(359, iu-i2. ( F'oy. In- 
GHiRAMi ). On reprocha avec raison à 
Ernsl d'avoir reproduit les noies de 
Pagan. Gaudenzio sur le même objet, 
sans avoir eu l'attention de le nom- 
mer; IV. Catalogiis librorum bi- 
blioth. Mediceœ c^uce asservatur Flo- 
rentiœ in cœnolio D. Laurenlii , 
Amsterdim, 164' > in -8'., ibid. , 
i6.j6, volumein-i2. Ce catalogue n'a 
j d'autre mérite qu'une assez grande 
! rareté. Yauder Liaden , trompe par le 



€RN' 36g 

mot mediceœ , l'a pris pour une bi- 
bîio^rajiliie médicale; V. Regiim ali^ 
quot Duniœ genealnpa et séries 
Anonyini, ex veteri codicems. ec- 
clesle Lau'lunensis , ifUDd aesinit 
in anno chr. 1218, cuin notis, Sora y 
lO^Ojin-S'. <« fragment de l'his- 
tuire des rois de Danemark fut envoyé 
par An.l. Duclirsne à Ernst, qui le 
publia avec de savantes remarques 
qui en fout le plus grand prix. Eli nst 
conjecture que ret ouvrage avait été 
entrepris par l'ordre de Phiîippe- 
Anguste , et que ce prince pourrait 
n'être pas étranger à la rédaction ; 
Vl. Melhodus juris civilis discendi , 
Son, 1647, i»4°-; VII. M. Fa- 
lerii Probi de notis Romanis cum 
observationibus, ibid., 1647 , iu- 
4".; VIII. Introductio ad veram 
vilamy ibid., 1645, in-8". ; Ams- 
terdam, 1O49, in 8'. Cet ouvrage 
est meulionné avec éloge dans la bi- 
blioth. Stnwiana ; IX. Jolian. Case- 
lii librorum in csrtas classes dis^ 
tribuiio, Hambourg, i65i , in- 4°-, 
petite pièce très rare. On doit y 
joindre une lettre à Just Christ. Boh- 
mer par Jacques Burckard , pro- 
fesseur à Sultzbach, De vitd cl. 
Jo. Cusclii epislola , VVolfenbutcl , 
1707, iu-4''. C'est ce qu'on a de plus 
complet et de plus exact sur la vie 
et les ouvrages du savant Chessel. 
( Forez Caselius )', X. IxÇêxrtTuo; 
sive commentatio de studiis diebus 
festis convetiientibus y Sora, i656, 
in-4''. L'auteur , suivant Dav. Clé- 
ment, y fait éclater une profonde 
érudition, un jugement exquis, une 
liberté chrétienne, et surtout imc 
piété éclairée et solide ; XL Cat/io- 
lica juris relecta, Greifswald , 1 HjÔ , 
in -8'.; XI L Statera jurispruden- 
iiœ etjurisconsulli , Arustadt, 1662, 
jn-4°. ; Xllî. Dissert atio poslhuma 
de re suimnd maximeque difjicii' 



9.70 E R N 

limdnempè verd fyhilosophid, Ham- 
bourg, i655, in-S". , réimprimée 
soiis ce titre : Aristarclius philoso- 
phicus, rbid., 1678, iii-8 . Joach. 
Hennius fut i'ecliteiir de cet ou- 
vrage ; il est écrit avec chaleur , m.iis 
l'auteur s'y montre trop oppose à 
Aristote. On a encore d'Ernst des 
jVotes sur la Palestine d'Heidrnan , 
sur Cornélius - Nepos ( réimprimées 
dans l'édition de Staveron ) , et d'au- 
tres e'crits moins impcrianîs. W — s. 
EUNSTING (Arthur -Conrad ), 
médecin allemand , né à Sachsenha- 
gen , dans le comté de Scliaucubourg 
on 1709, mort le 11 septembre 
j 768 ; i! pratiqua d'abord la n)éde- 
cine à Brunswick; il revint ensuite 
dans sa patrie, et s'y livra à l'étude 
de la botanique , en fit des applica- 
tions à la médecine, et chercha à en 
développer les principes dans le petit 
nombre d'ouvrantes ((u'il publia. Ce 
sont : 1. Phellandrologia physi- 
co-medica seti exercitatio de medi- 
camenlo noi'o peer-saat , Bruns- 
wick, 1709, in-4'. C'est une disser- 
tation sur la ciguë aquatiq'Hî ou phel- 
îandria , accompagnée d'une bonne 
planche. On vantait depuis peu de 
temps ses graines dans la bassc- 
iSaxe, comme un bon remède contre 
les ulcères. Ernsling fil des expé- 
riences à ce sujet , et soumit cette 
plante à l'analyse chimique; mais il 
lie lui trouva pas les vertus annon- 
cées ; 1 1 . Prima principia Botanica 
oder Aitftmgsgvimde , etc., Wol- 
fenbuttel* 1748, in -8'., vocabu- 
laire des termes techniques de la bo- 
laniquc et des parties des plantes, 
avec des figures ; il y a joint une bi- 
l)liotht'que botamcpie rangée |iar or- 
dre alphabétique , et l'indication des 
svstcuus de botanique, à commencer 
depuis Conrad (k'S>ner. 11 en ajouta 
«a qui lui appartenait , et qui rcs- 



ËUO 

semble beaucoup à celui de Boër* 
haave; 111. £?(?r PFullkommene und 
ail zeit fer tige apothecker , Helms- 
taedt , 1741 , i"-4''» vocabulaire des 
niédicamentssimples et composés tirés 
des plantes; IV. Hislorischeundphy- 
sicalische beschreibung der Gesch* 
lechter der pflanzen , Lemgo, 1 762 , 
in-4"., ouvrage diffus, dans lequel 
l'auteur décrit les organes de la gêné- 
ration des plantes , surtout d'après 
Linné, et il recueille tout ce qui a été 
écrit à ce sujet, ainsi que sur la vie 
des plantes, qu'il compare aux ani- 
maux. Quoiq n'en général cet ouvrage 
ne soit qu'une compilation , il s'y 
trouve quelques observations qui ap- 
partiennent à l'auteur , entre autres 
sur des choux hybrides ou prove- 
nant du mélange de poussières sémi- 
nales d'espèces difforenics ; il ter- 
mine cet ouvrage par un catalogue 
des espèces décrites par Linné ; il a 
aussi donné en allemand quelques 
analyses d'eaux minérales et une des- 
cription histoiique et physique du 
lac de Steinbuder dans les Notices de 
Biittel, de 17(35 à i7(»7. D — P — s. 
EliOTlANUS (Erotien), méde- 
cin grec , vécut dans le premier siècle 
sous le règne de Néron. Fabricius 
soupçonne a tort que le nom d'Ero- 
tianiis A été formé decelui i^t^IIerodia' 
w/s. C'est également sans autorité suf- 
fisante que quelques critiques lui con- 
testent le titre de médecin , pour lui 
substituer celui de grammairien. Quoi 
qu'il en soit , Erotiauus est auteur 
d'un glossaire d'Hippocrate en grec 
par ordre alphabétique , mivrage qu'il • 
dédia à Andruma -his , premier uie'- 
decin (arrhiàtre) de Néron, lle.stcon- ! 
séqueuimrnt anlerieur à (ialirn. Ce j 
vocabulaire a été imprimé d'abord à j 
Paris en i5(i4i i»-B'. , p.<r l<s soins | 
d'H''Mri Klionue, (|ui l'a [)!acé ''U tcte i 
do sou Dictionarium medicum , gc * 



ERO 
l«t.;ensnile à Venise, JnntP, iîî66,in- 
Z^"., aTcc les uoks d'Eustarhi. sous 
ce titre : Focum, quœ npud flippocra- 
tem siint, collectio; il se trouveaiissi 
joint aux cdilious d'Hippocrate don- 
lic'es par IMcrcuiiili ft pir Charticr. 
Ce vocabulaire peut aider, jusqu'à un 
certain point , à rintellij;ence dt s ter- 
mes dillicilcs ou cbscursquc l'on ren- 
contre dms Hippocrale; mais ses 
intciprctations sont rn ge'ne'nl sibiè- 
vps (t quelque fuis si anibigiiës, qu'il 
laisse souvent le lecteur dans l'em- 
barras, et qu'au lieu d'explications 
claires, il n'ufTie. dans lUie foule de 
pissages , que des énigmes à deviner. 
Il paraît même que c'est pour dissiper 
cette obscurité', que Foès composa son 
excellent dictionnaire intitule : Œco- 
nomia Hippocraiis. La meilleure édi- 
tion d'Erotien est, sans contredit, 
celle que l'on doit à J.G. Fre'd. Franz, 
sous ce titre : Erotiani , Galeni et 
llerodoti glossaria in Hippocralem, 
grec. lat. , Leipzig , i -jSo , in-8 '. Elle 
renferme non seulement les correc- 
tions d'Hcnii Elicnne , d'Eustachi , 
d'Herinj:;a, mais encore un p;rand nom- 
bre de Variantes puisées dans un ma- 
nuscrit appartenant à J. Plul.Dorvil- 
le , de nouvelles notes de l'éditeur, et 
enfin \^lc,r,'/r,i7L^ de Gaiien et le /.îi'tzôv 
d'HerodoJe le médecin. R — d — >. 
EUOVANT 11, dixième roi d'Ar- 
ménie, de la dynastie des Arsacides. 
Il était flls d'une femme de la race 
royale, qui avait eu uii commerce 
illégitime avec un liomme obscur, 
sous le règne du roi Sanadioiik ; il ac- 
quit une grande réputation par ses ex- 
ploits guerriers, et il tint le premier 
rang parmi les généraux de ce prince. 
Eu l'au 68 de J. G. , après la mort de 
Sanadrouk , Erovant s'empara du 
trône d'Arménie, et fil massacrer tous 
les fils du dernier roi, à l'exception 
«l'Arda^ches qui fut çmmçDé eu Perst 



ERO 371 

parle prince Sempad, delà race des 
Fagralides , qui était chargé de son 
éducifion. En l'an 7 5, Erovant, pour 
ciinsrrvrr l'amitié des Humains , dont 
il avait besoin pour se défendi-c con- 
tre les Persans, leur céda toute U 
Mésopotamie arménienne , et trans- 
porta sa résidence royale, de la ville 
d'Elesse, dans celle d'Armavir, an- 
ci(une capitale de l'Arménie. Ennuyé 
bientôt du séjour d'Arraavir , il jilla 
en 78 les fondements d'une ville ma- 
guili'pif , si'iiée au confluent de l'A- 
raxes et du fleuve Aklitmrean , et de 
son nom il l'appela Erovantaschad. 
Cette ville fut décorée de superbes mo- 
numents ; il Y fit transporter toutes les 
choses précieuses qui étaient cà Ar- 
mavir, et y fixa sa résidence. Il fit 
encore bâtir dans le voisinage la ville 
de Pagaran, où il fit placer les statues 
de tous les dieux de l'Arménie, et cel- 
le d'Erovanlakerd , qui fat aussi 1 em- 
plie de monuments. Pendant qu'Ero- 
vant était occupé d'embellir sa capi- 
tale , Ardasches, fils du roi Sana- 
drouk et son général ijempad , de la 
race des Pagratides , revinrent de 
Perse avec une nombreuse armée pour 
reconquérir le trône des Arsacides, et 
eu chasser Erovant. Lorsqu'Ercvant 
fut informé de l'arrivée d'.4rdascbes, 
il rassembla toutes les forces do son 
royaume, appela à son secours Plia- 
rasmane, roi d'ibcrie, et marcha à 
la rencontre de l'armée Persane. Mal- 
gré ses talents militaires et son cou- 
rage, il fut vaincu dans un lieu qui, 
à cause de sa défaite, fut appelé Ero- 
vantav,->n , c'est actueliement Erivan. 
11 éprouva un nouvel échec sous les 
murs de sa capitale, et en fnvant il 
fut tué d'un coup de poignard par un 
soldat obscur , en l'an 88 de J.-C. .A.r- 
daschcs II monta alors sur le trône. 
S. M.— w. 
EROVAZ , fière du précédent , et 



27^ ERP 

comme lui descendant par sa mère de 
la race royale des Arsacides. En Tan 
<j8 de J.-G. , son frère le créa grand- 
prêtre des Dieux de rArraénie, et lui 
donna pour résidence la ville de Pa- 
gazau , qu'il venait de faire construire 
et oïl il avait re'uni toutes les salues 
qui se trouvaient dans les ancieunes 
capitales de rArraénie. En l'an 88 , 
après la défaite et la mort de son frère, 
Sempad Pagratide, général des ar- 
mées d'Ardasches II, qui avait détrô- 
né Erovant , vint l'attaquer dans Pa- 
gazan. Erovaz fut prisj on lui fit atta- 
cher une pierre au cou, et on le préci- 
pita dans l'Araxes. S. M.— N. 

ERPENIUS ou d'ERPE (Thomas), 
célèbre orientaliste, naquit à Gorcum, 
en Hollande le 7 septembre 1 584. Son 
père , témoin de ses heureuses dispo- 
sitions pour les sciences , l'envoya à 
Leydc dès l'âge de dix ans. Ce fut 
dans celte vilte qu'il commença ses 
éludes. Au bout de quelques mois il 
vint à Middelbourg , puis retourna 
au bout d'un an à Leyde , où il pou- 
vait suivre ses goûts avec facilité. Ses 
progrès furentVapidcs; dès l'âge le 
plus tendre il fut admis à l'université 
de celte ville, et en 1608 il reçut le 
bonnet de maître ès-arls. A la sollici- 
tation de Scaliger , il avait appris les 
langues orientales en même temps 
qu'il foisait ses cours de théologie. 
Après avoir achevé ses éludes il voya- 
gea eu Angleterre, en France, on 
Italie, en Allemagne, formant des 
liaisonsavcc les savants, et s'aidant de 
leurs lumières. Pendant son séjour à 
Paris il se lia d'amitié avec Casaubon , 
amitié qui dura aussi long-temps que 
sa vie, et il prit des leçons d'Arabe, de 
Joseph Rarbatus ou Abou-dacni. A 
Venise il eut des conférences avec les 
juifs et les mahométans, et il profita de 
son séjour en celte ville pour se perfec- 
tionner dans le turk, îc persan clTc- 



ERP 

thiopien. Erpenius revint dans sa pa- 
trie en 161 2, après une longue absen- 
ce, riche de la science qu'il avait ac- 
quise pendant ses voyages , aimé et 
estimé de tous les savants qu'il avait 
visités. Son habileté était déjà connue; 
aussi, dès le 10 février de l'année sui- 
vante , il fut nommé professeur d'a- 
rabe et des autres langues orientales , 
l'hébreu excepté , dans l'université 
de Leyde. Dès-lors il se livra tout en- 
tier à l'enseignement de ces langues , 
et à en faciliter l'étude , à en propager 
les connaissances par ses ouvrages. 
Animé par l'exemple de Savary de 
Brèves, qui avait établi à ses dé- 
pens une imprimerie arabe à Paris , 
il fit graver à grands frais de nou- 
A'caux caractères arabes et forma une 
imprimerie dans sa maison. En 1619 
les curateurs de l'université de Leyde 
créèrent une seconde chaire d'hébreu 
en sa faveur. En 1620 les étals de 
Hollande l'envoyèrent en France pour 
lâcher d'attirer chez eux , par la pro- 
messe d'une chaire de théologie, Pierre 
Dumoulin , ou André Rivet. Ce pre- 
mier voj-age n'eut aucun succès et fut 
suivi, l'année d'après, d'un second, 
qui réussit au gré des états ; Rivet 
passa en Hollande. Quelque temps 
après le retour d'Erpenius, les états 
le choisirent pour mt<rprète:cela lui 
donna occasion de traduire diverses 
lettres des princes musulmans de l'A- 
sie et de l'Af. ique, et d'y répojidre. Le 
roi de Maroc prenait, dit-on, un grand 
plaisir à lire ses lettres arabes et en 
faisait remarquer l'élégance et la pu- 
reté, La réputation d'Erpenius était 
répandue par toute l'Europe savante: 
plusieurs princes, les rois d' •Angle- 
terre et d'Fspagne , l'archevêque de 
Séville lui firent les offr(S les plus 
flatteuses pour l'attirer près d'eux ; il 
ne voulut jamais quitter sa patrie et 
y mourut d'unç maUdic contagieuse, 



ERP 

le i5 novembre 1624, âgé de qua- 
rante ans. Eipenius a laisse plusieurs 
ouvrages qui ne sont point parfaits , 
sans doute ; mais si l'on se reporte à 
l'e'poqiic où il a ve'cu , si l'on songe 
qu'il eût peu , ou point de secours , 
qu'il se forma lui même, si on le juge, 
non point d'après l'état actuel delà lit- 
térature orientale, mais d'après ce 
qu'il a fait, on couviendra'qu'il a peut- 
être surpasse' , par l'immensile' et la 
difliculté de ses travaux , les orienta- 
listes qui l'ont suivi; et que n'eùt-il point 
fait si une mort prématurée ne l'eût 
pas enlevé' à une littérature dont 
son nom sera toujours un des plus 
beaux ornements ? Voici la note de ses 
ouvrages : l Oratio de lingud arabi' 
ed, I.eyde, 161 3, in-4". Erpeuius 
prononça ce discours lorsqu'il prit 
possission de la chaire d'arabe : il y 
loue l'anr ienneté , la richesse , l'élé- 
gance et l'utilité de cette langue. II. 
annotât, in Lexic. Arah. Fr. Ru' 
phelen::ii, Leyde, 161 5, in- 4".; elles 
se trouvent à la suite de ce lexique. III. 
Grammalica arabica^ qiiinque li- 
bris metliodicè expUcata. ib. , 1 6 1 3, 
in-4''. « Celte gramrajire, qu'on peut 
V regarder, ditM. Schnurrer, comme 
» la première composée en E irope, 
» non seulement a été réimprimée plu- 
» sieurs fois , mais elle a tellement fait 
» loi . que plusieurs professeurs, qui, 
» surtout en Allemagne, oui donné sous 
» leur nom des grammaires arabes, 
» onl suivi les traces d'Erpenius , et 
» ont à peine osé s'éc.irtcr de ce gui- 
» de. » Le même savant observe que 
cette édition a été tirée sur deux fur- 
mats, d'abord en grand in-4". "«fin de 
pouvoir être jointe au lexique de Ra- 
phelenge , et ensuite sur une plus pe- 
tite justiGcation, pour en rendie le for- 
mat plus poitatif. Ces derniers exem- 
plaires sont les plus communs. La se- 
«oude édition de celte grammaire , 
xiu. 



ERP 175 

corrigée et augmentée , d'après ua 
exemplaire chargé des notes manus- 
crites de l'auteur , parut à Le>de ca 
i656, in-4". L'éditeur, Antoine Deu- 
sing, y a ajouté les fables de Locmau 
et quelques adages arabes avec la tra- 
duction latine d'Erpenius. Les voyel- 
les et les signes orthographiques sont 
marqués dans le texte arabe. On doit 
à Golius une réimpression de cett« 
édition , sous le titre de Linguœ ara- 
bicœ Tjrrocinium, Leyde , 1 650, in- 
4**. Les additions de ce savant en font 
le mérite. Elles se composent : 1°. de 
trois centuries de proverbes arabes; 2°. 
de cinquante-neuf sentences tirées des 
poètes; 5°. des surates 5i et 61 du 
Coran ; 4''. de la première séance de 
Hariri ( vo^. Hariri) ; 5°. d'un poème 
d'Abonlola {voj\ Aboulola ) ; G®, 
d'une homélie du patriarche d'Anlio- 
che Elie III, sur la naissance du 
Christ. Tous ces morceaux sont ac- 
compagnés d'une traduction latine et 
de notes; ^".deiSs sentences arabes; 
8°. de la 5^'. surate du Coran; 9". d'un 
autre poème d'Aboulola. Golius n'a 
publié que le tixte de ces trois der- 
nières additions. Une autre édition en 
a été publiée par A'bert Schultens, ea 
1748, réimprimée eu 1767. L'édi- 
teur , après avoir reproduit mot pour 
mot la grammaire, les fables, et une 
centurie de sentences telles que les 
donne l'édition de Golius, a ajouté : 
i'\ une préface dans laquelle il com- 
bat quelques opinions erronées des 
docteurs juifs, sur l'histoire de l'é- 
criture hébraïque et sur l'autorité de 
la cabbale ou tradition. 2". des ex- 
traits du Hamasah d'Abou - Temam , 
accompagnés d'une traduction latine 
et de notes. i\Iiehaëiis a donné en 
allemand un abrégé de cette édition. 
Gottiugue , 1771 , in - 8". Morso , 
professeur de langues orientales, à Pa- 
lerme , a publié, en 1 796, une nou- 



274 ERP 

velle édition de la grammaire arabe, 
cl des fables de Loctnan avec un 
glossaire. IV. Proverbiorum ara- 
bicorum centuriœ duce, ab anonjmo 
quodam arabe collectée, tic. , Lcyde, 
1614? 2*. ëdit., ibid., \&Ï5, iu-8'. 
D. Fiorentius ( de Florence ) avait 
acquis le manuscrit de ces proverbes 
à Rome. De retour dans sa patrie il 
les communiqua à Isaac Casaubon , 
avec la traduction barbare et souvent 
inintelligible qu'en avait faite un maro- 
nite. Cisaubon envoya la plus grande 
partie de l'ouvrage à Scaliger, le priant 
d'expliquer les sentences les plus dif- 
ficiles. Celui-ci renvoya bientôt le 
manuscrit avec une traduction latine 
.et des notes ; Cisaubon envoya une 
copie plus complette et plus correcte 
à Scaliger , en le priant d'achever ce 
qu'il avait si bien commence' : Scaliger 
promit , mais la mort le surprit au 
milieu de ce travail. Lorsqu'Erpenius 
Tint à Paris, en 1609,' Casaubon l'en- 
gagea à terminer cet ouvrage pour 
qu'il piit voir le jour. Erpeuius s'en 
chargea et y travailla sans relâche: il 
comptait le faire imprimera Paris chez 
le Bc, qui avait gravé d'assez beaux 
caractères arabes ; mais de'çu de son es- 
poir il en diffe'ra la publication jusqu'à 
son retour à Leyde. La première cen- 
turie de ces proverbes a été donnée 
de nouveau par Sennert, Wittembcrg, 
i658,réimp.en i-jî/^'^cheidiusafait 
imprimera Harderwick , en 1775, 
un choix des sentences et des prover- 
bes arabes , publiés précédemment par 
Erpcnius ; V. Locmani sapientis 
fabidce et selecta quœdam Arabum 
adagia, cum interpretatione latind 
et notis, Leyde, iGi5, in-8'. C'est 
la première édition de ces fables, qui 
ont ensuite été imprimées jusqu'à sa- 
tiété. Cette édition parut sous deux 
formes ; l'une qui n'emhrassait que le 
texte arabe seulement; l'autre qui était 



ERP 

accompagnée de la version latine, 
d'une longue préface et de notes. Les 
adages sont au nombre décent. Tan- 
negui LeFevre a traduit en vers iam- 
biques latins , et publié à Saumur, en 
167,4, les seize premières fables de 
Locman d'après la version d'Erpenius. 
Une seconde édition de ces fables 
porte la date de 1 f)36 et a la forme 
d'un livre séparé , mais elle a été dé- 
tachée de l'édition de 1 636 de la gram- 
maire arabe dont elle faisait partie. 
Golius a imprimé de nouveau les ada- 
ges dans le Arab. ling. Trrocinium, 
Leyde, i656; on les retrouve en- 
core dans Tédition de la grammaire 
d'Erpenius , donnée par Schultens. 
VL Paidi apost. ad Romanos epis- 
tola , arabicè , \h\A. , 161 5, in-4". 
Cette épître est suivie de celle aux 
Galates. Le texte arabe n'ofTre ni les 
points voyelles , ni les signes ortho- 
graphiques dont l'imprimerie, élevée 
pir Erpcnius, n'était point encore 
fournie à cette époque. VIL IVo[>iim 
D, N. J.-C. Testamentum, arabicè, 
Leyde , 161 6, in-4". Erpeuius a pu- 
blié le texte seulement de cette tra- 
duction arabedu Nouveau-Testament, 
d'après un manuscrit de la biblio- 
thè<jue de Leyde. VIIL Pentateu- 
chus Mosis, arabicè, ibid., iGa-i. 
Cet ouvrage a été également publié 
d'après un manuscrit de la même bi- 
bliothèque écrit en caractères rabbini- 
qucs , et rerais en caractères arabes 
par Elrpenius. Le texte offre plusieurs 
erreurs. li'auteur de celte version ^ 
qui paraît être un juif africain du i4''. 
siècle, est si servilement attache au 
texte hébreu, qu'il rend les solécis- 
mes de sou original par des solé- 
cismes dans sa langue. IX. llistoria 
Josephi Palriarchœ ex Alcorano y 
cum triplici versione latind et scho" 
liis Th. Erpenù, cujus prœtnillitur 
alphabetuin arabicum, Lcyde, 161 7, 



ERP 

în-4^ D^ns sa préface , Erpenius dit 
qu'il offre dans cet alplubet le pre- 
liiier ess.ii de ses caractères arabes, 
et que les lettres y seront prcseutéss 
avec leur> liaisous et leurs accidents, 
ce qui facilitera non seulement la lec- 
ture des livres iraprime's, mais aussi 
celle des manuscrits. A la suite de 
l'histoire de Joseph , tire'e de l'Alcoran 
( 12*. surate), se trouve la 1 1". su- 
rate du même livre. X. Grammalica 
arabica dicta GiaTiimia et libelliis 
centttm res,entium ctim versione la- 
tind et commentariis , ibid. , 1617, 
in-4 . Obicino et Kirsten avaient déjà 
publié cet ouvrage, l'un à Borne en 
i5gi et l'autre à Breslau en 161 o. 
Erpenius annonce dans sa prc'face 
qu'il a revu et corrigé le texte d'après 
quatre manuscrits , dont l'un avait les 
voyelles et les autres étaient accompa- 
gnés de savants cotnmentaires. Erpe- 
nius paraît avoir ignoré le nom de l'au- 
teur du livre des Cent Régents, maison 
sait aujourd'hui qu'il s'appelait Abd-el- 
Caher Aldjordjany. XI. Cnnones de 
litterarum Alif, fVaw et Vë apud 
Arabes naturd *t permutatione , 
ibid. , 1618, in-4°. C'est la réimpres- 
sion du 5. chap. du liv.'l*^ de la gram- 
maire arnbe. Ici ces canons parais- 
sent revus par l'auteur , et disposés 
dans un ordre plus commode.Xl 1. ^u- 
dimenta lingiiœ urabicœ \ accediint 
1 praxis grammalica et cnnsilmm de 
studio arabico féliciter instituendo , 
Jbitl. , 1620, in-8'. Ces rudiments 
diflèrcnt peu de la grammaire arabe. 
La difTerenco consiste dans quelques 
retranchements; mais l'ordre et la 
division des livres ctdeschipilres, sont 
les mêmes. L'avis touchant la ma- 
nière d'étudier Farlbè avec succès, 
se compose de peu de pages et fut 
écrit rapidement par l'auteur , au mo- 
inint de son départ pour la Fnnce; 
il donne la méthode qu'on doit sui- 



ERP 27Î 

vre dans l'étude des rudiments et pour 
passer ensuite a nue autre lecture. A 
h suite de la page 184