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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE.
. EL— EZ.
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE,
ANCIENNE ET MODERNE,
ou
niSTOTRI, PAR 0&SR£ ALPEABETIQUE, DE 1^ VU PUBLIQUE ET PRIVEE DE
TOUS LES BOIOCES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR LEURS ECRITS ,
LEURS ACnOnS, LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU LEURS GRUCES.
0X7TRACE ESTlikSMEXT VSVF,
RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS.
On do;t det ^gardi aav TivanU ; on re doit, aux morU,
qne U vérité. ( Volt. , premiin Lettrt lur OCdipe. )
TOME TREIZIÈME.
A PARIS,
CHEZ L. G. MICHAUD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
KUE DES BOHS-EHFABTS, M*». 34.
l8l5.
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\ D iv r\
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■^ FEB1019Ô5 )) Ajr
1. 13
SIGNATURES DES AUTEURS
DU TREIZIÈME VOLUME.
MM.
A. BiRAiTTE père. *
A.B — T. Becchot.
A — D. Artacd.
A — D — R. Amar-Duritieh.
A — G — R. Acger.
A. R. — T. Abel Remusat.
B. M — s. BlGOT-DE-MoROGOES.
B — I. Bersardi.
B — p. Beauchamp (Alphonse de).
B— RS. BoiXVlLLIERS.
B — s. Bococs.
B — SS. BoiSSOXADE.
B — c Beauliec.
B T. M""*. BOLLT.
c. Chaumetow.
c AD. CiTTEAC-CAtLEYlLI,».
CM. P. Pillet.
c — R. Clavier.
C — T. Cotteret.
D — B — s. L. Dubois.
D — L — E. Delambre.
D. L. Delaulsate.
D. L. C. Lacombe(de).
D — M — T. De Musset.
D — P — s. Dd Petit-Thocars.
D — s. Desportes ( Boscherov ).
D T. DcRDEItT.
E — c D-d.Emeric David.
E— :t.
E— s.
F. P-T.
Prosper Engelti».
Et RI Es.
Fabien Pillet.
G— É.
G— j».
G— T.
G-T.
3-s.
GlKGCE.^É.
GuiLLos (Aimé).
GuilOT.
Glet.
JouRDAi:r.
MM.
li — ^P — E. Laporte (Hlppolite de)
L — S — E. La Salle.
L — T — L. Lallt-Tollexdàa.
L — X. Lacroix.
L— T. LéccT.
M.B— 5. Malte-Brcw.
M — D. MiCHAUD.
M — D j. MiCHADD jeaiMl
M — oir. Marrojt.
M — T. Margcerit.
N — L. Noël.
N — t. Nicollet.
P — c. Propiac.
P— c — T. Picot.
P — D. Pataud.
P — e. Poitce.
Q — R^T. QcATREMiRE-ROISST.
R D 1». REXArLDIÎÏ.
Il L. ROSSEL.
R— T. Roquefort.
S— D. SUARD.
S.D. S— t. Silvestre-de-Sact-
S — L. ScnOELL.
s. M — ir. Saist-Martijï.
S. S— I. SlSXONDE-SlSXOKOI,
s — T. Salaberrt.
T — d. Tabaraud.
T — .». TocHox.
U 1. UsT^RI.
V. s — L. Vincens-Saiiit-Laurest.
V T. VlTET.
w — R. Walcrehaer.
w— s. Weiss.
X. — s. Revu par M. SvkKDt
2. ÂaoDfotc.
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE.
^^0i^^^^^ ^ ^^'^/^^^'^^^^0^^^/^^i'^f^^^%^
E
El AGABALE. T. Heliogabale.
ELBEE (Gigot d' ) , général ven-
déen , naquit à Dresde, en l 'jS-i ; son
père , ayant épouse une saxone ,
s'était fixé dans ce pays et il y mou-
rut D'Elbée vint en France et s'y fit
naturaliser en 1757. 11 entra fort
jeune dans un régiment français de
cavalerie , où il était lieutenant. Les
personnes qui l'ont connu à cette
époque le peignent comme un homme
de mœurs plus réglées et plus saupu-
leuses que ne le sont communément
les jeunes officiers. Sa fortune , son
caractère , sa capacité , ne lui don-
naient , du reste, aucune distinction
parmi ses camarades. En 1 7S5 , il
donna sa démission , se maria et vécut
dès lors retiré à la campagne, près de
Beaupréau en Anjou. Vers la fin de
1791 , il suivit l'exemple de beaucoup
de gentilshommes et quitta la France.
Mais, après la loi qui ordonnait aux
• migres de rentrer dans le rovaurae ,
il revint paisiblement n sou domicile.
Le 1 5 mars 1 794 , les paysans des
environs de lieaupréau, qui avaient
pour lui de l'aflection et du respect ,
ayant refusé d'olwiir aux lois sur le re-
crutement , et s'étant soulevés , vin-
rent lui demander de se mettre à leur
tète. Sa femme était accouchée la
veille , il était auprè> d'elle, et n'avait
contribué en rien à la révolte spon-
tanée des habitants; mais il consentit ,
sans aucune résistance , à les com-
mander. Sa troupe fut bientôt jointe
par celles de M. de Bonchamp, de
Cithdineau et de Stofflef. Ils eurent
d'abord des succès , prirent beau-
coup de munitions et quelques ca-
nons , et chassèrent du p lys les dé-
tachements des troupes répid)licaines.
Une colonne sortie d'Angers les fit en-
suite reculer ; mais M. de Ivaroche-
jaqueliu ayûot remporte un avantage
signalé aux Aubiers , se réunit à eux,
et l'armée vendéenne qui commençait
à devenir formidable , marcha sur
Bressuire. M. de Lescure, qui était
prisonnier, fut délivré; tout le pajs
se souleva , et la guerre civile prit de
ce moment nu grand caractère. Cette
grande année vendéenne , qui pouvait
alors réunir plus de quarante mille
comlwttans , n'avait j>as un comman-
dant. Bonchamp, Lescure, f^aro-
chejaquelin , Cithelineaii , Slofflet et
d'Ëlbée, marchaient chacun a ta tête
des paysans de leur canton. I^ iroupç
de d'Elbée était nombreuse et fort
dévouée ; elle se composait de gens
des environs de Beaupréau et deChol-
let. 11 en était fort respecté et exerçait
sur eux une influence complète par
sa piété , son courage constant et
tranquille. C'é ait là tout son mé-
rite ; il n'avait aucune habitude des
hommes , du monde , ni des affaires.
Son amour-pi-opre se blessait facile-
ment et s'emportait sans propos. H
avait UD mélange de prétention et de
2 ELB
-\
politesse difficile et cérémonieuse. II
n'e'tait pas sans ambition , mais faute
d'expérience de la socie'lé, elle n'avait
ni but précis , ni étendue. Dans les
combats, il ne savait qu'aller en avant,
ne prenait aucune disposition mili-
taire , et répétait aux soldats : Mes
enfants , la Providence nous don-
nera la victoire. Sa dévotion était
bien réelle ; mais comme il avait re-
marque que c'était un moyen de s'al-
taclicr les paysans et de les animer,
il ne croyait jamais en montrer assez
et tombait dans une affectation quel-
quefois risibîe. Il avait cousu de
saintes images sous son habit. Sans
cesse il faisait des exhortations , des
espèces de sermons aux soldats , et
surtout leur parlait toujours de la Pro-
vidence ; au point que les paysans ,
bien qu'ils respectassent fort tout ce
qui tenait à la religion , et qu'ils aimas-
sent beaucoup d'Elbée , l'avaient ,
sans y entendre malice, surnommé
le général la Providence. Mais en
tout, c'était un si honnête homme et
si courageux que tout le monde , dans
l'armée , avait pour lui de l'attache-
ment tt de la déférence. De Bressuire
on marcha sur Thouars, qu'on in-
vestit et qui se rendit à la colonne de
d'Elbée. Puis on alla atLiquer Fou-
tenay; cette tentative n'eut point de
succès. D'Elbée fut blessé à la cuisse et
demeuraquclquessemaiuessanssuivre
l'arniée. Pendant ce temps, la seconde
attaque sur Foutenay réussit , et de
succès eu succès, on arriva jusqu'à
Saximur , qui fut pris. Ce fut là l'époque
de la prospérité et des plus grandes
espérances des vendéens. C'est à ce
moment que , sur la proposition de
M- de I>csciue , Cathelincau fut re-
cunnu généralissime par 1rs chefs as-
semblés. D'Elbée , que sa blessure
avait retenu , n'arriva que deux jours
après celle nomioaliuu qu'il approuva
ELB
fort. De Saumur on marcha par An-
gers , sur Nantes , où l'on échoua avec
assez de perte. Calhelineau mourut
des blessures qu'il avait reçues dans
celte affaire. On songea à le rempla-
cer; comme la nature de cette guer-
re donnait à ce commandement en
chef fort peu de réalité, et qu'une
armée formée de la sorte ne pouvait
pas avoir une discipline exacte , les
principaux chefs n'attachèrcntpasunc
grande importance à cette affaire.
D'Elbée , au moyen de quelques pe-
tites manœuvres , se fil nommer pres-
qu'à l'iusu d'une grande partie de
l'armée. On s'était occupé en même
temps de choisir quatre généraux de
division, parmi lesquels on ne comprit
même pas Charelle. Une telle élection
ne changea rien à l'état des choses ,
chacun conserva le même commande-
ment et le même pouvoir : mais on ne
contesta pas à d'Elbée son titre de gé-
néralissime, d'autant que pour se le
faire pardonner , il montra une poli-
tesse et uue déférence plus obséquieu-
ses que jamais. Vers la fin de juillet,
on marcha vers le bas Poitou, et l'on
perdit la bataille de I.uçon. Le 12
aoiit , toutes les forces des armées
vendéeimcs se réunirent pour venger
cet échec et attaquer de nouveau Lu-
çon. L'issue ne fut pas plus heiu-euse.
On reprocha beaucoup à d'Elbée de
n'avoir donné aucun ordre , de n'avoir
pas lait une disposition pour exécuter
le plan d'attaque dont on était con-
venu. Mes enfants , alignez-vous
donc par ci , par là , sur mon che-
val , était, di>ail-on , le seul com-
niatidunent (|n'()n lui eût entendu
prolérer peudant l'action. Au mois
de septembre, la guerre devint plus
terrible et plus désasireuse pnur les
vendéens. Après une dcf -use héioique,
après avoir fut éprouver aux répu-
blicoias des dciailcs entières ( Voyez^
ELB
BoNcniMP. ) , l'armée fut enfin com-
plèfemcut battue à CboUet ; d'Elbée
y fut blessé à morU On le transjwrta
d'abord à Beaupréau. Il était dans un
tel c'tat de souffrance , qu'on ne put
lui faire suivre l'armée , comme à Les-
cnre et à Boucbamp, ainsi que lui, mor-
tellement blessés. On le cacha pendant
quelques jours ; puis , après que les
vendéens eurent passé la Loire et que
l'armée républicaine se fut mise à
leur poursuite , un frère de Cathe-
iineau rassembla environ quinze cents
Angevins , et conduisit à l'airaéc de
Cliarctte, avec cette escoite, d'Elbée,
sa femme , son beau-frère, et les of-
ficiers blessés qui étaient restés dans
le pays. Gharctte les envoya à l'île de
I^oirmoulier, dont il s'était emparé,
et qui semblait le plus sûr et le plus
tranquille refu{:;e. Trois mois après,
les républicains attaquèrent Noir-
mouliers et le prirent. Ils y trouvè-
rent d'Elbée , que ses blessures te-
naient encore entre la vie et la mort.
Quand les soldats entrèrent dans sa
chambre , il leur dit : « Oui , voilà
» d'Elbe'e , voilà votre plus grand en-
» nemi ; si j'avais eu assez de force
» pour me battre , vous u'auriiz pas
p pris Noirmoutier, ou vous l'eussiez
» du moins chèrement acheté. » Les
républicains le gardèrent cinq jours,
l'accablant d'outrages et de questions.
L'interrogatoire, en règle, qu'il subit,
existe encore. Ses réponses sont plei-
nes de franchise et de modération.
«Je jure, sur mon honneur, dit-il ,
» que malgré que je désirasse siucè-
» reraent et vraiment un gouverne-
» ment monarchique , réduit à ses
» vrais principes et à sa juste au-
» lorité, je n'avais aucun projet par-
» ticulier, et j'aurais vécu en ci-
» toyen paisible sous tout gouver-
» ncment qui eût assuré ma tranqud-
a lilé et k libre exercice de la rcli-
ELB G
» gion que j'ai touioms professée. »
Il assura même , qu'à ces conditions ,
il s'efforcerait de pacifier le pays.
Mais on voit clairement que cette of-
fre n'avait d'autre but que de sauver la
vie à ses malheureux compagnons.
Enfin , lassé de cette agonie : a Mes-
» sieurs , dit-il , il est temps que cela
» finisse , faites -moi mourir. » Il ne
pouvait se tenir debout. On l'apporta
dans un fauteuil sur la place publi-
que, et on le fusilla. Sa femme, qui
pouvant se sauver , n'avait pas voulu
le quitter , s'évanouit en voyant por-
ter sou mari au supplice. Un offi-
cier républicain la soutint et montra
de l'attendrissement. Ses supérieurs
menacèrent de faire tirer sur lui , s'il
ne laissait tomber cette malheureuse
femme, qui fut aussi fusillée. M. d'Hau-
terive , frère de madame d'Elbée , et
de Boisy son beau-frère , périrent de
même. Ou remplit une rue de ven-
déens fugitifs et d'habitants de l'île ,
qu'on soupçonnait de leur être favo-
rables , et tons furent massacrés , au
nombre d'environ quinze cents. Ce fut
dans les premiers jours de janvier
i 794. D'Elbée a laissé un fils unique.
A.
ELBÈNE ( D ). r. Dfxbene.
ELBEUF ouELBŒUF, manpii-
sat , érigé en duché le 1'^ mars 1 582 ,
en faveur de Charles I". , petit-fils
de Claude, duc de Guise ( V. Guise).
Charles naquit en i 556. Son carac-
tère et ses goûts le rendaient peu
propre à figurer dans les troubles qui
agitèrent le règne de Henri Ilf. Rien
ne prouve qu'il ait pris part aux pro-
jets ambitieux des princes de sa mai-
son, ni même qu'il en ait eu connni -
sauce. Cependant à l'issue des Etats
de Blois , il fut arrêté sur de simples
soupçons et copduit au château de
Locne.s, où il resta sous la garde du
duc d'Epcrnon , jusqu'en i5gi. L«s
I..
4 ELB
ouvrages satiriques du temps le re-
présentent comme un homme d'un
esprit médiocre, insouciant et fort
adonné aux plaisirs de la table. Il mou-
rut en i6o5. — ChaklesH, son fils,
né en 1696, mort en 1637 , avait
épousé Catherine-Henriette , fille lé-
gitimée de Henri IV et de Gabnelle
d'Estrées. Sa femme voulut jouer un
rôle dans les intrigues de la cour sons
le ministère de Richelieu : elle fut exi-
lée en i65i , et le duc d'Elbeuf dé-
claré criminel de lèze-majesté. 11 par-
vint cependant à rentrer en faveur ,
et obtint le gouvernement de Picardie.
Le cardinal de Retz n'en a pas fait un
portrait avantageux dans ses Mé-
moires. — Emanuel-Maxjrice, pe-
tit-fils du précédent, né en 1677,
passa au service de l'empereur d'Alle-
Icmagne, en 1706 , et obtint un
commandement de cavalerie dans le
royaume de Naples. Il rentra dans le
duché d'Elbeuf en 1719, par des
lettres d'abolition, et mourut en 1 760,
dans sa 86^ année.Pendant son séjour
a Naples, il avait épousé l'unique hé-
ritière de la maison de Salz^. Tandis
qu'il faisait travailler à des embellis-
sements dans son château de Portici,
on trouva, à une certaine profondeur ,
des marbres précieux. Le prince ht
continuer les fouilles , et la quantité
d'objets qui furent le fruit de ce
travail , donna heu à de nouvelles
recherches, qui amenèrent eiilin la dé-
couverte d'Herculanum. Par la mort
de ce prince , le titre de duc d'E beuf
passa dans la maison d'Harcourt ( To/-
ELD
Harcouht ).
W-
El.RUKOHT ( Jeaw Va»), sur-
nommé Pelit Jean. Ou a sur ce peintre
iort peu de det.ul> . Il naq uit à El bourg,
près de Campcii , s'établit à Anvers ,
et fui admis , en 1 5j5 , dans la com-
munauté des peintres de cette ville.
Dcbcamps dit que cet artiste cutcudait
Lien la figure , le paysage , et repré-
sentait bien une mer orageuse. Il cite
quatre tableaux de Van Elburcht ,
placés dans l'église de Notre Dame
d'Anvers. L'un d'eux représente la
Pèche miraculeuse , et se trouve fort
convenablement placé à l'autel de la
chapelle des marchands de poisson.
Les trois autres, d'une plus petite
proportion , sont placés au-dessous.
Ce sont : un Christ sur la croix , avec
la Vierge, St. Jean et la Made-
lène ; St. Pierre à genoux devant
J. C. , sur les bords de la mer ; et
J. a dans la hers^erie. Us ne sont
pas sans mérite , m^is on y désirerait
un dessin plus coulant et un pinceau
moins sec. l.'année de la mort de Vaii
Elburcht est inconnue. D — t.
ELDâD, surnommé Danita, parce-
qu'il était de la Iribu de Dan, est l'au-
teur, vrai ou supposé, d'une Letire
où il traite des dix tribus qui sont au-
delà du fleuve Sabbation, de leur
puissance , de leur empire, de leurs
rites et coutumes et de leur manière
de faire la guerre avec leurs voisins.
Cet auteur nous apprend qu'il habi-
tait sur la rive du fleuve merveilleux
le Sabbation ou Sambation (i). Le
désir de visiter ses frères répandus
dans les régions du globe, le porta a
quitter ce lieu et à voyager. Il partit
avec un autre juif de la tribu d'Aser,
et s'embarqua. A peine était-il eu mer
que son bâtiment fut pris par des
Ethiopiens a fatc noire, et qui pis est
antl.ropophages. C^s sauvages le pri-
rent, l'.ttachèrent par le cou et 1 em-
prisonnèrent dans un réduit étroit ,
lui donnant beaucoup de nourriture ,
a(in que de maigre qu'd était, ilde-
viiit gras et digne de leur appétit. Mais
une troupe d'autres Ethiopiens vint
(,> Dr. R.bbini ont cm que ce «c»y "'"'"*
t„ que 1. r...ir. Sat>oal,.,,u dool ,.«.!« Jo.rpKe,
el h'.i «lirait «il* If »inpoH« en Etkiapio.
ELE
fondre sur ces antropopliages et déli-
vrer Ëidad. li suivit les vainqueurs
dans leur pays. Ceux-ci ne maii!;eaicut
point les bummes, et étaient adonnés
jà la pyrolàtrie. Après l'avoir garde'
quatre ans avec eux, ils le conduisi-
rent dans la terrç d'Atzin, où un j<iif
l'acheta. Ëldad navigua quelque temps,
de'barqua, puis tomba dans la tribu
d'Issacher, étiblic en la montagne
d'Abyssi, où elle vivait indépendante,
quoique la montagne fit partie de
l'empire des Mèdeset des Perses. Nous
ne poui.oerons pas plus loin l'analvse
de cette lettre, que Bartolocci {Bibl.
Rabbin, tom. i , pag. loo et suiv. ) a
réfutée dans tous ses points. Eile fut
sans donte écrite par un imposteur
qui aura pris le nom d'Eldad, et l'aura
composée pour accroître parmi les
siens les récifs fabuleux de qoelques
i-abbins touchant le fleuve Sabbation
et les tribus , et augmenter l'espoir de
leur délivrance. Cette lettre fol impr»-
mée pour la première fois à Constan-
tinople, en i5i8, in-4". Depuis il
eu a été fait plusieurs réimpressions
à Venise, i544 f' i6o5, in -8'.
Genebrard l'a traduite peu fidèle-
ment en latin, et l'a publiée sons ce
litre : Eldad DanùiS de Jitdœis clau-
sis , eorumque in MUUupid imperio,
Paris, i563; cette traduction, dont
Bartolocci a relevé les erreurs , a été
réimprimée dans la Chronographia
hebrtvorum , du même Geucbraid.
Enfin il a paru une nouvelle édition
du texte liébreii, à Isny, en 1722,
in 12. Eldad vivait vers le commcu-
cement du la"". siècle. J — n.
ELEAZAR, en hébreu Elhazar
(auxilium Dci). L'Ecriture et Josephe
signaient un grand nombre de juifs
de ce nom ; nous allons faire connaître
les principaux d'entre eux. Ei.EAZAr. ,
fils d'Aaron , et sou succcesseur au
pontificat , qui resta dans sa famille
ELE 5
jusqu'au temps de Héli. Il fut enterré
àOdbaath, lieu appartenant à Phinées,
son filN{ f^ojr. iosuc, c. ^4 )• — Elea-
ZAa, fils d'Abinadab, qui fut sancti-
fié pour être gardien de l'arche do
seigneur ( Rois, I. 1 , c. 7 ). — ElÉa-
ZAR . fils d'Ahod, un des trois braves
de David qui traversèrent le camp des
Philistins pour aller chercher à C€
prince , épuisé par la fatigue des coin-
bats , de l'eau de la citerne de Beth-
léem. Dans une bataille livrée aux
Philistins par les Israélites, ces der-
niers , effrayés , prirent la fuite de
toutes parts : Eléazar seul soutint le
cboc des ennemis, et en fit un si grand
carnage, « que sa main , dit l'Ecriture,
» demeura collée à son e'pc'e ( Voyet
Rois , 1. a , c. 23 , et paralip. , c. a ). »
— Eléazar , fils de Saura , surnommé
Abaron , ou Auran , de la famille des
Machabées. Judas, livrant bataille à
Antiochus Eupator, Eléazar apperç'it
dans l'armée de ce dernier, un élé-
phant plus grand et plus richement
enhamaché que les autres; il crut que
cet éléphant portait le roi , et se fai-
sant jour à travers les ennemis , il
parvint jusqu'à l'animal , lui ouvrit le
ventre avec son glaive , et péril écrase
( Voy. Machab., 1. 1 , c. 6 ).^ Eléa-
zar , autre contemporain des Macha-
bées , souffrit le martyre sous Antio-
chus Ephiphane. En vain ce prince
voulut le faire renoncer à son culte , cl
lui donner à manger de la viande de
iwrc. Il aima mieux périr que de vio-
ler la loi de Dieu. — Eléazar , fils
d'Onias I"., et frère de Simon dit
le Juste , succéda à ce dernier dans la
grande sacrificature, qu'il exerça pen-
dant dix-neuf ans. On prétend que ce
liit lui qui envoya à Ptoléniée - Phila-
delphc les soixante-douze interprêtes
qui firent la version des livres sacrés ,
connue sous le nom de Version des
Septante, environ 2-^7 ans avant J.C
6 KLE
( F". ABisTiÎE). Ptolëmëe lui rendit les
Juifs qui étaient retenus captifs dans
ses étais. — Josoplie parie encore
d'un autre Eléazar , magicien, qui
flëlivriit les possédés par la vertu
d'une herbe enfermée dans un anneau.
Le de'mon , en signe d'obe'issance , de-
vait renverser une cruche pleine d'eau,
placée à côté du patient. D. L.
ELÉAZAR de Garmi^jci ou do
Worms , auteur hébreu , disciple de
.ludas , fils de Kalonymos , apparte-
nait à une famille de juifs allejiiands
très célèbre. 11 vivait en 1240, et a
laisse' plusieurs ouvrages, dont quel-
ques-uns ont été imprimés. Voici les
principaux ; L le Livredu Droguiste,
qui traite de l'amour de Dieu , de la
pénitence, des choses licites ou défen-
dues, etc., Fano , i5o5, in -fol. Ce
traite a été réimprimé plusieurs fois.
IL Guide du Pécheur ,\ emse, i543,
in-4"' ; et Loyde , itiç)» , in- 12. 11
en existe encore d'autres éditions. IlL
Commentaire sur le livre Jezira.
Dans les diverses éditions le texte se
trouve uni au commentaire. IV. Com-
mentaire sur le Cantique et le livre
de Ruth, public sous Je titre de Fin
aromatique, Dublin, 1G08, in-4"'
11 n'a paru que cette partie du cou)-
menlaire d'F^iéazir, qui embrassait les
cinq Me^hilloth. Parmi ses ouvrages
manuscrits on distingue un Traité
de l'^4me , cité par Pic de la Miran-
dole, dans son Livre contre les astro-
logues, un Commentaire cabalisti-
que sur le Vetitatcuque , un Traité
de l'unité de Dieu, et divers écrits
cabalistiques , dont on trouve la no-
menclature dans Wolf , BihL héhr.,
et dans le Dizionar. storico, dei^li
ebrei, i\c M. de l>ossi. Ce rabbin fut
maître du célèbre Machmanide.
.1— N.
ELECTUS DE LAUFIEN-
liOUhG , capucin, exerça long-temps
ELE
les fondions de missionnaire dans
l'Orient, et à son retour en Allema-
gne , il s'adonna au ministère de la
parole. Consumé par ses travaux apos-
toliques, il mourut à Rottcnbourg, le^
2 mai 1627. On a de lui, en alle-
mand : Chronique de la Suisse pen-
dant qu'elle dépendait de l'Autriche
antérieure ; Relation de sa mission
dans l'Archipel. Ces deux ouvrages
sont restés manuscrits. E — s.
ELRONOUKDEGUIENNE,
d'abord reine de F'rance, ensuite reine
d'Angleterre, était fdle de Guillau-
me IX , dernier duc d'Aquitaine.
Guillaume IX , en partant pour le
pèlerinage de S. Jacques en Gallice ,
la déclara héritière de ses états , à
condition qu'elle épouserait le prince
Louis, fils de I,ouis-le-Gros, roi de
France. Les états d'Aquitaine, ayant
appris la mort de Guillaume, firent
connaître ses dernières volontés k
Ij*tuis-le-Gros , qui envova son fils
à liordeaiix, ou le mariage projeté lut
célébré avec une grande pompe. E!éo-
nore apportait en dot au |)rince Louis
celte belle ])artie de la Franre ma-
1 ilime , qui , sous les noms de Poitou ,
de Saiiitonge , de Gascogne et de pays
des Basques, s'étend depuis la basse
Loire jus([u'aux Pyrénées. A peine ve-
nait-cUo d'épouser l'iiérilier de la cou-
ronne de France ( l'an 1 i!>7 ), que la
mort de Louis-h--Gros fit monter le
prince Louis sur le trône. Les pre-
mières années de son règne furent
brillantes ; Eléonore , qui avait aug-
menté le rovaumede son époux , ajou-
tait à l'éclat de la nouvi'lle cour par
sa présence. La reine Eléonore se
trouva au concile de Vézclai , où
S. Bernard prèiha la seconde croi-
sade ; elle reçut la croix des mains
du saint abbé, et contribua beaucoup
à enflammer par son exemple le zèle
des chevaliers et des barons. La reine
ELE
partit pour l'Orieut, avec son époux,
au coramenceiuenl de rété i 1 47 , t^l fit
remarquer sa Lcaulé et les gràcos de
son esprit à la cour de Constaiitinople.
Après avoir supporte' avec résij^nafioii
les falit^iies d'un voyage përilliux à
travers l'Asie mineure , elle arriva à
Anlioche , où elle fut reçue avec de
vives de'iuoustrations de joie par son
oncle, Haymond de Poitiers. Ray-
mond, qui avait envie de retenir l'ar-
mée de Louis-le-Jcuue pour faire la
guerre aux princes musulmans ses voi-
sins , s'effjrça de séduire le cœur d'E-
Iconore et de l'entraîner dant ses pro-
jets, lia reine , touchée des prières de
ce prince, subjuguée par les homma-
ges d'une cour voluptueuse et bril-
lante , et si ou en croit les historiens,
par des plaisirs et des penchants in-
digues d'elle, sollicita vivement le roi
sou époux de retarder soc départ pour
Jérusalem ; comme elle ne put y réussir,
elle annonça hautement le projet de
se séparer de F^ouis VU et de faire
casser son mariage, sous prétexte de
parenté. Raymond lui-même jura d'em-
ployer la force et la violence pour re-
tenir sa nièce dans ses états. Enfin
le roi de France , oulragé comme sou-
verain et comme époux, résolut de
précipiter sou dépari , fut obligé d'en-
lever .sa propie femme et de la ra-
mener la nuit dans son camp. Parmi
la foule des chevaliers et même des
musulmans qui, au rapport de l'his-
toiri-, attirèrent dans Anlioche les re-
gards d'Eleoiiore, on citait un jeune
Turk dont elle avait reçu des présents.
« Dans ces choses-là , dit ingéuieuse-
» ment Mczerai, on en dit souvent
» plus qu'il n'y en a; mais aussi il
» y en a souvent plus qu'i.n n'eu dit. »
Quoi qu'il eu soit , Louis Vil ne
]Mit oublier son deshonneur, et cessa
d'avoir des égards et de l'attachement
pour la rciue. De sou côté , Eléoaorc
ELE 7
traitait son époux avec la fierté la plus
insultante , et se plaignait d'avoir
épousé un moine plutôt qu'un roi.
Louis cousuha plusieurs fois l'abbé
Suger sur le pirti qu'il devait pren-
dre ; le sage abbé de Sl.-Denis con-
seilla toujours à son maître de dis-
simuler ses outrages , et surtout de
n'en point venir à un divorce, qui ne
pouvait être que funeste à la France.
Tant que Suger vécut , Louis-le-Jeune
suivit ses conseils ; mais après sa
mort, le roi ne s'occupa plus que de
rompre des liens qui lui devenaient
chaque jour pins odieux. Le divorce,
qui était désiré également par les deux
époux, fut enfin prononce* en i i5i,
dans le concile de Beaugency. Eléo-
nore quitta le royaume, le dépit et
la vengeance dans le cœur. Plusieurs
princes aspiraient à sa main, mais
elle préféra celni qui pouvait faire la
guerre à l'époux qu'elle venait de
quitter, et (il tomber son choix sur
Henri, duc de Normandie, connu de-
puis sous le nom d^ Henri II, roi
d'Angleterre. Ce mariage fit passer
sous la domination du monarque an-
glais les riches provinces de l'Aqui-
taine. Eléonore était plus âgée que
son nouveau man , qui en l'épousant
n'avait consulté que son ambition ;
elle ne tarda pas à le tourmenter par
les transports de .sa jalousie , et porta
le trouble et la discorde à la cour d'An-
gleterre, comme elle avait porté le
scandale à la cour de France : lu
tendresse d'Henri 11 pour la belle Ro-
semonde et pour plusieurs autres fem-
mes de sa cour, avait poussé jusqu'à
l'excès le dépit et l'humeur vindica-
tive d'Eléonore. Enfin la reine ré-
solut de se veuger des infidélités de
son époux , et .semant partout les
soupçons et la haine, elle trouva le
moyen de diviser la famille royale
et d'armer les fils contre leur ]icrc.
8 ELE
liA Normandie , l'Aquitaine et l'Angle-
terre furent remplies de troubles et
ravagées par une guerre impie. Elco-
jiore s'était prépare un asyle dans le
royaume de Louis, qu'elle avait long-
temps menace' de sa vengeance, et
qui était devenu son allié depnis qu'elle
jie songeait plus qu'à se venger des
infidélités de son dernier époux. Au
moment qu'elle se disposait à quitter
l'Angleterre , déguisée en homme ,
Henri, averti de ses intrigues, donna
ordre de l'arrêter, et la fit enfermer
dans une étroite prison. La captivité
d'Eléonore dura depuis 1 1^5 jusqu'à
Il 88, époque où Bichard-Cœur-de-
Lion succéda à son père et monta sur
le trône d'Angleterre. Le premier
usage qu'elle fa de sa liberté fut
de détourner Richard du mariage pro-
jeté avec Alix, princesse de France,
pour lui faire épouser Bérengère, prin-
cesse de Navarre. Pendant la 5*". croi-
sade , qui retint son fils en Orient,
Eléonore fut chargée du gouvcrne-
raent de l'Angleterre , et lorsque Ri-
chard, à son retour, fut fait piison-
iiier en Allemagne, elle implora tour
à tour le pape, l'empereur Henri V,
Philippe-Auguste, et tous les princes
ehrcticns, pour obtenir la liberté du
^éros malheureux de la guerre sainte.
Quelques années apj-cs la délivrance
de Richard , elle se relira à Fontc-
vrauld, et mourut dans cet abbaye
en i'io5, âgée de plus de quatre-
vingts ans. On trouve trois de ses let-
tres au pape Célestin 111, parmi celles
de Pierre de lilois : on croit même
qu'elles lui lurent dictées par cet au-
teur. L'histoire de celte princesse , pu-
bliée en i^Jfp» in-i'i,à Rotlerdam ,
par Larrey, sous le titre de \ Héri-
tière de Guyenne, contient plusieurs
faits hasardés, et ne doit être lue
qu'avrr, circonspection. M — n.
ÉLÉOiNORE DEGUZMAN, mai-
ELE
tresse d'Alphonse Xï, roi de Caslille, '
célèbre par sa beauté, ses aventures,
une faveur de vingt ans et sa fin tragi-
que, était veuve de D.Juan de Ye-
lasco, et fille de D. Pedro Nunez de
Guzman. Elle passait pour la plus
belle femme de l'Espagne; ses riches-
ses et son esprit relevaient l'éclat de
ses charmes. Eléonore inspira au roi
de Castilîe l'amour le plus violent ,
sans pouvoir néanmoins adoucir son
caractère impitoyable qui lui avait fait
donner le surnom de Fen^eur. Dès
que le roi en fut épris, il ne garda
plus de mesure dans sa famille ni en-
vers le public : il en agit avec Eléo-
nore comme si elle eût été reine. Cons-
tance de Portugal , épouse du roi , n'en
avait que le nom ; E!éonore en avait
l'éclat , le crédit et les honneurs. Al-
phonse fut tenté bien souvent de ré-
pudier la reine pour épouser sa maî-
tresse. Ce fut elle qui lui inspira , en-
lODu, l'idée d'instituer l'ordre de la
Bande. H fallait être noble , avoir
servi dix ans , faire profession de po-
litesse et de galanterie, pour être ad-
mis au nombre des chevaliers. Le but
d'Eléonore était de réformer les mœurs
faiouches de la noblesse castillane :
elle avait l'art de gouverner le roi , et
en était fièrc. Au milieu des troubles
et des malheurs d'un règne agité, le
roi de Caslille ressentit la joie la plu»
vive de la naissance de deux fils ju-
meaux que lui donna Ëléuuore. Cej
deux princes étaient Henri de Tr.ins-
tamare , qui fut depuis roi , el Fré-
déric , grand maître de Saint- Jacques.
On reprocho à E'éonore d'avoir noirci
et perdu à la cour, par ses intrigues,
IMarliuez d'Oviedo , grand maître d'Al-
cantara. Aigri contre la fivorite, il se
révolta , fut pris et périt dans les siip-
]»Iicrs. A la mort du roi de Caslille,
arrivée en i 55o, Eléonore fut exposée
à la vengeance de la reine, qui s'cm-
ELE
para an Rouvcmetnpnt : elle brûUit
de la punir de l'indifférence et du mc'-
pris qu'avait eus pour elle le feu roi.
En vain les jeunes princ( s , Gis d'Éleo-
iiore, prirent les armes pour sauver
leur mère : elle fut arrèlèe à Senlle,
ra i55i, et étranglée dans le palais
de la reine , sous les yeux de cette
princesse et du jeune roi son fils,
Pierre-le-CrucI. B — t.
ÉLÉO.NORE ÏELLEZ, reine ré-
gente de Portuj;al , fille de Martin-Al-
phonse Telle/, de Nuncs, était mariée
à D Juan d'Acunba , lorsque Ferdi-
nand, roi de Portugal, en devint éper-
dûmcnt amoureux. Ce prince l'avinl
demandée à son mari, qui la lui céda,
rompit aussitôt les engagements qu'il
avait contractés avec l'infante de Cas-
tille, et nprès avoir fait casser le ma-
riage d'Eléonore, il l'épousa lui-même
pour la placer sur le trône. Tout le
royaume gémit de ce lien inégal : le
peuple de Lisbonne se souleva ; mais
les chefs des révoltés furent punis de
mort. Éléonore fut proclamée reine
de Portugal eu i 5- i . Dès ce moment
le roi ne fut plus que le jouet de celte
femme ambitieuse , qui abusa de sa
fiiblesse pour gouverner irapéiieuse-
mcnt. Si conduite attira sur elle tous
les regards : maîtresse de tout , mais
observée du peuple et niéprisce des
grands, un instant pouvait lui enlever
le fruit de ses intrigues , jiar la mort
du roi qui était d'une santé faible.
Éiéonore qui avait acquis le tiônc par
ses charmes , voulut s'en assurer la
possession par ses libéralités. Après
avoir élevé sa famille aux premières
dignités, elle prodigua aux grands les
liunneurs et des bienfaits au peuple.
Mais , ne pouvant dissimuler long-
temps U perversité de sou ame , elle
occasionna , par de noirs artifices , la
mort de sa propre 5œnr Marie, que
l'infant D. Juau avait cpousc'e en se-
ELE 9
crcl , et dont elle craignait la concur-
rence au trône; pleine d'ombrage et
guidée par une adresse perfide, elle
sut inspirer à ce prince un fau\ soup-
çon d'infidélité qui le porta à poignar-
der sa femme. Au mépris de ce qu'elle
devait au roi , que sa passion aveu-
glait, Éléonore éleva au faîte des hon-
neurs et du pouvoir D. Juan Andeiro ,
gentilhomme castillan, qui devint son
amant et son favori. En 1 383 , elle
parut avec éclat à la cour de Caslille ,
où elle conduisit l'infante Béatrix , sa
fille, qui épousa D. Juan, roi deCas-
tiile. Peu de temps après, Ferdinand
mourut , et déféra la régence à Eléo-
nore, qui prit les rênes du gouver-
nement , dont elle partagea la puis-
sance avec Andeiro , son favori. Ce-
pendant l'infant D . Juan , grand maître
d'Avis, ayant forme un parti, réso-
lut d'ôter la régence à Eléonore ; il
entra avec ses partisans dans le palais
royal , et poignarda Andeiro dans les
bras de la reine. Le peuple ayant fait
éclater sa joie à l'occasion de ce meur-
tre, Éléonore ne se crut point en sû-
reté à Lisbonne , et en sortit pour se
retirer à Alcnquer. Ce fut alors que ,
se tourn.mt vers la ville, elle s'écria :
ingrate et perfide ! fasse le ciel
que je puisse te voir embrasée ! d'A-
ienquer elle passa à Santarem. Le
royaume fut divisé , et Lisbonne li-
vrée à l'anarchie. Éléonore , toujours
inconsolable du meurtre d'Andeiro ,
et brûlant de se venger, pressa -rive-
ment le roi de Casfille , son gendre ,
d'accourir promptement en Portugal
peur s'y faire reconnaître héritier du
rovaume , le roi Ferdinand étant mort
sans enfants mâles. Elle attira ce prin-
ce à Santarem , et se dépouilla impru-
demment . en sa faveur, de sou auto-
rité, espérant qu'il la vengerait du
peuple de Lisbonne ; mais elle ne tarda
pas à se repentir d'avoir appelé les
10 ELE
Espagnols à son sccoiirs. liC roi de
Castille , son gendre , craignant ses
artifices et les effets de son ambition
trompée, la fit arrêter et conduire dnns
le monastère de Tordesillas , ])rcs de
Valladolid , où , dévorée de cliagrins
et de remords , clic resta enfermée
Jusqu'à sa mort, arrivée vers 1 4o5.
B— p.
ELEOÎ^ORE - DE - CASTi LLE ,
reine de Navarre, fdie de Henri H,
roi de Castille, épousa, en iS^S,
Charles III , dit le Noble , roi de Na-
varre , en exécution du traite de paix
conclu entre les deux couronnes. Ga-
lante, inquiète et ambitieuse, Eléo-
nore se brouil'a bientôt avec le roi
son époux, et se retira en Castille où
elle était rechcrcbéc et adorée des plus
grands seigneurs du royaume. Bena-
vcnte, Yillena , Gijon, Transtamarc,
tous princes du sang , formaient sa
cour et la snivaietit p.'utout. Naturel-
lement intrigante elle se mit à la tête
d'un parti puissant qui >'cleva contre
son neveu Henri lll , roi de Castille j
mais ce prince étant venu l'assiéger
dans le cliâ'eau de Roa, elle fut ré-
duite par la i'orcc des armes et ren-
voyée ensuite au roi son époux.
C'était la plus dure mortification à
laquelle cette piinccssc pût cire
condamnée. Chailes-le-Noble, qui la
demandait avec instance, la reçut à
ïndela , en i5ç)5 , et jura sur les
Évangiles, en prc.sencc des ambassa-
deurs castillans, de ne point attenter
à ses jours. 11 la traita, en cfTet,avec
hcaucoup de géïK-rosilé cl d'égards ;
il lui confia mêiae la régence du
royaume, en i/|Oj, pendant son sé-
jour à la cour de Fiance. Eléonorc
lui donna Iniit enr.uits. Elle mourut
à Pampclunc, en i/jU), avec la ré-
putation d'une des femmes les plus
spirituelles cl les plus aimables de muu
Bièclc. 1j — 1'.
ELE
ELÉONORE D'AUTRICHE, reine
de France, était sœur aînée de Charles-
Quint , et naquit à Louvain , en 1 498.
Elle n'avait que huit ans lorsqu'elle
perdit son père, l'aichiduc Phiiippc-
d'Aulriche. Elevée à la cour de son
frère, elle en faisait l'ornement. Frédé-
ric 11 , frère de l'électeur palatin , qui
vint à cette cour en 1 5 1 4 et 1 5 1 5 ,
conçut pour Eléonorc une vive pas-
sion , et la princesse n'y fut pas insen-
sible; mais leur intrigue fut découverte
à Charles -Quint, et ce prince , d'a-
près les conseils de Chièvres, jugea
plus convenable aux intérêts de sa po-
litique d'éloigner de sa cour le jeune
prince palatin , et de marier sa sœur
au roi de Portugal. C'était EmanucI ,
dit le Grand et le Fortuné , qui avait
vu celte monarchie s'élever, sous son
règne , an plus haut point de gloire et
de puissance; mais il était déjà âgé ,
infirme, bossu , et pouvait à peine se
soutenir sur ses jambes. Le mariage
fut conclu, cl malgré sa répugn.mee,
Eléoiiore l'épousa en i 5iç). Elle vécut
assez heureuse à la eotu'de Lisbonne;
mais son séjour n'y fut pas long. Kma-
uuel étant mort le 1 5 décembre
1 5*2 1 , et la laissant mère de deux en-
f ints , la jeune veuve revint à la cour
d l'Espagne. Le prince palalin fil en-
core quelques démarches pour obtenir
la main de cette riche douairière.
Charles-Quint de son côlé, eut l'idée
de la fiiirc épouser au connétable de
Bourbon , en érigeant jiour eux en
loyauMie la Provence , qu'il comptait
l'aider à conquérir, s'il ne pouvait les
faire régner à Naples; mais la victoire
de Pavic,et la captivité de [;>ançois Y'^,
firent criore d'autres projet'^; après
bien des négociations , deux priuce.sses
( IMaiguerite d'Autriche, tante de
Charles-Quint, et Louise deSwoie,
mère de François l".j, prociurrent
la pais, à la clu cliente, el une 5''. en
ÉLE
fut le lien. La liberté fut rendue an
rci! lie France par !e Iraité de Cambrai
( 1 4 janvier i5i6), dont la première
danse fut le mariage d'Elèunorc avec
ce monarrjue , déjà veuf de la reine
Claude. Divers incidents en retardèrent
l'exécution , et le mariage ne fut célébré
que le 4 juillet 1 55o. Arrivée à la cour
de France, où elle fut reçue par des
fêtes mairnifiques, tous les poètes du
temps célébrèrent a Tenvi cette alliance.
Une des meilleures pièces qui furent
faites en cette occasion , est le quatrain
suivant, qui se trouve dans les poésies
de Th. de Bèze :
îfW Uelenâ ridit Phocbm fonaosiDS ipsi.
Te . Krgini , nibii pulchria» orbit hab«t.
Cuaquc forinof* est; sed rc , tamcn , aller* major:
lUa seritlitei, Uelionora fngat.
La reine ne trouva pas auprès du jeune
et galant François I". le bonheur
qu'elle avait goûté à Lisbone. Il est
▼rai qu'elle était de toutes les fêles de
la cour, et servait d'ornement aux par-
ties que le roi faisait à Fontainebleau
où k St.-Geimain; m.iis ce prince la
délaissait souvent jwur ses maîtresses,
dont le crédit réduisait celui d'Eléo-
nore à peu de chose. Elle employa le
sien, tant qu'elle put, à maintenir
l'union entre son frère et son mari ,
ou à rapprocher ces deux puissants
monarques. La lecture et les exercices
de piélc faisaient son occupation la
plus ordinaire, lâchasse et la pêche
lui servaient de délassement. C'est sans
preuves que le président Hénault a
supposé qu'elle avait engagé le conné-
table de Montmorenci de décider le
roi a se contenter de la parole de
Chirles - Quint , sans exiger de pro-
messe par écrit , lorsque traversant la
France pour réduire les Gantois ré-
Tollé-î, il se confia à la loyauté d'un
rival qui avait tant à se plaindre de lui.
Eléonore n'eut jwint d'enfants de son
second mariage. Devenue veuve nnc
seconde fois (i547), elle se retira
E L E 1 1
d'abord dans les Pays-Bas , et ensuite
( 1 556; en Espagne , ou elle mourut à
Talavera . près Badajoz, le i8 février
1 558. Son Corps futpjrtéà l'Escurial.
On trouve de curieux détails sur les
premières années de celle princesse ,
dans Hubert Thomas Annales., de
vitd Frederiri Ilpalat. C. M. P.
ELEUTHÈRE, élu pape l'an 177 ,
après la raort de S. Soler , était grec
de nation et originaire de l'Epire. Il
eut à combattre les erreurs de Va-
lenlinien. I-e roi de la Grande-Breta-
gne , Lucius , lui envoya demander
des missionnaires pour l'instruire dans
la doctrine catholique. Il vécut sous
Marc-Aurèle , et mourut en paix sous
l'empire de Commode, l'an ig-i, après
avoir gouverné l'Eglise avec beaucoup
de sagesse pendant quatorze ans envi-
ron. L'Eglise l'honore comme martyr,
ainsi que quelques-uns de ses pi-édéces-
seurs, moins pour avoir souffert que
pour avoir combattu pour la foi. Il eut
jwur successeur St. Victor I*'. D — s.
ELEUTHERE, eunuque et cham-
bellan de l'empereur Héraclius, fut
nommé par ce pnucc à l'exarcat de
Ravenne; les habitants de cette ville
venaient de massacrer Lémigius leur
exarque ; Eleulhère punit de mort
les meurtriers et rétablit le calme
dans la ville; mais une autre révolte
l'appela bientôt dans la Campauir.
Jean de Coni])sa , homme puissant et
ambitieux , s'était emparé de Naples ;
Eleuthère assiégea la vilie et s'en ren-
dit maître. Jean de Compsa fut tué en
combattant. Mais Eleuthère se révolta
bientôt lui-même , cl , pour s'assurer
la possession de l'Italie, il marcha
vers Rome à la tète d'une armée. Ses
soldats , qui le haïssaient , se sou-
levèrent contre lui près de Cantiano
en Ombric. Ils se jetèrent sur lui ,
l'assommèrent et envoyèrent sa tête
àrcinpcrcui Héraclius.cn 61 7. L-S-e.
12 ELI
ELFIiEDE Fojr.. Ethelflede.
ELGEK. foj. Elliger.
ELIAN. Voy. Elien.
ELIAS DE BAHJOLS, prêlre pro-
vençal, naquit à Payols en Agenois,
Tcrs la fin du 1 2". siècle. Son père ,
simple marchand, et non pas gen-
tilhomme, comme l'a dit Nostrada-
mus, voulut lui faire embrasser le
commerce j mais, lié avec nu certain
Olivier, jonglenr, il s'associa avec lui
pour exercer le même métier , qui lui
parut préférable au négoce. Dcs-Iors
les deux aventuriers se mettent à par-
courir le pays et à visiter les châ-
teaux. Ils arrivent chez Alphonse II ,
roi de Provence , qui les prit à sou
service, les maria, et, pour se les
attacher encore davantage, leur donna
des terres à Barjols, dans le diocèse
de Riez. 11 ne reste de cet Eliis que
sept Chansons qui se trouvent parmi
les manuscrits de la bibliothèque du
roi, et que l'on croit avoir été adres-
sées à Garsf nde de Sabran , veuve
d'Alphonse, dont le poêle aurait été
amoureux. On ignore la suite des aven-
tures de ce jongleur; il est seulement
certain qu'il fit profession , en ii'n ,
chez les Hospitaliers de St. -Benoit
d'Avignon , qu'on appelait aussi les
Frères Pontifes , ou f liseurs de ponts.
L'objet de leur institution était de
construire des ponts , des chapelles ,
et de servir les malades dans les hô-
pitaux. On ne doit nullement ajouter
foi à ce que Nostradamus r.ipporic
d'Elias de Barjols, auquel il attribue un
pocme intitulé : Guerra dels Baus-
sencs. l\ — T.
ELÏAS LÉVITA, filsd'Acher, l'un
des plus habiles critiques et grammai-
riens qu'aient eus les juifs, naquit, se-
lon les uns, en Italie, et selon les
autres, en Allemagne, parce qu'il
prend sur le titre de ses ouvrages la dé-
uoioination iXAchenazy , allemand;
ELI
dénomination qui peut n'indiquer que
son origine. Le fait est que Elias na-
quit en Italie en 1472, et fit des
études brillantes. Il cultiva d'abord
la grammaire et l'écriture , avec tant
d'ardeur et de succès , qu'il s'acquit
bientôt une grande réputation. On doit
avouer que les circonstances le favori-
sèrent. Paraissant dans un temps ou
les docteurs, obligés de recourir aux
sources , aux textes originaux de l'é-
criture , étaient ramenés à l'étude de la
langue heliraïque, étudequi étaitmême
de mode alors, Elias fixa leurs regards
et leur attention par sa doctrine et ses
ouvrages. En i5o4 il enseignait à
Padoue, et y composa pour ses éco-
liers l'exposition de la Grammaire de
Moïse Kimchié. Cette ville ayant été
prise et saccagée en iSog, il perdit
tout son avoir, et se relira à Venise,
où il demeura trois ans. En i5i2 il
alla à Roinc, et y fit la connaissance
du cardinal Gilles. Ce prélat le prit
sous sa protection, le logea chez lui
et fournit à tous ses besoins. Elias
passa ainsi treize années de sa vie,
pendant lesquelles il fit divers ouvra-
ges pour son protecteur. Le fameux
sac de Rome , arrive en i S^-j , le priva
une seconde fois de ce qu'il possédait,
et le força à se retirer à Venise. En
i54o, sur l'invitation de Fagius, il
se rendit à Isny , où il publia quelques
ouvrages , et revint à Venise, où it
mourut en i549, •'' '•^r!*^ ^•' ■'««•'^•'•u'c-
dix-sept ans. Il nous apprend, dans
un de ses ouvrages , que des princes ,
des cardinaux, des évêques , et même
le roi de France, lui firent des offres
très avantai;euscs pour l'attirer près
d'eux; mais il les rejeta tontes. Avant
de mourir , ce savant homme eut la
satisfl'iction de voir ses ouvr.iges re-
cherchés , lus , imprimés plusieurs
fois, traduits et estimés des juifs com-
me des chrétiens, a Elias, dit le savant
ELI
» biographe des auteurs hebreuï ,
» M. de' Rossi, ne fut pas seule-
» ment habile grammairien et critique,
» mais bon j>oète, ainsi que le prou-
» veut SCS poésies imprirae'es. Il e'tait
» doux , humain , honnête et vrai.
» Sa complaisance envers les chré-
» tiens, aiirquels il enseignait l'he'breu
» et communiquait ses connaissances ,
■ lui attira les reproches et la haine de
» plusieurs rabbins. Son habileté' dans
» cette langue et ses ouvrages lui mé-
» ritèrcnt le titre de medakdek, le
» gt ammairien.Ccnxf\m veulentcon-
» naître à fond la langue hébraïque ,
» dit Richard Simon, doivent lire les
» Traile's du rabbin Elias Lcvita; ils
» sont pleins de reflexions utiles et
» importantes , et absolument ne'ces-
» saires pour posséder l'intel/igence
» du texte saci é. » Il porta aussi les
surnoms de Tisbita et de Bachur ,
ce qui a fait croire faussement à Wolf
qu'il vécut célibataire. Il eut plusieurs
femmes et des enfants. Ses (ils mouru-
rent de son vivant , et il témoigna
dans ses ouvrages le regret de n'en
avoir aucun pour perpétuer sou nom.
Voici la liste de ses principaux ouvra-
ges : I. Commentaire sur la Gram-
maire de Moïse Kimchi : il fut itn-
primé pour la première fois à Pe<aro,
en i5oH,sousle nom du rabbin Brn-
jamin , fils de Judi ; réimprimé plu-
sieurs fois, et traduit en latin par
Munster; II. le Choix. C'est une ex-
cellente grammaire hébraïque, com-
posée pour le cardinal Gilles ; elle a eu
plusieurs éditions, et Munster l'a tra-
duite en latin et commentée. III- La
Composition : traité dans lequel sont
expliqués les mots irréguliers du texte
sacré. L'édition première , la plus ra-
re, est de Rome, i5i<3. Munster l'a
également traduite en latin. IV. Le
Bon Goût , Traité des Accents ;
Venise , i558. L'année suivante ,
ELI î5
Munster en a donné une nouvelle édi-
tion , à la suite de laquelle il a joint un
extrait de cet ouvrage , écrit en latin.
y.Massorah (de la Massore),\e\nse,
1 558 , in-8^ , et Bàle, i SSg. Os deux
éditions sont très rares. Il en a paru
deux antres en 1769 et 1 77 i à Sulz-
bach. Ce traité a pour objet la criti-
que du texte sacré , et les auteurs qui
en ont écrit. L'édition de Bàle con-
tient un abrégé latin de l'ouvrage par
Munster , et une traduction entière
de la troisième préface. Les trois
préfaces , qui se font lire avec inté-
rêt, ont été traduites par Nagel ,
dans ses Dissertations diverses pu-
bliées à Altorf. Cet ouvrage est celui
qui fit le plus de bruit et fonda
la célébrité d'Klias, à caose de b
doctrine qu'd émet et soutient tou-
chant les points vovelles ; celte doc-
trine a été suivie dans la suite par
plusieurs philologues catholiques et
protestants. On a réimprimé, sous le
titre de Fractions des Tables , la der-
nière partie de cet ouvrage, qui traite
des abréviations. Setnier a traduit l'ou-
vrage entier en allemand, et l'a pu-
blié avec des notes a Haie , en 1772.
VI. Lexique chaldaique , targnmi'
gue, talmudique et rabbinique , Isuy,
i54i , cl Venise, i56o, in-fol. VIL
les Chapitres d'Elias , ou Traité
des lettres , de leur prononciation,
des voyelles , des lettres serviles et
gutturales , des noms, etc., Pesaro ,
ij'io. Munster l'a traduit en latin,
et publié à Bàle en 1 Sjy. VIII.
Tisbi, ou Dictionnaire choisi , dans
lequel on explique sept cent douze
mots appartenant à diverses langues,
employés par les rabbins, et qui ne
se trouvent point dans les lexico-
graphes , bàle, 1557 et 1601; et
avec la version latine de Fagius ,
Isny , i54i. On a encore d'Klias
Lévita divers petits Traités de graia-
ï4 ELI
maire imprimes à Isny, à Venise,
etc. , dont on peut lire la nomencla-
ture dans le Dizion. stor. degli aut.
jEfcr.de M. de' Hossi, tome I, pa-
ges io8ct suivantes. La biblotlièqiie
du roi possède un Traite de ce savant
rabbin , intitu'e : Lii>re des Souvenirs,
€t qui contient des règles et des ob-
servations touchant la Massore. L'au-
teur dit, dans une de ses préfaces ,
qu'il avait employé' vingt années à le
composer, et qu'il l'avait envoyé' à
Paris pour l'y faire imprimer.
J— N.
ELL4S ( Matthieu ) , peintre , na-
quit au village de Peene , près Cassel ,
*n i()58, de parents très pauvres.
Sa mère subsistait du métier de blan-
chisseuse et ne possédait qu'une vache
dont son fils était le gardien. Cor-
been , peintre estimé , passant un jour
près de leur demeure, apcrçutune for-
tification en terie avec de petites figu-
res ; c'était l'ouvrage d'Elias , dont
l'intelligence et l'aimable physiono-
mie intéressèrent l'artiste , qui , du
cousenlemcnt de sa mère, l'emmena
chez lui à Dunkcrque et le plaça au
iioml)rc de ses élèves. Ses progrès
furent tels que, pour mettre le com-
ble à sa bienfaisance, Qjrbeen l'en-
voya se periectionner à Paris, loisqu'il
fut parvenu à sa uo'. année. Elias se
montra digne des soins de son pro-
tecteur. Il lui envoyait fréquemment
de ses ouvrages en témoignage de re-
connaissance. S'étant marie ii Paris,
il fit un voyage à Uunkerquc, pour
y voir son maître , et peignit alors
dans cette ville un Martyre de Sle.-
Barbe. De retour à Paris, il fm nom-
mé professeur à l'académie de St.-Luc,
et eomposa quehpies thèses. Etant de-
venu veuf, il revint à Dunkerque oix
il fit encore plusieurs tableaux , tels
que/t'.v Portraits en pied des princi-
vaux membres de lu conj'rairie de
ELI
S. Sebastien, dans un seul Jabîeauj
un fJaptéme de J.-C. , où il introdui-
sit, par un de ces anachronisme»
qui , pour être communs , ne sont
pas moins rcpréhensibles, S. Louis
en prières. 11 se préparait à retourner
à Paris, lorsque les sollicitations de
ses compatriotes le retinrent à Dun-
kerque. 11 y peignit entre autres un
Fœu du corps de la ville à la Fierté ,
morceau remarquable en ce qu'il s'y
montra coloriste plus vrai et plus vi-
goureux qu'à son ordinaire. 11 phiça
son portrait dans cette vaste compo-
sition. Les villes de Menin , Ypres,
Cassel et Berg-St.-Winoc possédèrent
aussi de ses ouvrages. Descamps, qui
avait personnellement connu Eiias,
donne les plus grands éloges à la
douceur de son caractère , et à la pu-
reté de ses mœurs. Il mourut le 22
avril 174' > à quatre-vingt-deux ans.
D— T.
EL1CHMANN(.Jean), savant méde-
cin du l 'j^ . siècle, naquit en Silésie, et
pratiqua la médecine à Leyde, où il
mourut en 1639. Saumaise assure
qu'd savait seize langues. Il s'était
principalement occupé de la littéra-
ture orientale, et prétendait que l'al-
lemand avait une origine commune
avec le persan, hypothèse déjà présen-
tée parJuste-Lisp.«.e,qui a été plusieurs
fois renouvelée depuis avec quelque
fondement. « (.lichmann , au dire de
» Saumaise , était l'homme de l'Europe
» qui connut mieux le persan. Il avait
» entrepris de grands travaux de litté-
» rature orientale, parmi lesquels on
» distinguait les matériaux d'uti dic-
» tionnaire arabe et persan , très am-
» pic. 11 s'était beaucoup occupé des
» traductions arabes des auteurs grecs,
» cl prétendait , à l'aide de ces traduc-
» lions, rétablir les textes grecs alté-
» rés, ou f.tire connaître des auteurs
9 dont les ouvrages ne soûl poiul vc-
ELI
» nus jusqu'à nous. Une mort pi e'm.i-
» turèe ne lui a point permis de inet-
» lie la dcruièi e main à aucun de ces
» travaux. » On lui doit seulement
une Lettre arabe sur l'utilité de cette
langue pour ceux qui cultivent l'art
de guérir, le'ua , ib5(> ; une diNScrla-
tion De fatali vils termina secitn-
dùm menlein orientalium , Leyde ,
•i65<)' Ku 1640, parut sa tradiic'ioa
latine et arabe du tableau de Cehès ,
avec l'original grec , et une préface
longue et intéressante de Sauraaise.Ou
ne sait sur quel fondement Jocber,
dans son Gelehrlen Lexicon,d\l qu'Ë-
lichmann est l'auteur delà Grrtm/na/re
persane publiée par L. de Dieu. Jo-
cber ne cite que Bayle, et ce dernier ne
dit pas un mot qui appuyé celle as-
sertion. J — s.
ÉLIE, fameux prophète, que Dieu
suscita surtout contre l'idolâtrie, naquit
à Thpsl)é, ou Thisbé , ville du pays de
Galaad , située au-delà du Jourdain.
Achab et Jétabel , son épouse , stli-
raient sur Isriél toutes sortes de ma-
lédictions , à cause de liur impiété.
Elie leur prédit une longue séche-
resse, et se retira ensuite dans le dé-
sert sur les bords du torrent de Carit.
L'eau du torrent s'ctant desséchée, il
alla chercher un asde à Sarepta , pe-
tite ville des Sidoniens. Ce fut dans cet-
te ville qu'une pieuse veuve voulant lui
faire un pain du peu de farine qu'elle
avait encore, Elie multipHa miracu-
leusement ce peu de farine , et bientôt
après ressuscita le jeunefiîs de la veuve,
en se mettant trois fois sur l'enfant
et se mesurant à son petit corps. Ce-
pendant la famine désolait la capitale
du pays d'Israëî; le prophète résolut
d'aller trouver Achdb, qui le prévint
et lui reprocha d'être un perlurbaleur :
« C'est vous-même , dit Elie, qui avez
» troublé Israël , lorsque vous avez
» abandonné les commaudeineaU de
ELI iS
» Dieu. » En même temps l'homme
de Dieu demande au roi d'envoyer sur
le mont Girmel hjit cent -cinquante
faux prophètes qui appartenaient au
culte de Baal et d'Astarlé : pour lui, il
s'y rend seul de son côté. Un peuple
nombreux s'assemble; Elie lui lepro-
chc avec amertume ses incertitudes
dans le service du Seigneur; le feu du
ciel va déclarer quel est le Dieu vérita-
ble. F^rs faux prophètes crient après
leurs idoles , et leurs idoles ne les en-
tendent pas , et leur victime n'est pas
consumée. Elie invoque le Toul-Puis-
sant , et le feu céleste dévore tout à
la fois le bois, l'holocauste et jusqu'à
la pierre du sacriûce. Tous les faux
prophètes furent égorges. Jizabel ,,
furieuse de la mort des prophètes de
ses faux dieux , voulut faire périr
Élie. Il se mil donc en fuite, se re-
lira à licrsabée, s'avança ensuite jus-
que dans l'Arabie Pétrée , où l'excès
de la fatigue lui fit désirer de mourir.
Un ange du ciel lui apporta un paia
cuit sous la cendre et un vase d'eau.
Ayant bu et mangé , il marcha encore
pendant quarante jours et quarante
nuits ; il arriva jusquà la montagne
d'Horeb, qui n'est, a proprement par-
ler, qu'une partie du mont Sinaï, et
qui était aussi appelée la moutjgoe du
Seigneur. C'était là que Dî'-u avait
apparu à Moïse dans un buisson ;
Elie vint y habiter une caverne, eoï-
porlant avec lui, comme le dit l'Ecri-
ture, le zèle du Seigneur et la loi de
l'holocauste. Un soulfl? divin lui ayant
annoncé que l'Eternel était a l'entrée
de sa demeure, il se couvrit le visage
de son manteau, etreçjt l'ordred'ailer
répandre l'onction sacrée sur Hazaël,
pour être roi de Svrie; sur Jehu , |)Our
être roi d'hraël ; sui Elisée, pour être
prophète. Elie avant donc quitté la
montagne d'Horeb, alla en Éphraïra,
où il trouva Elisée qui labourait La
,G ELI
terre , avec douze paires de bœufs ; il
lui jeta sou manteau sur les épaules ,
et lui déclara les voloiilés du Seigneur.
Acliab avait pris la vigue du vertueux
Waboth, que Jézabel avait fait peur;
Élie rfçoit l'ordre d'aller trouver ce
prince coupable; il lui annonce que
des chiens lécheront son sang, dans
le lieu même où celui de Naboth a cle
répandu , cl dévoieiontles restesépars
de sa criminelle épouse. Achab s'hu-
milia par les larmes du repentir; les
maux dont il était menacé furent ré-
servés au règne de son fils. Celui-ci ,
jiommé Ochosias , non moins impie
que son père , consultant aussi les
idoles, envoya plusieurs fois des gens
armés pour se saisir de la personne
d'Élie ; ils étaient tous , à la voix du
prophète , consumés par le feu du
ciel. L'iiumiliation seule du dernipr
des envoyés d'Ochosias arrêta la co-
lère céleste; Élie alla avec lui trouver
son maître pour lui annoncer sa mort
prochaine. Bientôt il sut lui-même
qu'il allait cire enlevé à la terre. Eli-
sée , ({uoique non instruit de cette sé-
paration prochaine , ne pouvait plus
cependant s'éloigner de l'homme de
Dieu ; il le suivait partout , à Bethcl ,
à Jéricho et vers le Jourdain. Le man-
teau d'Élie avant touché les eaux, ou-
vrit un passage aux denx prophètes;
ils allèreiitau-dclàdu ileuvc.Là, Ehsee
conjura son iu;.ître de lui laisser son
espril.Élie s'éleva vers le ciel , dans un
tourbillon , laissant tomber son man-
teau qui fut ramassé par Ehsee, elles
prophètes de Jéricho reconnurent (pie
sur lui s'était repose l'esprit d'Elie.
Ceci arriva l'an 897. , avant la nais-
sance de J.-C. lluit ans après la dis-
parulion de ce prophète, on remit de
sa pari à Jorani , roi de Juda , des
lettres qui lui reprochaient ses crimes.
Ce fait marqué dans les écritures , est
Uiterpiétc diversement : qudqucs-uus
ELI
croient que ces lettres avaient été écri-
tes avant l'enlèvement d'Élie; d autres
ont du que Joram ne les avait reçues
qu'en songe. Les rabbins ; dans leur
Seàer Olam (la suite des siècles ),
assurent qu'Èlie est actuellement occu-
pé à écrire les événements de tous les
Les du monde. Élie est, sans contre-
dit , un des plus grands personnages
de l'ancienne loi ; il est loué dans plu-
sieurs endroits des divines écritures:
«Quelle gloire, ô Elie, dit 1 auteur
» de l'Ecclésiaste , ne vous etes-vous
,> lias acquise par vos miracles . » Le
Sauveur , dans l'Évangile, nous aver-
tit que le prophète Élie est dqa venu
en esprit dans la personne de Jean.
Les Musulmans croient qu Elie liabite
un iardin délicieux , dans un heu re-
tiré , où se trouvent l'arbre et la fon-
taine de vie, qui entretiennent son
immortalité. Quelques mages de Fcrs(
ont cru que leur maître Zoroastre aval
été discinle de ce grand prophète.
C T.
EUE, ELIAS OU HELlElPi^m.:
„é à Vardberg , dans le Halland
vers 1480. Après avoir termine se
éludes ; il entra dans l'ordre des carme
à Elseneur. La lecture des cents d
Luther fit une impression très lorl
sur l'esprit du jeune religieux ; j
ayant été chargé, en i5i7,dexpl
quer rEcriturc-Sainte au collège (
Copenhague, il laissa voir qu d n
tait pas éloigné de partager les Of
nions de ce chef de la Réforme. E
hardi par l'approbation des principal
scicnenrs que la curiosité attirait as
leçons-, il cessa bientôt de se contra
die,et professa publiquement les pr
cipes du luthéranisme. Quelques s
ndes après il se repeutit du scand
qu'davait donné, et crut pouvoir
réparer en cciivant,avec un zèle ^
tré, contre ceux qu'il avait contril
à éearcr.Daus le même temps le i
ELI
qui estimait les talents d'E'ic , le cbar^
gea de traduire en danois un ouvrage
qu'on soupçoune être le Prince de
Machiavel ; Elie y substitua Vinstitu-
tion d'un prince chrétien d'Erasme.
Le roi, offensé de celte hardiesse, lui
ordonna de sortir de Copenhague , où
il obtint ensuite la permission de re-
venir. Celte punition ne ralentit pas
sa ferveur; elle semblait croître, au
contraire, par les dangers auxquels
elle l'exposait. A l'issue d'une confé-
rence tenue au château de Copenha-
gue, en i5i6 , des soldats l'insultè-
rent, quelques-uns même des plus
furieux se jetèrent sur lui et l'auraient
mis en pièces , si on ne l'eût arrache'
de leurs mains. Après tant de travaux
entrepris pour le maintien de la foi
chrétienne , tant de persécutions es-
suyées pour cet objet , Elie parut re-
venir aux principes de Luther. On
assure même qu'il les enseigna de
nouveau à Roskild , où il mourut vers
1 556. Son inconstance lui a fait don-
ner, par les protestants , le surnom de
fVetlerfahne , girouette. On a de lui
plusieurs ouvrages de controverse,
peu connus et peu dignes de l'être , et
des traductions en danois : L du livre
de la vertu, par S. Aûianase, 1 5^8,
in-8°. ; H. des Psaumes de David,
i5i8, in-S". ; IIL de L'institution
d'un prince chrétien, par Erasme,
Koskild , i554 , in-8\ Christian
Ohvarias a publié la vie d'Elie , en
latin, Copenhague, 1^44' i"-8'.
W— s.
ELIE - DE - BEAUMONT ( Jeau-
Baptiste-Jacqves ) , né à Careutan ,
en Normandie, au mois d'octobre
ir5'2, mort à Paris le lo janvier
1-86. Il fut reçu avocat en i'j52.
Quelques causes plaidées sans suc-
cès, par défaut d'organe, l'obligè-
rent de renoncera la plaidoierie. Il fut
bien dédommagé de celte humiliation
Xilh
ELI 17
par l'effet que produisirent ses mé-
moires ; celui pour les Calas, surtout ,
lui Ht une réputation étonnante ea
France et dans toute l'Europe. Ua
zèle ardent , actif, infatigable , qui
croissait avec les difficultés, et que
rien ne pouvait décourager; beaucoup
d'imagination, de chaleur et d'esprit ;
l'art de tirer d'une cause tous les
moyens qu'elle pouvait fournir; l'art,
peut-être plus rare, de les mettre dans
tout leur jour en les réunissant dans
un corps de preuves ; tels et lieut les
principaux titres d'Elie-de-Bcaumont
à la confiance publique. Il y joignit
une facilité prodigieuse , qui éclatait
dans tous ses écrits. Ses mémoires,
souvent remplis d'élégance , étaient
encore remarquables par cet intérêt
de style qui tient à d'ingénieuses idées
facilement exprimées , et qui se com-
pose d'un mélange de chaleur, de jus-
tesse et de clarté. La multitude d'af-
faires dont il a été surchargé pendant
ses vingt dernières années , ne lui a
pas permis de mettre la même correc-
tion dans les ouvrages de sa vieillesse,
que dans ceux qui avaient fait sa ré-
putation. Elie-de-Beaumont portait
dans le monde beaucoup de simpli-
cité et de bonhomie. Dans un petit
cercle d'amis, il se livrait sans réserve;
alors peu de personnes avaient une
gaîtc plus piquante et plus franche, et
racontaient avec plus d'esprit et d'ori-
ginalité; mais le seul aspect d'un hom-
me malveillant le déconcertait. Il man-
quait absolument de cette espèce de
force qui fait qu'on se roidit contre les
dégoûts ou les préventions de son au-
ditoire. Comme tous les hommes qui
ont beaucoup d'imagination , il était
sans cesse tourmenté par la sienne :
si une idée triste venait tout à coup
l'obséder, toute sa gaîté se trouvait
éteinte , et il n'était plus possible d'ea
Urer le moindre laot. Aussi y a-t-il «h
i8 ELI
peu d'hommes sur lesquels on ait por-
té des jugements si différents ; les uns
lui trouvaient encore plus desprit
dans la société que dans ses écrits; et
les autres, en convenant de l esprit
qui était dans ses mémoires, soute-
naient qu'il en avait fort peu dans la
conversaUon. Elie-de-Beaumont était
propriétaire de la terre de Canon en
Normandie , où il établit en 1 777 une
fête charapêire connue sous le nom de
Fête des bonnes gensCO, fl"i a/o"»"-
ni à l'abbé Lemoniùer le sujet de son
ouvrage intitulé: Fêtes des bonnes
gens de Canon et des rosières de
Briquebec et de St.-Saweur-le- Vi-
comte, i778,in-8^,fîg. Parmi es
mémoires d'Elie de Beaumont, les
curieux recherchent surtout : T. Mé-
moire du sieur Grudon contre Ram-
ponneau, réimprimé avec les Causes
amusantes ; U. Mémoire nu sujet
des caves forcées et des vins pilles ,
des chanoines de la Ste. Chapelle ,
^1^o,i.-l,.;\\\.Défensedeaau.
dine Rouge, 1770, in-4 • » IV- ^f^'
moire pour les Calas , 1 76^ , in-4' .;
C'est à l'occasion de ce mémoire, qui
fit beaucoup de bruit, que Vo taire
>'écrie: « Voilà un véritable philoso-
» phe : il venge l'innocence oppri-
» raée ; il n'écrit pas contre la comé-
» die; il n'a point un orgueil revo -
1» tant. » Mais Voltaire ajoute : « Je
» tondrais bien qu'avec une ame si
» belle, si honnête, cet homme eût
« un peu plus de goût , et qu'il ne mit
» pas dans ses mémoires tant de pâ-
w thos de collège. » T — D.
EUK DE liEAUMONTC Anne-
Louise MoRiN-DuMÉNiL, épouse de
J, B. J. ) » "ee à Cacn en 1 7A9 , donila
les Lettres du marquis de Roselle ,
ELI
)Ju
(0 CbjI »u»ii lui qui fil le fondi ( Soo liv.
«rii prop,,,* ,..r l'.ca-léinie d« BotHcOx .
miuicre de Urrr parti dr. Unde. J« Bord.âui ,
<ia«ol a Irur cullwiP 'l • '" puio'Iat'o"' Le «O*-
B4r« 4« M.H>i<i»bey rei»i>»ru 1< pr»t t» i77*-
1764, 2vol.in-iu, très souvent réim'
primés. Ce roman a eu assez de suc-
cès pour que M. Desfontaines de la
Vallée donnât au public les Lettres de
Sophie et du clievalier de *** , pour
servir de Supplément aux Lettres du
marquis de Roselle, 1766, 2 par-
ties in- 12. Les Anecdotes de la cour
et du règne d'Edouard II ^ roi d'An-
sleterre, parurent en 1776, m- 12.
M"'^ de Tencin n'en ayant fait que
les deux premières parties, M"*. Elie
de Beaumont suppléa la troisième.
« Cette troisième partie, dit La Harpe ,
» n'est pas ,à beaucoup près , aussi
» bien écrite que les deux premières :
» on sent que c'est une main toute
» différente ; mais les caractères an-
» nonces dans la première partie sont
» soutenus dans la troisième , et les
» événements se dénouent à peu près
» aussi bien qu'il était possible en tra-
» vaillant sur un plan donné. «^M'»'=.
Fortunée Briquet rapporte qu après
la mort de M"^^ de Beaumont, on ne
trouva plus le même feu dans les ou-
vrages de son mari. Quoi qu'il en soit
de cette remarque. M'"". Elie de Beau-
mont mourut près de trois ans avant
son mari , le 1 2 janvier 1 783.
A. B— T.
ELIE DE L\ POTERIE (Jean-
Antoine), docteur- régent de la fa-
culté de médecine de l'aris, ne vers
1731, mourut le -iS mai 1794 ^
Brest, où il exerçait les fonctions de
premier médecin de la Marine. 1
était frère d'Elie de Beaumont, ci
comme lui il s'était dévoué aux inte
rets de l'humanité. Très jeune encon
il avait étudié avec zèle les science:
naturelles et embrassé la professioi
de médecin , plus analogue a se
coûts que le barreau. Son activit
cgalait ses connaissances , et san
les devoirs multiplies de sa place
auri.it beaucoup et judicieusemei
ELI
écrit , comme il avait beaucoup étudié
et beaucoup observé. Touteiuia il a
laissé une foule de mémoires , d'ob-
cervalioas , de dissertations et de
rapports sur la médecine , la chi-
mie, le service des hôpitaux, etc.;
quelques-uns de ces ouvrages ont
été publics dans les Mémoires de la
faculté de médecine et dans ceux de
la société royale, dont il était mem-
bre. Il mit au jour, en 1784: I.
VExamen de la doctrine d^Hippo-
crate sur la nature des êtres tini-
més , sur les pr'uwipes du mouve-
ment et de la vie , sur les périodes
de la vie humaine , pour servir à
t histoire du magnétisme animal.
Cet ouvrasie, très savant et bien écrit,
où le système de Mesmer fut appré-
cié à sa juste valeur , fut très bien ac-
cueilli de Buffon, qui y vantait la
force de l'éloquence réunie à la Jus-
tesse du discernement ( lettre du 1 o
avril 1 785 ) ; II. les Recherches sur
l'état de la médecine dans le dé--
parlement de la Marine , qui pa-
rurent en 1790, III. les Recherches
sur l'état de la pharmacie , 1791 ,
renferment beaucoup de détails sa-
vants et curieux sur l'histoire de ces
deux sciences, sur les académies et
les institutions qui ont pour objet
l'éducation et l'instruction , et déter-
minent les véritables principes de
l'art de guérir, en offrant des aper-
çus piquants sur ses progrès. Il avait
commencé vers la fin de 1792 un
ouvrage étendu sur la politique; ses
nombreuses occupations en ralen-
tirent la composition, et la mort sur-
venue à la suite d'une fièvre gangre-
neuse l'empèch.! de le terminer.
D — B — s.
ELIEN (Claudi), Grec de na-
tion, vivait sous le règne de l'empe-
reur Adrien, à qni il dédia un ou-
vrage sur la tactique grecque , qui a
ELI 19
été imprimé plusieurs fois } la meil-
leure édition est la suivante : Cl.
Mliani et Leonis imper atoris tac-
tica ; gr. lat. cum nous Sixti Arcerii
et Jo. Meursii , Leyde , EIzevir,
1 6 1 3 . in-4 • Cet ouvrage a été tra-
duit, avec Polybe, par Louis de Ma-
chault, Faris, ibi5, in-fW. , et par
Bouchaudde Bussy, Paris, 1767 , a
vol. in- 1 a ; il l'avait déjà été par un
anonyme avec Végècc, Frontin eC
Modeste , Paris , 1 556 , in-4 '• C —h.
ELIEN (CLAtTCE), demeurait à
Rome sous les règnes d'Héliogabale
et d'Alexandre Sévère. Il se livr*
par goût à l'étudu de la langue grec-
que , et y ût d'asseï grands progrèt
pour mériter le titre de sophiste,
qu'un regardait alors comme hoDO-
rable. Il n'avait écrit qu'en grec; il
nous reste de lui les ouvrages sui-
vants : I. De naturd animalium li-
hri XP'II; gr. lat. , cum notis diver-
sorum et Abr. GronoviL Londres ,
1644» in-4^'» ^ yo\.\ — gr. lat.,
cum notii Jo. GotiL Sehneideri ,
I^ipzig , 1784 , in - 8". G)mme
M. Schneider est en même temps
savant naturaliste et habile critique,
on fait le plus grand cas de cette édi-
tion; II. Fari<c historiée; gr. lat,
cum commentario Jac. Perizonii,
Dresde, 1701, in-8'. , a vol.; —
cum notis J. Schœfferi et Johan.
Kuhnii , Strasbourg, 1713, in • 8"^. j
— ^r. lat. cum notis variorum, cu-
rante Abr. Gronovio , Amsterdam,
1751, in-4°. , 2 vol. La première
édition, donnée par Camille Perusco
(Rome, 1545, in -fol), ne conte-
nait que le texte grec Cet ouvrage
n'est qu'une compilation , souvent cu-
rieuse, niais qui serait bien plus im-
portante si Elien avait cité ses sour-
ces. C'est le plus ancien des Ana ,
et peut-être l'un des meilleurs. Ces
histoires diverses, a?ec Héradide de
a*.
.20 ELI
Pont et Nicolas de Damas, forment le
premier volume de la bibliothèque
grecque publié par le doctour Coray
aux dépens des frères Zoziraa. Ce vo-
lume a paru sous le titre de Pro-
dromus , à Paris , Firmin Didot ,
i8o5, in-8'. La préface et les notes
sont en grec. La traduction fran-
çaise qu'eu a donnée Forraey, Berlin,
1 764 , est moins estimée que celle que
M. B -J. Dacier a fait paraître en
1772 (Paris, in-8°.), avec des notes
pleines de goût et d'érudition; IIL
CL JEliani epistolce rusticœ XX ;
elles se trouvent dans la collection de
ses OEuvres, publiées eu grec et en
latin par Conrad Gessner , Zurich ,
1 556, in-foi.; dans la collection intitu-
lée : Epistolce Grœcanieœ mutux;
gr. , lat , Genève, 1606 , in-fol. On
ignore si notre Elien est le même que
celui dont parle Suidas , qui était né à
Préncste en Italie, et était grand-prêtre
de quelque divinité. Il avait fait un
Traité sur la Providence , dont Suidas
rapporte beaucoup de fragments. G-R.
ELIEZEh , fils d'Elias , l'allemand ,
médecin et rabbin de Crémone , sous
Philippe II , fut forcé d'abandonner
cette ville, et se retira à Constanti-
nople, où il obtint la direction de la
synagogue de l'île de Naxo. Il quitta
celte île pour venir en Pologne , et ob-
tint le même emploi dans la synago-
gue de Posen. Il mourut à Cracovie ,
en 1 586. Les juifs le regardent comme
un des hommes les plus savants de
sou siècle , et qui n'était étranger à au-
cune branche des connaissances hu-
maines. On a de ce rabbin : I. Com-
mentaire sur le Liire (VEsther, Cré-
mone, 1576, cl Hambourg , 17 1 1 : il
a été réimprimé de nouveau à Offem
bach; II. Histoire de Dieu, ouvrage
dans lequel est exposée l'iùstoire du
, Pentatenque , Venise , ï i>83 , et Cra-
iCPvie, i584. '^"~^'
ELI
ELIKOUM I",, Prince de la race
des Orpélians , en Géorgie, fils aîné
de Libarid 11. En l'an 1 167 , George
III, roi de Géorgie , jaloux de la
grande puissance de la famille Orpé-
lianne, et craignant qu'elle ne ten-
tât de mettre sur le trône son neveu
Temna , qu'il avait dépouillé de la
couronne, à cause de sa jeunesse , fit
un grand armement pour détruire le
prince de cette famille , qui s'était dé-
claré le protecteur du jeune roi. Ivaue
Il , qui était alors chef des Orpélians,
se prépara à résister au roi Geurge,
et il envoya son frère Libarid , avec
ses fils Elikoura et Ivane, pour de-
mander du secours à l'atabec Eldi-
kouz, sulthan de l'Aderbaïdjan; pen-
dant ce voyage, le roi de Géorgie
vainquit Ivane , le prit et le fit mou-
rir avec tous ceux de sa race qui se
trouvèrent auprès de lui. Après ce
désastre, Elikoum se fixa à la cour
d'Eldikouz, qui le traita avec la plus
grande distinction, et le fit grand
atiibek de la ville de Hamadau , puis
gouverneur pour douze ans des villes
de Rci, Ispahan et Kazwin. Eidikouz
promit encore à Elikoum de lui don-
ner sa fille en mariage, et de lui céder
une partie de ses états , s'il voulait
abandonner la religion chrétienne;
mais ce dernier ne voulut pas accep-
ter cette dernière proposition. Mal-
gré ce refus , l'alabek lui conserva
toujours son amitié, et même, vers la
fin de sa vie , en 1 1 7'2 , il lui céda la
possession d'une partie de l'Arménie ,
située vers la ville de Nakhidchevan ,
cl il le fit tufeiu- de son fils Pahlavan.
Il périt long-temps après , dans une
exi)édiiion que ce prince fit contre la
ville de Gandsak . ou Gandjah , en
Arménie. De sa femme Kh.ilhoun ,
nii'ce d'Elienne, arch' vêque de Siou-
nik'h , Elikoum eut un (ils , nommé
Libarid , qui lui succéda. S. M — n.
ELI
ELIKOUM II, prince des Orpc-
lians,flls aînë de Lib-irid III. Vers
l'an 1226, il succéda à son père,
dans la souveraineté des provinces de
Siou ik'h et de Vaiots Dsor, que le
roi de Géorgie, Lascha George, avait
rendue à sa famille. Il gouvenia assez
ti'anquiîlement ses états jusqu'à ce que
les raogols , vainqueurs de Djelal-ed-
din , sulllian de Kharizm , vinrent
attaquer la Géorgie. Elikoum se ren-
ferma dans le fort de Hraschkaperd,
et résista assez long-temps aux atta-
ques des mogols; mais à la fin il écou-
ta les prop.'sitions de leur général ,
Arslan Nevian,et il s'allia avec ces
conquérants. Après ce traité , Arslan
Nevian lui rendit tous les pavs qu'il
possédait avant la guerre , et y ajouta
même d'autres possessions, pour qu'il
en lUMÎtà p<-rpétuité. Elikoum joignit
ensmte ses forces à celles des mogols,
et il les accompagna , ainsi que la
plupart des antres princes Géorgiens,
dans l'expédition qu'ils Orent eu Sy-
rie. Il mourut pendant le siège de
Miafirekin, eu 1208, empoisonné ,
dit-on , par Avag , alabek de Géorgie,
qui avau contre lui une violente haîne.
Il avait épousé la fiile d'un noble géor-
gien , nommé Grigor Mardsnetsi ; il
en eut un fils appelé Pouirtliel , qu'il
laissa en bas âge. Elikoum eut pour
successeur , dans sa souveraineté ,
son frère Serapad II. S. M — n.
EMNAND. r. Helinand.
ELIOÏ (Thomas}. T. Elyot.
EfilOT ( George-Auguste ), lord
Heatlifield, baron de Gibraltar, était le
plus jeune des neuf fils de sir Gil-
bert Eliot, de Stubbs, dans le comté
de Hoxburgli en Ecosse : sa famille ,
d'ori>:ine normande , remonte au
temps de la conquête. Eliot naquit
vers fjiS, il reçut dans la maison
paternelle les premiers éléments de
réducalioQ , et fut mis de bonne heure
ELI 2T
à l'université' de Leydc, où il fit des
progrès rapides , et apprit à parler
avec élégance et facilité le français et
l'allemand. Son père , qui le destinait
à l'état militaire, l'envoya ensuite à
l'école royale du génie , à la Fère.
Ainsi , ce fut chez les français qu'E-
liot reçut des connaissances qui de-
puis ont contribué à lui faire acquérir
sa renommée, et l'ont aidé à combat-
tre avec succès les armes de la France
et de son alliée. Eliot revint à dix-sept
ans chez son père, qui le fit aussitôt
entrer dans le aS'. régiment d'in-
fanterie , ou fusilier royal Gallois;
il passa dans le corps des ingénieurs
à Wolwich , et se distingua par ses
progrès jusqu'au moment où le colo-
nel Eliot , sou oncle , le plaça comme
adjudant du second régiment des gre-
nadiers à cheval. Eliot donna toute
son attention à la discipline de ce
corps, qu'il rendit un des plus beaux
de la grosse cavalerie européenne,
et passa avec lui en Allemagne , dans
la guerre de 1740^ ' 74^. Il fut blessé
à la bataille de Dettingen. Parvenu au
grade de lieutenant-colonel, il résigna
sa commission d'ingénieur. 11 avait
rendu de grands services à sa patrie
en cette qualité, et prouvé , suivant
l'observation de son biographe an-
glais, qu'il était un digne élève de
Belidor. Il fut ensuite aide-de-camp
de George II qui, en 1759, lui fit
quitter le second régiment de grena-
diers à cheval pour lever et former
le premier régiment des chevau-
légers , appelé, de son nom, rcgimeut
d'Eliot. Il fut, aussitôt après, désigné
pour prendre part à l'expédition con-
tre les côtes de France (à St.-Cast )^
puis passa en Allemagne, où il ne
cessa de se signaler. On l'en retira
pour l'envoyer à la Havane ; soa
habileté aida le général en chef à s'em-
parer de cette place , vaillamment dé-
32 ELI
fendue par Louis de Velasco, qui
en était gouverneur. Lorsqu'à la paix
son coips fut passé pn revue par le
ïoi, ce prince demanda à Eliolce qu'il
pouvait faire pour ce régiment qui
s'était si vaillamment conduit. Il ré-
pondit que ce eorps de braves s'enor-
gueillirait d'obtenir de sa majesté le
titre de régiment royal. Le roi ayant
en<;uite voulu donner à Eliot une mar-
que personnelle de sa satisfaction ,
celui-ci lui répondit que l'approbation
donnée à sa conduite, par son sou-
Tcraiu , était pour lui la plus précieuse
des récompenses. Il fut nommé , en
1775, commandant en chef en Ir-
lande , mais il ne fit que paraître
dans cette île; ayant vu que les fonc-
tions qu'il aurait à remplir seraient
sans cesse entravées , il demanda son
rappel , afin de ne pas être obligé de
déranger la marche des choses dans
ce pays. Alors on l'envoya comman-
der à Gibndtar , et ce fut un heureux
choix pour le salut de cette impor-
tante forteresse. Son extrême vigi-
lance, la discipline sévère qu'il y éta-
blit, l'extrême sobriété dont il donna
l'exemple qui bientôt fut imité, les
préparatifs judicieux qu'il fit pour se
déléndre , l'habileté avec laquelle il
employa les moyens qui étaient à sa
disposition , le mirent à même de bra-
ver pendant plusieurs années, avec
une poignée d'hommes , les efforts
réitérés des armées espagnoles et de
kurs alliés les Français. La vigueur
des attaques qu'il eut fréquemment à
essuyer eut suffi pour épuiser toute
autre troupe conduite par un autre
j;énéral. Toujours prudent et réfléchi,
Eliot ue détruisait pas , par une sor-
tie jjfématurée , des travaux qui de-
vaient coûter à l'ennemi du temps ,
de la persévérance, de la dépense;
il attendait tranquillement qu'ils se
fussent approcliés du corps de la
ELI
place; alors , saisissant le moment fa-
vorable , il portait la destruction dans
leurs ouvrages. Jamais il n'employa
ses munitions à des affaires de vaine
parade ou à des attaques insignifian-
tes ; jamais l'apparence de la sécurité
ne le détourna un moment de son
assiduité à maintenir la plus exacte
discipline : à visiter chaque jour tous
les postes de la place ; jamais l'espoir
d'obtenir un succès hazardeux ne lui
fit sacrifier les jours de ses soldats.
Pendant trois ans les yeux de l'Eu-
rope entière furent fixés sur le rocher
de Gibraltar, investi, attaque par des
armées formidables , défendu par un
chef brave et déterminé , qui avait su
inspirer ses sentiments aux hommes
qu'il commandait. Ce fut surtout dans
la fameuse journée du i3 septembre
i78'2 qu'Eliot donna les preuves les
plus signalées de ce sang-froid et de
cette intrépidité si nécessaires à l'hom-
me entouré de périls imminents ( v. Ar-
çon). Son humanité ne fut pas moius
remarquable après ce jour si heureux,
si glorieux pour lui , si funeste à ses
ennemis, qui avaient réuni tous les
moyens d'attaque imaginables pour
emporter enfin cette forteresse de-
puis tant d'anntîes eu butte à leurs
coups. 11 fit retirer de la mer et du
milieu des bâtiments enflammés , les
soldats ennemis dévoués à une mort
certaine. Sa conduite le fit dès-lors
placer parmi les guerriers les plus
haljjles, et son nom fut cité partout
avec éloge et admiration. La paix vint
lui permettre enfin de se reposer. U
en reçut la nouvelle avec joie, et lors-
qu'il revint dans sa patrie, les accla-
mations du peuple , les remcrciments
qui lui furent ydressés par le parle-
ment , lui prouvèrent combien ses
compatriotes savaient apprécier l'im-
portance de ses services. Le roi le^
nomma chevalier du bain, te i4 iuittt^
ELI
1 -^87, le créa pair ; enCn , lui donnant
un titre qui rappelait le roclier té-
moin de ses exploits , il lui permit de
prendre les armes de la forteresse
qu'il avait si vaillamment défendue.
Ce lieu était sans cesse présent a sa
mémoire , il voulait aller y finir ses
jours. Une attaque de paralysie l'en-
gagea à prendre les eaux d'Aix-la-
cbapelle; il devait ensuite s'emb irqiier
à Livouiue |)Our Gibraltar , mais une
seconde attaque mit fin à sa vie le 6
juillet 1 790. Son corps fut rapporté
en Angleterre , et inhumé dans sa
terre de Hcatbfield, dans le comté
de Sussex , où on lui a c'Iévé un mo-
nument. E — s.
ELIOTT (Jeaw), ministre anglican
dans le 17% siècle, et missionnaire
auprès des sauvages de l'Amérique
septentrionale, traduisit de l'anglais,
dans la langue des nations indiennes,
une Bible qui fut imprimée à Cam-
bridge en i665, gros in-4". Outre
la version des psaumes en prose ,
il en fit un autre en vers, qu'on trouve
à la fin du volume. Cette Bible est de
la plus grande rareté. Il y en a une
à la Libliollièque du roi; celte du duc
de la Vallicre en renfermait une autre ,
et on en connaissait une troisième à
la bibliothèque des pères de l'oratoire
de la Rochelle.LeNouveau-Testanient
avait été imprimé eu 1661 et dédie
au roi Charles II, T — D.
ELIPAND. Foy. Félix d'Ubgel.
ELISABETH (Ste.), épouse de
Zaehai ie , et mère de Jean - Baptiste ,
e'tait de la race d'Aaron. Un ange étant
venu annoncer àZacbarie qu'Elisabeth,
malgré son grand âge, enfanterait un
fils , elle conçut le précurseur du Mes-
sie , et cacha sa grossesse pendant cinq
mois. Un mois après, Marie, sa pa-
rente , traversa les montagnes et vint à
Hcbron , visiter Elisabeth : « D'où me
» Tient, dit Elisabeth, ce bonheur,
ELI 25
» que la mère de mon seigneur vienne
» ainsi vers moi ? Car aussitôt que
» votre voix a frappé mes oreilles ,
p mon enfant a tressailli de joie dans
» mon sein. » Marie resta encore avec
Elisabeth pendant trois mois , c'est-à-
dire, jusqu'à la naissance de Jeau-liap-
tistc ; ce fut sa mère qui lui donna le
nom de Jean , et Zacharie , qui était
muet , écrivit ce même nom sur des
tablettes. Les Orientaux croyeut qu'E-
lisabeth sauva miraculeusement son
fils, lors du massacre des enfdUts du
pays de Bethléem , et qu'elle se retir*
ensuite dans le désert , où elle termina
ses Jours, et où Jean-Baptiste se forma
à cette vie austère qui lui mérita la
gloire d'être pris pour le Messie lui-
même. C— T.
ELISABETH DE HONGRIE
( Ste. ), fille du roi André II , naquit
eu 1207 , et épousa en r2Qi le land-
grave de Thuringe, Ijouis IV, dit le
Saint, avec lequel elle avait été éle-
vée, d'après l'arrangement fait par
leurs parents, qui avaient an été ce
mariage lorsqu'ils étaient encore au
berceau. La cour de Marbourg, où.
résidait le landgrave , offrit alors à
l'Allemagne le spectacle de la pratique
de toutes les vertus chrétiennes. Le
pieux Louis laissait à son épouse la
plus grande liberté de se livrer à
son goiJt pour la retraite, la prière
et les mortifications , au point que
son directeur , Conrad de Marbourg ,
était quelquefois obligé de modérer
son zèle i>our les austérités. Elle
avait des heures réglées pour le tra-
vail des mains , qu'elle employait or-
dinairement à carder ou filer de la
laine pour habiller les pauvres. Son
revenu était, à la lettre, leur patri-
moine. Tous les jours on distribuait
à sa porte des provisions à tous ceux
qui se présentaient , dont le nombre
s'élevait quelquefois jusqu'à neuf cents ;
24 ELI
et comme les plus infirmes ne pou-
vaient gravir le roc escarpé sur lequel
est situe' le château de Marbourg , elle
fit bâtir au pied de ce roclier un hô-
pital pour les recevoir. Elle fonda
d'autres hôpitaux et des maisons de
travail , et faisait élever un grand
nombre d'orphelins et d'enfants aban-
donnés. L'austérité de sa vie et sur-
tout son humilité , portée à un point
qui semblait peu compatible avec son
rang , faisaient la censure du faste
de la cour. Aussi son mari , mort à
Olrante en 1227 , au moment où il
s'embarquait pour la croisade avec
l'empereur Frédéric II, l'ayaut laissée
veuve avec trois enfants au berceau,
une cabale violente se forma contre
elle à la cour pour la priver de la ré-
gence, sous prétexte qu'elle aurait
dissipé en aumônes tout le domaine de
l'état. Henri Raspon, frère de Louis,
fut nommé régent, et poussa la du-
reté jusqu'à chasser la princesse du
château avec ses enfants, en lui re-
fusant les choses les plus nécessaires,
et défendant à toutes les personnes de
la ville de les recevoir , sous peine
d'encourir son indignation. Elle sup-
porta ce mauvais traitement avec une
patience admirable, se rendit dans une
égli>;e où elle fit chanter un Te-Deinn
en actions de grâces de ce qu'elle avait
été jugée digne de souffrir. Apres
avoir erré quelques jours sans pouvoir
trouver d'asyle convenable, eilc se re-
tira vers l'évêque de Baujberg , son
oncle, qui lui donna une maison com-
mode auprès de son palais. L'année
suivante , le corps du landgrave Louis
ayant été rappoit('eii Thuringc, lors-
que la pompe fiuièbre passa à Bam-
Lcrg, les principaux barons qui l'ac-
compagnaient furent tombés de la
vertu et des malheurs d'Elisab'th , et
de h dureté de son beau - frère. Ils
promirent à la pieuse veuve d'agir eu
ELt
sa faveur el de lui faire rendre justice,
la régence lui appartenant de droit,
suivant la coutume du pays. Mais elle
renonça de bon cœur au gouverne-
ment , et ne demanda que sou douaire
et la conservation des droits de sou
fils au landgravial. Elle retourna donc
à Marbourg, et quoique sa tranquillité
y fût encore troublée par de nouvelles
persécutions , elle y passa le reste de
ses jours dans la pratique des vertus
chrétiennes et religieuses. Elle y mou-
rut à l'âge de vingt-quatre ans, le iq
novembre i a3 1 , laissant un fils ( Hin-
ra.in II, landgrave de Thuringc, mort
sans postérité en i ^4 1 ) et deux filles ,
dont l'aînée (Sophie) épousa, en
1209, Henri 11 , duc de lirabant; et
l'autre ( Gertrude ) , abbesse d'Alden-
berg , ordre de Prémontré , mourut
en I i^n , et fut canonisée par le pape
Clément VI. La vie de Ste. Elisabeth ,
par ïhierri de Thuringc ( que l'on
croit être le même que Thierri d'Apol-
da, biographe de S.Dominique), se
trouve dans les Lectioiies anti/juas de
Ganisius. Il faut y joindre uu frag-
ment publié' par îjambecius , dans le
tom. Il du Catalogue de la bibliothè-
que de Vienne. Le détail de ses vertus
et de ses miracles a aussi été écrit par
son confesseur ( f'. Conrad de Mar-
purg ). Elle a été canonisée en 1 255 ,
par le pape Grégoire IX, et l'église
célèbre sa fête le 19 novembre. Les
femmes du liers-urdrc de S. François,
érigé en ordre religieux long-temps
api es la mort de la sainte, l'ont choisie
poiu' patrone, et on kur a quelquefois,
donné le nom du religieuse» de Ste»
Elisabeth. G. M. P.
ELISABETH ( Stk. ), reine de
Portugil , née en 127 i , c'ait fille de
Pierre III d'Arragon, elde Constance,
fille de Mainlnti, roi de Sicile. Dès
son enfance elle préféra les pra iqucs
de dévotion aux éludes , aux délasse*
ELI
ments convenables à son rang. A
douze ans elle épousa Denis I". ,
roi de Portugal ( Voy. Dems ). Ce
fut plutôt un mariage de convenance
qu'une union resserrée par les liens
de l'amour. Le grand prince à qui les
Portugais décernèrent le litre de père
de la patrie , laissa à sa femme la
liberté de se livrer à son goiit pour
les mortifications. Les agiographes
rapportent qu'elle jeûnait une grande
pariie de l'année, et qu'elle ne vivait
que de pain et d'eau les vendredis et
les samedis. Une conduite si étran-
gère aux usages du trône pensa lui être
funeste. Elle avait . dit-on , uu page
favori , confideut de ses plus secrètes
pensées , et distributeur de ses au-
mônes. Un camarade de ce page ,
jaloux de la faveur dont il jouissait ,
le dénonça au roi comme avant avec
la princesse un commerce criminel.
Le mouarque irrité fait venir un chau-
fournier , et lui commande de jeter
dans son four celui qu'il enverra lui
demaudcr si ses ordres sont exécutés.
Le page accusé reçoit ensuite la fatnle
commission. Il obéit; mais, passant
devant une église, il y entre, entend
une messe , puis une seconde , puis se
livre à la prière. Le temps s'écoule ; le
roi, impatient, envoyé le délateur au
chaufournier pour apprendre le succès
de sa ruse. Le rustre, trompé, prend
ce page et le jette dans le four. Ainsi
périt l'accusateur au lieu de l'accusé.
Elisabeth avait eu de Denis deux en-
fants : Alphonse, qui succéda à son
père, et Constance, qui fut mariée à
Ferdinand IV, roi de Castillc. Al-
phonse ayant formé contre son père
une conspiration , Elisabeth fut accu-
sée de favoriser ses projets , et en
conséquence exilée. Elle s'établit de-
puis médi.Urice entre le père et le fils;
mais son opposition constante aux
vues grandes et libérales de Denis, et
ELI a5
ses mœurs plus que cénobitiques qui
disaient la satire continuelle de celles
de la cour, ne permirent jamais cfu'il
régnât entre les deux époux une in-
time confiance. Après la mort de De-
nis, arrivée en i5a5, Elisabeth prit
l'habit du tiers-ordre de S. François ,
cl se relira au monastère dcsGlarisses ,
qu'elle avait fait bâtir à Coimbre. Elle
y passa le reste de ses jours dans de
continuelles mortifications, et mourut
le 4 juillet i556. Elle fut béatifiée par
Léon X en i5i6, et canonisée par
Urbain VIII en i625. Sa fête est cé-
lébrée le 8 juillet. Les agiographes de
cette princesse sont nombreux , mais
on doit les lire avec circonspection. Ou
compte parmi les principaux , Pierre-
Pcrpigniani, Jean Carillo, Jacques Fu-
ligati, Jean Antoine de Vera y Zuniga
et François Freira , tous jésuites , à *
l'exception de Carillo. D. L.
ELISABETH , fille de Wladisl.is ;
Lokietek , roi de Pologne , épousa en
1 5 1 9 Charobert , roi de Hongrie , dont
elle eut trois fils : Louis , qui depuis
fut roi de Hongrie et de Pologne; An-
dré, le malheureux époux de Jeanne ,
reine de Napics; et Etienne, duc de
Dilmalie et de Slavonie. Elisabeth
pensa périr par un événement que
Dlugosz raconte de la manière sui-
vante : a La princesse, dit cel hista-
» rien , était assise à table , au chà-
» teau deWizgrad sur le Danube, le '
» i8 mai i55o, avec le roi son mari
» et les princes ses fiis , Louis et
» André. Félicien, un des pins psis-
» sants magnats du royaume, lequel
» se trouvait dans la salie, tire i;n
» poignard , qu'il tenait caché sous
» ses vêtements, se jette sur la reine,
» à qui il coupa quatre doigts de la
» main droite, avec laquelle elle cher-
» chait à garantir sa tète; le roi, en
» défendant son épouse , fut blesse'
» Icgcrement au bras gauche : de-!â
a6 ELI
» Félicien se précipite sur les deux
» jeunes princes; leurs gouverneurs
» le désarment , et la garde étant ar-
» rivée , il fut haché en pièces. »
Voici, à ce que l'on raconte, la cause
qui porta ce malheureux à cette action
exécrable : « Le Jeune prince Casimir,
» qui depuis monta sur le troue des
» Polonais , se trouvait à la cour de
y> Hongrie près de la reine Elisabeth ,
» sa sœur ; il devint éperdûment amou-
» reux d'une jeune personne , nom-
» mée Claire, qui était fille de Féli-
» cien et dame d'honneur de la reine.
» Le prince tomba malade ; il décou-
» vrit à la reine sa sœur les causes de
» sa maladie. Cette princesse , qui ai-
» mait tendrement son frère , vint
» avec Claire, sous prétexte d'appor-
» ter à Casimir une boisson qu'elle
» lui avait préparée. Soi tant quelque
» temps après, elle pria Claire de res-
» ter jusqu'à ce qu'elle-même rentrât.
» Se trouv;int seul avec Claire, Ca-
» simir lui découvrit sa passion ; ses
» prières, ses larmes furent inutiles:
» il lui fil violence. Quelques mois
M après , elle découvrit à son père la
» honte dont ou venait de couvrir sa
» famille. Ne pouvant se venger sur
» Casimir , qui était parti pour rc-
» tourner en Pologne, Félicien résolut
» d'immoler la reine et ses enfants à
» sou ressentiment : il jiérit eu vou-
» lant exécuter ce dessein exécrable ;
» sou fils fut arrêté et attaché à la
» queue d'un cheval indompté. La
>' garde , après avoir mis le père eu
» pièces , se précipita dans les appar-
» tements de la reine ; on arracha
» Qaire du milieu des femmes : ou
» lui coupa le nez , les lèvres , les
» oreilles, et on l'exposa en cet état
» au peuple. » Du temps d'Élisabelh ,
les Pinstes , desquels elle descendait ,
cessèrent de régner en Pologne; elle
eut une part très active à ce graud
ELI
événement. Casimir, son frère, n'ayant
point d'e^ifants mâles , Elisabeth ,
qui avait beaucoup d'ascendant sur
son esprit, lui représenta qu'il devait
pensera se donner un successeur puis-
sant par lui-même , tel que serait son
neveu , fils d'Elisabeth , et qui , après
la mort de son père , devait monter
sur le trône des Hongrois j que les
princes de Mazovie , de Cujavie et de
Silésic , lesquels formaient eu Pologne
les branches collatérales de la maison
des Piastes , étaient trop faibles pour
pouvoir repousser les attaques des
voisins puissants qui entouraient la Po-
logne, et pour contenir l'ambition des
grands dans l'intérieur : elle flatta le
prince; elle le fit inviter au congrès
qui se tint à Wizgrad en 1 358. Casi-
mir goûta le projet de sa sœur; il le
fit approuver par les états du royau-
me, et tout ce qui teuait à cette affaire
importante ayant été enfin arrêté dans
le congrès que les rois Casimir et
Louis ( qui avait succédé à Charles
son père) tinrent en i555 à Jiude,
Elisabeth , munie des pleins pou-
voirs du roi son fils, se rendit à la
diète convoquée .î Zanloeh , où, en
présence de Casimir, elle reçut pour
Louis le serment de fidélité de la na-
tion polonaise. Casimir étant mort en
1370, Louis nomma Elisabeth ré-
gente du royaume de Pologne. Cette
princesse s'abandonna aux conseils
peifides de ses flatteurs; les plaintes
coiitieson administration se firent en-
tendre si haut , elles devinrent si gé-
nérales , que le roi son fils , en 1 5^8,
la rappela en Hongrie ; pour la dé-
dommager, il lui assigna de riches
domaines dans la Dalmatie. Une an-
née n'était pas encore écoulée, et Eli-
sabeth avait réussi à faire ch.niger les
résolutions de Louis ; elle revint en
'^79 ^" Pologne, avec les mêmes
pouvoirs qu'auparavant. « Celle prin*
ELI
» cesse, dit Naniszewicz, arait de')à
» atteint sa quatre-vingtième année,
» et elle se livrait, à cet âge , à toutes
» les folies de la Jeunesse. On n'en-
» tendait au cliâ'eau de Cracovie qTie
» chants , que jeux , que musique ; les
» affaires étaient abandonnées au ca-
» prico de ses favoris. Le jour de
» S. Nicolas il s'éleva une dispute en-
» tre les Hongrois de sa girde et quel-
» ques habitants de Cracovie. Un gen-
» tilhomme polonais fut Liesse; ce fut
» comme un signal donné dans toute
»la ville: on tombait sur les Hongrois
» partout où ou les rencontrait; on
» les t^orgcait sans distinction d'âge
» ni de sexe ; on les arrachait des
» maisons, des caves où ils allaient
» se cacher. On avait annoncé à la
» princesse que deux de ses pages ,
» issus d'une des premières familles
» de Hongrie, avaient eu le bonheur
w d'échapper à la fureur des assas-
» sins , qu'ils s'étaient réfugiés en lieu
» sûr; ou les avait découverts, et le
» lendemain on eut la cruauté de ve-
» nir les égorger sous les fenêtres du
» château même. Ayant passé quel-
» ques jours enfermée, pleurant et
» dévorée par les plus vives inquiét'u-
» des , Elisabeth s'enfuit de Cracovie,
» déguisée et suivie d'un petit nombre
» de domestiques. Elle revint en Hon-
» grie , ou elle mourut au mois de dé-
» cembre i58i. » On lui attribue la
recette de la composition de l'eau aro-
matique de romarin, qui , de son nom ,
est encore appelée Eau de la reine
de //onorie. G' y.
ELISABETH WOODVILLÊ ,
reine d'Angleterre, était fille de sir
Richard Woodville , créé depuis lord
Rivers, et de Jacqueline de Luxeni-
boui-g, duchesse douairière de Bcd-
foi-d. Elle fut, dans sa jeunesse, de-
moiselle d'honneur de Marguerite
d'Anjou , femme d'Henri YI, et icarice
ELI
à râ;ijc de seitc ans , en premières no-
ces, à sir John Gray de Groby , dont
elle eut plusieurs enfants. Son mari ,
qui servait dans le parti de Lancastre ,
fut tué, en i4*><, à 'a seconde ba-
taille de St. - Alban. Ses biens furent
confisqués. Elisabeth , n'ayant dans
cette triste conjoncture que la maison
paternelle pour asyle , se retira dans
la terre de Grafton, que sir Richard
possédait dans le iVjrlhamptonshire.
Un jour qu'Edouard IV chassait dans
les environs, en 1464, il vint rendre
visite à la duchesse de Bedford. L'oc-
casion parut favorable à Elisabeth
pour demander au roi la restitution
des biens de son mari , et pour le prier
d'avoir pitié de ses enfants. Vivement
ému de voir à ses pieds une si belle
femme en pleurs , Edouard la releva
eu l'assurant qu'il aurait c'gird à l'ob-
jet de sa sollicitation. La conversation
de cette femme charmante acheva la
conquête que ses attraits avaient com-
mencée. La passion du roi s'accrois-
sait à chaque moment. Il devint à son
tour le suppliant d'Elisabeth, et lui
fit entendre que, movenuantun tendre
retour de sa part, il n'aurait rien à lui
refuser; mais les tï^nsports , les ser-
ments d'un roi . jeune > aimable , pres-
sant, ne purent ébranler Elisabeth.
Tant de résistance irrita les désirs d'E-
douard , accoutumé à trouver un accès
plus facile dans le cœur des femmes
auxquelles il adressait ses hommages.
Sa passion l'emporta jusqu'à offrir sa
couronne et sa main à la personne qui
par sa beauté et par sa vertu lui en
paraissait le plus digne. Agréablement
surprise de cette proposition , Elisa-
beth l'accepta avec des scntimeuts de
respect et de reconnaissance qui ache-
vèrent de gagner le cœur du monar-
que. Comme il voulait pourtant garder
des ménagements avec la duchesse
d'York , sa mère , il se décida , avant
a8 ELI
de terminer , à lui communiquer soa
dessein. Surprise d'une re'solution
aussi précipitée , la duchesse adressa
à son fils les rcpre'sentations les plus
capables de l'en détourner. Il fut sourd
à ses remontrances : vola à Grafton
où le mariage fut célèbre' si sccrète-
inent, que les ordres doisnes pour
préparer le couronnement do la nou-
Yelle reine , en divulguère.it seuls le
secret. La surprise des grands et du
peuple fut extrême, devoir le roi ma-
rié avec une de ses sujelles, dans le
temps qu'il faisait négocier, par War-
wick, à la cour de France , son ma-
riage avec la princesse de Savoie , et
que ce mariage était déjà arrêté. A la
surprise des grands succéda leur ja-
lousie , de voir toutes les grâces et les
faveurs accordées aux parents et aux
amis de la reine ; mais ce méconlenle-
inenl fut peu de chose en comparaison
du dépil que conçut Waiwick, d'avoir
été ainsi joué. Il revint en Angleterre
la rage dans le cœur , et médita ses
projets de vengeance qu'il parvint à
exécuter en 1470. Edouard , pour-
suivi par cet homme devenu son en-
nemi implacable , fut contraint de
quitter le royaume. Elisabeth, ins-
truite de sa fuit^, ^ relira dans l'asylc
de Westminster, où elle fut suivie
d'un très grand nombre de [lartisans
de la maison d'York. Ce fut là qu'elle
accoucha d'un prince auquel on donna
le nom d'Edouard, et qui naquit hé-
ritier d'un grand royaume , tandis que
son père le |)erdait. Après qu'Edouard
fut remonté sur le trône, Elisabeth ,
qui n'avait rien perdu de son empire
sur son cœur, contiiuia à n'en profiter
que pour assurer la fortune de sa fa-
mille. Celle conduite excita le mécon-
tentement de la nation , qui lui re|)ro-
chait d'ailleurs un luxe immodéré.
Parmi les grands (|\ii nourrissaient
contre clic une haine iuv<^tcrée , le duc
ELI
de Clarencc , frère du roi , ne prenait
aucune peine pour dissimuler ses sen-
timents. Elisabeth, de son côté, ma-
nifestait pour lui une aversion qui fut
encore augmentée lorsque dans les
sanglants débals qui précipitèrent mo-
mentanément Eduuard du trône , elle
vit son père , et un de ses frères ,
traînés à l'échafaud par le parti dans
lequel Clarence s'était jette. I^es histo-
riens prétendent , que , profitant de
quelques brouilleries , survenues entre
les deux princes , elle s'unit au duc de
Giocester, autre frère du roi, pour
faire prononcer la mort de Clarence.
Edouard mourut en 1 485. Elisabeth,
qui, pendant la vie de sou époux ,
avait profité de l'ascendant qu'elle
avait sur sou esprit , pour éloigner de
la cour l'ancienne noblesse , et y pla-
cer des hommes qui lui devaient leur
élévation, espérait par cette conduite
et par son indulgence pour les fré-
quents écarts d'lt,douard , conserver
son crédit tant qu'il vivrait, et si elle
lui survivait , s'assurer !e gouverne-
ment sous le nom de son fils , quand ce
jeune prince monterait sur le trône;
mais , par une fatalité assez ordinaire
aux projets les mieux combinés , ce
furent toutes ses précautions qui cau-
sèrent sa ruine et celle de sa famille.
Dès qu'Edouard eût les veux fermés ,
les deux partis qui s'étaient formés à
sa cour , et qu'il tâcha de réconcilier
avant de mourir, oublièrent les pro-
testations d'amitié qu'ils venaient de
se prodiguer mutuellement, et chacun
songea aux moyens de gagner l'avan-
tage sur l'autre. La reine dépêcha ly»
émissaire an comte de Uivers , soa
frère , qui était avec le jeune roi dans
le pays de Galles , pour qu'il levai un
corps de troupes afin d'escorter le
prince jusqu'à Londres , et le protéger
contre les di-ssfins de leurs a.lver-
saircs. L'opposition qu'elle trouva k
ELI
rexccufion de cette mesure, et la
crainte d'exciter une guerre civile , lui
firent coiitreraaBder les ordres qu'elle
avait donne's. Ce premier faux pas de
la reine excita la jalousie des grands et
du duc de Glocesier, qui virent bien
qu'Elisabeth avait voulu les exclure
de radminisiration, et gouverner de
concert avec sa famille et ses créatures.
Glocester proûta des dispositions où
il vit l'ancienne noblesse, pour s'em-
parer de la personne d'Edouard V, et
faire arrêter le comte Hivers , et d'au-
tres partisans de la reine. Elisabeth
ne fut pas plutôt instruite de ces
c'vcaeinenls, que se voyant prive'e du
secours de son frère et de son Gis ,
elle se réfugia une seconde fois dans
l'asvle de Westminster , avec son se-
cond fils , le duc d'York et ses cinq
filles, espérant trouver dans ce refuge
la même sûreté dont elle y avait joui
autrefois contre Içs fureurs de la mai-
son de f^ancastre. Rolheram , arche-
rèque d'York. , alla la trouver , et
chercha à la consoler dans son afflic-
tion extrême, en lui communiquant
On message amical du lord Hastings ,
nn des seigneurs du parti opposé. « Ce
» que vous médites me présage quel-
» que malheur, s'écria -t-elle, car Has-
B tings est celui qui cherche à me faire
» périr moi et mes enfants. » Alors le
. prélat voulant lui donner quelque es-
pérance, lui dit qu'il n'y avait rien à
craindre pour la personne du roi ,
puisque le duc dTork était hors de
la puissance de ceux qu'elle regardait
comme ses ennemis. Mais le duc de
Glocesfer ne tarda pas à annoncer
qu'il eraployerait tous les moyens ,
même les plus violents , pour que le
duc d'York fut réuni à son frère.
Les deux archevêques allèrent donc
pour persuader à Elisabeth d'envovcr
son jeune fils à la cour. Elle résista
JoDg-temps à lents représentations , à
ELI 319
leurs prières, à leurs supplications,
car elle regardait la vie du roi comme
plus assurée , tant qut? son frère serait
dans un asyle qui lui semblait inviola-
ble , mais , ne trouvant |îer>onne de
son avis , et sachant que le conseil me-
naçait, en cas de refis, d'en venir à
la force, elle fit amener son fils aux
prélats, et, comme frappée d'un pres-
sentiment funeste sur le sort qui atten-
dait cet enfant, elle l'embrassa tendre-
ment et l'arrosa de ses larmes, lui dit
tristement adieu, et le remit entre les
mains des deux prélats, avec les mar-
ques de la plus vive douleur. Elle ne
revit plus ses deux fi's. I^e duc de
Glocester se fit proclamer roi , sous le
nom de Richard III , et les fit déclarer
bâtards ; une mort violente mit fia
aux jours du comte de Hivers et
de ses compagnons d'infortune. Eli-
sabeth était encore dans son asyle
de Westminster . avec ses filles , dé-
plorant ses infortunes , lorsque U
mère du Comte de Richemond lui en-
voya son médecin , pour lui confier le
projet formé par quelques mécontents,
d'élever le comte son fi s sur le trône
d'Angleterre, et lui dire surfout qu»
toute l'espérance du succès consistait
dans l'union des deux familles d'York
et de Lancasfre , par le mariage de la
princesse Elisabeth , fi le aînée de la
reine , avec le comte de Richemond.
La reine donna son consentement à
tout , et ajouta qu'elle souhait lit que le
comte s'engageât , par serment , d'é-
pouser Elisabeth , ou Cécile sa sœur
cadette, si Elisabeth mourait avant le
mariage- Le comte se conforma à cette
demande , le jour de Noël 1 483 , dans
la cathédrale de Rouen , et tous les
Anglais présents lui jurèrent serment
de fidélité. Richard, instruit de ce pro-
jet de mariage , chercha à le rompre.
Il parvint à persuader a Elisabeth qu'il
souhaitait vivre en bonue intelligence
5o ELI
avec elle, reconnut qu'elle avait e'te'
traitée trop rigoureusement , lui promit
de s'intéresser au sort des frères qui
lui restaient, de prendre soin de se&
tilles ^ et de les marier suivant leur
rang. Enfin il lui fit insinuer que son
dessein était d'épouser la princesse
Elisabeth , dans le cas où sa femme ,
dont la santé était languissante depuis
la mort de son fils , viendrait à mou-
rir. La reine, vaincue par toutes ces
considérations , ennuyée de vivre dans
son asyle, qui était réellement une
prison , et croyant que le complot du
comte de iUchemond était manqué par
la mort du duc de Buckinghara , son
principal soutien , remit ses cinq filles
à Richard. On doit être surpris néan-
moins de la voir, malgré tous ces mo-
tifs , oublier les outrages sanglants
qu'elle avait reçus de Richard, se prê-
ter à sa demande, et écrire même à sou
propre frère , pour l'engager à quitter
le parti de sou frère ; mais cet éton-
nement cesse si l'on considère , avec
Walpole , dans son ouvrage sur le
règne de Richard 111, que probable-
ment ce prince prouva à Elisabeth
qu'il n'avait pas assassiné ses deux fils,
et que la mort de sou frère et de son
fils du premier lit, était l'ouvrage de
Hastings. D'ailleurs , le parlement
ayant déclaré nul son mariage avec
Edouard IV, l'espoir de voir sa fille
mariée à Richard III, dut flatter sa
vauite. Une ancienne Chronique dit
qu'à la fêf'' de Noël 1 484 > on fut
scandalisé de voir la reine douairière
Cl sa fille aînée en robes royales toutes
pareilles. On peut donc croire , avec
quelque vraisemblance , qu'hllisabelh
ne regardait pas Richard comme le
meurtrier de la plupart de ses parents.
Après la fin tragique de ce monarque.
elle s'attendait à la reconnaissance du
comte de Kicheniond, devenu roi sous
i« iivm de Heuri VII , pour avoir dès
ELI
le principe, favorisé ses projets. Mais
ce prince , qui avait la prétention de
ne devoir ses droits au trône qu'à lui-
même , la négligea. Quand Elisabeth
vit son crédit absolument tombé à la
cour, sa fille traitée durement, tous
ses amis dédaignés , elle conçut la phis
vive aniinosité contre Henri , et réso-
lut de lui faire éprouver tout son res-
sentiment. Elleencouragea l'imposture
de Sinmel , qui voulut se faire passer
pour le comte de Warwick, fils du duc
de Clarence , quelques personnes
même conjecturèrent qu'elle avait ,
avec d'autres partisans de la maisou
d'York, persuadés probablement de
l'existence du second fils d'EdouardIV,
ourdi cette trame pour éprouver l'atta-
chement de la nation à cette maison.
Car, malgré l'esprit inquiet et intri-
gant d'Elisabeth , il n'est pas croyable
qu'elle eût voulu , dans l'espace d'un
an, essayer de détrôner sa fille, et
plonger de nouveau la nation dans les
horreurs de la guerre civile, si elle
n'eût pas travaillé dans l'espoir de
procurer la couronne à son fils. Les
soupçons de Henri le portèi ent à as-
sembler un conseil composé de ses
plus intimes confidents, pour les con-
sulter sur la conduite à tenir envers sa
belle-mère. Par suite de ces délibéra-
tions , Henri fit arrêter Elisabeth en
i4B6, confisqua tous ses biens, et
l'enferma pour le reste de ses jours
dans le couvent de Barmondsey.
Gomme il ne voulait pas faire connaî-
tre au public la cause véritable d'un
traitement si rigoureux , il fit courir le
bruit que c'était en punition d'avoir,
malgré la convention secrète de lui
donner sa fille en mariage , hvré cette
pi incesse et ses sœurs à Richard III.
Mais ce crime, si c'en était uh , devait
être oublié depuis long-temps , et il
f)Ouvait facilement être excusé. Aussi
a natiou resta- t-ellc persuadée que le
ELI
h»!, ne voulant pas accuser formelle-
ment sa belle-mère de tremper dans
une conspiration contre lui, cachait
S.1 vengeance ou ses précautions sous
Tapparencc d'un grief ancien et connu.
On ne fut que trop confirmé dans ce
soupçon qumd on vit fleuri continuer
à traiter cette reine infortunée avec li
même rigueur jusqu'à sa mort , arrivée
en 1 4^^*^- f^mme personne n'ignorait
qu'elle avait été un des principaux ins-
tru.aenls de l'élévation de Henri an
trône, on le taxa de dureté et d'ingra-
titude, ce qui rend très probable , dit
Bicon, la supposition qu'il y avait
quelque chose de plus contre elle;
mais que le roi , par raison d'état , ne
voulut pas publier. Peu de femmes ont
offt rt un exemple plus frappant des
vicissitudes de la fortuue. Née dans un
rang qui ne devait pas lui faire conce-
voir l'idée de monter sur le trône, elle
»e s'y assit et ne jouit pendant asser
long - temps de tous les avantages de
la grandeur que pour éprouver ensuite
les revers les plus affreux. Enfin l'élé-
vation de sa filîe fut la cause des mal-
heurs qui empoisonnèrent la fin de ses
jours. Elle fut enterrée à Windsor,
auprès du roi son cpojx. Cest à elle
que Fou doit le complément de la fon-
dation du collège de la reine à Ox-
ford , commencé par Mjrguerite ,
femme d'Henri VI. E — s.
ELISABETH D'ANGLETERRE,
reine d'Angleterre, était fiîled'Edouard
IV et d'E isibeth Woodville. Elle na-
quit au commencement de 1 466 , et
fut dans son enfance promise à Char-
les VllI, alors dauphin. L'on a pré-
tendu que le chagrin et le dépit de
voii- Louis XI manquer à la parole
qu'il avait donnée à cet égard, hâtè-
rent la fin d'Edouard IV. Cette asser-
tion est peu probable; mais il est plus
certain qu'Edouard, pour se venger
de Louis, avait le dessein de lui faire
ELI 3i
la guerre quand il fut surpris pir la
mort. Lorsque les grands , mécontents
de Richard lll , commencèrent à com-
ploter sa ruine , et jetèrent les yeux
sur Henri, comte de Kichemond , pour
l'élever au trône d'Angleterre, ils
songèrent, pour corroborer les droits
de ce dernier , à lui faire épouser Eli-
sabeth , afin que cette union des deux
familles de Lancastre et d'York éloul-
flt tous les germes des guerres civiles.
Elisabeth , reine douairière, alors ren-
fermée avec ses filles dans l'asyle de
Westminster , accepta avec empresse-
ment les propositions qu'on lui fit
pour Elisabeth. Plusieurs historiens
ont avancé que Richard, instruit de
ce qui se tramait, s'occupa d'empêcher
ce mariage, jeta les yeux sur Elisabeth,
pour l'épouser; qu'en conséquence,
après être parvenu à la faire sortir
avec sa mère et ses soeurs de l'asyle
de Westminster , dès que la reine sou
épouse fut morte, en 14^4 ' i' '"' ^^~
frit sa main , qu'elle rejeta avec hor-
reur; enfin, que ne voulant pas, à
cause des conjonctures alors peu favo-
rables pour lui , user de violence , mais
croyant ne devoir pas lui laisser la li-
berté de se choisir un époux , il l'avait
fait enfermerdans le château de Sheriff-
Hultou , dans l'Yorkshire. Avant qne
Walpole. dans son Régne de Ri-
chard m, attaquât l'authenticité de
ce récit , Tindal , dans ses Remarques
sur Rapin- Thovras , avait déjà fait
observer que Buck, dans son Histoire
de Richard III , cite une lettre ori-
ginale écrite de la main d'Elisabeth ,
et adressée au comte de Norfolk. Eli-
sabeth le prie de s'entremettre de son
mariage avec le roi, dont elle parle
dans les termes les plus passionnés;
ajoute qu'ell« est à lui Je cœur et de
pensée ; finit par observer que la plus
grande partie du mois de févner est
déjà passée , et témoigne la plus rive
•:^2 ELI
impatîence de voir arriver le mois
d'avril. Or, les médecins avaient dé-
clare' que la reine , dont la santé était
languissante , ne vivrait pas jusqu'au
mois d'avril. Une chronique du temps
rapporte qu'à la fête de Noël i485 ,
ou était choqué de voir la reine et sa
fille vêtues toutes deux de robes roya-
les. 11 n'est donc pes présumable,
comme l'observe Walpole , que Ri-
chard, instruit du projet d'alliance en-
tre Elisabeth et le comte de Kiche-
mond, ait amusé la jeune princesse
de l'espérance de l'élever au trône.
Cette idée devait d'autant plus lui sou-
rire ainsi qu'à sa mère, qu'un acte du
parlement avait déclaré le mariage
d'Edouard IV avec Elisabeth nul , et
par conséquent leurs enfants bâtards.
Lorsqu'ensuite Richard vit commen-
cer l'exécution des complots formés
contre sa personne , il était tout na-
turel que pour mettre Elisabeth à l'a-
bri d'être enlevée par les mécontents ,
il la fît enfermer sons bonne garde
au château de SherifTHidlon. A peine
Henri se fut-il emparé du trône, que
ne crovant pas à propos , pour la sû-
reté de ses droits , de laisser Elisa-
beth dans une province éloignée, il la
fit prier de venir à Londres auprès
de sa mère. Cependant, comme son
dessein n'était pas d'appuyer ses droits
au trône sur son mariage avec cette
princesse, il ne l'épousa que le i8
janvier 1 480 , après s'être fait couron-
ner. La joie que le peuple témoigna eu
celte occasion fut bien plus vive que
celle qu'il avait manifestée à la pre-
mière entrée de Henri dans Londres,
ou à son couronnement. Cette marque
de r..fl'icliou universelle pour la mai-
.son d'York blessa vivement Henri.
M;dgré la beauté et les qualités aima-
bles d'Elisabeth , il se conduisit envers
elle avec une froideur marquée. Il dif-
fôra deux aus cAticrs de la faire cou»
ELt
ronner, quoiqu'elle fût déjà accouchée
d'un fils , et probablement il n'y eût
jamais consenti, s'il n'eût cru porter
du préjudice à ses intérêts en se refu-
sant constamment à cette cérémonie ,
dont le délai prolongé causait un mé-
contentement généi-al. Après avoir
donné quatre enfants à son mari, qui
ne cessait de la regarder comme une
rivale dangereuse, Elisabeth, abreu-
vée de chagrins , mourut le 1 1 février
1 5o2 , en couche d'une fille nommée
Elisabeth , qui ne lui survécut pas
long-temps. Elle fut enterrée à West-
minster, dans la magnifique chapelle
que son époux avait fait construire.
E~s.
ELISABETH DE BOSNIE, reine
régente de Hongrie, fille d'Etienne,
roi de Bosnie, épousa Louis-le-Grand ,
roi de Hongrie et de Pologne. Déclarée
régente du royaume et tutrice de Marie
sa fille, après la mort de ce prince,
en 1 582 , elle confia les rênes du gou-
vernement à Nicolas Garo , palatin
de Hongrie. Ce ministre im])érieux ré-
prima les grands , et occasionna une
révolte : on prit les armes de toutes
parts. Charles de Duraz, roi de Naphs,
profitant de ces désordres, usurpa la
couronne de Hongrie, et fit jeter Eli-
sabeth et sa fille dans une étroite pri-
son. Mais le palatin Garo , qui re-
gardait Charles de Duraz comme un
tyran , le fit assassiner , et délivra aus-
sitôt la reine et sa fille. Elisabeth ,
ayant voulu ensuite parcourir les di-
verses provinces du royaume avec son
fidèle ministre , tomba entre les mains
de Giornard, gouverneur de la Croatie,
partisan de Charles de Duraz, qui,
pour venger la mort de ce prince, fit
tuer le palatin Garo, son meurtrier,
et noyer Elisabeth , après l'avoir fait
enfermer dans un sac, en i58G. Il se
contenta de resserrer sa fille Marie
dans une dure priâou j mais JSij^is-
ELI
mond, marquis de Brandebourg , au-
qoe! celte princesse avait été promise ,
vint la délivrer et l'époiisa, après avoir
fait périr son persécuteur par le der-
nier supplice. B— p.
ELISABETH , reine d'An-^Ielerre,
naquit le 7 septembre i535, du roi
Henri VUl, et de la fameuse Anne de
Boulen , que ce tyran voluptueux avait
épousée en secret, avant même d'a-
voir fait prononcer son divorce avec
Catheiine d'Arragon , et qu'il épousa
publiquement le 20 mai i533, dix-
sept jours après le divorce prononcé,
et trois mois et demi avant la nais-
sance d'Elisabeth. Lorsqu'après avoir
répudié sa première femme , H< nri
eut fait décapiter la seconde , pour en
épouser une troisième, il déclara éga-
lement illégitimes , également incapa-
bles de régner, et sa fi'le Marie, née
du premier , et sa fille Elisabeth , née
du second mariage. Le troisième lui
donna un fi's (E«louard VI) qui, en
venant au monde , coûta la vie à sa
laère (Jeanne Sevmonr ). On vint dire
au roi que la rciuc ou son enfant étaient
dans un danger mortel et inévitable :
<i Sauvez le fruit , répondit brutale-
» ment le barbare époux, on ne se
>• donne point d^s enfants à son gré ,
V et l'on trouve autant de femmes
i> qu'on eu veut. » En effet, il en trouva
encore trois , Anne de Cièves , Cathe-
rine Ho\Tard , et Catherine Parr. La
première fat répudiée , la seconde de'-
Cipitée, la troisième, tout près de
Fétre, dut son salut à une heureuse
adresse qui suivit un heureux hasard:
nncune de ces trois ne devint mère.
Menacé d'une Gn prochaine, l'e'-
poux homicide ne voulut cependant
pas mourir père dénaturé. 11 fit un
testament pour régler la surcession an
tronc; révoqua la danse d'incapacité
prononcée contre ses deux filles ; ne
laissa point le parlement révoquer U
ELI 55
clause d'illégitimité ; mais ordonna
qu'Edouard , Marie , Elisabeth , ré-
gneraient successivement , à défaut de
postérité du premier et de la seconde.
Edouard , àjjé alors de neuf ans , mou-
rut à quinze , après une minorité rem-
plie de troubles et de scènes sanglan-
tes : la destinée de l'Angleterre reposa
sur les deux têtes de Marie et d'Elisa-
beth. La fille de Catherine d'Arragoa
devait être catholique par conviction ,
et la fille d'Anne de Boulen protes-
tante par calcul : il était clair que la
lutte des deux religions alliit décider
des destins du peuple anglais; que
les monuments de l'histoire seraient
aux ordres du parti vainqueur, et que
le fanatisme triomphant resterait en
possession de diffamer exclusivement
le fanatisme qui aurait succombé : c'est
une réflexion qu'il ne faut pas perdre
de vue quand on veut suivre dans leur
règne , et juger avec impartialité les
deux filles de Henri Vlll. Marie régna
la première , et s'abandonna aux con-
seils de Gardiner, évêqiie catholique
de Winchester , qu'elle tira de prison
pour en faire son chancelier et sou
preniit-r ministre. Elisabeth , formée
par le docteur protestant Parker, à
qui Anne de Buulen l*;ivait recomman-
dée en mourant , laissa d'abord péné-
trer son penchant pour la réforme.
Déjà inquiétée sous le règne d'Edonard
par l'ambitieux duc de Northumber-
land , elle le fut bien davantage sous
celui de Marie , par Fambilieur et fa-
natique Gardiner. Au milieu des san-
glantes persécutions quece dernier sus-
cita contre les partisans de la réforme ,
il ne cessait de répéter à la reine que
ce n'était pas seulement les membi-es
du protestantisme qu'il fallait couper,
mais sa tète qu'il f.illait abattre , et que
si l'on ne sacrifiait pas Elisabeth , le
rétablissement de la vraie religion ne
serait que momcatauc. On vouhit im-
S4 ELI
pliqner la jeune princesse dans la cons-
piration de Wiat, et peut-être avait-
elle donne lieu à quelque soupçon. Elle
fut arrêtée et conduite à la Tour , le
1 1 mai s 1 554 , àgec alors de vingt- un
ans. Mais quoique Wiat et ses com-
plices eussent place sur elle leur pnn-
cipalc espérance , ils déclarèrent sur
l'échafaud qu'elle avait ignoie leur ré-
volte. Elle-même, interrogée par le
conseil , se détendit avec une présence
d'esprit et une fermeîé qui en impo-
sèrent. Enfin , par une circonstance
bizarre , elle eut pour protecteur dé-
cidé ce Philippe d'Espagne , que Ma-
rie avait choisi pour époux. Plus am-
bitieux encore que superstitieux, et
encore plus ennemi de la France
qu'ami de Uorae , Philippe ne voulait
pas , si les deux sœurs venaient à
mourir sans enfants, que la jeune reine
d'Ecosse, héritière du sceptre britan-
nique, le réunît à celui du dauphin de
France , son époux dc.signé. Elisabeth
sortit de la Tour. On lui proposa d'é-
pouser le duc de Savoie ; elle se garda
bien de consentir à cet exil mal dé-
guisé. Peut-être aurait -elle été plus
tentée de répondre aux empresse-
ments d'un seigneur anglais (Courte-
nay, comte de Devonshire), dtjnt la
royale origine était encore embellie par
tous les dons de la nature , et que la
reine Marie avait recherché en vain
avant de prendre Philippe 11 pour
époux. Elisabeth repouss.» relie séduc-
tion, suit qu'elle craighU d'niiler une
trop puissante rivale, soit (pie déjà elle
lie Toulût pas dépendre, même quand
elle avait besoin d'être protégée. Quoi
qu'il en soit, n'ayant pu ni la perdre
ni l'éloigner, scscnneinis l'humilièrent.
Le parlement, aussi scrvile pour Marie
qu'il l'avait clé pour son père, et qu'il
devait l'être pour sa sœur, avait ou-
vert sa première session en déclarant
xalidc cl iudissoluble le mariage de
ELI
Catherine d'Arragon , nul et illégal le
divorce de Henri. Alors Anne di' Bou-
Icii n'avait pins été qu'une concubine.
Elisabeth reçut ordre de céder le pas
à des parentes éloignées du feu roi ,
attendu que, quoique du sang royal,
elle n'était pas née en légitime mariige.
Bienîot on la confina dans le château
de Woodstock , où elle fut étroitement
gardée, tandis que le comte de De-
vonshire était traité de même dans le
château de Foolheraingai. A tant de
vexations et d'outrages, Elisabeth op-
posa une fierté muette et une résigna-
tion courageuse. Rendue encon^à la li-
berté par la protection de Philippe,
elle s'imposa une vie retirée, dans une
campagne dont l'accès n'était ouvert
qu'à un très petit nombre d'amis. Dans
sa retraite , comme dans ses donjons ,
elle eiiiploya utilement les jours de son
infortune et les loisirs de sa solitude,
tantôt à se pénétnr de cet esprit de
prudence , de réserve et de discrétion
dont elle avait tant besoin, tantôt à
cultiver les fruits et à augmenter les
trésors de sa première éducation. His-
toire, philosophie, poliiique , élo-
quence , poésie , musique , rien ne fut
étraiigeràsesétudesetàses succès, de
tout ce qui peut orner l'esprit, forti-
fier le caractère, animer ou embel-
lir la vie publique et privée. Outre
l'anglais, elle écrivait parfaitement le
grec, le latin , le français, l'italien j
et des autres langues de l'Europe
aucune ne lui resta entièrement in-
connue. Elle porta tout cela sur le
trône, en i558, et elle y portait en
même temps un extérieur m.ijestmîux
et agréable, des viux vifs et brillants,
un teint d'une l»!ancheur éclata te ,
enfin, malgré quelques imperlcctions,
que l'œil, a-t-on dit, n'avait pas le
temps de saisir, un enscmblede béante'
répandu sur toute sa personne , et
dont elle n'était pas mediocremeut
ELI
Yaine : nous verrous celte vanité' pro-
duire de grands et de terribles eflets ;
aiusi , l'hisloricu et ie biographe doi-
vent également la remarquer. Ce fut
le 17 novembre i558, qu'expira la
reine Marie. Le parlement était en
séance. Les communes s'occupaient
d'un bill portant o défense de rien
» imprimer sans la permission du roi
» Philippe et de la reine Marie , expé-
» diée sous le grand sceau d'Angle-
)) terre : premier exemple, dit \cJour-
» îuil parlementaire, d'une restreinte
» mise à la liberté de la presse. » La
discussion fut interrompue par nu
message des pairs , qui requéraienl la
chambre des communes toute entière
de se rendre à leur barre. C'était pour
y apprendre la mort de la reine Marie,
et pour concourir avec la chambre
haute à proclamer la reine Elisabeth.
pas une voix ne s'éleva dans tout ce
parlement catholique pour contester te
qui avait été réglé par le testament de
Henri VIIL Le nouveau règne fut an-
noncé; le parlement se trouva dissous ;
le bill inquisitorial disparut avec les
communes qui l'agitaient , et avec le
prince inquisiteur dont la royauté pré-
caire venait de s'évanouir. L'avéne-
ment d'Elisabeth excita une joie uni-
verselle dans tout le rovaumc. Les
malheureux protestants, dont le sang
ruisselait sur les échafauds; les catho-
liques sages et humains , qui gémis-
saient de voir leur religion dénaturée
par la fureur et souillée par le meurtre;
les Anglais , jaloux de leur liberté,
«pie tourmentait la seule idée de voir
un trône britannique partagé par uu
prince espagnol ; et cette classe de
grands dont l'ambition espère tou-
)ours dans un changement de pouvoir,
et cette portion de peuple que son in-
constance rend amie de toute nou-
veauté, accueillirent avec des trans-
ports et des acclamations universelles
ELI 55
leur nouvelle reine , qui , de son côté ,
ne parls années , la création de chantiers ,
la construction de vaisseanx.Elleiné-
42 ELI
ritait d'être appelée la rcstaurafrice de
de la marine anglaise, la souveraine
des mers du nord ; et ces titres , celte
soi verainelë qui devait un jour s'é-
tendre si loin, compensaient pour les
Anglais de ce siècle plus que des torts ,
plus que des vices : l'orgueil satisfait
leur faisait supporter même la liberté
Llesséc. Catherine Grey , sœur de l'in-
fortunée Jeanne, avait épousé secrè-
tement Seymour, comte de Hartford,
fils du duc de Sonimerset, qui avait
été protecteur pendant la minorité
d'Edouard VI. Elle devint grosse,
et sans autre crime que son mariage
et sa grossesse , uniquement parce
qu'elle perpétuait une race qui pou-
vait, un jour _, avoir un droit éven-
tuel à la couronne, Elisabetli, qui
ne voulait pas qu'on pût lui succéder,
fit enfermer à la tour la comtesse en-
ceinte. Son mari , alors en France ,
revint déclarer son mariage et récla-
nicr sa femme : il tut je té dans la même
prison qu'elle, et la reine fit juger par
son archevêque de Cantorbéry que
l'union était illicite, l'enfant qui allait
naître il légitime , ses père et mère di-
gnes de punition. La voie de l'appel
leur était ouverte: Elisabeth interdit
l'appel. Un jurisconsuite aussi coura-
geux que savant , Jean Halles prouva
la légitimité duniariage , l'étal de l'en-
fant, le droit des époux : Elisabeth
fit emprisonner le patron ainsi que
les clients. Il y avait défense de lais-
ser les deux époux conuuuniquer en-
semble : ils achetèrent de leurs gardes
la liberté de se voir ; la comtesse de-
vint encore mère; E'is.tbeth, ponr
ce nouveau délit, (it condamner le
comte par sa chambre éloilée à une
amende de quinze mille livres ster-
ling , cassa les olliciers de la tour, et
prit celte lois des mesures si justes
que,peuilant neuf années, ces malh( n-
l'cux époux eurcul le tourment de se
ELI
sentir enfermés l'un près de l'autre,
sans pouvoir même espérer de se
voir. Alors la comtesse succomba sous
le poids de sa douleur. Près d'expi-
rer, elle envoya demander a la reine
la liberté de ses enfants et de leur
père , quand elle ne pourrait plus en
jouir, et elle mourut sans savoir
qu'elle l'avait obtenue. M. Hume appel-
le tout cela une séi>érUé excessive ; il
nemanquaitplusqucd'appelerdunom
de clémence la vie laissée au père et aux
enfants. Et cependant il y eut un parle-
ment cette année ! et aucun de ses mem-
bres n'imagina de demander compte,
ni au garde des-sceaux ni au secré-
taire d'état, de ces emprisonnements
arbitraires, de cette grande charte vio-
lée , de cette justice intervertie , de
celte persécution meurtrière. Le par-
lement, au contraire , devint persécu-
teur lui-même, en étendant le ser-
ment de la suprématie spiritutlle de
la reine ; en statuant que celui qui re-
fuserait deux fois de le prêter serait
coupable de trahison. Un subside fut
accordé à la n ine , qui en avait grand
besoin, parce qu'ennemie en tout lieu
de la religion catholique, elle s'était
con iéJéi ée avec lescalvinistes de Fran-
ce, leur avait envoyé de l'argent avec
des troupes, et s'était fait livrer le
Havre pour lui tenir lieu de Ca'ais ,
enlevé à sa sœur, E' fin le parlement
la pressa de nouveau ou de se ma-
rier , ou de régler qui lui succéde-
rai t sur le troue. Revenir sur un point
aussi délicat, quand elle s'en était ex-
pliquée aussi nettement, lui parut une
oflcnse, Son humeur éclata : elle ac-
cusa la trop grande jeunesse d'une
partie des députes , dil qu'elle était
bien sûre que parmi eux les graves
personnages ne la soupçonnei aient
pas d'oublier un si grand intérêt , et
<'X prima le désir que les jeimes têtes
prissent exemple de leurs anciens»
Instruite cependant que les communes
étaient blessées de celle réponse , elle
leur en fil une plus douce, mais «ou-
jours évasive , lorsqu'à la clôture de
la session, l'orateur de la chambre lui
dit emphatiquement : » que parmi les
» p;rands législateurs on avait compté
» jusqu'ici trois femmes : la reme
» Paie.slina , qui , avant le dclu5:;e ,
» avait réglé tout ce qui était relatif
» à la paix et à la guerre; la reine
» Cérès , qui avait établi des peines
» pour réprimer les malfaiteurs ; cl la
,» reine ALric , femme de Bathilnus ,
» mère du roi Stilicus, dont les lois
» avaient eu pour objet la conserva-
» lion des hommes bons et vertueux.
» Elisabeth ét^ut la quatrième femme,
» qu'on joindrait désormais aux trois
» autres. Ces trois auttes avaient été
» mariées; il fallait donc que la qua-
» triemc le fût aussi. » La pétition de
la chambre avait donné de beaucoup
meilleures raisons que sou orateur. La
reine n'en voulut écouler aucune, et
le parlement fui prorogé pendant qua-
tre années. Les événements se pres-
sèrent dans cet intervalle. Le Havre,
qu'Elisabeth prétendait garder pour
le roi de France contre les Guise , fut
repris par le roi de France et les Guise,
Calais fut défiuilivcment perdu pour
l'Angleterre. La paix se fit entio les
deux puissances, à des conditions
moins honorables qu'Elisabeth n'était
accoutumée à les obtenir , et , pour
comble de disgrâce , les troupes qu'elle
avait envoyées aux calvinistes français
rapportèrent avec elles une peste qui ,
dans Londres seul , enleva vingt mille
citoyens en moins d'une année. Ce-
peudant l'Ecosse demandait aussi à sa
reine de se muier. Bonuc el facile,
entourée île traîtres et de persécu-
teurs , Marie Stuart sentait plus qse
personne combien , dans son péril-
leux veuvage , elle avait besoin d'ua
ELI 45
guide et d'un défenseur an-dedans et
au-dehors. Ses oncles lorrains négn-
nèreut pour elle plusieurs mariages
dans les premières maisons souve-
raines de l'Europe : Elisabeth les fit
tous échouer. Elle alla jusqu'à faire
espérer sa main à cet archiduc Charles
à qui elle l'avait refusée, et à qui elle
ne votilait pas la donner , dans la
rrainte qu'il ne demandât celle dr
Marie. Elle exprima fortement le désir
que la reine d'Ecosse , puisqu'elle vou-
lait se marier, s'unit du moins à un
Anglais , pour faire de son hvmen le
lieu des deux royaumes. Elle lui pro-
posa son favori pour époux , lui pro-
mit , à ce prix , de la reconnaître pour
son hérilière , el eut l'air de ne crét r
Dudiey comte de Leicester que pour
ce grand hymen. Comme elle trompait
tout le monde , Leicéster se crut délais-
sé, accusa Cécil et Bacon d'avoir voulu
l'éloigner, et leur en fit de vives que-
relles. La reine d'Ecosse crut devoir
se soumettre à la nécessité, et accepl.i
la proposition. Alors Elisabeth ras-
sura Leicéster, dont el!e n'avait ja-
mais songé à se séparer, et ne vouliiî
plus le donner à Marie dès que celle-ci
eut consenti à le prendre. Marie écrivit
des pi lintes amèies, reçut des répon-
ses hautaines , euvova un ambassa-
deur à Londres pour voir s'il n'était
donc pas un moyen possible d'etabiir
un rapprochement durable entre les
deux souveraines. Melvil , c'était le
nom de cet ambassadeur . découvrit
bientôt qu'aulant Marie Stuart était
sincère dans son désir d'une paix ami-
cale, autant la fille de Henri VUl était
fausse et perfide dans toutes ses dé-
monstrations d'amitié pour sa rivale ,
qu'elle délestait encore plus comme
femme que comme reiue,On peut voir
el dans les Mémoires de Melvil lui-
même , et dans rHistoiro de Hnmc,
à quel point Elisabeth , pendaiit le
44 ELI
ct)iirs de cotte négociation , trahit le
secret de ses petitesses, de sa vanité
ridicule, de sa basse envie; comme
elle épuisa les recherclies de. )a pa-
rure, les costumes des différentes na-
tions, tous les artifices des coquettes
vulgaires , pour faire impression sur
l'ambassadeur j et à l'idée du triomphe
qu'anticipait son orgueil se joignait
sûrement l'arrière pensée de rendre
ce ministre infidMe aux intérêts de sa
souveraine. Melvil revint à Edimbourg
avec ses tristts découvertes. Le vœu
général des Ecossais indiqua pour
époux à Maiic nn Stuart, lordDarn-
ley , fils de ce comte de Lcnox que
les commotions politiques avaient porté
en Angleterre, et qui , allié à la cou-
ronne de ce dernier royaume , en
était après Marie !c plui prochain hé-
ritier. La reine d'Ecosse se rendit au
vœu de ses sujets , et contracta ce ma-
riage qui devait lui être si fiuicste.
Tout le temps qu'il s'était traité, Eli •
sabeth l'avait encouragé : elle voulut
le rompre, dès qu'elle le vit près de
se conclure ; elle s'emporta et s'oublia
quand elle le vit conclu. Elle s'en prit
à la mère et à un frère du lord Jarn-
ley , qui étaient restés à Londres; les
iît enfermer à la Tour ; confisqua
tous les biens qu'avait eu Angleterre
la maison de Lcnox; excita une in-
surrection parmi les grands d'Ecosse;
leur mit les armes à la main contre
leur souveraine ; les désavoua quand
ils furent vaincus ; leur promit en se-
cret sa protection , s'ils voulaient dé-
clarer pul)liq\iement qu'elle n'avait
point trempe dans leurs complots ; les
ciiassa de sa présence, comme des
scélérats , dès qu'ils lui eurent accorde
cette déclaration : et ses panégyristes
ont dit , et 'es échos ont répété : la
Magnanime F.liaahelh ! Marie Stuart
eut un fils. Ce n'est pas ici le lieu de
dire au milieu de quelles horreurs na-
ELI
quit cet enfant. Un ambassadeur e'cos-
sais vint en porter la nouvelle à Elisa-
beth. L'audience finie, restée seule au
milieu de ses femmes , la tête appuyée
sur sa main, et avec l'accent d'une
douleur menaçante , elle s'écria :
« La reine d'Ecosse est mère , et moi
» je suis un arbre stérile! » Quel se-
cret obstacle empêchait donc la reine
d'Angleterre de devenir ce qu'elle re-
grettait tant de ne pas être ? Son par-
lement , enfin rassemblé après six pro-
rogations, lui renouvela ses instances
à cet égard ; et , cette f(iis , la demande
étnit commune aux deux chambres.
L'ime et l'antre ne retentissaient que
des mots de marias:e et de succès^
sion. On y accusait ouvertement la
reine de ne compter pour rien le bon-
heur de son pays, et la destinée de
tout ce qui devait lui survivre. <hi tai-
sait avec « (Troi l'énuraéiation de ceux
qui se porteraient pour ses héritiers,
si el!e mourait sans en avoir designé
un. Les ministres, et rolammeiitCécii
étaient traités de conseillers pernicieux,
Le duc de Norfolk, !<• comte de Pem-
brok, le fnvori lui-même, qui voulait
encore p'us (pi'il n'avait . osèrent dire
que si la reine lefusùt encore de
prendre un épojix , le parlement de-
vait lui nommer un successeur. Une
promesse équivoque, apportée par les
ministres, en réponsi- aux pétitions
des chambres, ne satisfit point. Paul
Wentworlli ( nom destiné à figurer
dins les annales parlementaires), ne
craignit pas de prononcer que la reine,
en s'obstinant à ne pas régler sa suc-
cession , avait tout a la fois provoqué
la colère du ciel et aliéné les cœurs du
peuple. Une délibération commune fut
annoncée entre des commissaires des
deux chamlires. Elisabeth leur envoya
une défense expresse de s'occuper
plus long -temps de cet objet. Wcnt-
worth uit en délibération : « Si des
ELI
» ordres ou des défenses envoyés par
>» la reine, n'étaient pas une iiifrac-
» tion (les libertés et pHvi'éiîes de la
» chainbn-? » question qui n'en serait
plus une anjourd'hui , et qui alors
donna lieu à quinze heures dt- débuts.
L'orateur des communes, mandé par
b reine, leur .ipporta le lendemain uu
nouvel ordre positif, qui commandait
le silence. I' ne fut pas plus obéi que
le premier. En6u, la ficre Elisabeth,
qui cntend;nf la voix de la nation s'unir
de toutes parts à relie de ses représen-
tants , sentit qu'il f. liait parler uu au-
tre langage que celui du pouvo-r ab-
solu. Elle fit annoncer par l'orateur
qu'elle révoquait ses dt-ux ordres ;
mais qu'elle désirait que la chambre
n'insisiât pas sur celle qtiesiion pourle
moment. Cet acte de CDndescend-mce
produisit uu effet magique . celui que
produit presque toujours la puissance
qui cède a la raison. 1 1 ne fut plus ques-
tion dans la chambre que de félicita-
tions mutuelles et d'actions de grâces
pour la reine. On vota uu subside bien
plus f^rt que celui qu'elle avait de-
mandé. Elle en remit une partie, ne
voulant pas être vaincue en géucrosilé,
et disant [u'clle aimait mieux voir cet
argent dans la bourse de ses sujets
que dans la sieime. Cependant , pour
prévenir le retour d'un nouveau con-
flit, elle vint en personne au parle-
ment , non pas le proroger , mais
le dissoudre , et avec des expres-
sions d'aigreur, qui témoignèrent trop
la peine quelle avait eue a se vaincre.
Pendant cinq ans , depuis 1 560 jus-
qu'en 1371. elle u'a>s(>mbla plus de
parlement. De cette période sortirent
eu Ecosse les événements extraordi-
naires qui devaient mettre Marie au
pouvoir d'Elisabeth , et les rendte
peut-être aussi coupables l'une que
l'autre. Nous renvovons à l'article de
Mabie Stcart les détails de sa cou-
ELI 45
duite et de sa destinée dans l'intérieur
de son royaume ; ses affreux malheurs
et ses f.iutes énormes; l'horreur de ses
tourraei\ts et le crime, sinon de sa
vengeance, au moins de sa faiblesse.
Alors nous anrous à montrer le don
de sa main, de son cœur, et de sa
couionne, pavé par la plus basse et
la plus noire ingratitude ; son vieux
serviteur de confiance , poignardé à ses
pieds , en présence et par ordre de son
époux , quand elle était grosse de plu-
sieurs uiois; cet époux meurtrier, meur-
tri à son tour par un ambitieux , qui,
dans l'excès de son audace, eidève,
subjugue , épouse et déshonore la
veuve du roi quil vient d'.issassiner ;
des nob!es qrn , soit comme provoca-
teurs , soit comme instrummts du
crime, ont, par un manifeste signé
d'eux tous , commande ou servi cet
hymen coupable, et qui prennent les
armes pour le punir ; la clameur des
peuples, excitée par celle des factieux;
le couple dénoncé , ne sachant plus où
arrêter ses pas ni où reposer sa tête ;
l'infâme Bothwel , ro|ipressenr et le
corrupteur de sa noble et vertueuse
souveraine, oblige de fuir pour jamais
sur le continent , t-t sa misérable vic-
time , femme prophanée , reine avi je ,
veuve sacrilège, mère dépouillée, traî-
née en criminelle sur les routes , ab-
diquant sa couronne dans un donjon ,
abaudonmnt son pouvoir «-t son en-
tant à un frère naturel , ennemi euve-
iiirae de l'un et de l'autre, secourue
et délivrée pendant quelques in>tHnts ,
mais ue comptant encore quelques dé-
fenseurs autour d'elle que pour les voir
dispersés sans rctoir, et réduite enfia
à n'espérer de reluge que dans les
états de sou envieu>e riv-ile et de sa
perfide eujiemie. A cette dernière cir-
constance se rattache le fil historique
qne nous avons a suivre aujourd'hui.
Dès qu'Elisabeth avait su Marie em-
46 K L î
prisonnee dans un cbâtoan d'Ecosse ,
par «es propres sujets , elle s'était por-
tée pour arbitre entre la royale cap-
tive et les rebelles confcdc'rc's. Comme
femme, elle avait témoigne, peut-être
senti , quelque compassion pour une
rivale si luunilice qu'elle ue pouvait
plus être enviée. Comme reine , et
s'adressant à des factieux qu'elle pré-
tendait pousser ou retenir à sou gré,
elle leur avait fait dire par son ambas-
sadeur Throcmorton : « Qu'apparem-
» ment ils ne se proposaient pas de
» réformer, et encore moins de punir
» l'administration de leur souveraine;
» que la prière et les remontrances
» étaient la seule défense permise con-
» tre les actes injustes de l'autorité su-
» prême , et que si elles n'étaient pas
» écoutées, il ne restait plus à des su-
» jets fidèles qu'à implorer le Tout-
» Puissant, qui change comme il lui
« plaît le cœur des rois : » doctrine
co(mmode pour le despotisme d'Elisa-
beth , et qui, jusqu'à celte dernière
époque, n'avait jamais été nécessaire
à l'administration juste, sage et tolé-
rante de sa rivale. Mais ce droit déju-
ger Marie, qu'Elisabeth refusait aux
sujets de cette princesse , elle se l'ar-
rogeait à elle-même. Pendant le peu
d'instants où la reine d'Ecosse avait
rompu ses fers , révoqué son abdica-
tion, et rassemblé encore une armée,
Elisabeth , pour qui l'incertitude des
ëvcuements venait de renaître , s'était
encore oTerle à son amie pour mé-
diatrice; elle voulut être juge , dès
qu'elle sut Marie fugitive sur le terri-
toire anglais. Dans le conseil secret
qu'elle se hâta de tenir, sa profonde
.sensibilité fut bientôt obligée de céder
à la politique plus profonde encore de
Cécîl. ]1 fut arrêté que cette même
Providence , qui ne permettait aux
Ecossais que l'hinnilité «les prières
pour se défendre des injustices de leur
ELI
reine , permettait à Elisabeth ta viola-
tion de l'hospitalité, tous les abus de
la force , tous les mensonges de l'hy-
pocrisie, pour ensevelir dans une pri-
son perpétuelle son égale, sa parente,
sa sœur, son amie , à qui elle ne pou-
vait reprocher aucune offense , et qui
n'était pas sa justiciable. Marie vit ac-
courir autour d'elle une foule d'es-
pions titrés , qui , sous prétexte de lui
rendre des hommages et des soins, la
gardaient à vue , suivaient ses pas ,
notaient ses discours , interrogeaient
ses regards et jnsqu'à son maintien.
On commença bientôt à la transférer
de lieu en lieu , parce qu'il fallait en-
core déguiser sa prison, et que les om-
brages attachés à la tyrannie faisaient
toujours craindre que dans le séjour
actuel il n'y eut des raoyews d'évasion
pour la victime. Carlîle était une cité
trop populeuse, Bolton un château
trop écarté : le Cumberland était trop
voisin des Ecossais, l'Yorkshire trop
rempli de catholiques : par-tout la reine
d'Ecosse séduisait trop par les charmes
de sa personne et de son caractère,
intéressait trop par ses malheurs, per-
suadait trop son innocence. Elle avait
deuiandé à voir la reine d'Angleterre;
Elisabeth exprimait le même désir,
mais , pour l'honneur de toutes deux,
voulait que Marie , avant cette en-
trevue , fût purgée de cette accusation
calonniieuse que lui intentaient les re-
belles, d'avoir trempé dans le meurtre
de son époux , avant d'en épouser le
meurtrier. La reine d'Ecosse répliqua
qu'elle soumettait volontiers sa tause
à l'arbitrage de sa bonne sœur. Celte
bonne sœur prit acte de cette soumis-
sion pour établir un procès contradic-
toire , et manda les accusateurs de Ma-
rie, à la tête desquels était le régent
d'Ecosse, ce comte de Murray, frère
naturel de la reine , le plus invétéré ,
le plus ingrat et le moins scrupuleux
ELI
de ses ennemis. Marie , qui n'avait
souscrit qu'a un arbili jge cumpatible
avec .sa ditjnité , se récria contre l'idée
de ta traduire- pèie-mêli- av(c des su-
jets rebrllfS, devant le tribunal d'une
puissance étiaii-^ère. Ou lui répondit
que Ce n'était pas a elle, mais à eux
qu'on allait demander drs comptes,
et que la ninc d'Ang'etrrre voulait
nou l'accu'^tiun, niai- la justinotiou
de son rtmi'e. Trompée par citte expli-
cation , Marie uumuia des commis-
saires pour conférer avec ceux d'Eli-
saberli. Le récent d'Ecosse \iiit d'E-
dimbourg avec d'autres commissaires
dei'eufaiit royal, dont il s'était fait le
tuteur et dont Mirieétail la mère. Les
délégués li'Elisabelb prirent le main-
tien de juges , et les autres p aidèrent
devant eux. D ms \v< premières séances
la cause d- Marie triompha Iclenient ,
qu'Eiisabeih fut a ssi embarrassée de
la justification de sa bonne soeur ,
qu'ele s'cu était montrée avide. Le
régi'iit d'Ecosse dit aux commissaires
anglais, hors de séuice cts.ius le se-
cret, qu'il ne lui serait pas impossible
de produire hs plus fortes preuves
contre la reine sa sœur, .s'ii pouvait
être sûr qu'une fois convaincue elle
serait punie , et qu'on n'aurait jamais
lien a craindre de ses resscnlim nis.
Aussitôt 'es cunfén'nces fiuent trans-
férées dTork à W< stminstcr. Eisa-
belh , qui ne s'était pas cru p<rmis
de r« cevoir ia reine d'Ecosse tant que
le procès était pendant, eut, sans le
moindre scrupule, une lou<;nc confé-
rence avec le comte de Murrav. Elle
cassa sa première commission , en
créa une nouydle où son favori et
tous ses ministres furent joints aux
trois mernb'es de l'ancienne. La ,
Murray accusa posilive-nent la reine
d'f cos'^e (l'avoir été comp.ice de son
ama.'t Bothw 11, dans la destruction
du roi son é^wux j et pour le prouver,
ELI 47
il produisit ces lettres , ces poésies plu-
tôt <icentieuses qu'amoureuses , sans
signature . sans dates , sans adresses ,
mais prétendues écrites de la main de
la reine , et prétendues prises sur ua
domestique de BotliWell ; objet de
controverse depuis plus de deux siè-
cles , et que nous tàclierons d'appré-
cier à leur juste valeur dans l'article
directement consacré à Marie Stuart.
Il suflit de dire ici qu'à la première
nouvelle de celte accusation, Marie,
après avoir récusé la seconde commis-
sion d'Elisabeth, requit i " la communi-
cation immédiate de toutes les pièces
qui venaient d'être produites contre
cl!e ; •!". la faculté de venirse défendre
elle-mèm - devant sa majesté anglaise ,
son con>ed, sa cour et tous les mi-
nistres étrangers; 5 '.eniin,la détention
de tous srs accusateurs, pour qu'ils
pussent lui être confrontés , et notam-
ment de Murray , qu'elle pouvait con-
vaincre d'avoir été ie premier artisan
de la mort du roi. « Ces demandes
» sont juites, » dit le duc de Norfolk ,
qui avait été président de la com-
mission d'York ; et Sussex, Arundel ,
le grand amiral Clinton , le comte de
L- ioesler lui-même furent de son avis,
a Tant que Norfolk vivra, » dit Elisa-
beth avec colère, a la reine d'Ecosse
» ne manquera pas d'avocats. » Par
réflexion rependant elle avoua qu'elle
aussi trouvait ces demandes justes, et
promit d'y penser. Pende jours après,
le 1 6 janvier i JÔg , au lieu d'accorder
ce qui était juste pour tous , elle pro-
posa ce qui était le meilleur , disait-
elle, pour sa bonne sœur; non pas un
jugement, luais un accommodement:
a Sa bonne sœur devait haïr la con-
» duite des Ecossais , qui , de leur
» eô'é . n'aimaient pas son gouvTne-
» ment. Ne va!aiî-il pas mieux pour
» elle déposer sur la tète de son CIs
9 une couronne qui b fatiguait , et
48 ELI
» passer en Angleterre des jours tran-
II quilles, libre des soins et à l'abri
» des orages d'une telle royauté'?»
Marie répondit : « Plutôt mourir; mes
» dernières paroles seront celles d'une
» reine d'Ecosse » ; et elle rederaan-
d;4 communication des lettres suppo-
sées qu'on lui imputait, liberté de
se défendre publiquement et de con-
fondre ses calomniateurs faceà-face.
Pour toute réponse, Elisabeth ren-
voya Murray gouverner l'Ecosse ; lui
prêta 5,000 livres sterling pour son
voyage , outre des présents dont la
■valeur resta ignorée ; le laissa empor-
ter les originaux, de ces fameuses let-
tres, dont on n'a plus connu que des
copies, et dont on ignore aujourd'hui
jusqu'à la langue primitive ; arrêta en
Angleterre le duc de Chatellerault, qui
voulait ôtcr la régence à Murray ;
commit enfin le comte de Salop à la
garde de la reine d'Ecosse, et la fit
tiansférer au château de ïutbury,
dans l'intérieur du comté de Staf-
ford. Il y a là sans doute plusieurs
circonstances qu'ont omises Hume et
liobertson ; mais il n'y en a pas une
qui ne soit incontestable. Ce qui a
encore été omis , c'est que , « malgré
» tous les genres de rivalités qui pou-
» vaient pervertir son jugement, Eli-
» sibcth était Idiu de croire à la vé-
» rilé de ces lettres et de ces poésies
» tant controversées » ( G imden l'as-
sure positivement {\); c'est (|u'avant
le départ de Murray et de ses adhé-
rents, la rciué d'Angleterre leur fit
déclarer ofllciellemcnt par Cécil , u que
» ce qu'ils avaient produit ne suilisait
» pis pour que Sa Majesté prît une
» opinion désavantageuse de sa bonne
» sœur » ; c'est qu' « Elisabeth elle-
iO Kp'nloli§ ^ero el carminibiu l'Uisab«llia
y\x Mttm adhibuit , licot mulirbri» cmulatio ,
qiiw lllnm irxma tr.iinveriijiimum ««it, tnlercct-
ELI
» même écrivit à Marie pour la con-
» soler , pour l'assurer qu'elle ne dou-
» tait point de son innocence. » Et
M.irie n'en restait pas moins prison-
nière ! et en lui faisant espérer un
meilleur sort dans l'avenir , Elisabeth
l'exhortait, pour le présent, « à snp-
» porter avec patience une délentioti
» qui , en cas d'événement , la rap-
» prochait de ce trône d'Angleterre
» dont elle devait hériter un jour » !
dérision atroce, il faulbienledire avec
le plus vertueux des historiens (i),
mais qui nous avertit d'être au moins
méfiants là où tant de haine n'a pas pu
rendre Elisabeth crédule. Une telle
injustice était de celles qui , une fois
commises , condamnent à en commet-
tre beaucoup d'autres. 11 devait en
résulter des soupçons chimériques et
des peines injustes, des conspirations
réelles et des condamnations justes
peut - être , mais toujours odieuses
quand le délit a été provoqué par
l'autorité qui le punit. Le duc de
Norfolk, le plus grand seigneur et
l'homme le plus accompli de l'Angle-
terre , avait été en effet touché des
malheurs , du courage et de la beau-
té de Maric-Stuart. Le perfide com-
te de Murray , qui s'en était aj)erçu ,
et qui , pour retourner dans son pays ,
avait à Iravt rser les vastes domaines
du duc et de ses puissants amis, lui
avait suggéré l'idée de prétendre à la
main de la reine d'Eeosse, après la
dissolution du funeste mariage qu'elle
avait contracté avec Bothwell. Norfolk
était veuf, et son Age se rapportait à
celui de Marie; l'un avait une (ilicqui
pouvait être destinée au jeune prince
dont l'autre était mère. Ce double
mariage devait rendre à Marie son
trône et^on.fils; à l'Ecosse, sa tran-
quillité et la garantie de sa nouvelle
(j) CailUrJ, JtnalitidfU Fitmee «I dtl'Ai»-
gUlern, Wni. l>^, V '"<'•
ELI
îfglise, puisque Norfolk était protes-
tmt; aux deux royaumes, le moyen
de fonder une alliance durable eutre
Elisabeth , dont le consentement était
regardé comme nécessaire, et Marie ,
qui désirait depuis si long-temps celte
bonne intelligence avec sa cousioe.
Norfolk fut aisément persuadé. Les
amis de la reine et ceux du duc ap-
plaudirent ; même parmi les amis d'E-
lisabeth , les plus intimes entrèrent
avec chaleur dans un projet si propre
à finir de si fâcheuses divisions. Ce
fut le comte de Loicester qui écrivit à
la reine d'Ecosse pour l'exhorter à
cette union , pour lui en proposer les
articles , et l'on peut croire que les
intérêts d'Elisabeth n'y étaient pas
lésés. Marie consentit avec dignité ,
et signa une espèce de contrat. Elle
écrivit à ses agents d'Ecosse , com-
me Norfolk et ses amis à leurs vas-
saux anglais, qu'on se gardât d'in-
quiéter Miirray dans sa marche et
dans son retour. A peine fut-il arrivé
dans Edimbourg , qu'il dépêcha un
courrier à Elisabeth pour lui révéler
comme un complot ce qui devait lui
être proposé comme une conciliation.
Le duc de Norfolk fut mis à la Tour.
Trois autres pairs furent prisonniers
dans leurs maisons. Les comtes de
Northumberland et deWestmoreland ,
coururent lever dans le nord une ar-
mée de vingt mille hommes. Ces deux
derniers étaient catholiques : ils pu-
blièrent, dans leur manifeste , le désir
d'obtenir , avec la liberté de leurs
amis , celle de leur religion ; ils avaient
ouvert une correspondance avec ce fa-
meux duc d'Albe , le gouverneur et le
fléau des Pays -Bas , en avaient reçu
des promesses , mais n'eurent pas le
temps de voir arriver les secours.
Vaincus sans combattre , ils se sau-
vèrent en Ecosse , d'où Wistmorcland
put gagner la Flandre. Norlhumbsr-
XIII.
ELI 49
land livre à Murray, le fut par lui à
Elisabeth , qui le réserva pour un
grand exemple. Plus de huit cent per-
sonnes périrent par la main du bour-
reau. La procédure prouva que Nor-
folk s'était toujours opposé à toute
ligue avec des étrangers , et du fond
de sa prison avait envoyé à ses vas-
saux l'ordre de se battre pour sa sou-
veraine contre ses amis. Elisabeth lui
accorda sa liberté, en exigeant de lui
sa parole de rompre avec la reine
d'Ecosse. Norfolk promit , fut en-
traîné par son penchant , espéra d'au-
tant plus pouvoir rétablir Marie sur
son trône, que Murray avait péri par
un assassinat , digne récompense de
ses ciimes. Il crut enfin la promesse
par laquelle il s'était lié à l'infortunée
Marie, plus sacrée que celle qui lui
avait été imposée par l'impérieuse Eli-
sabeth , et cette fois il admit la néces-
sité d'être aidé par des étrangers , noa
à ébranler le trône d'Angleterre, mais
à relever celui d'Ecosse. L'ardente
vigilance et l'habile espionnage de Cécil
devenu lord Burleigh , découvrirent
les nouveaux projets de Norfolk. Ua
de ses domestiques livra ses papiers.
Accusé de haute trahison par ordre de
la reine , il fut condamné , exécuté et
pleuré de toute i'Angleterre , à com-
mencer par ses juges , dont le prési-
dent sanglotta en lui prononçant sa
sentence. Deux amis qui avaient voulu
le délivrer , périrent comme lui. Nor-
thumberland, qui attendait encore la
mort, la reçut dans York. Entre la
sentence de Norfolk et son exécution ,
le glaive était resté quatre mois sus-
pendu sur sa tête. Elisabeth voulait
paraître livrée à de violents combats ,
avant de frapper une têie si chérie et
si respoctée. Elle se fit arracher l'or-
dre de mort par des remoii:rauces de
son conseil , des adress' ^ de ses com-
inunes; des sçjiiBOUà de ses prédica-
4
5« ELI
teurs. Alors elle tenait son quatrième
parlement. Le troisième n'avait dure
que deux mois, quoiqu'ayaut à dclibe'-
rer sur de graves circonstances. Le
papcPieV, après d'inutiles essais pour
gagner Elisabeth , avait fulmine' suc-
cessivement contre elle, et sa bulle
d'excommunication et celle de de'-
cbëance qui dc'Iiait ses sujets du ser-
ment de fidélité. Un enthousiaste ,
nomme' Felton , avait ose' afficher ces
huiles ans portes du palais, et maî(re
de rester inconnu , avait provoqué et
reçu la couronne du martyre , avec un
Jie'roïsme aussi admiré des protestants
que béni des catholiques. Elisabeth
sans doute eût été plus fondée à s'in-
digner de ces actes de la cour de
Rome, si, de son côté, elle n'eût pas
à sa manière , délié les Ecossais , et
tant d'autres , de leurs serments de
fidélité envers leurs souverains; mais
enfin , munie d'armes plus effica-
ces que les foudres du Vatican , elle
voulut que son parlement de li^i
leur donnât encore plus de force , et
elle eut pleine satisfaction. Ce qu'il y
eut de crimes, de trahison créées dans
cette session , peut à peine se conce-
voir. Ce fut trahison non plus seule-
ment de convertir, mais d'être con-
verti à la fol catholique; trahison d'ap-
peler la reine hérétique ou infidèle;
trahison de dire que le choix de son
successeur ne pouvait pas être déler-
niiué par un acte du parlement. Enfin ,
la pcii'C de confiscation , jointe à une
pri«on peipétucUe, fut portée contre
quiconque aurait écrit deux fois , même
sans le publier : « que personne put
» succéder à la reine, autre que la
» postérité naturelle , issue de son
» corps. » Cille extravagance de dé-
signer exrlusivcraent pour héritière
possible de la reine , une jioslérité
qu'elle n'avait pas , cette alfectation de
dire postérité naturelle , en écartant
ÊLI
le mol légitime , réclame par plusieurs
voix , fil croire dans toute l'Angleterre
que le favori avait en réserve quel-
qu'enfant qu'il voulait porter sur le
trône , comme issu de la reine, si elle
venait à mourir; mais ces mêmes com-
munes , si dociles sur ce point aux
volontés d'Elisabeth , lui parurent in-
solentes quand elles voulurent prendre
l'initiative sur des questions ecclésias-
tiques. Un de leurs membres, Strick-
land , pour avoir proposé une réforme
de la liturgie , fut mandé par le con-
seil et reçut ordre de s'absenter du
parlement. Il fut réclamé par sa cham-
bre. Un Carleton, un chevalier Ar-
nold , un Yelverlon , noms qui doi-
vent être conservés , posèrent les
grands principes « qu'un membre de
» la chambre des communes n'était
» plus un homme privé; que la repré-
» sentation nationale, à laquelle il ap-
» partenait, ne devait pas le laisser
» arracher de son sein; qu'il n'y avait
» pas un seul objet d'mtérct public qui
» ne pût être pris en considération
» par une chambre où résidait une
V telle plénitude de pouvoir , que
» jusqu'au droit à la couronne était
» déterminé par elle , et qu'oser le
» nier était un crime de haute- trahi-
» son ( Elisabeth était battue ici par
» ses propres armes); qu'enfin la
» reine ne pouvant faire des lois à
» elle seule, ne pouvait, par la même
» raison , les annullcr à elle seule; »
et la conclusion de ces principes était
que la chambre devait envoyer cher-
cher son membre absent. En vain les
minisires voulurent défendre ce coup
d'autorité. En vain il se trouva un de
leurs agents assez servile pour aller
chercher dans les temps anciens sous
Henri IV , un évêquo , sous Henri V
l'orateur même des communes , empri-
soiiués pour des opinions trop har-
die*; les ministres craignirent de lais-
ELÎ
S^r prendre les voix, rompirent la
séance, cl Strikland reparut le lende-
main. La reine, d'autant plus impé-
rieuse qu'elle avait ee'de une fois , (it
signifier sévèrement à la chambre des
communes , la défense expresse de
se mêicr des affaires ecclésiastiques; et
le subside accorde' -, vint dissoudre le
{)arlemeut. Celui qu'elle convoqua
'année suivante (lô^i) ne tarda pas
k la satisfaire. Nous l'avons vu de-
mander le supplice du duc de Norfolk.
Il ne s'en tint pas là. Un comité pour
les affaires de la reine d'Ecosse, fut
compose' de quarante-six raerabi es des
communes, et de cinq p.iirs . dont
deux ecclésiastiques. Le a8 mai , les
deux chambres représentèrent « que
» non-seulement la justice, mais l'hon-
» iieur et la sûreté de la reine vou-
» laient qu'on procédât criminelle-
» ment, et sans le moindre délai con-
» ti e la reine d'Ecosse , coupable de
» trahison au dernier degré. » Elisa-
beth approuva, remercia , mais, pour
des raisons à elle connues , décida
qu'il valait mieux différer, sans y re-
noncer , l'ouverture de ce procès , et
néanmoins pressa la conclusion d'au-
tres bills précurseurs de cette grande
iniquité. Le parlement en passa deux.
L'un déclara coupable de trahison
quiconque entreprendrait de délivrer
une personne emprisonnée par ordre
de S. M., ou de s'eniparer d'une mai-
son royale. L'autre statuait que si Ma-
rie , dite Reine d'Ecosse , offensait la
loi d'Angleterre, il serait procédé con-
tre elle dans les formes reçues contre
la femme d'un pair du royaume. Eli-
sabeth sanctionna le premier de ces
bills , qui lui suffisait , ajourna le se-
cond , dont elle n'avait pas besoin , et
prorogea le parlement, qu'elle ne de-
vait plus rassembler que dans trois
ans» Elle était devenue despote si ab-
solue, qu'à partir de celle époque
ELt 5t
Camden fait h peine mention des si-
mulacres de parlement qui se mon-
trèrent. «Il semblait ( a dit naïvement
» un autre historien ) que cette he-
» roique personne voulût montrer à
» ses sujets qu'elle n'avait pas besoia
» d'eux pçur les gouverner. » Cepen-
dant elle ne cessait d'exciter îles trou-
bles dans cette malheureuse Ecosse,
dont elle détenait la malheureuse reine.
Le comte de LcnoX , régent après
Murray, avait été assassiné comme lui.
Le comte de Marr, successeur de Lé-
nox , ami de sa patrie et de la liberté ,
ayant vainement rherché à contenir
les partis l'un par l'autre , tl à con-
server l'irdépendance du trône écos-
sais pour quiconque d'-vait s'v asseoir,
était mort de chagrin de voir le boule-
versement de son pays. Elisabeth était
parvenue à le faire remplacer par le
comte de Morton , complice de F]oth-
well , dans l'assassinat du feu roi, et
qui était destiné à expier son crime
par le dernier supplice. Un brave
guerrier, Kirkaldie , restait fidèle à
Marie et tenait encore pour elle le
château d'Edimbourg. Elisabeth le fît
assiéger par des troupes anglaises , le
réduisit à se rendre, et le fit livrer à
une populace furieuse , qui le traîna
sur l'échafaud. Lidington , son second,
qui, de persécuteur de Marie, était
devenu son défenseur , se tua lui-
même , et pendant que les meurtres
se perpétuaient en Ecosse , les écha-
fauds en Angleterre, la guerre civile
et religieuse en Irlande, Philippe II
et le duc d'Albe inondaient du sang
des prolestants les provinces espa-
gnoles et flamandes ; Catherine de
Médicis et Charles IX enfantaient la
résolution d'égorger, dans une seule
nuit tous les protestants de France,
Pour les attirer dans le piège que sa
mère leur avait préparé, Charles IX
affecta de rechercher l'alliance d'une
4*
52 ELI
reine prolcstanle , et il porta k dissi-
mulation jusqu'à faire demander la
main d'Elisabeth pour son frère, le
duc d'Alençon. Non moins fausse et
non moins perfide que Charles, mais
bien plus astucieuse et plus hypocrite,
Elisabeth parut écouter cette proposi-
tion , et dans le même temps elle four-
nit des secours d'hommes et d'argent
aux protestants français proscrits et
soulevés conli*e leur prince , par le
massacre de leurs frères. L'horreur
que cette afFreuse journée de la St.-
Barthélcmi excita en Angleterre, est
exprimée avec force dans le rapport
que l'ambassadeur de France fit bien-
tôt de sa première audience. » Une
» nombre douleur, dit-il, était peinte
» sur tous les visages. Le morne si-
» lence de la nuit régnait dans toutes
» les pièces de l'appartement royal.
)> Les dames et les courtisans étaient
» rangés en haie de chaque côté, tous
» en grand deuil , et quand je passai
» au milieu d'eux, aucun ne jeta sur
» moi un regard de politesse , ni ne
» me rendit mon salut. » L'indigna-
tion générale que ce massacre avait
attirée sur tous les catholiques, fit
d'abord espérer à la reine qu'en ren-
voyant Marie Stuart en Ecosse, pour
y être jugée publiquement, et à con-
Uition que la sentence serait exécutée
sans délai , elle se déferait d'une rivale
en rejetant sur les sujets de Marie tout
l'odieux de cette iufàme procédure ;
mais le comte de Marr , alors régent,
avait repoussé avec tant de force une
proposition aussi ignominieuse qu'elle
n'osa la renouveler. Ne voulant pas
rompre toute liaison avec la France,
Elisabeth consentit alors à laisser enta-
mer une nouvelle négociation pour son
mariage avec le duc d'Alençon , devenu
duc d'Anjou. Un agent de ce prince,
qui fut chargé de pénétrer les secrets de
la cour de Londres, découvrit que le
ELI
confie de Leicester , qui passait pour
l'amant favorisé de la reine, et qui se
flattait de l'épouser, avait une autre
femme ( Foy. Dudley, XII, i35.),
et il s'empressa de faire à Elisabeth
une aussi importante révélation. Cette
princesse, dissimulant toujours , parut
fort irritée contix* son favori. Le duc
d'Anjou cependant, obligé d'aller ou-
vrir la campagne en Flandre, atten-
dait de la reine d'Angleterre un secours
d'argent. Malgré sa sévère économie,
Elisabeth ne put se dispenser de lui
envoyer une somme de 5oo,ooo écus,
avec laquelle il réussit à faire lever le
siège de Cambrai. Les états le nom-
mèrent gouverneur des Pays-Bas. Il
mit son armée en quarticr-d'liivcr ,
et il passa en Angleterre. Elisabeth alla
au-devant de lui , et l'on crut générale-
ment que le mariage allait se conclure
(^. Anjou, II, 186). Après de longues
négociations, que l'irrésolution vraie ou
simulée de la reine, rendait intermina-
bles , le prince se retira très mécon-
tent ( 1 582 ) , maudissant les caprices
d'Elisabeth , accusant hautement la
liassesse de ses inclinations. Cepen-
dant l'infortunée Marie Stuart , dont
une rigoureuse détention avait altère
la santé, apprit qu'au milieu des trou-
bles que sa persécutrice ne cessait
d'exciter en Ecosse , le jeime roi Jac-
ques était retenu captif par les princi-
j)aux seigneurs du royaume ; <lle écri-
vit à Elisabeth la lettre la plus éner-
gique et la plus touchante , afin de
demander justice pour elle et protec-
tion pour son fils. « Si je pouvais ,
disait-elle, consentir à descendre de
la dignité royale où la pn)vidoncc m'a
placée , ou me départir de mon a|)pel
à rEtrc-suprêrac, il n'y a qu'un seul
tribunal auquel j'en ap[K-ller.iis contre
tous mes ennemis; ce serait à la jus-
lice, à riuimauilc de votre majesté; à
celle boulé indulgente qu'elle serait
ELI
uaturellement portée à exercer en ma
faveur, si elle n'était influencée par
les suggestion s de la malveillance, etc.»
Mariene put rien obtenir, mais Jacques
ayant été délivré par le colonel Stuart,
commandant du château de St.-André,
Elisabeth envoya auprès de lui Wal-
singham , en qualité d'ambassadeur ,
avec la mission secrète d'étudier le ca-
ractère et la capacité du jeune roi. Une
brillante facilité d'expression , une
instruction précoce distinguaient déjà
le fils de Marie Stuart. La haine d'E-
lisabeth parut d'abord désannée par
ces heureuses dispositions , et elle
montra pour ce prince des égards que
l'on n'avait point espéré; mais l'ambi-
tion et la haine reprirent bientôt !cw
empire; Elisabeth ne pouvait pas plus
supporter l'idée d'avoir un successeur
que celle de se donner un maître ;
elle fit donc par la suite tous ses efforts
pour empêcher le mariage de Jacques,
par le seul motif que Jacques était
son héritier présomptif Elle essaya
même de le faire enlever par son am-
bassadeur Wofton, et elle ne man-
qua pas de désavouer ce ministre
quand le complot fut découvert. Lors-
que le jeune prince prit ensuite la
ferme résolution d'épouser la fille du
roi de Danemark , il ne put triom-
pher des obstacles que lui opposait
sans cesse la reine d'Angleterre ,
qu'en déployant une énergie dont on
ne l'avait pas cru capable. Mais pen-
dant qu'Elisabeth se livrait à ses se-
crètes passions , le pape Pie V l'avait
excommuniée , comme on l'a vu plus
haut; Sixte V avait été jusqu'à délier
ses sujets du serment de fidélité : des
faualiqiies conspirèrent contre ses
jours, et il n'en tallnt pas d*ava<itage
pour faire accuser tous les catholiques
d'être leurs complices. Les jésuites
surtout fuient poursuivis à outrance
( Foj. Campian. ), et les persécutions
ELI 53
recommencèrent avec «ne nouvelle fu-
reur. Quiconque était convaincu d'a-
voir assisté une fois à la messe était
puni d'un an de prisnn et deioo
marcs d'amende. L'oubli des pratiques
les plus minutieuses de l'Eglise angli-
cane était puni d'une amende de 20
liv. par mois. Si l'on tenait des pro-
pos contre la reine , on était condamné
pour la première fois au pilori , pour
la seconde à perdre les oreilies ; la ré-
cidive était félonie, et elle entraînait
la peine de mort. Ce statut est de la
session de i582. Dans le même par-
lement, les communes, avant ordon-
né un jeûne et des prières publiques,
reçurent une sévère réprimande par
un messager de la reine, comme ayant
osé empiéter sur la prérogative royale
et sur ses droits de suprématie. La
chambre fut obligée de demander par-
don. Dans le discours qu'Elisabeth
tint à la fin de la session de i584»
elle poussa plus loin l'intolérance :
« Trouver quelque chose à blâmer
» dans le gouvernement ecclésiasti-
» que, est se rendre coupable de ca-
» lomnie contre elle (la reine), puis-
» que Dieu l'ayant constituée chef su-
T» prême de l'Eglise, aucune hérésie,
» aucun schisme ne pourrait s'intro-
j) duire dans le royaume sans que ce
» fût par sa permission ou par sa né-
» gligence. » Elle établit ensuite une
commission ecclésiastique chargée de
rélorraer toutes les hérésies , de pro-
noncer sur tout< s les opinions en ma-
tières rehgi( uses , et de punir les délin-
quants , av-ec pouvoir d'employer dans
leurs inquisitions toutes sortes de me-
sures, même rémprisonuemeut et la
torture ! Le parlement tout «-nlier
était consterné et accab'é par la ty-
rannie; dès que l'un de '^es membres
essayait de ré-ister, i' était aussitôt
enlevé et emprisouné. Cependant de
nouvelles coaspirations se fotmèreut,
H ELI
vu plan d'in vasiou et d'insurrection fut
organisé [)ar l'ambassadeur espagnol •
^nîis la trame fut découverte. Mendoza
reçut ordre de sortir du royaume. Phi-
lippe II repoussa avec hauteur un mes-
sage qui lui fut adressé pour excuser
cette violence, et pour le prier d'en-
voyer un autre ministre. Ces conspi-
rations tendaient presque toutes à la
délivrance de Marie Stuart; plusieurs
lettres qui lui étaient adressées furent
interceptées. Eniîu l'affection des ca-
tholiques pour cette princesse , et
jusqu'à U haine qu'ils portaient à sa
rivale , amenèrent la catastrophe que
les intrigues d'Elisabeth prcparai(^nt
depuis si long -temps. Antoine Ba-
Lington , riche propriétaire dans le
Derbyshire, el zélé catholique, apprit
qu'un finatique nommé Sa vagp, s'était
engagé par serment à tuer Elisabeth.
En Angleteri'e , comme en France, la
doctrine du tyrannicide n'avait que
trop de partisans. Babington eneou-
lagc l'exaltation de Savage ; mais il
croit que l'entreprise n'est praticable
qu'en y admettant dix autres conjurés,
et c'est ainsi que Walsinghara est in-
formé de tout par un de ses espions.
Cet espion, uoimné Pelly , n'entre
dans la conspiration que pour trahir
.ses associés. Elisabeth , prévenue du
coniplpt, ordonne qu'on attende pour
le déjouer le moment de l'exécution ;
çt lorsque les conjures sont près de
frapper , ils sont arrêtés et mis à la
tour , à l'exception d'un seul (jui avait
pris la fuite. Ou se servit du prétexte
de l'indignation générale el du ci i pu-
l;)lic pour hâter leur jugement et leur
supplice. La conjuration enelle-mcinc
est encore un problème , et il est avéré,
dit Gaillard , o que Marie Stuart n'y
V eut aucune part » ; mais pour la
faire périr avec quelque apparence de
justice, il f.illail bien supposer qu'elle
avait conspire contre les jours de la
ELI
reine. Une association s'était formâe^^
deux ans auparavant , pour proté-
ger les jours d'Elisabeth, (/^o/. Dud-
LEY, XII, i56); les souscripteurs
s'engageaient , par les serments les plus
solemnels , à défendre la reine , à ven-
ger sa mort el toute injure commise
contre elle ; à exclure même du trône
tous prétendants en faveur desquels
aucune violence aurait été commise
contre Sa Majesté. La reine d'Ecosse
avait elle-même demandé à signer l'as-
sociation, à laquelle des gens de toutes
les classes venaient en foule donner
leur signature. A la publication de celte
prétendue correspondance , la fédéra-
tion jeta les hauts cris , et répandit la
haine la plus violente et la plus sangui-
naire contre Marie. Transférée de châ-
teau en château, cette malheureuse
reine est enfin amenée dans la forte-
resse de Fotheringay ( comté de Nor-
thampton). Sans cesse interrogée, me-
nacée, elle fit traitée avec plus d'in-
dignité que le dernier criujinel ; son
implacable ennemie essaya même plu-
sieurs fois de la faire assassiner. On
poussa la cruauté jusqu'à lui refuser
un avocat pour la défendre , et un
ministre do sa religion pour lui en ad-
ministrer les consolations. Ce fui le j3
février i 58; , que se termina celte san-
glante tragédie. ( f. Marie Stuart.)
Les intercessions du roi de Fraiice en
faveur de sa belle-sœur , les remon-
trances , les instances , les menaces
même du roi d'Ecosse en laveur de sa
mère , avaient été sans efiet ou n'a-
vaient obtenu qu'une réponse évasivc.
Mais, dès que le crime fut consommé,
larciuealfi'Claloplusviolenldcsespoir,
et elle bannit de sa présence plusieurs
de ses conseillers; Burleigh même se
crui perdu et deuianda la permission
de se démettre de toutes ses places.
( roj\ Cecil, Vjl , 490 ). Le secré-
tairc-d'ctal Davisson fut destitué, mis
ELI
a la lour pour un temps illimite, et
condamne à une amende de 1 0,000 1.
sterling. Elisabeth écrivit au roi Jac-
ques, pour lui exprimer sa profonde
doideur, et ce prince parut y croire.
Philippe II , provoque depuis long-
temps par les entreprises des armateurs
anglais, résolut detirervengeanced'un
attentat qui semblait autant dirigé
contre la majesté royale que contre la
religion catholique. Dès l'an 1578,
Drakc avait ravagé les côtes du Pé-
rou. Elisabeth avait ordonné, il est
vrai, d'indemniser les négociants es-
pagnols qu'on avait le plus maltraités,
mais voyant que Philippe avait saisi
cet argent et l'employait à solder les
troupes du prince de Pafrae qui s'é-
taient réunies aux rebelles d'Irlande ,
elle fit cesier ces restitutions. En
i585, prévoyant que la rupture avec
l'Espagne serait inévitable, elle fil atta-
quer de nouveau les colonies d'Amé-
rique. Saiut- Domingo et Carthagène
des Indes furent mis à contribution, et
d'autres places furent brûlées. On croit
que c'est au retour de cette expédition
que l'on doit l'introduction de l'usage
du tabac eu Angleterre. L'année sui-
vante Drake insulta Lisbonne et les cô-
tes d'Espagne, et détruisit à Cadix une
flotle entière de bâliraents de transport
chargés de vivres et Je munitions. Ex-
cité par tant d'injures cl de provoca-
tions, animé d'ailleurs du ztlc le plus
ardent pour la religion , Philippe ré-
solut d'envahir l'Angleterre. Il fil équi-
per la flotte la plus formidable qu'on
eût encore vue sur l'Océan. Cette flotte,
qui fut nommée Xiiwincible Armada ,
était composée de 1 52 vaisseaux ; elle
poitait .22,000 hommes de débarque-
ment , et elle devait encore prendre
à bord nSjOOo hommes de troupes
aguerries qui se trouvaient en Flandre
sous les ordies d'Alexandre Farnèse.
Douze loii'.u Français , campés sur les
ELI 55
côtes de Normandie, n'ëHcndaicDtqi;e
cette occasion pour passer la Manche.
Les relards ordinaires à tous les grands
préparatifs , surtout à ceux de la coui-
de iSIadrid , firent que \ Armada n'ap-
pareilla de Lisbonne que le 1" juin
1 588. Cette attaque semblait devoir
anéantir la puissance de l'Angleterre.
Elisabeth la vit sans effroi, nédits
sa défense avec calme , parcourut
son royaume , enflamma tous ses
sujets. Cette époque fut celle de sa
véritable grandeur. Elle n'avait pas
1 5,000 matelots; la seule ville de
Londres arma , à ses frais , 58 bâ-
timents, dont le plus fort était de
5oo tonneaux. La reine en équipa
54 , dont un seul , le Triumph , de
1,100 tonneaux , portail 4 o pièces de
canon. Le reste de la flotte ne montait
qu'à 4'3 navires de bas bord et inca-
pables d'essuyer le choc des immenses
vaisseaux espagnols. Mais les bâli-
mcuts anglais, légers et d'une manœu-
vre facile , éLiieut conduits par Drake ,
Hiukins et Frobishcr, les premiers
marins de l'Europe, sous le comman-
dement général de Charles Howard.
liCS Hollandais équipèrent, de leur
côté, une flotte de 90 voiles , qui, croi-
sant depuis i'Escaul jusqu'au Pas de
Calais, empêcha l'arraée de Flandre
de se mettre en mer. Tout sembla cons-
pirerà la destniction de ['Invincible
Armada. A peine avait-elle doublé le
cap Fini.sicre , qu'une tempête la dis-
persa; plusieurs vaisseaux furent sur
le [>o:rt de périr par l'ignorance des
pilotes et la mal-adresse des matelots.
Un forçat anglais étant parvenu à bri-
(1} Hapin Toiraf , Hume , Robcrlton n'ont point
bésné a rrgarJer Davition comme un fidèle <er-
TÏltftir, (jue ^ «uivmnt sa coutume, Eluabcth arait
■ acrilîè à sa poluîqae. Ciaœrien rapportr de lut une
lettre apologétique i^dreuie àWaliinsham, etqni
offre plusieurs caractères d'invraisemblance. U
«liste au Musée brilanniqne deux copie* de cette
pi«ce ; mais il a été reconou qu'aucune des den
n'est originale. (Voyei YHist. d'jingl. de U. Am
BertraB'i Moieville , Une iU, pa;. 167, ••t« l^i\.
56
ELI
ser les fers de ses compagnons , s'em-
para du bâtiment qui Jes portait, en
attaqua deux autres, et les conduisit
dans un port de France. Le reste de
l'escadre , après s'être radoube' à la
Corogne, remet à la voile , prend le
cap Lézard pour celui de Kam , près
de Plymouth , attaque et poursuit en
vain quelques divisions de l'escadre
anglaise, laisse enlever, par Drake,
deux galions qui portaient le tre'sor de
l'armée j et , voulant mouiller sur les
côtes de France , y est poursuivi par
des brûlots anglais qui en détruisent
une partie et dispersent le reste. Ralliés
devant Gx'.-* vélines , attaqués avec fu-
reur par les divisions anglaises réu-
nies , les débris de la flotte ne songè-
rent plus qu'à la retraite. Mais de nou-
veaux désastres les attendaient. Leur
ligne était trop serrée; une horrible
tempête fit aborder ces lourdes mas-
ses les unes contre les autres , plu-
sieurs vaisseaux coidèrent bas , et
tous souffrirent de grandes avaries.
Médina - Sedonia , qui commandait
cette expédition , fit alors la revue
de ses forces, et il ne se trouva plus
avoir que 120 voiles. Il se décida au
retour en doublant les Orcades; une
troisième tempête pousse la flotte con-
tre les cotes d'Llande . et 77 navires
sont encore fracassés. Les malheureux
qui purent gagner la terre à la nage ,
furent impitoyablement massacres par
ordre du vice-roi ( i ) , sous prétexte
qu'ils pouvaient se joindre aux catho-
liques irlandais mécontents et disposés
à la 1 évolte. Les débris de cette fameuse
Armada parvinrent enfin à gagner
les ports d'F^pagnc , où deux grands
galions furent encore la proie des
flammes. Ainsi se termina cette mal-
heureuse expédition qui avait coûté ,
(1) Grotiii» n'ti pas rougi cVapprouver ce (te bar-
liirie. ^ De jure betU tt ftiteit ,111,40
ELÎ
suivant de Thou , 120 millions d«
ducats , et dont , selon le même histo-
rien, il ne revint que 35 vaisseaux; ;
mais les Anglais conviennent eux- 1
mêmes qu'il en échappa ^6. Parmi
les moyens qu'avait employés la reine
pour exalter le patriotisme de ses
sujets et animer tous les esprits pour
la défense commune , il faut comp-
ter la publication d'un journal , inti-
tulé le Mercure Anglais {English
Mercury ) , le premier papier-nou-
velles qui ait paru en Angleterre (i).
On a comparé aux triomphes des
Romains les fêtes par lesquelles ce suc-
cès fut célébré à Londres , et l'on a
cité la médaille frappée à cette occa-
sion , avec la légende Dux fœmina
facti. Si la reine parut oublier un
moment ce qu'elle devait à la fortune ,
ou pour parler exactement ( dit Sainte-
Croix ) à la providence divine , le
doyen de Saint-Paul osa le lui rappeler
dans un sermon prêohé devant elle ,
où il avait pris pour texte le verset du
psaume 1 26 : JVisi dominus cuslodie-
rit cmtatem. Elle sentit l'allusion et
profila de la leçon : une nouvelle mé-
daille présenta des vaisseaux fracassés
par la tempête , avec l'inscription :
AfJlaPil De us et dissipantur. Il est
vrai que l'enthousiasme produit par
ces avantages fut tel qu'au parlement
convoqué le 4 février i589 , la reine
(i)On conserve encore «u Mutée bri(annlqii«
un N" de ce journal , ilaté du si juillel i588, im-
primé en lettres romaines et non Kotbiqurs , el on
observe que les Muméroi suivants contiennent
quelqui t anounces <lc livret , et peuvent passer
pour le plut ancien îles journaui littéraires. ^A^or.
ta Vie Ile Tboraas Ruddiman, par C>eor|;e Chul-
iners, '794' in-S". ) Qu'iut k la publication d'ua
journal politique, la France |ieul riii-lamer l'anté-
riorité de plut d'un deniiticcle) car un consi'ive
à la hibliolnéciue du Roi un bulletin de la c.>m|<a-
Rnede Louit Xll rn Italie ,ti5o(y) i. -8". de « p. ,
gothique , «'oraraençaut :iinsi : u CVst la très nobip
>i et très excellente victoire du roy nostre si'e Loy»
« duuiietme de ce nom qu'il a beue moyennant
« l'ayde de Dieu lur Ict Vepitient. » ( N"'. iii-4 .
L.,607.)
ELI
•bllnt à la fois un secours de deux
subsides et de deux quinzièmes, ce qui
n'était jamais arrivé, mais on était
persuadé qu'elle avait épuisé ses fi-
nances pour la défense commune. Le
peuple anglais ne rêvait plus qu'expé-
ditions contre l'Espagne. Vingt mille
volontaires s'enrôlèrent $ous les dra-
peaux de Drake et de J. Norris pour
aller rétablir sur le trône de Portugal
Dom Antonio , prieur de Crato , qui
prétendait avoir un parti puissant dans
ce royaume ; Elisabeth ne donna que
Go,ooo livres , et elle ne fournit que
cinqvaisseaux pour cet armement, qui
n'eut d'autre résultat que de prendre
Cascaes , piller \ igo et s'emparer de
soixante bâtiments dont il fallut resti-
tuer une grande partie aux villes an-
sëatiques. Aucun parti en Portugal ne
parut disposé à prendre les armes pour
Dom Antonio , et une maladie conta-
gieuse qui se mit parmi les Anglais ,
les força bientôt à se retirer; ils ne
s'enrichirent pas, mais la perte qu'ils
causèrent à l'ennemi fut immense. Les
expéditions de Drake et Hawkins con-
tre l'Amérique , en i SyS , du comte
d'Essex contre Cadix, en 1 696 ( Voy.
Drake et Essex ) , eurent un succès
plus décisif, et la supcrioiité mari-
time de l'Angleterre sur l'Espagne fut
dès-lors assurée. La crainte de voir les
Espagnols s'établir en France fut un
des principaux motifs des secours
qu'Elisabeth fournit à Henri IV contre
la ligue, même après son abjuration ;
car, dès i ago, elle l'avait puissamment
assisté d'hommes et d'argent. Ce ren-
fort avait permis de marcher immé-
diatement sur Paris, et il contribua au
succès des campagnes suivantes. En
affectant, quatre ans après, de paraître
fort mécontente de sou changement de
religion, Elisabeth conclut avec U.i un
nouveau traité , et Norris à la tête des
torces qu'elle envoya en France, eut
ELI 57
beaucoup départ à la prise de Morlaix,
de Quimpcr et de Brest , dont les gar-
nisons étaient espagnoles. Dans un
voyage que Henri fit à Calais en 1 60 1 ,
la reine d'Angleterre vint jusqu'à
Douvres; mais quelques difficultés
qui survinrent l'empêchèrent d'avoir
une eutrevue avec celui de tous les
souverains qu'elle estimak le plus.
Sully se rendit à Douvres déguisé , et
ce ministi-e rend compte , dans ses Mé-
moires , de l'entretien qu'il eut avec
la reine. Il y exprime sou élonnemenl
de ce qu'elle avait conçu pour l'é [ui-
libre des puissances et l'abaissement
de la maison d'Autriche , le même
plan qu'Henri IV. La mort de Phi-
lippe II, en «5g8, avait délivré l'.'^u-
gleterre du plus dangereux de ses
ennemis. Ce prince n'avait cessé d'en-
tretenir la des troubles dans l'Irlande.
Un corps de -joo hommes , Italiens et
Espagnols , qu'il avait envoyé dans
cette île dix-huit ans auparavant, avait
été forcé de se rendre à discrétion ;
le général anglais , embarrasse de tant
de prisonniers , avait fait passer au
fil de l'épée tous ces étrangers et fait
pendre environ 1 5oo Irlandais. L'iii-
surieetiou , comprimée un moment ,
n'avait pas tardé à se ranimer, par
les promesses continuelles du roi d'Es-
pagne , et les secours effectifs qu'il y
envoyait de temps en temps. Elisabeth,
qui depuis lors n'opposait guère à ces
troubles que des palliatifs , résolut
enfin d'agir avec vigueur ; elle y en-
voya son favori le comte d'Essex avec
des pouvoirs très étendus , et dépensa
des sommes considérables pour cette
expédition que l'incapacité du nouveau
général fil échouer. Sa hauteur et ses
imprudences le conduisirent >iu point
de lever l'étendard de la rébellion
contre sa souveraine. 11 porta sa lêle
sur un échafaud , et la douleur que U
reine éprouva de s'être vue obligée à
58 ELI
une telle ricaneur contre «n homme qui
lui avait ctë si cher, la jota clans une
prolbn ie mélancolie. Deux ans après,
lorsque la comtesse do Notfiiigliaui, au
lit de la mort , avoua l^nfidëUlc dont
son mari l'avait forcée à se rendre cou-
pable, en i'erapêcliant de transmettre à
la reine le fatal anneau, témoignage du
repentir d'Esscx (t gage de la clé-
mence de sa souveraine ( Foy. Essex,
pag. 549 ci-après), Elisabeth ne fut
plus maîtresse de retenir son émotion.
« Dieu peut vous pardonner , dit-elle
à la comtesse mourante, pour moi je ne
le pourrai jamais.» Dès ce moment, le
coup fatal était porté; à peine consen-
tit-elle à prendre quelque nourriture ;
elle refusa tous les remèdes, disant
qu'elle ne désirait plus que la mort.
On ne put la déterminer à se mettre
au lit. Assise sur des coussins, un
doigt sur la bouche, les yeux fixés
à terre , pendant dix jours elle sem-
bla neprcter d'attention qu'aux prières
que récitait auprès d'elle l'archevêque
de Cantorbéry. A la fin, sur les ins-
tances de son conseil , elle désigna le
roi d'Ecosse pour son successeur
{ Foy. Jacques l^»" ), tomba dans un
sommeil léthargique et expira le 5
avril (nouveau style) de l'an i6o3.
Elle avait no ans et elle en avait ré-
gné plus de 44 , avec un éclat et une
gloire que deux siècles n'ont pu clla-
ccr. Son caractère olFre le mélange ,
peuf-circ unique, des plus nobles qua-
lités d'un sexe, unies à toutes les fai-
blesses de l'autre. Son nom réveille
encore chez les Anglai» l'enthousiasme
du plus ardcjit patriotisme. Le des-
potisme auquel Henri VIII avait habi-
tué ses sujets , fut à peine remarqué
dans Elisabeth , parce qu'on le crut
toujours dirige vers le bien de l'Etat,
.^a fausseté ne sembla qu'un rafine-
ï?ieut de politique; la vanité puérile
qui jus^quc dans ses dernières auiiécs
ELI
la portait à vouloir passer pour la
plus belle femme de l'Europe, ne sem-
blait qu'un petit ridicule eflacé par ses
grandes qiialilés. Melvil,qui fut en-
voyé à la cour de Londres en 1 5(i4 ,
chargé d'une mission diplomatique de
Marie Stuart , donne , dans ses Mé-
moires, de singuliers détails sur l'in-
quiète curiosité avec laquelle la reine
d'Angleterre s'informait des moindres
particularités de la beauté de sa rivale.
L'adroit courtisan , interrogé laquelle
des deux était la plus belle, éluda
cette question délicate en disant qu'E-
lisabeth était la plus bille personne de
l'Angleterre et Marie la plus belle de
l'Ecosse. On lui demanda ensuite la-
quelle était la plus grande ; il répon-
pondit que c'était sa maîtresse : a elle
est donc trop grande , dit la reine ,
car je suis exactement de la taille qui
convient le mieux à une femme. »
Dans un âge plus avancé , elle poussa
cette prétention jusqu'à défendre par
un édit exprès , qu'on gravât son
portrait, jusqu'à ce qu'un peintre ha-
bile en eût peint un duquel elle fût
parfaitement satisfaite et qui" pût ser-
vir de modèle à tous les autres. « INe
» voulant pas, disait- elle, que, par
» des copies infidèles , je puisse être
» représentée avec des imperfections
» dont, par la grâce de Dieu, je suis
» exempte. » Celte coquetterie n'était-
clle qu'une ruse de sa politique? Sa ré-
pugnance pour le mariage ne tenait-
elle qu'à la crainte de se donner un
maître ou de partager son autorité?
Une conformation vicieuse lui faisait-
elle du célibat une loi impérieuse,
qu'elle n'eût pu violer sans perdre
la vie, comme l'ont dit quelques his-
toriens? Ce sont des questions qu'il
est maintenant dinicile de résoudre,
s'il est vrai qu'on ait strictement exé-
cuté l'ordre qu'elle donna, dit -on, 1
que sou corps n.e fût pas Quverl ni j
ELI
même examine après sa mort. Les
deux principes de sa politique , dont
elle ne se départit jamais, c'taicut de
se concilier l'affection de ses sujets
protestants , et d'occuper ses ennemis
dans leurs propres états. Sa maxime
favorite était que l'argent se trouvait
mieux placé dans la poche de ses su-
jets que dans son échiquier; aussi ja-
mais, sous aucun règne , on ne vil au-
tant d'eftbrts et de sacrifices de l'intérêt
particulier, soit pour défendre l'état
ou le venger, soit pour tenter de nou-
velles découvertes ou éteudre le com-
merce de la nation. Cest presque en-
tièrement à leurs frais que Cavcndish,
Ealeigh,et Frobisher entreprirent leurs
mémorables expéditions. Pluloi que de
solliciter de nouveaux subsides (i),
Elisabeth , quand elle avait besoin d'ar-
gent, préfera souvent aliéner des do-
maines de la couronne, vendie des
monopoles, créer dts compagnies ex-
clusives et privilégiées, ou même pren-
dre d'autres mesures qui nuisirent sou-
vent au commerce; mais son économie
et le bon ordre qu'elle mil dans ses
finances, lui donnèrent le moven de
payer les dettes de ses deux prédéces-
seurs sans augmentation de taxes. Elle
rétablit letitrede la monnaie, altéré sous
les règnes précédents, fournit telle-
ment ses arsenaux et aiu;;menta telle-
ment la marine arglaisc, qu'où lui a
donné le titre de Restauratrice de la
gloire navale et de Reine des nier s
septentrionales. (^)u'était cependant
oeite marine, sion la compare au point
où elle est parvenue depuis? En lô^S,
elle envoya i5 bàtimtnts à la pèche de
Terre -^euve : à la mort d'Eiisabtlh,
elle se composait de 4"^ vaisseaux, dont
(') L« R-Trnu orJiojire d'EliiabcUi était Je
5oo.oooliï.PrBdjnt«|narant.-<;unreanj de règne,
cUe rcçniau parlement \ ingt fobiijea et IrCDte-
otaf ^uiiuème», en t«ut e;.w.T,n 3 mitlious ; ce
«jui rauait, «nuée commBuc , environ e-.Soo Ut.
itsrl.
ELI 5(|
quelques-uns de 40, 5o tonneaux»
ou moins encore ; les deux plus forts
étaient de 1 000 tonneaux et de 5o(>
hommes d'équipage. Un trait à ajouter
au caractère d'Elisabeth , c'est que l'ar-
bitraire et la sévérité de sa justice ne
l'empêchaient pas quelquefois de mon-
trer la clémence la plus généreuse. Une
écossaise ( Marguerite Larobrun ) atta-
chée au service de Marie Stuarl , avait
vu son mari expirer de douleur en ap-
prenant la fin cruelle de cette prin-
cesse. Déterminée à venger la mort de
l'un et de l'autre, Marguerite se rend
à la cour, déguisée en homme , et mu-
nie de deux pistolets, épiant l'occasion
d'assassiner la reine et de se tuer en-
suiteelle-même, pour échapper au sup-
plice. Mais elle se jètc dans la fouie
avec trop de précipitation , et laisse
tomber un de ses pistolets : on l'arrête;
Elisabeth veut l'interroger elle-même,
est frappée de l'audace de ses répon-
ses, et lui dit froidement : « Vous avez
» donc cru faire votre devoir et satis-
» faire à ce qu'exigeait de vous l'amour
» que vous aviez ponr votre maîtresse
» et pour votre mari ? mais que pcn-
» sez-vous que soit maintenant mon
» devoir envers vous? — Je répondrai
» franchement à votre majesté; mais
» est ce comme reine eu comme juge
«qu'elle me fait cette question? —
» C'est comme reine. — Elle doit doue
» me faire grâce. — Mais quelle assu-
» rance me donnerez- vous que vous
» n'abuserez pns de cette grâce pour
» attenter encore à mes jours? — Ma-
» dame, uue grâce accordée avec tant
» de précaution n'est plus «ne grâce;
:> votre majesté peut agir comme juge.»
Elisabeth , se retournant vers quelques
courtisans de sa suite, s'écria : « De-
» puis trente aus que je suis reine , Je
» n'ai encore trouvépersonnc qui m'ait
» donné une pareille leçon, w Elle ac-
corda la grâce sans réserve, malçré
6o ELI
l'opposition du président de son con-
seil, et, sur la demande de l'écossaise,
elle la fit conduire en sûreté jusque sur
les cotes de France. On a vu plus haut
que, dans sa jeunesse, Elisabeth avait
orné son esprit par l'étude des langues
et la culture des arts agréables. Elle
avail un goût particulier pour la mu-
sique bruyante, et pendant ses repas,
un concert de douze trompettes et de
deux timbales, avec les fifres et les
tambours , faisait retentir la salle. Elle
avait d'ailleurs la prétention d'excel-
ler sur le clavecin; et lorsqu'elle re-
çut l'ambassadeur Melvil , en 1 564 »
ayant appris que Marie Stuarf jouait
de cet instrument, elle donna ordre
à lord Hunsdon de conduire l'am-
bassadeur , sans affectation , dans
«ne pièce d'où il pût l'entendre jouer
elle-même. Melvil, comme trans-
porté par l'harmonie ravissante de ces
accords, ouvrit la porte, et la reine,
affectant d'être piquée d'avoir été sur-
prise ainsi, n'oublia cependant pas de
lui demander s'il croyait que la reine
d'Ecosse fût plus forte qu'elle suu cet
instrument. EHsabelh ne cessa jamais
de charmer ses loisirs par la culture
des belles-lettres. Un jour, dans une
conversation avecSoffrcy deCalignon,
qui fut depuis chancelier de Navarre,
elle lui fit voir une traduction latine
qu'elle avait faite de quelques tragé-
dies de Sophocle et de deux harangues
de Démosthcnes. Elle lui permit même
de prendre copie d'une cpigrammc
grecque qu'elle avait composée , et lui
demanda son opinion sur (juelques
passages de Lycophron qu'elle lisait
alors, avec l'intention, disait-elle, d'en
traduire quelques parties. On a même
prétendu qu'elle avait traduit Horace
en anglais , et que cette traduction , im-
primée, a été, i\r son temps, fort re-
cherchée en Angieterrr. Ce qui est cer-
tain , t'est que dans an âge fort avanco,
ELI
elle répondit très vivement en latin à
un ambassadeur polonais qui , la ha-
ranguant dans celte langue, avait lais-
sé percer des prétentions exagérées.
Elle se plaignit ensuite, en causant
avec ses favoris, de ce qu'on l'avait
forcée à dérouiller son vieux latin.
Caraden a donné, en i6i5, le pre-
mier volume des Annales rerum an-
glicarum et hihernicarum régnante
Elisabethd ( Foy. Camden ) ; Le ca-
raclère de la reine Elisabeth , par
Edmond Bohus , et les Remarques de
Robert Naunton sur ses principaux
favoris, parurent en anglais, en \6^i.
Ce dernier ouvrage a été traduit en
français par Jean Le Peletler ( Rouen ,
i685, in-i'i), et inséré à la suite des
Mémoires de Walslngham, Lyon et
Cologne, 1695. On y trouve, sur ce
règne, des anecdotes curieuses, ainsi
que dans les Mémoires de Melvil , pu-
bliés en anglais, i683, in-fol. , et
traduits en français par G. D. S., La
Haye, 1694» in- 1 2 ; refondus et aug-
mentés par l'abbé de Marsy, Edim-
bourg ( Paris), 1745, 5 vol. in-i2.
Leti donna en italien, en 1695, une
P'ie d'Elisabeth qu'il traduisit en fran-
çais l'année suivante, Amsterdam, a
vol. in- 12 : c'est peut-être le moins
mauvais ouvrage de cet infiitigable ro-
mancier. Duncan Forbes donna, en
1740» '^s Transactions yubliques du
règne d'Elisabeth , en anglais. Thomas
Birch fit imprimer, en 1 ^54 , les Mé-
moirs of the rei^n ofOie Queen Eli'
zahelh {Foj\ Birch), et il soi?":,
l'édition des Papiers d'état du nu
règne, publiés par Murden, \')->\),
in-fol., en anglais. Enfin, M"'. Kera-
lio a fait paraître une Histoire d'Eli-
sabeth , reine d'Anç^eterre^ tirée des
écrits originaux unifiais , notes, ti-
tres, lettres, et autres pièces ma-
nuscrites qui n'ont pas encore paru^
1 78(5-87, 5 vol. iu-8". L—T— !..
ELI
ELISABETH D'AUTRICHE , reine
de France, née le 5 juin i554, était
fille de l'empereur Maximilicn , et de
Marie d'Autriche, fille de Chailes-
Quint. L'éducation qu'elle reçut fut
tt'lle qu'on pouvait l'attendre de la sa-
gesse de son père et de la piété de sa
mère; aussi passait-elle pour la prin-
cesse la plus vertueuse et la plus ac-
complie de son temps. Son mariaj;e
avec Charles IX avait été projellé de
bonne heure par Catherine de Médicis,
dont les Lettres , publiées par Le La-
boureur, dans ses additions aux Mé-
moires de Castelnau , prouvent que
les négociations étaient déjà commen-
cées pour cet objet en 1 50 1. Philippe II
s'y opposa long-temps, craignant que
cette alliance ne mît la France trop
avant dans l'amitié de Maxjmiiien ,
alors roi des Romains, et dont sa po-
litique avait besoin. Enfin, au bout de
neuf ans , la reine-mère l'emporta sur
les intrigues de l'Espagne; la demande
fut faite avec beaucoup de solemnilc ,
le duc d'Anjou alla jusqu'au - delà de
Sedan pour recevoir la reine, et Char-
les IX alla l'attendre à Mézières. Im-
patient de voir plustôt son épouse , le
roi se déguisa et se mêla dans la foule
pour l'examiner à son aise, pendant
que le duc d'Anjou , qui était dans le
cjmplot , dirigeait les regards d'Eli-
sabeth de son côté , sous prétexte de
lui faire admirer l'architecture du châ-
teau de Sedan. Il fut enchanté de sa
bonne mine , et revint l'attendre à
Mézières , ofi les épousailles se firent
le lendemain, 26 novembre lo-jo.
L'acte fut rédigé eu latin : la reine ne
parlait qu'espagnol, et le duc d'Anjou
n'avait pu s'entretenir avec elle que par
l'intermédiaire du chancelier Chiverni,
qui leur servit d'interprète. Les fêtes
qui eurent lieu à cette occasion furent
lesplus brillantes qu'on eût vues depuis
^ bien long-temps; les diamants et les
ELI 61
pierreries furent étalés avec profusion.
Le manteau royal de velours violet,
à fleurs d'or , que portait la reine ,
avait une queue de vingt aunes de
long. Enfin , Charles IX combla de ri-
ches présents les princes et seigneurs
allemands, voulant kur donner une
haute idée de la puissance et des res-
sources d'un rovaume agité depuis ua
demi -siècle de guerres continuelles,
tant étrangères qu'intestines. On dé-
ploya la même raagniûcence lorsque la
reine fit son entrée à Paris , le •29
mars 1 5^ i , « De manière , dit La Po-
» pelinière , que tel portait le quart ,
9 tel portait le tiers , et tel le tout de
» son revenu sur ses épaules. » Ce
lastc n'eu imposait pas à MaximiUeu.
En faisant ses adieux à Elisabeth , il
lui avait dit , au rapport de Brantôme :
« Ma fille, vous allez être reine du
» royaume le plus beau et le plus puis-
» saut qui soit au monde Mais je
» vous croirais bien plus heureuse si
» vous le trouviez aussi entier et aussi
» florissant qu'il a été autrefois. Il a
» bien perdu de sa force et de son
» éclat; il est divisé, désuni : si le roi
» votre époux est maître d'une partie,
» les grands sont maîtres de l'autre :
» et les guerres de religion y ont fait
» d'étranges ravages. » L'événement
ne justifia que trop ces inquiétudes
paternelles. La vertueuse reine, tou-
jours tenue éloignée des affaires par la
politique de Citherine de Médicis , eut
plutôt l'estime que l'amour de son ma-
ri , dont le cœur était déjà engagé
( V. TorcHET. ) , et elle ne comptait à
la cour d'autres partisans que ceux que
le mérite et la vertu peuvent se faire.
Le roi ne tarissait pas sur ses éloges;
il disait hautement « qu'il pouvait se
» flatter d'avoir, dans une épouse ai-
» mable , la femme la plus sage et la
» plus vertueuse , non pas de la France
» ou de l'Europe , mais du monde en-
62 ELI
» lier. » Il était ucanmoiiis aussi ré-
servé avec elle que la reine-mère j au-
cun projet ne lui était confié, au point
que , le jour de la St.-Barthélemi , elle
n'apprit qu'à son réveil ce qui s'était
passé clans cette nuit funeste , et ce qui
se passait encore. « Hélas I dit -elle
» soudain, le roi mon mari le sait-il?»
et comme on lui eût répondu que c'é-
tait lui-même qui en avait donné l'or-
dre , a mon dieu ! s'écria - t - elle ,
» quels conseillers sont ceux-là qui
» lui ont donné tel avis ? Mon dieu I
» je te supplie et te requiers de lui
•» pardonner, cai' si tu n'en as pitié ,
» j'ai grand peur que cette offense ne
» liii syit pas pardonnée. » Aussitôt
clic demanda ses heures et se mit à
prier dieu ( Brantôme.). Entièrement
occupée de ses exercices de piété, et
du soin de plaire au roi , elle n'eut
presque aucune part à tout ce qui se
passa en France pendant le rcp;ne tu-
multueux de Charles IX. Sensible aux
écarts de son mari , qu'elle aimiit et
honorait extrêmement, jamais elle ne
lui montra ce chagrin jaloux qui aigrit
souvent le mal et n'y remédie jamais.
Sa vertu ne se démentit pas un mo-
ment. Ses soins et sa tendresse pour
lui éclatèrent de la manière la plus
louchante pendant la dernière maladie
du roi , et ce prince la recommanda
au roi de Navarre,dans les termes les
plus forts. Demeurée veuve à l'âge de
vingt - un ans ( 1 575 ) , Elisabeth alla
voir sa lille , qui était élevée au châ-
teau d'Amboise, et partit pour se re-
tirer à Vienne, auprès de son frère,
l'empereur Rodolplic, q»ii venait de
succéder à Maximilien II. Quoique re-
cherchée en mariage par Philippe II,
son oncle et son beau -frère, alors
veuf de sa quatrième femme, ricu ne
put la déterminer à se prêter aux pro-
jets d'une nouvelle alliance. Elle passa
le reste de ses jours dans le uionaslcre
ELI i
de Ste.-Claire , qu'elle avait fait hiÙè
à Vienne , et y était l'exemple des re*
ligieuscs même. On lui av^it assigné
pour son domaine les duchés de Berri
et de Bourbonnais , et les comtés de
Forez et de la Marche. La plus grande
partie du revenu qu'elle eu tirait était
employée en préseuls et gratifications
qu'elle faisait aux personnes démérite
de ces provinces. Elle ne voulut jamais
y permettre la vente des offii'es de ju-
dicature, mais les faisait conférer aux
plus dignes , s'en rapportant pour
l'ordinaire au choix de Busbecq , soa
agent en France. Elle fit bâtir à Bour-
ges un collège de Jésuites. E le parta-
geait en trois parties ses autres reve-
nus : un tiers était pour les pauvres , \
un tiers pour l'entretien de sa maison ^ 1
et de l'autre elle dotait de pauvres de-
moiselles qui ne pouvaient trouver uu
établissement digne de leur naissance*
Marguerite de Valois , réduite à une
espèce d'indigence dans le château
d'Usson, trouva, dans la générosité
de sa belle-sœur, des ressources qui la
mirent eu état de soutenir sa petite
cour. Elisabeth lui abandonna la moi-
tié de ses revenus de France , et lui
envoya, dit Brantôme, doux ouvrages
de sa composition; l'un était lui livre
de piété , l'autre traitait de ce qui s'é-
tait passé en France sous le règne de
Charles IX et le sien ; mais il ne paraît
pas que ces deux écrits aient été im-
primés. Elisabeth mourut âgée de
trente-sept ans, le 2*2 janvier 1 '"ig?- ;
sa fille uni(pïe, Marie -Elisabeth de
France, était morto avant l'âge de six
ans, le 2 avril 1578. C. M. P.
ELISABETH FAKNESE, rrine
d'Espagne, lille unique d'Odoard II,
prince de Parme, naqiut le jtj oc-
tobre iG()7.. Comme elle était d'un
caractère fort vif, sa mère, pour
en ré[)rimer l'impétuosité, la faisait
renfermer quciquclois daus un gr«-
ELI
nier du palais. Saint-Simon dit même
qu'elle l'éleva dans une parfdite igno-
rance de toutes choses , ne la lais-
sant approcher de personne. Une
éducation si peu libérale était plus
propre sans doute à fortifier ses dcf-
fauts naturels , qu'à développer en
elle le germe d'aucune vertu. Aussi
fut elle allière, ambitieuse, inquiète,
dévorée du besoin de commander , et
sacrifiant tout pour parvenir à ce but.
Mais un sens droit , un esprit à la fois
vif et juste, suppléaient eu elle à la con-
naissauce du luondc et des affaires ;
et , lorsq-je la passion ou la défiance
Hc l'égaraient point , on admirait son
adresse à saisir le vrai côté des choses.
Elisabeth ne paraissait guère appelée
à de hautes destinées, lorsque la mort
de M;irie-Louise de Savoie laissa Phi-
lippe V en proie à un tempérament de
feu , et dominé par la princesse des
Ursins. On crut d'abord que cette
femme impc'rifuse occuperait auprès du
souverain la place de la feue reine,
et sans doute elle - même en conçut
l'espoir. Mais Philippe parut offensé
du soupçon, et la princesse pensa ne
pouvoir mieux conserver son crédit ,
qu'en cherchant dans toutes les cours
de l'Europe une épouse à son maître.
Alberoni ( F. Alberosi ) , envoyé de
Parme en Espagne, fut emplové pour
cette affaire , et détermina le choix de
la favorite sur la fille d'Odoard , en la
lui [wignant comme dé|)Ourvue d'es-
prit , de talents et de volonté. Le ma-
riage fut céleliré par procuration à
Parme, le 1 5 août 1714. Elisabeth part
aussitôt pour Madrid, traverse une
partie de la France, où Louis XIV lui
fait rendre les plus grands honneurs ,
trouve à Pampelune Alberoni, puis, à
C^drnqne , la princesse des Ursins ,
revelue du titre de sa camcrera mayor.
Elle lui fait l'accueil le plus froid, et,
saisissant quelques paroles iudiscrè-
ELI 63
tes échappées à la camariste : « Qu'où
» me délivre de cette folle , » dit elle à
ses gardes; et sur le champ clic donne
l'ordre de h conduire en France. Tout
porte à croire que celte mesure avait
été concertée par lettres entre clie et
Philippe. Ce dernier l'attendait à Gua
dalaxara : il loi donne la main au
sortir dû caresse, la conduit à la cha-
pelle, y reçoit la béncdiclion nupiit-
le, et s'en ferme aussitôt avecellc. Libre
du joug pesant d'une femme acariâtre
et surannée, il prend avec joie les
chaînes de l'hymen , et se livre impé-
tueusement à des plaisirs devenus iJes
besoins par une longue privation. Por-
té naturellement à la mélancolie, dé-
vot, scrupuleux à l'excès, faible et
timide, paresseux d'esprit , content de
la vie la pins triste, la plus isolée,
n'ayant d'autre passe -temps que de
tirer sur des bêtes qu'on faisait dé-
filer devant lui , ce prince éprouva
toute sa vie le besoin de se laisser me-
ner. Elisabeth , plus intéressée que
tout autre à le bien connaître, eul peu
de peine à saisir les traits de son ca-
ractère, et se servit habilement de ces
lumières pour s'assurer un empire ab-
solu. Philippe neconnut jamais d'anîrc
femme que la sienne. Des refus, adroi-
tement ménagés, arrachaient toujours
au monarque ce qu'il avait résolu de
ne point accorder. Du reste, en chan-
geant de patrie, Elisabeth ne fil que
changer de prison, et jamais esclav.i^e
ne fut pareil au sien. Le roi ne la quit-
tait pas un moment de la journée , pas
même pour tenir ses conseils , et le
court instant du lever et de la chaus-
sure était le seul qu'elle eîit de libre.
Etrangère dans son royaume, et haie
des Espagnols , qu'elle détestait, elle
fut toujours livrée à la cabale italien-
ne , et ne vit que yar les yeux d'Albé-
roni. Redoutant la triste condition de
YeuYC, et l'isolement dans lequel elle*
64 ELI
vivent , elle ne se vit pas plutôt mère ,
qu'elle résolut d'assurer à ses fils des
états inde'pendants , qui pusseut lui
servir de retraite en cas de veuvage,
et elle n'épargna rien pour parvenir
à ce but. Lorsque, après la chute d'Al-
béroni, le roi se fût décide à descen-
dre du trône, elle s'opposa tant qu'elle
put à cette résolution. Elle Tut alors
obligée de céder aux scrupules de
Philippe ; raais^ uî lamort de Louis P'".,
elle réunit toutes ses forces pour faire
reprendre au faible monarque les rê-
nes du gouvernement, ou plutôt pour
s'en ressaisir elle - même. Elisabeth
survécut vingt ans à son époux , et
mourut en i 766 , âgée de soixante-
quatorze ans. Elle avait eu sept en-
fants de Philippe V : !<>. don Carlos ,
lié en 17 «6 , duc de Parme en 1751 ,
roi de Naples en i ^54 , et d'Espagne
en 1759, mort en 1788 ( f'. Charles
III, tom. VIII, pag. i5i);2°. Marie-
Anne-Victoire, née en 17 16, accor-
dée à Louis XV en 1721 , mariée en
1 739 à Joseph , prince de Brésil , de-
puis roi de Portugal; 5". François,
né en 1 7 1 7 , mort au berceau; 4"- don
Philippe, né en 1720, duc de Parme
en 1 749 , mort en 1 765 ; 5°. Marie-
Thérèse-Antoineltc-Raphaèlle, née en
1726, première femme du Dauphin ,
père de Louis XVI , qu'elle épousa en
1745, et dont elle n'eut qu'une fille
qui ne survécut que deux ans à sa
mère, morte en 174^'; G- Louis-
Antoine- Jacques, né eu 1727; 7". Ma-
rie - Autoinclte - Fcrdinande , née en
1 729 , mariée eu i 760 à Victor-Amé
11 l,ducdc Savoie, depuis roi de Sardai-
gnc, morte en i 785. On peut consul-
ter pour l'histoire d'Elisabeth : Me-
moirs of Elisabeth Fnmesia, Lon-
dres, 174^» iii-8'. ; Mémoires pour
servirai histoire d'Eapagne, sous le
règne de Philippe F, traduits de l'es-
pagnol du marquis de Suiut-Philippe,
ELI
par Maudavc, Amsterdam (Paris),
1756, in-i2 , 4vol.,etc. D. L.
ELISABETH , princesse palatine ,
fille de Frédéric V, roi de Bohême et
d'Elisabeth d'Angleterre , naquit le20
décembre 16 18. Elle annonça dès son
enfance d'heureuses dispositions pour
les sciences , que sa mère cultiva avec
le plus grand soin. Elle apprit le la-
tin et les langues modernes , s'appli-
qua à la philosophie, et conçut tant
d'estime pour Descartes , qu'elle lui fit
proposer de venir se fixer à Leyde
pour lui donner des leçons. Ses pro-
grès , sous cet habile maître , furent
très rapides ; et Descartes, dans la dé-
dicace de ses Principes de philoso-
phie , assure qu'il n'avait trouvé per-
sonne que cette princesse qui fut
parvenu à l'intelligence parfaite de
ses ouvrages. Elisabeth fut recherchée
en mariage par Wladislas IV, roi de
Pologne; mais elle refusa d'entendre
à aucune proposition d'établissement,
dans la crainte d'être détournée , par
là , de sa passion pour l'élude. Cette
résistance aux projets que sa mère
avait pour elle, lui fit encourir sa dis-
grâce. Elle se retira en Allemagne, où
elle obtint , sur la fin de ses jours ,
l'abbaye luthérienne d'Hervorden ,
qui devint, par ses soins, la pre-
mière école du cartésianisme. Elle y
mourut en 1680, à l'âge de soixanfo-
un ans. Cette princesse avait beaucoup
de respect pour la religion catholique;
cependant elle fit constamment pro-
fession, du moins en apparence, du
calvinisme, dans lequel elle était née.
On dit que la reine de Suède , Chris-
tine , avait conçu une telle jalousie
contre elle , pour l'estime que lui por-
tait Descartes , qu'elle ne pouvait souf-
frir d'en entendre parler d'une ma-
nière avantageuse. W — s.
ELISABETH -CHARLOTTE de
Bavière. }\ Cu.ibi.oxte.
ELI
ELISABETH PETROVVNA, fille
dePiene le Grand et de Catlu'rine l".
Elle naquit en i -joc) , au moment où
son père loucbait au faîte des succès
et de la [;loire. Citherine, peu avant sa
mort , avait re'gië la succession , en
vertu de la loi de Picrre-le-Grand , qui
laissait au souverain re'gnaiit le droit
de nommer son successeur : Pierre, fils
du malheureux czarewilch Alexis, de-
vait hériter du trône ; >'i! venait à mou-
rir snns enfants , le testament de Ga-
theriue appelait à la successiou Anne,
fille sîuée de Pierre , mariée au duc
de Holstein ; après Anne, et.iit nom-
mée la princesse Elisabeth. Mais ces
dispositions ne furent exécutées qu'en
partie : Pierre parvint à régner à la
mort de Catherine ; étant mort lui-
même peu après, sans laisser de pos-
térité, les grands et le séuat choisirent
Anne, duchesse douairière de Gourl >n-
de , fille d'iwcin , et nièce de Pierre I'*^.
Cette princesse disposa de la succes-
sion en faveur du jeune prince Iwan ,
fils d'Anne, sa nièce, mariée à Antoine
Ulric de Brunswick , et qui , à la mort
de l'impéralrice , ayant exilé le fa-
meux Biren , se fit proclamer rrçente
pendant la miaorite'de son fils. Elisa-
beth avait observe' tous ces événe-
ments avec le plus gi aud calme ; avant
un caractère peu actif, étant portée au
plaisir plutôt qu'a l'ambition , eilc sem-
blait être indifférente à tous les pro-
jets |)oUtiques. Gependant cHe ména-
geait les gardes, et choisit même plu-
sieurs amants parmi les ofliciers de ce
corps. La rcgfiite ainsi que son époux,
qui avait le cummandenieut des trou-
pes , se livrait à une confiance aveu-
gle , et ne prenait aucune précau-
tion pour mettre le gouverneraeiit à
l'abri de ces révolutions qui avaient
éclaté si souvent » n Ri.sm*-. [1 se for-
ma un parti pour Elisabcîh , pour la
fille de Pierre-le-Graud, au Dom du-
xiu.
ELI 65
quel se rattachaient tant d'illustres sou-
venirs. La princesse ne se montra
point contraire aux efforts qu'où fai-
sait pour la conduire au trône, et s'a-
bandonna aux conseils de Lestocq,
chiriirgieu d'onç^i ne française, homme
inquiet et ambitieux , qui cherchait à
jouer un rôle. Le marquis de la Chétar-
die, ambassadeur de France, dont la
figure distinguée et les manière^ agréa-
bles avaient captivé Elisabeth, s'inté-
ressa vivement à sa cause,el ne vit, dans
la révolution qu'on méditait , que l'oc-
casion d'assurer un allie à la France.
Gc qui contribua, dans le même temps,
à faire sortir Elisabeth de sun indo-
lence, fut le projet qu'eut la rc-g' ntt de
lui faire épouser le prince Louis de
Brunswick. , nommé duc de Courlan-
de ; projet qui contrariait la lésolutioa
d'Elisabeth de rester iudép* udante et
de ne point se miiier. La Chétardie
noua de nouvelles iutiigues, et il mit
la priucesse en relation avec la Suède,
dans ce moment très mécouteute du
cabinet de Petersbourg. Le parti domi-
nant à la diète fit déclarer la guerre
aux Russes, et une armée suédoise
fut transportée en Finlande. La < ous-
piration eîit pu être facilement décou-
verte et déjouée : Lestocq était lester ,
indiscret, et la régente fut avertie plu-
sieurs fois ; mais elle avait les yeux
couverts du bandeau de l'illusion, et
se laissait entraîner par la bonté na-
turelle de son caractère. F^a priucesse,
qui méditait sa perte , n'eut pas de
peine à !a rassurer par des protesta-
tions et des larmes hypocrites. Cepen-
dant les conjurés eurent de^ inquié-
tudes , et Lestocq pressa l'exeniliou
du projet. S'étaut rendu cluz Elisa-
beth , et ayant trouvé sur sa tabie une
carte, il y des>ina une roue et une cou-
ronne, et dit a la princesse : « Point
» ^e milieu , madame , l'une pour
» vous, ou l'aulj-epour moi. Cette ob-
5
€6 ELt
scrvalion frappante décida Élisabelli ;
tous les conjures furent prévenus , et
dans quelques licures la conspiration
allait éclater. L'époux de la régente,
averti du danger, proposa des me-
sures de sûreté; mais Anne persistait
<! uis sa confiance , et refusa d'ajouter
foi aux rapports. Le 6 décembre 174»,
à minuit, Elisabeth, accompagnée de
Lestocq et deWoronzow, se rend à
la c'iserne des grenadiers préobajens-
ki ; eiieleur fait part de son dessein ;
ils 'jurent ^e *^ ^"^^""^ ^' ^^ mourir
pour elle. La princesse se met à leur
tête , et se rend au palais ; trente sol-
dats'ayant pénétré dans rappaitement
ou couchaient, dans le même lit, la
ré'-cnte et son époux, leur ordonnent,
airnonl d'Elisabeth , de se lever et de
}os suivre ; on leur laissa à peine le
temps de prendre des vêtements , et
h régente demanda en vain à parler à
Elisabeth. I^e jeune Iwan était plongé
dans le sommeil ; on respecta quelque
temps le repos de l'innocence. Quand
il se fut réveillé , il poussa des cris à
la vue des soldats. Sa nourrice, fondant
en larmes , le prend dans ses bras et
vent le défendre; mais les soldats s'en
emparent et l'cmmcnent. La régente,
son époux et Iwan sont transportes
an palais d'Elisabeth; en même temps
on arrête le maréchal Munich , le
comte son fils , Ostcrman , Golofkin
et plusieurs autres. Le jour même de
h révolution , Elisabeth déclara , par
tin manifeste , qu'en sa qualité de fille
et héritière de Pierre l"'. , elle avait
pris possession du trône , et chassé les
usurpateurs. Elle promit d'abord de
renvoyer Anne , son époux et ses en-
fmts en Allemagne; mais clic changea
ensuite de résolution : Anne et le prin-
ce Antoine Ulric furent transportés
dans une île de la Dwina , près de la
mer l}lan<hc;lwan fut enfonné dans le
château de Schlusselbourg. Uuc com-
ELI
mission ayant été nommée pour juger
ceux qu'on avait arrêtés le jour de la
révolution , le maréchal Munich fut
condamné à être écarielé, Ostermart
à périr du supplice de la roue , Golof-
kin, Loevenvold et Mengden à avoir
la tête tranchée. Leur crime principal
était d'avoir été dévoues à la régente ,
et la sentence fut aggravée pour don-
ner occasion à Elisabeth àe se mon-
trer clémente et généreuse; elle leur
fit grâce de la vie , et les exila en Si-
bérie. Le chirurgien Lestocq devmt
premier médecin de la cour, président
du collège de médecine , et reçut le
titre de conseiller privé. Il voulut en-
trer au conseil; mais il essuya un re-
fus, et tomba même, quelque temps
après, en disgrâce (1). Mais il était
parvenu à faire nommer chancelier
Bestuchef, qui avait été ministre sous
l'impératrice Anne , et qui prit bien-
tôt un grand ascendant. Les Suédois
avaient commencé la guerre sous les
auspices d'Elisabeth, cl ils comptaient
sur la reoiinaissiance de cette prin-
cesse; mais elle fit peu attention à
leurs demandes et à leurs manifestes.
S'étant décidée à continuer la guerre,
elle assembla ses généraux. L'hctman
des cosaques du Don , appelé avec les
autres, lui dit: « Madame, si l'empereur
» votre père eût suivi mes conseils , les
» Suédois ne nous feraient p'us la
» guerre aujourd'hui. — Kt que fallait-il
» donc faire ? demanda l'iuipéialrice.
» Quand les Russes ont pénétré dans
» la Siiède, répondit l'hetman, il fallait
V amener ici la populace suédoise, et
» égorger le reste. » Elisabeth voulant
lui f.iirc sentir la barbarie de sacrifier
tant de victimes. « Eli ! Madame , dit
1) l'hctman , ils sont bien morts sans
» cela. » Les Suédois , mal dirigés, et
tim.g.Wrl.ki. rrmU r„ l.l.erli ,>.r P.rrr* lU , k
,..n nvènrincnl «.i trône, il n.m.rul .l«n. I obicu.
t lié U a3 juiu . :(!; ; il ^t»il ui k CclU en Hjy^.
EM
recevant des ordres contradicloirei
d'un 5;;oi«verncment divise en factions ,
avnient eu des revers dès la première
campagne. Attaques par leçe'nèral Las-
cy , ils recuicn'nt jusqu'à Hcisiagfors,
et furent réduits à cipituler. Le roi de
Suède, Frédéric de Hesse-Cassel, était
avance en âge, et n'avait point d'en-
fants. Les députés de la diète , pour
faciliter la paix, proposèrent d'assurer
la succession au trône à Charles-Pierre
Ulric, de la maison de Holsie'in-Gol-
torp , et dont la racrc était Glle de
Pierre I". ; mais l'impératrice venait
de le désigner pour son successeur en
Bussic. Le choix des députés tomba
ensuite sur Adolphe -Frédéric, d'une
branche catletlc de la même maison de
Holstein-Goltorp, et l'impératrice en-
tra en négociation. Elle eût pu garder
toute la Finlande, mais elle crut devoir
se montrer plus modérée , et par l'in-
tervcnlion de la France la paix fut con-
clue dans la ville d'Abo, en 1745, à
des conditions moins dures. La Suède
ne perdit qu'une très petite partie de
la Finlande , et peu après elle fit avec
la Russie une alliance défensive. La
paix extérieure était nécessaire à Eli-
sabeth; sou trône semblait encorecban-
celer , et une conspiration se formait
eoiitreelie.Ceile conspiration était prin-
cipalement dirigée par le marquis de
Botta , alors envoyé de la reine de
Hongrie à Berlin , et qui l'avait été au-
paravant à Pétersbourg. Les plus re-
niai quables des conjurés étaient La-
poukin et sa femme, distinguée par
l'esprit et la beauté , madame Bestu-
chef , belle - soeur du chancelier , et
sœur de Golofkin, relégué en Sibérie,
le chambellan Lillienfeldt, et lelifute-
nant I^apoukin. Us espéraient d'être
appuyés par la reine de Hongrie et par
le roi de Prusse , l)eau-fiTredii prince
Antoine Ulric , qui langi-.issait dans
les prisons, avec Anne son épouse;
ELI 67
mais les conjuré^, qui n'avaient ni pru-
dence ni fermeté, furent trahis. Elisa-
beth se montra d'autint plus irritée,
qu'elle éLiit jalouse de la beauté de ma-
dame Lapoukin , et qu'elle la i^-gar-
dâit comme une rivale dangereuse. Elle
coud.imna cette femme aimable et spi-
rituelle, son mari, sou fils, et madame
Besluchef à recevoir le knout , à avoir
le bout de la langue couj)ée, et à être
exilés en Sibérie. La reine de- Hon-
gnc désavoua son ministre , le fit en-
fermer quelque temps dans une forte-
resse ( VoY. Botta. ), et se rappro-
cha d'E'isalwîlh en gagnant le chance-
lier Beslucht-f ; mais l'inipératricc con-
serva les plus fortes prcTentions con-
tre le roi de Prusse. La guerre, occa-
sionnée par les prétertions de plu-
sieurs puissances à l'héritage de r»-in-
pereur Charles YI, fixait l'attentioa
de l'Europe. Louis XV, qui était entré
dans cette guerre malgré lui , comme
auxiliaire , désirait de la voir finir : il
s'adressa à Elisabeth , et demanda sa
médiation. Il fit retourner à Péters-
bourg le marquis de La Chétardie, qui
avait joui de la bienveillance de la sou-
veraine , et qui avait contribue à soa
élévation ; mais Besluchef, contraire à
la Frauce , était tout-puissant , et peut-
être le marquis s'était-il rendu coupa-
ble de qiielqu<"S iiidi<cieàons. Il eut
ordre de partir dans vingt-quatre heu>-
res, et fut conduit sous e.-cor le jusqu'à
la frontière . comme un prisonnier
d'état; mais d'autres intéièts changè-
rent la face des affairt-s. La Frauce et
l'Autriche s'allièrent en i-jjô. Le roi
de Pru«se se déclara pour l' Vrgleterre ,
lorsqu'il eut eu C'iiinais'tance des ()lans
de l'Allèche et de la Saxe : Elisabeth
qui persi-it.il dans ses prévenfioDS
contre lui, entra dans le- pr )j«fs des
pnis^ances qu voulucnt l'abaiiscr;
mais il' gr-ind duc Pierre éuil très at-
taché à Frédéric , et les gcuéraux , les
5..
68 ELI
ministres , crurent devoir ménager
l'héritier du trône. Le feld - maréchal
Apraxin entra dans le royanme de
Prusse à la tête d'une année, s'empara
de la ville de Mémel , et défit le ^éué-
ral Lehwald , près de Gros- Jaegers-
dorf. On s'attendait à le voir avancer ;
mais il se replia vers la Gmrlande , et
fit prendre à ses troupes les quartiers
d'hiver. Bcstuchcf fut accusé de lui
avoir écrit une lettre pour renç;a?;er à
retarder les opérations. Le général fut
rappelé et mis en jup;ement, mais il
mourut peu après. Bestuchof , dé-
pouillé de ses charges, eut ordre de
partir pour la Sibérie. Le général ter-
mor remplaça Apraxin. llpritKœuigs-
berg , Custriu , et gagna près de cette
ville une bataille îur les Prussiens.
Peu après il demanda sa retraite , al-
léguant l'affaiblissement de sa santé,
mais ayant principalement pour but
de ne pas déplaire au grand-duc , en
combattant le héros dont ce prince
était l'admirateur. Le commandement
fut donné à Soltikof , qui reçut l'ordre
de se concerter avec les généraux de
l'impératrice -reine. Le roi de Prusse
voulut cmpêrl.er la ionctiou des ar-
mées , mais il no put y parvenir. Solu-
kofscréunitàLaudon, et le. a août
it5ç) , fut livrée la sanglante bataille
de Kt.nersdorf ; Frédéric eut Vavan-
ta"c pendant plusieurs heures; mais
les Russes excitèrent son impatience
par leur attitude imperturbable , et
loiir constance à revenir à la charge.
L'armée prussienne fut ébranlée , et
prit la fuite. Sollikof gagna vingt -six
drai)eaux, diuix éîcndards , près de
deux cents canons, et des munitions
de toute espèce. Cependant cçlte vic-
toire n'eut i)oihl de résultats , parce
qne les Busses et les Autrichiens ne
pouvaient .'entendre sur les opera-
raliuns. Le général russe l.,ltKben
entra dans licrliu , mais il ue put s y
ELÎ
maintenir. Le siège de Colberg 'n'eut
point de succès. Bouthour'.in q.u com-
manda en 1761, fit peu de progrès.
Romanzof fut plus heureux et s em-
para de Golberg. Elisabeth ne renon-
çait pas au projet de pousser la guerre
contre Frédéric, mais sa santé était
languissante depuis plusieurs années ;
le ag décembre 1761 , elle mourut a
l'àgc de cinquante - deux ans , après
vingt années de règne. Pierre monta
sur le tiône , et le roi de Prusse se vit
délivré d'un de ses plus redoutables
ennemis; la Russie devint son alliée,
et la paix fut conclue. E!isab( th fonda
l'université de Moscou et l'académie
des beaux arts de Pétersbourg; elle
fit aussi travailler au code de lois com-
mencé sous le règne de Pierre I". ,
mais ce code ne fut point achevé. Eli-
sabeth avait fait le serment que sous
son règne aucun de ses sujets ne serait
puni de mort; mais elle laissa subsis-
ter des suppbces plus cruels peut-eire
que la mort même, le knout, la tor-
ture, et l'usage barbare de couper les
oreilles et la langue. Elle versait des
larmes sur les malheurs de la guerre,
et des flots de sang coulèrent pendant
une partie de son règne sur le théâtre
des combats. Douce , clémente , géné-
reuse , elle était en même temps trop
indolente pour se livrer au travail ,
pour lutter contre les abus , et pour
mettre un frein aux passions de ses
ministres. L'amour était son penchant
dominant. Elle disait à ses confidentes :
« Je ne suis contente que lorsque je
,) suis amoureuse, w Elle avait l'ainbi-
tion de passer pour la plus belle lemme
de son pays, et quelque modération
qu'elle eût dans le caractère . elle était
très susceptible sur ce point. Elle ne
put pardonner a Frédéric les railleries
qu'il s'était permises , et madame de
Lapoukin expia cruellement le tort de
passer pour plus belle qnc l'impcra-
ELI
tricp. Les amants d'Elisabetli furent
traites avec une munificence qui appro-
cha quelquefois de la prodig.tlilé , et la
souveraine descendait avec eux à des
intrigues peu dignes de son rang. Au
miiieu de la vie voluptueuse qu'elle
menait, l'impératrice avait des terreurs
superstitieuses qu'elle appaisait parles
pratiques de la dévotion. En résumant
son règne, on trouve qu'il fut glorieux
poor la Russie, et que la douceur qui
en fut le caractère dominant contribua
aux progrès de la civilisation. Les
Riissesontdonuéà la fille de Picnel'"'".
le surnom de Clémente , et ils chéris-
sent sa mémoire. Les déiails les plus
intéressants sur la vie et le règne d'E-
lisabeth, se trouvent dans YHi>tpire
de la Russie moderne, par Lecicrc, où
on lit, entre autres morceaux curieux,
le portrait de l'impératrice, tracé par le
maréchal Munich ; dans le Foya^e de
Sibérie , par Chappe d'Auleroche , et
les Mémoires de Manstein. Dans ce
dernier ouvrage il est dit qu'il avait été
question de marier Elisabeth à Louis
XV, que Pierre II en avait fait les
avances, mais que la cour de France
les avait éludées. Fov. Restuchef,
Munich, Iwax. Takrak-anof et An-
ne, au Supplément. C — au.
ELIbABEril-CHRISTINE , reine
de Prusse, était fille de Ferdiuand
Albert , duc de Brun.swiekWoifenbut-
tcl , et naquit le 8 novembre i 7 1 5.
A l'âge de dix-sipt ans , elle fut fian-
cée au prince roval de Prusse , depuis
Fre'déric-Ie-Grand ; et peu après, la
céléLration du mariajie eut lieu au ( ba-
teau de Salzdahl. Ce fut te fameux
Mosheini , alurN prédicateur de la cour
de Brunswick, qui donna la bénédic-
tion uuptia'e; le discoui-s qu'il pro-
nonça a été imprime daus le recueil
de ses sermons, ^prè^ avoir fait nue
entrée solennelle à Bi riiii, les augustes
époux établirent leur résidence à
ELI Co
Rhein«berg. Frédéric , en épousant
Elisabeth Christine , avait obéi aux
ordres de son père, et avait fait le sa-
crifice d'une passion qu'il nourrissait
depuis plusieurs années. Il ne put of-
frir à son épouse les sentiments de la
tendresse et de l'amour; mais, aussitôt
qu'il eût apprécié ses quaUtés , il luF
donna sa confiance et son estime. On
craignait que, devenu roi , il ne prît
des résolutions peu agréables à la prin-
cesse ; mais il lui écrivit , en montant
sur le trône , la lettre la plus flatteuse ,
cl la présenta à la cour assemblée au-
tour de lui , en disant « Voilà votre
reine. » Elisabeth n'avait reçu de la
nature ni l'éclat de la beauté, ni les
dons brillants d'un esprii supérieur;
mais sa douceur , sa modestie, sa pa-
tience , sa généro.-ilé , captivaient tous
ceux qui approchaient de sa personne.
Elle faisait consister son pins grand
bonheur à faire du bien , sans eu tirer
vanité. Sa cour était l'asyle de la vertu,
et la jeunesse même y montrait le plus
grand respect pour les convenances.
Une éducation très soignée avait don-
né à la runc le goût de l'instriu tiou ,
et la lecture avait le plus grand charme
pour elle. Les livres consacres à déve-
lopper les principes de la morale , et
les vérités de la religion étaient cnix
dont elle s'occupait de préférence.
Cependant elle n'était point étrangère
à la littérature, et connaissait hs bons
écrivains de son pavs et ceux de la
France. Les académciens de Berlin
étaicîil admis à sa cour et à sa tab'e ;
elle aimaiî à s'entretenir avec Lambert,
Formey , Mérian , et les engageait
même souvent à se rendre au château
de Schoenhausen , situé près de Ber-
liu , et où elle passait l'été. E'Ie aimait
beaucoup celte retraite champêtre ,
qu'elle embellit aulani que le permet-
tait un sol aride et s bloneux. Quoique
ses principes religieux fussent tics
70 Ë L I
(liderents des opinions qu'avait adop-
tées Frédéric , Elis.ibetli Christine leur
resta toujours fidèle , et le roi les res-
pectait, parce qu'il en coiinaissail la
puri te; ils étaieiit en effet dégap;és de
toute liyj)ocrisic , de toute ostentation,
et ne se raanifistaient que par les sen-
tim<nts nobles , par les actes de bi( n-
f iisance de celle qui le- professait. Le
loi ne voyait jwiiit la reine à Potsdam ;
mais i! paraissait an cercle de la cour
avec elle , lorsqu'il séjournait à Ber-
lin. Dans son testament il la recom-
manda à son suc^es^eu^,lui enjoignant
de ne rien changer à l'état de sa nsai-
son , de lui conserver son revenu an-
nuel de quarante mille é'"us , et d'en
ajouter annuellement dix mille.» Pen-
» dant tout mon règne, cuntinuail-il,
» elle ne m'a donne' aucun chagrin , et
» ses inébranlables vertus sont dignes
» d'estime, de dévouement et d'hom-
» mages. » Elisabeth Cliristine vécut
encore plusieurs années depuis la mort
de son époux. Elle les passa comme
celles de sa vie entière , à cultiver son
esprit , à soulager les malheureux , et
à faire régner autour d'elle le conten-
tement et le bonheur. On lui proposait
un jour d'acheter un collier de perles
d'une grande beauté; clic l'examina et
en parut frappée; m;iis, après quelques
moments do reflexion : « Emporte z-
» le, dit-elle à ses femmes , je pourrai
» secourir plus d'un j>auvrc avec l'ar-
» gcut qu'il coûtex'ait. » Elle vit sa fin
approcher avec la plus toucliante ré-
signati* n. Le i 5 novembre i rg'j , elle
expira après avoir donné sa bénédic-
tion à ceux qui l'entouraient. Elle était
parvenue à l'âge de quatre-vingt-deux
.iiis et deux mois. Elisabeth Ciuistine
.< laissé des traduclions françaises de
plusieurs ouvrages allemands; les plus
icmarquables sont : J. le Chrétien
dans la solitude, par Crugot , Berlin,
] 776 ; II. tie la Destination de
ELI
Thomme , ouvrage classique de Spal-
ding , BerJin , 1 776; III. Considéra-
tions sur les œuvres de Dieu , par
Slurm , 5 vol. , La Haye, 1777;
IV. Manuel de la Religion, par Hit-
mcs , 2 vol., Berlin, 1789; V.
Hymnes de Gellert, ibid. , 1790.
Ou lui attribue aussi un ouvrage inti-
tule : P.éjlexions snr l'état des affai-
res politiques en 1778 , adressées
aux personnes craintives. C— au.
ELISABETH ( Philippine - iMarie-
Hélène de France, Madame), sœur de
Louis XVI , née à Versailles, le 5 mai
I 764 , fut le dernier enfant du Dau-
phin, fds de LouisXV. Privée de son
père et de sa mère avant de les avoir
connus , elle fut confiée aux soins de
la comtesse de Marsan, gouvernante
des enfaiits de France , pour qui elle
conserva toujours la plus tendre vé-
nération et la plus touchante recon-
naissance. Le respectable abbé de
Monlégiit, mort à Chartres en 1 794 ,
fut son inslilulcur, et mérita par ses
soins riioiiorabie confiance que son
élève eut toujours en lui. Madame Eli-
sabeth n'avait p s reçu de la nature ,
Goinine Madame Qotilde , son auguste
sœur , cette douceur cl cette flexilùlité
de caractère qui rendent les vertus
f.iciles; die annonçait plus d'un trait
de rt ssemblancc morale avec le duc
de Bourgogne, l'élève de Féiielon ;
l'éducation et la piété agirent sur elle
comme sur ce jirinee ; les leçons et
les exemples dont on t'entoura l'or-
nèrent de toutes les qualités, de toutes
les vertus, et ne lui laissèrent, de ses
premiers pcnch.inls, qu'une aimable
sensibilité, de vives impressions, et
une fermeté qui semblait faite pour
les malheurs terrib'es auxquels le ciel
la réservait. Dès les premières années
de sa jeunesse, au milieu des séduc-
tions de la flatterie « t des dangers de
la grandeur, elle fit remarquer la jus-
ELI
tesse de sa raison et la droiture de
son cœur , par le choix des personnes
auxquelles elle accorda sa conGance
et sa protcclion ; des femmes distin-
guées par leurs sentiaients et par leur
conduite, devinrent ses amies intimes;
des hommes d'un caractère recomman-
dable , des serviteurs dévoués parta-
gèrent celte bienveillance. Au milieu
de ce respectable cortège, brillante
We ieunes>e et de beauté , Madan»e
Elisabeth s'avançait dans sa royale
carrière comme un ange de paix, de
bienfaisance et de vertu; la France
entière itpplaïKlissait à tant de quali-
tés ; M. de lia us set, e'vêque d'Alais,
les célébra dans un discours plein de
charme et de sensibilité , qu'il adressa ,
en 1786, à cette jeune princesse, au
Dom des &als de Languedoc. Chaque
)oar on aurait pu citer un trait de sa
piété ou de sa charité; ta reconnais-
sance en lévéiail quelques-uns; sa
modestie on a deruLe le plus grand
nombre. On n'a point oublie que ,
pour doter une jenne peisonue qu'elle
honorait de son amitié, elle obtint du
roi son frère, d'employer à cet usage ,
pendant piusicuis années , le présent
annuel de diamants qu'il lui faisait
aux étrenncs , et qu'dle ne voulut pas
laisser remplacer. Lorsque le déran-
gement des finances obligea de songer
à des projets de reforme , Madame
Elisabeth G l venir le premier c'cuyer ,
et demanda qtie les premiers chevaux
supprimés dans les écuries du roi ,
fussent les siens; elle exigea en même
temps le secret sur ce sacriGce qui la
privait d'un exercice favori. Lors-
qu'elle se dérobait à la représentation
et aux hommages d'une cour qui l'a-
dorait , c'était , ou pour se rendre à
Sl.-Gyr, dont elle encourageait les jieu-
siûnnaires les plus recommandab^es ,
ou |K)ur se livrer , dsns sa maison de
Montreuil , à l'inliinilé de ses amis ti
ELI 71
à de dou<î€S ét«ides; c'était là que le
savant et respectable Lemouoier , pre-
mier médecm , lui donnait des hçpns
de botanique , science qu'elle aimait
avec ardeur , et qu'elle cultivait avec
succès. Pleine de respect pour le roi
son frère , elle ne se mêlait jamais des
affaires du gouvernement ou des in-
trigues de la cour , et ne prétait son
appui qu'à des personnes snns re-
proches. Ue si hautes quahtés devaient
faire rechercher la main de Madame
Elisabeth par tous les princes de l'Eu-
rojM?. On croit en effet qu'il fut succes-
sivement question de son mariage avec
un prince de Portugal , avec le duc
d'Aoste et avec l'empereur Joseph H.
Des raisons politiques mirent des obs-
tacles à ces diverses unions , qu'elle
ne parut pas regretter. En i-jHç), un
hiver long et rigoureux la mit dans le
cas d'exercer sou active bienfaisance :
elle épuisa tous ses moyens pour ar-
racher à la misère ou à la mort , les
malheureux qui ne pouvaient résister
à l'âpreté du hoid; mais un Hé^u plus
terrible allait la livrer elle-même aux
plus alfreuses calamités , et faire re>-
sortir dans tout leur éclat, la furce, la
résignation , la générosité de son ame.
L'orage qui grondtiit depuis 'quelques
années sur la France , s'amoncela bien-
tôt autour du trône et de la famille
royale, et le 14 juillet 1789 vit ou-
vrir cette scène sanglante. Madame
Elisabeth, forcée de porter ses re-
gards et son at parut successivement dans les
chaires les plus brillantes de la capi-
tale. Désigne pour prêcher devant le
roi, il eut l'honneur de le complimen-
ter dans deux circonstances bien re-
marquables ; la première fois , après
la signature de la paix avec l'Angle-
terre , en 1765, et la seconde lois,
après la mort eu dauphin , pèie de
Lfuis XVI. Le P. Elisée, bon et in-
dulgent envers les autres , était très
sévère pour lui même ; la pâhurde
son visigc annouç.iit ses austérités; il
jeûnait continuellemcut , et consacrait
à la prière tous les moments qu'il ne
donnait pas à l'étude. L'excès du tra-
vail affaiblit sa santé, et les médecins
lui conseillèrent de pren ire quelque
repos dans sa f miille. Il eéd.iit à leurs
invitations , à celles de ses parents ,
mais l'évêque de Dijon le retint pour
Ï(rê( her le Carême dans si cathédrale;
es elforls qu'il lut obligé de faire ,
achevèrent de l'épuiser. Il mourut le
1 1 juin 1^85 , à Pontariier, en allant
en Suisse, prendre les eaux de la lire*
vine. lSou corps fut rapporté à Besan-
çon , etinliumédansréglisedes Carmes
Dé( haussés. Les Semions du P.Elisée
ont été recueillis par le P. Ccsaiic , son
ELI
cousin, et publiés à Paris, 1784-
1786, 4 vol. in-12, avec la vie de
l'auteur. Jls ont été traduits en alle-
mand, Batuberg, 1786, 4 volumes
in- 8". , et en espagnol, Madrid, 1 787,
4 vol. in-4". ; le quatrième volumecon-
tient les Panégyriques , parmi lesquels
on dislingue celui de S. Louis ; et les
Oraisons funèbres du Grand Condé,
de Stanislas P' . , roi de Pologne, et
du dauphin , père de Louis XVI. Oa
n'a pas la prétention d'assigner ici la
place que doit occuper le P. Elisée
parmi les orateurs chrétiens; on se
contentera de dire que ses sermons
se distinguent, de la plupart des pro-
ductions de ce genre, par la sagesse de
la composition , l'enchaînenient des
pensé( s , par la pureté et l'élégance
de style; et que la lecture en est aussi
agréable qu'utile aux personnes qui
aiment à réfléchir sur tllcs-mêrats. Oa
y trouve quelques morceaux dignes de
Bossuct et de Massilion; mais, en gé-
néral, on désirerait chez lui une con-
naissance plus grande des livi es saints;
plus de force et de justesse dans le
raisonin meut ; plus d'abondance dans
ses preuves ; une onction plus péné-
trante; une éloquence plus douce (i)j
plus de majesté ; plus d'élévation ; des
idées moins vagues ; des traits plus
marqués. La contenance modeste du
P. Elisée, l'air de mortification qui
par;)iss.iit sur son visage, commen-
çaient par inspirer une prévention fa-
vorable ; la simplicité de son débit
forçait ses aulilcurs à redoubler d'at-
tention , et celte négligence était as-
sorte à l'espèce d'eiuquence qu'il
avait adoptée. P«'U d'art, de la piéci-
sion dans l'exposition de son sujet,
de la sim|)licité dans ses plans , uu
(1) l\ r«l quelquefois rauiiiquF ; dans non ter-
miin >i.r le mauvaii riche , il tVi|irimi' ainti : k La
y rirhî; moiiriii , et ce fut le |<rcuiivr service 'lu'il
V rendit j la (uciùK. a
ELI
style pur , clair et élégant ; presque
point de ilgnres et de uiouTeraents. Il
n'a ni !a logique pressante et la raison
profonde de Bourdalone , ni le pin-
ceau magique et le brillant coloris de
Massillon. Quoiqu'il ne minque pas
de s'éli ver contre les systèmes mons-
trticux de la philosophie moderne, il
porte dans ces morceaux qui seaibleul
exiger une certaine véhémence, plu-
tôt le sentiment de la douleur qui s'en
afflige , que celui de l'indignation qui
les comb-it et les anéantit. Dans l'en-
droit de son sermon sur V incrédulité ,
où il trace le tableau de l'orgueil de
l'esprit et de cette inquiétude qui le
porte à secouer le joug de la religion ,
On t rouve une imitation trop marquée,
de Bossuet, dans l'endroit de l'Orai-
son funèbre de la reine d'Angleterre,
où ce grand évèque dit des protestants
ce que le P. Elisée applique aux in-
crédulrs. Le portrait qu'il fait de
Ba vie dans le sermon qui a pour titre :
Fausseté de la probité sans la reli-
gion , rappelle aussi un peu trop ce-
lui que Bossuet a tracé de Cromwell.
Les principes de la morale sont pré-
sentés , dans ses sermons , d'une ma-
nière trop bénévole , sans qu'il entre
dans aucun détail particulier , ce qui
ne jette pas , à beaucoup près , autant
d'intérêt dans ses discussions , que
s'il luttait, pour ainsi dire, corps à
corps avec les obstacles qu'il combat.
Il est rate , par conséquent , de trou-
ver ch( z lui de ces morceaux pleins de
force et de vigueur , qui subjuguent
l'esprit et dominent la volonté; de
ces lirid'^s où régnent l'affection et le
sentiment , qui pénètrent le cœur et
l'embrasent . qui le touchent et l'at-
tendri-.sent. C'tsl moins à présenter à
chaque individu le miroir de ses pas-
sions , que l'orateur semble s'être ap-
pliqué , qu'à peindre les funestes ef-
f fels qu'elles produiicnt dans la société.
ELI 77
Or cette seconde étude est beaucoup
plus facile que la première , et il est
plus aisé de saisir ces résu'tats géné-
raux que de descendre dans le cœ r
de l'homme , d'en sonder les plus
sombres replis , et de les exposer au
grand jour. On trouve cependant quel-
quefois de la force , de l'élév ition et
de la profondeur , comme dans le
sermon sur la fausseté de la probité
sans la religion ; ane connaissance
plus développe des passions , comme
dans ceiiii sur la vie religieuse , ou
en opposant partout le calme de la
solitude au tumulte du monde , il
peint sujiérieurement le vi(kket le
néant des plaisirs et des honneurs.
Son sermon sur la mort et celui sur
les aviations , sont ceux où l'ordon-
nance est la plus belle et les dévelop-
pements plus lumineux. W — s.
KLIUS ( Lucius jElius C/ESar ) ,
fMÉ^Céjonius Comuiodus , fut ndoplé
ft|^mpereur Adrien : on n'pst pas
fficcord sur l'époque précise de son
adoption ; il parait qu'elle eut lieu en
l'an 1 55. ^Elius portait alors les noms
de Lucius Aurelius Férus , qu'où
donnait à son père. Adrien , dont la
santé s'affjiblissait tous les jours, vou-
lut désigner son successeur. Après
avoir jeté les yeux sur plusieurs de
ses parents et de ses amis , il choisit
enfin Lucius Férus , que sa cora-
plexion délicate aurait seule dû écarter
du trône. Adrien ne se contenta pas
de le créer César , il l'adopta comme
son fils, et lui donna le nom d'.Eiius ,
qu'il portait lui-même. C'est pourquoi
Spnrlien compare cette adoption à
celle de Galère Maximien et de Cons-
tance Chore, qui, en devenant Cé-
sars, devinrent aussi les fils des em-
pereurs. yElius avait un grand ascen-
dant sur l'esprit d'Adrien, qui le fit
ensuite prêteur et consul , et lui donna
le gouvernement de la Pannonie. Spar-
;:8 ELI
tien fait l'elogc de sa conduite et no>js
vante sa justice et son habilf te. Néan-
moins la faiblesse de sa constitution
fil quelquefois regretter à Adrien cette
adoption. On dit que l'empereur, qui
l'aimait passionnément , n'avait con-
senti à le créer César que pour tenir
la promesse qu'il lui avait faite en se-
cret ; mais qu'il savait bien qu'^E'ius
lie vivrait pas assez long-temps pour
réqner. ( Adrien était fort adonné à i.i
magie, et avait, dit-on , tiré l'horos-
cope d'TElius ). Les xlcstins de Rome
réservaient à Vempire un prince dont
les vertns devaient rappeler l'âge d'or.
^lius,après un séjour d'environ deux
ans en Pannonie, revint à Rome, et
le i"'. janvier, au moment même oii
il se disposait à prononcer un discours
qu'il avait préparé pour l'empereur,
il mourut prescpie subitement : ce
fut Antonin-le-Picux qui lui succéda
comme césar. On donne àjElius plu-
.«eurs brillantes qualités ; il était ins-
truit dans les belles-letires; il culti-
Tait l'éloquence et la poésiej maisquel-
ques persomies prétendent qu'il était
plutôt chéri d'Adrien à cause de sa
belle figure que pour ses vertus. Il
était fort recherché dans sa toilette et
dans ses plaisirs. On lui reproche de
les avoir aimés jusqu'à la volupté.
Spartien nous dit qu'il faisait quelque-
ibis mettre des ailes à ses coureurs,
et qu'il leur donnait le nom des vents.
Borée, Aquilon, etc. Quoiqu' Adrien
s'attendit à ne pas conserver long-
temps JPMm, sa perle lui fut sensible;
et s'il ne le pleura pas comme prince ,
il donna des larmes à son fils , et le
fit ensevelir avec tonte la |)ompe ré-
servée aux empereurs , dans le même
tombeau qu'il .«vaitfailconstruire pour
lui'Uième. Il lui diTCcrna des statues
et des temples , et ce fut en raéuioire
de ce prince qu'il cxig(M qu'Aiitonin ,
son succesieuf; adoptât le fus à'Er
ELL
lius, qui régna ensnitc avec IVIarc-
Aurèle. Jilius avait épousé Domitia
Lucilla , fille de Nigrinus , qui lui
donna Lucius Vcrus , dont nous ve-
nons de parler, et Fabia ou F^dia ,
qui fut fiancée à Marc-Aurc'e. jElius
ne vécut pas assez long-temps comme
prince pour nous avoir laissé une
grande variété dans les types de ses
médailles. Le symbole de la Panno-
nie, qu'il gouverna, est le sujet qui
s'y trouve le plus fiéquemment. Les
autres sont généralement peu com-
munes, surtout les grecques. 11 n'y
prend que le nom de Lucius jEliiis ,
et n'y porte que le titre de césar. T — n.
ÉLIUS-GALLUS. F. Gallus.
ELIZABETH. Foy. Elisabeth.
ELLAlN (Nicolas), ne à Paris
en 1 554 , s'appliqua d'abord à
l'étude du droit , et se fît recevoir avo-
cat au parlement. Au bout de quelques
années, il renonça à la jurisprudence
pour étudier la médecine, acquit en
peu de temps la réputation d'un pra-
ticien habile, et mourut en 1621
doyen de la faculté de Paris , à l'àgc
de quatre-vingt-sept ans. Ellain avait
du goût pour la littérature, et il .1
cultivé la poésie avec quelque suc-
cès. On a de lui : I. des Sonnets ,
Paris, i5Ci, in -8". L'abbé Goujet
trouve du naturel et de la facilité dans
sa versification; IL Discours pané'
lyrique à Pierre de Qondy , éfé-
qne de Paris , sur son entrée dans
celte \ille, ibid., iSjo, in - 4°.
Cette pièce est en vers; Ul.^dcar'
dinalem liettensem niiper pileo car-
dinaUlio douotum , curinen , ibid. ,
1O18, in-4". Lf seul ouvrage de mé-
decine (ju'ii ait publié est un Advis
sur la peste , Paris , 1606 , in 8*. ,
réimprimé en i0j5, in- i.» , avec
celui d'Antoine Mir.auld, intitulé :
Dii'crs Remèdes et Préservatifs
contre la peste. W— -s.
ELL
ELLEBODE (Nicaise Vaw 1, en
Intin Ellebodiiis , iic à Cassel on
Flandre au commencement du i5'.
siècle , fit ses étudea à Fanivcrsitc de
Padoue , et y prit ses grades en mé-
decine avec distinction, il acquit une
connaissance profonde des langues
anciennes , et particulièrement de la
langue grecque. Il me'rita |)ar ses ta-
lents Ja protection du cardinal Grand-
velle et l'estime des garants, entre
aiilrcs de Vincent Pinelli et de Paol-
M^nuce. Radecius, e'vèque d'Agria,
lui fit obîenir un canonicat de sa ca-
thédrale. 11 mourut àPre.sbonrg d'une
fièvre pesfilt-niielle le j4 juin IJ77.
C'est à Ellebode qu'on doit la pre-
mière e'dition du texte grec de l'ou-
rrage de Ne'mésius sur la nature de
Vhomme. H le publi.i à Anvers, i5(i5,
in-8'., avec une traduction latine su-
périeure à relie de Valla , et réimpri-
mée dans le tome Vlll de la Biblio-
theca Patrum , Lyon, 1677. On
trouve qu<'lques lettres d'EUibode
dans les EpisloUe illustr. Btl^aruin ,
publiées par Bertius , 1617, et quel-
ques pièces de vers dans les Poëtar.
Bel^ar. deUciœ , de Gruter. ^V — s.
ELf.EB ( Eue), néen iGgo^dans
le duché de Berg, apprit le métier de
tisserand , qu'il exerça dans la petite
ville d'ElvcrfcId. Ou a souvent fait
Fob^ervaiion que les hommes de cette
profession sédentaire , se livrent fa-
cilement aux rêveries des idées tltéo-
sopliiques. Ellcr en fut un exemple
remarquable. Il s'imagina d'abord
avoir des révélations et se persuada ,
à la fin , qu'il était le Christ en per-
sonne. Il se fai;.ait appeler le Père de
Sion. L'enthousiasme qui régnait dans
.ses discours et la régularité de sa vie
lui procurer ut des adhérents , dont
il réunit le troupeau dans la ville
de Rtnsdorff, que l'électeur palatin ,
souverain de Berg, venait de fonder,
ELL 79
et dont Eller avait été nomme' premiei*
bourgueraestre. Cette scc(c est con-
nue dans l'histoire du lothéraniime
sous le nom do communion de Rens-
dorff. Nous pensons qu'elle s'ejt éteinle
bientôt après la mort de son chef, qni
arriva le 16 mai inSo. La considé-
ration dont jouissait ce visionnaii e m
imposa tellement au premier roi de
Prusse, qu'il Fa vail nommé agent des
églises protestantes des duchés de Ju-
liers et de Berg. Il avait consigné hs
rêveries dans un écrit intitulé : la Pa-
netière , çn allemand, //irten-Tas-
che. ( For. pge i']i, tome X, li-
vraison 50'. , édit. nouv. des Ce'ré-
montes religieuses , 1 809 , ou Yffis-
toire des sectes religieuses , par M.
Grégoire, i , 007 }. S — h.
ELLER ( Jean-Théodore ), né en
1689 à Pleskau, dans la principauté'
d'Anhalt-Bernbourg, devint en 1755
premier médecin du roi de Prusse ,
Frédéric -Guillaume. Le grand Fré-
déric joignit, en 1 755, à ce titre, celui
de conseiller privé et de directeur du
ooilégc medico- chirurgical de Berlin ,
dont il était professeur depuis plus de
trente ans. 11 fut aussi un des mem-
bres les plus laborieux de l'académie
dos sciences de Berlin, qui le perdit
le 5i septembre \ 760. Parmi ses ou-
vrages , les uns sont écrits en latin,
quelques-uns eu français , et les autres
on allemand : \. Gazophylacium , seu
Catnhgus reruni mineraLum et me-
Inllicitrum yBeriahourç, 1 79.5, in-8°. j
11. Observations médicales et cW-
rurglcales , Berlin. 1730, in-8\(eu
allemand) ; III. Physiologia et Pa-
thnlogia medica, seu philosophia
corporis kumani sani et morbosi y
c'est-à-dire, Physiologie et Patho^
/o^tc, etc. Scbneeberg, 1748,2 vol.
in-8'. Ce livre allemand, qui n'a de
latin qu'une portion du titre , a été
publié par le docteur Jean*Cbxe'ticn
8o ELL
Zimmermann : il offre le recueil des
leçons faites par Eller aux chirurgiens
niililaires , depuis 17-26 jusqu'à 1754,
mais tellement mutilées, que le pro-
fesseur le désavoua. IV. Observatio-
nes de cognoscendls et curandis
morUs, prœsertim acutis, Kœuigs-
berg, 1762 , in-8". ; Amsterdam ( Ge-
ïîève ) , 1 766 , in 8 '. Cet ouvrage es •
tiraé, quoique incomplet, acte traduit
en français par Jacques - Agatbange
Le Roy, Paris , 1 77/i ,iu-i 2. Presque
tous les mémoires présentés pnr Eller
à l'académie des sciences de Berlin
ont pour objet des recherches curieu-
ses , des expériences utiles ; dans pres-
que tous on reconnaît la sagacité de
l'auteur ;les principaux traitent, i". de
la séparation de l'or d'avec l'argent ;
1°. de la fertilité des terres et de la
végétation des plantes ; 3 ". de la disso-
lution des sels dans l'eau commune ;
4 '. de l'analysedu sang humain ; 5 . du
pouvoir de l'imagination des femmes
enceintes sur lefœlu-. Le docteur Char-
les- Abrah. Gerhard a extrait des mé-
moires de l'académie, et traduit en alle-
mand, tous ceux que Eller avait in-
sérés dans cette importante Collection ;
Berlin, 1764, in-8.,fig. En i 765 on
publia, sous le nom de ce médecin,
une CInrurgie complète , el ça 1767
une Médecine pratique , écrites l'une
et l'autre en allemand. Z.
ELLERS (Jean), conseiller de la
chancellerie en Suède et chevalier de
l'ordre de l'étoile polaire. 11 se dis-
tingua dans le dernier siècle par son
habileté dans les aflîiires et par ses ta-
lents [tour les Icilrcs. Gustave III lui
avait donné sa confiance et l'eraploya
dans plusieurs occasions importantes.
Il est auteur d'un pocuie suédois in-
intitulé : Mi^s larmes . qui se trouve
en français dans les Mélanges de lit-
téralitre suédoise , publiés à Paris
(i788,in-8'. ), par Agaiidcr. Peu
ELL
avant sa mort, Ellers donna une des-
cription de Stockholm , en quatre vo-
lumes, remplie de recherchas et de
faits intéressants, mais écrite d'un
style diffus. C — au.
ELLIE5 DUPIN (Louis). Fof.
DUPIN.
ELLIGER ou ELGER (Otmar),
peintresuédois, naquit àGolhembourg,
en iQ^ion i63>. Son père était mé-
decin , et lui fit apprendre les lan-
gues. Quelque sagacité qu'il eut, son
goût pour la peinture ralentit ses pro-
grès dans toute autre étude. Sa mère
se montra très éloignée de seconder
son penchint ; mais un mendiant
avant un jour exposé sa misère au
médecin, eu différentes langues, la
femme de celui-ci dit à son maii, que
puisqu'il se trouvait des savants aussi
pauvres que des peintres , il lui était
indiffèrent quel étal prendrait son fils.
Elliger , au comble de ses vœux , se
mit , à Anvers , sous la conduite du
jésuite Daniel Zeghers, habile peintre
de fli urs et de fruits , qu'il parvint à
égaler. Apjielé à Berlin , il fut nommé
peintre de l'électeur Frédéiic- Guil-
laume. L'agrément de la conversation
de l'artiste le rendit cher au prince, à
la cour duquel il pas>a ses jours dans
l'aisance et la considération. On ignore
en quelle année il mourut. La plupart
de ses tableaux sont en Allemagne, et
y sont très estimés. — Otmar Et.liger,
fils du précédent, naquit à Hambourg,
eu iGG(3. Il reçut d';ibord des leçons
de son père, puis celles de Michel
Van Musscher, |)cintre d'Amsterdam;
mais, à la vue des ouvrages de La>-
resse, d désira entrer dans son éc(»le,
(t y parvint en iGhO. 11 gagna Tiffec-
tion de son maitrc, et, doué d'un es-
prit qu'il avait eu soin de cultiver par
l'étude, il parvint, eu une année, à
composer des sujets très iutéressanls.
Sa mauièic c'iail grande et ses fonds
ELL
iJ'unc belle arcliitecUire. Par des bas-
reliefs inî;éiiieuseraent place's dans ses
compositions, il indiquait à propos si
les sujets en étaient égyptiens , grecs
ou romains. De grands sujets et des
plafonds qu'il peignit a Amsteidjui ,
plurent tellement^ l'électeur de Maven-
ce, que ce prince lui di^ni.inda deux
grands tableaux : la Mort d'Alexan-
dre, et les Noces de Tlietis et de
Pelée. Outre le paiement, ces ouvra-
ges lui méritèrent \\n riche pre'sent.
L'électeur lui offrit , de plus , la place
de son premier peintre et uue pen-
sion ; mdi.s Elliger refusa le tout ,
pre'férant l'indepcndauce à ces avan-
tages. De retour chez lui , il exécuta,
pour la typographie , des composi-
tions inge'nieuses ; mais il ne put alors
peindre beaucoup de grands tnbleau.x ;
cependant on donna de grands éloges
à un Festin des Dieux , qui seul , dit
Descamps, suffit pour l'inimoitaliser.
Les ouvrages qu'il fit en [letit furent
toujours estimés. Le goût de la dé-
bauche vint lui ôter la considération
dont il avait joui long-temps, et altéra
son talent au point qu'il ne produisit
plus que des ouvrages maniérés et
d'une mauvaise couleur. Il mourut le
24 novembre i75'2, a l'âge de près
de 67 ans. D — t.
ELLINGEIx (André), né en
iSîô à Orlemunde dans la Thu-
ringe, sut de bonne heure associer le
goût de la littérature à celui des
sciences exactes. .A.près avoir achevé
d'une manière distinguée le cours de
ses humanités, il embrassa l'étude de
la méJccine. En i549 il obtint ses
priMuiers degrés à ^université de
Wittcuiberg , et , en i554, celle de
Leipzig l'admit au nombre de ses
professeurs. Il remplissait honorable-
ment cçt emploi depuis quinze an-
nées lorsqu'il fut appelé par l'élec-
teur de Saxe à ruuiversité de Icua ,
XIII.
ELL 8t
dont il occupa la première chaire dans
la faculté de médecine , et ensuite le
rectorat. 11 accompagna ce corps sa-
vant à Salfeld , où il fut momentané-
ment transféré pendant que la peste
désolait léna en 1 578. De retour dans
cette dernière ville , Ellinger continua
d'unir à l'exercice de ses fonctions les
travaux du cabinet. 11 termina sa car-
rière le 12 mars i58i, laissant
quelques ouvrages qui prouvent, si-
non de vastes connaissances , du
moins un talent réel pour la versifi-
cation latine : Nippocratis aphoris-
morum, id est seleclariim maxime-
que rararum senlentiarum para-
phrasis poëtica, Francfort 1579,
in-S". Cette traduction des aphoiis-
mes fut bientôt suivie de celle des
Pronostics ; mais Ellinger ne se
borna pas à exercer sa verve poétique
surdessujetsmedicaux.il mit en vers
les Evangelia dominicalia { Evan-
giles des dimanches), et rectifia la
prosodie des hymnes ecclésiastiques.
Parmi les discours inauguraux de ce
professeur on doit en distinguer deux,
l'un sur les aphorisraes d'Hippocrate ,
l'autre sur la belle maxime de ce
père de la médecine : ixrpo: pù.ojo-
j»o; tffo9;oç. Enfin le seul travail
tout à la fois original et me'dicald'El-
linger se borne à un petit nombre
de consultations qui font partie du
recueil publié eu 1604 à Leipzig
par Jean Wittich. C.
ELLIOT ( Guillaume ) , dessi-
nateur et graveur anglais, né à Hamp-
toncourt en 1717,3 gravé le paysage
avec beaucoup de goût et de talent,
et surtout une grande facilité , quoi-
que, peut-être , avec un peu de ma-
nière. La mort qui l'enleva au milieu
de sa carrière , l'empêcha de multi-
plier beaucoup ses pro.luclions. Ses
principaux ouvrages sont un riche
paysage d'uu site de l'Angleterre,
«î ' ELL
d'après le tableau de G. Smith , qui
avait remporte le prix de la Société
d'encouragement de Londres : une
fuite en Egypte et une vue de Tivoli ,
d'après Pôlembourg : une vue de Mas-
tiicht, d'après Ad, Cnyp. : le Prin-
temps et l'Été, deux paysages d'après
Van Goyen : plusieurs estampes re-
pre'sentant des chevaux , d'après Th.
Smith ; le portrait de la seconde
femme de Rubens , d'après le tableau
de ce maître. Strult fait le plus grand
cloge des qualités morales de cet ar-
tiste , qui mourut à Londres , en i "jôG.
P—E.
ELLIOT( Jean), médecin anglais,
né en 1747 à Cliard, dans le comté
de Somerset, reçut sa première édu-
cation de M. Hare de Crewkcrne, au-
teur de quelques productions littérai-
res, et fut mis à quatorze ans en ap-
prentissage chez un apothicaire à
Londres. Il ouvrit une pharmacie
vers 1777, et, dans les heures de loi-
sir que lui laissait le soin de sa bouti-
que, encore peu achalandée, s'occupa
de recherches scientifiques et d'expé-
riences chimiques , dont il a depuis
consigné les résultats dans plusieurs
ouvrages. Dans le c^urs de ces expé-
riences , il crut reconnaître qu'une cer-
taine préparation saline de magnésie
était un remède contre quelques genres
de fièvres. Après s'être assuré de l'effi-
cacité de ce remède par des succès mul-
tipliésjobtenus sur des pauvres de son
voisinage, il se procura un diplôme,
et commenç.i vers 1 780 à exercer la
médecine dans un local parliculier, en
se bornant d'abord à l'admiiiislralion
de son remè<le, et sans abanlonucr
ton premier état. Voici la liste des
ouvrages qu'il a publiés : L Obser-
vations philosophifjues sur les sens
de la vue et de l'ouie , in-8"., 1 7H0;
11. liecueil des ouvrages du doc-
teur Fother^ill, précédé d'une Notice
ELL
sur la vie de ce médecin philanfrope,
1781 , in-S". Cette édition des OKu-
vres de Folhergill est moins complète
que celles qu'a données le docteur
Jean Coakley Letlsom ( 178"), 3 vol.
in-8^, et 1 784, in-4°.).IlL Livre por-
tatif de médecine; IV. Tableau de
la nature et des vertus médicinales
des principales eaux minérales de la
Grande-Bretagne et de V Irlande,
ainsi que de celles du continent qui
sont le plus renommées , etc., in-8''.,
1 781 . Ce tableau , pic'senlé dans l'or-
dre alphabétique , est précédé du
Traité du docteur Priestley, sur la
manière défaire des eaux gazeuses ar-
tificielles. V. lissais sur des sujets
physiologiques, in-8°. , 1781; Vi.
Eléments des branches de la philoso-
phie naturelle qui sont liées avec la
médecine; savoir: la chimie, l'op-
tique, etc., suivis des tableaux des
attractions électives , de Bergman ,
avec des explications et des améliora-
tions , in^",, 178'-^; VII. Observa-
tions sur les affinités des substan-
ces dans l'esprit de vin ( transac-
tions plnlosopliiqHCs pour i 'j80 ) ;
VHL Expériences et Observations
sur la lumière et les couleurs , et sur
l'analogie qui existe entre la cha-
leur et le mouvement ^ in-8®-, 17 80
ou 1787. On trouvait dans la plupart
de ces ouvrages dis expériences nou-
velles , des vues ingénieuses , et la
clarté et la sinqilicilé de style qui con-
vieniHînt au sujet. Elliol s'ôfait tou-
jours l'ait reujarqiier par la douceur
de son caractère, et par une grande
assiduité à ses devoirs et aux éludes
qu'il cliérissail, lorsqu'à l'âge d( qua-
rante afis , une passion nialheiueusc
vint détruire le repos dont il jouissait.
Il eut occasion de voir miss Hoy>»
dell , nièce du célèbre alderman de ce
nom , et conçut pour elle un amour
qui devint bientôt insurmontable, mats
ELL
qui ne parait pas cependant avoir été
encourage par cdle qui en était l'ob-
jet. Son caractère en fut altéré ,
on le voyait tomber quelquefois dans
un étal de mélancolie profonde. Au
conimeucemcnt de l'année 1 787 , il
alla prendre , sous le nom deôirden ,
un logement à VVestham , c\\n le jar-
dinier de Josiah Boyde'l , dans la mai-
son duquel sa sœur fusait de fré-
quentes visites. Nous ip;norons les
démarclies qu'il fit auprès de miss
ïioydell; mais il paraît qu'il n'en rap-
porta que le désespoir. 11 form.i des ce
uioraent la résoli-.tion de lui donner b
mort de sa propre main , et de se pu-
nir ensuite lui lucine ; il acheta , dtns
cttle vue, deux paires de pistolets. Un
peut juger de ses combats avec lui-
même et de ses irrésolutions, s'il est
vrai, comme il le déclara depuis et
comme on est porté à le croire , qu'il
écrivit à l'aiderman plusieurs lettres
pour l'informer de son aftVeux des-
sein , et pour l'engager à en prévenir
l'accomplissement eu s'assurant de sa
personne. L'aldcrmin négligea cet
averlisscment. Le 9 juillet, au njiiicu
du jour, Eliiot rencontrant dans !a
rue miss Bovdell , tenant le bras de
ÎSicol , libraire du roi, lui tira , avec
la maladresse d'un homme éj:;aré, uu
cotip de pistolet qui lui fit seulement
deux légères blessures au'dtssous de
l'épaule , en mettant le feu à une partie
de ses vctements.il ne fit aucune ten-
tative pour échapper. Nicol, le prenant
à la gorge, lui dit : « Etes -vous
» le scciérat qui a fait le coup? —
» Oui, répondit EUiot. » Avant été
conduit chez un jiige de pais , outre
les deux pistditts qu'il avait à la main,
et qui étaient foricment liés ensemble,
ou en trouva dans ses poches une se-
^ conde paire , charges à balles , et qu'il
Ife avait destinés pour lui-même. II s'ap-
E L L 83
avoir tué sa vicfirao , disait « qu'il
-» mourrait m.iintenant en paix , puis-
V qu'il l'avait envoyée devant lui. » Sa
joie cessa avec son erreur. On vint
annoncer que miss BoydcU n'était pas
dangereu'^cuîent blessée : « Est-ce
» qu'elle n'est pas morte? » s'écria-t-il
en faisant des mouvements convulsifs,
et en proférant des injures contre elle
et sa famil e. Il fut jugé à Old-Bayley,
le i(3 juillet, ne dit rien pour sa dé-
fense, et montra beaucoup d'abatte-
ment. On essaya de le sauver par des
témoignages qui constataient l'aliéna-
tion de sou esprit. Le docteur Sym-
mons , médecin , qui Icconnaissait de-
puis long-temps, appuya celte opinion,
i-l ajouta que !e docteur Eliiot lui avait
adressé, il y avait six mois , une lettre
«ur un sujet philosophique, en le
priant de la soumettre à la Société
royale; mais que cette lettre portait
si évidemment la marque d'un cer-
veau dérangé , qu'il avait cru devoir
la supprimer par intérêt pour son au-
teur. 11 en cita seulement un passage
qui pouvait en donner une idée. Le
docteur Eliiot prétendait que « la lu-
» mière du soleil ne vient pas du feu ,
» mais d'une aurore dense et univer-
r* selle qui peut donner une grande
a lumière aux habitants de la surface
» inférieure , et se trouvrr cependant
» à une assez grande distanceau-dessus
» d'eux pour qu'ils n'en soient pas in-
» commodes. Aucune objection , écri-
» vail-il , ne s'élève contre l'opinion
» que les grands corps lumineux sont
» habités. La végétation peut v être
» aussi féconde que sur le globe oii
» nous sommes. Il peut s'y trouver de
» l'eau et de la terre terme , des mou-
» tagnes et des vallées, de la pluie et
» du beau temps ; et , de même que
y> la lumière, l'été y doit être éler-
» nel ; il est donc aisé de conce-
» voir que ce seri.it sans aucune cora-
G..
84 ELL .
» paraison le séjour le plus hcu-
» reux de tout le système du mou-
» de. » Le rapporteur fil observer que ,
quelque absurde qu'on jugeât cette hy-
pothèse en elle-rncine,la mauièredont
elle était prcsenle'e et soutenue n'an-
nonçait pas du tout un cerveau dc'ran-
gé; et il demanda malignement au doc-
leur Symmons ce qu'il pensait du
cerveau de BufTon et du docteur Bur-
net , qui avaient soutenu des théories
non moins extravag antcs quecelle-ià.
Le docteur se dispensa de répondre à
celte question embarrassante, La seule
circonstance qui sauva au coupable la
condamnationà la peine capitale, c'est
qu'il ne fut pas évidemment démontré
que le pistolet qu'il avait tiré sur miss
Boydell fût chargé à balles. L'intérêt
que le public lui portait se manifesta
par les applaudissements qui suivirent
la décision du tribunal; mais la justice
se réservait de le juger pour le fait de
Tagression. Il fut , en conséquence, ra-
mené à la prison de Newgate : ayant
persisté à ne prendre aucune nouiri-
ture, il mourut quelques jours après,
le 22 juillet 1787. Il parut, peu de
temps après sa raort,unéciit intitulé:
Relation de la vie et de la mort de
Jean Elliot, eic, avec un examen de
ses ouvrages, et une Apologie écrite
par lui-même, dans l'attente de sa
condamnation, in-4"., l'y^'y. Celte
relation est un libelle contre miss Boy-
dell et contre son oncle , à (pii on peut
toutefois reprocher une négligence
bien coupable. L'Apologie d'KIliot est
un écrit supposé. X ~s.
ELLIOT ( George- auguste ).
yo^y. Eliot.
JÊfiLlS ( Guillaume) , cultivateur
anglais, né vers la fin du 17'. siècle,
offrait, sous des formes rudrs et gros-
sières, un esprit enrichi par une lon-
gue expérience, quoique obscurci par
tous Içs préjuges de sa silualiou. Il cou-
Ë L L
duisit pendant près de cinquante ans
une ferme à Liltle Gaddesden, près
de Hampstead, dans le comté de liert-
ford , et publia plusieurs ouvrages où
l'on remarquait beaucoup d'observa-
tions utiles, des méthodes nouvelles
et des principes excellents d'agritul-
ture , particulièrement sur les engrais ,
sur la culture des turneps et de la lu-
zerne , sur les instruments aratoires,
sur le gouvernement des troupeaux,
etc. Ces ouvrages eurent d'abord beau-
coup de succès ; un grand nombre de
propriétaires des divers comtés de
l'Angleteire vinrent consulter un hom-
me qui paraissait aussi instruit, ou l'ap-
pelaient auprès d'eux , pour lui confier
la direction de leurs fermes, de sorte
qu'il eut occasion de comparer les di-
verses méthodes d'agriculture en usage
dans les différentes parties du royaume.
Il avait inventé de nouveaux instru-
ments aratoires cl autres, qu'il n'em-
ployait guère à la vérité lui-même,
mais dont il faisait un counncrce lu-
cratif. Ses ouvrages ont été cités avec
distinction par plusieurs des auteurs
qui ont écrit sur l'agriculture , en An-
gleterre et sur le continent; mais d'au-
tres écrivains, profitant de l'oubli ou
ils sont tombés aujourd'hui, ont pré-
féré s'emparer de ses idées , sans le
citer. Les défauts qui déparent les ou-
vrages d'Ellis sont tels qu'ils justifient
en quelque sorte cet oubli. I^e style en
est pitoyable ; ils sont remplis de con-
tes de voleurs, de recettes de bonne
femme , de secrets contre les sorciers
cl autres absurdités. Le succès qu'ob-
tint son traité sur les bois de ch.ir-
penle ayant excité la cu|iidilé du li-
braire Usborne, celui-ci l'eiipagca à
composer pour lui d'autres ouvr ige»
du niciiie genre. l'>llis, qui lrav;ùllait
pour vivre, songea |)lus à t'.iire vilecpj'à
l)icn faire, et entassa volume sur vo-
lume. Il eut le chagrin de survivre à
ELL
£,1 réputation , dcprioiée aussi par les
rappoi t.«. de ceux tjui, pendant ses lon-
gues absences, él.iicnt venus visiter sa
ferme de Gaddesden, dans l'espoir d'y
voir pratiquer les règles si recomman-
dées dans ses écrits, et qui l'avaient
toujours trouvée dans le plus grand dé-
sordre. Nous ignorons la date de sa
mort; mais il pHraît qu'il vivait encore
en i-jS J. Voici les titres de quelques-
uns de ses ouvraj^es : I. Traité sur
T amélioration des bois de charpente.
Ce traité a le mérite d'avoir éved é l'at-
tention des Anglais sur un objet d'une
si grande importance pour eux. 11. le
parfait Planteur el faiseur de cidre ;
m. Chacun son propre maréchal. On
a fait nn abrégé de ses ouvrages, im-
primé en 177'i, '2 vol. in 8°., sous ce
titre: À ^riculture abrégée et métho-
dique . comprenant les articles les
plus utiles d'agriculture - pratique.
Cet abrégé est purgé des absurdités du
texte (iriginal , et des longues descrip-
tions des instruments aratoires, que
l'auteur prônait pour les mieux vendre,
et qui d'adieurs ont été bien surpassés
depuis. On regrette que l'abréviateur
se soil presque borné à retrancher, et
qu'il n'ait pas redressé toutes les ia-
con ections du stvle. X — s.
ELLIS ( Jean ) , négociant anglais ,
qui s'est rendu célèbre vers le milieu
du 1 8". siècle , par ses recherches sur
les coralliues et autres productions ma-
rines , regardées jusqu'alors comme
plantes. Il paraît quedepuis long-temps
il s'occupait d'histoire naturelle comme
simple amateur , qui reiherchc p'utôt
rjgrcmcnt que l'utilité; mais une cir-
constance le détermina à s'y livrer
d'une manière plus solide ; ayant reçu
une collection nombreuse de coralincs
cl de plantes marines de l'île d'Augle-
scy, il la prépara très élégamment en
forme de tableaux: elle frappa si vive-
ment le docteur Haies , son ami parti-
ELL 85
culier, qu'il l'engigea à l'étendre davan-
tage, et à en faire hommage à la prin-
cesse douairière de Galles. Ellis ayant
goûté cet avis , voulut visiter lui-même
les côtes d' .Angleterre. Un motif de
plus vint le déterminer. PeyssoncI
ayant reconnu que les coraux n'étaient
autre chose que des habitations de po-
lypes, on présuma qu'il devait en être
de même de plusieurs autres substan-
ces q'i'on confondait avec les plantes.
Ellis voulut donc véi iGcr par lui-même
cette grande découverte, et ce fut dans
ce double but qu'il Ct un premiei*
voyage à l'île de Sheppey { à Tembou-
chure de la Tamise ) , accompagné de
Broodking , habile dessinateur. Il en
fit un autre en i ^54 , sur les côtes de
Chester-, avec le célèbre Ehrel. Les ré-
sultats de ces difTércntes tournées
étaient trop importants pour rester en-
fouis dans un cabinet , Ellis en fît
part à la société royale de Londres
par plusieurs mémoires , et elle récom-
pensa son zèle en l'admettant dans
son sein ; le premier parut dans le N".
48 des Tran«!actions philosophiques,
publié eu 17 53; il les réunit dans un
seul corps d'ouvrage sous ce titre :
Essay toward a natural history of
Corallines , Londres , 1^54, in-4''.,
avec DQ planches très bien gravûs
sur les dessius d'Ehret. Il fut traduit
tout de suite en français par le pro-
fesseur Allamand, La Haye, 1756,
in-4°., édition augmentée d'une ex-
plication de la planche 58, d'après
une lettre de l'auteur à l'éditeur , qui
n'a pas été insérée dans l'édition an-
glaise. Krunitz traduisit l'ouvrage en
allemand, Nuremberg, i 767 , in-4''. ,
avec 47 planches et des augmenta-
lions par Scblosser et autres. Ellis
avait aussi réuni dans un seul volume
les découvertes qu'il avait faites sur
les autres Zoophytes, qui avaient pa-
ru successivemeut dans les Transac-
80
ELL
lions , mais sa mort en retarda la pu-
blication, en sorte qu'il ne jwiut qu'en
1 ';8G , par les soins de sir Joseph
Eaiiks et de Solander^ sous ce titre:
The naliiral hislory of many cu-
rions and uncommun Zoophjles ,
Londres, iu-4''., 'ivcc 65 planches ,
il y en avait sis de plus , mais elles
se sont trouvées perdues, il n'en exis-
te plus que les épreuves qui sont dans
la blbliollièque de Banks. Co sont là
les travaux les plus irajKjrtansd'Ëllis;
leur plus grand n)érite a éle' de dc-
tertniuer l'adoplion d'une vérité du
plus grand inteict, c'est elle qui est
venue poser les limites entre la zoo-
logie et la botanique. Ainsi, par cela
seul il a rendu scrvici' à cette science,
mais il s'en occupa encore plus di-
rectement , d'dbord en publiant les
moyens de conserver long-temps la
faculté germlnative aux graines , et
de les rendre par-là susceptibles d'ê-
tre transportées à de grandes dis-
tances ; après avoir rendu compte des
expériences qu'il avait faites à ce su-
jet, dans un mémoire publie' en i 7G0,
il en annonça le succès en 1 "ytiH. Il
b'orcupa aussi des moyens de trans-
porter <à de grandes dislances les ve'-
ge'laux vivants ; c'est le sujet d'un au-
tro mémoire qui parut en « 770, sous
celilrc: Directions for hrin^ing iwer
seeds and plants , ite. , ïb-/^". , Hg. ,
il fut réimprimé dans le tome i'^. des
TransaclioHS de In société améri-
eaine y cl l'auteur y ajouta un sup-
plément en 1773, iH-Zf"-» Je loi't a
été traduit CM allemand, Leipzig,
1775, iu-8". , fig.; Touvragc a aussi
cté traduit en français. On y trouve la
figure du Mangoustan , arbre fruitier,
encore peu connu à cette époque. El-
lis fit aussi connattrc plusieurs autres
plantes 1res cnricuscï ; c'est ainsi qu'il
publia, en 1769» ^*'* détails sur la
t)ionëc, uue des plautvs les plus cjui-
ELL
ncmracnl sensitivcs, puisque le poid^
d'une mouche qui se pose sur ses
fcndies, suffit pour la mettre enjeu,
et qu'alors elles se contractent si
proniptemrnt que l'insecte se trouve
pris; dc-là le smuom de Muscipida ,
ou atlrape-raouclies, qu"onliu donne;
surun Illicium, ou Anis étoile , trou-
vé en Caroline; sur i'IIalesia, genre
de plantes qu'il dédia à son ami Ha-
ies. Enfin on lui doit un traité sur le
cale, ^rt kist. account of coffee, -with
holanical description of the îree ,
Londres, 17747 iH-4"' ^^ fi^'sait part
de toutes ses découvertes au célèbre
Linné, avec qui il entretint toute sa
vje une correspondance suivie; ce-
lui-ci récompensa à sa manière son
zèie pour la science ; ce fut en don-
nant le nom ^'Ellisin à un genre de
la famille des IJorraginées. Ellis mou-
rut à Londres le 5 octobre 1776- Les
curiosiiés d'histoire naturelle dont il
a enrichi le Musée hritannique , rem-
plissent une dcb grandes salles de ce
vaste établissement. D — P — s.
ELLIS ( Henri ) , voyageur an-
glais, servait dans la niarine. Il fit
partie de l'expéditioii qui alla en i ^46
chercher par la baie d'iludsun un pas-
sage au nord-ouest. Le comité chargé
de diriger l'enlreprise, lui proposa de
prendre le conunandement d'un na-
vire. Qiioiqu'l'.llis eût déjà navigué, il
refusa celte offre, parce qu'd ne con-
naissait Jiullement les mers scjitentrio-
nales. Alors on lui donna la qualilc
d'agent du comité, avec dos instruc-
tions paiticidières qui lui recomman-
daient de noter soigneusement tout ce
qui concernait la géographie, l'art nau-
tique et l'histoiic naturelle , et le nom-
maient membre des comités chargés
de décider les diiilcidtés et les doutes
qui pourraient s'élever sur la meilleure
m mièrc de procéder à la découverte
projctcc. L'cxpédiliou était composée
ELL
de la gniiûlc le Dobhs, commandée par
le capiîaine G. Moor, et de la Ca-
lifornie, ca})i:aiQC Smitii. On partit
cie Gravesend le ^4 mai , ou passa par
les Orcadt's. Le 27 juin, on aperçut
par les 58" 5o' de latitude boréale des
glaçons flottants ; bientôt on fut au
milieu de binin«s c'paisscs, on vit des
niasses énormes de glace et des bois
flottants. Le 8 juillet , on eut con-
naissante des îles de la Résolulion, à
l'entrée du détroit d'Hudson. Arrivés
à la cèle occidentale de la b âe de ce
nom , par les 64" pics de l'île de
Marbre , les Anglais mirent les ca-
nots à la mer pour explorer Ir s côtes.
Le rapport unanime du détachement
qui fut envoyé à la ilécouvei le et dont
ÊUis faisait partie, fut que l'on avait
remarqué plusieurs grandes ouvei tu-
rcs à l'ouest de l'île , et que la marée
venait du nord-est, partie dans laquelle
courait la côte. On était au 19 août;
la saison parut si avancée, que l'on
reiuit au printemps suivant la pour-
suite des découvertes, et que l'on prit
le parti d'aller hiverner au fort Nel-
son, situé plus au sud sur la même
côte, parce qu'il est le premier dé-
baiTassc des glaces. Le gouverneur du
fort d'York reçut assez mal ses com-
patriotes, qui conduisirent leurs bâ-
timents dans une anse sûre de la ri-
vière H lyes , cinq milles au-dessus du
fort d'York, par les 57" 5o' de la-
titude. On construisit une maison pour
y passer l'hiver. Elle fut terminée le
1 •■'. novcmlMe. L'hiver avait commen-
eé long-temps avant celte époque , et
bientôt il fut d'une rigueur extrême.
Ou avait dans la traversée cassé le
theruiomclie dont on s'était muni au
départ d'Angleterre , de sorte qu'il fut
impossible de déterminer avec préci-
sion le degré du froid. L'hiver finit en-
fin le 6 m li 1 747 ; cependant il tomba
eucore plusieurs fois de la Qiige. Le
ELL 87
24 i«>n > 'fs Anglais voguèreat au
nord ; dès le lendemain , ils se trou-
vèrent au milieu des glaces , dont ils
ne furent débarrassés qu'au nord du
cap Churchill. Etant à 61" 4 • E"'* y
le capitaine Moore et dix homme»
s'embarquèrent dans le grand canot
que l'on avait ponté , et longèrent la
côte de près. Parvenus au milieu d'un
groupe d'îles près du 62", les aiguilles
magnétiques perdirent tout à coup de
leur vertu. La Californie avait de son
rôle envoyé un canot à la découverte.
Toutes ces tentalives ne donnèrent
connaissance que d'ouvertures qui ne
répondirent nullement à l'attente des
navigateurs. E'iis découvrit à la côte
Wflcomc le cap Fry, par les 05° 5' y
enfin on s'avança à trente lieues dan»
le détroit de Wager. Ellis reconnut
que la brgeur de ce bras de mer di-
minuait de dix lieues à une. Enfin le
cours de l'eau fut resserré de chaque
côte par des rochers affreux , et coupé
par une barre qni produisait une ca-
taracte. Ellis la franchit ; la profon-
deur de l'eau qui baissait à chaque ins-
tant, le détermina à descendre à terre
au 6G' et à grimper sur une émi-
nence. Il reconnut que le prétendu
détroit se terminait par deux petites
rivières , dont l'une renaît directe-
ment d'un grand lac , éloigné de quel-
ques lieues dans le sud ouest. Toute
espérance de trouver un passage s'é-
tant ainsi évanoiïe , il reprit avec son-
canot le chemin des bâlimeuts. Ou fît
encore une tentative à la côte nord de
la baie Wager : elle ne fut pas suivie
de plus de succès que les précédentes.
Ellis voulait absolument que l'on fît
de nouvelles recherches le long de la
GÔte de la baie Repuise. On n'eut au-
cun égard à ses représentations, et le
1 5 août on sortit du port Douglas , si-
tué dans la baie Wagrr. Le 29 on
eatfft dans le détroit d'Eudson. Une
î^S ELL
tempête afiieuse sépara les deux bâ-
timents , qui ne se rejoignirent que
le 6 octobre auxOrcades, et mouil-
lèrent le i4 à Yarmouth. Eliis publia
en anglais la relation de ce voyage ,
sous ce litre : Forage à la baie
d'Hudson , fait par la galiote le
Dobbs et la Californie en i 746 et
1747, pour la découverte d'un pas-
sage au nord-ouest , avec une des-
cription exacte de la côte et un
abrégé de l'histoire naturelle du
pays^ Londres, 1748, i vol. in-B". ,
cartes et figures : cette relation a c'te
assez mal traduite en français, Paris ,
1749) 2 vol. in-12, fig. ; Leyde,
1750, 2 vol. in-S". , fig, j en alle-
mand, avecdes notes tire'es du Voyage
du capitaine Smith, GoUingue, 1 75o,
in-8 '. , fig. ; en liollandais Ams-
terdam, 1760, I vol. in-8°. , fig.
On trouve des extraits de la relation
d'Ellis dans les tomes XIV et XV de
Y Histoire générale des voya'^es et
dans plusieurs recueils, f /ouvrage d'El-
lis commence par une histoire des ten-
tatives faites jusqu'en 1746 pour la
decouvcrie du passage du nord ouest.
Malgré le mauvais succès de l'entre-
prise , il revint en Angleterre , con-
vaincu que l'on n'avait pas pris tous les
moyens de s'assurer de la réalité du
passage. Il termine son livre par l'ex-
position des motifs qui le faisaient
per.sisler dans son opinion. Il ne man-
qua |)as decoiitradicleurs, même par-
mi ceux qui avaient fait le voyage avec
lui. Un anotivine fil paraître l'ouvrage
suivant : Belation d'un voyage en-
trepris pour la découverte d'un pas-
sage au nord ouest , pour pénétrer
par le détroit d'Ilttdson à Vocéan
occidental et méridional, par Vécri-
vain de la Californie , Londres ,
*74o> ^ vol. in-B"., certes et fig.:
ce livre n'offre en quelque sorte d'un
bout à l'autre qu'une réfutation de cc-
ELL
lui d'Ellis. L'anteiu- manifesta beau-
coup d'aigreur rontre Eilis et contre
le capitaine du Dobbs, et l'intenùon
de prouver que le capitaine et l'équi-
page de la Californie ont rendu de
plus grands services dans celte expé-
dition. Il assure qu'il a dès le principe
écrit de sa main ou aidé à rédiger tous
les documents originaux relatifs à ce
voyage, tandis qu'Ellis n'a eu en main
que les copies; enfin, que ce dernier
n'était pas l'agent du comité du nord-
ouest , et qu'il n'était parli qu'en qua-
lité de dessiualeur et de minéralogiste.
L'anonyme, en parlant des sauvages,
a copié de longs passages de Lafiiau.
Si carte des parages du nord-ouest
de la baie d'Hudson est plus exacte que
celle d'Ellis. Il est d'a'.lleurs d'accord
avec ce dernier pour les faits princi-
paux , et convif^nt que l'on n'a pas
exploré assez soigneusement toutes les
ouvertures qui se sont présentées. Du
reste , il partage l'idée du capitaine
Middicton sur l'existence d'une mer
glaciale, qui, parlant de la baie I{e-
pulse , unit la baie Welcome à celle
de Baffiu et au détroit d'Hudson. Ce-
pendant il croit à la réalité du passage,
qu'il fondestn- la relation de l'amiral de
Fonte. Aujourd'hui l'on n'a plus à con-
cilier des opinions opposées concer-
nant ce passage. Les voyages de Hearne
et de Mackenzieont prouvé qu'il n'exis-
tait pas dans les parages où ses par-
tisans le supposaient , et que si l'océan
baigne de tous cotés l'Amérique au
nord , c'est à une latitude si élevée ,
que celle conimuniealinn d'une nier
à l'autre ne peut servir à la navigation.
Ellis hit récompensé de ses services
dans la maruie par les places de gou-
verneur de la Nouvelle-York , et en-
suite de la Géorgie. Etant dans cette
province, il écrivit à Jean Eliis une
lettre sur la chaleur qui y règne. Elle
est insérée dans W4nnual regislei de
ELL
1760. Sa sanlé l'ayant forcé de re-
venir on Europe , il parcourut le midi
de la France et l'itijiie, où il paraît
qu'il se fixa. Suizer, célèbre lillc'ra-
teur allemand, le rencontra à Mar-
seille en I 7^5. Ellis lui dit qu'il avait
renonce' aux courses maritimes , et
«[u'il consacrait son loisir aux voya-
ges sur le continent. 11 e'iait à Napics
en 1 8o5 , et s'y occupait encore de
recliercbes relatives à la marine. Il
clait membre de la société' royale de
Londres. E — s.
ELLIS ( Guillaume ), cbirui-gien
anglais, eleve' à l'université de Cam-
bridge, dont il paraît qu'il fut asso-
cié , accompagna le capitaine Cook
dans son 5". voyage , en qualité d'aide
chirurgien des deux bàiiments de cette
cxpodilion. Deux ans après son re-
tour, il publia la relation de ce voyage
sous le titre suivant : Bécil authen-
tique d'un voj a{^e fait par le ca-
pitaine Cook et le capitaine Clerke
dans les Vaisseaux du roi la Réso-
lution el la Découverte , durant les
années i-jG, 1777,1778, 1779 et
1 780 , à la recherche d'un passage
au nord-ouest entre les continents
d'Asie et d'Amérique, contenant un
exposé fidèle de toutes leurs décou-
vertes, et de la mort malheureuse
du capitaine Cook , Londres , i 78'2 ,
2 vol. in-8'. , avec une carte et des
planches gravées. Deux autres rela-
tions de ce voyage mémorable avaient
déjà été imprimées , et celle qui était
rédigée d'après les journaux des ca-
pitaines de Texpédilion n'avait pas
encore paru , lorsqu'Ellis publia la
sienne. Elle est de beaucoup préfé-
rable aux deux qui l'avaient précédée.
Ou reconnaît en la lisant que l'au-
teur avait tenu durant le voyage un
journal bien en régie, qui a servi de
base à son livre. Elle est écrite avec
méthode, offre les objets sous leur
E L h 89
Te'rilable point de vu^ , ne fatigue pas
le lecteur de reflexions oiseuses , et
a pour les personnes qui cultivent l'c-
tudc de l'histoire nalnielle, l'avantage
bien réel de désigner les productions
de la nature par des dénominations
convenables. Le style en est simple
et généralement pur , coulant , grave
el adapté au sujet. Les gravures sont
bien dessinées elcxacles, les portraits
des naturels du pays décrits ont le
caractère propre qui les distingue cha-
cun. 'La carte, qui est de petite di-
mension , ne contient que la partie da
voyage qui a eu lieu entre le 100'.
et le 160' . degié de longitude à l'ouest
de Greenwith : on {wjurrait y dé>irer
plus de précision dans la position do
plusieurs points , qui n'e>t pas tou-
jours bien d'accord avec celle que leur
assigne le texte. Ellis assure que ce
ce qui hâta la mort de G)ok. , fut qu'à
l'instant où ce navigateur voulait con-
duire à bord le roi d'Owhvhée, les
naturels apprirent qu'un de leurs chefs
venait d'êtic tué dans une autre partie
de l'île. Cook ne voulut pas non plus
écouter les représentations réitérées
du lieutenant Philips: il semblait que
la fatalité l'aveuglait. La relation d'E!-
lis lui ayant acquis la réputation d'un
bon observateur , Joseph II lui fit
proposer des conditions avantageuses
pour s'embarquer sur un navire im-
périal destiné à entreprendre un voyage
de découvertes. Ellis vint en consé-
qence à Ostende en 1 78J ; mais il eut
le malheur de tomber du haut du
grand mât d'un navire, et mourut des
suites de cet accident. E — s.
EF^LIS ( Jean), poète angl.iis, né
à Londres en 1698, fut élevé dans
diverses écoles particulières où il ma-
nifesta son goijt précoce pour la poésie,
par des tradurtions du latin en vers
anglais. Il entra ensuite en qualité de
clerc chez un notaire qui lui laissa son
î)o E L L
ëliulcconioinlnnciitavecsonfîls. I/as-
sidiiilJii'Eilis aux travaux de sa pro-
fession ne l'cmpcclia pas de se livrer
à son goût pour la litlcrature, et de
cultiver la société des gens de lettres
cl des gens du monde les ])!us distin-
gues, tels que le docteur King et le lord
One ry son élève , Moses Mcndez ,
Saiiiiiël Johnson, Boswell , etc. vSa-
Diuël JoliBSon, qui dînait chez E!!is
«ue fuis par semaine , remarquait
comme une chose singulière , que c'é-
tait à la { ;b!e d'un notaire qu'il avait
CDfendii ia conversation la plus ap-
profondie sur des objets de littéra-
ture. Ellis avait une mémoire très-
heureus?, et on l'a ent.onclupliis d'une
fois, à l'àgcde plusdequ:ilrc-vingt huit
ans , re'i'iler de suite , avec beaucoup
d'exactitude, d'énergie (t de vivacité,
des morceaux de ])oésie d'une cen-
taine do vers. 11 lut choisi , en i n5o ,
membre du cons<il conmiun , fut
nommcquatre fois maître de la coTupa-
gnie desnolaircs,etrevclude plusieurs
distinctions honorables. 11 mourut en
179*2, âgé de quatre-vingt-quatorze
ans, généralement estimé |)Our ses
qualités n)oralcs et surtout jiour sa
bienfaisance eiivers les pauvres. On
lui a reproché cependant une teinte
d'irréligion. Le docteur Wright ,
pasteur de la congrégalion de Jilack-
Friars , refusa un jour , sur quelques
rapports peu rondos ou peu impor-
tants , d'administrer la cène à une
femme qui se trouvait êtic parente
d'Eilis: «Tu n'as point de droit ici,
» lui dit le pasieur , Jésus connaît
» son lrou])eau. » Ce refus , et la ma-
nière dont il était esprinié, frappè-
rent tellement celte femme qu'elle en
devint follf. Ellis la fit recevoir à
Jfcdlam , où elle inourui ; et il écri-
vit à celle occasion une pièce de ver*
satiriques inlilulée : J.a coir^rèi'^a-
Uon de Blackfiiars, <pii paru! dans
ELL
un journal du temps, et dont quel-
ques membres de cette congrégation
se vengèrent en cassant ses vitres.
Ellis , indifférent à la réputation lit-
téraire, a fiit in)primer fort pou de
ses productions. Le plus considérable
de ses ouvrages est une traduction
des épîires d'Ovide , dont le docteur
Johnson f lisait beaucoup de cas; le
docteur King disait que : « ce n'était
» pas Ellis, mais Ovide lui-même
» qu'on lisait. » Cette traduction ne
paraît pas avoir été imprimée, non
plus que le Bei'e de la mer du Sud ,.
rn vers luiclil;rasliqiies, écrit en i '■20;
la traduction du Teinplum lihertalis
du docteur King; celle de quelques
parties des Métamorphoses d'Ovide ;.
Esope et Caton rais en vers anglais, et
nombre d'autres écrits. Parmi ceux
qui ont été rendus publics , on cite :
\.la Surprise, ou le Gentilhomme
devenu apothicaire , d'après une tra-
duction latine d'un cor.te en pro.NC
écrit originairement en français ,
^']~^^), in-i'i.; II. Une parodie du
chant ajouté h T^'K'iWe, par l\Taf-
fée, l'ISS; 111. Quelques pièces fu-
gitives dans le recueil de Uodslev.
S— b.
ELLROD ( GERiHAm-AuGusTE ),
savant jdiilologue, et professeur d'é-
loqu(nce et de poésie a Bayreut et à
Eiimg, en \']!\'i-., nommé surinleu-
daut-génoral de la principauté de Bay-
reut en 174^^5 ^tifiit né dans la même
ville en 1709, et y mourut le 5 juillet
1760. On a de lui soixante- treize
opuscules ou dissertations académi-
ques, dont on peut voir les titres dans
le dictionnaire de Mcusel. Nous indi-
querons seulement les suivants : I. Dé-
cadente lalinttate orlhodoxia: nO"
xid, IJavreut , 17'27, ii'-i'-î ^ï- ^^
Mctnnrahililnis bibliothecœ /leils-
bronne/Lsis , ilml. , 1 73c)-4 ' 3 parties
in fui.; lil. Nùni M. T. Cicero in-
ELL
'eniendœ iypographices occasionem
iederit, ibid. , 17 + 1» in-fol. On peut
?oir so!î c'Ioge funèbre publié sous ce
[itre : L. J. J. Langii oratio pane-
^yrica piis manibus Kllrodi dicta ,
BayiTut, 1760, in-l'ol. C. M. P.
Ël.LWOOD (Thomas), "n des
premiers quakers qui se soient f.iil
couiidître par leurs écrits , naquit ( u
1659 au villipie de CrowcU, près de
Thauie, dans le comté d'Oxford. Son
père était un ju£;e de paix connu par
sa sévérité; après l'avoir mis dans «ne
école , n'ayant pas de quoi l'y soute-
nir, il l'on retira; en sorte qu'Elhvood
perdit bientôt lepeu de connaissaoces
qu'il avait pu y acquérir ; à l'âge de
vingt-un ans , invité à une assemblée
de quakers , il en reçut une telle im-
pression qu'il embrassa bientôt après
leurs opinions, non sans une violente
opposition de la part de son père,
qui entrait surtout en fureur lors-
qu'il le voyait s'asseoir à sa table lo
chapeau sur la tète et s'entendait tu-
toyer par lui. Eltwood en essuya les
plus mauvais traiteraeuts, et fut pres-
que fout un hiver prisonnier d.ins sa
chambre. Kendii à la lil)erlé , il pas-
sait son temps dans la cuisine de son
père, pour lui épargner les accès de
colère oii le mettait la vue de l'incivil
chapeau. En 16G0, n'ayant que vingt-
un ans, Ellwood publia un morceau
intitulé: alarme donnée aux pré-
ires, ou Message du ciel pour les
avertir. Vers cette époque , com-
mencèrent contre lui les persécutions,
mais sans beaucoup de rigueur. Mis
en prison plusieurs fois , il en sortit
très-prornptement; et une fois , selon
les principes des premiers quakers,
ayant refusé de donner caution, il fut
laissé en liberté sursa simple promesse.
Ardent pour la défense de la cause
qu'il avait embrassée , et voulant re-
médier à son défaut d'éducation , il
ELL 0'
obtint que Milton , alors aveugle , !e
prît pour son lecteur. 11 lui lisait des
livres latins. « L'oreille délicate de
» Milton , dit Elhvood , savait démc-
i> 1er, au ton de ma voix, quand je
» n'entendais pas clairemevil ce que
» je lisais ; dans ces occasions , il
M m'arrêtait pour ra'ioterroger, et
» m'cxpliquer les passages difficiles.»
Ellwood assure que c'est à une obser-
vation qu'il fit à Milton sur le Paradis
perdu, r\\\c\e poète a dû l'idée du Pa-
radis reconquis. L'obligation ne se-
rait pas grande. La sauté d'Ellwood ,
qui ne pouvait s'accommoder de l'air
de Londres , l'ayant obligé à quitter
Milton , il fut quelque temps précep-
teur des enfaiis d'isaac Penning'on ,
personnage considérable parmi les
quakers. 11 «c miria en i06<), et scq
père , qui avait promis de lui assurer
quelque bien , ayant appris que ce
mariage se ferait suivant l'usage des
quakers, et non suivant la liturgie
établie, se rétracta et ne voulut plus
rien donner. Il publia, en 1705, la
première partie de T Histoire sacrée^
ou la partie historique de V Ancien-
Testament, et en 1709 la seconde
partie qui contient le Nouveau-Tes-
tament. Ses autres ouvrages sont des
écrits de controverse. On v trouve de
l'esprit et une assez grande connais-
sance de l'histoire ecclésiastique. Il a
fait aussi des vers beaucoup plus
pieux que poétiques , entre autres
une Davidéide en 5 livres, 1 712. Il
mourut le i '>". mai-s 1 7 1 3 , âgé d'envi-
ron soixante-quatorze ans. C'est lui qui
transcrivit et prépara pour Timpres-
sionle journal que George Fox a laissé
sur les événements de sa vie , et qui
a été publié en i(3f)4 1 ^^<^c une loa»
gue préface par Guillaume P< nn.
X — s.
ELLYS ( AwToiNE ), tWologicii
anglais , naquit en iôqS , fut élevé %
02 E L L
Cjmbi'ic!ge , prit les oixlrcs et fut nom-
me successivement à plusieurs beué-
fices. Son premier ouvrage fut : Une
Défense de l'examen sacramentel ,
comme étant une juste sécurité pour
réglise établie, 1736, in-4". Cet
ouvrage était dirige contre les disscn-
ters, en faveur de l'o'glise anglicane,
qu'il passâ sa vie à défendre , soit
contre eux , soit contre les catholi-
ques , mais avec une modération bien
rare parmi les controversistes.» Ilpen-
» sait, disent les éditeurs de ses œu-
» vres posthumes, que persécuter, eût-
» on la raison de son côté , est bien
» pis que d'avoir tort; » principe mé-
ritoire dans un homme qui défen-
dait la religion dominante. Du reste,
on peut dire qu'il n'assista pas au
combat, ayant employé la plus grande
partie de sa vie à consigner ses opi-
nions dans un ouvrage qui ne parut
qu'après sa mort , et dont cependant
la réputation, répandue de son vivant,
lui valut l'évêché deSf.-David, auquel
il fut nommé en i^S'i. Il mourut à
Glocester en 1761 , âgé de soixante-
huit ans. En i'jGj parut iu-4". Ij
première partie de son ouvrage , sous
le titre de Traité sur la liberté spi-
rituelle et temporelle des prolestants
en Angleterre. La seconde parut eu
1 765 , et fut intitulée Traité sur la
liberté spirituelle et temporelle des
sujets en Angleterre; la première
ayant principalement pour objet d'éta-
blir le droit qu'avaient eu les protes-
tants de chajiger leur doctrine, contre
les prétention' de l'église de Home; la
seconde, destinée à luaiulenir la liberté
religieuse dans les rapports des sujets
avec le gouvernement. Cet ouvrage est
estimé des protestants. On a aussi
d'EIlys des Remarques sur un essai
de David Ilume, concernant les mi-
racles, I 75';'., in-4"., ^^ quelques ser-
inons imprimes séparément. X — s.
EL M
ELMACIN, ou ELMAKYN
( George) , connu en Orient sous le
nom d Ibn-Amid , clirélicn ,d'Egy[)tc,
naquit en 620 de l'hégyre ( i^'iS de
J.-C.), et mourut à Damas en 673
de la même ère ( i'i75 de J. -C. ) 11
occupa la place de keiib ou éciivaiu
à la cour dcssulthans d'Egvpte; c'était
un genre d'emploi qui était ordinaire-
ment rempli par des chrétiens. Kl-
macin est auteur d'une histoire arabe
très célèbre en Europe , qui com-
mence à la création du monde et ar-
rive jusqu'au milieu du i5 . siècle de
notre ère. Erpenius en a publié une
partie sous ce titre : Historia sarU'
cenica qud res gestce Muslimorum ,
inde à Muhammede primo impe-
rii et religionis Muilimicce auc-
tore , usque ad initium imperii Ata-
becœi , perXLIX imperatnrum suc-
cessioncm fidelissimè explicnntur ,
insertis eliam passim christianorum
rébus in Orientis potissimum eccle-
siis eodem tempère gesti?. Arabice
olim exarata, à G. Ebnacino et la-
tinè reddita, Leyde, i()2 5, in 1-8".
Le texte latin a été imprimé scp.iré-
ment la même année, ib., in-4"- ^'
existe uneédiion qui ne contient que
le texte arabe, et paraît avoir élé
faite |)0ur les chrétiens du Levant;
elle est précédée d'une épître aral)e
adressée au docteur Lanceiot An-
drews, Leyde, i(>'25. l/épîlre est
de Golius. Cette histoire, ainsi que
rindi(|ue le titre , comnienrc à la
naissance de M.ihomet. Dans le ma-
nuscrit de la bibliothèque d'Ileidcl-
berg, dont Erpenius s'est servi , elle
finit à l'an 573 de rhégyre( 1 197 de
J.-C); mais dans le texte imprimé
elle s'arrête à l'an 5 11 ( 1 1 18). ï>a
mort du traducteur en fit suspeiub e
l'impression à celle époque. Ce fut
Golius qui la mit au joiuet en com-
posa la préface. Ou peut juger celle
EL M
ïisJoire imprimée sous le rapport de
>ou mcrilc iiitriusèque et sous le rap-
port de la fidélilé de la traduclion et
le II pureté' du texte. Elmacin a été
jugé très sèvcicment par Reoaudot.
« li doit, dit ce savant , sa grande ré-
» putation en Europe à Erpenius ,
» et cette réputation est 1res taihie ou
» même nulle en Orient, non point
» à cause de la religion de l'auteur,
» mais parce que son histoire inan-
» que de cette variété' qui charme les
» Arabesj à peine parlc-t-il des plus
» grands hommes. » Ce reproche est
facile à ri-pousser. Elmacin n'a point
écrit préciscraent une chronique, mais
une histoire, et la marche qu'il a sui-
vie ne l'obligeait point à rapporter à
la un de chaque année la mort des
personnages de distinction. Mir-
khond, l'un des historiens persans
les plus estimés, parle rarement et
par occasion seulement des grands
hommes ou des écrivains célèbres,
sans que son ouvrage en ait moins de
mérite. Elmacin a suivi pour gtiile
le Tabari, l'un des plus célèbres his-
toriens qu'aient eus les Arabes ; s'il a
donnétroppeu d'étendue à son his-
toire , elle n'en est pas moins pré-
cieuse et importante par les faits dont
elle nous transmet les époques , et
jusqu'à ce que l'on publie queiques-
uns des grands monuments litté-
raires et hi^to^iques laissés par les
Arabes , cet ouvrage sera consulte
avec fruit. Les reproches adressés par
le même savant et par Reiske au tra-
ducteur sont plus fondés. La Induc-
tion d'Erpenius et le texte publié par
lui offrent beaucoup d'erreurs et de
contre-sens ; mais n'oublions point
qu'Erpenius travailla sur un manus-
crit fautif sans pouvoir le collalion-
ner ; souvenons-nous qu'à l'époque
où il vécut, U critique orientale n'était
point uée, et qu'il avait très peu de
E L M 93
secours pour s'éclairer et se guider
dans ses travaux. Reiske, daus ses
notes sur Aboulfeda et ailleurs, a cor-
rigé souvent le texte d'Elmacin ,
ainsi que M. Kohler à ta suite de ses
notes sur Thcocrile, Lubec, 1767,
\nS .Ce dernier critique a publié des
observations beaucoup plus amples
sur le tex'e arabe , dans le répertoire
de INL Eichhoru, p,aî. U , VII,
V1II,X1.XIV,XV1L Ou conser\o
à Oxfard les notes manuscrites d'Er-
peuius sur Elmacin , et la Bibliothè-
que d« Maph. Pinelli reufcrmùt un
exemplaire de l'édition iniprunée ,
chargé de notes marginales qu'o!i
croit être d'Erpcnius. La chrestoma-
thic arabe d'Hezel contient quelques
fragments de l'histoire d'Elm.icin ,
dont Hottinger a fait un fréquent
usage dans ses ouvrages, et qui
existe manuscrite dans quelques Bi-
bliothèques de l'Europe. Enfin Vat-
tier a traduit et publié la partie don-
née par Erpenius sous ce titre :
Y Histoire maJiomélane , ou les qua-
rante-neuf chalifes du Macine , etc. y
Paris, 1GJ7, in-.V'. Il est facile de
s'apercevoir qu'il a suivi fidèlement
la traduction latine. Th. Hydc , dans
le Catalogue des Uvres imprimés
de la BibliotJièque d' Oxford, fait
mention d'une traducfiou anglaise,
Londres, i6i6, in-8''. J — n.
ELMENHORST ( Geverh^rt ou
Gerhart ) critique distingué, et célè-
bre philologue , naquit à Hambourg
vers la fin du lô"". siècle, et mourut en
1O21. Il avait étudié à Leyde. Voèt
rend hommage à l'exactitude labo-
rieuse de sa critique et à sa vaste
érudition : rirum diligenlissimum et
difjusissitnœ lectionis. On a de lui :
I. Des notes sur Arnobe ; H^nau, in-
8\ i6o5; 11. Sur le traité de Gen-
nade , de ccclesiasticis dogmatibus ,
Hambourg, in - 4"'-7 i6i4. UkS»?
94 E L
Minitcius Félix ; ce dernier ouvrage
suscita nue querelle entre Elmenborst
et Jean Wouwcr, qui publia presque
eu même temps un comuieufairc sur
cet auteur. Les deux savants s'en rap-
portèrent à Scalij^er, dont la décision
i](! fut point favorable a Elmenborst.
L'un et l'autre commentaires se trou-
veii! reunis dans le Minitcius vario-
Tum , Leyde , in-8'., iO'j'2. IV. Des
ÎS'otCJ sur les deux lettres de S. Mar-
tial, evèquc de Limoge, à ceux de
Bourdeaiis et de Toulouse; V. le Ta-
bleau de Cébès , avec la version la-
tine et les notes de Caselius ( Fcy.
CuESSEL ), Leyde, 1618. VL Enfin,
itn Comn>enlairc sur Apulëc, Franc-
fort, in-8'. , 1621. Elmenborst mou-
rut pendant fim pression de l'ouvrage.
On lui doit encore les c'dilions des
opuscules de Proclus , de Sidoine
Apollinaire, et du iSjniflij'/Jia de Jean
Wonwer, sur la traduction grecque
et latine delà Bible. 11 avait laisse en
manuscrits les actes latins du concile
de Cbalcedoinc , et les sept livres de
i'bistoirc de Paul Orose, collationne'e
sur d'anciens manuscrits. A — D — R.
ELOI ( S. ), ëvêque de Noyon,
naquit à Cadillac, à deux lieues de
Limoges , vers l'année 588. Ayant
uianiiëste, des sa jeunesse, un pen-
chant décide' pour les arts du dessin ,
son père le plaça chez le préfet de la
monnaie de Limoges, où en peu de
temps , il fit de très grands progrès
dans l'orfèvrerie. Etant entre ensuite
chez Bobbon trésorier du roi Clo-
taire 11 , ce prince qui avait e'tc à por-
tée de l'apprécier le nomma son mo-
nétaire, elDagobert, son successeur,
le fit son trésorier. Ces deux souve-
rains lui fournirent les moyens de
développer ses talents en lui confiant
l'éxecution de très ricbes et de très
importants ouvrages. Il fut cbargc ,
tnUe autres objets, de h composi-
ELO
tion des bas-reliefs qui ornaient le
tombeau de S. Germain , cvêque de
Paris , mort en 676. Il exécuta , pour
le roi Clotaire, deux sièges d'or enri-
chis de pierreries , qui passèrent alors
pour des chefs-d'œuvre , ce qui prou-
ve qu'à cette e'poque le luxe avait déjà
fait de grands progrès en France. De'-
goûtc' de la vie mondaine, Eloi , de
tout temps très pieux , voulut se re-
tirer du monde , et alla s'ensevelir
dans un monastère , d'où cependant
il fut tire', en l'anne'e 64 o , pour être
placé sur le sie'ge de Noyon. Malgré
son exactitude à remplir tous les de-
voirs de l'épiscopat , il trouva encore
le temps de se livrer à ses occupations
ordinaires , et il exécuta à celte épo-
que un grand nombre de chasses des-
tinées à renfermer les reliques des
saints. Plusieurs de ces ouvrages exis-
taient encore avant la révohition. Ce
pieux evèquc cessa de vivre le i"". dé-
cembre (359. Il prêchait avec beau-
coup d'onction , et parut avec éclat
dans le concile de Châlons en 644.
Il fit plusieurs excursions évangéli-
ques , pour aller prêcher la foi aux
idolâtres, notamment dans le Brabant.
S. Oucn , contemporain et ami de
S. Eloi, a écrit sa Vie. L'abbé la Ro-
que en a donné une traduction , en
169J, qu'il a. enrichie de seize Ho-
mélies qui portent le nom de ce S. cvê-
que, et dont plusieurs, sans ountre-
dil, sont sorties de sa plume. P — b.
ELOY ( Nicolas -François -Jo-
seph }, né à Mons le '.>.o septembre
1714, fut médecin ordinaire du
prince Charles J« Lorraine et de Bar,
et pensioiniairc de la ville de Mons.
11 y est mort le 10 mars 1788. Ou
a de lui ; I. lie/lexions sur l'usasse
du Thé, 1750. in-r^.; \\. Diction-
naire historique de la médecine avec
Vhistoire des plus célèbres médecins,
Liège, 17^5, '1. vol. iu-8'. : c'était
ELP
on essai que faisait Tinlcur, qui d'>
puis a reproduit cet ouvrage sous le
liîre de Dictionnaire historique de
la médecine ancienne et moderne ,
Muns, i7-;3, 4 vol. iu-4'. On petit
dire que c'est u» ouvr.T;;e nouveau;
l'auteur lui-raèiue l'a tellement scuti ,
qu'il ne donna pas cette édition comme
une seconde. Le Dictiontiaire iS^\oj
a sur la Bibliothèque de (iarrcrc ( voy.
CarrÈre ) l'avantage d'être acheté :
Eloy convientavoir prolitcf quelquefois
du travail de son concurrent 11 ta
relevé assez aigrement les erreurs ,
mais n'en est pas exempt lui-même.
Eloy n'a pas commis de f3ute^ aussi
graves que Carrère; c'est tlouc à tort
que l'on a fait dire à un bibliographe
que les articles de ce dernier étaient
plus exacts et plus complets. Il existe
une traduction italienne de la première
édition de l'ouvrage d'Eloy •• les ad-
ditions du traducteur ont porté ce dic-
liounairc à •; vol. in-8'., qui ont paru
en l'^Gi et années suivantes. III.
Cours élémentaire des accouche-
ments , 1775, in-ia; IV. Mémoire
sur la marche, la nature, les caus'.s
et le traitement de La drssenterie ,
1-80, in-8'. ; V. Question médico-
polili'jue : Si l'usasse du café est
avantageux à la santé , et s'il peut
Sô concilier avec le hien de l'état
dans les provinces belgi(ptes7 1 7B1 ,
in-8«. A. D— T.
ELPHINSTON ( Guillaume ),
naquit à Glascow , vers l'an i45i. U
fut élevé dans l'université de cette
ville; il viut ensuite étudier à l'uni-
versité de Paris , oii il fut nomme pro-
fesseur de droit canon. Il exerça cette
fjnction durant six. années avec un
grand succès; après quoi , étant re-
tourné dans son pays natal où il prit
les ordres, il fut nommé officiai de
Glascow, ensuite de St- André, puis
tuejabre da cunacil du rui Jacques,
ELP iP
en France, avec l'évêquc de Dunkeld
et le comte de Buchau , pô«jr con-
cilier les didcrcnds qui s'étaient éle-
vés entre Louis XI et le roi d'Kcosse.
En récompense de sa conduite dans
celte affdre, il obtint a son retour
l'évêclié de Ross, d'où i' passa, en
i484. j l'évêohc d'\bcrdeen. Il fut
fait en niê:ne temps chancelier da
royaume ; mais il se relira des af-
fiires dans le temps des troubles qui
agitèrent la fiu du règne de Jacques U I.
Jacques IV l'employa comme ambas-
sadeur auprès de l'empereur Maxi-
milien , dont il demandait Li fille en
mariage. Cette négociation échoua ; la
princesse était déjà promise ; mais
Elphinston rendit ce voyage utile à
son pays par les négociations qu'il y
entama avec les Hollandais , depuis
long-temps ennemis des Ecossais. Il
jouit le reste de sa vie d'une haut»
considération à la cour, et eut part à
toutes les grandes affaires qui s'y trai-
tèrent de son temps. Il protégea les
sciences , et contribua beaucoup, tant
par son crédit que par ses soins et ses
bienfaits , à élever l'université d'Aber-
deen à un degré de prospérité dont
elle n'avait pas joui jusqu'aloi-s. En-
core plein de force et de vie , malgré
son grand âge , il mourut , en i ri 1 4 ,
du chagrin que lui causa la perte de
la b itaille de Flodden Field. Il c'iail
alors à:ié d'environ qu itre-vingt-frols
ans. C'était un homme d'un caractère
respectable, et assez s<ivant pour son
temps. Il a laissé une histoire de son
pays qui n'a jamais été imprimée, et
dont le meilleur manuscrit e<t déposé
à ia bibliothèque Bi>dléieiine, à Ox-
ford. S — D.
l- LPHÏNSTON (Jacques) , grasn.
mairien , né à Etlimbourg en 17'ii,
étudia à l'université de cette ville, et
fut, di'S l'âge dedix-sepl ans, gouver-
acqr de lord Blantyre. Il parcourut la
f)0 ELP
Hollande et leBrabaiit, et résida assez
longtemps à Paris -, dans la maison
de Tiiomas Carte , l'historien , son
compatriote et son compagnon de
voyage; il y acquit l'usage de la lan-
gue française , au point de pouvoir
« l'écrire ( suivant Micliols , sou ami )
» avec autant de facilité et d'élégance
» que les Français qui écrivent le
» mieux. » Etant revenu en Ecosse ,
il reprit son premier emploi d'institu-
teur. Le zèle qu'il mit, en i']5o , à
répandre dans son pays le Rambler,
lui gagna l'amitié du célèbre docteur
Johnson. Une partie seulement des
vers latins qui servent d'épigraphes
aux essais qui composent cet ouvrage
périodique , étaient accompagnés de
traductions tirées de Dryden, Pope,
Cruch , etc. Elphinston , en publiant
ime nouvelle édition du Rambler ,
suppléa à ce qui manquait à cet égard,
ft ses traductions , remarquables par
une précision énergique, ont été de-
puis adoptées par Johnson, qui les a
conservées dans les éditions suivan-
tes de son ouvrage. Elphinston vint
s'établir quelque temps après en An-
gleterre, d'iibord à Brompton , et en-
suite à Kcnsiugton , où il tint une
école jusqu'en i-i-^O. En 17 55, il pu-
blia une traduction en vtrs du poème
de la Religion, de Louis Kaeine; tra-
duction qui eut le suffrage d'Yonng et
de Richardsou. Il publia m i 755, en
tt volumes in-i-i , une Analyse des
Langues française et anglaise ; en
l'jGô, un poème sur \^ Education;
et en 1 r{\,\ , un Recueil de poëmes
tirés des meilleurs auteurs , adaptés
à lowi les âges, mais particulière-
ment destinés à former le goût de la
jeunesse , un vol. iu-8'. Ce n'est pas
une légère présomption, même dans
un Ecossais, que d'avoir adnns , com-
me il l'a fait, ses projnes poésies par-
mi celles des meilleurs auteurs. Mais
ELP
Elphinston , en ne prenant pas ce qu'il
y avait de meilleur dans les meilleurs
auteurs, s'est moins exposé à perdre
par le voisinage. Il fît paraître en 1 7G4,
les Principes raisonnes de la Langue
anglaise ,onla Grammaire anglaise
réduite à l'analogie, 2 vol. in- 12.
Cet ouvrage , où l'on trouvait des re-
cherches intéressantes sur la langue
anglaise, avait pour objet essentiel
de changer le système de l'orthogra-
phe, en la rendant absolument con-
forme à la pi-ononciation , sans aucun
respect pour l'étymologie. Les yeux
anglais furent choqués d'une pa-
reille innovation, et rien n'était plus
propre à la faire rejeter prornptement,
que l'application qu'Ëlphinston lui-
même en fît non seulement à ses ou-
vrages, mais encore aux éditions qu'il
a données d'ouvrages anciens. H pu-
blia l'année suivante un abrégé des
Principes raisonnes de la Langue
anglaise, pour l'usage des écoles;
cl en 17(37 , un recueil intitulé: Fers
anglais, français et latins, in-fol.
Ayant fait un voyage en Ecosse, il
donna publiquement , vers l'an 1 779,
une suite de leçons sur la langue an-
glaise, d'abord à Edimbourg, et en-
suite dans l'université de Glascow.
Il avait annoncé eu 177G une traduc-
tion en vers des Epigrammes deMar-
tial, avec un commentaire : elle parut
en 178*, en un vol. in-4''. ; et il donna
en 1 785 une édition de l'auteur ori-
ginal , où les epigrammes sont clas-
sées dans un nouvel ordre, et qui est
précédée d'une introduction à la lec-
ture des poètes. Elphmston développa
davantage si'U svstème d'oithographe
dans un traité qui parut en 1786,
sous un litre que nous n'essayerons
point de traduire ; Proprietj ascer-
tained in fier picture , or english
speech and spelling reduced mulual
guides, a vol. ia-4". Uu dci ou vragcs
ELP
qu'on doit le plus regretter de voir
défigure' par sa inëtliode d'orîhogra-
phier , est sa correspondance avec des
hommes très distingues dîns les scien-
ces et daus les lettres; elle fut impri-
mée en 1 7<) i , en 6 vol. iu-8°. , mais
fut ensuite augmentée de deu\ autres
volumes, et publiée en 1794? sous le
titre suivant , que nous donnons d'a-
bord en anglais , comme un cchan'il-
lon de son orthographe : Fifly rears
eorrespondence , in^lishfrench and
lallin , in proze and verse , betwcen
Reniasses ov hoath sexes and James
Elphimton. {Corresporulance de cin-
quante années^ en anglais , en fran-
çais et en latin , en prose et en vers,
entre des littérateurs des deux sexes
et Jacques Elphinston , avec un por-
trait d'Ëlphinston et un autre de
Martial ). Ou y remarque partirulic-
rcmcnt des lettres de 5^muel Jolm-
Son ,du docieur Jortin, de Benjamin
Francklin et de Mackeiiiie , auteur de
¥ Homme sensible { the nian of fee-
ling ) , et quelques lettres en fran-
çais, par Driîeville, membre de la
convention. Elphinston donna, la raê-
ine année, une Traduction en vers an-
glais , avec le texte en regard , des
poètes moralistes latins, Publius Sv-
rus, Libcrius, Séncque, Citon , etc.,
in- 12. En i';84, il avait épousé eu
secondes noces une femme beaucoup
plus jeune que lui , et avec laquelle il
•vécut encore vingt-cinq ans dans l'u-
Bion la plus parfaite. Il mourut à H im-
mersmith , le 8 octobre 1 809 , âgé de
près de quatre-vingt-neuf ans. C'était
un homme d'une société agréable ,
quoiqu'un peu origin.il dans son ex-
térieur. Il y avait trois choses qui ne
manquaient jamais de le faire sortir
de son caractère , un jurement , une
pronouci^jtion défectueuse, et unctcnue
indécente chez les femmes. La mode
n'avait aucune influence sur la forme
XIII.
ELP 97
de ses habits , toujours faits sur le
modèle de ceux qu'il portait à son re-
tour de France, o Le temps , écrivait-il
» à un de ses amis en 1 782 , le temps
» n'a pas plus changé mon cœur que
» mon costume, n On reconnaît dans
ses ouvrages , et surtout dans ses let-
tres , de la sensibilité et du tilenl com-
me écrivain, malgré Icde.iavantage que
lui donne l'cfnploi trop fréquent des
inversions, iMais ce qui a sans doute le
plus nui à sa réputitiou littéraire , à
laquelle il survécut long-temps , c'est
son orthographe , qni a rendu la lec-
ture de ses ouvrages rehutante pour
ses compatriotes. G?pendant l'applica-
tion qu'il en a faite n'est pas un tra-
vail inutile; et, comme l'a observé un
critique anglais, ce sera pour les étran-
gers et pour la postérité un tvpe de
ce qu'était la pronondation anglaise
au temps où l'auteur a écrit. On cite
auvsi de lui une traductiou d'un ou-
vrage de liossuet, et quchjues écrits
polémiques en réponse à certains jour-
nalistes qui lui avaient montré une
grande malveiilauce. Pen de temps
après le second maiiaged'EIpliinston ,
son frère , alors embarqué pour les
Grandes -] ndcs , voulant écrire à sa
belle sœur, mais manquant des movens
de lui faire parvenir sa leUrc, s'avisa
de h renfermer dans une bouteille
vide qu'il ]. ta à la mer. Celte bouteille
fut retirée neuf mois après par des
pêcheurs sur la cote de Normandie ,
près (\n B iveux. X — s,
ELPIDIUS ou HELPIDIUS
( RusTiccs ) , diacre de l'éçilise de
Lyon dans le 6^ siècle, s'appliqua
à la médecine, et v fit des progrès
très remarquables pour cette épù>|ue.
Théodoric, roi des Osirogoths, h- lir
venir à sa cour, où il le traita avec
la plus grande distinction ; on croit
même que ce prince le revêtit de la
charge de que'.teur. Théodoric, comme
Ç)»
ELP
01^ sait, était arien; mais on ne voit
pas que son eslime pour Elpidius ait
souffert de la différence de leurs opi-
nions. Les devoirs de sa place obli|^e-
rent Elpidius à fixer sa demeure a
Arles, où il connut S. Cesaire. Il était
]\é avec les SS. Âvite , dvêque de
Mienne , et Ennodius , éveque de Fa-
vic. Une lettre que lui écrivit S. Âvite
et qu'on a conservée, prouve que sa
réputation comme médecin était fort
étendue; S. Ennodius le loue, dans
les sieunes, de l'agrément de son slvle
et de h clialeur de ses discours, t.1-
pidius, sur la fin de sa vie, se retira
à Spolète; il obtint deThéodonc une
somme pour réparer les édifices de
cette ville, endomma-és par les guer-
res, et mourut vers 555. U u a laisse
que deux ouvrages , très courts ; le
premier est un recueil des passages
dclaBJfcfeque les SS. PP. ont re-
connu s'appliquer à Jésus-Cinst ; le
second, un poëme sur les bienfaits
àii Sameur. La versification de ces
deux pièces est assez bonne, au )u-
rpment des critiques. Elles ont ete
imprimées dans le Poëlarum eccle-
slastic. thésaurus, de George Fabri-
cius, Bâle, i5ti'2, in-4;,dans la
Bihliolh. patrum, et enfin dans le
Carminum 5/^ec//«ea d André Uiyi-
«us,Leip/;.g,.05>.,in-8".,J.Alb.
>\,bricius pense que Ion doit dis-
tinguer Elpidius, médecin de Iheo-
doric, d'Epidins, questeur, auquel
il attribue les deux poèmes qui vien-
nent d'être cités; mais il ne donne
aucune raison à l'appui de son sen-
timent. „ W— s.
ELPIDIUS, rebelle, gouverneur
de Sicile, fut cl.arg:é pour la seconde
fois de cette i)lacc importante en •jHi ,
sous le rciînc d'Irène et de son fils
Constantin. A peine arrive dans son
.'ouvernement, Elpidms , gagne par
tes in^couteuts que le dcspulismc et
ELP
les cruautés d'Irène avaient formés,
fomenta lui-même la révolte des Sici-
liens. L'impératrice , aveTtie de ce
complot, envova l'écuver Théophile,
avec ordre d'arrêter Elpidms. Les Si-
ciliens s'opposèrent à l'exécution de
cet ordre, et coururent aux armes ;
mais la femme et les enfants d blpi-
dius, qui étaient restés à Conslanti-
nople, furent arrêtés, rasés, battus
de verges et jetés en prison. L eunu-
que Théodore , patrice et grand hom-
me de guerre, débarqua en Sicile
l'année suivante, dans le dessein de
réduire Elpidius ; celui-ci se défendit
avec valeur ; mais , vaincu dans plu-
sieurs combats, il rassembla ce qui Un
restait de richesses et d'amis , et s en-
Init avec eux chez les Sarrazms^ d A-
frique, qui lui mirent sur la tête la
couronne impériale , et le traitèrent
toute sa vie comme empereur. \ aiu
honneur, qui neput le dédommager
de la perte de sa famille et de la chute
de sa puissance. ''TTn- /'
F L P 1 î< I C E , fille de Miltiades ,
était mariée à Cimon son frère , lors-
que celui-ci fut mis en prison pour le
paiement de l'amende à laquelle son
père avait été condamne. Callias, le
Lcond de ce nom, étant devenu
amoureux d'elle, lui offrit de payer
cette amende si ellevoulaitl épouser;
Elpinice Y consentit. Tel est le récit
de Cornélius Népos, que beaucoup de
raisons doivent taire rejeter. Unix
qui avaient été condamnes a une
amende perdaient leurs droits de ci-
toven lorsqu'ils ne la payaient pas
dans le terme fixé; mais on ne con-
naît aucune loi qm permît de es em-
prisonner. D'un autre cote, M.ltiades
avait laissé une fortune considérable,
ainsi qu'on l'a T« à l'article Cmor».
On ne croira dcmc pas davantage ce
que dit Plutarque, d après d autres
auteurs, quç C.uxon l'épousa parce
ELR
que sa pauvreté rcmpêchait dctrotirer
un parti couvenahle à sa naissance. li
serait j)cut-ctre téme'raire de nier son
mariage avec son frère; ii paraît cer-
tain in effet qu'à Athènes , la loi per-
mettait d'épouser sa soeur de j»ère.
D'autres prétendent qu'elle viv^iit avec
lui dans un commerce illc'piiime, et
l'auteur du discours contre Alcibiade*,
faussement attribué à Andocides, dit
que ce fut la cause de l'exil de Ciniou.
Mais la cause de cet exil est connue,
«t ou l'a rue à l'article de ce général.
Suivant Plutarque et Athénée, elle se
prêta aux désirs de Pc'riclès, pour
qu'il ne s'opposât pas au retour de
son frère. Ils oublient que ce r-*ppel
est postérieur à l'an 456 av. J.-C. ,
et que Miltiades est mort l'an 4%) 7 ^^
sorte qu'Elpinicc devait avoir au
moins cinquante ans , puisqu'elle avait
épousé Citnon peu de temps après la
Hiort de sou père. Plutarque dit que
ses mœurs n'étaient pas très réglées,
que le peintre Poly^uote , qui avnit
e'ié son amant , l'avait représentée
sous la figure de I^odicé, Cl'.e de
Priam, dans un des tableaux du Pœ-
cile; mais on voit par les remarques
précédentes, qu'il n'y a rien de cer-
tain sur 5a vie. C. — b.
ELRICHSHAUSEN ( Charles ba-
ron DE ), «ïénéra! autrichien, était né
dans le pays de Wurtemberg. Il s'était
distingué dans la guerre de Sept ans
comme major général , et avait obtenu
le grade de général de cavaleiie, dans la
guérie pour la succession de Bavière;
il commandait, en 1778, nn corps
nombreuxavec lequel il arrèla les Prus-
siens qui tombaiint sur la Moravie et
les rppoussa. A Jaegerndorf et a Trop-
pau, il les cerna >i bien qu'ils eurent
beaucoup de peine à se retirer. L'em-
pereur, pour le récompenser de ce
servie -^iguilé, lui donna It crois de
commandeur de l'ordre de Marie-Tbè-
ELS 99
rèse, qu'il accompagna d'une lettre de
sa main. Elri.schshausen, consumé par
les fatigues , mourut à Pragtie le ij
juin 1779: son souverain lui fit éle-
ver uu tombeau avec une épilaphe k
sa lotiiDge. E— *.
ELSE ( Joseph ), c^imrcien an-
glais, attaché a l'hôpital SL-TlH-mas,
et membre de l'afadéraie royale de
chirurgie de Paris , jouissait de beau-
coup de réputation dans son art, ei a
pub'ié quflqii' s éciits estimés , sur
des sujets d»* chirurgie, partintlière-
roerjt uu Traité sur l'hydrocèle ,
( 1770 ), où il reccBoroande le traite-
ment par le caustique. Il mourut le 1 o
mars 1780. Ses ouvrages ont été
rcimprinoés ensemble, après sa mort,
1782, I vol. in 8'., parles soins de
George Vaux , chirurgien , qui y a
ajouté un appen'iix , contenant des
Obs'rrvations sur fh^rirocèle, avec
une comparaison des différentes mé'
thodes de trcàler cette maladie par
le caustique et le selon. Vaux y donne
la prétérence a la première. X — s.
ELSHOLZ ( Jeaî» - SiGisMOWD ) ,
médecin allemand qui cultiva . dan*
le 178. siècle, la botanique et b chi-
mie. Il nnquità Fr incfort-sur-l'Oder,
en i6'25, étudia dans l'université de
Padoue, ou il se fit rfccvoir docteur
en médecine en i655 . et motirut àr
lîeriin !e 19 février i683. 11 v avait
été appelé en i(>56 par l'électeur
de Brandebourg Frédéric - Guillau-
me, qui le nomma son premier mé-
decin , et lut doî>na la direction d'un
jardin de botanique , qu'il venait de
fonder. Il en publia le catalogue sojis
ce titre : Flora marchica, sive ca-
talogus ptanlarnni quœ pariim in
horlis electoralibus Marckiœ Bran-
dehurs^cœ , Bt-rolinensi , Àuran-
giburgico et Posidamenù incnlan-
tur , partim sud sponte prnveniunt ,
Berlin, ii663, in - 8^. Comme ou
7-
ELS
100
voit par ce Ùtre, il annonçait le ca-
talogue des plantes indigènes de cet-
te contrée; mais il en indiqua fort
peu et ne profita pas même du
Pusillus de Mentzell , qui l'avait pré-
cède D'un autre côlé il donna comme
spontanées, des espèces qui ny ont
jamais végété. On y trouve un très
vclit nombre de remarques , entre
autres sur les variétés du seigle et de
l'oree. En 1666 il publia un traite
complet du jardinage : JVeu Jn^e^
lester Garlenhau , etc. , dis-
tribué en VI livres, Berlin, 1O6O,
in-4°. Dans !e premier livre 1 trai W
des Instruments et des généralités de
culture; dans le second des Fleurs,
dont il donne un catalogue range sm-
vant une espèce de méthode; le troi-
sième des Légumes ; le quatrième
des /Mm, tant fruitiers que fores-
tiers, avec le détail des différentes
opérations dont ils sont lob)et telle
. quela greffe; le cinquième de la Figne;
le sixième des Plantes médicinales,
tant cultivées que spontanées. Il en
expose les vertus brièvement; mais
avec bonne foi et clarté. Il y a quel-
ques planches , mais qm ne concei--
«cnt presque que les lustrumonts. Cet
ouvrage a été très estime en Allemagne,
ce auc témoignent ses nomoreuses
cdit.ons: la dernière est de Leipzig,
, n 16 , in-fol. On lui doit encore : I.
Jnlhropometriash'ede mulud mem-
hrorum corporis humaniproporlione
item de nen>oruin harmoma Libei-
Zu5,Padoiic,i654,in-4'.;>d-.'^'^7;
Francfort-sur-l'Odcr , itiG5 , in-8" . ,
fiît • \\. Dephosphoris observaliones,
Pin,i(/7'.-f^;i:s"S^tr
iicon Oder Neues Tischbuch, Ber-
lin, i(iB*; I-eipziS. ''^'^'j-"-,;
C'est untraité des aliments, d.stiibud
en six livres. Dans le premier il parle
des végétaux; des animaux dans les
suiTauïs , avec (luclciues i)laucbc» ;
ELS
dans le cinquième il traite des nro-
mates et des assaisonnements, et dans
le dernier des boissons. Enfin , dans
un Appendix, il expose les principes
de l'art de la cuisine. 11 donna aussi
l'art de la distillation dans un traite
pariiculier : Distillatoria curiosa ,
Berlin,. 674, in-i^, fi?- E^"»^'-''?'^
membre de l'académie des curieux ,
il fit paraître plusieurs dissertations
dans les mémoires de cette société :
dans la première décurie sur une
espèce d'équisétum, sur la b.^liane ou
anis étoile, sur la graine de Cma,sui
le raoxa des Chinois, quil regaidat
comme un bon préservatif contre b
.outle. Dans la quatrième collection
de Hook , il publia pbisieurs secrets
pour perfectionner les vins , et H en-
seigna la manière de préparer des es-
sences des végétaux. Enfin , suivait
Moehsen , il avait prépare vingl^m-
ches pour former un appendix a l Hor-
tus Erstettensis: elles sont restées de-
posetidans la bibliothèque de Ber-
L 11 avait laissé aussi un manuscrit
sur les plantes médicinales , avec un
hcrbir^r correspondant, contenant 440
échantillons. On voit, par ce detaU
qu'Elsho!/. a cherché a être u lie pen-
dant tout le cours de sa vie. Boediker
a publié sa Vie ou Eloge : ^/^r."^;^-
ic/.m/55, Berlin, i088,iu-toho.
Wildenow a rendu un hommage tar-
. dif à sa mémoire, en donnant le nom
à'Elsholzia à un nouveau f "/•«» ^oin-
posé d'espèces détachées de l/./5ope.
!_)— ~i —""S.
ELSIUS (Philipve), religieux An-
Custin, né i. Bruxelles vers la fin d..
^^ siècle, professa pendant plusic.»^
années les humanités au collège de son
ode, dans cette ville, et y mourut en
Aumstinianum inquo personœord.
erem S p.N.AuauslmisancUtale,
prœlaturd, lesationibus , scnptis ,
ELS
etc., prcestantes enarrantur, Bruxel-
les , 1 654 » in-fol- Dans l'épître au lec-
teur , l'auteur avoue qu'il a fait quel-
ques doubles emplois lorsqu'il a trouvé
le nom d'un même personnage écrit de
di6rér< ntes manières dans les sources
qu'il a consultées. Il déclare aussi qu'il
a cru devoir joindre aux illustres de
son ordre tous les fondateurs ou ré-
formateurs d'ordres et congrégatious
religieuses , par la raison , dit - il , que
tous ont plus ou moins emprunté à la
règle de St. - Augustin. L'ouvrage est
par ordre alphabétique des prénoms ,
et contient près de deux mille cinq
cents articles; la plupart sont fort suc-
ciuts, et ne donnent que des notices
assez insigniGantes. Les anonymes ,
formant quatre - vingt - sept articles ,
sont placés à la fin de la lettre N. La
partie bibliographique y est traitée
avec beaucoup de négligence, et sous
ce rapport la Biblioiheca Au^usti-
niana d'Ossingcr, qui d'ailleurs est
plus moderne d'un siècle , est iulîni-
iiicnt préférable. W — s.
EL5KER (Jacques), savant théo-
logien de l'Eglise réformée , docteur
en théologie, conseiller du consistoire
royal de Prusse , premier prédicateur
de la cour et de l'église métropolitaine
des réformés à Berlin , et directeur
de la classe de belles-lettres à l'aca-
démie rovale des sciences , naquit en
1692 , à Saaifcld , petite ville de
Prusse. Sou père, originaire de la
Bohème, voyant son goût pour les
sciences, lui fit donner une excellente
éducation, il alla achever ses études
à Koeiiig-berg, et y fut ensuite nom-
mé recteur de l'école des réformes. Il
alla de là à Dantzig, à Berlin , à Qève,
à Ulreclit et à Levde. En i^ao, le
roi de Prusse le plaça à Lingen , où il
fut fait professeur de théologie et de
philologie. Il obtint bientôt une chaire
Ue paiteur; mais tu 1 72J , il fut ap-
ELS !•!
pelé à Berlin , pour être recteur du
collège de Joachimsthal , qu'il réta-
blit dans tout son éclat. Après la mort
de Schmidtmann , il fut nommé se-
cond pasteur de l'église consistoriale ,
et obtint ensuite la premièie place. Il
mourut .1 Berlin le 8 octobre i^So ,
âgédecinquaute-buitans. Les ouvrages
qui lui ont acquis le plus de réputa-
tien sont ceux où il a cherché à ex-
pliquer le nouveau Testament à l'aide
des anciens auteurs profanes et des
témoignages de l'antiquité. Le piin-
cipal est divise eu deux volumes, in-
titulés : Observationes sacr.v in Novi
fœderis libros , tomus 1 '". libros his-
toricos complexus , Ulrecht, 1720,
in.8^ tomus i"". epistolas Aycstolc-
rum elApocaljpsin complexus, ibid.
1 728 , iH-8\ Cet ouvrage (dont J.-V.
Stosch a donné une édiliou très-
augmentée, Zwoll et Utrecht , i 767-
1773, 5 vol. iu-^". ) > fiit lâ cause
d'une longue discussion que J.-George
Stoer engagea contre EIsner , et plu-
sieurs disciples de ce dernier répon-
dirent pour lui, et soutinrent sa que-
relle. Parmi ses autres écrits, on re-
mai-que encore : 1. Oralio inaug. da
Zelo theologi , dicta in illusiri athe-
neo Lingensi , 4 pn- 1721, Utrechr,
1721, in-4". II. XÈpilre de S. Paul
aux Philippiens , expliquée- en dis-
cours moraux, suivis d^ remarques
et d'observations, Berlin, 174Ï,
in-^"., en allemand. 111. Schediasma
criticum, quo autores , aliaque an-
tiquilaiis momimenta , inscriptiones ,
item et jiumismata emendaniur , et
indicanturet exponiuitur, inséré dans
le tom. VII des Misccllanea Beroli-
nensia, 1744? in-4"- l\- I^ouvelU
description de l'Église des Cliré-
tiens -g-ecs en Turquie, avec des
notes, Berhu, 1759, in-8\, en
allemand, avec dix planches. On a
P^i'éleodu que dans cet ouvrage , il a'«i
t(n E L S
était laisse imposer par un Archi-
mandrite grec, uoraraé Athanase Do-
ïostanus, sur la relation verbale du-
quel il l'a écrit. V. Continuation du
même sujet, rb., i ']j47,avecdf'u:x plan-
ches. Il y a joint une dissertation sur
l'excellence et la fertilité de la Pa-
lestine, morceau qu'il avait déjà donne
en français dan^ Xlliitoire de l'Aca-
démie de Berlin , i 748. VI. Du 40''.
Chapitre d<' Tacite sur les mœurs
des Germains, et surtout de la
Déesse Ilertha , .dans X Histoire de
V Académie de Berlin, 1747- VII.
De la Déesse I/ertha ou Erdanna ,
ihid. , I 74B. Son e'iope, par Formey,
j»e trouve dans la Nouv. BiblinlJi.
{}erm., tom, xi, 2*^. part. G — t.
ELSîSEr» ( Jean - Théophile ) ,
the'oiogien unitaire , ne' en -i n 1 7 , à
Wen{:;iow, dans la Grande-Poloj^ne,
devint adjoint de l'Eglise allemande et
du Gymnase de IJssa en i 74^, pas-
teur de i'és^lise bohémienne réfor-
mée de Betlilehcm , à Berlin , en
J747 , et Senior des Uuitaiies Bolie'-
mions de Pologne et de Prusse en
1761 , et mourut le 21 avril 1782.
Ses principaux ouvrages sont : 1. Mi-
phiboselh , traité historicophilolo-
fifjue , Leipzig, 1760 , in-8". Il y
fait voir beaucoup d'ériKlition. II.
Essai d'une Histoire des traductions
bohémiennes de hi Bible et des Edi-
tions du Nouveau- Testament, dans
la même larii>ue , Halle, 1 765, ia-8".
Ces d<'ux ouvrages sont en allemand.
m. Brevii et succincta Bios^raphia
Jacohi Elsneri , dans la Biblioth.
Bremens. nov. de Barkley. Il a aussi
traduit en allemand \e Murijrohgium
bohcmicum, donne de nouvelles édi-
tions (le quelques outrages bohë-
jmi' us de Coroenius , et fourni plu-
.•'icurs morceaux intéressants pour
l'histoire (\cs Unitaires de Bolume ,
djiB& le Scrinktm Antiquarium de
EL S
Gerdes. —-Jean - George Elsneu ,
magistrat et historien de Thorn , né
dsns celte ville en 17 10, y entra
dans le conseil des Seize eu 1736 , y
occupa depuis quelques emplois judi-
ciaires , et mourut le 11 mars 1-^53.
Il a publié en allemand : 1. Observa-
tions historiques sur la dignité de
Bourguemeslre à Thorn , ibid. 1 738,
in-4 '. II. Sur l'origine de la ville de
Thom,u\scrédaïislcDankundDenk-
mahl de Ditimann , dans lequel on
trouve aussi quelques notes sur sa vie.
lia encore laissé en manuscrit quelques
opuscules sur la noblesse de Pologne,
et sur l'état des sénateurs protestants
dans ce rovaunie. C. M. P.
ELSTÔU (Guillaume), anti-
quaire anglais, naquit, en i()73, à
Newcastle-sur-Tyne. Il fut élevé d'a-
bord à Cambridge, puis à Oxford, où
il fut ensuite professeur. 11 prit les
ordres , fut nommé recteur des pa-
roisses réunies de St.-Swilhin et Ste.-
Maiie Botliaw de Londres, et mou-
rut en I "j I 4 , âgé de quarante-un ans.
Il était très versé dans la connais-
sance des aniiquilcs de son pays , et
de la langue anglo-saxonne. Il a tra-
duit de celte langue en latin , pour le
docteur Hickès , l'homélie de Lupus ,
avec des notes, 1701 , et l'homélie du
jour de S. Grégoire , qu'il a publiée
avec le texte, i 701 > , in-8". Il avait le
projet , si la mort ne l'eût sur|)ris , de
donner nnc édition des lois saxonnes
avec beaucoup d'additions , ric. Cjct
onrrage a été exécuté et publié par
David WilkiMs en 179.1. On conser-
ve à la Hibliollièque de la Société des
antiquaires , une disserîalion manus-
crite sur l'usage de la lilléralurc anglo-
saxonne, ])ar Ehtub , destiiM'e à ser-
vir de préface à une traduction qu'd
comptait donner de la version para-
phrasée à'Orosc, par AlIred-le-Grand,
Ou a aussi de Uii des Sermons , mi
1
EL s
Traité sur l'afOnitë qui existe entre la
profession de juriscousulte et celle <ie
théolojiicn , etc. X — s.
ELSTOB (Elisabeth ), sœur du
précédent , et compagne assidue de
ses études , naquit , en 1 685 , à New'-
castle-sur-Tyne. Elle avait rtçu de sa
mère le goût de l'étude et de la scien-
ce; l'ayant perdue à Luit ans , elle
résista aux efforts de ses tuteurs pour
la détourner d'une carrière si peu liiite
pour son sexe. On la laissa enfin libre
de suivre un goût si déterminé ; il jia-
raît qu'elle partagea à Oxford l'éduca-
tion de son frère , et qu'elle le suivit
ensuite à Londres. Elle l'aida dans
ses travaux, et accompagna son édi-
tion anglo-saxoune et latine de l'ho-
mélie du jour de S. Grégoire , ( Lon-
dres , 1709, in-8'. ), d'une traduc-
tion anglaise et d'une préface on l'hon-
neur des femmes savantes. Elisabelh
Elslob publia ensuite une traduction
de ['Essai sur la Gloire par M'^^.
de Scudérv. Elle avait trauscrit de sa
main, probablement pour un des ou-
vrages que proje'ait son frère , toutes
les hymnes contenues dans mi ancien
manuscrit de la cathédrale de Salis-
bury. Elle entrepi'it, ponr son propre
compte, un ncueûd' Homélies saxon-
nes , avec la traduction anglaise, des
uotcset des variantes; mais les uiovens
pécuniaires manquaient à Eiis.Tbeth ,
pour l'exécution de ses projets litté-
raires. Elle avait possédé, dit -on,
une fortune honnête , qn'eHe avait
laissé périr par sa négligence cl par
son peu d'attadie aux choses tem-
porelles. Ce détachement se portait
jusqu'à un excès dont on sait rare-
ment gré à une femme , quelque sa-
vante qu'elle sort. Un de ses contem-
porains parle d'une vi>ite qu'il lui fit,
et où il la trouva ensevelie dans les
livres et la malpropreté. Aussi Éli-
tabctb savail-çlle j^nit langues, sans
ÏL5 io5
compter la sienne. Deux ou trois de
moins , et un peu plus d'argent , ne
fût-ce que pour faire inijuimpr ses tra-
ductions , auraient rendu sa science
plus utile aux autres , et â elle-
même. Le lord trésorier lui procura
quelques secours de la reine Antie
pour l'impression de ses Homélies ;
mais cette princesse mourut, et ses
secours cessèrent , en sorte qu'on
n'imprima qu'un petit nombre des
Homélies (Oxford, in-fol.). Elisabeth,
avant à peu près dans le uicnie temps
perdu son frère, se trouva dans un
dénuement complet. Cependant elfe
fit paraître^ en 1 7 1 5, «ne Grammaire
Saxonne, dont les canctères furent
gravés aux Irais du \ovd Chief Justice
Parker , depuis comte de Maccles-
fied. Elle se retira à Eve-shara , où
elle tint , pour subsister , nue petite
école. On obtint, pour elle, de la reine
Caroline, une pensiom anottelle de •?«>
gainées ; mai^ la mort de cette piin-
cesse ^int encore lui enlever tcXtc
modique ressource. Alors elle chercha
une place de gouvernante. H serrAle-
rait que l'espèce de décousu savant
qu'elle portât dansCeuseniHe comme
dans les détails de sa vie , dût la ren-
dre peu propre à des fonctiorns de
ce genre. Cependant elle entra , en
cette qualité, en I73i), che?. la du-
chesse douairière de Portland , oùtHt
demenra jusqu'à sa mort, arrivée le
5o mai 1756. X — s.
ELSY^GE (HETîtiO, naquit en
1 598 , à Battersea , d.ins le comté de
Surrey. Après avoir étudié à Oxford,
il voyagea durarrt pins de sept années.
Sou esprit et ses connaissances le fi-
rent rechercher par tout ce qu'il y
avait alors de plus distingué en Au-
gleterre. L'archevêque Laod, entre au-
tres , le prit en grande faveur, et leôt
nommer secrétaire de la chambre des
commuBes. 11 s'y fit remarquer autant
loi EI^T
ypar son aptitude à remplir ces difficiles
lonctions, que par une morlét'aîion et
une droiluro qui , aii uiiiieu des fac-
tions qui agitaient le long parlement,
lui conservèrent l'estime f;ciicrale. C'est
ce qui a fait dire que son tabouret
était plus respecte que le fauteuil de
l'orateur Lcnlhan. Lorsqu'il vit une
partie des membres de ce parlement
emprisonnes ou expulses , et le resle
se disposant à faire le [)rocès au roi ,
il Se retira sous prétexte de santé; mais
Lientôt, réduit à une vie trop séden-
taire, malheureux dans sa fortune par
la peite de sa place, et, par-dessus
tout, accablé des maux de son pays et
de la mort du roi sou maître , il mou-
rut eu i()54 , â^c de cii)qu,inte-six
ans. On a de lui : ï ancienne lllanière
de tenir les parlements en Angle-
terre , Lond., i{i53. Cet ouvrage a eu
plusieurs éditions; la dernière est de
j 7G8. Wood le croit tire eu partie
d'un manuscrit du père de l'auteiu-,
inlitu'é : Modus tenendi parliamen-
tum apiid Anglos. Elsynge a laissé
d'autres e'ci ils, mais qui n'ont pis été
publiés. X — s.
El. TESTE ( Fkedebic-Godefroi),
ministre luthérien à Zorbig, pri-s de
Dclitzsch , dans l'éleclorat de Saxe, né
a Calbc sur la Suie, le "iG janvier
1684, mort le 1' . janvier i^Ji , a
pubiié en allemand : 1. Topographia
Sorùigensis , Delilzsch, i 7 i 1 , i»-4 » J
relouché et très augjnenlé, Leipzig,
1 727 , in-8". Ou y trouve des recher-
ches curieuses sur les VVeudes ou
Sdavons de la Lusace. II. Notice dé'
taillée de la ville de Zorbig , pre-
mière continuation , lesiiilz, lySu,
in-8". , fig. ; 1 1 1. Idem, deuxième con-
tinuation , ibid. 1755, iu-S"., fig.;
IV. Iluhnerus enuclealus et illu stra-
tus, Leipzig, 1755, in-8'. C'est nu
Cours d'histoire universelle eu »o4
Jccous , par queslioiis , suivaul lu luii-
ELV
ihoded'HubnerjSchumanncn.Ti donne
une nouvelle édition avec une conti-
nuation , ibid. , 1 7 56 , in-8°. V. Quel-
ques Sermons et Discours oratoires.
— iSon pèie, Godefroi Elteste, fils
d'un cordonnier de Zorbig , ou il na-
quit en i655, y fut fait aicliidiacre
en 1 699, et mourut en 1 706. On a de
lui, sous le titre de Presiyterologia ,
une description du monastère de la
Grâce Dieu , près de Galbe.
C. M. P.
ELVER (Jérôme), jurisconsulte
allemand, né vers le milieu du 16".
siècle. Son mérite le fit appeler à la
cour de l'empereur MalLias , qui le
nuuima conseiller aulique, dignité qui
lui fut conservée en 1619 par soa
successeur Ferdinand 11. Ilavaitbeau-
coup voyagé, et le fruit de ses ob-
sciyatious, contenu dans une suite de
lettres, fut mis au joiu- par J. Fridc-
rlch , sous ce titre : Sjlloge episto-
lica in peregrinatiune ilalo-gallo-
helgio-gtrmanicd et polonicd nata^
Leipzig, iGi I , in-8'., avec une pré-»
iace de l'éditeur. Il paraît qu'Elver
se dérobait le plus souvent q l'il pou-
vait au fracas de la cour pour vivre
dans la solitude à la campagne. Dans
les moments de loisir qu'il y goûta ,
il composa uu ouvrage latin , dans
lc([uel il chercha à fane valoir tous
les avantages de la vie rustique; il
fut publié à Francfort -sur - le - IVIeiii
])ar les soins de Gurlner , qui rorna
d une prélacc; il parut sous ce titre;
Deambulationcs vernœ quibus ru-
ralis philosophia ad iingiiem dis-
cuiiUir , etc., i(b.o, iu • folio de
4"iO pages; il est divisé en deux, par-
ties , contenant ensemble 187 arti-
cles ou chapitres, dans lesquels l'au-
teur passe eu revue sans beaucoup
d'ordie tous les plaisirs que peut
procurer la contenq)laliou des trois
règnes de la ualurc; d cherche eu-»
ELV
isuife à démonlrer l'utililë qu'on peut
retirer en suivant les travaux tic
l'agricullure; mais , philosophe chré-
tien, son dernier but est de renioulcr
par le spectacle de la natiuc à Ij con-
naissance du Créateur. On doit donc
rejjarder E'ver plutôt comme un mo-
raliste qui cherche à appuyer les pré-
ceptes qu'il donne par des exemples,
que comme un physicien qui tend
par l'observation de la nature à re-
connaître ses lois; aussi ne met il pas
beaucoup de discernement dans les
traits qu'il cite : les puisant dans une
vaste érudition, il choisit toujours les
plus singuliers ; en sorte que le plus
grand nombre est maintenant rcic-
gué parmi les fables. C'est de là vrai-
semblablement qu'est venue l'obscu-
rité dans laquelle est plongé son li-
vre, quoique estimable à beaucoup
d'égards; obscurité qu'a partagée l'au-
teur , sur la vie duquel on n'a con-
servé aucune particularité. On doit
cependant le considérer comme un
digne prccurstur des Dciham, des
Pluche et des Bernardin de Saiut-
Pieire. D— P— s.
ELVIUS ( Pierre ) , professeur
d'astronomie à l'université d'Upsal ,
dans le dernier siècle. Outre l'astro-
nomie, il cultivait la minéralogie, la
physique et l'éconouiie politique. On
a de lui : l.Delineatio magnœ fodirue
cupromontanœ ( Fahlun ) , Upsal ,
170- , iu-8'\; II. Schediasma de
re metallicà Sueogothorum , L psal ,
1705, iu-8".; III. Dispul. de navi-
galione in Indiain per sepleiUrio-
nem tentald , ibi.l. , 1704. iu-y". ,
IV. Idea scipionis Rutiici , ibid. ,
1 705 , iu-8 '. ; V . Disp. de Suionum
in Americd colonid, ibid., 1709,
JU-8 . , etc. C— AU.
ELV ILS ( Pierre ) , fils du précé-
dent, naquit a Upsal eu 1 7 1 o. Il étu-
dia SQU5 les meilleurs maîtres les ma-
ELY îo5
thématiques , dont il fît l'application
à plusieurs objets d'utilité publique.
Ayant entrepris, eu 1 745, un voyage
en Suède aux frais du bureau des ma-
nufactures, il examina plusieurs dis-
tricts sous le rapport des travaux hy-
drauliques qu'on se proposait d'y fai-
re , et dix'ssa des caries pour faciliter
l'exécution de ces travaux. Un second
voyage qu'il entreprit avec le baron
de Hàrleman lui fit connaître cette par-
tie de la Suéde que baignent 1rs lacs
\NVlter et Wcnuer et la rivière de
Gothie. Il examina les chutes de cette
rivière, et fit des observations impor-
tantes sur les canaux de navigation
intérieure que l'art pouvait construire
pour faire communiquer la Baltique
à l'Océan. Il détermina aussi les hau-
teurs du pôle le long des côtts et a
Gothcnbour". Arrivé à Pile de Hucu,
il chercha à découvrir les restes des
édifices élevés autrefois par Tycho
Bi-ahé , et il répéta les observa-
tions de ce fameux astronome parmi
les ruines d'Uranibonrg. La relation
de te voyage parut après sa mort ,
en 1751 , et fut traduite en allemand.
En 1 747 •> E'viusavait été nommé se-
crétaire de l'académie des .sciences de
Stockholm. Il remplit celte place de la
manière la plus distinguée, et oe fut
lui qui proposa à cette société savante
de faire élever un observatoire. El viuï
mourut le 27 septembre 1749» ^^^
tint âgé que de trente-huit ans. L'aca-
démie frappa uae médaille à son hon-
neur, et su chargea de l'impression
de sou ouvrage sur les Effets des
forces de Veau. 1 1 eut pour successeur,
dans la place de secrétaire , Pierre
Wargentin , qui habita l'observatoii-o
donlElvius avait proposé la couslruc-
lion, et le rendit fameux par des ob-
servations importantes. C — au.
ELYE ( Elias ), natif de Lauffen ,
doit être compté entre les premiers
io6 ELY
restaurateurs des lettres en Suisse;
s étant charge, nonobstant la qualité de
chanoine et un âge de soixante-dix
ans, d'établir une imprimerie en 1470,
la première en Suisse. L'on a de lui
un Dictionnaire de la Bible , intitule :
Mamotrectus , de cette année, et le
Spéculum vitœ humanœ en i473-
Il était chanoine de Munster en Ér-
govic, canton de Lucerne, Le fameux
Ulrick Gering , premier imprimeur
de Paris, a été, selon toutes les appa-
rences , son élève. U— -i.
ELYMAS ou BAR-JESU, juif qui se
zaéiait de magie et faux prophète. On
croit qu'il demeurait dans l'île de
Crète. [1 était avec le proconsul Ser-
gius-PauIus , lorsque S. Paul vint à
Papl^is. Le proconsul, homme sage et
prudent, disent les Actes, désirait d'en-
tendre la parole de Dieu , et envoya
chercher Barnabe et Saul; mais Ely-
nias s'efforçait de l'en détourner. Alors
Saul étant rempli du S. Esprit et re-
gardant fixement cet homme , lui dit :
« homme plein d'astuce et de trom-
» perie, enfant du diable, cnnomi de
» toute justice! ne cessoras-tu pas de
» détruire les voies droites du Soi-
« gneur? Mais mainlenant voici que
» la main du Seigneur est sur toi : tu
» vas devenir aveugle, et lu no verras
» point le soleil jusqu'à un certain
» temps. » Aussitôt ses yeux furent
obscurcis, cl, environné de ténèbres,
il cherchait quelqu'un qui lui donnât
la main. Le proconsul ayant vu ce mi-
jaclc, embrassa la foi, et il admirait
Il puissance du Seigucur(i). Les Pères
prétendent que c'est à celle occasion
que Saul changea son nom en celui de
Paul , en mémoire de la conquête
qu'il venait de faire à la foi , dans la
personne de vSeigo Paul. S. C-hry-
soslômc et Origène croient qu'Elymaj
(1) Acirs li.
ELY
se convertit aussi, et que S. PanI lui
rendit la vue. Elymas est un nom
arabe qui signifie magicien ; Bar-Jcsu
était le nom du juif. L — T.
ELYOT ( sir Thomas ) , savant
auteur anglais , issu d'une bonne fa-
mille du comté de Siiffolk, étudiait k
Oxford vers l'année i5i4. Au retour
de ses voyages sur le continent , il fiit
introduit à la cour de Henri VIII,
qui le créa chevalier et le nomma à
diverses ambassades , entre autres à
celle de Home dans l'affaire du divorce
en i5?>a. Wood et Lcland parlent
avec les plus grands éloges de son
savoir , de ses talents littéraires et de
son caractère moral. Il possédait de»
biens assez considérables dans les
comtés de Cambridge et de Hamp ; il
résida long-temps à Cambridge où il
exerça les fonctions de shériflT, et
mourut en i546. On a de lui : L Le
Château de santé , 1 54 1 , réimprimé
plusieurs fois ; espèce de traité d'hy-
giène. 11. Le Gouverneur , en 5 li-
vres, i544 ; 'lï- '^<- l'Education des
enfants ;\S .le Banquet de Sapience ;
V. Préservatif contre la crainte de
la mort ; VI. De rébus mirahilibus
Ângliœ ; VIL l'Apologie des bonnes
femmes ; VIII. Bibliotheca Eliolœ ,
Bibliothèque owDictionnairc d'Eliot,
1 54 I . C'est , à ce qu'on croit , le pre-
mier dit'tiounaire latin- anglais qui ait
paru en Angleterre ; il a été aug-
menté et perfectionné depuis ( f^. Th.
Coopii R ). IX. L'Image du gouverne-
ment , tirée des actions et paroles
notables de l'empereur Alexandre-
Sévère , 1549. Cet ouvrage, qu'il
prétendit avoir traduit sur u» manus-
cril grec d'Iùico'pius , qiie lui avait
prêté un gentilhomme napnlilain ,
n'est qu'une compilation de faits qu'il
a tirés de Lampridius et d'Hérodien ,
et auxquels il en a ajouté quelfjues-
uns de son invention. X. Sermom
ELY
sur la mortalité de V homme , trad.
dn latin de St. Cvprien , i554- XI.
Bès,le de la vie chrétienne , trad. de
Pic de la Mirandolr, i554. Df- ions
ces ouvrages, le Dictionnaire d'Elrol
est le sful qui soit connu a.ijonrd'biii.
Les biographes , même anglais , ont
fait deux articles différents pour cet
auTeur , en écrivant son nom , tantôt
Eliot et tantôt Elyot. X — s.
ELYS ( Edmond ) , eccle'siastique
et écrivain angl;4is du i"/. siècle,
étudia à Oxford, et se Gt une assez
mauvaise réputation par quelques fo-
lies de jeunesse ; mais étant entré dans
les ordres , et avant en i65c) succédé
à son père dans la cure d'East Alling-
ton dans le comté de Devon , il rép.ira
ses premiers torts par une meilleure
conduite. Ou a de lui un grand nom-
bre d'ouvrages qui prouvent beau-
coup de talent et d'érudition. >ous ue
citerons que les suivants. 1. Des Poé-
sies sacrées , en i petits vol. . publiés
successivement en it)55 et en i653.
JI. Mi>cellanea , en vers latins et
anglais , suivis de quelques essais en
prose latine, i658, réimprimé en
1662. 111. Un pamphlet contre les
sermons du docteur Tillotson sur l'in-
carnation. IV. Un volume de Lettres
estimées. On ne connaît point la date
de sa mort. On sait stiilement qu'il
■vivait encore en iCigS , dans une re-
traite studieuse , ayant refusé alors de
prêter lf serment. X — s.
E L Z E M AG H. Foy. Samh be>
Malik.
ELZEVIR csl le nom so:is lequel
sont connus des imprimeurs célèbres
dont le véritable nom est Elzevicr ;
en latin, Elseverius. Cette f.imille était
originaire de Liège ou de Louvain ,
peut-être même d'Espngne. Louis , le
premier de son nom qui soit connu,
paraît n'avoir été que libraire. Cest
chez lui que se venàait XEiUropius ,
ELZ 107
Lrydc , 1 Sgi , in-8°. Son nom se
trouve sur des livres de 161 •;; siir
quelques-uns il est annoncé comme
associé de Maire (Jean), et sur quel-
ques autres son nom est uni à celui
d'isaac Klzevir , son petit-fils. Celte
année 16 1"- fut la date de la mort ou
tout au moins de la retraite de f.ouis ,
dont la devise était , dit M. Adry ;
Concordid res parvœ crescimt , et
qui laissa quatre fils: Matthieu ou Mat-
thys. Gilles, Arnoust et Joort oif
Just; ces deux derniers ne suivirent
pas la profession de leur père. —
Matthieu , né en 1 5tt5 , était li-
braire à Leyde en 161 8, et asso*
cié de Bonaventure, son fils. On ue
connaît que deux ouvrages portant
leurs noms; savoir : la Castraméta^
tion de Stevin , et la nouvelle For-
tification par écluses , du même au-
teur. Matthieu mourut !e 6 décembre
i64o, laissant six ou sept enfants;
dont cinq fils : Isaac , Arnont H,
Abraham , Bonaventure it Jacob. —
Gilles , second fi's de Louis , fut li-
braire à La Hâve dès 1 5gg. — Tsaac,
fils aîné de Matthieu , fut le premier
imprimeur de cette famille; il imprim,«
de 1617a 1 628, qui paraît être l'anncc
de sa mort. — BoyAVX>TCRE, frèrr
d'Isaac, fut, comme on l'a vu, associé
dans la librairie de son père en 1618;
il s'associa en 1626 avec sou fière
Abraham , et cette association dura
jusqu'en i652. Ce furent eux qui pu-
blièrent la collection connue sous le
nom de Petites Républiques , collec-
tion sur laquelle , ainsi que sur les
ouvrages qu'on v joint , on trouve des
détails dans les Mémoires de littéra-
ture de Sallengre , tom. 11,2'. partie ,
pages 1 49 à I p 1 . C'est à eux que l'on
doit les chefs-d'œuvre de typographie
qui out immortalisé Irur nom; ils
ont donné à eux seuls plus d'ouvrages
que tous Us autres Elzcvir, et piu-
1 (>8 E L Z
sieurs de leurs éditions ont le plus
grand ineVite. I^a beauté des caractères
qu'ils cmploycreut est reeonnue; et
l'on a exagère, quand on a accuse leurs
e'ditions d'être en ge'nenl iiicorn ctcs :
il faut convenir cependant qu'on fait
justement ce reproihe au Virgile de
j6?>6 , petit in-i'i. Un reproche d'un
autre (.^enre, et qui porte sur leur ca-
ractère, païaît Lien fonde : c'est la
grande avidité qu'ils avaieut pour le
gain , et dont se sont plaints plusieurs
hommes de lettres qui eurent affaire à
eux. Abraham Elzcvir mourut le i4
août i65.i, et Bonavenlurc ne peut
lui avoir survécu que deux ans; le ca-
talogue de leur vente , qui parut eu
3 655 , in-4°. de I 1 5 pages à deux co-
lonnes, est intitule' : Catalogus va-
rianim et insignium in qudvis fa-
cultate , viaterid, et Ungud lihro-
runi Bonaveniurœ et Abrahami El-
sei'ir, quorum auctio habebiUir Lug-
duni Batavorum in qfficind defunc-
îoruin ad dicin 1 6 apiilis stilo novo
et sequenlibus i555. Ils avaieut don-
ne prc'ccdemmcut Catalogus libro-
rum qui in bibliopolio Elseviriano
vénales extant , Leyde, iGj4, in-
4". de 8o pages à deux colonnes. Il
paraît que leurs enfants publièrent
fucore quelques ouvrages en iG53,
sous le noiu de leurs pères. — Ja-
cob, cinquième fds de Maltliieu, était
imprimeur à La Haye : on ne con-
naît de lui d'autre livre que la Table
lies Sinus , d'Albert Girard , i (ri6. —
Jean Klzkvir, fils d'Abraham, na-
quit le ■2'j lévrier \(ji'2, fut associe,
cil iGJi, it)55et iG:")4»^vcc Daniel,
.*on cousin. C'est de leurs presses que
.sortit le livre de Imitatione Christi ,
in-i2, sans date, mais qui ne peut
être que d'une des trois années que
dura la société des deux cousins. Jean
imprima seul de iG55 à iGGr , et
Uiourui le S ji:iu de celle dcraiuc au-
ELZ
née, laissant deux fils; savoir : Da-
niel, qui mourul le iQ février i688,
avec le titre de vice-amiral, et Abra-
ham , éclievin de Leyde, qui paraît
aussi avoir renoncé a l'imprimerie ,
mais qui ])rob.ib ement était libraire
en 170'i. Eve van Alphen, veuve de
Jean Ez.evir, continua pendant quel-
que temps le commerce en son nom et
en celui de ses enfants , sous la raisoo
de la veuve et les héritiers de Jean
Elzevir. On a un catalogue de J. VX-
zevir , sous ce titre : Catalogus va-
riorum et rariorum in omni facul-
tate et lingud librorum tant compac-
torum , quàm non compaclorum of-
ficinœ Johannis Elsevirii, acad.tj-
pographi quorum auctio babebitur
ad diem 1 o februarii i GSg , stjlo
novo , Leyde, i65ç), in-4". de 107
pages à longues lignes. — Pierre 1".,
né en mars iG43, était fils d'Ar-
nout II , qui était second fils de Mat-
thieu. 11 fut imprimeur à Utrecht
en 1669; il épiouva des pertes con-
sidérables par suite de la conquête
de la Hollande, faite par Louis XIV.
11 existait encore en 1G80, mais
on ignore l'année de sa mort. —
Louis II, fils d'isaac , fut d'abord ca-
pitaine de vaisseau , puis s'établit li-
braire à Amsterdam eu iG58. Daniel,
en quittant la société de Jean, vint en
]G55 se joindre à Louis II , qui mou-
rut le *ii juillet iGGi. — Daniel,
déjà jncntionné , était fils de JJoua-
venture, et naquit le viG novembre
1G17; il eut pour parrain Daniel Hein-
sius, et pour marraine, la femme de
Meursius. I! fut, comme nous l'avoiK*
dit , associé pendant trois ou quatre
ans avec son cousin Jean à Leyde, et
alla cnsuilc contracter société avec
Louis II à Amsterdam. A la mort de
son second associé ( iGG'i\ il conti-
nua seul le commerce jusqu'à sa mort,
airivcc le 1 5 scplcujbrc iGiio.Il lais:su
ELZ
! des enCints; mais il ne paraît pns qn'ils
I aient été imprimeurs, et Daniel passe
1 ponr le dernier de sa fiinille q'ii ait
i exercé cet art. Sa veuve continua mi^
commerce , ou du moins publia lfe<
Corpus juris civilis , 1681, i. vol.
iu-8'. ; enfin, le Tibère d'Ainclot
de la Houssaye, 1682, in-4°. , porte
le nom des héritiers de Daniel. Ou
a plusieurs cttalogues de Daniel : I.
Catahgus librorum qui in bibliopo-
lio D. Elsevirii vénales extant ,
16741 in-i'i, divisé en sept pirties,
savoir: Libri theolos^ici; libri juri-
dici ; livres <rançais en théo'ogie , en
droit, en médecine, en hum mités ; li-
vres itaiieus, espa|;nols et an<:;lais; li-
vres allemands; libri medici ; libri
miscellanei ; chaque partie a sa pagi-
nation particulière, dont le total est
de "po pages; et les livres sont,
dans chaque partie ou sous- division,
rangés par ordre alphabétique des
auteurs ou des titres de livres. 1 1 . Ca-
talogus librorum officinœ Danielis
Elsevirii, désignons libres qui e jus
typis aut impensis prodierunt , aui
quorum aliàs magna ipsi copia sup-
petit, 16-4 , in- 1.2 de 56 pages. Les
livres y sont rangés par ordre alpha-
bétique. III. Catalogus librorum qui
in bibliopolio D. Elsevirii vénales
extant et quorum auctio habebitur
in œdibus defuncli , 1 68 1, in- 1-2 de
491 pages. Catalogue rangé par ordre
alphabétique des auteurs ou des titres
de livres, mais chaque lettre est sub-
divisée en libri theologi, juridici,
medici, miscellanei ; livres en droit,
en médecine, en humanités. Les livres
italiens, espagnols, anglais, forment
uu cahier à part de vingt-dcu\ p iges ,
dans lequel l'ordre alphabétique re-
commence à chaque langue. Il existe
aussi un Calalogus librorum offici-
nœ Ludovici et Danielis Elsevirio-
rum, desi^uans etc., 1O61 , petit
EMA 109
in-8''. de dis feuillets, rangé par or-
dre alphabétique, et qui avait été
précédé par un que les deux associée
avaient publié en i656. — Pierre
H imprima en 1692, à Utrecht, les
Mélanges de Colomiés , in-ii. On
croit qu'il était Gis du Pierre déjà
mentionné plus haut. On a lieu de
croire qu'lsaac Dmiel, indiqué sur
le frontispice des dernie'^ Discours
de M. Morus , Amsterdam. 1680,
in-8'., n'a pis existé. Il en est de mê-
me de G ibriel \ de Louis , dont on lit
les noms sur l'édition des Mémoires
de la Roche fouc ault , Amsterdira,
166"), in- 13. M. Adrv n'hésite pas à
les qualifier de fiux Elzevirs. Ce sa-
vant a fut le Catalogue raisonné
Je" toutes les Editions qJont don-
nées les Elzevirs; cet ouvrage, qui
doit fermer trois volumes in-^". , est
encore mmuscrit : l'auteur a seule-
ment publié dans le Magasin ency-
clopédique, août et septembre 1806,
une Notice sur les Imprimeurs de
la famille des Elzei'irs. Celte Notice ,
dont ou a tiré des exemplaires à part,
et qui fait partie de l'Introduction du
Catalogue raisonné, a été notre guide.
Dans le Manuel du Libraire, par
J.-C. Brunet, '2% édition, 181 4, on
trouve ( tom. IV , à la fin 1 une Notice
de la collection d'auteurs latins ,
français et italiens , petit in-i î , par
les Elzevirs. A.B — t.
EMAD-EDDIN ZENGUL rov.
Sajtguix.
I:MAD-EDDï>'. F. ÏMAD Eddiw.
LMADI, célèbre poète persan , sur-
nommé 5cA<?A(?Wari, parce qu'il vînt
s'établir dans la ville de Schéhériar,
viv.iit sous l'empire de Malek II , sul-
thàu de la race des Scldjoucides, et a
publié un Divan , ou recueil de quatre
mille vers , qui lui mérita le surnom de
Prince des Poètes. Après avoir réside
qisel^ue temps à la cour du sulthàn dt
110 E M A
Mazatidcran , à qui il écrivait : « Les
» mauvais génies se sont ligués contre
» vous, mais l'empire de Salomon ne
» peut manquer, c'est-à-dire la mo-'
» narchie universelle , pourvu que
» vous ayez soin de ne pas perdre sou
» anneau , qui est le véritable symbole
» de la sagesse, » Emadi revint dans
sa patrie, où Hakim Senaï, son ami,
lui apprit si bien les principes de la
vie dévote, qu'il abandonna entière-
ment le monde pour s'y livrer. Il mou-
l'an 673 de l'iiégire. Z..
EMANUEL, roi de Portugal, sur-
nommé le Grand, né h Alconcliète, le
5 1 mai , 1 469 , était fils de Ferdinand
duc de Viseo, d'une branche cadette
de la maison régnante. Jacques, frère
d'Eraanuel, ayant échoué dans le pro-
jet de détrôner Jean II ( F. Jean JI.),
ce prince crut devoir à sa sûreté, d'é-
loigner de sa cour tous ceux qui pou-
vaient avoir eu connaissance du com-
plot tramé contre lui. Cependant
EmanucI fut désigné, en 1490, pour
aller recevoir, sur la frontière du
royaume, Isabelle de Casiillc, fiancée
à l'infant Alphonse ; mais dans les fêtes
auxquelles ce mariage donna lieu, le
roi le traita avec une politesse froide ,
qui fut remarquée de tous les courti-
sans. I/iniant mourut l'année suivante
d'une chute de cheval , et par la mort
tic ce prince, Etnanuel devint l'héri-
tier présomptif de la couronne. Jean
résolut de l'en priver pour la faire
passer sur la tèle de George, son (ils
naturel. Eu conséquence, il feignit
de reconnaître les droits que l'empe-
reur Maximilien jirétcndait avoir sur
le Portugal , ])ensant que les grands
du royaume prétcrcraient son (ils à uu
prince élrangcr.Cc moyen ne lui ayant
pas rc'us>i, et prévoyant qu'EmanucI,
aimé de la nation , triompherait de
tous les obstacles qu'on lui opposerait ,
a se décida à le déclarer son succcs-
EMA
seur, par un testament authentique.
Dès qu'il avait appris la maladie d«
roi , Emanuel s'était r^ndu à Lisbon-
'•fïe, pour s'assurer de la disposition
des esprits à son égard. A la nouvelle
de la mort de Jean , il se hâta de con-
voquer les états-généraux , et leur fit
adopter divers règlements de finances.
Il montra l'inlention de faire cesser les
vexations que les juifs avaient éprou-
vées sous le régne de son prédéces-
seur, et ordonna qu'à l'avenir ils ne
contribueraient pour les besoins de
l'état que dans la même proportion qu«
les autres habitants. Cette sage déci-
sion fut sans effet. Isabelle , veuve
d'Alphonse , qu' Emanuel avait de-
mandée en mariage , ne consentit à
lui donner sa main qu'à h condition
que les Maures et les Juifs seraient
bannis du Portugal. En vain les étits
s'élevèrent contre une mesure qui pri-
vait le royaume d'une foule de sujets
soumis et industrieux , Emanuel ne
consultant que son amour, rendit uno
ordonnance conforme au désir de la
princesse , les Maures obéirent et se
retirèrent en Afrique, la vengeance
dans le cœur; mais on défendit aux
Juifs d'emmener avec eux leurs en-
fants, l'intention de la princesse étant
qu'ils fussent instruits des vérités du
christianisme; la plupart refusèrent
de souscrire à cette ordonnance, quel-
ques-uns même égorgèrent leurs en-
fints et se tuèrentfnsuitc pour échap-
per à la violence qu'on leur taisait;
alors Emanuel publia un édit qui obli-
geait les Juifs à se faire baptiser ; et cet
acte . si opposé an véritable esprit de
la religion, loin de rendre la paix à
son royaunu' , comme il l'avait espéré ,
fut au contiaire une des principales
causes des troubles et des divisions
qui ont agile le Portugal pendml trois
siècles ( f^ojr. PoMBAL. ,'. Isabelle mou-
rut au bout de dix- huit mois de ma-
EMA
nage , en mettant au monde un fils
nomme Michel , qui ne vécut que deux
annéts. Peu de temps après, Emanuel
épousa Marie de Gistille , sœur d'Isa-
belle , princesse d'un caractère doux,
d'une piété éc'airée , et qui se bor-
nant à remplir ses devoirs , ne prit
aucune part ni aux intrigues de la cour,
ni aux affaires de l'élat. Ln découvirte
de l'Amérique avait signalé le règne de
Ji'an H , et une bulle, du pape Alexan-
dre VI avait réglé le partage du Nou-
veau-Monde, entre les Espagnols et les
Portugais. Emanuel avait trouvé la
marine dans un état florissant ( V^oy.
Dems et Henri de Portugal ). L'es-
poir de la fortune s'était emparé de
tous les esprits; il profita de cille dis-
position pour faire entreprendre de
nouveaux voyages , et presque Ions
furent couronnés par le succès. Sous
le règne de ce prince , Vasco de Gama
doubla pour la première fois (i497)
le cap de Bonne-Espérance , reconnut
la côte orientale de l'Ethiopie , et
aborda à Calicut , sur la côte de Mala-
bar; Alvarès de Cabrai arriva au Bré-
sil, déjà visité par Amcric Vespucc,
fit alliance avec les souverains du
pays (i5oo), y construisit des forts,
et assura au Portugal la possession de
cette riche coutrce ; François d'Al-
meyda, envoyé dans les Indes avec le
titre de vice-roi ( 1 5o6), y soutint avec
gloire l'honneur desarmes portugaises,
et son fils y forma des établissements
dans les Maldives et à Ceylan; Alphonse
d'Albuquerque s'empara (iSo-j ) d«
l'île d'Ormus; Jacques Sigueira( 1 5 1 o),
de celle de Sumatra ; Alhuquerque
surprit l'île de Goa ( 1 5 1 1 ) , et obligea
les habitants de la presqu'île de Ma-
laca à se ranger sous la domination
portugaise ; Antoine Corréa ( i Scio ) ,
parcourut en vainqueur le royaume
de Pégou. C'est à cet accroissement ra-
pide de la puissance du Portugal
EMA III
qn'Emanuel dût le sumora de Grand,
moins mérité peut-être que celui de
Très Heureux, que lui donnent Goës
et d'autres historiens. La seule guerre
qu'il eût à soutenir fut contre les Mau-
res d'Afrique; dans une circonstance
difficile il voiîlut se mettre à la tête de
l'armée ; mais son conseil l'en empê-
cha, de sorte qu'il manqua l'occa-
sion de faire connaître s'il avait les
qualités propres à un général. La
reine Marie étant morte en iSi-j,
Emanuel épousa deux ans après Eléo-
nore d'Autriche, sœur de Charles-
Quint, et qu'il avait d'abord de-
mandée pour son fils. 11 était alors
âgé de plus de cinquante ans, et on
dit qu'il fit ce mariage pour imposer
silence aux courtisans qui s'égayaient
sur sa vieillesse prématurée. On croit
que les excès auxquels il se livra pour
faire oublier son âge , hâtèrent sa
mort , arrivée le 1 5 décembre 1 5a i .
Emanuel aimait les lettres , et on as-
sure qu'il avait composé une Histoire
des Indes, dont ou a conservé des
fragments. Sou zèle pour la religioa
ét.iit ardent; non seulement il contri-
bua à la répandre dans les Indes et
dans l'Afrique; mais il chercha à em-
pêcher les progrès de l'hérésie en Al-
lemagne, et il écrivit une lettre très
vive à l'électeur de Saxe pour l'exhor-
ter à abandonner Luther. Ce prince
était laborieux , sobre , d'un accès fa-
cile ; on respecte encore les ordon-
nances qu'il a laissées sur différentes
parties de l'administration ; en un mot
l'histoire ne lui reproche que sa vio-
lence contre les Juifs , dont les suites
furent la dépopulation de son rovaume;
et sa parcimonie qui lui fit perdre Ves-
puce et d'autres ofbciers qui portèrent
leurs services en Espagne. Jean 111,
.son fils, lui succéda. La vie d'Emanuel
a été écrite eu portugais, par Dam.
de Goëi , Lisbonne 1 566 et i S6^ ,
lia EMA
2 A'ol. in-fol. , retouchée par J. B. La-
vanha , Lisbonne itiu) , in -fui.;
celte édition est tronquée , et l'on pré-
fère la première; mais on fait encore
plus de cis de l'ouvrage d'Osorio ,
intitulé De rébus Emmanuelis Liisi-
taniœ res^is^ Lisbonne, iSyi , in-fol.
Simon Goulart l'a tiaduit en françois',
Genève, i 58i , in-fol., et Paris, 1 087,
in-8 '. On a inséré dans le tome II de
Yffispania illuslrata , une Lettre de
ce prince , adressée à Léon X , dans
laquelle il lui rend compte des vic-
toires remportées par ses armes , sur
les Maures d'Afrique. W— s.
EMA^TEL PHILIBERT. Voyez
Savoie.
EMAI^UEL, fils do Salomon , le
pins élég;ant et le meilleur des poètes
qu'ait produits la nation hébraïque
depuis sa ruine et sa dispersion , était
Eomain de naissance, ainsi qu'il nous
l'apprend dans plusieurs de ses ou-
vrages , et vivait à Rome vers la fin
du lO". siècle. Il nous apprend aussi
dans une de ses piéfices , qu'il habita
long-temps Ferino . ville de la marche
d'Ancone, et y composa la plus grande
partie de ses poésies. Em.muel était
encore habile grammairien, bon criti-
que et excellent interprète, ainsi que
le prouvent ses divers ouvr.tges ; on
voici la nomenclature : I. Mechab-
beroth ( compositions poétiques ),
J3rrscia , \f\{)\ , et Consîanlniople ,
1505, in-/|". Ces dcu^ éditions sont
très rares. Les bibliographes plaçaient
la première eu \f\\)2 ; mais M. de'
Eossi a prouvé dans ses Annales ty-
pographiques ^ qu'il falliit en reculer
la date d'une année, (le volume offre
un recueil , riche de viiigr-huit pièces
écrites partie en prose rimée, partie en
vers très élégants, et de différents
inèlrcs; elles traitent de divers sujets,
ft parliculicrcment de l'amour, des pas-
sions humaines , des délices de cç
EMA
raoncic qui attirent et dominent !c5
hommes ; la dernière pièce , où le
poète décrit l'enfer et le paradis , a été
réimprimée séparément à Prague, en
iSSq, et à Francfort sur le Mein, eu
1 7 1 5. On ne sera peut-être point fâché
de lire ici le jugement que porte de ce
recueil le savant abbé Andrès : « Mais
» parmi toutes ces poésies hébraïques,
» le recueil où Machbéroth , du R.
» Emanuel , est particulièrement digne
» d'attention : ce poète qui vécut dans
» dans le 12'. siècle, a obtenu un
» concours unanime de louanges pour
» la vivacitédcson imagination, l'Iieu-
» reux choix de ses idées et la clarté
» de ses vers : ses poésies se compo-
» sent d'odes, de chansons, de ma-
» drigaux ; elles se distinguent sur-
» tout par des détails sur différents
» points de physique et de morale,
» par des descriptioixs de l'enfer et du
» paradis, par des éloges du vin etdes
» femmes. Je sais que les ral)bins zélés
» regardent ce poète comme un liber-
» lin, un impie , un esprit fort. Ou
» peut l'appeler l'Aboulola ou le Vol-
» taire des Hébreux; aussi ses ouvra-
» ges sont-ils sévèrement condamnés,
)» eî 11 lecture en est-elle prohibée par
» le Sanhédrin ; mais je sais aussi que
» ces mêmes ouvrages, imprimés à
» Brcscia et à Coustanlinople , ont été
» très loués par les critiques hébreux ;
» et que récemment Elias de Mnrbour;;
» a aJliriné ouvertement qu'Éuianuel
M réussit également dans le sacré
» comme dans le profane , dans le
1) genre héroïque comme dans le ber-
» iiie.<(pu'. ( (IclC orig. e fie' pro^r.
» (Vogni lillcr. , toiu. Il , |)arl. 1 "•. ,
» pag. 45. ) » IL Commentaire sur
les Froi<erbcs , il a été imprimé avec
le texte, à N.iples, sans indication de
lieu ni de date, en 14B7 selon M. de*
Rossi , avec divers autres agiographes ;
m. Commcnlaires sur le pentaieu-
EMË
tfue ; ce commentaire , assez diffus ,
dans 1< quel est joint à l'interprétation
littérale, nne analyse grammaticale du
texte, existe manuscrit en cinq volu-
mes in-fol. , dans la bibliothèque de
M. de' Rossi ; IV. Commentaires sur
les prophètes ^ manuscrit entièrement
inconnu aux bibliographes hébreux et
chrétiens 5 V. Commentaire sur les
psaumes; M. de' Uossi possède le seul
manuscrit que l'on en connaisse; VI.
Commentaires sur Job , le Cantique,
le Litre de Rutli et Esther^ ces Com-
mentaires sont tous inédits , et la plu-
part étaient ignorés des bibliographes
avant que M. de'Rossi les eut fait con-
naître; Vil. Et>en Bbchen ( Pierre de
touche ) , traité inédit , quoiqu'entiè-
rementde grammaire et de critique sa-
crée, et tout à fait inconnu des biblio-
graphes. 11 se divise en quatre parties,
dont chacune se subdivise en plusieurs
sections ou chapitres. La i'*. traite
des mots ou des lettres qui manquent
dans le texte sacré ou sont sous-enteu-
dues ; la 2". des lettres ou mots redon-
dants; la 5". de ceux que l'on peut
mettre ou supprimer « volonté; enfin
la 4®- offre différentes remarques tou-
chant la langue hébraïque et le teste
de récriture. J — w.
EMELRAET ( ), peintre, né
à Bruxelles, vers 1612 , voyagea beau-
coup pour étudier le paysage, et fit en
Italie , et surtout à l\ome, un long sé-
jour. De retour dans sa patrie, il fixa
son séjour dans Anvers, et travailla
principalement pour les églises ; re-
gardé comme un des meilleurs paysa-
gistes de la Flandre , surtout en grand,
U peignit souvent des fonds de paysa-
ges dans les tableaux des autres ar-
tistes. Descamps regarde, corainc ce
qu'il a fait de mieux , un tableau placé
dans la chapelle de St.-Jospph, des
Cmnes déchaussés à Anvers; il vante
la manière largo et le bd ^ïk\, de cet
xm.
EME ii3
ouvrage. L'année de la mon d'Emel-
ract est inconnue. D — t.
EMERl. ^o^.Emery.
EMEKIC, ou HENUI, roi de Hon-
grie, fils de Bêla III, lui succéda ea
I uj6, du consentement unanime de
la dicte , et commença son règne par
faire exécuter à la rigueur les lois que
son père avait portées contre les meur-
triers et les brigands. Son frère André*
s'étant fait un parti dans la noblesse ,
se révolta , et prit ouvertement les ar-
mes. Le roi marcha aussitôt contre les
rebelles , et les deux armées étant en
présence , s'avança seul au milieu des
ennemis, la couronne sur la tête, le
sceptre à la main, et par une harangue
à la fois noble et touchante , désarma
les rebelles, qui lui livrèrent son frère
André, leur chef, auquel il eut la gé-
nérosité de pardonner. Tandis qu'E-
meric était engagé dans celte guerre
intestine, les Vénitiens lui enlevaient
plusieurs places qu'ds avaient possé-
dées autrefois sur la côte de Dalmatie.
Ce prince parvint cependant à con-
clure la paix avec Venise. H mourut
peudeteraps après, en 1204, laissant
b couronne à son fils Ladislas, qui
ne rt^na que six mois, et eut pour
successeur André II , son oncle.
E — V.
EMERSON ( Guillaume ), ma-
thématicien anglais, naquit en l'^oi
à Hurtworth, dans le comté de Dur-
h.im. Son pjre', qui était maîlie d'é-
cole, et le curé de son village lui
donnèrent toute l'instruction qu'il ne
dut pas à lui seul. Il se livra pendant
quelque temps à l'enseigneat-nt des
sciences mathématiques ; mais avant
hérité d'une petite fortune , où sa "mo-
dération lui fit trouver rindéj)endan-
ce, il put se livrer sans obstacle à son
goût pour l'étude. On peut juger de
son assiduité an travail par les ou-
vrages qu'il a laissés , et dout voici
8
,i4 EME
les tilres -A. la Doctrine des fluxions ,
in-8'., 1748; II. la Projection de
la sphère, in-8°., 1749; f^l- ^},^'
ments de trigonométrie, iu-8'-,
1749 ; 1^' Principes de la méca-
rdque, iu-8"., 1754; V. un Traité
de navigalion , in-i'-i, 1 7^5 ; VI. un
Traité d' algèbre, vci-'6'., 17^5; VII.
Méthode des incréments , in-80. ;
VIII. arithmétique des infinis , mé-
thode différentielle , éclaircie par
des exemples , et éléments des sec-
tions coniques, ia-8'., 1767; IX.
Mécanique ou doctrine du mouve-
ment, avec les lois des forces cen-
tripète et centrifuge, in-8°., 1769;
X. Eléments d'optique, in-8°. , 1 7 68 ;
XI. Système d'astronomie, in-S". ,
1769; XII. Principes mathémati-
ques de géographie, de navigation
et de gnomoniqiie , in-8'., 1770;
XIH. Cyclomathesis , ou Introduc-
tion facile aux diverses branches
des mathématiques, 1770, 10 vol.
in-8 ■. ; XIV. Petit commentaire sur
les Eléments de Newton , avec une
défense de Newton contre les ob-
jections faites sur différentes parties
de ses ouvrages, iu-8'., '77*^;,*^^*
ouvrasse a élc rëimpiiine dans 1 édi-
tion donnée en i8o5 ( Londres, 5 vol.
in-8'. ) par William Davis, de la tra-
duction en anr;iais des Eléments et du
S/stéme du monde de Newton ; XV.
un volume (ie Triâtes /xn-H" , > 77*^5
XVI . lin volume de Mélanges concer-
nant divers sujets de m.ithématiques,
in-8'., 1776- 0" trouve dans tous
ces ouvrages une eonnaissance appro-
fondie d.s suiits que traite l'auteur,
beaucoup de clarté et de concision ,
iiKHs peu d'invention , et une sorte de
rudesse de style coniorme n ses ma-
nièns, qui étaient rarement celles
<l'un hoiume bien élevé, et dont d
se plais,,it à exagérer la grossièreté ,
paf 1^9. affcctatiou de sùigulai-ilc. bcs
EME
vêtements étaient d'ordinaire malpro-
pres et ridicules ; on lui vit porter les
mêmes habits avec la même perruque
pendant vingt années de suite. Ses dé-
lassements favoris étaient de travailler
à la terre, de pêcher, enfoncé dans
l'eau jusqu'à la ceinture, ou d'aller au
premier cabaret à bière,boire et causer
avec le premier venu. Le duc de
Manchester , qui aimait sa société ,
faisait souvent avec lui de petites pro-
menades champêtres, et l'accompa-
gnait ensuite jusqu'à sa demeure;
mais ce seigneur ne put jamais le dé-
terminer à monter dans sa voiture :
« Au diable soit votre babiole I disait
,) alors Emerson, j'aime mieux mar-
» cher. » Il avait un cheval qu il ne
montait jamais , et qu'il conduisait
par la bride quand il allait au marche
faire sa provision. Lorsqu'd voulait
faire imprimer un de ses ouvrages,
il allait à Londres le porter lui-ioerae
à l'imprimeur, et ne se reposait que
sur lui seul pour la correction des
épreuves. Il écrivait avec une prcci-
pitation qui le fit tomber plus d'une fois
dans des inexactitudes impardonna-
bles, surtout dans des traités élémen-
taires. Quelques-unes ayant été rele-
vées par des critiques anonymes, il
inséra dans la prélacc de ses Mélanges
raverlissein'nt suivant : « Si quelque
» écrivain jaloux, injurieux et lâche,
,, s'avise dorénavant de se laptr dans
» .m trou pour m'insulter et provo-
,, quer la risée à mes dépens , sans
» oser montrer son visage comme un
„ homme de cœur, je déclare que ,e
,, ne ferai pas la moindre attention a
„ cet animal , et que je le considérera»
r, comme étant même au-dessous du
» mépris. » Voilà sans doute une dis-
position philosophique annoncée d un
stvie qui ne l'est guère. Dans le temps
qu',1 travaillait à son Traité de Navi-
gation , il loua un jour avec quelque»-
EME
uns de ses écoliers un pelit bâtiment
qu'ils dirigèrent si mal , qu'il se trouva
bientôt échoué. « Ce n'est pas mon
* exemple , ce sont mes préceptes
» qu'il faut suivre , » leur dit Emer-
son en souriant. L'embarras qu'il
trouvait dès qu'il voulait dévelop[)er
verbalement ses idées, lui fit abandon-
ner la carrière de l'enseignement. Ce-
pendant son esprit et l'instruction qu'il
avait acquise sur un grand nombre
de sujets, auraient pu rendre encore
sa conversation intéressante, s'il ne
l'eût gâtée par un ton tranchant, par
des jurements presque continuels, et
par cette impatience de caractère qui
fie lui permettait pas de souffrir la
contradiction. Il était profondément
versé dans la théorie de la musique,
mais très malheureux dans l'exécu-
tion. L'impossibilité qu'il trouvait à
accorder à son gré son violon , auquel
il avait appliqué ipielques innovations,
faisait un des tourments de sa vie.
Il mourut en proie aux douleurs de
la pierre, le 16 mai 1782, âgé de
quatre-vingt-uu ans. S — d.
EMEKY ( iMicHEL - Particelli ,
sieur d' ) , surintendant des finances ,
descendait d'une famille d'Italie, éta-
blie à Lyon dans le XV'""". siècle. Son
père, qui avait fait une fortune consi-
dérable par le commerce , quitta les
affiires et acheta une charge de tré-
sorier du roi. Michel , l'aîné de ses
enfants , hérita de celte charge et
vint à Paris, ou i\ ne tarda pas à se
faire connaître dans les bureaux du
ministre. Doué d'un esprit actif et fé-
cond en ressources, inditïércnt sur
les moyens pourvu qu'ils le menassent
au but, souple avec les grands, dur
avec ses inférieurs , inaccessible à
tout autre sentiment que celui de
l'ambition , d'Encry réunissait toutes
les qualités propres à lui faire faire un
djcmia rapide. Il eut la place d'in-
E M E 1 1 5
tendant de l'armée, dans la guerre
pour la succession du duché de Maa-
toue, et fut chargé, en même temps,
de travailler à détacher le duc de Sa-
voie de l'alliance qu'il avait formé»
avec l'Autriche, en faveur de Charles
deGonzague, héritier légitime de ce
duché. U'Emery ne réussit |>oint dans
cette entreprise, au succès de laquelle
le ministre attachait un grand intérêt;
cependant il ne perdit rien de son
crédit, et à la paix il resta ambassadeur
on Piémont. Hichelieu estimait les ta-
lents de d'Emery, et l'emp'oyait dans
l'occasion; mais ce ne fut que sous le
ministère de Mazarin qu'il parvint à la
plus haute faveur. Nommé surinten-
dant des finances dans un moment où
toutes les ressources étaient épuisées
par des guerres continuelles, il sut
eu créer d'autres , mais ce ne pouvait
être sans exciter de grands méconten-
tements. Insensible aux plaintes qui
lui revenaient de toutes parts , au ri-
dicule même dont on cherchait à l'ac-
cabler, d'Euiery ne s'occupait qu'à in-
venter de nouvelles taxes , qu'à ima-
giner de nouveaux moyens de procu-
rer des rentiées d'argent au trésor
royal; mais ayant ordonné une rete-
nue sur les gages des officiers du par-
lement, cette mesure souleva cette
compagnie jalouse de ses privilèges,
et Maziirin se vit obligé de sacrifier
à sa propre conservation un homme
qui le secondait si bien. D'Emery fut
privé de ses emplois et exilé dans ses
terres, où il mourut de chagrin , au
bout de deux ans, en i65o. On cite
une anecdote très propre à faire con-
naître jusqu'à quel point d'Emery
jioussait l'indifférence pour l'opinion
publique. Bautru lui présenta un jour
un poète de ses amis, en lui disant:
Voilà un homme qui peut vous
» donner l'immortalité, mais il faut
» que vous lui donniez de quoi vivre.
8..
ïi6 EME
» — Monsieur, repondit d'Emerv, je
» serai utile à votre protégé , si je le
)> puis, rn.iis à la condition qu'il ne
» me louera point. Les surintendants
» ne sont faits que pour être maudits. «
On a de d'Emery : ? Histoire de ce
qui s'est passé en Italie pour le re-
gard des duchés de Mantoue et de
Montferrat, depuis 1628 à i63o,
impiitnécavcc les Diverses relations,
Bourg, 1 632 , in-4". On conserve ma-
imscrits ses Lettres et Mémoires re-
latifs à sou ambassade en Piémont.
W— s.
EMERY ; Jean- Antoine-Xaviek ),
conseiller à la cour des aides de Mont-
pellier , naquit à Heaucaireen i-jSG.
Son ouvrage iiilitu'.é : Traité des Suc-
cessions , Obligations et autres ma-
tières contenues dans le 5" . et le 4".
lii're des Insùtutes de Justinien , en-
richi d'un grand nombre d'arrêts ré-
cents du parlement de Toulouse ,
i'j87, in-8'., dépose de l'étendue et
de la solidité de son savoir en matière
de jurisprudence. Il avait aussi com-
posé un Traité des Testaments , maïs
la révolution , survenue au moment oîi,
il l'achevait, l'empêcha de le livrer à
l'impression. Jeté dans les prisons de
ÎJîmes , lorsque la vcriu fut partout en
France condamnée aux fers ou à l'é-
chafaud , Emery y mourut le 5o juillet
1 794. Z.
EMEHY ( Jacques- André), supé-
rieur-général de la congrégation de St.-
Sulpicc, naquit à Gex, Ic'i7 août 1732.
11 était le second (ils du lieutenant-géné-
ral criminel au bailliage de celle ville.
Il étudia d'abord chez les jésuites de
Mâcon , et entra, vers 1750, à la
peti^ie commun;iuté de St.-Sidpice , à
Paris. Ordonné prêtre en 1756, on
l'envoya , trois ans après , professer
le dogme au séminaire d'Orléans, d'où
il pas>a à celui de Lyon pour y en-
êeigucr la murale, il prit alors iics
EME
degrés dans l'université de Valence,
et fut reçu docteur en théologie en
I 764. Ce fut pendant sou séjour à
Lyon qu'il publia ses deux premiers
ouvrages : VEsprit de Leibnitz et
l'Esprit de Ste.- Thérèse. L'auteur
se proposa do réunir dans le preoiier,
tout ce que Leibnitz avait écrit sur la
religion. Affligé de l'esprit de son siè-
cle, il voulait le ramènera la religion
par une grande autorité, et lui prouver
que l'incrédulité n'était pas, comme
ou s'en vantait , le partage de toute
tête pensante, et qu'on pouvait ici
opposer philosophe à philosophe. II
rapporte en effet une foule de passages
qui montrent combien Lcibnilz était
attaché à la révélation, et combien
il était même instruit dans la théologie
proprement dite. VEsprit de Ste.-
Thérèse est dans un genre différent.
c'est un recued dece que l'éditeur a trou-
vé de plus usuel et de plus pratique
dans les écrits de la sainte. Il y en a
deux éditions, celle de 1775 et celle
de 1779. En 1776, AI. Emery fut
fait supérieiu" du séminaire d'Angers
et grand-vicaire de ce diocèse. Il fut
chargé plus d'une fois, et presque seul,
des détails de l'administration , soit
à cause des absences de M. de Grasse,
évêque d'Angers, soit en raison dosa
mort, qui arriva au conmienccnient
de 178.2. Cette même année , sur la
démission de M. h" Gallic, il fut nommé
su[)ériair-gcnéral de sa congrégation.
II était digne de succéder aux Olier et
aux Tronson. Es|)rit d'ordie , coup-
d'œil juste , connaissance des .iffaiies ,
discernement des hommes, méangc
heureux de douceur et de fermeté, telles
étaient ses principales qualités. Il était
d'usage que les supéi leurs -généraux
de St.-Suipice eussent ime abbaye. Le
roi le nomma , en 1 784 , à celle de
]}()isgroland , un diocèse de Luçon.
Elle était d'un rcveiiu peu cousidé-
EME
rab'e, mais qui suffisnit à l'ambition
d'uH liuram p ein île l'esprit de >od
état , m<idesic , désintéresse. En i ■^Sg ,
lors des premier> oiages de la révo-
lution, il établit un séminaire de sa
congrégation, à Baltimore , qui venait
d'ê're érigé eu évèché. Il y envoya
plusieurs de ses prêtres , qui y tra-
vaillèrent avec zèle à étendre la reli-
gion. La révoluliou vint l'enlever à
des occiipaiions qui lui étaient chères.
Son séminaire fut dispersé, et lui-même
l'ut enfermé deux, fois; la première à
Sie.-Félagie, où il ne rota que six se-
mâmes ; la seconde à la Cou* iergerie ,
où il passa seize uiii-;. Il vit se renou- ■
veUr souvent cette prison , qui était
comme le vestiliule de récliafaud , et
où arrivaient chaque jour les victimes
destinées à une mort prochaine. On
dit que Fouquier-Tliinville se pro-
posau bien de bii faire avoir aussi son
tour , mais qu'il le laissait par calcul ,
parce que, suivant son expression ,
ce petit prêtre empe'chait les autres
de crier. M. Emeiy hit utile dans sa
prison à plusieurs condamnés, et il
reçut, entre autres , l'expression du
repentir de Claude Fanchet et d'Adrien
Lamourelte , qui avaient donné dans
plus d'une erreur , et pris part au
schisme. Rendu à la liberté après la
terreur , il devint un des principaux
administrateurs du diocèse de Paris ,
dont M. de Juigné , alors en exil,
l'avait nommé grand-vicaire. Ses con-
naissances, sa sagesse, l'estime dont
il jouissait, le rendirent en quelque
sorte le conseil du oh rgé et des fi-
dfles. Sa correspondance était très
étendue, et il n'y pouvait suffire que
par une vie active, par une sage dis-
tiibiition de tous ses moments et par
une grande facilité à écrire. De longues
études, un jugement sain, un tact sûr,
l'avaient préparé de bonne heure à
répondre sur une foule de question^
EME 117
relatives à son ministère. Il savait
combiner l'a.tachement aux règles ,
avec les tempéraments que néci'S-
sitaient les circonslanceSi 11 n'était
point ami des mesures extrêmes , et
se dcfiait de l'exagération eu toutes
choses : quelques-uns lui ont même
reproché d'avoir poussé trop loin la
condescendance et la modération ;
mais dans tout le cours de la révolu-
tion , il marcha constamment sur la
même ligne. 11 ne fut point ardent
dans un temps et modéré dans un
autre; il n'allait pas chercher l'orage,
mais il l'attendait sans crainte; il ne
bravait pas l'injustice des hommes ,
mais il ne s'en laissait pas intimider:
l'intérêt de la religion le guidait tou-
jours. Gîux qui ne jugent que d'après
l'impulsion du moment , lui trouvè-
rent trop de fermeté quand ils en man-
quaieut eux-mêmes , ou trop de mol-
lesse quand ils étaient exaltés ; mais
c'étaient eux qui changeaient. Pour
lui , il fut toujours le même, sage,
égal, mesuré; sachant céder lorsqu'il
le croyait utile ; mais sachant aussi
résister avec force quand il le jugeait
nécessaire. Au milieu de ses nom-
breuses occupations , et malgré les
inquiétudes et les troubles , fruit des
circonstances , il trouva le moyen de
composer plusieurs ouvrages. Lors du
serment prescrit par l'assemblée cons-
tituante, il fit une réponse à un ou-
vrage en faveur de la constitution ci-
vile du clergé. Comme il parut alors
beaucoup d'écrits de ce genre, on 1 e
saurait dire précisément quel était le
titre du sien. Il donna , en 1 797 , un
mémoire sur cette question : Les re-
ligieuses peuvent- elles aujourd'hui y
sans blesser leur conscience , re-
cueillir des successions et disposer
par testament? 11 publia l'écrit inti-
tulé : Conduite de l'église dans la
réception des ministres de la reli-
,,8 EME
gion qui reviennent de l'hérésie et
du schisme. Une seconde édition de
ce livre est de iSoi. H inséra plu-
sieurs morceaux dans les Annales
catholiques, ouvrage périodique en
i5 volumes in-^'., qui a paru sous
divers titres. L'.ibbé Enaery aimait
la litléraUirc, et quand il eut per-
du , par la révolution , la bibliothè-
que de sa maison, il sut en former
une autre avec beaucoup de choix. U
acheta les manuscrits origin;n)X de
Fénelon, qui ont servi à M. de Baus-
set, cvêque d'Alais , fon ami, pour
composer l'histoire de l'illustre arche-
vêque. La retraite où le condamna la
journée du 4 septembre 1797 ( 18
fructidor ) , l'engagea à mettre la der-
nière main à son ouvrage sur Bicon.
Jl le publia en 1 799, sous le litre de
Christianisme de François Bacon,
a vol. in- 12. Le discours prélimi-
naire , la vie de Bacon , et deux éclair-
cissements, qui sont à la fin de l'ou-
vrage , attestent la solidité , la sage^ssc
et la critique de l'auteur. En 180D il
donna une nouvelle édition de VEs-
pritde Leihnitz, et l'intitula: Pensées
de Leihnitz sur la religion et la mo-
rale , 0. vol. in-8 '. Il devait y joindre
un Eclaircissement sur la mitigation
des peines deV enfer; mais après avoir
fait imprimer cet écrit , il en arrêta
la distribution , et il ne s'en est ré-
pandu qu'un très petit nombre d'exem-
plaires. Depuis il s'était encore pro-
curé de nouvelles pièces sur Leibnitz,
et entre autres un manuscrit de la main
du philosophe sur les points contro-
versés entre les catholiques et les pro-
lestants , manuscrit dans lequel Leib-
nitz se déclarait en faveur des pre-
miers. U se proposait de publier cette
pièce importante. Il se rendit éditeur
de la Défense de la révélation contre
les objections des csifrifi-forts , par
M. Euler, suivie des Pensées de cet
EME
auteur sur la religion , supprimées
dans la dernière édition de ses Let-
tres à une princesse d' Allemagne ^
Paris, i8o5,in-8 .( r.CoNDORCExet
Euler). En 1807 il fil paraître les
J\ouveaux Opuscules de Fleury , i
vol. in- 12, auxquels il joignit ensuite
des Additions qui ont servi de pré-
texte pour l'inquiéter. Son dernier ou-
vrage est les Pensées de Descartes ,
I vol. in-8.. 1811.11 se proposait
de joindre Newton aux philosophes
dont il avait fait connaître les senti-
ments , et de montrer que ce grand
homme avait été aussi attaché à la
révélation ; mais il n'a pas eu le temps
d'achever cet ouvrage , et n'a laissé
que des notes imparfaites. U a été
l'éditeur de plusieurs des ouvrages de
M. de Luc , aiusi que des Lettres à
un évéque sur divers points de mo-
raie et de discipline . par M. de Pom-
pignan, 1 vol.iii-8"., i8o2.Ledésir
de parler de suite de tous ses ouyra;;es
nous a fait intervertir un peu l'ordre
chronologique. Après la chute du di-
rectoire, M. Emery reparut et donna
dans les Annales quelques écrits en
faveur de la soumission. Quelques
personnes crurent pouvoir l'accuser
d'ambition ; mais il fit tomber ces
vains reproches en refusant l's^è-
ché d'Airas en 1802, et il lut
même arrêté quelque temps , lors
de la signature du concordat. Il ne
demandait qu'à reprendre ses fonc-
tions de supérieur de séminaire. Il
rassembla en elTet queUpies jeunes
gens , acheta une maison à Paris , et
en établit plusieurs autres dans le»
provinces. Dépositaire des anciennes
traditions , il les perpétuait dans le
nouveau clergé. Il avait la confiance
des évêques, et entre autres d un
prélat qui avait alors du crédit, et
qui lui fut ntile : ce fut par son in-
fluence qu'il fut nommé conseiller de
EME
funiversilé. Le cardinal de Belloy Ta-
▼ait fait un de ses grands-vicaires. En
1809 OD l'adjoignit à une commission
de deux cardinaux et de cinq évêques ,
qui étaient chargés de répoudre à dif-
férentes questions sur les aflFaircs de
l'église. Il parla toujours dans cette
commission avec beaucoup de liberté ,
et refusa de souscrire à l'avis arrêté
le 1 1 janvier 1810 -, ce qu'on ne lui
pardonna point. Il eut ordre de quitter
son séminaire. On le savait fort atta-
ché au Saint Siège. Personne ne res-
sentait plus vivement que lui les
troubles de l'église et les malheurs
du souverain pontife, et il n'en par-
lait qu'avec douleur. On l'adjoignit
encore à une seconde commission ,
où il montra toujours la même fer-
meté. Il eut même une occasion écla-
tante de manifester ses sentiments.
Mandé aux Tuileries avec les autres
membres de la commission , il parla
librement à un homme auquel il n'é-
tait pas aisé de faire entendre la vé-
rité, exposa la doctrine véritable de
Bossuet , et osa même réclamer en
faveur de la souveraineté temporelle
des papes. Son courage mesuré, sa
gravité modeste , ses raisons déduites
avec force et présentées avec sagesse,
en imposèrent au perturbateur de l'é-
glise, qui ne se montra point offensé
de sa liberté. M. Emery méritait de
finir par là sa carrière : il tomba ma-
lade peu de mois après , et mourut le
a8 avril 181 1. Ses obsèques furent
honorées par la présence de plusieurs
cardinaux et prélats, et parles larmes
de ses élèves et de ses amis. Il fut en-
terré dans sa maison d'Issv. Les sé-
minaristes voulurent y porter eux-
mêmes son coi-ps. L'auteur de cet
article publia en 181 1 , sur la vie et
les écrits de ce digne ecclésiastique ,
une notice assez étendue, que la po-
lice fit saisir et mettre au pilon. P-c t.
EMI ti5
EMILE ( Voy. Paul-Emile).
EMILÏ ( Paul ), en latin Pau-
lus uEmilius , auteur italien d'une his-
toire de France écrite on latin dans le
i6". siècle, était de Vérone. 11 était
fixé à Rome , et y jouissait d'une ré-
putation de savoir qui engagea
Etienne Ponchcr, évêque de Paiis,
à conseiller au roi Louis XII de lé
faire venir en France. Ce fut par
ordre du roi qu'il entreprit d'écrire
notre histoire , depuis le commence-
ment de la monarchie jusqu'à son
règne. Il obtint pour encouragement
un ranonicat dans l'église cathédrale
de Paris. Il se retira au collège de
Navarre, où il fut uniquement oc-
cupé de la composition de scu ou-
vrage. Il en fit paraître d'abord les
quatre premiers livres : De rébus
gesUs Francorum libri. IT , Pa-
ris , in - fol. Cette édition est sans
date; mais elle est probablement du
commencement de l'au i5i6, car
Erasme , dans une lettre écrite d'An-
vers le 2 février de cette année, dit
qu'il apprend que Paul Emili public
enfin son histoire de France; il ajoute
que ce ne peut élre qu'un excellent
ouvrage , puisqu'un homme aussi sui-
vant et aussi laborieux y a consacré
plus de vingt ans. Si cette dernière
circonstance était vraie , ce ne serait
point vers i499, comme le dit Tira-
boschi (1), que cet écrivain aurait
été appelé en France , mais vers l'an
1495, ou même plus tôt, par consé-
quent sous le règne de Charles VIII
et non de Louis XII ; mais il paraît
constant que ce fut sous ce dernier
roi , et il faut croire qu'Erasme- s'est
trompé. Dans une autre édition Emili
ajouta deux livres aux quatre pre-
miers : cette édition est aussi saus
date ; mais Pierre Gilles en parle
(1) Sloria délia Leusr. ital. , tom. VU, p«it.
U , p. 330, prtsuere cdit. , ia^**.
iîo EMI
dans une lettre à Erasme datée du
19 juin i5 19, et dit que Paul Emili
vient de livrer à l'imprimeur la suite
dé son histoire. 11 continua son tra-
vail, et écrivit encore quatre livres;
le quatrième u'était pas achevé' lors-
qu'il mourut le 5 mai 1529. On trouva
ce livre imparfait et fort en desordre
parmi ses papiers; il fut terminé par
Daniel Zavarisi , véronais comme
lui, et qu'on croit même son parent.
L'histoire entière , qui s'étend jusqu'à
la cinquième année du règne de
Charles VIII, fut publiée à Paris en
1539. Elle y fut réimprimée in-8°.
el in-folio en i545 par Vascosan, et
ensuite à Bâle en 1601 , in- fol. L'au-
teur fut enterré dans l'église de Notre-
Dame, dont il était chanoine, avec
une inscription qui ne loue pas moins
sa piclé que son savoir. Il est possi-
ble qu'on nit exag('ré dans son temps
le mérite de cet auteur , qui débrouilla
le premier le cahos de notre ancienne
histoire; mais on ne peut disconve-
uir que son style n'ait la gravité con-
venable , et qu'il ne soit coramuné-
nunt assez pur , quoique un peu
sec, et quelquefois visant trop à la
concision. Paul Eraili est pourtant
diffus daris les récits , et encore plus
dans les discours qu'il introduisit à
l'exemple des anciens. On lui a re-
proché de la partialité pour les Ita-
liens; mais ce reproche ne lui a-t-il
pas été fiit par la partialité fran-
çaise? Et si un auteur italien, quoi-
que payé par le roi de France, n'a
pu approuver aucune des guerres
faites eu Italie par les Français , doit-
on lui en faire un crime ? 11 est d'ail-
leurs peu probable qu'écrivant en
que'que sorte pour le roi de France,
«t sous ses yeux, il ait pu montrer
contre les Français une partialité in-
juste. Quant aux erreurs où il »st
tombe, ou ne doit en accuser que les
EMI
mauvais mémoires , les fausses chro-
niques el les renseignements incom-
plets qui lui fuient fournis." Un sa-
vant étranger ne pouvait avoir d'autres
guides, et ce n'est pas à lui qu'il faut
s'en prendre s'ils l'ont souvent égaré.
Cette histoire a eu dans Arnauld Du-
ferron un mauvais continuateur, et
un médiocre traducteur dans Jean
Renard , dont la traduction française
parut en 1 58 1 , Paris , in - fol. , et fut
réimprimée plusieurs fois ; elle fut
aussi traduite en italien, Venise,
i549, iu-4°.5 et en allemand, Bâle,
1 572 , in-fol, ^ G — É.
EMILIANI. F. Jérôme Emiliant.
EMILIANO (jEAw), médecin du
i6'". siècle , était de Ferrare. Il n'est
connu que par un ouvrage intitulé:
Natiiralis de ruminantibits historia ,
Venise, i584, 'n-4**.0u chercherait
vainement dans ce livre des connais-
sances exactes d'histoire naturelle ,
d'anatomie et de physiologie. L'au-
teur s'abandonne aux écarts d'une
imagination déréglée, et surcharge de
nouvelles hypothèses la théorie ga-
lénique, déjà si obscure et si compli-
qilée. C.
EMILIEN (Marcus-Julids-tEmi-
lius-vEmilianus), naquit en Mau-
ritanie. Sa famille était obscure, son
mérite seul l'avança dans la carrière
des armes, qu'il embrassa de bonne
heure. Il parvint aux premiers em-
plois de l'armée, et se trouvait gou-
verneur de Mésie sous Gallus. Quel-
ques succès brillants obtenus sur les
(ioths, qu'il chassa des terres de l'em-
pire , lui donnèrent un grand crédit
auprès des soldats , et pendant que
Gallus vivait à Rome dans la mollesse,
l'arniéc proclama Emilien empereur,
l'an 'jtCtj. Lorsque Gallus eut connais-
sance de cette révolte , il lit marcher
contre lui Valérien , l'un de ses géné-
raux; mais ni les protestations du se-
EMI
nat contre le choix de l'année, ni les
efforts de Gallus , ne purent arrêter
les progrès de son concurrent. Emilieu
se dirigea sur Rome , battit comj)let-
tcmcnt Gallus et Volusien son fiis ,
qui marcliaient à sa rencontre avec
une nombreuse armée, mais qui furent
abandonnés, et ensuite massacrés par
leurs propres soldats auprès de Terni.
Emilieii vainqueur, vint se faire re-
connaître par le même sénat qui peu
de jours auparavant l'avait déclaré en-
nemi de la patriej mais bientôt il fut
lui- uicme iorcé de descend le de ce
trône qu'il venait d'usurper. Les trou-
pes que Valerien amenait au secours
de Gallus, ne voulurent point recon-
naître Emilicn pour empereur , et re-
vêtirent leur chef de la pourpre, Emi-
licn qui peut-être n'avait pas justifié
toutes les espérances de ses soldats ,
fut massacré par eux auprès de Spo-
lètc , au moment où il se disposait à
combattre son rival. Le lieu de sa dé-
faite prit de cet événcraent.le nom de
Pont sanglant. Tel est au moins le
récit de Victor dans son Epilome , car
l'autre Victor prétend qu'Emilien mou-
rut de maladie. La plupart des histo-
riens sont à cet égard d'accord avec le
premier. Emilicn , suivant l'expression
d'Eutrope , obsctirissimè natus , obs-
curiùs imperavit. Il faut convenir
aussi qu'il n'eût guère 1g temps d'il-
lustrer son règne, qui ne dura que
quatre mois. Il nous reste néanmoins
plusieurs de ses médailles , tant ro-
maines que des colonies , surtout de
celles qui avoi>inent les lieux où il fut
proclamé empereur. Les grecques sont
beaucoup plus rares. On donne à Emi-
lieu les prénoms de Gains et de Marcus.
Victor le nomme jEmilius ,^milia-
nns ; Banduri oiic deux médailles sur
lesquelles il a vu ceux de Julius et de Sal-
lustius ; mais nous ne les avons point
sous les yeux. Emiljen ne peut pas
avoir porté tant de surnoms difTérents;
dans le nombre des médailles que l'on
cite, il y en a sûrement quelques-unes
qui sont apocryphes ; nous croyons
qu'il en est de même de celles qui ont
été publiées par divers antiquaires,
avec la désignation de son consulat.
Nous avons examiné avec beaucoup de
soin une assez grande quantité de mé-
dailles d'Emilien, aucunes ne font men-
tion de son consulat , et nous n'y avons
trouvé que les noms de Marcus ,
JEmilius , JEmilianus. Le burin des
faussaires s'est si souvent exercé sur
les médailles d'Emilieu , surtout en
grand bronze , qu'elles demandent
d'être examinées avec sévérité. L'his-
torien qui veut appuver un fait sur ces
monuments, doit avant tout s'assurer
de leur authenticité. Les médailles d'or
d'Emilien sont fort suspectes , celle
qui est au cabinet du roi est de ce nom-
bre, de sorte que la tête de ce prince
manque à la suite d'or, qui est cepen-
dant la plus riche de l'Europe. T — y.
EMILIEN ( ALEXANDIB-iEMILIA-
NUS), gouvernait l'Egvple pour Gai-
lien , sous le règne duquel on saiî qu'il
s'éleva de toutes parts des tvrans qui
usurpèrent son autorité. Les Egyptiens
étaient, plus que tout autre peuple,
enclins a la révolte. Le prétexte le plus
frivole suffisait pour les y disposer.
Un jour , qu'excitée par un châtiment
trop sévère infligé à un particulier , la
populace s'était soulevée , elle se ren-
dit au palais d'Emilien pour le massa-
crer ; celui-ci , afin de se tirer d'em-
barras , se hâta de gagner les soldits
qui avaient à se plaindre de Gallien ,
et se revêtit de la pourpre. Les troupes
le reconnurent sur le champ , et apai-
sèrent la révolte. Trcbellius Pollio,
qui seul nous a conservé ces détail.',
dit qu'Emilien ne manquait pas d'ui e
certaine vigueur pour gouverner. Il
donna des preuves de bravoure , ca
122 EMÏ
conduisant son armo'e contre les bar-
bares qui avaient pénétré en Egypte ;
il les chassa de la Thébaïde , et les
Egyptiens, par reconnaissance, l'ap-
pelèrent Alexandre ou Alexandrin. Le
nom du beïos qui avait autrefois déli-
vré leur pays du joug des Perses, était
le plus beau qu'ils pussent donner au
vainqueur. Emilien fut arrêté au milieu
de sa course victorieuse par Théodotc,
que Gallien envoya contre lui : il fut
pris et étranglé dans sa prison après
un règne fort court. Les médailles
qu'on lui attribue sont fausses. Celles
qui sont citées par Pellerin et par Beau-
vais , nous paraissent sortir de la fa-
brique de Cogornier ( Vo^. Cavino).
^ T— N.
EMILIUS-MACEB. V. Macer.
EMIR-Gl UN-OGLI, favori d'Arau-
rath IV , commandait pour le sopbi
de Perse dans la ville de Levan, lors-
que Amuralh IV vint l'assiéger l'an
de l'hégire io44 ou i655. Le per-
san , gagné sans doute , livra la place
sans l'avoir défendue. Sa trahison lui
gagna la bienveillance du sullliân ; la
conformité de vices lui acquit toute sa
faveur. Emir-Giun aiuiail le vin avec
autant d'excès que son nouveau maî-
tre. Amurath allait souvent le voir
dans son palais, situé sur le Bos-
f)hore, et qui subsistait encore dans
e siècle dernier, sous le nom d'Emir-
Giun-Ogli Yalisi; ils ne buvaient pas
d'autre vin que celui de Ténédos , le
plus excellent et le moins fumeux de
tous ceux desîles de l'Archipel. Emir-
Giun-Ogli partageait avec Hecri-Mus-
tapha la faveur du sulthàn ; il survé-
cut à ce fameux compagnon des dé-
bauches d'Amuralh; il survécut même
à son maître , dont il av.mça la mort
en l'engageant à de nouveaux excès À
la suite d'une maladie qui en était le
fruit. Eniir-Giun-Ogli ne trouva chez
Ibrahim ni la même faveur ni la même
EML
protection. Le sophi de Perse n'avait
pas oublié sa trahison ; il fit de sou
châtiment la première condition de
la paix que la Porte ottomane pro-
posa à la mort d'Amurath IV , et
Emir-Giun-Ogli fui sacrifié sans dif-
ficulté. Connu dans l'histoire par sa
perfidie et par ses vices , qui asso-
cièrent im nom méprisable au nom
illustre d'Amurath IV , son ami et
son protecteur, Emir-Giun-Ogh fut
étranglé en 1 64 ' • S — y.
EMLYN (Tjomas), théologien
anglican, naquit en it)63 à Stam-
ford , dans le comté de Lincoln. En
1 685 il entra eu qualité de chapelain
chez la comtesse de Donegal , mariée
peu après à sir William Francklin.
Ayaut quitté sir William , il se mit
à voyager en Angleterre et en Ir-
lande , prêchant eu difTérents lieux ,
jusqu'à ce qu'enfin en 1691 il s'atta-
cha à la congrégation de non-con-
formistes de Wood-Street à Dublin.
Il y épousa une veuve qui lui ap-
porta quelque fortune , et y vécut
tranquille et respecté pendant plu-
sieurs années , jusqu'au moment où
ses opinions religieuses attirèrent sur
lui la persécution. S'éL<nt en effet dé-
claré contre la Trinité et pour la préé-
minence du Père sur le Fils et le St.-
Esprit , il fut d'abord pri\ é de ses
fonctions , puis condamné à un an
de prison et à une amende de 1 000
livras , qui furent ensuite réduites à
-10, au moyen de quoi Emlyn put
enfin sortir de prison après plus de
deux ans de détention. Il continua à
prêcher, mais sans aucun salaire,
parmi ses partisan- . et à publier di-
vers ouvrages pour établir ou défen-
dre son système. On essaya, mais en
vain , d'élever centre ni de nouvelles
persécutions. Il momut le 5o juillet
1 745 1 àgc de près de Ho ans. De ses
nombreux ouvrages de coutroverse
EMM
le plus soigne est une Défense du
culte de N. S. J. - C. dans les
principes des unitaires, l'y 06. Le
plus curieux est celui qu'il a intitulé:
Considérations sur la question pré-
liminaire aux diverses questions re-
latives à la validité du baptême ,
etc., i-j 10, et cette question prélimi-
naire est de savoir si le baptême d'un
premier chrétien ne suffît pas à toute
SA postérité , et s'il est nécessaire d'en
renouveler la céiéuionie à chaque gé-
nération. L'auteur de sa vie prétend
que cette doctrine, peu goùlée dans
le temps , a fait dernièrement quel-
ques proj^rès. Emiyn , quoique pour-
suivi |>our ses innovations dans le
dogme, a été estimé corame un homme
d'une vie exemplaire, ferme autant
que modéré dans ses opinions. Il fut
intimement lié avec le fameux Sa-
muel Clarke, sur la vie duquel il a
écrit des mémoires qui n'ont paru
qu'après sa mort, en 174^, dans la
collectiou complète des OEuvres
d'Emlyn , 3 vol. in-S". , où l'on
trouve sa vie écrite par son fils,
SoUom Emlyn. Ce dernier, savant
jurisconsulte, mort en lySÔ, a pu-
blié ï Histoire des plaids de la Cou-
ronne , par le lord Chief Justice
Haie, 175(5, 2 vol. in-lol. , avec
une préface et des notes. X — s.
EMMA. F. EoïKABD, et Edouard
LE Confesseur.
EMMA^UEL. Tor. Emam;el.
EMMERICH (George), né à
Kœtiigsberg , eu Prusse , le 5 mai
lô-ju, étudia la médecine à l'univer-
sité de Lcyde, où il obtint le doctorat
en 1 692. L'année suivante il fut nom-
mé professeur extraordinaire, et en
1710 professeur ordinaiie de méde-
cine dans sa viile natale. Elu bientôt
après maire ( bourguoraestre ) de Lœ-
beniclit, il fut appelé avec le même
titre à Kœnigsbcrg , en 1724, et
EMM 115
remplit ces honorables fonctions jus-
qu'à sa mort, arrivée le i o mai 1 7"i7.
Ce médecin n'a point compose d'ou-
vrages volumineux, mais il a pnb!ié
un grand nombre de dissertations,
dont plusieurs méritent d'être signa-
lées ; elles ont été imprimées à Kœ-
nif;sberg, sous le forma*, in-4". : L De
ralinne et experientia medicd, 1 6()5 ;
IL Thesium medicarum pentas , et
totidem paradoxa , 1 69S ; il y traite
principalement de l'action compri-
mante que l'air exerce sur toutes les
parties de notre corps. IIL Teelogitt
ejusque infusum , seu de usu polus
theœ , i6f)8. IV. De morbo marino
navi^antibus prima imprimis vice
familiari, 1700; W De frigore cor-
reptis, 1701; VL De duumviratu
helmontiano , ventriculo nimirùm et
splene , 1702 ; VIL Defebrevirgi-
Tuim amalorià, 1708J VUI. De
conjugio Astreœ cum Apolline ,
circa medicam forensem ; Fars pri-
ma. De inspectione cadaveris, 1 7 i o;
Pars secunda. De vidnere lelhali
in génère, 171 1 ; Pars tertia, De
vulneribus leUialibus in specie. C.
EMMIUS (Ubbo ), né à Gretha ou
Grietzyl , village de la Frise orientale,
eu 1 547 , d'une famille dont le nom
patronymique était celui de Diken,
fut, dès son enfance, consacré aux
lettres , par son père , ministre du Sl.-
Evangile , et pasteur h Grctba , qui
lui-même était disciple de Luther, d«
Mélanchthon,et ami de l'illustre Polo-
nais Jean à Lasco. Après de longues
études théologiques , philosophiques
et littéraires , commencées à Embden ,
continuées à Brcrae, à Norden, à Kos-
toch , et terminées à Genève , où il
s'attacha surtout à Théodore de Bèie,
il eut à opter, à l'âge de vingt-neuf
ans , entre le ministère sacré et la car-
rière de l'instruction publique : il se
décida pour ctllc dernière, et accepta
124 EMM
le rectorat de l'école latine de Nordcn
en Ost-Frise. Des tracasseries thcoio-
giques le flrcnt renoncer à ce poste en
1587. La petite ville de r<eer le pos-
séda ensuite; mais, en i594, s'ouvrit
pour lui un lliëâtre plus dijiçne de son
mérite. Les magistrats de Groningue,
occupes de réorganiser leur collège,
jetèrent les yeux sur Eramius; et, eu
i6i4, ce co liège ayant cte' e'rigé en
université' , ils l'en nommèrent recteur
et lui conférèrent , concurremment
avec les curatcirs académiques, le pou-
voir d'en désigner les professeurs ,
dans les différentes facultés. Emmius
s'acquitia bon( rablcmentdc cette com-
mission; il rédigea aussi le règlement
organique, et l'université de Groniu-
gue a toujours figuré depuis avec dis-
tinction parmi les coips enseignants
des provinces- unies des Pays-Bas. La
chaire d'histoire et de langue grecque
fiitcelle qu'orna spécialemcntEmniius.
Le nombre et le mérite de ses disci-
ples, la bonne intelligence où il vivait
avec ses collègues , l'étendue de ses
correspondances litléraires , l'estime
particulière que faisait de lui le prince
Guillaume-Louis de Nassau , gouver-
neur de la province ; tout concouiait
à jeter un éclat peu commun sur ce
savant , également rccommandabîc
par ses qualités morales , civiles et lit-
téraires. II joignait à beaucoup de
science une grande modestie, et re-
levait le tout par une douce et pro-
fonde piété. Les quatre dernières an-
nées de sa vie, où il se vitempcclié par
ses infirmités de continuer ses fonc-
tions professorales, furent consacrées
avec d'autant plus de zèle au travail du
cabinet. Il mourut le()décenibre i(iti6,
ayant refusé plusieurs fois les propo-
sitions les plus engageantes qui lui
avaient clé faites pour se transporter
ailleurs. Ses obsèques furent un deuil
public, et le priucc Louis -Guillaume
E M M
de Nassau les honora de sa pre'sence.
Les plus illustres étrangers, tels que
Scaliger,deTliou, Chylraeus ctautics
corres|)ondants d'Emmius , ont ex-
primé pour lui la même admiration et
la même estime que ses compatriotes
Dousa , Heinsius , Scriverius , elc. Les
principaux écrits qu'il a laissés , sont :
J. Opus chronologicum , Groningije ,
i6ig, in -fol.; à la suite duquel ont
paru Canon chronicus compendiosus'j
Canon chronicus plenlor; Chronolo-
gia veterum romnnorum , et Âppen-
dix geneolo^ica. 11. Fétus grœcia
illustrata, Leyde , i6'i6, in 8'.;
Gronovius l'a réimprimé dans ?,cs An-
tiquités grecques ^ tom. IV. 111. Re-
rum Frisicarum historia , partagée
eu six décades , qui ont d'abord paru
séparément , de i5()6 à 16 '6, et en-
suite réunies, à Leyde, i6i{), in fol.
Emmius s'attacha à purger l'Iii toire
de la Frise de beaucoup de fables ac-
créditées par Funnerius , Suffridus
Pétri et autres. Il avait déjà publié au-
paravant , et dans les mêmes inten-
tions : De origine atque antiquitate
Fri<orum, Gronin<iue, lOoD . in-12,
et De agro Frisiœ inter Amasum
[ Y\lm> ) , et Lavicam ( le Lauwcr )
de que urbe Groiiingd in agro eodein,
ibiii., i<)o5, in-8".,fig., suivi des an-
nales de cette ville, depuis l'an \i6o.
IV. Historia nos tri temporis;\\ n'y
est question que de dis[)utes locales
entre les villes de Groiiingue ( t d'Krab-
den. Cet ouvrage n'a paru qu'en 1 7^3,
à Groniiigue, in-4"- George Albert,
jirincc d'Ost- Frise, doul il blessait les
prétentions, le fit brûler par la maiu
du bourreau , à Aurich, en 1 7 55. Em-
mius avait débute par deux ouvr.tges
de théologie polémique , l'un dirigé
contre Daniel Hoffmann , |)rofesseur
à llelinslscdt,Herborn, i()oi ,in-i2;-
l'autre contre rilluminé David-George.
( Foy. David-George. ) La uaduc-
EMO
lion hollandaise du dernier a paru
à La Haye, eu i6o5. Enûu, nous
avons d'^mmius une Oraisonfunèbre
el une Biographie di^ Guillaume Louis,
comte de Nassiu, i&i\ , in-4''.,etun
morceau sur l'in^uçiuraliou de l'acadë-
inie do Groninp;ue, en tête du livre
intitule : E finies etviLc professorum
Gronitigensiurn , oii nous avons priu-
cipalcment puisé nos matériaux pour
cet article, ^oj ez aus,s[ Elogium Ubb.
Eminii, id est, de ejus vita et scrip-
tis narratio brevis abaniico contexlay
ibid. , 1 6i8 , iu-4 '. de 80 passes.
M DÎT.
EMO , premier abbc de Wcrum ,
ordre de Prémontré , dans la Frise ,
près Groningue, avait fait de la trans-
cription des manuscrits, soit sacrés,
soit profanes, la principale occupation
de ses religieux , et lui - même leur
donnait l'exemple de ce travail , au-
quel il employait tout le temps qui
s'écoulait depuis les matines , récitées
à minuit , jusqu'au jour ; par ce moyen
il enrichit considérablement la biblio-
thèque de son abbaye. Il mourut sain-
tement en 1257. L'ai)be Emo est
auteur de plusieurs ouvrages, paiini
lesquels on se bornera à citer nue
Chronique^ depuis i2o5 jusqu'en
1257 , laquelle a été continuée jus-
iju'eu li-i , par Mcnko, 5". abbé de
Werum , et ensuite par un anonyme
jusqu'en 1 29a. G- 1 te chronique, restée
inédite, fut imprimée en 1700, el
insérée par Antoine Mathieu dans le
5". tome de ses Analecles, et réim-
primée par l'abbé Hugo, avec des notes
dans le premier volume de ses Anti-
quités sacrées. — Il ne faut point con-
fondre l'abbé Emo avec un autre Emo,
son cousin -germain , qui fonda de sis
biens l'abbaye de Warum , y prit aussi
l'habit de l'ordre de PréinonUé, et
mourut à Rome eu i a 1 5. L — y.
EMPEDOCLES, ccièbre philoso-
EMP
ia5
phe grec, e'tait d'une des principales
fanul'es d'Agrigente en Sicile. Buton ,
son père, était fils d'un autre Empc-
docles , qui avait remporté à Olympie
le prix de la course des chars en la 7 1 '.
olympiade , l'an 496 av. J.-C. Ou n'est
point d'accord sur le nom de ceux qui
furent le» maires d'Erapédocles. Il ne
peut pas avoir été le disciple de Pytha-
gore , qui était mort long-temps avant
lui, mais il avait vraisemblablement
reçu des leçons de quelques Pythago-
riciens , cir on reconnaissait leur doc-
trine dans ses écrits. H avait réuni l'é-
tude de la médecine à celle de la philcw
Sophie, et il y avait fait de grands
progrès. Une femmed'Agrigente, nom-
mée Pauthéa , était tombée dans un état
de léthargie tel , qu elle avait perdu le
mouvement, et n'avait point de respi-
ration apiiarente. Les médecins la
croyant morte l'avaient abandonne'c.
Empédocles la rappela à la vie au bout
de trente jours. Celte cure le fit regar-
der comme un dieu, et s'il n'accrédita
pas cette idée , il chercha tout au moins
à se faire passer pour un homme spé-
cialement favori-é par les dieux , car
il ne se montrait en public que vêta
de pourpre , avec une ceinture d'or ,
les cheveux flottants et la .tête ornée
d'une couronne , telle que celle de la
Pythie ; il se faisait suivre p-ir des es-
claves, et avait toujours un maintien
grave et sérieux. Il s'acquit aussi une
grande influence dans la république
d'Agrigente, étant au premier rang
par sa naissance et par ses richesses;
il refusa la tyrannie qu'on lui offrait ,
et avant découvert une con^piratioa
qui tendait à la donner à un autre , il en
lit punir les auteurs. Il y avait à Agri-
genie un sénat de mille personnes ,
qui s'était arrogé toute l'autorité, il le
renversa au bout de trois ans, et fit
adopter le gouvernement populaire. Il
vivait encore lorsque la ville d'Agri-
ia6 EMt>
gente fut prise par les Cartliaginois ,
l'an 4o3 av. J.-G. , car Diogène Laerce
dit, d'après Timee l'historien , que,
lorsqu'on la fonda de nouveau , les des-
cendants des ennemis d'Empëdocles
s'o|iposèrent à son retour, et qu'il
alla s'établir dans le Péloponnèse , où
il termina ses jours , on ne sait com-
ment ni à quelle e'poque. On ne con-
naissait pas même son tombeau. Timëe
s'élevait fortement contre le conte
qu'on faisait, qu'Empédoclcs s'était
précipité dans i'un des cratères de
l'Etna, et comme il était Sicilien lui-
même , il est plus croyable que les au-
tres auteurs. Einpédoclcs avait fait plu-
sieurs ouvrages, dont le plus célèbre
était un poëme intitulé : Classica ,
c'est-à-dire, de la Nature et des
Principes des choses. 11 admettait
quatre élcaicnts , le Feu , l'Eau , l'Air
et la Terre ; et deux causes primitives
cl principales , la Haine 1 1 l'Amitié ,
l'une qui les divise, l'autre qui les unit.
Il a|)pelait le feu Jupiter ; la terre Ju-
11011 -, l'air Pluton 1 1 l'eau INestis , et il
paraît un des premiers qui aient allé-
gorisé la mythologie : il y expiqiiait les
principes de la luclempsycose; il pré-
tendait que la partie supérieure^ de
l'aine était d'origine divine, qu'elle
av^it été reléguée dans un corps pour
l;i punir , et qu'elle passait successive-
jncnldans plusieur.«., jusqu'à ce qu'elle
fûl eiiti( renient purilicc. l.esfragmeuts
des écrits d'Eiupédocles ont été réu-
nis ]>ar M. Stuiz , dans le recucU
intitulé : Ewyedoclis Jgri^eiitini ,
de vild et [jhdosophid cjus expo-
sait, carminum reliquins collegit ,
M. frid. Ouill. Slurz, Leipzig, i bo5,
iiv8". •> vol. It Jaiit y joindre Entpe-
doclis et Parmtuidis jrtt^menia , ex
codicebibliolhfcœ Tauriuensis resU-
tttLi. ub Amedeo Pcjrûn., ' «il«r.ig,
ibio,in-B. ^"~^v
EMPEREUR (Constantin l ),
EMP
orienlalisle hollandais , l'un de»
élèves les plus distingués du célèbre
Erpenius, naquit à Oppyck, et vé-
cut dans le 17% siècle. Il unit à
l'étude du droit et de la théologie
celle des langues orientales , dont A
acquit une grande connaissance.
Apres avoir professé la théologie
pendant huit ans à Harderwick , il
obtint la chaire d'hébreu de l'uni-
versité de Leyde en i6'27, et pro-
nonça pour l'ouverture de ses cours
une harangue latine. De dignitate et
utililate linguœ hebraïcœ , qui a été
imprimée la même année. En i<)'^9
le comte Maurice le nomma son con-
seiller ; il mourut à Lcyde en 1648,
peu de temps après avoir été nommé
professeur de théologie dans l'uni-
versité de cette ville. Le désir^ de ré-
pandre la connaissance de l'hebicu
parmi les chrétiens , et de répondre
aux objections des juifs, dirigea tou-
jours l'Empereur dans les travaux
qu'il entreprit. On lui doit plusieurs
traductiops de livres jud.ïques et
talmudiques, qui ont joui de l'estime
des savants. Voici la liste de ses
principaux ouvrages : 1. Talmudis
Babylonici codex middolh , siife de
meiisuris tempU , hebr. cum vers, et
comment.. Ley<le, i(i5o, in-4". *> lE
noiœ ad David Kimchi ot^otropiav
od scienliam introductio , ibid. ,
i()5i,i«8'.; IH- porta anteriur,
sivc de lef^ibus hebrœorum foren-
sibiis, cum versione et commentariiSj
ibid., 1(557, in-4".; IV. clai'is tal-
mudica hebrœa et lat. , ibid., lt>.)^ ,
iii-4 '. ; V. liber IJalicolh clam , H,
Jeshuœ levitœ et Ub. Maro Hagge-
juaza , H. àamitelis liaimagid. hebr,
lut., ibid., iO")4, i» 4^^-; VI. con-
sultalio Jharbanielis et Jlsheichi
in cap. 53 ISiUiV; VIL versio et
nolœ ad Josephi Jechiadœ para-
phrasin in Danidem , Amsterdam ,
EMP
i655 ; VIIÏ. disputationes tJteolo-
gicce XVIII, Leyde, 1648, iu-
8°. ; IX. comment, ad Bertra-
mum de republ. hebrœorum , Leyde ,
1641 , ia-8'. On doit encore à l'Etn-
ptreur une édilion estime'e de l'Itiné-
raire de Bonjamiu de Tudèle , avec
une version latine et des notes, Levde,
i653, in-8'. J — n.
EMPIRICUSCSEXTUS). Voyez
Seitus.
EMFOLI ( Jean d' ) , Florentin ,
facteur de la marine du roi de Portu-
gal , a écrit la relation du premier
voyage d'Alphonse d'Albaquerqu*" aux
In les. Elle est intitulée : lYavis^a-
tion des Indes , sous la charge du
seigneur Alphonse d' Albuquerque ,
et se trouve en italien dans le pre-
mier voluDie de Uamusio , et traduite
en français dans le •i''. volume du re •
cueil du TemporaL Quoiqu'extrême-
ment succincte , elle se fait lire avec
plaisir , parce qu'elle donne une idée
de la manière de naviguer et de l'élat
des connaissances géographiques à
celle époque. La flotte d'Albuquer-
que, composée de quatre vaisseaux,
partit de Lisbonne le (> avril i5o5,
alla du cap Verd au Brésil , appelé
alors Terre de la Vraie Croix, aborda
près du cap de Bonne-Espérjnce , et
à Céphale ( Sofala), fut dispersée par
la tempête ; une partie relâcha à Mc-
linde , afin d'y atteindre le capitaine
en chef; « mais, dit d'Empoli, nous
» fûmes frustrés de notre expectative;
» ce qui nous advint mal-a-propos ;
» car le temps commode pour passer
» par le golfe , droit chemin pour aller
» eu Indie, étoit presqu'expiré , qui
» est devant le mois de septembre,
» après lequel il n'est question de pas-
» ser par ce golfe , durant sept mois
» entiers et consécutifs. » Ces vais-
seaux se rejoignirent eu tner , gagnè-
rent Pont'Deli , et arrivèrent à Ga-
EMP 137
nanor le 1 1 septembre. On traita des
épiceries. La flotte trouva à Caliciit
François d'Albuquerque, parti de Lis-
bonne huit jours après elle. On four-
nit des secours au roi de Cochiii contre
ses ennemis, et l'on bâtit un fort dans
ses états. Enfin l'on aborda à une terre
appelée Colora , « lieu inrogneu et
» non découvert jusqu'aujourd'hui. »
C'est Coulan. Sa distance de Cjociiia
est notée avec exactitude. E'npoli fut
envoyé à terre pour reconnaître le
pays. Les Portugais trouvèrent le ri«
vage garni de plus de qii.fre cents
habitants du lieu ; ils leur firetit dire
qu'ils étaient chrétiens; ces derniers
répondirent qu'ils l'éfaient pareille-
ment depuis le temps de S.- Thomas,
et que leur nombre total s'élevait à
trois mille. Le roi payen accueillit
les Européens, fit charger de poivre
Tes navires des Portugais , et signa
avec eux uu traité par lequel il s'en-
gageait à leur livrer, à un prix con-
venu, toutes les épiceries qui crois-
saient dans ses étals. La flotte retourna
ensuite à Cononor, toucha à Mozam-
bique, fut prise de c dme sous la ligue ,
et perdit tant de monde qu'elle fut
obligée ie renforcer ses équipages à
St.Jago, et rentra a Lisbonne le i(5
septembre 1 5o4. Empoli s'exciue d'a-
voir oublié de. décrire les mœurs des
Malabares. Le peu qu'il en dit an-
nonce qu'il les avait bien observées.
E— s
EMPORàGRIUS (Éric^ docteur
en théologie et évêque de Sirengnes ,
en Suède, mort l'année 1674- A.vant
de parvenir à l'épiscopat , il avait
été professeur à U^^Jl , et pasteur à
Sioekholm. Pendant qu'il occupait
cette der'iière place, i! fut question
d'un projet de .réunion entre les lu-
thériens et les réformés, proposé par
un Ecossais nommé ')ury. Enipo-
ra^rius , strictement attaché à la cou-
ri8 EMP
ftssion d'Aiigsbourg , s'opposa à la
réunion , et se mit à la tète du clf rgë
de la cipitale pour donner une pio-
testaliou solennelle. Il publia même à
ce sujet un ouvrage contre l'evèque
Malhiae , qui penchait pour les opi-
nions de Dury. Peu après la morl
de Gustave - Adolphe , Emporagrius
fit paraître un discours intitule' : Ora-
tio in qud tjrannidem poiitijiciam ,
quœ diuian Gustaviim de medio sus-
tulit , et marlyrio coronavit , est
piè deleslatus, etc., Upsal, i656,
in-foi. Lorsque co théologien fut de-
venu cvêque de Strengnes , il publia
nu catéchisme bien conforme à ia
doctrine luthérienne j mais qui fut ce-
pendant supprimé, parce que l'ëvêque,
en parlant des femmes , les avait ap-
pelées des immeubles domestiques ,
expression qui déplut beaucoup à la
reine Hcdwige Eléonore. C — au.
EMPORIUS, rhéteur célèbre et con-
temporain de Cassiodore , au 5^ siè-
cle. Il nous reste de lui quelques traites
.sur le bi;l ail qu'il avait exerce : I. De
Ethopoïd ne loco communi; II. De-
monslralivœ maleriie prœcepta. Gi-
berta donné une courte analyse, mais
une idée satisfaisante de ces divers
éiivM^yà'Mi'àiiC^Ju^emenls des savants
sur les auteurs qui ont traité de la
rhétorique, tome 11. Les ouvrages
d'Emporius se trouvent dans les Fe-
terum du arterhet. traditiones, Bàle,
iu-4"'» i5'j>. I ; et dans les PJiet. latin,
scripta, Paris, in-4 '. , i SgQ. A. 1) — r.
E1V11'0UTES(Dupuy'd' ). f'oj:
Dui'UY , tom. XII , ]>ag. 'ùj.'j.
EMPSON (iilCUAHD). /T.DUDLKY
(Edm.)
E IVI S E R ( JtnoME ) , thé ilogii II
catholique allemand, fameux rontro-
versiste, et l'un des plus ardents ad-
versaires de Luther , naquit à Ului ,
en ï477' Après avoir fait ses prc-
luicrcs éluder 4 Tubingcu , où il luuu-
EMS
tra pour la poe'sie latine des disposi-
tions peu ceniraunes, il alla les conti-
nuer à Baie , où il étudia le droit , la
théologie et l'hébreu. Nommé , en
1 5oo , seciX'taire et chapelain du car-
dinal Raymond de Gurk , il accompa-
gna pendant deux ans ce prélat dans
les voyages qu'il lit en Allemagne et
en Italie. Après cette tournée, Emser
se fixa pour quelque temps à Stras-
bourg , et y fit imprimer, en i5o4,
quelques écrits du fameux Pic de la
Mirandole, qu'il orna d'une préface
où les louanges sont prodic,uées à l'au-
teur. De Strasbourg il se rendit à E,r-
furt, et y enseigna quelque temps les
humanités ; mais la protection du car-
dinal Raymond le fit bientôt appeler à
Leipzig, où il fut ,1a mêmeannée , reçu
membre de l'univeisité, et se consacra
particulièrement à l'enseignement du
droit canonique , quoiqu'il n'en fût
pas professeur ordinaiie, n'ayant pris
que le degré de licencié. Le duc George
de Saxe, vers le même temps, le prit
pour son secrétaire et son orateur dans
la ville de Dresde. Les recherches que
son emploi lui donna occasion de faire
dans les anciennes archives du pays ,
lui firent découvrir quelques pièces
importantes relatives à la canonisation
de S. Bennon , évèque de Meisscn.
Après son retour de Rome , où il fit
un voyage en i5io, le duc de Saxe
lui donna quehpics bénéfices à Dresde
et à Meissen ; on croit même qu'il y
obtint un canonicat. Il essuya peu de
temps après une maladie dangereuse,
et résolut, après sa guérison , de ne
plus s'occuper que d'aHaires relatives
à la gloire de Dieu et au bien de l'E-
glise. C'est alors que le ducGeorge l'en-
gagea à écrire contre le luthéranisme,
dont les premières étincelles coinmcn-
çaienl à se répandre dans ses étals.
Emser commença par avoir quelques
cnlrtticixs païUcuiieis avçc Luther,
\
EMS \
.^i jusqu'alors ( 1 5 1 9 ) avait élë son
ami, N'ayant pu rien gagner sur lui ,
il prit la plume et le combatit à ou-
trance; il ne se montra pas moius zélé'
adversaire de Carlostad et de Zwingle.
Les détails de ces querelles théologi-
ques n'offrent plus d'intérêt aujour-
d'hui; l'âoreté qu'on y mit de part et
d'autre n'était p.is piijpie à amener
une concilialiuu. Emser mourut subi-
tement, probiblenientà Leipz.i;, le 8
novembre i5u7. Le premier ouvrage
qui! publia contre Lutlier est intitulé :
A us was Grand ^ etc. ; c'est-à-dire ,
Motifs pour lesquels la traduction
du Nouveau Testament , par Lu-
ther, doit être défendue au commun
des fidèles , Leipzig ; 1 5*25 ) , in-4 '• ,
réimprimé avec angmeutition sous le
titre d^ Annotations sur la traduclivn,
etc., Diesdc, i5'24» iu-8'. Cet écrit
n'ayant fait que donner plus de vogue
à la version de Luther, en excitant la
curiosité du public , le duc de Saxe
engagea Emser à publier lui-même
une traduction allemande du Nouveau
Tesîament, pour l'opposer à celle du
réformateur : elle parut trois ans
après , sous ce titre : Das naw Tes-
tament nach lawt der ehristliche
Jiirchen bewerten Text , etc., Dres-
de, loi"] , in-fol., réimprimée à Paris
en i65o : elle l'avait élé très souvent
en Allemagne. Dans sa préface, Emser
avoue qu'il a comparé l'ancienne et la
nouvelle version allemande, prenant
pour base la vulgate, et notant en mar-
ge les variantes que le texte grec offre
avec celte dernière. 11 ajoute qu'il a
partout réfuté les tausses gloses de
î^ier, pour y en substituer d'autres
conformes au sens de l'Eglise. Les
luthériens prétendirent qu'Euiser n'a-
Tait pas assez d'érudition pour avoir
pu < oiisulter le texte grec , et que sa
▼ersiou n'était aulre chose que celle
«le Luther , dont il avait seulemeut
xm.
ENA 129
changé les passages sur lesquels s' ip-
puvait la nouvelle réforme , et adouci
quf-lques expression> qui ne lui p nais-
saient pas avoir la décence convena-
ble. Quoi qu'il en soit , o Ite traduc-
tion eut pendant plus d'un sièrle beau-
coup de cours dans l'APemagne catho-
lique ; mais ayant été faite à une épo-
que où la langue était loin d'être iixée,
le style en est devenu suranné, et des
versions plus récentes l'ont fait aban-
donner. On peut voir à cet ég.ird R. Si-
mon , le p. Lelong . Zc-ltner, Puizer
et les autres auteurs qui ont écrit l'his-
toire des traductions de la Bible. Nous
ne donnerons pas la liste . assez nom-
breuse, des autres écrits d'Eiuser ; ils
sont à peu pi es oubliés, à l'exccplioii
de son Histoire de la vie et des mi-
racles de S. Bennon , qui p irut à Leip-
zig en i5i'2, cl fut réimprimée à
Dresde, 1694, iu-4'. On trouve de
plus grands détails sur Emser dans la
rie de Luther , pai Cochlée, et sur-
tout dans la Notice sur la vie et les
écrits de Jérôme Emser . par G. C.
Waldau , Anspach , 1785, iii-8'.,
brochure d'environ 80 pages, iirée
de la suite du Recueil concernant
les affaires thèolo^iques anciennes
et modernes, 1 720. Ces deux ouvra-
ges sont en allemand. C. M. P.
ENAMBLC ( Vaudroïques-Diel
d' ), fondateur des colonies IV uç.ises
dans les Antilles, éîait cadet d'une
maison de Normandie. Ses belles ac-
tions, sa prudriice , son courage l'a-
vaient rendu fameux sur mer , et lui
avaient valu le grad»- decapitiiiie de
vaisseau. Le désir d'être utile à soa
pvs, et de travailler à améliorer sa
fortune, très luince d'après ies lois
particulières île la province qui l'avait
vu naître , h- p<irta à équiper a so6
frais un Brigaii'iu de quatre canons
et de quelques pierriers. Il v embar-
qua une quarantaine de marins bra-
9
i3(> EN A
ves, aguerris et disciplines , et partit
de Dieppe, en \6'i5 , pour aller faire
des prises sur les Espagnols, dans les
mers des Antilles. Arrive aux îles du
Cayman pour s'y radouber , il fut
découvert dans une baie par un ga-
lion espagnol de trente-cinq canons.
Il se battit avec une telle valeur, pen-
dant trois heures , contre cet ennemi
si supérieur en force , qu'il le con-
traignit à prendre la fuite. Maltraité
lui-même dans cette action glorieuse
pour lui, il alîérit après quinze jours
de navigation à St.-Christophe , où
quelques Français , établis depuis di-
vers temps, vivaient en bonne intel-
ligence avec les sauvages. D'Enambuc,
pendant que l'on travaillait à son bâ-
timent , parcourut l'île ; l'air en était
sain, le sol lui parut excellent, le
tabac que les indigènes cultivaient
pour leur usage était très beau, d'une
qualité supérieure, et venait presque
saus culture. Il regarda cette île
comme un port excellent pour s'y éta-
blir; souda l'esprit des Français qu'il
y avait rencontrés , et les ayant trou-
vés disposés à y demeurer sous sa
conduite, il leur promit d'aller en
France demander au roi la permission
de former une compagnie pour sou-
tenir la colonie , et de revenir vivre et
mourir av«-ceux.D ms le même temps,
des Anglais , arrivés dans une autre
partie de l'île , après une aventure
pareille à celle qui y avait amené d'E-
nambuc , s'y établissaient de leur cô-
té. Les deux nations résolurent de la
partager , ne doutant point , dit le P.
Labat, que les Indiens ne le leur per-
missent, ou qu'au pis aller ils ne se
trouvassent bientôt en étal de les en
chasser s'ils étaient tiop revcchcs.
Tous vivaient en bonne intelligence,
quand les Sauvages , excités par un
6e U;ur Bojez , ou médecin , résolu-
rent de massacrer tous les ctrangexs.
ENA
Une femme sauvage révéla le com-
plot aux Européens, qui punirent les
Indiens et les exterminèrent. Bientôt
après, trois mille Sauvages , auxquels
les autres avaient mandé de venir les
aider, débarquèrent dans l'Ile, et at-
taquèrent les Européens; ils se rem-
barquèrent après avoir perdu les deux
tiers de leur monde. L'île fut dès-lors
tranquille. D'Enambuc , pendant un
séjour de huit mois, avait fait culliver
du tabac, et abattre du bois d'acajou*
Il chargea de ces objets son navire ,
qui arriva heureusement à Dieppe,
où le tabac fut vendu dix francs la
livre. Le bel équipage dans lequel
d'Enarabuc et quelques-uns des siens
parurent ensuite à Paris , fit naître
à bien du monde l'envie de le suivre
dans son établissement. D'Enambuc
fut préseulé au cardinal Richelieu,
qui goûta ses projets, fit dresser dans
son palais un acte d'association pour
le commerce des Antilles, signa le
premier cet acte , et en sa qualité de
surintendant du commerce de France ,
délivia à d'Enarabuc et à Durossey ,
son compagnon, une commission qui
leur permettait d'établir une colonie
française dans l'île de St.-Christophe ,
ou dans toute autre qu'ils choisiraient
depuis le i r. jusqu'au 18 . degré de
latitude septentrionale. D'Enambuc et
Dnrossiy partirent du Havre avec
deux vaisseaux le if\ février «f»*^7-
Le voyage fut malheureux , il périt
l)eaucoup de monde dans la traversée.
Les Anglais avaient eu plus de succès.
Celte différence n'empêcha pas d'ef-
fectuer amicalement le partage do l'île
et de le cxjnsdii.ler par un tiaité. Du-
rossey fut expédié en France pour y
chercher des seooiirs. Les Anglais,
probtant du mauvais état des Fran-
çais , s'emparèrent d'une partie de
leurs terres. La prudenci- et la va-
leur d'Ëuanabuc les conliurent ; Ini-
«xposcr te
Le cardinal
ENA
même vint en France
triste e'iat de la colonie.
de Richelieu , instruit en même temp$
que les Espagnols armaient une es-
cadre pour chasser les Français de
Su-Christophe, envoya dans cette île
un renfoit de six vaisseaux du roi ,
et six bâtiments de transport. Ce se-
cours arriva à temps pour mettre les
Anglais à la raison ; leur flotte fut dé-
faite. Ils firent la paix. Les vaisseaux
français avaient qiiittë l'île lorsque les
Espagnols parurent et firent une des-
cente. Une partie des Français se de'-
fendit mal. Duros^cy était d'avis que
l'ou abandonnât l'îie, malgré les re-
présentations d'Euambuc qui voulait
que l'on tînt bon ; l'opiniou du pre-
mier fut suivie , on s'embarqua sur
deux vaisseaux pour .iller habiter l'île
d'Antigue. Après avoir battu la mer
pendant trois semaines , les Français
abordèrent à St.- Martin. Durossey
débaucha quelques officiers et fil ap-
pareiller un des navires pour la Fran-
ce , où le cardinal de Kichelieu donna
ordre de l'enfermer à la Bastille. D'E-
nambuc rendit le courage à ceux qui
restaient, et partit pour Autigue. Il
trouva cette île mal saine , revint
à St. - Christophe après trois mois
d'absence, et travailla avec un zèle
infatigable à relever la colonie qui lui
devait l'existence. Il réunissait en lui
tous les pouvoirs , et les employait
avec tant de sagesse que chacun se
soumettait avec joie à ce qu'il ordon-
nait, o Ceux de la colonie, dit le père
» Diitertre , vivaient dans une si par-
» faite union les uns avec les autres ,
» qu'on n'avait pas besoin de notai-
» res,de procureurs, ni desergeuls. »
D'Enambuc, non content de faire
prospérer celte colonie naissante ,
et de la défendre des usurpations des
Anglais , résolut de former des éta-
blissements dans les îles voisiucsayaat
END K.i
que CCS derniers s'en missent en pos-
sj'ssion. Avant été supplanté par un
de ses lieutenants auquel il avait com-
muniqué ^on projet sur la Guade-
loupe, il prit avec lui cent habitants,
bons cultivateurs, et alla, en i655,
les installer à la Martinique, où il
bâtit le fort St.-Pierre, et i-çvint à
St-Christophe. Le gouverneur qu'il
y avait laissé sut eu imposer aux Sau-
vages et yivre en bonne intelligence
avec eux. S'étanl embarqué pour ve-
nir conférer avec d'Euambuc, il fut
jeté par les vents «mr les côtes de St.-
Domingue, où les Espagnols le retin-
rent troisans prisonnier. D'Enambuc,
qui le croyait pris en mer, envoya pour
gouverner à sa place son propre ne-
veu Duparquet qui , élevé sous ses
yeux, et dans ses principes, fit pros-
pérer cette colonie ( F. Dcpabquet).
I^es habitants de St.-Christophe com-
mençaient à jouir du fruit de leurs
travaux, et à vivre dans l'abondance
et dans la paix , lorsque , vers la fin
de i656. Us eurent la douleur de
perdre d'Enambuc qui .succomba en-
fin à ses fatigues ; le cardinal de Ri-
chelieu dit, en apprenant sa mort,
que le roi avait perdu un des plus
fidèles serviteurs de son état. » liCs La-
» bilans l'ont pleuré comme leur père,
» dit le P. du Tertre , les ecclésiastiques
» comme leur protecteur; et les co-
» lonies de St.-Christophe, de la
» Guadeloupe et de la Martinique ,
» l'ont regretté comme leur fonda-
V teur.» Le P. Bouton représented'E-
nambuc comme homme d'esprit et de
jugement , et fort entendu à faire de
nouvelles peupiaJes et établir des co*
lonies. E — s.
ENCINA. r. Enhna.
ENCINAS. ^oy. Dryander.
E N C O L P I US. rojez Elyot.
END (Christophe), artiste alle-
mand, qui chercha à rcpre'senter ks
0"
i32 END
plantes d'une manière parficulicre ,
ce fut par des dc'coupures de papier ;
il existe de lui un manuscrit de ce
g'cnre à la bib'iothèque de Berlin ,
qui contient 1 5o plantes , et un au-
Ije I 1 5. Muehsen a fait connaître
dans ses lettres ce clicf-d'œuvre de
patience j il est intitule':/. Chrislo-
phori End i5o krœuter aud Ge-
tvachse nach ihrer Gestali , durch
et ne m hesonders Jîunstschillobgebil-
det M. S. anno 1681 , in-4'-
D— P-s.
ENDEL, onHENDEL MANOACU,
ra!)bin polonais , mort en i 585 , est
auteur de plusieurs ouvrages dont
quelques-uns ont etc imprinics après
sa mort )>ar les soins de Moïse son fils :
en voici les litres : I. Sagesse de Ma-
noach , c'est-à-dire, corrections et le-
çons thalmudiques diverses , touchant
la Gemare , Prague, 1 585 , m-J^°. j II.
Repos des cœurs , c'est-à-dire, com-
mentaire sur !e titre intitule' : Chovad
allevavoth^ Lublin, iSgG, in-4".;
m. Exposition du commentaire du
rabbin Bêchai , sur la loi, Prague ,
i585, iu-iol.; il n'a paru que dix
feuilles de cette exposition : dans la
prclace qui est en tête de l'ouvrage,
l'éditeur, Moïse, fils d'Endel , annonce
qu'il publiera les autres écrits de son
père, touchant le texte sacré, le Thal-
inud, ses livres cabahsliques et astro-
nomiques. J — N.
EiNDKLECHIUS ou SEVERUS
SANCTUS , rhéteur et poète , né
dans le 4''' siècle, était de Bordeaux ,
et quelques critiques le croient fils de
Flavius Sanctus, beau-frère d'Ausone,
qui lui a consacré une épitaphe dans
ses Parentalia. Lié depuis son en-
fince avec S. Paulin , évêque de Noie ,
à son exen pie, il end)rassa le chris-
tianisme. On conjecture, d'après les
lettres de S. Paulin, qu'il avait deux
amis du même nom , mais ou uc peut
ENE
savoir lequel lui a fourni le plan de
son apologie pour Théodosc-leGraufl.
Sidoine Apollinaire fait mention d'un
Endelechius qui enseignait la rhéto-
rique à Kome ; son nom se retrouve
dans la souscription d'un manuscrit
d'Apulée, conservé à la bibliothèque
de Florence, et Beinesius pense (pie
ce pouvait être le fils de celui qui lait
l'objet de cet article. Endelechius
passa ses derniers jours dans la re-
traite , et on a même des raisons de
croire qu'il avait pris l'état ecclésias-
tique. L'abbé Longcharap place sa
mort à l'année 409- S. Paulin cite
avec éloge les hymnes qu'Endelechius
avait composées sur la parabole des
dix vierges de l'Évangile. Elles sont
perdues, mais on a conservé de lui
une églogue intitulée : De mortibus
boum, et cette petite pièce ne donne
pas une idée avantageuse de sou talent
pour la poésie. Elle fut faite à l'oc-
casion d'une maladie contagieuse, qui
causa de grands ravages dans la Tur-
kie , rillyric et la Flandre , vers
577. Les interlocuteurs sont un païen
qui s'abandonne au désespoir d'avoir
vu périr ses troupeaux , et un chré-
tien qui s'eiïorcc de le consoler par
la pensée de la Providence. Pierre
Pithou fit imprimer cette pièce , pour
la première fois, en i5()o,dansle
tome 11'. des Epigramtiiata et po'é-
matia veterum, pag. 448 et suiv.
Elle a reparu depuis in-4"., sans date et
sans nom de ville; Francfort, 1G12,
iu-8'., avec des notes de Jean Weit?:,
et Leydc, 1714» in -8'., avec les
notes de Weitzet de Wolfgang Sébei :
cette édition est la plus estimée. Elle
a été insérée aussi dans la Biblioth.
patrum , et dans différents recueils
, de poésies chrétiennes. W— s.
ENÉE le tacticien, qu'on croit le
même qu'Knée de Stvniphale, dont
parle Xéoophou , et qui était général
ENE
des Arcadiens Tcrs l'an 36 f av. J.-C,
av^it fait un Irailé sur les connais-
sances nécessaires à un général d'ar-
mée, dont les anciens faisaient beau-
coup de cas, Cinéas , qui vivait à la
cour de Pyrrhus, en fit un abrégé,
que les çcnéraux romains {sortaient
assez ordinairement avec eux , et qui
nous est resté, le grand ouvrage
fc'étant perdu. 11 a été publié pour la
première fois par Isaac Gasaubon, à
la suite de son édition de Folybc,
Paris, i6og, in-fol,, et réimprimé
dans les éditions de Tollius, Amster-
dam, 1670, in-8'. , 5 vol. , et Leip-
zig, 1765, in -8''., 3 vol. Il ne se
trouve point danscelledcM.Scliweig-
haeuscr. 11 serait à souhaiter qu'on
en donnât une nouvelle édition ,
pour laquelle on ferait bien de con-
sulter les manuscrits de cet auteur ,
qui se trouvent dans la Bibliothèque
du roi. C — R.
ENÉE DE Gaza, philosophe
chrétien, de la ville de Gaza en Pa-
lestine, vivait sur la fin du 5"'. siè-
clf. Nous avon^ de lui un dialogue
intitulé Théophraste , sur l'iranior-
talitc de l'amc et la résurrection des
corps, dans les principes de la religion
chrétienne. Il a été public pour la
première fois en grec et en latin dans
une collection d'anciens théologiens
grecs imprimée à Zurich , chez An-
dré Ccssncr , 1 DÔg et 1 56o ; mais
la version latine par Ambroise le ca-
maldiile avait déjà paru à Bâlc en
1 5 1 6. 11 a été réimprimé depuis dans
différentes bibliothèques des Saints-
Pères, mais toujours d'une manière
très incorrecte. La dernière édition
est celle que Gasp. B^uthius a don-
née avec des notes ass(z amples,
Leipzig, i6j5, in-4'. ; elle est en-
core plus incorrecte que les précé-
dentes. H serait à souhaiter qu'on
donnât une nouvelle édition de ce
E]SF i53
dialogue, qui est très bien écrit et
assez inlércssant. Il y en a un fort
bon manuscrit à la Bibliothèque
du roi. On a encore d'Enée de Gaza
vingt-cinq Lettres grecques, insérées
dans le recueil de lettres d'aulcnrs
grecs publié par Aide Manuce, Rome,
i^QQ, in-4''. On les retrouve avfc
une version latine dans l'édition qui
porte le nom de Cujas ( Genève },
1 dort, in-fol. C — R.
ENÉE SYLVIUS. T. Pie IL
E N E M A N ( Michel ) , né en
Suède dans la ville d'Enkoeping en
167O, étudia la théologie et les lar-
gues orientales d'abord à Upsal et
ensuite à Greifswald. En 1707 il fut
nommé secrétaire du consistoire éta-
bli par Charles XU près de l'armée
suédoise, et il accompagna ce prince
à Bender. Pendant quelque temps il
fit les fonctions d'aumônier de l'am-
bassadeur de Suède à Gonstanlino-
plc. En 1711 il entreprit aux fraw
du roi un voyage en Asie et en E^iyple.
Pendant qu'il parcourait ces coiitrees,
Charles lui assura une récompense
honorable en le nommant professeur
des langues orientales à Upsal; mais
il mourut immédiatement après snu
retour en Suède, l'année 171^. Li
relation de son voyage en suédois ne
fut publiée qu'eu 1740 à Upsal. On
a aussi de lui une dissertation la'.inc
De salute infantnm sine haptismn
decedentiumChrisûanonim ac Gen-
tilium , Grcifswald , 1 706 , in-4".
C — AC.
ENFANT (Jacques l'). Fojcz
Lenfant.
ENFIELD (Guillaume), écri-
vain anglais, né à Sudbury en 1 74 ' »
fut élevé au collège de Daveniry,
dans les principes des protestants
non-conformistes. Il fut nommé en
1 763 pasteur d'une congrégation de
uon- conformistes à Liverpool. Erv
i54 EN F
1770 il fut choisi pour remplir la
chaire de belles-leltres à l'ëcole de
Warrington dans le Lancashire, et
depuis cette époque il paita[;ea sou
temps entre le rainislère ecclésiasti-
que, l'éducation de la jeunesse, soit
publique , soit particulière, et la com-
poMlion d'ouvrages utiles, parmi les-
quels ou remarque les suivants : I.
Sermons à l'usage des familles ,
1779, 2 vol. in-8'.; II. le Prédica-
teur anglais, ou Sermons sur les
principaux sujets de la religion et
de la morale , choisis , rei>us et
abrégés de divers auteurs, 177^,
4 vol. in-i'i; 111. Essai sur l his-
toire de Liverpool , tiré en p utie des
papiers inédits de George Perry ,
1774, in-fol-; IV. Observations sur
la propriété littéraire, '774> '""
4".; V. V Orateur (thc Speaker),
choix de morceaux tirés des meilleurs
écrivains anglais, 1775, in-S". ; VI.
Sermons biographiques , ou suite
de discours sur les principaux per-
sonnages deV Ecriture-Sainte, 1777,
in- 1 2 ; VI I. Exercices d'élocution ,
1780, iu- 12 , pour servir de suite à
r Orateur ; V 1 1 1 . les Jnstitutes de la
philosophie naturelle, théorique et ex-
périmentale. 1785, 1800, in-4".,lX.
Histoire de la philosophie , depuis
les premiers temps jusqu'au com-
viencemcnt du siècle présent^ d'après
l'ouvrage de lintcker { Historiu cri-
tien phil'isvphiœ), 1791 , 2 vol. in-
4". Cet abrégé, qui n'est point une
simple traduction de cciui que Bruc-
ker a donné lui-même de son volu-
mineux ouvrage, est très bien fait et
très bien écrit. X. Les articles signés de
la lettre initiale de son nom daus le
premier volume de la Biographie
universelle, par J. Aikin , G, En-
li(l<l, etc. ( 1799, in-4". ), articles
qui forment plus de la moitié de ce
volume. Cet homme eslimablc mou-
ENG
rut le 3 novembre 1 797 à Norwich ,
où il était alors pasteur de la coiigrc-
galion des non-conformistes. On pu-
blia l'année suivante trois volumes
in-8°. de Sermons sur des sujets
pratiques , composes et préparés par
lui pour l'impression , et précédés de
Mémoires sur sa vie, par j. Aikin. Ces
Sermons , comme tous ses ouvrages ,
sont écrits d'un style simple, clair,
élégant , qui s'élève quelquefois avec
le sujet. On a cru y reconnaître la ma-
nière de Blair un peu afl'aiblie et
moins chargée d'ornements; la mo-
rale y est présentée sans austérité, et
i's paraissent encore plus propres à
former l'espiit et le goût qu'à élever
l'ame à la piété. X — s.
E^GÂÎJ (Jean -Rodolphe ) , sa-
vant jurisconsulte à léna, naquit à
Erfurt le 28 avril 1 708. Ses heu-
reuses dispositions le firent distin-
guer dans les premières écoles par
Langguth son maître , homme de
mérite, qui le piit sous sa protec-
tion. En 1720 il alla continuer ses
études à Weimar, dont l'université
était alors dirigée par le fameux Jean-
Mathieu Gessuer , qui recojmut dans
ce jeune homme un mérite supé-
rieur, et le fit travailler avec lui au
catalogue de la grande bibliothèque
qu'il était chargé de mettre en ordre.
Six ans après , le jeune Engau se ren -
dit à léna, oii il s'occupa n\ec pa;?-
sion de l'étude des sciences. Il se livra
ensuite à la jurisprudence, et fit des
progrès sous la directiou du profes-
seur Briuiquell , dont la maison et
la bibliothèque lui étaient toujours
ouvertes. Aidé de celte protection et
fort de sesconiKiissances il fut nommé
docteur en 1754, et obtint en 1740
une chaire de professeur ordinaire
à l'université de léna. En 174^ il fut
nommé éthevin, eu 1746 ou le dé-
cora de la dignité d'aucicn , et en
ENG
i •] liH on le fit conseiller de la cour
de Saxe-Weimar et d'Eisen-ich. Il
remplit à deux reprises la charge de
recteur de runiversité, avecautautde
cèle que de lumières. Les villes de
Tubiugen , de Francfort et de H^lle
lui firent plusieurs fois des offres avan>
tageuses pour l'attirer dans leur sein;
mais il préfera rester dans celle qui
avait 1^ première reconnu son mé-
rite et l'eu avait récompensé ; aussi
il finit ses jours à léna , âgé seule-
ment de qu<irante-sept ans, le \S
janvier i-jSô. Engau fil toujours
preuve d'un giaud zèle pour la pros-
périté et la répuLition df-s collèges et
des académies dont il était membre.
Ses écrits iw)mbrcux attestent ses
vastes connaissances , et sont fort es-
timés eu Allemagne. Voici les princi-
paux : I. Traité des prescriptions
en matière criminelle , léna , 1 755 ,
in-8*». ; édition revue et augmentée,
ibid., 1707, in-8'.; 1749, in-8^;
i77'i, iu-8". ; 11. Elementa juris
Germanici civilis , léna , 1756, in-
8".; 1740, 1747 5 175^, iu-8".
L'.iuteur a su dans cet ouvrage dis-
tinguer habilement le véritable droit
allemand du faux, l'ancienne juris-
prudence de la nouvelle, it le droit
coouuuD du droit particulier de chaque
province ou de chaque vi'io. Stolle,
daus son introduction à l'histoire de
la jurisprudence , dit , page 1 75 :
« Engau dans son ouvrage sur les
» Eléments du droit civil en Jlle-
» magne a donne le traité le plus
» complet de l'origine, des progrès
» et des vicissitudes de la jurispru-
» dence civile en Allemagne, et cet
» ouvrage est aussi remarquable par
» sa concision que par la clarté et
» l'ordre avec lesquels il est com-
» posé; » III. Elementa juris cri-
minalis Germanico-Carolini, léna .
1758, 1742, 1748, 1755, in-8^
ENG i55
Bdit. septima cum observationihus ,
HHlfeld., ibitl., 1777, iu-8 .; IV.
Elementa juris canonico-pontificio»
ecclesiaslici , léni , 1759, 1745,
174g, 1755, in-8'. Editio nova,
cura Joach. Erdm. Schmidt , léna,
1 765 , in-S". Cette édition est re-
commandahle par les additious de
Schmidt , qu'on a imprimées avec
l'ouvrage comme une cs()èce de com-
mentaire; V. Traité du droit dei
chefs de l'Eglise sur les docteurs
qui occupent des chaires , Wrisscm»-
bourg dans le Nordgan, 1787, in*
8^, 3 vol. L'anteur avait d'abord
écrit cet ouvrage en allemand ; mais
en i75'2 il l'augmenta de beaucoup,
et le mit en latin. La quantité des édi-
tions de chacun de ses écrits suffit
pour prouver combien ils «mt esti-
més en Allemagne. G— ^.
ENGEL ( Arnold) , jésuite , mat
nommé par Soivel An^elns , né à
Macstricht en 1620, prolcssa la rhé-
torique pendant plusieurs années ,
fut nommé préfet des clas>es , emploi
qu'il rempht avec autant de zèle que
d« capacité , et se consacra ensuite aux
missions. H mourut à Prague, vers
lô-G, dans un âge peu avancé. On a
de lui des ouvrages de piété et des
poëuies sur des sujets spiriluelsj les
principaux sont : I. Indago monO'
cerotis ab naturd hiimand deilatis
sagacissimd venatrice , per quinque
sensuum desideria amantèr ador-
natce , Prague, i65S, in - 4". Cet
ouvrage est éciit eu vers. II. Firtutis
et honoris œdes in heroïbus , et poé-
matibus XXF grœco - latinis illus-
trât., ibid. , 167 I ; m. un Panégy-
rique ( en latin ) de la Ste. Vierge ;
un autre de S. François Xavier ;
V Oraison funèbre de V Empereur
Ferdinand lll. Ces difleVents ouvra-
ges sont peu estimes. W — s.
ENGEL (Sjimlel), géographe.
i36 ENG
naquit à Borne en 1 702. Dès sa jeu-
liesscil se voua à l.i culture des lettres,
et leur resta fidèle toute sa vie. Il
■voyigea d'abord en Allemagne et en
Italie, fut ensuite nomme bibliolhé-
caire de sa ville natale, puis occupa
des places dans les bureaux de l'ad-
minislralioi'. Il cntia dans le conseil
souverain, en 1 ■j45 , et il obtint suc-
ce.ssivement les bailliages d'Aarberg,
d'Urbe, d'Echallens et de Tscliarlitz.
Il contribua à faire adopter le systè-
me des grenieis d'abondance, dans
sa patrie , et en surveilla la construc-
tion. Réuni au célèbre Haller, il fa-
vorisa l'clablisseraent de l'hôpital des
orplielins , et la fondation de la société'
économique de Berne. Il se montra
bun patriote dans toute» les occasions,
et cbercha enfin à propager les bons
principes en agriculture. Il mourut ,
dans sa patrie , le '28 mars 1 ■^84- C'é-
tait un liomme très instruit et doué de
sagacité. Il s'est principalement oc-
cupé des questions relaîives à la na-
vigation du nord-ouest. Dès i'j55 il
inséra, dans le Journal helvétique, un
mémoire dans lequel il dcvtlopj>ait
les raisons qui lui faisaient regarder
le passage du grand Océan dans la
mer du Nord, par la mer Glaciale,
comme possil)le. Ce fut celte pro-
duction qui parut ensuite sous le litre
suivant : I. Mémoires et Observa-
tions géogrrtphiques et critiques ,
sur la silualim des pajs septentrio-
naux d' Asie tt d' A incrique , etc. ,
Lausanne, i7^)">, iii-4"v ^'^^^ caries.
Il !c traduisit lui-même en allemand ,
Leipzig, 177-i, in-4". Après avoir
soigneusement comparé, entre elles,
toutes les rel itiiins des voyages dans
le noid, Ee.gel rlierclie à prouver
qu'il est possible de gagner le grand
Océan en naviguant par le nord. Son
livpollièse se fonde sur une opinion
dont la fausseté a depuis ctc recon-
ENG
nue, c'est que l'eau de la morne pcirt
geler. Le livre d'Kngel avant produit
nue certaine sensation en France et
en Angleterre , et plusieurs personnes
ayant soutenu que la mer n'était pas
navigable dans les parages septen-
triona x, la société royale de Lon-
dres invita le roi à ordonner une ex-
pédition maritime au pôle arctique.
L'expélilion eut lieu sous le com-
mandement du capitaine Pbipps ( P^.
Phipps ) , e! son résultat ne fut pas fa-
vorable aux assertions d'Engel. Il fit,
sous ses yeux , traduire en allemand la
relation de ce voyage, et y ajouta des
notes et des observations. Celle ver-
sion parut , à Berne, en 1777? 'n-
4"., avec figures. 11. Essai sur celte
question ; quand et comment l'Amé-
rique a t- elle été peuplée dliovimes
et d'animaux 7 par E. B. D. E. ,
Amsterdam , \ -^67 , in-4". , ou 5 vol.
in- 1-2. Engel soulient dans ce livre
qu'avant le déluge , les eaux n'étaient
pas aussi abondantes qu'elles le sont
aujourd'hui, et que les deux liéniis-
phcrcs n'étant pas «-éparés par une
distance aussi considérable, le pas-
sage de l'ancien au nouveau monde
était plus facile. 11 ajoute que l'atlan-
tide des anciens était située entre
l'Alrique et l'Amérique , et servait ,
par conséquent , à rapprocher les
deux continenls; qu'il y avait aussi
alors un passage de l'Océan boréal
dans le grand ()c<'an, que l'Amérique
avait eu des habitants dès les temps
les plus anciens, qu'il lui eu était plus
ariivé du midi que du nord de l'Asie ,
et que le déluge n'avait pas été uni-
versel. Beaucoupde discussions relati-
ves à réelaircissenient de la liible sont
aussi traitées dans ce livre , où la
question qui, d'après le titre, en de-
vrait faire le sujet principal , n'oeciqw
que 1res peu de place, ce qui a lait
dire à quelqu'un (j'-ic l'auteur s'y otcu-
EN G
pail de font excepté de ce quil an-
Hoi.ç ut. m. Mémoire sur la naviga-
tion dans la mer du Nord , depuis
le (J5 . de latitude vers le pôle ,
et depuis le i o°. au loo . de longi-
tude , Berne, 1779, I vol. iii-4"'»
avec une carte. Enj;el en revient tou-
jours à la possibilité' de la navigation
dans l'Océan boréal. Il indique une
route qu'il croit sûre pfiur y par-
venir , et donne d'ailleurs des rcn>ei-
gneinents curieux sur les pr.ys situés
dans ces pnraç;es glacés. IV. Eemar-
ques sur la partie de la relation du
vo^ynge du capitaine (00k , qui con-
cerne le détroit entre l'Asie et FÀ-
mérique , avec une carte , lierne ,
l'jSi , I vol. in-4'. Ces remarques
avaient paru en allemand , l'année pré-
cédente, en un volume in-8'. Engel
se défend , en hcmrac qui est pénétré
de la bonté de sa cause , contre les
raisonnements de Cock. Ces deux
ouvraj^es , et en général tous ceux
qu'Engel a écrits eu français , sont <•!
remplis de germa nisjnes que l.i lec-
ture en est très faliguinte. V. Bihlio-
theca selectissima y sive catalogus
librorwn in omni génère scienlia-
rum rarissimorum , quos nunc ve-
num exponit, cum notis perpetuis ,
Berne , i i^'S , in-S". Ce catalogue est
encore estimé à cause des anecdotes
et des notes qui s'y trouvent répan-
dues. VI. Instructions sur la pom-
me de terre, Berne, i-j^'-i-'^i 2
vol. iu-8'. , en allemand. VII. Mé-
moire sur la rouille du Froment ,
Zurich, 1^58. D'après cetouvrnge,
écrit en allemand , il paraît q;ie cette
maladie des blés avait été inconnue ai
Suisse jusqu'alors. VIII. Plusieurs
autres ouvrages, sur l'économie ru-
rale, imprimés séparément ou in-
sérés dans les Mémoires de la société'
économique de Berne, iu- 8°. . 1 rOo et
années siùvantc;. Les spius d'E::;;tI
ENG 13-
pour faire re'ussir, pendant !a disette
de 177**, la culture des pommes
de terre, lui valurent , de 'a part de la
vill< de Nvon , nue mcdail'* avec cette
inscription : In signum gratitudinii
et revertntiœ cives Nevidunenses ;
on voit î-ui le revers les svmboles de
l'agriculture avic ces mots : Alter
Triptolt'mus nabis hœc otia fecit:
l'exergue porte ceux ci : Sam EiigeL
Urb. et Seal, praef. ( F. Ebulo ).
E— s.
ENGEL ( Jeai» Jacques ) , né le
I I septembri- 174* » •' Paicbim, pe-
tite ville du duché de Mecklembo'trg-
Scliwerin, où son père était pasteur.
Depuis l'à^iC de neuf ans il fréquenta
d'abord le gymnase, et plus tird l'u-
niversité de Ro>tock. Quoiqu'il se des-
tinât au ministère de l'évangile, il s'oc-
cupa de préférence de philosopiiic,
de mathématiques et de pbvsiqne; il
renonça même tout-à-fait à la thc'olo-
gre , vers 1 765 , et se rendit à Leipzig
pour s'y livrer exclusivement à l'élude
de la philosophie et de la littérature
ancienne. Les ouvrages qu'ii fit impri-
mer, assurèrent son indépend.ince (t
le firent connaître au public d'une ma-
nière très avant.ngeuse. On lui offrit
une chaire à l'imiversité de Gottin-
gue et la direction de la bibliothèque
de Gotha ; la piété fiiiaîc lui fit préfé-
rer l'emploi de professeur de morale
et de belles lettres à un des Qvmnascs
de Berlin, qui le rapprochait de sa
mère. Il remplit les fonctions de cetto
place depuis 1776 jusqu'en 1787.
Dans les dernières années de la vie «lu
grand Frédciic, ii fut choisi pour en-
seigner les bclles-lttîres aux enfants
du prince de Prusse, ncvcn du roi.
Ce prince , étant parvenu au trône, eu
1787 , chargea Engel et le cc'èhrc
poète Uatnier de la direction du théâ-
tre de Berlin , poste que sans doute
il jugea convenir à l'cciivain qui vc-
ï58 EN G
Bail de tracer avec succès la théorie
de l'art théâtral. Mais les intrigiirs drs
coulisses fatiguèrent bientôt le savant,
vain, hypocoi.dre et incapable de
supporter la contrariété. Dégoûté du
théâtre et de U capitale , il donna sa
démission , en 1 794 , et se retira à
Schwerin, où il vécut dans la société
de son frère et de quelques amis ;
mais il ne put se refuseï à l'invitation
honorable que lui adressa Frédéric-
Guillaume III, immédiatement après
son avènement au trône. Il retourna
à Berlin , et le roi assura à son ancien
iiiaî' re une pension qui , sans l'assu-
jétir à aucun travail réglé , l'attacha à
l'académie des sciences , et lui permit
de donner tout son temps aux lettres
et au soin que demandait la publica-
tion d'une édition complète de ses œu-
vres ; le destin lui permit à peine de
voir le commencement de cette publi-
cation. Sa mère , âgée de soixante-
dix-huit ans , ayant désiré qu'il vînt la
voir encore une fois , il ne se laissa
pas retenir par le mauvais état de sa
santé, qui était délabrée par suite des
travaux forcés auxquels il s'était livré.
11 fit le voyage de Parchim , mais il y
arriva très affaibli , et y mourut , le o.B
juin i8o'2, sans avoir jamais été ma-
rié. Nous avons indiqué les principaux
défauts qui déparaient le caractère
d'Eugel; nous ajouterons que quoiqu'il
aimât la bonne société, il ne connut
pas l'art d'y plaire en faisant valoir
le mérite des autres; que sa vanité
voulait dominer par tout, et que son
Immeur irascible donna lieu à des
scènes désagréables; mais ces défauts
étaient rachetés par de grandes quali-
tés. La pieté filiale, la bienfaisance,
la constance dans ses amitiés, un res-
pect inaltérable poin- la vérité , une
haine profonde pour l'intrigue , un
grand zèle pour le progrès des lettres ;
telles sont les vertus que ses ennemis
ENG
mêmes reconnu rent en lui. La nature
lui avait donné une figure assez belle
et des traits agréables; dans les der-
nières années de sa vie, le défaut
d'exercice et un sommeil souvent trop
prolongé firent naître un embonpoint
qui lui devint à charge. Engel est
compté, avec r.iison, parmi les écri-
vains classiques de sa nation. S'il ne
fut pas un homme de génie, il se dis-
tingua par un excellent jugement, par
une sagesse et ^n goût , par une élé-
gance de style et une pureté de dic-
tion qui sont rares en Allemagne. La
collection de ses Œuvres, qu'il avait
préparée lui-même et qui parut à
Berlin de 1801 à 1806, forme la
vol. in-8^ Elle renferme très peu
d'ouvrages qu'une critique sévère eût
pu être tentée d'exclure d'an pareil
monument. Nous n'indiquerons ici
que les principales productions de cet
écrivain , non d'après l'ordre où elles
sont placées dans ce recueil, mais
d'après les dates des premières édi-
tions. Deux petites comédies, le Fils
reconnaissant elle Pa^e, commen-
tèrent à fonder la réputation de l'au-
teur; il les fit imprimer en 1770 et
177/1. Elles placèrent Engel à côté
des meilleurs auteurs dramatiques al-
lemands. L'une et l'autre ont é\é tra-
duites eu français et insérées dans le
Tliédlre allemand de Friedel. I^e
Pa^e est l'original de la comédie
des Deux Pages ( T. DezÈde }. L'au-
teur de la pièce française y a ajouté le
rôle du second page et quelques autres
rôles qui ne se trouvent pas dans l'alle-
mand ; la comédie d'Engd est plus
simple et plus régulière que l'imita-
tion française. En 1 77f"> Engel publia
son Philosophe du monde, en 7. vol.
in-H". C'est un recueil de morceaux
sur diverses questions de philosopine,
de morale et de littérature, qui y sont
irailérs dans nue forme qui doit plaire
ENG
aux gens du monde et les instruire
en les amusant. Un petit nombre de
ces morceaux est d'Eberhard , de
Garve, de Friedlaendrr et de Mcndels-
sobn. Il existe peut-être jieu d'ouvra-
ges allemands aussi bien ècnts que
ces deux volumes; il y rrçne la plus
grande clarté, une facilité et une élé-
gance à laquelle les écrivains alle-
mands n'ont pas souvent atteint : la
lecture de ce recueil est aussi attrayante
qu'instnictive. En i-jSSparutla Théo-
rie de la Mimique , -i vol. in-8 '. , or-
nés de gravures au trait. L'auteur y
recherche le principe d'après lequel
les passions s'expriment sur la phy-
sionomie et par les gestes, et eu tire
des règles pour l'orateur et l'acteur qui
veulent imiter les mouvements de la
nature. La forme épistobire qu'il
choisit, lu» permit de donner à ses
raisonnements une variété et un intc-
1 et dont on ne croirait pas cette ma-
tière susceptible. Une traduction fran-
çaise assez médiocre de cet ouvrage ,
sous le titre d'Idées sur le geste, a
e'té insérée par Jansen dans son Re-
cueil de pièces intéressantes , con-
cernant les beaux arts , les belles-
lettres et la philosophie , traduites
de différentes langues, Paris , i 787 ,
5 vol. in-8\ La première édition du
Miroir des princes d'Engel parut
en 1796. Sous ce titie l'auteur a
réuni une suite de morceaux de mo-
rale , destinés à l'instruction des prin-
ces et surtout de ceux qui doivent
rrçner un jour. Le roman de Lorenz
Stark fut la dernière production de
cet écrivain; il avait près de soixante
ans lorsqu'il le composa. Ce roman eut
un très grand succès en Allemagne,
et il le méritait, sans doute, par celle
admirable pureté de diction qui dis-
lingue tout ce qui est sorti de la plu-
me d'Engel ; on y rencontre des ca-
ractères bien tracés et parlàitemcnt
sonteuns jusques dans leurs pi as pe-
tites nuances, des observations fines
f t spirituelles , une excellente morale,
et un grand art dans le dialogue ;
mais l'intérêt est faible et l'action lan-
guit souvent. S — u
ENGEL ( CiiABLEs - Christiaw ) ,
frère puîné du précédeot , naquit ,
comme lui , à Parchim , le 1 2 aoûc
1732, et mourut, le 4 janvier 1801,
à Schwerin où il avait exercé la mé-
decine. 11 a pubUé quelques poésies et
ouvrages de littérature qui lui ont
fait une certaine réputation , san»
qu'il ait réussi , cependant, à s'élever
au rang d'écrivain classique que son
frère occupr. Une petite brochure
qu'il fit impiiracr, en 1787, et qui,
depuis, a eu plusieurs éditions, 6t dans
le temps une grande sensation , parce
qu'elle traitiit , dans une forme popu-
laire, une question intéressante qui
cependant a rarement occupe les phi-
losophes. Il y examine de quelle ma-
nière i'ame existera après sa sépra-
tion du corps , et comment elle conti-
nuera à communiquer avec les amcs
de ceux qu'elle a connus sur la terre.
Cet ouvrage est intitulé : Nous nous
revenons. Eugel lui a donné la forme
dramatique ; mais il est bien infé-
rieur à son frère dans l'art du dialo-
gue. Il a donné quelques pièces de
théâtre , Biondetta , en 4 actes, imitée
du roman de Cazotte , V Anniversaire
de naissance, ou les Surprises, en un
acle ; V Erreur , etc. S— l.
ENGEL (A?iDRE\ f^Vr. Akgelus.
ENGELbERT , abbé d'Aimont,
ordre de St.-Benoît , dans la Styrie ,
mourut en i35i , après avoir admi-
nistré sagement ce monastère pendant
trente-quatre ans. 11 a laissé un giand
nombre d'ouvrages; mais on se cod-
tentrra de citer les plus importants :
I. De ortu , proeressu et fine imperii
Romani. Gaspard l^rusch ( Voyez
i4o EN G
BRUsck) publia cet ouvrage â Bâie en
i5j3, in-8". ; une seconde édition
parut à Maïence, i6()5, in-8". ; Joa-
cliim Clutenius en donna tnie troisiè-
me, Offenbacli, 1610, in-8'. jet
enfin André Scliotl l'inse'ra , avec des
additions , d.ins son Supplementum
ad Bihl. patrum , Cologne, 1622.
La fin du monde y est annon-
cée comme très prochaine; II. Pa-
negyricus in coronationem Radul-
phi ffabspuTgensis. CiVe, et après
Jui Oudin, assurent que ce poème a
etè imprimé dans la plupart des col-
lections relatives à l'histoire de l'Alle-
magne ; mais J. A. Fabiiciiis déclare
qu'il ne l'a trouvé dans aucune. III.
Epislola Eng;elberti de studiis el
scriptis suis. Elle est adressée à Ul-
rich, scholastique de Vienne. Le Pèic
Pcz l'a insérée dans ses Ânecdoia ,
tom. 1". Les ouvrages d'Engelbert,
dont elle contient la liste , sont au
nombre de trente-sept; les suivants
ont été publiés dans les ÀnecdaUi et
dans la Bibl. ascetica de V(7..\\ .De
^raliis et virtutibus B. Mariœ vir-
ginis. Anecdot., lom.l'^ V. Traclalus
super passionem secundàm Mat-
thœiim; BiW. ascét. tom. VIII, W.De
libero arbitrio Iractatus ; Anecd. ,
ton). IV. Vil. De providcnlid ; Hibl.
asc. , tom. VI. Vlll. De statu defitnc-
torum ; Bibl. , tom. ix. IX. De causa
longœvitalis hominum aulè dilu-
vium; Anecd. , tome i" . X. Spéculum
virluturn. Cet ouvr.ige, divisé en douze
j)arlies, forme le 5. [volume de la
îîibl. asret. XI. Exposiuo super psal-
vitivi : heali itnuiaculali. L'intro-
dnclion qu'Enj;clbert avait pl.icéc en
têlc de ce commentaire a été impri-
mée par le P. Pez dans sun Codex
diplomatico - historico - qnstolnris.
W— s,
ENGELBBECHT ( .Iean ) , fnneux
visionnaire allemand , naquit à
ENG
Brunswick en 1 599. Son père , qui
était tailleur, ne l'envoya que peu de
temps aux écoles , de sorte qu'il en
sortit sachant à peu près lire et si-
gner son nom. On le mit ensuite pen-
dant trois ans en apprentissage chez
un fabricant de drap; mais sa mau-
vaise santé le força à revenir chez
lui , où il eut bien de la peine à ga-
gner sa vie à filer de la laine. Col
état lui causa une si profonde mé-
lancolie et de si cruelles angoisses
qu'il éprouva Oéquemment des ten-
tations de s'ôter la vie par toutes sor-
tes de moyens ; souvent il courait
dans les rues au milieu de la nuit
pour se dérober aux terreurs dont
il était assailli. Ne trouvant ni re-
pos ni consolation, il allait tons les
jours à l'église demander àDicu d'avoir
compassion du malheureux état où il
se trouvait. Cmq fois par jour il
priait à genoux pendant une demi-
heure. Celle habitude fit prendre à
sa maladie mentale une direction vers
les rêveries leligieuses. En iG-22, le
second dimanche de l'Avent, ayant
vu l'apris-midi fort peu de monde à
l'église, il en fut tout à coup sai>id'm>e
mélancolie profonde. De retour chez
Itii il se mit au lit , et conçut une
telle horreur pour toute espèce de
nourriture qu'il ne put rien avaler,
Enlin au bout de trois jours il es-
.saya , pour faire plaisir à sa mère ,
de manger un peu de poisson rôti ;
mais ce mets s'arrêta dans sou œso-
phage, et il eût été suffoqué s'il ne
l'eût rendu. Croyant qu'd allait mou-
rir, il demanda la rêne. 11 av.da sans
obstacle le pain et le vp; mais en-
suite il ne put absolument rien pren-
dre. Il poussa des cris si lamenta-
bles qu'un put l'entendre de plu-
sieurs maisons éloignées, ce qui en-
gagea les ecclésiastiques à f.ilre ])Oiir
lui des prières. Sou jtimc dura huil
ENG
jours, et pciU-clre il y entra de la
supercherie. Cependant ses forces di-
inltmaient graduellement; on s'atten-
dait à chaque instant à le voir mou-
rir. EfTeciivemcnt ses cxire'iuitc's se
refioidirenl, l'insensibilité' gagna tout
son corps j il devint roide et immo-
bile; il perdit la parole et l'usage de
SCS sens. Il lui sembla vers minuit
que sou corps était emporte à tra-
vers les airs avec la rapidité d'une
flèche. Après un vovage très court il
arriva à la porte de l'enfer, où ré-
gnait une obscuriîé ])rofonde , et
d'où s'exhalait une puanteur à la-
quelle il n'y a rien à comparer sur
terre. Il entendit les cris et les gé-
missements des damnés ; nue légion
du diables voulut l'entraîner dans
i'abîrae ; il se débarrassa de leurs
gi ilTes , pria ; tout cet horrible spec-
tacle s'évanouit. Le St.-E^prit lui ap-
parut sous la forme d'un homme
blanc, et le conduisit en paradis.Quand
Engelbrecht se fut rassasié de toutes
les délices du séjour divin , Dieu lui
ordonna , par le ministère d'un ange,
de retourner sur la terre pour y an-
noncer ce qu'il avait vu , entendu et
senli. Le St.-Esprit l'avait tout d'un
coup complètement instruit , et l'avait
chargé de la mission d'exhorter les
hommes à la pénitence. Alors Eu-
geibrecht revint graduellement à la
vie en racontant sa vision. D-ms un
de ses ouvrages il dit que tous les as-
sistants sentirent la puanteur horri-
ble de l'enfer, et que lui-même en
sortant de son lit en était encore af-
fecté; mais personne , excepté lui , ne
sentit les parfums suaves de la de-
meure des bienheureux. Il annonça
dès-lors hautement qu'il était réelle-
ment mort et ressuscité, et fonda sur
ce prodige la vérité de sa mission.
Quoique après sa prétendue résur-
reclioa il se troiiyât sain et ?igou-
ENG
i4i
reux, l'appétit ne lui revint pourtant
qu'au bout de six jours , et encore ce
uc fut que lorsqu'il l'eut ardemment
demandé à Dieu; mais il passa en-
core plusieurs semaines sans dor-
mir , ce qui produisit de nouveaux
imidents que ce rêveur donna en-
core pour des prodiges et des visions.
11 prêchait, enseignait, chantait et
fredonnait toute la journée. Le soir
il ne se sentait nullement fatigué, et
passait la nuit sans dormir. Il enten-
dit pendant quarante nuits une mu-
sique céleste si harmonieuse qu'il ne
put s'empêcher d'y joindre sa voix.
Son insomnie dura trois mois malgré
les potions somnifères que lui fit
prendre un médecin. Pour obéir à
l'ordre qu'il avait reçu de Dieu , il
prêcha d'abord dans sa maison dc-
rant un grand concours de monde;
mais ses amis craignant qu'il ne de-
vînt fou à force de trop parler, parce
que la canicule avait déjà agi sur son
cerveau , ne laissèrent entrer personne
chez lui; alors il alla de maison en
m lison , et prêcha comme il put. Il
parlait de visions , de révélations ex-
traordinnires ,mais peu surprenantes,
puisqu'il passait souvent trois se-
maines sans prendre presque aucune
nourriture. A Brunswick on se mo-
qua de ses discours décousus. Tant
qu'il n'attaqua pas les ecclésiastiques,
il y en eut qui rcconniM?i:t ch.^z En-
ge'breclit quelque Ji\u>e de surnatu-
rel ; mais ayant déclamé contre leur
avarice et leur orgu^'il , ils décla-
rèrent que tout n'était qne l'œuvre
du démon. Comme l'on se cjntenta
de l'exclure de la cène, il sontini que
l'on était persiwdé de la diviuité de
sa doctrine; mais il aspirait a h per-
sécution, c'est pourqnoi il quitta en
i6'24 sa ville natale, et erra long-
temps d'un lieu à l'autre, dans la
Basse - Saxe et dans le ducbe de
l/lî*
EN G
Scbleswig , racontant ses visions , ses
pxfasps, etc. Un jour il dit, entre
autres extravagances, qu'il avait vu
ies araes des bienheureux voltiger au-
tour de lui comme les étincelles d'un
grand incendie , et que , voulant se
mêler à leur danse , il prit le soleil
dans une main, la lune dans une au-
tre, et commença alors à cabrioler
avec ces âmes. Toutes ces absurdi-
tés ne l'empêclîèrf nt pourtant pas de
Élire des prosélytes. A Mortorf dans
le Holstein ii gagna le' prédicateur
Paul E^ard , qui dit hautement que
tout cela était \m œuvre de Dieu. Dans^
d'autres endroits on lui fit subir des
interrogatoires , on le traita de fou,
on le chassa. Engelbrecht, étant à
Himbourg en i65i, chercha à con-
firuier par un miracle la vérité des ré-
vélations qu'il obtenait de Dieu. Il
passerait, disait-il, quinze jours sans
manger ni boire. Il supporta ce jeûne,
ce qui produisit beaucoup d'effet sur
la multitude. Cependant des liber-
lins, des incrédules prétendirent que
la nuit il se faisait apporter de la
nourriture en cachette ; quelques-uns
soutiîircnt même qu'ils l'avaient vu
manger. Il demanda, pour les con-
fondre, qu'on l'enfermât dans la mai-
son de force, où l'on pourrait le gar-
der à vue ; mais les magistrats le chas-
sèrent de la ville. Après avoir long-
temps erré de tous côtés, Engelbrecht
tomba dans un épuisement total , et
■vint mourir dans sa patrie au mois
de février 1G42. Le clergé refusa
d'assister à son enterrement, qui eut
lieu sans aucune des eérémonies usi-
tées p.«r l'église. Quoique Engelbrecht
pc sût pas très bien lire , et préten-
dît par conséquent qu'avant 1640 il
n'av lit pas lu la Bible , il a cepen-
dant l;ussé divers ouvrages, dans les-
auels il a ramassé plusieurs passages
de l'Ecrilure-Saiutc. Tous sont en aU
ENG
lemand : T. véritable Vue et His-
toire du Ciel, Brunswick , i625,
1640; Amsterdam, 1690, in- 4°.
C'esi le récit de son excursion en en-
fer et en paradis ; II. Mandat et or-
dre divin et céleste délivrés par la
chancellerie céleste, Brème, lôîS,
in-4". Cet écrit est le seul qui manque
dans le recueil intitulé : OEuvres ,
Fisions et Révélations divines de
Jean Engelbrecht, iGîS, in -8".,
Brunswick , i64o ; Amsterdam ,
1680, in-4''. Traduit en anglais
( ,'j8i,2Vol.in-8"'.),parFr.Okely,
qui y a joint une noticQ sur la vie et
les écrits de l'auteur. Ce recueil avait
aussi été traduit en hollandais, Ams-
terdam, i6t)7, in -8°.; en fran-
çais, ibid., in-8'. Quelques-unes de
ses productions se trouvent en fran-
çais dans les OEuvres de W^'. Bouri-
gnon. Un anonyme, probablement
Paul Egard , a publié la Vie d'Engel-
brccht \ 1 684 , in ^ '• ^ — '^*
ENGELiiRECHT fHERMANW-
Henbi ) , jurisconsulte, publiciste et
littérateur allemand, né à Gieifsvvald
en 170.,, fut fait professeur en droit
et assesseur du consistoire suédois
dans sa patrie en 170^ , et vice-pré-
sident du tribunal d appel de Wis-
mar en 1750. 11 mourut le 4 mars
1 760. Voici ses principaux ouvrages :
\! De meritis Pomeranorum in ju-
risprudentiain naluralem, (ireifs-
wald, 17-21, in 4".; 11. Pelineatio
status Pomeraniœ suelhicœ , ib.,
1741, in-4".; \\\. Selectiores con-
sultntiones coUe^ii jureconsullorum
(vcademùv Cryptiswaldenis , Stral-
.sund,i74i,in-foI.;lV.des/.e«re5
sur l'Histoire littéraire de l»« Suéde, sur
l'état de l'université de l.uuden , etc.
insérées dans Pour et Contre , ou-
vrage périodique. F oyez sa Vie, pu-
bliée par Dœnhcrt, Gi-eifswald, 1 760,
ia-4': C.M.P.
ENG
ENGELBRECHT-ENGEL-
B R E G H T S iN , admiuistrateur de
Snèdp au 1 5 . siècle. Il était ué dans
la proviuce de Dilécarlie , d'une fa-
mille qui avait part à l'exploitation
des tniaes de cuivre. Marguerite,
fille de Valderaar, étaut morte en
1412, Eiic XllI, son arrière ne-
veu, hérita des trois couronnes du
Nord en vertu A<\ traité de Cilmarj
mais il ne possédait aucune des qua-
lités de la reine illu'^tre à qui il de-
vait son élévation; lâche, irrésolu et
en même temps jaloux de son pou-
voir, il ne sut se concilier l'atlache-
ment d'aucun des peuples dont il était
le chef. Il irrita surtout les Suédois en
les accablant d'tm pots, qu'il faisait le-
ver par des Allemands et des Da-
nois. Joss Ericson fut envové de Da-
nemark on Udlécai lie pour être l'admi-
nistrateur de cette province, et il en
devint le fléau. Après avoir enlevé
aux habitants leuis chevaux et leurs
bœufs, il les fil atteler eux- mêmes à
la charrue. Ceux qui résistaient étaient
condamnés à |»énr sous le fouet ou
dans une épaisse fumée , supplice
alors usité- Indi<;nés de ces traile-
menls barbares, les Dalécarliens se
rassemblèrent pour délibérer sur le
parti qu'ils devaient prendre. Leur
désespoir était tel, dit un historien
suédois , qu'ils répandaient des lar-
mes , et faisaient retentir les mon-
tagnes de leurs cris. Ils eurent enfin
recours à Engelbrecht , ué parmi
eux et connu par sa valeur autant
que par sa prudence. Pour calmer
leur agitation Engelbrccht leur pro-
mit de se rendre a Copenhigue , où
résidait le roi , et de porter leurs
plaintes au pied du troue. Admis de-
vant Eric, il tiaça le tableau des mal-
heurs de ses compatriotes , et offiit
de se constituer prisonnier jusqu'à ce
^ue ia conduite du gouverneur eût
ENG 145
été' exaraiHée. Ses p'aintes ayant été
trouvées justes, le roi promit d'y
avoir égard. Grpend mt le gouverneur
fut maintenu , et recommença bien-
tôt ses exactions. Engelbrecht s'étant
rendu une seconde fois à Copenha-
gue, Eric refus I de le voir, et lui fit
déffudre, sous peine de mort, de re-
pjraitre à la rour. Trom;>€s dans
leurs espérinces, les Dalécarliens re-
coururent aux armes, et Engelbrccht
se mit à leur tête. Ii chassa les gou-
verneurs danois , s'empara de plu-
sieurs forteresses, et ses succès en-
traînèrent dans son parti la plupart
des provinces. Le sénat et les étals
s'élant assemblés dans la ville d«
Vadstent, le général victorieux pa-
rut au milieu des mandataires de la
naliou, et appuvé d'une armée de
cent mille hommes , il exigea qu'Eric
fiit déposé pour avoir violé ses pro-
messes et enfreint les stipulations du
traité de Calmar. Eric instruit de ces
événements se hâta de rassembler des
troupes, et se rendit en Suède, oii
quelques p'aces fortes étaient encore
occupées par ses partisans. Il s'aper-
çut cependant bientôt que la force ne
réduirait point un peuple soulevé en
masse , et il eut recours aux négo-
ciations. Un traité fut signé à Stock-
holm, par lequel le roi renouvelait
ses engagemeuts. Mais ce traité ayant
été bientôt perdu de vue par uu
prince aveuglé sur ses propres inté-
rêts , Eugelbrecbt reparaît à la tête
d'une armée, s'empare de plusieurs
places importantes , et assiège la ci-
tadelle de Stockholm. Une diète con»
voquée dans la ville d'Arb «ga décréta
que l'obéissance serait refusée au roi ,
s'il ne se conformait à se> engage-
ments. Abattu par le rivers, Eric ne
sut prendre aucune mpsure convena-
ble, (t |)eu après il 1 erdit la cou»
ronoe. La fermentation des esprits et
rU EN G
le choc dos passions avaient ccpen-
<laiit fait naître des partis , dont les in-
térêts étaient difficiles à concilier.
Lorsqu'on procéda à l'élection d'un
administrat(^ur, les sufFra|;es furent
partagés entre Engclbrecht, appuyé
par le penp'e, et Charles G^nutson,
MKilenu par les j;rands. Pour préve-
nir la guerre civile, il fut arrêté que
le pouvoir serait partagé entre les
rfeux concurrents. Aïais Charles fut
bientôt délivré d'un rival dont il crai-
î:;nait l'influence sur la multitude, et
l'on prétend même qu'il eut part à la
trahison dont ce rival devint la vic-
time, lingeibrecht , appelé à Stock-
holm par des soins importants, s'était
mis en route malgré la faiblesse qu'une
maladie lui avait laisse'c. 11 n'était
accompagné que de sa femme et de
quelques domestiques. En passant le
lac deflielmar, il descendit vers le
soir dans une île de ce lac pour y
prendre du repos. Magnus Bengt-
son , d'une famille considérable , pa-
rut tout à coup dans un bateau. Ne
.soupçonnant point ses intentions,
l'administrateur lui fit indiquer un
abordage, et fut au-devant de lui.
Bengtson, après avoir éclaté on me-
naces, saisit la hache dont il était ar-
mé, et en frappa Engelbrccht , qui
expira aussitôt. Cet assassinat eut lieu
Je 4 i"^i i/i56. L'assassin prit la
fuile, et se cacha dans son château,
voisin du lac. F^es |)aysans de la con-
trée l'ayant poursuivi poiu' venger la
mort de celui qu'ils regard lient comme
leur protecteur , il chercha un asyle
plus écarté, et peu aj)rcs (ilharles
(^nntson le prit sous sa proleclion.
Ja's paysans se r.'.ssemblèn nt cepen-
dant de nouveau, et transportèrent
solennellement le corps d'Engelbrecht
à la ville d'Ocrcbro , où il fut dé-
posé «lans le tinq)le principal avec
tous les honneurs funèbres. L'insur-
ENG
rection provoquée par un gouver-
neur tyraniiique, et dirigée par En-
gufbrecht , devint le signal de ces
mouvements et de ces catastrophes
dont la Suède fut le théâtre pendant
plus d'un siècle, et qui ne se termi-
nèrent que lorsque Gustave Vasa fut
monté sur le trône. C — au.
ENGELBRECiiTSEN. roj. Cor-
ENGELGRAVE ( Henri) , savant
jésuite de la Belgique , né à Anvers
en i6i o, entra dans la société de Jé-
sus <à dix-huit ans, et y fit bientôt les
quatre vœux qui y étaient d'usage. Le
goût que ses maîtres développèrent
en lui pour les auteurs profanes de
l'ancienne Rome, ne préjndicia point
aux penchants religieux qui l'avaient
fait entrer dans cet ordre , et ne dimi-
nua point son ardeur pour les études
ecclésiastiques. La lecture des Saints-
Pères et des auteurs théologiques al-
lait de pair chez lui avec celle des
écrivains du Latium , et son excel-
lente mémoire conservait égilement
ce qu'il avait lu dans les uns et dans
les autres. 11 fut de bonne heure
promu à une chaire d'humanités dans
l'un des collèges publies tenus par
les jésuites, et son mérite l'y fit bien-
tôt élever à la charge de recteur. Ou
le vit gouverner successivement ceux
d'Oudenarde , de Cassel , de Bruges
et d'Anvers , se inontraul partout aussi
zélé pour inspirer la piélé aux jeunes
gens, et régler leurs mœurs suivant
la morale de l'F.v.mgik-, que pour ac-
célérer leur progrès d.'uis la con-
naissance et l'amour des belles-lettres
laiines.IiOrs mèux- qu'il n'était plut
(hargé de les ciisii^uiT directement,
il ne pouvait s'empêcher d*<n don-
ner d< s leçons jusque dans les prédi-
cations qu'en sa qualité de leci'Or il
était ohligc de taire aux étudiants les
dimanches et Icics, cl dans ces espècua
ENG
de sprraons , tous assez longs et en
latin , composes ordinairement de
trois parties , il amenait d'heureuses
citations de rgiie, d'Horace, d't)-
vide , de Lucrèce , de Cicéron , de
Scuèque , de Pline , de Valère-Maxiine,
etc., qu'il associ.iit à des passages
bien choisis de S. Aug'islin , de*
S. Léon, de S. Chrysostôme, etc.,
etc. Le tort de « mélanj;e, si à la
mode dans son siècle, se fait assez ge'-
licraleraeiit pardonner ici par le hou
choix et l'a- propos des citations ,
parmi lesquelles il s'en trouve en-
c ire d'auteurs qui avaient traité eu
laliu des matières scie tifiques. On
Voit Etjgelgra ve presque me<lecin dans
son discours sur VAnnoncialion de
la bienheureuse fierté Marie et
V Incarnation dii Ferbe ( Cœliim
einpjrœuin^p&rl. i ), ou il expose
aux jeunes gens les maux physiques
dans lesquels entraîne le libirli-
nago; et ce n'est pas te seul endroit
curieux des prédications de ce jé-
suite. Il était versé dans presque
toutes les .>cieuces; on lui donnait,
du moius parmi ses confrères, la
qualificaliou de Oijicina scienlia-
riim. La passion de i'étude , sans la-
quelle il n'aurait pu acquérir des con-
naissances atissi étt-nJues et aussi va-
riées , ne l'empê; ha cependant point
de remplir les devoirs particuliers
qui lui étiieut prescrits par la règle
de son ordre, ni de vaquer aux fonc-
tions du mmistère sacerdotal , même
au-ilelà des collèges. Alors même qu'il
y était recteur , et qu'il prêchait avec
tant d'assiduité et de soiu aux éco-
liers , il dirigeait une de ces |)ieuses
congrégations de séculiers que les jé-
suites formaieut dans tous les lieux
où ils .(vaient des étaitlissements.
Engelgrave fut pendant quinze ans le
directrur de celle des hommes ma-
iries d'Anvei-s, etdaas le mèue temps
XIII.
ENG 145
il allait prêcher chez les religieuses
et diriger leur conscience. Un le
trouvait encore au confessional toutes
les fuis qu'on y avait besoin de lui.
Devenu presque sexagénaire , et ne
pouvant plus s'adonner autant à la
prédication , il entreprit d'éi rire un
Commentaire sur les Evangiles du
Carême; mais la mort vint arrê-
ter ce travail. 11 finit ses jours à An-
vers le 8 mars lô-jo, après avoir
vu ses sermons impritués plusieurs
fois, et lus partout ai\ec le plus vif
intérêt. C- sont: I. Lux Evan^elicay
sub vélum sacrorum emblemaium
recondita in anni dominicas, selectd
historid et morali doctrind varié
adumbrata, en x pari, ou tomes,
in-4". , imprimés à Anvers, le i"^'. ,
en 1648 et le second en iGïi. Il
s'en fit ensuite ^ept autres réimpres-
sions sous ditrérents formats, notam-
ment une à Amsterdam, i6j5, "x
vol. in- 12; 11. Lucis Evangelicœ
subvelum sacrorum emblematumre-
conditœ pars lertia , hoc est cœleste
Pantlieon , sive cœlum noi'um in
festa et gesta sanctorum tolius anni
selectd historid et morali doctrind
varié illustratum , un volume in-
fol., imprimé par J. Busée a Cologne
en 1647; réimprimé par le même,
Anvf'rs, i658, in-4''.; Amsterdam,
i()59, in-8'.; IIL Cœlum empr-
reum, non vanis et ftctis ronstella-
tionum monstris bdluarum sed di-
vùm domus Domini Jesus-Christi j
ejusque illibaLP rirginis matris
Mariœ , sanctorum apostolorum ^
martyrum , confessorttm , Firgi-
num sple/ididè, etc. , illustratum....
morali doctrind , sacra ac profana
historid lucuhrnlum , in - fo;. , im-
primé par J. Busée à Cologne en
i66rf , réimprimé in-4"' P-'"" ''' même,
et ensuite a Amsterdjm en i^'fig,
a vol. ia-iaj IV. Cxlum empy-
30
ï46 EN G
reum , pars altéra , etc. , Cologne ,
1669, un vol. in-fol. , réimprimé par
le même on in-4"«> ^t encore par un
autre à Amsterdam , in-8°. , la même
année. Cette édition d'Amsterdam
sert de suite à celles des précédents
ouvrages imprimés dans la même
ville par la même imprimerie. Ils
forment une jolie collection de six
volumes, ornes d'cm!)lêmes ou vi-
gnettes gravées en taille-douce avec
la plus grande netteté. Les idées de
la plupart sont aussi délicates qu'in-
génieuses, et il est évident que c'est
Engelgrave qui les a fournies. On
voit , par exemple , au sermon sur la
Circoncision , un ange qui , avec un
instrument tr^ncliant, écrit un nom
sur l'écorce d'un jeune arbre; au-
dessus de la vignette sont ces mots
de l'évangéliste S. Luc : Vocalum
est nomen ejus Jésus, et au-des-
sous est ce demi-vers de l'Enéide :
Pulchram properat per vulnera nomen.
L'emblème du discours sur la Tri-
nité est le soleil se triplant en quel-
que sorte sans cesser d'être unique,
en se réflécliissant d.ins un miroir
placé au bord d'un lac tranquille qui
répète son image ; au - dessus sont
ces paroles de l'épître de S. Jean :
Jïi très uniim sunt. E!n citant ces
emblèmes heureusement trouvés,
nous conviendrons loulefois qu'il y
en a plusieurs de ridicules et pué-
rils. Henri Engclgr.ivc a encore pu-
blié des Méditations sur la passion
de Notre-Seigneur ; mais elles sont
en flamand. Elles furent imprimées
in - 8". à Anvers en 1(370. — Il eut
un frère nommé Jean - Baptiste ,
aussi jésuite, qui c't.iit son aîué ; il
avait vu le jour en lOoi , dans la
même ville. On a de lui nu ouvrage
ascétique intitulé : Medilatinnes per
totum anTMtn in omnes dominicas
ENG
et f esta, in- ^".y Anvers, \654- Ce
jésuite jouissait d'une grande co ;sidé-
ration dans son ordre ; après avoir
gouverné le collège de Bruges , il fut
à deux reprises différentes adminis-
trateur des maisons jésuitiques de la
province de Flandre , alla à Rome
comme député de l'ordre à la neu-
vième congrégation générale des jé-
suites, où il assista en cette qualité,
et devint enfin supérieur de la maisoa
professe d'Anvers. Ce fut là qu'il
mourut le 5 mai i658. Scrupuleux
observateur de sa règle, il poussait
l'observance du vœu de pauvreté au
point que si on lui donnait une sou-
tane neuve, quoique d'une étoffe sim-
ple et grossière, il la trempait dans
l'eau pour qu'il n'y restât absolu-
ment rien du lustre de la fabrique. Il
ne soufflait pas que l'on mît dans sa
chambre des tableaux ou des images
passablement dessinées , de crainte
qu'elles ne parussent avoir une cer-
taine valeur, et lorsqu'il était ma-
lade il ne permettait pas qu'on subs-
tituât aucun mets délicat à ceux de
la nourriture commune du réfectoirc.
— Assuérus Engelgrave , frère
des deux précédents , bachelier ea
théologie et prédicateur, qui eut dans
son temps quelque célébrité, entra
dans l'ordre de S. Dominique , et
mourut à la fleur de son âge le 21
juillet 1640. Il a laissé des Sermons
qui se sont long-temps conservés en
manuscrit d uis les maisons de son
ordre à Biu^es et à Anvers. G — n.
ENGELHABD (^lCOLAs), na-
quit à Berne en 1G98, cl s'appliqua
avec succès aux maihémaliques et à
la philosophie. Après avoir fait un
voyage en Hollande, il fut nomme
professeur de mathématiques à l'uni-
versité de Duisburg en i-jiô. Cinq
ans après il devint professeur de
la même science à Gruninguc, où il
ENG
mourut le lo août i"65. Outre plu-
sieurs dissertations , il » publié des
Bemarquvs sur la physique de Mus-
schenhroëk en 1738; des Institutions
tic philosophie en 1732; \'Olium
Grimin^nnum , etc. U — i.
ENGELHAKD ( Régnier }, na-
quit à Cdssel le 3o octobre 17 17-
étudia à Marburg, à lèui et à Leip-
zig , passa sa vie à remplir diserses
charges dans '.'administration de la
gurrre , et s'en acquitta de manière à
être toujours distingué par les princes
de He^se - Cassel , qui lui confièrent
plusieurs opérations importantes. Il
a donné une description géographi-
que de son pays , avec des notes et
des commentaires d'après les chroni-
ques. Cet ouvrage est estimé pijur la
précision des détails. Il se livra aussi
à l'étude du droit nature! , et a laissé
quelqu s ouvrages, dont les princi-
paux, sout : 1. Spécimen juris feu-
doruni naturalis , Li-ipz'g, \';^i y
in-4''. ; II. Spécimen juris militum
naturalis , methodo scieruificd cons-
criptum , ibid. , 1754.. iu-4"-> ïï'-
Essai sur le droit pénal universel
d'après les principes du droit natu-
rel, ibid-, 1751 , in-8".; IV. Des-
cription géographique dit pays de
liesse, Cassel , 1776, in-8'. Ces
dctix ouvrages sont eu allemand. En-
gelhard mourut à Cassel le 6 décem-
bre 1777 , âgé de soixante ans.
G T.
ENGELHARDT ( Daniel ). F.
Angelocrator.
ENGEi.HUSRN (Thierri d'),
né dans le duché «le Haiiuvie, prê-
tre, chanoine d'HiMeslieim, et en-
suite supérieur d'un monastère à
WitenUorch , mourut en i |5o. Il
est auteur d'une Chronique t-u latm,
qui s'étend depuis la création jus-
qu'à l'année i4'2o, et que Matbias
l)oriug a continuée. ( f^oj-. Dorixïg).
ENG 147
Jean Herold et GuillaumeBiidc avaient
annoncé le projet de mettre au )our
cette Chronique. Joach.-Jtan Ma-
dcr en inséra des txtraits dans ses
Antiquitates Brunswicenses , et la
publia dix ans après , H .lins^x.lt y
167 I , in-4".. après en avoir revu le
texte sur quatre manuscrite difT-rents.
Léibnitz l'a insérée, avec nue partie
de la continuation de Uôriiig , dans
ses Scriptores rerum Brunswicen-
sium , tom. II, et a placé à la suite
uat courte généalogie des ducs de
Brunswick , dont il regarde Eugel-
husen comme l'auteur. Fabricius a
donné dans la Bibl. rned. et infim.
latinitalis, la liste des ouvrages cités
par Eni^elhusen dans sa Chionique,
et en la parcourant on ne peut qu'être
étonné du choix et du nombre de ses
lectures , surtout si l'on se reporte à
l'époque où il vivait , c'est-à-dire , à
un temps ou les moyens d'instruc-
tion n'avaient pas encore été luulli-
pliés par l'imprimerie. On attribue
encore à Engr'.husen un Commen-
taire sur les psaumes et un Foca-
bulaire latin, que le P. Rhetraeyer
assure avoir vu manuscrit dans la
Bibliothèque de l'abbave de Saint-
Biaise. ' W— s.
ENGELSCH\LL ( Joseph Frédé-
ric), né le lO décembre 1759, à
Marbourg, dans la Hessc , où son père
était surintendant des églises protes-
tantes, fut un de ces hommes qui,
peu favorisés par les circonstances,
doivent tout ce qu'ils sont à leurs
propres efforts. L'éducation qu'il re-
çut ne fut pas telle qu'elle pût dé-
velopper le germe du génie que la
nature lui avait accordé, et le malheur
qu'il eut, à l'âge de treize ans, de per-
dre l'ouïe par suite d'un accident , re-
tarda le développement de ses facul-
tés. La philosophie , les sciences his-
toriques, mais surtout la poésie et
10..
i48 ENG
l'art du dessin et de la peinture ,
eurent beaucoup d'attraits pour lui, et
devinrent ses occupations habituelles.
Son goût se forma par la lecture des
ouvrages de Winkelmann et de Les-
sing; plus tard il connut aussi les an-
ciens, et s'attacha beaucoup à Ho-
mère. La fortune ne seconda pas son
zèle : pour gagner sa vie , il était oblige'
de passer une grande partie de sou
temps à montrer le d( ssin ; et ce ne
fut qu'en 17S8, lorsqu'il avait déjà
quarante- neuf ans , qu'on le nomma
professeur extraordinaire de philoso-
phie et de belles-lettres à l'université'
de ûïarbourg( place à laquelle ne sont
pasaltache'sdesappointemens), et maî-
tre salarie dp dessin auprès du même
corps. ijC travail assidu auquel il se
livra pendant toute sa vie , épuisa de
bonne heure ses forces , et il mourut
le 18 mars l 'jg-j. Engelschall était un
hoimne doux et aimable; la probité
la plus scrupuleuse , la justice et la
générosité faisaient la base de son ca-
ractère. Il eut le rare mérite de savoir
supporter les critiques, et d'en profiter
pour corriger ses ouvrages ; lui-mêmç
jugeait ceux dos autres avec candeur
et bienveillance. Comme écrivain , il
jie peut pas être compté parmi les au-
teurs classiques de sa nation; mais il
otciipe une place distinguée dans le se-
cond rang. Il possédait un jugement
droit, une mémoire heureuse, ornée
de connaissances multipliées, et une
imagination vive, mais réglée par un
excellent goût ; son style pur et simple
est exempt de ralFectation et du néo-
logisme qui commencèrent à avoir de
la vogue parmi ses contemporains. Ses
ouvrages ne sont pas nombreux , puis-
que tous parurent d'abord dans des
«Imanachs et des journaux littéraires.
En 1 7H8 il fil un Uecueil do ses poé-
sies, in un vol. in-8". ; il renferme
^ci moj'ceanx lyriquc^i , des ballades ,
ENG
des contes , des épîfres et des épi-
grammes. Ces poésies sont agréables ,
mais elles n'iront probablement pas à
la postérité. Après sa mort, M. .lusti ,
professeur à Marbourg, publia la Vie
de Jean-Henri Tischbein, le plus cé-
lèbre des peintres de «e nom , dont
Engelschall avait mis le manuscrit au
net. Elle parut en 1 -jg-j à Nuremberg,
en un vol. in 8". , et est comptée parmi
les meilleures biographies que les Al-
lemands possèdent. Justi recueillit
aussi les autres ouvrages en vers et
en prose d'Eugelsch;ill ; il les publia
en 1 8o5 , en 2 petits vol. in- 1 2. Parmi
les morceaux en prose que celte col-
lection renferme, on en trouve plu-
sieurs qui ont les beaux arts pour ob-
j( t : il y fl des contes , des traités phi-
losophiques , etc. Justi devint aussi le
biographe de son ami : il fit insérer
dans le Nécrologe de Schlichlegroll ,
de 1 79'] , ime notice sur la vie d'En-
gelschall , dont nous uous sommes
servis. S — l.
ENGESTROEM (Je^n), doc-
teur en théologie , évéque de Lund
en Suède, et vice -chancelier de
l'université de cette ville , mort eu
i'j77, à l'âge de soixanle-dix-huit
ans. Il était très versé dans la phi-
lologie sacrée et dans les laugues
orientales. Outre plusieurs disserta-
tions savantes, on a de lui Grani'
matica Hebrœa hiblica , JiUud ,
1734. IjCS fils de l'évêque Enges-
troem furent anoblis, et entrèrent
dans la carrière des charges civiles ,
cultivant en même temps les scicii-
res et les lettres. — (iustave d'Ew-
CESTROEM , mort il y a quelque temj>s ,
était conseiller au département des
mines, et membre de l'académie des
sciences de Stockholm ; on a de lui
plusituirs ouvrages sur la minéralo-
gie.— Laïu'enl d'Engestroem , après
avoir été ministre de Suède à Var-
ENG
sovie , à Londres et à Berlin , fut
plicé à la tctc da département des
aflaires ëtran<;ères . it créé baron par
Charles XIII en 1809. C — au.
E N G H l E N ( Louis - Antoiite-
HE?fRi DE BouRBOif , dnc d' ) , na-
quit à Chantilli, le 1 août 1772, de
Louis - Henri - Joseph de Bourbon et
de Louise-Théi èse-Mathilde d'Orléans.
C'e>t dans la personne de ce prin-
ce , la plus illustre et la plus iiilc-
rcssaiite des nombreuses victimes
de Buonap.irte, que s'est éteinte la
branche du grand Coudé. M. le duc
d'Kngliien s'était montré dans toutes
les iencoiitr«s le divine descendant de
ce héros. Aux qualités physiques les
plus agréables , à un goût vif pour les
exercices du corps , il joignait les qua-
lités du cœur el de l'esprit , fruit d'une
houreuse naissance et d'une exccllenle
éducation. En 1788, il fut reçu che-
valier de l'ordre du Saint-Esprit , et
siégea quelques jours après au parle-
ment de P-tris; le discours qu'il y pro-
nonça réunit tous les suffrages ; il
avait auprès de lui le prince de Condë
et le duc de B'jurbon ; ce qui donna
lieu au premier président de faire ob-
s<'rverque, pour la première fois, la
cour des pairs voyait siéger ensemble ,
dans son sein, le grand-père, le père
et le petit-fils. La même année il ac-
compagna le prince de Gondé à Dun-
kcrque, et le 16 juillet 1789 il sor-
tit de Paris pour n'y r<ntrcr qu'es-
corté de gendarmes qui le livrèrent,
le '2 1 mars 1804, a un tribunal de
sang. Il parcourut différents états du
continent jusqu'en 179'*, époque à
laquelle il revint en Fl.mdre avec son
père , sous les Ordres duquel il Gt la
campagne de cette année; mais le corps
commandé par le duc de Bourbon
ayant été dissous, il alla rejoindre
celui du prince de Condé , qui était
eu Brisgauj il ne quitta cette armée ,
ENG
î1^
peu nombreuse en hommes , mais
grande en courage et en tah-uts , qu'en
i8oJ , époque du licenciement. On
n'oubliera point les prodiges de valeur
que fit cette armée en 1 795 : trois gé-
nérations de héros combattaient el se
multipliaient au milieu des dangers.
Le 12 septembre, le prince fit passer
rinu à son corps d'armée ; el il mon-
tra, le i3 octobre , beaucoup de con-
naissances militaires à l'attaque des li-
gnes de Wcisserabourg. Mais où l'on
reconnut loul-à-fait le digne rejeton
des Condé , ce fut au combat de
Bcrstheim, le 1 décembre : il avait
à peine vingt - un ans, et les ma-
nœuvres qu'il commanda, furent faites
si à propos et si bien exécutées,
qu'elles excitèrent l'admiration des
vieux capitaines qui se trouvaient à
cette affaire. Le prince de Gondé , à
la tête de l'infanterie , fusait des pro-
diges de valeur; le duc d*Enghjen et
le duc de Bourbon , son père , com-
mandaient la cavilerie; le duc d'En-
ghien la commanda bientôt en chef,
le duc de Bourbon ayant été blessé
d'un coup de s ibre au commencement
de l'action ; cette blessure t'obligea
de se retirer. Dès que faffaire fut
finie, le duc d'Eiighien se rendit
à H-jguenau , pour s'assurer par lui-
même de l'état de son père, dont la
situation lui donnait les plus grandes
inquiétudes. La blessure du duc de
Bourbon n'eut aucune suite fâcheuse.
Le dur d'Eughicn accompagna le prin-
ce de Condé dans sa visite aux officiers
et soldats républicains faits prison-
niers dans le combat : alors, comme
on sait, les agents de la Convention
immolaient inhumainement ton: indi-
vidu de l'armée de Condé qui tombait
dans leurs mains , et les prisonniers
qu'on venait de faire se crurent destinés
à servir de représailles. Qm 1 fut leur
ctonnement, lorsqu'ils entendirent ces
i5o ENG
princes donner l'ordre sux cLîrur-
gicns de les traiter avec les mêmes
soins et les mêmes égards que les mi-
lilaiies sous leurs ordres ! Le duc
d'Engbien tomba malade à la fin de
cette campagne , pendant laquelle il
avait éprouvé des fatigues au-dessus
de ses forces. I! fut ri çu chevalier de
Saint-Louis en i^gi. C'est à cette
époque qu'il faut placer le commence-
meiit de sa passion pour la princesse
Charlolle de Ei han-Rocliefort , pas-
sion qui de|)uis le détermina à se
fixer à Ettenluim; s'il y eut entre eux
une union secrère, il n'en fut point, à
ce qu'il paraît , dressé d'acte en forme.
Le prince se proposait sans doute de
faire légitimer plus tard ces nœuds , et
ne ^'attendait pas qu'une niorf pré-
maturée viendrait rendre inopinément
impossible l'exéculi<.n de »( s volontés.
La princesse de Kolian ne cessa pas
un instant de mériter l'honneur que
le diic d'Enghien lui réservait, et
«Ile n'a j mais dissimulé sa tendresse
pour un prince qui en était si digue.
Le due <!e Bourbon partit au mois
de juillet i-jq^ pour l'Angleterre, et
se sépara pour la première fois de
son fils. Que les pleurs que cette sé-
paration leur fit verser eussent été
amers, si, pénétrant l'avtnii-, le père
et le fils eussent pu prévoir qu'ils
s'embrassaient pour la dernière fois !
Le prince de Condé donna en 1796
le commandement de son avant-garde
à son petit-fils , qui se montra bril-
lamment pendant toute cette campa-
gne. A peine les républicains l'eurent-
ils ouveit( le y,4 i"'f ) 'n P'iî>sant le
Bhin à Kihl, que le duc d'I^nghicn
inarclia contre eux. Le uG, il reprit
un moulin et d'autres postes impor-
tants tombés en lenr pouvoir; le a-j,
il se battit avec opiniâtreté, toute la
journée, dans la forêt de la Seliou-
ter i mais la dcfcctioa des troupes du
ENG
cercle de Souabe, qui appuyaient S3
droite , l'ohligèrenl à se replier sur
Ofïèiibourg ; il se retira de là dans la
vallée (le la Kinch, d'où le surlende-
main il reprit sa ligne de bataille en
se réunissant au prince de Condé.
Nous tenons ces détails militaires et la
plupart de ceux qui suivent, de M. le
V**. de Chefibntaines, aide-de-camp
du duc , qui prit une part très active à
toutes ces opérations. Du 28 juin au
1 4 septembre , le duc remporta plu-
sieurs avantages importants, notam-
ment à Oberkanilach dans la nuit du
12 au i3 septembre. Le combat du
5o septembre près Schussenried, fut
aussi très glorieux pour le duc d'En-
ghien. La défense du pont de Mu-
nich, qui eut lieu à cette époque, est
une des actions les plus brillantes de
cette campagne; on s'y battit pendant
dix-huit jours. Le bruit de la bravoure
et des talents de M. le duc d'Enghiea
s'était répandu dans l'aimée républi-
caine , et le prince céda plusieurs fois
au désir que les militaires de cette
armée témoignèrent de le connaître
personnellement; ils restèrent tou-
jours découverts devant lui. Cet em-
pressement et ce respect font l'éloge
de ces militriires , qui étaient alors
sous les ordres du général Moreau.
Les braves s'entendent et s'honorent
mutuellement. Après le traité de Léo-
ben , en 1 797 , la cour de Vienne or-
donna le liceneiemeiit du corps de
Condé , qui passa en lliissie ; il y resta
jusqu'en 1799 : alors il revint en
Souabe. Leduc d'Enghien fui charge'
de défendre Constance. Le prince
russe Korischakow s'étant laissé sur-
prendre dans Zurich, les républicains ,
sous les ordres de Massena , se portè-
rent en avant , et le corps de Condé ,
qui protégeait la retraite des liiisses,
repassa le lUiin après un combat ass(Z
\if, dans lequel il uc perdit ricu
ENG
de sa réputation. On ne doit point
passer sous silence l'affaire de Rosen-
heim : le prince n'avait que deux
mille hommes , et il se soutint depuis
cinq heures du matin jusqu'à près de
midi contre la division de Leconrbe
toute entière ; ce général ne put ga-
gner qu'une lieue de terrain. Ou ne
saurait parler des brillantes actions de
celte armée de Condc , sans penser
aussitôt à son major - général , le
baron de la iluchefoucauld , qui s'il-
lustra parmi ces héros, comme il
se dislingue encore aujourd'hui par-
mi les sages. Dans la campagne
de 1800, il y eut encore plusieurs
actions importantes. Le duc d'Eu-
ghico , à la suile d'un engagement
qu'eut le corps sous ses ordres près de
Eosenheim , rencontra un jeune hus-
sard , faisant partie de l'armée républi-
caiue, qui était resté blessé dans un
champ, il le Gt relever et mettre dans
son propre lit ; son chirurgien eut
ordre de lui donner tous les soins
qu'exigeait sa situation, et quelques
joi:rs après le prince le fit recon-
duire aux avant-postes français. Ou
pourrait citer une foule de traits
semblables dans la trop courte vie
de ce prince aimable et généreux.
Par suite des dispositions du traité de
Lunévillc, en i8oi , le corps de G)n-
dé fut, une seconde fois licencié. Le
priuce de Condé se rendit en Angle-
terre; le duc d'Enghien ayant reçu
de pressantes invitations du cardinal
de Rohan , revint à Etteuheim avec la
princesse Charlotte. Mais en i8oa,
les circonstances politiques ayant fait
passer les états du cardinal sous la
domination de Baden , le duc s'adres-
sa au margrave , et obtint de lui l'au-
torisation de continuer son séjour à
Ktleiiheim. I.e prince y vivait eu sim-
ple particulier, s'occupaiit de la culture
dci fleurs, dt la chasse, faisant le bou-
ENG i5i
heur de tout ce qui l'entourait , lors-
qn'arrivèrent les événements du com-
mencement de l'année • 8o4- A celte
e'r>(>que , Buonaparte ayant connu ,
d'une manière assez confuse, par les
révélations d'un nommé Querelle ,
qui ne sut pa<> mourir, et la trahison
d'un nommé Philippe, épicier au Tre-
port, qui livra une correspondance en-
tretenue par M. Michaud , de l'aca-
démie française, et par M. de Mar-
gnerit avec les pnnces de la maison
de Bourbon , que ces princes, alors
réfugiés en Angleterre , formaient le
projet de se ressaisir de leur autorité
en France , ou le vœu général les rap-
pelait depuis long-temps ; que Piche-
gru , les ducs de Polignac et d'au-
tres personnages d'un grand caractère,
étaient à L» tète du projet ; que l'An-
gleterre le favorisait de toute sa puis-
sance , crut devoir s'emparer de la
personne du duc d'Enghien, soup-
çonnant qu'il y était entré, et que
ses papiers fourniraient des renseigne-
ments sur le but qu'on voulait at-
teindre, les moyens et les individus
dont on se servait. M. de Caulain-
court, gentilhomme picard, dont la
famille avait été attachée a la maison de
Coudé , fut expédié, à cet effet , avec
des lettres secrètes du ministre des
relations extérieures et du ministre de
la puhce , dans le département du
Bas-Rhin. M.iis pour dérouler les es-
prits sur le véritable objet de sa mis-
sion , il fut investi osteusiulement , par
le ministre de la guerre, de pouvoirs
afin d'accélérer la confection d'une flo-
lille de bateaux plats , destinés à la
folle expédition projetée alors contre
l'Angleterre. M. de Cauîaincourl fut
accompagné par un ofBcier supérieur
de la garde de Ruoniparte , nommé
Ordenner ; ils arrivèrent ensemble à
Strasbourg. C'est de cette ville que M.
de Cauîaincourl diii^^ea toute cette af-
ir.î EN G
faire , aj'ant sous ses ordres le nom-
mé Hoscy et un individu plus connu,
appelé Méhéc. ïaudis qu'il se ren-
dait à Offnbouic^, pour y faire arrê-
ter quelques émigrés de marque , le gé-
néral F et le colonel Ordenncr tu-
rent de'p<'chcs :i Eltenheiin ; un offi-
cier de gendarmerie , non)mé Char-
lot , et un maréchal-des-logis du même
corps, nommé Pferdsdorff, avaient
été envoyés, défiuisés , à Ettenheim.
On voulait connaître avec exactitude
Thabitatiou du prinie, et savoir bieu
positivement s'il y était; si ses offi-
ciers et ses domestiques étaient nom-
breux; s'ils logeaient avec lui ; si
tous étaient sur leurs gardes ; si
l'on avait à craindre de la résistance
de la part du prince ou des habitants.
L'arrivée de ces deux inconnus fit
naître des soupçons, et un ancien
officier de l'armée de Condé , nom-
mé S<-hmidt, reçut l'ordre de s'at-
tacher a Pferdsdorff et de le sonder
adroitement pour tâcher de découvrir
ses projets. Cette mission lut mal rem-
plie; Pferdsdorff sut donner le chan-
ge à cet officier et le trompa ; Schmidl,
au contraire, qui l'avait suivi près de
deux lieues, revint eu se vantant de
l'avoir habilement pénétré, et en as-
surant que les deux inconnus ne de-
vaient inspirer aucune crainte. Mal-
lieuieusement on donna trop de con-
fiance à ce rapport, et le piinee se
décida à passer la nuit à Ettenheim :
il était resté tout le jour a la chasse ;
cependant malgré ce que Schmidt
pouvait lui dire de rassurant , il pro-
jetait de s'éloigner dès le lendemain.
Ces choses se passaient le 1 4 mars ;
maisdansla nuit du 1 5, son habitation
fut cernée par trois à quatre cents
liommcs , auxquels s'étaient réunis
beaucoup de gendarmes. Ces troupes,
à l'exception des gcudarmes , igno-
raient qu'il s'agissait d'un prince de la
ENG
maison de Bourbon, et lorsque les
so'dals l'apprirent, ils témoiguèrent
les plus vifs regrets d'avoir coucoiu u
à une pareille expédition. Leduc d'En-
ghien était à peine couché, qu'on l'a-
vertit qu'on entendait du bruit autour
de sa maison , il saute de son lit, eu
chemise, saisit son lusil; un d^ ses
valets de pied eu prend un autre; ils
ouvrent la fenêtre ; le duc d'Enghi< n
cric : qui va là? et sur la réponse
de C ils allaient faire feu; mais
Schinidt l'^leva le fusil du prince et
l'empêcha d'en taire usage, en lui
disant que toute résistance serait inu-
tile. Le prince alors fit promettre au
baron de Grùnsteiii , que si l'on de-
mandait le ducd'Enghien , il se nom-
merait, ce qui pourrait lui laisser quel-
que facilité pour s'évader; le piince
se revêtit à la hâte d'un |iantalou et
d'une veste de chasse ; ii n'a pas le
temps de mettre ses bottes ; on
monte l'escalier; C , Pferdsdorf
et quelques autres gendarmes entrent
le pistolet à la main ; ils deman-
dent : « Qui de vous est le duc
» d'Enghien? » Le baron avait perdu
la tête, il reste rauel. On renouvelle
l'interpellatiun : même silence. Le duc
alors répondit iu;-uiêine : o Si vous
» venez pour l'arrêter vous devez avoir
» son signalement : cherchez- le. » Les
gemlarnies, croyant parler à un de
ses gens , répliquèrent ; « Si nous
» l'avions, nous ne vous ferions pas
» de (piestions; puisque vous ne vou-
» lez pas l'indiquer , marchez tous. »
Le chevalier Jacques, secrétaire du
prince et son ami, qui logeait dans
une maison voisine , ayant appris i'cn-
vahisscment de celle du duc par
une force armée, sortit à moitié vêtu,
et envoya un domestique à l'église
pour sonner le tocsin ; mais le clo-
cher ét.'it déjà occupé par un piquet
de soldais qui battircul ce dûmes-
ENG
tiqtie et IVmpêt hèrcnt de remplir
sa inission. Bif n n'avait ete' iicgiigé
pour le succès de cet horrible atten-
tat. I>e chevalier Jacques était malade;
H ranima ses forcis et se présenta po«ir
accon)pat;ner le prince. On le repoussa
d'abord ; mais ayant insisté . on le lais-
sa entrer : c*esl toujours un de plus ,
dil-oii en lui ouvrant les portes. Il est
resté { rès d'un an dans les cachots de
Btionaparte, tant à Vincennes qu'au
Tf inp'e. Ce fut sous l'escorte particu-
lière de la }iendarmeiie que le prince,
et plusiiui s ofïicicrs de sa maison
quittèrent Ettcnbcim. Ils n'eurt-nl pas
même \v remps de se vê'ir , et le
prince partit m vesle et en panlaion.
La princesse de Rohan, qu'on avait
prévenue de cet évéuemput , vit de
ses fcnêties, passer le prince d-ns
ce misérable équipage , et elle le vit
pour la dernière fois. Arrivés dans
un moulin , à quelque distance, on s'y
arrêta, et le prince obtint la permis-
sion d'envoyer un valet de pied char
pé de lui rapporter du linge et de
l'argent. Le bourgraestie d'Elten-
heim fut appelé dans ce moulin ,
et fil connaître à la gendarmerie le-
quel des prisonniers eiait le duc d'En-
ghien ; elle l'avait ij^uoré jusque-
là. Peu s'en fallut que de ce mou'in le
pnnce ne parvînt a s'échapper. Ou
avait examiné les issues ; on avait déjà
reconnu des sentieis détournés , et
placé quelques planches sur des ruis-
seaux ; mais au moment de l'évasion ,
une porte de derrière qu'on ne fer-
mait jamais se- trouva barricadée en
dehors. A quelles petites causes tien-
nent les destinées! M. le duc d'En-
ghien serait encore un des plus illus-
tres appuis de la djiiastie que le ciel
vient de rendre à nos vœux, si un va-
let de moulin n'eût, par mégarde,
fermé nn verrou inutile! Ces détails
sont minutieux sans doute j mais nous
EKG
î55
croyons qn'on les lira avec intérêt
quaud il s'agit d'un prince si di^ne
de r.'grets! (j'est d'un ofïicier de .sa
maison que nous les tenons ( du che-
valier Jicques); il l'avait suivi dans
.sa fortune et ne ral)andonna pas
dans ses malheurs. Après que le prin-
ce eut reç'i les habits qu'i: attendait,
on se remit eu marche en se dirigeant
vers Ktjppel , où il pas.sa le Uhin.
Il n'est pas inutile encore de dire ici
que , lors de ce passage , un ofTicier
de l'esci Ile , dont on n'a pas su le
nom , témoigna par des signes confus
et un certa'n ensemble de conduite re-
marqués du prince et de ses offieirrs,
qii'il avait l'intention de le sauver. U
vuulait d'abord f ire embarquer les
geiidaimes qui le gênaient, et placer
dans un .second bateau destiné pour le
prince, les soldats de ligne sur les-
quels il comptait ; mais des circons-
tances imprévues dérangèrent ce pro-
jet. Tant il semble qui- tout concou-
rait à livrer cette grande viilirae à
son bourreau! Au sortir du bateau,
à Bheinau , on ne trouva point de
voitures, et les piisonniers Grent près
d'une lieue à pied avant de trouver
les mauvais charriofs .sur lesquels ils
furent transportés à Strasbourg. Le
prince était sur le premier, ayant à
côté de lui son valet-de-chambre Jo-
seph Canonne ( né eu Flandre ).
L'escorte n'ayant pas d'ordre, on ne
savait où déposer les pri.soiiniers ; le
prince qui précédait de loin les au-
tres, descendit dans la maison de
Char... : ce fut là qu'il prit cet officier
à part, et lui proposa de faire sa for-
tune s'il voulait faciliter son évasion ;
celui-ci s'y refusa. Héias î il ne .s'e>t
trouvé dans celte révolution que trop
d^ndividus qui se sont montrés im-
passibles en remplissant les plus hor-
ribles missions! Le crime trouve donc
comme la vertu des hommes fidèles !
i54 EN G
On ne farda pas à rorevoir l'ordre de
conduire 'es prisonniers à la citadelle;
le command.mt de cette citadelle
traita 1res durement le prince, eut
pour lui foutes sortes de mauvais
proeédës, <t poussa la sévérité jus-
qu'à placer des sentinelles dans l'in-
térieur de sa chambre. Elles furent
retirées par les oidres du général
Levai; ce géicral désapprouva hau-
tement cette conduite des qu'il en
eut connaissance. Il vint plusieurs
fois voir le prince, et lui témoigna
ces égards et ces attentions dont
l'homme généreux entoure le mal-
heur , et tout le respect dû à un
prince du sang de ses anciens souve-
rains, La conduite de ce général dans
cette occasion ne fut pas seulement
ïioble, elle fut encore courageuse; elle
l'exposait aux ressentiments d'un
homme .dont il fallait pait.iger les fu-
reurs , sons peine d'encourir sa dis-
grâce. Le duc d'Eiigliien distribua
dans la citadelle qnelcpi'argent à ses
gens ; on y lit le dépouillement des
papiers dont on s'était emparé à Et-
tcnheim. Parmi ces pièces se trouvait
son testiment. Les personnes qui con-
uaisssaient la générosité et la noblesse
de ses sentiments, regrettent que ce
testament ne se soit pas retroiuvé.
Nous ne pouvons rien dire de plus.
On proposa au prince de les para-
pher : il s'y refusa , et déclara qu'il ne
signerait le ])rocès-verbal qu'en pré-
sence du cheviilier Jacques. Cet inci-
dent parut très-grave, et il fallut en
référer au préfet, qui y consentit.
Deux lettres qui contenaient quehjues
plaisanteries sur Buonaparte étaient
f)armi ces pièces , et le prince voii-
ut le» jeter au feu : le commissaire
de police Popp, qui assistait à l'o-
pération , ne s'y opposait pas ; mais
Ch.... dit très durement à Popp :
Croyez 'VOUS faire ainsi votre de-
ENG
voir? Ce commissaire se condui-
sit d'une manière très honorable.
Le i8 mars, de grand matin, les
portes de la prison s'ouvrent; des
gendarmes entourent le lit du prin-
ce, et le forcent de s'habiller à
la hâte. Ses gens accourent : il sol-
licite la permission d'emmener son
fidèle Joseph ; ou lui dit qu'il n'en
aura pas besoin. Il demande quelle
quantité de linge il peut emporter avec
lui; ou lui répond : une ou deux che-
mises. Alors le prince perdit tout es-
poir, et prévit bien le sort qui l'atten-
dait; il emporta deux cents ducats , et
en remit cent an chevalier Jacques
pour acquitter les dépenses des pri-
sonniers ; il cmbr;)ssa ses fidèles
amis , et leur dit un éternel adieu.
On se met en roule, la voiture mar-
che jour et nuit; elle arrive le 'i.o à
quatre heures et demie du soir, aux
portes do la capitale , près la barrière
de Pantin. Là, se trouve un couriier
qui apporte l'ordre de filer le long
des murs, et de gagner Vincenues.
Le prince entie dans cette prison à
cinq heures. H;irel , commandant de
Vincenues, dit à sa femme : « Je ne
» sais quel est ce prisonnier , mais
» voilà bien du monde pour s'assurer
» de sa peisonne. » La femme de Ha-
rel reconuaif monseigneur leducd'En-
ghien , et s'éci ie avec émotion : « C'est
» mon frère de lait! » Le prince, ex-
ténué de besoin et de fatigue, prend
à peine un léger repas. Pendant qu'il
le prenait, il pria qu'on voulût bien
lui jM'éparer pour le lendemain, a son
réveil , un bam de pieds. Il se jette sur
un mauvais lit, dispose précipitam-
ment dans une pièce a l'entiesol , pi es
d'une fenclre dont deux carreaux
étaient cassés ; et , sur l'observation
du prince , ils furent musqués avec
une serviette. Il ne tarda pas à s'en-
dormir profondément. On févcilla eu
ENG
sursaut vers les onze licwres ; on le
conduisit dans une pièce du pa iilon
du milieu , faisant face au bois. Là ,
étaient réunis huit militaires, savoir,
le ge'uéral Hullin, commandant 1rs grc-
uadiers à pied de la garde, Guilon ,
colonel , commandant le premier régi-
ment de cuirassiers, Bazaiicouit, com-
mandant le 4 • d'infanterie légère,
Ravier , colonel , commandant le i8'.
régiment d'infanterie de ligne. Bar-
rois , colonel , commandant le g6*.
régiment d'infanterie de ligne, Rabbe,
colonel, commandant le deuxième ré-
giment de la garde municipale de
Paris , d'Aulancourt. capitaine, major
de la g<ndarmorie d'élite . fusant les
fonctions de rapporteur, Molin .capi-
taine au 1 8 . régiment d'infinlerie de
ligne, gr' iCer; tons nommes pir le
général Murât, gouverneur de Paris;
ces militaires dressent à la hâte une
instruction ciiminelle. Le jugement ,
disons mieux , l'ordre d'égorger ta
victime, est porté vers les quatre heu-
res; et à quatre heures el demie le
prince est <xéculé dans un des fossés
du château. Tout était calculé avec une
précision perfide pour ensevelir cet
attentat dans les ombres de la nuit , et
pour en assurer t'txécution. La promp-
titude de l'enlèvement , la rapidité du
voyage, avaient p"ur but d'étonner,
d'iffjiblir cet indomptable courage
que le prince avait si souvent déployé
pendant dix années de combats et de
gloire; m.js le lâche espoir du tyran
fut trompé : la fermeté du grand
liomme répondit à la valeur du guer-
rier; il parla avec la noblesse et la
simplicité qui convenaient à sou ca-
rartère et à sa vertu. Interrogé pour-
quoi il avait porté les armt s contre sou
pays , il répondit : « J'ai combattu
» avec ma famille pour recouvrer l'hé-
» ritage d« mes ancêtres : mais depuis
V que la paix est faite , j'ai posé les ar-
ENG iî)5
» mes, ef j'ai reconnu qu'il n'y avait
» plus de rois en Europe. » Ses ju^cs ,
frappés de tant d'intrépidité et d'in-
nocence , hésitèrent un moment; ils
écrivirent au tyran pour savoir sa ré-
solution définitive. Olui-ci renvoie la
lettre avec ces trois mots a : bas : con-
damne A MORT. Dans le conseil privé
qui eut lieu auxTuileries pour décider
du sort de ce jeune prince, Gambacérès
opina pour lui sauver la vie. Eh! de-
puis quand , dit Buona parte en colcre,
etesvous devenu si avare du sang
des Bourbons ? ( i ). M. l'abbé de Bou-
vens, qui a prononcé en Angleterre
l'orai^o-: funèbre de Monseigneur le
due d'Enghicn, s'est trompe en pré-
tendant que l'exécution de cet horri-
ble attentat fut confiée à des étran-
gers. Il faut le dire pour la vérité
de l'histoire, le crime fut consom-
mé par des gendarmes d'éîit''. Voi-
ci , à ce sujet , une anecdote pré-
cieuse à recueillir : f/officier de ces
gendarmes , fut averti dans la nuit
pour aller commander le détache-
ment destiné pour Vincenncs. Ce mi-
litaire avait été élevé dans la maison
de Condé , et n'en avait pas entière-
ment perdu la mémoire; il arrive, et
apprend l'odieuse commission dont il
est chargé. Le jeune prince l'aperçoit,
le reconnaît et lui témoigne sa joie de
le revoir. Celui-ci baisse la tête , et ne
sait que pleurer. On quitte la salle du
conseil, l'on descend dans le fossé
par un escalier étroit , obscur et tor-
tueux. Le priuce se retourne vers i'of-
firier, et lui dit : a Est-ce que l'on veut
» me plonger tout vivant dans un ca-
» chot ? Suis - je destiné à périr dans
» les oubliettes? — Non, monseigneur,
» lui répond - il en sanglotlant , soyez
» tranquilie. » On continue de raar-
(0 Cette I>oDtade r<t (i'auUnt plui iujiute que
le vole de Cambacérèt . lors Jo prucèi du Roi, iat
cocdilioancl et ne compta pu pour U mcrt.
ï56 ENG
cher, et l'on arrive au lion cîii mas-
Sacre. Le jeune prince voit tout cet ap-
par«'il et s'e'ciie : « Ali I iirâee.tu ciel ,
» je monn-Hi de la mort d'un soldat. »
Ce militaire n'e'tait pas le seul individu
ayant eu des obligations à la maison
de Conde', que le liasard rendait tc'-
înoin de cette catastrophe. La femme
du commandant de Vincennes, de la-
quelle nous avons déjà parlé, avait été
élevée parles soins de cette auguste fa-
mille ; elle avait donné des mar-
ques de la plus vive dou'eur à l'ar-
rivée du duc d'Enghien. Son elfioi
redoubla quand elle te vit passer pour
aller à la mort : « Sois tranquille , lui
» dit son mari , le bruit que lu vas en-
» tendre n'est que pour l'efïrayer. »
Ce commandant est celui qui dénonça
Céracrhi , Aréna , Topiuo - le - Brun ;
et pour récompense il eut le com-
mandement deVincennes. Avant l'exé-
cution , le malheureux prince avait
(limande un mini'vtre de la religion
pour remplir ses derniers devoirs.
Un sourire insul'ant ( t presque gé-
néral accompagna la réponse que
lui fit un de ces misérables , et
dont voici les termes : « Est - ce
» que tu veux mourir comme un
» capuriu ? Tu demandes un prêtre ;
*bjhl ils sont tous couches à cette
» heure-ci. » Le prince indigne ne
profère pas un mot , s'agenouille ,
élève son ame à Dieu, et après un mo-
ïnent de recueillement, se relève, et
dit : « Marchons. » IMurat et l'un
des aides - de -camp de Buonaparic
dtaieut présents à l'exécution. En al-
lant à la mort, le duc d'Enghien dc-
fiira qu'on remît à la princesse de
Kolian , une tresse de cheveux , une
lettre et un anneau. Un soldat s'en
était chargé; l'aidc-dc-camp s'en aper-
çoit, les s.risil en s'cVriant : «Persouic
x> ne doit faire ici lescommissions d'un
«traître.» Au moment d'être frappe^, le
ENG
duc d'Enghien , debout , et de l'air îtf
plus intrépide, dit aux gendarmes :
« A'Ions, mes amis, — Tu n'as point
» d'amis ici, » dit une voix insolente
et féroce : c'était celle de Murât. Il fut
à ^in^laIlt fusillé dans la ])artle orien-
tale des fossés du château , à l'entrée'
d'un petit Jardin. Les soldats se jetè-
rent sur lui, le fouillèrent, et s'em-
parèrent de ses deux montres. On le
jeta ensuite tout habillé dms une fosse
creusée la veille, tandis qu'il soupait;
la pelle et la pioche avaient été em-
pruntées à l'un des gardes de la f(!rêf.
Ainsi périt, à la fleur de son âge. au
milieu de la plus illustre canièrc, un
prince , un héros couvert de gloire ,
comblé de tous les dons de la nature ,
doué (les qualités le plus brillantes et
des vertus les plusaimablcs; le modèle
des guerriers , l'honneur de la nobles-
se , l'ornement, l'appui, l'orgueil,
l'espoir de sa famille, l'amour et l'ad-
miration de l'Europe; en un mot, le
digne rejeton du Grand-Condé. Le roi
de Suède, Gustave Adolphe , se trou-
vait , à l'époque de l'airestation du
prince, dans les états de l'électeur de
Baden , son beau - père ; dès qjit'il
connut cet événement, il envoya
un de ses aides -de -camp à Paris
pour réclamer contre la violation du
teriitoire de l'électeur, et pour conju-
rer Buonaparte de respecter les jours
du duc d'Enghien. L'aide -de - camp
s'arrêta viugl-quatre heures à Nanci,
et n'arriva qu'après que le crime tut
été consommé. Le lendemain de
l'exécution, le président de la com-
mission militaire, se trouvait chez
Cambaccrès, et rendait compte de
révénement de la veille. Après avoir
confesse hautement que le prince
était mort avec beaucoup de cou-
rage, il ajouta : « Ses réponses ont
» été fort simphs; mais heureusement
» il uous a dit son nom : car ma foi y
ENG
p sans cela , nous aurions étc fort em-
» barrasses. » Ce propos fui entendu
et répète par plus de trente per-
sonnes. Cet aveu est d'autant plus
reru-irquablc, d'autant plus vrai, qu'on
n'avait pas saisi une seule pièce re-
lative à l'aSaire de Pichegru et au-
tres , ni chez le duc d'Enghien , ni
chez aucun de ceux qu; furent ar-
rêtés à la même époque au delà du
Rhin. L'enlèvement de madame de
llcich, arrêtée à Ofll-nltourg, avait
averti tous les m.ilheureux réfugiés
français du danger qui les menaçait;
la p upart avaient fui. Le duc d En-
ghien , dont la belle amc ne pou-
vait soupçonner un crime, avait dé-
d.iigné de prendre nue précantion
qui eût ressemblé à de la timidité.
C'est ainsi qu'il fut la victime de la
sécurité qu'inspire aux grandes âmes
l'innocence accompagnée du courage.
Ce ne fut pas seulement à Londres
qu'on honora la mémoire de cet in-
fortuné prince par des cérémonies re-
ligieuses; on célébra aussi à St.-Pé-
tersbourg un service où le cénotaphe
portait l'inscription suivante :
Inchto PRiîrcjri
Ludovico-Aîitoxio-Hexrico
BoRBoaio CoKDito Duci d'Exchieît
New MISES PROPRIA ET AVITA VIRTUTE
QUAM SORTE FDSESTA CLARO ,
QUEM DEVORAVIT BELLCA CoVsiCA ,
EcROPjE TERROR ,
Et TOTICS HUMANI CENERIS LUES.
Un anonyme a publié sur cette af-
faire une petite brochure ayant pour
titre : fie l'Assassinat de monsei-
gneur le duc d'Enghien , et de la
Justification de M. de Caulincourt.
Toute» les pièces sont réunies dai;s
cet écrit. On a aussi publié : Notice
historif^ue sur L. A. H. de Bourhon-
Con dé^ duc d'Enghien , prince du
sang rojal, suivie de son oraison
ENG i57
funèbre , prononcée dans la chapelle
de Sl- Patrice à Londres ^ en pré-
sence de In famille royale, par l'abbé
de IJouvens, 2 . édit., «8i4' ^'^ ^MP
d'Enghien a bissé en mauuscrU u^
Journal de ses campagnes et de ^%
voyages. M— •^.
EiNGLlSn ou ANGLOIS ( Esr
THEtt), française d'origine, qui ayant
passé une partie de sa vie en Angle-
terre et eu Ecosse, sous les re-
joues d'Elisabeth et de Jacques I '^. ,
s'y est distinguée par son talent dans
l'art de l'écriture. Apres avoir vécu
dans le célibat jusqu'à l'âge de
quarante ans , elle é(»ousa un M.
Kello, dont elle eut un fils, qui
entra dans la carrière ecclé.siastitjur.
On a conserve' en Angleterre dans di-
verses bibliothcq'ies plusieurs écltaur
tillous curieux de son talent , eutro
autres , Historice memorabiles Ge-
nesis per Esteram fnglis Gailam.^
Edenburgi , anuo 1600; ainsi qu'un
volume in-8°. obhmg , en français
et en anglais, intitulé Octat>es {On:!'
tonaries ; « sur la v.uiifé et i'incuusn
• tance du monde , écrites par Ester
» Inglis le i'". de jtnvitr 1600.»
Ce recueil est orné de fleurs et de
fruits peints à l'aquarelle; sur la pre-
mière feuille on voit soh portrait en
petit, avec cette devise :
De Diea le bien.
Du nuij le rien.
Elle paraît avoir été étroitement liée
avec Joseph Hall , évêque de Nor-
wich. Dans un manuscrit dont elle
lui adresse la dédicace en 1 1 7 , lors-
qu'il était encore doyen de Worces-»
1er, elle l'appelle my very singular
friend, mon très intime ami. Quelques-
uns d s ouvrages de cette dame se
trouvent à la Bibiiolh. bodlc'ienoe. M»
Walckenaer possèd l'ouvrage de cet-
te célèbre calligraphe, le plus curieu^s
scit pour la beauté ei la variété dc«.
i58 EN G
écritures, soit pour le portrait de l'au-
teur, dessine à la plume par elle-
même. Ce prp'ci(ux manuscrit con-
tient, I". le Livre de V Ecclésiaste ,
de la main d'Esiher An glois , fran-
çaise, à Lislebourg en Ecosse , ce
XXI avril 1601. a', le Cantique des
Cantiques AvnAwi également en tran-
çais , le tout accompagne' de plusieurs
pièces de vers, françaises et latines,
d'André Melvinus et autres versifica-
teurs du temps, in Esteram Anglam
rarissitnavi fœminam. On y trouve
aussi la devise favorite de l'auteur, en
ces termes :
De l'Eternel
L( bi.n.
De moy 1k mal
Ou rien.
Pour la délicatesse de l'écriture , ce
petit chef-d'œuvre peut soutenir la
comparaiNOU avec les ouvnges de
Jarry et des autres calligraphes du
siècle de Louis XIV. S — D.
E^GHAM^:L1.E ( Marie - Domi-
nique Joseph), religieux de l'ordre
de S. Augustin , né à Nedonclial en
Ai'tois le 'i4 mars 1727, se livra à
l'étude des sciences, et particulière-
ment de la musicjue. Il s'occupa sur-
tout des instruments à touclies et de
leur construction. Comme il se trou-
vait, versi 757,3 lacourduroi Stanis-
las, un virtuose italien filentendreà ce
prince des sonates de clavecin qu'il
admira beaucoup , mais dont il ne
put obtenir communication. Instruit
des regrets de Stanislas, Eugramelle
voulut les faire cesser , et imagina une
mécanique qui notait les pièces tou-
chées sur un clavecin au fur et à me-
sure de leur cxécnlion. Le virtuose
revint à quelque temps de là, toucha
les pièces dcMrées, et, peu de jours
après, le P. Eugramelle lui fit enten-
dre une serinette qui non seulement
répétait ses sonaUs, mais rendait
même fidèlement la mauièrc cl les
ENG
agréments propres à l'exécutant. L'îa-*
veution du moine consistait dans ua
clavier de rapport placé sous le véri-
table , et dont les touches frappaient
sur un cylindre couvert de deux pa-
piers, l'un blanc, l'autre noirci. Le
cylindre était mis en mouvement par
une mécanique qui, a chaque tour, le
faisait dériver de côté. La révolution
totile était de quinze tours, et dur lit
trois quarts d'heure. Une semblable
mécanique fut inventée par Unger,
con^eiller-secrétaire de la cour de
Brunsv\'ick- Luiiebourg ;raaisil paraît
que laprioritéappartient au P. E gra-
nielle ( 1 ). Ce dernier , en 1775, rendit
public le fruit de ses travaux et de ses
observations dans un ouvrage intitulé:
la Touotechnie , ou W4rt dénoter les
cylindres et tout ce qui est siiscep'-
tible de notage dans les instruments
de concerts mécaniques , in - 8°.,
fîg. La matière était neuve (2) , et les
luthiers faisaient un mystère de cet
art. C'est également au P. Eugra-
melle qu'appaitient tout ce qui a
rapport au notage dans VArt du
facteur d'orgues de dom Hcdos. Il
est encore auteur d'un instrument
qui donne la division géométrique des
sons de manière à fixer l'incertitude
des accordeurs. On lui doit en outre
la description des Insectes de V Eu-
rope , peints d'après nature par
Ernst, «n-4'., 1' . partie, contrnuit
les chenilles , chiy.s.ilidcs et papillons
de jour. I^e Dictionnaire universel
( i' M. Gullrjr «nnonfait dmi ir Joiimnl île
Piirit ti;B3, N". ai ) lintciilion de écuier une
inacliiui- 'lie ce geiirr qu'il avaii in»cnl*i' ; il eo
fui dclourué pur la crainte lic patter pour pU-
j;i»irc , loriqu'i.n lui eul apprii qu'un p.reil mict-
nume «vjil «Icji été lail («.ir un liicleur dr Berlia
nui. comme lui. n'iivail aucune cunuaiisanc*
d une m.iclùne «rrablaMi- qui en décr.le d^ot le*
3'ranntctiu'is philutophi<inet Z.
^a Uidi-rot avait, en i^/jS, propojé un mojea
fort ing^nieu» de noier a volonté , «ur-lc-clianip,
tout re que l'un voulait fur let tcriueltei ou orgue*
diu de lUrlKiric; maii ce tnoycB n'c*l p*« 4'uue
t'X^culiou trèi facile.
ENJ
lui attribue quelques ouvraj^es sur 1rs
Sourds et Muets. Eagraraelle mourut
en 17 Mo. D. L.
E:nGUERR\ND. rnjrez Covcr,
Maiugnt, et .MoXsrRELET.
Evf EDIN ^George;, ou EXYEDI.V,
en latin Enjedinus , célèbre unitaire ,
prit Sun nom d' celm d'EuyeJ, petite
ville de Trinsylvaiiie, sur les b>rds
de la rivière de Miros , où il naquit
vers le milieu du id . >iècle. Ses ta-
lents lui laérilcrent la confiinoe géué-
rale dan^ son pirti; il fut nomme su-
riniendint dt"s églises de» unitaues
dans ia Transylvanie, et directeur du
collège de Clauierabourg. Il m )urul le
u8 novembre 1397 , dans un âge pea
avance'. On a de lui : Erplicationes
locorum scripturœ , vUeris et iS'ovi
Testamenti , ex quibus Trinilatis
doginu stabiliri solct , in-4 . H com-
posa cet ouvrage dans l'intention de
prouver que les catlioliquis donnent
une fausse inlerprdtation aux passages
des écritures dont ils se servent pour
établir le do2;me de la Trinité; et, dit
David Clément , il n'épargna ni subti-
lité, ni critique, p'tur venir à bout de
son dessein. Li première édition fut
imprimée en Transylvanie , peu de
temps avant la mort de l'auteur. Les
magistrats en prononcèrent la su pprcs-
sion , et tous les exemplaires saisis fu-
rent brûlés , en sorte qu'elle est deve-
nue très rare. La réimpression de Hol-
lande présente une copie tièsexaclede
l'édition origmale. Fabricius assure
qu'elle vit le jour à Groningue , cq
1670. L'ouviMge d'Enjedm a été soli-
dement réfuté par Kich u-d Simon, dans
sou Histoire critique des commenta-
teurs du Nouveau- Testament. On at-
tribue encore à Eujedin : I. De dn>i-
nitate christi; IL Explicatio loco-
rum catechesis Racoviensis ; ilL
Prœfatio in Noviim Teitumenlum
versionis Racoviaiue. Le premier de
ENN i5g
ces ouvrages paraît n'avoir jamais été
imprimé, et SaiidtU) ( Bibl. anli- Tri-
nitar. ) , prouve par de bonnes rai-
sons, qu'il est très d Juteux q'i'Etije-
din soit l'auteur des deux autres.
W— s.
ENNERY (iVUcHELET D';.n-iquità
Metz, eu 1709, d'une famille distin-
guée; il comuieuça ses étu les au col-
lège des Jésuites de cetie ville , et les
coutinua a Paris. Ses pn-euts le desti-
naient à la m igistrature, miis un de
ses oncles, qui lui céda si charge de
tré-orier de ia ville de Mez, le lit re-
noncer à l'étude du droit, pour revenir
dans sa ville natale. Les loisirs que lut
labsaient ses nouvelles fonctions, et
la cuanatssance qu'il fil d'un habile aii«
liquaire , sou premier guide dans la
science numismatique, développèrent
en lui un g<mt qui le détormiui à re-
noncer à sa charge , pour se livrer
tout entier à la recherche des mé-
dailles. Il se rendit à Paris , afin d'être
plus à portée de former les suites
q-ii ont illustré son cabinet. Les nom-
breux amateurs q li s'occupaient a'ors
de ce genre d'cru litiou , semblaient
exciter le zèle d'Ennery. Il n'épirgna
rien pour enrichir sa coilcction , il
voyagea en Italie, en Allemagne, et
fit par-tout des acquisitions impor-
tantes. Les cabinets de Divau, capi-
toulà Toulouse , du présiJenl de Mai-
son, du duc du Maine, d'Havercamps,
de Douxménil, de l'abbé Favard,da
prince de Rubempré , de Chamiily,
archevêque de Tours , des Jésuites de
Paris, du marquis de Beauvau, de
Houdenc et de tant d'autres, vinrent
se foudre dans celui d'Euuerv. Il ne
se borna pas à un seul genre de mé-
dailles, il voulut tout posséder, mé-
dailles grecques, de villes , de peuples,
de rois , médailles romaiues , etc. Il
s'attacha à former toutes ces suites.
Soa catalogue , rédigé après sa-mort
i6o ENN
par MM. de Tej'san et Gosseliin , at-
teste la niagiiificrice de ce cabinet, et
le goût epiii é d<i son possesseur. I! y
sacrifia presque toiilesa foi tune. D'Eii-
nery, au milieu de tontes ses riches-
ses, se contenta d'en jouir, sans se li-
vrer à l'explication»»des monuments
qu'il possédait; il n'a rien publié de
son vivant et n'a laissëaucun mémoire
après s;i mort. Il se contentait d'amas-
ser, et de faire v,oir noblement son ca-
))inet , qui ne manquait pasd'ê:re a isilé
par les étrangers de distinction qui
venaient a Paris. Il attachait à cela
son plaisir, et il y borna son ambi-
tion. H avait cependant formé le
projet de rédiger lui-même son cata-
logue ; mais une attaque d'apoplexie
l'enleva le 8 avril i-jBti, à l'âge de
.soixante-dix-sept ans. Ce fut Rome de
Lille qui fut son exécuteur testamen-
taire. C'est avec le secours de ce cabi-
net que celui-ci a perfectionné son
ouvrage sur la métrologie, et c'est
aussi par les conseils d'Ennery que
Beauvais , dans son Histoire des Em-
pereurs . a fixé le prix de chaque mé-
daille romaine, suivant sa rai été et
l'espèce du métal dans lequel elle a été
frappée. Aucune collection de particu-
lier n'avait égalé la sienne, un prince
aurait pu montrer avec orgueil ce tré-
sor d'érudition , elle montait à plus de
vingt-deux mille médailles, dont envi-
ron vingt mille antiques. Cette collec-
tion fut vendue publiquement; tout fut
dispersé, et s«s débris allèrent embel-
lir plusieurs cabinets , riches seule-
ment de cette acquisition ; les Anglais,
les Hollandais, ci les nombreux ama-
teurs que possédait la France , .se dis-
putaient le fruit de tant de travaux.
JiCS principaux acquéreurs furent le
cabinet du roi , MM. Haumont , Xau-
py, de Tersan , l'abbé d'Hauteville,
de Milly, etc., etc., à Paris.; Van-
ilaramc, en Hollande ; Kniglh, ToTvn-
ENN
ley , à Londres. Nous noramons ici
les principaux acquéreurs de ces col-
leclidns, ainsi que les personnes qui
ont enrichi les suites de d'Eunery ,
parce qu'il est essentiel de connaUre
la filiation de tous les Ctibiuets, par
rapport aux médxiilles qui se trou-
vent publiées par de nouveaux pos-
sesseurs, et qu'on peut prendre pour
des pièces nouvellement découver-
tes. Le catilogue d'Ennery , publié
à Paris, 1788, i vol. in-4''., avec (ig.,
tient un rang distingué dans les biblio-
thèques, parmi les ouvrages numis-
maliqiies. T — w.
ENNETIERES ( Jean d' ) , cheva-
lier , sieur de Beaumelz, :iéà Tournai,
vers la fin du 16 . siècle , cultiva U
poésie française avec plus d'ardeur
que de succès , et mourut dans sa pa-
trie vers i65o, âgé d'environ soixante
ans. On a de lui : 1. les Amours de
Thea^enes et de Philoxènes , suivis
de poésies. Tournai, 1616, in- iG;
II. Boëce, de la consolation de la
Philosophie , traduit en français, en
prose et en vers , ibid. , 1 thM , in-S". ,
assez. r;ire; 1 11. le Cltevalier sans re-
proche , Jacques de la Lains, poème
en seize chants, ibid., i(i55, in-S".,
c'est de tous les ouvr.igrs d'EuneCières
le seul qui soit recherche des curieux.
IV. les quatre Baisers que lame
dévoie peut donner à son dieu dans
le monde , ibid., \G\i , in - 1 j. ; V.
Sainte- Aldégonde, tragédie, ibid. ,
l(^5 , in -8'. — Knnetiere ( Marie
d' ), de la même fainilU' que le précé-
dent, se fit quelque réputation pour
son savoir et pour sa pieté. Le seul <lc
.ses luivrages qui ait été imprimé est
une E pitre en vers français , contre
les Turcs , Juifs , Infidèles , faux
Chrétiens, ctc; , 1 53(), in-S".
W— s.
ENNllIS(QmNTns), pwie latin,
naquit à iiiidies , ville de la Calabre ,
ENN
Van i\o avant J.-C. , sous le consulat
de Q.Yalciius Fallon et de C. Mamilius
Turrinus. Il vécut en Sardaif:;ne jus-
qu'à l'âge de quarante ans; ce fut dans
. cette île , soumise aux Romains , qu'il
se lia d'aruilié avec Caton l'ancien , le-
quel gouvernait alors la Sardaigne avec
le titre de prêteur. La liaison qui exista
entre Ennius et Gatou fut si grande ,
que le poète offrit volontiers ses bons
offices à Caton pour lui enseigner la
langue grecque. Gatou l'étudia avec
fruit , et , pour témoigner sa recon-
naissance à Eunius , il l'emmena à
Home , et lui donna une maison située
sur le mont Aventin. L'acquisition
qu'il fit d'au poète aussi célèbre me
paraît , dit Cornclius Népos , compa-
ïable aux plus beaux triomphes que
la conquête de la Sardaigne aurait pu
lui mériter. Eunius obtint par sou
génie le droit de bourgeoisie romaine :
c'était un honneur fort recherché ,
qu'on n'accordilit alors qu'aux étran-
gers d'un rare mérite. Le style d'En-
nius a toute la rudesse du siècle oîi il
vivait; mais le défaut de pureté et
d'élégance est racheté chez lui par la
force des expressions. Ennius tira la
poésie latine du fond des forêts pour
la transjilanter dans les villes ; et le
poète par excellence, Virgile, en con-
fessant qu'il a transporté dans son
Enéide des vers tout entiers d'Eu-
nius , disait souvent que c'étaient des
perles qu'il tirait du fumier. Au juge-
ment de Lucrèce , Ennius est le pre-
mier d'entre les latins qui ait ob-
tenu sur le Parnasse une couronne im-
mortelle :
PrLmac araano
Detalit ex Hclicone pcreaai froode coronaa
Per gentes luUt.
Le judicieux Quintilicn a fait un grand
éloge du poète Ennius : « Révérons ,
» a-l-il dit, cet homme célèbre , comme
» on révère ces boi> sacrés par leur
XIM,
ENN i6i
» propre vieillesse, dans lesquels nous
» voyons de grands chênes que !e
» temps a respectés, et qui pourtant
» nous frappent moins par leur beau-
» té, que par je ne sais quel scnli-
» ment de religion qu'ils nous inspi-
» rent. • Eunius fut recherché par
tous les grands hommes de son siècle.
Caton , dont nous avons parlé, atta-
chait tant d'- prix à l'estime d'Ennius ,
qu'il la mettait au-dessus de l'honneur
du triomphe. Scipion l'Africain, fati-
gué des troubles de Rome, avait em-
mené Ennius dans sa maison de cam-
pagne de Literne; il avtit une telle
vénération pour ce poète, qu'il voulut
être déposé avec lui dans le mê-
me tombeau. Ennius mourut envi-
ron dix-huit ans après Scipion , d'un
violent accès de goutte ; il fut honoré
d'une statue élevée sur le tombeau des
Scipions, dont il avait chanté les ex-
ploits. Ennius a mis en vers héroïques
les Annales de la république romaine ;
il a composé, en outre, quelques sa-
tires et plusieurs comédies qui annon-
çaient une profonde connaissance du
cœur humain; mais il ne nous reste
de ses ouvrages que des fragments
qu'on a recueillis dans le Corpus poë-
tarum,e[. dont Hessélius a donné une
excellente édition in. 4 '. ( Amsterdam ,
1707 }. Sa tragédie de Medée a été
donnée à part, avec un choix de se$
autres fragments et un savant Com-
mentaire par M. H. Planck, Hanovre ,
1807, iu-4". Ennius était lel.cment
convaincu de son talent pour I > poésie
épique, qu'il s'appelait i'Houtère des
Latins. Voici i'épifaphe qu'd composa
pour lui-même :
A»P'<^''e. <1 civn, (enif Ennii imiglnis formam ;
Hic vettrftm pioiit m.ixifQa facU pacrnm
I?cmo me lacrymis decoret, ii^qne lunera ficla
t'axit ; cnr.' rolito viïu» peror«Tirtlm
B RS.
ENNODIUS ( Magnus - Femx%
lit uc à Arles, >crs l'an 47^, d'une
II
iGi E N N
famille illustre • il comptait parmi ses
parents les Faustus , les Buëces , les
Avienus, et Gamiljus , soi) père , avait
exerce lui-même des charges honora-
bles ; il fut dépouillé de ses Liens par
les Visigoths , lorsque les Barbares
.s'établirent dans la partie méridionale
des Gaules. Une de ses tantes, qui
fleineurait à Milan , se chaigea de
pourvoir à son éducation. Cette cir-
constance a t'ait croire à quelques écri-
vains qu'il était né dans cette ville.
Ennodius aunonçait d'heureuses dis-
positions pour l'éloquence et pour la
poésie , et d'habiles instituteurs les
cultivèrent avec soin. Il perdit sa
tante à l'âge de seize ans , et retomba
dans la situation malheureuse dont
file l'avait tiré. Une dame d'une haute
distinction , nomméa M élanide , tou-
chée de son ntérile , répara les torts
de la fortune à son égard en l'épou-
saut. Eunodius alla habiter ensuite
Pavie. S. Epiphane, qui en était alors
évêque , apprécia ses talents, et l'en-
gagea à les faire tourner à l'avantage
tTe I.* religion ; il céda avec peine aux
pressantes invitations du saiut évê-
que; il ne consentit qu'à regiet à se
séparer d'une épouse qu'il aimait ten-
drement; et ce fut pour ainsi dire
malgré lui qu'il l'ut ordonné diacre à
l'âge de vingt un ans. Api es son ad-
mission dans les ordres sacrés^ il ne
changea pas aussitôt de conduite ; mais
cnfiu la grâce toucha sou cœur, et
dcs-lors, renonçant aux vanités du
inonde, il s'.ppliqua tout entier à la
science du salut. En 4o4 » i' suivit, à
la cour de Goudebaud , roi de Bour-
gogne, S. Epiphane, chargé par les
églises d'Italie du rachat des captifs.
Ce saint prél.it étaul mort , il se relira
à Kome, où il continua de partager
SCS loisirs entre l'étud-' cl la pratique
de ses devoirs. Parmi les ouvrages
qu'il composa ù ccUc époque, ou rc-
ENN
marque Y Apologie pour le pape Sym-
maque et le iv''. Concile, dont les
Pères ordonnèrent l'insertion dans
les actes de cette assemblée ; et le
Panégyrique de Théodoric, roi des
Visigoths , qu'il prononça en 507. Les
talents d'Ennodius et l'emploi qu'il
en faisait pour l'utilité de l'Eglise , lui
méritèrent l'estime des pontifes cl la
vénération des' peuples. En 5i i , il
fut placé sur le siège épiscopal de
Pavie, et peu de temps après le pape
Hormisda^ le chargea de travailler à
la réunion des églises d'Orient, divi-
sées par l'hérésie des eutychiens ( f^.
EuTYcnEs).ll se rendit deux fois pour
cet objet vers l'empereur Marcien ;
mais ce prince, qui favorisait les er-
reurs qu'Enuodius venait combattre,
résolut de le fiire périr , en le forçant
de se rembarquer sur un vaisseau en
mauvais état. Sa criminelle espérance
fut trompée : Ennodius arriva heu-
reusement en Italie; il reprit l'admi-
nistration de sou diocèse , qu'il gou-
verna saintement plusieurs années, et
mourut le 1 7 juillet 52 1 . L'Eglise ho-
nore sa mémoire le même jour. Les
OEui'res de S. Ennodius ont été re-
cueillies et publiées par André Schott,
Tournai, 161 1 , in-8". , et par Sir-
mond, Paris, même année et même
format : elles l'avaient été précédem-
ment dans le Hecueil des Authores
orthodoxographi , Bàle , 1 56() , in-
fol. ; et elles l'ont été depuis dans les
différentes éditions de la Bibliolh.Pa-
trujn,eÀ séparémeut, à Venise, i 7'ii),
in-fol. La meilleure édition est celle
qui fait j)artie des operavaria SS . Pa-
trian ( P"^. SlRMo^D) ; le texte en a été
coltationné sur deux excellents ma-
nuscrits , et les notes placées au bas
des pages offrent tous les éclaircisse-
ments nécessaires. Elle renferme : I.
des Lettres , au nombre de ^97 , di-
visées en IX livres :1c style n'en est pa«
ENN
exempt de recherche ni de mauvais
goûl ; mais elles respirr iit la pie'le' la
plu^ teii Ire ; II. le Panég^ rique de
Théodoric , pièce ufiîe |HJur l'his-
toire : eilè a été' imprimée dans les
preraièreN édition > cIcn Panegyriri ve-
leres; II(. \' Apologie de Sjmmaque
et du 4 • concile de Rome, remar-
quable par l'eiichaînemenl des moyens
et la solidité des rai^onnrments, mais
trop favorable, de l'avis même des
critiques les moins prévenus, aux pré-
tentions de la rour de Home; IV. la
F'ie de S. Epiphane , év'éqne de Pn-
</je, estimée par rexactitudf des faits
et par la connjissance qu'elle donne
de diftérents points historiqu^-s ; le
stile en est plus correct et plus agréa-
ble que celui des autres ouvrages d'Eu-
nodius : elle a été insérée dans les
^cla sanctorum , au i n jiuvier, avec
des notes deBollandus; Arnauldd'An-
dillvl'a traduite en français; V.la fie
de S. Antoine , moine de Lerins ;
c'est plutôt un p inégyrique de ce saint;
VI. plusieurs Opuscules, peu impor-
tants , entre lesquels on remarque ce-
lui que le P. Sirmond a intitulé Eu-
charislicum , parce que Ennodius y
rendgrâ.esà Dieu de sa miséricorde;
VII. des Discours ou Allocutions ,
au nombre de vingt-huit, sur des su-
jets de piété, etc. Dora >I<Triène a in-
séré , dans le tom. V du Thésaurus
anecdotorum, deux pièces de ce genre
qui avaient échappé aux rerherches de
Sirmond. VIII. Des Pu«/e5 , divisées
eu deux p.nties : la premiin' contient
des Hj mnes , un Elo^e de S. Epi-
phane , etc. ; l.i seconde , des Ef.>ita-
phes , des Inscriptions , d<'S Epi-
grammes , etc. On retrouvpqne'ques
pièces d'Eunodiusdius le Chorus poë-
tarum. W — s.
EN OC, ou ENOCH (Louis),
né à Issouduu au i6 . siècle , em-
brassa la réforme de Calyin, et se
ENO i63
retira à Genève vers i55o. II rem-
plit avec distinction une place de lé-
genl au collège de celte vilie, et ea
fut nommé principl eir i556. La
même année il reçut la bourg( oisie ,
et peu de temps après fut piumu au
ministère. li a écrit des Commen-
taires sur Cicéron, que Robert Etienne
a p:ib!ié,N avec les OEuvics de cet
ont<-u . On a encore de !ui: \ Prima
infantia linguce ^œcœ et lutinœ si-
viul et gallicœ, P. ris, i34*j in-^".;
II. De puerili grœcarum lillera-
rum doctrind liber, Paris, i555,
iu-b".; m. Pailitiones grammati-
c<H, Genève, in -4'. — Enog t l'ierre),
sieur de la Meschiniere , fils du pré-
cédent, né dans le Dauphiné, cul-
tiva la poésie françai>e, mais sans
grand succès. On a de lui : I. Opus-
cules poétiques, Gem\e , i5-'i. in-
8 .; II. la Céocyre, contenant cent
cinquante-un sonnets, des odes, des
chansons , des élégies , des bori;e-
ries, Lym, 1578, in-4"- Il célèbre
dans cet ouvrage les charmes d'une
jeune demoiselle qu'il nomme Céo~
cyre , de deux mots grecs qui signi-
fient bride-cœur ; \\\. Tableaux de
la vie et la mort Ce sont des ré-
flexions morales sur les misères de
la nature humaine, divisées en cinq
cents quatrains. Les bibliographes
qui font mention de cet ouvrage n'en
indiquent ni la date de l'impression ,
ni le format. W — s.
ENOCH , pafriarche , fils de Jared ,
naquit l'an SS'jS avant J.-C. il engen-
dra Mathu.sala, lorsqu'il était âgé de
soixante -cinq ans, et vécut encore
trois cents ans après. .\Iors a il ne p^-
•> rut plus, dit l'Ecriture, parce que
» le Seigneur l'enleva du monde. »
S. Paul , dans sa belle Epître au\ Hé-
breux , où il célèbre avec magnificence
la foi des patriarches , parle ainsi de
celui qui est le sujet de cet article :
II.*
i64 ENO
K C'est par la foi qu'Enoch fut enlevé,
» afin qu'il ne vît point la mort; et ou
» ne le vit plus , parce qne le Sei-
» gncur le transporta ailleurs. » Les
docteurs de l'Eglise et les plus sages
interprètes de l'Ecriture ont donc en-
seigne' que le patriarche Enoch n'est
pa* mort , et que Dieu l'a enlevé' tout
vivant du milieu des hommes , comme
il a transporté long -temps après le
prophète Elie, sur un chariot de feu
(P^o^. Elie. ). S. Jérôme, dans son
Commentaire sur Amos , dit qu'Enoch
et Elie ont été transportés au ciel dans
leurs corps. Les juifs et les chrétiens
croyent unanimement que ces deux
saints personnages existent encore au-
jourd'hui , et que c'est à eux que s'ap-
pliquent CCS paroles de l'Apocalypse :
« Je susciterai mes deux témoins , et
» ils prophétiseront, couverts de sacs,
» pendant mille deux cent soixante
» jours. » Il existait dans les premiers
siècles de l'Eglise , sous le nom d'E-
noch, un livre devenu fameux par
l'embarras qu'il a causé à tous les in-
terprètes. Tcrtullien en a fait un graud
éloge, et avant lui, l'apôtre S. Jude,
dans son Epîtie canonique , en cite
un passage où il est question du juge-
ment que Dieu doit exercer contre les
impies. C'est dans ce livre qu'il est dit
que les anges se sont alliés avec les
filles des hommes, et en ont eu des
enfants. Au reste, il est probable qn'il
y avait dans le livre d'Enoch plusieurs
vérités dont S. Jude , auteur iuspiré
de Dieu, a pu faire usage; mais ce
livre n'en a pas moins été rejelc par
l'Eglise , comme apocryphe , et les
plus illustres des anciens docteurs en
parlent comme d'un ouvrage qui ne
doit pas faire autorité. Le célèbre Pci-
resc, l'un des plus illustres savants du
commencement du i-j". siècle, ayant
appris par le V. Gilles de Loche , inis-
siuuuaire capucin , que les Abyssins
ENO
possédaient ce livre en langue éthio-
pienne, mit tout eu œuvre pour s»
le procurer, et obtint en effet un ma-
nuscrit qui devait le contenir , mais
qui n'était que le livre d'un imposteur
nommé Bahaïla Micliaïl, Ludolf re-
connut la supercherie dont il avait
été dupe, et comme le moine abyssin
Grégoire, dont il avait reçu ses con-
naissances en éthiopien, ne lui avait
point parlé de ce livre d'Enoch , non
seulement il publia la fausseté du ma-
nuscrit de Pciresc, mais il nia même
l'existence du livre. Cette opinion fut
adoptée par tous les savants; mais le
chevalier Bruce étant en Abyssinie en
1 769, se procura trois manuscrits du
livre d'Enoch. A son retour en Eu-
rope, il en donna un exemplaire au
roi de France , et rapporta les deux
autres en Angleterre. Woide qui s'était
livré à l'étude du copte pour parvenir
à une plus grande connaissance des
livres saints , n'attendit point le retour
de Bruce et vint à Paris , où il copia I9
livre d'Enoch ; il en communiqua au
célèbre Michaélis une notice , qui se
trouve imprimée dans la correspon-
dance de ce savant. L'étude de ce ma-
nuscrit ne laissa plus aucun doute sur
l'existence du livre d'Enoch, ou du
livre apocryphe qui porte son nom ,
et que les Abyssins placent immédiate-
ment après le livre de Job , dans le
canon des livres saints. M. Silvcstre de
Sacy a donné une notice assez détaillée
et la traduction latine de plusieurs cha-
pitres du manuscrit de la bibliothèque
du Roi , dans le Magasin encj'clopë-
dique, G", année, tome I , pag. ùoç).
Ce savant y a prouvé (jue ce livre
est le même que celui qui est cite
dans la fameuse c'pîlre de S. Jude
et dans les anciens écrivains. Son opi-
nion est que , quelque obscur qvj'il soit ,
il mériterait il'cfrc traduit et publié
avec le texte, à cause de sou antiquité ,
ENO
fle Tusage qu'en ont fj'it des écrivains
respectables, de l'autorité dont il a
joui , et des discussions auxquelles il
a donne' lieu. C — t et J — >.
ENOCH, fils d'Abraham, rabbin
de Gnesne et de Posen, a publié les
ouvrages suivants : I. Commentaire
sur le psaume 85 , extrait du Com-
mentaire entier fait par le même
auteur sur tous les psaumes; II.
Dispute de Joseph avec ses frères ;
m. Discours sacrés sur divers lieux
du Pentateuque , imprimé à Amster-
dam. M. de' kossi , qui nous a fourni
cet article , n'indique ni le lieu ni la
date de la mort d'Enoch. J — w,
ENS (Gaspard), né vers id-jo
à Lorch, dans le Wurtemberg, re-
nonça à l'étude du droit après avoir
EN S t65
suivantes, inia. Ens en a publié six
•volumes, depuis le quatrième jusqu'au
neuvième ; Michel d'isselt est le ré-
dacteur des trois premiers ; Golhard
Arthus et Jean-Philippe Abelia , suc-
cesseurs d'Ens , ont porté cet ou-
vrage à trente - cinq volumes. C'est
une compilation faiblement écrite et
mal digérée des événements qiri se
passaient en Europe. ( K Isselt d')
etj. PLAbelin); 111. Berum hun-
garicarum historia , libris IX corn-
prc/jen5a, Cologne, i6o4, p^tit >"-
8°.. réimprimée avec des additions et
une suite, i648,trad. en allemand,
i6o5, iu-4'- Les bibliographes hon-
grois trouvent à cet historien-compi-
lateur plus d'élégance que d'exacti-
tude , et lui reprochent de n'avoir
reçu ses premiers grades , afin de se point indiqué les sources où il a
livrer à sa passion pour les voyages, puisé, et de n'avoir point mis de
Il se fixa à Cologne en i6o5, et s'y -t^"»' =• '"- — • — - ïv ^„,.^7/.c
mit aux gages d'un libraire. Ens pa-
raît s'être moins inquiété d'obtenir
une réputation durable qne d'amas-
ser de l'argent; aussi les volumes se
multipliaient - ils sous sa plume avec
une rapidité inconcevable ; souvent
il en publiait huit ou dix dans une
année , et sur des objets entièrement
opposés. Il quitta Cologne après y
avoir demeuré vingt cinq ans , et on
ignore ce qu'il devint depuis cette
époque ; mais il paraît qu'il vivait
encore en i656. Le rédacteur des
tables de la Bibl. histor. de France
le nomme mal Gaspard Lorchan ;
celle erreur méritait d'être relevée.
Ou ne citera , parmi les ouvrages
d'Ens, que ceux qui peuvent présenter
quelque intérêt ; on en trouvera une
foule d'autres indiqués dans la Bihlio-
theca realis de Lipenius : I. Historia
Bellorum Dilhmarsicorum seu Da-
norum sub Frederico II, Francfort ,
ir)Ç)5, iu-fol.; II. jl/ercMnoî Gallo-
Belgicus, Cologne, 1604 et années
tables à son ouvrage. IV. annales
sive commentaria de bello Gallo-
Bel^ico, ibid., iGoti, in-S\; V.
Delicice Germaniœ tam inferioris
quàm superioris , ibid., 1608, in-
8'.; VI. Deliciœ Germanie trans-
marinœ , ibid., 1610, in -8'.;
\U.BellicivilLS in Belgio perXL
annos gesti historia usque adannum
1 6of), exBel^icis Meterani commeri'
tariis concinnata , ibid. , 1 6 1 , in-
fol.; VIII. Elogium duplex funèbre
et historicum Ilenrici IF, ibid.,
iCi i , in-4''. j IX. Indice occidenta-
lis historia ex variis authoribus col-
lecta, ibid., i6i'j,in-8 .; X. Mau-
riliados libri FI in quibus Belgica
describitur, civilis BtUi causœ, il-
lustr. Mauritii natales etvictoriee ex-
plicantur, ibid., 1612, in - 8\; XI.
Magnœ Britanniœ delicice, ibid.,
16 15, in-S".; XII. Thésaurus poli-
ticus ex italico latine versus .
ibid., 161 5- 18-19, 5 vol. in -4°.
Kahle parle arec éloge de cet ou-
vrage {BibU 6trw. , a part., paj.
i66 E N S
228 ). Jean-André Bosio en avait an-
nonce une continu.ition qui n'a point
paru ; Xlil. Epidorpidum librilF
in quitus multa sapientèr , gravi-
ter, ar^utè, salsè, jocosè atque
eliam ridendè dicta et fada conli-
nentur ,ihid., iOi5, in-12, 1624,
1628, in- 12, 1648, 4 vo!. in- 12.
On refondit dans la dernière édi-
tion le supplément intitulé : Epi-
dorpismalum reliquiœ ; XIV. Ad-
paratus convivales jucundis narra-
tionihus, saluhrihus monitis et mi-
randis historiis instrucli , ibid. ,
1 6 1 5 , in - 1 2 ; XV. Nucleus hislo-
rico-politicus , ihid., 1620, in- 12,
2". part., 1G24. Les deux réunies,
TJlm, i653, in-12; XVI. Moroso-
phia sive slultœ sapientiœ et sa-
pientis stultitiœ libri duo, ibid.,
1620, 1621 , in-8'. C'est peut-être
une traduction de l'ouvrage que Spelle
avait publié sous le luènie litre en
italien, Pavie, 1606, in- 4".; XVII.
Mantissa apophtegmntum , ibid. ,
1620, vol. in- I2J XVllI. Hera-
çlilus de miseriis vitœ humanœ ,
ibid. , 1 622 , in-12; XIX. Pausily-
pus sive tristium cogitationum et
molestiarum spongia , ibid. , in 12;
XX. Principis consiliarius , ibid.,
1624 , iii-8'.; XXI. Fama Aus-
ïrmc« , ibid., 1O27 , in-l'ol. (en alle-
mand ) , (ig. ; XXII. Thaumatur-
gus malheinalicKis . id est , admira-
biliume/Jccluuni è mathematicarum
disciplinarum fonlihus projluentium
sylloge ^ ibid., 1628, in-8'*. Cette
é(?itiui> est la seconde, et on en con-
naît deux autres de 1 656 et de 1 65 1 ,
incrue format. C'est une traduction
des Récréations malhémaliques ,
dont la première édition française
indiquée par Murhard est celle de
Iloucn, 1628, in-8'. L'édition l.itiuc
de 1 656 porte sin" le titre Cnsparo
fins L, colkctore et interprète. On
ENS
n'y trouve guère que la première des
trois parties que contient l'édition
française de Rouen, i645; mais on
a ajouté à la fin quelques problèmes ,
et l'ouvrage se termine par la des-
cription du singe on pantographe.
On remarque encore parmi les ou-
vrages d'Ens une traduction du ro-
man de Guxman d'Alfarache, sous le
titre de Pruscenium vitœ, 1620 ,
in-8 ". , et des poésies latines , dont
une partie a été insérée dans les
Deliciœ poétarum Germanorum ,
tom. H, pag. 1235 et suiv. W — s.
ENS ( Jean ) , théologien protes-
tant, né le 9 ujai 1G82, à Qiiadick
dans la West Irise, acheva ses éludes
à l'université de Leyde, et se rendit
habile dans les langues anciennes et
dans l'histoire ecclésiastique. Après
avoir été élevé au saint ministère, il
fut d'abord envoyé à liéets, et ensuite
à Lingen , où il professa la théologie
avec distinction. Il fut placé en 1709
à la tête de l'église d'Ulrechf , et , l'an-
née suivante, riomnié professeur ex-
traordinaire à l'école de cette ville. Il
obtint en iT-^D luie chaire vacante à
la même école, et mourut le 6 janvier
I 732. On croit que le régime bizarre
qu'il suivait , contribua h abréger ses
jours. On a de lui : L liibliolheca sa-
cra sive diatribe de librorum novi tes-
tamenli canonc , Amslerrlani , 1710,
in-8".; 11. des Observations (en hol-
landais ) sur le 1 r'. et le 12 . cha-
pitres d'haïe , Amsterdam , 1715,
in-8".; lil. Oratio de persecutione
Juliani , Utrecht, 1720, in-4'.; IV.
De academiarum omnium prœslan-
tissimd , ibid. , 1 728 , in -4 "• '• ce sont
deux thèses iuaugui aies ; V. des For-
mules, 1755, in-40. , en hollandais,
et d'autre.N ouvrages dans la même lan-
gue, dirigés contre Vciit, Tingtice et
leurs adhérents. \V— s.
ENS
ENSENADA ( Zenow Silva(i),
marquis de i-a ) , prit naissance à
quelques lieues de Valiadolid, dans
la petite ville de Seca, l'an 1690.
Il dut le jour à des parents honnêtes,
plus rccommandables par leur pro-
bité et leurs mœurs que par leur
naissance et leur fortune, La Eu-
seuada , avant termine' ses éludes avec
succès , sollicita et obtint un em-
ploi dans un des bureaux des finan-
ces (2). Son activité , ses talents et sa
conduite ayant été remarques par ses
chefs, il fut successivement avancé à
des emplois p!us importants. La jus-
tesse de ses plans , la sjigessc de ses
vues , les connaissances utiles dont il
avait orné son csj)ril le firent bientôt
connaître pour un des plus habiles
économistes. Après avoir occupé pen-
dant quelques années l'emploi de se-
crétaire en chef dans le premier bu-
reau des finances ( de hacienda ) , il
(1^ Dans plaiieiirs biographirson trouve ajoutés
»u\ noms de l.i Ensenaila ceux de Zcno ou de
Somo , ou tous Ips dciii ctiseiublc. Nous a%-ons
corrigé le ]>rcraier comme n'étant proprement
qu^italien , et nous avons supprimé le secoud
comme n'appartenjint pas a la Knsenadx. Quel-
ijues biographes anglais ont prétendu que A"n-
lenada H.a.\x un nom que ce ministre s'était
choisi pour indiquer l'obscurité de son origine ,
Comme qui dirait en le nacia ( en sol rien ^ ; mais
JCette traduction nVst pas exacte , pnisqn'alors il
aurait d6 plulOl dire en fi et ncn enie, qu i n'est
pas espagnol.
(a) Suintant Laplace ( Piècer inléreîtantes )
et quelques autres bio^;raphes . la Ensenada dut sa
ÎtremièreéléTation au comte de Gdges. Ce général
ogeait dans la maison de la Ensenada , à Cadix,
où celui-ci était, suivant les uns tenenr de livres
chez un banquier , et suivant les autres receveur
dans la douane. Le comte Ai: Ga^es, i.yant su re*
narquer les rares talents de son hâte , le 6t nom-
mer intendant de l'armée d'Italie , et il n'eut qu'à
s'applaudir de son choix. I,es besoins pressants de
l'armée appelèrent daus la suite la Ensenrida à
Madrid. Pendant ce temps, Philippe 11 vint à
mourir, Ferdinand son fils lui saccéda. Ce contre-
temps allait bouleverser toutes les espérances de
notre intendant, mais il ne «e découragea pas. U
UouTa roojen de fa'ire parvenir à la reine un riche
présent en son nom. Ce pré.ient (qui ponrr^iitpa-
raîlre incompatible avec ses moyens et l'intégrité
de sou administration ) lui procura ses entrées an
palais, etbiculôt après il fut élevé au grade de
ninisire. Ces faits , tirés par tous ceux qui en
parlent, d'une même source (un article anJ;lais^ ,
n'ay.-int pas asseï d'authenticité . nous avons cru
devoir nous cootenlcr de les toD'iijccr «lins ui.e
note.
EN S i(.7
fut nommé ministre d'état par Fer-
dinand VI , qui l'honora en même
temps du titre de marquis. L'Espa-
gne .se ressentait encore des dépenses
aussi indispensables que ruineuses
auxquelles l'avait entraînée la guerre
de la succession. IMilgré le gouver-
nement paternel de Philippe V, elle
n'avait encore pu cicatris«'r toutes ses
plaies. Il était digne d'un homme
du talent de la Ensenada de produire
celte heureuse et difficile gtiéiison.
En effet, aussitôt qu'il entra dans le
minisière il se livra tout entier à l'ad-
ministration publique. Il supprimj
les dépenses 5uj)erflues , encouragea
les établissements utiles , protégea
l'industrie et le commerce , et la ma-
rine espagnole lui dut, pour ainsi dire,
son existence. On peut même dire qu'il
la créa de nouveau. Dans l'espace de
peu d'années les deux mers furent
couvertes de vaisseaux espagnols, f^es
communications de l'Espagne avec le
Nouveau - Monde devinrent par ce
moyen plus faciles et plus fréquentes ,
et son commerce plus étendu et plii.s
avantageux. La Euscnada porta son
système d'économie jusque dans la
maison de son .souverain ( Vo^-. Feh-
DiNA>D VI ). Sans rien retrancher de
l.'i pompe qui convenait à un si puis-
sant monarque, il sut cependant v
établir une sage réforme. Le règne
pacifique de Ferdinand n'était pis ce-
lui où nn ministre pût briller par des
actions d'un grand éclat, ni comme
habile négociateur , ni comme pro-
fond politique. Méprisant une gloire
éphfmère,enriisanl respecter les droits
de $3 nation, la Ensenada voulut la
rendre heureuse. 11 parvint à ce loua-
ble but, et Charles III. h son avène-
ment au trône ( en l'jSg), après
Il mort de son frère, trouva l'Espagne
dans l'état le plus iloiissant. La po-
pulation augmentée, 4^0 vaisseaux
i68 ENT
de guerre de tout calibre , et i o mil-
lions d'ep irgnos dnns le tre'sor royal
( 5o millions de francs ). Tels étaient
les avantages qu'avaient produits l'éco-
nomie et les mesures judicieuses d'un
ministre habile , intègre et zélé. Quoi-
que toutes ses vues eussent eu pour
but principal l'amélioration de l'ad-
ministralion publicpic, là Ensenada
n'oublia pas d'cncoiiniger les sciences
et les arts. L'homme à talent trou-
vait toujours près de lui un favorable
accueil et des récompenses. Le poète
dramatique Candamo i le dernier de
l'école des anciens ) jouit de sa pro-
tection spéciale, et fut comblé de ses
bicnfaiîs; cependant, malgré tout le
bien qu'il avait fait à son pays, il ne
put se soustraire à l'envie d'un homme
puissant, le duc de Huescar , qui de-
puis long-temj)s méditriit sa ruine. Il
parvint à le faire chasser du miuis-
lère. La Ensenada soutint cette dis-
grâce avec la constance d'un grijnd
homme. Il se relira dans sa pro-
vince, d'où, peu de temps .nprès , il
fut rappelé par son roi , qui le re-
grettait sincèrement j mtis les cabales
de SCS ennemis surent le tenir éloigné
de sa première place. Il mourut eu
1762. La Ensenada laissa un fils,
qui vit encore , et qui s'est dernière-
ment distingué dans les armées par
son patriotisme et par sa valeur.
B— s.
ENT ( George ) , médecin anglais ,
né eu iCio") a Sandwich, et fils d'un
négociant flamand qui avait fui eu An-
gleterre pour se soustraire à la tyran-
nie du ducd'Albc, fut élevé à Cam-
bridge, alla étudier la médecine et
})rendre ses degrés de docteur à Pa-
tlouc. Revenu à Londres , il fut ad-
mis dans le Gjllégc des médecins,
et fut l'un des premiers membres de
la Société royale. îl se lia intimement
avec Harvey , et se déclara pour sa
ENT
découverte de la circulation du sang ,
dans un ouvrage intitulé : Apologia
pro circulatione sanguinis, qud res-
pondetur Mmilio Parisano, i64î ;
réimprimé en i685 avec des additions
considérables. Eut a joint dans cet
ouvrage, aux vérités découvertes par
Harvey , qu'il expose et défend avec
beaucoup d'esprit, des idées bizarres
tirées de son propre fonds, telles que
celle d'un feu inné et d'une fermenta-
tion du sang dans le cœur, cause pre-
mière de son mouvement. 11 fut créé
chevalier par Charles II, à l'issue
d'une de ses leçons publiques à la-
quelle ce prince avait assisté. Le col-
lège des médecins le choisit pour son
président en 1699, et il occupa le
fauteuil pendant six années de suite.
Il a laissé, outre Vyïpologia , un
traité intitulé : Antidialriba in Ma-
lachiam Thruston de respiratiotiis
usu prirnario, 1G79, et quelques
morceaux insérés dans les Transac-
tions philosophiques. C'est lui qui a
publié les manuscrits d'Harvey sur la
génération animale Les ouvrages de
Eut sont I éunis sous le litre de Opéra
omnin medico-physica , observalio-
nibiis , ratiocina sqite ex solidiori et
experimentali philosophiâ pelilis ,
nunc primùm jiincthn édita , Leyde,
i()8'j , in-8'. Il mourut le i5 octobre
1689 , âgé de quatre-vingt-six ans.
X — s.
ENTINOPUS, arcbitecte , ne dans
l'île de Candie, n'est célèbre que par
la fondation de Veui.se. Suivant les
plus anciennes archives de l'clat vé-
nitien , il parût qu'eu 4"5 les Vi-
sigolhs, conduits par Hadagaise, ayant
porté la terreur en Italie et forcé les
liabitantsà se réfugier loin d'eux , Eu-
tinopus fut le premier qui songea à
se retirer dans les marais du golfe
Adriatique, et sa maison y fut la seu-
le jusqu'où 4'^> 0" l'invasion d'A-
ENT
ïaric et le sac de Padoue obligèrent
quelques babitauls de cette dernière
•ville à suivre l'exempie d'Eiitinopus.
Ils coDstruisirenl vingt- quatre mai-
sons autour de la situne. On rapjK)rte
qu'en 4^0 , le feu ayaut pris dans ces
coDitiuctions, Entinopus fit vœu de
consacrer sa maison au culte divin , si
elle écb.ippait aux flammes. Elle dr-
meura iutacle, et l'architecle fut fidèle
à sa promesse. Les magistrats que les
réfugiés avaient établis parmi eux ,
contribuèrent à embel'ir la nouvelle
église : elle fut dédiée à S. Jacques.
On la voit encore aujourd'bui daus
le Rialto. L — S — e.
ENTIUS, roi de Sanlaignc , fils
natuicl de Frédéric II , empereur, un
des héros de la Secchia rapita, sous
le nom d'£n::io. Eulius était né sans
doute de l'une des noiubicuses maî-
tresses que Frédéric II eulrclenail dans
son palais, mais le nom de sa mère
n'est point connu. Son vrai nom était
probablement Hanse ou Jean. Les
italiens l'ont encore appelé Enzo et
Henri, Il était à peine âgé de quatorze
ans lorsque sou père le maria en i '238
avec Adélaïde , i^iarquise de î\Iassa ,
béritière de Gallura et d'Orislagui en
Sardaigne, et veuve d'UbaIdo Vis-
conli de Pise. La moitié de la Sardaigne
lui était soumise , et Frédéric II en
prit occasion pour nommer son fils
roi de celte île. Comme il ne paraît pas
qu'il l'ail jamais habitée et qu'il n'eut
point d'enfants d'Adélaïde , l'hcrifage
de celle-ci revint après sa mort à la
maison Visconli de Pise. Mais Entius,
l'un des plus actifs et des plus vaillants
parmi les fils de Frédéric, fui emp ové
par lui dans ses guerres contre l'Eglise.
]1 se distingua en l'iSç) par ses con-
quêtes dans la Marche d'Ancône ; aussi
lut-il excommunié, à celte occasion,
par le pape Grégoire IX. Il commanda
eu 1241 la flotte sicilienne et pisane
qui remporta le 5 mai une grande vic-
toire sur les Génois , et qui fit pri-
sounier> les prélats appelés au concile
par Grégoire IX pourcondamner l'em-
pereur. Dans les années suivantes , il
porta la guerre dans toutes les parties
de la Lorabardie. Un poète burle>que
( le Tas>oni) s'est f^it le chintre de ses
exploits. Sa destinée a été ropendant
assez malheureuse pour que le récit
en fût réservé à des poètes plus sé-
rieux. Il fut fait pri^onn;cr par le*
Bolonais dins la bataille de Fossalto,
le 26 mai 124'; , et conduit en triom-
phe dans leur ville : il y fut condamné
à une prison perpétuelle. Il était alors
âgé de vingt-cinq ans ; ses cheveux:
d'un blond doré tombaient jusqu'à sa
ceinture, sa taillr surpassait c«lle de
ses comp?gnons d'infortune et de ses
vainqueurs ; sa mâle beauté attirail
tous les regards , et sur son noble vi-
sage on lisait cl son courage et son
malheur. Frédéric essava vainement
d'obtenir la liberté de sou fils , tantôt
parles offres les plus brillantes, tantôt
par la force eu les menaces. Entius fut
pendant vingt-deux ans enfermé dans
le palais du podestat , au milieu de
la grande place de Bologne. 11 y apprit
successivemeiil les malheurs et la.
mort de son père, de ses frères, et
du dernier descendant de son illustre
famille , l'infortuné G)nradin. Enfin
il mourut lui-même dans sa prison ,
le i4 mars i2'j2. La famille Benti-
voglio, qui parvint un siècle et demi
plus tard à la souveraineté de Bolo-
gne, a prétendu tirer son origine d'un
fils naturel qu'Enlius aurait eu durant
sa captivité. S. S — i.
EM'RAGUES ( CATHERiNE-Hrx-
RIETTE DE BaLZAC d' ). ( f^OJ-. Ver-
NEUIL ).
ENTR AIGUËS ( Emiwuel-
Louis-Hewri de Launey, comte d'),
député aux étals - généraux de 1 -jSq
I70 ENT
par la sénéchaussée de Villeneuve-
Ae Bf rg, était né dans le Vivarais et
neveu du comte de Saint-Priest, l'uu
des derniers ministres du rui Louis
XVI. Le fameux abbé Maury fut
son précepteur , et lui inspira le
goût de cette éloquence d'.ipparat qui
sc'dnit et entraîne le plus ^land nom-
bre des hommes , mais qui opère plus
difficilement la conviction d^ns les es-
prits sages et réfléchis. ïia sagesse ne
fnt pas ordinairement l'apanage des
talents à l'époque où vécut le comte
d'Entraigues , et lui-même en fournit
un exemple frappant : il publia en
1783, sur les états-généraux, un Mé-
moire qui produisit un effet prodigieux
sur les imaginations ardentes , et alors
l'exaltation était arrivée à son dernier
terme ; tous les Français ne deman-
daient que reformes et changements ,
et, dans l'opinion du plus grand nom-
bre, rien de ce qui existait n'était plus
digne d'être conservé. L'ouvrage du
comte d'Entraigues , appuyé de tout
le prestige , de toute la force de son
éloquence, peut cire considéré comme
un des premiers brandons jetés au
milieu de la France pour opérer le
vaste incendie qui l'a si long-temps
dévorée. Il avait pris pour épigraplie
la formule employée par le justicier
d'Arragou , lorsqu'il prête serment au
roi , au nom des Corlez : a Nous qui
» valons chacun autant que vous, et
» qui, tous cnsettible, sommes plus
» puissants que vous , nous promct-
)) tons d'obéir à votre gouvernement,
» si vous maintenez nos droits et nos
» privilèges ; sinon : non. » L'ensem-
ble de l'ouvrage n'est que le dévelop-
pement de ce texte : on y trouve tous
les principes dont les conséquences si
imprudemment appliquées causèrent,
depuis , tant de désastres; l'insurrec-
tion des peuples contre leurs souve-
rains y est légilimée en termes posi-
ËNT
tifs, et lorsqu'un personnage fameux
l'appela le plus saint des devoirs , il
ne fit que reproduire une pensée qu'il
avait recueillie dans le Mémoire du
comte d'Entraigues. « En Angleterre,
» dit d'Entraigues , l'insurrection est
» permise j elle serait sans doute légi-
» tirae , si le parlement voulait dé-
» truire lui - même une constitution
» que les lois doivent conserver. »
L'autt ur voulait qu'on rétablît la cons-
titution que la France avait sousChar-
lemagne : il attaquait tous les souve-
rains qui avaient régné depuis ce
grand prince , et disait que sa place
était isolée dans l'histoire, depuis la
chute de l'empire romain; il déclarait
la guerre aux ministres de tous les
rois , livrait à la haine publique la no-
blesse héréditaire, et l'appelait le pré-
sent le plus funeste que le ciel irrité
ail pu faire à Vespèce humaine. En-
fin, il paraît que la monarchie cons-
tituée en France, même d'après les
principes qu'il manifestait , n'était pas
encore son gouvernement de prédilec-
tion, et les républicains de la Con-
vention, Biissolins, Girondins et au-
tres, aur.'iient pu trouver dans sa pro-
fession de foi des arguments très pro-
pres à justifier leurs systèmes ; voici
quelques-unes de ses réflexions : « Ce
» fut sans doute pour doinier aux plus
« héioï(|ues vertus une patrie digne
» d'elh's, que le ciel voulut qu'il exis-
» tât des républiques ; et peut-être,
» pour punir l'andiiliou des hommes,
» il permit cpi'il s'élevât de grands
» empires , des rois et des maîtres ;
« mais toujours juste , même dans
» ses ch.'^timents , Dieu permit qu'an
» fort lie leur oppression , il exis-
» tàt pour les peuples asservis des
» moyens de se régénérer, cl de re-
» prendre l'éclat de la jeunesse eu
» sortant des bras «le la nu)rt. » Après
avoir dirige centre tous les gouver-
ENT
nements les attaques les plus vives ,
d'Eiitmigues ajoute : o Instruite par
» les écrits de quelques hommes ués
» libres au sein de la servitude , la
» génération actuelle, malgré ses vi-
» ces , s'est imbue de leurs maxiuîes ;
» le génie est venu embellir les tra-
V vaux de l'énidition pour la rendre
» populaire, et sous les ruines cparses
» de notre antique gouvernement ,
» il a su démêler les droits impres-
» criptibles de la nation , nous ap-
» prendre ce qu'elle ftit et ce qu'elle
» doit être. » î.e comte d'Entraigiies
avait l'imagination tellement remplie
de toutes ces idées, que lorsque M.
de Saint-Priest, son oncle, fut appe-
lé au ministi're, d lui adressa nue let-
tre de féliciiation, non pas sur la con-
fiance que le Roi venait de lui accorder ,
mais parcequ'il s'assurait, disait-il, que
le nouveau ministre emploierait tou,s
ses moyens auprès du prince pour
faire rendre au peuple son indépen-
dance et ses droits. M. de Saint—
Priest répondit simplement qu'il n'ou-
blierait rien de ce qui pourrait èlre
utile au service du roi Au surplus
les principes que professait aors
le comte d'Entraigues, sont ceux de
tous les hommes qui ont voulu faire
des révolutions; mais ce qui est plus
remarquable ici , c'est que l'auteur
fut à peiue arrivé aux états - géné-
raux dans la chambre de son or-
dre, qu'on l'entendit défendre de
tous ses raovens une doctrine bien
différente. Lorsqu'on discuta dans les
trois chambres la question : si les
pouvoirs des députés seraient véri-
fiés dans une salle commune, ou
dans les salles particulières de l'ordre
auquel ils appartenaient , le comte
d'Entraigues fut choisi par la nobie'se
pour defeudi c les anciens usages, dans
les fameuses conférences qui curent
lieu, à ce sujet, entre les deJégut^s des
i-r
E>'T
treis ordres : il y soutint avec beau-
cotip de vigueur les intérêts de ses
commettants, de celle noblesse héré-
ditaire qu'il avait proscrite quelques
moi"» auparavant, et, de concert avec le
marquis de Jioulhillier et son collègue
Cazaiès ( /'. CazalÈs ), il fit prendre
peu de jours après, par son ordre,
un arrêté portant que la séparation
des ordres, ayant le veto l'un sur l'au-
tre , était un des principes constitu-
tifs de la monarchie, et que la no-
blesse ne s'en départirait jamais. Pen-
dant le peu de temps qu'il fut dans
rassemblée constituante après la réu-
nion des ordres , il resta fidèle à
son nouveau système : il fut néan-
moins d'avis que la constitution dont
on allait s'occuper fût pn-ccdée d'une
déclaration des droits ; mais il dé-
fendit la sanction royale et les pie-
rogatives qui y sont attachées , com-
me des principes essentiels du gou-
vernement monarchique ; il s'opposa
aux systèmes d'emprunts proposés
par le ministre Decker , dont le peu
de succès amena la spoliation du cier-
ge, et par suite la création des assi-
gnats. A cela près , le comte d'Enlrai-
gues se fit assez peu remarquer dans
l'assemblée constituante , et plusieurs
députés qui avaient bien moins de ré-
putation, et entre autres son collègue
Cazalès , y parurent avec bien plus
d'éclat. 11 quitta l'assemblée sur la fin
de 1789, et n'y revint plus; bientôt
il passa chez l'étranger, et s'attacha
d'abord à la cour de Russie , qui l'em-
ploya dans diverses missions secrètes i
il alla ensuite à Vienne, où il jonit
pendant quelque temps d'uu traite-
ment de 56,ooo francs, que lui fai-
saient différentes cours pour les ser-
vices qu'il dev.;it leur rendre. Pendant
tout le temps de son émigration, le
comte d'Entraigues eut le sort le plus
brillant, et il n'est peut être pt-int de
i7î ENT
Français' dont les écrits, dans l'ori-
gine des troubles , aient cte plus fu-
nestes aux systèmes que soulenaieut
les e'migrants. 11 avait prociame des
principes deslructeurs de tous les gou-
vernements alors existants en Europe,
et il fut accueilli par tous les souve-
rains : ils semblaient se disputer à qui
emploierait ses talents. Dans les Mé-
moires qu'il publia chez l'étranger, il
demandait une contre-rc'voiutiou toute
entière. Dans son opinion , toutes les
re'formes , toutes les amelicralions de-
vaient être abandoune'es, et il ne fal-
lait ri< n conserArer de cette liberté ci-
vile et politique que lui-même avait
préconisée avec tant de véhémence :
elle lui était devenue aussi odieuse,
que ])cu de temps auparavant elle lui
avait été chère. Il n'oublia rien pour
faire adopter ses nouveaux piincipts
en France, et profita , pour cela, des
dilTérenls moyens que lui fournissaient
les travaux diplomatiques auxquels il
c'tait employé. Il fit tous ses efforts
pour être utile à la maison de Bour-
ton ; et l'on trouve dans la correspon-
dance d'un sieur Lemaître, publiée à
l'époque des événements du i3 ven-
démiaire ( 8 octobre 179')), qu'il vou-
lut attirer dans les intérêts de celte
illustre famille ])lusieurs révolution-
naires importants, entre autres le dé-
puté Cambacérès , qui devait jouer en-
suite un très grand rôle , mais qui re-
poussa vivement et toute idée d'une
liaison quelconque avec le comte d'En-
iraigucs , et les éloges qu'il eu avait
reçus. Buonaparte, qui craignait beau-
coup le comte et surtout le prince lé-
gitime dont celui-ci voulait faire triom-
pher la cause, le fit arrêter à Milan,
en l 'jf)'] , et fit le plus grand bruit
d'une conspiration , dont ou avait, di.
sait-on, trouvé les preuves dans son
porte-feuille. Ou ne parlait en France ,
à celle époque , que du porte - feuille
ENT
du comte d'Entraigues : les uns, parce
qu'ils redoutaient les conséquences de
son entreprise j les autres, parce qu'il»
en désiiaient le succès. D'Entraigues
brava dans sa prison les menaces de
Buonaparte, et lui répondit avec beau-
coup de noblesse et de fermeté. Il s'était
fait naturaliser sujet de l'empereur de
Russie , et réclama , en cette qualité ,
le droit des gens qui avait été viole
dans sa personne. Mais de pareilles ré-
clamations ne pouvaient pas produire
beaucoup d'effet sur l'homme auquel
il avait affiire. L'adresse de la dame
Saint - Huberti , devenue sa femme
après avoir été kuig- temps sa maî-
tresse, le servit beaucoup mieux que
toutes ses protestations comme sujet
russe : elle parvint à lui fournir les
moyens de s'évader. Il se rendit en
Allemagne , résida quelque temps à
Vienne , où il vécut des récompenses
ou des bienfaits de plusieurs souve-
rains, comme on l'a dit plus haut , et
retourna ensuite en Russie, où il avait
obtenu en i8o5 le fitre de conseiller
de l'empereur : il eut ensuite une mis-
sion à Dresde , où il publia un écrit
violent contre Buonaparte , qui de-
manda impérieusement son renvoi de
celte ville et de toute la Saxe. La cour
de Dresde céda , et d'Entraigues re-
tourna en Bussic, et y trouva la source
d'une haute fortune : il y eut connais-
sance des articles secrets du traité de
Tilsilt. Muni de celte riche confi-
dence , il se rendit à Londres et en fit
part au ministère anglais , qui , en
échange d'un tel présent, lui assura
une peosion très considér.»ble. On
prétend qu'alors le comte d'Entrai-
gues eut la plus grande influence
dans les délibérations du gouverne-
ment anglais , en tout ce qui pouvait
concerner les affaires de France , au
poiut que M. Canning ne faisait ja-
mais rien saus le consulter. Ce qu'il y
ENT
a de certain , c'est que le comte d'En-
traigiies passait alors raêtne cii Angle-
terre pour un homme des plus forts
en politique. Maigre cela il vécut e'ioi-
gne' U'Harlwel , où Louis XVIII te-
nait sa cour. 11 paraît que ce prince
craignit de lui donner une entière con-
fiance , et l'on doit dire qu'il avait
d'assez bonnes raisons pour la refu-
ser, malgré toutes les preuves de dë-
Toucment que pouvait donner le com-
te. On prétend qu'avant les événements
qui ont replacé le chef de la maison
de Bourbon sur le trône de France,
d'Eutraigues avait à Paris, avec de
grands personnages , des relations sui-
vies qui u'out pas peu contribué à ce
grand changement , et qu'ainsi il n'y
fut pas étranger ; mais il ne devait
pas voir la restauration de cette noble
famille dont ses premiers écrits avaient
peut-être préparé les malheurs, quoi-
que sa constance à en défendre les in-
térêts pendant vingt-cinq ans ciit dû
lui faire pardonner ses erreurs : il fut
assassiné au village de Barne, près
Londres, \e l'i juillet ibii, lorsqu'il
allait monter en voiture , par uu Ita-
lien à son service , nommé Lurenzo.
Suivant les papiers anglais qui rendi-
rent compte de cet événement , le co-
cher du comte en fut le seul témoin ,
encore la déposition de cet homme ,
ainsi qu'ils l'ont rapportée, par.iîî-elle
fort embarrassée : le cocher a vu Lo-
renzo tirer sur son maître un coup
de pistolet qui ne l'a pas blessé ; il a
vu ensuite l'assassin donner au comte
un coup de poignard qui lui a traversé
l'épaule , et madame d'Eatraigues ,
mortellement blessée par le même scé-
lérat, revenir vers sa voiture, chan-
celer et tomber; enfin, ce cocher a
vu le comte d'Eutraigues, qui était re-
monté dans sa maison , étendu mou-
rant sur son lit, ayaut perdu l'usage
de la parole , et Loreazo mort sur («
ENT
175
plancher : il présume que cet assassin
s'était tué lui-même d'un second coup
de pistolet dont il avait entendu le bruit
avant d'avoir qtiitté sa voilure pour
secourir ses maîtres. Le jury anglais
devant lequel l'rflTaire fut portée , dé-
clara constant l'assassinat du comte et
de la comtesse d'Eutraigues dont le
suicidé liOrenzo s'était rendu coupable.
Quoi qu'il en soit , cet événement ne
parut point suffisamment éclairci; on
prétendit que toutes les circonstances
n'en avaient pas été examinées et re-
cherchées avec assez de soin ; on crut
enfin que si Lorenzo fut réellement
l'assassin , il reçut lui-même la mort
par l'ordre ou de la main de ceux
qui l'avaient fait agir. On voit par
ce qu'on vient de lire, que le comte
d'Eutraigues pouvait être dépositaire
des secrets les plus importants de la
haute politique; et l'un a dit que le
meilleur moyen de le faire taire était
de l'assassiner ; mais qui peut-on smip-
çonner coupable d'une action aussi
violente, sinon ceux qui prétendent
qu'il n'y a de crimes en politique que
ceux qui ne réussissent pas? Après
l'événement, le gouvernement anglais
fit faire uue perquisition dans la mai-
son du comte , et s'empara de tous ses
papiers. Ainsi finit ce personnage dont
la vie fut un des tableaux les plus
frappants de l'inconstance de l'esprit
humain ; il était plein de talent et
même d'érudilion ; ses écrits en font
fo:; mais son imagination violente,
quelquefois délirante, ne lui permit
jamais de se renfermer dans les bor-
nes que la perspicacité de son esprit
et ses connaissances devaient lui faire
découvrir. Quoiqu'appartenant à la
noblesse d'épée, il n'avait point les
goûts militaires , et on ne le vit pas
parmi les braves qui voulaient ren-
trer en France les armes à la main ;
il préféra l«s moyens dont on vient de
Î74 KNT
parler dans cet article. 11 était très
bel homme, et avait le regard plein
de vivacité et d'expression. Les avan-
tages de son esprit, les agréments de
sa fignre, le faisaient recevoir dans les
plus hautes soeietes j mais rnalfaeureu-
seiiient il n'y parlait presque jamais
que de ses projets de retorine. Le
succès de son fameux, mémoire l'a-
vait en quelque sorte mis hors de Ini-
même , et il ne craignit p.is un jour de
demander à la reine si elle l'avait lu.
La princesse lui répondit qu'elle ne
s'occupait pas de discussions politi-
ques. Oulre le fameux Mémoire dont il
a elc parlé plus haut (i), d'Entraigues
a publié, L un écritsur cette question :
Quelle est la situation de l'assem-
biée nationale, i -jc^o, in-8 '. ; 1 1. Ex-
posé de notre antique et seule règle
de la constitution française , d' après
nos lois fondamentales, i 792, in-8 '.;
III. Mémoire sur la constitution des
états de la province de Languedoc ;
IV. Sur larégence de Louis Stanis-
las Xavier, \ 795, in -8".; V. Lettre
à M. de L. C. sur l'état de la France,
3 79(3, in-8". ; VL Dénonciation aux
Français catholiques des moyens
employés par V assemblée nationale
pour détruire en France la religion
catholique , 1791, iu-8"*; 4''' édition,
179,),, in-8".; ouvra e public sons
le pseudonyme d'Henri Alexandre
Audainel. Vil. Discours d'un mem-
bre de l'assemblée nationale à ses
co-dépuiés, 1789, in-8". de 58 pa-
ges , qui a été suivi d'un second en
40pag. Vlll des Observations sur la
conduite des princes coalisés , i 795 ,
lu 8".; WAMicIié/Jonseau Coup-d'œil
de Dumouriez , des iuflaxions sur
le Divorce y une Adresse à la No-
(i) \x\Mn\é Mcmoire turtei Ktntt-Grnéraux,
leiirt droili , et l" inunicrc de let convoquer y
pur M. U comte d'AïU... . 1788 , iu-U". , (4n»
;iuffl do ville ni d'impiimcnr.
ENT
blesse française sur les effets d'une
contre-révolution , et des /■'oésies fu-
gitives répandues dans divers Re-
cueils. Il écrivait quelquefois son
nom D' Antraigues , et un de S( s ou-
vrages porle sur le frontispice : p.ir le
comte D.A.N.T.R.A.I.G.U.E.S. ( avec
un point après chaque lettre ). B — u.
ENTRECASTEAUX ( Joseph- An-
toine Bruni d'), né à Ai\, était fils
d'un président du parlement de Pro-
vence, il fit ses premières études chez
les jésuites. Les dispositions qu'il ma-
nifesta , et une solidité de jugement
qui avait en lui devancé les années , le
firent nmarquer par cette société. Son
caractère doux et naturellement bien-
veillant, l'avait rendu propre à re-
cevoir les impressions rehgieuses qu'on
lui avait inspirées dans son enfance ;
et il conserva toujours des sentiments
de piété , que ni la vie d'un jeune mi-
litaire, ni l'exemple de ceux avec les-
quels il a vécu , n'ont jamais pu alté-
rer. Une grande justesse d'esprit, jointe
à des vues très étendues, le rendaient
propre à appliquer, avec un égal succès,
ses études à tous les objets; et c'est
par ces deux qualités qui distinguaient
principalement son mérite, qu'iïa paru
avec l;int d'éclat dans la marine , où il
a toujours été autant considéré comme
officier pur ses talents , que chéri de
ses égaux et de ses subordonnés, pour
ses vertus et une douceur dans le com-
merce de la vie, qui ne s'est jamais dé-
mentie. Son début , dans la Cnirrière
militaire, n'offrit rien de remarquable.
Il fit son premier apprentissage sous
les ordres du liailii de Sulî'ren , son
parent. Pendant que le marcilial de
Vaux travaillait à soumettre l'île de
Corse , il croisa sur les eûtes de cette
île, avec une barque qui lui fut con-
fiée, quoique depuis très peu de temps
enseigne de vaisseau; et il confirma la
bonne opinion qu'on avait conçue àt
ENT
ses talents. Au commencement de la
guerre de 1778, il eut le commande-
ment d'une frégate de trente-df iix ca-
nons 'le huit livres de balle, destinée
à convoyer plusieurs bâtiments mar-
chands , du port de Marseille , dans
les différentes échelles du Ijevant. I!
rencontra deux corsaires , dont cha-
cun étiûl plus fort que sa frég.4le. En
couvrant ;on convoi , et s'opposant à
leurs attaques avec habileté , il parvint
à en sau\ertous les bâtiments. Sa ré-
putation le Ct choisir quelques temps
après pour être capitaine de pavillon
sur le Majestueux , vais>eau de cent
dix canons , monté par M. de Roche-
chouart. F^a bravoure froide et les ta-
lents dont il donna de nouvelles preu-
Tes, le rangèrent dès-lors au nombre
des oflficiers les plus distingués. Ses
services n'eurent pas moins d'utilité
pendant la paix que pendant la gueri-e ;
son esprit, soutenu par une applica-
tion continuelle, avait embrassé toutes
les parties de la théorie du méfier de
marin , et il les possédaii toutes. Mais
celle dans laquelle il se fit remarquer
avec le plus d'avantage, fut l'adminis-
tration des ports et des arsenaux du
roi, parce qu'elle semble exiger au
plus haut degré cette réunion d'inté-
grité , de justesse d'esprit et d'étendue
de vues, dont il était parliculièremcnt
doué. Le maréchal de Castries, qui
avait été frappé de ces qmlités , le
choisit pour être directeur-adjoint des
ports et des arsenaux de la marine.
C'est pendant qu'il exerçait les fonc-
tions de cette place , où il sut relever
ses talents et ses vertus de l'éclat d'une
considération méritée, qu'il fut frappé
du coup le plus terrible , et en même
temps le plus sensible pour un homme
de bien. Un malheur inoui arrivé dans
sa f^imille, faillit priver la marine du
secours de ses lumières. La délicatesse
qui n'appartient qu'à l'honneur et à la
ENT 175
vertu , le détermina à demander sa
rctx-aite. Le maréchal de Casiries ne
voulut pas que les services qu'il pou-
vait encore rendre à sa patrie , fussent
perdu>, et refusa sa demande; mcàsil
ne songea qu'à s'éloigner des lieux où
tout devait réveiller eu lui l'idée de ses
malheur> et augmenter ses chagrins.
Le commandement des forces navales
dans riude lui fut confié en 1785,
et lorsque le terme de ce commande-
ment fut expiré , il prolongea son sé-
jour dans ces contrées ; par une mar-
que de considération plus éclatante
encore , il se fit nommer gouverneur
de l'Ile de France. C'est pendant sa
campagne dans l'Inde, qu'il alla en
Chine, à Cxnitre- mousson , ens'avan-
çant d'abord à l'est , par le détroit de
la Sonde, ct en passant à travers les
lies de la Sonde et les Moiuques. 11
pénétra ensuite dans le grand océan
d'Asie , et arriva à Canton après avoir
contourné par l'est et par le nord , les
îles Mariannes et les FhiUppines. Les
talents qu'il montra pendant cette na<
vigation dangereuse , le firent choisir
pour aller à la recherche de Lapé-
rousc. En cfftt , la roule qu'il avait
suivie était nouvelle, et la manière
dont il s'était dirigé le désignait comme
un des hommes les plus capables de
commauder une campagne de décou-
verte. Il partit pour remplir cette glo-
rieuse mission , au mois de septembre
I 791 , avec ordre de visiter toutes les
côtes que Lapérousc devait parcourir
après son départ de Botany-Bay, pour
tâcher de découvrir quelque trace de
cet infortuné navigateur, et complet-
tcr les découvertes qui lui restaient à
faire. Le chevaUer d'Entrecasteaux ne
perdit jamais ces deux importants ob-
jets de vue; par sa hardiesse à s'ap-
procher de terre , il prolongea , toutes
les fois que le temps le lui permit, les
cotes où il pouvait espérer de le trou-
1^6 ENT
ver , d'assf z près pour qu'aucun des
signaux que de malheureux naufrages
auraient pu faire lui eussent échappe.
Si ses efforts ont manqué de succès à
cet égard, et s'il n'en a trouvé aucune
trace, on doit l'attribuer à ce qu'il
n'aurait pu en rencontrer que par un
de ces heureux hasards inattendus ,
qui l'aurait conduit, ainsi que le navi-
gateur devenu l'objet de ses recherches,
sur la même île oi!i la même côte incon-
nue. Les nombreuses découvertes qu'il
a faites rendent sa campagne une des
plus brillantes qui aient été entrepri-
ses. La côte occidentale de la nouvelle
Calédonie , a été l'cconnue eu entier
ainsi que la côte occidentale de l'île
Bougainvillc, ct.la partie nord de l'Ar-
chipel de la Louisiade. Le contre-ami-
ïal d'Eutrecastcauxa découvert au sud
de la terre de Dieraen , une suite de
canaux, de rades et de beaux ports,
dans lesquels de belles rivières vien-
nent se jeter. 11 a reconnu près de trois
cents lieues de côtes au sud - ouest de
)a Nouvelle-Hollande , c'est-à-dire toute
la Itrrc de Lecuwin, et presque la to-
talité de celle de Nuitz. C'est lui qui a
constaté l'idenlilé des îles Salomcn de
Mendana , avec les terres vues par
JSurville et le lieutenant Shortland ,
qui avait été soupçonnée par le savant
3VL Ijuache , et qui avait été indiquée
plus en détail parFlcurieu, dans son
ouvrage intitulé ; Découvertes des
JF'rançais au sud-est de la Nouvelle-
GmWtf , Paris , 1795, Dès qu'il eût
terminé ses belles découvertes , et un
peu avant d'arriver à l'île de Java, il
fut attaqué du scorbut, (t y succomba
le 20 juillet I 793 , à l'àgc d'environ
ciiujuantc - quatre ans. Sa perle excita
une douleur universelle dans les équi-
pages des deux frégates. Les talents
qu'il dévclop])a dans cette c.impagne
doivent le ranger au nombre de nos
plus illusti'cs uavigateurs. Son voyage,
ENZ
imprimé à Paris, en 1808, a été re'-
digé par l'auteur de cet article, qui
était son capitaine de pavillon , et ser-
vait sous ses ordres depuis huit ans;
il est accompagné d'un recueil des ob-
servations qui ont servi à fixer la po-
sition des îles et des cotes. On y a
joint un atlas rédigé par M. Beautemps-
Beanpré, ingénieur -hydrographe de
l'expédition , où se trouvent tracées,
avec une exactitude inconnue jusqu'a-
lors, les côtes qui ont été visitées pen-
dant cet intéressant voyage. R — L.
ENTRECOLLES. (Foy. Dentre-
COLLES ).
ElN VILLE ( duc d' ), a été appelé
par erreur Anville, tom. II , p. 293.
ENZINA (Jean delà), naquit
dans la vieille Castille, d'une famille
illustre, vers l'an 144^- H ût ses étu-
des à S.tlamanque , et dès ses plus
teudres années il montra un goût dé-
cidé pour la poésie. Ses premieis es-
sais , dans quelques poésies légères ,
eurent beaucoup de succès. Dans l'es-
poir d'avancer sa fortune , il passa à
la cour de Ferdinand le catholique,
où son amabilité et ses talents lui pro-
curèrent d'utiles protecteurs , parmi
lesquels il compta bientôt son souve-
rain lui-même. On peut dire que la
Enzina fut véritablement le premier
qui jeta les fondements du théâtre
espagnol. Ses pièces furent jouées
devant le roi et chez 1rs principaux
seigneurs de la cour, comme le duc
d'Albe, le marquis de Coria , etc. La
])remièrc pièce qu'il composa fut à
l'occasion du mariage de Ferdinand
avec Isabrllo dcCisillc, l'.tn \f\'j\'
Un ^rt poétique ( Jrle de Trovar) ,
qu'il dédia au prince don Jean, mort
en 1 457 , augmenta de plus en plus s.i
réputation. Dans cd ouvrage, le se-
cond de ce genre qui paraiss.iil en Es-
pagne , et qu'il fm! placer entre ceux
que composèrciU le marquis de Villena
ENZ
( 1420) et le Piuiano ( i53...). »l
réunit les principaux préceptes des
auteurs grecs et latins , dans l'étude
desquels il était très versé. La Enzina
s'appliqua particulièiementà concilier
ces préceptes avec le rilhine et le génie
de la poésie espagnole. Quoique son
Aripoétique n'ait pas le mérite de ceux
que , dans le siècle suivant , publiè-
rent Salas, Espinel, Casciles , etc. ,
on devait le regarder de son temps , et
on le regarda en effet comme une pro-
duction aussi utile que recommaiida-
ble. La Enziua était surnommé le
poète par excellence , et , arrivé au
faîte de la gloire littéraire, il obtint la
même réputation dont jouit Lope de
Vcga sous les règnes de Philippe III
et de Philippe IV. Mais il ne se dis-
tingua pas seulement dans la carrière
des belles-lettres ; Ferdinand le char-
gea, pour la cour de Rome et pour
Naples , de plusieurs missions impor-
tantes, dont il s'acquitta en habile di-
plomate. La première édition de ses
ouvrages fut imprimée, de son vivant,
à Salaraanque eu 1 S;)-] : elle était
composée de plusieurs volumes conte-
nant son Art poétique^ quelques petits
poëmes, des odes, des chansons, etc.,
et douze comédies, parmi lesquelles
il faut distinguer celle qui a pour ti-
tre : Placidajr Fictoriano , que l'on
considéra alors comme un chef-d'œu-
vre de l'art dramatique. Dans tous ses
ouvrages on remarque un style pur,
des images vraies, des pensées bril-
lantes , et une éléganre jusqu'alors in-
connue et qui fut si bien imitée par
lîoscau , qui ré'issit à la fin à surpas-
ser son modèle. Don Juan de la Bu-
rina, comblé d'honneurs et de riches-
ses , mourut dans les premières années
du règne de Cliarles-Quint. B — s.
ENZINAS (François do), espa-
gnol , né a Vilchès en Andalousie en
1 D70 , jésuite à dix-sepl ans, fut pen-
XIII. -
EOB 177
dant trente ans mi'^sionnaire aux Phi-
lippines , chez les Bisayas. Envové par
sa province à Home en lô'iH, il fut
pris dans la traversée par les Hollan-
dais, qui le mirent en prison, ^orti de
sa captivité, il retourna à Manille, et
y mourut le 11 janvier i63'2. Il a
laissé un Panégyrique de la FiergCy
une Grammaire bisajenne et un
Examen de conscience ou Confes-
sionnaire dans la même langue. Ces
ouvrages , dont on trouvait des copies
dans plusieurs collèges des jésuites et
dans les maisons de leurs missions
espagnoles , sont recherchés des ama-
teurs des langues de l'Asie orientale.
E— s.
ENZINAS. r. Dryaiîder.
EOBAÎ^CJS HESSUS (Helius).
Son surnom indique sa pairie. Il na-
quit dans la Hcsse , le () janWer 1 488,
peut - être à Bockendorf , peut-être à
Halgehausen. Ses biogrtphes ne sont
pas d'accord sur ce point , et la va-
riété de leur récit est facile à expli-
quer. La mère d'Eob mus , surprise
par les douleurs de l'enfantement ,
accoucha au pied d'un arbre. Elle ha-
bitait ordinairen^nt Bockendorp ;
mais l'arbre pouvait être sur le terri-
toire de Halgehausen : de- là l'incer-
titude. Eobanus , qui , dans ses ou-
vrages, parle souvent de lui-même,
n'a pas peu augmenté l'embarras.
Dans une de ses lettres il s'écrie : a O
» ma patrie ! ô noble séjour de ma jeu-
» nesseî ô collines! à forêts! ô fleu-
» ves î ô fraîches sources! quand vous
» reverrai- je? » et c'est à la ville de
Franckenberg qu'il adresse ces pathé-
tiques exclamations. Dans ses fle'-
roides il dit , toujours au sujet de
Franckenberg, qu'il y est né , qu'il y
a respiré pour la première fois l'air
vital :
lUie vitale* primâa Jec«rp«iaai turM,
MaKCBti ptUBAM pnikHil illa dtev.
12
178 EOB
Cela paraît positif; mais, d'un autre
côte , on nous raconte que souvent il
se donnait, en riant, le surnom de
Tragocomensis. Il e'tait donc ne' dans
un village dont le nom e'tait forme' du
mot allemand qui signifie houe; il e'tait
doue né à Bockendorp. Ces nouvelles
difficultés se peuvent encore expli-
quer. Il se disait né à Bockendorp,
parce que sa famille y demeurait; à
Franckenberg, parce que c'était la ville
la plus voisine de son village. Ses pa-
rents, qui étaient de pauvres gens ,
avaient nom Goebbehenn. Ils étaient
protégés par le couvent de Heine, et
ils durent l'éducation de leur fils à la
bienfaisance des moines. Ce fut le
prieur qui lui donna les premiers élé-
ments des lettres. Du couvent, il entra
dans l'école de Gemund , puis dans
celle de Franckenberg. Horlaeus, qui la
dirigeait , remarqua dans le jeune
élève une inclination heureuse pour la
poésie latine , et il Rattacha à la culti-
ver. Aidé de ses conseils et de ses le-
çons , Eobanus fit de rapides progrès.
A seize ans il fut admis à l'université
d'Erfurt , et il composa vers cette épo-
que, deux pièces, où l'on peut entre-
voir ce grand talent qui le plaça de-
puis au premier rang des poètes latins
de son siècle , la pastorale de Philétas
et le poëme sur les Malheurs des
Amants. En sortant de l'université,
Eobanus voyagea pour augmenter ses
connaissances et visiter les hommes
célèbres. Après avoir parcouru une
grande partie de l'Allemagne septen-
trionale , la Poméranie , la Prusse , la
Pologne , il se rendit h Rieseburg où
résidait alors l'évêque dePomésanie,
auquel il avait été recommandé. Ce
prélat aimait les lettres et protégeait
les littérateurs. Il fut touché du mé-
rite du jeune voyageur, et s'étant
convaincu qu'il joignait à l'esprit le
|)lus brillant et le plus orne uu ca>
EOB
ractère sâr et estimable, il TemploTa
comme secrétaire dans des affaires dé-
licates , lui donna une mission auprès
du roi de Pologne , et , bientôt après ,
d.ins le dessein qu'il avait de se l'atta-
cher pour toujours, et de lui confier
des places importantes , il l'envoya à
Leipzig pour y apprendre le droit ci-
vil et le droit canon. L'imagination
poétique d'Eobanus ne trouvait pas
dans l'étude de la jurisprudence l'ali-
ment qui lui convenait; accoutumé
à cueillir les fleurs les plus bril-
lantes de la littérature , il se dégoiita
d'un travail plein de sécheresse, et
avec la permission de l'évêque de Rie-
seburg, il retourna à Erfurt. On le
mit à la tête de l'école de St.-Sevère.
Elle prospéra sous son administration.
Ce succès fit naître l'envie, et un rival
jaloux et méchant parvint , à force
d'artifices et de calomnies, à lui nuire
sérieusement ; mais les magistrats
d'Erfurt le vengèrent d'une manière
éclatante , en lui donnant, dans l'uni-
versité, la chaire d'éloquence. Bientôt
les troubles nés de la réforme, arrê-
tèrent à Erfurt le cours des études ;
l'université fut abandonnée; et Eoba-
nus , qui n'avait jamais eu beaucoup
d'aisance , se trouva réduit à une ex-
trême misère. Par le conseil de ses
amis, il chercha une ressource dans
la médecine. Cette étude était toute
nouvelle pour lui; mais il s'y appliqua
avec une si vive ardeur, qu'il fit en
peu de temps assez de progrès pour
composer, sur l'art de conserver la
santé, le 'Iraité De diœtd , qui eut un
graïul succès , et a été souvent réim-
primé. Ce fut vers celte époque que
les magistrats de Nuremberg établi-
rent dans leur vdic nue école publi-
que, et, sur la recommandation do
Mélanchthon, ils offrirent à Eobanus
la chaire de rhétorique et de poésie.
Eobanus accepta, et il passa sept ans
EOB
à Nuremberg. Cependant le se'nat
d'Erfurt songeait à rétablir Tuniver-
site' , et pour y réussir il ne voyait pas
de plijs sûr moyen que d'attirer d'ha-
biles professeurs , et surtout de rap-
peler Eobanus. On Ini fit des proposi-
tions honorables ; les «ondilions les
plus avantageuses lui furent offertes ;
il refusa d'abord , enfin il céda ; mais
ses espc'rances ne furent point re'ali-
se'es. Les troubles qui avaient de'raigé
les études, et, en quelque sorte, ren-
■ver>é l'université, étaient loin d'être
appaisés , et il ne lui fut pas possible
de réparer un mal dont la cause exis-
tait toujours. Apres quatre ans de sé-
jour à Erfurl, il quitta cette univer-
Nté pour celle de Marbourg, où le
landgrave de Hesse l'avait nommé pro-
fesseur. Il y.J>assa quelques années
dans l'intimité du prince. La goutte ,
née peut-être de sou excessive intem-
pérance , le tourmenta vivement vers
sa 5r. année; elle fut suivie d'une
maladie de langueur dont il mourut
k 5 octobre i54o. Au milieu d'une
vie très iigitée , Eobanus avait trouvé
le temps de composer un assez grand
nombre de poëmes latins, et d'entre-
tenir des relations avec les savants
ks plus célèbres de l'Allemagne pro-
testante. Sa correspondance a été pu-
bliée sous ce titre: Hessi et amicorum
epistolarum familiarium , libri xii,
Marbourg, i543, in-fol. ; elle n'est
pas sans intérêt pour l'histoire litté-
raire. Ses poésies, dont il laissa un
choix., intitulé: Openim ffelii Eo-
hani Hessi, farraginesduœ. Halle (en
Souabe ) , i Sôg , in-8\ , comprennent
trois livre* à' f/éroitles , à l'imitation
de celles d'Ovide ; dix-sept Eglogues ;
des Silves en neuf livres; m.e traduc-
tion des Idjlles de Théocrite ( Ha-
guenau, i55o ) , une de f Iliade,
souvent réimprimée. M. Kuinol dit
qu'en lisant Ylliade d'Eobanus on
EOG 179
croit lire Virgiîe. Nous nous en rap-
portons à M. le professeur Kuinôi ;
mais il est Hessois , et peut-être Fa-
mour du pays l'a-t-il un peu aveugle
sur le mérite de son compatriote. Eo-
baiîus est encore auteur d'une traduc-
tion en vers élégiaques des Psaumes
de DavifL Sa vie a été écrite par Ca-
merarius, son contemporain et soa
ami. En 1801, M. Kuinol a pro-
noncé, dans l'universi'é de Giessen,
un discours latin, sur les services
qu Eobanus a rendus aux lettres.
Ce discours, et Camerarms, nous
ont fourni les matériaux de cet nrli-
cle. ^ous avons aussi été aidés par
deux dissertations de Ayrmann, sur la
naissance , le nom et le mariage d'Eo-
banus. Nos lecteurs pourront , si plus
de recherches leur semblent néccssai-
saires , consulter encore Me'chior
Adam , Burigny , dans la Vie d'Eras-
me, la Bibliothèque grecque , tom, I,
pag. ,et l'ouvrage que M. Lossius
a pub'ié à Gotha , en i '^97 , sous le
titre de H. Eohan Hesse und seine
Zeitgenossen , eic. , c'e^t - à - dire ,
Eobanus et ses contemporains.
lî— ss.
EOGAN, E0GHAINN,E0GHANN
ou EOAN. Les anciennes annales ir-
landaises nous offrent trois princes de
ce nom. Le premier est Eoghann-
Mor, ou Eoghann-le- Grand. Nous
avons parié ailleurs ( ^07". Briek-
BoiuBoiHMH ) de ces dyi'asties milé-
siennes d'Ii lande , qui prétendaient
toutes remonter à un ancêtre commua
( Miléagh ) , ainsi que de cette échelle
féodale qui, à partir des Toparques,
arrivait graduellement, à travers des
rois de dislrirts et des rois de provin-
ces, jusqu'au monarque suprême de
l'île , avec ime souveraineté hérédi-
taire dans les races , mais élective
dans les individus. Eogh m" - Mor ,
de la dvnastic des rois de Mummaa
12..
i8o EOG
( Munster ou Moraonie), après avoir
eu à conquérir sa province sur des
dynasties Conaciennes qui l'avaient
envahie, eut à !a défendre contreCoirara
ou Conn , surnommé des Cent Ba-
tailles , non seulement chef de toutes
les dynasl-es de Connacht ( Gonnauf;ht
ouConnacie), mais monarque d'Ir-
lande , avant le 5*^. siècle. Le sort des
armes ne fut pas d'abord favorable à
Eoghann , il fut obligé d'abandonner
ses états et de se réfugier en Espagne,
Il épousa la fille d'un des souverains
de cette contrée, revint en Irlande
avec une armée espagnole , fut rejoint
par ses vassaux fidèles , et après dix
victoires , non-seulement recouvra la
Momonie , mais força le superbe
guerrier des Cent Batailles à partager
avec lui la souveraineté de l'île entière.
Une ligne fut tracée de Gallwav a
Dublin , coupant l'Irlande par la moi-
tié. Gonn fut monaïque de la partie
septentrionale , Eoghann de celle du
raidi. AiTTcs avoir ainsi maintenu et
agrandi sa souveraineté par son cou-
rage, Eoghann fit fleurir ses états par
les arts de la paix , préserva de la fa-
mine, dans une disette affreuse, non-
seulement ses sujets , mais ses voisins ,
porta enfin l'agriculture à un tel point
de perfection , qu'à son premier sur-
nom de Grand les jieuples en ajou-
tèrent un autre qui ne déparait pas le
premier, celui de Mogha-huad, ou
le Fort Laboureur. Ce dernier même
a ^llemenl prévalu , que , dans les
temps plus modernes, où la division
de l'Irlande entre deux monarques
s'est renouvelée, la partie du Nord
a toujours été appelée la Moitié de
Coïnn, et celle du Sud la Moitié de
Mogha {lealh-Coiim ^ leath-Mogha),
Un vieux poème tiré par Kealing des
ténèbres de l'anliquité, décrit paihé-
liijuement l'Irlande srptrniriouale en
proie aux horreurs de la famine ; les
EOG
peuples este'nués , se traînant aui
frontières , etinvoquant l'humanité du
souverain de leatli-Mogha,ctce prince
tout à la fois sage , hum.iin et juste ,
leur ouvrant ses greniers depuis long-
temps remplis , mais imposant aux
provinces qu'il secourt un tribut mo-
déré envers la sienne. Les premiers
moines qui , dans le 5^. siècle , ont re-
cueilli ces monuments historiques ,
ont eu besoin d'introduire quelque
chose de merveilleux dans des événe-
ments qui leur paraissaient trop sim-
ples ; et, tout pleins de l'histoire de Jo-
seph, ils ont voulu qu'un druide vint
prédire à Eoghann une fcriiblf famine
sept années à l'avance , qu'Eoghann
employât ces sept années à construire
des greniers et à les remplir . et que,
cette famine arrivée à point nommé,
\\ ri'cueillît le fruit de sa prudence et
de sa foi aux prophéties. Au milieu de
ce beau règne l'ambition excita une
nouvelle guerre entre le héros de
Cent Batailles et le héros Laboureur.
Ce dernier , surpris pendant une nuit
obscure , ne put que vendre cher sa
vie , et tomba percé de coups , ainsi
que le prince espagnol son beau-frère,
sur le monceau d'ennemis qu'ils avaient
étendus à leurs pieds, bon corps fut
élevé sur des boucliers, et les deux
années , dit O Halloran , répétèrent
dans leurs chants funèbres : « Hepos
» au roi de Momonie , car il est mort
» comme un héros devait mourir. »
I ï— L.
EOGHAN, petit-fils du précédent,
eut pour père Oilioll Olum , roi de la
Momonie entière, et qui la partagea
en cinq districts : Desmona, Tho-
moud , Ormoiid , larmond et Med-
moud , c'est-à-dire , Momonie du Mi-
di, du Nord, de l'Est, de l'Ouest et
du Centre. Oi'ioll , père de dix • neuf
fils , en eut neuf de Saba , fille du mo-
narque Couu des Ceut iiatailic» , car
EOG
il devînt le gendre du meurtrier de
son père; sur ces ntuf, srpt lurent
tués dans un terrible combat de Moy-
cruira , qui fit époque en Irlande. Eo-
ghann, l'aîne de tous, qui comman-
dait les troupes de son père dans
cette funeste journée , et qm sa valeur
avaitdéja faitdésigncr Thaniste, ou hé-
ritier présomptif de la couronne , fut
du nombre des tués ; ( t des deux fi ères
qui survivaient, Cormac-Cass était le
premier. 11 naquit un (ils posthume
d'Eoghann , qui fut nommé Fiacha-
Muileatau. Oilioll régla que le district
de Desmond serait sous le sceptre de
Fiacha , et celui de Thomord >ous le
sceptre de Cormac-Cass; que Cormac
son fils, aurait après lui la souverai-
neté de toute la Momonie ; qu'après
Cormac elle appartiendrait à son pelit-
Cls Fiacha , et qu'ainsi de suite les
deux races alicrneraienl sur le trône
provincial de toutes les Momonies. Les
rejetons des deux souches se multi-
plièrent; les descendants d'Eoghann
furent appelés du nom gérérique
à'Eoghanachls , dont on a fait Euge-
nii , les Eugéniens : c*mx de Cormac,
Cass .se nommèrent JTalcaiss , Dal-
cassii, Dalcassiens. Les Mac -Car -
thys furent les aînés des Eoghanaclils,
les Brien , des Oalcaiss. L'ordon-
nance et les dernières volontés de
Cormac-Cass réglèrent pendant assez
long - temps la succession qu'il avait
établie; une fois violées, elles le furent
sans cesse. Le sort des armes décida
presque toujours de la suzeraineté en-
tre les deux maisons rivales, et il fut
plus souvent favorable aux 0- Brien
qu'aux Mac-C-arthys : les Dalcaïss pa-
raissent avoir été, parmi les Irlandais,
ce qu'était parmi les Grecs la phalange
Macédonienne. Sous Henri VI II et
sous Elisabeth, le Dalcaï-;sicn 0-Brien,
roi de Tliomond , et l'Eugénieu Mac-
Cariby, roi de Desmond, échangè-
EOG i8i
rent leur titre immémorial contre ce-
lui de pairs d'Irlande, et se laissèrent
cr»H.T comtes , l'un deThomond , l'au-
tre de Clancarly. Le superbe et farou-
che O-Neill, qui alluma une guerre de
quarante ans contre Elisabeth , repro-
chait , avec indignation , à ces deux
chefs de l'antique Erin, d'avoir pu ac-
cepter ces honneurs créés de la veille.
Mac-Cartby, pour perpétuer tout à
la fois et l'ancienneté et la primatic de
son origine , prit pour devise de son
nouvel écusson : Sinsior Clarma Mi'
leagh ( V Aînée de toutes les races
Milésiermes ). L — T — l.
EOGH\NN ou EOANN , prince
d'Irlande vers le 5'". siècle. L'Histoire ,
qui ne nous a conservé aucune de ses
actions , nous a cependant transmis
son nom, à raison de ses ancêtres et de
sa postérité. II était l'aîné des huit fils
de ce fameux Niall des neuf Ota-
ges , monarque d'Irlande , tué sur les
bords de la Loire vers l'an 4oC > et
dont les descendants, rois provinciaux
dlfltonie , possédèrent exclusivement
pendant six siècles le sceptre monar-
chique de toute l'ile. Eoghann , auteur
des 0-Neills proprement dits, eut
pour frère immédiat Conall Gulban ,
ancêtre des ODounel, qui disputèrent
souvent à leurs aînés le trône d'Ulto-
nie , et comptèrent plusieurs monar-
ques dans leur, ligne. Les uns furent
rois patrimoniaux du district de Tyr-
Eoghaun, et les autres du district de
Tyr-Conneil. L'0-Neiil eli'O-Donnel,
qu'on voulut proscrire sous Jacques
r*^. , et sur lesquels on confisqua en-
core cinq cent mille acres de terre ,
avaient consenti à être faits pairs d'Ir-
lande après leur soumission à la cou-
ronne d'Angleterre , et avaient été
créés , le premier comte de Tyrone ,
cl le second comte de Tyrconnel. Par
cet article et par les deux qui précé-
dent, on voit que, malgré le mélange
iSi EON
des fictions neVessairement itifroduitcs
dans des anli(jiiitcs qui ont fu des
Bardes pour premiers hisloriens , il
est cependant indispensable d'y fouil-
ler , lorsque les noms piopres de fa-
milles ou de lieux . lorsque df s us.iges
locaux et des coutumes nationales ,
lorsqn'enfin mille circonstances de tout
genre qui durent encore, se raltaclient
soit aux monuments , soif aux tradi-
tions de ces antiquités. On ne peut
assurément pas douter que Tyr-Con-
nell vient de Tyr - (ioneii , autre-
ment pa^s de Connell ; « t pour faire
concevoir comment on arrive de Tyr-
JEoghann à Tfrône , il suffit d'ob-
seiver que, selon l'idiome irlandais ,
toute lettre suivie d'un Z? étant e'teinte,
Tyr-Eoghann se trouve re'duil dans
la prononciation à Tyr-eoanii , bien
Toisin de T^rone ; comme O Con-
chobhair est réduit à O Conoair ,
dont les Anglais ont fait Connor ;
comme O Rei^halaidhy O Cealaidh,
O Moëlfhalaidh se réduisent à O
Jteialai , O Cealai , O i\jo'élalai ,
dont les Anglais ont f;iit Beilly ,
O Kelly , O Mullalfy. L— T— L.
EON, fanatique irabécille , ne
doit qu'à l'exactitude de la nomen-
clature d'occuper une place dans
cette Riographie. Il se qualifiait
gentilhomme bas breton; l'on croit
en effet qu'd était d'une noble fa-
mille, et que son vrai nom est Eon
de l'Estoile. Cet homme un jour
rêva qu'il était ie fils de Dieu , ap-
pelé pour juger les vivants et les
morts; mais la cause de cette vision
est au-delà de tonte extravagance.
Ayant lu dans notre liturgie cette
formule per eiim qui venturus est
judicare, etc., l'homophonic de son
nom et de l'an usatif cum lui per-
suada que c'était de lui qne l'église
avait voulu parler. Avec moins il'igno-
raucc il pouvait s'assimiler plus ua>
EON
turellcmcnl aux ^ons des Valentl-
niens. Quoi qu'il en soit, ce fou
trouva d'au res fous; et, ce qui ar-
rive pr< sque toujours , séduisit la
niultitudc. On prétend qu'il s'entou-
rait de prestiges, qu'il faisait paraî-
tre subitement des tables bien gar-
nies, et que quiconque touchait à
ces mets était saisi d'une fureur di-
vine. Pour accroître 'c nombre de
ses prosélytes il jarcourut diverses
provinces ; mais ses succès l'aban-
donnèrent en Champagne. L'arche-
vêque de Reims, qui n'entendait pas
raillerie, le fit arrêter et comparoir
au concile qui s'ouvrit dans celte
ville le 22 mars 1 1 4b. Le pape Eu-
gène III , qui se trouvait alors en
Fiance, présidait ce concile. Eon
parut devant ses' juges appuyé sur un
bâton fourchu. On lui demanda ce
que siguiliait ce support d'un nou-
veau genre. « C'est un grand mys-
» tère , répondit-il ; lorsque je tiens
» ce bâton les deux pointes en l'air,
» Dieu a en sa puissance les deux
)> tiers du monde, et m'en aban-
» donne l'autre tiers ; mais si je ren-
» verse ces deux pointes, alors , pins
» riche que mon père , je commande
» aux deux tiers du monde, et Dieu
» n'a plus que l'antre tiers. » A ce
propos on conclut sagement qu'il
fallait enfermer l'homme au bàtou
fourchu; mais il mourut |)eu dejonrs
après , des suites des mauvais traite-
ments que lui firent éprouver ses
gardes. Le concile ne se montra pas
si modéré envers ses disciples. Ils
fnnnt tous, d'abord exorcisés par
précaution, puis livrés aux flammes.
Ces disciples avaient reçu de leur
maître de très beaux noms , tels
que la Saines se , la Terreur, le
Jugement. Le Jugement, en mar-
chant au supplice, invoqua sur ses
juges ie cLàlimcjit qu'éprouvèrent
EON
Coré , Dathan et Abiron ; mais la
terre ne s'ouvrit point , et lui seul
périt. On trouvera des dct.iils sur
Eon dans les ouvrages d'Olhon de
Fresingue , de Barouius, de Géuc-
brard , de Sanderus , de Dupin , etc.
D, L.
EON DE BEAUMONT(Charles-
Gf.neviÈve-Louise-Auguste-André-
Timotueed' ), naquit à Tonnerre le 5
octob. 1 7 28 , et fut baptisé le «j du mè-
ïne inois(i), à l'église de Notre-Dame
de cette ville. Louis de fieaumont , son
père, était avocat au parlement , con-
seiller du roi, et subdélégué de l'in-
teudance de la généralité de Paris. Sa
mère se nommait Frjnçoise de Cha-
rcnton. Peu d'hommes ont joui , pen-
dant leur vie, d'une aussi grande
célébrité que lui. Les qualités bril-
lantes qui le distinguèrent et les dif-
férents rôles qu'il joua dans le monde
politique y contribuèrent sans doute ;
mais ce qui dut y mettre . et ce qui y
mit effectivement le comble , fut le
mystère dont des circonstances impé-
rieuses le forcèrent un jour de couvrir
son sexe. La curiosité publique, excitée
par l'ordre qui lui fut intimé , de la
part du roi , de prendre des habit.- de
femme , après avoir glorieusement fi-
guré, dans le cabmct et sur le chimp
de bataille, sous ceux d'un diplomate
ou d'un guerrier, fit retentir son nom
dans l'Europe étonnée. On eut peine
à concevoir les raisons d'état qui fai-
saient exiger du chevalier d'Eon un
si grand sacrifice d'amour- propre, et
l'on se mit l'esprit à la torture pour
les découvrir. De-là des conjectures
de toute espèce , des paris ouverts ,
des confidences dévoilées , et tous les
(1) Sur le» regislrei de la parnisse, on lui donne
le nom de Charlotte, etc., mais cette pièce est
remplie de faute» d'orlhograpiie ou Je cunlradic-
tu>i;s, peut-être faites a dessein On y lit ni
d'hirr.... a été in^(i/ée par nous.... ( Vovex , «
«Cl és«d 1 •» Siàliogr. agrenum, , N». aiîjo ).
EON i83
propos qui émanent de la diversité
des opinions. Chacun prétendit être
le mieux instruit , et cependant on
resta dans le doute. Aujourd'hui que
la vérité est reconnue . et qu'un con-
cours de témoignages irrévoc;:bles a
fixé toutes les incertitudes , il devient
plus facile de rendre au chevalier
d'Eon le tribut d'éloges qui h;i est du,
et de le peindre à la postérité sous des
couleurs in flaçables. Sa jeunesse fui
consacrée à l'étude; il s'y adonna avec
aidcur , et de rapides progrès cou-
ronnèrent ses efforts. Rf çu docteur en
droit avant l'âge auquel on a coutume
d'obtenir ce grade,il ne t^rda pas à faire
partie du corps des avocat- au parle-
ment de Paris. Mais cette profession
ne satisfaisaul pas ses vues ambitieu-
ses, il en employa les loisirs à l'étude
de la politique et des belles-lettres, et
publia un Essai historique sur les
différentes situations de la France ,
par rapport aux finances , qui fut
suivi de deux volumes de Considéra^
lions politiques sur l'administration
des peuples anciens et modemes.C est
à ces deux ouvrages qu'il dut le com-
mencement de sa réputation, et l'hon-
neur d'êire proposé au roi par le
prince de Conti , di^'ecteur en chef
du ministère secret de Louis XV,
pour remplir une mission délicate à
la cour de Russie. Muni des instruc-
tions nécessaires, il partit pour Saint-
Pétersbourg , et y fut attaché au che-
valier de Douglas , qui travaillait sans
relâche à faire adopter un traité d'al-
liance entre les deux couronnes. L'es-
prit insinuant du chevalier d'Eon lui
attira les bonnes grâces de l'imj>éra-
trice Elisabeth , et un an n'était pas
encore écoulé qu'il revint à Versailles
pour y rendre compte de l'issue f.îvo-
rable que les négociations entamées
laissaient entrevoir. Son séjour en
France ne fut pas de longue durée ^
i84 EON
et on le revit bientôt à Sainl-Peters-
bonrg , où il fut charge , jjendant cinq
ans consécutifs, de la correspondance
secrète entre l'impe'ralricc et le roi de
France. La prudence et l'activile' de
ses démarches ne laissèrent rien à dc'-
sirer. Un traité définitif d'alliance en-
tre la Fnince et la Russie ; la renoncia-
tion , de la part de cette dernière puis-
sance, aux subsides qu'elle recevait de
l'Angleterre ; l'engagement de faire
marcher , en faveur des cours de
France et de Vienne , les quatre-vingt
mille Russes assemblés en Livonie
et en Courlandc pour soutenir les in-
térêts de la Prusse et de l'Angleterre;
enfin la ratification d'Elisabeth au
traité de Versailles, du l'^^'.mai l'y 56,
«in furent les heureux résultats. Le roi
lui témoigna combien il était satisfait
de son zèle , et l'en récompensa en lui
donnant une riche tabatière d'or ornée
de son portrait , et eu le nommant
lieutenant de dragons dans le Colonel
général, et secrétaire de l'ambassade
<lc Russie. Il ne s'agissait pas moins
que de perdre dans l'esprit d'Elisa-
beth le grand chancelier Bcstucheff, et
d'informer celte princesse des moyens
criminels qu'employait son premier
ministre , afin de détourner ses bonnes
intentions en faveur de ses alliés. Grâce
au chevalier d'Eon, cette affaire si difli-
cileà conduire réussit au gré des cours
de France et de Vienne. Le grand
chancelier fut arrêté , et remplacé par
le comte de Woronzow, qui était dans
les intérêts de la France. De nouvelles
faveurs furent le prix de ces nouveaux
services. Le chevalier d'Eon fut pro-
mu au grade de capitaine de dragons,
et porté sur l'état des pensions pour
une somme de 2,400 livres. Pru de
temps après , sa santé s'.iltéra au point
qu'il fut forcé de solliciter son rappel.
L'impératrice lui témoigna , dans les
termes les plus flatteurs, la peine
EON
qu'elle éprouvait à le voir s'éloigner
de ses états. Le comte de Woronzow,
dans l'audience de congé qu'il lui
donna, lui dit, en lui rajipelant
les effets de l'alliance entre les cours
de Vienne et de Versailles : « Quoi-
» que votre premier voyage iii avec
» le chevalier de Douglas ait coû-
« té plus de deux cent mille hom-
» mes et de quinze millions de rou-
» blés à ma souveraine, je n'en suis
» pas moins fâché de vous voir partir.
» — Kh quoi ! répondit spirituelle-
» ment le chevalier, l'impératrice et
» votre excellence pourraient-elles re-
» gnttcr les sacrifices qu'elles ont faits
» pour acquérir une réputation et une
» gloire qui dureront autant que le
» monde ? » Accoutumé à ne porter
que de bonnes nouvelles, le chevalier
d'Eon revint dans sa patrie avec la ra-
tification de l'inipérafrice au nouveau
traité du 3ô décembre i '^58 , et à la
convention maritime faite avec la Rus-
sie et 1rs couionnes de Suède et de
Danemark. Sa carrière politique se
trouvant alors interrompue, il se jeta
dans celle des armes , et s'y distingua
d'une manière non moins éclatante.
Hoxler, Ultrop , Eimbeck et Oster-
wick furent successivement le théâtre
de ses exploits. La paix survint. 11
quitta sur-le-champ l'épée pour re-
prendre la plume , et fut envoyé à
Londres en qualité de secrétaire d'am-
bassade du duc de Nivernais. Tou-
jours plein de prévoyance et de zèle
pour son roi et sa patrie, il employa
l'adresse pour se rendre maître de plu-
sieurs papiers intéressants, et en fit
faire une copie qui fut .h l'heure même
envoyée à Versailles par un courier
extraordinaire. La croix de St. -Louis
fut la récompense de ce service im-
portant. Le retour du duc de ISivernais
eu France éleva le thtvatier d'F.on en
dignité. 11 fut d'abord nommé rcsi-
EON
dent auprès du roi <le !a Grandc-Bre-
tajiiio, et ensuite ministre plénipoten-
tiaire. Tout lui prospérait, lorsque de
sourdes intrigues reuvcrsèrent tout à
coup sa fui timc et ses espérances. Une
paix honteuse avait été signée ; ceux
qui l'avaient négociée étaient intéressés
à ce que leur conduite ne fût pas mise
au grand jour. Le chevalier d'Èon était
le confident secret de Loui> X\ ; il cor-
respond lii et travaillait directement
avec ce prince. Il pouvait découvrir
tout ce qui s'était passé et le révéler
à son anguste maître : c'en étdit assez
pour consommer sa ruine. Les cares-
ses , les injures . les menaces , et jus-
qu'aux voies de fait, tout fut employé.
Des lettres de rappel Ini furent expé-
diées ; mais comme il ue jugea pas
prudent de repasser la mer et de re-
tourner en France , il resta à Londres
pendant l'espace de qualoi-ze ans, dans
une espèce de proscription. Cej>en-
dant le roi , en consentant à sa dis-
grâce , chercha à l'en consoler en lui
faisant remettre par son ministre le
brevet suivant : « En récompense des
» services que le sieur d'Eou m'a ren-
V dus, tant en Russie que dans mes
» armées, et d'autres comrai'^sions que
» je lui ai données , je veux bien lui
» assurer un traitement annuel de
» douze mille livres, que je lui ferai
» payer exactement tous les six mois,
» dans quelque pays qu'il soit, hoi mis,
» en temps de guerre , chez mes en-
» nemis, et ce jusqu'à ce que je juge
» à propos de lui donner quelque poste
» dont les appointements S'.raient p!us
» considérables que le présent traite-
» ment. A Versailles , le i""". avril
» 1 766. Signé Louis. » Le séjour du
chevalier d'Eon en Angleterre ne fut
pas perdu pour la France, et quoiqu'il
ii'eût plus aucun caractère , il ne s'en
occupa pas moins de tout ce qui pou-
Tait tourner à l'avaDtagc de sa patiiej
EON i85
i! lui demeura inviolableraent attaché,
et refusa les offres brillantes qui 'ni
furent faites, s'il voulait prendre des
lettres de naturalisation. Le roi, ins>
truit de sa généreuse conduite, dési-
rait ardemment réaliser ce qu'il lui
avait promis; mais le chevalier, qui
tenait fortement à ce que son inno-
iience fût publiquement reconnue ,
s'obstina à ne point accepter les fa-
veurs qui lui furent proposées. Cette
résistance retarda son retour en Fran-
ce jusqu'à la mort de Louis XV^, épo-
que à laquelle les comtes de Maurepas
et de Vergennes songèrent d'aulant
plus sérieusement à le rappeler, que
les discussions et les paris énormes qui
venaient d'avoir lieu à Londressur soa
sexe , leur parurent un prétexte plau-
sible pour vaincre ce qu'ils regar-
daient comme une opiniâtreté dépla-
cée de sa part. Eu conséquence ,
Louis XVI signa, le 2j août 1775,
une permission par laquelle il fut
libre à d'Eon de revenir en France,
ou de choisir tel autre pays qu'il
lui plairait , sous condition qu'il gar-
derait le silence le plus absolu , lui
promettant assistance et protection ,
et faisant expresse défense de le
troubler dans son honneur, sa per-
sonne et ses biens. Deux ans s'é-
coulèrent sans que le chevalier pro-
filât de cette faveur du roi, et ce
ne fui que le i5 août 1777 qu'il se
décida à quitter Londres, après avoir
reçu de M. de Vergennes la lettre sui-^
vante, eu date du 12 juillet de la mê-
me année : « J'ai reçu, monsieur , la
» lettre que vous m'avez fait l'honneur
» de m'écrire le premier de ce mois.
» Si vous ne vous y étiez pas hvré à
» des impressions de défiance , que je
» suis persuadé que vous n'avez pas
» puisé dans vos propres scnlimcnts,
» il y a long-temps que vous jouiriez
» daos votre patrie de la traDq[uiUit^
i86 EON
î> qui doit anjourd'bui , plus que Ja-
» mais , ffire l'objet de vos désirs. Si
» c'est se'rieusement que vous p'^nscz
» y revenir, les portes vous en seront
» encore ouvrtes. Vous connaissez les
» conditions qu'on y a mises : le si-
» lenee le plu- absolu sur le passe';
» éviter de vous rencontrer avec les
» personnes que vous voulez regarder
» cyinftie les causes de vos malheurs ;
» et "enfin de repreudre les liabils de
» votre sexe. La publicité qu'on vi' nt
» de lui donner en Angletcire ne peut
» p!u-> vous permettre d'l>ésiter. Vous
» n'ignorez pas sans doute que nos
» lois ne sont pas tolérantes sur ces
» sortes de déguisements. Il me reste
» à ajouter que si, après avoir essayé
» du séjour de la France , vous ne
» vous y plaisiez pas , on ne s'oppo-
» sera pas à ce que vous vous retiriez
» où vous voudrez. C'est par ordre du
» roi que je vous mande tout ce que
» dessus. J'ajoute que le sauf-conduit
> qui vous a été remis vous suffit;
» ainsi rien ne s'oppose au parti qu'il
» vous conviendra de prendre : si
» vous vous arrêtez au plus salutaire,
» je vous en féliciterai ; sinon je ne
» pourrai que vous plaindre de n'a-
» voir pas répondu à la bonté du
» maître qui vous tend la main. Soyez
» sans inquiétude ; une fois en Fran-
» ce , vous pourrez vous adresser di-
» rectement à moi , sans le secours
» d'aucun intermédiaire. J'ai l'honneur
» d'être avec une parfiite considéra-
» tion , etc. » Sur la foi de cette lettre ,
le chevalier d'Kon arriva à Versailles,
où le ministre l'accueillit avec une
distinction parliculicrc; mais tout en
lui renouvelant l'ordre de prendre
des habits de femme. Peu pressé d'o-
béir, le chevalier alla à Tonnerre sans
se prêter à la métamorphose qui lui
était commandée , et ce ne fut qu'à
l'époque d'un second voyage qu'il fit
EON
dans la capitale, qu'il se décida à de-
venir femme ^ et à ne paraître dans
le monde qi'c sous le titre de cheva-
lière d'Eon. Ce changement d'état lui
attira une vive querelle à l'Opéra. On
en craignit les suites, et on l'envoya,
pour calmer sa juste colère , au château
de Dijon, où M. de Changé, qui en
était alors gouverneur, le traita avec
tous les égards qui Uii étaient dus. Son
exil fini , il se retira à Tonnerre. En
1783 il se rendit à l-ondres, sur l'in-
vitation du baron de Breteuil. l^a ré-
volution françuse éclata. Il revint dans
sa p-i'rie , ofTrit ses services au gou-
vernement, fut refusé, retourna en
Angleterre , et fut mis , vu son absen-
ce , sur la liste des émigrés. De ce mo-
ment son existence ne fut plus qu'une
série de malheurs. Privé sans espoir
de sa pension , et réduit le plus sou-
venl à un état voisin de la détresse,
il fut forcé d'.ivoir recours à son in-
dnstrie.Son habileté dans l'art de l'es-
crime lui fournit quelques ressources,
en faisant publiquement assaut avec le
fameux Saint - George. Mais l'âge et
les infirmités ayant exercé sur lui
leurs ravages , des amis généreux vin-
rent à son secours , et rendirent ses
derniers moments moins pénibles. De
ce nombre lut le P. Eiisée, premier chi-
rurgien de Louis XV 111. C'est sur le
témoignage de cet homme recoraman-
dablc , témoignage auquel il nous a
autorisé à donner la plus graiule pu-
blicité, que nous affirmons que le che-
valier d'Eon , malgré tout ce qu'on a
pu dire et écrire sur son compte , ap-
partenait exclusivement au sexe mas-
culin. C'est après l'avoir assisté jus-
qu'au '2 1 mai 1810, jour de sa mort,
et avoir été présent à l'inspection et à
la dissection de son corps, qui eut lieu
le '.>,5 du même mois, que le Père
Elisée ne craint pas de lever irrévo-
cablement tous les doutes. A ces pre«»
EON
Tes irrécusables uous ajoalerons que
BOUS arous vu ch«z M. MHiroii . mi-
nistiedu culte proustiinl et littérateur
distingué,, uue çraviiie représentant
le lo^^e du chevalier H'Eoii , de ma-
nière à éclairer les |ilu> inoiédules. Au
bas de celte gravure , qui a paru en
Anglelerre, e>t Tattestatiou suivante :
/ hercbjy cerlify thaï i hâve inspec-
ted the bodj ofthe che\,'alier d'Eon ,
inthe presenceof M.Adair^ M. f Vil-
son elle F. Elysée, and hâve found
the maie organs in every respect
perjecth funued. May -lî, 1810, Gol-
den -Squ.re; Tb. Coi'£LA>D, etc. —
V Je ccrlifi'' , par le présent , avoir ins-
1» pecté le corps du clievalior d'Eon ,
» en présence de M. Adair , M. Wil-
■ son et du P. Elysée , et avfir trouvé
» les organes ni.isculius parfaitr ni«nt
ï» formés , etc. » — In conseque'ce
ofa note from the above gentlemen ,
i examined the body which was a
maie. The original dra%ving was
made by M. C. Turner, in my pré-
sence. Dean street Soho, INlay 24 » ' 8 1 o.
•^«Eu conséqueuce de la note des per-
'>> sonnes nommées ci-dessus, j'ai exa-
» miné le corps qni était du sexe mas-
» culin. Le dessin origiual a été fait par
» M. C. Tuj ner, en ma présence, etc.»
Après nous être si grandement étendus
sur les paiticularilés de la vie du che-
valier d'Eon, il est fâcheux sans doute
de ne pouvoir répandre la lumière
sur celle qui doit encore plus pi-
quer la curiosité publique. Il n'est
personne qui ne voulût connaître les
raisons politiques qui ont pu forcer
un homme, un militaire, un cheva-
lier de Saint-Louis de prendre des ha-
bits de femme. Dirons - nous , avec
quelques auteurs de biographie , que
le chevalier d'Eon servit sou roi sous
les habits des deux sexes ? Le fait ne
nous semble pas assez prouve. Con-
tentons-nous donc de l'assurance qui
EON 187
nous est donnée par des tc'moins dianes
de foi, et ne faisons pas de vains efToi ts
pour soulever un voiU- impem tr..ble.
D'ailleurs,à qu< Iqnesexeque d'Eon 1 ût
réellemrnl a[)pi>rtenu , sa mémoire se-
rait encore exeuipte de touie maligne
atteinte. En i '•'y :"> ses ouvrages ont été
recutillis en i5 vol. in-8"., sous le
titre de Loisirs du chevalier d'Eon»
lis se composent : 1. de Mémoires
sur ACi dijjerends avec M. de Guer-
chy ; 11. d'une Histoire des Papes ;
111. d'une Histoire politique de la
Pologne', IV. de Recherches sur les
royaumes de Aaple et de Sicile ; V.
de BecJierches sur le Commerce et
la Navigation ; V I • de Pensées sur
le Célibat, et les maux qu'il a causés
à la France ; VIL de Mémoires sur
la Russie, et son ctimmerce avec les
anglais ; V I 11. d'une Histoire d'Eu-
doxie-Foederowna: IX. inobserva-
tions sur le royaume d'Angleterre,
son gouvernement , ses grands offi-
ciers , etc.; X. de Détails sur l'Ecosse
et sur les possessions de V Angle-
terre en Amérique ; XI. de Mémoi-
res sur la Régie des blés en France ,
ies mendiants , le domaine des rois ,
etc.; XII. de Détails sur toutes les
parties des finances de France , etc. ;
Xlll. d'un Mémoire sur la situation
de la France dans l'Inde avant la
paix de lyôS etc. M. de la Fortille,
lieutenant de roi de S. Pierre le Mou-
tier, a publié à Paris, en 1779 , nu
volume in-8'. de 176 pages, intitulé:
La Vie militaire , politique et pri-
vée de demoiselle Charles- Geneviè-
ve- Louise- Auguste- Andrée- Thimo-
thée EoN ou d'Eon de Beaumont ,
écuyerj chevalier.... ci-devant doc-
teur en droit avocat.... censeur
royal pour l'histoire et les belles-
lettres , envoyé en Russie...., etc.,
et connue jusqu'en 1777 sous le nom.
de chevalier d'Eon, La curieuse liste
ï88 EOS
des qualités du chevalier d'Eon oc-
cupe plus de seize ligne s sur le titre ,
en lace diiquel est une gravure offrant
«n me'daillon le portrait de d'Fon ,
avec cette inscription : A la cheva-
lière d'Eon , et ou lit au-f!essous :
composé par J.-B. Bradel , qui a
grai>é en grand le portrait de ma-
demoiselle d'Eon, communiqué par
«lie à ce seul artiste. Une nouvelle
édition de cette /^/V, public'e en 1779,
est précédée d^une Epitre de M. Do-
rat à l'héroïne , et suivie de pièces
relatives à ses démêlés avec Beau-
marchais. D'Eon avait une biblio-
thèque précieuse p >v les manuscrits ;
ses besoins le forcèrent de la vendre
en I 79 1 . Le catalogue in-8 '. , qui en
fut imprime' la même année , est très
rare en France; il est pre'ce'dc d'iui
Exposé ( en augl. et en franc. ) qui
contient des de'iails curieux sur les af-
faires privées de ce personnage sin-
gulier. P — c.
EOSANDER (Jean - Fredeuic ) ,
ne' en Suède vers la fin du 1 7*". siè-
cle. Il se rendit jeune à Berlin , et
ses dispositions pour les arts ayant
e'te' reconnues, l'électeur Frédéric, de-
puis roi de Prusse , le fit voyager en
Italie et en Fr,<nce. Il s'appliqua sur-
tout à l'architecture, et reverui à Ber-
lin il fut chargé de plusieurs travaux
importants. Il donna le plan d'une
partie du palais de la capitale, et di-
rigea la construction du chà.'eau de
Charlotlenbourg. Son orgueil et sa
jalousie l'entraînèrent à des procédés
peu généreux envers les autres ar-
tistes employés par le roi , et il causa
surtout des chagrins très vifs à
Schluter, qui avait donne le plan
des décorations de l'arsenal et le mo-
dèle de la statue du grand électeur.
Frédéric ne cessa pas néanmoins de
le protéger , et lui accorda une forte
peusiou , ainsi que le titre dv colo-
EPA
nel. Il l'envoya même comme am-
bassadeur au|)rès de Charles XII ,
pour négocier une ailiance politique.
Frédéric étant mort , Eosander se
ressentit des réformes que le succes-
seur de ce piince, le sévère Frédé-
ric Guillaume , introduisit à la cour.
Mécontent de sa situation à Berlin ,
il entra au service de Suède , et fut
employé peu après à la défense de
Straisund , dont les Danois , les Busses
et les Prussiens avaient entrepris le
siège. La plare s'étant rendue, il de-
vint prisonnier des Prussiens; mais
il obtiit la permission de se retirer
à Francfort- sur - le - Mein , oii sa
femme, de la famille Merian , possé-
dait un fonds de librairie. Les reve-
nus de ce fonds n'ayant pu sulïire à
son goût pour le faste, il chercha du
service en Saxe , où il fut nommé
lieutenant-général. Eosander termina
ses jours à Dresde en i 729. On a de
lui un ouvrage en allemand , ayant
pour titre \' Ecole de la guerre , ou
le Soldat allemand , et quelques Mé-
moires inséi es dans le Theatrum Eu'
ropeum. C -au.
EPAMINONDAS, fds de Polym-
nis, naquit à Thèbes d'une famille an-
cienne et dont l'oiigine remontait jus-
qu'aux temps fabuleux. Il eut pour
précepteur le pythagoricien Lysis. La
philosophie de Pythagore , malgré
l'austérité des mœurs qu'elle iniposait
à ses sectateurs , semblait vouloir les
conduire à la vertu , moins par les
seuls conseils de la raison qiu- par une
sorted'cnthousiasme religieux, et non
seulement elle n'interdisait pas , mais
elle recommandait même, la culture
des arlsagréabhs. Epaminondas n'eu
négligea aucun , et prit des leçons des
plus habiles maîtres de son temps;
Denys lui montra à chanter eta s'ac-
comp.igner de la lyre. Olyuipiodorc
lui apprit à jouer de la Ilùlc , et Cal-
EPA
lipbron fut son maître de danse. Cor-
nelius-Nepos rapporte avec ëtoiine-
meut CCS particularités, et fait obser-
ver avec raison la iliflFéience de ces
mœarsd'aveccellesdeses concitoyens:
en elFet c'eût e'té une honte pour un
romain de posse'der ces tilents bril-
lants qui, parmi les Grecs, rehaus-
saient t-ncore l'éclat d«s grandes qua-
lités. Epxninondas fut pptiJant sa
jeunesse le témoin dii rapide accrois-
sement de la puissance des Lacédémo-
niens. Le gouvernement des petites
républiques de la Grèce passait aller-
nativemenf entre les mains de deux
partis différents; les uns. voulaient
conférer ranturilé suprême aux riches
et mm puissants, poui contenir les
séditieuv et les démagogues, les au-
tres ne trouvaient de garantie pour le
maintien des lots, que lorsque la gran-
de majorité dos oitovens participait à
la souveraineté. Athènes , gouvernée
démocratiquement , était dans toutes
les villes l'appui de ce dernier parti,
et Lacédémone celui du pirti con-
traire. Après une longue lutte Lacé-
démone triompha, et les Thébains,
alliés forcément aux Spartiates, con-
tribuèrent à établir la suprématie de
ces derniers, eu combattant avec eux
à Mantinée contre les Arcadiens.
Ceux-ci chargèrent avec tant d'impé-
tuosité l'aile droite des Lacédémo-
uieus qu'ils l'enfoncèrent, mais Epa-
miuondas et Pélopidas , tous deux
amis , tous deux pleins de jeunesse
et devaient, s'y trouvaient , ils joi-
gnirent leurs boucliers et so'iliu-
rent l'effort des ennemis. Pélopidas ,
sept fois blessé, tombe baigné dans
son sang; Epaminondas le couvre de
son corps et se précipite au-devant de
ceux qui veulent l'atteindre. Il allait
enfin succomber lui-même lorsque les
Lacédémouiens , auxquels il avait don-
né le temps de se recomiaitre , accou-
EPA 189
rent, le délivrent, repoussent les Arca-
diens et les mettent en déroute. Ainsi
ce fut sous les drajteaux des Spar-
tiates et sur le soi même où il devait
par la suite port< r le dernier coup à
leur puissance, qu'Epaminondas corn»
mença, par un prodige de valeur et de
dévouement , sa carrièie militaire.
Uneaiuiiié constinte unit Eparuinoa-
das et Pelopidaj, quoiqu'il existât
entre eux un contraste absolu. Pélo-
pidas était un des plus liches citoyens
de Thèbcs ; Ëpaminondas en était un
des plus pauvres: Pélopidas aimait le
faste et l'éclat , Ëpaminondas chéris-
sait sa pauvreté, et, pjr principe
comme par goût , il voulut rester et
resta toujours pauvre. Pélopidas ne
se plaisait que dans les camps , dans
les exercices de la lutte et des cour-
ses ; Ëpaminondas aimait au contraire
la retraite et l'étude. Les intrigues du
roi de Perse, de celui de Thessalie,
et les instances de l'amitié le trouvè-
rent également inaccessibles à la sé-
duction. Pé'opidas cherchait à lui
persuader que, pour faire le bien, les
richesses sont nécessaires; « il est vrai,
dit Ëpaminondas , pour un homnie
tel que Nicodèiue. » Ce Nicodème était
boiteux et aveugle. E|>amiuoudas
avait observé quel avantage donnait
aux Lacédémouiens, sur tous les au-
tres peuples de la Grèce, leur sobriété
et leur tempérance ; il cherchait par
son exemple à inspirer la même aus-
térité de mœurs à ses conciloy.-us.Ce»
pendant le parti aristttcratique de
Thèbes, se voyant le plus fiible, livra
la Cadméc , ou la citadelle de la ville,
aux Lacédém. miens, qui s'en emparè-
rent en pleine |»aix; tous les chefs dci
parti populaire furent exilés elpirti-
cu;ierement Pélopidas. Ëpaminondas,
considéré comme uu phuosophe spé-
culatif, et protégé aussi par sa pauvro*
te', ne fut point compris dans cette
iQo EPA
proscription. Trois ou quatre ans
après il s'ourdit une conspiration pour
anéantir ce gouvernement aristocra-
tique et chasser les Spartiates de la
Cadrae'e.Eparainondas ne voulut point
se joindre aux conspirateurs quoique
Pc'lopidas fût à leur lêle; il redoutait
les effets des vengeances personne les ,
inséparables de pareilles tentatives.
La conspiration rëus^it, les Spartiates
furent chasse's de la Cadjne'e , niais
tou> les maux et toutes les horreurs
qu'avait prévus Kpaminondas furent
les premiers résultats de ce succès :
des flots de sang coulèrent, et pour
anéantir jusqu'à la race de leurs en-
nemis , plusieurs conjurés égorgèrent
des enfants sur les corps de leurs
pères expirants. Eparainondas, par
l'ascendant qu'il avait sur ses -conci-
toyens, contribua à furc cesser le
massacre. Le gouvernement popu-
laire fut rétabli , mais les Lacédémo-
jiiens déclarèrent la guerre aux Thé-
bains: après quelques légers avantages
ils furent repoussés à Tégyre par
Pelopidas , qui avait été nommé gé-
néral en chef des trou|Tes de Thèbes.
Ce succès inattendu étonna Lacédé-
mone j jamais aucun peuple n'avait
osé se mesurer avec les Spartiates en
nombre égal, et les Thébains les
avaient vaincus avec des forces in-
férieures. Toutes les républiques de
la Grèce, faliguécsdeleursdissensions,
résolurent de les terminer à Taniia-
blc. Une diète générale fut convoquée
h Lacédémonc. Epaminondas y parut
avec les autres députés de Thèbes , il
avait alors quarante ans et n'avait ac-
quis encore aucune réputation comme
militaire, mais il était à juste titre
considéré comme un des meilleurs ora-
teurs de la Grèce. L'un des rois de
Sparte, Agésilas, qui avait porte la
guerre en Asie , et fait chanceler sur
«on trône le puissant monarque de
EPA
Perse, eut dans cette assemblée 1.1
principale inQiience. Son but était de
la faire servir à affi rmir la supréma"
lie que Licédémone avait acquise sur
tous les autres états de la Grèce. Thè-
bes, après qu'elle eût recouvré son
indépendance, avait soumis, non sans
violence et sans injustice , les autres
villes de la Béotie , dont les forces
réunies aux siennes contribuaient à la
rendre p!us redoutable ; mais d'après
le traité d'Ant^lcidas , conclu entre
les Spartiates et le roi de Perse , tou-
tes les villes de la Grèce étaient dé-
clarées libres et indépendantes les unes
des autres. Les Lacédéraonicns, en
tenant sous le joug les villes de la
Laconio, exigeaient que celles de Béo-
tie ne fussent plus asservies aux Thé-
bains. Epaminondas démontra com-
bien il était utile de contrebalancer la
puissance j toujours croissante , des
Spartiates. Comme Agésilas s'apperçut
que son discours faisait une forte im-
pression sur les députés , il l'inter-
rompit et lui dit avec hauteur: « Vous
» parait-il juste et raisonnable d'ac-
» corder l'indépendance aux villes de
» Béotie? — « Et vous, répondit Epa-
» minondas, ne croyez-vous pas qu'il
» est juste et raisonnable de rendre
» la liberté à toutes les villes de La-
» conie ?» — « Répondez nettement,
» répliqua Agésilas, enflammé de co-
» 1ère, je vous demande si Thèbes
» est dans l'intention d'affranchir les
» villes de la Béutit?» — « lit moi,
» H'pliqua fièrement Epaminondas,
» je demande qu'A;;ésil.is déclare si
» les li.iccdemonuns veulent, ou non,
» affranchir les vill s d<- la Laco-
» nie ?» A ces mots Agésilas , ue
se possédant pas , effare du traité le
nom des Thébains , et leur déclare
la guerre. L'uitre roi de Laccdé-
moiie , C'éombiute, qui conunandait
eu Phocide l'armcc des allies ; eut
EPA
«r^re âc marcher en Beotie. Les
Thébains nommèrent Epaminondas
géne'ral en clicf, et sous lui Pélo-
pidas. Jamais Thcbe* n'avait vu , et
ne vit depuis, de pareils citojeus à la
tète de ses arme'es. Cleombrotc avait
avec lui dix mille hommes de pied et
mille chevaux. Epamtnondjs ne pou-
vait lui opposer que six mille hommes
d'mfauteric, et ciuîj^cents chevaux.
Mais la cavalerie thcbaine était la meil-
leure de toute la Grèce. Les deux ar-
mées se rencontrèrent dans un endroit
de la Beotie nommé Leuctres.Ciéom-
brote s'était placé à la droite de son
armée, avec la phalange lacédémo-
iiiènf qui formait une première ligne;
les Thébains parurent d'dbord en ba-
taille et marchèrent parallèlement aux
ennemis , qui , beaucoup plus nom-
breux, les débordèrent vers la droite.
Pour ôter aux Lacédéraoniens cet
avantage , Epaminondas se détermina
à attaquer par sa gauche , il la fortifia
de tout ce qu'il avait d'hommes d'élite
et de pesamment armés , qu'il rangea
sur cinquante de profondeur en une
colonne fermée par l'escadron sa-
cré ( I >. Le reste de >es troupes , tant
les soldats armés à la légère que ceux
qui ne faisaient pas corps avec la pre-
mière phalange, s'étendait sur une seu-
le ligne et sur trois ou quatrede hauteur.
A cet aspect , Cléombrole change sa
première disposition ; mais , au lieu
de donner plus de profondeur à son
aile droite , il la prolonge pour dé-
border l'armée d'Epaminondas. Pen-
dant ce mouvement , la cavalerie thé-
baine fond sur celle des Iiacédémo-
niens et la renverse sur leur pha-
lange, qui n'était plus qu'à douze de
hauteur ; et tandis que l'aile droite
des Thébains reste en place, tout le
(i) Cet escadron <u";t ermpoti île troi» cent»
ieuofi i;eas éiroitemcat HBif coU'eaf , <t r«a9i«-
mit pu leur valenr.
EPA 191
reste de la ligne se meut autour de
son centre par un dcmi-quarl de con-
version , de sorte que, par ce mou-
vement , les Theb=»ins à leur gauche
s'approchèrent toujours plus de la
droite des I^cédcuioniens, sur iaqtiellc
ils voulaient tomber , et l'aile droite
d'Epaminondas se trouva tout à coup
fort éloignée de la g;«uche de Clc'om-
brote. Pendant que la cavalerie lacé-
démonienne , mise eu déroute, se re-
phe sur l'infanterie , Pélopidas , avec
le bataillon sacré, tourne subitement
sur l'aile droite des Lacédémoniens et
la prend en flanc, tandis qu'Epami-
nondas, avec sa giosse ctilonnc, en-
fonce tout ce qui lui résiste , passe
outre, et retourne sur ce qui restait
encore entier, pour ne pas lui don-
ner le temps de se reconnaître. La
cavalerie thébaine se mit à la pour-
suite de celte aile lacédémouiennc mise
en déroute, et l'infanterie victorieuse
des Thébains, profitant de son pre-
mier avantage, gagne toujours vers
l'aile gauche des Lacédémoniens, qui ,
voyant le désordre de sa droite et l'en-
nemi qui s'avance toujours vers elle
en bon ordre, plie et lâche pied. Qua-
tre mille hommes de l'armée de Ciéom-
Lrote restèrent sur le champ de ba-
taille, et les Thébains, n'ayant éprou-
vé qu'une perle légère, y érigèrent
un trophée. Telle lut la bataille de
Leuctres , qui se donna le ib juillet de
l'an 072 av. J.-C. Elle est devenue
à jamais célèbre par ces combinaisons
profondes de l'art de la guerre , dont
Epaminor.das donna le premier exem-
ple aux Grecs , et qui se sout attiré l'ad-
miration d'un des meilleurs tact; icus
de nos temps modernes. Il est heureux
aussi pour la gloire du héios thel>aia
d'avo;r eu pour décrire ses savantes
manœuvre* un historien conlempor.un'
tel que Xénophon , lui-même aussi
grand guerrier qu'habile éaivain , pré-
iQ-i. EPA
venu contre les Thëbains , ami d'Age'-
silas, partisan des Lace'démoniens ,
beaucoup plus sans doute qu'il ne con-
venait à un Alhe'nien. Epamiiioudas
ressentit un joie extrême de cette vic-
toire, et bientôt sa grande ame s'af-
flij^ea de n'avoir pas eu plus de pou-
voir sur elle-même. 11 re'pondit sim-
plement aux félicitations de ses com-
pagnons d'armes : « Ce qui me flatte
» le plus , c'est d'avoir eu ce succès
» du vivant de mon père et de ma
y* mère. » La bataille de Leurtres mit
fin à la suprématie de.'^ Lacédémoniens
sur les autres états de la Grèce; et ce
n'était plus seulement pour se sous-
traire à leur joug que lesThcbains clier-
cbaient encore à les combattre , mais
pour usurper à leur tour le premier
rang.Ep.imiuondasnedissimulaif peut-
être pas assez ses desseins à cet égard,
et comme les Athéniens s'étaient joints
aux Lacédémoniens, il se vanta d'en-
licbir un jour la citadelle de Thèbes
des monuments qui décoraient celle
d'Atbènes. Il prévoyait peu qu'en
cborcbant à ôter à Lacédémone cette
influence , qui au besoin réunissait
tant de républiques indépendantes con-
tre un ennemi commun, il préparait
les voies a ce jeune prince inaccdonien,
à ce Philippe, retenu alors comme
ôlage à Thèbes chez son père Polym-
ni , qui étudiait sous le vainqueur
de Leucfres le j^iaïul art de la guerre
et le génie national de chacune des
yilles de la Grèce que bientôt il de-
vait épouvanter, tromper et asservir.
Epaminoiidns profila de l'cfTet que
produisit dans les esprits la victoire
de L(uctre.s pour détacher plusieurs
peuples de l'alliance de Lacédémo-
ne : il pro])Osa aux Arcadiens de dé-
truire les petites villes qui restaient
sans défense, d'en transporter les ha-
l)itant.s dans une ])lace forte qu'on
élèverait sur les frontières de la La-
EPA
conie; il leur fournit mille hommes
pour favoriser l'entreprise , et l'on jeta
aussitôt les fondements de Mégalo-
polis. Epamiiiondas , deux ans après
la bataille de Leuctres , entra dans le
Péloponnèse avec Pélopidas. Soixante-
dix mille hommes de différentes na-
tions marchaient sous ses ordres. 11
porta la terreur et la désolation chez
les peuples attacliés aux Lacédémo-
niens , et hâta la défection des au-
tres. Il conduisit ensuite celte armée
formidable devant Lacédémone. De-
puis cinq ou six siècles on avait à peine
osé tenter quelques incursions passa-
gères sur les frontières de la Laconie,
et jamais les femmes de Sparte n'a-
vaient vu la fumée d'un camp en-
nemi. C'est alors qu'Agésilas se mon-
tra le chef habile et expérimenté
d'une nation valeureuse. 11 occupa les
hauteurs de la ville, s'y retrancha , et
à l'aide des Athéniens , qui envoyè-
rent Iphicrate à son secours, il força,
sans combat et par la disette des vi-
vres , Epaminondas à se retirer ; mais
auparavant le général thébain réta-
blit dans leur ville , qu'il avait re-
bâtie et fortifiée , les Messc'niens ,
que les Spartiates en avaient chassés,
et dévasta entièrement la Laconie.
Epaminondas, Pélopidas, et tous les
chefs de l'armée furent traduits en
justice à leur retour de Thèbe.<, pour
avoir gardé pendant quatre mois le
commandement au-tlelàdu temps pres-
crit par les lois. Ce délit, très grave
dans une république, les exposait à
être condamnés à mort. Epaminondas
dit à tous les généraux de rijeter sur
lui la faute, et ci)nvint de tous les
faits qu'on alléguait contre lui ; puis
il ajouta : « La loi me condamne;
» je mérite la mort , mais je demande
» pour toute grâce que l'arrêt de ma
» ccmdamnaîion soit conçu en ces ler-
» mes : Epamiuoudas a etc puni de
EPA
» mort par lesThebains pour les avoir
» forcés Je vaincre à Leuclres les Spar-
» liâtes , qii'ils n'osaient pas aiipara-
» vaut regarder en face; pour avoir,
)» par celte seule victoire , non stulc-
» ment sauve Thèbes, mais rendu la
» liberté' à la Grèce j pour avoir as-
1» sie'gé Sparte , qui s'estima trop beu-
» reuse d'échapper à sa ruine ; pour
» avoir bloqué cette ville , en réta-
» blissant Messène et l'entourant de
» fortes murailles. » Les Thébains ap-
plaudirent , et les juges n'osèrent
point condamner. Cependant le parti
qui dans Tlièbes était contraire à celui
d'Ëpamiiioudas , et dont Menéclide
était le chef, parvint à le rendre moins
cher au peuple , et dans la distribuliou
des em|)lois, le vainqueur de Leuc-
tres fut chargé de veiller n la pro-
preté des rues et à l'entretien des
^oûts de la ville. 11 releva 'cette com-
mission , et montra , couiinc il l'avait
dit ' lui-même , qu'il ne faut pis juger
des hommes par les places , mais des
places par ceux qui les remplissent.
Pélopidas, envoyé eu ambassade au-
près d'Alexandre, tyran de Phères ,
fut retenu comme prisonnier. Les Thé-
bains déclarèrent !a guerre à Alexan-
dre. Epaminondas fut exclus du com-
maudement, qu'on déféra à Cléomène
et aux polémarques ou magistrats
alors en charge. Epaminondas u'hé-
sita pas à s'enrôler comme simple sol-
dat dans une armée destinée à délivrer
son ami. Cette armée, conduite par des
chefs ignorants , fut battue, et eût été
entièrement détruite , si , par un con-
sentement unanime, on n'en eût rerais
le commandement à Epaminondas ,
qui la reconduisit à Thèbes sans nou-
velle perte. Les Thébains le nommée
rent général de la nouvelle armée
qu'ils envoyèrent contre Alexandre ,
et le tyran , partout repoussé , se
yit forcé de subir Iss conditiojoi qui
XIII.
EPA 193
lui furent imposées et de rendre Pë-
lo|iidas; mais celui ci, peu de temps
après et daus une autre guerre contre
ce même Alexandre, se hasarda im-
prudemment, et périt accablé par le
nombre. Epaminondas voulait rendre
les Thébains aussi puissants sur mer
qu'ils l'étaient sur terre. Il fit porter uu
décret par le peuple pour équiper cent
galères, et ayant été nommé comman-
dant de cette ûotte, il força Rhodes ,
Chio et Byzance à abandon oer l'alliance
des Athéuiens et à entrer dans la confé-
dération des Thébains. La flotte athé-
nienne, commandée par Lâchés, s'op-
posa en vain à son entreprise. Une
guerre éclata entre les Téjiéates, qui
implorèrent l'appui des Thébains, et
les Mantinéens , que soutenaient les
Lacédémoniens. Epaminondas crut
qu'd était temps de profiter de cette
occasion pour porter les derniers
coups aux en nemis de Thèbes ; sachant
que l'armée lacédémouieuue , comman-
dée par Agé>ilas . était en Arcadie , il
part un soir dcTégée pour surprendre
Lacédémone , et arrive à la pointe da
jour, mais il y trouve Agésilas qui,
iustruit par un transfuge de la marche
d'E[)aminondas , était revenu sur ses
pas avec une extrême diligence. Le
général thébain , surpris, sans être
découragé , ordonna plusieurs atta-
ques , et s'était rendu maître d'une
partie de la ville. Agésilas alors n'é-
coute plus que son désespoir ; quoi-
qu'àgé de près de quatre-vingts ans, il
se précipite au milieu de l'ennemi, et,
secondé par Archidamus son fils , il
parvient à le repousser. Epaminondas,
pour faire oublier le mauvais succès du
sou entreprise , marche en Arcadie ,
et, près de la Ville de Mantiuee, joint
l'armée des Lacédémoniens , lui livre
bataille , et la gagne par une ma-
nœuvre à peu près semblable à celle
d« la jouruée de Leuctres , mais il fut
194 EPA
blessé d'un javelot , dont le fer lui
resta dans fa poitrine. Cet e'vcDerneiit
inattendu arrêta le carnage : les troupes
des deux partis, également étonnées,
restèreiit dans rniaclioii ; de part et
d'autre on sonna la retraite. Epami-
Bondas , avant d'expirer , demanda
Daïphantus et lollidas , qu'il jugeait
dignes d'é le rerapbcer : on lui dit
qu'ils e'fiiietit morts « Persuadez donc,
» reprit-il , aux The'bains de faire la
» paix. » Et en effet , après la perte
d'Epaminondas , Thèbes , suivant l'ex-
pression d'un ancien , fut comme un
javelot de'pouilîe' du fer qui en forme
la point^^ , et cessa d'être redoutable.
Ce fut le 4 juillet de l'an 363 av. J.C,
qu'Epaminondas mourut sur le champ
de bataille de Mantinc'e. Depuis , on
dressa dans ce lieu un trophée et un
tombeau. Trois villes de Grèce se dis-
putaient le triste honneur d'avoir don-
né le jour au soldat qui donna le coup
mortel au héros thébain. Les Athéniens
prétendaient que c'était Gryllus, fils
de Xenophon , et exigèrent que le
peintre Euphranor , dans un de ses
tableaux, se conformât à celte opi-
nion; les Mantinéens nommaient Ma-
chérion , un de leurs concitoyens ; et
les Lacédcmoniens accordèrent des
honneur.»! cl des cxempdous à un
des leufs, nommé Anticratcs, qui
seul , suivant eux , avait porté le coup
4;Ual à ce terrible ennemi de Sparte.
Çicéron prétend qu'Epaminondas est
le plus grand homme que la Grèce ait
produit , et l'on ne saurait disconvenir
qu'd ofVrc un des modèles les plus par-
faits du grand capitaine , du patriote
et du sage. Plutarque avait écrit sa vie,
il la cite mcm^ dans celle d'Agésilas ;
maik ce tttorccau précieux n'existe
plus. P'utarque donne un assez grand
nombre de détails sur ce héros , dans
celte même vie d'Agésilas , dans celle
4« Pclopidas, et dam ses œuyrcâ mo^
EPA
raies. La Fie d'Epaminondas , par
Cornélius Népos, a évidemment été
mutilée par son abréviateur.Xénophon
est celui qui fournit les principaux
faits ; il faut ensuite consulter Diodore
de Sicile, Justin, Pausanias, Polybc,
Froiitin , Cicéron , jElien , Valcre-
Maxirae , Polyen. Ce dernier a fait un
conte ridicnle sur la femme d'Epami-
nondas , qu'on sait , par d'autres au-
teurs plus croyables , ne s'être jamais
marié ( i ). L'abbé Seran de la Tour a
publié une Histoire d'Epaminondas,
1 739, 1 752 , in- 12; c'est un ouvrage
prolixe et dépourvu de critique : il est
accompagné des observations du che-
valier Folard surlesbaLiillesde Leuc-
tresetdcMantinéc , qui ne sont qu'un
abrégé de celles que l'auteur avait déjà
publiées dans le Traité de la Co-
lonne, en tête de la traduction de
Polybe. L'ouvrage de Seran de la
Tour n'a cependant pas été inutile à
M. Meissner , qui a écrit aussi une Vie
d'Epaminondas, en a!lemand , i vol.
in- 1 'i , Prague, 1 798. L'abbé Gcdoyn,
dans le tome XIV, pag. 1 1 3 des Mé-
moires de Vacndémia des inscrip-
tions , a aussi donné une Vie d'Epa-
minondas j mais elle est écrite avec
légèreté , et sans aucune citation des
auteurs anciens. Epamiuondas a été
mis eu scène avec beaucoup d'intérêt
et de charme , dans les Voyages du
jeune Anacharsis. Ce])endant il est
nécessaire de consulter les critiques
sévères , mais justes , que M. Mitlord
a fait des récits de l'abbé Barthélémy,
dans les chap. xxvi et xxviii de sou
Histoire de la Grèce, loni. VI , de
l'édition in-8'. W — r.
(1) U nom parait même in.illiriircuieni«ut trop
certain, par un paiia|.'c ir Pliiiariiue , <(aiii ton
traite «ur TAinnur, ifu'Epamiuiiiiilat vlaic ajonné
à ce giiût infime .muiii- 1 1<» Cirrtt ri >iirl»ut lea
U^olieni rt Irt Laci^tlémunirna, n'altaohaient an-
ciinc k'inle. Flut>ri|ue nuiii apprend que le li<ro<
thubain aima deux j''une« pi'ni , Aïoiiic et îtenliio»
dure; que ce Herniar pi'rtt aut»i a la bal*ilw<l«
MBUÙuie, et fut eatciré «aprot i.% kJ.
EPE
EPÊE ( CnARLES-MlCHEL DE l' ) ,
fut un de ces bienfaiteurs de l'huma-
Tiilé lonl la me'inoirc doit durer aussi
lonçï-tcmps «m'il y aura des êtres dis-
gracies de la iiatiire , et prive'» des or-
ganes les ptr.s nécessaires aux besoins
de la vi;-. S'il n'est pas l'invenlcur de
cet art ingénieux qui , substilu iiit le
gesf.' aux articulations de la voix ,
peut doiiuer, en quelque soi te, aux
sourd -.-nuiets la parole etrintelligence,
si même il n'a point porte' cet art au
dejji . de perf cJion dont il e'tait sus-
tepfibîc, ses travaux multipiie's et
constants, le zèle qui les fit entre-
prendre, le succès q-.îi les couronna,
n, plus encore, rétablissement phi-
lantropique que , seul , saiis appui,
sans secours, il forma, soutint, aug-
menta de ses propres deniers, se re-
fusant It strict nécessaire , jusqu'à du
feu dans un ^ge avance, pendant un
rude hiver. Tous ces titres assurent
à l'i.bhé de l'Epée la reconnaissance
cfernellc des atliis de riiumanité. L'art
dont il fit sa plus chère élude, a pris
naissance chez les Espagnols , du
moins on n'en trouve point de traces
antérieures. A la fin du 16-. .siècle
(vers i5'-o ), un religieux bénédic-
tin du monastère d'Où^, nommé
Pierre de Ponce , le mit le premier
en usage (i) pour deux frères et
Tine soeur du connétable de Cistille ,
sourds-muets , auxquels il apprit , par
sa méthode , à lire , écrire , calculer ,
connaître les principes de la religion ,
les langues anciennes, étrangères, la
'peinture , la physique , l'astronoiuic ,
{t) M. Coite a rappris l'altentiun publique <ar
ee moiDc eipa^aol , dam le premier chipiire de
«on Estai lur de prétendue' décourcrtet nou-
velles , Pîrii , i(»«3 , la-S». Mai» , tout en .i-nalant
des pingiat] , cet aatear n'a fait qae répéter en
qu'avait démoniré dix ani auparavant le «avant
*hh« Jean àndrès , dans na ricellent opusciilr ,
«n'.itulé : Dell' Origine e dette Vicende delV
jirle d' iiKegnar aparlare ai surdi mtui , Vienne.
1793 . in-4*>. de Ca pagei , «t M. CotU u'* poiut
momiBé Aailrêf.
EPE 195
la tactique, la politique , ce qui sup-
pose dès l'origine \n\ haut degré de
perfection. Il leur faisait, dit Vaflès ,
tractr d'abord les caractères alphabé-
tiques , dont il leur indiqnzit la pro-
nonciation par le mouvement des lè- f
vres et de la langue , puis , lorsqu'ils
foiftaèrent des mots , il leur montrait
les objets que ces mots exprimaient.
Du reste. Ponce ne nous a laissé au-
cun détail de ses procédés , et les dour
premiers ouvrages que nous ayons suf
cet art , sont encore dus à deux Es-
pagnols, Jt-an-Paul Bonel et Rainirez
de Carion ( F(yy. Boet etRiMiREZ ).
Après eux vinrent les Anglais Wal-
hs , Holdcr et Sibscota , van Hel-
mout le fils, le P. Lana, Conrad
Aitthran, Liscbwitz, chacun d'eux
prti^ant être le premier qui écrivît
Tlir ces matières. Eufin , en 1748,
on vit à Paris rtes^)^gnol Pcreira ,
qui présenta plusieurs dé ses élèves
à racadémie àcs sciences , et obtint
de cette compagnie l'approbation la
plus flatteuse. Un d'eux , Saboureux
dé FoMtenai , publia une Disserta-
tion pour répondre aux questions
de La Gondaminc. Ce fut à l'époque
des plus grands succès de Pèreira ,
que le hasard fit connaître à l'abbé
de l'Epéc deux sœurs sourdes-muettes,
à peu près privées de tout moyeii
d'tnsfriiction. Il cnlrcprit de leur don-
ner des soiûs , et réussit au-delà de ses
espérances. Il nous a dit, dans la pré-
face de son livre , qu'il ne conaais-
sait alors ni le mdhre espagnol, ni
ceux qui l'avaient précède dans la car-
ïière. Celte assertion sans doute est
difficile à croire , et l'on ne peut
guère d'ailleurs distnlper le bon abbé
de l'espèce de jalousie contre son con-
temporain , qui semble percer dans
ses ouvrages. Quoi qu'il en soit, Pe-
leira n'ayant jamais divulgué sa mé-
ibodc, tout moyen de comparaiiou
i3..
196 EPÊ
entre eux devient impossible ; mais il
est facile de de'tei miner ce que les pro-
ce'dés de l'Epee laissaient encoreà dési-
rer. L'instruction des sourds-muets ,
nous dit-il, consiste à faire entrer par
leurs youxdans leur espritce qui ist en-
tre dans le nôtre par les oreiHes. Mais
toute langue a deux parties distinctes
et également essentielles , la nomen-
clature et la syntaxe. La première, à
l'aide du dessin et de l'alphabet ma-
nuel , se fixer;, bien dans la me'uioire
de l'élève; mais, si l'on ne peut ap-
prendre une langue ignorée avec une
grammaire écrite dans cette langue,
n'était -il pas indispensable de créer
une grammaire par signes, comme on
avait établi une nomenclature du même
genre. C'est ce que ne fit point l'Epée,
puisqu'il n'employa que celle de Kes-
taut, et ce qu'a tenté avec succès M.
l'abbé Sic;ird. Tout porte à croire que
les disciples du premier ne compre-
naient ni les abstractions ni les rela-
tions du discours. Le fait cité par Ni-
colaï en est une preuve. Cet acadé-
micien voulaiit faire décrire une action
par un des élèves de l'abbé 6loich ,
frappe sa poitrine avec sa main. L'élè-
ve , au lieu de saisir l'action indiquée,
se contente d'écrire les deux mots ,
main, poitrine. Rousseau l'a dit , ceux
qui veulent enseigner aux sourds-
muets uon-senlement à parler, m lis
à savoir ce qu'ils distnt, sont bien
forcés de leur apprendre aupar.iv.int
une autre langue non moins compli-
quée, à l'aide de laquelU- ils puissent
leur faire cntenare celle là (1). Don-
(i') L» langue ilct lourds muets n'oumii pas be.
coin d'être »|)prlse , si «Ile ne coinistai- qu'en
lignes naturels ; m.iii la •livnrs'li' <lrt ivpérationa
di- l'espril. et le nombre infini Jf .riation» duiit
la ci>mbii:ii»"n 'le» id*e» rend le» obj> t» aiisi-rpti-
blei, ne permelUoiil j imni» d'rxpri-ncr par Ce»
•rui» ti.;)"'' tout ce qui se passe en nous , et m^ilgrit
le» rêverie» «le M. - !A ■rlin et de qu< l'.iie» autre»
iddoln^ue» , l'on »er« i.mj mr» nhli|;<t cir recuurir
nu» «igné» convcnlinnnels t.e» cuntid<;riiiif>n» au-
i-aienl iu conv*tnct( te* gl««*«((r«pliei de l'impoi-
EPE
nous maintenant quelques détails sur
l'abbé de l'Epée. Né a Versailles, !e
25 novembre 1712, et fils d'un ar-
chitec:e , il embrassa de bonne heure
l'état ecclésiastique, que le refus de
signer le formuhùre l'obligea d'aban-
donner pour quelque temps. Ji sui-
vit alors le barreau , et se fit même
recevoir avocat à Paris j mais l'évê-
que de Troyes ( Bossuet ).. l'attira
dans son diocèse, lui conféra la piê-
tiise, et le fil chanoine de celte ville.
L'Epée fui bé avec le fameux Soanen ,
d'une amitié qu'augmentait encore la
conformité de leurs sentiments sur les
air.iiies de l'église, et q ù lui attira les
censures de l'archevêque de Paris. Ce
dernier l'interdit, et lui refusa même
la permission de confesser ses élèves.
Deux lettres de l'Epée restèrent sans
réponse ; par une troisième , il an-
nonça au prélat qu'il prendrait son
silence pour un cunsenlcment, et il
passa outre , vu le cas d'urgente né-
cessité. Il avait environ 7,000 liv. do
rente. Lorsqu'il se consacra tout en-
tier à l'instruction des sourds-muets,
ses revenus furent presq'ie absor-
bés par les frais de son ciablissement :
car, non content de donner à ses
élèves les soins les plus assidus, il
fuiruissait à leur entr.tieu, à toutes
leurs dépenses. Les libéralités du dnc
de Penthicvre et d'autres personnes
charitables , l'aidèieiit dans cette bon-
ne œuvre. L'abbé de l'Epée était
comme un père au milieu de ses en-
fants. Il se dépouillait pour les cou-
vrir, et traînait des vêtements usés
pour qu'ils eu portassent de bous.
Souvent même, dans des besoins pres-
sants , il anlicip.iit sur ses revenus
futurs, et c'était la le soûl sujet de que-
relle qu'il eût avec son frère. Il rejeta
les présents que lui fi' offrir Catherine,
tibilité abiolue d'iSUblir une langue vraimenlaui-
v«rMll«.
EPE
S€ bornant à lui dcmancler un sourd-
muet de son pays à instruire. I/exccs
de son zèle lui alfira qudqucs désdgré-
inints. it avait cru reconiiaîlie, dans
un jeune muet trouve' couvert de hail-
lons , sur la route de Pe'ronne, en 1775,
l'héritier d'une famille opulente et
distinguée , du comte de Solar. Un
procès long et dispendieux fut la suite
de cette découverte. L'Epee n'en vit
point la fin. En juin 1781 , une sen-
tence du ehâlelet admit les préten-
tions de Joseph, c'était ainsi qu'on le
nommait; mais les parties adverses
en appelèrent au parlement; le pro-
cès fut suspendu ; on attendit la mort
de l'abbé de l'Epée et du c^uc^epen-
thièvre, les seuls protecteurs de l'in-
fortuné sourd-muet ; et après la des-
truction des parlements , on porta la
cause devant le nouveau tribunal de
Paris ; enfin le ^4 juillet 1 791, un ju-
gement définitif infirma celui du châ-
telet , et défendit à Joseph de porter
à l'avenir le nom de Solar. Le mal-
heureux, se voyant abandonné de tout
le monde , s'engagea dans un régi-
ment de cuirassiers, et périt au bout
de quelque temps dnns un hôpital.
On trouvera d.ins les Recueils des
Causes célèbres , tous les détails de
cette affaire , qui a fourni à M. Bouil-
ly le sujet d'une comédie (1). Moins
heuniix que son successeur , l'Epée
ne put jamais obtenir du gouverne-
ment français l'adoption d'un éta-
blissement qui faisait l'admiration de
l'Europe, et que plusieurs souverains
avaient imité dans leurs états [1).
Ce fut dans les augustes fonctions de
réparateur des torts de la nature, au
(1) li^Abhi de l'Epie, coméHie bUtoriqiic en
S acte» et en prou , pj.n, an 8. in-S". M. Bouil-
ly, dan> cette piecr . Hnape droit au jeune S'urd-
Wuet, qu'il appelle Jules d'H^raneour , tout en
plaçant la scène a Toulnuie : ce qui excita dan<
le trmpa pluiieurt rêclaniationa dam les journaux.
On fil même représenter , lur un pelil tliiiibe ,
Kue conlre-partie de la pièce de M. BouUly.
EPE 197
milieu de ses amis en pleurs, de ses
élèves, frappés de la douleur ta plus
concentrée, qu'ex[nra , le 25 décem-
bre 1789, l'ami des malheureux,
qu'.uicune compagnie savante n'avait
admis dans son sein. Il étiit seulement
membre de h société pbilantn»piqae.
Son oraistjn funèbre , par l'abbé Fau-
chet, fut prononcée dans l'église de St.-
Etienne-du-Mont, le a3 février 1790,
et livrée à l'impression. C'est un des
plus mauvais ouvrages de ce genre. Oa
a de l'Epée : T. Relation de la mala'
die et de la guérison miraculeuse
opérée sur Marie- Anne Pigalle ,
1737, in -12; II. Institution des
Sourds et Muets ou Recueil des
Exercices soutenus par les Sourds
et Muets pendant les années 177» »
177-2, 1775 et 1774» avec les let-
tres qui ont accompagné les pro-
grammes de chacun de ces exerci-
ces , Paris, 1774? in-«'i de lia
pages. Dans sa quatrième lettre, l'ab-
bé de l'Epée développe les moyens
dont il se sert pour conduire ses élè-
ves à la connaissance de la divinité et
des dogmes religieux; il y annonce
que ce quntrième exercice public sera
le dernier. III. Institution des Sourds
et Muets , par la voie des signes
méthodiques y Paris, 1776, in-ia;
nouvelle édition corrigée , sous ce
titre : la véritable Manière d'ins-
truire les Sourds et Muets , confirmée
par une longue expérience , Paris ,
1784, in-ia. Cet ouvrage a été tra-
duit en allemand. IV L'Epée s'occupa
long-temps de la composition d'un
Dictionnaire général des signes em-
ployés dans la langue des sourds-
muets ; sa mort l'empêcha de mtUre
{t) I.'établitseraent actnel des Sonrdi-Maeu
fut fondé par l'assemblée constituante rn 1791 ,
et le décret rut(;>nclionné pjr le rui. Louis XVI ,
quelques années aranl la révolution, avait déjà
accordé pour cet objet 3, 100 francs ei une maUou
près les Céleslins ; mais U uMUom ne fulpMoc»
cnpée pu le* Soimla-MneU.
fin à cette entreprise, qui a été tor-
niinc'e par son successeur, M. l'abbe
Sicnrcl. Z.
EPERNOI^. Voy. Candale et Es-
3>ERNOJV.
^PHÇ:STIQN. V. HiPHESTIDN.
E^^HOliUS, celcbie orateur grec,
naiCmit à Cmues , dans l'Asie mi-
nourç , v,€rs l'an 565 avant J.-C,
c'est-à-dii^e , dans la cent quatrième
olympiade, e'poquc à jamais rae'mo-
]çab!e par la bataille de Mantinee.
Cojitcmporain d'E'-idoxe et de Thc'o-
pompe, il étudia sous le célèbre ora-
teur IsocratXî, et profita des leçons
d'un aussi grand maître. Il composa
plusieurs Harangues qui ne sont pas
parvenues jusqu'à nous; mais, au
jugcmient de Quintilien , le style d'E-
phorus manquait de verve et de
chaleur. Isocrate disait de son disci-
ple « qu'il avait besoin d'cperon pour
» être excité ; » aussi lui persuada-t-
il de renoncer au barreau et d'écrire
rbistoir^e. Epliorus, docile aux con-
seils de son maître , s'appliqua à con •
naître k, fond les grands événerapnLs
qui avaient précède le siècle où il vc-
<;ut, et il écrivit l'histoire des guerres
que les Grecs eiucnt à soutenir con-
tre les Barbares pendant un espace
de sept cent cinquante ans. Cet ou-
vrage mallic'ureuscment n'a pu sur-
nager sur l'abirno des temps , et l'on
d.oit sans do^u^ç lu regretter s'il est
vcai qu'il, ait oj^ienii, comme on le
croit, les sulTrages des anciens. A
l'exemple de soç maître, qu'il chéris-
sait beaucoup , Ephorus prit le deuil
à l'occasion de la mort de Socrate. U"
pareil hommage, rendu à la mémoire
de ce grand hûinm£ , atteste le cou-
rage d'Ephorus, et Tiit honneur à ses
sentiment';. On dit qu'il mourut vers
l'an 5<)0 avant J.-C. — Il y eut nu
autre Ei;uonvs OU Epuohe, uc aassi
dans la vilJc de Gumcs, qui écrivit
EPH
une histoire de l'empereur Gallim^
fiis de V^alérien. Ou ne connaît rien
autre chose de cet écrivain. P) — rs.
EPHHAIM de iS'evcrs, capucin , né
à Auxcrre, d'une bonne faiiulle, était
frère de M. Dechaieau des Bois , con-
seiller au parlement de P.;ris. Pour
obéir à ses supérieurs , qu< i'av.^ient
destiné à la mission dn Pégu, il tra-
versait le royaume de Golconde, eu
1645, lorsque le gendre du roi de ce
pays, qui entendait assez bien les ma-
thématiques , et qui faisait b- .'ucoup
de cas de ceux qui les cultivaient , ne
négligea rien pour engager ce reli-
gieux à se fixer dans ses états , lui of-
frant n^nie de construire à ses frais
une maison et une église, et lui repré-
sentant qu'il pourrait diriger la cons-
cience d'un assez, bon nombre de chré-
tiens établis dans cette contrée, et de
ceux que leurs aflaires y attiraient.
Voyant que tous ses e (Torts pour rete-
nir le religieux étaient iinitiles, il lui
fit don du calaat ( habillemeut d'hun-
)icur) le plus magiùiique, et l'obligea
de- prendre un bœuf pour faire le
voyage de Golconde à Masulipatam.
Arrivé dans cette ville , le P. Ephra'iin
n'attendait qu'inie occasion de s'y em-
barquer pour le Pégu; mais comme il
ne se présentait p;is de vaisseau sur
lequel il put passer, il alla à Madras,
où. les Anglais le reçurent si bien qu'il
s'y établit avec le P. Zenon de Baugé ,
qu'on lui avait donné pour compagnon
de sa mission. Le P. Ephraim, qui
était doué d'une facilité notable pour
apprendre les langues , ne larda pas
à parier parf,iiten»ent l'anglais et le
portugais. Les habilanlsdeSl.-'riioraé,
attirés par les soins qu'il prenait de les
instruire, venaient eu foule à Madras,
qui n'en est éloigné que d'une demi-
lieue, et s'y fixaient. Gc père était d'un
caractère conrijiant et ^(i\\f,é ; il appai-
sait souvent les démè'c's qui s'élevaient
EPH
entre les Anglais et les Portugais. Les
ecclé>i istiqucs de St.-Thomé , jaloux
des succès du P. Ephraïm, firent par-
tager leur ressentiment à Iciiis compa-
triotes , se saisirent de lui jwr sur-
prise , en 1648, et renvoyèrent, les
fers aux pieds , à Goa, où il fut livré
à l'inquisition. Quoiqu'on eût pris b
pre'caulion de le faire délia ri^cr de
nuit , de crainte que le peuple ne vou-
lût enlever un religieux qui était en si
grande vénérat/on dans cette partie
des Ir.des , le bruit de cet événement
ne tarda pas à se répandre et à par-
venir à Surate , où était alors le P.
Zenon. Ce dernier, surpris et piqué
de ce qui était arrivé à son ancien
compagnon, consulta ses amis, du
nombre desquels était Tavernier, et
partit par tei re pour Goa , en compa-
gnie de La Boullaye-le-Gouz , au ris-
que de tomber lui-même dans les mains
de rinquisition.il n'y put rien appren-
dre sur la cause de l'emprisonnement
du P. Ephrôïra ; on lui recommandait
même de ne pas ouvrir la bouche eu
sa faveur. Alors il prit le parti d'aller
à Madras , où .tyant appris par quelle
trahison on s'était emparé de la per-
sonne de son confrère, il parvint à
gagner un capitaine du fort , qui lui
prêta un détachement de soldats , avec
lesquels il surprit le gouverneur de St.-
Thomé , auquel il fit entendre qu'il ne
serait relâché que lorsque la liberté se-
rait rendue au P. Ephraïm. Cependant
ce gouverneur réussit à s'échapper , et
la nouvelle de l'cmprisonoement du
P. Ephraïm étant parvenue en Eu-
rope, son frère en fît des plaintes à
l'ambassadeur de Portugal à Paris , le
pape menaça d'excommunier tout le
clergé de Goa si l'on ne mettait le pri-
sonnier en liberté ; tout fut inutile.
Mais ce que des fidèles , ce que le chef
ée l'église lui-même avaient vainement
sollicité auprès de chréti^s, un payen
EPa 199
parvint à Tobtcnir. Le roi de Golconde,
qui faisait la guerre à un prince voisin^
avait alors son armée daus les environs
de St--TI»oraé. 11 envoya ordre à son
général d'assiéger cette ville , et d'y-
tout mettre à feu et à sang , s'il ne tirait
promesse positive du gouverneur , ^ue
sous deux mois, le P. Ephraïm serait
mis eu liberté. Il fallut bien que le&
inquisiteurs de Goa obtempérassent à
uue demande aussi pressante. Ou alla
eu conséquence dire au P. EpUraim.
qu'il pouvait sortir ; mais il ue voulut
pas quitter sa prisoB que tous les reli-
gieux de Goa ne viossenl le prendre
solemuellemcnten proccssiou , ce(|a'il&
firent aussitôt. LeP Ephraïm^u sor-
tir de sa captivité, dans laquelle 4
avah passé quinze à vingt mois , disait
que ce qui l'y avait le plus fâché, était
l'ignorance de l'inquisiteur «t de soft
conseil, quand ils l'interrogeaient, et
qti'il croyait qu'aucun d'eux n'avait
jamais lu l'Ecriture - Sainte. Un fait
très remarquable , dit Tavernier, c'est
q'ic le P. Ephraïm, qui louchait avant
d'entrer en prison , en sortit avec les
yeux très droits. Il fut d'ailleurs exirê^
mement réservé sur tout ce qui s*j
était passé à sou égard , et garda avee
une exaciitude sirupuleuse le serment
que fait prêter l'inquisition à ceux
qu'elle relâche. Apres avoir passé une
quinuinc de jours à Goa, chez les ca-
puches , espèce de récollets, il se mit
en route pour Madras , alla en passant
remercier le roi de Golconde de sa
puissante protection , et résista encore
une fois à ses solhcitations poiu- se
fixer dans ses états. Revenu auprès do
son troupeau de Madras , ii continua
à lui donner des soins, et fut souvent
aidé par son fidèle compagnon le P.
Zenon. Affable et obligeant, il accueil-
lait les voyageurs. II paraît qu'il fut
très hé avec Tavernier , auquel il avait
donné le calaat du princede Golconde
200 EPH
qu'il trouvait trop magnifîrine pour un
simpl(* religieux. On voit que le P.
Ephraïm, mal|^ré sa longue absence,
avait conservé pour sa pairie une
vive affection. Lorsque l'escadre fran-
çaise , commandée par Delahaye ,
vint, CD 1672, pour attaquer 8t.-
Thomé, elle fut redev.iblc à ce bon
missionnaire d'avis précieux qui la
firent tenir sur ses gardes contre les
promesses trompeuses des habitants
du pays, et détei minèrent l'entreprise
tentée contre cette ville. Carou, qui
faisait partie de cette expédition , dit ,
dans une lettre adressée à Colbtrt, et
insérée à la suite de la relation de
Delaha^, que ce chef et lui fondaient
toutes leurs espérances de réussir dans
un établissement à Ceylan , sur le cré-
dit du P. Ephraïm auprès du roi de
cette île. Ce fut 'insi que ce respecta-
ble religieux employa sa longue car-
rière à ètiiB utile à son prochain, et à
faire chérir la doctrine chrétienne par
la pratique de cette charité qu'elle re-
commande spécialement. E — s.
EPH HEM S. j, en syriaque
Afrim , florissait dans le milieu du
4'^. siècle. Il naquit à Nisibe en Mé-
sopotamie, sous le règne de l'empe-
reur Constantin P'. Son père était
prêtre du dieu Abnil à Nisibe, et sa
mère était originaire d'Amid. Dès sa
tendre jeunesse il abandonna la mai-
son de son père, qui le maltraitait,
parce qu'il montrait beaucoup de
goût pour la n ligion chrétinine , et
il se retira auprès do l'illustre S. Jac-
ques, qui était alors évêque de Ni-
sibe. Ce saint personnage l'instruisit
de tous les niystères de la religion
chrétienne; bientôt il put compter
Ephrem au nombre de ses disciples
les plus distingués, et il montra une
telle estime pour lui qu'il le conduisit
malgré sa ieunesse au concile de Nicéc
pour y combattre l'erreur des ariens.
EPH
En l'an 563 , après la mort de l'évê-
qiie S. Jacques et la cession de la ville
de Nisibe faite par l'empereur Jovicn
au roi de Perse Chapour II, Ejihrera
abandonna cette ville, se retira sur
les terres de l'empire romain , et alla
habiter dans la ville d'Amid. Il n'y
séjourna cependant que fort peu de
temps,àt dirigea ses pas vers Edesse,
où il s'occupa avec zèle de convertir à
la religion chrétienne les sectateurs des
idoles qui étaient encore en grand
nombre dans cette ville. Bientôt après
il embrassa l'état monastique , et il se
retira dans une caverne située dans
les raonlagnrs voisines de la ville
d'Edesse, où il mena pendant assez
long-temps une vie très solitaire. C'est
là qu'il composa son commcntaii'c sur
tous les livres de l'Ancien-ïestament
et la plupart de ses ouvrages. Sa ré-
putation se répandit bientôt au loin ,
et un grand nombre de personnes
vinrent dans sa solitude pour .s'ins-
truire auprès de lui. On compte
parmi ses disciples les plus distingués
Zcnob, diacre d'Edesse, Isaac , Si-
méon, Abraham et beaucoup d'autres
qu jouissent encore chez les syriens
d'une grande considération. Le bruit
des vertus et du savoir de S. Ephrem
inspira tant de jalousie contre lui
aux hérétiques et aux idolâtres qu'un
jour que ce saint était venu à EÀlesse
ils se précipitèrent sur lui , et lui
donnèrent tant de coups qu'ils le
laissèrent pour mort sur la place.
Quand il fu; guéri de ses blessures,
il rcfourua dans .sa solitude , et il y
composa la plupart de ses discours
contre les .sectateurs de Bardesane, de
Marciou , de Manès et contre les
idolâtres. Il fit ensuite un voyage en
Egypte pour visiter Pesois , chef des
solitaires du désert de Nitrie. Il resta
assez long-temps auprès de ce per-
suujiage, puis alla voir S. Basilc-le<
EPH
Grand , évêqvie de Césarcc en Cappa-
doce;il se lia avec lui d'une amitié'
intime, et il en reçut la qualité de
diacre. Sur l'avis qu'il reçut bientôt
après qu'une dangereuse hérésie se
manifestait dans le sein de la viile
d'Edesse, il se mit en route pour re-
tourner dans celte ville; chemin fai-
sant il ramena à la foi orthodoxe les
habitants de Samosate qui avaient em-
brassé les erreurs d'Arins. Quatre
ans après son retour àEdessc, S. Ba-
sile l'envoya chercher pour le faire
ëvêque ; mais S. Ephrem , qui se re-
gardait comme absolument indigne
d'un tel honneur , fit semblant d*è;re
insensé, et resta dans sa solitude. Il
mourut peu après ce même S. Ka-
sile, vers l'au 57g. Les Syriens ont
encore la plus grande vénération pour
sa mémoire , et ils l'appellent le doc-
teur du monde et le prophète de leur
nation. S. Kphrem a composé un
grand nombre d'ouvrajjes en sy-
riaque et en grec : I. un ample Com-
mentaire sur tous les livres de l An-
cien-Testament, à l'exception des
Psaumes , des Livres sapienliaux
et de ceux de Ruth , Judith , Tobie
et Esther ; II. i:n autre Commen-
taire sur le Nouveau- Testament,
qui est perdu; IIÏ. quinze Hymnes
sur la Nativité de J.-C. ; IV. quinze
sur le Paradis ; V. cinquante-un
sur la Fir^inité; VI. cinquante-
deux sur l'Eglise; W\. cinquante-
six contre l'hérétique Bardesane ,
Marcion et flianès et contre les
idolâtres ; VIII. un Livre contre
l'empereur Julien , qui s'est perdu;
IX. enfin un grand nombre (ÏOdes,
de Chants , de pièces diverses sur
divers sujets religieux , écrits en
syriaque comme tous ceux dont on
vient de parler. Outre cela il existe
encore en grec un grand nombre de
Discours , d'Exùrtaiions et de
EPH 201
Traites sur divers sujets théologi-
ques , écrits par S. Ëphrtra. Gérard
Vossii» publia en i6o3 , i vol.
in-b". à Cologne , et en 1G19 à An-
vers , aussi I vol. in - 8". , une
Traduction latme de la plupart des
écrits grecs de S. Ephrem. Le texte
grec de cent six Hiscours de" ce saint
fut imprimé à Oxford en 1709, in-
8'. Plusieuis autres se trouvent dans
la Bibliothèque des Pères. En 1 736
et années suivantes , on publia à
Komc, en six volumes in-foi.. Tuni-
que édition complète des Œuvres
grecques et syriaques de S. Ephrem.
Le premier volume fut publié par
Joseph Assemaui. Les cinq derniers
le furent par les soins d'un jésuite
nommé Pierre Benoît. On a quelques
traductions françaises de S. Ephrem:
L Opuscules divins et exercices spi~
rituels, traduits par François Feuar-
dent, 5". édition , i6o'i , in-8". ; on
trouve dans ce volume le Sermon de
S. Cynlle d' Alexandrie, De l'issue et
sortie de famé hors le corps hu-
main, et une Béponse à un Calvi-
niste touchant la virginité et VeX'
cellence de Marie ; IL Discours de
la Componction , traduit [)ar Bos-
quillon , 169", in-ia. Il existe beau-
coup d'ouvrages do S. Ephrem tra-
duits en arabe, en arménien et en
copte. ( Voyez CoLZR J. C!ir. ).
S. M— w.
EPHREM, patriarche arménien de
Sis en Glicie, fils- d'un [)ersonnagc
distingué de la ville de Sis. nomme
Markos, naquit en 1754. Il se li-
vra avec succès à l'élude de l'élo-
quence, de la théologie et de l'his-
toire , et il s'acquit par ses talents
une si «grande réputation parmi ses
compatriotes unis à l'Eglise romaine
que la cour de Rome lui donna le ti-
tre d'évèquc z'/i ;jrtrt/i«5. En 1771 il
fut élu patriarche de Sis, après li
302 EPI
mort (le son frère Gabriel. Il occupa
ce siège pendant treize ans, et inoii-
lut en 1784- Il eut pour suc§Esseur
Tbe'odorc IV, en arménien Thoros. Le
patriarche Eplirera a compose' un
grand nombre de pièces de vers fort
fslinieVs des Arméniens. Elles sont
presque toutes relatives à des sujets
religieux.; clies sont restées manus-
crites. Il a encore compose' une His-
toire chronologique des patriarches
arméniens de Ciliciejusqu'à son temps,
aussi manuscrite. S. M — n.
EPICIIARIS est du petit nombre de
ces femmes citées dans l'histoire pour
•Tvoir montré une fermeté d'amc
au-dessus des forces ordinaires de
leur sexe. Quand les crimes et les fo-
lies de Néron , portés à J'exccs , eurent
lassé les Romains, il se foi ma contre
lui une conspiration dont le premier
.'uitcur ne fut pas bien connu , mais
dans laquelle entrèrent des consu-
l.'ires , des sénateurs, le préfet du
prétoire, des chevaliers, des per-
sonnes enfin, dit Tacite, de tout
rang, de tout âge, de tout sexe, des
ii(bes, <les pauvres, etc. Il se trouva
parmi tant de conspirateurs une fem-
me, tmc affranchie, Epicharis , ve-
nue là sans qu'on sût comment, et
jusque là peu connue par son goût
pour les choses honnêtes. Voyant que
les conjurés , mus sans doute par
des motifs divers , flottaient entre
l'espoir et la crainte et temporisaient,
rlle prit sur elle de leur faire des re-
proches et (\p les encourager. En-
liuyc'e enfin de leur lenteur, elle se
tlonna un rôle actif. El'e alla en Cam-
panie pour g-igncr les oflîciers de la
flotte de Miscne; elle s'attacha à Vo-
Jusius Proculus qu'elle connaissait,
çt qui avait un commandement de
nulle hommes sur cette fl.olte. Il avait
f té un des instruments de Néron pour
k mcurlre de sa mère, et en avait été
' EPI
mal paye'. Epicharis , en s'ouvrant h
lui de la conspiration, eut la pru-.
dencc de lui taire les noms des conju-
rés. Proculus alla révéler à l'empereur
ce qu'il savait. Epicharis fut amenée
devant lui. A la confrontation cilc fit
tomber facilement une délation qui
n'était appuyée d'aucime preuve. Né-
ron la retint cependant en prison ,
dans l'idée que la chose pouvait être
vraie, quoiqu'elle ne fût pas prouvée.
Une nouvelle délation fut faite; elle
le fut par un affranchi de Natalis ,
chevalier, ami de Pison. Natalis fut
arrêté et conduit devant l'empereur,
avec les sénateurs Scévinus et Quin-
tianus, et avec Lucaiu et Scnccion.
Intimidés par les menaces et l'appa-
reil des tortures, ou corrompus par
l'espoir de leur grâce, ils avouèrent
tout, et chargèrent leurs principaux
amis. Néron se rappela alors qu'Epi-
charis avait été accusée par Procu-
lus, et p(»nsant que le corps d'une
femme céderait facilement à la dou-
leur, il ordonna qu'on la déchirât par
les tortures. Les fi'uets, le l'eu, la fu-
reur des bourreaux honteux d'être
vaincus par une femme ne purent lui
arracher d'aveux. Le lendemain, pour
subir les tourments d'une nouvellft
question , elle fut apportée sur ua
siège, ses membres étant disloqués.
EI'c passa son cou dans le cordon
d'un mouchoir qu'elle avait détache
de son sein, et qui tenait au siège.
Aidée du poids de son corps mou-
rant, elle s'étrangla , et expira aussi-
tôt. M. Ximenès a fiit représenter en
1755, une tragédie d'/vpc/mm ou
la Mort (le JSëron. G. M. J. H. Le-
gouvéaaussi donné unetragédied'JE-
picharis ( f^. Lïgouvk ). Q. R—- y.
EPICl'ÈTE,d'HiérapoIis en Phry-
gie, fut un des plus illustres sou-
tiens de cette philosophie désolante ,
(jui , vivciucut at'a^ucc par Plularque ,
EPI
et n'étant appropriée ni à la nature
ide l'homme, ni aux affections inhé-
rentes à sa constitution , a fait p!iis
de charlatans de vertu que de vrais
amis de la sai;essc. Vouloir opposer
une digiie conslamuicnt iasurmontab'.e
à l'impulsion des passions humaines,
sera dans tous les temps une entre-
prise te'mr'raire. Le ve'ritahie , le dif-
ficile talent du pédagogue, est de leur
donner une direction , sinon toujours
utile, au moins non nuisible à l'état so-
cLil. Epictète, né dans l'indigence au
premier siècle de notrccrr. fut, dans sa
jeunesse, esclave d'Epaphrodite, af-
franchi de ^'cron , et l'un de ses gardes
particuliers , homme grossier , slnpiàe
et de mauvaises mœurs. On rapporte
qu'unjouril s'amusait à tordre la jambe
de son esclave: «Vous mêla casserez,
» dit Epictète, » et l'événement justilia
sa prédiction : « Je vous l'avais bien
» dit , ajouta tranquillement le philo-
» sophe. (i) a Fut-ce par suite de
cet accident , ou lùen de naissance ,
qu'Epictète boitait? Les opinions sont
partagées sur ce point, mais son in-
firmité est constatée par une épi-
p;rammc grecque que rapportent Au.'n-
Gellc et Macrobe. Les circotistanccs de
la vie du Phrygien sont peu connues :
son véritable nom ne l'ct même pas,
car Epictète ( È-i/zr.ro; ) est un ad-
jectif qui signifie esclave, serviteur.
On ignore quand il reçut la liberté.
On sait seulement que Domitien ayant
rendu, vers l'an 90 de l'ère vulgaire,
un édit qui chassait d'Italie les philo-
sophes, Epictète se relira à Nico-
poiis en Epire , où l'on croit qu'il passa
le reste de ses jours. Cette opinion ,
néanmoins, présente des difucullés ;
car Spartien dit positivement que ce
philosophe vécut dans une grande
'^i^Cflic, »n clunt ce trait i-t l'opposant ant
cbrétiïnj, lear disait d'uo air intnltant : .< Votre
» Chrut a-t-ll rirn fait rie plu» j;rand .' . -« Oui,
s il s'est lu, » lui rt^oodit Urigcoo,
E P ï 4n5
familiarité avec l'empereur Adrien ,
ce que n'eût guère permis la distance
de leurs demeures re>pectivc5. Au rcste^
ce commerce brillant n'enrichit jwint
Epictète. Il habitait à Rome ntjo ma-
sure sans portes , et n'avait pour tout
meuble qu'une table, une couchette,
un méchant matelas. Un jour, jmï
une espèce de ln\e, il acheta une lampe
de fer ; il en fut puni : un voleur entra
subfilerarnt chex lui , et la déroba. « U
» sera bien attrapé demain, s'il rc-
» vient, dit Epictète, car il n'en trou-
p vera qu'une de terre, n L'époque de
sa mort a été le sujet d'une vive con-
testation parmi les savants. Suidas la
fixe sous le règne de Marc-Aurèle;
mais, en remontant du couronnement
de ce dernier à la mort de ?séroo . on
compte environ quatre-vingt-quatnrye
ans. Epictète en eut donc eu au moins
cent dis sous Marc-Aurèle, et Lucien
ne fait aucune mention de lui dans son
dblogue De longœvis. Marc-Aurèle
lui-même ne le cite point parmi les
philosophes qu'il a entendus; au con-
traire . il s'écrie : a Combien ce siècle
» a-t-il enlevé de Chrvsippes, de So-
V crates, d'Epictètes? » Ailleurs iî dit :
« Je dois à Rusticus la connaissance
» des Commentaires d' Epictète, qu'il
» tira de sa bibliothèq'ie pour m'en
» faire présent. » D'.iiileurs Aulu-Gellr,
qui écrivait sous Antonin-le-Pieux , ne
parle jamais du philosophe qu'au pas-
sé : enfin , il est probable qu 'Arricn
ne composa ses Dissertations qnsjtrbs
h mort d'Epictète , et elles étaient
déjà répandues du temps d'AuIu-Geile.
Gilles Boileau, qui combat Sanmaise
tout en adoptant à peu près sou sen-
timent, a composé une table chrono-
logique dans laquelle il fixe la mort
d'Epictète à l'an de Rome 90-, i5o>
de l'ère vulgaire , fixation qui , d'après
.ses calculs, ne donne pas moins do
cent ans au philosophe. Dacicr a rap-.
2o4 E P I
proche cette mort d'environ quiiizc
ans , ppu de temps avant le règne
d'Antonin-le-Pieux, ce qui s'accorde
mieux avec les expressions d'Aulu-
Gellc , et il suppose à Eplctèle de
quatre-vingt-dix à quatre-vingt-douze
ans. Quoique st< ïcien , Ej ictète n'eut ,
il faut l'avouer, ni la jactance, ni l'as-
pe'rite des gens de sa secte. La vertu
qu'il prisait le plus était la modestie.
« Si tu sais te contenter de peu , dit il ,
» ne vas pas l'en vanter; si tu ne bois
» que de l'eau, ne l'affectes point en
» pub ic ; si tu t'exerces à quelque
» travail pénible , que ce soit en par-
» ticulier. » Il fais.iit peu de cas des
ornements de l'éloquence, et leur pré-
férait une diction simple , grave et ner-
veuse. Il plaignait les grands de leur
orgueil : « L'intérêt seul , disait-il ,
» nous dicte le respect que nous fei-
» gnons pour eux ; ils sont comme les
» ânes, qu'on étrille pour en tirer ser-
» vice. » Il définissait la Fortune, une
femme de bonne maison qui se pros-
titue à des valets, a t/<sr commencer
» à être sage , ajoutait il , de n'.iccuser
>» que soi de ses malheurs; mais c'est
>» l'être au plus haut degré , de n'en
» accuser ni soi ni les autres. » En-
nemi d'Epicure et de sa doctrine, il
admirait Soeratc, et nous a laisse du
vrai cynique un maguilique tableau.
Au rel)ours de beaucoup de philoso-
phes, il faisait grand cas de la pro-
f)relé, mais regaidait-le luxe comme
fi source de tous les maux. Il ne vou-
lait point qu'on allât ( unsuiler l'oi ac!c
quand il était qu( stion de délendre un
ami; mais il soutenait ipie le sage seul
connaît la véritable amitié, parce que
lui seul saitdis(crncr le bon du mau-
vais. Quoique ])uvrc, il prit chez lui
l'enfant d'un de ses amis , qui l'avait
exiwsé par indigence. H rappda à la
raison un autre hotîinjc qui aviiit ré-
solu de se laisser mourir de faim , co
EPI
qui semble indiquer qu'il n'approuvaif
pas le suicide. Au contraire , il estimait*
par-dessus tout la constance et la fer-
meté. « Ce ne sont pas les choses ,
» dil-il , qui nous font dn mal , mais
» bien l'opinion que nous nous en for-
» mons. » Cet axiome , qui peut êtra
"vrai jusqu'à un certain point quant aux
affections morales , n'est qu'un misé-
rable sophisme par rapport aux maux
physiques. Il mentait impudemment
ce philosophe qui disait : « Oh ! goutte,
» tourmentes moi tant que tu le vou-
» dras , jamais tu ne me contraindras
» d'avouer que la douleur soit un mal. »
Epictète, par suite de ses piinripcs,
fit toute sa vie la guerre à l'opinion.
Toute sa doctrine se réduit à ce point :
parmi h s choses , les unes dépendent
de nous , ce sont nos actions ; les au-
tres en sont indépendantes. Portons
tou< nos soins à rectifier les premières;
mais il est insensé de rccliercher ou
de fuir les autres, puisqu'elles ne
dépendent pas de nous. A'jéyov zat
ànéy^ov , dit Epictète; Susline, et ahs-
tine; supportez les peines et fuyez
les plaisirs. C'est là son grand précep-
te, il » st beaiii, mais diflleilc à suivre.
Malgré son indigence , Epictète jouit
toutes.) vie, et pUis encore après sa
mort, de la considération publique.
Lucien en fournit une preuve plai-
sante. Il rapporte que , de son temps ,
certain iiibécille paya 3,ooo diag-
mes la l.impc de terre qui a\ait
appartenu au philosophe, persuade'
qiien écrivant à la lueur de celte
lampe, il ree<vrait de doites insj)ira-
tious. Ce trait rappelle c( lui du chi-
miste qui acheta les j>antoufles de Vol-
taire. Suidas prélcnd (|u'Epi(lète avait
beaucoup écrit ; mais on révoque ce
fait en tloiite, du moins il ne nous est
rien parvemi de lui. Arrien que, par
une erreur typographi(pie, on a fait
vivre l'an i34 «♦'<»"< J.-C, dans l'ar-
EPI
tlclc de cette Biographie qui lui est
cons.tcré ( il fuil lire après J.-C. ) ,
Arrien , disons-nous, le j)lu> célèbre
des disciples d'Epi.-tèle, recueillit avec
soin les discours et les principes de
son ui;iî[re , ( t en composa plusieurs
traités : ]. De la vie et de la mort
d'Epiclète; II. douze liv^e^ d' s /Jis-
coitrs familiers de ce piiilosophe: »es
deux ouvrages sont perdus; il!, huit
livres de Dissertations sur Epictète
et sa philosophie, dont qua're S(U-
Jem<'nt nous restent; IV. ï'Enchiri-
dion , ou Manuel d'Epictèle , que
nous possëiions, et dans lequel , s^ll^>
la f^rme la plus concise , il offre le
tableau de U p:oloso|)hie murtie dn
Pljryç;iru. Arrien dédia ce M mue] a
M. \ ilérius Messalinus, qui fut con-
sul l'a.'ide Romegoo. Siiuplicius ^i»o^'.
SiMPLicJUs) a fait un Commentaire
sur ce Miuuel. Ou trouve en outre
dans plusieurs auteurs , el surtout dans
Slobée, uu grand nombre de Sen-
tences d'Epiclète qui ne se renrontrcn'
iii dans les Oisserlalions d'\rrien, ni
dans son ÎVIanuel, ce qu'explique ai-
sément la perle que nous avons fjile
de la plus grande partie de ses ouvra-
ges, sans qu'il soit besoin de lecouri: à
l'opinion deSauniaise, qui pense qii'Ai-
rieu avait composé deux M nuels d ffé-
rents. Cps Sentences ont été recueillies
par blaucarl, Stollius . «t, entre au-
tres éditions , à Copenhai^ue, 1629,
in-ia. Enfin, quelquc-s auteurs ont en-
core attribué au stoïcien : Allercatio
Hadriani ctirn Epicleto , ou Ques-
tions de l'empereur Adrien et répon-
ses du philosophe , traduites en fran-
çais par Jean de Coras , Paris, 1 558 ,
in-8".; Lyon, iSgô, in-4 ". , et par
quelques autres; mai» il suffît de jeter
les yeux sur cette rapsodie pour se
convaincre qu'elle est indigne d'Epic-
lèle. C'est un recueil tait p^r quelque
moiac, daus lequel cepeodaul il â iu-
EPI ao5
se'ré plusieurs sentences du philoso-
phe. Le Manuel a été traduit en latin
par Ang" Po ilien , avant qii<- de pa-
raître en grec. Il fut auisi publié par
Philippe Béroalde l'ancien, à Bologne,
Lîenoil Hector, i49", in-fol. , avec
Cébès , G nsorin , uu Dialogue de Lu-
cien, deux Trdlés de S. Basile et un
de Plutarqtie; puis dans les œ ivres de
Polili. n, Venise, Aide. i4*^' in-fol.,
et souvent depuis. La 1 '. édition grec-
que, avec le C «niinentaire de Simpli-
cius, est de Venise, 1 5'i8 , in-4 '• Gré-
goire Haluandi <■ en donna , l'année
suivante, à Nuremberg, in-8 . , une
édiliou qui est tic» rare, et qu'il crut
la première. Trine.»velli ; Venise ,
i552, il -8'. }, Neo'uirius(Paris, im-
pi imeric royale , 1 5 jo, in-4°. ) , Jérô-
me V^erlen ; ijouvain, i55o, in-8".),
Jacques Tusan ^ Paris, i55i, in -4°')»
viuren' aprè> lui. Ttiomas Kirch-
may« r ( IVaogeorgus ) en donna la
première édition grecque et latine à
Strasbourg, 1554, 'u-8 ., et v joi-
gnit un Coiuineutaire de sa façon.
Les Dissertations d' Arrien , tradui-
tes par Jai-ques Schegk , p^trurent
pour la preiriière fois . grec.-lat. , à
Bàle, Jean Oporin , i5 )4 in-4 . J^'
rôme Wolf en donna deux éditions
corrigées à Baie, Ojtorin, sans date,
in-8'., et i56o, 5 vol. in-8 . Elles
contiennent, ea outre, le Manuel et
le Commeiitairede Simplicius. Les édi-
tions du Msnnel, d Paris, André
Werhel, i5u4. «n^'-» *' d*" Colos-
w .r ( Claudiopolis ) , 1 585 , in- 8°. ,
soi.t rares. Celles Cum notis vario-
rum sont estimées, Leyde, 1670,
et Delft , i685 , in - 8 . , données
par Borkel; Dcift, 1723, in-8.,
par Sehroeder : on y joint ordinai-
rement celles d'Oxford, 1740 , in-
8 ., par Simpson, et de Cambrid-
ge, i655, in -8'., par Luc Hols-
tdu; c<:Ue dernière est fare ei re-
So6 EPI
cherchée. Adrien Keland en donna
une à Utreclit, 1 7 1 1 , in -4". , version
«ie Mcilx)mius et corrections de Sau-
jnaise; et Jean Upton, une antre,
complète et très estimée , Londres ,
1759-1741, 2 vol. in-4°. Celle qu'a
publie Clir. G. Heyne , avec ses noies ,
\'arsovic et Dresde, 1776, in-S". ,
est digne de tout ce qu'a produit cet
Jiomme ce'ièbre. Le frontispice en a
c'te reproduit sous la date de i 785.
Jean Scl!Weiç;li3euser a donne' à Ltip-
z\'^, 1799, 5 vol. in-8"., une bonne
édition grecque-latine du Mr.nuel, des
Dissertations et des Fragments , < t
M. Bodoni , nne magnifique c'dilion
grecque-italienne du Manuel, tiie'e à
eent exemplaires seulement, Parme,
1795, in -4". Celle petit in- 8"., même
date, est lire'e à deux cent cinquante
exemplaires. Parmi les petites edi»
lions , on distingue celles de Snccan ,
Leydc, 1 634 , d'Amsterdam, 1670,
et de Glascow, Foulis, n5 1 . Edouard
Ivie a traduit le Manuel en vers la-
tins , et l'a publié avec le texte , Ox-
ibrd , I 7 1 5 , in-S". On compte dix-
neuf traductions françaises d'Epicicte.
IjC nouvel éditeur de la Bihliolheccl
ç^rœca de Fabricius en a omis linit.
La plus ancienne est celle d'Antoine
Dumoulin, Lyon, 1 544) in* 16. Claude
Gruget vint ensuite, Anvers, Plantin ,
1 558 , in-i j avec les Epîircs de Plia-
laris, Paris, 1591, in- 12. Puis An-
dré Rinaudeau, Poitiers, i567,in-8".
En i6o5, il parut une version ano-
nyme du Manuel , dans nn livre in-
titulé la Philosophie morale des Stoi-
ques , et qui n'est lui-même qu'une pa-
raphrase de ce Manuel , sans nom de
lieu , in-vi4, petit volume rare. Guil-
laume Duvair ( i(j()6, in -8". ) et le
P. Goulu ( it)5o, in-8". ) en donnè-
rent ensuite deux autres, Gilles Boi-
Icau vint après eux, et publia la Fie
d'Epiclùlc et sa philosoyJiie [ VEn-
EPt
chiriàiori ) aVec le Tableau de Cébes,
Paris, i(J55, in-i2, souvent réim-
primée. Cocquelin ,chaucelierderuni-
versité de Paris, lui succéda, Paris,
î f )88 , in- 1 2 ; puis le fécond abbé dé
Lellegarde, Paris ( Trévoux ), 1701 ;
Amsterdam , 1 709 ; La Haye , 1 754 ;
Eonillon, 1772, in- 12 ; puis enfin le
P. Mourgues, dans son Parallèle de
la vtornle chrétienne avec celle des
anciens philosophes , Paris, 1702,
in- 12. Dacier laissa loin de lui ses
nombreux prédécesseurs ; sa traduc-
tion parut en 17 i5, 2 vol. in-12,
réimprimés en 1776 et 1780. Elle
conlient la Vie du Stoïcien, le »îa-
nuel, le Commentaire de Simplicius,
nn nouveau Manuel, tiré des Disser-
tations d'Arricn , et le texte grec du
premier. Depuis Dacier , Leicbvre de
Villcbrune publia en 1 782 , 2 vol. in-
18, une édition grecque et française
du Manne! ; sa version , réimprimée
depuis , est souvent infidèle. M. do
Pommereul en donna nne autre la
même année j elle est accompagnée de
réflexions sur Epictèle et rur la phi-
losophie des Stoïciens. M. de ^^mc
St.-Fauxbin publia en i 7B4 ( '■* vol.
in- 1 8 ) nn Nouveau Manuel d' Epic-
tèle , tiré d' Arrien ; M. 15eliu dciSal-
lu, une traduction du Manuel et du
Commentaire de Simplicius , Paris ,
1 "90 , iu-8°. Le poère Desforges don-
na ( 1797, Jn - 4"' ) '""'' imitation
du Manuel eu VciS. Cànlr.s , pen-
dant sa détention en Allemagne, le
traduisit , et son ouvrage ]).irut en
119,), u vol. in- 18, réimprimés en
i8o5 ( voy. Camus ). Enfin cette an-
née ( i8i'4), M. Pillot a public «
Douai, in 8"., «nie nouvelle vcrsiort
du Manuel, à la suite des Maximes de
Phoc-y lides et de Theognis, et des ver»
dorés de Pythagore. Le Manuel est
en outre compris dans la collection des
Moralistes ; la traduction eu est dt
ÊPI
Naigeon, Paris, 1781, in- 18. Il
existe encore les Morales dEpic-
tèle , de Socrate , Pluiarque cl Sé-
nèqite, par Desmarets de St.-Sorlin ,
irapiiïuees aif cliâteau de Riolielieii ,
i658, iu-S '., et P;iiis, L'jyson, i65g,
in- 1-2. Le Manuel a c'te tr,*duit en al-
lemand , en espasiio! , en portnj^ais,
en anglais, en itiîien, etc. Mirhel
Rossa! a pnb'ié Dlsquisilio de Epic-
teto qiid probniur eun non fuisse
christianum, Groninszuc, i"jo8, in-
8'.; Daniel Millier, DeEpictetichris-
tianismo, Ci.emnilz, \niî^^ i'i-4**-î
et Clir.-Ang. Hcumann, De '^hilo-
sophid Epicteli, léiia , 1703, in-4°.
Le P. Toluiu-is a fait imprimer aussi
im Discours sur la philosophie d'E-
pictète . 1700, in-8'. D. L.
EPICUUE, l'un des plus célèbres
})bilosoplies de l'unliquilé , était d'une
famille illustre, celle des Pliilaïdrs,
qui descendait de Philaens, petit -fils
d'Ajas. Neoclcs , son père, habitait le
bourg de Gargéltie, dans l'Attique;
se trouvant assez mal partagé du
côté de la fortune , il passa dans i'îlc de
Samos, lorsque les Athéniens y en-
voyèrent une colonie, l'an 55'2 av. J.-C.
Diogènes Laërce fixant la naissance
d'Epicure à l'an 34 1 av. j.-C.,il
est évident qu'il reçut le jour à Samos
et non à Gargettie^ comme on le dit
ordinairement. On rapporte que dans
sa première jeunesse il suivait sa
mère, qui faisait métier d'aller ex-
pier les maisons , et qu'il lisait les
formules d'expiations ; devenu pins
grand , il aidait son père à tenir l'é-
cole qu'il avait levée à Samos. Epi-
cure commença dès l'âge de quatorze
ans, à se livrer à la philosophie. Il
fréquenta d'abord Pamphilus, l'un
des disciples de Platon, et Nausipha-
tie, de l'école de Démocrite, et non
le disciple de Pyirhon , comme le
«lit Diosèûcs Laëicc > car Pyrrhon
E P I 207
était contemporain d'Epicure. Ces
leçons ne le satisfirent pas; s'étant
mis à lire lui-mêmc'les écrits de Dé-
mocrite , il fit de grands progrès dans
la philosophie , et *e crut bientôt en
état de former une nouvelle secte. 11
vint à Athènes à l'âge de dix-huit ans,
mais il y séjourna |>eu , à cau-^e des
troubles qui survinrent après la mort
d'Alcxandn . Il se rendit auprès de son
père, àCo'.ophon, dans l'Ionie, alla
ensuite à Mitylène el à Lampsaque, ou
il commença à professer ses nouveaux
principes. Il s'y attacha un grand
nombre de disciples, parmi lesquels
étaient ses trois frères: Néoclés, Ghé-
rèdème et Aristobule, et étant revenu
avec eux à Athènes, l'an Sog av. J.-C,
il y acheta un jardin , pour le prix de
quatre -vingts mines ( 7,'ioo fr. ) , et
se mit à y enseigner sa philosophie.
Tout le monde n'était pas admis à ses
leçons ; mais ses disciples , à l'exem-
ple des Pythagoriciens, formaient une
espèce de communauté. Il ne voulut
cependant pas que leurs biens fussent
rais en commun , disant que cela ex-
citait la méfiance; mais chacun payait
une portion de la dépense. Elle était
peu considérable , car ils se conten-
taient des ahments les plus simples.
L'union la plus parfaite régnait entre
eux. Elle subsista même long - temps
après la mort d'Epicure, et Cirérou
dit que les épicuriens de son temps
vivaient encore eu commun, et dû
mcdleiir accord. Les femmes même
étaient admises dans celte société , et
l'on cite, ])arrai ses disciples les plus
célèbres , I.éontium , courtisane d'A-
thènes ( /'oj. Leontiitm), et The-
uiista , femme de Leontius de Lamp-
^aqHe. Comme il ne dogmatisait pas en
public, !a secte fut peu célèbre de sou
vivant; mais après sa mort ses livres
s'étant répandus, la doctrine eu fut
vivement attaquée par les sîcicicîis ,
203 EPI
qui ne rougirent mêrae pas d'avoir
recours aux calomiiifs les plus atro-
ces. Diotime , stoïcien , alla jusqu'à
fabriquer , sous le nom d'Epicure ,
cinquante lettres adressées à Jes cour-
tisanes, dans lesquelles on le faisait
parier de la manière la plus obscène ;
mais Chf ysippe lui - même convenait
de la pureté df s mœurs d'Epicure ; il
est vrai que pour ne pas en laisser
l'honneur à sa philosophie , il préten-
dait que cette pureté de mœurs tenait
uniquement à son insensibilité. On
l'accMsa aussi d'athéï^me , et cette ac-
cusation est celle qu'on a le plus fré-
quemment répétée. Il est bien difficile
de connaître la véritîble opinion d'E-
picure sur la Divinité. Cicéron dit qu'il
en avait parlé dans les termes les plus
sublimes , et qu'il recommandait la
piété à ses disciples. On dira sans
doute que c'était pour se confoi mor
aux idées du vulgaire; mais dans sa
lettre à Ménécée il s'exprime ainsi :
« Les dieux ne sont point tels que le
» croit le vulgaire. L'impie est, non
V celui qui rejette les dieux de la mul-
» titude , mais celui qui attribue aux
» dieux les opinions de la multitude. »
Ces expressions , si elles avaient été
connues, auraient suffi pour le faire
persécuter. Ce n'était donc pas par
prudence qu'il faisait, de l.i croyance eu
dieu , l'un des principaux dogmes de sa
philosophie. Il faut convenir cepen-
dant que ses autres opinions sur les
dieux rendaient celte croyance inutile.
Il les regardait comme des êtres par-
faitement heureux , impassibles et ne
se mêlant pas des choses humaines,
ce qui détruirait et la providence et
l'espoir des peines et des récompenses
futures. Sa morale était entièrement
fondée sur le principe de l'intércl per-
sonuel. L'homme est sur la terre pour
chercher le bonheur, il le trouve dans
UDC viç cahûc et trau(j[uiUc. Le sage se
EPI
tiendra donc en garde contre les pas-
sions qui pourraient le troubler. Le
plaisir physique consiste dans la satis-
faction des besoins naturels. Moins on
met de recherches à les satisfaire ,
moins ou est exposé aux privations.
On est par conséquent moins exposé
aux revers de la fortune. S'abstenir
pour jouir était donc sa grande maxi-
me. Le bonheur des individus dépend
du bonheur général. Le sage se con-
forme donc aux lois établies. Ces prin-
cipes , lorsqu'o*! n'en saisissait pas
l'ensemble , pouvaient être fort dan-
gereux. On disait vulgairement qu'E-
picure faisait consister le souverain
bien dans la volupté, et beaucoup de
gens s'en tenaient là, sans se donner
la peine d'examiner ce qu'il entendait
par la volupté; ils auraient vu en effet
qu'elle ne différait en rien du- la sagesse
des stoïciens. Ces faux épicuriens fi-
rent beaucoup de tort à la secle. Ils
furent chassés de Uome du temps de
la république. On les chassa aussi à
plusieurs reprises de différentes vdlcs j
mais l'école subsista toujours à Athènes.
Elle y existait encore du temps de Lu-
cien , et Numenius, son contemporain,
remarque avec douleur que les épicu-
riens avaient conservé dans toute sa
pureté la doctrine de leur maître,
tandis que celle de Platon s'était sin-
gulièrement altérée. Les Stoïciens
s'.ipproprièrent plusieuis des maxi-
mes d'Epicure et de ses apophtegme*
les plus remarquables, exprimés avec
esprit ,d'unstilesentenlieux, et Sénè-
que en a emprunté une foule, qui
font le charme de ses lettres à Luci-
lius. Epicurc affectait un grand mé-
pris pour les géomètres et pour les
mathématiques. On le voit bien aux
idées qu'il s'était faites du soleil ,
de la lune , et du système du mon-
de. 11 soutenait que la lune et le
soleil ne sont pas plus grands qu'ils
EPI
lie paraissent à la vue , erreur que Lu-
crèce a reproduite dans ce vers :
NïC mijor
Eue potcit ooilris qnam leotibus exe vidctnr;
Il ajoutait que le soleil s'e'teignait tous
les soirs daus l'oce'an , et se rallumait
tous les matins. C'éomede, dans son
second livre, a pris la peine de reTuter
sérieusement toutes ces inepties. Epi-
cure avait emprunte' de Democrite et
de Leucippe l'idée des atomes , qu'il
regardait comme les principes de toutes
choses. Ces atomes , tombes dans un
loug discrédit , et que Gassendi a tente'
vainement de réliabiliter , n'avaient
d'autres propriétés que la dureté' et la
pesanteur, et par conséquent pas la
moindre ressemblance avec les gaz de
toute espèce qui jouent un si grand
rôle dans la physique et la chimie des
modernes. Epicure mourut do la pierre
dans la '^/à'. année de son âge. Il ne
s'était point maiié; non pas qu'il
blâmât le mariage, car il enseignait
qtic le sage devait se marier et avoir
des eufants ; mais comme il avait tou-
jours été d'une santé très faible, il ne
crut pas devoir observer lui-même le
précepte qu'il donnait aux autres. Par
son testament , que Diogène - Laërce
nous a conservé , il légua sou jardin et
une maison qu'il avait à Mélitc, à
Hermachus , son successeur, et à ceux
qui seraient après lui à la tête de son
école , tant qu'elle subsisterait , pour
continuer à y rassembler ses disciples.
Sa mémoire resta toujours parmi eux
en vénération. Ils célébraient tous les
ans, par une fêle, le jour de sa nais-
sance. Ils avaient son portrait sur leur
bague , sur leurs coupes , dans leurs
chambres, et ne parlaient jamais de
lui qu'avec le plus grand respect. Dans
le nombre des manuscrits grecs dé-
couverts à Herculanura , se trouvent
plusieurs ouvrages d'Epicure : le dé-
roulement u'eu tst pas achevé. On a
XIII.
EPI aor)
commencé à publier â Naples, ea
i8i4, quelques fragments du liv. Il
de son traité De la nature des cho-
ses. Personne n'a mieux développé
le système de la philosophie d'Epi-
cuje que Gassendi daus son Sjng-
tagma de viui et moribus Epicuri ,
Ub. b , Lyon , i G47 ; La Haye , 1 656 ,
in-4''. , etc. ( r. Gassendi ;. Ou peut
voir aussi Jacques Duroudel , Fie
d'Epicure , Paris , 1 679 ; La Haye ,
16S6, in- 12 ; traduite en latin, Ams-
terdam , 1695; la Morale d^ Epi-
cure , par le baron des Coutures,
Paris , i685 , in-i 2 ; Za Morale d'E-
picure, par l'abbé Bitteux, Paris,
I -j 58 , in-8 . ; Apologie pour Epi-
cure j par J. D, P., 1 65 1, in- 12;
Discours sur Epicure , Paris, 1684 ,
in- 12. C — R et D — l — e.
EPIMÉNIDES, de la ville de
Gnosse , dans l'île de Crète, se retira
dès sa première jeunesse dans une
solitude, et lorsqu'il se crut parfaite-
ment oublié, il reparut tout à coup
dans sa patrie, avec les cheveux et la
barbe longs et négligés , et fit répan-
dre le bruit qu'il avait dormi cinquante
ans. Il se mil à jouer le rôle d'un ins-
piré, et il se prétendait en commerce
avec les nymphes. Sous ces dehors
d'un fanatique , il cachait des connais-
sances très profondes. Il s'était beau-
coup occupé de politique , particuliè-
rement de la législation des Cretois ,
sur laquelle il avait même écrit quel-
ques traités. Solon , qui avait eu oc-
casion de le connaître dans ses vjoya-
ges, le fit mander à Athènes, sous
prétexte de purifier cette ville,*qui
était alors livrée à des troubles et des
dissensions intestines. Les Athcui^ns
armèrent un vaisseau tout exprès pour
aller le chercher, et ils en donnèrent
le commandement à Nicia5,fils de Nice-
ratus , l'un des principaux d'Athènes.
Epiménides se rendit à leur invitation.
4
ût» ÈPl
Arrivié dans l'Attique, il annonça que
les divisions auxquelles î i république
était en proie , venaient de la colère de
quelques divinités inconnues qu'on
avait ne'<;ligé d'appaiser. En consé-
quence , il prit un cerl^in nombre de
brebis blanches et noires, et les ayant
fait conduire vers l'aréopage , il les
laissa aller , en ordonnant à ceux qui
les menaient de les s.icrifier an\ dieux
inconnus , chacune à l'endroit où elle
s'ariêlerMit ; on érigea dans tous ces
endroits des autels aux dieux incon-
nus. Il régla d'une manière beaucoup
moins dispendieuse le culte qu'on ren-
dait aux dieux , et supprima une
grande panie des cérémonies lugubres
qui se pratiquaient, surtout par les
femmes, lorsqu'elles perdaient quel-
ques-uns de leurs proch's. Enfin, il
fit tout ce qui dépendait de lui pour
préparer les voies à la législation de
Solon, dont les projets lui étaient con-
nus , et qui lui demand.i ses conseils,
il termina tout cela par des cérémo-
nies expiatoires pour purifier le pays ,
et il repartit sans vouloir d'autres ré-
eompenses qu'un rameau de l'olivier
sacré. Il mourut bientôt après son re-
tour dans sa patrie, à un âge très
avancé, vers l'an 598 av. J.-C. Il
avait fiiit pliisicurs ouvrages, dont le
plus considérable était un poème sur
l'expédition des Argonautes. Il ne
nous <n reste aucnti. Le Réveil d'E-
piménide, fut mis sur la scène par
Poisson , en lySS, et plusieurs lois
depuis , servant de cadre aux divers
événements |»olitiques. T— r.
EPINAY (M'. LouisE-FLOnENCE-
PÉTRONIIJ-E DE-LA- LiVt d' ) , devait
1(> jour a un homme de condition de
Flandre, IM. Tardieu De.sclav elles ,
tué au service du Roi. On voulut ré-
compenser le père eu la personne de
sa fille, à laquelle d n'avait laissé qu'une
fbrtuac médiocre, et ou fit épouser à
È1>\
celle-ci un des plus "riches parfis qii't!
y eut alois dans la finance , le fils inné
de M. Delahve de Bellegude, en lui
donnant pour dot un bon de fermier-
général. iVI .d'f)pinay passa donc, au
sein (le \f* plus grande richesse et de
toutes ses illusions , les premières an-
nées qui suivirent cette union ; mais
le songe s'évanouit bientôt , grâces à
la prodigalité de son mari. Ce fut dans
les jouis brillants encore de sa jeu-
nesse, que commença sa liaison avec
J -J. Rousseau. Quoique celui-ci donne
à entendre dans ses Confessions que
l'amour n'exist 1 jamais entr'clle et lui
que d'un seul côté, on est plus disposé
en pareil casa croire le témoignage des
femmes que celui des hommes. Elles
n'oublient rien et se trompent rare-
ment sur les hommages dont elles ont
été l'objet , tandis qu'elles accusent
beaucoup d'entre nous de mettre trop
souvent leur gloire à ne pas comp-
ter aussi exactement les difleienis tri-
buts qu'ils ont payés à la beauté. Si
celle de M''. d'Epinay n'était pas ré-
gulière, elle méritait, par une cxtrêra*
sensibilité, des qualités attachantes,
les grâces de son esprit et ses talents
divers , les sentiments que ce philoso-
phe, doué d'un cœur si aimant, et
d'une imagination si ardente , vouait
à presque tontes les jeunes femmes
qui successivement l'admettaient dans
leur société. 11 fut comblé, parM . d'E-
jiinay, de bienfaits , et avec cette déli-
catesse , ces soins de l'amitié la plus
tendre et la plus ingénieuse, que sem-
blait exiger d'< Ile la sauvagerie 1res
originale de son ours. On sait qu'elfe
fit rebâtir j)0ur lui , en 1756, dans la
vallée de Mnnfmorency , une petite
maison , à la place d'iuie masure qui
f^cevait les riux de son parc de la
Clievi ( tie ; et ce fut là Vffermitage de
R Misveau, hormitage visité encore tous
les jours ittc une dcvofioD Tmimctït
EPÎ
^lîilosoplûqiie. D'abord il se montra
fort touché des boutés de sa bien-
fiaitnce ; mais aussitôt qu'il se crut
le droit d'être jaloux du barou de
Grimra , que lui-mèuie avait introduit
auprès d'elle , il ne s'acquitta plus que
par l'ingratitude la plus caractérisée.
On voudrait ne pas connaître les traits
envenimés que , dans un livre si scau-
daleuseraeut intéressant, il a employés
pour {leindre l'amie de Griram, en
même temps que son rival préféré. Il
n'est personne qui n'y ait lu , ou plu-
tôt dévoré, l'épisode de son amour
brûlant pour une belle sœur de M"".
d'Ëpinay. On se persuaderait diffici-
Jemcnt que celle-ci n'ait pas alors éprou-
vé à son tour une forte jalousie. Eli !
quelle ft-mme sensible auiait pu, sans
un vif regret, voir son rcg'ie finir et
«ne autre qu'elle être admirée, exal-
ic'e , adorée même par un amant tel
que le peintre créateur de Julie d'E-
taugfs et deSt.-Preiix. Une fois qu'il
«ut cesse d'être l'ami de M-.d'Epiuay,
Bousseau devint pour elle un détrac-
teur , et presque un ennemi acharne'.
Grimm , au contraire , n'en p.'rle dans
sa Correspondance qu'en apologiste
enthousiaste. La juste mesure à saisir
«atre leurs jugements opposés aurait
peu d'intéi-êt réel , et l'on ne s'occu-
perait qu'à peine de la personne dont
peut-être ne nous ont-ils entretenus
qu'afin d'avoir le droit de fixer plus
long -temps l'attention publique sur
eux-mêmes , si elle n'avait écrit un li-
^re d'éducation estimé. Accablée pen-
dant dix ans des souffrances les plus
■doulouieuses, M . d'Epinay mit à
profit tous les moments dont elle pou-
"vail disposer, pmir remplir admira-
blement les devoirs de la maternité
•et de l'amitié. C'est pour sa petite
fille ( M^'^ de lielstince , depuis W»'.
de Beuil), qu'elle a composé les Ton-
rersaiiotis éf Emilie, a y©1. io-iai,
EPI aii
publie'es en 1781, réimprimées sou-
vent depuis , et dont la 5' . édition
est de 1788. Cet ouvrage, un j>eu
froid, mais bien écrit , el qui a é é tra-
duit en plusieurs langues , contient
tout ce qu'on peut enseigner de mo-
rale à l'enfance depuis l'âge de cinq
ans jusqu'à celui de dix. En se rabais-
sant pour se mettre à la portée de sa
jeune élève , la maîtresse ne s'e«if pas
montrée indigne de l'attention de l'àg«
mûr. C'est un livre f lit dans un très
bon esprit , et dont les b-jus principes
ont l'avantage d'être présentés d'une
mar ière nette et simple. On v trouve,
dit La Harpe, des mots fin- et na'ifs,
et des choses attendrissantes. L'Aca-
démie française , dans son assemblée
du i6 janvier 1 785 , donna aux Con-
versations d'Emilie le prix d'utilité
fondé par M. de Monthion, alors
chancelier de M. le comte d'Artois.
L'auteur d'Adèle et Théodore était
s»'ul eu concurrence. On pensa que le
travail, sorti de la plume et du cœur
de sa rivale , méritait de l'emporter
comme plus utile et plus original.
M", de Gtnlis a été accusée d'avoir eu
de l'humeur de cette préférence, et
de l'avoir trop laissé paraître lors-
qu'elle composa son conte des Deux.
îiepiUations. Deux petits volumes
attribués à M^ d'Epinay, et qui
sont intitulés , l'un : Lettres à mon
Fils ( 1738, in-8\ de u,8 p.ges;
réimprimées en 1759, m-\i. de liîô
pages ), avec cette épigraphe : Facun-
dam faciebat amor , et l'autre : Mes
moments heureux ( 175». , in 12 ),
ép. Solliciîœ j'ucunda oblivia vitœ,
ont été imprimés a G< nève, mais peu
répandus , s'ils ont été publies, Ede
n'a laisse , selon Grimm , d'autres
ouvrages qu'une suite imparfaite d«
celui qui avait élc couronné, l'ébau-
che d'un long roman , enfiu beau«
coup de lettces adressées à Kousscau,
i4..
ft.a EPI
Voltaire, BufFon , d'Alenibert, Dicle-
rot , Richardsou , l'abbé Galiani ,
Necker , etc. Quelques - uns de ses
contemporains assurent avoir connu
des mémoires de sa vie, destinés ap-
paremment à détruire les fâcheuses
impressions données par Rousseau ,
dans la seconde partie de ses Confes-
sions , long-temps manuscrite , mais
dont il faisait lecture à un certain nom-
bre d'affidés. On ajoute que ces Mé-
moires , fort intéressants , furent sup-
primés, soit par elle-même , soit par
le baron de Grimm. Il est permis de les
regretter : en effet , qui ne voudrait en-
tendre à leur tour les deux femmes de
la société, sur lesqunlles cet écrivain
célèbre a le plus indiscrètement fixé
«os regards, non pas se justifier (ni
Tune ni l'autre ne paraissent en avoir
besoin ) mais répondre à un homme
qui a pour lui l'un des plus grands
avantages de ce monde , celui de par-
ler tout seul dans sa propre cause ,
et de parler avec le charme de dic-
tion le plus entraînant. IVr. d'Epinay
mourut au mois d'avril 1783, et par
conséquent bien peu de temps après
son triomphe académique. L — v — -e,
EPINE, r. EspiNE ( Jean de r ).
EPINE (Guillaume- Joseph de
1,'), médecin. On ignore l'époque de
sa naissance et celle de sa mort. On
sait seulement qu'il reçut le jour à
Paris, qu'il prit en i']'J>-/'\. le bonnet
de docteur dans la faculté de méde-
cine de cette capitale , et qu'il fut élu
doyen de sa compagnie en 1744» ^^
continué en 1745. tJne thèse soute-
nue en i 735 sur la question de sa-
voir si le bon état des facultés intel-
lectuelles dépend de l'intégrité des
fonctions corporelles , fit prendre la
plume à l'Epine, qui publia sur ce
sujet une lettre adressée à son con-
frère liaron. L'Epine ne s'est fait un
«OU ea médecine que par sq]\ oppo-
EPI
sition constante à l'inoculation de Is
petite-vérole , opposition dont il dé-
duisit les motifs dans les deux pièces
suivantes , qui sont assez volumi-
neuses : I. Rapport sur le fait de
l'inoculation de la petite-vérole y
Paris, 1765, in-4°.; II. Supplé-
ment au Rapport , Paris , 1 767 , in-
4". ; mais l'Epine trouva dans An-
toine Petit un adversaire qui ne
contribua pas peu à faire triompher
la bonne cause. R — d — rr.
EPIPHANE. Fojrez Callinicus.
EPIPHANE ( S. ) , docteur de
l'Eglise, archevêque de Salaraine en
Chypre, naquit vers l'an 5 10 dans le
territoire d'Eleuthérople en Pales-
tine; il montra dès son enfance une
grande ardeur pour l'étude, et ap-
prit la plupart des langues alors con-
nues. Ami de la solitude et de la pé-
nitence , il alla visiter et habita quel-
que temps les célèbres déserts d«
FEgypte , et revint en Palestine à
l'âge de vingt - trois ans. Il se lia
d'amitié avec le célèbre S. Hilarion ,
qui ne quitta la Palestine qu'en 55G ;
cet illustre solitaire trouva dans Epi-
phane un disciple fervent et un
zélé panégyriste. Les Ariens désolaient
l'Eglise , favorisés par l'empereur
Constance qui régnait alors. Epi-
phane sortit souvent de sa cellule
pour aller au secours des catholi-
ques; il refusa de communiquer avec
Eutychius , cvêque d'Eleuthérople ,
qui était entré dans le parti des
Ariens ; il s'arma de zèle contre les
erreurs qu'il avait découvertes dans
Origène. Sa réputation le fit appeler
sur le siège de Salamine ou Coîistan-
tia , dans l'île de Chypre. CjCite dignité
ne l'empêcha pas de se livrer aux
austérités et aux habitudes de la vie
monastique ; sa charité seulement pa-
rut encore plus active. On le char-
geait des plus abondantes aumônes ;
EPI
sainte Olympiade , dame fort riclie ,
lui fit pour ce sujet des présents con-
sidérables. Respecté des hérétiques
eux - mêmes à cause de sa grande
vertu , il ue fut pas compris dans la
persécution que Valeus excita con-
tre les catholiques en S*] i , et fut
presque le seul que l'hérésie épar-
gna. Il alla à Autioche ]>our travail-
ler à la conversion de Vitalis, évê-
que de cette ville , qui avait embrassé
les erreurs d'Apollinaire j il fit en-
suite le voyage île Rome, où il logea
chez sainte Paule, qui passa quelque
temps après par Salamine , et sé-
journa chez S. Epipbane en se ren-
dant en Palestine. Soupçonnant le pa-
triarche de Jérusalem de tenir aux
erreurs d'Origène , il se rendit dans
cette ville, et prêcha en présence de
cet évêque contre l'origénisme. Son
discours fut mal accueilli. Il se re-
tira donc dans la solitude de Beth-
léem , où était alors S. Jérôme , et
donna la prêtrise à Paulinicn , frère
de ce saint docteur. Le patriarche de
Jérusalem trouva mauvais qu'un évê-
que étranger vînt ordonner un prê-
tre dans son diocèse. Epiphane lui
écrivit pour se justifier; mais on voit
par sa lettre , qu'il n'avait pas des
idées très justes concernant la juris-
diction des évêques hors de leurs
diocèses. La conduite qu'il tint à Cons-
tantinople en est une nouvelle preuve.
11 alla dans cette ville, dont S. Chry-
sostôme était patriarche , accuser
d'origénisme quatre pieux sohtaires ,
Dioscore , Ammonius , Eusèbe et Eu-
thyme. On les nommait les grands
frères , à cause de la hauteur de leur
taille. Epiphane les accusa sans avoir
jamais vu leurs disciples ni leurs
écrits , et refusa de communiquer avec
S. Chrysostôme , le défenseur et
l'ami de ces frères illustres qui eurent
depuis la gloire de mourir martyrs de
EPI
îi3'
la consubstantialité du Verbe. S. Epi-
phane mourut en 4o3, comme il re-
tournait de Constantinople à Sala-
mine. Il étdit âgé de quatre-vingt-
treize ans. Ce saint commit sans doute
quelques fautes que l'on doit attri-
buer à un excès de zèle. Les plus il-
lustres docteurs de l'Eglise n'f n louent
pas moins sa doctrine, son érudition
et la sainteté de sa vie. On a de lui
plusieurs écrits : I. le Panarium ,
ou le Livre des antidotes contre
toutes les hérésies , dans lequel il
donne l'histoire de vingt hérésies qui
avaient paru avant J. - C. , et de
quatre-vingts qui s'étaient élevées
après la promulgation de l'Evangile.
Cet ouvrage est instructif, la doc-
trine en est pure; mais il est mal
écrit; II. Y^nchorat, destiné à con-
firmer les esprits dans la foi , suivi
de \ Anacéphaléose , qui en est une
récapitulation ; III. le Traité des
poids et mesures des juifs , où il y a
beaucoup d'érudition ; IV. le Phy
siologue, qui contient des réflexions
morales relatives aux propriétés des
animaux ; V. le Traité des Pierres
précieuses , où il parle de celles qui
étaient sur le rational du grand-
prêtre des juifs ; VI. deux Lettres ,
l'une à Jean , patriarche de Jérusa-
lem; nous en avons déjà parlé; l'autre
à S- Jérôme , où il lui donne avis de
la condamnation des erreurs d'Ori-
gène prononcée par Théophile, pa-
triarche d'Alexandrie. Tous ces ou-
vrages sont mal écrits; on voit que
ce saint docteur ne cherchait qu'à se
mettre à la portée des isnorants. Il
a, ainsi qu'Eusèbe, l'avantage de
nous avoir conservé \m grand nom-
bre de passages d'anciens auteurs ,
dont les écrits n'existent plus. La
meilleure édition des Couvres de
S. Epiphane est celle que le P. Pe-
tau donna eu it)Ô2 eu grec «t eu U>
si4 EPI
tin. 1 vol, in-fol. Fjp Commentaire de
S. Epipliaiie sur le livre des Canti-
ques .1 été découvert le siè( le dernier
parmi lev m (nnscrits du Vatican , et
a paru à Rome en i ■j 3o. C — t.
EPIPHANE . surnommé le Scho-
laslique , c'tst-à-dire le jurisconsulle,
suivant le s*ns attaché alors à ce mot,
florissail vers 5 i o. On croil qu'il était
né en Italie , et du moins il est certain
qu'il y demeurait. (,e fut à la prière de
Cassiodorc , son ami , qu'Epiphane
traduisit du j^rec en latin les Histoires
tcclésiastiques de Socrate , de Sozo-
mène et d> Tliéodoret ; il en fit ensuite
un abrégé, divisé en douze livres, au-
qu«l il donna le titre A'IJistoria tri-
pariita. Le Mire, et d'autres écrivains
après lui , ont cru que Cassiodorc avait
composé lui-même cet abrégé; mais
on voit par un | assage de Cassiodorc
(Institut, divinar. lect. cap. XXII)
que c'est Epiplianc qui en est l'auteur.
Ji'ffistoria tripartita fut imprimée
pour la première fois à Ausbourg , par
Jean Scliussier, i^'j'3-, in- fol. : (eite
édition est rare et recherchée ; Beatus
Bhenanus en donna une nouvelle à
Bà'e en i5'23, in-fol. Il rdève aigre-
ment dans la préface les fautes échap-
pées à Ej»iphane, qu'il accuse de n'a-
Toir su ni le grec ni le latin. On con-
"viendra que le style de c<lte version
est semé d'un grand nombre de ter-
mes barbares; mais le sens des origi-
naux y est rendu avec assez d'exac-
titude. L'édition de tthenanus a servi
k tontes les réimpressions qui ont eu
lieu jusqu'en i('>']\). Celte même an-
née, dom Garcl publia Vl/isloria tri-
partita, dans 1(6 œuvres de Cassio-
dorc, après eu avoir corrigé le texte
sur d'anciens manuscrits. Cet ouvrage
a élé traduit en fiançais par Louis
Cyaneus , Paris, i5(i8, in-fol. Jac-
ques de Billy en promettait une nou-
velle traduction , qui u'a point paru.
EPÎ
Jean de Lacroix en a publié une en es-
pagnol, làsbonne, i54i ; Coimbre ,
1 554 , in-fol.; et Gaspard Médius, une
en allemand , imprimée avec les His-
toires ecclésiastiques d'Eusèbe et de
Rufin , Strasbourg , i545 , in-fol. On
attribue encore à Epiphane : i. la tra-
duction du Codex Encjclicus : c'est
le recueil des lettres adressées à l'em-
pereur Léon par les Synodes , en 4 '^8,
potir la défense du concile de Chalcé-
doine. Surins l'a insérée dans la Col-
lection des Conciles, mais sans en
nommer l'auteur; Baluze l'a fait réim-
primer ensuite dans les Concilia ge-
neralia, d'après une copie collation-
née sur deux anciens manuscrits de
Beauvais et de Corbie; le P. Hardouin
et Coleti ont suivi le texte publié par
Baluze. H. La traduction en latin des
antiquités judaïques de Josèphe : un
passage du chapitre de Cassiodorc ,
qu'on a déjà cité , prouve que d'autres
écrivains ont eu part à cette version. J
Le nom d'Epiphane et celui de Rufin '
se trouvent dans la sousciiption des
éditions d'Augsbourg, 1470, in-fol. ,
et de Vérone, pub'iée par Condrati ,
14H0, in-lol. Suivant Fabricius, le
nom d'Kpipliane devait paraître seul
en têie de l'édition qu'on avait com-
mencée à Oxford eu 1700 ; III la
traduction dcsScholies de S. Clément
d^ Alexandrie, sur la première épître
de S. Pierre, surcellede S. Jude, sur
la première et la seconde de S. Jean;
elle a été imprimée dans les différen-
tes éditions de la Bibliot. patruin et
des œuvres de S. Clément ; IV. la tra-
duction des Commentaires de Di-
dyme, sur les seplé|.îtrps canoniques
et sur le livre des proverbes. Ces der-
nières versions n'ont point élé pu-
bliées. On lui a aussi attribué les No-
tes sur le Cantique des Cantiques ,
qui sont plus probablcmcut de S. Epi-
phane de Salaminc. W— s.
EPI
EPIPHANE , en arménien Ebi-
p'han , savant évèque arménien , qui
vivait au commencemt'ut du "]'. sièi le.
Après avoir étudié avec succès auprèi
du patriarche arménien, il se retira
dans un désert, aux environs de la
ville de Tevin , et y mena la vie d'er-
mite. On le tira de sa solitude pour le
faire abbé du célèbre monastère de
Klag ou Sonrp Karabied , dans le pays
de Dai'on. Les chefs de ce monastère
perlaient le titre d'cvêque de la prin-
cipauté de Mamikoniane, qui compre-
nait la province de Daron et les con-
trées environnantes. En 629 , Epi-
phane assista au concile de Karin ,
tenu par l'ordre de l'empereur Héra-
clius pour terminer les différents qui
subsistaient entre l'église grecque et
celle d'Arménie. Epiphane mourut
après avoir occupé pendant vingt ans
la dignité d'évêque des Mamikonians.
pavid lui sutcéda. Il a écrit l'histoire
de son monastère, des commentaires
sur les psaumes de David et sur les
proverbes de Salomon , une Histoire
du concile d'Ephèse , et diverses ho •
niélies. Tous ces ouvrages sont restés
manuscrits. S. M — v.
EPIPHANE , surnommé Y Agio-
graphe ou VAgiopolite , moine et prê-
tre de Jérusalem , vivait daus le lo".
siècle. Banduii pense qu'il succéda à
Tliéophylacte, patriarche deCouslan-
tinople , en qdH , et qu'il occupa ce
siège jusqu'en 96g. Il appuyé cette
conjecture sur un passage de \His-
ioire de Constantin Porphj' rogénèle ;
mais on sait que le succes.-eur di-Thco-
pliylacte se nommait Pulyeucte, et
Biudnri ne démontre pas que ce soit
le même personnage. On a plusieurs
ouvrages d'Epipliane, tous écrits en
langue grecque : I. Enarratio geogra-
plùca SjrifT' , urbis sanctœ et sacro-
rum ibi locorum : cttte dcscriptiou
de la Syrie et de Jérusalem fut im-
EPl ai5
primée pour la première fois par Fré-
déric Morel , dans son Expositio
themutum Dominicorum et memo-
rabilium quce Uierosolymis iunt, Pa-
ris, i6ao, in-8 . Il se servit pour
cette édition de la copie peu coi rectq
d'un manu^c^it du Vatican, que lui
avait procurée Jacques Sirmond. Elle
a été reimprimée, avec la version la-
tine de Frédéric Morel , dans les ^m-
micla de Léon Allacci , Cologne ( Ams-
terdam ) , 1 655 . in 8 . : les fautes qu^
déparaient le texte dans la premièi"^
édition, ont été corrigées dans c(lle-c|
par le savant éditeur.; II. Vita sanctqf
Deiparœ ; Fita S. Andreœ apqs-
toli ; Tillemont s'est attaché à prouver
que la plupart des 'ails rapportés danç
la rie de St.-Jndré sont fabideui.
Elle n'a point été imprimée, non plu»
que la Fie de la Ste.-Fierge. W — ^
EPIPHANE , religieux capucin ,
né au commencement du 17'. siicle,
à Moirans , près de St. - Claude eij
Frauclie-Comté, fut envoyé daus les
missions des Indes, où il se distingua
par son zèle pour la propagation de
la foi. On ignore l'époque de sa mort^
mais on sait qu'il vivait encore ej^
i685. Il a laissé manu>crits un grand
nombre d'ouvrages de théologie et dp
contioverse; une Explication litté-
rale de l'Apocalypse ; la Clef du
même livre; et les Annales lUitori-
qnes de la mission des PP. capucins
dans la Nouvelle- Andalousie ; An
Memorice admirabilis omnium nef-
cienliumexccdens captum, et beau-
coup d'uutrcs ( F. le P. Bernard de
Bol.'gne, diws sa Bibliothec a scripto*
rum capuccinorum ). W — s.
EPlSGUliUS (Simon) , dont le
nom de famille était proprement Biss-
cbop , né à Amsterdam, en i583,
étudia à Levde la philosophie et y fii
promu maî'rc-ès-arts sous Rodulph
Suellius^ il y ût sa théologie sousdeu
2i6 EPI
liomraes devenus , à peu près à la
même époque , de violents antago-
nistes l'un de l'autre , Gomar et Anui-
nius ; après quoi il se rendit , en
1609, à Franekcr, pour s'y perfec-
tionner sous Jean Drussius , dans les
langues orientales. En 1612, Episco-
pius fut nommé professeur do ibëologie
à Leyde , et il honora cette chaire par
ses leçons et par sa conduite, jusqu'à
la tenue du fameux synode de Dor-
drecht, en 161 8 et en 161 9. Par suite
des décisions de ce synode , Episco-
pius , qui s'e'tait fait connaître comme
une des colonnes du parti des Armi-
niens ( ou des Rcmontrans ) , que le
synode foudroya de ses analhêraes, se
vit , avec un grand nombre de ses
partisans , forcé de s'expatrier. La
science, la modération et la bonne foi,
traits caractéristiques d'Episcopius ,
succombèrent sous les efforts de l'in-
trigue et les coups de l'autorité la plus
intolérante et la plus arbitraire. Déjà
une précédente fois, la haine et la ca-
lomnie avaient poursuivi Episcopius
jusqu'en pays étranger : à l'occasion
d'un ouvrage qu'il lit à Paris eu i (i i 5,
on fit courir en Hollande le bruit, bien-
tôt aulhcnliqueracnt démenti , de con-
férences secrètes qu'il aurait eues avec
le P. Cotton, dans l'intention de se li-
guer avec ce savant jésuite contre la re-
ligion réformée. Cependant un autre jé-
suite, Pierre Wadding, espéra de tirer
parti du mécontentement d'Episcopius
banni, pour en faire un prosélite de
marque, et il ne gagna à sa tentative
que deux lettres , où ce théologien le
combattit fortement , l'une sur la Kè^le
de la Foi , l'autre sur le Cidle des
Images. En 1621 , Episcopius fil un
nouveau voyage en France; il fui très
bif u accueilli à Paris , par l'illustre
Grotius , alors ambassadeur de Suède,
et y prêcha quelquefois à son hôtel. Le
itadhoudcr Maurice étant mort en
EPP
1 6a5 , peu à peu la persécution con-
tre les Reraontrans se ralentit eu Hol-
lande. Episeopius y retourna l'année
suivante. Après avoir fait à Amsterdam
l'inauguration de l'oratoire des Remon-
trants , il se chargea de la chaire de
théologie dans leur séminaire, en 1 654-
Il y mourut en i643. Etienne de
Courcelles, son successeur, a recueilli
ses œuvres, eu 2 vol. in -fol., Ams-
terdam, i65oet i665. Elles roulent
essentiellement sur les matières de
la grâce , de la prédestination , du
libre arbitre , éternelle pomme de
discorde entre les théologiens de toutes
les communions chrétiennes; on y dis-
tingue la Confession de foi des Rc-
montrans ; un grand nombre d'écrits
polémiques en leur faveur; un Com-
mentaire sur les chapitres Vu 1 , IX,
X et XI de l'Epîlre aux Romains, etc. ,
toutes portent le cachet de l'érudition ,
delà sagacité, de cette recherche de
la vérité dans la charité , tant recom-
mandée par l'apôtre des gentils.
M — ON.
EPONINE. For. EPPONINE.
EPPENDORF (Henri d'), gentil-
homme allemand , né à Eppeudorf ,
bourg de Misnie , près de Fridberg ,
dans le 16*. siècle, quitta son pays
dans le dessein d'acquérir des con-
naissances. Il fréquenta les leçons de
Zazius , célèbre professeur de droit,
et demeura plusieurs années à Stras-
bourg , où il suivit les cours de l'uni-
versité. Il vint ensuite à Bàlc, où il
eut avec Erasme une querelle qui fit
beaucoup de bruit pariiii les littéra-
teurs. Eppendorf l'accusait d'avoir
écrit une letue couteiiant des choses
qui lui étaient injurieuses, et il s'adressa
aux magistrats pour obtenir une répa-
ratitiu. Il demanda dans sa requête
qu'Erasme désavouât la lettre qui fai-
fait le sujet de sa plainte; qu'il fût tenu
de lui dcdicr un livre; d'écrire en sa
EPP
faveur au duc de Saxe ; et en outre ,
cond.imué i ui;e amende de 5oo du-
cats , dii piufit des pauvres. Erasme
re'poddil qu'il ne connaissait point la
letti c dont Eppendorf se plaignait , et
qu'en cousequence i! n'aurait auiunc
peine à la désavouer ; que si le duc de
Saxe avait ëtc prévenu en quelque ma-
nière contre lui, il s'engageait volon-
tiers d'écrire à ce prince pour le dé-
tromper; mais qu'il ne s'obligeait à
dédier im livre à Eppendorf qu'autant
qu'il serait assuré de son amitié , et
que pour ce qui concernait la somme
à payer aux pauvres, c'éLiit lui-même
qui faisait ses aumônes , et qu'il n'en-
tendait pas qu'on lui prescrivît rien à
cet égard. Eppendorf insista. I^uis
Bcsus et Henri Glareau furent choisis
pour arbitres , et les parties tombèrent
d'accord moyennant quelques légers
sacrifices , auxquels Erasme consentit
pour le bien de la paix. Leur réconci-
liation apparente ne fut pas de longue
durée. Eppendorf et Erasme s'accu-
sèrent réciproquement de n'avoir pas
tenu les conditions du traité. Eppen-
dorf en écrivit au duc de Saxe , son
protecteur; Erasme lui reprocha cette
conduite dans une lettre qui fut im-
frimée. Eppendorf lui répondit par
ouvrage suivant : Ad D. Erasmi
Koterodami libellum cui tiluhis :
Adversus mendacium et obtrecta-
TIONEM CTILIS ADMOSITIO , justa
querela , Haguenau, i55i , in-8°. Ce
petit écrit étant devenu fort rare ,
Christophe Sixius le fit réimprimer à
la suite de l'ouvrage intitulé : De ffen-
Tico Eppendorpio commentarius, cui
aliquol epistolœ Henrici ducîs Saxo-
nici, ErasmietEppendorpii2^jr/.oo-:(jt
irisunt , Leipzig ,1745, «n-4°- Les cu-
rieux y trouveront tous les renseigne-
ments qu'ils pourront désirer sur la
personne et les écrits d'Eppendorf.
Ce savaut mourut vers 1 555; dans uu
EPP
2r
âge peu avancé. Outre l'ouvrage cité
plus haut , on a de lui des traductions
allemandes, toutes fort rares : l.des
apGpkthegmes de Plutarque , Stras-
bourg; , 1 534 , in- fol. ; IL des Œuvres
morales de Plutarque, ibid.^ i55t ,
in-fol. Eppendorf, dans la préface ,
réc'a e la plus grande partie de la
version du même ouvrage , publiée
sous le nom de Michel Herr, Stras-
bourg, 1 555, in-fol. ;in. d'un Abrégé
de l'Histoire romaine, extrait des
meilleurs auteurs , Florus , Rufus ,
Eutrope, etc., i536, in-fol.; IV. de
la Guerre des Turcs . i55o, in-fol.
Cest une compilation de différents
Opuscules latins , publiés dans le 1 6*.
siècle ; V. de V Histoire naturelle de
Pline, 1543, in-fol.; VL des Chro-
niques suédoise et danoise , de
Krautz, 1545 , in - fol. ; enfin , VII.
d'un recueil contenant -.Pratique de la
guerre par Jules César , comparée
à celle des autres grands capitaineSy
par François Floridus ; Y Expédition
des Chrétiens dans la Terre-Sainte,
par Jîen. Aretin ( Accolti ) , et/a Prise
de Constaniinople , par Léonard ,
métropolitain de Mytilène , 1 554 ■> i"-
fol. W— s.
EPPONI.NE, ouEPONlNE, était
la femme de ce Julius Sabinus, qui,
ainsi que nous l'avons dit à l'article
Civilis , se joignit à ceux qui entre-
prirent de soustraire les Gaules à la
domination des Romains. Sabinus
commandait les Langrois , et marcha
contre les Séquanais qui ne voulaient
point participer à l'insurrection des
autres peuples de la Gaule : il les atta-
qua avec précipitation , et fut repoussé
avec perte ; la terreur s'empara de son
esprit , il abandonna son armée, s'en-
fuit dans une de ses maisons de cam-
pagne, y mit le feu , et se retira dans
des voûtes souterraines qu'il avait fait
construire pour y cacher, durant le
2i8 EPP
temps des troubles , son argent et ses
tffeis les plus précieux. Sa retraite
n'était connue qur de d( ux de ses af-
franchis, sur la fîiiélitc desquels il pou-
vait compter. Par leur moyen, il fit
courir le bruit qu'il s'étail empoisonné,
qu'il avait iucmdié sa maison , et que
son corps avait éîé consumé par les
flammes. A cite fatale nouvelle, Ep-
poiiine s'abandonna au plus violent
désespoir, et fui trois jours et trois
xiuils sans pouvoir dormir ni prendre
aucune nourriture. Sabinus, craignant
qu'elle ne succondoàt à l'excès de sa
douleur, h fit prévenir en secret par
un de ses affranchis , qu'il vivait en-
core ; mais il lui recommanda en même
temps de feindre les mêmes regrets, et
de continuer à porter le deuil. Eppo-
nine renferma dans son cœur la joie
qu'elle ressentit de ce bonheui- inat-
tendu. Pendant la journce elle jouait
en public le rôle d'une veuve désespé-
rée, et le soir elle allait, à la dérobée,
se renfermer dans le souterrain qu'ha-
bitait son mari. Elle eut au bout de sept
mois l'espoir de lui faire obtenir sa
grâce. Elle lui coupa la barbe et les
cheveux , et le déguisa de minière
qu'elle pût le conduire à Rome saus
qu'il fui reconnu ; mais les amis de Sa-
binus , que probablement Epponine
avait nii> dans la confidence, ne réus-
^ircnt point daus leuis tentatives, et
les deux époux se trouvèrent tr<ip heu-
reux de; regagner en secret leur som-
bre reliaite. Epponine continua tou-
jours à prolonge! l'erreur publique,
relativement à son mûri , et à le con-
soler par son amour. Elle eut de lui
deux jumeaux qu'elle allaita dans le
souterrain où elle les avait enfantés.
Enfin, au bout de neuf ans, le fatal
secret fut découvert , et foule cette in-
fortunée famille lutamenéedevantl'eni-
j)creur Vespasicn. Sabnms ue jiouv.iit
ricu alléguer pour sa défense. Los iui5
EPP
le condamnaient à mori pour crime dç
révolte ouverte, et des circonstances
particulières aggravaient encore ce c. i-
me; il s'était fait proclamer César par
son armée ; i! portait le nom de Jules,
et se prétendait issu de Jules -César,
parce que sa bisaïeule avait plu à ce
conquérant , dans le t mps de la guerre
des Gau:es , et qu'on avait parlé de
leur adultère; ii avait fait abattre les
colonnes et les tables d'airain qui rap-
pelfiient l'alliance des Romains et des
Liugrois. Eppotiine s'efforça de tou-
cher le cœur de \ espasieu : « César,
» dit-elle, en lui présentant ses deux
» jumeaux, vois ces enfants, je les ai
» conçus , je les ai nourris dans un
» tombeau , afin que nous fussions
» plusieurs à demander la grâce de
» leur père. » Vespasien parut un
instant ému; mais la raison d'état, la
nécessité de faire un gr.uid exeipple ,
rerapoitèrent, et Sabinus fut condam-
né à mort. Alors Epponine, cédant aux
angoisses de son désespoir frénétique ,
se répandit en invectives et en menaces
contre l'empereur : « Ordonnes aussi
» ma mort, lui dit-elle, je ne survivrai
»> point à m'u mari. Ensevelie depuis
«long -temps dans l'obscurité d'un
» soiilcrrain, j'ai vécu pins h- ureuse
» que toi sur le trône et jouissant de
» la lumière du soleil. » Elle périt
ainsi que son époux , l'an ■jfcj de J.-C.
Leurs deux enfants furent épargnés,
l'un d'(ux servit en Egypte, et y fut
tué dans un combat; Pjiitatque avait
vu l'autre à Del^^hes; il se nommait
Sabinus , comme son père , et c'est
probalilement de lui qu'il ap|)rit l'Iiis-
loire d'Epponine et de son mari. Ta-
cite l'avait aussi racontée, ainsi qu'il
nous l'apprend lui-même; mais mal-
heureusement cette partie de son ad-
mirable ouvrage ne nous est point
parvenue. Cejleudaot le peu qu'il en
dit (Um ce qui uous reste (de lui ^ sert
EPP
à reclifler le récit de Plutarquc, le seul
ancien qui uous ait transmis les détails
de ce louchant exemple de constance
et de fidciité conjugale; mais quoi-
qu'il les tînt, ainsi que nous venons
de le dire , d'une source bien pure ,
son récit n'est point exempt d'obscu-
rité ; il renferme même des inexacti-
tudes manifestes. Piutarque enteiid.tit
mal le latin , et se montre en général
peu instruit ou négligent dans tout ce
qui concerne !es Romains. Xiphiîin ,
dans son abrégé de Dion Cassius , a
aussi raconté ce irait en peu de mots. Il
se tr(unpe lorsqu'il avance que les deux
enfduts de Sabinus furent mis à mort
avec lui; il nomme son épouse P«/7o-
nila, Piutarque l'appelle Emponina ,
et dit que ce mot signifie héroïque
dans la langue des Gaulois. Tacite lui
donne le nom d'Epponina, ou d'Epo-
nina , et son autorité a été universelle-
ment suivie. On est étonné qu'un sujet
aussi éminemment tragique, aussi ri-
che en situations fortes et (tatbétiques,
n'ait été traité par aucun poète cé-
lèbre. On a une tragédie de Sabinus ,
par PaNS<rat, bruxclks, lôgS ; une
autre , intitulée : Sabinus et Eponine,
par Riclier, Paris , Prauit, i -JÔD. Cha-
banon a aussi composé une tragédie
à' Eponine, qui fut reprcsentée en
I '•j6i , et n'eut point de succès ( i ) ;
il la convertit en un opéra intitulé :
Sabinus, qui fut mis en musique
pir Gossec, puis représenté et im-
piimé eu 1775, chez Ballard , in - 8".
On a aussi traité ce sujet en italien :
Epponina , tragedia di Gitiseppe
BartoLi, Turin, Mairesse, 1767;
il y a un opéra italien intitulé Sabino,
composé à Venise, gravé à Vienne ,
et dont les paroles sont sans nom d'au-
( ' \ I» e^P«>»'l'«n da sujet ne «« r4i**U qu^aa
troi>ièrae acte, ce qui fit ilire à un plauantsor-
Xant à la Ba du teconil : « Jt m'en Tai» ,pauqu'iU
k ne vealeat pu eosuneacer. •
EPR ai9
lein-. Dans le Recueil de l'Académie
des inscriptio7is,\. vi, pag, 670, oa
trouve un Mémoire de iSecousse, inti-
tulé: Histoire de Julius Sabinus et
dt Epponina, o\\ les faits rapportés par
les différents auteurs anciens se trou-
vent assez bien rassemblés, mais noa
assez habilement discutés. W — r.
ÉPRÉMÉNIL ; J.-J. Duval d),
né à Pondicliéri en 174^, était (ils
d'un membre «lisiingiié du conseil sou-
verain de cette colunie, qui fut ensuite
président de celui de Madras , pendant
le peu de temps que c-tte place appar-
tint aux Français(i). Le jeune d'E-
préménil vint eu France en 1760 avec
son père ; il y Ct ses études , et s'adon-
na parliculièrementala jurisprudence:
il devint d'abord avocat dn roi au châ-
telet, acheta bientôt après une char-
ge au parlement de Paris , où il déve-
loppa de très beaux talents , mais se
fit connaître surtout par des opinions
qui ne contribuèrent pas peu au triom-
phe des principes de la révolution»
qu'il essava en vain de combattre
lorsqu'il ne pouvait plus espérer de
le faire avec succès. D'Epréménil avait
reçu de la nature tout ce qu'il faut
pour p'aireet pour attacher; une belle
figure, un regard plein d'expression
et de vivacité, un son de voix écla-
tant , une éloquence fleurie, mais ce-
pendant énergique , et remarquable
par l'ordre , la précision de ses yé-
riodes , et la sîireté de sa logique ;
il faut ajouter à cela des vertus
domestiques non contestées, qui jus-
tifiaient la haute estime que méri-
taient ses talents. Avec de pareils
(1} Ce Tut cl"EprémeniI le père, gendre de Do-
Ïileix . qui battit le nabab d'Arcate. qoi entreprît
e T<>y.ige de Cbandernagor lurtqoe <> léte était
mise a pris , poar mieux connaître les prîoc>pea
de la religion des Indiens. Il monnii en 176^. On
a deluirl .ju/ le cummerce liuSuni, I7'jî.in-i>;
II. Corrtsporitlancr nu une qiiejtion politiqne
d' Agricutfirt , t-iji , iu-i»; 111. Exnmen de la.
Studité et de là Ciciti , in-ia; IV. Lettre «
l'abtte Trublelturl'Uuloire, 1760 , in-ia.
220 E P R
moyens on est sûr de produire le plus
grand cfFct. Une cause nie'raorable
dans laquelle il triompha , sans ne'an-
moins avoir pour lui l'assentiment
d'une rigoureuse justice , comraeuça
sa réputation. Le comte de Lally, com-
mandant les troupes du roi dans l'In-
de , venait d'être condamné à mort
par le parlement de Paris , comme
traître à sa patrie , et l'exe'culion de
l'arrêt avait e'të pre'cédc'e d'une barba-
rie révoltante ( V. Lally ). Ce trai-
tement , qui avait pour but de forcer
au silence le malheureux condamné,
avait causé dans le public un effet dé-
favorable à l'arrêt , et en général les
liommes éclairés qui avaient suivi cette
affaire étaient d'avis que le comte était
mort victime d'une intrigue odieuse à
laquelle le parlement n'avait pas su
résister. Fort de cette opinion , le
comte de Lally -ïollendal , (Ils du
général décapité, entreprit de rclia-
Ijiliter Ja mémoire de son malheureux
père : il demanda la cassation de l'ar-
rêt , et appuya sa requêle d'écrits éga-
lement pleins d'éloquence et de sensi-
bilité , qui commencèrent ainsi la bril-
lante réputation que la conduite et les
autres écrits de l'auteur ont si avanta-
geusement soutenue jusqu'à ce jour.
L'affaire fut renvoyée au parlement
de Normandie; celui de Paris, qui
avait le plus grand intérêt à faire
échouer les efforts du jeune comte ,
chargea d'Epréménil de défendre la
justice de la condamnation. Celui-ci
avait à plaider à la fois et pour l'hon-
neur de sa compagnie, et pour celui
de Duval de Leyryt, son oncle, inten-
dant de Pondichéri , dout il était hé-
litier , cl l'un des accusateurs les plus
acharnés de l'infortuné Lally. D'Epré-
ménil se rendit à Rouen , parla en
laveur de l'arrcl , et enleva les suf-
frages. Le comte de Lally-Tollendal
perdit sa cause. Cet événement donna
EPR
le plus grand lustre à la réputation
de d'Epréménil ) mais ceux qui se pré-
paraient devaient encore le mettre au-
trement en évidence. Il avait, comme
presque toute la jeunesse , adopté les
idées nouvelles. Il ne désirait, sans
doute , rien de semblable à ce que la
révolution a fait connaître ; mais il vou-
lait des réformes imraé.liates, sans avoir
assez réfléchi que ces réformes , subi-
tement opérées, étaient un appel à
tous les bouleversements. D'Eprémé-
nil était un défenseur enthousiaste des
privilèges des parlements ; il voulait
non seulement conserver les droits
qu'ils avaient acquis , mais augmen-
ter leur influence sur les destinées de
l'état, de manière qu'ils en fussent
les arbitres. Ami de l'indépendance
et de la liberté publique, il s'en
montra le partisan comme les autres
réformateurs ; mais dans son opinion ,
les parlements seuls pouvaient en être
la sauve-garde et l'appui. Ce serait
donner une fausse idée de d'Eprémé-
nil , si on le plaçait parmi les hommes
prudents qui répugnaient à toute es-
pèce de réforme : il ne se rangea dans
cette classe à l'assemblée nationale
constituante, que parce qu'on y sui-
vait une marche éversive de son sys-
tème de prédilection , et que d'ailleurs
tout ce qu'on fesait conduisait à la des-
truction de la monarchie et à la pros-
cription de la maison régnante , à la-
quelle , malgré ses violentes attaques
contre les ministres du roi , il était
sincèrement attaché. Ce fut sur la fin
du ministère de Calonne et pendant
celui de Brienne, archevêque de Tou-
louse, qu'il savait aussi avoir l'inten-
tion d'opérer dans l'étal de grandes ré-
fiU'racs , mais qui devaient particuliè-
rement porter sur les parlements ,
que d'Ej'réménil résista avec plus de
véhémence aux volontés de la cour :
ou lui altribue la provocation de l'ai'
EPR
rèlé parlementaire qui demanda au
roi la convocation des e'tats-généraux.
11 adhéra à cette demande, et la re-
nouvela ; mais on ne doit pas lui en
attribuer la proposition preraière(i ). Le
ministre Brienne voulait absolument
établir deux impôts , que le parlement
repoussait de tous ses moyens : la sub-
vention territoriale , que les privilégies
devaient payer comme tous les autres
contribuables , et une augmentation
détaxe sur les papiers timbrés. La ré-
sistance opiniâtre du parlement aux
édits du roi, menaçait l'état des évé-
nements les plus funestes. M. Sallier,
ami de d'Epréménil, assure dans ses
annales françaises que ce dernier
n'oublia rien pour tout concilier. 11 se
rendit chez le garde-des-sceaux La-
moignon, et lui dit que si les minis-
tres voulaient ençagcr le roi à con-
voquer les etats-generaux pour une
époque éloignée , et présenter un plan
de finances pour le temps qui s'écou-
lerait jusqu'à la réunion de cette as-
semblée , ils pouvaient demander d'a-
vance dos emprunts pour chacune de
ces années, que le parlement les ac-
corderait sans difficulté, et seconderait
d'ailleurs de toute son influence les
soins du gouvernement pour affermir
et assurer la tranquillité publique. « Le
» garde-des-sceaux , dit M. Sallier ,
j> parut frappé de la sagesse de ces
T> propositions. Il donna de grands
» éloges aux excellentes vues qui lui
» étaient proposées. Il déclara sans
» hésiter qu'il les adoptait sans ré-
» serve. Il voulait , disait-il , y ré-
» pondre d'une manière bonorable et
» solennelle; et il ajouta que, pour
» mettre le sceau à cette heureuse ré-
» conciliation , l'édit serait porté au
(') Voyez le» Annnlet franeaiiei ., par M. Gui-
Marie Sallier, ancien conseiller au parlement,
qui, dan» ce temps, aitisla a Walei Ul «l^Jibcra-
tions i» .sa «om^gnic
EPU 1X1
» parlement par le roi lui-même, non
j» plus avec l'appareil de la toute-puis-
» sance et la foudre à la main, non
» pas dans un lit de justice , mais dans
» une séance privée, semblable à celles
» où Henri IV venait chercher des
» conseils avec tout l'abandon de la
» conûance et de la loyauté. » Cepen-
dant, suivant l'auteur que nous ci«
tons, le garde-des-sceaux ne tint au-
cune de ses promesses. Aussitôt que
d'Epréménil se fut retiré, Laraoignon
courut chez l'archevêque de Toulouse
pour lui faire part de ce qui venait de
se passer et rire avec lui de la sim-
plicité du magistrat , qui leur accor-
dait plus qu'ils n'auraient osé deman-
der. Les ministres s'en tinrent donc à
leur système d'imposition, et firent
convoquer pour le a4 novembre i -^87
une séance solennelle du parlement ,
dans laquelle les princes et les pairs
du royaume furent invités à prendre
place. Le roi s'y rendit avec ses mi-
nistres , et ordonna que la délibération
sur les deux édits eût lieu en sa pré-
sence. Plusieurs magistrats se pronon-
cèrent hautement contre l'adoption de
ces lois, ent:e antres, Robert de St.-
Vincent, mort depuis chez l'étranger
{F. Robert de Saint-Vincext); mnis
de tous ces orateurs , d'Epréménil fut
celui dont l'éloquence persuasive, qui
paraissait dictée par le véritable amour
de la patrie, fit le plus d'elfet sur le
roi. Il pressait sa majesté d'accorder
à la France ses états-généraux et de
retirer ses édits, et il parla avec tant
de force et d'adresse, qu'on vit le mo-
ment où le bon Louis XVI se laissait
vaincre. Il résista cependant ; mais il
avoua le lendemain à l'archevêque de
Paris qu'il avait été sur le point d'a-
bandonner les résolutions de son con-
seil et d'accorder ce qu'on lui deman-
dait. Le parlement, voyant l'inutilité
de ses efforts, ne garda plus de mesure,
^22 EPR
«t d'Rpremenil n'y prit que trop de
part. Instruit qu'on imprimai! Itse'dits
créateurs de la cour plenière et des
grands bailliages, il vint à bout de sé-
duire à prix d'argent les imprimeurs,
«t obtint d'eux Its épreuves de ces
lois , les lut au parlement , toutes les
chambres assemblées , sans faire mys-
tère des moyens qu'il avait em-
ployés pour se les procurer. Sachant
qu'il allait être arxè'é, il se réfugia au
parlement , qui était en permanence
nuit et jour. La h tire de cachet portait
l'ordre de s'emparer de sa personne
au milieu du parlement même. Le
marquis d'Agoust, chargé de cette im-
portante arrestation, somma le prési-
dent de lui indiquer son prisonnier ;
il refusa. Ses inlerpellafions ayant été
plusieurs fois réitérées , beaucoup de
voix répondirent : « Arrêtez-nous tous,
» car nous sommes tous M. d'Epré-
» ménil. » Enfin , le marquis somma
un officier de robe-courte de le lui
faire connaître ; celui-ci répondit qu'il
ne le voyait pas. Enfin d'Epréménil ,
ne voulant point con)pr()mctlre le gar-
de , se livra lui-même avec beaucoup
de sang froid, en protestant contre la
violence qui lui et àf faite dans le tem-
pie mêmedela justice. La scèneqiiieut
lieu au parlement jusqu'à la remise du
prisonnier dans les mains du marquis
d'Agoust, dura vingl-(piatre heures. Il
fut conduit dans l'ile de Ste.-Margue-
rite, mais accompagné des vœux et
des bénédictions du peuple, qui, peu
<rann('es après, devait le Irailer d'une
manière bien dideiente. Happclé à Pa-
ris après le changement de système,
il fut nonuné dcpnfé aux élals-géué-
raux par la noblesse de la ville de Pa-
ris, et montra, à défendre les prini ipes
de l'ancienne monarchie , l'énergie
qu'il avait manifesiéi dans ses attaques
contre les nùuisircs avant la réunion
de cci> fimcux états, dont il avait été
EPR
un des plus ardents provocateurs. Il
invita !e ci mte de Lally-Tollendal , qui
était devenu un de ses collégue> dans
la chambre de la noblesse, à oublier
leur rivalité et à réunir leurs communs
efforts pour la défense de la monar-
chie; mais la nuance qui se trouvait
dans leurs opinions politiques ne leur
pi rniit pas de s'entendre , et ces deux
amis du roi ne purent pas suivre la
même bannière. Avant la réunion des
ordres , il prononça dans la chambre
de la noblesse un discours dans lequel
il compara la conduite du tiers-état à
celle des communes d'Angleterre souS
Charles l""". ; mais, après la réunion,
on le vit rarement à la tribune. 11 y
prononça peu de discours suivis. On
l'apercevait seulement s'agitant à l'ex-
trémité droite de la salle, où se pla-
çaient ordinairement les plus zélés dé-
fenseurs des anciens principes; et de
là il lançait quelquefois, contre les dé-
putés de l'extrémité gauche , des sar-
casmes très piquants, qui excitaient
souvent des rappels h l'ordre du parti
populaire et les huées des tribunes
publiques. Il en voulait surtout à Mi-
rabeau , et ses amis ])ensaient qu'il
était digne de se mesurer avec lui;
mais, sur d'être improuvé toutes les
fois qu'il prendrait la parole , et ne
pouvant résister lui même à la vé-
hémence de son caractère, il n'osa
jamais engager sérieusement une pa-
reille lutte, il combattit honorablement
tous les décrets qui tendaient à avilir
l'autorité loyale, uu à eompromeltre
ses salutaires prérogatives, et particu-
lièrement celui qui déterminait impru-
denimenl les riicunstances dans les-
quelles le monarque pourrait être dé-
chu du trône ( voy. Thovret ). Il dé-
fendit les parlements de Bretagne et
de Languedoc , pniirsiiiv is par l'assem-
blée pour désobeiNsance à s< s décrets.
11 uc uaignit pas alors d'enU'er «h
Et>R
plianip clos çl do ÏMre valoir Tons sps
tno-, eus. Quoiqu'il fût sùrdo succom-
ber, il crut devoir ctt hotnmige à la
mémoire de ces grands corps, qu'il
Croyait les p'ns solides appuis du pou-
voir mouarchiqite , et pour tes intérêts
desquels il avait bravé l'antorilé du
roi iui-rnêmt. En 17H7, <l'Eproniénil
s'était acqui> la réputation d'un dcraa-
gog le ; le peuple l'avaix iiorté en
IrioTiphe; ^n i7<jo , on l'entenlit de-
raaoder que l'assemblée se rendît en
corps auprès du roi , et le suppliât de
rentrer d ns la plénitude de sa puis-
sance , telle qu'elle existait sous ses
prédécesseurs; et en 1791, il sortit
de l'assemblée , après avoir protesté ,
comme un ciand nombre de ses collé-
gnes , contre tout ec qu'elle avait f lit
depuis la réunion des otdies. D'Epré-
métiil, qui s'accisait d'avoir été un
des premiers provocateui-s de la ré-
volution , crut son hnnueur intéressé
à en braver tous les événements. 11
re-ita à Paris jusqu'au 10 a ùi 179^,
et eut 1» liardiesse, ou plutôt l'impru-
dence, d'aller, quelques jours avant la
catastrophe, alTroiitcr les groupes de
furieux qui se préparaient à i'atfaque
du châterfu des Tuileries. Il fut recon-
nu , et frappé de plusieurs coups de
sabre. La populace voulait le mettre
en pièces , un garde national l'arrarhs
des mains de ses assassin^, le maire
Pétion le prit sous sa protection et
ie fit porter tout sanglant dans uu lieu
de »ûie'é, où il reçut de lui ces paroles:
a Comme vous, Monsieur, je fus l'i-
» diile du peuple. » Après le 1 o août ,
il se relira dans une terre qu'il avait
près du Havre, crovant qu'il y serait
oublié ; mais les odieux agents de la
révolulinn, qui clierchaient des victi-
mes partout, surent 'e découvrir dans
son asyle, et le conduisirent en qua-
litéde suspect dans la prison du Luxem-
bourg , oîi l'a vu le rédacteur de cet
E P R !ia5
article. Il y avait conserve' une séré-
nité d'ame parfaite et même des ma-
nières gaies , qui d'ailleurs étaient com-
munes à tous les pro>ciitsde ce temps-
là. D'Epréménil était nn borarac trop
remarquable pour être long-trmpscou-
sidéré comme simple suspect. 1 fut
benlot transféré h la Cond<Tgeiie et
livre au tribunal révolutionnaire, qui
le condamna à mort le ^ 3 ar: il 1794»
le même jour que Chai»tl;er, son col-
lègue 1 l'assemblée constituante , mais
qui y avait soutenu nn tout autre
système. On les conduisit au sup-
plice sur la même fliarrclte. Un
moment avant de partir, il s'établit
entre eux une cuirte conversation.
« Monsieur, dit Chapelier, on nous
» donne dans nos derniers momi nt»
w un terrible problème à ré^-oudre. —
» Que! problème ? répondit d'Kprémé-
» nil. — C'est de sivoir, quand nous
» serons sur ia charrette, auquel des
» deux s'adresseront les huées. — A
» tous Us deux, reprit d'Kpréménil. »
Avant de mourir, il crovait avoir mé-
rité toutes l 'S humiliations. Il disait que
si Louis XVI r.ûi fût pendre, il lui
eût rendu justice. D'Epréniénil fut un
des frondeurs les plus déterminés de
la cour et même un de ceux qui ne
ménageaient pas la reine , et il crovait
en cela agir pour le bien ; ubiic. La prin-
cesse, qui savoitce qu'il di>ait d'elle,
répondit un jour à sa marchande de
modes qui 'ni présenfaif une coiffure
nouvelle : « Je la prendrais volontiers,
» mais il faudra!' aupiravan' m'obie-
» nir de M. d'Epréméiiil l'agrément
» de la porter. •> D'Epréménil était un
des zélés partisans du magiiéti%nie. Il
fut un homme de bien , qui eut le mal-
heur de se tromper dans celui qu'il
voulut fairCj mais dont les inten-
tions mériteront toujours des élo-
ges. On lui attribue les Remontran~
ces publiées par le parlement am
2^4 EQU
mois de janvier 1 788 , et il est raiiteur
de deux écrits intitules : Nullité et
despotisme de l'assemblée nationale^
et De l'Etat actuel de la France ,
3 790 , et d'un Discours dans la eau
se des magistrats qui composaient
ci-devant la chambre des vacations
tlu parlement de Bretagne, 1790,
i/i-8'. B— u.
EQUÎCOLA ( Mario ) , historien
et philosophe italien , naquit vers
1 460 à Àlveto , village du pays
qu'on nomme gli EquicoU , d'où il
prit lui-même son. nom. Il fit ses
études dans l'université' de Naples, y
fut reçu doclear en droit , et fut en-
suite attache' à différents princes, en-
Ire autres , au duc de Ferrare, Al-
phonse I"''. selon les uns , et selon
u antres Hercule Y^ . j ceux-ci pen-
sent qu'EquicoIa était à la cour de
Ferrare en i49o quand Isabelle
d'Esle épousa François de Gonzague,
marquis de Mantouc , et qu'il la sui-
vit dans sa nouvelle principauté. Le
Eandello parle de lui dans une de
ses Nouvelles ( partie I'"^''. , Nou-
velle 5o ), comme d'un homme d'un
commerce très doux, plaisant, facé-
tieux , beau parleur , et qui ne lais-
sait jamais manquer de bons mots les
sociétés où il était reçu ; mais il rap-
porte un de ces bons mots qui est
plus sale que plaisant. Equicola com-
posa dans celte cour son meilh ur ou-
vrage, intitulé: i Comentarj délia
Jstoria di Mantova, qu'il y publia
en « 5u I . Bcnedcllo Osanna en donna
en 1608 une édition corrigée. Le style
de cette histoire manque de force et
d'élégance ; mais l'auteur , qui prit la
peine de se bien instruire des fûts, eut
le mérite de réfuter le premier les er-
reurs et les fables dont les précédents
historiens de Maiitoue et même Pla-
tiua étaient remplis. ]l fit en i53.'.
un voyage ou France à la suite de la
EQU
princesse Isabelle , et il a laissé um
desciipiioH de ce voyage. Cet opus
cule est très rare. Il porte pour pre
mier titre: Marias Equicola Ferdi
nando Gonzagœ Fran. march. Man
\uœIIII,fdio. S.D.P. , et^ quelques li
gnes après, pour second titre : D. Isa
belles Estensis Mantuœ principis ite,
per Narbonensem Galliam, per Ma
rium Equicolam. Il est sans nom d<
heu et sans date. U écrivit aussi um
Apologie contre les médisants de I;
nation française; elle a été traduit(
en français par Michel Rete , Paris
i55o, in-S". Tafuri, dans ses écri-
vains du royaume de Naples , tomt
III, part. I, attribue à Equicola un
grand nombre d'autres ouvrages ; le;
deux plus connus sont ses Istituziom
al comporre in ogni sorte di rima ,
imprimées après sa mort en i54i,
et son livre intitulé Délia natura
d'Amore , qu'il publia lui - même eu
iSîD. Il l'avait écrit en latin dans
sa jeunesse, et le traduisit ensuite
lui-même en italien. II a été mis en
français par Gabr. Chappuis, Paris,
i554 , in 8'.; Lyon, 1598, in-12.
Cet ouvrage est divisé en six livres ;
l'auteur y traite doctement et métho-
diquement toutes les questions de la
phiiosophie d'amour, qui était alors
fort à la mode. Le premier livre ei.t
assez curieux; il contient des notices
sur tous les auteurs qui avaient écrit
avant Equicola sur le même sujet,
soit en vers, soit on prose, Guiltou
d'Arezzo, Guido Cavalcanti, Dante,
Pétrarque, Boccace , et avant lui le
poète français Jean de Menu , auteur
du roman de la Hose. La notice donne
une idée du plan et du contenu de ce
ron)au célèbre. Jean de Mcun y est
be.iucoup loué; mais le bon Equicola
regrette qu'un si noble auteur se soit
déshonoié lui-même en déchirant,
comme il le fait, les dames, et eu lau-
ERA
çaot contre elles des traits mordants.
Ij€ Toppi, dans sa Bibliothèque napo-
litaine , attribue à Equicola une es-
pèce d'histoire des religions an-
tiennes et de la religion catholique,
écrite en latin sous ce titre : Libellas
in qiio tractatur unde antiquorum
latria et vera catholica religio in-
crementum sumpscrunt , cum epis-
told Anselmi Stocklii equilis à quo è
tenebris erutus , castigatus et pro-
mulgatus est, Munich , i585, in-
4°. Nous n'avons trouve' l'indication
de cet ouvrasrc dans aucun des autres
o
auteurs italiens que nous avons pu
consulter sur Maiio Equicoia. G — É.
ERAGLIUS, peintre romain du
io% ou du 1 1". siècle, me'ritc d'être
connu, à cause d'un ouvrage, partie
en vers , partie en prose , intitulé De
artibus romanorum, oii il traite de
différents arts, et notamment de la
peinture. La rareté des exemplaires
manuscrits de cet ouvrage est sans
doute la cause de l'oubli où Eraclius
est demeuré pendant long-temps. Ni
Fabricius, ni Saxius, n'ont fait mention
de lui. Les autenrs du Catalogue des
Manuscrits de la Bibliothèque royale
de France, ayant donné, en i744>
le titre de son traité, d'après l'exem-
plaire conservé dans notre bibliothè-
que , cette publication appela l'atten-
tion des savants. Le Traité De arti-
bus romanorum. , a été imprimé pour
la première fois à Londres, en 1781,
dans l'ouvrage de M. Uaspe , intitulé :
A critical Essai on oil Painting ,
d'après un manuscrit moius coin-
flet que le nôtre. Eraclius traite de
I art de sculpter le verre , de l'art de
I peindre les vases d'argile avec des ver-
res de couleur piles , et employés
j comme matière colorante ; de la pré-
1 paralion des laques pour la peinture à
I la détrempe , etc. Il parle de la pein-
ture à l'huile : de omnibus colçribus
XHI.
ERA ai5
o7<?o disiemperatis. Il traite aussi de
la peinture sur verre , dans un chapitre
intitulé : Quomodo pingere debes in
vitro , qui ne se trouve point dans l'é-
dition de M. Raspe. Ces deux circons-
tances doivent inspirer le désir de sa-
voir à quelle époque il vivait. Cest ,
dit - il lui - même , dans un temps ou
Rome était livrée à de honteux dé-
sordres , où les bonnes études , les
arts et les mœurs y étaient tombés
dans un égal mépris. G* tableau ne
peut se rapporter aux pontificats d'A-
drien 1". , de Léon III , de Pascal L "■, ,
de Léon IV, d'Adrien III , qui fon-
dèrent et embellirent, par tous les
moyens que pouvait offrir leur siècle,
tant de riches monuments , et il con-
vient parfaitement aux temps de Jcaa
XI, de Jean XI II , de Jean XlX , de
Benoît IX. On peut croire d'après cela
qu'Eraclius vivait à la fiu du lo". siè-
cle , ou vers le commencement du i x*".
Sa latinité barbare en est aussi une
preuve. La peinture sur verre ne pa-
raît pas remonter au-delà du règne de
Charles-le-Chauve. Quant à la peinture
à l'huile , Eraclius n'en parle qu'en
traitaut^de la manière de peindre des
colonnes ou des murs , à l'imitation du
marbre.Son témoignage, s'ilétaitisolé,
serait par conséquent de peu de valeur,
eu ce qui concerne l'art de peindre
des figures- Celui de Théophile, qui
vivait dans le même temps , le cor-
robore; mais sans diminuer le mérite
de Jean de Bruges. ( F'or. Théophile
et Jean van Eyck.. ) E — c D-d.
ERARD (Claude) , avocat , mort
en 1700, fut un des ornements du
barreau de Paris au i7\ siècle. Ses
plaidoyers furent publiés d'abord ea
1696 in-8^., et réimprimés avec des
augmentations, Paris, 1754, in-8°.
Le plus célèbre de ses Mémoires est
celui qu'il fit pour le duc de M.izarin ,
contre Horteusc Mancini , sa femme ,
i5
ai$ ERA
qui l'avait quitté pour se retirer en An-
gleterre. Z.
EKARIC , roi des Ostrogolhs , était
le chef des Rugiens , peuple qui avait
accompagné Théodoric eu Italie j il fut
élevé par eux sur le trône en 54 1 ,
après la mort d'Ildebald , son prédé-
cesseur , assassiné dans un repas. A
cette époque , la monarchie des Ostro-
golhs était ébranlée par les conquêtes
de Bélisaire. Elle ne comprenait plus
que les provinces situées sur la rive
gauche du P6. Eraric, ne se sentant
point assuré de l'amour ou de la con-
sidération de ses sujets , entra en traité
avec Justinien, pour lui livrer le reste
de ses provinces; il demandait la di-
gnité de patrice et une somme d'ar-
gent; mais avant que sa négociation
fut terminée il fut tué par les Goths ,
et Totila , gouverneur de Trévise, fils
d'un frère d'Ildebald , lui fut donné
pour successeur. S. S — i.
ERASISTRATE , célèbre médecin
grec, naquit à Julis , dans l'île de
Céos , et non dans celle de Cos, comme
le prétend à tort Etienne de Byzance,
qui , trompé par la ressemblance des
noms , a évidemment confondu ces
deux îles. Pline nous apprend que la
ïoère d'Erasistrate était fille d'Aristote.
Après avoir pris les leçons de Chry-
sippe de Cnidc, de Mélrodore et de
Théophraste , Erasistrate vécut quel-
que temps à la cour de Séleucus Ni-
rauor, roi de Syrie, auprès duquel
il parvint à la ])lus haute faveur par
une cure extraordinaire , dont plu-
sieurs auteurs nous ont conservé les
détails. Slratonice, seconde femme de
Séleucns , était épcrduement aimée
d'Antiochus, son beau-fils. Ce jeune
prince , ne voulant confier sa passion
à qui que ce soit , perd la santé et finit
§ar tomber dans un état de langueur
éplorabic , dont on ne peut décou-
vrir la cause. Plusieurs médecins sont
ERA
appelés : Erasistrate fut le seul quf ,
observant avec soin le développement
des symptômes de la maladie , remar-
qua que toutes les fois que Slratonice
entrait dans la chambre d'Antiochus ,
ce prince éprouvait un trouble ex-
traordinaire, caractéiisé par la rougeur
du visage, l'expression plus animée
des yeux , une légère moiteur à la peau,
le tremblement des membres, et de
violentes palpitations de cœur ; qu'en
outre, ce trouble ne se manifestait à
la vue d'aucune autre femme, et qu'il
se calmait peu à peu après que la prin-
cesse s'était retirée. Erasisti aie ne dou-
tant plus de la passion secrète d'An-
tiochus pour sa belle-mère, songea à
en instruire le roi; mais, comme il
avait à cœur de rendre la santé à son
malade, il crut devoir user de stra-
tagème dans une circonstance aussi dé-
licate. Il déclara donc à Séleucus que
la maladie d'Antiochus était incurable,
parce que ce jeune prince avait une
passion violente pour une femme qu'il
ne pouvait jamais posséder. « Quelle
» est donc celte femme , dit le roi
» étonné? — - La mienne , répondit le
» médecin. » Séleucus le ])r(\ssant
alors d'en faire le sacrifice poiir sauver
la vie à son fils, Erasistrate demanda
au roi s'il céderait Stratonicc au jeune
prince dans le cas où ce dernier eu
serait amoureux; et, sur la réponse
alfirmativc du roi, Erasistrate ne lui
cacha plus que c'était l'unique moyen
d'arracher Antiochus des bras de la
mort. AussitAt, Séleucus déclara sou
fils roi des provinces de la Haute-Asie,
et lui donna Slratonice en mariage ^
quoiqu'il en eût déjà un enf;uit. Le
prince guérit, et cette cure brillante
valut au'médecin de magnifiques ré-
compenses. Ce trait de sagacité d'E-
rasistrate a plusieurs fois exercé l'art
de la jjeinture. Il j)araît que, dans sa
vieillesse, Erasistrate reuunça à la pra-
ÈRA
îique de la médecine, el vécut à Alexan-
drie dans l'indépendance, afin decon
sacrer entièrement ses loisirs aux spé-
culations théoriques , et surtout à l'é-
E R A aa7
trouve dans les auteurs anciens au-
cun indice qui prouve qu'Erasistrate
ait satisfait une aussi barlure curio*
site. Cetse est le seul qui adresse ce
tude de l'anatoraic. Pierre Castellan reproche aux médecins de ta secte
raconte , on ne sait trop sur quelle au- dogmatique , qu'Erasistrate suivait en
torité, qu'Erasistrate étant avancé en partie ; mais il est probable que le»
âge el attaqué d'un ulcère incurable opinions d«' cette secte furent exage'-
qui l'avait jeté dans le marasme, s'cm- réis ou dénaturées par les empiri-
poisonna avec le suc de ciguë. 11 fut ques , leurs antagonistes déclarés. Si
inhumé auprès du mont Mycale , vis- Êrasislrateeûl réellement disséquédes
à-vis de Samos; ce qui a fait croire hommes tout vifs, serait-il tombé dans
à l'empereur Julien qu'Erasbitrate l'erreur de croire que les veines seules
avait pris naissance dans cette ville, contenaient le sang , et que les artères
Son savoir et sa probité lui acquirent étaient destinées au passage de l'esprit
tant d'amis et de seclateui s, qu'il fut ou de l'air, qu'elles recevaient de»
généralement regardé comme le pre- poumons au moyen de la respiration?
raier anatomislc et le plus grand théo- N'eûl-il pas été conduit diiectemcnt à
ricien de son temps. Il s'était exercé la découverte de la circulation har-
sur un grand nombre de sujets, tels ve'ienne? Il avait une extrême vé-
queranatoiaic, l'hvgiène, les lièvres, néralion pour Ilippocrate, et, lors-
les plaies , les causes des maladies, qu'il lui arrivait de s'écarter des
leiu" traitement , les médicaments et opinions de ce grand homme , il
les poisons; il avait, en outre, écrit n'en prononçait jamais le nom, mais
im livre indiqué par Athénée sous ce se contentait de réfuter les plus zé-
titie : riîo'iTr,; xar' ÔAovTrpayfiarïiaç. lés de ses partisans. La pathologie
Il est fâcheux qu'aucun de ces ouvra- lui doit aussi plusieurs théories qui
ges ne nous soit parvenu. II en résulte ont eu beaucoup de vogue , même
qu'on ne peut guère juger de la doc- dans les temps modernes. Quant à sa
Irine d'Erasistrate , que d'après les pratique, elle diflerait singulièrement
fragments que Galieu cl Caelius Aure- de celle de ses prédécesseurs : ainsi il
!ianu-i nous ont conservés. Ses travaux rejetait les purgatifs , les médicaments
en anatomic éclairèrent beaucoup cette comp'iqués, les antidotes et les abus
partie de la scieqpe , qui était encore de la saignée; mais il recommandait
très obscure à l'époque où il vivait. rapp:ication des préceptes de l'hygiène
L'avantage dont il jouit le premier , de et l'usage des moyens simples que
disséquer des cadavres humains, le fournit la diététique : par exemple, il
conduisit à plusieurs découvertes : il combattait la pléthore par l'abstinen-
donna, entre autres, une description ce, l'exercice et les aliments tirés
du cerveau et des nerfs beaucoup plus du règne végétal. Il était surtout !'cn-
exacte que celle de ses prédécesseurs : nemi déclaré des médecins orapiri-
il combattit avec force l'opinion de ques, qui traitaient 1rs maladies sans
Platon sur le préîcndu passage des avoir égard à leurs causes. Il fut le
boissons dans la trachée-arière. Mais chef d'une école lung-temps célèbre,
c'est à tort qu'on Ta accusé d'avoir qui fleurit principalement à .Sniyrne,
porté l'instnunent nnatoinique sur le el dont les nombreux disciples , sous
corps des criminels vivants : ou ne le nom à^Erasiitrateens , se succ«-
j:»..
228 E 11 A
dèrent jusqu'au temps de Galien ,
c'est-à-dire, pendant plus de quatre
cents ans. R — d — n.
ERASME (Didier) , naquit à Rot-
terdam, le 28 octobre, 1467, du
commerce illëgitirne d'un bourgeois de
Gouda , nomme' Ge'rardj et de Mar-
guerite, fille d'un me'decin de Se'vem-
berghe, eniîrabant, nomme Pierre.
Son père , persécute par sa famille , à
raison de cet aMachcment, s'était ré-
fugie' à Rome, où, sur la fausse nou-
Telle de la mort de celle qu'il aimait,
il s'engagea dans les ordres sacre's. De
retour dans sa patrie, s'il ne put re'-
parer sa faute par une union le'gitime ,
il consacra les dernières années de sa
■vieàl'e'ducationde seseiiflmts. Erasme
(car c'est le nom que prit depuis le
jeune Ge'rard, comme ayant en grec
à peu près le même sens que Ge'rard
dans sa langue ) , Erasme fut place' de
bonne heure en qualité' d'enfant de
chœur dans la cathe'drale d'Utrccht,
où il resta jusqu'à l'âge de neuf ans.
De là, il passa dans l'ecolc de De'vcn-
ter, alors très florissante, où ses pro-
grès furent assez rapides , pour faire
augurer à ses maîtres qu'il serait un
jour la lumière de son siècle. Il avait
quatorze ans lorsque la peste lui enleva
sa mère, à laquelle son père ne survé-
cut pas long-temps. A dix - sept ans ,
il fut force' par ses tuteurs , qui avaient
dissipe son bien , à prendre l'habit de
chanoine rc'gulicr , dans le monastère
de Stein , près de Gouda. L'état mo-
nastique e'tait peu convenable à l'indé-
pendance de son caractère et à la fai-
blesse de son tempérament; cependant
il aurait surmonté ses dégoûts s'il avait
pu y satisfaire sa passion pour l'étude.
11 y composa néanmoins quelques ou-
vrages, et charma ses ennuis par la
culture des arts. On voyait autrefois à
Delft un crucifix , peint par lui , avec
cctlc iusccipliou : « Ne méprisez pas
ËRA
» ce tableau , Erasme Ta peint lors»
» qu'il était dans sa retraite de Stciu.»
Un heureux événement vint mettre un
terme à sa captivité. Sur la réputation
de ses talents , fienri de Bcrgue, évè-
que de Cambrai, l'appela auprès de
lui , pour le mener à Rome. Le voyage
manqua , mais Erasme , au lieu de re-
tourner dans son couvent, obtint de ce
prélat la permission d'aller se perfec-
tionner à Paris. On lui avait obtenu
une bourse au collège de Montaigu; il
y fut si mal logé et si mal nourri , que
son tempérament en demeura altéré le
reste de sa vie. Sa ressource fut de
donner des leçons particulières j ii
siu'vcilla les études d'un jeuiu; gentil-
homme anglais , nommé Montjoye ,
qui de son élève devint son Mécène.
]1 en trouva bientôt un autre dans une
dame généreuse , nommée Anne de
Borsselen , marquise de Veere , dont
les bienfaits le mirent en état de fairo
divers voyages. Attiré par milord
Montjoye en Angleterre, il se lia avec
les premiers savants du pays , et s'y
fit des amis distingués, qui lui don-
nèrent l'espoir d'un établissement
avantageux ; mais ces promesses ne
s'étaut pas réalisées, il passa en Italie,
où il désirait aller depuis long-temps.
11 séjourna près d'un an à Bologne, y
j)rit , en i5o6, le bonnet de docteur
en théologie, et s'y prouva lorsque le
pape Jules 11 y fit son entrée. Ce fut
dans cette ville que , pMS pour chirur-
gien des pestiférés , à cause du scapu-
laire blanc qu'il avait conservé, il fut
poursuivi à coups de pierres, et cou-
rut risque de la vie. A cette occasion ,
ii écrivit à Lambert Bruni , secré-
taire de Jules II, pour demander la
dispense de ses vœux, qu'il obtint.
De Bologne, il alla à Venise, où il
demeura chez le C(-lèbre Aide Manuce ,
qui imprimait alors ses ouvrages, e{
cuire autres SCS Jda^cs. De là, il se rep-
ERA
ait à Padouc , pour y diriger les études
<rAl(xandrc, archevêque de Sf.-Aiidre'
et (ils naturel de Jacques IV, roi d'E-
cosse. Depuis long - temps il brûlait
d'envie de voir Rouie , où sa réputa-
tion l'avait devancé ; il proGla , pour
satisfaire ce désir, d'un voyage que
son pupille fit à Sienne, et fut accueilli
de la manière la plus distinguée , par
le pape, les cardinaux , et entre autres
par Jean de Médicis, qui fut depuis
pape , sous le nom de Léou X. On lui
fil les propositions les plus flatteuses ;
ou lui offrit même la place de péniten-
cier , dont les revenus étaient considé-
rables , on la lui présentant comme un
degré seulement pour parvenir à la
plus haute élévation ; mais il avait pris
des engagements avec ses amis d'An-
gleterre, qui lui faisaient esjKfrcr les
plus grands avantages , surtout depuis
l'avcncmeul d'Henri Yill , avec lequel
il avait contracté une étroite liaison ,
lorsque ce monarque n'était encore que
prince de Galles. En conséquence ,
lorsque l'archevêque de St.-André eut
quitlé l'Italie, Erasme en sortit aussi,
et lit, en iSog, le voyage d'Angle-
terre. Thomas Morus, depuis grand
chancelier, lui donna un appartement
dans sa maison. Il avait fait counais-
î^ance avec lui, lors de son premier
séjour à Londres, a Erasme , disent
» des auteurs dont l'autorité n'est pas
» d'uu très grand poids ( Vanini et
» Garasse ), s'étant présenté à lui sans
» se nommer, Morus fut tellement
» charmé de sa conversation , qu'il
* s'écria : Ou vous êtes un démon
» ou vous êtes Erasme. ? » Ce fut là
qu'il composa , en huit jours de temps,
sou Elo^e de la folie. .\près un
voyagea Paris, eu i5io, il retourna
encore en Angleterre , enseigna publi-
quement dans les universités d'Oxford
et de Cambridge ; mais les ressources
qu'il y trouvait étant loin de répondre
ERA 23g
aux espérances qu'on lui avait don-
nées, parce que la guerrea vec la France
et l'Ecosse mettait obstacle à la libé-
ralité de ses Mécènes , et qu'Erasme
n'était ni avide ni importun, il «quit-
ta le pays, nou pour toujours, car
il y fit depuis plusieurs autres petits
voyages, et ne cessa de parler avec
reconnaissance de l'accueil qu'il y
avait nçu , et avec attendrissement
des bienfaiteurs et des amis qu'il y
avait laissés. Au sortir d'Angleterre,
il se rendit à Bruxelles, où il fit sa
cour au chancelier Sauvage, qui s'était
déclaré son protecteur. Sa vie ne fut
qu'une suite de courses continuelles
jusqu'en i52i , qu'il alla se fixer à
Bâle , afin d'être plus à portée de sur-
veiller l'impression de ses ouvrages ,
qui se faisait chez Froben, son ami.
Ce fut là qu'il publia , en i5i6, sa
preraièie édition du Nouveau- Tes-
tament , qui paraissait pour la pre-
mière fois en grec (1 ^. Léon X venait
d'être placé sur le saint siège; Erasme,
qui l'avait connu cardinal, lui écrivit
pour le féliciter sur son exaltation, et
pour lui demander la permission de
lui dédier cet ouvrage. Ce pape , non-
seulement la lui accorda , mais ap-
prouva même la 2'. édition , publiée
en 1 5 18 , quoique la nouvelle version
latine qui l'accompagnait eût été atta-
quée par plusieurs docteurs catholi-
ques (2}. Les successeurs de Léon X
ne lui témoignèrent pas moins d'es-
time. Adrien VI , qui avait été son
maître de théologie , et qui depuis
avajt voulu lui faire donner une chaire
à Louvain, reçut ses lettres de félicita-
tiou avec politesse , lui fit une réponse
(i\ Le XonTfau-TejUmrnt Rrec d« la Polrglota
d*Alc;)la élait imprimé dès 15141 niaù il me fut
puMié qu'en lâîi.
'^^ On trouTe daa> les jtmtrnilatei Lilttr. ds
Schelhom . une pièce curieuse <ur cette seconde
idilinn, dont les notes renfermeat , contre 'le<
moines et les thëoloçiens , dca d^laïutioiu qui
«eiabUat bien dépUccet.
23o E R A
oblij!;eante, lui adressa des brefs , et le
pressa de venir à Rome pour y com-
battre Its enuerais de l'Edise , en
lui offrant une exi.steuce hunorab'c ;
Clament Ville traita avec la même dis-
tinction. Les travaux d'Erasme avaient
été long-ti'mps sans récompense , lors-
que Charles d'Autriche, souverain des
Pays-Ras, depuis empereur sous le nom
lie Charles-Quint, et dont il avait été
sur le point d'être le précepteur , le
fit son conseiller , et Là donna une
pension annuelledeaoo florins. Henri
vIII, Ferdinand , roi de Honj:;ric, Si-
gismond , roi de Poloq;ue, et plusieurs
autres princes , essayèrent en vain de
l'attin r à leur cour. Les sollicitations
de François F"', furent encore plus
pressantes : ce monarque venait de
fonder le collège de France, et dési-
rait vivement mettre Erasme à la lêtc
de ce nouvel établissement j deux fois
il lui fit offrir des pensions et des bé-
néfices capables de le décider. Mais
l'élévation de Charles-Quint à l'em-
pire avait allumé entre les deux rivaux
une haine irréconciliable, et, malgré
son amitié pour le savant Budé et
son penchant pour la France , Eras-
me ne crut pas devoir accepter les
propositions d'un ennemi de son prin-
ce naturel. Au reste , il est bon de
rem.irquer , pour l'honneur des let-
tres , qu'Erasme conserva toute sa vie
Tinc profonde reconnaissance des dis-
positions favorables du loi de France,
qu'il osa donner des preuves de sa vé-
nération pour ce prince dans le temps
de ses plus gIand^ m.lheurs , et, après
la bataille de Pavie, conseiller |)ubli-
qucment à sou maître d'user de sa vic-
toire avecgcncrosilc. La réforme com-
mençait alors , et l'on ne peut nier
qu'Erasme ne montrât d'.ibord quel-
que penchant pour les prin( ipcs de
Luther. Il y cul entre ces deux hom-
mes cc'icbrcs un commerce puli; mais
ERA
bientôt le fougueux Lulher ne put
pardonner ;; Erasme ce qu'il appelait
sa tiédeur. Celui-ci ne put approuver
les emportements des réformateurs :
ami de la paix, il n'aiuiait pas, di-
sail-il , même !a vérité séditieuse, et
ne croyait p is qu'il faillit parvenir par
les troubles et les émeutes à la réfor-
mai ion de l'Eglise, c On a beau vou-
» loir , disait-il à l'occasion du ma-
» riaged OEcolanipade , que le luthé-
» ranisme soit une chose tragique;
» pour moi , je suis persuadé que rien
» u'est plus comique : car le dénoue-
» rncjit de la pièce est toujours quel-
» que mariage. » Ces plaisanteiies et
l'approbation qu'il donna au livre de
Henri VIII contre Luther, lui atti-
rèrent de violentes injures de la part
des novateurs, et l'hérésiarque alla jus-
qu'à l'accust r publiquement d'athéis-
me. 11 eut le sort qu'ont presque tou-
joui's les gens modérés d.ms les temps
de troubles, celui de déplaire égale-
ment aux deux partis, et les moines
ne furent pas moins animés contre lui
que les hérétiques. La publication de
SCS Colloques, qui ])arurent(n j5u'i,
acheva de les niellrc en fureur , cl la
Sorbonne, poussée par INoël Béda ,
son syndic , censura une partie de ses
ouvrages , et chargea son an.ithême de
qualifications injurieuses. Cet homme
ignorant et passionné employa 1rs ma-
nœuvres les plus odieuses pour ame-
ner sa compagnie à cette démarche,
et brava luctue , pour y parvenir ,
l'autorité du roi, qui, dans une autre
circonstance, le fit (ufcrmer au mont
Saiut-lMichel , où il mourut. Les ré-
formateurs devenaiu de jour en jour
filus nombreux et plus puissants à
iàle , Erasme se retira en i ,')•>.() à
Fribourg, où il reçut l'accueil le plus
honorable, et fut logé par 'e magistrat
dans l'hàtti de l'empereur IMaximilic n.
11 y resta six ans, et, méconteut de sa
ERA
santé, revint à Bàlc , dans l'espérance
qu'elle s'y rétablirait. Paul III ayant
cte élevé au pontificat en 1 655 , Eras-
me lui écrivit pour le féliciter de son
exaltation , et reçut de lui une lettre
obligeante. Le pontife l'exhortait à dé-
fendre la religion attaquée par de
nombreux et redoutables ennemis. o Ce
» dernier acte pieux, lui di<^ait-il , ter-
» minera dignement une vie passée
» dans la pieté, confondra vos calom-
» niateurs et justifiera vos apologis-
» tes. » Le pape ne s'en tint pas à des
compliments stériles : il lui donna
presque en même temps !a piévôté de
Deventer, et son intention était de lui
conférer des bénéOces jusqu'à la con-
currence de trois mille ducats de re-
venu, pour le mettre en état de sou-
tenir avec décence la qualité de car-
dinal qu'il lui de!>tinail. Le bref, qui
est du i". août i555, a'.teste de la
manière la plus positive la probité ,
l'innocence et la bonne-foi d'Erasme.
Mais , uaturcl!cmcnt peu ambitieux ,
accablé d'années et d'infirmités, celui-
ci, ne songe.jut plus qu'à mourir en
paix, refusa le bénéfice, tt témoigna
la même indifférence pour la pourpre
romaine. Bientôt après , épuisé par
une dyssenterie longue et cruelle , il
expira la nuit du 1 1 au la juillet de
l'an i556, en donnant des preuves
d'une entière résignation à la volonté
divine, et en conservant l'usage de sa
raison jusqu'au dernier moment. Son
corps fut porté par les étudiants à la
sépulture; le magistrat, le sénat et les
professeurs assistèrent à ses obsèques.
On lui fit plusieurs oraisons funèbres
et plusieurs cpitaphes, entre lesquelles
on en cite une de Louis Massius, qui
roule sur un jeu de mots :
Fatalii séries nobis invidil Crjxinnm ;
^ed dctiderium loUere non putuit.
On préférera sans doute celle-ci, rap-
portée par Paul Jove , comme plus
ERA
a3i
grave et plus digne du personnag*
qu'elle célèbre :
Theittona terra sunm ewn miraretur^Ttsmam^
Hoe majus , potuit dieere , nil gtnui.
Boniface Amerbacb , son héritier , en
fit placer une vis-à-vis de son tom-
beau , gravée sur un marbre. On y
voit sa devise , qui était le dieu Ter-
me, avec ces mots : IVuUi cedo ,
et qu'd avait fait graver sur une
pierre antique que lui avait donnée
son élève , archevêque d'Ecosse. Cet
homme célèbre était de petite taille ,
avait le regard agréable , la voixdouce
et la prononciation belle, et s'habillait
toujours d'une manière propre et dé-
cente. Il avait été toute sa vie d'une
complexion délicate ; aussi avait-il ob-
tenu du pape une dispense pour f.iirc
gras les jours raiigres , parce qu'il
avait, disait-il en riant, l'ame catho-
lique et l'estomac luthérien. Avec une
sauté si faible, il fut sur la fin de ses
jours tourmenté par la goutte et la gra-
velle , et l'on ne conçoit pas comment,
au milieu de ses voyages continuels ,
il put suffire à tant d'ouvrages. Per-
sonne n'a eu plus d'arlmirateurs et
de critiques. On compte parmi les
premiers les princes et les littéra-
teurs ses contemporains, et une foule
d'hommes illustres dans tous les gen-
res. On ne peut en cfièt lui refuser
la gloire d'avoir été le plus bel esprit
et le savant le plus universel de son
siècle. C'est lui qui tira l'Allemas^ne de
la barbarie; c'est à lui principalement
que le nord de l'Europe dut la renais-
sauce des lettres, les premières édi-
tions de plusieurs Pères de l'Eglise,
les règles d'une saine critique et le
goiit de l'antiquité. Pénétré de la lec-
ture des anciens , sur lesquels il s'était
formé , son style, quoi qu'en aient dit
ses détracteurs, est pur, aisé, ingé-
nieux , et quoique la facilité de son ex.
pression ne soit pas toujours accom.
233 E R A
jiagnee de la plus parfaite clegance ,
il a une manière qui lui est propre
et qui ne cède en rien aux écrivains
de son siècle, même de ceux qui
avaient la pédanterie de n'employer
aucun terme qui ne fût de Cicéron.
Il est un des premiers qui aient traité
les matières de théologie d'une ma-
nière noble et dégagée des arguties et
des termes barbares de l'Ecole. Ses
ouvrages de piété ont une élégance
qu'on ne trouve point dans les autres
mystiques. D'un autre côté, la supé-
riorité de son mérite , ses premiers
raénagements pour Luther; son peu
d'exactitude dans quelques-unes de ses
expressions sur des matières délica-
tes ; son indécision sur certains points
qui n'avaient pas encore élé réglés
par le concile de Trente; la liberté
avec laquelle il reprenait les vices de
sou temps , l'ignorance , la supersti-
tion , la mollesse des riches bénéfi-
ciers, la corruption de certains moi-
nes; la prévention où l'on était contre
tout ce qui avait l'air de nouveauté,
le mépris des lettres, lui firent une
foule d'ennemis et lui suscitèrent plus
d'un orage. Modeste à l'égard de l'é-
loge, mais sensible à la critique, il
traita quelquefois ses adversaires avec
hauteur , les réfuta vivement et même
avec un peu d'aigreur. Mais s'il était
irascible la plume à la main , il reve-
nait aisément, et se réconciliait sans
peine avec ceux qui l'avaient attaqué;
car, inaccessible à l'envie, il ne com-
mettait jamais le premier acte d'hosti-
lité. 11 eut toute sa vie une extrême
passion pour l'élude , et en préféra les
délices aux dignités et aux richesses.
Il répondait aux offres des princes
qui voulaient se l'attacher , « que les
» gens de lettres étaient comme les
» tapisseries de Flandre à grands per-
» sonnages, qui ne font Icni* effet que
» lorsqu'elles sont vues de loin. » Sim-
ERA
pie , désintéressé et sans ambition ,
Erasme se trouvait à la cour comme
hors de son élément. Les grands aux-
quels il dédiait ses ouvrages ne pou-
vaient réussira lui faire accepter leurs
largesses. Il préférait, dans l'occasion ,
recourir à ses amis , qui allaient ordi-
dinairement au-devant de ses besoins.
On peut voir , à ce sujet , de curieux
détails dans une de ses lettres du 5o
janvier i524 , qui ne se trouve pas
dans la collection de ses OEuvres , mais
qui est imprimée avec sou Oraison
funèbre , par Fred. Nausea . depuis
évêque de Vienne , Paris ,153^, in-S".
11 n'était pas ennemi des femmes dans
sa jeunesse ; mais il ne fut pas l'esclave
de ce penchant, et sut modérer ses
désirs , s'il ne les réprima pas tou-
jours. Ennemi du luxe, sobre, peut-
être un peu railleur , mais sans amer-
tume , lijjre dans ses sentiments , sin-
cère , ennemi de la flatterie , il fut
bon ami et constant daus ses amitiés :
il était généreux, et se souvenant de
la gêne qu'il avait éprouvée dans ses
premières études , il aimait surtout à
aider hs jeunes étudiants qui don-
naient de grandes espérances. Sa con-
versation était pleine de saillies et de
gaîté; enfin l'homme aim,iblc ne le
cédait p;is chez lui au savant profond ,
à l'écrivain du premier ordre. Erasme
avait désiré réunir de son vivant tous
ses ouvrages ; ce vœu ne fut rempli
qu'après sa mort. Tontes ses OKuvrcs
fiuent recueillies à Bàle par Béatus
Hhenanus, el imprimées chez les héri-
tiers de Froben , en 9 vol. in-fol. Celle
édition étant devenue très rare, on en
fît une nouvelle plus complète à Leyde
en 1 705, sous les yeux deLeclerc, eu
I o tom. in-fol. , reliés ordinairement
en I 1 vol. Le premier contient des
ouvrages de grammaire el de rhéto-
rique , enlr'autres le Traité de Copîd
verborum, dont les amis des bonnes
ERA
études désirent la reimpression ; quel-
ques tradiietions d'auteurs grecs , cl
ses Colloques , dont la première édi-
tion fut enlevée à Paris en très peu
de temps, quoique tirée au nombre de
plus de 24 mille exemplaires : ouvrage
extrêmement piquant pour le temps ,
et qu'on lira tonjour<: , autant pour la
latinité que pour le fonds des choses
et la manière de les rendre. Ces Collo-
ques ont clé imprimés par l<-s Bzé-
virs , 1 636 , in- 1 2 , ciirn notis vario-
rum, 1664 ou 1695, iu-8\, et tra-
duits par Chappuzeau , Paris , 1662 ,
in-12; 1669, in- 12, 2 vol.; traduits ou
plutôt travestis par Gueudeville, 6 vol.
in-12. Levde , 1720. Le deuxième
vol. des ŒufTes d'Erasme comprend
les Adas^es , ouvrage d'une érudition
immense, et trop peu consulté au-
jourd'hui. Le troisième , toutes ses
Lettres y rangées par ordre chrono-
logique. Le style en est agréable ,
aisé, naturel, et c'est une lecture ex-
trêmement attachante. Erasme con-
sentit avec peine à leur impression,
« de peur , disait-il , que , les ayant
» écrites à ses amis , il ne lui fût
» échappé quelque chose qui pût of-
» fenser quelqu'un ( 1 . » Le quatriè-
me , des ouvrages de philosophie , de
rhétorique et de piété. On y trouve les
Apophlhef^mes , imprimés à part par
lesEIzévirs, i65o, in-12, etïEloge
de la Folie (2). Ce badiuagc , qui susci-
(1'' On ne tronre pas dans celle rollection «es
Leltres à Bonifacc ^/nf>&«i7i , qui ont élé pu-
bliées p-Dur U jjrcmière fois avec d'autres pièces
i»«diies . d'auics les originau:( ronserrés dans la
biLliothrque de l'uniTersihi de Bàle , 1779, in-8'.
\rî\ LVdition originale de VEncomiium Morue,
est de iSoi; celle d'Aide, Venise, i5i5, in-8°.,
est rare et rbére. Les traductions françaises sont
celte de i5^o, anonvnie ; une de La Haye, 1643,
111-8^., aussi anonyme, sous le titre de Loiionge
de la Soltue; une par Petit, Pjiîs, i(>70 , io-ia.
La tradorlion de GueniIeTÎUe a été corrigée par
Meunier de Qurrlon, Paris . Coustellicr , i-ïi ,
10-4" et lo-ia Falconet a ilunné aussi une édition
cnrriçée de GuendcTille , Paris, '757. in-12. On a
encore la traduriiua de l.a\aui , 1-80, in-8., et
csfin uoo pai BarrtU , Parii , 1789,' la-ix. D. L.
ERA 23j
ta depuis des disgrâces à l'auteur , eut
uu prodigieux succès : on en fit ea
France sept éditions en quelques mois.
Les rois et les évêques l'honorèrent
de leur approbation. Thomas Morus,
auquel il était dédié, en prit haute-
ment la défense , et Léon X lui-même ,
qui s'était fort amu.sé de celte lecture,
dit en riant : a Notre Erasme a aussi
» un coin de folie. » Celte satire in-
génieuse de tous les états de la vie,
depuis le simple moine jusqu'au sou-
verain pontife, est remplie d'allusions
fines aux passages les plus piquants
des aulcui-s anciens; aussi a-l-clle
moins de céle'brité aujourd'hui que les
ouvrages latins ont moins de lecteurs.
Elle a été imprimée séparément, cum
JVotis variorum , Amsterdam , 1 6-6 ,
in-8 '. ; Welslein, 1 685, in-8 '. ; Paris ,
Barbon , i n65 » in- 1 2. En 1 780 il en
a paru une belle édition , avec les
notes d'Oswald cl les figures de Jeaa
Holbein , à Bàle . chez Thurneisen ,
iu-8 . Ilolbein était l'ami d'Erasme,
et il e>t probable que l'auteur a fourni
àl'arti-te une partie de ses dessins. Ea
i52o il en parut une traduction à Paris,
n-4'., qni semble n'avoir guère d'autre
mérite que celui de la rareté. Celle
de Gueudeville, Paris, 1751, in-4°.,
est recherchée à cause des figures.
Le tome V comprend des ouvrages
de philosophie et de piété; le tome VI,
le Nouveau- Testament grec avec la
version latine; le tome VU , la Para-
phrase du Nouveau- Testament ; le
tome VIII, des traductions des Pères
grecs ( I ) et des discours ; le tome IX .
les nombreuses Apologies de l'auteur;
et le tomeX, d'autres ouvrages polémi-
ques. Les {wésies latines , qui ne sont
pas la pallie brillante d'Erasme , sont
(i^ SeSTCrsions des pères pieci sont en général
moins estimées que les éditions qu^il a doonées
des Pères latins. L'abbé de Cillf a relcTé un grand
nombre de fauiea dans co Tcrii'^a*.
234 E R A
répandues dans les i o volumes. Il n'a
pas été moins utile aux lettres comme
e'ditcur. C'est à lui qu'on doit l'édition
Princeps du texte grec de la géogra-
phie de Ptolémée, qu'il orna d'une
préface latine , Bàle ( Frobcn et Bis-
chpf ), i535 , in-4''. On lui doit aussi
la première édition De Publias Sjy-
rus, etc. Jamais personne n'a donné
lieu à plus d'éloges et à plus d'im-
putations qu'Erasme : on pourrait
l'aire une bibliothèque de ses cen-
seurs et de ses apologistes. Ceux qui
voudront le connaître plus en détail
doivent consulter V Histoire de sa vie
et de ses ouvrages , mise au jour en
1767 par Burigny, en 2 vol. in- 12;
ouvrage intéressant , quoique diffus ,
parce que c'est proprement l'His-
toire littéraire de ce tcraps-là (1). La
mémoire d'Erasme est aussi chère
à Bàle , qu'il avait illustrée en y fii-
saut sa résidence, qu'à Rotterdam,
qui a la gloire de lui avoir donné le
jour. Baie montre encore, d.ins un ca-
binet qui justement excite la curiosité
(1) Il existe deux cataloguet latins des ouvrages
d Erasmo , ilresséspar lui et précédés d'une pré-
lace apotogétii|ue d'Âni<:rb.ich. Un y a joint la Vie
d'Erasme par Ueatus Klienauiis, et un Recueil
d'épitaplies , élogi-s , consolations , élégies , etc.;
Anvers, iSSt, ia-8. On a aussi: Apologie d'K-
rasme, par l'abbé Marsolliir, i^i3, in-u; CiUi-
tjHe de cette apologie, par le P. Gabriel , Augustin
déchaussé, pag. 1719, in-iï. Cette ^lolojfie a
aussi été critiquée dans le Journal tlct Santnti et
dans les Mémoires île Tra'oux. Histoire d'Erai-
me, parMichel'Djvid de la Itiiardière, Paris, 1711,
in-ia : c'rttun panégyrique. Fraimi vita , par—
lim ub iptoinet panim ab amicii , Lcjde ,
i(i4». in-ia, dans le recueil des lipLsl. iti. eden-
te Sciiveriu. I.a Vte d'ICraime , par Samuel
Knight, Londres, k-j'xii. in-8 (en anglais), l/an-
teur prétend i|u'ICrasme a plus contribué a la ré-
(ormatiuu que l.ulber et 7,uingle , et que les théo-
logien! anglicans eu font plus de cas queda Luther
«l de Calvin. Les ouvragis d'£rasme , traduits en
français, outre ceux quou a indiqués ci-4lrisus ,
lont : 1 les Apoplilegmri , par L'F.sleu Mncaull ,
l'arii, i543iLyon, lâiij , in-iG; les mêmes , mit
«n Hilme fmiifufte , par (Guillaume tiaudent,
Paris, iSài, iu-ia ; la t'emine mécontente de
ton mari, traduit par de La Itiviùre, l'aris ,
1707, 170H, In-H; Codirile d'Or, tiré d» l'/.i.f-
titnlion du Prince chtrttcn, par Claude Joly ,
itilt:'t , in-nj la 'louche naijvc pnui ipruwer
i'aiHY ml le jflaHeur , par Auluiue Uusaix, l'aris,
«jJj , 10-4. ii- L.
ERA
des étrangers , son anneau , son c;»-
chet , son cpée , sou couteau , son
poinçon, son testament écrit de sa pro-
pre main , et son portrait par le célè-
bre Holbcin , avec une épigramme la-
tine de Théodore de Bèze , qui lui sert
d'inscription. Rotterdam, pour hono-
rer sa mémoire , vou'ut que son gvm-
nase portât le nom d'Era.sme , fit pla-
cer sur le frontispice de la maison où
l'on croit qu'il vit le jour celte ins-
cription :
.^dihus bis ortus, miindum decoravit Erasmui
Artibus, ingenio, relligiune, fide,
enfin, elle lui érigea une statue en
1 549. Ce monument d'abord eu bois ,
puis en pierre, renversé p.ir les Es-
pagnols en iO']'î, fut depuis rétabli
en bronze par le magistrat , et con-
tinue d'orner la graiîdt' place de cette
ville. ( f^oyezLuAvvvzEAV , Dolet,
DucHATEL ( P. ) , Durand ( D. ) , et
Eppkndorf ). N L.
ERA6TE ( Thomas ) , naquit à
Badcu en Suisse eu i5'i^ , et mourut
à Bâ!e le I*'^ janvier i5H5. Il étudia
d'abord la théologie à Bàle ; la peste
le fit quitter cette imiversité ; il se
rendit alors à Bologne , et se voua à
la pliilo.'0[)hie et à la médecine. Après
neuf ans de séjciur en Italie il devint
médecin des princes de licnenberg ,
peu après professeur à Heidelberg,
avec le titre de médecin et conseil-
ler de l'électeur palatin. En i .'iHo il
quitta Heidelberg pour se rendre à
Bàle, où il obtint la chaire de mo-
r.ile peu de temps avant sa mort. Heu-
reux praticien et savant dans la ilié(U'ie,
il combattit victorieusement les rcvt-
ries de Paracelse et de ses sectateurs.
11 .se mêla avec moins de succès des
controverses théologiques. On l'ac-
cu.sa d'abord d'arianismc, et on crut
qu'étant ami intime d'André Dudilh ,
cvêqiie des Cinq églises, il n'aurait
pu se di.spcuscr d'eu adopter les
ERA
principes. Erasle se de'fenclil vive-
ment <.!c cette accusation. Peu après
il eut une controver-e ft»rl amicale
avec Bèze, son bon ami, sur b ma-
tière des excoranuiniiaîion^ ; rien ne
fut publie à cetie occasion jusqu'à ce
que Ci>t(!vetio, époux de la veuve
^l'Era^te , renouvelât la guerrr en ])U-
bliantdes papiers trouve's dans le ca-
binet il'Eraste, et voués sans doute
par lui à un oubli ct-riic!. Bèze y le'-
pondit alors p'tr son tra té De près —
bjteris et De excommunicatione.
Eraste a composé divers ouvrages ,
dont voici les principaux : I. Dis-
sertiitionum de medicind novdphil.
Paracelsi parta quatuor^ IJàle,
i5*ja, in- 4"-; 11. Diss. de aura
polabili,'\h., i5-8; lll. De occiU-
tis phannacoi uni potestatibus ,hàic ,
1074, in-4'.; IV". Repelilio dbpu-
tationis de lamiis seu strigibus ,
Bâle, i5-8, in-8"., rare et singulier.
V. Dissertationum et epistnlarum
medicinalium voiumen , Zurich ,
iSgî, in-4". ; VI. f'^aria opuscula
medica , Francfort , i Sgo , iu - fol.
Erastc fut estimé de son temps pour ses
qualités moriles et son caractère franc
et droit; il n'hésita pas do convenir de
ses tous en quelques occasions. Son
zèle pour l'instruction publique lui Gt
destiner un capital de 8000 liv. pour
l'entretien de deux étudiants de Bâle
et de deux, de Heidelberg. L'académie
de Bàic fut chargée d'en faire la dis-
tribution. U — I.
ERATH ( AuGusTix d' ) , savant
théologien, naquit à Buchloa dans la
Souabe le a5 janvier 164S. 1! em-
brassa la vie régulière des chanoines
de S. Augustin , prit ensuite ses grades
en théologie à l'université de Dilin-
gen , et professa cette science pen -
dant plusieurs années dans les col-
lèges dirigés par les prêtres de cette
congrégation. Le souyeraia pontife
ERA i35
rc'compensa les services qu'Erath avait
rendus à la religion en le nommant
protonotaire apostolique, et l'empe-
reur le décora , peu de temps après ,
du litre de comte palatin. U obtint en-
suite Fabbdye de St. -André, qu'il
gouverna avec beaucoup de zèle jus-
qu'à sa mort, arrivée le 5 septembre
1719. U avait formé à ses frais ,
pour l'usage de cette maison , une
bihiiothèquc aussi nombreuse que bien
choisie, et l'on remarque avec peine
que ses confrères ne lui en aient
pas témoigné leur reconnaissance dans
î'épitaphe dont ils décorèrent son
tombeau. Erath , malgré ses conti-
nuelles occupations, publia plusieurs
ouvrages sur des matières de théolo-
gie ou d'histoire ecclésiastique. On
en trouvera la liste dans les Miscel-
lanea du P. Duelli , tom. II , dans
les Biographies allemandes, et cnfii»
dans Moréri. On se contentera d'en
citer les principaux: I. Commenta-
riiis historico - theologico - juridicus
in regulam S. Au^ustini, Vienne»
1689, iu-fol. Les bénédictins, vio-
lemment attaqués dans cet ouvrage ,
en deramdèrent la suppression. La
cour de Rome invita l'auleur à ne
pas le continuer, et à retirer le.*
exemplaires du premier volume , qui,
par cette raison , est devenu très
rare; II. Augustus Velleris aurei
ordo , per emblemata , ectheses po~
liticas et historiam dcmonstralus ,
Passau, 1694» in-J'uI.; Ralisbonne,
i69-,in-8'. L'édition de 1717 ci-
tée dans la Bibliothèque historique
de France est imaginaire. La pre-
mière est très rare, n'ayant été im-
primée qu'à un petit nombre d'exem-
plaires pour être distribués en pré-
sents ; III. Res santandreanœ ;
c'est un recueil de pièces relatives a
l'histoire de l'abbaye de St.-Andrc.
Duelli les a iusérccs dans ses MisceU
236 ERA
lanea,tom. II ; IV. le Monde sjm-
holique . trad. en latin du P. Pici-
Jiclh ; des Méditations , tiad. de Ti-
nctti ; la Manne de l'ame , trad. de
iSegneri ; les Travaux apostoliques ,
trad. de Segueri, et d'autres ou-
vrages de dévotion. — Antoinc-Ul-
lio d'Erath, laborieux écrivain et
jurisconsulte allemand , né en 1709,
mort le a6 août 1773, après avoir
exercé plusieurs emplois judiciaires
dans les cours de Quedlimbourg, de
Wolfenbultcl et de Nassau-Orange,
et avoir été anobli par l'empereur en
3 750, s'est fait couuaître par des re-
t'iierchcs importantes sur l'histoire
d'Allemagne dans le moyen âge. Il a
publié : 1. Conspectus hisloriœ Brun-
i'ico-Litneburgicœ univcrsalis , in ta-
bulas chronologicas et genealogi-
cas divisus, et hisloricorum cujus-
vis œvi perpetuis testimoniis viuni-
tus; prœmissœ sunthibliolhecaBruns-
fico-Luneburgensis, et Disserlatio
critica de habilu iotius operis ,
'Brunswick, 174^, gr. in-fol; II. Ca-
lendarium Romano - Germanicum ,
viedii œvi.... ah anno DCCLl usqiie
ad emendalionem Gregorianam ,
Dillenburg, 1761 , in-fol. , divisé en
neuf tomes ou parties , une pour
chaque siècle. Gît ouvrage est très es-
timé, cl forme pour l'histoire d'Alle-
magne un art de vérifier les dates qui
ne laisse ])rcsque rien à désirer ; 111.
Codex diplomalicus Quedlinbitr-
fçensis , Franclort, S. M. , 1 764 , in-
iol. , (ig. IV , plusieurs autres ou-
vrages latins ou français et un grand
nombre de INIémoiies en allemand in-
scre's dans divers recueils périodi-
ques, et surtout dans les Notices
biunswickoises ( Braunschweigische
jénzeige), journal qui cojnmença à pa-
raître en 174^ , «"t 'lont il fut le pre-
mier auteur. — M"^ d'Erath , sa
lillc, morte eu 1 776, a traduit du h-
tin en allemand les Vies des illustres
capitaines, avec celles de Caton et
d'Atticus , par Cornélius - N épus ,
Francfort, I 760, in-S". W — s.
ERATOSTHENE, fils d'Aglaus ,
était né à Cyrène, l'an i*^"^. de la l'id'. \
olympiade, '^.76 ans avant noire ère;
il reçut les leçons du philosophe
Ariston de Chio , du grammairien Ly-
sanias de Cyrène, et du poète Calli-
maque. Il fut appelé à Alexandrie par
Ptolémée m, ou Eucrgcte , qui lui
donna la direction de sa bibliothèque,
place qu'il exerçait encore sous Ptolé-
mée V, ou Epiphane. Il perdit la vue
dans sa vieillesse , et il en conçut un
tel ennui , qu'il se laissa mourir de
faim à l'âge de quatre-vingts ans, d'au-
tres disent quatre -vingt-on. Il fut un
savant très distingué, qui réunissait à
un degré peu commun plusieurs genres
de connaissances. 11 fut géomètre, as-
tronome , géographe , philosophe ,
grammairien et poète. Ses ouvra-
ges sont perdus , ainsi nous ne sa-
vons pas bien ce que nous devons
croire de tous les éloges dont il a été
comblé pendant sa vie ou après sa
mort; mais on lui doit de la recon-
naissance pour les services qu'il a ren-
dus aux sciences , et particulièrement
à l'astronomie. C'est lui qui obtint de
Ptolémée Euergètequ'on plaçât dans le
portique d'Alexandrie ces armilles cé-
lèbres, avec lesquelles on pouvait ob-
server les cquinoxes , et prob ■blemcut
aussi les solstices, quoique ce dernier
])oint ne soit pas aussi bien prouvé
que le premier. Do toutes les observa-
tions d'Eratosthènc il ne nous en reste
qu'iuic seule , nous n'avons mcinc
que la conclusion que l'auteur en avait
déduite. C'est l'arc du méridien , com-
pris entre les deux tropitpies , qu'il
trouva de ~ de la circonférence en-
tière. Cette fraction ne peut cire qti'iine
cvalualiou approximative de l'arc me-
Et\A
sure. En cffel , elle vandrait 47° 4^'
19", 5 ; or il est certain que des ar-
milles, dont le rayon n'etaii guère que
de 18 {wuces, ne pouvaient être divi-
sées en minutes. Ainsi l'aie observe'
devait être seulement de 47" W-> ^^
47" t- Ce nombre divise par 50o'
donne tout aussitôt la fraction 7^^,
ou /rs-;- , dont Eratosthène a fait
i-î- , parce qu'il savait très bien qu'il
ne pouvait le'pondre de 5 à 4 "li*
nutes; quoi qu'il eu soit , cette obser-
Tâtton dut lui faire beaucoup d'hon-
neur en Grèce , où jamais elle n'avait
été faite avec tant de soin et de pré-
cision. On savait depuis lonj;- temps
que la route annuelle du soleil est iu-
clinc'e à l'équateur j miis on manquait
de moyens pour en dctenniner l'angle,
qu'on soupçonnait ne diflcrcr guère
de '24*î<^''ss. On a cru trop légèrement
que cette estimation supposait une
observation antérieure à celle d'Era-
losthène, nous y verrions plutôt une
détermination grossière, obtenue nous
ne savons pas trop par quel moyens ,
peut-être avec la règle et le compas,
d'après le rap[>oit observe entre les
deux ombres solsticiales et la hauteur
des gnomons.Une autre dc'ter:nination
bisn moins précise et bien moins sûre
encore, a contribué surlout à répandrç
le nom et la gloire d"Eratosthèi:e ,
c'est cclie de la grandeur de 1 1 terre.
C'était une chose connue qu'à Syène,
le jour du solstice d'été , à midi , les
corps ne jetaient aucune ombre. Il
suivait de l'observation d'Eratoslhène
que l'obliquité de l'écliptique était de
iVs **" '^5" 5 1' 20". Telle devait être
aussi la hauteur du pô!e à Syène ;
mais à Alexandrie, au même instant,
Eratosthène li'ouvait que. la distance
du soleil au zénith était de 5^ de la cir-
conférence, ce qui ferait "j" 12'; la
kauteur du pôle à Mc&auuiic serait
E R A ^^1
donc de 3 1° D* aq'. Mais si nous ad-
mettons que les degrés des arraillcs
n'étaient divisés qu'en six parties de
10' chacune, la distance soùticialc ne
sera que 7^ 10', l'obliquité de 1?*'' 5o'
et la hiuleur du pôle 5i^ o'. Ptoléraée,
dans son Alraageste, ne l'a fait mèiue
que de jo" 58', dans un calcul qui
veut de la précision, et dans lequel il
fait entrer l'obliquité de id" yi' 20"
qu'il dit être celle d'Eratostbène ; mais
on peut admettre que l'observatoire de
Ptolémée était de 1' au sud de celui
d'Eratostbène , au lieu qu'il est im-
possible de supposer une diflerence
de latitude qui surpasserait 5 minutes.
Nous admettrons donc comme deux
choses presque démontrées , que les
deux distances solsticiiles observées
par Eratosthène , étaient l'une de 7®
10' , l'autre de 5+^ 5o', dont la dif-
férence 4'^' 4"' donne 25° 5o' pour
l'obliquité de l'écliptique et la demi-
somme Di" g' pour la hauteur du
pôle. Ainsi l'observation employée par
Eratosthène, dans le calcul delà gran-
deur de la terre , sera la même qu'il
avait faite pour l'obliquité de l'éclipti-
que; elle n'offrira que des nombres
qu'il avait pu lire sur les arraillcs; elîe
donnera les rapports approximatifs
~ et .7 substitués aux rapports rigou-
reux, l^a distance d'Alexandrie à Syônc
avait été trouvée de 5ooo stades pnr
le» Bénuttistes d'Alexandiùe et des
Flolémées. C'étaient des arpenteurs,
des géographes qui mesuraient la
longueur des chemins pr le nombre
de leurs pas; on voit que les 5ooo
stades ne sont encore qu'une approxi-
mation , vu l'incertitude de la méthode
et les détours du chemin. Ces 5ooo
stades, multipliés par 5o , donnent
2 joooo stades pour la circonférence
de ia terre, multipliés par 5o \°^ , ils
donneraient 25 11 65 stades, Eratos-
Ut^ues supposa 2^2000 , pour avoir
338 ERA
en nombre rond , un degré de 700
stades. On ignore aujourd'hui quel est
le stade dont Eratoslhène a fait usage
dans son calcul; mais quand on le
connaîtrait parfailernentou n'en serait
guère plus avance ; on ne pourrait en
tirer aucune conséquence exacte pour
la grandeur de la terre , puisque l'arc
céleste et l'arc terrestre sont des ap-
proximations également incertaines.
Si cette évaluation d'Eraloslhène avait
passé de son temps pour autre chose
que pour un aperçu fort ingénieux ,
mais peu susceptible de précision ,
comment concevoir que, long-temps
après, Posidonius , par des moyens
bien plus inexacts, eût osé tenter un
nouvel essai pour estimer à son tour la
grandeur de la terre? Nous avons sup-
posé qu'Eratoslhène avait fait us.ige
des armilles solsticialcs; l'incertitude
.serait bien plus grande s'il eût employé
le gnomon ( i ) ; elle serait extrême s'il
eut employé le scaphé , comme le dit
Cléomédej mais il est évident que
Ctéoméde n'était pas astronome , et
nous ne devons aucune confiance à
cette partie d j son récit. Hippaïque a
critiqué le degré d'Eiatoslhène , cl la
plupart de ses détermi natives géogra-
phiques : Strabon en a pris chaude-
ment la défense; mais, en se déclar.int
hautement pour Eratoslhène, contre
son censeur, il cherche souvent à le
corriger lui-même. ( P'oy. Strabon ).
Eutocius , dans son Commentaire sur
la Sphère et le Cylindre d'Archi-
viède , nous a conservé une lettre
d'Eraloslhène au roi Ptolémée. On y
voit une histoire du fameux problême
de la duplication du cube, et la des-
cription d'une machine au moyen de
laquelle il trouve avec facilité, non-
seulement les deux moyennes propor-
(■^ Pour un gnomon de i5 piffdi , deux minulci
d« pliii ou de moin» (ur la diitance fercient a
peine uue dilTércnce d'un diiiàm* de ligue.
ERA
tionnelles qui résolvent le problême,
mais un plus grand nombre s'il était
nécissairc. La lettre est terminée par
dix jiuit vers élégiaques qui en sont
l'extrait , et dont le di rniei nous ap-
prend le nom et la patrie do l'auteur.
On lui attribue un livre de commen-
taires sur le poëme d'Aratiis , et un
petit ouvrage intitulé : Calastérismes.
Il est fort douteux que le commentaire
soit de lui , et l'on peut sonh;iiter qu'il
n'ait pas composé les Calastérismes ,
qui ne présentent qu'une nomencla-
ture assez sèche de constellations, et
du nombre des étoiles qui les compo-
sent , avec quelques notions très su-
peificielles de mythologie. Ce serait
tout au plus un extrait qu'un amateur
aurait pu faire pour sou usage, du
Traité plus complet d'Eratosthcne. On
ne peut duuter que ce savant ne fût
doué d'un esprit inventif, nous en
avons la preuve dans ses armilles ,
dans son mésolabe; c'est ainsi qu'où
a nommé son instrument pour les
moyennes proportionnelles , dans la
mélliodequ'il ii donnée le premier pour
déteiniiner la grandeur de la terre, et
même d,ins son Crible arithmétique,
pour trouver par exclusion tous les
nombres premiers, c'est-à-dire ceux
qui n'ont de diviseurs qu'eux mêmes
ou l'unité. En réduisant à leur juste
valeur les connaissances que nous lui
devons , et qu'on a trop exagérées, on
ne peut se refusera le regarder comme
un savant extrêmement recomman-
dahle , et même coisnne le premier
fondateur de la véritable Hstronomic.
On lui avait donné les surnoius de
Pentalhle , parce qu'il avait réussi
dans cinq g( nres dillerents , de second
Platon, de ^r,rx, seconde lettre de
l'alphabet, parce que, s'élant exerce
dans tous les genres, il n'avait été le
premier dans aucun , ou bien parce-
qu'il fut le second directeur de la bi-
ERC
b'iolhèque royale d'Alexandrie. Les
fragments qui nous restent des ouvra-
ges d'Eratostliène ont été recueillis
dans I vol. in-H". , Oxford 1672. Le
plus considérable est son Canon des
rois thébains, conservé en partie par
le Syncelle, qui , de quatre-vingt-onze
rois dont il contenait les noms , l'avait
réduit à n'offrir plus que les trente-
huit premiers. Ou a publié depuis:
L Èratoslhenis geographicorum
fragmenta , gr. lai. , edidit Gunt.
Car. Seidel , Gottingiie, 1789. H.
Eratosthenis Catasterismi , grœ-
cè, cum interpretatione laiind et
comme.-ttario ; curavit Jo. Conrad
Schaubachy ib., 1795, in-8 .,fig.
D— I.— E.
ERCHEMBERT ou ERCHEM-
PRRT, né dans la Lombardie au 9'.
siècle , suivit d'abord la cirrière des
armes; ayant élé fait prisonnier dans
un combat, il parvint à s'échapper et
se réhigia dans l'abbave du Mont-
Cissin, où il embrassa la règle de S.
Benoît. Peu de temps après on lui con-
lia le gouvernement d'un monastère
voisin; mais les excursions continnel-
los des bandits qui désolaient l'Italie
le forvèreut de chercher bientôt une
retraite plus assurée. On croit qu'Er-
cherabeit mourut vers 889. 11 avait
coraposéeu latin une ffistoireou Chro-
nique du royaume des Lombards;
mais on n'en a conservé que l'ahrégé
qui roramence 3774, année où Didier
perdit la couronne ( ^. Didier), et
finit à 8H8. Cet abrégé, qu'on peut
regarder comme une continuation de
l'histoire de Paul Diacre, a été publié
pour la première lois par Antoine C^-
raccioli, Naples, 1626, iu-4", , avec
d'auires pièces. Cimille Pellegrini en
donna une édition plus correcte dans
son Hisloria principiim Longobar-
dorum, Naples, lO^o, in-4'. Bur-
wau l'inséra ensuite daus sou Thesaur.
ERC a39
scripior. italor. , tome IX ; Muratori
dans ses Rerum italicar. scripior.^
tome II; et Eckhaidt dans ses Scrip-
tores medii œvi , tome I". ; enfin
François - Marie Pratillo , ayant fait
réimprimer le recueil de Pellegrini
(Naples, 1750-5 1 , 3 tomes in-4".),
en remplit les lacunes et y aiouLa des
notes plus étendues. Pierre Diacre at-
tribue encore à Erchcrabert de Des-
truclione et renovatione Cassinensis
Cœnobii ; de Ismaélitarum incur-
sione ; et Pagi le fait auteur d'une Fie
de Landttlfe, premier évéque de Ca-
poue, mort en 879 , en vers; et des
Actes de la transèation du corps </•
t apôtre S. Mathieu. W — s.
EKCILLA Y ÇUNIGA (Dow
Alonso d' ), le premier des poètes épi-
ques de l'Espagne , chevalier de Saint*
Jacques, et d'une des plus illustres et
des plus anciennes famillesde Biscaye,
naquit à Berméo, vers l'an i525. Il
était fils de Fortuné Garcia , seigneur
dT.reilla, aussi chevalier de Saint-
Jacques et habile jurisconsulte. Don
Alonso fut élevé à la cour de Char-
les-Quiut , en qualité de menin. Il con»
tinua ses services sous Philippe II ,
quand cet empereur se fut consacré à
la retraite. Dès l'âge le plus tendre il
manifesta son goût pour la poévsie et
la lecture en général. Le jeune ErcUla
fuyait souvent la compagnie et les
amusements de ses camarades pour
s'enfermer dans sa chambre, et s'occu-
per de quelque ouvrage nouveau qu'il
avait su se procurer ; il avait une pas-
sion également dominante pour l'exer-
cice des armes : de manière que tout
le temps que lui laissaient les devoirs
de son emploi, il le partageait entre
les lettres et l'escrime. Par son pen-
chant décidé à ces deux exercices, il
paraissait prévoir qu'il devait devenir
un jour aussi bon écrivain que soldat
intrépide. 11 composa plusieurs poe-
24o ERC
sies qu'il dédia aux dames les plus ai-
mables de la cour; mais on a perdu
la trace de ces productions , et il ne
nous reste d'Ercilla que son Arau-
caria, et une Glose qu'on trouve dans
ïe Parnasse espas^nol. Il paraît ce-
pendant qu'il se f lisait dès-lors remar-
quer par la pureté', l'élëgancc et l'éner-
gie de son style. Don Alonso ayant e'ie'
jiommépage du prince Don Philippe,
il l'accompagna dans ses voyages en
France , en Italie , en Allemagne et en
Angleterre , où i! fixa sa demeure pen-
dant plusieurs années. Pendant son sé-
jour à Londres, il apprit la nouvelle
du soulèvement d» quelques peuples
du Chili (vers i 547 ). ^" ^î''ï*3it en
Espagne pour aller punir les rebelles;
Don Alonso voulut êti'e de celte expé-
dition , qui fut confiée à Don Garcia
Ilurtado de Mendoza , gouverneur du
Chili. On croit communément qu'Er-
cilla ne s'enrôla que comme simple
volontaire , et que dans la suite il par-
tagea le commandement. Avant de par-
ler d'Ercilla comme poète, considé-
xons-le sous le rapport de soldat et de
conquérant. Au sud du Chili il y a une
contrée dont d'immenses rochers sem-
blent défendre l'approche : elle était
liabitée par le peuple le plus robuste
et le plus belliqueux de toute l'Amé-
rique. C'est là qu'Ercilla se signala par
mille prodiges de valeur. Il surmonta
tous les obstacles; il soutint avec un
courage héroïque des calamités de
toute espèce, et il fut un des premiers
qui , par leurs talents et leur courage,
contribuèrent à dompter un peuple
doué d'une rare force de caractère,
dont l'intelligence naturelle faisait sou-
vent échouer les pro- .s les mieux
combinés et les plus subtils stratagè-
mes. Ce peuple sauvage, presque nu,
sut lutter pendant quatre ans , avec
armes inégales , contre une nation qui
était alors des plus aguerries de l'Eu-
ERG
rope (i). Mais ce fut à la bataille de
Miliarapue et à l'attaque dePuren que
Don Alonso se distingua plus particu-
lièrement. Dans la première les Espa-
gnols , entourés d'ennemis et presque
accablés par le nombre, durent leur
sahu à la présence d'esprit et à la va-
leur d'Ercilla , que, dans cette circons-
tance, ils avaient proclamé leur chef.
Dans l'attaque de Puren, les Indiens
s'étaient retranchés dans les gorges
des montagnes de ce nom, qui étaient
presque inaccessibles , et où les armes
à feu ne pouvaient les atteindre ; ils
faisaient pleuvoir une grêle de dards
et de pierres. Aucun Espagnol n'osait
approcher. C'est encore Èrcilla qui,
parvenu à rassembler dix soldats , gra-
vit le premier ces ravins escarpés ; et ,
détournant l'attention des Indiens par
une fausse attaque, les prend par les
flancs , les fait déloger , les bat et les
met en fuite (2), S'étant illustré par
tant d'exploits, au lieu de rechercher
un repos honorable. Don Alonso cou-
rut braver de nouveaux dangei'S pour
découvrir des terres jusqu'alors in-
connues (5). Ayant franchi les rochers
de Purcn, il traversa la Nabequeten,
le lac Valdivia, et avec trente sol-
dats seulement , qui formaient toute
son armée, il reconnut le pays qui est
entre le détroit de Magellan et l'ile de
Chiloé, et en prit possession au n om du
roi son maître. Dc-là , naviguant sur
l'Archipel d'Aucudbox.il parcourut les
nouvelles contrées , et se disposa enfin
à retourner dans sa patrie, achevant
ainsi de faire le tour du monde. Tandis
que Don Alonso acquérait une si juste
(1) Pour «« convdi'icre ilir l'etaclitude de ce»
faits, on peut coDtulter ICrcinn liii-m^me , Hant
«1)11 prnIoKiic <lc IV/r/iMcana, i^dil. de Madrid,
iô(jo, ri d'Anvers, i5()7.
(a) Élog-i d'Kicilla, par Mosqiiera de Fi-
gucron.
(3) L'histoire des voyaRc» d'ErcilU se trouve
d.-.ns U C/ironir/ne ,\e CaUcle de Lilrella, Uiu»-
liy^iipUe de riiilipps H..
ERC
gloire comme soldat et capitaine, et mê-
me, si Ton veut, comme conquérant,
il n'oubliait pas cependant celle qu'il
pouvait se flitter d'obtenir comme
poète. C'est dans le sauvage pays d'A-
rauco, entoure d'cunerais, souvent pii-
vé de nourriture, et n'ayant quelque-
fois pas d'autre litque la terre, ni d'à vitre
abri que le ciel ; c'est là que cet inté-
ressant jeune homme imagina d'im-
mortaliser le peuple qu'il combattait,
et les guerriers qui surent le vaincre.
Voilà le sujet de son Araucaria. Dans
ks loisirs que lui laissèrent ses tra-
vaux militaires , il écrivait les événe-
ments de la journée , tantôt sur de pe-
tits morceaus de papier, tantôt sur
des morceaux de cuir qu'il eut dans
la suite bien de la peine à mettre en
ordre. C'est ainsi qu'il termina la pre-
mière partie de son poème. Bien des
fois l'approche des ennemis l'obligeait
à quitter son travail , et il lui fallait
alors , selon son expression , aban-
donner la plume pour reprendre
ïépée. A la fin de ses ouvrages, lors de
5on retour en Espagne, en i5j4 (i '^ ,
il commença la seconde |)artie de son
poème à bord de son vaisseau. Arrive'
à Madrid, il présenta son manuscrit à
Philippe U, qui ne tint aucun compte
du mérite de l'auteur ni comme poète ,
ri comme soldat, ni comme naviga-
teur. L'empereur d'Allemagne, moins
injuste que son neveu, sut réoompen-
(t'i Tous le» biographes étrangers disent qu'Er-
cilia se trouva à la bataille Ae St.-Queotiu , au il
combattu fotis les ordres de son maître. U est
certain quVtant retourné eu lîspagnc en iS5^ , il
aurait pu se trouver à cette bataille , qui n'eut
lieu qu'en anftt liS-. Mais ni l'auteur de soa
éloge ( Mosquera de Figueroa , tuJileur-geaéral
des armées, édition de Madrid et d'Anvers > ,
ni les biographes espaguols, n'en font mention.
ErciUa lui - même se-rable le désavouer , lorsque
rians son -Araucana ( 2e. part. , ch. 17 ) , il feint
que Bellone lui apparaît en songe , et, le trans-
portant sur une montagne élevée , présente devant
SCS yeux les plaines de $t.-(Jfuentin , Tassant de
'«J'*" P.'""*' *? l» bataille qui s'en suivit, sans
qu'il s.>it question de sa personne; et si , en effet ,
il t'y fût trouvé, il n'aurait certainement pas
ronlu perdre sa part a U gloire de ctïl« it>«Sk*r
rsbie j'jarnée.
3LIII.
ERC a4i
ser Ercilla, en le nommant son cham-
bellan d'honneur. Sans parLiger l'opi-
nion de Cervantes , qui crut pouvoir
comparer \' Arancana aux meilleurs
poèmes qu'a produits Tltalic, nous ne
pouvons cependant voir avec ind.ffc-
rence la critique sévère autant qu'in-
juste qu'en ont fjit les compilateurs
de Morcri (édition de 1759); ceux
de la Biographie anglaise ( 1 798 ); le
Dictionnaire historique (Gien, 1 779);
Voltaire , dans son Essai sur la Poé-
sie épique, et deruièremeut M. Bor-
tcrweck , dans sa Littérature espa-
gnole. Les premiers , qui semblent
s'être copiés les uns les autres , lui
veulent à peine accorder quelque feu
dans les batailles. Voltaire ne sait y
trouver, comme digne d'être remar-
qué, que la Harangue de Colocolo.
Cependant ce poème, connu chez tou-
tes les nations qui cultivent les lettres ,
s'il u'cût eu en effet un mérite rétl,
n'aurait certainement pas atteint à la
célébrité dont il jouit depuis plusieurs
années. M. Boutcrweck, qui connaît la
langue espaguole , et qui ne prononce
qu'après avoir examiné l'ouvrage, est
celui qui lui rend un peu plus de justi-
ce. Quoiqu'il ne croie pas devoir l'ho-
norer du nom de [wëmt; , il lui accorde
cependant un style correct, des images
vraies , de belles descriptions, uu in-
térêt qui va toujours en croissant, nne
espèce d'ensemble cl d'unité d'action,
et un esprit d'héroïsme répandu dans
tout l'ouvrage. Que lui failait-i! donc
pour mériter le nom de poème? un
plus grand nombre de fictions poéti-
ques ? le mélange des fables de la
IMythologie ? Mais c'cit précisément
cette abondance d'inventions qu'on
blâme dans le Tasse , quoique ce dé-
faut n'ait pas empêché qu'il soit le pre-
mier des épiques modernes. Ercilla ,
en écrivant une histoiie,n voulu l'or-
lier de tous les charmes de la poésie ,
j6
2^'^ E R C
sans cependant nuire au fond de sou
sujet. Il s'en faut bien que son ouvrage
soit exempt de défauts. I^es récits de
la bataille de Saint-Quentin et de celle
de liépante sont étrangers au sujet, et
ne font que nuire à l'action principale.
L'auteur s'est permis une digression
pour faire la cour à son maître,
ainsi que l'AriosIe et le Tasse en fai-
saient souvent pour e'iever jusqu'aux
nues la maison d'Esté. Outre ce dé-
faut , parmi les octaves du style le
plus e'ieve', et au milieu des pensées
les plus sublimes, on trouve souvent
des vers assez faibles et des idées trop
communes ; mais dans l'ensemble , le
style ainsi que les images ne sont nul-
lement indignes de la majestc de l'é-
popée, et il est juste de convenir que,
comme poète , notre auteur a tiré
de son sujet tout le parti dont il était
susceptible , sans nuire à la vérité de
l'Histoire. Ercilla n'a pas, il est vrai ,
la force, la hardiesse, la morale pro-
fonde de Milton j mais il n'en partage
pas non plus les absurdités. Son poë-
n»e, bien au-dessous de la /m/5aZdni
délivrée^ peut, sous différents rap-
port, être considéré comme fort au-
dessus de la Hcnriade \ et c'est lui
assigner la place qui lui convient, que
de le faire marclicr de pair avec la Zm-
siade. Quoi qu'il en soit, son Araa-
cana lui valut plus de réputation que
de faveur et de fortune. Dégoûté de la
cour, poiu" le peu d< considération
que le roi avait accordé à ses talents
militaires et poétiques , il voyagea
presque tout le reste de sa vie. Ce-
pendant il publia à Madrid, eu
'■*77(0» l^* dp"x premières parties
(0 Cette ilmr, t\nr nnni avons lln^r ilci h'tn.
Kmpliet (lit Purniitte etfxignol, nom i «rriri à éU-
lilir l'anDce tle la nai«<iiire tie uutre auteur,
(|ii aiieiine 1)in|;r«phie n'avait encore flxëe. (I en
Insulte que d»n Alunio atait, en 1/177, prci iln
«iiiquaiite-ileuv ans ; à >an retour de rAtni'rii|u>- ,
il u en nvaitqiie «in^t-oia(, et par coiiKiqucal il
était iiA en 1339.
ERD
de son poème , qu'il dédia au roi par
une épître bien laconique. En iSçjO,
il publia les trois parties. 11 raouruten-
fîn dans la même ville vers l'an 1 5g5, à
l'âge de -jo ans. Apres sa mort il eut un
continuateur (Don Diego do Santisle-
van), qui y ajouta leschanls 56' . et 3n*.,
mais qui est bien inférieur à son mo-
dèle. Ercilla était d'une belle figure,
d'un maintien noble et d'une taille
avantageuse. Ses yeux étaient grands ,
noirs et pleins de feu. Il avait vm cœur
généreux et noble , et un caractère
doux, affable et prévenant. Voici les
principales éditions de son Arau-
caria : Madrid, i 67 7 ; ib. , i 5qo ; Bar-
celone , ag avril i5c)'i; Bruxelles,
I 5g5 , 5 parties ; Salamanque , 1 5p7,
y. parties; Anvers , i5q7, , 5 parties,
in-12, par Pierre Ballero; Madrid,
1 65'i , vol. in-i 2 ; ibidem , 1 755 , in-
fol.; ibid. , Sancha, 1776, 1783,
u vol. in-8'., fig. On ne connaît pas
de traduction française de la Arau-
caria. M. Langlès en a presque ache-
vé une qu'il ne destine pas à l'impres-
sion. J. B. Chr. Grainville avait aussi
entrepris une traduction, ou plutôt
une imitation de ce poème; on n'en
a imprimé que Tcpisode de Glaura,
qui fait partie du uS". chant : ce frag-
ment se trouve au tome vu des Qua-
tre Saisoni du Pariutsse, pag. lyo-
199. B— s.
EKDOEDI ( Gabriel - Antoine ,
comte I)'), né en Hongrie, et mort
doven des suffiagants de ce pays au
milieu du dernier siècle. Il (it impri-
mer à ses frais en 17^1 , à Tyrnau ,
un ouvrage intitulé: Opusculum tlmo-
lopcum in quo quœritur an et qna-
liter jjrinceps catholicus hœreticos
in sud ditione retinere , vel contra ,
p.vnis eos aut exilio , ad f idem ca~
tholicam amplectcndam cogère pos-
sit? Ou a souvent altiibué cet ou-
vrage à Erdcedi , qui le iil imprimer;
ERD
mois il avait pour auteur le jésuite
i);irai5cl Pinson. Comme il y régnait
nu ton d'intolérance trop violent ,
l'emperciir eu fit défendre !a vente,
et ii est mainteujnt au nombre des
livres très rares. Voy. Clément, Bi-
blioth. car. , tom. VIII, pag. 92 Cië-
ment ne connaissait pas cependant
le ve'ritable auteur de rouvraç;e, qui
est indique' par Adflung dans le Sup-
plément an Dictionnaire de Jocher^
art. Erdœdi. C — au.
EUDT V Paulin) , fr;?nciscain alle-
mand, professeur de théologie à l'uni-
versité de Fribourg en Drisgau , né à
Wertoch en 1757, mort le 16 dé-
cembre 1800, s'est distingué par son
tèleà combattre les esprits forts , tant
par les écrits qu'il a composés que par
ceux qu'il a traduits du français et de
l'anglais. Ses ouvrages sont presque
tous en allemand; quelques-uns sont
intéressants jwur l'histoire littéraire et
la bibliographie. On en trouve le dé-
tail dans le Dictionnaire de Meusel.
Nous citerons senleraent : I. I/istoriœ
lilterariœ theologiœ rudimenta octo-
di'cim libris comprehensa , seu via
ad hisloriam Ullernriam Vieolos'iœ
revelale , adnotationibus litterariis
iiistrucla , 4 vol. iu - 8". Le plan
de cet important ouvrage avait paru
séparément , sous le titre de Cons-
pectus , Augsbourg , 1785, in -8'.
11. Eclaircissements sur la doctrine
actuelle des académies (universités)
dans les Etats autrichiens , ibid. ,
1785, in-8".; III. Introduction élé-
mentaire pour les bibliothécaires et
les amateurs de livres , ibid. , 1 786 ,
in 8 '. ; 1 \ .premiers Principes d'his-
toire littéraire , pour servir tVinlro-
Juction à une histoire complète de
la théologie , ibid. , 1 787 , in-8 '.
C. M. P.
- EREMITA.r. Ermite (!').
tUEVAA'TSI ( RîtrxuisEBKCH, en
E R I 245
arménien Melk'hiseth ) , célèbre doc-
teur ou vartabied arménien , né eti
î5jo à Vejm , bourg situé dans le
territoire d'Erivan. Dès sa tendre jeu-
nesse, il embrassa i'elat monastique,
et il étudia avec la plus grande ardeur
la métaphysique , la philosophie ( t l'é-
loquence , sous le fameux vartabicil
Nersès Peghiou. Il passa quinze an-
nées de sa vie , qu'il consacra entière-
ment à l'étude , dans un monastère de
nie de Lim , située au milieu du lac
de Van. Il sortit ensuite de sa retraite,
parcourut les diverses provinces de
l'Arménie, et y fonda une grande
quantité d'écoles, pour répandre l'ins-
truction dans sa pairie. Il revint en-
suite dans le monastère de l'Ile de Lim.
En l'an lô'iq , le patriarche Moïse III,
sur le bruit de son savoir et de ses
vertus, l'appela à sa cour, et le créa
chef du collège établi dans la rési-
dence patriarchale d'Edchraiadsiu. I^
docteur Erevantsl mourut ensuite à
El ivan en 1 65 1 , ou 1 080 de l'ère ar-
ménienne. Ses ouvrages, qui sont resr
tes manuscrits, sont : I. Analyse de
la philosophie d' A ristole; II. Ana-
lyse des ouvrages de David le philo-
sophe ; III. Commentaire sur Por-
phyre ; IV. un Traité sur la gram-
maire ; V. un Traité sur la logique.
S. M— N.
El»IBERT,chefdep3rti au II*. siècle,
fut en I o 1 8 le successeur d'Arnolfc i 1
sur le siège archiépiscopal de Mi!an.
Cette dignité lui donnait le premier
rang parmi les princes d'Italie : son
ambition , ses talents et son énerçiie
surpassaient eneore son pouvoir. Eu
ioi5 il assura tu couronne d'Italie à
Conrad le Salique , tandis que les
grands avaient voulu lui opposer \m
prince franc is. Il alla d'abord lui
rendr hommage à Constance ; ri i'ac-
compigna ensuite jusqu'à Rome à la
têle uc ses vassaux, et au reloar i] fut
iG..
%44 E R f
iionifnc Heiitrnaiit de rempereur en
Lombardic : Ei'ibcrt e.\crça cet em-
ploi avec une grande vigueur. li sou-
mit en 10.A7 la ville de Lodi, à la-
quelle il donna de sa main un nouvel
cvèque; l'année suivante il enleva et
fît périr dans les flammes les habitants
de INIonlforl, au diocèse d'Asti, qu'on
accusait de manichéisme. En io34 il
commanda les troupes (jue Conrad ti-
rait d'Italie pour soumettre le royau-
me d'Arles. Cependant son orgueil et
ses procèdes arbitraires excitèrent,
l'anne'e suivante, les geutilsliorames de
ïjorabnrdie,nommes alors V^avasscurs.
Le peuple milanais endjrassa le parti
de son archevêque; celui de Lodi avec
tous les campagnards s'attacha aux
Vavasscurs. Il en résulta une violente
guerre civile, et comme l'empereur
Conrad se déclara contre l'archevêque
et le fit arrêter, celui-ci s'échappaut
de sa prison , tourna ."jcs armes contre
j'cinperfur lui-même. Celte guerre ci-
vile eut plusieurs suites importantes ;
elle donna occasion à Conrad le Sa-
lique de publier la fameuse constitu-
tion qui rendit les Hifs héréditaires ,
et qui fixa le droit public de l'Eu-
rope. Dans la même guerre Eribert
Î)l;iça à la tête des armées italiennes
e earroccio ou char des étendards , à
l'imitation de l'arche d'.illiance. Ce
char , traîné par des bœufs, était tou-
jours entouré par les meilleurs guer-
riers de l'armée ; on Taisait dépendre
de sa conservation ou de sa jierte ,
l'honneur ou la honte des combats, et
l'obligation de le délendic était con-
fiée à l'inlanterie : celle-ci se perfec-
tionna; ce qui changea le système de
la guerre et même celui de la politique,
en donnant aux villes et aux compa-
gnies bourgeoises une importance
qu'elles n'avaient point auparavant.
Enfin, la rivalité excitée par lùibcrt
enlic les ciloyeuii et les gculiLhem-
ERI
mes , fut le premier symptôme de ccl
esprit d'iudéjieudance qui se déve*
loppa ensuite dans les républiques ita-
liennes. Eribert se réconcilia en i o4o
avec Henri III , fils et successeur de
Conrad le Salique : il demeura neutre
dans la guerre civile entre les nobles
et les bourgeois de Miiau , qui se re-
nouvela vers cette époque. H mourut
au commencement de l'année io45.
ERIC I^'-. — VIII , rois de Suéde,
dont riiistoire est peu connue : ils ré-
gnèrent dans le 9''. et le i o". siècles,
le plus remarquable fut Eric Vlll,
monté sur le trône vers l'an <j54. Une
victoire signalée, qu'il remporta sur
son compciiteur Styrbioern, qui était
secondé par le roi de Danemark, lui
fit donner le surnom de Ficîorieux.
Ou j)rétend que ce fut lui qui créa en
Suède la dignité de iarl , répondanlà
celle de maire ou comte du palais.
C AU.
ERIC IX , surnommé le Saint , éUi
roi de Suède en iiSa , et reconnu
en Gotliie l'an 1 155. Il était fils d'un
seigneur puissant nommé Jw.ir , et
commença une dynastie qui .'literna
dans le gouvernement avec la maison
de Sweiker. Eric régnait à cette épo-
([uc où l'enthousiasme religieux con-
duisait des armées de Franc lis, d'Alle-
mands, d'Anglais en Palestine, pour
combattre les infidèles. Le roi de
Suède , trop éloigné du centre de l'Eu-
rope pour s'associer à ces expéditions ,
mais animé du plus grand zèle pour
la propagation du christianisme, réso-
lut d'entreprendre une croisade contre
les nations septentrionales , encore at-
tachées au paganisme; Henri, évêqiic
d'Upsal, né en Angleterre, accompa-
gna le roi dans cette croisade cpii fut
dirigée contre les Finnois, établis en-
tre les golfes de Fiidaudc et de Both-
nie. Ce peuple ic'sibU cl déleudil avec
ERI
opinialrrtc son culte et son indépen-
dance. Le roi ne put faire d'établisse-
ment que sur la côte, cl l'evêquc d'Up-
sal , qui voulut prop.iger le nouveau
culte , fut assassiné. Retourne' en Suè-
de , E!ric s'occupa avec beaucoup de
zèle de l'adiuiiii'tration intc'ricurc, tt
fit plusieurs iustituliuns utiles pour
avancer la civilis;ition. !VIiiisiualp;rcses
vertus et l'amour de sou peuple, ce
prince ne put ccliapper aux funestes
cirels de la violence et de la rudesse
qui caractérisaient son siècle. Maç^uus ,
venu de Daueniarck , rassembla des
troupes, et marcha conire Esic xci'S
l'an I i6o ; il apjirocliait d'Upsal lors-
qu'on avertit le roi, qui faisait sa |)rière
daus le teiiiple de celle ville. N'ayant
pas voulu l'interrompre , il fut cerne
cl tomba au pouvoir de Magnus , qui
lui trancha la tête. I^e peuple éclata eu
ngrcts ; il fit son patron du monainpie
que la barbarie du vainqueur lui avait
enlevé. Le tombeau d'Eric, canonise'
p.ir l'Eglise, reçut annuellement les
hi;mraages de la dévotion. Ses reli-
ques furent conservées dans le temple
d'Upsal, où on les montie encore ( /^.
Chaules VI II , de Sui de ). C — au.
ElilCX — XL L'usurpateur Mag-
nus fut chassé par Charles , fils de
Swerkcr, mais Canut, fils de S. Eric,
assassina ce nouveau souverain , et
monta sur le tidne. 11 eut un fils qui
rogna en Suède sous le nom d'Enic X,
de 1210 à 1216 , et qui est regardé
comme le premier roi de Suède qui
ait été couronne soleunellcment ; il
porte dans les Chroniques le surnom
d'Ethique. — Son fils Ruic XI , sur-
nommé le Bègue, parvint au trône
l'an iv/xi, après Jean 1""., dernier
souverain de la maison de Swerkcr.
Eric Xl mourut eu i'i5o, ne laissa
point d'enfants, et le trône de Suède
passa daus la maisou des Folkimgar
(^.B»G£R). c— AU.
ERI
3lS
ERIC XIl , roi de Suède , de U
maison des Foikungnr , était fils de
Magnus , sui nomme' le Leurre , ( t de
Blanche de Namur. En i5i4 •' ^^^
décliré co-régent de son père par ua
parti puissant du clergé et de la no-
blesse. Ce partage du |njuvoir fil naî-
t;e une guerre entre le pèie (t le fils.
C'-lui-ci mourut eu i jTif) , selon le»
uns, d'une maladie épidémiquc; selon
les autres, du poison que lui fil don-
ner sa propre mère. 11 avait épousa
Béatrix de Brandcboiug, qui mourut
en mcme temps que lui. C — au.
EUIC X!ll en Suède et VU on Da-
ncniaick, ciait fils de Wralislas, due
de Poméranic, et de Marie, nièce d»
Marguerite, fille de Wald<mar, né
en ij8i.Il fui nommé en lÔQ^ héri-
tier des couronnes de Daneuiai k , de
Suède et de Norvège, que Marguerite
venait d'unir par le traité de Calmar.
Après avoir été associé que'quc temps
au pouvoir, il régna seul après la mort
de Marguerite, arrivée en i4i2. Dé-
nué de talents, lâche et cruel à la fois ,
il prit des mesui-es opposées aux vrais
intérêts de la vaste monarchie qu'il
devait gouverner , et aliéna tous les
esprits ; il affaiblit surtouî son ciédit
et ses ressources en faisant une guer\;e
inutile et peu glorieuse aux comtes de
Holstcin {wndant vingt-six ans. Les
Suédois se soulevèrent contre lui ( P",
Engelbiiecht) , et le déclarèrent dé-
chu du trône. Les Danois imitèrent cet
exemple ainsi que les Norvégiens , et
en 1459 il ne restait à Eric que l'île
de Gôtiand, où il se livra à la pira-
terie. Obligé de quitter également cet
asile , il se retira à Kugeuvfalde en
Poméranic, où il mourut l'an i45{).
Il avait été maiicà Pliiiippine, fille de
Heuii IV , loi d'Ângleleue, princesse
éclairée et ves tueuse, qui eût peut-être
prévenu la tb'iu: du roi, si cile ne lui
avait ctc culevéc trop tôt. Eric avait
24G E R I
ctc tlccore par lo roi d'Anglelene de
l'ordre de la Jarrelièrc. Ce prince ai-
mait les lettres , et avait; obtenu du
pape Martin V l'érection d'une univer-
sité dans son royaume; eu,
ù dit Boileau , la mauvaise liontc de
)» n'oser récrire à Lisbonne i)0ur en
» avoir une autre copie. » Si l'on de-
vait prendre à la lettre les éloges que
iioileau donne à celte traduction,
l'on aurait fort à se plaindre de sa
luar.vaisc ho»lo. «Vouàcurichisicz, »
ERt
dit - ii au comte d'Ericeirs, en style
de Baizac , « toutes mes pensées eu
» les exprimant; tout ce que vous ma-
» niez se change en or, et les cail-
» loux n\êmes , s'il faut ainsi parler ,
» deviennent des pierres précieuses
» entre vos mains , » et le reste. Un
poète est toujours fort indulgent pour
un grand sàgneur qui se donne la
peine et lui fait l'honneur de le tra-
duire; de sorte qu'H y auiait quel-
que risque à régler nos regrets sur ce
pompeuxéloge. Cequ'il fuit encore re-
marquer c'est que Boileau n'avait, de
son propre aveu , qu'une connaissan-
ce très imparfaite du portugais. B-ss.
ERICEIRA (, Jeanne - Josepuiive
DE Menezes , comtesse d' ) ,^ mère du
précédent, fille de Femandd'Erieeira,
et femme de Louis d'Ericeira , se mon-
tra digne de porter ce nom illustre. Elle
naquit à liisbonne le i5 septembre
i65 I . Son père lui apprit le français ,
l'italien et l'espagnol; le jésuite Mello
le latin. Elle faisait très agréablement
des vers , et écrivait en prose avec
beaucoup de goût et d'élégance. Ses
principales prociuetioiissuntun Poème
motaX ,n\Mn\é Despertador , etc., le
Réveil du songe de la vie, et une
traduction porlu'^aise des Réflexions
de la duchesse de la ValUère sur la
miséricorde de Dieu. Elle a laissé plu-
sieurs ouvrages manuscrits, entre au-
tres des Poésies françaises , italiennes ,
espagnoles et portugaises; des Lettres;
des Comédies ; une Vie de S. Augus-
tin; le Triomphe des femmes, tra-
duit du français. Lacomlessc d'Eric» ira
mourut d'apoplexie le u6 août 1 709.
B — s s.
ERICI (Jacob) savant suédois,
né à Stockholm dans le i(i'. siècle,
mort le 10 décembre 1^19, fut long-
temps professeur de langue grecque à
Stockholm et àUpsal , et (it imprimer
ea J 58'i , dans la pieiuière de ces
ERI
villes, le discours d'Isocrateà Demo-
iiiciis. C'est lin «les premiers monu-
raciits de rèîiide du grec en Suéde,
où cette étude ue se développa que
vers le milieu du i -j'. siècle. , lorsque
l'uuiversité d'Upsa! eut ete réorgani-
sée par Gîistave Adolphe. — 11 y a eu
en Suède quelques autres savants du
nom d'Eri..i, parmi lesquels nous re-
marquerons Isaac Erici, auteur d'un
ouvrage qui a pour titre : Calendd-
riiun ecclesiast. Sutticum in quo
vitœ sanctorinn , quorum nominu in
fasiis Suelicii occurrunt , hrcvitèr
eiiarrnnttir. C — au.
EKIZATSY ( SAnr.is ou SergiusI ,
très savaut evcque anne'nien , qui na-
quit , vers le milieu du i 5 . siècle , à
Kriza ou Arzeiidjjn , ville d'Arme'nie.
Il est fameux, parmi les Arménien»,
pour ses connaissances dans la tlie'.»-
îojiic et le droit canonique. En i abti,
Jacques l'''. , patriarche de Sis, l'ap-
pela à sa cour cl le fit sou secrétaire.
En 1291, il fut sacre' évêque d'Ar-
lendjan , sa patrie , et peu de temps
après le roi des Arméniens de Ci'icie,
Ha) ton ou Ilatlioura II , le fit aumô-
nier de son palais. En 1 5o6 , il assista
à un grand concile qui se tint à Sis ,
capitale de la Cilicic, et il mourut peu
de temps après. Il a c'crit : I. Un
Traité sur la hiérarchie civile et
religieuse; 11. une Explication des
Canons de l'Eglise; 111. un Discours
sur la prédication des apôtres et
sur la propagation du Christianis-
me.Tous ces ouvrages sont restes ma-
nuserifs. S. M — n.
ElUZZO ( Sebastien ), en latin
Ericius ou Echinas [ hérisson ), an-
tiquaire, philosophe et savant littéra-
teur italien, naquit à Venise, le 19
juin \ 5-3.5; son père était sénateur et
SA mère de la noble famille Gontarini.
Jl fil SCS études à Padoue, y acquit
uuc conuaissauce parfaite des langues
ERI aSf
grecque el latine, et se livra cnsu te
avec ardeur à l'étude de la philoso-
phie antiq'ic. De retour à Venise et
devenu sénateur, il se distingua dans
le conseil des Dix par la gravité de
son caractère et de ses mœurs. II
coiitiiuia de cultiver les lettres et la
philosophie ; il prit aussi un goût
très vif pour les antiquité^ , et par-
ticulièrement pour les inéd;«ille>. Il
forma dans sa maison un musée
curieîix qui , après sa mort , resta
quel'|ue temps à sa Himilie. fut ensuite
acheté par un sénateur du nom de
Tiepolo, et enfin public par le procu-
rateur de S linl-Marc , Lorenzo Tie-
polo , avec de magnifiqins gravures.
Et izzo était doué d'une mémoire pro-
digieuse, ce qui rendait sa conversa-
tion aus<i instructive qu'agréable. Il
était excellent juge «les ouvrages des
autres et très modeste sur les siens;
il en écrivit de différents genres, qui
furent tous publiés de son vivant el
sous ses veux; mais la plupart le fu-
rent par de savants éditeurs , tels que
le Ruscclli et le Doice , qui trcuvaicut
sans doute leur compte à lui en épar-
gner le soin. Il y trouvait aissi son
propre compte; car un édiîeur peut,
dans une préface ou dans une épîiro
dédicaloire , dire de l'ouvrage qu'il pu-
blie, et même de l'auteur, ce que cet
auteur ne pourrait pas dire lui-même.
Erizzo mourut âgé d'environ soixante
ans , le 5 mars 1 585. Les ouvrages
qu'on a de lui sont : I. Trattato deW
istrumento e via inventrice de gli
anlichi , publié par Ruscclli , Venise ,
1 554, iu-4 '. ; 11. Discorso de i Go-
verni civili ^ a messcr Girolamo Ve-
niero , imprime' la première fois avec
le Traité de Ijtrihticnii Cîvalcauti ,
sur les meilleurs gouvernements des
républiques anciennes el modernes ,
Venise, Sansovino , i555 , in-4°. ;
ensuite p;»r uu autre imprimeur, ibid, ,
25a ÉRI
iS^i , iD-4''.; et avec d'autres traites
iW difiercnts anteius sur la même ma-
tière, Venise, chez les Aide, iSf)!,
in-S". : il en a e'te fait depuis plusieurs
édifions; 111. Diseorso sopra le me-
da^lie de f^li anlichi, con la Dichia-
razione délie monele consulari e
délie jnedaglie degli imperaJori ro-
mani, Venise, i55(), in-4 "• Co livre
eut un tel succès, qu'il en parut trois
c'Jitions dans la même aunc'e ; l'édi-
teur, Ruscelli , dédia la première à Si-
gisniond Aup;uste, roi de Pologne; et
.son epître de'dicatoii'c , réimprimée,
avec la même date , en têle de l'édi-
tion corrigée et augmentée qui parut
douze ans après sans date, a trompe
plusieurs bibliographes. Le titre de
cette édition , beaucoup meilleure et
puis estimée que les trois premières,
])orle que l'ouvrage est di miavo in
(jucsla quarta edizione dalV istesso
iiulnre revisto et ampliato , Vjnise,
in 4". > con le figure délie medaglie.
Elle est , comme nous l'avons dit ,
sans date; mais on sait qu'elle parut
en iS-ji. CetomTage, plus ample et
encore plus méthodique que celui de
"Vico, publié en i555, fait époque
dans la science numismatique , et ,
malgré les progrès qu'elle a faits
de|juis , jouit encore de l'estime des
.savants. Vico habitait Venise dans
le même temps qu'l',rizzo ; il avait
romuic lui un riche cabinet de mé-
dailles , et ces deux savants, cultivant
à la fois la même science . ne pou-
vaient pas être inconnus l'un à l'autre.
Érizzo publia son ouvrage quatre ans
après que c«lui de Vico eut p.uu, et
cependant il n'y parle ni do Vico ni
de son livre; Foscarini, dans son His-
toire de la littérature italitnne, n'a pu
se dispenser de faire remarquer ce si-
lence, qui ne peut être i'( (Tel ni de l'i-
j^noranccui du hasard. IV. Ti.v^Oir^/o-
ae nellc trc Canzoni di Mes. Frances-
ERI
co Petrarca , chiamate le tre sorelle ,
vuovamente mandata in luce da Lo^
dovico Dolce , Venise, i56i , in-4''.
Dolce, profitant du privilège d'édi-
teur , parle de ce Commentaire avec
l)paueou]) d'éloges dans son Epître dé-
dicatoire adressée à l'ambassadeur du
roi de France Charles IX auprès de
la sérénissime République , et il affir-
me qu'un grand nombre de savants qui
l'avaicjit lu en manuscrit en ont juge
comme lui. V. // Timeo , overo délia
natura del mondo , Dialogo di Pla-
tane tradoiio di lingua greca in ita-
liana da Mes. Sebastiano Erizzo y
e dal medosimo di moite ulili anno-
ta zioni illustrato , Venise, i558,
ou , selon Aposlolo Zeno , 1 557 » '"'
4". Le Ruscelli, éditeur de cette tra-
duction , l'a dédiée à l'évêque de Bres-
cia , avec une longue et savante lettre
où , après lui eu avoir vanté le
mérite, et surtout celui des notes
dont elle est accompagnée, il prend
soin de l'instruire que l'Erizzo est un
des sept savants qui se sont chargés
de traduire en italien toutes les OEu- '
vres de Platon. VL En efiel , il tra-
duisit encore quatre autres dialogues
qu'il publia lui-même avec le Timée,
environ seize ans après, sous ce litre :
/ Dialoghi di Platone intitolati :
VEutifrone, overo délia sanità ; l'A'
pologia di Socrate ; il Critone, o di
quel che s' ha a/fare ; il Fedone ,
o deW immortalitîi delV anima ; il
Timeo , etc., di molle utili annoia-
zioniillustrati, con un Comento so-
pra il Fedone, Venise, i5';4; i»-8".
Parlant cette fois en sou nom dans
son Avertissement au lecteur, il n'a
pu s'y lotier lui-même; mais il y fait
un niagnifiquo éloge de Platon, dont
on voit , et par le soiu qu'il avait mis
à le traduire , et par les noies et les
corauic» laires où il explique sa doe-
tiiuc , qu'il était graud adiuiralcur^ Ea
ERI
traduisant Platon , il travailfa sur le
texte même , quoiqu'il y en eût une
traduction latine de iMarsile Ficin , qui
avait beaucoup de réputation. Il pa-
raît qu'il savait mieux le grec que IMar-
sile ; il le redresse et le corrige sou-
vent : il nous en avertit par des notes
mar;];inales , tantôt en citant simple-
ment le mot grec , et tantôt en ajou-
tant: Marsilio varia , âlarsUio man-
ca, Marsilio erra : Marsile change
le texte , Marsile manque , Marsile se
trompe. Quelquefois il observe que le
texte est corrompu , et il propose de
meilleures leçons. Son Commentaire
sur le Plic'don , plus long que le Phe-
don même , prouve qu'd connaissait
à fond les dogmes du platonisme et
les ouvrages des platoniciens. VU. Le
sci Giornatc di masser SeUasliano
EriiZQ , mandate in lace da Messer
Lodnvico Dolce , Venise , i jC-; , in-
4". C'est un recueil de Nouvelles , mais
de Nouvelles toutes morales , qui con-
tiennent, comme il est dit en tête du
Proemio ou prologu«, « sous la forme
» de divers événements heureux et
» malheureux , de nobles et utiles le-
» çons de philosophie morale. » L'édi-
teur Dolce, à qui l'Erizzo en avait fait
présent, nous apprend, en l'apprenant
au prince Frédéric de Gonzague dans
son Epllre dêdicaloire , que l'auteur
avait éciit ces nouvelles, ou plutôt ces
événements , lorsqu'il étudiait encore
dans l'université de Padouc, pour se
délasser de ses autres travaux , et pour
faire cependant quelque chose d'utile
et qui fiît digne de lui j qu'il leur a
donné ce titre d'Evénements, Ai>ve-
nimenti , pour les distinguer des Nou-
velles qui présentent trop souvent,
avec des choses graves et instructives,
d'autres qui sont moins propres à ins-
truire qu'à corrompre les mœurs. Six
jeunes amis, étudiants dans cette uni-
▼cr»itc ^ SG réuBisstrnt peudfiut six
ERI a53
Journe'es pour se faire les uns aux au-
tres des récils propres à les détourner
du vice et à les portera la vertu. Telle
c>t la fable de cet Hexameron', il res-
semble , autant que l'a pu le jeune
auteur, au Decameron de Boccace,
par le style , les formes et les tours
qu'il se propose d'imiter , cl qu'en ef-
fet il imite très heureusement ; mais
on voit qu'il en diffère beaucoup par
l'inleutioii et par le but moral. Les
Six Journées ont été réimprimées en
l'jgj, avec le plus grand succès, et
font partie de la précieuse collée! iou
donnée à Livourne, sous le litre de
Londres , par le savant éditeur Ciae-
taiio Pug^iali. G — É.
ERîZZO ( François ) , doge de
Venise, de iG5.i à i6^J , avait suivi
avec quelque distinction la carrière
militaire; il avait entre autres com-
mandé l'armée que Us Vénitiens des-
tinèrent , en i6i9, à couvrir leurs
frontières el à défendre le duc de ?Jan-
toue, lorsqu'il fut élu en i65i pour
succéder à Nicolas Gontariui. Pendant
la plus grande partie de son règne,
Venise fut en paix avec tous ses voi-
sins , quoique la France s'efforçât
d'engager cette république dans la
guerre do trente ans, et que le pape
Urbain VIll l'obligeât, par des pré-
tentions nouvelles , à déployer toute
sa fermeté. Mus en 1643, une attaque
imprévue des Turks sur l'ile de Candie
aliuma une guerre dangereuse. LaCa-
née fut prise par llusubordination des
divers chefs qui commandaient dans
nie. Pour y remédier on i-ésolut d'y
envoyer le doge avec un commande-
ment suprême. Erizzo accepta cet em-
ploi avec zèle, quoiqu'il fût âgé de
quatre-vingts ans, et il s'occupa tout
de suite de l'embarquement des gens
de guerre; mais la futigue de ces pré-
paratifs épuisa son corps affaibli par
l'âge, et il mourut au momcQt où il
9.54 F- R T.
allait mettre à la vuile. François Mo-
lino lui succéda. S. S— i.
ERLACH ( Rodolphe d' ), issu
d'une ancienne famille d'origine Bour-
g(iif!;iione, alliée de ia maison de Nen-
rliâtel , célèbre dans les fastes de
iieriie, et connue dans l'histoire des
Je commencement du 12". siècle. Son
père, Ulrich d'E'.lacli,a\'ait commande'
les Bernois en I2()8 , dans le combat
glorieux contre la noblesse et le parti
d'Albert. Rodolphe, guerriero'galement
intrépide, se trouvait au service du
comte deNydau, qu.>nd celui-ci , en
i5r)g, fit la guerre aux Bernois. H
ffuitta ce service pour voler à la de'-
fense de sa ville natale , qui lui remit
le commandement de l'armée , à la
tète de laquelle il ç,a^nsi (le 21 juillet
ir)5()) celte bataille fumeuse de Lau-
pen , qui consolida à jamais les desti-
nées de Berne. Couvert de gloire par
cette victoire, J»odol|)he d'Erlach eut
encore celic d'être choisi volontaire-
ment par les princes de la maison de
Neucliâlel , pour tuteur des jeunes
comtes de Nydau , c'est-à-dire des en-
f^ints de ce même comte , qui venait
de tomber .sous ses coups. Ainsi les
fils trouvèrent un proltcleni' dans le
vainqueur de leur père, et par ses
soins leur heVifage leur fut fidèlement
conserve. En i5tio, Jost de Rndens
d'Undcrwaldc!) , le gendre de Uodol-
phe, lui cherchant querelle sur la dot
de sa femme, l'assassin.» dans son
cliàteau de Heirlieidjach. U — i.
ERLAt^H ( Jean-Louis d'), naquit
à Berne, en i.'igS, et mourut à iiri-
sackon i()5o. Destine à l'état militaire,
il fit ses jtremières armes à l'âge de
sei/e ans , d'abord sous le priiu;e d'An-
halt, ensuite sous Maurice de Massau.
Jl passa au service des prolestants
irAllcniat;ne, fut capitaine dans le re-
j;imcnt du jeune piince d'Anlialt, et
j'aii prisonnier avec lui à la bataille de
ERL
Prague , on 1O20. Il se racheta , leva
une nouvelle compagnie , fit diverse»
campagnes eu Hongrie, en Allemagne
en Flandre, etc. îl e'iaif devenu lieu-
tenant colonel lorsqu'il fut fait encore
prisonnier dans la bataille gagnée par
Tilli , l'un des gene'raux de Ferdinand
II. Tel fnt rappj'cnlissage que fit d'Er-
lach dans l'art militaire; une nouvelle
carrière s'ouvrit devant lui , lorsqu'il
eût racheté sa liberté. Il obtint la con-
fiance de Gustave Adolphe , et la mé-
rita. Le héros le nomma lieutenant-
colonel du rcgi:nent de ses gardes : il
l'envoya en Lithuanie et en Livonie ,
en (jualité de quartier-maître de l'ar-
n)ée qui agissait sous ses ordres , cl
d'Erlach se montra digue de servir
un prince qui savait distinguer le mé-
rite. Quelques instants de paix le rap-
pelèrent à Berne, où ses talents et
sa réputation fie firent nommer
membre du sénat. La république de
Berne se trouvait alors ( iGi8) dans
des circonstances dangereuses ; on crai-
gnait d'abord les prcijcts du cardinal
de Richelieu, et qu'il ne fivorisàl les
pré;entions et les entreprises du duc
de Savoie sur Genève et le pays de
Vaud ; ensuite des craintes plus géné-
rales alarmèrent les cantons protes-
tants , quand ils virent leur religion
subjuguée en France , et les catlioli-
ques tlisposcs à profiler des conjonc-
tures. On leva des troupes [)Hur se dé-
fendre, et d'Erlach fut employé dans
leur coïnmandement. v.>s préparatifs
se trouvèrent inutiles, quand Gustave,
j)ar ses victoires , rejeta sur les catho-
liques les inquiétudes qu'ils avaient
données ans protest uifs. La France
se rapprocha alors d'intérêt avec ces
cantons; elle envoya comme ambassa-
deur en Suisse le maréchai de Bassom-
picri'e, général des troupes que cette
nation fournit a la France , pour y faire
de nouvelles Itvc'es.U engatjca d'Erlach
FRL
à lever un i e'giment de trois miile Uoio-
incs |)our servir en Piémont. Ce dif-
férend ayant été accommode', le gcnc-
rnl obtint , à la paix , cjue la cession
du pays de Vaud y fût confirmée. Son
ic'jiiment étant reformé pou après ,
d'Erlach se rcnJit aupii-s de GiiNtave
Adolphe, et en iG5'2,il fut nommé
conseiller et adjoint du duc Bernard
de Saxe Weiinar. La Suisse se trou-
vant exposée par la guerre qui se con-
tinua dans son voisinage, d'Erlach fut
encore mis à la tête des troupes levées
pour défendre les frontières; en i055
il fut député à Louis XIII par les can-
tons protestants , de nouveau alar-
més , à cause des liaisons conclues en-
t>e la Suisse callioliquc et l'Espagne.
Eu iG58, d'Erlacli, lieutenant-géné-
ral des troupes du canton de Berne,
se rendit , chargé dune commission de
son souverain, devant Rhinfelden, et
y fut fait prisonnier par les autrichiens,
et rendu à la liberté par une victoire
remportée par le duc Bernard sur les
impériaux. Dès ce temps, !a liaison
entre le duc et d'Erlach devint intime ;
celui-ci fut envoyé à Paris, chargé des
instructions du prince. L'iiunée sui-
vante, il dirigea le siège de Brisacu , et
après la prise de cette ville le duc de
Weimarl'en nomma gouverneur. A la
mort de ce prince, qui lui légua ao.ooo
écus , d'Erlach se trouva le principal
directeur de l'armée. Déjà lié à la
France, il embrassa ses intérêts, lui
fut très utile, et se trouva bientôt
comblé par elle de marques de faveur
et d'estime; le roi le nomma comman-
dant-général du Brisgm , soumis à ses
armes , sous l'autorité de ses lieute-
nants-généraux , lui accorda des lettres
de naturalisation , et une pension de
ilScoo livres. D'Erlach employa son
talent et son zèle à voilier à lasiireté
cl aux besoins, souvent négligés, de
son armée, de mu gouyernciueutj et
ERL t>"5
à la réparation de Brisach ; il rendit
d'utiles services à sa patrie , et il fitt
l'avocat et l'ami de tous les canlun^
protestants; dans les négociations de
paix ouvertes à Munster , il ai(L^ puis-
samment de son crédit cl de son in-
fluence, la députation suiss** qui y
avait été admise. En iG|8, d'Erlach
se distii.-gua à la bitaille de Lens,
d'une manière si brillante , que le
prince de Condé. général m chif , dit
au roi, quand i! lui présenta d'Erlach :
a Sire, Voilà l'homme auquel on doit
» la victoire de Lens. » Lors de la dé-
fection du vicomte de Turenne ,
Louis XIV confia a d'Erlach, auquel
i! devait la conservation de son armée,
le commandement géneVa! des troupes.
Les chagrins qu'il eut de l'abandon
dans lequel on laissait celte armée ,
ain!.i que de l'inutilité de ses remon-
trances et de SCS demandes, contribue*
rcnt à hâter sa mort. Trois jours avant
son décès le roi l'avait nommé maré-
chal de France. Il ignora cette distinc-
tion qu'il avait désirée. I: avait été ma-
rié, et il a laissé des enfants. Des .Mé-
moires hi<itonqii^s concernant 3/. le
général d'Erlach , gouverneur de
Brisach, ont é!c pi:b lés à Yverdua
(1784-4 vol. pentiu-H".), par M. Al-
bert d'Erlach de Spietî. Ils sont
composés sur les papiers du général ,
et renferment un grand nombre de
pièces importantes et de détails ins-
tructifs, tant sur la guerre de trente
ans , que sur les règnes de Loui:^ XIlI
et de Louis XIV. U — i.
ERLACH ( François - Lovis d' ),
baron de S; ietz et d'Ob.'rhi-ffeu, était
fils aîné de Jean Rodolphe d'Eil-Jch,
et oncle de S:gismond d'Erlach , dont
l'article suif. U naquit en j 5-5 ; nom-
mé avoyerdu comté de Berthoud , en
itJo4, et conseiller d'étal de Berne,
sa patrie, en iGi o; il sp distingua sin-
gulièiçmenl dans la diplomatie . e«-
256 E R L
sorte qu'il fut employé comme ain-
hassadeur ou comme (le'piilc par le
canton de Berne dans cent quarante-
quatre circonstances différentes , soit
aux diètes ou aux conférences tenues
dans la Suisse , ou dans les pays cl ran-
gers. Ses principales missions furent
auprès du roi do Franco , de la rcpu-
Lliqiic de Venise et du duc de Savoie,
et toujours il s'en lira avec autant
d'adresse <]ue d'honneur. Ses talents
militaires le lîrcnt nommer banneret
de la république , et colonel -gênerai
des troupes de l'état de Ri>riie , et l'es-
time qu'il s'etail acquise le fit nommer
à runaiiimitcavoyer de cette republi-
(pie en \C)zg. Il s'était tellement ac-
(|uis l'anVctiou de Louis XIII , que ce
prince lui accorda, en lOaç), une
compai^nie de deux cents liommes
au régiment des gardes suisses , avec
fjcullc d'en disposer en faveur de ses
iils , en sorle qu'il la céda la même an-
née à Albert, son fils puîné , enfin il
ioourut en i65i , et fut enterre dans
l'église paroissiale de Spielz , où se voit
son tombeau. B. M — s.
ERLAGH ( SiGisMOND d' ) , neveu
du précèdent, naquit en i G i 4. Il entra
de bonne heure au service de France,
et y resta sous les ordres de Jean-
Louis d'Erlach son oncle , jusqu'en
iG5o; s'clant distingue' en qnalitcuc
colonel du régiment allemand oui por-
tait son nom, il servit, on id^H et
iG49, comme niarèchal-de-camp,
et se fit remarquer à la l)ataille de
Lens et au siège de Cambrai. Kevenu
dans Berne sa patrie, il fut fait con-
seiller d'état , cl charge de commander
l'année qui dispersa les paysans révol-
tes dans l'année iG5"). Il fut moins
iieureux en iG55 , en comballant con-
tre l'armée des cantons catholiques,
qui remportèrent sur lui la victoire de
Wilmerguen , en sorte qu'il fut oblige
(le se disculper devant le conseil sgu-
ERL
vprain de Berne ; mais bientôt sa fran-
chise el sa loyi'ulc dissipèrent les soup-
çons iniustejuent formes contre lui, tel-
lement qu'il Cul fait banneret en 1667,
el avoyer delà république en iG-jo ,
et par la suite , général du corps hel-
vétique. Sou grand âge lui fit demander
sa démission , en 1 685 ; mais le besoin
qu'on avait de lui , et la confiance qu'd
inspirait, empêchèrent les Bernois de
l'accepter , car il était regardé , même
des étrangers , comme un des hommes
les plus sages el les plus dignes de ,
gouverner. Cet homme , encore plus |
respectable que célèbie , monrnt à J
Berne, le i"'. décembre 1699. em-
portant l'esiime et les legrets de ses
compatriotes , et fut inlunné à Spielz ,
où son corps avait été transporté.
B. l\î— s.
ERLACH (JEAN-Lorns d'), né à
Bcine, en 1648, fut amené par un
de ses parents en Danematk ; à douze
ans il entra parmi les j)ages du roi ,
et s'appliqua à l'étude de la marine.
Eu iGGj, il obtint la permission de
servir sur la flotte hollandaise de l'a-
miral Tromp. Au combat de Born-
holm il se distingua , de manière qu'il
obtint le commandemonl d'un vaisseau
de premier rang; fut nommé cluf
d'escadre en liî'j.i; contre-amiral en
I (i^G , et vice-amiral de Danemark en
1678. 11 contribua celte année à !•;
prise de l'île de Uugen , suivit l'amiril
Forbin en Espagne, et se trouva aux
sièges de Ruses, Palamos et Barcelone.
II moiuut en 1G80, à l'âge de trente-
deux ans. U — I.
ERfiAClI ( JiîrÔmf. n'), nccn 1 GG^.
Entré de bonne heure au service de
France, dans la compagnie de Jean-
Jacques d'Erlach , son oncle mater-
nel , il le quitta en i(>9G , et entra en
1 702 , comme colonel au service de
l'empereur Léopo'd , qui le fil général
uiajor en 1705. Deux ans après, le
ERL
duc de VVurtoniî»er;; le fil chevalier de
i)t.-riulteit, el l'enipereur Josepb lui
conféra le titre de cliambcllan , et ce-
lui de géuérai -lieutenant - feld-maré-
clial de ses armées, et le margrave de
Brandebourg - Bareilli lui accorda la
décoration de l'aigle- rouge. Eu 1 7 f a ,
l'empereur, fort satisfait de ses services,
le créa comte du St.-Etnpire , lui et ses
descendants des deux sexes, et enfin ,
comble' des bienfaits de la maison
d'Autriche, il se retira.cn 1715, avec
la repiiraîion de l'un des plus habiles
généraux de .^on temps et uslinie de
tous les punccs qui l'avaient connu,
et pa» liculièrenicnt du prince Eiigène.
Il avait e'té employé' dans toutes les
guerres de la succession d'Espagne ,
et commatidait aux sièges de Hague-
nau et de Landau. De retour d.ins sa
patrie , il occupa divers postes impor-
tants , et en 1 7 2 1 il fut nomme avoyer
de Btuc , et conserva cette pi ice
jusqu'en 1747» où il la résigna à
cause de son grand âge. Il avait acquis
la terre d'Hir.delbauck., oii i! bâtit un
superbe château, el où il mourut le 28
février i 74^- ^^n fils aîué lui fit cons-
truire un magnifique m .usolce dans
l'église d'Huiddhanck, parle célèbre
Nchl , ce qui donna occasion à ce fa-
meux sculpteur de faire l'étonnant et
sublime tombeau de M^\ Langhans,
quie:>tà la fois un chef-d'œuvre de l'art
et un gag(,' éternel de l'amitié la plus
pure. B. M — s.
ERf.ACH (Charles -Louis d'),
militaire «stimé of aimé par ses qua-
lités personnelles , né a B<rne en
I7vi6; il avait servi en France avant
la révolution, et il avait éié nommé
maréchal de cinip au moment de
Tinvasion du pavs de Vaud par les
Franç:iis en 1 798. Le gouvernement
de Berne lui conféra le commande-
ment df son année. On >ait ronibieu
les conseils d'alors se trouvaient çm-
XIIU
barrasses et indécis. Le 2.\ février le
général d'Erlach se présentant lui-
même au grand -conseil avec quatre-
vingts de ses officiers, qui en étaient
membres comme lui, avait réussi à
fixer les irré.>oiutions de cette assem-
blée, à relever son courage et ses es-
pérances. Une acclamation unanime
lui avait fait déférer un pouvoir illi-
mité de faire agir son armée au mo-
ment où l'armistice conclu avec le
général Brune finirait. 11 partit pour
arrêter son plan, et au moment où
il 'ievait l'exécuter, il reçut l'oidre de
suspendre toute hosti'àté. Le gouver-
nement avait abdiqué ses pouvoirs.
L'infortuné d'Erlach fut massacré
quelques jours après par ses sol-
dats , qui , à la nouvelle de la prise
de Berne, lecnircnt traître. U— i.
ERMAN (Jeax- Pierbe), ne' à
Berlin en 1735, y est mort eu
181 4- Après avoir fait ses études
«^u collège français de Berlin , il
fut nommé pasteur de la colonie
française de cette ville. A cette place,
qu'il conserva jusqu'à sa mort, il ea
joignit plusieurs autres, qui lui don-
nèrent une grande influence. Il de-
vint principal du collège français, di-
recteur du séminaire de théologie,
conseiller du consistoire supérieur ,
et membre de l'académie des sciences
et des belles-lettri's. Comme princi-
pal du collège il se fit remarquer par
son zèle à maintenir les méthodes
d'enseignement que les réfugies avaient
apportées de France , et en particu-
lier de Saumur, où avait professe
long - temps le célèbre Tannegui le
Fevre. Malgré ses nombreuses occu-
pations, Erman trouvait le temps de
paraître dans le monde. Il y jouait ua
rôle par sou esprit, ses connaissances
et une grande facilite à s'énoncer. La
reine, épouse de Frédéric 11, l'ad-
mettait souvent à sa cour , et le diar-
ï7
253 ERM
ccait ordinairement de revoir les
traductions françaises qu'elle faisait
des ouvrages de Spalding et de quel-
ques autres théologiens ou moralistes
allemands ( Foj. ÉLisABETn-Cunis-
T.NE, reine de Prusse ). H cu-
trotcnait aussi des relations intimes
avec le ministre - d'état comte de
Hcrlzberîi, qui le consultait sur ses
camagesVe?auquel il indiquait les
ieunes gens que leurs talents ren-
daient propres à être employés dans
la carrière diplomatique. Lrman a
fait en société avec le pasteur he-
clain, les Mémoires pour servir a
l'histoire des réfugiés français dans
lesétatsduroide Prusse toml-j
rill, Berlin, i';8a-i794. »»-» •
1 es deux derniers volumes sont en-
tièrement d'Eman. C'est "n recueil
ttop prolixe et d'un style générale-
ment trop négligé j mais on y trouve
des faits intéressants et des anecdotes
curieuses. On a de plus dErman un
Eloae historique de la reine de
Prusse, Sophie Charlotte épouse de
Frédériêl-., et aïeule de I-rederic-
Ic-Grand. Cet éloge se compose d une
suite de Mémoires lus par a";^»'' «
l'académie des sciences et des belles-
lettres de Berlin, de 1790 a 1795.
On peut en porter le même jugement
que des Mémoires des réfugies. Un
abrégé de la géographie ancienne en
latin, quelques traductions de lalle-
mand, des sermons, des discours
académiques, des rapports sur le col-
léce et le séminaire français de Ber-
lin des articles insérés dans la nou-
velle Bibliothèque germanique, dans
1, c.mtle littéraire de Franchevillc,
dans le journal encyclopédique et
dansquelques autres recunls, forment
le r.ste des travaux littéraires de
.loan-Pirrre Erman. — Son ils amc ,
George EuMAN,pastc^ir a Fotsdam
„,orl avaut lui, a publie ua lecucd
ERM
de Sermons.— Son fils cadet , M. Paul
Erman , professeur à l'acadcraie «les
gentilshommes de Berlin , et membre
de l'académie des sciences et belles-
leltrcs de cette ville, s'est fait connaî-
tre comme un très habile physicien.
11 a fait des expériences iiilércssantes
sur le galvanisme, et a écrit sur ce
sujet plusieurs Mémoires, dont l'un
a été couronné par la première classe
de l'Institut de France. C— a u.
ERMENGAl^DE, ou HERMEN-
GARDE, fille de Louis 11 , empe-
reur et roi d'Italie. Louis U n'avait
point laissé de fils ; nussi sa fille hé-
rita de lui de grandes richesses. Bo-
son , beau-frère et favori de Charles-
Ic-Chauve , enleva cette princesse en
8nn, et l'épousa; il fut à cette occa-
sion créé comte de Provence. Deux
ans plus tard il substitua de sa propr*
autorité à ce titre celui de roi d'Ailes.
( r. BosoN ). Ermengarde survécut
à son mari, et gouverna le royaume
d'\r!es jusqu'à ce que son fils Louis
fût en âge de régner. Lorsqu'elle l'eut
fait reconnaître pour roi, elle se re-
lira dans le couvent de S'.Sixte à
Plaisance , où elle mourut au^ coin-
uienccmciit du 1 o"". siècle. S. S — i.
E R M E N G ARDE , fille d'Adal-
bert II , duc de Toscane , et femme
en secondes noces dWdal'jeit , mar-
quis d'iviée, au l0^ siècle. Ermen-
garde nous est représentée par l his-
torien Luitprand , comme l'une des
princesses les plus intrigantes et les
plus corrompues de l'Italie. Elle ex-
cita presque toutes les guerres civiles
qui troublèrent la fin du règne de
Bcreiiger 1' ^ Elle s'allia toujours a
SCS ri\wmx, quelle abandonnait après
les avoir compromis. Elle hâta la
ruine de Rodolphe de Bourgogne , i
la place duquel elle éleva, en 9i(> ,
sur le trône d'Italie, Ilugne comte de
Provence, sou ficrc utérin. Mais ce-
ËRM
lai-ci , plus liabile qu'elle et plus ab-
solu que ses prédécesseurs, la contrai-
gnit enfin au repos. S. S — i.
EHMENGAUD, ou AUMEGaN-
DUS, ou AHMINGANDLS HLA-
SIUS, médecin de Philippe-le-Bel ,
roi de Fr.ince, était de Montpellier.
Philippe étant mort en i3i4, Er-
mengaud paraît avoir vécu pendant la
dernière moitié du i3*. siècle et au
Commencement du i4'. H se reudit
très célèbre dans son temps par sa
sagacité à deviner, à la seule inspec-
tion du visage , le genre des maladies ,
leurs périodes, leurs p.iroxysmrs.Ga-
riel ( Séries prœsul. ma^alonetis. )
en fait un grand éloge. Ermengaud,
i'étant adonné à l'usage des lingues
arabe et hébraïque , a traduit de l'a-
rabe en ialin les Cantiques di k.\\vxvme
avec les Gjinraentaires d'Averroës ,
ainsi que le Traité de la Thériaque
de ce dernier auteur : cette traduction ,
revue et corrigée par André Alpago ,
se trouve dans le tome X des Oeuvres
d'Averroës , imprimées à Venise eu
i555. On doit aussi a Ennengiud une
traduction de l'hébreu en iatiu d'un
traité de Moïse Maiuionides , intitulé :
De regimine sanitatis ad Sultanum
Bahiloniœ. R — D — A.
ERMERIC ou HERMENRIC, roi
des Suèves en Espagne, s'y était jeté,
ainsi que d'autres barbares attirés par
la richesse cl la fécondité de cette pé-
ninsule, favorisés d'ailleurs par la fai-
blesse de l'empereur Honorius. La Ga-
lice , qui reniérraait a^ors toutes les
Asturies et une partie de la Lusitanie,
échut en partage a Ermeric : il y éta-
blit le siège de la domination des Suè-
ves , après avoir traité avec ks natu-
rels du pays. Attaqué en 4i9parGon-
deric , roi des Vandales, il le repoussa
et le fit poursuivre par sou gcuéral
Hermigaire, qui fut défait eu f^i'] par
Genseric , autre roi des VandaJesj
ER>Î 'j59
mais ce prince étant pssé en Afiique^
Ermeric ne fui plus troublé dans la
jwssessiou de h Galic<; il mourut eU
44o , après un règne de trente -un
ans, laissant la couronuc des ^^uèves
à Rcchila. B — p.
EhMITE ( Damel l') , en latin
Eremita , né à Ativers , vers l'an
i584« de parents qui avaient em-
brassé le parti de la réformalion , se
concilia, dès son adoliseence , l'auiitié
de Scaliger et drCasaubon , qui le re-
commandcrenl à De Vir, ambassadeur
de France en Suisse. Les conseils de
De Vie le firent changer de nîigion ;
il voyagea en Italie, et s'attacha, à
Florence, à Cosrae de Médicis. Celui-ci
l'employa comme son secrétaire et l'ai»
taclia à diverses légation n, entre pa-
tres auprès de l'enipereui Rodolphe II,
qui le combla des distinctions les pics
flâneuses. De retour en Toscane, il
mourut à Livourne en iGi5, dans la
vingt-neuvième année de son âge. Il
cultivait la littérature ancienne et les
muses latiues. Outre quelques pièces
de vers latins , on a de lui : I . Iter Ger-
manicum , Leyde, i GTt-] , in- 1 6. Sous
la forme de lettre au cardinal Guidi ,
c'est la description de son voyage en
Allemagne, àl'époqueue sa inissionau-
près de l'empereur Rodolphe et d'au-
tres princes; lî. une lettre au cràina!
Gonz.-îgue , De Ilelvetionim, Rhœ-
torum, Sedunensium situ, republicdy
et morihus , Leyde ,1627, in-i4 J ' H-
Aulica- ifitce ac civilis libri //^^ pu-
blié à Utrccht,^oi, in-8'., par
Grœvius , qui .1 recueilli à la suite
des Opuscula varia. On trouve une
analyse de la Fie de la cour et la
Fie civile, dans le tome vu des Soi-
rées littéraires , de Coupé , pag. 1 ^4-
107. M— ON.
ERMOLDUS NiGELLv S , e^j*
vain du ()". siècle sur lequel ou n'a
qu?" des x«oseigu«mculs iucompiets.
26o ERM
Miiratori croit qup c'est lemêmcqu'Er-
mcnoldus, abbé d'Auiane, et les rai-
sons dont il appuie son sentiment pa-
raissent bien fondées. Errnoldus vivait
à la cour de l'empereur Louis -le-Dé-
bonnaire ; il encourut la disgrâce de
ce prince, et fut exilé à Strasbourj;;
il y termina , en 8'i6, un poème qu'il
adressa à l'empereur , par une petite
pièce, dont les premières et les der-
nières lettres de chaque vers forment
le suivant :
Etmoldut cecinit Hludoici Csesaris arma.
Cet ouvrage lui mérita sa liberté et
l'entier oubli de sa faute. Il obtint mê-
me dans la suite la confiance de l'em-
pereur , puisqu'il le chargea en 834 ^^
réclamer, en son nom, la restitution
des biens des églises dont Pépin , son
fils, roi d'Aquitaine, s'était emparé.
L'année suivante il retourna à son mo-
nastère, qu'on croit être celui dAniane
dont on avait accru les privilèges.
C'est à cela que se borne le peu qu'on
sait sur Ermoldus. Le poème qu'il a
composé est divisé en quatre livres;
il y fuit le récit des guerres soutenues
par Louis et des autres jvéneraents
impoi'tanls de son règuc. Là versifica-
tion en est peu agréable j mais l'ou-
vrage est important par le grand nom-
bre de faits historiques qui s'y trou-
vent rapportés ou éclaircis. On en
conserve le manuscrit original à la bi-
bliothèque impériale de Vienne. Lam-
bccius en inséra la préface et quelques
fragments dans le catalogue de cette bi-
bliothèque (11, 559); et ce savant
avait promis de satisfaire lescurieux en
publiant cet ouvrage. Barlhold-CIiré-
tien Ricli.ird et ensuite Jean-Benoît
Gcntilloli s'engagèrent successivement
à remplir cette promesse. Mais c'est à
Muralori qn*on est redevable de sa
publication; il obtint une copie colla-
tionnéc du manuscrit, y ajouta une
])rcracc dans laquelle il rassembla tou-
ERN
tes les circonstances qu'il avait pu fe«
cueillir sur la personne d'Ermoldus;
éclaircit par des notes les pas-^iiges de
cet ouvrage , et le fil imprimer en tête
de la deuxième partie du second vo-
lume de ses Scriptores reruin liait-
car,; Menckeuius l'a iuséic depuis
dans ses Scriptor. reriitn Germa-
nicar.', et enfin \). Bouquet dans sa
Collection des Hisloriens de Fran-
ce , tome V, avec de nouvelles notes
et des corrections importantes dans
le texte. W — s.
ERNDL ou EKNDTEL ;Chhétien-
Henri ) , médecin allemand , né à
Dresde , où il mourut le 1 7 mars
I 754, premier mc'dtcin du roi de Po-
logne. Entraîné pir l'amour des scien-
ces, il avait voyagé dans plusieurs
contrées de l'Europe , p ircouru les
Alpes avec les Scheuchzer ; partout il
visitait avec soin les jardins , les bi-
bliothèques et les musées , et prenait
des notes sur tous les objets qui méri-
fciient quelque attention; il les réunit
sous ce titre : De itinere sua Angli'
cano et Balavo , annis 1 70(5 t?n 707,
facto , relatio ad amicum, 1710, in-
8". l'vivin et Betulius ayant fait quel-
ques remarques critiques sur cet ou-
vrage , Erndl y répondit dans la pré-
face de la seconde édition , qui parut
à Amsterdam en 1711. Ou y trouve
quelques détails sur des jardins fort
curieux alors. Mais il paraît qu'il se
trompe dans plus d'une occasion ,
comme lorsqu'il dit avoir vu en (leur
à Amsterdam «les arbres qui donnent
les baumes du Pérou et la gonnne ani-
mé. Dans une lettre qu'il adressa à
Breyn le fils, et qui parut à DrisJe
en 1715, in-8 '. , il lui fil l'énuméra-
lion des collections des plantes dessi-
nées ou peintes inédites qu'il avait eu
occasion de voir dans ses voyages ,
surtout dans la bibliothèque de Berlin.
Là j cuire autres , se U'ouvaicut les
ERN
plantes du Japon , rapportées par
Qeycr , et celles du Brésil , recueillies
par le priuce Maurice de î»JdSsau. Il
paraît qu'avant de voyager il avait
"voulu se tracer un plan , ce qui fit le
sujet de la dissertation suivante : De
usu ffistoria- naluralis exoticogeo-
graphicce in medicind , Leipzig ,
I -GO , in-4"- Avant visite les eaux de
Sediitz et de Tœ[)lils , il fit le ca-
talogue des plantes qui se trouvaient
dans leurs environs; ce qui donna
lieu aux deux opuscules suivants :
Plantarnm circa Sedlicenses ther-
;na5 £/«ncA/<j , Nuremberg , i-j^S,
lïtais il paraît que celui-ci est devenu
très rare , car Hallcr n'en fait mention
que sur la foi d'autrui. Quant au se-
cond . De Plantis circà ihermas Te-
plicenses crescenlibus , il parut dans
le 5*. vol. des Curieux de la Nature ,
1 755. Erndl ayant été appelé à Var-
sovie par le roi de Pologne pour être
sou premier médecin , il se trouva dans
un pays entièrement neuf du côté des
productions naturelles. Il entreprit de
les faire connaître; c'est le sujet de
l'ouvrage suivant : TVarsavia Fhj-
sicaillustrata ,sive de aëre, aquis, la-
cis, et incolis JVarsaviœ eorumdem-
que moribus et morbis tractatus. Il
réunit dans le même volume le f'iri-
darium fVarsaviense sive Catalogus
plantarum circà TFarsaviam cres-
centium, Dresde, 17^0, in-4". C'est
tuie esquisse de la Flore du pays; ce
n'est que long- temps après qu'on en
a eu une connaissance plus exacte par
les soins de Gilibcrt. En général ,
Erndl n'a montré, dans toutes les par-
ties des sciences où i' s'est ex< rcé, que
des connaissances très supeificiflles.
D— P— s.
ERNECOURT (Barue d';, plus
connue sous le nom de M'"*, de St.-
Balmon, doit être comptée dans le
.petit nombre des femmes qui dans
ERN 261
ces derniers siècles ont su allier les
inclinations et les vertus guerrières à
toutes les qualités qui font rornenient
de leur sexe; compatriote de Jeanne
d'Arc, qu'elle semblait avoir prise pour
modèle , elle naquit au cliâleau de
Neuville, entre B^r et Verdun, à
cinq lieues de chacune de ces deux
villes. Élevée à la campagne, elle ac-
quit de bouue heure l'habitude des
exercices du corps ; mariée fort jeune
à M. de St.-Balmoa , ce seigneur ,
charmé de la bonne grâce qu'elle
avait sous l'habit d'amazone, la me-
nait à la chasse avec lui, et prenait
plaisir à l'exercer au maniement des
armes. L'adresse qu'elle y acquit ne
lui fut pas inutile. La malheureuse
provincede Lorraine, alterncilivement
traversée par les armées françaises et
impériales pendant ta guerre de trente
aus, se voyait dévastée par les cou-
reurs des deux partis. M. de St-.-BaS-
mon , attaché au duc de Lorraine , prit
de l'emploi dans l'armée impériale;
quoique portée d'inclination pour le
parti do la France , son épouse ne
quitta pas son château de Neuville ,
où elle eut souvent occasion de dé-
ployer son cournge en se mettant à
la tête de ses vassaux et de tous les
paysans des villages voi.Mns, soit pour
se défendre ou pour escorter des con-
vois , soit pour reprendre le bétail
et iebulin enlevés par les partisans en-
nemis; elle se rendit redout;«ble dans
ces petites expéditions , et ût souvent
des prisonniers, qu'elle envoyait dans
les places voisines. En i645, ayant
obtenu du duc d'Angoulcme une pe-
tite garnison pour le château d'un de
ses parents, afin qu'on n'y allât plus
piller, a pour moi, dit-elle, je ne de-
» m.iudc personne ; il suffit que j'aie
» permission de me fléfeudre. » Après
la paix de Wcsl|.liiilie elle s'occupa
de littératuie, et publia en i65o une
aCa E R N
trafi;cdie inlitniée les Jumeaux mar-
tyrs , in-4'.; cl i6ji, I vol. in-i2.
JElk' avait aussi «oinpose ( en i65o )
uue tia;^i-coiiicclic en 5 acies , inti-
tulée la Fille généreuse ; cette pièce
n'a pas e'ié imprimée. Après la mort
de son mari, m;idame de Saint- Bal-
mon voulut prendre le voile chez les
religieuses de Saiute-Claire, à Bar-
le - Duc , et mourut avant sa pro-
fession , le 22 mai 1660, àgéi de
ciuquante-deux qns. Le P. J. M. de
Vernon écrivit sa Vie sous ce titre:
^j Amazone chrétienne ,ov\ les Aven-
tures de madame de St.-Balmon,
Paris, i(i^8, in- 13. LeP.Disbillons ,
jésuite, en a donné une nouvelle édi-
tion , avec quelques additions , en
3773. CM. P.
ERNEST. Foj. Hesse-Rhinfels,
Mansfeld, et Saxe.
ERNESTI. La famille des Ernesti
a produit un grand nombre de lillé-
rateurs et de savants distingués, dont
quelques-uns comptent parmi lesliom-
imes les plus célèbres de rAllcniague.
11 règne , dans tous les dictionnaires
où il est question de ces savants, une
Jurande confusion qui empcclie d'eu
fixer la filiation , et il serait à souhai-
ter qu'un des Ernesti viv ints éclaircU
ce point obsi ur, en publiant une ta-
ble généalogique de celle maison ,
dont i'illuiitralion remonte au 1 5".
siècle , où nous trouvons un Jean
Ernesti , recUur du gymnase do
Heidelberg, et auteur de divers ou-
vrages de théologie. Le 17'. siècle
nous fournit deux Ernesti , dont pa-
raissent descendre tous ceux qui ont
(leuri dans le 18'. siècle; ce sont Da-
niel Ernesti, recteur de Rochlitz, et
Jean- C-hîistophe. Le premier eut trois
lils : Jacques- Daniel, père de dix-
huit enfants ; Jean-Henri, et Chris-
tophe- Théodure; l'autre cul cinq fils :
jÇfan ' Christian^ Jean - Frédéric-
ERN
Christophe y Jean-Aug,usle , et deus?
autres dont nous ignorons les noms.
Jean-Christian fut iepèred'^MgM5fe-
Quillaume ; Jean- Frédéric - Christo-
j)he laissa un fils, nommé Jean-Chris-
tophe- Théophile ( Fo^\ ces articles ).
S— L.
ERNESTI (Jacques - Daniel ) ,
fils aîné de Daniel - Ernesti , théo-
logien luthérien, naquit à Rochlilz le
3 décembre 1 (34o, et mourut le 1 5 dé-
cembre 1707 à Altembourg, après
avoir eu dix-huit enfants de ses trois
femmes. Ou a de lui : Apanthis-
mata ^ sive selectiores jlores philo-
logico- historico-theoloi^ico - morales
inlf^ libros divisi, Altenburg, 1072,
in-8 '. C'est un recueil de trails histo-
riques, de maximes et de pensées
détachées, fait avec beaucoup de soin.
L'auteur avait déjà publié en alle-
mand un grand nombre d'autres ou-
vrages qui lui avaient mérité l'estime
publique. — Ernesti ( Jean -Henri ) ,
frère du précéiliiit , recteur de l'école
St.-Thumas à Leipzig, mort en cette
ville le iG octobre 1729, .^gé de
soixanle-dix-sept ans. On a de lui : I.
Dissertatio de pharisaïsmis in libris
profanorum scriptoriitn occurrenti-
bus, Leipzig, 1 690, in- 1 -.i. Cet ouvrage
est estimé jiour l'érudition cl l'esprit
de critique qui y règne ; IL De non
indigna principihns delectatione ah
artibus mechanicis pelità, ib., 1O91,
in- 1 'i. Cx'lte petite dissertation, dont le
le sujet est très pi(|uant , est écrite
d'un style agréable; IIL Compen-
dium hermoneuticœ profaner , seu de
legendis scriptoribus profanis prœ-
cepla nonnulla, ibid. , i()99, in-
l'i , ouvrage c>crit avec autant de
clarté que de précision; IV. Com-
vientationes novœ in Cornelium Ne-
potein, Juatinum , Terentium, Plan-
tum, Curtium et poésin Barbari-
cam^ ibid., 1707, iii-8°* U s'élail
ERN
beanconp occn]»e de Quinte -Curcf,
et a laisse uu Lexicon Curtianum ,
qui n'a pas vu le jour; mais il en dcf-
veloppa le plan sous ce litre : Usur-
pata à Ciirtio in particulis latini-
tas , tam in se spectala quàin cum
Corneliana dictione collata , Leip-
zij;, I7i9,in-i2. Il y compare la
latinité de Quinte-Curce avec celle de
Corn. Nepos , et prétend qu'il est
presque impossible de foire un bon
dictionnaire latin universel , mais
qu'il serait utile d'en faire un pour
chaque auteur latin. Parmi tes autres
ouvrap;cs d'Ernesli , qui sont en grand
nombre, on remarque ses Disserta-
tions De Polyhistore barbarico ,
cum manlissd inetaphysicœ Caiiil-
lianœ; De mutatione hominiim in
brûla; Cornélius iSepos per episto-
las scribens , cum cotnmenlario in
epislolas biblicas ; Paralipomena
hisloriœ rerum lipsicarum metricè.
W—s.
ERNESTI ( jEAîf-ArGusT£) , l'un
des plus illustres critiques qu'ait pro-
duits l'Allemagne, naquit àTennsladt,
en Tliuringe, le 4 août i "^07. 11 était
le 5". liU de Jcau-Cluistoplie Ernesti,
connu par quelques ouvrages , et
mort le 1 1 aoîit i-j-ics. Son père, pas-
teur de cette petite ville , et docteur en
tliéologie, mit tous ses soins à lui pro-
curer une bonne éducation. Après
avoir reçu, pendant quelques années ,
des leçons particulières , le jeune Er-
nesti fut cnvové aux écoles de Pforta,
où il surpassa bientôt tous ses coudis-
ci[)ies, par son application et par la
rapidité de ses progrès. Il fréquenta
ensiàle les cours des universités de
Witlcmberg et de Leipzig , et ayant
terminé ses études , se chargea de don-
ner des leçons à quelques jeunes gens.
Ce lut alors qu'il appiit les mathéma-
lique> , et l'habitude d^ méditation que
Il j lit contracter cette science , lui fut
ERN 265
très utile dans la suite. Ernesti prit
le grade de maître -ès-arts à l'âge de
vingt-trois ans , et bien qu'il se desti-
nât au ministère évangélique, il ac-
cepta , l'année suivante, la place de
co-recltur de l'école St. - Thomas de
Leipzig. Obligé de se livrer presque
uniquement à l'élude de la littérature
ancienne, il n'abandonna cependant
point celle de la théologie, et trouva
même le moyen de faire concourir à
ses progrès dans cette partie, des con-
naissances qui , au premier coup-d'œil,
V paraissent étrangères. Il succéda, en
1754, à J. M. Gessner, recteur de
la même école, et acquit dans l'exer-
cice de cette place une réputation qui
s'étendit jusque dans les pays étran-
gers. En I "j^i , il fut nommé profes-
seur extraordinaire de littérature an-
cienne , contre l'usage, qui ne permet-
tait pas qu'on conûàt une chaire au
chef d'un établissement d'instruction ;
eu 1^56, professeur extraordinaire
d'éloquence , science dans l'enseigne-
ment de laquelle il introduisit cette
méthode pliilosophiquc , adoptée au-
jourd'hui par foutes les universités de
l'Allemagne, et qui leur donne tant de
supériorité. Enfin, eu i758, il reçut
le grade de docteur en théologie , et
fut nommé a la chaire de cette sck ncc j
mais il n'en continua pas moins à rem-
plir celle d'éloquence jusqu'en i7':o ,
qu'il la remit a A. G. Ernesti , son
âge ne lui permettant plus de soutenir
uu travail aussi excessif. Eincsti était
devenu pour l'Allemagne un objet de
vénération; on ne prononçait son nom
qu'jvec respect; toutes les sociétés sa-
vante» s'étaient empressées de l'ac-
cueillir ; comblé des faveurs de la for-
lune, revêlu de toutes les distinctions,
il parvint à une heureuse vieillesse,
et mourut le 11 septembre 1781 , à
-5 ans et quelques mois. Peu de jours
avant sa mort, il avait eucore prêché
264 E R N
et fait en piiLlic des lectures de plii-
siours heui'Cs ; il re'petait souvent :
quun théologien doit mourir dans la
chaire, et sembla vouloir prouver la
vérité de celle maxime par son exem-
ple. Ernosli e'tut naturellement sé-
rieux , mais la douceur de si figure en
tempérait la sévérité ; «éncreux , pru-
dent, bon ami, indulgcnit enver's les
autres , on ne peut lui reprocher qu'un
amour-propre irop irritable, el qui le
Tendit in|ustc , une fois dans sa vie,
envei's le célèbre Rciske. On ne doit
point regarder Ernesti comme un
homme de génie ; il avait plus d'élen-
dne que de profondeur dans l'esprit ,
plus d'érudition que de savoir, et man-
quait tout-à-fait du talent de généra-
liser ses idées pour en tirer de nou-
velles conséquences; maison ne peut
lui refuser d'avoir été très savant en
histoire , en archéologie, et surtout en
littérature ancienne. Personne n'a pos-
sédé au même degré que lui la con-
naissance des beautés et des finesses
de la langue latine ; et quoiqu'il ne lût
pasaussi habile dans la langue grecque,
il a cependant contribué à en répan-
dre le goût par les éditions qu'il a don-
nées de plusieurs ouvrages classiques.
Les principaux ouvrages d'Ernesli ,
considéré comme éditeur, sont : 1. Ho-
meri opéra omnia , curn variis lec-
tionibus manuscript. lips. et notis ,
Leipzig, 17.59-64-O5, in -8'. Ccllo
c'diiion , faite sur celle de Samuel
Clarke, est très recherchée, cepen-
dant elle esl inférieure pour la correc-
tion du texte à celle qu'a donnée
M. Wolf, en i8o4, et les noies lais-
sent plus à désirer que celles de M.
Hevne, sur le même aulenr. II. Cal-
Ijmachi hymni , epiç,rammata et
JraffTnetttu, eittn notis variis, Leyde,
1 7(ii , '2 vol. in-8'. } c'est la uicilleurc
ë<lilion de Cal'imaque ; l'éditeur y a
joint uue bonne version latine cl des
ERN
remarques estimées. IIL PoJjhii U-
hri qui supersunt cum notis vaiio-
rum , prœfatione et glossario , Leip-
zig , I •y65-64, 5 voi. iu-8". ; cette édi-
tion a été recherchée prnr le glossaire
qu'y avait joint l'éditeur ; lîiais elle a
été surpassée par celle de M. Schweig-
liaeuser. IV. M. T. Ciceronis opéra
omnia cum clave Ciceroniand ,
Leipzig, 1 757 ; Halle , i 7.57 et 1 77^.
Ces deux dernières éditions ont à peu
près la même valeur; on semble ce-
pendant donner la préférence à celle
de 1775, quoiqu'elle soil imprimée
sur mauvais papier. C'est de tous les
ouvrages publiés par Ernesti celui qui
a le plus contribué à sa réputation ; il
en revit le texte avec le plus grand
soin , en le comparant à toutes les
éditions antérieures dont il aviit formé
la collection complète , à ses fiais ; le
Clavis Ciceroniana , est un livre irh-
dispensable à toute personne qui veut
faire une étude aprofondie de la lan-
gue latine ; on l'a imprimé séparément
])our le joindre aux diffi rentes édi-
tions de Cioéron , de format iu-8 . ; la
publication des œuvres de ce grand
himme , par Ernesti , fui i'épo(juc
d'une révolution dans la critique litté-
raiie; on sentit que ce qui constituait
une bonne édilion était l'extrême cor-
rection du texte , le choix des dif-
férentes leçons proposées par les sa-
vants, pour la restitution des passages
altérés, et enfin un moyen simple et
facile de vérifier le sens de chaque
mot, par la comparaison des dilic-
rentes acceptions dans li sqn< Iles l'a-
vait pris l'.àuleur lui même. On com-
prit que des notes rassemblées au bas
des pages , où rejelées confusémeni à
la fin du volume, en rendaient la lec-
ture pénible, sans.presqu'aucune uli-
lilé pour la plupart des lecteurs, qui
ne trouvaient dans ces notes que de
oouviaux sujets de doute, au lieu des
ERN
éclaircissements fju'ilî auraient désirés.
Cependant le défaut absolu de coui-
menlaires présentait d'aulrts inconvé-
DÏents qu'ont sentis d'habiles philolo-
gues; et quelques-uns d'eux, parmi
lesquels on doit citer MM. Sthullz ,
Wolf et Weiske , qui unissent à une
grande ëmditiou un véritable esprit de
critique , ont donné de différents ou-
vra5;es de Cicéion des éditions préfé-
rables à celle d'Erncsti.V.C ComeZ.
Taciti opéra, Leipzig, 1752, 2 vol.
in - 8 '. ; ibid. , 1772, 2 vol. in - 8^ }
ibid. , 1 80 1 , 1 vol. in-8 '. Ce fut Jér.
Jac. Oberlin qui prit soin de cette der-
nière édition. Lallcinand et Brottier
ont adopté le texte de Tacite tel qu'il
avait été corrigé par Eruesti. VI. C.
Suetonii Tr. qiue exlant , Leipzig ,
1748, iu-8^; ibid., 1775, in-8 . ;
ces éditions ont été effacées par celle
de M. Wolf, Leipzig, 1802, 4 ^ol.
in-8''. VIL Aristophanis nubes, Leip-
zig, 1755, in-8"., avec une pré-
laoe de l'éditeur ( f^oj: J. Alb. Fa-
BRicics cl Hederic ). Lcs autres ou-
vrages d'Ernesti sont : L Opuscula
philologico - critica , Amsterdam ,
1762, in-8''. On a omis d'insé-
, rer dans ce recueil les deux premiè-
res dissertations académiques d'Er-
! ncsti , De emendalionevoluntaùsper
saltum, Leipzig, 1730, in -4"., et
Disputatio philos, philol. qudphilo-
sophia perjectœ grammaùcœ asseri-
tur , ad Quintilian. 1 . g : ibid. , 1752,
in-4 . Ces deux Opuscules sont re-
cherchés. De toutes les autres pièces
j académiques d'Ernesti , nous ne citc-
I rons que sou Historia crilica operum
I Ciceronis {rpographorum formulis
editorum , ibid. , 1 756 , iu - 4°.i et
I sou programme De vestigiis linguœ
hebraïccB in lingud grœcd , ibid.,
1755, in-4". IL Opuscula oratoria y
I oraliones , prolusiones et elogia ,
i I<ejde J 1 762 , in - 8^ , nouvelU édi-
EUN
26!
lion augmentée et plus correcte , ibid. ,
1767, in-S". UL Opuscula^ oralio-
nes ; nova colleciio , Leipzig , 179»,
gr. in-8"., trad. en allemand par Holb,
Leipzig , 1 792 , in-8°. IV. Archeolo'
gia litleraria , Leipzig , 1 768 , in-8 '.
L'auteur y développe*rongiue et l'his-
toire de l'écriture et de la gravure,
des inscriptions, médailles , etc., chez
les anciens. En faisant l'éloge de ce
savant ouvrage dans ses Acta litlera-
ria ( V. 194 ) , C. A. Klotz y relève
plusieurs erreurs et un grand nombre
d'omissions. La seconde édition , re-
vue et augmentée par G. H. Martin
(Leipzig, 1790, {0-8". ), est très es-
timée. V. Initia doctrine solidioris^
Leipzig, 1736,42,50,53,69,76,
85 , in-S". ; c'est un excellent cours de
littérature. Le style en est si parCiit
qu'il mérita à l'auteur le surnom de
Cicéron de l'Allemagne. On en a
extrait l'ouvrage intitulé : Initia rheto-
ricœ , Leipzig, 1750, in-8''.; VL
Observationes philologo - criticœ in
Aristophanis nubes , et Josephi An-
tiquit. ( publié par J. Chr. Théophile
Ernesti ) , Leipzig , 1 795 , in-8 '. VIL
des Sermons en allemand, Leipzig,
1 768, 1 782 , in-8'., 4 part.; la i".a
été trad. en Hollandais, Ulrccht, 1770,
in-80. ; le savant s'y montre plus que
l'orateur chrétien; VIIL Institutio
interpretis Novi Testamenli , Leip-
zig , 1761 , 1765, 1775, in-8'.;
Abo, I 792, in 8°., réimprimée pour
la 4'- fois à Leipzig , avec des addi-
tions de D. C F. Amraon , 1 792 , in-
8°. Cet ouvrage est regardé comme
classique par les théologiens alle-
mands. Eruesti y pose des règles de
critique pour l'intelligence et l'expli-
cation des livres saints. Il cherche à
prouver que ce n'est point manquer
de respect pour ces iivres , que d'en
soumettre le texte à une analyse rigou-
reuse, el fait Yoir par plubi(urs excm-
sG6 EUN
pics , que le grec des évangiles n'est
point exempt de fautes contre I.i lan-
gue, et que [)lusieurs passages présen-
tent différents sens. Les tliéulogicns
protestants d'Allemagne ont tiré,
des principes d'Ernesti, drs consé-
quences beaucoup plus étendues ( F.
DoEDERLEiN ) ; iis oiit mêuic repro-
ché à Ernesti de n'avoii' pas appli-
qué ses principes comme il l'aurait pu,
^oit par timidité, soit par des raisons
d'état et de convenance. Eruesti pré-
tendait que la philosophie ne sort
qu'à embrouiller les discussions théo-
logiques, cependant il permettait à ses
élèves de lui faire des objections, et il
y repondait toujours avec douceur ;
c'était seulement contre ceux qu'il re-
j:,ar(lait comme superstitieux , et contre
les incrédules de mauvaise foi, qu'il
laissait éclater un zèle qui n'était pas
toujours dirigé par une sage modéra-
tion ; I X. Opitscuïa theologica , ibid. ,
1773, in -8'.; 170*2, in - 8". ; X.
Nouvelle Bibliothèque lhëoloi>ique ,
en allemand; Leipzig, 17G0-G8, 10
volumes in - 8". ; ibid., » 773- 79,
I o vol. J. J. Ebcrt et d'autix-s savants
ont eu part à cet ouvrage ; mais Er-
nesti décidait spul sur les articles qui
pouvaient y entrer; et des critiques
allemands lui reprochent d'en avoir
écarté plusieurs morceaux excellents ,
suivant eux, par la seule raison qu'ils
étaient rédigés dans des principes trop
philosophiques. Les élèves d'Erncsli
ont été plus hardis ou moins réser-
ve's, et la théologie a entièrement
changé de face sous leurs nwins. Il
est fuit douteux qu'Ernesli eût ap-
pl.iudi à ces innovations. Cependant
il fiut convenir que c'est lui qui,
J'uu lies prçnuers, a distingué la théo-
logie de la religion ; il avait cru par
là rendre les disputes théologiques
l)ien moins à craindre , et l'on ne
ifttiU'ait disconvenir que celle distiuc-
EBN
tion , renfermée dans de justes bol*
nés, n'oHrc des avantages réels (i).
M. ïitlmaitn a publié à Leipzig, 1 8 1 •2,
in-8 '. , des Lettres de Ruhnkcnius et
de Yalckenaer, adressées à Ernesti ,
avec un discours académique d'Er-
nesli, lequel était reste inédit. Dans la
préface , M. Tittmann ace,u>e les Hol-
landais d'être jaloux de la gîcire phi-
lologique des Allemands , et notam-
ment M. Wyltenbach , d'avoir calom-
nié Ernesti. Cette attaque , peu reflé-
chie, excessivement passionnée, a gé-
néralement depiu ; M. Wyttenbach
s'est tu et devait se taire ; un Aiiemaïul
a pris sa dél'ensc; M. Creiizer , profes-
seur à Heidelberg , a prouvé dans i'é-
pître déd)catoire de sou édition de
Plotin ( H'-idelberg , i8i4),ép!tre
adressée à M. Wyttenbaeli, que ce sa-
vant professeur , qui n'avait pas ca-
lomnié Ernesli , l'avait été lui-même
par M. Tittmann. L'éloge de Jean-
Auguste Ernesii a été j)vbiié en latin,
par Aug. Ciuill. Ernesii , Leipzig ,
1781 , in -8". On peut voir aussi
B luer ( C. L. ) De formulœ ac disci-
plinœ Ernestianœ indole vera, ibid.,
1782, 111-8". On y trouve le cata-
logue de ses ouvrages. On a aussi eu
allemand, le livre de Guil. Abr. ïel-
1er , sur ce que la Thèoloç^ie et la
Pelif^ion doivent à Ernesti , Berlin,
1783, in 8'., avec un supplément
donné la niêtue année par J. Sal. Sem-
ler , opuscule estimé des théologiens
prolestants. VV — s.
ER^ESTI (Jean-Christian), fils
aîné de Jean Cliristophe. né le i3
lévrier itiç)'» à Gross-Brinhtcrn , où
son père était alois pasteur, fil se»
études dans les universités de Wil-
teniberg et de Leipzig; fut nommé,
(i> La diitincliuD ^u» lr> llicolugiriii .>llc-|
munit ttiliii«lleiit ciilri! U Rc/igian et l.i 77icv- t%
Jugic , >>» leiut il rien moiu< tju' a Introduire Jiii* [t
le ckriati^inUme une doctrine exulerique ' t un* .5
doctiiiie eiuUriijtit. Elle diin«lurc If >knstktt.:i
sunie. S. B. S-i. 1
I
'ir
ERN
ert 172*», pasleur à Cloelleda; en
noiQ, inspecteur à Frolindorf, où
naquit son fiîs Auj;ustc Gtiillauine. De
l'cglise de Frohndorf il passa , en
I rSô , à celle de Sl.-Nicolas, à Zcilz;
en i''4o. 'I «"H' l'iiispeclion ecclésiasti-
que de Tennstadt; et en i^So, la
surintendance de Langensa!7,a. Il mou-
rut dans la capitale de la Thuriage,
en 1 -y -y 0. Il a publié , en latiu , quel-
ques dissertations académiques ( De
incommoda ex lilteratis ephemeri-
dibus capiendo , WittcmlKis;, 1716,
ui-4^M De cunctatione erudilorum
in componendis libris , ibid. , 1718,
in-4 • '; cl en allemand, divers ou-
vrages de théologie et des sermons
qui approfondissent le dogme de la
résurrection d<' Jésus-Clirist , et des
événements qui accompagnèrent ce
miracle. On lui doit aussi une édition
des Articles de Smalcalde , un des
livres symboliques des protestants.
S— L.
ERNESTI ( GosTHiE!! -Théo-
phile ), né à Cobourg ie 20 juil-
let 1759, (it ses études à léna , et
fut placé comme prédicateur a Hild-
bourghausen, où il mourut le 'i8
juin 1 797. Indépendamment de quel-
ques discours qu'il avait fait impri-
mer, M. Roseumul'.er publia, après
sa mort, en 1798 , une collection de
«es sermons pour les dimanches et
les fêles de toute l'année, i vol. in-8'.
S— L.
ERNESTI (Auguste-Guillaume),
fils de Jean-Christian, savant trilique
allemand, naquit à Frohndorf, près de
Tcunsiadt en Thuringe, le aO novem-
bre 1755. Il Gt ses études à l'univer-
sité de Lcipzi;:; sous la direction du cé-
lèbre J. A. Eiuesti, son oncle, et y
reçut le grade de maître-ès-ai ts en
1 7'">7. Nommé à la chaire de pliiioso-
phic de la même école eu 1763, il la
quitta cinq ans après pour celle d'eîo-
E R N 267
quencc , dont J. A. Erncsti se démit
en sa faveur , et qu'il remplit avec
une grande distinction. Il mourut le
•j!9 juillet i8«>i d'apoplexie , maladie
dont il avait éprouve une attaque dès
1 792 , sans que^es facultés en eussent
été sen>ib.'ement alT.iibli;s. PIrnesli
avait fait une étude approfondie dc la
littérature ancienne ; il parhit et écri-
vait en lalin avec autant d'élégance
que de ficililé ;chéri de ses amis pour
la diiuceur de son carJc;ciT, il met-
tait dans l'exercice de ses fonctions
une très grande sévérité; mais il se la
faisait pardonner par l'iuipartiaiilé de
H-s décisions. On a de ce savant pro-
fesseur : I. Till Livii hisloriarum
lihri qui supersimt omnes, Leipzig,
i7G<), 3 vol, in 8'.; Francfort,
1778-85, 5 vol. in-S".; Leipzig,
1801-04, 5 vol. in-8°. L'édition de
Drackenborck a servi de base à celle
d'Erncsii. Le nouvel éditeur a insère'
dans la sienne les dilléreutes leçons
de Gronovius et de Giœvius , et y a
a;oulé un ample glossaire , dont
l'usage est très utile. L'édition (\c
1801 est la meilleure ;miiis le papier
qu'on V a employé est mauvais.
M. Schaefer en a surveillé l'impres-
sion, et a complété, d'après les notes
de son illustre ami, le glossaire,
qu'on peut en détacher pour ic join-
dre aux précédentes éditions ; II.
Q, Faiii Qiiintdiani de instilu-
tione oratorid liber decimiis, Leip-
zig, :769, in-8"'; III. Ammiani
Marcelliiii opéra ex recens, f^ale-
sio-Gronoviand , ibid., 1773, in-
8°. Cette édition est très estimée.
Le glossaire qu'y a joint Ernesti est
fort détaillé. iV. Pomportius Mêla
de situ or bis libri III , ex recens ^
Gronoviand, Leipzig, 1775, iu-S''»
Cette édition , à l'iisage des classes, n'»
de remarquable que la correction du
texte J y. Opuscula oratorio-philolty^
nos
ERN
gica, Leipzig, 1794? in-^"' Ce vo-
lume renferme les biographies parti-
culières de Jean-Aug. Ernesti , Jcan-
Godefr. Kornër , Clir. - Aiig. Cio-
diiis, Jean-Anî. Dathe et de quelfiues
autres savants de Leip/ig ; elies sont
précédées de trois Disserl itious ,
dans lesquelles l'auteur trace les rè-
gles de ce genre d'ouvrages; un
style pur, une ëlocution noble et fa-
cile , des faits abondants, l'art de
les présenter avec ordre et loujours
d'une manière inte'ressantc, telles sont
Ii's qualités qui, au jugement des cri-
tiques allemands , distinguent les bio-
graphies rédigées par Ernesti, et les
lecommandent à l'attention des ama-
teurs de l'histoire littéraire ; VI. des
programmes , dont un intitulé : ffis-
toria in^enii ad usum eloquentiœ
necessaria, Leipzig, 1765, i"-4"'»
auquel le rédacteur des Commenta-
rii de libris minorihus rp|)roche de
l'obscurité dans le style et du vague
dans les idées. W — s.
ERNESTI ( Jean - Ciiristun-
TheophIle ) , critique allemand , na-
quit eu 1706 j't Arustadt en Thu-
ringe , où son père (Jean- Frédéric-
Christophe ) remplissait les places de
ministre et de surintendant. Après
avoir Terminé ses éludes dans sa
patrie , il suivit les cours de l'u-
niversité de Leipzig sous la sur-
veillance de son oncle J. A. Ernesti ,
qui Ini donna les nicmes soins qu'à
son propre fils. 11 lit ensuite des le-
çons particulières de théologie et de
littérature depuis i7'7()iusqit'en 178^.
Celle année -là il lut pourvu d'une
chaire de phiI(jso;'iiie à t'iuiiversité,
qu'il t'ccupa jusqu'en 1801 , où il
succéda à A. (î. Ernoti datis la place
de professeur d'éloquence; mais il ne
la conserva pas long-temps , étant
mort le 5 juin iBo-i, à l'àgc de qua-
ra&lc-six ans. Parmi les nombreux
ËRN
ouvrages qu'il a laissés on disfingne
les suivants; I. Msopi fahitlœ ^r.,
Leipzig, 17B1, in-S". Celte édition,
qui contient aga fables , passe pour
trps correcte; cependant elle n'est pas
très recherchée , n'ayant été impri-
mée que pour l'usaçe des élèves; H.
Hesychii glossœ sacrœ emendalio-
wbiis notisque illustratce , ibid. ,
1785, iii-8'.; in. Suidœ et Phuvo-
rini glossœ sacrœ cum spicilegie
glossarum sacrarum Hesjchii coti'
gest. emend. et notis illustr. , ibid. ,
1786, in -8". Cet ouvrage ne doit
pou.t être séparé du précédent. Les
corrections proposées par l'édileur
sont assez ingénieuses , et le soin
qu'il met à indiquer les sources où a
puisé Hésycliius rend son travail
utile ; cependant les critiques alle-
mands lui repio'.'hent des omissions
et des négligences; IV. C. Silii Ita-
lici punicorum libri Xf' II , ibid.,
1791 , iu-8 ., bonne édition, accom-
pagnée d'un index très ample ; le
discours juélimiuaire, dans lequel Er-
nesti diseiile le mérite de ce poëme ,
mérite d'être lu avec atlenlion; V.
Lexicon technologiœ grœcœ rhelo-
rtV:* , ibid. , 179'), iu-8., ouvrage
utile et rempli d'érudition ; VI. Lexi~
con technologies Romanorum rhetO'
ricœ, ibid., 1797, in-8". , aussi es-
timé que le précédent, doit il forme
la suite nécessaire; VIL les Sjn(y-
nymes lutins de Cardin Diunesuil ,
trad. en allemand, Leipzig, 1798,
ibid. , 1 800 , iii - 8". ; V 111. Ciceros
Geist und Kern, ibid., 1799, iSoo,
i8oJs,5 part. in-8'. C'est la traduc-
lion en allemand des meilleurs écrits
de Cicéron ; le style eu est élégant et
concis ; on désirerait scu'ement que
le traduotem- eût expliqué par des
notes les passages les plus impor-
tants. Il avait déjà public en 1781^1»
iraduclion de (Jivcrses lellrçs de Gç««
ERN
ron qui se rclrotivent dans le recueil
qu'on viii'f Ao citer. W — s.
ERNST ( Heitri ), eu latin
Emstiits, savant junsconsiikc, né à
HrhiislaeJt le 5 feviitr ibo5. Après
avoir terminé ses étules et pris ses
de^re's en droit, il passa eu Dane-
mark, où il (it l'éducation des fiis
d'OligT Ro-cnciantz; il parcouruten-
sditc avec l'un de *es é!ève< la plus
grande partie des pays de l'Europe,
et à «ou retour de ce voyage , en
i655 , fut nommé professeur de
beiles-l- ttres à l'académii.' de Sora. Le
roi Frédéric III le nomma en i6;>5
conseilliT de la cour et de la clian-
cellerie. Ernsl, égalimcnt csliiué pour
ses lumières et pour son iutégrité,
p,irfaç;ea ses loisirs entre ses devoirs
et l'élude, et mourut à Copeu5iag:ie
le n avril i6<i5. U a public pusicurs
ouvrages, et en a laissé uu plus grand
nombre manuscrits. Bartbolm en a
donné la liste dans son Index scrip-
toriim d.inorum; on se contenti-ra
d'indiquer les suivants : I. Culho-
lica juris , curn emendationihus in
opéra posihitma Cujacii , Co[)enha-
gue, 1654, iii-ii, rare; II. P'a-
rùirtiin obscrvalionum lihri duo ,
Amsterdam , i65(i, in 8'. Otto les a
insérées dans le tome V^ du T/ie-
saurus juris Romani: 111. y^d an-
tiquilales Elruscas quas Volalerris
nuper dederunl obser\' aliones , Ams-
terdam, 1(359, iu-i2. ( F'oy. In-
GHiRAMi ). On reprocha avec raison à
Ernsl d'avoir reproduit les noies de
Pagan. Gaudenzio sur le même objet,
sans avoir eu l'attention de le nom-
mer; IV. Catalogiis librorum bi-
blioth. Mediceœ c^uce asservatur Flo-
rentiœ in cœnolio D. Laurenlii ,
Amsterdim, 164' > in -8'., ibid. ,
i6.j6, volumein-i2. Ce catalogue n'a
j d'autre mérite qu'une assez grande
! rareté. Yauder Liaden , trompe par le
€RN' 36g
mot mediceœ , l'a pris pour une bi-
bîio^rajiliie médicale; V. Regiim ali^
quot Duniœ genealnpa et séries
Anonyini, ex veteri codicems. ec-
clesle Lau'lunensis , ifUDd aesinit
in anno chr. 1218, cuin notis, Sora y
lO^Ojin-S'. <« fragment de l'his-
tuire des rois de Danemark fut envoyé
par An.l. Duclirsne à Ernst, qui le
publia avec de savantes remarques
qui en fout le plus grand prix. Eli nst
conjecture que ret ouvrage avait été
entrepris par l'ordre de Phiîippe-
Anguste , et que ce prince pourrait
n'être pas étranger à la rédaction ;
Vl. Melhodus juris civilis discendi ,
Son, 1647, i»4°-; VII. M. Fa-
lerii Probi de notis Romanis cum
observationibus, ibid., 1647 , iu-
4".; VIII. Introductio ad veram
vilamy ibid., 1645, in-8". ; Ams-
terdam, 1O49, in 8'. Cet ouvrage
est meulionné avec éloge dans la bi-
blioth. Stnwiana ; IX. Jolian. Case-
lii librorum in csrtas classes dis^
tribuiio, Hambourg, i65i , in- 4°-,
petite pièce très rare. On doit y
joindre une lettre à Just Christ. Boh-
mer par Jacques Burckard , pro-
fesseur à Sultzbach, De vitd cl.
Jo. Cusclii epislola , VVolfenbutcl ,
1707, iu-4''. C'est ce qu'on a de plus
complet et de plus exact sur la vie
et les ouvrages du savant Chessel.
( Forez Caselius )', X. IxÇêxrtTuo;
sive commentatio de studiis diebus
festis convetiientibus y Sora, i656,
in-4''. L'auteur , suivant Dav. Clé-
ment, y fait éclater une profonde
érudition, un jugement exquis, une
liberté chrétienne, et surtout imc
piété éclairée et solide ; XL Cat/io-
lica juris relecta, Greifswald , 1 HjÔ ,
in -8'.; XI L Statera jurispruden-
iiœ etjurisconsulli , Arustadt, 1662,
jn-4°. ; Xllî. Dissert atio poslhuma
de re suimnd maximeque difjicii'
9.70 E R N
limdnempè verd fyhilosophid, Ham-
bourg, i655, in-S". , réimprimée
soiis ce titre : Aristarclius philoso-
phicus, rbid., 1678, iii-8 . Joach.
Hennius fut i'ecliteiir de cet ou-
vrage ; il est écrit avec chaleur , m.iis
l'auteur s'y montre trop oppose à
Aristote. On a encore d'Ernst des
jVotes sur la Palestine d'Heidrnan ,
sur Cornélius - Nepos ( réimprimées
dans l'édition de Staveron ) , et d'au-
tres e'crits moins impcrianîs. W — s.
EUNSTING (Arthur -Conrad ),
médecin allemand , né à Sachsenha-
gen , dans le comté de Scliaucubourg
on 1709, mort le 11 septembre
j 768 ; i! pratiqua d'abord la n)éde-
cine à Brunswick; il revint ensuite
dans sa patrie, et s'y livra à l'étude
de la botanique , en fit des applica-
tions à la médecine, et chercha à en
développer les principes dans le petit
nombre d'ouvrantes ((u'il publia. Ce
sont : 1. Phellandrologia physi-
co-medica seti exercitatio de medi-
camenlo noi'o peer-saat , Bruns-
wick, 1709, in-4'. C'est une disser-
tation sur la ciguë aquatiq'Hî ou phel-
îandria , accompagnée d'une bonne
planche. On vantait depuis peu de
temps ses graines dans la bassc-
iSaxe, comme un bon remède contre
les ulcères. Ernsling fil des expé-
riences à ce sujet , et soumit cette
plante à l'analyse chimique; mais il
lie lui trouva pas les vertus annon-
cées ; 1 1 . Prima principia Botanica
oder Aitftmgsgvimde , etc., Wol-
fenbuttel* 1748, in -8'., vocabu-
laire des termes techniques de la bo-
laniquc et des parties des plantes,
avec des figures ; il y a joint une bi-
l)liotht'que botamcpie rangée |iar or-
dre alphabétique , et l'indication des
svstcuus de botanique, à commencer
depuis Conrad (k'S>ner. 11 en ajouta
«a qui lui appartenait , et qui rcs-
ËUO
semble beaucoup à celui de Boër*
haave; 111. £?(?r PFullkommene und
ail zeit fer tige apothecker , Helms-
taedt , 1741 , i"-4''» vocabulaire des
niédicamentssimples et composés tirés
des plantes; IV. Hislorischeundphy-
sicalische beschreibung der Gesch*
lechter der pflanzen , Lemgo, 1 762 ,
in-4"., ouvrage diffus, dans lequel
l'auteur décrit les organes de la gêné-
ration des plantes , surtout d'après
Linné, et il recueille tout ce qui a été
écrit à ce sujet, ainsi que sur la vie
des plantes, qu'il compare aux ani-
maux. Quoiq n'en général cet ouvrage
ne soit qu'une compilation , il s'y
trouve quelques observations qui ap-
partiennent à l'auteur , entre autres
sur des choux hybrides ou prove-
nant du mélange de poussières sémi-
nales d'espèces difforenics ; il ter-
mine cet ouvrage par un catalogue
des espèces décrites par Linné ; il a
aussi donné en allemand quelques
analyses d'eaux minérales et une des-
cription histoiique et physique du
lac de Steinbuder dans les Notices de
Biittel, de 17(35 à i7(»7. D — P — s.
EliOTlANUS (Erotien), méde-
cin grec , vécut dans le premier siècle
sous le règne de Néron. Fabricius
soupçonne a tort que le nom d'Ero-
tianiis A été formé decelui i^t^IIerodia'
w/s. C'est également sans autorité suf-
fisante que quelques critiques lui con-
testent le titre de médecin , pour lui
substituer celui de grammairien. Quoi
qu'il en soit , Erotiauus est auteur
d'un glossaire d'Hippocrate en grec
par ordre alphabétique , mivrage qu'il •
dédia à Andruma -his , premier uie'-
decin (arrhiàtre) de Néron, lle.stcon- !
séqueuimrnt anlerieur à (ialirn. Ce j
vocabulaire a été imprimé d'abord à j
Paris en i5(i4i i»-B'. , p.<r l<s soins |
d'H''Mri Klionue, (|ui l'a [)!acé ''U tcte i
do sou Dictionarium medicum , gc *
ERO
l«t.;ensnile à Venise, JnntP, iîî66,in-
Z^"., aTcc les uoks d'Eustarhi. sous
ce titre : Focum, quœ npud flippocra-
tem siint, collectio; il se trouveaiissi
joint aux cdilious d'Hippocrate don-
lic'es par IMcrcuiiili ft pir Charticr.
Ce vocabulaire peut aider, jusqu'à un
certain point , à rintellij;ence dt s ter-
mes dillicilcs ou cbscursquc l'on ren-
contre dms Hippocrale; mais ses
intciprctations sont rn ge'ne'nl sibiè-
vps (t quelque fuis si anibigiiës, qu'il
laisse souvent le lecteur dans l'em-
barras, et qu'au lieu d'explications
claires, il n'ufTie. dans lUie foule de
pissages , que des énigmes à deviner.
Il paraît même que c'est pour dissiper
cette obscurité', que Foès composa son
excellent dictionnaire intitule : Œco-
nomia Hippocraiis. La meilleure édi-
tion d'Erotien est, sans contredit,
celle que l'on doit à J.G. Fre'd. Franz,
sous ce titre : Erotiani , Galeni et
llerodoti glossaria in Hippocralem,
grec. lat. , Leipzig , i -jSo , in-8 '. Elle
renferme non seulement les correc-
tions d'Hcnii Elicnne , d'Eustachi ,
d'Herinj:;a, mais encore un p;rand nom-
bre de Variantes puisées dans un ma-
nuscrit appartenant à J. Plul.Dorvil-
le , de nouvelles notes de l'éditeur, et
enfin \^lc,r,'/r,i7L^ de Gaiien et le /.îi'tzôv
d'HerodoJe le médecin. R — d — >.
EUOVANT 11, dixième roi d'Ar-
ménie, de la dynastie des Arsacides.
Il était flls d'une femme de la race
royale, qui avait eu uii commerce
illégitime avec un liomme obscur,
sous le règne du roi Sanadioiik ; il ac-
quit une grande réputation par ses ex-
ploits guerriers, et il tint le premier
rang parmi les généraux de ce prince.
Eu l'au 68 de J. G. , après la mort de
Sanadrouk , Erovant s'empara du
trône d'Arménie, et fil massacrer tous
les fils du dernier roi, à l'exception
«l'Arda^ches qui fut çmmçDé eu Perst
ERO 371
parle prince Sempad, delà race des
Fagralides , qui était chargé de son
éducifion. En l'an 7 5, Erovant, pour
ciinsrrvrr l'amitié des Humains , dont
il avait besoin pour se défendi-c con-
tre les Persans, leur céda toute U
Mésopotamie arménienne , et trans-
porta sa résidence royale, de la ville
d'Elesse, dans celle d'Armavir, an-
ci(une capitale de l'Arménie. Ennuyé
bientôt du séjour d'Arraavir , il jilla
en 78 les fondements d'une ville ma-
guili'pif , si'iiée au confluent de l'A-
raxes et du fleuve Aklitmrean , et de
son nom il l'appela Erovantaschad.
Cette ville fut décorée de superbes mo-
numents ; il Y fit transporter toutes les
choses précieuses qui étaient cà Ar-
mavir, et y fixa sa résidence. Il fit
encore bâtir dans le voisinage la ville
de Pagaran, où il fit placer les statues
de tous les dieux de l'Arménie, et cel-
le d'Erovanlakerd , qui fat aussi 1 em-
plie de monuments. Pendant qu'Ero-
vant était occupé d'embellir sa capi-
tale , Ardasches, fils du roi Sana-
drouk et son général ijempad , de la
race des Pagratides , revinrent de
Perse avec une nombreuse armée pour
reconquérir le trône des Arsacides, et
eu chasser Erovant. Lorsqu'Ercvant
fut informé de l'arrivée d'.4rdascbes,
il rassembla toutes les forces do son
royaume, appela à son secours Plia-
rasmane, roi d'ibcrie, et marcha à
la rencontre de l'armée Persane. Mal-
gré ses talents militaires et son cou-
rage, il fut vaincu dans un lieu qui,
à cause de sa défaite, fut appelé Ero-
vantav,->n , c'est actueliement Erivan.
11 éprouva un nouvel échec sous les
murs de sa capitale, et en fnvant il
fut tué d'un coup de poignard par un
soldat obscur , en l'an 88 de J.-C. .A.r-
daschcs II monta alors sur le trône.
S. M.— w.
EROVAZ , fière du précédent , et
27^ ERP
comme lui descendant par sa mère de
la race royale des Arsacides. En Tan
<j8 de J.-G. , son frère le créa grand-
prêtre des Dieux de rArraénie, et lui
donna pour résidence la ville de Pa-
gazau , qu'il venait de faire construire
et oïl il avait re'uni toutes les salues
qui se trouvaient dans les ancieunes
capitales de rArraénie. En l'an 88 ,
après la défaite et la mort de son frère,
Sempad Pagratide, général des ar-
mées d'Ardasches II, qui avait détrô-
né Erovant , vint l'attaquer dans Pa-
gazan. Erovaz fut prisj on lui fit atta-
cher une pierre au cou, et on le préci-
pita dans l'Araxes. S. M.— N.
ERPENIUS ou d'ERPE (Thomas),
célèbre orientaliste, naquit à Gorcum,
en Hollande le 7 septembre 1 584. Son
père , témoin de ses heureuses dispo-
sitions pour les sciences , l'envoya à
Leydc dès l'âge de dix ans. Ce fut
dans celte vilte qu'il commença ses
éludes. Au bout de quelques mois il
vint à Middelbourg , puis retourna
au bout d'un an à Leyde , où il pou-
vait suivre ses goûts avec facilité. Ses
progrès furentVapidcs; dès l'âge le
plus tendre il fut admis à l'université
de celte ville, et en 1608 il reçut le
bonnet de maître ès-arls. A la sollici-
tation de Scaliger , il avait appris les
langues orientales en même temps
qu'il foisait ses cours de théologie.
Après avoir achevé ses éludes il voya-
gea eu Angleterre, en France, on
Italie, en Allemagne, formant des
liaisonsavcc les savants, et s'aidant de
leurs lumières. Pendant son séjour à
Paris il se lia d'amitié avec Casaubon ,
amitié qui dura aussi long-temps que
sa vie, et il prit des leçons d'Arabe, de
Joseph Rarbatus ou Abou-dacni. A
Venise il eut des conférences avec les
juifs et les mahométans, et il profita de
son séjour en celte ville pour se perfec-
tionner dans le turk, îc persan clTc-
ERP
thiopien. Erpenius revint dans sa pa-
trie en 161 2, après une longue absen-
ce, riche de la science qu'il avait ac-
quise pendant ses voyages , aimé et
estimé de tous les savants qu'il avait
visités. Son habileté était déjà connue;
aussi, dès le 10 février de l'année sui-
vante , il fut nommé professeur d'a-
rabe et des autres langues orientales ,
l'hébreu excepté , dans l'université
de Leyde. Dès-lors il se livra tout en-
tier à l'enseignement de ces langues ,
et à en faciliter l'étude , à en propager
les connaissances par ses ouvrages.
Animé par l'exemple de Savary de
Brèves, qui avait établi à ses dé-
pens une imprimerie arabe à Paris ,
il fit graver à grands frais de nou-
A'caux caractères arabes et forma une
imprimerie dans sa maison. En 1619
les curateurs de l'université de Leyde
créèrent une seconde chaire d'hébreu
en sa faveur. En 1620 les étals de
Hollande l'envoyèrent en France pour
lâcher d'attirer chez eux , par la pro-
messe d'une chaire de théologie, Pierre
Dumoulin , ou André Rivet. Ce pre-
mier voj-age n'eut aucun succès et fut
suivi, l'année d'après, d'un second,
qui réussit au gré des états ; Rivet
passa en Hollande. Quelque temps
après le retour d'Erpenius, les états
le choisirent pour mt<rprète:cela lui
donna occasion de traduire diverses
lettres des princes musulmans de l'A-
sie et de l'Af. ique, et d'y répojidre. Le
roi de Maroc prenait, dit-on, un grand
plaisir à lire ses lettres arabes et en
faisait remarquer l'élégance et la pu-
reté, La réputation d'Erpenius était
répandue par toute l'Europe savante:
plusieurs princes, les rois d' •Angle-
terre et d'Fspagne , l'archevêque de
Séville lui firent les offr(S les plus
flatteuses pour l'attirer près d'eux ; il
ne voulut jamais quitter sa patrie et
y mourut d'unç maUdic contagieuse,
ERP
le i5 novembre 1624, âgé de qua-
rante ans. Eipenius a laisse plusieurs
ouvrages qui ne sont point parfaits ,
sans doute ; mais si l'on se reporte à
l'e'poqiic où il a ve'cu , si l'on songe
qu'il eût peu , ou point de secours ,
qu'il se forma lui même, si on le juge,
non point d'après l'état actuel delà lit-
térature orientale, mais d'après ce
qu'il a fait, on couviendra'qu'il a peut-
être surpasse' , par l'immensile' et la
difliculté de ses travaux , les orienta-
listes qui l'ont suivi; et que n'eùt-il point
fait si une mort prématurée ne l'eût
pas enlevé' à une littérature dont
son nom sera toujours un des plus
beaux ornements ? Voici la note de ses
ouvrages : l Oratio de lingud arabi'
ed, I.eyde, 161 3, in-4". Erpeuius
prononça ce discours lorsqu'il prit
possission de la chaire d'arabe : il y
loue l'anr ienneté , la richesse , l'élé-
gance et l'utilité de cette langue. II.
annotât, in Lexic. Arah. Fr. Ru'
phelen::ii, Leyde, 161 5, in- 4".; elles
se trouvent à la suite de ce lexique. III.
Grammalica arabica^ qiiinque li-
bris metliodicè expUcata. ib. , 1 6 1 3,
in-4''. « Celte gramrajire, qu'on peut
V regarder, ditM. Schnurrer, comme
» la première composée en E irope,
» non seulement a été réimprimée plu-
» sieurs fois , mais elle a tellement fait
» loi . que plusieurs professeurs, qui,
» surtout en Allemagne, oui donné sous
» leur nom des grammaires arabes,
» onl suivi les traces d'Erpenius , et
» ont à peine osé s'éc.irtcr de ce gui-
» de. » Le même savant observe que
cette édition a été tirée sur deux fur-
mats, d'abord en grand in-4". "«fin de
pouvoir être jointe au lexique de Ra-
phelenge , et ensuite sur une plus pe-
tite justiGcation, pour en rendie le for-
mat plus poitatif. Ces derniers exem-
plaires sont les plus communs. La se-
«oude édition de celte grammaire ,
xiu.
ERP 175
corrigée et augmentée , d'après ua
exemplaire chargé des notes manus-
crites de l'auteur , parut à Le>de ca
i656, in-4". L'éditeur, Antoine Deu-
sing, y a ajouté les fables de Locmau
et quelques adages arabes avec la tra-
duction latine d'Erpenius. Les voyel-
les et les signes orthographiques sont
marqués dans le texte arabe. On doit
à Golius une réimpression de cett«
édition , sous le titre de Linguœ ara-
bicœ Tjrrocinium, Leyde , 1 650, in-
4**. Les additions de ce savant en font
le mérite. Elles se composent : 1°. de
trois centuries de proverbes arabes; 2°.
de cinquante-neuf sentences tirées des
poètes; 5°. des surates 5i et 61 du
Coran ; 4''. de la première séance de
Hariri ( vo^. Hariri) ; 5°. d'un poème
d'Abonlola {voj\ Aboulola ) ; G®,
d'une homélie du patriarche d'Anlio-
che Elie III, sur la naissance du
Christ. Tous ces morceaux sont ac-
compagnés d'une traduction latine et
de notes; ^".deiSs sentences arabes;
8°. de la 5^'. surate du Coran; 9". d'un
autre poème d'Aboulola. Golius n'a
publié que le tixte de ces trois der-
nières additions. Une autre édition en
a été publiée par A'bert Schultens, ea
1748, réimprimée eu 1767. L'édi-
teur , après avoir reproduit mot pour
mot la grammaire, les fables, et une
centurie de sentences telles que les
donne l'édition de Golius, a ajouté :
i'\ une préface dans laquelle il com-
bat quelques opinions erronées des
docteurs juifs, sur l'histoire de l'é-
criture hébraïque et sur l'autorité de
la cabbale ou tradition. 2". des ex-
traits du Hamasah d'Abou - Temam ,
accompagnés d'une traduction latine
et de notes. i\Iiehaëiis a donné en
allemand un abrégé de cette édition.
Gottiugue , 1771 , in - 8". Morso ,
professeur de langues orientales, à Pa-
lerme , a publié, en 1 796, une nou-
274 ERP
velle édition de la grammaire arabe,
cl des fables de Loctnan avec un
glossaire. IV. Proverbiorum ara-
bicorum centuriœ duce, ab anonjmo
quodam arabe collectée, tic. , Lcyde,
1614? 2*. ëdit., ibid., \&Ï5, iu-8'.
D. Fiorentius ( de Florence ) avait
acquis le manuscrit de ces proverbes
à Rome. De retour dans sa patrie il
les communiqua à Isaac Casaubon ,
avec la traduction barbare et souvent
inintelligible qu'en avait faite un maro-
nite. Cisaubon envoya la plus grande
partie de l'ouvrage à Scaliger, le priant
d'expliquer les sentences les plus dif-
ficiles. Celui-ci renvoya bientôt le
manuscrit avec une traduction latine
.et des notes ; Cisaubon envoya une
copie plus complette et plus correcte
à Scaliger , en le priant d'achever ce
qu'il avait si bien commence' : Scaliger
promit , mais la mort le surprit au
milieu de ce travail. Lorsqu'Erpenius
Tint à Paris, en 1609,' Casaubon l'en-
gagea à terminer cet ouvrage pour
qu'il piit voir le jour. Erpeuius s'en
chargea et y travailla sans relâche: il
comptait le faire imprimera Paris chez
le Bc, qui avait gravé d'assez beaux
caractères arabes ; mais de'çu de son es-
poir il en diffe'ra la publication jusqu'à
son retour à Leyde. La première cen-
turie de ces proverbes a été donnée
de nouveau par Sennert, Wittembcrg,
i658,réimp.en i-jî/^'^cheidiusafait
imprimera Harderwick , en 1775,
un choix des sentences et des prover-
bes arabes , publiés précédemment par
Erpcnius ; V. Locmani sapientis
fabidce et selecta quœdam Arabum
adagia, cum interpretatione latind
et notis, Leyde, iGi5, in-8'. C'est
la première édition de ces fables, qui
ont ensuite été imprimées jusqu'à sa-
tiété. Cette édition parut sous deux
formes ; l'une qui n'emhrassait que le
texte arabe seulement; l'autre qui était
ERP
accompagnée de la version latine,
d'une longue préface et de notes. Les
adages sont au nombre décent. Tan-
negui LeFevre a traduit en vers iam-
biques latins , et publié à Saumur, en
167,4, les seize premières fables de
Locman d'après la version d'Erpenius.
Une seconde édition de ces fables
porte la date de 1 f)36 et a la forme
d'un livre séparé , mais elle a été dé-
tachée de l'édition de 1 636 de la gram-
maire arabe dont elle faisait partie.
Golius a imprimé de nouveau les ada-
ges dans le Arab. ling. Trrocinium,
Leyde, i656; on les retrouve en-
core dans Tédition de la grammaire
d'Erpenius , donnée par Schultens.
VL Paidi apost. ad Romanos epis-
tola , arabicè , \h\A. , 161 5, in-4".
Cette épître est suivie de celle aux
Galates. Le texte arabe n'ofTre ni les
points voyelles , ni les signes ortho-
graphiques dont l'imprimerie, élevée
pir Erpcnius, n'était point encore
fournie à cette époque. VIL IVo[>iim
D, N. J.-C. Testamentum, arabicè,
Leyde , 161 6, in-4". Erpeuius a pu-
blié le texte seulement de cette tra-
duction arabedu Nouveau-Testament,
d'après un manuscrit de la biblio-
thè<jue de Leyde. VIIL Pentateu-
chus Mosis, arabicè, ibid., iGa-i.
Cet ouvrage a été également publié
d'après un manuscrit de la même bi-
bliothèque écrit en caractères rabbini-
qucs , et rerais en caractères arabes
par Elrpenius. Le texte offre plusieurs
erreurs. li'auteur de celte version ^
qui paraît être un juif africain du i4''.
siècle, est si servilement attache au
texte hébreu, qu'il rend les solécis-
mes de sou original par des solé-
cismes dans sa langue. IX. llistoria
Josephi Palriarchœ ex Alcorano y
cum triplici versione latind et scho"
liis Th. Erpenù, cujus prœtnillitur
alphabetuin arabicum, Lcyde, 161 7,
ERP
în-4^ D^ns sa préface , Erpenius dit
qu'il offre dans cet alplubet le pre-
liiier ess.ii de ses caractères arabes,
et que les lettres y seront prcseutéss
avec leur> liaisous et leurs accidents,
ce qui facilitera non seulement la lec-
ture des livres iraprime's, mais aussi
celle des manuscrits. A la suite de
l'histoire de Joseph , tire'e de l'Alcoran
( 12*. surate), se trouve la 1 1". su-
rate du même livre. X. Grammalica
arabica dicta GiaTiimia et libelliis
centttm res,entium ctim versione la-
tind et commentariis , ibid. , 1617,
in-4 . Obicino et Kirsten avaient déjà
publié cet ouvrage, l'un à Borne en
i5gi et l'autre à Breslau en 161 o.
Erpenius annonce dans sa prc'face
qu'il a revu et corrigé le texte d'après
quatre manuscrits , dont l'un avait les
voyelles et les autres étaient accompa-
gnés de savants cotnmentaires. Erpe-
nius paraît avoir ignoré le nom de l'au-
teur du livre des Cent Régents, maison
sait aujourd'hui qu'il s'appelait Abd-el-
Caher Aldjordjany. XI. Cnnones de
litterarum Alif, fVaw et Vë apud
Arabes naturd *t permutatione ,
ibid. , 1618, in-4°. C'est la réimpres-
sion du 5. chap. du liv.'l*^ de la gram-
maire arnbe. Ici ces canons parais-
sent revus par l'auteur , et disposés
dans un ordre plus commode.Xl 1. ^u-
dimenta lingiiœ urabicœ \ accediint
1 praxis grammalica et cnnsilmm de
studio arabico féliciter instituendo ,
Jbitl. , 1620, in-8'. Ces rudiments
diflèrcnt peu de la grammaire arabe.
La difTerenco consiste dans quelques
retranchements; mais l'ordre et la
division des livres ctdeschipilres, sont
les mêmes. L'avis touchant la ma-
nière d'étudier Farlbè avec succès,
se compose de peu de pages et fut
écrit rapidement par l'auteur , au mo-
inint de son départ pour la Fnnce;
il donne la méthode qu'on doit sui-
ERP 27Î
vre dans l'étude des rudiments et pour
passer ensuite a nue autre lecture. A
h suite de la page 184 se trouve la
64*- surate de t'alcoran , accompa-
gnée d'une version latine interlinéaire
et d'cx|'lications grammaticales.. F^es
rudiments ont été réimprimés à I.cvdc
en 1628, à Paris en i658, iri-8'. ,
et à Leyde,en 1753, in-4''. Cette
dernière édition a été donnée par
Schultens , qui y a ajouté un Jlori~
legiiim des sentences arabes, et une
Clavis dialectorum Arabicœ linguce
prœserlim. Cette édition, augmentée
de tables très amples, a été réimpri-
mée dans la même ville en 1 ■j-o.XlIl.
Orationes très de ïinguarum ebrece
et arabicœ dignitate, ibid. , i6'2i ,
in- 12 ; le premier de ces trois discours
avait été im])rimédès i(ii5 ainsi que
nous l'avons dit : des deux autres ,
l'un fut prononcé par Erpenius en
novembre 16-20, à son retour de
France , lors de l'ouverture de sou
cours; et le second , consacré à la lan-
gue hébraïque , en septembre 1 620 ,
dans une pareille circonstance. Xi Y.
Historia Saracenica , etc. , ibid. ,
1625, in-fol. C'est le texte arabe et
la traduction de l'histoire musulmane
d'Elmacin. ( roy. Elmacin. ) Erpe-
nius y a ajouté V Historia Arabum Je
Roderic Ximenez, archevêque de To-
lède. La traduction latine a aussi été
publiée sans le texte, in-4'., «l le
texte arabe seul , petit in-8''* XV.
Grammatica ebrœa generalis , ibid. ,
i6ii , in-8'., Genève, i627;Leyde,
i63y. A cette troisième étiition s«
troiivejointe la 2'". édit:onde la Gram-
matica sjra et chaldœa^ du même
auteur. XVI Grammatica sj ra et
chaldœa, ib., 1628. XVIT. Psalmi
Davidissj riacè, ibid., 1628. XVIIL
Arcanum puncluationis rtuelatitm
et oratio de nomine Titra^ram-
jnato. XIX. renio et notœ ad ara-
18..
276 ERR
hicam paraphrasin in Evajig. S.
Joannis, Roslock, 1626. HH.De pe-
regrinatione gallicd utiliter insti-
tuenàd Iractatus , ibid, , 1 65 1 , in-
12. XXI. Prœcepta de lingud grce-
corum communi , Loyde , 1662,
in-b". Erpeiiius avait formé le projet
de plusieurs autres ouvrages, d'une
édition de l'alcorauqui devait être ac-
compagnée de notes , el d'une biblio-
thèque orientale. Dans les pie'faces de
ses grammaires il parle aussi d'un
Thésaurus grammaticus , qui n'a
point vu le jour. On peut consulter
sur cet orientaliste célèbre les ouvra-
ges suivants : G. J. Vossius , orat. in
obit. Th. Erpenii j Leyde , 1625,
in-4'. ; P. Scriverius, Mânes Erpe-
niani, quitus accédant Epicedia
variorum , ibid. , lôaS. A la suite de
cette brochure , se trouve le Catalo-
gue des livres de la bibliothèque d'Er-
penius. J — n.
ERRARD (Jean), né à Bar-le-
Duc, vers le milieu du I6^ siècle,
fut appelé, par Henri IV et Sully , le
{crémier des ingénieurs. 11 construisit
a citadelle d'Amiens et une partie du
cbâieau de Sedan. C'est le premier
ingénieur, en France , qui ait écrit sur
la Fortification , et la plupart de ses
principes n'ont pas vieilli. Il fut admis
souvent dans le conseil du roi pour y
discuter des projets de sièges et de for-
tifications. On lui reprocha trop d'at-
tachement pour la maison de Bouillon.
On a de lui : la Fortification démon-
trée et réduite en art, par J. Errard ,
J 594 , in - 4°' î ' ^*o4 > infol. — Son
neveu, Alexis Ebrahd, en publia une
nouvelle édition eu 1620, in-fol.
I^ M T.
EURARD (Charles), peintre et
architecte, né à Nantes en 1606, fut
charge de la direction des ouvrages do
peinture que Louis Xlll av.iit ordon-
uéi pour l'embellissement du Louvre.
ERR
Dans la suite, une commission ^ïlus'
importante l'appela en Italie. Le cardi-
nal de Richelieu , d'après les conseils
du Poussin , voulait réaliser le projet
conçu par François I*'^ , de former
une collection de statues , de bas - re-
liefs, et de modèles des différents or-
dres d'architecture , moulés sur les
p'us beaux antiques de Rome: il s'agi'-
sait même de se procurer les plâtres
de toute la colonne Trajane , et des
deux colosses de la place de Monte-
Cavallo , qu'on suppose représenter
Alexandre domptant Bucéphale; ces
deux groupes devaient être jetés en
bronze , et placés devant le palais du
Louvre. Enfin des ordres furent don-
nés pour copier aussi les tableaux des
plus grands maîtres. Errard surveilla
les commencements de cette entre-
prise; il y concourut lui-même avec
beaucoup de zèle , et fit, d'après l'an-
tique, un grand nombre de dessins
qu'il envova en France. Malheureuse-
ment on abandonna l'exécution d'iui
projet si propre à favoriser les pro-
grès des arts; mais les services qu'Er-
rard leur avait rendus ne furent pas
moins apréciés que ses talents ;
nommé directeur de l'académie de Pa-
ris, il obtint la même place à Rome,
où il mourut en 1689 > ^8^ ^^ quatre-
vingt-trois ans. C'est à cet artiste qu'on
doit la construction de l'église de l'As-
somption de Paris , dont le dôme , d'un
effet lourd et désagréable, a été criti-
qué avec raison , et nommé par plai-
santerie le sot dôme. V— -t.
ERBI ( Pellegrino degli ) , né à
TVIodène en i5i i , s'avauça à la cour
de Rome , autant par son mérite que
par la protection du cardinal Cortesi.
11 était savant dans les langues orien-
tales , habile théologien et plein de
Eèle pour la pureté de la foi. Quel-
ques littérateurs de Modène , entre les-
quels ou cite Castelvelro etPhilipjieVa-
ERR
îentîoo , ayant été accuses de re'pan-
dre les principes de Calvin , par leurs
discours et par la comoiunication de
SCS ouvrages, Erri fut envoyé dans
celte ville avec le litre de commissaire
apostolique , pour rechercher les cou-
pables et les faire punir suivant la
rigueur des lois. A peine arrivé , il se
rendit pendant la nuit , accompagué
d'hommes armés , au logis de Valeu-
tino, d^ns l'intention de s'assurer de
sa personne ; mais celui - ci , qu'on
avait prévenu, s'était enfui. Erri n'en
informa pas moins contre lui , avec
une activité qui lui mérita, à son re-
tour à Rome, les éloges des cardinaux
et des bénéfices considérables. Il ob-
tint la permission de les résigner à
son neveu , et mourut en iS-jS, à
l'âge de soixante -quatre ans. On a de
lui : Salmi di Davide , tradotti délia
lingua ebreanellavoli^are, con alcu-
ni commenti jYemse , i5'^5, in-4'.
Cette traduction est estimée , et les
lioles qui l'accompagnent sont rem-
plies d'érudition. W— s.
ERUICO (Scipion), littérateur,
ré à Messine, en 1092, perdit ses
]>arents de bonne heure , et fut placé
au séminaire de celte ville, ou ses dis-
positions pour la poésie se dévelop-
pèrent en peu de temps; il n'était âgé
que de dix-neuf ans lorsqu'il publia
deux idylles ( Endimion et Ariane ) ,
qui réunirent les suffrages de tous les
connaisseurs. L'étude de la théologie
ne ralentit point son ardeur pour la
littérature ; après avoir rempli les de-
voirs qu'on lui imposait , il cherchait
un délassement dans un travail plus
conforme à ses goûts. Errico embrassa
l'état ecclésiastique, et vint à Rome où
il fut accueilli par le cardinal Spada ,
qui ne cessa dès-lors de lui donner
des preuves de sou estime et de son
affection. Il se rendit ensuite à Venise
et il y séjourna quelque temps, vivant
ERR 277
dans la plus grande intimité avec Lo-
redano, Aprosio et d'autres hommes
d'un mérite distingué. De retour dans
sa patrie, après une absence de plu-
sieurs années , on lui offrit une chaire
de philosophie qu'il remplit avec suc-
cès. Ayant résigné en faveur d'un de
ses amis , un canonicat qu'il avait à la
cathédrale , on lui proposa un évêché
mais il le refusa , à raison de l'affai-
blissement de sa vue. Errico était
membre de l'académie des Humoristes
de Rome , des Oziosi de Naples , des
Incognili et des Delphici de Venise j
mais aucun titre ne le flattait davan-
tige que celui de poète lauréat de
Messine, qu'on lui avait solennelle-
ment décerné. Il mourut en celte ville
le 1 8 septembre 1670 , et fut inhumé
dans l'église Ste-Marie des Trompettes.
La plupart des biographes italiens ont
donné de grands éloges à Errico. « On
admire , dit l'auteur des Glorie degU
incognili di f^enetia, dans les ouvra-
ges de cet écrivain , un style facile ,
plein de vivacité, de douceur et d'a-
grément ; une invention toujours heu-
reuse; une adresse incroyable à entre-
mêler ses récits de traits piquants et
de sages maximes , et enfin l'art d'ins-
truire en amusant. » On ne neut se
dissimuler qu'il n'y ait de l'exagératiou
dans cet éloge , mais il fait connaître
la haute opinion qu'on avait du talent
d'Errico. La Bihlioth. sicula de Mon-
gitore, contient les titres de trente-ua
ouvrages de cet auteur , imprimés , et
de onze restés mauuscrits. Ou se con-
tentera de citer les plus intéressants :
I. De tribus scriptoribus historiée con'
cita tridentini , Amsterdam et Anvers,
i656, in 8°.; quelques maximes in-
sérées dans cet ouvrage le firent cen-
surer par l'inquisition ; mais l'auteur
avait eu la prudence de se cacher sous
le nom de César Aquilinus. II. De
scî&Uia medid et ejus origine opus-
i-jH E R S
culum , Gènes, 1668, in-ia. Enico
publia cet ouvrage sous le masque
d'Antoine Qiieienghus; III. Deida-
mia , dramma musicale. Celte pièce,
qui a eu plusieurs éditions , fut rrpre'-
sentëe avec un grand succès à Venise^
en i644i et à Florence, en i65oj
IV. Poésie, Messine, 1055, in-12.
Ce volume renferme la plupart des
poésies italiennes qu'Errico avait pu-
bliées séparément ; la Bahilonia dis-
initta , poëme héroïquej iferatm de-
posto, la Croce stellata, deux poëmes
d'un genre moins f,ciieux;desldj lies ;
des Pastorales, etc. ; V. le Rivolle di
Parnasso , comedia , Messine , 1 GaS,
in-12, souvent réimprimée; elle est
écrite en prose. Jiist. Fontanini en
parle av(C éloge dans sa défense de
l'Aminte; Vl./e Guerre di Parnasso ,
Venise , 1 645 , in- 1 2. C'est l'histoire
des querelles littéraires, si fréquentes
«n Italie pendant le i "]". sii'de. Errico
a laissé manuscrit un poërae V)iirlesque
sur le même sujet. On remarque en-
core parmi ses ouvrages inédits : le
Transformatiorii , poëme à l'imita-
,tJon des Métamorphoses d' Ovide; la
Conquista di Granata , poëme hé-
roïque; des pastorales, des discours,
des tragédies et une comédie intitulée :
la Dra^ontina. W — s.
EHSKlWt: (Ralph), théologien
écossais , issu de la noble famille de
Marr, en Ecosse , naquit à Alloa, eu
J628. Notnincen i654, ministre de
Falkiik , il fut dépouillé de cette cure
en 1662, par l'acte d'uniformité. Les
persécutions cxercvies à cette époque
en Ecosse, contre les presbytériens,
l'obligèrent d'aller chercher un asile en
Hollande , d'où l'indigence le força de
retourner dans son pays natal. 11 y
fut arrête et renfermé dans la forte-
resse nommée the liass , située à !'( m-
bouchure du Forth. Après un em-
prisouncmcnt de trois ans , le comte
ERS
de Marr , soii parent , lui fit ren»
dre sa liberté. Lors du rétablisse-
ment du presbytérianisme, en 1690,
Erskinc fut nommé ministre de
Churnside, au cc^mté de Bciwick. Il
mourut en 1 696 , âgé de soixante-
huit ans, laissant quelques ouvrages
de théologie , en latin , qui n'ont
point élé imprimés. — Erskine
( Ebeiiezer ) , fils du précédent , né en
1680, dans la prison où son père fut
détenu , fut , en 1702 , ministre de
Portmoak, au comté de Fite, et ea
1728, l'un des ministres de Stirling.
Ayant été dépossédé en r 54, yonv
son opposition à l'établissement d'un
ecclési-istique protégé par le duc
d'Argyle, il adopta les piinripes des
Seceders , et devint un des (hets de
cette secte. II mourut à Stiiluig, en
I ^55 , âgé de soixante - quiiize ans ,
estimé même de ses ennemis les plus
ardents. On a de lui cinq volumes de
sermons , dont quatre publiés à Glas-
cow en I -^62 , et le eii quicme à Edim-
bourg, en i-jGS. — EnsKiisE(Ha!ph) ,
frère du précédent, né en 1O82 , à
Roxbur^, dans le comté de ce nom ,
fut choisi, en 1 7 1 I , ministre de Dum-
fcriine, d.nis le comté de Fife.En 1 754
il fut déposé par un ordre de l'assem-
blée générale pour s'être jtiinl à la
secte des Seceders ; il jouissait d'un
grand crédit parmi ces sectaires , qui
bâtirent une église exprès pour lui ,
en i']^o. Il mourut eu 1751 , âgé de
soixante-neuf .tus. On a de lui environ
deux cents Sermons; une paraphrase
du Canlit/ue des Canlifjties; nn'ïii^hi
polémique, intitule : la Fui ue tient
point à l'I machination , et des Sonnets
sur V Evangile , qui ont eu une eer.
taine célébrité, et où l'on trouve des
idées fort étranges. Ces ouvrages ont
été imprimes ensemble, en 17IJ5,
Glaseow, 2 vol. in-fol. X — s.
ERSKINE ( JiiAN ) , baron de Dun ,
ERS
ttn des promoteurs de la réformation
protestante en Ecosse , naquit en 1 5o8
ou 1 5og , an château de ses ancêtres ,
près de Moutrosc. Il était de l'ancienne
famille des comtes de Marr. Après
avoir étudié , probablement à l'univer-
sité d'Aberdcn, il alla, selon l'ancien
usage de la noblesse d'Ecosse , conti-
nuer SOS éludes à une université étran-
gère. Ce fut sans doute avec fruit, car
Buchanan , jup;e compétent rn pareille
matière.l'appelle un homme d'un grand
savoir, et Erskine mérite bien celte
qualification, puisqu'il fut le premier
Ecossais qui fit enseigner le grec dans
sa patrie. Au retour de ses voyages,
( 1 554) il ramena un Français très ver-
sé dans la langue giecque, el l'établit
à Montix)se; celui-ci l'ayant quitté il
encouragea, avec la plus grande libé-
ralité , d'autres Français également
habiles , à venir prendre sa place. Il
sortit de celte école partiailière plu-
sieurs personnes parfaitcmeul instrui-
tes dans la langue grecque, dont la
connaissance se répandit ensuite gra-
duellement dans le royaume. Après la
mort de son père, Erskine fut , confor-
mément à l'usage du temps, employé
comme les autres barons ou lairds , à
reudi-e la justice dans le comté d'Au-
gus, où il était fixé ; il prit part assez
souvent aux séances du parlement , et
occupa presque constamment la place
de prévôt ou de premier magistrat de
Moutrose. Au milieu des soins q^ue ses
fonctions exigeaient de lui , il trouvait
encore le lemps de veiller à la propa-
gation de la religion réformée. Il sou-
tenait et encourageait tous ceux qui
embrassaient la réibmie, et notam-
ment ceux qui avaient soufl'ert pour
celle cause. Le château de Dun fut un
asyle cooslarament ouvert aux piédi-
c.teurs protestants; et le point de réu-
nion ou plusieurs persounes , parmi
lesquelles ii^eu elait d'uu très haut
ERS
2:0
rang , se conceitaient pour rcpndre
les nouveaux dogmes dans cette par-
tie du royaume. G'pendanl Erssine
ne négligeait rien de ce qu'un bon ci-
loven doil à son pays. Dans la guerre
avec l'Angleterre, qui' éclata en i547 »
des bâtiments anglais infestaient la
côte d'Ecosse ; un détachement d'en-
nemis descendit à terre pour piller ;
Erskine rassembla à la hâte une troupe
de ses compatriotes , et repoussa les
Anglais avec tant de résolution qu'il
n'en réchappa pas le tiers pour re-
joindre leurs vaisseaux. Le parlement
qui se rassembla en 1 55"^ , le nomma
l'un des commissaires chargés d'aller
en France assister comme témoins au
mariage de la reine Marie Smart avec
le dauphin , depuis François II , et
régler les conditions du contrat. A son
retour en Ecosse , il reconnut avec sur-
prise que les progrès de la réforme
étaient favorisés par les moyens que
l'on prenait pour l'anéintir. Un vieux
prêtre avait perdu la vie pour cette
cause , el , suivant l'expression d'un
ecclésiastique érainent eu dignité, sa
mort fut celle du catholicisme dans !•
royaume. Le nombre des protestants
s'accroissait à cLaque moment j ils
étaient d'ailleurs encouragés par la
mort de Marie , reine d'Angleterre ,
et l'avénemenl au trône de sa sœur
Elisabeth , dont les sentimeufs étaient
connus. Cpendaut, la régente d'Ecosse
cherchait ? maintenir la religion catho-
lique. Sans avoir ^ard aux adresses
qui lui étaient envoyées par les lords
protestants, pour jouir du libre exer-
cice de leur religion , une proclama-
tion somma leurs ministres de compa-
raître à StiiTing , le 10 mai i55g,
pour y être juges sur le crime d'héré-
sie. Les lords protestants, et lous
ceux qui partageairnt leurs opinions ,
résolurent alors d'accompagner les
miuiâtr«s et , s'il était Décessaire , de
a8« ERS
les défendre. Ces dispositions eussent
probablement cause un grand tumulte,
mais Erskine obtiut de la régente la
promesse que les ministres ne seraient
pas jugés, et l'attroupement fut dis-
sipé. La régente voyant, le péril passé,
manqua à sa parole 5 il en résulta une
guerre civile qui se termina en 1 56o ,
a l'avantage des protestants. Erskine
qui avait dans ce démêlé souvent paru
sous les armes , les quitta avant qu'il
fut fini, pour s'adonner entièrement à
la prédication. Dans le parlement qui
suivit, un comité régla ce qui concer-
nait la discipline de l'église réformée ,
et nomma Erskine un des cinq minis-
tres chargés d'en surveiller le main-
tien. Ces"^ nouvelles fonctions furent
pour lui très fatigantes, et lui attirèrent
même des tracasseries qui l'engagèrent
plusieurs fois à demander sa démis-
sion. 1! eut part à la composition du
Second livre de Discipline , qui pa-
rut en 1577. C'est le mode de gou-
vernement d'une église presbytérienne
et il est encore suivi. Erskine termina
eu iSgi sa longue carrière. Tous les
liistoriens d'Ecosse ont fait l'éloge de
ses qualités , et la reine Marie disait
de lui qu'il était d'un caractère doux
«t aimabli-, et remarquable par sa
droiture et sa loyauté. — Erskine
(David), lord Dun , descendant du
précédent, fut un jurisconsulte très
distingué , et devint membre de la cour
de session. U s'opposa vivement à l'u-
jiion de l'Ecosse , et protégea le clergé
episcopal en butte aux persécutions.
Nommé eni 7 1 3 un des commissaires
de la cour de justice, il conserva cet
«mploi jusqu'en 1 750. Il publia ensuite
un volume intitulé : Opinions de
lord Dun, 17 52, in-iu , ouvrage sin-
gulièrement eslimé. 11 mourutf n 1 755,
à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
f;R:>KUNE ( Jean ), célèbre thco-
ERS
logien de l'église d'Ecosse , naquît en
1721 , de Jean Erskine deCaruock,
avocat professeur de droit écossais , à
l'université d'Edimbourg , connu par
ses Institutes des lois d'Ecosse , ou-
vrage qui jouit de beaucoup de répu-
tation et d'autorité, G lui qui est l'ob-
jet de cet article , fut d'abord destiné
à l'étude de la jurisprudence , mais il
préféra celle de la théologie, et malgré
l'opposition de sa fainillc , il se mit en
état de prendre les ordres. Après avoir
exercé le ministère en difierents en-
droits , il fut appelé à Edinbourg, où
il fut placé dans la même église avec
Robertson , le célèbre historien , son
ancien camarade d'éludés. Assidu à
remplir ses fonctions , il s'occupait
aussi avec un zèle infatigable de tout
ce qui pouvait contribuer aux progrès
de la religion. Il entretenait en cou-
séquence une correspondance très
étendue tant en Angleterre que dans
les pays étrangers, et même en Amé-
rique , afin d'obtenir à cet égard toutes
les informations qui pouvaient l'ins-
truire. Il publia, en 1798, des Ser-
mons , in -8"., que l'on classe parmi
les meilleures prodm tions de te genre,
pour la liaison du discours et la pureté'
du style. Son exemple produisit en
Ecosse une heureuse révolution dans
l'éloquence de la chaire , auparavant
infectée de défauts qui la rendaient
languissante et barbare. Dès 1 765 ,
Erskine avait donné ses Dissertations
théologiques , qui offrent d'cxcellenles
recherches sur plusieurs points très
importants. Son ardeur à obtenir des
rcns( ignerncnts sur l'état de la religion
dans les pays étrangers, l'engagea, à
un âge avancé , à apprendre l'allc-
in tnd et le hollandais. Sa facilité le
mit en état de faire des pas rapides
dans la connaissance de ces langues ,
et c'est sans doute à cette étude que
l'on doit le premier volume de ses Es^
ERS
puisses de VHîsioire de T Eglise,
1790, in-S".; ouviagf rempli de do-
cuments les plus itiléressants sur l'çtat
de l;i relij;ion dans l'E irope continen-
tale; Il en panit, en 1797, un second
volume, dans lequel l'auteur, à l'exem-
ple du profpssiur Robison et d'autres
écrivains , dévoile la coDJuration for-
mée par les incrédules, contre la reli-
gion. Mfil'j^ré l'afijiblissement causé
par son grand âge , qui le priva de
ses forces , il conserva toutes ses fa-
cultés morales, et en 180 1. fit paraître
cinq numéros d'u:ie espèce de pam-
phlet périodique, intitulé : Nouvelles
religieuses des pays étrangers; dans
la semaine qui précéda sa mort , il fil
dire à son imprimeur qu'il avait des
matériaux tout prêts pour un antre
Mémoire. 11 mourut le 19 janvier i8o3,
laissant en manuscrit plusieurs ouvra-
ges intéressants , qui probablement ue
verront pas le jour , parce que son
écriture était si mauvaise qu'il sera à
peu près impossible de la déchiffrer.
Ses vertus lui avaient acquis une si
grande considération, qu'au mois de
février 17795 lebill proposé au par-
lement pour mitiger les lois pénales
portées contre les catholiques en Ecosse
ayant occasionné une viole» le émeute à
Edimbourg, la populace, que la force
armée n'avait pu empêcher de se ras-
sembler dans la cour du collège, pour
démolir la maison de Roberlson , céda
aux représentations d'Erskine et se
dispersa. D'autres Ecossais, du nom
d'Erskine , ont publié aussi des Ser-
mons et d'autres ouvrages de théologie
morale. E — s.
ERTÏNGER ( François ) , graveur,
«é à Colmar en 1640, a gravé diffé-
rents morceaux, d'après le Poussin,
Vander - Meulen et Rubens , entre
autres, l'histoire d'Achille, en huit
pièces , d'après ce dernier maître. On
« de lui aussi douze sujets des Meta-
ERV 58f
morphoses , d'après \e% miniatures de
Werner , ainsi que l'hiMoire des com-
tes de Toulouse , en dix pièces , et
un sujet des Noces de Gana , d'après
Lafage, P — e.
ERTOGRUL , chef des Turks ,
père d'Oltman , le fondateur de l'em-
pire Olhoman et de la dynastie otho-
mane , ét.iit fils de Soliman - Shah,
dont les Turks font remonter l'ori-
gine jusqu'à Jiiphct , fils de Ncë ,
et qui se noya dans l'Eupbrate, à la
tête d'une tronpe de Carismiens , qui
fuyaient devant les fils de Gengis-
Khân. ErtogruI , devenu leur chef ,
arriva dans l'Asie-Mineure, oîi régnait
Aladin , sulthàn d'Iconium . de la
race des Seldjoucides, et se soumit à lui
avec quatre cent familles fugitives
qu'il amenait à si suite ; le territoire
de Sogus, sur les bords du fleuve
Sangara , près de la Mer- Noire, lui
fut donné pour refuge , et il v gou-
verna sa tribu pendant cinquante-deux
années. Tour à tour brig.md et pas-
teur , il s'empara de tout le pays qui
avoisine Ancyre et Césarce , purgeant
cette contrée de ce qui y était resté des
Tafars de Gcngis-Khàn. Fanatique et
conquérant par besoin et par enthou-
siasme , Ertogrul prêcha à main ar-
mée le mahométisme, et enleva aux
Grecs la ville célèbre de Kufaïa. Cet
exploit, qui distingua l'an de l'hégire
680 ( ou l'année ii8i deJ.-C), pré-
céda de pou de temps la mort de ce
chef, illustre dans les annales des
Olhomans , qui le regardent comme
leur patriarche. Il mourut âgé de plus
de quatre-vingt-dix ans, et justifia
toute sa vie le nom d'ErtogruI . qui
veut dire Homme juste. S— y.
ERVIGE , roi des Visigoths d'Es-
pagne, fils du grec Ardabaste que les
empereurs de Constantinople avaient
exilé , était allié par les femmes au
sang royal des Goths, et devint le fa-
232 E R V
vori du roi Wariiba. Tout puissant
sous ce prince, il le trahit ensuite pour
lui ravir la couronne eu 680. Ervige
fil prendre à Waruba un breuvage qui
mit ce prince en danger de mort, et,
jirofilant de son état de faiblesse, il
lui surprit un écrit par lequel le roi
lui résignait le sceptre. Ervige sut at-
tirer à Jui le cîerge', et son élection
ayant été confirmée dans le la*", con-
cile de Tolède , il fut couronné le 21
octobie 680. Ce prince mourut en
687 , après avoir possédé Iranquilie-
meril la couronne, qui passa à Egiza
son gendre. Ce fut sous le règne d'Er-
vige que cessa eutièi ement la diiTércn-
ce qui s'était conservée entre la nation
conquéranle et la nation conquise; ce
prince admit le premii r, dans les ar-
mées gothiques, les Espagnols natu-
rels qui av.ùeiit été jusqu'iilors exclus
du service militaire. E — p.
KHWIIN DE STEINBACH , habile
architecte du 1 5' . siècle , est princi-
palement connu pour avoir donné le
plan et diiigé la consirutlion du por-
tail et de la tour de la cdhédiale de
Strasbourg. Cette vaste basilique est
biUic sur trois plans. Le chœur , com-
mencé par Fepin et terminé parChar-
leraagne, est de mauvais goût; mais
la nef, commencée en. ioi5 par l'é-
vêque Werner de Habsbourg , peut
soutenir la comparaison avec les plus
beaux morceaux en ce genre; et 011
regrette qu'on n'ait pas songé alors
à jeter à bas le chœur pour le rcc(uis-
truired.'ins des proportions plus régu-
lières et plus éleganics. J>e portail n'est
point eu harmonie avec la nef, {>arce
que Erwin la jugea iroj) basse, rela-
tivement à la tour qu'il avait projetée
tt qui a été exécutée avec tant de suc-
cès, lùwiu jeta les fondements du por-
tail et de la tour qui l'accompagne eu
19,75. Il mourut en 1 5 18; et Jean
Erwin, sou (ils, prit la direction des
ERX
fraratix. Hilz de Cologne lui succéda
en i53g. La tour fut terminée cii
1 565 , mais le globe de fer et la croix
qui le surmonte ne furent placés qu'en
i45q. L'élévation de la tour est de
456 pieds de roi , comme l'a prouvé
l'abbé Grandidier. Le dôme de Saint-
Pierre a 45o pieds de hauteur ; la tour
de la cathédrale de Vienne 4^5; la
principale des pyramides d'Egypte
422 : ainsi la tour de Strasbourg sem-
ble être le monument le plus élevé
qu'on connaisse. V^' — s.
ERX LE BEN (Dokothée-Chre-
TiENNE Leporin ), naquit à Qiudlm-
bourg, le i5 novembre 1715. Faible
et valéludinaiie dans son jeune âge,
elle éprouvait une vive satisfaction et
un soulagement remarquable en assis-
tant aux leçons que donnait à son frère
le docteur Chrétiea-Poly carpe Leporin
leur père. Dorothée fit des progrès ra-
pides ; bientôt elle eût terminé le cours
de ce qu'on appel'e les humanités; en-
suite elk étudia la médecine soiisle mê-
me maître el avec leméme condisci|ile.
Les ouvrages d.ius lesquels elle puisa
h's éléments de l'art de guérir méi ilent
d'elle signalés, parce qu'ils rappellent
des noms justement célèbres : Slahl ,
IJoliiM.inn, lîoerhaavc, Werlhof, Al-
berti, Jujjker, Heister. Elle avait ac-
quis des connaissances médicales ,
théoriques et |)raliqucs très étendues ,
lorsqu'elle épousa, en i74"i,Jcan-
(^hiétien Eixleben, ministre du saint
Evangile à Quediinbourg. Peu de lem|)S
après elle perdit sou père, (|u'elle avait
souvent suppléé dans l'exercice de ta
profession. Les devoirs d'épouse et de
mère, qu'elle remplit constamment
avec un soin scrupuleux, absorbèrent
désormais la plus giande partie (fe
son teuips. Tous les momeuts dont
elle put disposer furent consacrés à la
médecine, et le 1 2 juin i 754 elle ob-
Iml suknncllcmtnl le doctoral à l'uni-
ERX
versitc de Haîle. Sa Dissertation inau-
gurale ne paraît jioinf , roinmi- taiil
d'aaiits, di-NtineVà i< mplirnne Mitiple
formante Le candidat discuta avec
beaucoup de sag;tci c uinqueMioutrès
importante : Quod nimis cilà ac ju-
cutulc curare so'più^ fiai cau\a mi-
mïs tuLœ curalionis. M-«daiuc &xle-
beu traduisit elle mêim- cet ouvrage
en allemand , avec des addit ons ,
Halle i;55, iii-8'. Elle i<çiit de
toutes parts les plus honuriibies fefli-
citaliuus eu prose ( t eu V( rs , insérées
à la Gn de sa thèse. L'une d'tlles, en
styli- lapidaire , et composée par le
profesiur Buehmer , annonce que
celle augu>te céréraunie , autoii>ée par
le grauiS Fréléric, r<«i de Prusse, n'a-
vait jamais eu lieu en Allemagne
Slupete. nova, litleraria. in. Italia.
nonnumquam. in. Gr-rmania. nun-
quani. visa. vel. audila. at. quo.
rarius. eo. carius. etc. Madame Érx-
leben .nait public, précisément l'an-
née de son maiiage, un opuscule al.e-
mand , intitulé : Examen des causes
qui éloignent les fi-mmes de l'élude ,
dans lequel on prouve qu'il leur est
possible et utile de cultiver les scien-
ces , Berlin , 1 74-i 1 ii'-^ • l>a préface
est du père de l'auteur. Wèrc de «jua-
tre enfant
sujets qu'il traite. E — s.
ESr.HENBvCH (Wolfram d'),
est le nom d'un des poètes les plus
distingués diJ moyen âge. Il apparte-
nait à une famille noble . qui possé-
dait les chiteauxet bourgs d'Eschen-
bach ou d'Eschilbach, et Pleienfelden,
dans le Haut Palatinat , sur la fron-
tière du pays de Bayreu'.h. L'année
de sa naissance et celle de sa mort
sont incertaines. Il assista, en IÏ07,
au combat poétique de Wartbourg,
dont nous parlerons plus bas. S'il
était bien prouvé qu'il fût l'auteur du
poëmé de Godefrqy de Brabant,
qu'on lui attribue, il en résulterait
qu'il vivait encore en ii-î"]. Comme
tius les gentiihommes de son temps,
il embrassa le métier des armes ; mais
c'étaitbeaucoupmoius parses exploits
mihtaires que par ses poésies, qu'il es-
pérait transmettre son nom à la |K)s-
térilé. Le comte Foppo XII de Hea-
ncberg l'arma chevalier ; depuL» celte
2^8 ESC
époque , il mena une vie errante, et
ne se relira dans le cljâteau de ses
ancêlres que quelque temps avant sa
mort. Il n'est pas certain, comme
quelques auteurs l'ont avance', qu'il
ait e'te secrétaire d'Olton, duc d'Au-
triche. Les minnesinger, ou trouba-
dours allemands , avaient l'habilude
d'aller de château en château , de cour
en cour, pour faire briller leurs ta-
lents , et recueillir les re'compenses
que les princes allemands du i5*.
siècle distribuaient à ces troubadours.
L'amour de la poe'sie,que les empereurs
delà maison de Souibe avaient excite'
en Allemagne, e'tait devenu une véri-
table passion. La poésie allemande
brilla, à cette époque, d'un éclat qui
ne devait pas faire prévoir la barba-
rie dans laquelle la littérature fut
plongée dès le i/i^. siècle. Le land-
grave Hermann de Thuringe, était
un des plui zélés protecteurs des let-
tres; il fut aussi celui de Wolfram,
qui passa une grande partie de son
temps à la cour de ce prince , où
était le rendez- vous des beaux esprits
du I S*", siècle. L'année 1207 est une
époque remarqu;ible dans l'histoire de
la poésie allemande. Le landgrave
faisait sa résidence au château de
Wattbourg , un des sites les plus pit-
toresques des montagnes de la Thu-
ringe. Six des pus illustres minne-
singer y célébrèrent une espèce de
tournois ou de combat poétique, après
lequel Hermann et son épouse dis-
tribuèr«'Ut des prix et des récompen-
ses. Wolfram d'Kschrnbach mérita
la palme; elle ne lui lui pourtant pas
adjugée. Le prince avait appelé, du
fond de la Hongrie, pour être arbitre
du combat, Nicolas Klingsor, célè-
bre chantre d'amour, non moins re-
nommé par ses connaissances en as-
trologie et en nécromaiirie. Klingsor,
pour se venger de Wolfram , qui l'a-
ESG
vait offensé, pj-oclama vainqueur
Henii d'Offterdingen , un des amis
d'Eschenbach. Quoique Wolfram ait
chanté l'amour en vers naïfs et tou-
chants , il ne paraît pas avoir été heu-
reux auprès des dames, si toutefois
on peut prendre à la lettre ce qu'il
dit des peines qu'elles lui ont fait
souffrir. On croit qu'il a été marié, et
qu'il a laissé un fils. Il fut enterré dans
l'église du bourg d'Eschenbach, où
l'on voyait son tombeau dans le 1 5^.
siècle. Wolfram avait été en liaison
d'amitié avec tous les poètes souabes
de son temps • Henri d'OfTterdingen ,
Wa'tcr deWogelweide, Ulric deThur-
heim , Hartmann d'Aue, et le plus
grand de ces poètes, après lui-même,
Henri de Veldeck, l'aimaient et lui
témoignaient leur estime , en le qua-
lifiant de maître et de sage. Son éru-
dition n'a pas été au-delà de celle de
son siècle. Il savait le latin ; mais si
un de ses derniers biographes lui at-
tribue la connaissance du grec, nous
ne saurions être de son avis. 11 est
vrai que Wolfram dit quelque part
qu'il lisait Homère, mais il faut sans
doute entendre par ce nom le Pseu-
do-Pindare, dont le poënie latin sur
la guerre de Troie porte , dans les
manuscrits, le litre àk Homère, et
est cité aiusi par les aut( iirs du
temps. Rien n'indique que dans ce
siècle on ait connu îlomère en Alle-
magne. Wolfram savait le français et
le provetiÇal , ou les langues des tron-
vèrcs et d(s troubadours. Parmi les
philosophes grecs, il nomme Aris-
tote et Pythagore ; Platon , dont le
génie avait de l'analogie avec le sien ,
n'a été connu eu occident qu'au i4*.
siècle. La lecture souvent répétée de
la Hible et des légendes , imprima
aux poèmes de WoMram cette teinte
religieuse et mystique qui leur donne
ua si grand charme. Ses deux priuci-
ESC
paux poèmes sont le Titurel et le
Parcival, ou l'Listoire romantique
et mystique des gardiens du saiut
Gréai. C'est le uom que porte , dans
les romans du moyen âge, le vase
pre'cieus qui, d'jpres la légende, ser-
vit à Jéaus-Christ, lors de sa der-
nière cène ( /^.CoNDAMiffE ).E!sc'lirn-
bacli dit qu'il a traduit les deux
piëmes de Titurel et de Parcival ,
du provençal de Guiot , écrivain in-
connu, et qui n'a peut-être jamais
existé. L'auteur de la fable du saint
Gréai est Chrétien de Troyes: mais
si Wolfram la lui a empruntée, la
manière dont i! l'a traitée , donne â
son poëme le mérite d'un original. Si
Eschenbach n'est pas le plus grand
poète que l'Allemagne ait jamais pos-
sédé, comme l'appelle M. Sclilégel,
(Europay vol. Il, pag. i38), on
peut dire, sans exagération, que le
Titurel et le Florii^nl prouvent qu'il
auriit été çiau'l poète, s'il avait vécu
dans un nièclc éclairé, s'il eût connu
le* be;*ux muilèies de l'antiquité, et
s'il eijt trouve sa langue plus poiie
qu'elle ne l'était de sou trmps. Le pre-
mier de ces deux p<.iëm s est en pe-
tits vers riniés d' -ne ionijueur irre'sru-
lière; le Parcival, q:ii en est la con-
tiimation , est eci it en stances de sept
vers, dont les six ]>remier*> seulement
sont rimes Le Titurel n'a été im-
prime q-i'une seule fois, en «477»
celte étiilion , dont il n'existe que peu
d'exemplaires, est regardée comme
m\ des livres les plus rares; de ma-
nière que re poëme n'est connu que
très imparfaitement, par Ie> extraits
que les auteurs en ont donnés. Le
Parcival a été imprimé trois fois.
Les deux premières éditions ont paru
en 1^77; l'une, in-foiio et sans
titre, est sortie des presses de Men-
telin de Strasbourg; l'iUtre, in 4'*»
sans li<'u d'impressioD , porte le litre
XHI.
ESC 2^9
suivant : fFolfrom von Eschilboch
von Âunig Gainuret von Anjou
vnd sein sun Parcifall. Chr. Henri
Muller l'a réimprime dans 1 1 troisiè-
me livraison de sa Collection des
poètes allemands des la'., 1"»^., et
i4'. siècles, Berlin, i 784. R» 1753, le
poète Bodmer en donna une es|)èce
de traduction , en allemand moderne,
ou d'imitation. Le troisième ouvrage
de Wolfram n'a pas été imprimé; les
bibliothèques de Saint-Gali et de Ber-
lin le possèdent en manuscrit. Un
troi%ième manusrritse trouveàViennej
ce dernier diffère des deux pn-nners ,
en ce qtie la poésie y est remplacée
par de la prose. C* pnëme , intitulé
la Guerre de Troie , est tiré du
faux Darès et du prétendu Dictjs ,
qui, .(vee le faux Pimlare, jouis-
saient d'une gr^nde autoriié dans le
i5^. siècle. Le Marquis de Nar~
bonne, autre poëme d'Kschei bach,
a été publié pour la première fois. t{^s-
.•-el eu I -84. par Gisparson. Eschen-
bach s'était associé son ami Llric
de Tburheim pour une trilogie , in-
titulée : Saiiit Guillaume d^ Orange.
Thurlieim fit la première partie, ou
le Marquis d" Orange, et la Iroi-i me,
owRennewart Raynouard) le Fort;
le Marquis de Nat bonne est la se-
conde |iarlic. L. fable d • ces rois
poèmes a été empruntée du français.
Ou attribue aussi à Wolfiam le p«jëmc
de Godefror de Brnbant (ou de
Bouiliun ) , qui se trouve en manus-
crit à Vif nue; le Lohcn^rin , imita-
tion du Garin de Loherens ( Lor-
raine), de Cimelain de Cambray, ro-
man français du 12'. siècle; et une
Histoire de Frédéric , duc deSt-uabe,
qui n'ont pa-i encore été impiimés.
Une Histoire d^ Alex nndre-le- Grand
en vers, se trouve à Wulffenbuttel et
an Vatican : elle n'est pas de Wol-
fram, mais d'Ubrich d'Escbenbach
>9
290 ESC
qui s'y nomme , et parle de Wolfram,
comme d'un poète qui n'existait plus
de son temps. La Collection de Ma-
nasse renferme quelques petites poe'-
sies de Wolfram. MM. van der fla-
gen et J.-G. Busching, qui, depuis
plusieurs années, s'occupent avec un
tèle louable, quoique peut-être avec
un peu trop d'enthousiasme, de re-
cherches sur la litlérature allemande
du moyen âge, annoncent un ouvrage
dc'taille' sur les poésies de Wolfram.
D'après les notices qu'ils ont inse'rees
dans leur Muséum fur altdeutsche
Literatur und Kunst, et qui nous ont
en partie servi pour la rédaction de
cet article, il paraît que ces littérateurs
attribuent à Eschenbach une espèce
de drame intitule' le combat de Wart-
bourg , qui renferme les morceaux
chante's par les six minnesinger réu-
nis , en 1207 , à la cour de Thuringe.
Jusqu'à ce jour , on a regarde' l'au-
teur de ce recueil comme inconnu.
S— L.
ESCHENBACE ( André -Chris-
tian ), savant littérateur allemand,
naquit à Nuremberg en i663. Il fit
ses études à l'université d'Altdorf , et
après y avoir reçu le degré de maître
ès-arts, fut nommé professeur sup-
pléant à léna , place qu'il remplit avec
succès. En 1G88 , il iit un voyage en
Allemagne et en Hollande, dont il ren-
dit compte à G. M. Konig, l'un de
ses professeurs , par une lettre impri-
mée depuis , dans les Amœnilates
litlerariœ de Scliolhorn ( tom. V ,
pag. 1 90-9(3 ). On voit par cette lettre
que son seul but avait été de visiter
les bibliothèques , cl de faire amilic
avec le-t savants. A son retour, il sou-
lagea son père dans les fonctions du
saint ministère qu'il exerçait dans un
des faubourgs de Nuremberg. Sur sa
réputation, Magliabeodii lui fit offrir
la dircclion de la bibliutlicque du grand
ESC
duc , à Florence , avec la promesse
qu'il ne serait point gêné à l'égaid vie la
religion j mais il refusa ce poste avaii»
tageux , pour accepter l'économat de
l'université d'Altdorf qu'on lui proposa
dans le même temps. Le traitement
qu'il recevait n'étant pas suffisant pour
le faire vivre avec sa famille , il fut
obligé , pour y suppléer , de vendre
une partie des livres précieux qu'il
avait acquis du produit de ses épargnes.
Enfin , Eschenbach fut nommé , en
1695, diacre de l'église Ste-Marie,
et professeur de langue grecque au
collège de St.-Gilles à Nuremberg ; dix
ans après, il obtint, en récompense
de ses services, la place de pasteur de
l'église Ste-Claire ; il partagea ses mo-
ments entre ses devoirs et l'élude , cl
mourut le ■!{ septembre \'--i'î. On a
d'Eschenbach : I. des Dissertations ,
en latin , parmi lesquelles on distingue
les suivantes : De Fahularum poëti-
carum sensu morali ; De consecratii
gentilium sensu Lucis; De scribis
veterum romanorum j De prœcipuis
veterum crilicorum notis , etc. Elles
ont été réunies sous ce titre : Disser-
tationes academicœ et Orationes, Nu-
remberg , 1705; ibid. , «7^9, in-8'.
II. Epif^enes de poësi orphicd in priS'
cas orphicorum carminum memorias
commentar. liber. , Nuremberg ,
170^1, in-4''. Ouvrage savant et esti-
mé. E-ichenbach avait publié en 1689,
à Ulrecht , une édition des différtiits
ouvrages d'Orphée , avec des noirs.
(f^oj. Orpuiœ). Il en a donné une
du traite De gnecœ linguœ particuUs
de Devarius , Nuremberg, 1715, in-
12 j pins complelte et mieux ordonnée
que la première. Enfin , il .1 traduit eu
allemand les Réflexions de P. Allix
sur les livres de l'Ecriture sainte
pour établir la vérité de la religion
chrétienne, Nuremberg, i 70i, iu-S".;
les Deux Dissertations ^ du même
ESC
auteur, sur le double ai'ênement da
Messie, ibid., 170'A , fl !> Lettre de
Marsijjl; sur le Phosphore minéral de
Bologne. Apres la morld'E'>chenbjrh,
on a imprime ses Sermons, en alle-
mand , précèdes de nie'moires «nr sa
vic,eVrits par lui-mêiuc. W — s.
ES(-HRNB\CH ( Chrétie!» - Eh-
RENFRiED ; , naquit à Ro^lock, li'"ii
août i";! a. Après avoir terminé dans
celte ville son ronrs de latii'.itë, il fut
placé pir son père d.ins une pharma-
cie très renommée de Lripzi^ , où il
resta près de cinq ans. De retour dans
sa patrie, la méd<cine devint 'objet
spécial de ses études, il v consacra
trois années , et pirlit ensuite pour la
Russie, l/université de Rosto«-k lui
conféra, quoique absent, le titre de
docteur eu i-jSd. Il pratiqui la méde-
cine a Dorpat les deux années sui-
vantes, et vint l'extrcer pendant trois
autres dius sa ville natale. En 1 740 ,
il fit un vovage en France , attiré par
l'éclat dont y brillait la chirurgie. Re-
venu à Rostork , en 174"*- »' y con-
tinua l'cxeicice de sa profession , et
obtint, en 1756, la chaire de mathé-
matiques , qu'il occupa dix années.
Nommé alors professeur de médecine
et mcdi-ciu- physicien, il remplit de la
maniëio la plus distinguée ces honora-
bles fonctions jusqu'à sa mort, arri-
vée le ^5 mai 1 788. Ses écrits , in»-
j)riuiés à Rostock , sont nombreux et
variés; mais la plupart consistent en
livres élémentaires et en dissertations
dont il sufUra d'indiquer les piinci-
pales: I. Eléments de Chirurgie {en
allemand ; , 1 74 "' 1 in-8**. C«.t ouvrage
peut être regardé comme une introduc-
tion à la Chirurgie , que l'auteur pu-
blia en 1754 ( I vol. in-8 .fig.)» «^
dont le sivant Haller Tùt l'éloge; II.
Medicina legalis brevissimis com-
prehensaihesibus. i 746, in-8°., ihid.
17705 1X1. Dissertatio de suppura-
"ESC ar>i
tione et remediis suppurantibus. Ce
mt-moirefut envoyé à i'acadcinie royale
de chirurgie do Paris, qui lui a: corda
l'accessit . en i 7471 cl l'inséra dans le
tome II de sori extellent Recueil . in-
4**. ; IV. Cnmmentatio vulntrum ut
plurimùm lelhaliumsic diciorum md-
litalem demonslrans , 1 748 , in 4'*- î
V. Description analGmiifue du Corps
humain ( i n al emand ) , 1 7'JO , iu-S".
fig. ; VI. Hésultats des opérations
faites par le chtvalier Taylcr , ocu-
liste anglais , dans diverse-^ v'dles
de V Allemagne j et spécialement à
Rostock en ailemand ) , 1754. in-8".
Eschrnbicli critique avec raison la
jartaiice ridicule de l'empirique, dont
pourtant il serait injuste de nier l'a-
dresse ; il démontre que Tavlor n'a
pas obtenu tous les succès doj:t il se
vante, et que plusieurs de ses procé-
dés sont réprouvés par la sa»ne chi-
rurgie ; V 1 1 . Observata quivdam ana-
tomico - chirurgico • medica rariora^
1755 , in- 4'*. Ces observ.itions , au
noœbredecinquniite-uiie, furent réim-
primées avec des additions et utje con-
tinuation , en 1769, in-8 . fij;. : Vlll.
Novœ pathologiœ delineaùo . 1 755,
in-8'.; IX. Commentatio de algehrx
primordiis , 1 7 56 , in-4 . ; X. Mathé-
matiques : première partie : Arith-
métique : eu allemand), 1761 , in-8*.j
XI. Instruction pour les Sage-
Femmes , \ 765 , in-8". , ibid. 1767 J
Xl I . Scripta medico-biblica , 1779,
in-8*. Ce livre e>t un recueil de mé-
moire-; publiés d'abord isolément, et
dont l'auteur ne se montre ps toujours
exempt d'uae «-rédulité puérile. Les
principaux points sur lesquels il s'ef-
force , souvent en vjin, de répandre
que'que lumière , sont : De sudore
ckristi sangiiinto ; De eifluxu san-
gninis et aqiiœ è latere christi per-
fosso ; De apparentihus mortuis; De
leprd judfeorum i De cbsessis tem-
J9-
jQrga ESC
pore salvaioris ohvenientihus. Parmi
Jes (lisscifations purement iiié(Hca!( s ,
on distinc;iie : De morhorum in mor-
bis pluralilale , De morbis hceredi-
tnriis ; De dolore ceu morho ; De in-
fijmmatione Ijmphaticd alrjue se-
rosd i De infunticidio ; De scorhulo
in Megapoli atque Rostochii non en-
demico ; De d/^senterid contagio va-
cud. Eschpiibacli a fourni un grand
nombre d'aîicles aux Feuilles Eco-
nomiques de Rostock ; il a rédige pen-
dant plusieurs années ia Gazette Lit-
téraire de la même vi'le. lîœrner ,
dans ses Nouvelles Biographiques ,
et Koppe, dans son Tableau des
Ecrivains du Mecklenbourg , ont
donne quelques de'tads sur la vie et les
ouvrages de ce professeur. G.
ESCHENBACH ( JÉRÔME-CnRisTO-
FHE-GuiLL AUME ) , ingénieur et matlie-
inalirieu allemand, ne à Leipzig, en
^n6f\, après avoir enseigne quelque
temps dans sa patrie, entra en 1791
au service de la compagnie hollan-
daise des Indes orientales , fut em-
ployé comme capitaine du génie au
cap de Bonne-Flspcrancc, à Batavia et
à Ma!ac. Lorsque les Anglais s'empa-
rèrent de celte dernière place, il fut
fait prisonnier do guerre et mourut à
Madras, le 7 mars 1 797. On a de lui:
I. quelques dissertations latines sur
des sujets de haute géométrie j IL la
Description eu allemand de quelques
machines astronomiques, ou plutôt
cosraogra|)hiqufs; 111. L'ne traduction
du suédois en latin , de quelques Opus-
cules de l)ergmann; IV. Il a traduiten
allemand du kavçuïs ,\' y^lbregé d'^is-
tranomie de Bosrovich , Leipzig ,
1 787 , in-8 '. ; V, du hollandais , plu-
sieurs ouvrages rclîf'ifs à l'électricité,
VL i' Essai sur la ^tanière de me-
surer la capacité des Tonneaux ,
en y appliquant une ligne spirale,
par JUarUii Millier , Leipzig, 1784,
ESC
in-S". , fig. ; VTL Y Histoire du comte
Guillaume de Hollande , Roi des
Romains, par J. Meermann , baroa
de Dalem, ibid., 1787 -88, 1 part.
in-8'.; VIII. le Fojaae en Gran-
de - Bretagne et en Irlande , par
le même , pour servir de pendant à
celui d'Archeuholz , ibid., 1789,
in-8 . Eschenbach a aussi donné plu-
sieurs articles dans la Gazette litté-
raire de Leipzig. G. M. P.
ESCIHER ( Jean-Rodolpue , bailli
d'Einsidlein, né en i5Go, mort en
1 609, est auteur d'une Chronique de
la Suisse, qui s'étend jusqu'à l'année
1607, et dans laquelle on trouve des
détails circonstanciés sur l'origine de
la société ou confrairie de l'Escargot.
Get ouvrage , quoique mêlé de tables,
est utile pour l'histoire du iG'. siècle;
il est resté manuscrit. — Jean-Erhnrd
EsCHER, mort le 27 novembre 1689,
à l'âge de trente-lrois ans , est auteur
d'une Description du lac de Zurich,
en allemand, publiée en 1691 , iii-8'.
de 4iG pag. Elle est très circonstan-
ciée et précieuse pour la topographie.
L'auteur y donne aussi une Histoire
abrégée de la ville et du canton de Zu-
rich , jusqu'à 1689. Il montre quel-
quefois trop de crédulité, et son style
est plus négligé que celui de la plupart
de ses compatriotes, ce qu'il faut sans
doute attribuer à sa mort prématurée,
qui ne lui a pas laissé le temps de re-
toucher son ouvrage. — Marx E> CHER,
maire ( schulthciss ) de Zurich , en
i6i2,alaissécnm3nuscrilune Chro-
nique de la A^me, jusqu'à l'an i ^yi\,
assez estimée. L'auteur né à Kemp-
tenen i5'24> mourut en 1612. — Uix
autre Marx Kscher, né à Einsiedler-
hof , en i(r;L8 , a laissé un Journal do
tons les événements arrivés en Suisse
de son temps , il va jusqu'à l'an 1712,
et se conserve en manuscrit dans plu-
sieurs bibliothèques. \^ — s.
ESC
ESCHEU (Hewbi), bonrgmpsfre
de Zurich , naquit dans cette ville en
iGiÔ , et y mourut en i ^ i o. Doue' de
•grands talents , et de toutes les qiiali-
te's qui ferment le magistrat patriote ,
il cul pendant une longue série d'an-
nces une influence majeure dans le
gouvernement de son canton, ainsi
que dans les relations du corps hel-
vétique. En i(5<j3 il assista comme
député du commerce à la cérémonie
du serment dci'allianeccntrela France
et les cantons suisses, qui fut célé-
brée à Paris. 11 se distingua suilout
dans sa mission à la cour de France ,
eu 1687. '-* république de Genève se
trouvait lésée dans ses propriétés si-
tuifes au pays de Gex : v-iinement elle
demanda que l'afTiire, renvoyée de-
vant le parlement de Dijon , fiil trai-
tée diplomatiquement ; elle invoqua
alor.'> l'assistance de Zurich et de Berne.
Une diète des cantons évangéliques
fut convoquée; elle crut voir en dan-
ger les droits des pays protestants , et
poursoutenir ceux de Genève elle dé-
puta le bourg mestre Escher , de
Zurich, et le baneret Daxelhofer de
Eerne, à la cour de Louis XIV. Une
longue discussion s'éleva sur le céré-
monial qu'on devait accorder aux dé-
putés pour l'audience du roi ; ils insis-
tèrent sur celui qui était usité précé-
demment, et qu'on leur refusait. Trois
mois se passèrent dans cette dispute ,
néanmoins les députés en firent usage
pour faire valoir , quoique sans suc-
cès , l'objet de leur mission près du
ministère , et pour lui remettre des
mémoires. Ne pouvant obtenir le cé-
rémunirtl demandé, ils prirent congé ;
deux maîtres de cérémonie venaient
alors leur porter de la part du roi , et
comme témoignage de sa bienveillance,
des chaînes d'or , des médailles et de
l'argent. Escher déclara que , pénétrés
4e la bouté du roi , lU ue pouvaieut
ESC 293
accepter ses dons , n'ayant point eu le
bonlieur de le voir ni de lui parler.
Malgré toutes les instances qui lui fu-
rent faites, ils persistèrent dans leur
refus. Le retour de Escher à Zurich
fut une grande fête : toute la ville s'é-
tait portée au-devant de lui ; le gou-
vernement le remerci-i de la manière
noble et généreuse dont i! avait sou-
tenu la dignité de s n pays; il lui fit
présent d'une somme d'argent qu'il
convertit en médaille et chaîne d'or ,
qui se trouvent encore conservées par
ses d(seend;ints. Pour combler ses
vœux , il vit peu après revenir le gou-
vernem'-nt de France des rigueurs
qu'il avait exercées vis-à-vis la répu-
blique de Genève , et par-là le but de
sa mission fut accompli. U — i.
ESCHER ( Je A!» -Gaspard), de la
même f imille que le précédent , na-
quit à Ziuich , en 1(378, el y mourut
le 25 décembre 176'2. Il fit de très
bonnes éludes dans sa ville natale , se
lendit ensuite à Nuremberg pour ac-
quérir des connaissances ihéorrques et
pratiques dans la jurisprudence. Ea
169*3 il fréquenta l'université d'U-
trecht. La Dissertation qu'il y publia ,
sous Gérard de Vries : De libertatc
populi , fut remarquée avantageuse-
ment. Il voyagea en Angleterre et ea
France , et fut de retour à Zurich eu
1697. Son père occupait alors la place
de bourguemestre , et la carrière po-
litique s'ouvrit au fils ^vec assez de fa-
cilité. Celui-ci n'en abusa point , et il
occupa tiès diguement chaque place à
laquelle il fui promu. La discipline
ecclésiastique , ainsi que l'instruction
du gymnase et des écoles , assez né-
gligés alors , attirèrent toute son at-
tention , et les études classiques dont
il fut nourri , et dont il n'a point né-
gligé le culte durant toute sa vie , le
rendirent bien propre à en être le ré-
formateur. La guerre de religion , des
294
ESC
troubles civils de Zuricli , d'antres
du Tnggenbur^ et du canlon d'Appcu-
zell , do Grisous et de Genève, se
suivirent en 1res peu de temps , el ce
futE^ciler qui se trouv.i employé dans
toutes ces affaires graves de sa patrie,
tantôt comme députe suisse à Ratis-
bonnc , pour la cause du Toggcn-
turg, taiilôl comme médiateui et i a-
cifîcateur clitz le> Grisons et à Ge-
nève. Ce fut <n 1754 , et dcncbeten
'7^7 1 qu'il se rendit à Genève; dans
cette dirnière année, l'intervention de
îa France ->'était associée à ce le des can-
tons >uisses , el le comte de Lauirec y
parut comme médiateur. Kn 1 758, il
fut question du renouvellement àc i'ai-
liance de i6b3, entre la France et ia
vjuisse. Escher, convaincu de l'impor-
tance de remplacer celle qui avait été
conclue avec les cantons catholiques
par une nouvelle , commune à toute
la Suisse , y travailla avec zèle ; quel-
ques jirétcntions exagérées des can-
tons firent suspendre la négociation.
En 1740» '' *'i' nommé bouig-
niestre. il prit part dans cette même
année, au congrès qui fut tenu à Berne
pour l'an aiigcmentdes difFérends exis-
tants entre la cour de Turin et la ré-
publique de Genève. Religieux , géné-
reux, bienfaisant, excédent père de
famille, il présida le gciuvernemenlde
sou canton jusqn'.i la (in de sa longue
et honorable carrière ( P^ie de J. G.
Escher, bourguemeslre de Zurich,
par David Wyss , à Zurich , 1 'j()o ,
iu-8"., en allemand.) ' U — i.
E S C H I N li , philosophe grec,
disciple de Soerate, était fils de Lysa-
itias ou de Charinus, athénien. Il
lutta toujours ciuilre la misère; aussi
Socratc, qui r.iimait beaucoup, lui
disait-il de s'empiiinler à lui-même,
eu retr.mchant quel<iue chose de sa
nourriture; mais il ne suivit pas
ce conseil. Après la mort de son maî-
ESG
tre , il chercha à faire fortune , et
emprunta de l'argerit pour devenir
pai fumeur. Il paraît qu'il ne réussit
pas bien dans ce nouvel état; car
ne payant point les intérêts, il fut
poursuivi en justice, et Athénée nous
a conservé quelques fragments d'un
plaidoyer de Lysias contre lui , dans
il quel il le traite fort mal , et lui
l'eproclie différentes escroqueries. Ne
pouvant plus vivre à Aihèn(S , il
pas^a dans la Sicile, où, sur la re-
commandation de Platon el d'Aris-
tip|)e, il hit admis à la table de Denys
le tyran. '•] revint ensuite à Athènes ,
où il composa des plaidoyers pour
subsister. L'époque de sa mort n'est
pas connue. Il avait fait plusieurs
Dialogues qui élau-nt fort estimes ;
il ne nous en reste qu'un , l'-^.iio-
chiis, qui lui est attribué par Diogène
Laëree. au témoignage duquel nous ne
voyons pas de bonne raison à oppo-
ser. On lui a aussi attribué un Dialogue
sur la vertu , et un autre intitulé
Eryxias. Ces deux derniers sont de
quelqu'un des disciples de Socrate,
mais non d'Eschine.On les réunit ce-
pendant dans les éditions, l. a meilleure
est celle de J. Fred. Fischer, Leipzig ,
1 780, in-8 . (îorame elleest toute grec-
que, ceux qui ont besoin d'une traduc-
tion peuvent se servir de l'édition dej.
Leclerc. Amsterdam , 1 7 1 i , in-8". ,
ou de celle d'Horreus, Leuwarde,
17 18, in-8'. C — R.
ESCIUINE, célèbre orateur athénien,
était fils d'Atrométus, du bourg Cotho-
cide et de Glaucotliée. il prétend que
son père éiail de ia funille des Ktéo-
butades, l'une des principales d'A-
thènes; Déniosthè; es , de son lôté,
dit qu'il aval ctc esclave , qu'il se
nommait Tromis,et qu'Eschine avait
juge à propos d'accroître son nom de
deux syllabes en se nommant Atro-
mctus ; ce qui paraît certain , c'est
ESC
^ull n'avait pas ëlé favorise pa|^ for-
tune, car il était maître d'école. Quant
à Glaurotliée , c'était une de ces prê-
tresses de la plus basse classe , qui
tiraient parti delà superstilion du peu-
ple , en initiant à leur manière aux mys-
tères de Baccluis ceux qui ne pouvaient
pas se faire initier à Eleusis. Ëschine
passa les premières années de sa vie à
servir son père dans son école , et à
assister sa mère dans ses fonctions sa-
cerdotales. Lorsqu'il fut inscrit parmi
les citoyens, il se fît greffier auprès
de quelque magistrat subalterne. 11 se
lit ensuite comédien pour jouer les
troisièmes rôles, mais une aventure
désagréable qu'il eut en jouant le rôle
d'OEuomaiis , dans un des bourgs de
l'Attique, lui fit quitter le théâtre; et
comme il avait une belle voix, beau-
coup de facilité à parler et quelque con-
naissance des lois de la république ,
qu'il avait acquise en exerçant les fonc-
tions de greffier, il se jeta, sans autre
préparation, dans la carrière politique
comme orateur; quelques auteurs ce-
pendant disent qu'il avait pris des
leçons du sophiste Alcidamas. Les
Athéniens étaient alors en guerre au
sujet d'OIynthe avec Philippe, roi de
Macédoine; Eschine se montra , dans
le principe, l'un des plus acharnés
contre lui , et proposa d'envoyer par-
tout des ambassadeurs pour lui sus-
citer des ennemis. Il alla lui-même en
cettcqualitéàMégalopolis, où s'assem-
blaient les dix mille qui formaient le
conseil général de l'Arcadie. Philippe
ayant paru désirer la paix avec les
Athéniens, Eschine, qu'on